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15 janvier 2026 4 15 /01 /janvier /2026 06:08
Iran : au moins 3 428 manifestants tués depuis le début de la révolte selon une ONG - L'Humanité, 14 janvier 2026
Iran : au moins 3 428 manifestants tués depuis le début de la révolte selon une ONG

Au moins 3 428 manifestants ont été tués en Iran depuis le début du mouvement de contestation contre le pouvoir, a annoncé mercredi 14 janvier l’ONG Iran Human Rights (IHR), qui a également fait état de plus de 10 000 arrestations.

Au moins 3 428 manifestants ont été tués en Iran depuis le début du mouvement de contestation contre le pouvoir, a annoncé mercredi 14 janvier l’ONG Iran Human Rights (IHR), faisant également état de plus de 10 000 arrestations.

La forte hausse par rapport au bilan précédent s’explique par « de nouvelles informations reçues de sources au sein des ministères iraniens de la Santé et de l’Éducation », précise cette organisation basée en Norvège. « Ce chiffre est un minimum absolu », avertit IHR, qui indique avoir reçu « de nouveaux rapports et témoignages montrant davantage encore l’ampleur de la violence ».

Menaces états-uniennes

Plus de deux semaines après les premières manifestations dans le bazar de Téhéran visant à protester contre l’état de l’économie, la chute de la devise nationale face au dollar et le taux d’inflation, qui a atteint les 40 % tout comme le seuil de pauvreté, la contestation en Iran a pris une nouvelle dimension.

Elle s’étend maintenant à l’ensemble de la population et touche tout le pays. Preuve aussi que la question posée dans la rue a changé de nature : le pouvoir qui, les premiers jours, se voulait conciliant a choisi maintenant ce qu’il sait faire le mieux en lieu et place d’une réponse positive aux revendications populaires : la coercition sanglante.

Une autre séquence est en train de se profiler, de laquelle le peuple serait exclu, impliquant l’administration des États-Unis et le pouvoir iranien. De façon aussi énigmatique qu’inquiétante, Donald Trump a promis mardi aux contestataires que « de l’aide était en route », sans en préciser la nature.

 

« Continuez à manifester, prenez le contrôle de vos institutions », les a-t-il encouragés sur son réseau Truth Social. « Des gens ont été tués qui n’auraient pas dû l’être, a lancé Donald Trump dès dimanche soir, alors qu’il se trouvait à bord d’Air Force One. Ce sont des dirigeants violents qui règnent par la violence. Nous examinons la situation très sérieusement, nos forces armées également. Nous envisageons des options très fermes. »

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15 janvier 2026 4 15 /01 /janvier /2026 06:06
Génocide à Gaza : plus de 100 enfants tués par l’armée israélienne depuis le « cessez-le-feu », alerte l’Unicef
Génocide à Gaza : plus de 100 enfants tués par l’armée israélienne depuis le « cessez-le-feu », alerte l’Unicef
 
Au moins 100 enfants ont été tués par l’armée israélienne à Gaza depuis l’entrée en vigueur du très fragile cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi 13 janvier le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Le ministère de la Santé de Gaza a lui fait état d’un chiffre de 165 enfants.
Monde
 
Publié le 13 janvier 2026
La rédaction de l'Humanité
 
« Plus de 100 enfants ont été tués à Gaza depuis le cessez-le-feu début octobre. Cela représente environ un garçon ou une fille tué(e) chaque jour pendant le cessez-le-feu », a déclaré depuis Gaza le porte-parole de l’Unicef, James Elder. Ces enfants – 60 garçons et 40 filles selon l’Unicef – ont été « tués par des frappes aériennes, des frappes de drones, y compris des drones kamikazes. Ils sont tués par des tirs de chars. Ils sont tués par des balles réelles », a-t-il déclaré, ajoutant que le nombre réel était probablement plus élevé.
Un responsable du ministère de la Santé de Gaza, qui tient les registres des victimes, a fait état d’un chiffre plus élevé, soit 165 enfants tués depuis le cessez-le-feu, sur un total de 442 décès. « De plus, sept enfants sont morts d’hypothermie depuis le début de l’année », a déclaré à l’Agence France Presse Zaher Al-Wahidi, directeur du département informatique du ministère de la Santé.
À Gaza, les enfants sont victimes de traumatismes psychologiques profonds
Les enfants de Gaza vivent « toujours dans la peur », regrette James Elder. « Les traumatismes psychologiques restent non soignés et, plus cela dure, plus ils s’aggravent et deviennent difficiles à guérir », a prévenu le porte-parole de l’Unicef évoquant une vie qui « reste donc suffocante » et la survie « précaire ». « Un cessez-le-feu qui ralentit les bombardements est un progrès, mais un cessez-le-feu qui continue d’ensevelir des enfants est insuffisant », a-t-il insisté, estimant que « ce que le monde appelle aujourd’hui le calme serait considéré comme une crise ailleurs ».
James Elder a également dénoncé la décision d’Israël, le 1er janvier, de suspendre l’accès à la bande de Gaza à 37 organisations humanitaires étrangères qui avaient refusé de communiquer aux autorités palestiniennes la liste de leurs employés. « Bloquer les ONG internationales, bloquer toute aide humanitaire (…), c’est bloquer une aide vitale », a-t-il protesté. « Lorsque des ONG clés sont interdites de fournir une aide humanitaire et de témoigner, et que des journalistes étrangers sont bloqués », on peut légitimement se demander si l’objectif n’est pas de « restreindre l’examen des souffrances des enfants », a-t-il ajouté.
En novembre, les autorités de Gaza avaient annoncé que plus de 70 000 personnes ont été tuées depuis le début du génocide. Près de 80 % des bâtiments de Gaza ont été détruits ou endommagés par la guerre, selon les données de l’ONU.
La trêve demeure très précaire, le Hamas et Israël s’accusant mutuellement d’en violer les termes. Depuis le cessez-le-feu, entré en vigueur le 10 octobre, au moins 425 Palestiniens ont été tués par les attaques israéliennes, selon le ministère de la Santé de la bande de Gaza. L’armée génocidaire a pour sa part fait état de trois soldats tués.
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13 janvier 2026 2 13 /01 /janvier /2026 06:34
Solidarité avec le peuple iranien en lutte pour ses libertés! - PCF, 12 janvier 2026

Solidarité avec le peuple iranien !

Depuis fin décembre, des manifestations d’ampleur secouent l’Iran dans presque toutes les provinces. Parties des commerçants contre l’hyperinflation et la vie chère, elles rassemblent aujourd’hui largement face à un régime autoritaire à bout de souffle.

La répression est brutale : morts, arrestations massives, Internet coupé, presse muselée. Mais malgré la terreur, le peuple iranien reste debout. Femmes, jeunesse et travailleurs contestent un système qui nie les droits fondamentaux et étouffe toute liberté.

Dans la continuité de Femmes, Vie, Liberté, cette lutte est celle de l’émancipation contre l’obscurantisme et la domination. Elle n’a pas besoin de bombes ni d’ingérences étrangères, mais de solidarité internationale, de pressions politiques et d’un soutien clair aux forces démocratiques.

 Le combat du peuple iranien est universel. C’est au peuple iranien, et à lui seul, de décider de son avenir après qu’il aura fait chuter cet odieux régime islamiste. Nous refusons le silence et affirmons notre solidarité avec celles et ceux qui risquent leur vie pour la liberté.

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11 janvier 2026 7 11 /01 /janvier /2026 20:06
Algérie, une guerre sans gloire, Le Passager clandestin, 14€

Algérie, une guerre sans gloire, Le Passager clandestin, 14€

Attention: ce livre issu d'une enquête journalistique de longue durée, magnifiquement écrit, profondément bouleversant, est de la dynamite!
 
Les éditions « Le Passager clandestin », ont réédité en 2025, dans une version réactualisée, cet essai déflagrateur de Florence Beaugé, journaliste au journal Le Monde dans les années 2000, couvrant le Maghreb, « Algérie, une guerre sans gloire », un essai racontant cinq ans d’enquêtes sur la torture et les viols systématisés commis par l’armée française avec le soutien et la complicité de l’état-major et du personnel politique (y compris socialiste : Mollet, Mitterrand, Max Lejeune, Lacoste).
Ce livre, initialement publié chez Calmann-Levy en 2005, extrêmement bien écrit, bien construit, avec un sens de la narration, du portrait, est un vrai coup de poing, un révélateur de la face sombre de la République et de l’Armée, du déchaînement de violence, de racisme, et de perversité qui a accompagné le travail de répression contre les rebelles et le terrorisme dans nos guerres coloniales, singulièrement la guerre d’Algérie.

C’est tellement dur, énorme, que ça explique très bien que ce passé ne passe pas, que la mauvaise conscience ou l’entêtement à nier ou justifier l’inacceptable produise encore dans notre société, transmis aux descendants, un sentiment profond de phobie anti-algérienne, un racisme anti- « arabes » héritier à la fois du système colonial et de la violence extrême de ces 8 ans de guerre coloniale.

Pourtant Florence Beaugé est une journaliste très méticuleuse, cultivée, fine et subtile dans son approche refusant le manichéisme mais attachée à l’élucidation des faits et circonstances, qui s’attire facilement la sympathie et la confiance de généraux français, tout le contraire d’une pasionaria…

 

Florence Beaugé y raconte comment après avoir fait la connaissance de Louisette Ighilahriz, peu de temps après avoir été employée au monde, en 2000, après 3 ans de collaboration avec "Le Monde" Diplomatique, elle va obtenir après des semaines d’approche un récit circonstancié des tortures et viols subis par Louisette, kabyle engagée comme sa famille avec le FLN (sa sœur aussi est torturée et violée, et sa mère et son père torturés) impliquant aussi bien les généraux Massu et Bigeard, donneurs d’ordre et témoins, que le capitaine Graziani, le tortionnaire et l’exécuteur des « viols », tué ensuite au combat pendant la guerre d’Algérie. Florence Beaugé promit à Louisette de se mettre en recherche de Richaud, le médecin militaire de la 10e division parachutiste qui l’a sortie de cette affaire pendant la bataille d’Alger.
Le témoignage bouleversant de Louisette Ighilahriz dans le journal Le Monde, à la Une du journal, le 19 juin 2000, va faire l’effet d’une déflagration, provoquant l’ire des anciens galonnés.
Cela sera le point de départ d'une période de retour du refoulé sur la guerre d'Algérie.
C’est un des premiers témoignages paru sur le viol par des soldats français de femmes algériennes. La honte du viol en Algérie retentit autant sur la victime que sur les bourreaux, ce pourquoi les femmes victimes se sont presque tout le temps tues. Mais ce silence tue lui aussi, étouffe et dévore de l’intérieur.
Il ne va pas durer, le témoignage de Louisette dans Le Monde va ouvrir le couvercle de la marmite des traumas et culpabilités, et plusieurs anciens soldats d’Algérie, appelés ou volontaires, vont ensuite soulager leur conscience quarante ans après les faits pour dévoiler le caractère tristement ordinaire du viol contre les femmes algériennes. Dans les mechtas isolées par les compagnies de Paras ou d’appelés engagés en milieu hostile, le viol est banal depuis la répression de la Toussaint 54, et surtout depuis 55, jusqu’à l’opération Challe. Et pendant ce qu’on appelle à tort la « Bataille d’Alger », en réalité plutôt la terreur coloniale sur Alger musulman, neuf femmes sur dix arrêtés aux dires de Gisèle Halimi, autrice avec Simone de Beauvoir du célèbre livre "Djamila Boupacha" (Gallimard, 1962) qui fut l'avocate de plusieurs d'entre elles, mais que souvent elles ne disent pas à la barre dans les tribunaux militaires, la totalité de leurs sévices, ont été violées quand elles été soumises à un interrogatoire, la plupart du temps sans pouvoir le dire ensuite à personne, et en vivant ce crime subi dans la honte. "Pour Gisèle Halimi, relate Florence Beaugé (p.224), les viols commis dans les campagnes avaient pour objectif "le défoulement de ma soldatesque". Dans les PC des compagnies, en revanche, l'objectif était plutôt "l'anéantissement de la personne". Gisèle Halimi rejoint ainsi le point de vue exprimé par Raphaëlle Branche dans sa thèse, à savoir que la torture avait moins pour objet de faire parler que de faire entendre qui avait le pouvoir. "Ça commençait par des insultes et des obscénités. Pour se défouler, les tortionnaires lançaient aux femmes en pleine figure: "Salope, putain, ça te fait jouir d'aller dans le maquis avec tes moudjahidine?" Et puis ça continuait par la gégène et la baignoire. Et là, quand la femme était ruisselante, hagarde, anéantie, on la violait avec un objet, une bouteille par exemple, tandis que se poursuivait le torrent d'injures. Après ce premier stade d'excitation, les tortionnaires passaient au second: le viol partouze, chacun son tour".   
 
Edwy Plenel, qui n’avait pas contrôlé la publication, est furieux après la publication de témoignage de Louisette Ighilahriz, et oblige sa journaliste, Florence Beaugé, a obtenir en contrepartie la version de Massu et de Bigeard. Et là, surprise, Massu regrette, affirmant bien tard, 40 ans après les faits, et à l’encontre de ses affirmations immédiatement postérieures à la guerre d’Algérie (La vraie bataille d’Alger, 1971), que « la torture n’est pas indispensable en temps de guerre » et confirme une grande partie de la plausibilité de ce qu’a vécu Louisette, même s’il dit ne pas s’en souvenir … Lui le chef de la répression contre-terroriste pendant la bataille d’Alger, à partir de janvier 1957, l’organisateur des tortures et des disparitions, exécutions extra-judiciaires. Bigeard, lui, le héros de la Résistance, et d’Indochine, adulé par ses hommes, aimant son côté casse-cou et franc du collier, qui fut secrétaire d’état de Giscard d’Estaing en 1975, lui refuse de s’exprimer sur son implication personnelle et s’enferme dans les mensonges et le cynisme.
C’est Germaine Tillion, ancienne résistante déportée à Ravensbruck, sociologue, spécialiste qui fera sortir Louisette Ighilahriz de prison à la fin de la guerre d’Algérie.
 
Florence Beaugé va aussi aider Mohamed Garne, qui témoigne dans l'Envoyé Spécial, avec Louisette et Annick Castel, à faire connaître son histoire terrible, lui qui est devenu "français" par le crime, le viol de sa mère, une jeune fille de la campagne de 15 ans, séquestrée pendant des semaines par des soldats qui la violeront à tour de rôle.
Louisette Ighilahriz témoignera avec Florence Beaugé à la fête de l'Humanité à La Courneuve le samedi 16 septembre 2000, l'Humanité, sous l'impulsion de Charles Silvestre, ayant joué un rôle tout à fait déterminant pour porter ce retour de mémoire sur les crimes de l'armée française en Algérie, en faisant tout pour que "ce brusque réveil de mémoire se prolonge et que la parole des anciens appelés se libère".
 
C'est lors de ce débat à l'agora de l'Humanité que Mohamed Garne, sympathisant communiste, racontera pour la première fois en public son histoire, de manière spontanée, lui l'écorché vif né d'un viol en août 1959 au camp de détention de Theniet El-Had, à 160 km au sud-ouest d'Alger, séparé de sa mère Khéïra, restée vivre dans le cimetière de Sidi Yahia, dans un trou au milieu de deux tombes, profondement destabilisée psychologiquement par le trauma des viols subis à 15 ans, et devenue "la louve". Selon les informations qu'a pu recueillir Mohamed Garne, entre 30 et 50 soldats français auraient violé sa mère algérienne. Florence Beaugé publiera son histoire dans "Le Monde" le 9 novembre 2000. La soeur de Louisette, Ouardïa, avait quatorze ans elle aussi quand elle fut violée et torturée par les parachutistes, sous les yeux de sa mère.
Florence Beaugé témoigne que Louisette Ighilahriz éprouvait, "comme beaucoup d'algériens, de la gratitude envers les communistes, qui ont dénoncé très tôt le caractère colonial de la guerre d'Algérie et les exactions commises sur le terrain: "Je leur dois bien cette petite visite et mon témoignage", a t-elle estimé".
Florence Beaugé témoigne aussi que beaucoup des appelés qui témoignent auprès d'elle après 2000 des crimes de guerre qu'ils ont commis en Algérie, ou plus fréquemment dont ils ont été témoin (viols, tortures) sont soit communistes, soit proches du PCF, soit passés par un temps de formation et de militantisme au Parti communiste. Tous ont été brisés, profondément traumatisés par cette guerre, vivant dans la honte de ce qu'ils ont vu et participer à faire, à couvrir, ou de ce qu'ils ont subi dans l'impuissance.
Au lendemain du témoignage de Louisette Ighilahriz à la fête de l'Huma, Charles Silvestre, lui-même ancien appelé d'Algérie, devenu communiste dans le refus de cette guerre, convainc l'Humanité de partir en campagne, de se mettre au service d'une démarche de vérité et de mémoire sur la guerre d'Algérie sans a priori partisan, réunissant douze grands témoins de la guerre d'Algérie, douze autorités morales dont beaucoup ont été membres du comité Maurice Audin en 1957 au lendemain de la disparition du jeune universitaire communiste: Henri Alleg, Pierre Vidal-Naquet, Germaine Tillion, Josette Audin, la veuve de Maurice, Madeleine Reberioux, Laurent Schwartz, mathématicien, l'un des signataires de l'appel des 121 sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie (6 septembre 1960), Jean-Pierre Vernant, compagnon de route du PCF, figure de la Résistance, Simone de Bollardière, la veuve du général qui démissionna pour dénoncer la systématicité de la torture, Gisèle Halimi et Nicole Dreyfus, engagés pendant la guerre d'Algérie dans la défense des militants du FLN et du Parti communiste algérien menacés de la guillotine, notamment dans la période où Mitterrand étaient ministres de l'intérieur, puis de la justice., et enfin Alban Liechti, le rappelé jeune communiste insoumis, refusant de combattre dans une guerre colonialiste, et condamné au bagne, et Noël Favrelière, qui préféra déserter avec son prisonnier plutôt que de se rendre complice d'une "corvée de bois". Cet appel est un appel à témoignage, il dit que derrière les mots rassurants de "maintien de l'ordre", de "pacification", la guerre d'Algérie, ce fut les déplacements massifs de la population algérienne (deux millions de personnes sur huit millions), la torture, les viols et exécutions sommaires extra-judiciaires, les villages incendiés, le napalm, les meurtres préventifs, etc. Au début des années 2000, dans le sillage du travail de Florence Beaugé et de cet appel paru dans ses colonnes, L'Humanité sera le fer de lance d'un travail militant pour que la vérité éclate sur les crimes de la guerre d'Algérie, dont furent témoin une partie des un million sept cent mille appelés de la guerre d'Algérie (voire deux millions), sur fond de peur, de conditionnement et de ressentiment militaire (après la défaite de la guerre d'Indochine), d'ignorance et de racisme colonial.
 
Florence Beaugé raconte combien les élites françaises pouvaient être mal à l'aise avec le retour en visibilité de ces cadavres cachés dans le placard, tels Jean-Marie Le Pen, qui torturait à domicile dans la Casbah pendant les 6 mois de son service volontaire de député combattant chez les services de contre-terrorisme de la division parachutiste, qui fut responsable de plusieurs dizaines de morts ou de disparition au moins, et qui laissa son couteau des jeunesses hitlériennes dans une maison de la Casbah, couteau que Florence Beaugé ramena en France dans des conditions rocambolesques, quand Le Pen lui intenta un procès en diffamation, qu'il perdit. Tel Mitterrand, l'homme de l'Algérie Française et du refus de grâce aux condamnés à mort, qui ferma les yeux sur la répression et les crimes de guerre dès 1954, ou plutôt qui les cautionna.
Tel Maurice Schmitt, un des généraux les plus haut gradés de France, chef d'état-major de 1987 à 1991 (pendant la première guerre du Golfe), son chef d'état major, qui dirigeait lui-même les interrogatoires et les tortures de dizaines d'algériens et algériennes FLN ou suspects, ou membres de leurs familles, dont plusieurs femmes violées, à l'école Sarouy, à l'été 1957 pendant la bataille d'Alger, comme Ourida Meddad, qui s'est défenestrée pour fuir l'enfer des tortures quotidiennes, nue à la merci des tortionnaires, à 19 ans. Ce général Schmitt osera qualifier de "tissu d'affabulations" le témoignage de Louisette Ighilahriz dans l'émission de télévision "Culture et dépendances" du sinistre Franz-Olivier Giesbert, sur France 3, preuve du cynisme sans égal de ces militaires qui mettent leur honneur à mentir et justifier l'innommable.
Maurice Schmitt et Jean-Marie Le Pen porteront plainte contre Florence Beaugé, pas le général Aussaresses, ancien adjoint de Massu, normalien érudit, spécialiste de la littérature grecque et latine, ancien résistant, SAS avec les services britanniques, brave de la seconde guerre mondiale, personnage étrange, bravache et cynique, sans regrets mais sans tricherie, homme des basses besognes en responsabilité de l'escadron de la mort de l'armée française pendant la bataille d'Alger, qui parlera, là où les autres cadres de l'armée se taisent, et payera pour tout le monde, lui, l'assassin de Larbi Ben M'Hidi, héros et martyr de l'indépendance algérienne,  et probablement de Maurice Audin. A l'époque où Florence Beauge le rencontre il a un flirt (toxique) avec Christine Deviers Joncour, impliquée avec Loïc Le Floch Prigent et Roland Dumas dans l'affaire Elf ... 
 
Florence Beaugé va tomber sur le poignard nazi avec la signature de Le Pen en mai 2002, en retrouvant Mohamed Cherif Moulay, son "propriétaire", qui l'avait récupéré dans sa maison de la Casbah et caché après une nuit de torture et de violence à son domicile pendant la bataille d'Alger.  A l'époque c'était un enfant de 10 ans, et son père venait d'être assassiné par les paras après avoir été bastonné et torturé à l'eau. Jean-Marie Le Pen n'a fait qu'un bref séjour en Algérie (de janvier à fin mars 1957), mais il y a laissé des souvenirs d'une grande violence, son nom étant associé aux mots "torture" et "corvée de bois". A l'époque, il est déjà député, benjamin de l'Assemblée nationale, élu à l'âge de 28 ans en 1956. Volontaire pour l'Algérie il est intégré au 1er Régiment étranger de parachutistes (REP), attaché à la 10e Division Parachutiste, avec le grade de lieutenant. Basé à la villa des Roses, sur les hauteurs de El-Biar, où il va torturer, Le Pen est affecté aux tâches "antiterroristes". Il quittera Alger après avoir été décoré de la Croix de la valeur militaire par le général Massu. Le Pen a torturé à l'électricité, à l'eau, au chalumeau, il mettait les prisonniers nus, les faisait bastonner, et à ordonner des exécutions sommaires. 
Quand Le Pen portera plainte contre Florence Beaugé, Henri Alleg et Pierre Vidal Naquet viendront plaider pour la vérité des propos de la journaliste. "Alleg, à l'intelligence et à la force de conviction hors du commun. Vidal-Naquet, à qui il suffit de prendre la parole pour faire autorité. Je regarde, incrédule, ces deux "Justes". Il y a trois ans, je ne connaissais pas leurs noms. Aujourd'hui, ils sont là, à mes côtés. Avec émotion, j'entends l'un puis l'autre défendre et saluer mon travail. A la fin de sa déposition, Henri Alleg ajoute même ces mots: "Florence a fait davantage avec ses enquêtes pour rapprocher la France et l'Algérie que quarante ans de diplomatie franco-algérienne". Le 26 juin 2003, Florence Beaugé est relaxée et Jean-Marie Le Pen débouté de sa plainte en diffamation.  
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11 janvier 2026 7 11 /01 /janvier /2026 18:12
La section du Pays de Brest du PCF soutient l’appel de l’association AZADI ( = Liberté ) et du collectif des iraniens qui organisent un rassemblement en soutien aux femmes et au peuple iranien, le mardi 13 janvier à partir du 18h30 et le samedi 17 janvier à 18h30 Place de la liberté.
ommuniqué de la section du pays de Brest  du PCF .
Bien cordialement,

Jean-Paul Cam

Depuis le 28 décembre l'Iran fait face à une mobilisation inédite et l’un de ses plus grands défis depuis sa proclamation en 1979. Le mouvement, initialement déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants dénonçant l’inflation et la dépréciation de la monnaie, a gagné de nombreuses autres villes et pris de l’ampleur ces derniers jours.

À l’intérieur de la république islamique, le décompte des morts « officiel » est en complet décalage avec les associations sur place, dont certaines dénombraient ce matin « au moins 192 morts », rapporte l’AFP. Hier soir, des iraniens ont défilé en nombre à Téhéran scandant des slogans hostiles au pouvoir malgré les craintes grandissantes de répression brutale. Ce dimanche matin, la police annonçait d’« importantes » arrestations.

Les origines immédiates de cette irruption populaire sont dues à la politique économique et sociale du régime des mollahs : inflation à plus de 40 %, diminution du pouvoir d'achat, corruption des milieux dirigeants. S'y ajoute la colère devant les effets des sanctions imposées par l'impérialisme étatsunien et ses alliés. Mais, plus profondément, c’est une puissante aspiration à la démocratie, déjà exprimée avec force par le mouvement « Femmes-Vie-Liberté », qui resurgit avec force à l’occasion de cette mobilisation.

Donald Trump prend prétexte de ces manifestations pour menacer d'une intervention militaire afin de recomposer la région à sa main. Cela exposerait le peuple iranien et l'ensemble des peuples de la région à de nouvelles catastrophes et au chaos. C’est au peuple iranien, et à lui seul, de décider de son avenir après qu’il aura fait chuter cet odieux régime islamiste.

Le Parti communiste français est solidaire du mouvement de protestation du peuple iranien contre la dictature théocratique. Il exprime son plein soutien à nos camarades du Parti Tudeh d'Iran, qui agissent afin que les mouvements de protestation en cours puissent se transformer en vaste mouvement populaire pour la libération du peuple d'Iran et pour un avenir démocratique du pays, fondé sur la souveraineté populaire.

La section du Pays de Brest du PCF soutient l'appel de l'association AZADI ( = Liberté ) et du collectif des iraniens qui organisent un rassemblement en soutien aux femmes et au peuple iranien, le mardi 13 janvier à partir du 18h30  et le samedi 17 janvier à 18h30  Place de la liberté.

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11 janvier 2026 7 11 /01 /janvier /2026 08:27

Solidarité avec les réfugiés de Gaza - message de notre camarade Gérard Desmarest (PCF Carhaix-Huelgoat et AFPS Palestin Dieub 22)

L'Afps Palestin Dieub 22 devant la situation dramatique de nos amis Palestiniens dans la bande de Gaza a initié une cagnotte en ligne pour les aider.

Nous avons deux contacts sérieux à Gaza avec qui on échange plusieurs fois par semaine depuis plusieurs mois et qui organisent avec nos dons, des distributions d'eau potable, de colis de nourriture,  de lait maternel et devant l'hiver qui s'installe, de bâches et de tentes si les dons sont suffisant.
A chaque versement, il nous rendent compte de l'utilisation des dons.
LA TOTALITE des dons leur est renversée. 
Malgré la déclaration de Trump d'un cessez-le-feu,  la situation reste dramatique à Gaza, la famine, la pression de l'armée et le froid, déjà des enfants en sont morts se fait cruellement sentir, mais en silence cette fois-ci vu que les médias se sont détournés de ce génocide. 
Il n'en reste pas moins que les Gazaouis ont besoin de notre solidarité alors ne baissons pas les bras.
Dernière chose, il n'y a pas de petits dons, les petits ruisseaux faisant les grandes rivières. 
Vous pouvez nous retrouver sur notre page Facebook 
Afps palestin dieub
 
 
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10 janvier 2026 6 10 /01 /janvier /2026 17:35

 

 

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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 06:33
Ouest-France Morlaix - 8 janvier 2026: "Venezuela: droite et PCF s'écharpent"
Déclaration du PCF Morlaix – 6 janvier 2026:
Vous avez dit indignité?
 
Trois élus de droite de la majorité départementale, Alain Le Grand, Véronique Bourbigot, Didier Guillon se sont crus autorisés de dénoncer dans la presse régionale le 5 janvier une prétendue « indignité » du PCF qui condamnait ce week-end, par la voix de la section PCF de Morlaix, l’agression du Venezuela par les États-Unis pour s’approprier ses ressources en pétrole et favoriser l’intérêt de ses multinationales en supprimant un régime qui avait nationalisé le secteur des hydrocarbures et tenter d’endiguer la pauvreté et les inégalités, endémiques avant l’élection de Chavez.
 
Indignité ?
 
Le mot est fort et injurieux. Nous ne sommes pas étonnés, l'invective, la violence politique et la malhonnêteté intellectuelle des amalgames sont dans l'ère du temps et font partie de la palette d'une droite qui bien souvent lorgne vers le populisme.
 
Mais au fait...
 
N’y a t-il pas plutôt une « indignité » à applaudir ou à laisser faire Trump dans sa politique brutale d’agression qui bafoue le droit international et assume une logique impériale et de droit de la force brutale? Aujourd’hui, c’est le Venezuela, demain ce sera Cuba, l’Iran, et même le Canada et le Groenland, partie du Danemark, qui seront les cibles des appétits de puissance du sinistre clown d’extrême-droite fasciste et obscurantiste qui dirige les États-Unis.
 
Faut-il croire que ces mêmes élus départementaux de droite auraient applaudi pareillement au coup d’État de Pinochet avec l’appui de la CIA et d'escadrons de la mort et de tortionnaires nazis contre Allende et la gauche chilienne en 1973 ?
 
Par ailleurs, à aucun moment dans son communiqué du samedi 3 janvier ou dans le communiqué commun à 15 organisations de gauche, syndicales et associatives, d’appel au rassemblement du jeudi 8 janvier pour défendre la souveraineté du Venezuela et le droit international, dénoncer le coup de force de Trump, le PCF n’a prétendu justifier tous les aspects de la politique de Nicolas Maduro ni minimiser la crise politique et économique traversée par le Venezuela, à laquelle le blocus et les pressions exercés par les états-unis pour faire tomber le gouvernement de gauche ne sont pas étrangers.
 
A aucun moment le PCF, qui n’est pas une organisation d’extrême-gauche, mais une organisation de gauche, au cœur de la gauche, et un parti de gouvernement républicain, démocrate, et humaniste, présent dans de nombreuses collectivités, et au Département du Finistère, n’a justifié, contrairement à plusieurs personnalités de droite et d’extrême-droite, la politique de Poutine en Russie ou de Bachar Al-Assad en Syrie, et leurs violations des droits humains, d’ailleurs autrement plus considérables que celles imputées au régime Maduro au Venezuela.
 
Par contre nous refusons les logiques impérialistes et colonialistes, nous considérons que Trump qui a fait envahir le Capitole et viole les droits humains quotidiennement en étant responsable de la mort de milliers de migrants sur la frontière avec le Mexique, n’a aucun titre à se prétendre plus démocrate que Maduro, et que même s’il avait été moins autocrate et violent, il n’aurait aucune légitimité à renverser un gouvernement élu représentant un peuple et un État étranger par la force militaire. Par ailleurs, tout le monde sait que la vraie motivation de Trump n’est aucunement la démocratie, la morale, ou la lutte contre le trafic de drogue mais l’appropriation des réserves de pétrole du pays qui en compte le plus au monde. Et il ne va pas s’arrêter là.
 
Indignité ?
 
Nous aurions aimé que la droite départementale mette la même énergie à défendre les droits humains pour condamner la politique génocidaire d’Israël et de Netanyahou à Gaza alors qu’elle a plutôt cherché à délégitimer tous ceux qui cherchaient à faire stopper la guerre à Gaza et l’épuration ethnique de la Palestine par des assimilations malsaines du type « solidarité avec les palestiniens = antisémitisme » Or, c’était bien les États-Unis qui ont soutenu ces crimes contre l’Humanité et crimes de guerre contre les Palestiniens en armant les Israéliens sans limite et en les soutenant politiquement contre l’application du droit international, les décisions de l’ONU et du Tribunal Pénal International.
 
Le PCF Pays de Morlaix - 6 janvier 2026
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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 06:31
Chronique de Francis Wurtz pour l'Humanité Magazine, 8 janvier : IMPÉRIALISME
Francis Wurtz
 
IMPÉRIALISME
 
Lorsque la Maison Blanche publia, le 5 décembre dernier, sa « stratégie de sécurité nationale », les dirigeants européens n'en ont retenu que le passage -effectivement grave et menaçant- sur « l'effacement civilisationnel » de notre continent, véhiculant une vision clairement raciste et annonçant un soutien explicite aux « partis patriotes » de l'extrême-droite européenne. Cela n'avait pas empêché la médiocre et très réactionnaire cheffe de la diplomatie européenne -l'ancienne Première ministre d'Estonie, Kaja Kallas- de souligner que les Etats-Unis restaient « le plus grand allié » de l'Union européenne, ajoutant même que « certaines (de ses) critiques (étaient) fondées » !
Une lecture élargie de ce texte de 33 pages aurait fait apparaître un autre volet des priorités de Trump : « restaurer la suprématie américaine » en Amérique latine, conformément à la « doctrine Monroe » -du nom d'un Président des Etats-Unis...du début du 19ème siècle- autrement dit considérer cette région comme la chasse gardée de Washington ! Le coup de force ahurissant contre le Venezuela en est une (première ?) illustration. Après « la paix par la force » qui justifia notamment le soutien de Trump aux crimes de Netanyahu à Gaza, voilà « le changement de régime par la force » au Vénézuela, quitte à prendre le risque d’un bain de sang. Dans les deux cas, les Etats-Unis prétendent même « diriger » le pays à la place de son peuple, en attendant « quelqu’un qui pense comme nous » ! Cela porte un nom : l'impérialisme.
Le président américain couvre (à peine) ses objectifs économiques -l'exploitation des immenses réserves pétrolières du Venezuela- de prétextes plus présentables (en l'occurrence, celui du pseudo-combat contre le trafic de drogue). À ces cibles directement lucratives s'ajoute une visée stratégique majeure : affirmer son hégémonie en tentant de briser quiconque y résiste. À commencer par Cuba, dont est originaire la famille du Secrétaire d'Etat (ministre des Affaires étrangères) Marco Rubio, ultra parmi les ultras, mais aussi la Colombie, le Mexique, voire le Brésil dont la résistance à l'arrogance trumpiste est jugée intolérable à Washington.
Que, face à une telle prétention à faire plier tous les récalcitrants à l'ordre états-unien, l'Union européenne se contente d'appeler « à la retenue » et Macron justifie de facto le putsch de Trump est non seulement ignoble mais irresponsable. Après les menaces directes sur le Groenland (lié au Danemark, donc à l’Europe), après les tentatives d'intimidation des magistrats français ayant condamné en première instance Marine Le Pen, après l'interdiction de séjour aux Etats-Unis faite à l'ex Commissaire européen Thierry Breton, coupable d'avoir fait adopter des lois régulant la tech, jugées gênantes pour les géants américains du numérique, que faut-il de plus aux flagorneurs de Trump de ce côté-ci de l'Atlantique pour comprendre qu'à se coucher devant le suzerain américain, l'Europe risque fort d'être la prochaine victime de l'hubris du locataire de la Maison Blanche ! Rappelons leur que leur nouvelle égérie vénézuélienne, Machado, a dédié son prix Nobel à Trump et encense les champions de la démocratie comme le Brésilien Bolsonaro, l’Argentin Milei, le Hongrois Orban et le parti d’extrême-droite espagnol Vox…
On sait où commence le choix d’un droit international à géométrie variable. On ne sait pas toujours où il peut finir.
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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 06:27
Venezuela: Bertrand Badie: «Cet usage de la puissance pour la puissance a toutes les chances d’échouer» (Nouvelle vie ouvrière)
«Cet usage de la puissance pour la puissance a toutes les chances d’échouer»

Bertrand Badie

Lire l'article ➡️ https://nvo.fr/cet-usage-de-la-puissance-pour-la...

«Cet usage de la puissance pour la puissance a toutes les chances d’échouer»

L'attaque états-unienne sur le Venezuela, avec l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, ont sidéré les esprits le 3 janvier 2026. Pour le géopolitologue Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po, auteur du livre Par delà la puissance et la guerre: la mystérieuse énergie sociale (Odile Jacob), la mollesse des réactions européennes à cette intervention contraire au droit international est un signe de « soumission structurelle » du vieux continent à l'égard de l'oncle Sam, de même que l'absence de réaction de la Russie ferait office d'accord tacite entre Washington et Moscou.

Quel regard portez-vous sur l'attaque menée par les États-Unis envers le Venezuela avec la capture du président Nicolás Maduro ?

Ce qui est nouveau, c'est la forme de cette intervention et les messages dont elle est porteuse. Je ne dis pas que les « guerres d'intervention » d'autrefois étaient conformes au droit international ; elles ne l'étaient pas. Mais certaines précautions étaient prises pour tenter de bricoler un fondement juridique. Aujourd'hui, explicitement, le président des États-Unis rejette toute référence au droit. De même, l'intervention des néoconservateurs américains, avec George W. Bush, en Irak, s'opérait sous l'idée de démocratiser le régime irakien. Ici, il n'est pas question de démocratie, ni même de rapport aux valeurs. Le projet essentiel est d'affirmer sa puissance, marquer qu'on est le géant politico-militaire de ce monde, voire le maître du monde.

Les messages deviennent clairs. Ils consistent à montrer que toute forme de résistance à la puissance états-unienne est susceptible de subir le même sort. C'est aussi, et c'est grave, la confirmation d'une diplomatie de connivence entre les États-Unis et la Russie, laquelle a réagi très mollement. Ce qui est très mauvais signe, compte tenu que le Venezuela était un allié très précieux de Moscou : l'intervention américaine est accueillie par Vladimir Poutine comme une validation de son « opération militaire spéciale » en Ukraine. Trump a son opération au Venezuela, Poutine a la sienne en Ukraine. C'est une sorte de tacite acceptation des gesticulations du partenaire.

Illustre-t-elle un retour de la doctrine Monroe outre-Atlantique, avec des variantes de la part de Donald Trump ?

Il faut cesser de parler de cette doctrine, parce qu'elle est complètement décalée par rapport à notre sujet. La doctrine Monroe date de 1823, à une époque où le principal souci des dirigeants états-uniens était de se libérer de la tutelle européenne. La doctrine Monroe a été forgée pour dire « l'Amérique aux Américains et l'Europe n'a rien à y faire ». Ensuite, cette doctrine a été manipulée.

Lorsque Trump intervient au Nigeria pour bombarder des groupes djihadistes, lorsqu'il se mêle des affaires de Gaza, au point de vouloir présider une commission de maintien de la paix, il n'agit pas en Amérique, ni dans une zone d'influence. C'est tout le contraire ! Cette « diplomatie de la gonflette » tous azimuts peut tout à la fois concerner le Venezuela ou Cuba, qui sont dans le continent américain, que le Nigeria, Gaza, l'Iran, ou même le Groenland qui est en Europe.

Est-ce que les menaces de Trump d’attaquer prochainement la Colombie, Cuba, le Mexique, le Groenland sont à prendre toutes avec le même sérieux ? Ont-elles la même implication ?

L'audace trumpienne est d'autant plus dangereuse qu'on ne lui oppose pas la force. L'énorme erreur des Européens qui ont sous-réagi à cette intervention au Venezuela conforte le locataire de la Maison-Blanche dans l'idée de continuer car il semble assuré de ne rencontrer aucune résistance. Il y a là une menace qu'il faut prendre au sérieux. Peut-être que l'Europe a abandonné le Groenland, et incidemment le Danemark, en refusant de réagir avec fermeté.

Dans le détail, s'attaquer au Venezuela peut être considéré comme facile. Nous avons affaire à un État en voie de décomposition, avec une capacité de réaction limitée, tout cela renforcé par une tacite acceptation de la part des autres membres de la communauté internationale. L'importance symbolique et matérielle que représente Cuba pour toute une série de pays, notamment la Russie, fait qu'une intervention dans l'île serait beaucoup plus risquée. Le souvenir de la baie des Cochons reste dans la tête des Américains. Le Groenland, c'est un autre épisode. Ce serait affronter directement un membre de l'alliance atlantique, de la sphère occidentale. La Colombie, quant à elle, va connaître des élections en mars prochain. Les États-Unis, comme la Russie, savent manipuler les élections. Trump peut espérer l'élection d'un de ses candidats comme cela a été le cas au Chili ou en Argentine. Le Mexique est aussi un très gros morceau. Personnellement, je n'y crois pas trop. Mais tant qu'on ouvre la porte à Trump, il ne faut pas s'étonner qu'il entre en force. Il y a eu, à travers l'affaire Thierry Breton (interdit de séjour aux Etats-Unis pour son engagement en faveur d'une régulation plus stricte de la Tech, ndlr) ou l'intervention au Venezuela, une sorte de soumission structurelle des Européens.

Quelles conséquences peut avoir cette attaque sur les forces politiques et syndicales de gauche, au Venezuela comme ailleurs en Amérique latine ?

L'ignorance de la résistance sociale a coûté cher à Poutine, qui pensait arriver à Kiev en trois jours. Je ne sais pas comment vont réagir, à moyen terme, les 28 millions de Vénézuéliens. Par ailleurs, j'ai du mal à imaginer que, dans un pays aussi mobilisé que la Colombie, la société reste passive.

La réflexion que j'en tire, c'est que le retour d'une puissance nue, cette espèce d'usage de la puissance pour la puissance, a toutes les chances d'échouer parce que la résistance sociale est en mesure de lui faire barrage. Cela fait 78 ans qu'on cogne sur les Palestiniens et la résistance palestinienne n'a jamais disparu, bien au contraire. Dans toutes les guerres de décolonisation, on pensait venir à bout du « terrorisme ». On n'y est jamais parvenu. L'Ukraine se caractérise par une incroyable résilience sociale. C'est la détermination de la société, plus que toute stratégie diplomatique ou militaire, qui a mis en échec la Russie. C'est la raison pour laquelle je crois que ces exercices de musculation diplomatico-militaire n'ont pas d'avenir à long terme.

Dans quelle mesure cette politique impérialiste de Washington sur le reste du continent américain peut être mal prise électoralement au sein des États-Unis ?

Il y a des sociétés dans les pays occupés, agressés, mais il y a aussi des sociétés dans les pays agresseurs, porteurs de force. De ce point de vue, le trumpisme est le fruit d'une ambivalence. Il y a, incontestablement, une demande sociale de puissance. La société états-unienne est consciente d'un certain déclin de ses capacités dans le monde. Trump s'est fait élire par deux fois sur le slogan « Make America great again ».

Dans le même temps, il y a cette lassitude d'intervenir partout dans le monde, parce que ces guerres – Vietnam, Irak, Afghanistan – se sont révélées extrêmement coûteuses. La guerre en Afghanistan a coûté entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars. Ce qui est gigantesque ! Des « boys » en sont victimes. La société américaine ne le supporte pas.

Trump joue avec l'idée du chef musclé doublé d'un faiseur de paix. Mais à un moment, ces buts deviennent contradictoires. Deux sondages aux États-Unis révèlent que seule une minorité d'Américains approuvent cette opération au Venezuela. Cela peut fortement déstabiliser la stature politique du président des États-Unis.

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

La Nouvelle Vie Ouvrière, Journal de la CGT Entreprises

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