Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
12 juin 2026 5 12 /06 /juin /2026 05:43
Campagne 1 million d'oliviers pour la Palestine - les communistes engagés au côté du peuple palestinien
Les communistes finistériens engagés pour la solidarité avec le peuple palestinien!
Partager cet article
Repost0
12 juin 2026 5 12 /06 /juin /2026 05:34
Rencontre avec les Palestiniens de Jalazone au local du PCF Pays de Morlaix

Solidarité des communistes avec la Palestine - Avec beaucoup d’émotion la semaine dernière, nous avons échangé pendant 1h30 au local du PCF à Morlaix avec les responsables des comités populaires des camps de réfugiés de Jalazone et de Balata en Cisjordanie, accompagnés par Saïd de l'AJPF, à l'initiative conjointe de Patrick Gambache et des Palestiniens. Un moment très fort qui permet de mesurer l'extrême dégradation des conditions de vie des Palestiniens de Cisjordanie sur le terrain, avec 80% de chômage dans les camps de réfugiés, incursions et exécutions par les Israéliens toutes les semaines dans les camps de réfugiés, torture systématique des prisonniers, sous le régime anti-démocratique de la détention administrative (pas de procès, d'avocat, d'information des familles et des incarcérés...). L'occasion pour ces militants du Fatah d'exprimer la valeur qu'ils donnent à la solidarité internationale des citoyens français et des communistes, et pour nous d'exposer nos différentes initiatives de solidarité avec le camp Palestinien du Liban de Wavel, avec le camp de Jalazone (dont l'implication dans la construction du jumelage et de la coopération décentralisée), avec la campagne 1 million d'oliviers pour la Palestine, et avec Gaza.

Partager cet article
Repost0
6 juin 2026 6 06 /06 /juin /2026 05:57
L'Union européenne criminalise les exilés - L'Humanité, Tom Demars-Granja, mercredi 3 juin
« Un recul historique pour les droits fondamentaux des personnes exilées » : l’UE donne son feu vert pour enfermer les exilés dans des centres à l’étranger

Les États membres de l’Union européenne, le Parlement et la Commission se sont mis d’accord, lundi 1er juin, sur une loi portée par la droite et l’extrême droite sur les « expulsions des personnes sans papiers ». Le texte autorise la création de centres de détention hors-UE comme la détention des exilés pour une vérification d’identité.

La droite et l’extrême droite européenne jubilent. L’eurodéputé François-Xavier Bellamy, vice-président du Parti populaire européen (PPE), le premier parti du Parlement, parle même de « révolution (de) la politique européenne ». Le projet législatif de l’Union européenne (UE) sur les « expulsions des personnes sans papiers » a été validé, lundi 1er juin, par les États membres, le Parlement et la Commission, lundi 1er juin.

Le compromis, trouvé dans la soirée, devra être voté une dernière fois par le Parlement européen et les États membres dans les prochaines semaines. Si certaines dispositions – « hubs de retour », éloignement vers des pays tiers, soutien de Frontex – commenceront à s’appliquer dès l’entrée en vigueur du texte, le reste des mesures devrait être appliqué d’ici les douze prochains mois. Déjà sécuritaire, raciste et autoritaire, la politique migratoire va donc atteindre un nouveau stade, quitte à mettre en péril les derniers droits fondamentaux des exilés.

« L’arsenal juridique répondant à une idéologie xénophobe est complet »

Lors de la mise en place d’une « position de négociations » par les ministres de l’Intérieur des États membres, le 8 décembre dernier, seule l’Espagne s’était opposée au Conseil de l’UE. Symbole de cette escalade : la permission, pour les États qui le souhaitent, d’installer des centres de détention en dehors de l’Europe, afin d’y renvoyer des déboutés du droit d’asile.

« Le texte marque un recul historique pour les droits fondamentaux des personnes exilées, fustige Mélissa Camara, négociatrice pour le Groupe Verts/ALE sur le texte. Légalisation des centres de retour à l’extérieur de l’Union européenne, feu vert à la détention de personnes mineures, visites domiciliaires inspirées d’ICE (la police de l’immigration aux États-Unis, NDLR) : l’arsenal juridique répondant à une idéologie xénophobe est complet. »

Jusqu’ici, il était impossible de mettre sur pied des centres de retour dans des pays extérieurs à l’UE – hormis en Albanie, via un vide juridique combiné à d’autres bases légales. L’Italie, menée par la première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni, n’a justement pas attendu la mise en application de ce volet du texte sur les « expulsions des personnes sans papiers » pour lancer ses projets avec Tirana, contrariés cependant par des décisions de justice.

Depuis, plusieurs autres pays, comme le Danemark, l’Autriche ou l’Allemagne, ont annoncé être favorables à la création d’« hubs de retour ». La possible installation de centres au Rwanda, en Ouganda ou en Ouzbékistan a ainsi déjà été abordée. Seuls les mineurs non accompagnés sont exclus de ce dispositif.

Porté par l’eurodéputé français François-Xavier Bellamy

« On ne voit pas très bien comment ça marchera », a néanmoins estimé une « source diplomatique » interrogée par l’Agence France-Presse (AFP). Malgré tout, la validation de ce volet sert de symbole pour la droite et l’extrême droite européenne. « L’Europe commence enfin à se donner les moyens d’exécuter ses décisions de retour », a par exemple claironné Fabrice Leggeri, du groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe (Pfe), auprès du Monde.

De fait, la mouture retenue est le fruit d’une coopération entre ces différentes forces. Le texte porté par l’eurodéputé français François-Xavier Bellamy – le fruit d’une coopération entre le PPE, Pfe, les Conservateurs et réformistes européens (ECR) et l’Europe des Nations Souveraines (ESN) – est ressorti gagnant du vote réalisé le 9 mars dernier, en commission LIBE du Parlement européen.

 

Partager cet article
Repost0
27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 05:15
Campagne nationale du PCF "1 million d’oliviers" pour la Palestine: on continue!
Campagne nationale du PCF "1 million d’oliviers" pour la Palestine: on continue!

Campagne nationale du PCF "1 million d’oliviers" pour la Palestine. C’est plus que jamais d’actualité au moment où la colonisation et le permis de tuer s'intensifient pour les Israéliens en Cisjordanie avec l'aide de leur gouvernement d'extrême-droite raciste et suprématiste! Le PCF Finistère avec les dons des adhérents, des sections, de la fédération, des sympathisants et déjà réuni l'an passé plus de 15 000 euros qui ont été envoyés en Palestine, de quoi payer 1500 oliviers pour être replantés dans la terre palestinienne, acte de résistance symbolique et de Paix. Chaque don, chaque engagement compte! Le PCF organise un déplacement de représentants de fédérations, sections engagés dans cette solidarité et de parlementaires et maires en Palestine à la mi juillet.

Au niveau national 45 000 euros avaient été récoltés en mars et 10 271 oliviers avaient été plantés grâce à ces dons. Chaque olivier planté est un acte de résistance face à l'occupation militaire et la colonisation de peuplement israélienne. 

 

Campagne nationale du PCF "1 million d’oliviers" pour la Palestine: on continue!
Partager cet article
Repost0
25 mai 2026 1 25 /05 /mai /2026 06:16
Photos du rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien et la flotille pour Gaza square de la résistance à Morlaix le samedi 23 mai
Photos du rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien et la flotille pour Gaza square de la résistance à Morlaix le samedi 23 mai
Photos du rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien et la flotille pour Gaza square de la résistance à Morlaix le samedi 23 mai
Photos du rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien et la flotille pour Gaza square de la résistance à Morlaix le samedi 23 mai
Photos du rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien et la flotille pour Gaza square de la résistance à Morlaix le samedi 23 mai
Photos du rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien et la flotille pour Gaza square de la résistance à Morlaix le samedi 23 mai

Morlaix, 23 mai 2026 - Square de la Resistance, avec l’AFPS, rassemblement de solidarité avec la population de Gaza et l’ensemble de la population palestinienne victime de génocide, de nettoyage ethnique, de suspension et de négation des droits humains, du droit international et des droits historiques des Palestiniens sur leur terre. Solidarité aussi avec les militantes et militants de la flotille humanitaire pour Gaza victimes de tabassage, séquestration, viols collectifs par des soldats israéliens pour des militantes, tortures, humiliations.

12 camarades du PCF Pays de Morlaix étaient présents à ce rassemblement qui a rassemblé environ 60 personnes. 

Partager cet article
Repost0
22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 05:28
« Cet ordre militaire instaure un régime plus extrême que la loi elle-même » : Israël durcit son texte sur la peine de mort pour étouffer toute résistance palestinienne - Arthur Dumas, L'Humanité, 20 mai 2026
« Cet ordre militaire instaure un régime plus extrême que la loi elle-même » : Israël durcit son texte sur la peine de mort pour étouffer toute résistance palestinienne
 
Le commandement en chef de l’armée israélienne en Cisjordanie a promulgué, dimanche 17 mai, un ordre militaire qui permet l'entrée en vigueur de la loi sur la peine de mort, adoptée fin mars par la Knesset, dans ce territoire palestinien. Selon un consortium d’ONG israéliennes et palestiniennes, le texte étend également le périmètre d’application de ladite loi.
 
L'Humanité - le 20 mai 2026
Arthur Dumas
 
Israël franchit une nouvelle étape dans son entreprise d’annexion des terres palestiniennes. Dimanche 17 mai, le commandant en chef de l’armée israélienne en Cisjordanie, le général Avi Bluth, a promulgué un ordre militaire permettant l’entrée en application de la loi sur la peine de mort adopté fin mars par la Knesset sur ce territoire.
Ladite loi avait provoqué un tollé mondial lors de son vote au parlement. Sous couvert de lutter contre les « actes commis dans l’intention de nuire à l’État d’Israël », la majorité gouvernementale et une partie de l’opposition ont adopté un texte qui vise spécifiquement les Palestiniens.
Selon l’analyse juridique réalisée par un collectif d’ONG israéliennes et palestiniennes, cet ordre militaire durcit considérablement le périmètre de la loi votée par les députés. Après le récent soutien du gouvernement Netanyahou à une trentaine de projets de colonies illégales, Tel-Aviv acte une nouvelle fois sa volonté d’annexion totale de la Cisjordanie.
Toute contestation devient passible de la peine capitale
Dans un communiqué diffusé mardi 19 mai, le consortium d’ONG – Adalah, Physicians for Human Rights in Israel, HaMoked, Gisha le comité permanent contre la torture – affirme que « cet ordre militaire instaure un régime de peine de mort plus étendu, plus arbitraire et plus extrême que la loi elle-même ».
Selon l’analyse juridique réalisée par les ONG, la première extension de la loi sur la peine de mort se situe au niveau de son périmètre d’application. Alors que la première définition des « actes terroristes » était déjà amplement large, le texte militaire l’étend désormais aux « meurtres commis au nom de la contestation de l’autorité du commandement militaire ». De ce fait, toute résistance ou contestation face à l’occupation illégale de la Cisjordanie devient passible de la peine capitale.
Une loi destinée à ne viser que les Palestiniens et non les colons illégaux, puisque le terrorisme, tel qu’il est défini par le texte, ne concerne que les actes qui visent à nuire à l’État d’Israël. Pour rappel, les colons israéliens ont mené près de 4 000 attaques qui ont coûté la vie à 1 078 personnes en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, selon les données du bureau Ocha des Nations Unies.
Les ONG réclament « l’annulation de cette décision »
La seconde extension de la loi concerne, elle, le droit de défense des Palestiniens. En effet, l’ordre émis par l’armée entend réduire le niveau de preuves requis lorsque la personne accusée a fait usage d’une arme ou bien lorsqu’elle appartient à une organisation interdite. Dans ce cas précis, c’est à la défense d’apporter les preuves nécessaires à infirmer les accusations émises par l’occupant. Le groupe d’ONG alerte sur la dangerosité d’une telle mesure, qui plus est appliquée dans « un système judiciaire militaire déjà caractérisé par des violations systématiques du droit à un procès équitable et par la pratique systématique de la torture ».
« L’autorité d’un commandant militaire découle du droit international humanitaire et est limitée par celui-ci, lequel n’autorise pas l’application, directe ou indirecte, de la législation nationale israélienne dans les territoires occupés » ont déclaré les ONG dans leur communiqué tout en précisant demander « l’annulation de cette décision dans un délai de sept jours ». Passé ce délai, les organisations enclencheront des actions en justice contre le texte.
Signe d’une escalade israélienne globale, Bezalel Smotrich, ministre des finances et des colonies de Benyamin Netanyahou, a menacé hier d’expulser la communauté bédouine vivant à proximité de Jérusalem pour riposter au mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) à son encontre pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Avec l’entrée en vigueur de la loi sur la peine de mort en Cisjordanie, Israël réitère son mépris inconditionnel du droit international et dévoile un peu plus son projet d’annexion totale des territoires palestiniens
Partager cet article
Repost0
20 mai 2026 3 20 /05 /mai /2026 05:32
Arrestation de la flotte humanitaire pour Gaza, solidarité avec la Palestine - Rassemblement samedi 23 mai à 17h30 Square de la Résistance à Morlaix

ENCORE UNE FOIS avec le peuple palestinien contre le génocide, l'occupation, la colonisation et l'apartheid !
Pour la libération de tou.te.s les militant.es de la flottille humanitaire pour Gaza. Retrouvons-nous à MORLAIX le plus nombreux possible à l'appel de l'Afps du Pays de Morlaix

Le PCF Pays deMorlaix est bien entendu et comme toujours solidaire de cette manifestation et y sera présent. 

Partager cet article
Repost0
18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 16:48
Le droit international est-il mort? - éditorial de L'Humanité par Fabien Gay (7 mai 2026)

Il fut un temps où l’on croyait que le droit pouvait faire barrage à la loi du plus fort.

En 1918, les « 14 points » de Wilson consacraient un principe simple : le droit des peuples à disposer d’eux mêmes. Une promesse. Un socle du droit international moderne. Un siècle plus tard, que reste-t-il de cette ambition ?

La France a reconnu l’État palestinien devant l’ONU, un geste diplomatique fort.

Mais que vaut une reconnaissance quand, dans le même temps, un peuple est privé de ses terres, de ses droits, de sa souveraineté, rongé par une politique d’apartheid et un génocide en cours ?

Pendant des mois en 2025, Israël a bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire.

Des mois de siège et de privations.

Une famine documentée par l’ONU.

En avril 2026, 96 % des terres agricoles de la bande de Gaza sont détruites ou devenues incultivables. Pendant ce temps, les colonies s’étendent en Cisjordanie. Chaque implantation grignote un peu plus la possibilité d’un État palestinien viable, continu, souverain.

Plus de 38 000 femmes et filles tuées à Gaza entre octobre 2023 et décembre 2025.

La commission d’enquête de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés démontre des actes génocidaires commis avec l’intention de détruire un groupe. Des mots d’une gravité extrême et qui, ailleurs, auraient déclenché des sanctions immédiates.

Ici, ils se heurtent au mur du silence. Le droit international humanitaire est pourtant clair : les populations doivent être protégées.

Mais que vaut un droit que personne ne fait respecter ? Alors, à quoi sert vraiment l’ONU ? À compter les morts ? À publier des rapports ? À alerter, sans jamais contraindre ?

Le Conseil de sécurité est paralysé, otage des rapports de force. Le droit international n’est pas mort, il est suspendu. Suspendu à la volonté des puissants, avec cinq nations qui détiennent un droit de veto, les plaçant au-dessus des autres peuples.

Netanyahou ne subit aucune pression des gouvernements et peut survoler le ciel français et européen malgré un mandat d’arrêt international et alors qu’il contrevient à des dizaines de résolutions de l’ONU ; aucune pression du droit international non plus contre Trump, libre de kidnapper un président en exercice au Venezuela. Pour le droit de la mer, même combat. Alors qu’une nouvelle flottille était en route vers Gaza, 211 militants – dont notre camarade Raphaëlle Primet – ont été enlevés par l’armée israélienne dans les eaux internationales et retenus illégalement.

Le deux poids, deux mesures est insupportable, notamment pour les pays du Sud global. 

La Palestine n’est pas une exception. Iran, Soudan, Mali, Congo… Les conflits se multiplient, se superposent, se hiérarchisent dans une indifférence croissante. Une guerre en chasse une autre. L’émotion est sélective. L’application du droit malheureusement aussi.

Et, pourtant, il résiste. En 2025, des ONG ont saisi la justice française. Elles visent des soldats franco-israéliens, accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide. Le droit existe donc. Il s’applique dans les tribunaux quand il échoue à s’imposer dans les chancelleries. Et toujours grâce à la mobilisation populaire, qui est la seule à pouvoir faire bouger les lignes, à faire vivre la solidarité internationale.

Reste une question, essentielle : voulons-nous encore un monde régi par le droit ou acceptons-nous définitivement la loi du plus fort ?

Le droit international et nos instances internationales, même avec leurs imperfections, restent et demeurent le meilleur bouclier pour la défense de l’égalité entre les peuples.

Bien sûr, il doit évoluer pour que chaque peuple soit à égalité, par exemple en abolissant le veto.

Les nations doivent être libres et souveraines pour construire un monde de coopération.

Partager cet article
Repost0
6 mai 2026 3 06 /05 /mai /2026 05:12
Inde : l’extrême droite de Modi rafle le Bengale, les communistes perdent le Kerala - Axel Nodinot, L'Humanité, 4 mai 2026

Ce 4 mai, l’extrême droite de Narendra Modi a conquis le Bengale-Occidental, une première depuis l’indépendance. L’État du Keralam, dirigé par les communistes passe aux mains du Congrès, et le Tamil Nadu sera dirigé par une formation populiste.

Axel Nodinot - L'Humanité, 4 mai 2026 

Le pays le plus peuplé du monde sait créer la surprise, fût-elle décevante. Ce lundi 4 mai, la commission électorale indienne annonçait les résultats des élections législatives qui ont eu lieu au Bengale-Occidental du 23 au 29 avril, au Tamil Nadu le 23 avril, et au Keralam (ex-Kerala), en Assam et dans le territoire de Pondichéry le 9 avril dernier.

Un lundi synonyme de véritable claque pour les progressistes indiens, après avoir été noyés par le Bharatiya Janata Party (BJP, extrême droite) du premier ministre Narendra Modi au Bengale, et submergés par un nouveau parti populiste au Tamil Nadu. Dans l’État voisin du Keralam, les habitants ont préféré aux partis communistes le Congrès (centre gauche séculariste), premier parti d’opposition issu des dynasties politiques du Mahatma Gandhi et de Jawaharlal Nehru.

Les scrutins ont été marqués par la radiation de plusieurs dizaines de millions d’électeurs des listes, après l’utilisation autoritaire par le gouvernement de la révision intensive spéciale (RIS), un outil de contrôle des listes activé à la veille du scrutin. Mais ce nouveau coup de force du BJP, qui s’est vu opposer un camouflet à sa réforme électorale donnant encore plus de poids aux États du nord peuplés, hindous et acquis à sa cause, ne doit pas voiler l’influence rampante du suprémacisme dans ces États traditionnellement d’opposition, ni la faillite des partis traditionnels envers le peuple.

Le Bengale-Occidental à l’extrême droite, une catastrophe inédite

C’est un véritable séisme politique qui secoue le quatrième État le plus peuplé du pays. Le Bengale-Occidental et ses 100 millions d’habitants ont choisi de donner la majorité de la Vidhan Sabha (l’Assemblée législative d’un État) au BJP. Il s’agit d’une première depuis l’indépendance de 1947, que la région de Calcutta soit dirigée par l’extrême droite, après trente-quatre ans de communisme (1977-2011) et quinze ans de Trinamool Congress, la formation régionaliste de Mamata Banerjee, redoutée ministre en chef de l’État depuis 2011.

Cette fois, même si les résultats définitifs n’étaient pas encore connus, son parti ne conquiert qu’environ 80 des 294 sièges, contre plus de 200 pour le BJP. En 2021, les rapports de force étaient inversés (221 élus contre 65). « Je vous demande à tous de ne pas perdre espoir, lorsque le soleil se couchera, nous gagnerons, battez-vous comme des tigres », a imploré celle que l’on surnomme justement « la Tigresse » dans un message vidéo posté sur les réseaux sociaux, avant de remettre en cause « un faux narratif électoral », « plusieurs machines qui avaient des anomalies » et « des dépouillements qui ont été arrêtés ».

« Le lotus s’est épanoui au Bengale-Occidental ! » s’est réjoui Narendra Modi, remerciant le peuple d’avoir accordé au BJP « un mandat sans précédent » et les « efforts inlassables » des militants suprémacistes locaux. « Nous voyons l’histoire se dérouler sous nos yeux », abondait un cadre du parti au pouvoir après les résultats, affirmant vouloir rassembler « la communauté hindoue par-delà les castes ». Le Bengale-Occidental était l’un des États les plus ciblés par la RIS. Quelques semaines avant le scrutin, plus de 9 millions de Bengalis avaient été radiés des listes, dont une forte proportion de musulmans et d’immigrés.

« Le BJP et les néofascistes du RSS qui le contrôlent essaient de diviser la société, il n’y a qu’à voir leur campagne dirigée contre les minorités, et leur détournement de la RIS pour cela, affirme à l’Humanité le secrétaire général du Parti communiste indien-marxiste, Marian Alexander Baby. De son côté, le Trinamool Congress paie ses affaires de corruption et ses politiques dirigées contre le peuple. »

Enfin, la situation politique instable chez le voisin bangladais a achevé de convaincre la population de choisir le nationalisme. Lors de la première élection depuis la chute de la dictatrice Sheikh Hasina, soutenue par New Delhi, des violences avaient ciblé des communautés hindoues bangladaises, nourries par les partis islamistes, et de nombreuses familles avaient alors fui en Inde.

Au Tamil Nadu, un pouvoir bollywoodien

Avec 75 millions d’habitants, le Tamil Nadu est un autre grand État d’opposition du sud de l’Inde, dirigé jusqu’alors par Muthuvel Karunanidhi Stalin et l’Alliance séculaire progressiste qui réunissait la Fédération dravidienne (DMK, régionaliste tamoul), le Congrès et les partis communistes. L’opposition consistait en une scission de droite de la DMK, soutenue par le BJP. Mais cette fois, toutes deux ont été surprises par un nouvel acteur, littéralement : le comédien tamoul Joseph Vijay Chandrasekhar – ou simplement Vijay.

Il a troqué films romantiques et blockbusters d’action pour mobiliser ses fans autour d’un mouvement vaguement séculariste et égalitariste, en tout cas populiste. Sous la bannière jaune du Parti de la victoire du Tamilakam (TVK), il a critiqué la DMK de droite pour son alliance avec le BJP, la Fédération dravidienne pour ses affaires de corruption, et a remporté l’État en glanant une centaine des 234 sièges de la Vidhan Sabha.

« Vijay est très populaire, et est parvenu à mobiliser les jeunes de la génération Z, qui ont convaincu leurs parents de voter pour lui », explique M. A. Baby, reprenant l’expression qualifiant les manifestants bangladais ou népalais qui ont renversé leurs gouvernements ces derniers mois. « Il a une belle gueule, mais il n’y a pas de programme, d’idéologie politique ni de contestation réelle du pouvoir », déplore un observateur politique à la télévision indienne. Derrière le TVK viennent la Fédération dravidienne, avec environ 70 sièges contre 158 en 2021, puis sa scission de droite (une cinquantaine d’élus, contre 67 en 2021).

Là aussi, 10 % des inscrits avaient été radiés par la commission électorale, et les habitants du Tamil Nadu attendent désormais de voir ce que leur réserve leur nouveau ministre en chef, espérant qu’il ne joue pas un rôle pour finalement se coucher face aux politiques discriminatoires et antisociales du gouvernement central. « Ce mandat reflète la voix croissante de la jeunesse qui ne peut pas, et ne sera pas ignorée », a commenté le leader du Congrès Rahul Gandhi.

Le Congrès reprend le Keralam aux communistes

Sous le règne du PCI-M et du PCI, le bastion rouge qu’est le Keralam (ex-Kerala) aura été l’un des poumons économiques de l’Inde, en éradiquant l’extrême pauvreté et prônant le vivre-ensemble entre les castes et les religions. Mais, après une décennie de pouvoir, le Front de gauche mené par les communistes et leur ministre en chef, Pinarayi Vijayan, doit laisser l’État de 35 millions d’habitants au Congrès et à ses alliés, qui comptent 97 élus sur 140, contre 26 pour le PCI-M et 8 pour le PCI. Un miroir de la situation cinq ans plus tôt, lorsque le Front de gauche élisait 95 représentants, plus du double des 42 élus de centre-gauche.

Un échec pour M. A. Baby, qui est né et a grandi politiquement au Keralam. « Oui, après dix années de succès du Parti communiste indien-marxiste, se désole son secrétaire général, à la tête de plus de 1 million d’adhérents, le Congrès a vu dans les incessantes et violentes campagnes du gouvernement contre le Front de gauche une opportunité pour jouer sa carte. Et nous nous inquiétons de la même manière que le BJP gagne trois sièges au Keralam », un record pour la formation nationaliste. Rahul Gandhi préfère prôner « le potentiel et le talent du Keralam, qui a maintenant un gouvernement avec une vision pour les exploiter tous deux ».

De son côté, l’Assam et ses 31 millions d’habitants voient le BJP et ses alliés nationalistes renforcer leur emprise, puisqu’ils passent de 80 à environ 90 sièges, contre une vingtaine pour l’opposition menée par le Congrès. Dans le petit territoire de Pondichéry, les rapports de force restent sensiblement les mêmes, en faveur de la formation de Narendra Modi.

Le Bharatiya Janata Party contrôle désormais 22 assemblées législatives en Inde, sur 36 États, contre sept pour le Congrès. Le premier ministre et ses ouailles nationalistes comptent dans les prochains mois sur le recensement de la population, le premier depuis 2011, pour remettre sur la table un redécoupage électoral qui pérenniserait son pouvoir.

 

Partager cet article
Repost0
6 mai 2026 3 06 /05 /mai /2026 05:10
Présidentielle en Colombie : « Notre objectif est de gagner dès le premier tour » prévient Claudia Florez, secrétaire générale du parti communiste colombien (L'Humanité, 5 mai 2026)

À l’approche de l’élection présidentielle et avec le candidat Ivan Cepeda donné en tête des sondages, la gauche compte bien poursuivre les réformes sociales lancées en 2022 avec l’arrivée de Gustavo Petro au pouvoir. Entretien avec Claudia Florez, secrétaire générale du Parti communiste colombien

Luis Reygada

 

À moins d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle, la droite colombienne tente d’alimenter un climat de peur pour défaire la gauche dans les urnes. Mais la secrétaire générale du Parti communiste colombien, Claudia Florez, mise sur le large soutien populaire acquis grâce au bilan positif de la présidence de Gustavo Petro pour que son dauphin, Ivan Cepeda, s’impose le 31 mai.

Comment se positionne le Parti communiste colombien dans le cadre des prochaines élections présidentielles ?

Claudia Florez

Secrétaire générale du Parti communiste colombien

Le Parti communiste colombien est l’une des six forces fondatrices du Pacte historique (coalition créée en 2021 pour propulser Gustavo Petro à la présidence, en 2022, puis devenu un parti en juin 2025). Par conséquent, nous sommes engagés à cent pour cent en faveur de la candidature présidentielle d’Ivan Cepeda Castro et d’Aida Quilcué, car ils représentent la continuité des transformations sociales que le gouvernement populaire de Gustavo Petro a menées ces quatre dernières années.

Face à la menace d’un retour au passé avec une droite synonyme de guerre et de mort, la gauche révolutionnaire et le progressisme continuent de proposer une « révolution pour la vie ».

Le candidat Ivan Cepeda est actuellement donné en tête des sondages, loin devant deux candidats de droite. Pensez-vous qu’il sera possible d’atteindre l’objectif de dépasser les 50 % pour assurer la victoire dès le premier tour ?

 

Ce ne sera pas si simple de gagner dès le premier tour, mais ce n’est ni plus ni moins que l’objectif que nous nous fixons dans cette campagne. Les sondages et notre ressenti au contact des gens nous indiquent que nous sommes sur la bonne voie, et nous ne voulons prendre aucun risque (en cas de second tour). Tout notre travail militant est concentré sur cet objectif pour assurer la victoire dès le 31 mai.

e dernier sondage indique que nous sommes à cinq points de la victoire dès le premier tour (c’est-à-dire à 45 % des intentions de vote, NDLR), et il reste un peu moins d’un mois de campagne. Il ne faut pas relâcher ni se montrer trop confiants, pour continuer à travailler dans les rues, dans les territoires, dans les quartiers, dans les foyers, en continuant d’établir un dialogue direct avec les gens.

Le contexte des récents attentats peut-il favoriser une remontée de la droite ?

C’est une façon sinistre de faire de la politique, même si dans notre pays cela n’a rien de surprenant. La droite et l’extrême droite ont gouverné pendant une grande partie du XXe et XXIe siècle sur la base de la peur.

Ce n’est pas une coïncidence si les attentats ont lieu (en ce moment) et si la candidate de l’uribisme et des partis traditionnels, Paloma Valencia (actuellement donnée en troisième position avec 20 % des intentions de vote, NDLR), essaie d’exploiter la situation en proposant l’ancien président Alvaro Uribe Vélez (2002-2010) comme ministre de la Défense.

Comment maintenir focalisée l’attention médiatique sur le programme du Pacte historique alors que les questions sécuritaires prennent une telle importance…

Il n’y a pas de contradiction entre notre programme de gouvernement et les politiques de sécurité, car nous avons aussi des propositions concrètes dans ce domaine. Dans notre Plan national de développement « Colombie, puissance de la vie », nous proposons une politique de « sécurité humaine », c’est-à-dire de gauche et progressiste, pour les villes et les zones rurales, mais sa finalité est la protection intégrale de la vie.

Cela signifie un changement radical d’approche par rapport à la doctrine sécuritaire héritée de la droite, qui a été imposée pendant des décennies au sein des forces armées de notre pays, et avec les conséquences terribles que l’on sait.

Nous prenons tout particulièrement en compte les territoires frappés par des conflits complexes, notamment en raison de la présence d’acteurs armés se finançant par le narcotrafic, l’exploitation minière illégale et d’autres économies rendues illégales.

Notre proposition vise une transformation territoriale grâce à une présence intégrale de l’État. Cela signifie une action de la force publique, mais aussi des politiques publiques sociales radicales qui changent la vie des gens. Dans cette équation, la réforme agraire que nous menons est primordiale.

Comment analysez-vous l’annonce de la candidate Paloma Valencia de vouloir nommer l’ancien président Uribe comme son ministre de la Défense ?

C’est à l’évidence une proposition opportuniste qui met en évidence la façon dont l’extrême droite veut capitaliser électoralement sur la terreur que subit la population civile.

Mais à y regarder de plus près, c’est une proposition qui dessert sa cause. Bien qu’Uribe Vélez reste le leader naturel d’un secteur important de la droite, il est également une réalité incontestable : la majorité sociale du pays identifie l’ancien président comme le principal personnage d’une époque autoritaire de gouvernance paramilitaire, caractérisée par la répression contre le peuple et la violation systématique des libertés démocratiques.

Énormément de monde se pose depuis des années la même question que notre candidat Ivan Cepeda Castro a formulée publiquement, en faisant de ce dossier l’un de ses grands combats, il y a quelques années : avec 7 837 « faux positifs » sur le dos, quand est-ce qu’Alvaro Uribe Vélez sera enfin jugé pour crimes contre l’humanité ?

Quel rôle joue l’uribisme dans cette campagne ?

Il est indéniable que lors des dernières élections législatives colombiennes (le 8 mars dernier, NDLR), le parti (uribiste) Centre démocratique (principal parti d’extrême droite) a regagné des positions au point de représenter la deuxième force politique au Congrès.

Mais il est également vrai que la conjoncture est différente aujourd’hui et ce que nous voyons, c’est une lutte cannibale au sein de la droite : les candidats Paloma Valencia et Abelardo de la Espriella (en seconde position dans les sondages avec 21.5 %, NDLR) se déchirent pour assurer une place au second tour.

Pendant que Paloma et le Centre démocratique tentent de se donner une image de « centre » en adoucissant leurs discours, de la Espriella se radicalise avec un discours néofasciste de style Bukele ou Bolsonaro.

Ils se retrouvent toutefois loin derrière le candidat Petro…

Ces fissures et tensions au sein de la droite mettent en évidence deux choses. La première est qu’ils n’ont pas de projet de pays cohérent à offrir aux citoyens. Et la seconde est que le président Gustavo Petro les a totalement déstabilisés : les droites ne savent pas comment faire face au fait que l’actuel gouvernement a réussi à convaincre une grande majorité de la population, avec des politiques sociales qui ont changé la vie des gens, et qu’il est très difficile de comparer cette nouvelle réalité avec des candidats qui représentent un retour du passé.

D’un point de vue logique, la gauche et le progressisme sont en train de gagner. Il reste maintenant à le confirmer dans les urnes.

Et que dire du président de l’Équateur, Daniel Noboa, qui tente clairement de déstabiliser les derniers mois de mandat de Gustavo Petro ?

C’est surtout le rôle joué par Donald Trump qu’il faut souligner : Daniel Noboa ne sert que d’intermédiaire dans le cadre de la doctrine Monroe 2.0. mise en place par la Maison blanche. Je n’ai aucun doute quant au fait que l’actuelle crise entre la Colombie et l’Équateur est orchestrée par Washington. Les États-Unis sont occupés au Moyen-Orient – par leur guerre sioniste contre l’Iran – mais ils ne peuvent pas négliger leur « arrière-cour » latino-américaine.

Ils exécutent donc un plan pour interférer dans les élections de notre pays, comme ils l’ont déjà fait récemment en Argentine et au Honduras. Cependant, nous sommes confiants que notre peuple confirmera dans les urnes la défense de la souveraineté nationale, de l’autodétermination et de l’intégration de toute Notre Amérique.

Ivan Cepeda, candidat de la gauche pour la présidentielle en Colombie : « Forgeons un grand mouvement mondial pour vaincre l’extrême droite »

Fils d’un grand dirigeant communiste condamné à l’exil puis assassiné par des paramilitaires, Ivan Cepeda a grandi entre Cuba, Prague ou Sofia. Son histoire l’a amené à s’engager pour les droits humains. Candidat de la gauche pour la présidentielle en Colombie, iI se livre à « l’Humanité magazine » sur la nécessité pour le camp progressiste de se rassembler face à une internationale néofasciste.

Angèle Savino

L'Humanité, 13 février 2026 

Philosophe, sénateur, militant des droits humains, et facilitateur pour le processus de paix en Colombie, Ivan Cepeda sera le candidat d’une gauche visant à assurer, lors des élections du 31 mai prochain, la continuité du processus politique progressiste enclenché en 2022 par le président Gustavo Petro. Quelques jours après le bombardement du Venezuela et l’enlèvement de son président, Nicolas Maduro, par les États-Unis, « l’Humanité magazine » l’a rencontré à Madrid lors d’une conférence durant laquelle celui dont le père, Manuel Cepeda, fut un des présidents historiques du Parti communiste colombien a notamment appelé à s’organiser pour vaincre le péril d’une « internationale néofasciste ».

Pouvez-vous nous parler de votre enfance, marquée par les violentes persécutions politiques contre votre père, Manuel Cepeda ?

Ivan Cepeda

candidat de la gauche pour la présidentielle en Colombie

Je suis né en 1962 dans une famille de journalistes. Mon père était directeur politique de la Jeunesse communiste et travaillait pour le journal du Parti communiste, la Voix de la démocratie. Il réalisait des reportages dans le département de Tolima, où la résistance paysanne se développait contre les attaques visant les communautés paysannes. Cette résistance finira par aboutir à la création des Farc, et il a rencontré plusieurs de ceux qui allaient devenir les dirigeants de cette guérilla.

Il fut accusé d’être un agitateur communiste puis emprisonné pendant un an, mais, une fois sorti de prison, il a commencé à subir des menaces et du harcèlement. Il ne s’agissait plus seulement d’une persécution judiciaire, mais de menaces concrètes d’assassinat. Ma famille s’est alors exilée, d’abord à La Havane entre 1966 et 1967. Mon père y a rencontré Ernesto « Che » Guevara et les dirigeants de la révolution cubaine, avec lesquels il a eu de riches débats, ce même qu’avec diverses forces de gauche du continent. C’était l’époque qui a vu naître la Tricontinentale.

Après Cuba, vous avez émigré vers la Tchécoslovaquie, puis vous avez étudié en Bulgarie. En quoi ces expériences en Europe de l’Est ont changé votre vision de la politique ?

 

J’ai vécu le printemps de Prague puis, plus tard, je suis parti étudier à Sofia la philosophie – après six mois passés à Moscou – où j’ai vécu la perestroïka et son résultat : une fracture du « socialisme réel ». Lorsque je suis rentré en Colombie en 1987, j’ai débattu avec mes camarades communistes, non seulement à propos des courants critiques du marxisme en Europe de l’Est mais aussi de la réalité de la Colombie, à propos de la guérilla qui n’était plus une force révolutionnaire au service du peuple. 

L’enlèvement n’était plus une forme de pression politique, mais un outil de financement. Et, bien sûr, c’est une perversion parce que, si l’on veut créer un monde humaniste, on ne peut pas considérer les êtres humains comme une marchandise, avec le simple argument qu’ils sont plus riches que les autres ou qu’ils ont commis des crimes en exploitant les travailleurs. J’ai participé à de nombreuses discussions, tant dans la vie politique qu’au sein de ma famille, mais toujours de manière très respectueuse.

Le 9 août 1994, votre père est assassiné par des agents de l’État en complicité avec des paramilitaires. Vous avez 32 ans, et vous décidez de vous consacrer désormais à lutter pour les droits humains…

Ce crime s’inscrit dans un autre grand processus en cours : le génocide contre les militants de l’Union patriotique, à laquelle appartenait mon père. J’ai cherché à établir la vérité sur ce crime, et à traiter de nombreux autres cas, jusqu’à créer un mouvement de victimes de l’État colombien. Une partie de l’impunité en tant que phénomène s’explique par le fait qu’il existe un environnement idéologique, moral ou immoral dans la société qui permet d’admettre que ces crimes ne sont pas punis. 

Une société qui vit une période de violence aussi longue souffre d’une sorte d’insensibilité éthique, face au respect de la vie, face aux victimes. Les sociétés qui ont la possibilité de faire un travail de mémoire et de recherche de la vérité peuvent avoir une chance de surmonter la violence. Bien sûr, ce travail ne suffit pas ; nous l’avons vu ces derniers temps, quand un peuple qui a été victime de génocide est coupable de commettre lui-même un génocide : je parle évidemment de ce qui se passe en Israël avec la Palestine.

Vous avez dû vous exiler à nouveau en 2000, cette fois en France, en raison de menaces liées à l’élucidation du meurtre de votre père…

À cette époque, le paramilitarisme gagnait du terrain, et la violence d’État commençait à adopter des méthodes et des outils paramilitaires. C’était aussi l’ère du Plan Colombie, avec une forte présence américaine dans notre pays et, dans ce contexte, faire la lumière sur l’affaire de mon père avait des conséquences politiques pour le pays. 

Heureusement, j’ai vécu l’exil d’une manière très enrichissante. J’y ai rencontré de nombreux défenseurs des droits humains venus d’autres pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Europe. Parallèlement, le gouvernement d’Alvaro Uribe (président de 2002 à 2010 – NDLR) émergeait et l’extrême droite prenait une nouvelle forme politique. En Colombie, il y a toujours eu une droite et une extrême droite ; mais, avec Uribe, une extrême droite organisée a vu le jour.

Pourquoi avez-vous finalement décidé de rentrer en Colombie ?

J’étais en France, et c’était très pénible pour moi de savoir que tout cela se passait et de ne pas pouvoir participer à la vie politique de mon pays de manière plus active et décisive. C’est pourquoi j’ai commencé par écrire des tribunes, puis des livres sur ce sujet. À mon retour, en 2003, j’ai créé le Mouvement national des victimes de crimes d’État. Nous avons obtenu que la Cour interaméricaine des droits de l’homme reconnaisse la responsabilité de l’État dans le cas de mon père et d’autres personnes.

Je suis retourné dans ces régions où les pires actes de violence se produisaient. J’ai rencontré les paysans, les victimes de cette violence paramilitaire et mon travail a coïncidé avec l’action de (l’actuel président) Gustavo Petro qui était, à ce moment-là, député. Il menait des débats très intenses au Congrès sur le paramilitarisme, la parapolitique et l’accaparement des terres. Nous avions donc déjà de profondes affinités à propos de la Colombie rurale, dans des départements comme Sucre, Cordoba, la côte Caraïbe ou le Meta.

Après un procès qui vous a opposé à Alvaro Uribe pendant treize ans sur ses liens avec le paramilitarisme, l’ancien président a finalement été condamné à douze ans de prison pour délits de corruption et fraude procédurale, verdict depuis annulé. Vous venez de présenter un recours en cassation devant la Cour suprême de justice. Quel est le sens de votre persévérance ?

Ce processus continue aussi parce que Uribe doit faire face à d’autres accusations. Ceux qui sont patients et sereins, ce sont les victimes, ce n’est pas Uribe. Le combat pour la vérité et la justice est cumulatif. Nous avons réussi à prouver qu’un ancien président peut être jugé et même condamné. Il s’agit donc d’une victoire démocratique, juridique et éthique pour les victimes et, par conséquent, ce combat se poursuivra. À la suite de cet épisode historique, le peuple a exigé ma candidature à la présidence. C’est un honneur, mais c’est aussi une immense responsabilité. J’ai mûrement réfléchi avant d’accepter.

On a le sentiment que vous n’avez jamais éprouvé de désir de vengeance, contrairement à Uribe après l’assassinat de son père par les Farc. D’où vient cette sagesse qui vous permet aujourd’hui de vivre avec les morts ?

Cela découle essentiellement de trois expériences de vie. La première est le contact avec les victimes qui se battent depuis tant d’années, dans des conditions si difficiles, et qui font preuve d’une résilience admirable. Elle découle, entre autres, de la capacité à surmonter la douleur, à comprendre que, quelles que soient les difficultés, un autre temps viendra. Et ce temps-là, il faut le saisir, le cultiver et le construire. Grâce à cette lutte patiente, j’ai beaucoup appris de ceux qui ont vécu les pires situations.

Ensuite, il ne faut pas oublier qu’en Colombie nous avons subi un niveau de violence qui est peut-être le plus atroce, le plus sanglant qu’ait connu le continent. Face à ces circonstances, plusieurs options s’offrent à nous : fuir ou se mettre à l’abri, ou s’adapter, se rendre complice d’une certaine manière, ou simplement devenir spectateur. Autre option : s’engager frontalement. Enfin, il y a ma propre formation philosophique. J’ai été influencé notamment par la philosophie éthique et la pratique des stoïciens.

Pouvez-vous nous parler du concept de « révolution éthique » qui est au centre de votre campagne dans le cadre de l’élection présidentielle ?

La dégradation morale du monde est le résultat du modèle néolibéral, qui transforme l’être humain en une marchandise, génère des dynamiques de corruption énormes dans les États, crée la possibilité que la violence soit le seul moyen de résoudre les conflits. Si nous éliminons la pauvreté, réduisons les inégalités et développons économiquement les territoires isolés, nous pourrons créer une économie prospère, notamment agricole, qui respecte mieux la nature.

Depuis un an, les affrontements entre les dissidences des Farc et l’ELN (armée de libération nationale) ont repris dans le département du Catatumbo, provoquant des dizaines de morts et plus de 100 000 personnes déplacées. Comment feriez-vous face à cette situation si vous étiez élu à la tête du pays ?

Nous dialoguons avec l’ELN depuis trente ans. Il est temps de parvenir à un accord. Une fois à la présidence du pays, nous continuerons la politique de l’actuel président, tout en corrigeant certaines erreurs. Mon travail ne se limitera pas à des actions ponctuelles, j’exigerai des résultats avec une politique sociale forte de l’État. La négociation détermine non seulement la construction de la paix, mais aussi, et fondamentalement, la transformation des territoires. Mon programme n’a pas d’autres objectifs, mais, pour y parvenir, plusieurs conditions sont nécessaires. L’une d’elles est l’élimination de la pauvreté et des inégalités.

Le président Gustavo Petro a fermement dénoncé l’intervention militaire états-unienne du 3 janvier dernier, au Venezuela. Quelle est votre position à ce sujet ?

Ceux qui réduisent ce qui s’est passé au Venezuela au renversement d’un dictateur ignorent avec mauvaise foi les véritables dangers auxquels nos peuples sont confrontés aujourd’hui. Ceux qui vilipendent Maduro ont-ils condamné le processus électoral au Honduras, les bombardements (états-uniens) dans la mer des Caraïbes ? Sans paix, sans légalité internationale et sans stabilité, il n’y a pas de prospérité possible.

Il faut préserver l’Amérique latine en tant que zone de paix. Nous sommes témoins de l’énorme fracture de l’ordre international, du système de sécurité et de paix dans la région. Nous observons l’émergence d’une doctrine très dangereuse selon laquelle les États-Unis dominent l’hémisphère occidental, décidant du sort des populations, jusqu’à celui de présidents. Dans le seul but de s’approprier les richesses d’une nation, considérant qu’elles lui appartiennent.

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011