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5 mai 2026 2 05 /05 /mai /2026 05:26
Ilan Pappé, historien : « Israël a toujours estimé qu’il devait dominer le monde arabe »
 
Alors qu’Israël poursuit ses actions meurtrières dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Syrie, avec le soutien des gouvernements occidentaux, Ilan Pappé, historien israélien, publie en français un petit livre percutant, « Brève histoire du conflit israélo-palestinien ».
Gwenaelle Lenoir
 
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Lundi 4 mai paraît l’édition française d’un court ouvrage de l’historien israélien Ilan Pappé au titre explicite : Brève histoire du conflit israélo-palestinien (Les Liens qui libèrent). En moins de 200 pages, le professeur à l’université d’Exeter, en Grande-Bretagne, résume des décennies de travaux de ceux que l’on a nommés les « nouveaux historiens » israéliens – dont il est –, qui ont balayé l’histoire officielle du conflit entre Israël et la Palestine.
Ilan Pappé, né en Israël de parents allemands ayant fui l’Allemagne nazie, est devenu au fil de ses découvertes historiques un homme engagé, antisioniste et défenseur des droits des Palestinien·nes. Il dirige aujourd’hui le Centre européen d’études sur la Palestine.
Le concentré qu’il publie aujourd’hui souligne de façon frappante la continuité idéologique entre les débuts du sionisme et la politique actuelle menée par le gouvernement Nétanyahou dans la bande de Gaza, la Cisjordanie, et le reste du Moyen-Orient. Entretien.
« Mediapart » : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cette Brève histoire du conflit israélo-palestinien, et pourquoi maintenant ?
Ilan Pappé : Je l’ai écrite en anglais il y a un an et demi, après un salon du livre où j’ai constaté que les gens cherchaient un ouvrage sur le contexte des événements survenus depuis octobre 2023. Ils trouvaient les livres présentés trop gros, trop spécialisés. En même temps, la plupart des gens n’étaient pas satisfaits du contexte présenté par les médias et en voulaient plus, sans pour autant se lancer dans des études universitaires sur le sujet.
Et c’est pourquoi ce livre se vend bien, parce qu’il apporte, en quelque sorte, des récits que ne donnent ni les médias grand public, encore moins les politiciens traditionnels. Ces derniers se plient au récit d’Israël selon lequel les événements du 7-Octobre relèvent de l’antisémitisme islamiste, et que l’Iran les a orchestrés. Israël veut qu’ils soient traités ainsi et a exigé qu’on n’analyse pas le contexte historique du 7-Octobre.
À propos du personnel politique occidental, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a cité la phrase attribuée à la première ministre israélienne Golda Meir – « Nous pouvons pardonner aux Palestiniens de tuer nos enfants, mais nous ne leur pardonnerons jamais de nous forcer à tuer les leurs » – à propos de la nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens. Il voulait souligner que l’ethos de l’État d’Israël était humaniste. Que vous inspire cela ?
[Rires] J’ignorais cet épisode ! Mais votre ministre fait un contresens complet ! C’est l’interprétation la plus étrange que j’ai jamais vue de cette phrase, car elle ne montre pas l’humanisme d’Israël mais exactement le contraire. Golda Meir a dit cela à Haïfa, en 1948, après qu’Israël eut procédé au nettoyage ethnique de la ville. À un journaliste qui lui demandait : « Ne pensez-vous pas que ce que vous voyez ici ressemble aux pogroms perpétrés contre les juifs en Europe de l’Est ? », elle a répondu : « Oui, je suis très triste de voir cela, et nous ne pardonnerons jamais aux Palestiniens de nous avoir forcés à leur faire subir cela. »
C’est une phrase qui montre l’hypocrisie, la prétention à la vertu et l’incapacité des Israéliens à accepter que les Palestiniens soient des victimes, qui jugent que seul Israël peut être victime. C’est comme une personne qui en bat une autre très violemment, au point de presque la tuer et qui lui dit : « C’est de ta faute. Tu m’as tellement mis en colère que j’ai failli te tuer. Et je ne te pardonnerai jamais de m’avoir poussé à presque te tuer. » Je suis très surpris que votre ministre ait évoqué cela pour justifier une vision positive d’Israël.
Revenons à votre dernier livre. En parcourant les chapitres consacrés aux débuts du sionisme et de son implantation dans la Palestine historique, on a souvent le sentiment qu’il existe une forte continuité entre cette période et aujourd’hui. Est-ce le cas ?
Il y a une petite différence, mais pas sur le fond. Pour que le sionisme devienne réalité, il fallait une coalition très forte qui accepte l’idée que la seule solution au problème juif en Europe est un État juif au cœur du monde arabe aux dépens des Palestiniens, et que si les Palestiniens et le monde arabe s’y opposaient, ils devraient faire face à une coalition mondiale. Cela n’a pas changé. Les Palestiniens ont perçu l’idée qu’ils devaient être remplacés, déplacés et supplantés par les juifs d’Europe, puis plus tard également par des juifs venus des pays arabes et orientaux, comme une menace existentielle, et ont formé leur propre mouvement de résistance. Et ce mouvement de résistance est toujours actif aujourd’hui. Donc il faut toujours, pour maintenir Israël, une large coalition.
Cette coalition est composée de membres qui ne sont pas d’accord sur tout, mais qui s’accordent néanmoins sur le projet sioniste. Par exemple, les sionistes chrétiens croient toujours qu’il s’agit d’un programme divin, qui apportera la seconde venue du Messie. Les conservateurs américains ou « nouveaux conservateurs » estiment que c’est important car il s’agit du bastion de l’Occident et de l’Amérique dans une région très hostile. Les multinationales qui commercialisent du matériel militaire estiment qu’il s’agit d’une formidable opportunité. Et puis, bien sûr, il y a le sentiment juif, qui est probablement le plus authentique parmi les membres de ces alliances, selon lequel il faut une sorte de nouvel État refuge où l’on puisse se rendre si les choses tournent mal, comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale.
Mais pendant des décennies, on a pu avoir le sentiment, si l’on ne suivait pas l’actualité au quotidien, que la brutalité était moindre qu’aux premiers jours. Jusqu’à il y a deux ou trois ans, jusqu’au retour de Nétanyahou au pouvoir.
Je pense que deux choses se sont produites. Tout d’abord, la communauté internationale ne réagit pas à une brutalité quotidienne. Elle réagit à une brutalité très dramatique. Mais il n’y a pas eu un seul jour depuis l’arrivée des sionistes en Palestine où les Palestiniens n’ont pas été exposés à la brutalité sioniste, certes pas toujours à grande échelle.
Deuxièmement, Internet et les visites de jeunes du monde entier en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ont commencé à révéler la réalité de l’oppression israélienne.
Et il s’est clairement produit quelque chose de différent après novembre 2022, lorsque, pour la première fois, les éléments les plus fondamentalistes, les plus extrêmes et les plus racistes de la société juive israélienne ont commencé à prendre le pouvoir. Il ne s’agissait pas seulement de Nétanyahou. Il s’agissait de l’alliance de Nétanyahou avec ces forces.
Ils ont beaucoup moins de scrupules que la génération précédente à utiliser des armes et des stratégies encore plus meurtrières et destructrices contre les Palestiniens. C’est partout depuis le 7-Octobre. Même si, comme je l’ai dit, cela existait déjà auparavant. Les Palestiniens ont toujours été à la merci d’une armée très puissante qui a été constituée à bien des égards pour les surveiller, les contrôler et les occuper depuis des décennies.
Compte tenu de ce que vous avez analysé dans le cadre de vos travaux, voyez-vous des points de comparaison entre le passé et la situation actuelle dans la bande de Gaza d’une part, en Cisjordanie d’autre part ?
Je vois bien des similitudes, mais aussi des différences. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui à Gaza me rappelle les dernières phases de la Nakba, les opérations menées par Israël en 1948, lorsque ce pays était incapable d’occuper – ou peu disposé à le faire – l’ensemble de la Palestine historique. C’est ainsi que la Cisjordanie et la bande de Gaza ont vu le jour. Les Israéliens ont repoussé autant de Palestiniens qu’ils le pouvaient, tant vers la Cisjordanie que vers la bande de Gaza. Puis ils ont construit une sorte de mur autour d’Israël pour se séparer de ces zones palestiniennes, en espérant que les Jordaniens et les Égyptiens s’en occuperaient.
Aujourd’hui, les Palestiniens de Gaza ne peuvent aller nulle part, alors que la moitié de la bande de Gaza est vide et totalement contrôlée par Israël. Ils ne bénéficient d’aucune protection et ils sont toujours confrontés à la poursuite des opérations militaires israéliennes. Il y a une escalade en termes d’inhumanité, de barbarie, de volonté de décimer ouvertement des populations, et pas seulement de les forcer à partir.
La situation actuelle est bien plus inquiétante, je pense, que pendant la Nakba, en 1948. Car, en 1948, les gens ont pu, bien qu’ils aient tout perdu, reconstruire leur vie, dans les camps de réfugiés, dans la diaspora, en Cisjordanie, dans la bande de Gaza. Aujourd’hui, ils sont menacés d’extinction. Israël ne parviendra peut-être pas à mener à bien ce génocide, mais les souffrances seront immenses.
Quant à la Cisjordanie, les Palestiniens disent que la Nakba est un processus continu. Je suis tout à fait d’accord. En Cisjordanie, c’est un nettoyage ethnique progressif et graduel. Et nous n’en voyons que la première étape. Elle consiste à essayer de faire partir les Palestiniens de la zone C (voir boîte noire), selon les accords d’Oslo, qui représente environ 60 % de la Cisjordanie, pour les déplacer vers les zones B et A, puis de les faire sortir de la zone B, et de créer une sorte de bande de Gaza dans la zone A, c’est-à-dire sous siège. Ensuite, ce sera : « Si vous vous comportez bien, alors vous pourrez vous déplacer et bénéficier d’une certaine autonomie. Si vous ne vous comportez pas bien, eh bien, regardez ce qui est arrivé à la bande de Gaza. »
C’est la stratégie de Smotrich, officiellement ministre de la défense chargé de la Cisjordanie, mais qui est en réalité le gouverneur général de facto de la Cisjordanie. Il en parle très ouvertement. Il est soutenu par la plupart des membres du Likoud et par Nétanyahou.
Depuis deux mois, nous assistons à deux nouveaux conflits, à savoir contre l’Iran et contre le Liban. Pensez-vous que ces conflits s’inscrivent dans ce que vous appelez le conflit israélo-palestinien ?
Je pense qu’il y a un lien. Pour réaliser l’ambition sioniste fondamentale, à savoir contrôler l’ensemble de la Palestine historique avec un nombre très restreint de Palestiniens – et des Palestiniens qui, s’ils restent, n’aient aucune envie de résister à la réalité de l’oppression –, Israël a toujours estimé qu’il devait dominer le monde arabe et s’opposer à quiconque, que ce soit par cynisme ou par conviction, pourrait venir en aide aux Palestiniens.
Cela a toujours été le cas. Israël a tenté de renverser les régimes progressistes en Égypte et en Syrie avant 1967, car il comprenait que ces dirigeants, tels que Gamal Abdel Nasser en Égypte et le parti Baas en Syrie, étaient propalestiniens.
Aujourd’hui, il existe des acteurs différents. Mais l’hégémonie dans la région, aux yeux des décideurs politiques israéliens, est toujours une condition préalable à l’achèvement de la transformation totale de la Palestine historique en un État purement juif. Il ne s’agit donc pas d’un désir de vaincre l’Iran juste pour le plaisir de le vaincre.
À cela s’ajoute le fait que les partisans du sionisme messianique, qui constituent désormais une part très importante du gouvernement, croient qu’ils sont en train de reconstruire le royaume biblique de David et Salomon, qui était redouté et respecté par tous au Moyen-Orient. Et cela va de pair avec leur vision selon laquelle Israël doit en réalité être une théocratie, car si vous êtes une théocratie, vous faites ce que Dieu veut, et si vous faites ce que Dieu veut, vous réussirez également dans vos politiques envers le monde arabe.
Dans des interviews précédentes, vous affirmiez qu’Israël était au bord d’une guerre civile froide, voire d’une implosion, en raison du conflit entre l’État de Judée théocratique, que vous venez de décrire, et l’État d’Israël, que vous considérez comme plus laïque et plus libéral. Est-ce toujours le cas deux ans et demi après le 7–Octobre ?
Oui, car l’État d’Israël et l’État de Judée ne sont pas vraiment en désaccord sur la question palestinienne, ni sur la nécessité d’attaquer l’Iran ou le Liban. Ce ne sont pas là les points de discorde. Ceux-ci portent sur l’avenir de la société juive en Israël. Sera-t-elle une société laïque et libérale, ou une société théocratique ? C’est là le conflit. Et dans cette lutte, je pense que l’État de Judée a l’avantage. Il l’aura jusqu’à ce qu’il devienne trop absurde et effrayant, même pour ceux qui le soutiennent.
Et on peut déjà constater, aux États-Unis, un changement radical dans l’attitude envers Israël, y compris chez les jeunes juifs. On voit poindre en Europe les prémices d’une prise de conscience. La jeune génération de politiciens commence à comprendre que le danger au Moyen-Orient n’est pas que l’Iran veuille développer une arme nucléaire, mais qu’Israël possède 220 bombes nucléaires. Et devienne cet État agressif aux traits théocratiques, avec davantage d’oppression des Palestiniens.
Pensez-vous que nous assistons à la dernière phase du sionisme ?
Oui. Mais en tant qu’historien, je me dois de préciser que la dernière phase d’un processus historique peut s’étendre sur vingt ou trente ans. Je ne parle pas d’une période de cinq ou six ans à compter d’aujourd’hui. Je n’attends aucun changement fondamental à l’intérieur d’Israël, malheureusement.
Mais on voit, à l’étranger, un mouvement qui commence à lier la politique intérieure en Europe et aux États-Unis aux prises de position sur Israël. Par exemple, pour les élections municipales en Grande-Bretagne, il y a un parti très important qui se bat pour la municipalité de Birmingham, appelé Coalition pour Gaza. Or, le problème à Birmingham, ce n’est pas Gaza. Le problème à Birmingham, c’est l’incapacité de la municipalité à gérer, vous savez, les ordures, les égouts, etc. Mais aux yeux de beaucoup de gens là-bas, c’est lié. Votre position morale vis-à-vis de Gaza est liée à votre position morale sur des questions qui sont importantes pour les habitants de Birmingham.
Vous en êtes d’accord ?
Oui, je suis d’accord, c’est lié. Je pense qu’il y a un lien entre les politiciens qui ont perdu toute valeur morale, qui ne pensent qu’à leur carrière, qui ne pensent qu’aux prochaines élections et se détachent des vrais problèmes de la société, et ceux qui ne sont pas ainsi. Je crois sincèrement qu’une personne qui affirme que la défense des Palestiniens est une obligation morale s’occupera également de manière sincère des questions qui concernent sa propre communauté et son propre électorat.
Ilan Pappé, historien : « Israël a toujours estimé qu’il devait dominer le monde arabe » - Interview avec Gwenaëlle Lenoir, Médiapart
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5 mai 2026 2 05 /05 /mai /2026 05:20
Souviens-toi de Bobby Sands - 5 mai 1981
Souviens-toi de Bobby Sands - 5 mai 1981
Souviens-toi de Bobby Sands - 5 mai 1981
Souviens-toi de Bobby Sands - 5 mai 1981
Le 5 mai 1981, Bobby Sands, combattant républicain irlandais, mourrait à l’hôpital du camp britannique de long Kesh, près de Belfast, après 66 jours de grève de la faim.
Neuf de ses compagnons d’armes le suivront dans son agonie, sans avoir obtenu le statut de prisonnier politique que Thatcher leur refusait
Aujourd’hui, d’anciens détenus comme lui, grévistes de la faim comme lui, soldats de la république comme lui, sont députés, maires de villes, conseillers municipaux. La Première ministre d’Irlande du Nord appartient à Sinn Féin, ancienne branche politique de l’IRA, et ce parti nationaliste est aujourd’hui majoritaire des deux côtés de la frontière
Bobby Sands avait choisi l’alouette comme symbole de liberté. 45 ans plus tard, elle vole libre. 
Sorj Chalandon
 
***
 

"Il y a trente six ans, le 5 mai 1981, au terme de soixante-six jours de grève de la faim, mourait Bobby Sands, en Irlande du Nord, dans la prison de Maze. Cette prison, installée sur l’ancienne base de la Royale Air force nommée Long Kesh, fut d’abord un lieu de détention où l’armée britannique pouvait enfermer sans procès tout opposant à sa présence. Ainsi, en 1971, lors de l’opération «Démetrius», 450 hommes des quartiers catholiques de Belfast y furent parqués dans les H Blocks, des bâtiments en forme de H, dans des conditions très rudes. Bobby Sands avait vingt-sept ans. Après lui, dans les jours qui suivirent, moururent neuf autres prisonniers politiques qui, à son exemple, menèrent jusqu’au bout leur mouvement de protestation." Un article de Francis Combes en 2013 dans L'Humanité. 

 

Bobby SANDS, né le 9 mars 1954, mourait il ya 36 ans le 5 mai 1981 après une grève de la faim.
 

Bobby Sands est un personnage connu pour son combat en Irlande du Nord dans les années 80, où il mena une grève de la faim jusqu’à son propre décès. Républicain irlandais et membre de l’IRA, sa lutte à l’encontre du gouvernement londonien et sa perte firent de lui un véritable martyr, avec un impact médiatique fort… Retour sur la vie de Bobby Sands…

Une Jeunesse très vite marquée par le conflit anglo-irlandais
Bobby Sand nait à Newtownabbey en Irlande du Nord, en 1954. Son enfance se déroule dans un climat conflictuel opposant sans cesse catholiques et protestants au travers d’actes de violences.
Très influencé par cette situation, c’est à 18 ans qu’il rejoint l’IRA (en 1972) et connait sa première arrestation de 1972 à 1976, période durant laquelle il est emprisonné.
A sa sortie de prison, Bobby Sands décide de s’impliquer d’avantage dans les actions de l’IRA, devenant ainsi l’un des principaux leaders activistes du mouvement.

Il est cependant arrêté très rapidement, en 1977, pour détention d’arme à feu et attentat.
Bien que l’accusation d’attentat soit rapidement rejetée par le tribunal en charge de son dossier, il est toutefois condamné à 14 ans de prison pour port d’arme prohibé à la prison de Maze (aussi nommée Longh Kesh).

Bobby Sands souhaite être reconnu comme un prisonnier politique
Dans ce centre pénitentiaire, Sands commence alors à écrire des textes politiques engagés, ainsi que quelques poèmes. De nombreux textes de sa composition sont même publiés tout au long de sa détention dans l’An Phoblacht, le journal officiel de l’IRA.
La vie carcérale à Maze est particulièrement difficile, et les tensions entre les prisonniers et les surveillants sont palpables. Dès le début, les prisonniers tentent de protester avec le « Blanket Protest (1976-1981) » et le « Dirty Protest (1978-1981) ». Il s’agit d’une technique de protestation où les prisonniers refusent de se vêtir de l’uniforme de prisonnier et vivent nus, enveloppés dans seulement une couverture. A ce refus de porter l’uniforme s’ajoute ensuite une véritable guerre à l’hygiène, où les prisonniers refusent de se laver, urinent et défèquent partout afin de placer la prison dans un état sanitaire déplorable.
Bobby Sands participe également à cette lutte, mais semble vouloir aller plus loin pour se faire entendre.
Sands organise une Grève de la Faim sans précédent
Conscient du puissant levier médiatique que peut être celui de la grève de la faim, Bobby Sands décide d’organiser une grève de la faim le 1er mars 1980, afin de sensibiliser l’opinion publique aux actions de l’IRA et à l’attitude du gouvernement londonien vis à vis de l’Irlande du Nord. Bobby Sands est alors accompagné par d’autres membres de l’IRA, fermement décidés à aller jusqu’au bout pour se faire entendre, acceptant la possibilité de mourir.
Durant cette grève, la mort d’un député républicain du Fermanagh et du Sud du Tyrone éveille cependant bien des convoitises, et Bobby Sands ne peut s’empêcher de briguer ce poste. Les catholiques proposent alors Sands comme candidat, et est finalement nominé le 9 avril 1981 où il l’emporta sur Harry West.
Face à cette victoire inattendue, le gouvernement londonien décide de contrer Bobby Sands en votant une loi électorale visant à interdire aux prisonniers toute possibilité de rôle politique et de présentation à des élections durant leur incarcération (cette loi est connue sous le nom de Representation of the Peole Act).
Perdant ainsi son siège de député, Bobby Sands décide de poursuivre sa grève de la faim et continuer à protester. Son état se détériore sur une soixantaine de jours, où il perd beaucoup de poids, et connait un fort affaiblissement. Il décède le 5 mai 1981, après 65 jours de grève.
L’annonce de son décès fait la Une des journaux, et provoque alors un immense tollé en Irlande du Nord et dans le reste du Monde, faisant de Bobby Sands et de ses compagnons, de véritables martyrs.
A l’annonce de sa mort, de nombreuses émeutes éclatèrent dans tous les quartiers nationalistes de l’Ulster, et notamment sur Falls Road, à Belfast, où un « murals » (ces fresques à la mémoire des activistes républicains ou loyalistes) lui rend d’ailleurs hommage.
Margaret Thatcher, la « dame de fer » , Premier ministre en Angleterre, déclara cyniquement à la Chambre des Communes : « Monsieur Sands était un criminel condamné. Il a fait le choix de s’ôter la vie. C’est un choix que l’organisation à laquelle il appartenait n’a pas laissé à beaucoup de ses victimes. ».

 

 

 
Voir aussi: 
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5 mai 2026 2 05 /05 /mai /2026 05:15
« L’un avait le visage tuméfié, l’autre l’épaule déboîtée » : l’élue PCF Raphaëlle Primet raconte son kidnapping et la violence de l’armée israélienne - Pierre Barbancey, L'Humanité, 3 mai 2026
« L’un avait le visage tuméfié, l’autre l’épaule déboîtée » : l’élue PCF Raphaëlle Primet raconte son kidnapping et la violence de l’armée israélienne
L’élue communiste de Paris Raphaëlle Primet raconte l’arraisonnement dans les eaux internationales du bateau de la Flottille pour Gaza sur lequel elle se trouvait, la détention qui a suivi et la violence des soldats israéliens.
 
Monde
 
Publié le 3 mai 2026
Pierre Barbancey
 
Coprésidente du groupe communiste au Conseil de Paris, vice-présidente de la Métropole de Paris, Raphaëlle Primet avait embarqué sur l’un des 58 bateaux de la Global Sumud Flotilla.
 
Le but, briser le blocus imposé à la population de la bande de Gaza depuis bientôt vingt ans, apporter une aide humanitaire aux Palestiniens qui meurent à petit feu, subissent un génocide et continuent à être abattus par l’armée israélienne malgré un cessez-le-feu qui n’en a que le nom.
 
Dans la nuit du 29 au 30 avril, 21 bateaux ont été arraisonnés par la marine militaire israélienne dans les eaux internationales. Elle raconte pour l’Humanité son arrestation, la détention et les mauvais traitements.
 
Comment s’est passé l’arraisonnement du bateau par l’armée israélienne ?
 
Nous avons d’abord vu des drones nous survoler, puis nous avons reçu des messages des autres bateaux de la flottille. Nous avons essayé de partir le plus vite possible. Mais un Zodiac de l’armée israélienne est arrivé. Nous nous sommes regroupés dans le cockpit.
Les soldats sont montés à bord en hurlant, en braquant leurs fusils sur nous, nous ordonnant de mettre les mains sur la tête. Ils ont alors détruit toutes les caméras du bateau. Un militaire particulièrement excité criait qu’il aurait voulu qu’on aille à Gaza parce qu’il aurait su quoi faire avec nous. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais notre bateau a commencé à prendre feu.
Ils nous ont alors entassés dans leur Zodiac, non sans nous avoir au préalable fouillés, ont pris nos téléphones – que nous n’avons malheureusement pas eu le temps de jeter à la mer – et nous ont volé tout l’argent liquide que nous possédions.
Ils nous ont emmenés sur un bateau-prison, il n’y a pas d’autres termes pour désigner ce navire qu’on voyait depuis pas mal de temps sans parvenir à savoir s’il s’agissait d’un bateau de croisière ou autre. En réalité, c’était une prison flottante sur laquelle ils nous ont fait monter. Ils nous ont fait mettre à genoux, la tête baissée, les mains sur la nuque.
Nous avons dû « avancer » pendant près d’une demi-heure comme ça. Ils n’arrêtaient pas de hurler. Ils ont pris nos noms et placé un bracelet autour de nos poignets, avec un numéro. Le mien était le 75 ! À cause de mon statut d’élue de Paris ? Je ne sais pas.
 
Où vous ont-ils détenus ?
 
Il y avait une espèce d’excavation dans le bateau, laissant apparaître les cales. Elles étaient surmontées de barbelés qui clôturaient l’enceinte, encadrée par deux miradors. Des soldats arpentaient les coursives pour nous surveiller. Nous avons essayé de nous organiser comme nous le pouvions.
La nuit, il faisait très froid, et dans la journée, très chaud. Les projecteurs étaient allumés en permanence. Ils nous jetaient des bouteilles d’eau et de la nourriture, bien sûr insuffisante, comme à des chiens. Ils voulaient nous terroriser en permanence.
On entendait des détonations, ils tapaient sur les parois, ils hurlaient. Comme ils se sont aperçus qu’on avait réussi à s’organiser pour dormir, ils envoyaient de l’eau gelée qui s’écoulait sur le sol et imbibait les matelas en mousse. On répondait en criant : « Free Palestine ! »
 
Thiago Avila et Saif Abu Keshek étaient-ils avec vous ?
 
Nous n’avions pas de nouvelles de Saif. En revanche, Thiago était avec nous. C’est grâce à lui que nous avons tenu. On faisait des réunions, on discutait. La dernière nuit, quand ils sont venus nous chercher, on a dit qu’on ne partirait pas tant qu’on n’aurait pas de nouvelles de nos camarades disparus.
Ils ont alors commencé à nous sortir un par un, manu militari, en distribuant des coups. Ils s’en sont particulièrement pris à Thiago. Ils lui donnaient des coups de pied dans le ventre, le frappaient avec leurs fusils tout en le tirant. Ils l’ont exfiltré et on ne sait pas ce qu’il est devenu.
Nous sommes finalement sortis. Un Zodiac faisait des allers-retours jusqu’à la côte crétoise. C’est là qu’on s’est aperçu de la violence subie. L’un avait le visage tuméfié, l’autre l’épaule déboîtée, un autre encore a été touché à la jambe par une balle en caoutchouc. En Crête, plusieurs dizaines de militants ont dû aller à l’hôpital. Mais, surtout, Thiago et Saif n’étaient pas avec nous.
 
Quelle a été l’attitude des autorités grecques ?
 
J’estime que la police grecque a été d’une certaine manière complice des Israéliens. Jusqu’à quel point, je ne sais pas. Tout s’est quand même passé pas très loin de leurs eaux territoriales. Quand nous sommes arrivés, ils nous ont laissés attendre dans des bus pendant des heures sans raison, en nous disant qu’ils allaient nous donner nos passeports, ce qu’ils n’ont fait que tardivement. On n’avait rien bu, rien mangé.
Finalement, on a tous décidé de sortir et on est parti en manifestation sans nos passeports. Le cortège a d’ailleurs grossi au fur et à mesure. Nous avons été rejoints par des Crétois venus soutenir ce cortège pour la Palestine. On a marché comme ça pendant près de trois heures. À l’aéroport, nous avons retrouvé les représentants consulaires de nos pays respectifs.
 
Vous êtes rentrée, mais certains ont décidé de rester. Pour quelles raisons ?
 
Certains sont restés puisqu’ils n’ont attrapé que 21 bateaux sur les 58 qui constituaient la flottille. Et beaucoup de participants ont décidé de rester pour la faire repartir. J’ai décidé de rentrer pour agir d’ici, pour la mobilisation, pour la flottille, pour la libération de Saif et de Thiago, et évidemment pour continuer à nous battre pour Gaza et pour le droit à l’autodétermination du peuple palestinien.
Il est quand même atterrant de constater que la France n’a rien dit ou à peine murmuré quelques mots pour condamner cet acte de piraterie contre la flottille. Quand on voit ce que fait Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol, pour s’opposer aux politiques israéliennes, on se dit qu’une autre attitude que celle du gouvernement français est possible.
C’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis rentrée. Il faut vraiment arriver à faire bouger les lignes, en France, sur cette question de la Palestine et de Gaza.
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4 mai 2026 1 04 /05 /mai /2026 05:01
Flottille pour Gaza : Thiago Avila et Saif Abu Keshek emmenés de force en Israël (L'Humanité, 2 mai, Pierre Barbancey)
Flottille pour Gaza : Thiago Avila et Saif Abu Keshek emmenés de force en Israël
 
Arrêtés en même temps que près de 175 militants qui entendaient rejoindre les côtes de Gaza depuis libérés depuis, les deux hommes, eux, sont toujours entre les mains des forces armées israéliennes qui entendent les « interroger ». Raphaëlle Primet, co-présidente du groupe communiste au Conseil de Paris, qui vient de rentrer en France après avoir été elle aussi kidnappée, lance un appel pour leur libération.
Monde
Publié le 2 mai 2026
L'Humanité Pierre Barbancey
 
Après leur kidnapping sur des bateaux de la Flottille internationale Sumud qui faisait route vers Gaza, le ministère israélien des Affaires étrangères a fait savoir que Thiago Avila et Saif Abu Keshek vont être « interrogés ». Quelques 175 militants ont été arrêtés sur 21 bateaux de cette nouvelle flottille qui en comptait 58, dans la nuit du 29 au 30 avril. Depuis, ils ont tous été relâchés, y compris Raphaëlle Primet, co-présidente du groupe communiste au Conseil de Paris, à l’exception de ces deux hommes dont le sort nourrit toutes les inquiétudes. Et ce malgré les déclarations des autorités israéliennes qui se veulent apaisantes.
Une trentaine de participants hospitalisés en Grèce
Selon Tel Aviv, les arrestations auraient été « menées pacifiquement ». Pourtant, à leur arrivée en Grèce, après leur libération, une trentaine de participants ont été hospitalisés pour « des premiers soins », selon les autorités grecques, qui n’ont pas donné de détails. Certains participants affirment avoir été frappés à coups de poing et de pied, traînés au sol, les mains liées, et avoir essuyé des tirs de balles réelles et en caoutchouc à bord d’un navire de guerre israélien après leur enlèvement dans les eaux internationales, à plus de 500 milles (926 km) nautiques de Gaza.
La flottille a publié sur X des vidéos montrant plusieurs militants blessés, avec des traces de coups à l’oeil et au nez. « Nous avons essayé de les empêcher de garder Thiago et Saif et c’est à ce moment là qu’ils nous ont battus », explique l’un d’eux. Thiago Avila, l’un des principaux organisateurs de la flottille, avait déjà participé à cette initiative à l’automne 2025. L’armée israélienne était intervenue et Thiago avait été détenu pendant plusieurs jours en Israël, subissant des traitements particulièrement durs à la prison de Ketziot.
Saif Abu Keshek, de nationalités espagnole et suédoise, est d’origine palestinienne. . Justement conscient des dangers encourus, il ne devait pas poursuivre le périple mais débarquer en Grèce. Qui aurait pu penser que Tel Aviv déciderait d’arraisonner les navires de la Flottille si loin des côtes de Gaza, à 500 milles nautiques soit presque 1000 km?
« On nous jetait de la nourriture comme à des animaux »
Comme l’a raconté à l’Humanité Raphaëlle Primet, les conditions de détention sur un bateau-prison ont été particulièrement difficiles. « On nous jetait de la nourriture comme à des animaux », a-t-elle révélé. Beaucoup de questions restent encore en suspens, notamment l’attitude d’Athènes. Les eaux territoriales grecques ont-elles été violées par la marine israélienne ?
L’ancien ministre grec Yanis Varoufakis n’a pas ménagé ses critiques sur X. « Pendant ce temps, le gouvernement grec coopère pleinement aux agissements criminels d’Israël, a-t-il écrit, abandonnant de fait ses obligations en matière de recherche et de sauvetage et complotant avec Israël pour persécuter les courageux équipages de la flottille Sumud. »
L’Espagne a réclamé la « libération immédiate » de Saif Abu Keshek, et assuré que sa diplomatie était« en contact permanent avec ses homologues israélien et grec », promettant d’apporter « toute sa protection » à son ressortissant. Les deux militants « auront droit à une visite des représentants consulaires de leurs pays respectifs », a précisé samedi le ministère israélien des Affaires étrangères sur X. Comme si ce droit inaliénable se transformait en faveur par la grâce de Netanyahou. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a répliqué en haussant le ton: « Nous faisons face à une arrestation illégale dans les eaux internationales, en dehors de toute juridiction des autorités israéliennes et, par conséquent, Said Abu Keshek doit être remis en liberté immédiatement afin qu’il puisse revenir en Espagne. » Des déclarations dont la fermeté tranche avec la pusillanimité du gouvernement français qui n’a pas condamné l’acte de piraterie israélien alors même qu’une élue de la république a été kidnappée.
Autant de raisons d’agir pour la libération immédiate de ces deux hommes enlevés en toute illégalité dans les eaux internationales. « Thiago et Saif doivent sortir immédiatement de prison » a lancé Raphaëlle Primet, à son arrivée en France, le 2 mai.
Flottille pour Gaza : Thiago Avila et Saif Abu Keshek emmenés de force en Israël
Arrêtés en même temps que près de 175 militants qui entendaient rejoindre les côtes de Gaza depuis libérés depuis, les deux hommes, eux, sont toujours entre les mains des forces armées israéliennes qui entendent les « interroger ». Raphaëlle Primet, co-présidente du groupe communiste au Conseil de Paris, qui vient de rentrer en France après avoir été elle aussi kidnappée, lance un appel pour leur libération.
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4 mai 2026 1 04 /05 /mai /2026 05:00
Après 32 mois, une population effrayée sans perspectives à Gaza la dévastée - Ziad Medoukh
Après 32 mois, une population effrayée sans perspectives à Gaza la dévastée
Nous sommes début mai 2026, 32 mois d’agression, 7 mois d’un cessez-le-feu fragile et sans cesse violé. 7 mois pendant lesquels les médias et les dirigeants du monde parlent moins de Gaza où la situation a encore empiré depuis le début de la guerre contre le Liban et l’Iran. Gaza se sent abandonnée, oubliée par le reste du monde.
Le sentiment d’impuissance est un sentiment terrible. On ne peut rien faire, on n’a aucune perspective. Le cessez-le feu n’est pas respecté, il y a chaque jour des bombardements certes moins intensifs, qui ont fait 830 morts et 2400 blessés palestiniens jusqu’à présent, la ligne jaune imposée par l’occupation avance chaque jour, l’armée contrôle aujourd’hui 61% de la surface de la bande de Gaza.
130-140 camions entrent chaque jour par les passages contrôlés par l’occupation. Le problème est que ces camions transportent des bonbons, des biscuits, des chocolats, des boissons gazeuses dont on n’a pas besoin. Par contre, nous manquons de pain, de farine, d’œufs, de fruits, de légumes, de poulet, d’eau potable, de chaises et de tables pour les centres éducatifs et les tentes éducatives, de beaucoup de matériels nécessaires.
Les matériaux de reconstruction n’entrent pas non plus.
Dans les centres médicaux, il n’y a plus de médicaments. Les malades d’hypertension, de diabète, et d’autres maladies chroniques ne peuvent pas être soignées.
Pour la journée mondiale du travail du Premier mai, le ministère palestinien du travail a indiqué que le taux de chômage en Cisjordanie occupée dépasse les 65 %, et dans la bande de Gaza les 92 %, les revenus sont en baisse constante, et que les conditions de travail sont terribles dans tous les territoires palestiniens occupés, colonisés et morcelés.
L’hiver ne veut pas quitter Gaza, nous sommes au mois de mai, mais on a peu de soleil actuellement, deux heures de soleil le matin, l’après-midi, il fait frais et le soir, il fait très froid, et c’est malheureux pour les déplacés dans les camps qui vivent sous des tentes qui ne sont pas solides, et aussi pour les toits qui possèdent des panneaux solaires, car ils n’ont pas assez d’électricité à cause de cette pénurie et ils ne peuvent pas faire monter l’eau dans leurs foyers.
Personnellement, c’est très difficile de décrire notre quotidien, et de raconter notre souffrance dans une région dévastée.
Le matin, quand je me lève, je réfléchis mille fois avant de me préparer une tasse de café ou de thé parce qu’on n'a ni gaz (300-350 euros la bouteille de 10kg, qui coûtait 20 euros avant l’agression), ni électricité, et qu’on est obligé de cuisiner sur le feu de bois (mais il faut trouver du bois, des cartons, des papiers pour allumer un feu et cela demande beaucoup de temps et d’efforts alors je préfère manger un petit sandwich au fromage blanc pour éviter de faire du feu).
En général, on prépare pour le déjeuner des repas légers qui ne demandent pas beaucoup de feu, et pour le dîner, soit on oublie ce repas, soit on mange comme le matin des sandwichs.
Je m’occupe de trois centres éducatifs - deux qui se trouvent dans des immeubles visés par les bombardements, et une tente éducative dans un camps de déplacés - et passe deux heures par jour avec les enseignants et les enfants, ce sont des moments de bonheur pour moi, même si, quand je rentre, je suis triste parce que je n’ai pas pu satisfaire tout le monde. J’essaie, grâce au soutien des amis et solidaires francophones de leur apporter quelque soutien, des repas chauds, du matériel scolaire, des chaussures, des vêtements, des jouets quand on en trouve sur le marché. J’organise des séances de soutien psychologique pour les enfants avec des jeunes motivés. J’essaie également d’aider quelques familles déplacées autour de moi grâce à mes relations et à des associations locales. Après je vais une fois par semaine pour voir ma mère qui habite chez mon frère à 2km de chez moi. À part cela je passe mon temps à la maison, je ne reçois pas beaucoup de monde, je ne sors presque pas, même s’il y a des occasions sociales (deuil, mariages, fiançailles) où j’essaie de ne pas aller car cela me rend triste de voir la ville détruite, les tentes où survivent 85 % des habitants de Gaza dans des conditions inhumaines.
Actuellement, il n’y a ni administration, ni gouvernement ni autorité, ni banques à Gaza. Les commerçants imposent les prix du peu de produits qui entrent dans l’enclave, les organisations internationales sont débordées et ne peuvent pas distribuer de l’aide à tout le monde. C’est un nouveau phénomène à Gaza, il y a moins de solidarité. Le prix des loyers a augmenté (1 000 à 1 500 euros par mois pour un petit appartement dans un immeuble partiellement détruit). Il n’y a pas de lois, les gens qui possèdent un générateur augmentent le prix de l’électricité vendue (200-300 euros par mois pour pouvoir charger les lampes, les portables, les ordinateurs, internet).
Malgré leur volonté de survivre, les gens sont tristes. Moi, j’ai la chance d’avoir des amis au travers des réseaux sociaux, j’écris, je lis, je témoigne, et j’échange avec eux.
Je ne m’imagine pas vivre en dehors de Gaza malgré cette situation catastrophique, et malgré la souffrance de tous les jours, Gaza pour moi n'est pas seulement un espace, un territoire, une ville natale, c’est un refuge, une protection, et une source de résilience et de vie. Mais surtout une raison d’exister et d’espérer même au milieu des ruines.
Actuellement, et via le passage de Rafah, seuls 30 malades ou blessés sont autorisé à sortir de Gaza quotidiennement. En sens inverse, seulement 150 Palestiniens entrent à Gaza de l'extérieur. Ils savent qu’ils vont trouver la dévastation et qui vont habiter dans des tentes déchirées et dans des appartements visés par des bombardements, mais c’est leur façon de résister, de montrer leur attachement à leur terre.
Actuellement, presque 97% de la population à Gaza souffrent de l’insécurité alimentaire
82 % de la population de Gaza survivent difficilement grâce à l’aide humanitaire internationale souvent limitée.
15% touchent la moitié de leur salaire versé par l’autorité palestinienne ou le gouvernement de Gaza, mais, eux, doivent payer leur loyer très cher, l’électricité, internet, l’eau et lorsqu’ils ont tout payé, ils n’ont presque plus de quoi acheter à manger tellement les prix ont augmenté.
Les 3 % restants travaillent soit pour des organisations internationales ou locales, soit comme influenceurs sur les réseaux sociaux pour avoir des dons de l’extérieur qu’ils utilisent, soi-disant, pour aider la population dans le besoin.
C’est difficile pour moi d’écrire de raconter, de témoigner. J’aurais besoin de livres et de livres pour cela, 2 à 3 pages c’est insuffisant pour décrire la situation, la réalité et le vécu à Gaza depuis 32 mois mais j’essaie. Pourtant, même si je suis optimiste, trop c’est trop.
La vie continue, c’est vrai. Il y a des fêtes, des fiançailles, des mariages, des universités ont réparé des salles et proposent à nouveau des cours en présentiel, des commerces et des cafés ouvrent … mais malgré cela, tout est anormal. Il y a la volonté mais le désespoir domine. Même moi qui suis privilégié, je préfère rester chez moi pour ne pas avoir à affronter la réalité et montrer mon impuissance à être plus utile à la population.
C’est la routine mortelle à Gaza. Je vis avec ma femme qui travaille beaucoup pour notre maison, et avec mes trois garçons, deux fils poursuivent leurs études de façon virtuelle à l’université et ont beaucoup de cours et devoirs. Mon dernier fils va trois jours par semaine suivre des cours dans un centre éducatif, et quand il rentre, il a beaucoup de révisons. Toute la famille est occupée, donc, pas le temps de discuter. Moi, je dors beaucoup en ce moment pour éviter de penser à notre souffrance, pour éviter les questions. J’essaie d’être plus dynamique, mais actuellement, voilà, c’est comme ça.
Heureusement que les solidaires existent parce qu’avec le silence des médias et des dirigeants internationaux, c’est le seul point positif. Je reçois chaque jour des photos de manifestation partout dans le monde francophone, ça nous montre que la mobilisation se poursuit, à l’image de la Flottille de la Liberté qui a été interceptée la semaine dernière par la marine israélienne avant même d’arriver dans les eaux internationales de Gaza.
Fin avril ont eu lieu des élections municipale mais seulement à Deir El-Balah – qui est soi-disant la ville la moins détruite - au centre de la bande de Gaza qui abrite 70'000 habitants. Le taux de participation était de 22 %. Cela montre que les gens sont peu intéressés. Ils veulent le changement mais ils ont d’autres préoccupations et savent que les maires et les conseillers municipaux sont impuissants, qu’ils n’ont même pas les moyens de faire réparer une rue, d’enlever les déchets dans les rues, de réparer le système électrique ou les égouts. Alors ils attendent. Désespérément.
Dans la bande de Gaza, la souffrance devient banalité, la précarité réalité, la survie privilège et la patience rêve !
Même si qu’on ne peut jamais enfermer ni effacer l’espoir.
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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 12:38
Photo Groupe des élu.e.s communistes à Paris: Raphaëlle Primet avec ses camarades

Photo Groupe des élu.e.s communistes à Paris: Raphaëlle Primet avec ses camarades

Israël innove dans la violation du droit international. Ses forces armées auraient détenu durant 40 heures les militants sur un bateau prison où ils auraient été violemment battus. Les ressortissants français sont arrivés ce matin après de multiples interventions auprès du ministère français des Affaires étrangères, dont celles du secrétaire national du PCF, Fabien Roussel et du sénateur de Paris, Ian Brossat.

Lina Sankari, L'Humanité, 2 mai 2026 

La détention de Raphaëlle Primet et de ses 170 camarades de la flottille pour Gaza (Global Sumud Flotilla) a pris fin hier. Leurs 21 bateaux sur les 58 de la Flottille partis ces dernières semaines de Marseille (France), Barcelone (Espagne) et Syracuse (Italie), qui tentaient de briser le blocus imposé à l’enclave palestinienne depuis 2007, avaient été arraisonnés par l’armée israélienne, le 29 avril au soir. Cette opération illégale, menée dans les eaux internationales, est celle qui a été menée le plus loin de la bande de Gaza. Preuve de l’escalade sans fin dans laquelle est engagé le gouvernement d’extrême droite israélien.

Transfert en Crète

Après avoir été transférée en Crète, la conseillère communiste de Paris et coprésidente du groupe communiste au Conseil de Paris, Raphaêlle Primet, qui se trouvait à bord du bateau Le Mystère Iqrit, a atterri ce matin à l’aéroport d’Orly. Si elle se trouve en bonne santé, d’autres ont, eux, fait état dans la presse italienne de « violence sévère et de torture » de l’armée israélienne. Des photos montrent des visages couverts d’ecchymoses.

Selon le journal Il Manifesto, les militants auraient eu à subir 40 heures d’une violence sans retenue à bord du navire israélien sur lequel ils ont été forcés d’embarquer avant d’être remis à la Grèce, un pays avec lequel Israël entretient une étroite coopération. Les coups se seraient intensifiés après que les militants ont entamé une grève de la faim et de la soif pour s’élever contre le transfert forcé du militant brésilien Thiago Avila et du syndicaliste hispano-palestinien Saif Abukeshek vers Israël pour interrogatoire. Leur sort soulève les plus grandes inquiétudes.

Une plainte déposée auprès du parquet de Rome

La France n’a pas condamné cet acte de piraterie israélien ni le kidnapping de ses 15 ressortissants. « Se rendre à Gaza, soit par la mer, soit par la terre, est dangereux », s’est contenté de déclarer le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, lors d’un point presse. Comment imaginer dès lors qu’Israël entende l’appel au « respect du droit international et du droit à la mer » dont se prévaut le Quai d’Orsay ? D’importantes mobilisations pour leur libération ont eu lieu partout en France, jeudi.

En Italie, une équipe juridique a déposé plainte auprès du parquet de Rome afin qu’une enquête soit ouverte sur les responsabilités et que des poursuites pénales soient engagées. Comme une manière de réaffirmer que le droit doit prévaloir contre l’impunité. « Ce que nous cherchons à obtenir en Italie, comme au niveau européen, c’est la mobilisation de tous les moyens possibles pour que les gouvernements, et notamment le gouvernement italien, assument leurs responsabilités quant à ce qui s’est passé sur ces navires », précise l’avocate Tatiana Montella.

 

Washington n’a pas non plus manqué de réagir en condamnent « une initiative pro-Hamas qui constitue une tentative infondée et contre-productive visant à saper le plan de paix du président », selon un communiqué du porte-parole du département d’État, Tommy Pigott. Et d’inviter les alliés des États-Unis à « prendre des mesures décisives contre cette manœuvre politique insignifiante en refusant l’accès aux ports, l’accostage, le départ et le ravitaillement en carburant aux navires participant à la flottille ». Une manœuvre insignifiante qui vaut quand même réaction et déploiement d’un dispositif important de l’armée israélienne…

 

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10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 05:30
Rassemblement unitaire pour Cuba et la solidarité entre les peuples, contre l’impérialisme le samedi 11 avril à 11 h Place de la Liberté à Brest

La section du Pays de Brest du PCF organise un rassemblement unitaire pour Cuba et la solidarité entre les peuples, contre l’impérialisme le samedi 11 avril à 11 h Place de la Liberté à Brest.

La LFI, la CGT, le Mouvement de la Paix se joignent d'ores et déjà à ce rassemblement. 

Nous proposons aux forces de gauche, syndicales et associatives d'appeler avec nous à ce rassemblement.
Depuis le 3 janvier, Cuba est asphyxiée par les États-Unis. Plus une goutte de pétrole ne rentre dans l’île, les transports et les grandes infrastructures industrielles sont à l’arrêt…

Trump veut déclencher une intervention militaire contre Cuba. Mobilisons nous le 11 avril à Paris !

Trump veut déclencher une intervention militaire contre Cuba. Mobilisons nous le 11 avril à Paris !

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7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 19:12
Le Télégramme, 7 avril 2026

Le Télégramme, 7 avril 2026

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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 08:51
Dissuasion nucléaire : l’effet d’une bombe. - Fabien Gay, 11 mars 2026
Dissuasion nucléaire : l’effet d’une bombe.
Au cœur de la rade de Brest, sur la base sous-marine de l’Île Longue, le 2 mars dernier, Emmanuel Macron a exposé sa politique de durcissement en matière de dissuasion nucléaire, avec un nouveau concept, celui de ‘’dissuasion nucléaire avancée’’ proposé à 8 pays européens.
Derrière les mots de stratégie et de souveraineté, le président de la République a surtout réaffirmé un choix politique ; En mettant en scène la force nucléaire française au moment même où les attaques se multiplient en Iran et dans toute la région, Emmanuel Macron installe l’idée que l’arme nucléaire devient un instrument plus central, plus assumé, de la stratégie politique de la France.
Le message n’est plus seulement celui d’une assurance ultime, il devient celui d’une puissance nucléaire revendiquée, presque démonstrative, en se vantant d’avoir un sous-marin « capable d’une puissance de frappe équivalente à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde guerre mondiale, soit près de 1000 fois la puissance des premières bombes nucléaires ». Le Président a montré les muscles en exhibant le Téméraire qui prendra la mer dans quelques jours, et en annonçant l’Invincible nouveau sous-marin nucléaire lanceur d’engin, 3ème génération.
Il se voulait solennel et rassurant. Il a été en réalité profondément inquiétant et menaçant. « Pour être libre il faut être craint, et pour être craint, il faut être puissant » a-t-il martelé.
Au moment où le monde est traversé par des tensions inédites depuis la fin de la guerre froide, fallait-il vraiment envoyer ce signal ? En réaffirmant la centralité de l’arme nucléaire dans la stratégie française, Emmanuel Macron contribue à banaliser ce qui devrait au contraire rester l’ultime tabou : la capacité d’anéantir des millions de vies humaines en quelques minutes. Le souvenir d’Hiroshima et Nagasaki nous hante pourtant encore.
La dissuasion nucléaire repose sur une fiction morale et politique : la paix par la peur, la stabilité par la menace d’anéantissement. On nous explique depuis des décennies que cet équilibre de la terreur serait le garant de notre sécurité. Mais il suffit d’observer la réalité du monde pour mesurer combien cette certitude est fragile. Les arsenaux se modernisent, les doctrines se durcissent et parallèlement les tensions entre puissances s’exacerbent. La logique de la dissuasion nourrit elle-même la course aux armements qu’elle prétend empêcher.
La France consacre des dizaines de milliards d’euros à la modernisation de son arsenal nucléaire, et Macron promet d’augmenter encore le nombre de têtes nucléaires. À l’heure où les services publics sont fragilisés, où l’hôpital souffre, où l’école manque de moyens, où la transition écologique exige des investissements massifs, ce choix de changement de doctrine mérite au minimum un débat démocratique et transparent, à la hauteur des enjeux. Or ce débat est soigneusement évité, « sans aucun partage de la décision ultime » a-t-il expliqué.
Le président invoque l’indépendance nationale. Mais quelle indépendance construit-on lorsque l’on enferme notre sécurité dans une logique militaire et belliqueuse ? La véritable souveraineté devrait être celle qui permet de protéger les populations, de prévenir les conflits, de renforcer la coopération internationale et de promouvoir le désarmement.
La France aime se présenter comme une puissance d’équilibre, porteuse d’une voix singulière sur la scène internationale. Elle devrait jouer un rôle majeur dans la relance des efforts de désarmement nucléaire, aujourd’hui en panne. Elle pourrait soutenir plus activement les initiatives internationales visant à réduire les arsenaux et à sortir progressivement de la logique de la dissuasion.
Il ne s’agit pas d’être naïf face aux périls qui pèsent mais face aux défis immenses de notre siècle, dérèglement climatique, inégalités, instabilité internationale, la sécurité ne peut pas être pensée uniquement à travers la menace nucléaire. Elle doit être collective, politique, sociale et environnementale.
Alors que la XIème conférence d’examen du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires se tiendra fin avril à New York, la France s’éloigne encore un peu plus de la signature du Traité antiprolifération des armes nucléaires (TIAN) et d’un chemin vers la paix.
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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 08:23

Face à la colonisation toujours plus féroce d’Israël, des organisations syndicales et des associations tentent de constituer des poches de résistance. Économie réduite en cendres, pouvoir d’achat inexistant, répression constante, la situation sociale en Cisjordanie sombre dans la catastrophe.

Composer avec la violence des raids de colons, les licenciements abusifs, le manque constant d’argent et la folie sécuritaire du système d’apartheid est la dure réalité à laquelle se confrontent les Palestiniens de Cisjordanie depuis six décennies. Responsable d’un génocide dans la bande de Gaza, Tel-Aviv accélère son projet colonial : déclassification des registres fonciers, ouverture des ventes de terres aux Israéliens et aux étrangers, extension du « contrôle » aux zones A et B.

Sa ligne de mire est claire : l’annexion totale de la Cisjordanie, occupée illégalement depuis 1967. En résulte, au sein de la société palestinienne confinée sur un territoire qui se réduit de jour en jour, un « paysage militant très morcelé, avec des dynamiques et des réalités différentes ». C’est le constat de Verveine Angeli, syndicaliste française à la retraite. Avec une délégation de Solidaires, elle s’est récemment rendue sur place afin d’y rencontrer des forces syndicales, des organisations non gouvernementales (ONG) et des associations dans les territoires palestiniens et israéliens.

“L’économie palestinienne appartient à l’économie israélienne”

Les conditions de vie des Palestiniens ne cessent d’être fragilisées avec un taux de pauvreté qui dépasse les 50 %. « On assiste à une asphyxie systématique des droits des Palestiniens en Cisjordanie », alertait Volker Türk, à la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies, début janvier. Sous l’impulsion du fasciste Bezalel Smotrich, ministre des Finances, Israël a systématisé, ces dernières années, la retenue des milliards de dollars de recettes fiscales perçues pour le compte de l’Autorité palestinienne. Au total, Tel-Aviv a détourné l’équivalent de 4 milliards de dollars, selon les estimations du Centre pour la démocratie et les droits des travailleurs en Palestine (DWRC). Les finances publiques palestiniennes se retrouvent ainsi asséchées, et entraînent la détérioration des services publics locaux ainsi que des salaires.

Face à cette crise, une galaxie militante tente de sauver les rares structures sociales encore debout. Les syndicats indépendants palestiniens, à distance de l’Autorité palestinienne (AP), se retrouvent en première ligne. « Ce sont des revendications que l’on peut retrouver partout dans le monde – la question des salaires, du recrutement, de la sauvegarde des services publics – mais elles prennent une dimension différente dans un contexte de colonisation, résume Linda Sehili, secrétaire nationale de Solidaires finances publiques. Des organisations syndicales ont dû, en complément, développer des systèmes parallèles. » De la distribution de nourriture au prêt de sommes d’argent, ces syndicats deviennent des acteurs vitaux alors que les indemnités chômage et les droits à la retraite sont un horizon inatteignable. « L’économie palestinienne appartient à l’économie israélienne, résume Hania (les prénoms palestiniens ont été modifiés), une membre de la National Palestinian Union. On paye des taxes sur notre occupation. »

Les prix sont calqués sur les salaires israéliens

Avant le 7-Octobre, au moins 170 000 travailleurs de Cisjordanie occupée étaient autorisés à travailler sur le territoire israélien. Depuis, seuls 40 000 d’entre eux, dont 10 000 avec des permis de travail, tentent de passer la frontière. Sans le sou, l’Autorité palestinienne n’autorise les employés du service public à ne travailler que trois jours par semaine. Le ministère des Finances est, quant à lui, chargé d’annoncer, chaque mois, combien ils vont pouvoir payer les fonctionnaires. « Au-dessus d’une paie de 2 000 shekels (544,76 euros en monnaie israélienne, NDLR), l’Autorité palestinienne retient une plus grande partie du salaire, ajoute Ouardia, une membre de l’administration du DWRC. Le nombre d’employés a diminué et les recrutements sont gelés, sauf pour le secteur de la santé et de l’éducation. »

 

« En Palestine, nous devons nous battre contre l’occupation et contre le capital », résume amèrement Yassid, membre de la Fédération des syndicats indépendants de Palestine (GFIU). Les salaires du public comme du privé pourraient être revalorisés car les prix sont calqués sur le pouvoir d’achat en Israël. Des membres de la Postal services Workers union – Palestine (PPSWU) attendent trois à quatre mois avant de voir la couleur de leur salaire. Quand celui-ci tombe enfin, il s’avère dérisoire. Un chef du bureau de poste rencontré par Solidaires a dû se contenter de 450 shekels (122 euros) pour tenir le mois. À titre de comparaison, le salaire moyen en Israël se situe entre 12 000 et 15 000 shekels.

L’éducation en ruine

Barrages de contrôle, arrestations arbitraires, les conditions de travail sont, elles aussi soumises, aux affres du système d’apartheid. « La difficulté pour se déplacer entre les zones et les fermetures de checkpoint nous oblige à travailler environ 17 à 18 heures d’affilée », raconte ainsi Ichrak, psychologue et militante syndicale.

Fierté du peuple palestinien, l’éducation repose pourtant sur des ruines. En raison du manque de moyens, les enseignants employés en Cisjordanie occupée ont déclenché une grève en 2025. Mais face aux problèmes systémiques, certains ont préféré se rendre à l’usine où la rémunération est plus stable. De fait, nombre d’habitants sont encouragés à contracter des prêts pour contribuer au développement économique des territoires palestiniens. La pandémie du Covid-19, conjuguée à l’enclavement organisé par Tel-Aviv, ont réduit en miettes ce recours et il ne reste désormais plus que la cruelle réalité des remboursements. De quoi faire dire à Majd, membre du Centre de recherche et de développement Bisan, que « la Palestine est un microcosme de toutes les injustices au monde ».

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