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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 20:44
COMMUNIST'ART: Pablo Picasso - par Hector Calchas

Pablo Picasso (1881-1973) découvre le monde en 1881 à Malaga en Espagne.

Peintre, dessinateur, sculpteur, graveur, poète, il a tous les talents. C’est probablement l’artiste le plus connu du XXème siècle. Le plus admiré.

Rendez-vous compte. Il a produit près de 50000 œuvres. C’est l’homme aux 1885 tableaux, aux 2880 céramiques. On lui attribue 7089 dessins, 150 carnets de croquis et 30000 estampes. Il est prolifique, c’est un prodige, un génie.

Son père est professeur de peinture. Pablo l’admire en silence.  C’est son modèle, son référent masculin. Il suit ses traces. L’observe. Il observe tout.

Sa précocité est étonnante. Très vite, il dessine. Croque tout ce qu’il voit. Dès l’âge de 10 ans il fascine déjà son entourage. C’est un génie du trait juste, de l’expression visuelle. Son père lui lèguera très rapidement ses outils, pinceaux, palette, car l’élève surpasse déjà le « maître ». A 15 ans, en 1896 il n’a déjà plus rien à envier aux meilleurs. Ses tableaux académiques sont saisissants. Il a tout compris. Tout digéré. Pour se démarquer, il lui faut trouver autre chose. Un style. Une personnalité. Un genre unique. Une nouvelle célébration picturale.

Il est ambitieux, jeune et lorsqu’il découvre Paris en 1900 c’est l’effervescence. La Capitale est envahie, c’est l’exposition universelle, Guimard a déjà posé ses plaques émaillées sur la première ligne du métropolitain. Au Grand Palais, il découvre les œuvres de Rodin, de Toulouse-Lautrec, de Cézanne, de Renoir, de Van Gogh, il est ébahi. Mais il est orgueilleux. Sûr de son talent, il souhaite se mesurer à eux. Il n’a aucun complexe. Confiant, sa mémoire visuelle résonne en lui comme une méthode infaillible. Par sa réussite, ses prouesses, sa virtuosité, il surpassera ses pairs. C’est une question de temps. D’argent aussi car il en manque. La vie de bohème se dessine. Les jours sont durs. Sa période bleue est un désastre économique. Sa série est invendable à l’époque. Mais il s’installe au cœur de Montmartre au Bateau-Lavoir. Il s’y trouve un atelier et travaille dans ce vrai « foutoir ». Il y rencontre Fernande. Ils partageront leur vie quelques années.

Il adhère au Parti Communiste en 1944 et publie un article dans le journal l’Humanité. Il y décrit son engagement en faisant notamment référence à la lutte courageuse des résistants communistes français. « Cette lutte qui mène au bonheur de l’homme ». C’est un farouche opposant à la guerre. Un humaniste convaincu et convainquant. En 1949, il peint la célèbre Colombe de la Paix. Cette même colombe qu’Aragon choisira pour illustrer l’affiche du Congrès de la Paix qui s’ouvre à Paris. Il travaillera avec Henri Georges Clouzot pour les besoins du film « Le Mystère Picasso ».

Il écrira des poèmes, une pièce de théâtre, « Le désir attrapé par la queue ». Pierre Reverdy, Albert Camus, de Beauvoir, Sartre, tout ceux qui l’ont côtoyé sont ses amis ou ses admirateurs. Aujourd’hui encore, la côte de cet artiste hors du commun est exceptionnelle. Unique en son genre. Les collectionneurs du monde entier s’arrachent ses œuvres à prix d’or. Pablo restera un artiste rare, précieux. C’est une icône du XXème siècle. La plus populaire, probablement.

Hector Calchas

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 20:42
Portrait d'Eluard par Dora Maar

Portrait d'Eluard par Dora Maar

Eugène Grindel dit Paul Eluard (1895-1952) est né à Saint-Denis, en région parisienne. Écrivain, portraitiste, il fait des études honorables malgré des problèmes de santé. Il s’en remettra très vite. Sa nature est courageuse, forte, résistante. Son amour pour les mots lui vient très tôt. Il s’enrichit des vers de Baudelaire ou de Lautréamont. Son destin est déjà tout tracé. Il sera poète … comme ses idoles, avec l’amour comme fer de lance. Pour Paul, seul l’amour guide une existence. Cet adorateur des mots se délecte de leur puissance poétique mais certains d’entre eux restent à combattre coûte que coûte !

Le racisme, le colonialisme, l’antisémitisme ces mots si laids de sens sont invariablement à proscrire.  

Paul est grand, charmant, majestueux, élégant, c’est un dandy des temps modernes, il est taillé pour aimer, non pour haïr. « C’était un prince populaire » dira de lui un de ses amis. Dès 1926, il adhère au Parti Communiste. Il n’est guidé que par sa force intérieure, résistante aux maux. Il sera résistant, révolutionnaire, la lutte, toutes les luttes seront toujours nécessaires. La peinture, le cinéma, la littérature, le nourrissent. Pour chaque tableau qu’il découvre, il écrit un poème (Les Mains Libres.) Pour chaque instant intensément vécu il en écrit mille autres.

« La poésie, seulement la poésie ».

Après les désillusions de la première guerre mondiale, Paul se découvre l’ambition surréaliste de créer un nouveau monde, un autre monde où l’amour, la solidarité, les idéaux perdus renaissent avec force. Le surréalisme comme étendard de penser qui travaille à mettre au jour la conscience de l’homme, qui travaille à réduire les différences qui existent entre les hommes. Il refuse de servir un ordre absurde basé sur l’inégalité, la duperie et la lâcheté. Après que Gala l’eût quitté pour Salvador Dali, il organise dans le plus grand secret son tour du monde. Il est tourmenté et se ressource dans la solitude, dans la quiétude de la liberté. On peut le rencontrer à Papeete, puis plus tard à Brisbane.

Son exil ne va durer que quelques mois. Sa renaissance, il la trouvera en se jetant dans le travail. « Les poètes sont des hommes comme les autres ». Militant convaincu, il écrit beaucoup, énormément, inlassablement. Actif, acteur du monde qui l’entoure, il travaille aussi dans la clandestinité. On le publie régulièrement et parfois sous un pseudonyme. C’est un bourreau de travail. Phobique en voiture, son intrépidité naturelle le pousse à surmonter ses peurs. Il voyage. On peut le rencontrer à Strasbourg, à Cannes où il retrouve Picasso à Juan-les-Pins.

Poète engagé, poète résistant, poète communiste, poète de l’amour, de l’effusion intérieure, il est intrinsèquement humain et veut servir la cause des plus déshérités.

Il rêve d’une société meilleure. C’est un homme « pur ».

Et puis il est avec Nusch, sa muse, sa passion amoureuse.  Cette artiste merveilleuse. Mais les belles heures ne durent qu’un temps. Maria Benz dite Nusch décède subitement. On le croit de nouveau perdu. Une rencontre inopinée modifiera les choses. « Un ami, une amie, et le monde recommence » écrira-t-il ensuite.

Reste une nécessité … Aimer inconditionnellement Paul Eluard, sa vie, son œuvre, lui qui conjuguait si bien l’Art et l’Amour au présent.

Pour Nusch il écrira « Liberté »: 

 

Sur l’absence sans désir

Sur la solitude nue

Sur les marches de la mort

J’écris ton nom

 

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.

Hector Calchas

Représentation du poème d'Eluard Liberté, peinture sur toile par Fernand Léger

Représentation du poème d'Eluard Liberté, peinture sur toile par Fernand Léger

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 04:30
COMMUNIST'ART: Elio Petri, le cinéaste renégat - par Andréa Lauro
Elio Petri photo Festival de Cannes

Elio Petri photo Festival de Cannes

Elio Petri, le cinéaste renégat.

En Italie, le cinéma « politique » ou « d'engagement civil » démarre en 1962 avec le film  Salvatore Giuliano de Francesco Rosi  et termine en 1976 brusquement avec le film Todo Modo de Elio Petri. Ironie du sort, ce film qui scella la fin d'une saison exceptionnelle du cinéma italien est dû au réalisateur qui avait le plus contribué à la rendre grande. Elio Petri naît à Rome le 29 janvier 1929.

Fils unique, d'une famille d'artisans, il passe une enfance que lui-même définirait comme malheureuse. Nourri par l'éducation catholique et répressive donnée par sa grand-mère, encore adolescent, il adhère à la fédération des jeunes du Parti Communiste. Religion et politique, donc, travaillent dans un système de valeurs complexe et conflictuel.

Sa première approche avec le cinéma n'est pas à la caméra, mais à la machine à écrire. Il s'exerce, en effet, dans la critique, en collaborant auparavant avec L'Unità (organe officiel du Parti Communiste Italien jusqu'en 1991) puis avec Città Aperta, la revue d’un groupe d’artistes et de littéraires qui ont quitté le PCI après les événements de Hongrie, publiée en 1957-1958.

Sur les pages de cette revue il écrivait :

« Le Néoréalisme s’il n’est pas entendu comme large besoin de recherche et d’enquête, mais comme véritable tendance poétique, ne nous intéresse plus. La lugubre Italie née des compromis de l’après-guerre ne peut plus être abordée avec la candeur implicitement chrétienne du Néoréalisme : des histoires et des images plus pertinentes aux lacérations morales que la Restauration capitaliste - accomplie sur des nouvelles bases pour le pays – a accompli dans les consciences. Il faut faire face aux mythes modernes, aux incohérences, avec la corruption, avec des exemples magnifiques d'héroïsmes inutiles, avec les sursauts de la morale : il faut savoir et pouvoir représenter tout cela ».

Dans cette période Elio travaille comme scénariste, entre autres, pour Giuseppe De Santis (réalisateur de Riso Amaro) qu'il définissait son unique maître.

 

L'assassin, d'Elio Petri avec Marcello Mastroianni  et Micheline Presle (1961)

L'assassin, d'Elio Petri avec Marcello Mastroianni et Micheline Presle (1961)

"I giorni contati" d'Elio Petri (Les Jours comptés): 1962

"I giorni contati" d'Elio Petri (Les Jours comptés): 1962

A ciascuno il suo (1967)

A ciascuno il suo (1967)

Son parcours artistique change à partir de la rencontre avec Marcello Mastroianni.

Pas encore entiché de Federico Fellini, Marcello devient tout de suite ami avec Petri et, pour lui, il joue le rôle de l'antiquaire Alfredo Martelli, personnage principal du premier long-métrage du cinéaste romain: L'assassin (1961).

Même s'il manque encore de maturité et de maîtrise, le style de ce film annonce des thèmes caractéristiques du cinéma de Petri: la passion pour le genre policier, l'attention pour l'enquête de faits et les gens, mais surtout un néoréalisme dans lequel la réalité n'est plus représentée de manière directe, mais sous un tour grotesque et paradoxal. Une idée du cinéma qu'il mûrira au cours des années 60.

En 1962 sort I giorni contati (Les jours comptés), un récit d’une douloureuse actualité, avec un extraordinaire Salvo Randone.

En 1963, Petri tourne Il maestro di Vigevano avec le monumental Alberto Sordi, un film dramatique traité de façon grotesque.

Avec La decima vittima (La dixième victime) en 1965, joué par le duo Ursula Andress et Marcello Mastroianni, son cinéma s'enrichit de digressions de science-fiction. 

Ensuite le cinéaste rencontre l’œuvre littéraire de Leonardo Sciascia et la force expressive de l'acteur Gian Maria Volonté.

Dans le film A ciascuno il suo (A chacun son dû, 1967), les rapports entre mafia, église et classe politique, notamment avec la Démocratie Chrétienne, sont montrés à travers un langage cinématographique agressif, mais qui reste toujours très lucide. Le film gagne le prix du scénario au Festival de Cannes.

Il réalise en 1968 Un Tranquillo Posto di Campagna dont le sujet a été écrit en 1962 avec Tonino Guerra. Le film est le portrait d’un artiste intellectuel bourgeois et de sa scission schizophrénique.

Suite à ce film débute la période la plus importante pour sa carrière, avec Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto (1970): Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon.

Schizophrène, effronté, urticant, le film est un poing direct à l'estomac des bien-pensants. Le style est baroque, la trame est à la fois absurde, sinistre et plausible. La caméra suit, en effet, les traces d'un "Docteur" dont on ne connaît pas le vrai nom, un dirigeant de police (G.M. Volonté) qui, après avoir tué sa propre amante, rien ne fait pas pour se cacher. Au contraire, il dissémine sur la scène du délit des indices de sa culpabilité, convaincu que la condition d'homme de l'État suffira à le protéger de toute accusation. Un délire d'omnipotence que la fin, ouverte, semble confirmer. Porté par le scénario d'Ugo Pirro et la musique d'Ennio Morricone, le film gagne l'Oscar du meilleur film étranger et le Prix spécial du jury à Cannes, mais il attire une vague de critiques aussi. Nombreux, en effet, y lisent une claire référence à la mort de l'anarchiste Giuseppe Pinelli et à la figure du commissaire Luigi Calabresi. À côté de ceux-ci qui saluent l’œuvre comme une nouvelle respiration de démocratie pour l'Italie, certains voient l'attaque directe contre la Justice et la Police et accusent Petri de vouloir profiter de la chronique politique de l'époque.

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d'Elio Petri (1970)

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d'Elio Petri (1970)

" La classe operaia va in paradiso"- "La classe ouvrière va au paradis", 1971

" La classe operaia va in paradiso"- "La classe ouvrière va au paradis", 1971

Si avec Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto les critiques les plus féroces étaient arrivées des milieux de centre-droit, avec La classe operaia va in paradiso (La classe ouvrière va au paradis,1971) c'est le tour de la gauche de réagir.

Le film ne rend pas l'image de la classe ouvrière que le PCI aurait attendu d'"un camarade". En donnant corps et mot à l'ouvrier mutilé Ludovico Masso, dit Lulù, l'interprétation de Gian Maria Volonté, en effet, dénonce l'horreur des chaînes de montage et d'une usine devenue pure aliénation.

Petri creuse aussi dans les distorsions d'un syndicalisme hypocrite et décrit les mouvements étudiants de gauche comme des hordes de moulins à paroles. Un outrage insupportable pour la "contre-culture" italienne. À l'étranger cependant l'originalité absolue de la lecture marxiste du metteur en scène italien plaît. Au vingt-et-unième festival de Cannes, Elio Petri remporte le Grand Prix ex aequo avec Il caso Mattei di Francesco Rosi dans lequel joue également Volonté, honoré d'une mention spéciale. 

Après avoir analysé le pouvoir et le travail, en 1973, Petri complète la trilogie de la névrose avec l'argent.

Dans le film La proprietà non è più un furto (La propiété n'est plus le vol), le personnage principal (Flavio Bucci) est un employé de banque qui vit une allergie physique à l’argent liquide, cache un mépris pour tout ce qui est symbole capitaliste, à commencer par la banque même. Après avoir démissionné, il décide de tourmenter la vie d’un boucher grossier et riche (Ugo Tognazzi), en le frappant là où il fait le plus mal, en lui volant ses affaires, et en lui faisant des crasses de diverses natures. Le conflit entre les deux se résoudra par des résultats dramatiques.

En 1976 Petri porte sur le grand écran un autre roman de Leonardo Sciascia: Todo Modo, publié deux ans auparavant.

Centré autour d'un groupe d'hommes politiques qui se cachent dans un hôtel qui tient en même temps de l'ermitage et de la prison, le film est un procès explicite de la Démocratie Chrétienne. À côté d'un Mastroianni diabolique nous trouvons l'ombre d'Aldo Moro (G.M. Volonté). Même si elle dissimulée sous l'anonymat d'un M., la figure du président décalque mots, œuvres et omissions du juriste démocrate-chrétien. En creusant ses propres origines et celles de son cinéma, Petri teint de policier et d'absurde le plus pasolinien de ses films. Le film est une violente mise en accusation de la Démocratie Chrétienne que le cinéaste dénonce comme corrompue.

Mais Todo Modo est surtout un film maudit. A sa sortie en salle, le film s'attire des critiques très négatives venues de tous les bords politiques.

Démocratie Chrétienne et Parti Communiste sont en train de travailler au "compromis historique" et ce film, qui éclaire les contradictions et travers du principal parti national, est vu comme un problème. Retiré de l'affiche en moins d'un mois, il semble donc destiné à l'oubli. Cependant, le film émerge peu de mois après.

Dans le film, en effet, une prophétie inquiétante peut être identifiée postérieurement. Dans les minutes finales, Petri porte en scène l'exécution du Président, fusillé par son chauffeur pendant qu'à genou il implore pitié. Quand le 9 mai 1978, rue Caetani, est retrouvé le corps de Moro criblé de 12 balles, les images du film deviennent un sinistre présage. Petri est accusé d'avoir incité les terroristes à passer à l'acte, d'avoir d'une façon ou d'une autre porté à l'enlèvement et à l'exécution de l'ancien président du Conseil. Le cinéma politique est mort et l'image de son promoteur totalement compromise.

Dans les années suivantes il trouve un peu de place à la télévision et il signe le pessimiste Buone notizie (1979). Il met en scène une adaptation des Mains sales de J.P Sartre avec M. Mastroianni.  

Sciascia le défend, en justifiant la nécessité de ce Todo Modo et en soulignant la distance des intentions artistiques d'Elio Petri avec la propagande des Brigades Rouges. Le réalisateur fait de même en confirmant son propre mépris envers les auteurs de ce meurtre horrible, sans renier son œuvre, jusqu'à sa mort.

Le 10 décembre 1982, à seulement 53 ans, Elio Petri s'éteint, épuisé par un cancer.

Il sera presque totalement oublié pendant deux décennies, jusqu'à 2005 quand un petit groupe de jeunes réalisateurs présente au festival de Venise le film-documentaire Elio Petri – appunti su un autore, une œuvre touchante qui a permit de redécouvrir cet incroyable cinéaste militant.

Andréa Lauro

 

Lire aussi:

COMMUNIST'ART: Mario Monicelli, cinéaste italien, auteur de Les camarades (1963)

Portrait - Andréa : un italien à Morlaix

 

COMMUNIST'ART: Elio Petri, le cinéaste renégat - par Andréa Lauro
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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 08:09
Archives PCF de guerre froide: libérons la France du Pacte Atlantique!
Archives PCF de guerre froide: libérons la France du Pacte Atlantique!

Merci à Christine Bernas pour le don au PCF Morlaix de ces tracts qu'avait conservés son père, militant communiste.

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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 07:52
Archives PCF de guerre froide: Non la France ne sera pas une nouvelle Corée! Les Américains en Amérique! - tract PCF avec un dessin de Paul Gillis
Archives PCF de guerre froide: Non la France ne sera pas une nouvelle Corée! Les Américains en Amérique! - tract PCF avec un dessin de Paul Gillis

Merci à Christine Bernas pour le don au PCF Morlaix de ces tracts qu'avait conservés son père, militant communiste.

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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 07:33
Archives: PCF de guerre froide: le surarmement, c'est la hausse des prix: quand les casernes se remplissent les porte-monnaie se vident! Tract avec un dessin de Micou
Archives: PCF de guerre froide: le surarmement, c'est la hausse des prix: quand les casernes se remplissent les porte-monnaie se vident! Tract avec un dessin de Micou

Merci à Christine Bernas pour le don au PCF Morlaix de ces tracts qu'avait conservés son père, militant communiste.

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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 07:26
Archives: tract de 1951 avec un dessin de Fougeron: A bas le fascisme, vive la République! Quand le PCF s'en prenait violemment à De Gaulle et aux partis pro-américains

Archives: tract de 1951 avec un dessin de Fougeron: A bas le fascisme, vive la République! Quand le PCF s'en prenait violemment à De Gaulle et aux partis pro-américains

Archives: tract de 1951 avec un dessin de Fougeron: A bas le fascisme, vive la République! Quand le PCF s'en prenait violemment à De Gaulle et aux partis pro-américains

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 06:29
L'Humanité a 115 ans - lui construire un chemin d'avenir, par Patrick Le Hyaric, 17 avril 2019
L’Humanité a 115 ans 

Il y a 115 ans aujourd’hui l’Humanité imaginé par Jean Jaurès et son ami, le bibliothécaire de l’Ecole Normale Lucien Herr sortait pour la première fois des presses. Le « journal socialiste quotidien » avait alors pour mission de seconder et d’appuyer l’effort d’unification du mouvement ouvrier, éclaté en chapelles et tendances, quand la classe ouvrière gagnait en cohérence et cohésion. Dès les premiers mois et premières années, fidèle à son serment d’indépendance, le journal dû faire face à d’immenses difficultés, manquant de disparaitre à plusieurs reprises. Trait d’union entre les mains ouvrières pour donner à comprendre le monde et pouvoir le transformer, il parvint malgré les difficultés à réaliser ses missions.

La dynamique historique et mondiale du communisme que l’Humanité épousa dès les lendemains du congrès de Tours en 1920, contribua à relancer ce journal qui s’engagea ardemment et souvent en première ligne dans les luttes égalitaires et libératrices du siècle dernier : Front populaire, Résistance, luttes anticoloniales… Acteur de victoires décisives dont la libération de Nelson Mandela, creuset des combats contre le capitalisme dévastateur, l’Humanité a toujours cherché à donner corps et chair au souhait formulé par Jean Jaurès de « travailler à la réalisation de l’humanité ».

L’Humanité renoue aujourd’hui avec ses difficultés originelles, manquant cruellement des ressources nécessaires pour faire vivre, avec l’ambition dont nous ne nous sommes jamais départis, ses titres, son site internet et sa grande fête annuelle. C’est au fond le destin d’un journal de lutte et d’alternative que d’affronter les embuches et les pièges. Mais aujourd’hui ceux-ci redoublent d’intensité. C’est la notion même de pluralisme qui s’effondre devant l’offensive capitalistique dans le secteur des médias et la pusillanimité de la puissance publique. La procédure de redressement judicaire à laquelle nous faisons face en est la traduction inédite et brutale.

Mais nous ne manquons pas d’atouts pour affronter les périls, au premier rang desquels la communauté de nos lecteurs fidèles, précieux, attentifs et dévoués qui contribuent régulièrement à abonder les campagnes de souscriptions indispensables pour assurer notre trésorerie et permettre nos parutions quotidiennes et hebdomadaires. Nous ne saurons jamais assez les en remercier.

Aujourd’hui, dans un secteur de l’information et de la presse écrite chamboulé, L’Humanité, ce trésor du mouvement émancipateur, relai des idées communistes, et foyer des débats critiques, continue d’œuvrer au rassemblement des forces sociales, politiques, syndicales associatives et citoyennes qui refusent la fatalité d’un monde inhumain et travaillent à l’émergence d’un alternative. Garantir la pérennité de ce combat est un travail de longue haleine entamé au cœur des rédactions mais aussi avec nos lecteurs et amis engagés dans la grande campagne d’abonnement que nous venons de lancer et qui commence à porter ses fruits.

L’avenir de l’Humanité est, en somme, l’affaire de toutes et tous. C’est l’utilité de ses combats et l’originalité de ses choix éditoriaux qui doivent permettre sa diffusion la plus large possible, notamment auprès des jeunes générations avides de construire un monde d’égalité sociale, politique, écologique et démocratique. Notre engagement commun est la plus sûre garantie pour que vive l’Humanité et souffler avec elle de nombreuses autres bougies d’anniversaire.
Éditorial. Un chemin d’avenir pour l’Humanité
Jeudi, 18 Avril, 2019

L’Humanité fête aujourd’hui ses 115 ans en affrontant de redoutables difficultés financières. Ce n’est certes pas la première fois qu’elle combat pour sa survie, de l’appel poignant de Jean Jaurès, le 5 octobre 1906, contre le « déficit qui nous écrase », à celui de Marcel Cachin, en 1929, quand le gouvernement d’alors prend « l’Humanité à la gorge », en passant par celui de Roland Leroy alors que s’avance « une crise de la presse ». À chaque fois, les lectrices et lecteurs, des syndicats, des mutuelles, des associations, des personnalités diverses, les organisations communistes se sont portés au chevet du journal, lui permettant de continuer à vivre.

C’est la force de l’Humanité d’être ainsi adossée à une force militante et, plus généralement, au mouvement populaire et culturel. Elle se manifeste en ce moment même avec une collecte de souscriptions qui dépasse 2,2 millions d’euros depuis la mi-janvier, la réalisation de plus de 4 000 nouveaux abonnements, une augmentation de 3 % des ventes chez les marchands de journaux, l’organisation dans tous les départements de rencontres festives, banquets et débats publics sur l’utilité de la lecture de nos journaux.

Cet effort doit être poursuivi et amplifié. Être placé sous la protection du tribunal de commerce et devoir présenter un « plan de redressement » n’a rien de banal. Le contexte de production des journaux est bouleversé : pillage des contenus par les géants du numérique combiné à la baisse drastique des recettes publicitaires, augmentation régulière des coûts de production, baisse des recettes de ventes et d’abonnements, mutation profonde du secteur de la presse entre concentrations et rachats par des puissances industrielles et financières extérieures à la France, changement des modes de lecture de l’information avec les développements numériques, crise de la distribution, diminution depuis neuf ans des aides publiques au titre de quotidien à faibles ressources publicitaires.

C’est dans cet environnement hostile que doit se mouvoir, se débattre et combattre l’Humanité, seul organe de presse quotidienne nationale non adossé à un groupe financier ou industriel. Ce contexte oblige l’Humanité à se réinventer pour être plus et mieux au service des combats des peuples pour leur émancipation, porter la voix des invisibles, promouvoir l’unité populaire contre les divisions et la guerre organisée de tous contre tous, faire circuler les idées alternatives et animer l’offensive contre les idées néoconservatrices et d’extrême droite.

Pour être plus efficace, les rédactions de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche vont travailler ensemble pour alimenter chacun de nos supports, à commencer par la plateforme numérique appelée à être plus réactive. L’Humanité décryptera les informations et devrait accueillir plus de reportages. L’Humanité Dimanche s’attachera à donner plus de recul, plus de profondeur aux sujets sociaux, politiques, culturels, internationaux, tout en étant plus proche de la vie quotidienne.

Notre objectif est de mieux servir les lectrices et lecteurs, tout en se lançant l’impérieux défi de conquérir un lectorat nouveau. Nous tentons également de créer pour les prochains mois une « plateforme collaborative » sur les enjeux du travail, avec la participation de syndicalistes, de salariés, d’une multitude de penseurs et de chercheurs de différentes disciplines.

115 ans, c’est l’heure pour l’Humanité de surmonter ses lourdes difficultés et de tracer de nouveaux chemins pour son avenir. Le combat est difficile. L’amplification de la campagne de dons et la proposition faite à chacune et chacun de réaliser un abonnement vont permettre d’ouvrir la voie du redressement. L’Humanité a un avenir grâce à son indépendance et sa spécificité de journal de création communiste, hérité d’une histoire riche au service de la classe ouvrière, des créateurs, de la souveraineté populaire et de la paix. Le mouvement populaire a plus que jamais besoin de l’Humanité, car, comme l’écrivait Jaurès, « la réalisation de l’humanité » est plus que jamais à l’ordre du jour.

Par Patrick Le Hyaric Directeur de l’Humanité
Patrick Le Hyaric à Roscoff avec Glenn Le Saoût et Cindérella Bernard, candidats aux Européennes du PCF comme lui, et le propriétaire du restaurant bar C'est ici sur le Port de Plaisance

Patrick Le Hyaric à Roscoff avec Glenn Le Saoût et Cindérella Bernard, candidats aux Européennes du PCF comme lui, et le propriétaire du restaurant bar C'est ici sur le Port de Plaisance

L'Humanité a 115 ans - lui construire un chemin d'avenir, par Patrick Le Hyaric, 17 avril 2019
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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 05:47
Cécile Rol-Tanguy fête ses 100 ans ce 10 avril! Hommage à cette communiste résistante, passeuse de mémoire, femme d'Henri Rol-Tanguy!

Cécile ROL-TANGUY a 100 ans aujourd'hui!
Bon anniversaire, chère Cécile, merci votre passé de résistante, et pour votre engagement sans faille au service de la liberté et de la justice sociale.

Cécile Rol-Tanguy, née Marguerite Le Bihan le 10 avril 1919 à Royan, est une résistante française.

Elle est la fille de François Le Bihan, syndicaliste, cofondateur du Parti communiste français (PCF), déporté à Auschwitz dans le convoi des 45000, et de Germaine Jaganet.

Après l'obtention de son brevet élémentaire à 16 ans, elle est formée au métier de sténodactylographe et suit un stage au secrétariat administratif du
syndicat Confédération générale du travail (CGT) de la Compagnie parisienne de
distribution d'électricité (CDPE). En novembre 1936, elle est engagée au syndicat des métaux CGT d'Île-de-France, dont le secrétaire n'est autre qu'Henri Tanguy.
Elle milite à l'Union des jeunes filles de France et participe à des réunions du Comité d'aide à l'Espagne républicaine, où elle fait connaissance avec Tanguy.
En janvier 1938, ils se fréquentent, puis, en 1937, alors qu'il participe à la guerre d'Espagne, elle devient sa marraine de guerre. Après son retour en France fin 1938, le 19 avril
1939, ils se marient. Ils auront cinq enfants : Hélène, universitaire, Jean, journaliste, Claire et Francis, haut fonctionnaire; ainsi que Françoise, morte en bas âge. Entre-temps, le 1er janvier 1938, elle adhère au PCF.
Au début de juillet 1940, elle entre dans la clandestinité ; Henri, une fois démobilisé, la rejoint à Paris. Elle devient agent de liaison et prend les surnoms de « Jeanne », « Yvette » et
« Lucie ». Seul Maillard connaît leur véritable nom et leur adresse.
C'est elle qui, notamment, informe Jean-Pierre Timbaud qu'il est recherché. Elle cache des armes dans le
landau de ses enfants. Le 19 août 1944, elle rédige, sous la dictée d'Henri,
l'appel à l'insurrection des Parisiens.
Le 26 août, elle assiste au défilé du général de Gaulle sur les Champs-Élysées.
Cécile Rol Tanguy devient co-présidente de l’association Les Amis des combattants de
l'Espagne république, ACER, dont sa fille, Claire, deviendra Secrétaire
générale. Elle prend l'engagement, avec son mari, de rester adhérente du PCF et abonnée à L'Humanité jusqu'à sa mort. Henri Rol-Tanguy meurt en 2002.
En janvier 2014, elle salue avec Odette Nilès dans une tribune dans Le Monde la décision du transfert des cendres de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay au Panthéon.
Le 27 mai 2014, elle participe aux
commémorations organisées à l'occasion de la journée nationale de la Résistance.

Catherine Vieu Charier (PCF Paris)

Cécile Rol-Tanguy fête ses 100 ans ce 10 avril! Hommage à cette communiste résistante, passeuse de mémoire, femme d'Henri Rol-Tanguy!

Cécile Rol-Tanguy fête ses 100 ans, ce 10 avril !

Sa vie tout entière a été consacrée au combat pour le peuple de France et l’émancipation humaine.

Issue d’une famille communiste, engagée dans les luttes sociales et antifascistes des années 1930, elle adhère au PCF en 1938.

Durant l’Occupation hitlérienne, au côté d’Henri Rol-Tanguy, futur chef régional des FFI d’Île-de-France, Cécile participe activement aux actions de la Résistance. Ce qui lui vaut d’être aujourd’hui médaillée de la Résistance et officier de la Légion d’honneur.

Après la Libération, elle poursuit son combat à l’Union des femmes françaises, ainsi que sur divers fronts, notamment celui de la mémoire des antifascistes et des résistants.

Le PCF est fier de compter dans ses rangs une telle combattante ayant marqué l’histoire de notre pays, et de lui rendre hommage le jour de son centième anniversaire.

Son engagement est un exemple pour toutes les générations de militantes et militants communistes.

Heureux anniversaire, chère camarade, chère Cécile!

Fabien Roussel,
secrétaire national du PCF, député communiste

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 19:25
Portrait - Andréa : un italien à Morlaix
Portrait - Andréa : un italien à Morlaix
Portrait - Andréa : un italien à Morlaix
Portrait - Andréa : un italien à Morlaix
Portrait - Andréa : un italien à Morlaix
Portrait - Andréa : un italien à Morlaix
Portrait - Andréa : un italien à Morlaix
- par Ismaël Dupont

 

Andréa Lauro, qui n'a pas croisé son beau sourire à Morlaix, au Ti Coz, au Tempo, à la Cantine des Sardines, à la Terrasse d'été des Vins du Mur, ou plus sûrement encore au RESAM dont il est salarié depuis 2017 ou à La Salamandre qu'il fréquente assidûment depuis trois ans et dont il est le trésorier de l'association ?

Andréa et Ilaria, sa compagne, qui travaille à temps partiel dans un magasin de décoration.

Pour ma part, j'ai eu envie de connaître davantage le parcours Andréa il y a déjà deux ou trois ans quand j'ai fait sa connaissance à la Cantine des sardines, charmé par sa gentillesse et sa culture historique et cinématographique très riche, par le style de vie de l'Italie qu'il porte en héritage et que nous affectionnons particulièrement, et par quelques mots qu'il m'avait confiés autour d'un verre à la boom de la Cantine des sardines avec Marc-André dit Marco comme DJ sur son engagement communiste à Rifondazione comunista en Lombardie.

Je me disais qu'il serait passionnant d'en apprendre plus sur son parcours, les circonstances de son engagement, sur sa vision de la vie politique et de l'histoire italiennes, sur sa perception de la France et de Morlaix.

Puis, on laisse passer le temps, on s'affaire à autre chose, mais heureusement, je le revois dernièrement pour discuter films italiens engagés lors de la projection des « Camarades » de Municelli le jeudi 28 mars à La Salamandre et j'ai eu l'idée de lui demander de finaliser ma proposition d'interview dimanche 31 mars. Finalement, nous avons passé quatre heures passionnantes à échanger à l'Aurore et au Ti Coz: une fin d'après-midi dominicale paresseuse transformée en exploration spatio-temporelle et politico-culturelle passionnante. 

Avant d'arriver à Morlaix, Andréa vivait au milieu des citronniers, des orangeries, des oliviers, dans une maison avec vue sur le lac de Garde entre la plaine de Pô et les Dolomites.

Un lieu de villégiature historique pour la noblesse européenne. L'ascension des montagnes aux alentours offrait une vue magnifique sur les Alpes, et dans le lointain les Apennins. Andréa est un passionné de montagnes, de randonnées, de via ferrata. Il vous raconte avec passion la géologie de ces montagnes couvertes de roche sédimentaire, coquilles d'un océan oublié. Il témoigne qu'au fil de ses années à excursionner dans la montagne au nord de l'Italie, il a pu constater de ses propres yeux la fonte des glaciers, le recul de la neige, phénomènes manifestant la rapidité et l'ampleur du dérèglement climatique.

Il est né dans une vallée industrielle « assez moche » qui avait les défauts de la montagne, l'enclavement, l'éloignement, la difficulté de parcourir les distances, sans avoir ses avantages.

Dans les années 80 un des leaders mondiaux de la production de couverts se trouvait encore dans la petite ville industrielle très polluée où il a grandi, avec plusieurs aciéries, un pourcentage de cancers très élevés. Plus tard, dans le cadre de ses activités militantes communistes, il tentera avec ses camarades de recenser ces cancers dus à la pollution, de convaincre les ouvriers et les habitants de la responsabilité des industriels, mais ce qui est reconnu aujourd'hui, quinze ans après, était difficile à établir et faire valoir à l'époque, la dominante démocrate-chrétienne de la population ouvrière étant à ce moment-là rétive à toute forme de campagne politique pouvant remettre en cause l'emploi.

Andréa et ses camarades de Rifondazione comunista passaient pour des rêveurs et des gauchistes. Les mêmes qui ne les croyaient pas quand ils pointaient la responsabilité des capitalistes et industrielles sur les dégâts pour l'environnement et la santé accusent aujourd'hui les "politiques" en général de n'avoir rien fait et d'être tous pourris, votent pour le mouvement populiste Cinq Étoiles comme certains vont aux Gilets Jaunes en mettant tous les politiques dans le même panier alors qu'ils ne votaient pas ou ne se battaient pas avant, ou pire, votaient pour la droite et les libéraux.

Cette région de Lombardie, au nord de Milan, est plutôt traditionnellement de droite.

Il n'est pas rare, m'apprend Andréa, que dans certaines petites communes la Ligue du Nord obtienne jusqu'à 80 % des voix. Hors les villes, souvent plus progressistes, les régions de Venise et de Milan étaient des fiefs de la démocratie-chrétienne. Les électeurs ont voté majoritairement contre la légalisation du divorce et de l'avortement dans ces régions lors des référendums. La région de Turin était plus équilibrée politiquement, mais moins progressiste néanmoins que ces régions rouges qu'était la Toscane (avec pour capitale Florence), l'Ombrie (Assise) et l'Emilie-Romagne (Bologne). A Rome et dans sa région, l'extrême-droite côtoyait et fait face toujours à une gauche encore présente. Dans les Pouilles (Lecce, Bari), les électeurs pouvaient élire comme gouverneur régional un communiste, homosexuel déclaré, comme Nichi Vendola (président de la région de Pouilles de 2005 à 2015, membre de Rifondazione comunista puis de Gauche, Ecologie et liberté ) pour lequel Andréa a eu l'occasion de voter à des élections nationales. A Naples et dans sa région, le centre-gauche était assez fort, tandis qu'en Sicile, un mouvement contestataire d'origine paysanne et à dimension sociale coexistait avec l'influence conservatrice de la mafia. La mafia est partout en Italie, dit Andréa, elle produit ses profits illégaux au sud et les blanchit au nord en les investissant. 

Pour Andréa, il ne fait aucun doute qu'en 1945, après une longue période fasciste de 20 ans en Italie, et en vertu du poids de la résistance communiste, les communistes auraient pu arriver au pouvoir en Italie, dans une configuration de rassemblement du type Front Populaire.

Cela, dans un contexte de guerre froide en germe, les Américains n'en voulaient absolument pas et ils se sont pour cela appuyés sur le pouvoir de la mafia, les anciens de l'administration fasciste, l’Église réactionnaire et largement compromise dans sa majorité avec le pouvoir fasciste, pour faire échec à cette expérience progressiste démocratique.

Andréa rappelle aussi que le film du cinéaste de gauche proche du Parti Communiste Italien Francesco Rosi « Il caso Mattéi », L'Affaire Mattéi (palme d'or au festival de Cannes en 1972) montre combien l'influence des intérêts américains a continué à peser sur la vie politique italienne, avec l'assassinat en 1956 de ce leader démocrate-chrétien qui pourrait avoir été assassiné pour avoir voulu assurer l'indépendance énergétique de l'Italie, sans passer par les « sept sœurs », les grandes compagnies pétrolières occidentales, mais en nouant alliance directement avec des pays arabes. Là encore, la mafia s'est peut-être retrouvée étroitement mêlée aux intérêts économiques et stratégiques américains.

Andréa a une vision très critique de l'influence politique de l’Église en Italie. Les prêtres, dans leur majorité, appelaient clairement à ne pas voter communiste, même à des concitoyens croyants et tentés par ce vote : « dans l'isoloir, Dieu vous voit, Staline non ! ». Pendant la période fasciste, « pour un prêtre résistant, il y en avait neuf qui soutenaient le régime fasciste ou étaient proches de lui», nous dit Andréa. « L'église, c'est un peu comme le patronat pour moi. Quand il y a eut des moments historiques fatidiques, l’Église a choisi son camp de manière très claire du côté des fascistes contre les forces de progrès social. Hitler a été plébiscité dans la Bavière très catholique ».

Dans la ville de naissance d'Andréa, le paternalisme règne. Le patron de l'usine principale a créé l'école maternelle municipale gérée par les religieuses. Les conditions à l'usine sont dures, les contremaîtres règnent en maîtres, les gens respirent le coton. Dans la famille maternelle d'Andréa, on travaille dans ces usines textile. Le grand-père d'Andréa gérait lui un élevage intégré de poulets et vivait dans une grande maison collective avec plusieurs familles d'ouvriers agricoles.

Andréa est né en 1975. Son père est géomètre, et deviendra pour finir gérant de l'entreprise de bâtiment pour laquelle il a travaillé pendant 40 ans. Il construit des routes, des places, travaille pour les aciéries. Sa mère a fait ses études avec les Bonnes sœurs à Milan et travaille comme infirmière dans cette ville de Villanueva à l'entrée de la vallée industrielle de Vallee Sabbia.

Le chef-lieu du département est Brescia où a eu lieu le massacre de Piazza Loggia : en 1974, une bombe placée par l'extrême-droite causant la mort de 8 personnes et faisant 102 blessés, parmi les manifestants de gauche défilant à l'appel des syndicats et du comité anti-fasciste.

Sinistre écho au massacre de la Piazza Fontana à Milan en 1969, avant le massacre de la gare de Bologne en 1980.

Trois grands attentats terroristes extrêmement meurtriers organisés par l'extrême-droite, avec sous doute une complicité de l’État, qui illustrent pour Andréa Lauro « la stratégie de la tension » utilisée par le pouvoir pendant les années de plomb où dans le sillage de mai 68, et d'un mouvement communiste et révolutionnaire qui devenait de plus en plus fort en Italie, il fallait à tout pris empêcher cette gauche qui pouvait ouvrir un chemin de communisme européen démocratique original dans un temps de paix d'arriver au pouvoir, fusse en s'appuyant sur l'extrême-droite fasciste, des attentats faussement attribués à l'extrême-gauche, une partialité de la police contre les militants de gauche et en faveur des militants d'extrême-droite.

La violence des Brigades Rouges, qui s'est dirigée contre des représentants de l’État, de l'appareil répressif et du patronat, a été une réponse, mauvaise sans doute, à ce climat de violence d'extrême-droite plus ou moins couvert ou organisé par l’État.

Le commissaire Luigi Calabresi tué par la formation d'extrême-gauche Lotta Continua en 1972 était par exemple impliqué dans la défenestration d'un anarchiste au commissariat de Milan et dans l'incarcération et le tabassage de révolutionnaires de gauche suite à l'enquête pour Piazza Fontana. Les organisateurs de ces attentats d'extrême-droite n'ont jamais été inquiétés, certains se sont présentés en politique avec la droite berlusconienne, un des responsables du massacre de Pizza Loggia vit tranquillement au Japon, havre traditionnel pour des militants d'extrême-droite.

Cette "stratégie de la tension" organisée par de hauts responsables politiques qui n'ont jamais été clairement mis en cause a réussi à faire gagner la droite. Aujourd'hui, en Italie, le niveau d'inculture historique et de lessivage-rinçage des cerveaux est tel nous dit Andréa que dans une école de journalismes on peut attribuer le massacre de la Piazza Fontana aux Brigades Rouges, ou aux islamistes (!!!) plutôt qu'à l'extrême-droite, voire à l’État, qui l'a planifié. La Démocratie-Chrétienne à cette époque regardait d'un œil favorable les régimes autoritaires de droite réactionnaire d'Amérique du Sud, comme la CDU, en Allemagne, rappelle Andréa. Un socialiste de droite comme Craxi, partisan de la co-gestion avec la droite, l'espèce de « Manuel Valls italien de l'époque » selon Andréa, jamais avare d'un coup bas contre la gauche révolutionnaire et réellement progressiste, va dégoûter quelqu'un comme Monicelli du Parti Socialiste et l'amener à se rapprocher des communistes.

Andréa a obtenu un bac technique agricole, fait des études d'agronomie à Milan, dirigeant alors plutôt son intérêt vers une agriculture biologique qui n'était pas très reconnue à l'époque. Puis il va étudier la gestion forestière à Padoue, une ville progressiste, celle de Galilée et de la première grande université européenne, qu'il a beaucoup aimée.

Ne voulant pas faire de service militaire par principe moral et politique, il accomplit un service civique de 10 mois dans sa commune avec des personnes âgées, des jeunes. A 23 ans, en 1998, il travaille comme ouvrier agricole, puis renforce sa spécialisation en agriculture biologique, et commence à travailler dans une association de promotion de l'agriculture biologique à la fin du gouvernement de gauche, qui commence à la promouvoir, avant que Berlusconi et son ministre romain de l'agriculture Alemanno ne mettent fin à l'encouragement à l'essor de l'agriculture biologique. Andréa travaille alors avec une communauté de communes de montagne pour la diffusion des pratiques d'agriculture biologique et leur certification. En 2007, il travaille avec un groupe d'action locale (GAL) pour les fonds européens Leader pour le développement rural, comme chargé de mission, en réalité auto-entrepreneur précaire, collaborateur indépendant et dépendant. "Tu as toute la responsabilité sur toi". Dans ce cadre, Andréa pense le développement rural par plusieurs prismes: tourisme, tourisme insolite, associations, coopératives.

Quand je lui demande comment et suivant quelles étapes se sont forgées ses convictions et ses engagements politiques, Andréa Lauro répond:

 

"Je ne viens pas d'une famille militante, encartée. Mes parents votaient de manière éclectique, parfois au centre-droit, parfois à gauche. Ils ont néanmoins participé à des campagnes pour le droit à l'avortement et au divorce. A la maison, on voyait des amis divers, de droite et de gauche. Néanmoins, mes parents fréquentaient des homosexuelles déclarées, ce qui était déjà une preuve d'ouverture d'esprit. Ma mère s'est engagée dans un groupe féministe. A l'époque, c'était novateur car c'était un groupe de discussion, de réflexion et d'action non-mixte. Chacun dans sa maison alternativement, les hommes préparaient le goûter puis partaient.  Les enfants allaient dans leurs chambres. Ce groupe féministe était lié à "l'Université des femmes à Vérone". Ma famille était donc sensible à la cause féministe, aux droits fondamentaux.

Mon père était assez anti-clérical. Ma mère avait des blocages religieux mais elle avait des amies lesbiennes, elle avait pris des distances avec l’Église même si elle allait encore à la messe régulièrement. Elle était toujours croyante. Presque tout le monde était baptisé dans notre région, ce n'était pas comme dans ces zones quasi anarchistes de Toscane où il existe un fond culturel anti-clérical.

Pour ma part, après ma communion, à 8 ans, j'ai décidé d'arrêter avec l’Église. J'avais une idée négative de la religion. Je n'aimais pas cette façon de structurer la société et la pensée de l'être humain. Assez jeune déjà, je me sentais rationaliste. Un rationaliste baigné dans l'art qui croyait à la liberté de l'esprit, à la méthode scientifique. Galilée avait pour moi inauguré une façon de se poser les questions vraiment révolutionnaire. L’Église elle n'a eu de cesse de soumettre l'art, et plus encore la science, à la censure. Elle a posé des limites fortes au développement de la science. Pour moi, la rationalité était tout le contraire de quelque chose de rigide, c'était ce qui libérait la créativité, la liberté de l'esprit. C'est en pensant une société rationnelle qu'on peut par exemple prétende s'affranchir des aliénations liées au travail, dues à son exploitation capitaliste. Pour moi, et je l'ai senti assez tôt, le capitalisme est une société irrationnelle.

Dans ma ville de 5000 habitants, il n'y avait qu'une seule fille qui refusait de prendre des cours de religion à l'école primaire. Bientôt je fus le second. J'ai arrêté d'aller à l'église, arrêté le catéchisme après ma première communion. Nous n'étions donc que deux au collège à ne pas suivre de cours de religion. Ma mère avait des amies bonnes sœurs mais elle appartenait à un ordre très progressiste, l'extrême-gauche de l'église, pourrait-on dire, la dernière étape avant la théologie de la libération, et elles ont encouragé ma mère à me laisser exprimer ma volonté. Elles avaient elles aussi des critiques vis-à-vis de la démarche "Caritas": ramener d'Afrique des personnes en détresse pour affaiblir les syndicats en Europe. Aider les gens de manière paternaliste, pour les amener là où nous voulons qu'ils aillent.  Les sœurs m'ont laissé faire mon choix à 8 ans...

Au collège, j'adorais toutes les matières: les sciences, l'histoire de l'art, la littérature. Néanmoins, la littérature n'est pas aujourd'hui la forme d'art que j'affectionne le plus. La forme d'art qui me fascine, depuis mon plus jeune âge, c'est le cinéma. Je n'avais que 6 ou 7 ans quand j'ai eu un choc esthétique devant "2001, l'Odyssée de l'espace"  de Stanley Kubrick.

Intellectuellement, j'ai toujours pensé qu'art et science devait aller ensemble et se nourrir l'un par l'autre.

En géographie, au collège, on devait choisir un État dont on devait mémoriser la carte. J'aurais pu choisir la Belgique, j'ai choisi l'Union Soviétique. Adolescent, je ne croyais pas du tout à la vision manichéenne présentant l'URSS comme le mal absolu et les USA comme l'empire du bien. Pour moi, un système qui produisait une haute culture et une démocratisation de l'art comme l'URSS ne pouvait pas être fondamentalement mauvais.

Dans le cinéma, j'aimais ces cinéastes qui refusaient de donner des dimensions bourgeoises convenues et rassurantes aux formes esthétiques. J'aimais Elio Petri, un cinéaste proche de Visconti et des communistes: "La classe ouvrière va au paradis" (1971), "Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon" (1970). J'adorais l'acteur Gian Maria Volontè (L'affaire Mattéi) , très engagé à gauche, qui avait occupé la biennale de Venise avec des ouvriers. 

Un autre facteur pouvait m'orienter adolescent vers la gauche et le communisme. J'étais dès le collège très intéressé par la question du dérèglement écologique et climatique. J'avais l'intuition que fondamentalement, nous les hommes, on était trop nombreux. Et que les religions ne faisaient qu'amplifier cette surpopulation mondiale empêchant les hommes de vivre bien et durablement sur terre. Je n'étais pas contre le progrès, la science, la technique, mais pour moi il fallait développer lucidement et intelligemment notre technologie: or, l'intérêt économique conduisait à engager un développement des technologies contre l'intérêt humain à moyen et long terme.

En 1989, j'avais 14 ans, ça a été la chute du mur de Berlin. Le PCI faisait son mea culpa, se reniait lui-même. C'était une erreur pour moi. Je ne comprenais pas. Qu'avait-il à se reprocher?

Il n'avait jamais été aligné complètement sur les positions soviétiques, il était critique. S'était battu pour la dignité des travailleurs en Italie, des conquêtes sociales et démocratiques. Et comme il fallait bien avouer Staline était bien le plus grand massacreur de communistes, nous n'avions pas à considérer que le stalinisme enterrait l'idée communiste elle-même. J'éprouvais à l'époque une vraie séduction pour la culture de l'Union Soviétique, le développement époustouflant du cinéma en URSS, la musique classique d'avant-garde soviétique.

Pour moi, c'était les cinéastes soviétiques qui avaient permis au cinéma de devenir un art à part entière. Mikaïl Kalatatozov (Quand passent les cigognes, 1957), Sergueï Eisenstein (Le Cuirassé Potemkine), Andréï Tarkovski, étaient mes dieux dans le domaine du cinéma.

Le côté qui m'intéressait dans les systèmes socialistes, le communisme, c'était surtout le développement de la culture, la liberté d'étudier, de pratiquer les arts, les sports: j'ai connu des cubains et une ukrainienne qui ont vécu en Yougoslavie, et dans le bloc communiste, et qui m'ont confirmé cela.

Pour moi, le mur de Berlin, c'était certes une chose horrible, mais c'était une réponse à la stratégie d'agression et d'encerclement de l'OTAN et du pacte de Varsovie. Il y avait il est vrai des éléments contraires à la liberté dans le système communiste soviétique et les états communistes d'Europe de l'est, mais dans le cadre d'une militarisation contrainte par la situation et en même temps je n'avais aucun doute sur le fait que les forces réactionnaires et bourgeoises en Occident avaient tout fait pour que ne se développe pas une expérience communiste par la voie démocratique et de la paix. La "stratégie de la tension" des années 70-80 en Italie illustrait ça.

Ils avaient voulu restaurer l'influence de la droite par le désordre et la violence, d'abord propagés par l'appareil D’État, la droite et l'extrême-droite, la violence des Brigades Rouges n'ayant été qu'une réponse à cela, et ayant fait beaucoup moins de victimes que les attentats de l'extrême-droite et des cabinets obscurs. Jeune adulte, j'ai eu de la reconnaissance pour Mitterrand d'avoir reconnu ça et d'avoir accueilli des militants d'extrême-gauche italiens liés à ces cycles de violence comme Toni Negri, qui allait devenir professeur en Sorbonne.  J'ai milité avec des gens qui ont connu des contemporains de la lutte armée, avec des gens qui ont disparu dans la clandestinité ces années-là.

Il restera pour moi des éléments positifs à retenir des années de début de pouvoir de Mitterrand: l'asile politique pour les militants de gauche, la tentative de retirer ses subventions publiques à l'école privée et de ne reconnaître qu'une seule école, la fin de la conception de l'homosexualité comme maladie, la suppression de la peine de mort.

Pour ce qui est de l'école privée, j'ai eu de grands débats en Italie avec des copains de gauche. Moi, je suis contre tout financement public et toute participation à l'école privée. Dans le cadre de mon association, on voyait qu'une école privée s'engageait pour le développement des méthodologies alternatives Montessori et le soutien à l'agriculture biologique. Mais pour moi, ça n'a jamais été une raison suffisante pour encourager des enfants à aller dans cette école privée. C'est dans le public que devraient avoir lieu ces expérimentations. Pour moi, l'école privée reste une démarche fondamentalement de droite. C'est pour les écoles publiques que les parents doivent lutter, y compris à l'intérieur, pour les améliorer. Je me souviens d'une soirée animée par une discussion passionnée et violente sur le sujet - en Italie, les débats les plus envenimés sont entre personnes qui partagent pour l'essentiel les mêmes options politiques - et pour la première fois, en interrogeant une copine qui ne disait rien sur ce sujet, je me suis rendu compte que j'avais enfin réussi à créer une majorité. Auparavant, je me disais comme Nani Moretti dans son Journal Intime : "malgré tout, je suis toujours dans la minorité".

1989. J'ai quatorze ans. Je suis maladroit avec les filles, pas du tout dragueur. Je ne sais pas comment me comporter. Je n'aime pas les fringues, la mode. Je ne me sens pas de gauche parce qu'à l'époque être de gauche, dans les images propagées, c'est fume des cigarettes, s'habiller à la mode, être cool, porter des jeans déchirés. Je déteste les gens qui s'habillent à la mode et vivent pour elle. Je déteste cette manière de se vivre révolutionnaire ou révolté qui me paraît pathétique.

Arrivent au pouvoir Berlusconi et la Ligue du Nord. Je participe aux grèves de la gauche étudiante mais je ne me sens pas à l'aise avec eux. Je ne fume pas, ni cigarette, ni haschich, je ne me sens pas dans leur vision de la contre-culture, la gauche se renie, il n'y a plus de vrai parti communiste. C'est une période de confusion absolue. Mais à 19 ans, je vote avec la gauche radicale contre l'introduction du scrutin uninominal dans un système encore dominé par le scrutin de liste et la proportionnelle, seul système vraiment démocratique qui fait passer la représentativité avant la gouvernabilité.

En 1994, donc, Berlusconi gagne. J'ai 19 ans. Dans l'isoloir, je suis dans la confusion la plus totale. Je me considère plutôt avec des valeurs de droite, comparativement au reste de la jeunesse, et je vote au scrutin uninominal pour un candidat de droite, à la proportionnelle pour Rifondazione Comunista.

La cousine de ma mère, féministe elle aussi, me demande: comment peux-tu aimer Kubrick et être de droite?

Petit à petit, je vais commencer à construire une pensée organique de gauche autour de principes: la laïcité, l'athéisme, le rôle négatif de la religion.

Je commence à lire la presse spécialisée sur l'international.

Je découvre l'écrivaine et essayiste indienne de la gauche altermondialiste Arundathi Roy et l'auteur israélienne de gauche sensible à la cause palestinienne Amira Haas, je lis Slavoj Žižek, philosophe communiste et néo-marxiste

Un philosophe d'abord assez isolé dans cette décennie de tiédeur et d'aggiornamento intellectuel libéral continue à nuancer la critique du communisme au nom de la liberté et à dénoncer la violence des riches, à parler de l'actualité de la lutte des classes conte le politiquement correct des idéologies de la fin de l'histoire. Je suis fasciné par son article "Le communisme de Davos".

Et ces phrases de Bertholt Brecht que cite Žižek me marquent beaucoup:

" Aussi écoute : nous savons
Que tu es notre ennemi. C'est pourquoi nous allons
Te coller au mur. Mais, en considération
De tes mérites et de tes bonnes qualités,
A un bon mur, et te fusiller avec
De bonnes balles tirées par de bons fusils
Et t'enterrer avec
Une bonne pelle dans de la bonne terre."
 

Moi aussi, je veux refuser la logique des "belles âmes", les illusions de la conciliation bourgeoise. Je suis fasciné par la révolution française, pas par les girondins, par le jacobinisme, les sans-culottes. Pour moi, la proclamation des droits de l'homme relève d'une démarche révolutionnaire.

Je participe en 2001 aux grandes manifestations altermondialistes et anti-libérales à Gênes à l'occasion du G8. Je vois comme les capitalistes, les États-Unis, et les états qui les servent en valets réussissent à tout manipuler. Nous étions dans l'idée internationaliste de solidarité des travailleurs et des peuples contre la globalisation financière, la mise en concurrence pour le profit du capital. Nous voulions des luttes communes, des systèmes de construction sociale et démocratique communs. Nous voyions la propagande à la télé, dans les médias, nous savions que le ministre de l'intérieur était d'origine fasciste. Nous savions que cela pouvait dégénérer. Nous ne sommes pas sortis avec des symboles politiques. Nous avons vu des gens déguisés en black blocs sortir des fourgons de la police. Puis tout à dégénéré: un mort, six cent blessés, de nombreux manifestants battus et humiliés par la police. Une vraie situation de guerre. Ils ont chargé le cortège. Presque tous les dégâts ont été faits par la police et ses faux black blocks mais le système de désinformation a joué à plein. Seule la télévision publique a montré quelques images de policiers frappant des manifestants.

Cet épisode de la répression phénoménale de la manifestation altermondialiste de Gênes en 2001 me révèle la violence intrinsèque et toujours en embuscade du pouvoir capitaliste, la force de ses outils d'aliénation et de manipulation, et la faiblesse de la population face à ça: une école primaire pas très bien faite fabrique des esprits dociles et endormis.

J'ai aussi participé à la même époque aux manifestations pour la paix, contre la guerre en Irak, à laquelle participait notre gouvernement aligné sur les Américains: 3 millions de personnes ont défilé le même jour. Nous avons eu aussi des méga-manifestations contre les lois de destructuration du droit du travail. Mario Monicelli faisait des interviews comme journaliste militant dans la manif de Rome à plus de 80 ans: je n'en revenais pas de voir une de mes idoles, grand cinéaste devenu communiste, dans la manif à côté de moi. A Gênes aussi, il avait contribué à rassembler des témoignages sur les violences policières.

A cette époque, sous mon influence aussi, mon père vote comme moi "Rifondazione comunista" alors que c'est le gérant d'une entreprise de bâtiment employant 40 personnes tandis que ses employés maçons votent pour l'extrême-droite, La Ligue du Nord.   

Pourquoi suis-je devenu communiste tout en étant écologiste?

J'ai voté pour des coalitions avec les écologistes, j'ai voté même pour des candidats écologistes, mais j'ai toujours critiqué le choix de créer un mouvement écologiste indépendant.

Avec un modèle économique capitaliste, pour moi, on peut seulement faire semblant de faire de l'écologie, du développement durable. Avec un modèle socialiste ou communiste, on a le choix au moins: on peut faire un modèle productiviste non écologique, mais on a aussi des moyens sérieux d'organiser un mode de développement durable et écologique.

Dans le cadre de mes activités professionnelles à la coopérative de développement rural, je rencontre d'anciens résistants qui témoignent, surtout de la composante socialiste de la résistance, plus importante en Lombardie que la composante communiste (Brigade Garibaldi). J'organise un potager bio en même temps qu'un guide sur les sentiers des résistants de la montagne.

Je fais une rencontre très forte avec une vieille femme qui fut résistante, son fils est théologue de la libération en Amérique du Sud, elle partage sa vie ente l'Amérique du Sud et l'Italie. Elle était dans la Brigade socialisante Fiamme Verdi  mais elle me dit:

"Tu sais, on aurait dû ne pas rendre les armes et faire la révolution comme le voulaient les gens de la Brigade Garibaldi. La nomenclatura fasciste est restée en place. L'exemple de la résistance, maintenant, c'est Chavez au Venezuela. Certes, c'est un militaire mais si on n'a pas les armes en Amérique du Sud, on produit des Allende".

Cette femme, Elsa, comme Elsa Morante, mère d'un prêtre, ex-résistante socialiste, me dit:

"Merci Allende! Il a montré les limites de la révolution démocratique. Nos gouvernants serrent la main du bourreau Pinochet".

Je m'intéresse beaucoup aux répressions des pouvoirs militaires d'extrêmes-droite proches des Américains en Amérique Latine, découvre avec passion les films du jeune cinéaste chilien Pablo Larrain (Santiago 73, post mortem , Neruda, No, El Club). 

Je participe avec ma compagne à une campagne laïque nationale pour se faire débaptiser. Nous décidons de militer à "l'Union des athées et des agnostiques rationalistes".

Dans ma ville natale, il y a quatre débaptisés: moi, ma sœur et deux amis à moi. Ma compagne est excommuniée et moi j'ai eu la communication du prêtre sur le fait que l'église enregistrait ma volonté de me soustraire au baptême. L'église n'était pas encore habituée à cette démarche.

J'adhère en 2003 à Rifondazione comunista, dans une petite section d'une quinzaine de camarades. J'en ai été membre cotisant pendant 6 ans, et j'ai même pris la responsabilité de secrétaire de section. J'ai adoré au parti communiste le partage d'expérience et d'intelligence, l'égalité et la fraternité entre les ouvriers, souvent bien formés par l'école primaire et leurs lectures militantes, et les intellectuels. Nous avions beaucoup de campagnes axées sur la santé, l'écologie, les dégâts des prédations industrielles.

J'adore participer aux fêtes communistes, nombreuses, même si le Parti Démocrate garde la main sur les "fêtes de l'Unité", anciennement les fêtes du PCI.

J'arrête de cotiser en 2009 suite à un congrès où je me retrouve minoritaire sur le positionnement de ceux qui veulent que Rifondazione comunista  rassemble plus largement dans une sorte de "Front de Gauche". Je n'adhère pas néanmoins au nouveau mouvement issu de la scission "Gauche, écologie, liberté". Je ne suis pas pour la division de la gauche radicale. Je continue à voter alternativement pour l'un et l'autre de ces partis, à faire signer des pétitions, à participer aux fêtes et aux campagnes. Avec ma compagne et mes amis, nous essayons de monter une salle de cinéma d'art et d'essai dans notre région du lac de Garde mais c'est difficile en Italie. on se contente d'un cinéma club où nous projetons des films en DVD. C'est déjà pas mal.

Mon cercle de cinéma, allez savoir pourquoi, s'appelle le "Siberia"...

Au début des années 2010, on commence à vouloir acheter une maison avec ma compagne, mais dans notre région, les prix sont astronomiques, sans rapport avec nos revenus. L'idée nous vient de partir vivre en France, que je connais peu (un court séjour à Paris, un autre en Provence) mais dont j'adore les révolutions, à commencer par la Grande Révolution de 1789-1793, la culture, et le principe de laïcité, la France était le seul pays non communiste pour moi avec la Turquie a avoir une vraie laïcité.

On cible la Provence et la Bretagne pour regarder des maisons ou habitations à acheter. Mais la Provence nous paraît trop chère, trop à droite, avec des habitations trop isolées. On cherche une belle ville culturellement et socialement active, proche de la mer, sociologiquement de gauche, et pas trop chère. 

Et ça tombe sur Morlaix. Quand tu as rentré tous les paramètres. J'adore cette ville, son patrimoine naturel et architectural, sa vitalité culturelle et associative. Avec la famille, nous avons visité pendant deux semaines la Bretagne en 2012. En mai 2013, nos parents nous aident dans nos projets d'achat.

On revient à Morlaix deux semaines, on visite une vingtaine de maisons pour finir par jeter notre dévolu sur un appartement près du port, rue Villeneuve, ironie du destin pour un natif de Villanuova sul Clisi près de Brescia.

On s'installe ici à l'automne 2013. On avait déjà conscience des pour et des contre, on avait énormément d'amis très proches, notre maison et notre terrasse ne désemplissait pas, on avait toujours du monde à manger chez nous, beaucoup de ces amis étaient liés à nos engagements politiques, en Italie, et nous adorions la beauté de l'Italie, de la montagne, de ses villes, sa culture.

Mais on aime aussi Morlaix, une ville à l'identité forte et avec une vie sociale et culturelle riche, malgré le déclin et la crise économique. 

Je ne parlais pas français en 2013, assez mal l'anglais aussi. Je me suis inscrit avec ma compagne au GRETA, à une première année de stage en langue. J'ai découvert le monde associatif avec l'ULAMIR, où je travaille d'abord comme bénévole, le RESAM, l'ADESS, et l'ADDES (accompagnement handicapés). J'ai fait une VAE entre 2014 et 2015 pour obtenir un BTS développement animation des territoires ruraux, j'ai passé mon BAFA, puis après des stages à Morlaix-Co, à l'ULAMIR, à l'Office du tourisme, je deviens salarié du RESAM en mars 2017. Je me suis retrouvé dans cette vitalité du territoire morlaisien, dans ces liens. 

C'est à l'occasion de la nuit Miyazaki organisée par la Salamandre et le festival de livres jeunesse La Baie des Livres que je rencontre ma première amie morlaisienne Emma et me familiarise avec ce cinéma d'art et d'essai, la salamandre, pour lequel je vais ensuite m'investir comme bénévole. Avec Véronique, la directrice de la Salamandre, ça a été un coup de foudre humain. J'adore cette fille, sa franchise.

Aujourd'hui, je veux continuer à m'investir dans ce nouveau pays et territoire d'adoption, pour les valeurs qui me sont chères, la culture, la solidarité, l'entraide, la découverte de l'autre, l'écologie".

On a aussi, accessoirement, proposé à Andréa d'écrire quelques chroniques cinématographiques et culturelles pour le Chiffon Rouge, dans la continuité de la rubrique "COMMUNIST'ART" et des billets d'Hector Calchas, ce qu'il a accepté volontiers. 

Propos recueillis par Ismaël Dupont, 31 mars 2019 -

Article rédigé le 7-8 avril 2019.                  

 

Lire aussi:

COMMUNIST'ART: Mario Monicelli, cinéaste italien, auteur de Les camarades (1963)

Portrait - Andréa : un italien à Morlaix
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