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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 06:56
40 familles sont installées dans l'avant-poste illégal d'Esh Kodesh

40 familles sont installées dans l'avant-poste illégal d'Esh Kodesh

Les extrémistes juifs, une plaie au cœur d’Israël

8 AOÛT 2016 | PAR CHLOÉ DEMOULIN

Fin avril 2016, le Shin Bet s’est félicité d’avoir porté un coup d’arrêt au « terrorisme juif », après une série d’arrestations dans le milieu des « jeunes des collines », soupçonnés d’attaques envers des Palestiniens. Mais les frustrations et la colère de cette nébuleuse radicale constituent toujours une bombe à retardement au cœur d’Israël.

Jérusalem, Esh Kodesh (Cisjordanie), de notre envoyée spéciale.- Chemisette blanche et kipa tressée sur le crâne, Itamar Ben-Gvir a le visage bonhomme, presque poupin. Cet Israélien de 39 ans est pourtant loin d’être un enfant de chœur. Issu d’une famille laïque et bourgeoise installée à Mevasseret Tsion, sur les hauteurs de Jérusalem, il a milité dans son adolescence pour le Kach, un parti nationaliste religieux et anti-arabe fondé par le rabbin américain Meir Kahane. « J’ai reçu une éducation qui m’a poussé à penser par moi-même, sans prêter attention à ce que les autres en diraient. Et dès mon plus jeune âge, j’ai vu le grand danger que représentaient certains groupes pour l’État d’Israël », raconte-t-il.

Au milieu des années 1980, le Kach, jugé raciste, est interdit en Israël et Meir Kahane est exclu de la Knesset, avant d’être finalement assassiné en 1990 à Manhattan. Mais Itamar Ben-Gvir, comme d’autres disciples du Kach, reste actif. « Je ne déteste pas les Arabes,jure-t-il, mais il y a beaucoup de gens parmi eux qui considèrent que tous ceux qui ne sont pas avec eux doivent être tués. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. » Quelques semaines avant l’assassinat d’Yitzhak Rabin, en novembre 1995, Itamar Ben-Gvir s’offre son premier coup d’éclat. Filmé par la télévision israélienne, il brandit l’emblème qu’il a volé sur la Cadillac du premier ministre et fanfaronne : « Nous avons eu sa voiture, et nous l’aurons, lui aussi. » Une attitude menaçante, additionnée à un profil d’agitateur notoire, qui lui vaudra d’être interdit de service militaire.

Ce lundi 6 juin, Itamar Ben-Gvir accepte enfin, après de nombreuses sollicitations, de rencontrer Mediapart dans une pâtisserie du centre de Jérusalem. Devenu un avocat presque respectable, il n’a rien oublié de son combat. Il défend désormais les “terroristes juifs” suspectés dans des affaires de représailles du type « Tag Mehir » (le prix à payer), qui peuvent aller du simple graffiti raciste à l’attaque de mosquées ou d’églises, et jusqu’au meurtre, comme par exemple celui du Palestinien Mohammed Abou Khdeir, âgé de 16 ans, le 2 juillet 2014, au lendemain de l'enlèvement de trois jeunes Israéliens en Cisjordanie.

« Je ne suis pas d’accord avec le fait qu’on appelle ces gens des terroristes. Je ne dis pas qu’ils ne sont pas coupables d’actes criminels, mais il y a une grande différence entre des actes criminels et du terrorisme, tient-il tout de suite à préciser. Le gouvernement se sert d’eux, il essaie de les mettre sur le même plan que les terroristes arabes pour faire bonne figure devant la communauté internationale. » L’avocat compte notamment Amiran Ben-Uliel parmi ses clients, l’un des deux jeunes inculpés en janvier 2016 pour l’attaque en juillet 2015 d’une maison dans le village arabe de Duma, en Cisjordanie, qui a causé la mort d’une famille palestinienne, dont un bébé de 18 mois.

L’affaire, qui a fait grand bruit en Israël, a doublement choqué l’opinion lorsque la vidéo de ce que la presse israélienne a surnommé le « mariage de la haine » a été dévoilée fin décembre 2015 par la chaîne Arutz 10. On pouvait y voir des extrémistes juifs célébrer la mort du bébé palestinien, certains brandissant des couteaux en direction de sa photo.« C’était un acte stupide. Il n’y a aucune fierté à tirer du fait de poignarder la photo d’un enfant mort, cingle Itamar Ben-Gvir, qui faisait partie des invités. Si j’étais adepte des thèses conspirationnistes, je dirais que tout cela a été manigancé par le Shin Bet [service de sécurité intérieure israélien – ndlr] », lâche-t-il ensuite, suggérant qu’il pourrait s’être agi d’un stratagème pour « mettre la pression » sur le milieu des extrémistes juifs. L’avocat accuse également les autorités israéliennes de torture, la seule raison, selon lui, pour laquelle certains de ses clients auraient avoué. « Ils ont vu qu’ils ne craquaient pas lors des interrogatoires. Alors ils ont décidé de les briser. Ils ont commencé par les isoler. Pendant des semaines, je n’ai pas été autorisé à voir mes clients. Et quand j’ai enfin pu leur reparler, ils étaient l’ombre d’eux-mêmes, ils avaient été attachés et battus », dénonce-t-il.

De fait, après des années d'immobilisme et d’échecs, le Shin Bet s’est félicité il y a trois mois d’avoir mis la pression sur les milieux extrémistes juifs, notamment sur les « jeunes des collines », soupçonnés d’attaques envers des Palestiniens, au point d’avoir donné un « coup d’arrêt » au « terrorisme juif ». D’investigations en coups de filet, plusieurs inculpations ont en effet été prononcées dans des affaires d’attaques de mosquées ou d’églises, restées jusque-là impunies. Et en avril dernier, près de 20 suspects étaient en prison, soit déjà condamnés, soit en attente de leur procès. Plus de 30 personnes étaient par ailleurs assignées à résidence ou interdites d’entrer en Cisjordanie. Une politique qui semble avoir porté ses fruits, puisqu’en dépit du drame de Duma les violences envers les Palestiniens ontconsidérablement diminué en 2015, avec 130 attaques (de biens ou de personnes), contre 217 en 2014, et 305 en 2013. Même si le nombre de Palestiniens physiquement blessés par des colons a lui légèrement augmenté, 97 en 2015, contre 107 en 2014 et 92 en 2013.

Important bémol toutefois, la remise en liberté, le 1er juin dernier, après neuf mois de détention administrative, de Meir Ettinger, petit-fils de Meir Kahane et idéologue présumé, selon le Shin Bet, de l’attaque de Duma. Une victoire pour Itamar Ben-Gvir qui n’aurait refusé ce client VIP pour rien au monde. « L’histoire de Meir Ettinger est une des plus grandes tragédies dans l’histoire d’Israël », affirme l’avocat sans hésiter. « S’il avait été le cerveau de l’attaque de Duma, si le Shin Bet avait trouvé des preuves, il aurait été mis en examen, et jugé devant un tribunal. Mais ce n’est pas le cas », sourit-il. Considéré comme l’ennemi public numéro un au sein de la mouvance extrémiste juive, Meir Ettinger fait l’objet de 180 fiches de renseignement et d’un rapport de 82 pages, rédigés par le Shin Bet.

Auteur d’un blog sur le site d'extrême droite « HaKol HaYehudi » (La voix juive), accusé d’incitation au racisme et à la violence envers les Palestiniens, le jeune homme de 25 ans serait également le fondateur de l’organisation « HaMered » (La révolte), destinée à multiplier les attaques envers les Palestiniens afin de renverser l’État israélien et d’établir en Israël une théocratie basée sur la loi juive. Installé à Safed, dans le nord d’Israël, qualifiée par un journaliste du quotidien Haaretz de « ville la plus raciste du pays », il demeure actuellement banni d’entrée en Cisjordanie et à Jérusalem.

«Rupture totale avec les rabbins mais aussi avec l’armée et l’État»

Jérusalem, Esh Kodesh (Cisjordanie), de notre envoyée spéciale.- Chemisette blanche et kipa tressée sur le crâne, Itamar Ben-Gvir a le visage bonhomme, presque poupin. Cet Israélien de 39 ans est pourtant loin d’être un enfant de chœur. Issu d’une famille laïque et bourgeoise installée à Mevasseret Tsion, sur les hauteurs de Jérusalem, il a milité dans son adolescence pour le Kach, un parti nationaliste religieux et anti-arabe fondé par le rabbin américain Meir Kahane. « J’ai reçu une éducation qui m’a poussé à penser par moi-même, sans prêter attention à ce que les autres en diraient. Et dès mon plus jeune âge, j’ai vu le grand danger que représentaient certains groupes pour l’État d’Israël », raconte-t-il.

Au milieu des années 1980, le Kach, jugé raciste, est interdit en Israël et Meir Kahane est exclu de la Knesset, avant d’être finalement assassiné en 1990 à Manhattan. Mais Itamar Ben-Gvir, comme d’autres disciples du Kach, reste actif. « Je ne déteste pas les Arabes,jure-t-il, mais il y a beaucoup de gens parmi eux qui considèrent que tous ceux qui ne sont pas avec eux doivent être tués. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. » Quelques semaines avant l’assassinat d’Yitzhak Rabin, en novembre 1995, Itamar Ben-Gvir s’offre son premier coup d’éclat. Filmé par la télévision israélienne, il brandit l’emblème qu’il a volé sur la Cadillac du premier ministre et fanfaronne : « Nous avons eu sa voiture, et nous l’aurons, lui aussi. » Une attitude menaçante, additionnée à un profil d’agitateur notoire, qui lui vaudra d’être interdit de service militaire.

Itamar Ben-Gvir, avocat, défend les “terroristes juifs” © C. D.

« Je ne suis pas d’accord avec le fait qu’on appelle ces gens des terroristes. Je ne dis pas qu’ils ne sont pas coupables d’actes criminels, mais il y a une grande différence entre des actes criminels et du terrorisme, tient-il tout de suite à préciser. Le gouvernement se sert d’eux, il essaie de les mettre sur le même plan que les terroristes arabes pour faire bonne figure devant la communauté internationale. » L’avocat compte notamment Amiran Ben-Uliel parmi ses clients, l’un des deux jeunes inculpés en janvier 2016 pour l’attaque en juillet 2015 d’une maison dans le village arabe de Duma, en Cisjordanie, qui a causé la mort d’une famille palestinienne, dont un bébé de 18 mois.

L’affaire, qui a fait grand bruit en Israël, a doublement choqué l’opinion lorsque la vidéo de ce que la presse israélienne a surnommé le « mariage de la haine » a été dévoilée fin décembre 2015 par la chaîne Arutz 10. On pouvait y voir des extrémistes juifs célébrer la mort du bébé palestinien, certains brandissant des couteaux en direction de sa photo.« C’était un acte stupide. Il n’y a aucune fierté à tirer du fait de poignarder la photo d’un enfant mort, cingle Itamar Ben-Gvir, qui faisait partie des invités. Si j’étais adepte des thèses conspirationnistes, je dirais que tout cela a été manigancé par le Shin Bet [service de sécurité intérieure israélien – ndlr] », lâche-t-il ensuite, suggérant qu’il pourrait s’être agi d’un stratagème pour « mettre la pression » sur le milieu des extrémistes juifs. L’avocat accuse également les autorités israéliennes de torture, la seule raison, selon lui, pour laquelle certains de ses clients auraient avoué. « Ils ont vu qu’ils ne craquaient pas lors des interrogatoires. Alors ils ont décidé de les briser. Ils ont commencé par les isoler. Pendant des semaines, je n’ai pas été autorisé à voir mes clients. Et quand j’ai enfin pu leur reparler, ils étaient l’ombre d’eux-mêmes, ils avaient été attachés et battus », dénonce-t-il.

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De fait, après des années d'immobilisme et d’échecs, le Shin Bet s’est félicité il y a trois mois d’avoir mis la pression sur les milieux extrémistes juifs, notamment sur les « jeunes des collines », soupçonnés d’attaques envers des Palestiniens, au point d’avoir donné un « coup d’arrêt » au « terrorisme juif ». D’investigations en coups de filet, plusieurs inculpations ont en effet été prononcées dans des affaires d’attaques de mosquées ou d’églises, restées jusque-là impunies. Et en avril dernier, près de 20 suspects étaient en prison, soit déjà condamnés, soit en attente de leur procès. Plus de 30 personnes étaient par ailleurs assignées à résidence ou interdites d’entrer en Cisjordanie. Une politique qui semble avoir porté ses fruits, puisqu’en dépit du drame de Duma les violences envers les Palestiniens ontconsidérablement diminué en 2015, avec 130 attaques (de biens ou de personnes), contre 217 en 2014, et 305 en 2013. Même si le nombre de Palestiniens physiquement blessés par des colons a lui légèrement augmenté, 97 en 2015, contre 107 en 2014 et 92 en 2013.

Important bémol toutefois, la remise en liberté, le 1er juin dernier, après neuf mois de détention administrative, de Meir Ettinger, petit-fils de Meir Kahane et idéologue présumé, selon le Shin Bet, de l’attaque de Duma. Une victoire pour Itamar Ben-Gvir qui n’aurait refusé ce client VIP pour rien au monde. « L’histoire de Meir Ettinger est une des plus grandes tragédies dans l’histoire d’Israël », affirme l’avocat sans hésiter. « S’il avait été le cerveau de l’attaque de Duma, si le Shin Bet avait trouvé des preuves, il aurait été mis en examen, et jugé devant un tribunal. Mais ce n’est pas le cas », sourit-il. Considéré comme l’ennemi public numéro un au sein de la mouvance extrémiste juive, Meir Ettinger fait l’objet de 180 fiches de renseignement et d’un rapport de 82 pages, rédigés par le Shin Bet.

Auteur d’un blog sur le site d'extrême droite « HaKol HaYehudi » (La voix juive), accusé d’incitation au racisme et à la violence envers les Palestiniens, le jeune homme de 25 ans serait également le fondateur de l’organisation « HaMered » (La révolte), destinée à multiplier les attaques envers les Palestiniens afin de renverser l’État israélien et d’établir en Israël une théocratie basée sur la loi juive. Installé à Safed, dans le nord d’Israël, qualifiée par un journaliste du quotidien Haaretz de « ville la plus raciste du pays », il demeure actuellement banni d’entrée en Cisjordanie et à Jérusalem.

«Rupture totale avec les rabbins mais aussi avec l’armée et l’État»

S’il précise ne pas être « d’accord avec tout ce que pense Meir Ettinger », Itamar Ben-Gvir voue une admiration absolue à son client et à ses amis, les « jeunes des collines », car, dit-il, « ils refusent de tendre l’autre joue à leur ennemi ». « Je vois les jeunes des collines comme une des beautés d’Israël. Ce sont des gens qui sont fidèles à leur idéologie, qui veulent défendre l’installation des juifs en Israël, qui ne veulent pas accepter qu’un État islamiste puisse voir le jour ici. C’est une chose remarquable », se réjouit-il. Sans aller jusqu’à plaider, lui aussi, pour la destruction de l’État d’Israël, mais simplement pour un « changement de dirigeants », Itamar Ben-Gvir voit donc les « jeunes des collines » comme des résistants indispensables à la survie d’Israël. « Nous avons vu ce qui s’est passé avec le retrait du Gush Katif [de la bande de Gaza – ndlr]. Les Arabes ne veulent pas la paix. Même s’ils récupéraient Jérusalem et la Judée-Samarie [Cisjordanie – ndlr], ils voudraient encore nous jeter à la mer. »

Mais qui sont ces extrémistes juifs qui, selon un ancien chef du Shin Bet, Carmi Gillon, représenteraient une « menace plus importante pour le monde juif » que les terroristes palestiniens eux-mêmes ? Surmédiatisés, les « jeunes des collines » seraient 200 à 300, selon les experts, en tout cas moins de 1 000. « Dans les avant-postes illégaux, en Cisjordanie, on les reconnaît à leurs ponchos, leurs grosses chaussures et leurs kippas multicolores. Ils vivent principalement de l’agriculture. Mais religieusement, ils viennent de différents courants du judaïsme, haredim, sionistes, hassidiques ou encore Breslev », détaille Michael Blum, journaliste et coauteur de Qui sont les colons ? (Flammarion).

Perle Nikol, doctorante en sociopolitique à l’université hébraïque de Jérusalem, identifie deux groupes. Les premiers sont originaires des colonies les plus reculées dans le nord de la Cisjordanie, notamment autour de Naplouse. « Chez eux, il ne faut pas sous-estimer l’impact terrible de la seconde Intifada. Il n’y a pas une de leurs communautés, même une de leurs familles, où il n’y ait pas eu un mort. Ça peut être un copain, un frère, un oncle. Ces enfants ont grandi dans une haine profonde des Palestiniens, qui les haïssent également », souligne la doctorante. La mariée du « mariage de la haine », Roni Goldberg, par ailleurs soupçonnée d’avoir brûlé une église à Jérusalem, en est un parfait exemple. Fille d’un kahaniste américain des premières heures, la jeune femme est l’ancienne voisine et amie de Tamar Fogel, une Israélienne qui a découvert en 2011 le massacre de ses parents et de trois de ses cinq frères et sœurs, dont un bébé âgé de 3 mois, dans sa maison d’Itamar, une colonie située près de Naplouse en Cisjordanie.

Mais c’est d’abord contre l’armée que ces jeunes se révoltent. Pour le rabbin Dov Berkovits, installé depuis 1980 dans la colonie de Shilo, d’où est originaire Amiram Ben-Uliel, la rupture commence avec la première Intifada. Originaire de Chicago, le rabbin se rappelle le jour où le premier cocktail Molotov a été jeté en 1988 par un Palestinien sur la voiture d’un des habitants de la colonie, située entre Ramallah et Naplouse, pas très loin de Duma. « Nous avions reçu l’autorisation du gouvernement de construire nos maisons, nous pensions que le gouvernement nous défendrait. Mais le matin suivant, le commandant en chef de la région, responsable de la sécurité, nous a rendu visite et il nous a dit : “Le ministre de la défense [Yitzhak Rabin – ndlr] nous a donné l’ordre de ne pas intervenir contre les violences qui vous sont faites.” Ils estimaient que s’ils faisaient le nécessaire, l'existence d’un processus de paix serait impossible. Le commandant en chef a ajouté une seconde chose : “Je suis sûr que, dès que les Palestiniens commenceront à utiliser des armes, ils nous demanderont d’intervenir.” Malheureusement, depuis, nous avons été témoins du fait que la possibilité d’un processus de paix a conduit non seulement le gouvernement israélien à autoriser les Palestiniens à nous tirer dessus mais aussi le Hamas à envoyer des roquettes sur notre pays », déplore le rabbin.

Le désengagement de la bande de Gaza en 2005 consomme la rupture. La grande sœur de Roni Goldberg, Moriya, alors âgée de 13 ans, est mise en prison durant 40 jours pour avoir protesté contre le retrait. « L’armée s’est comportée avec cette jeunesse dorée, héritière des pionniers, comme avec les Palestiniens. La claque est telle que les sœurs Goldberg peinent par la suite à agiter un drapeau israélien, raconte Perle Nikol. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les habitants de Gaza n’avaient pas préparé leurs valises, ils pensaient que Dieu allait intervenir. Les rabbins leur disaient que Dieu allait intervenir. D’où le sentiment de trahison et la rupture totale avec les rabbins mais aussi avec l’armée et l’État. » À l’époque, Chen, un Israélien de 30 ans désormais guide au Mémorial de Yad Vachem à Jérusalem, était posté dans la vallée de Shilo. « Les colons nous apportaient de la nourriture, ils faisaient tout pour nous, tant qu’ils avaient l’impression qu’on était de leur côté. Mais après le désengagement de Gaza, qu’ils ont appelé le “bannissement”, ils sont devenus très agressifs », se souvient-il.

Un jour, le soldat, dont la famille habite à Tel-Aviv, fait du stop pour rentrer chez lui. Un colon s’arrête, mais, avant de laisser monter le jeune Israélien dans sa voiture, il l'interroge : « Tu as participé au bannissement ? » S’il répond par l’affirmative, le colon le laissera sur le bord de la route. C’est un choc pour Chen, qui préfère prendre le bus plutôt que de rentrer dans ce jeu-là. « La plupart des gens ici sont formidables et gentils, mais je ne peux pas supporter leur idéologie », lâche le réserviste de l’armée israélienne, qui a été rappelé quelque temps dans la région il y a six mois. « IIs se prennent vraiment pour les seigneurs de l’endroit. Ils pensent qu’on vient pour les servir », s’agace-t-il.

«Culture de la revanche»

Le second groupe est également issu des colonies, mais de familles plutôt bourgeoises, avec au moins un des deux parents immigré, le plus souvent des États-Unis. « Les parents sont éduqués, psychiatres ou médecins… Leurs enfants ont vécu dans un univers très religieux et se révoltent contre leurs origines bourgeoises », explique Perle Nikol, citant en exemple Meir Ettinger, qui « a fait une bonne école ». À l’inverse de son illustre grand-père, Meir Ettinger ne cherche pas à entrer dans le jeu politique. « Les jeunes des collines ne votent pas. Ils sont contre le principe même de la démocratie », constate Michael Blum. En revanche, « ils ont conservé leur amour pour les règles de conduite. Et quand on lit leurs pamphlets ou leurs communiqués, on voit bien qu’ils ne font pas semblant. Ils sont profondément radicaux, rien n’est négociable », note Perle Nikol.

« Ce serait une erreur de les prendre uniquement pour des fous, acquiesce Shlomo Fischer, docteur en sociologie à l’université hébraïque de Jérusalem, spécialisé dans l’étude du sionisme religieux radical et des colonies en Cisjordanie. « Ils ne sont pas si obscurantistes que ça. Vous avez des religieux, des fanatiques, bien sûr. Ces gens ont différents niveaux de culture et de désirs. Mais du point de vue mental, ils s’inscrivent dans une tradition moderne d’activisme politique. D’une certaine manière, on peut les rapprocher de ce qu’on a pu voir en Europe avec la bande à Baader. » Leurs motivations sont d’ailleurs « partagées par la plupart des gens en Israël, relève l’universitaire. La différence, c’est qu’eux, ils n’ont pas d’inhibitions. Ils ont une culture de l’autoexpression, de la revanche. Pour eux, l’agression est légitime. »

Né dans les années 1990, le phénomène des « jeunes des collines » a fait des émules. Aux deux premiers groupes, on peut aujourd’hui en ajouter un troisième, un « nouveau groupe qu’on n'a pas trop vu venir », estime Perle Nikol. Il s’agit d’une variante urbaine des « jeunes des collines », née à l’intérieur d’Israël, dans des communautés très pauvres et des familles souvent nombreuses. « Ce sont eux qui mènent des actions “prix à payer” à Jérusalem. Ils posent des graffiti ou tentent de brûler des écoles judéo-arabes. Ils sont inspirés par ce qui se passe en Cisjordanie. Ils sont séduits par le kahanisme ou par Lehava [organisation israélienne d’extrême droite qui milite contre l’assimilation, c’est-à-dire contre les mariages entre juifs et non-juifs, et en particulier entre femmes juives et hommes arabes – ndlr]. Comme le premier groupe, ils ont développé une haine généralisée contre tout ce qui n’est pas eux. »

Autre spécificité de ce troisième groupe, certains viennent de milieux ultrareligieux, mais la plupart d’entre eux sont loin d’avoir baigné dans la religion. « Ils ont des parents qui soutiennent la politique israélienne. Certains ont leur jeans au ras des fesses. Ils intègrent des filles à leur groupe. Ils n’ont pas un background religieux très élaboré mais ils développent un sentiment d’appartenance à travers le judaïsme. Ils sont en recherche de communauté. Le phénomène est assimilable à celui du retour au religieux observé chez les musulmans en Europe », juge la doctorante.

Ce sont eux qu’on retrouverait aujourd’hui dans les deux tiers des affaires de terrorisme juif. « C’est triste à dire, mais les événements récents, comme Duma, ne sont pas les pires qui se sont produits », précise Perle Nikol, rappelant par exemple que des extrémistes juifs ont été arrêtés in extremis en 2002 avec un camion rempli d’explosifs alors qu’ils s'apprêtaient à faire sauter une école arabe de filles à Abu Tor, un quartier de Jérusalem-Est. « Le groupe de Duma est constitué de jeunes sans cerveau. C’est un peu le “gang des barbares”, version Israël », tranche-t-elle.

Dans la vallée de Shilo, le sujet des « jeunes des collines » et du « terrorisme juif » agace. Les habitants des colonies et des avant-postes illégaux dénoncent à l’unisson une manipulation médiatico-politique, construite d’amalgames et destinée à les diaboliser. Un sentiment renforcé par la sortie du documentaire The Settlers (Les Colons), projeté en janvier 2016 au festival de Sundance (États-Unis) et sorti il y a deux mois en Israël. Shimon Dotan, un réalisateur israélien d’origine roumaine, qui s’est installé aux États-Unis, a posé sa caméra à Shilo et dans l’avant-poste voisin d’Esh Kodesh. Il donne la parole à des colons, mais aussi à des « jeunes des collines », comme à Hanamel Dorfman, qui n’est autre que l'époux de Roni Goldberg, et donc le marié du « mariage de la haine ».

Le film « suggère que ce groupe de hippies religieux est sous-estimé dans son habileté à affecter la politique israélienne et à contrecarrer toute possibilité de paix avec les Palestiniens », écrit le New York Times. Une analyse injuste pour les habitants d’Esh Kodesh, qui se plaignent notamment de la part belle donnée dans le documentaire à Pinhasi Bar-On, un jeune colon radical qui s’illustre par ses saillies racistes, mais qui a depuis été banni de l’avant-poste.

« Il y a beaucoup de mauvaise presse sur nous, alors que beaucoup de gens ici respectent la loi. Les journalistes viennent ici pour confirmer leurs idées préconçues, pas pour nous écouter », regrette Yael ce jeudi 16 juin, entourée de trois de ses six enfants dans sa maison flambant neuve d’Esh Kodesh. Tee-shirt à manches longues, jupe sur un collant couvrant ses jambes et foulard sur la tête, la jeune femme de 34 ans est la seule habitante de l’avant-poste à avoir accepté de recevoir Mediapart chez elle. Née en Israël, comme ses parents et ses grands-parents, Yael est une des premières à s’être installées dans l’avant-poste créé en 2000, pour s’y marier et fonder sa famille.

«J'attends plus de “Bibi”»

Au début, Esh Kodesh (« Feu sacré », en hébreu) se résume à un vieux bus posé sur le sommet d’une colline dégarnie par le vent, dans lequel dorment les tout premiers arrivants. Mais très vite, des mobile homes font leur apparition et, aujourd’hui, de vraies maisons en dur abritent certaines des quarante familles qui vivent là. « Chaque maison, ici, est sous le coup d’un acte de démolition. Mais aucune n’a jamais été détruite. Nous avons pris un gros risque en construisant la nôtre, elle nous a coûté beaucoup d’argent », confie Yael. La famille vit confortablement grâce au salaire de son mari, employé dans la construction à Tel Aviv, mais aussi aux compléments de revenus que la jeune femme obtient en allant travailler « cinq heures par jour » dans une entreprise d’informatique à Ra'anana, à une heure de route de là, côté israélien. Il y a quelques mois, le couple s’est même offert un voyage en Suisse pour les vacances d’hiver. « Mais si demain un gouvernement de gauche arrive au pouvoir, notre maison pourrait être détruite », s’inquiète-t-elle.

Lors des dernières élections, en 2015, beaucoup d’habitants de la région se sont laissé séduire par HaBayit HaYehudi (Le Foyer juif), le parti de l’ultranationaliste et fervent défenseur des colonies Naftali Bennett, mais la majorité d’entre eux continue de soutenir le premier ministre Benjamin Netanyahou. « L’un dans l’autre, c’est un bon gouvernement. Mais j'attends plus de “Bibi”. Je trouve qu’il ne promeut pas assez l’agenda national. J’aimerais qu’il nous autorise à prier sur le mont du Temple [ou esplanade des Mosquées, à Jérusalem – ndlr] », glisse-t-elle. Yael s’y est déjà rendue deux fois, la « dernière fois avec toute [s]a famille », sourit-elle. Depuis plusieurs années, plusieurs juifs extrémistes militent pour le droit des juifs à prier sur le mont du Temple. Une revendication rejetée par les Palestiniens et à l’origine de la dernière vague de violence en Israël.

Aujourd’hui, à Esh Kodesh, les relations entre colons et Palestiniens s’en tiennent à des querelles concernant les terres aux alentours, comme ces champs de vignes, en partie brûlés par les habitants du village arabe voisin, que Yael tient à nous montrer. La jeune femme a grandi à Kyriat Arba, une autre colonie israélienne située dans la banlieue d’Hébron, dans le sud de la Cisjordanie.

Elle se remémore les taxis ou les épiceries arabes dans lesquels elle entrait sans appréhension avec ses amies lorsqu’elle était enfant. Une courte période de coexistence, avant que la première Intifada ne modifie sa façon de penser à jamais. « Je n’ai pas peur, car je vis sous la menace depuis que je suis une petite fille, assure-t-elle. Je ne pense pas que les Arabes soient tous les mêmes, mais je crois que leur société les incite à la violence et que les gens qui sont des tueurs méritent de mourir », assène-t-elle calmement. « Je suis une personne non-violente », ajoute-t-elle toutefois. Comme beaucoup d’autres colons de la région, Yael refuse de croire que les « jeunes des collines » soient responsables de l’attaque de Duma. Pour elle, ce serait plutôt un règlement de comptes entre familles arabes qui aurait mal tourné. Pour preuve, elle évoque des départs de feu aperçus dans la région les mois précédents et suivants.

Sous le mirador de l’armée israélienne qui surplombe la synagogue d’Esh Kodesh et dans lequel sont postés deux soldats en permanence, la mère de famille admet qu’il est « dangereux de vivre ici », mais elle est « convaincue » qu’elle « doit » le faire. « C’est la terre de nos quatre patriarches. » Messianisme chevillé au corps, elle est d’ailleurs persuadée qu’« à la fin, il n’y aura plus que des juifs ici ». À l’inverse de Roni Golberg, la mariée du « mariage de la haine », ou de Meir Ettinger, l’idéologue des « jeunes des collines », qui ont perdu leurs illusions, Yael croit encore au miracle. Le même miracle qui a permis aux juifs, selon elle, de se réinstaller en Israël plus de deux mille ans après la destruction du Temple, et de remporter la guerre des Six Jours en 1967 face aux Arabes.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 06:02
À l'entrée de l'école de la « jungle » de Calais © Haydée Sabéran / MP

À l'entrée de l'école de la « jungle » de Calais © Haydée Sabéran / MP

A Calais, l’impossible résilience de certains migrants

6 AOÛT 2016 | PAR HAYDÉE SABÉRAN

Ils ont connu l’horreur dans leur pays d’origine, puis sur la route de l’exil, parfois aussi en France. Souffrant de stress post-traumatique, d’anxiété, de dépression, une centaine de personnes sont suivies en santé mentale dans le bidonville de Calais par des médecins hospitaliers ou humanitaires. Lesquels constatent que les conditions de vie dans la « jungle » empirent, « alimentant une impression d’être persécuté ».

Calais, de notre envoyée spéciale.- Il trimballe son corps raidi par le chagrin. Il refuse qu'on écrive son nom, sa ville, son métier, par peur panique d'être retrouvé par ses tortionnaires. Saïd, appelons-le ainsi, vit depuis huit mois dans la « jungle » de Calais. Il a fui les exactions du groupe État islamique en Irak, et a échoué dans le bidonville après avoir tenté de passer en Angleterre. La nuit, il dort dans les conteneurs blancs aménagés par l'État dans la « jungle ». Le jour, il se réfugie dans une caravane, pour échapper aux « plaisanteries des jeunes », au bruit, aux autres. Dans son refuge, une rose fanée sur une étagère, quelques paquets de riz, Mathilda de Roald Dahl en arabe, des cahiers de français qu'il n'ouvre plus. « Je n'arrive pas à apprendre. Des pensées me viennent. Je dors mal. En Irak, les gens de Daech m'ont frappé la tête contre un mur. » Il cesse de raconter, serre ses mains l'une contre l'autre. « Je ne dois pas trop parler. Quand mes souvenirs reviennent, mon corps devient dur, et ma tête éclate. »

Une centaine de personnes comme Saïd sont suivies en santé mentale dans le bidonville de Calais par les petites équipes de Médecins du monde (MDM), Médecins sans frontières (MSF) et la Permanence d'accès aux soins de santé (Pass) de l'hôpital de Calais, installés en bordure de la « jungle ». Des personnes fuyant guerres et dictatures, souffrant de stress post-traumatique, de dépression et d'anxiété, en raison des violences et des deuils subis dans leur pays mais aussi sur la route, voire à Calais.

Quelques centaines bénéficient en plus de maraudes et d'échanges informels avec des psychologues. Une goutte d'eau, sur les 7 000 habitants du bidonville recensés par les associations. Aucune femme parmi les personnes accompagnées, alors qu'elles forment 4 % du camp. Peu d'Érythréens et d'Éthiopiens, par manque de traducteurs en tigrinya et en amharique. Pas d'enfants pour l'instant, alors que le bidonville compte 600 enfants seuls, dont le plus jeune a 8 ans. MSF met en place ces jours-ci un lieu d'accueil pour eux, avec psychologue.

Calais, de notre envoyée spéciale.- Il trimballe son corps raidi par le chagrin. Il refuse qu'on écrive son nom, sa ville, son métier, par peur panique d'être retrouvé par ses tortionnaires. Saïd, appelons-le ainsi, vit depuis huit mois dans la « jungle » de Calais. Il a fui les exactions du groupe État islamique en Irak, et a échoué dans le bidonville après avoir tenté de passer en Angleterre. La nuit, il dort dans les conteneurs blancs aménagés par l'État dans la « jungle ». Le jour, il se réfugie dans une caravane, pour échapper aux « plaisanteries des jeunes », au bruit, aux autres. Dans son refuge, une rose fanée sur une étagère, quelques paquets de riz, Mathilda de Roald Dahl en arabe, des cahiers de français qu'il n'ouvre plus. « Je n'arrive pas à apprendre. Des pensées me viennent. Je dors mal. En Irak, les gens de Daech m'ont frappé la tête contre un mur. » Il cesse de raconter, serre ses mains l'une contre l'autre. « Je ne dois pas trop parler. Quand mes souvenirs reviennent, mon corps devient dur, et ma tête éclate. »

À l'entrée de l'école de la « jungle » de Calais © Haydée Sabéran / MP

Quelques centaines bénéficient en plus de maraudes et d'échanges informels avec des psychologues. Une goutte d'eau, sur les 7 000 habitants du bidonville recensés par les associations. Aucune femme parmi les personnes accompagnées, alors qu'elles forment 4 % du camp. Peu d'Érythréens et d'Éthiopiens, par manque de traducteurs en tigrinya et en amharique. Pas d'enfants pour l'instant, alors que le bidonville compte 600 enfants seuls, dont le plus jeune a 8 ans. MSF met en place ces jours-ci un lieu d'accueil pour eux, avec psychologue.

« Ici, quand on ne va pas bien, on va encore moins bien, dit Saïd. Deux heures de queue pour une douche de six minutes, la queue pour manger, la queue pour les habits. La saleté, les gens qui se battent. Tu es là un mois, puis un autre, bientôt un an, sans savoirce que tu as fait. Cet endroit rend malade. » Un Éthiopien de 37 ans, Tadesse Maazu, est mort poignardé lors d'une rixe le 25 juillet. En mai, une rixe avait fait 40 blessés et l'incendie qui a suivi a détruit des dizaines de cabanes. En juillet, quatre personnes sont mortes percutées par un véhicule ou tombées d'un camion, dont Samrawit, érythréenne, 17 ans.

Une cellule d'urgence psychologique existe pour les salariés d'Eurotunnel si un train blesse ou tue un exilé. Une autre est prévue pour la rentrée, destinée aux salariés du port de Calais. Aucune n'est prévue pour accompagner les endeuillés de la « jungle », parents et amis, si un exilé est fauché. Pour accompagner son deuil, on peut pousser la porte de Maud Jacquel, psychologue, qui assure 30 consultations par semaine à la Pass. Lou Einhorn-Jardin, psychologue chargée de la santé mentale pour MDM à Calais, qui a lancé il y a un an les premières initiatives en santé mentale dans la « jungle », rêve d'« une consultation spécialisée pour toutes les victimes de trauma, y compris calaisiennes »,tant l'offre en santé mentale est faible à Calais, y compris pour le droit commun.

MDM met en contact les exilés avec les psys de MSF et de la Pass, et s'occupe du reste : entourer les gens. « Si quelqu'un a subi des tortures, on essaie d'être là lors du premier récit quand commence la procédure d'asile. S'il a des médicaments à prendre, on passe le voir dans sa cabane. S'il ne sait pas où dormir, on fait du lien pour trouver une place. »

Joëlle Vernet, psychiatre à MSF : « On voit des gens qui souffrent de stress post-traumatique, d'états dépressifs réactionnels. Dans les récits, on a des cauchemars, des intrusions de pensées, des troubles du sommeil et de l'appétit, des difficultés à trouver un sens à la vie, des états de sidération. Ils n'arrivent plus à penser. Leurs capacités d'adaptation sont mises en sommeil. Le travail, c'est de les aider à les retrouver. C'est difficile, d'abord à cause de l'ampleur de la sidération. Ensuite parce qu'il y a une distorsion possible à cause de la traduction. Aussi parce que les trois quarts sont en fuite. Ils ne vont pas vers quelque chose, ils fuient quelque chose. Le projet migratoire, c'est “je m'en vais”. Ils ne sont pas encore capables de construire. Enfin parce que les conditions sont épouvantables ici, avec beaucoup de bonnes volontés mais un manque de coordination qui ajoute à leur confusion. Et l'État aggrave les choses. Pour ces gens qui ont vécu des violences inimaginables, la confrontation avec la police ne fait que raviver les traumatismes. »

2 000 euros le passage en 2010, 12 000 euros aujourd'hui

Les conditions de vie s'aggravent. Depuis les incendies de mai, la police interdit l'entrée de matériel de construction, pour tenter en vain de limiter le nombre de migrants. Plus de 1 000 vivent sous une tente. Le bidonville croît en moyenne de 50 personnes par jour, de plus en plus dense depuis la destruction de sa zone sud par les autorités fin février. La « jungle », ancienne décharge à l'écart de la ville, imposée aux migrants par la préfecture en mars 2015, a été en partie détruite sur ordre de la même préfecture, obligeant les exilés à se masser sur un espace confiné, où on croise de plus en plus de rats. Les exilés y avaient créé de la vie avec boulangeries, bars de nuit, restaurants, épiceries. Jusqu'à il y a peu, la zone nord comptait une soixantaine de commerces. Ils ont été fermés par la police fin juillet au nom des règles « sanitaires » et de « l'ordre public ».

L'étanchéité de la frontière augmente le niveau de danger. Le tarif du passage « garanti », avec complicité du chauffeur, est passé de 2 000 euros en 2010 à 6 000 en janvier et à 12 000 aujourd'hui. D'où les tentatives désespérées et agressives, la nuit, sur la rocade : feux, pierres sur les camions, troncs d'arbre sur la voie, tout est bon pour déclencher un embouteillage et tenter de grimper dans les poids lourds. Résultat : des batailles rangées avec les CRS. Quelque 30 000 grenades lacrymogènes ont été tirées depuis octobre, selon Gilles Debove, du syndicat de police SGP-FO, cité par l'AFP. Lou Einhorn-Jardin : « L'autre jour, je suis allée chercher quelqu'un à l'hôpital psychiatrique, il avait une doudoune sur lui, alors qu'il faisait très chaud. Il m'a dit que c'était pour amortir l'impact des flash-balls. Dans un autre contexte, il aurait pu être résilient. »

Ahmed al-Ahmed, 28 ans, Syrien de Raqqa, refuse de voir un psychologue. « Je ne parle de mes secrets à personne, seulement à ceux qui peuvent comprendre, parmi mes amis syriens », glisse cet homme qui dit avoir survécu aux tortures de Daech. « Dans la jungle, tout le monde est psychologiquement abîmé », assure-t-il. Il parle avec un mélange d'effroi dans l'œil et un sourire permanent. « J'ai vu 250 têtes coupées. J'ai eu mes premiers cheveux blancs en prison. » Soupçonné d'être « mécréant » parce que professeur de sciences physiques, il a passé quatre mois « dans une cellule d'un mètre sur deux »puis deux mois dans quatre mètres carrés. « Deux de mes amis ont été exécutés. Parfois, je me disais : “C'est mon tour.” »

Six mois à lire des livres de propagande pour répondre aux interrogatoires. « Tu ne peux pas prononcer un mot sans calculer dix mille fois. » Sa mère et un de ses frères sont morts. L'autre a disparu. Son père est détenu, « peut-être mort ». Il veut étudier la physique à l'université de Lille. Il faut d'abord démêler sa demande d'asile. Il assure que l'Ofpra le soupçonne de sympathies islamistes, au prétexte qu'il a vécu huit mois dans une zone contrôlée par Daech. « Je n'avais pas l'argent pour fuir. J'ai dû emprunter 3 000 euros. Je ne suis pas terroriste. Le terrorisme, je l'ai fui. »

Othman*, traumatisé par le naufrage de sa barque entre la Libye et l'Italie début juin, veut voir un psy, lui. Cet ouvrier soudanais de 27 ans s'est évanoui à la vue de la mer, sur la plage de Calais, lors d'une sortie organisée par le Secours catholique. Ils étaient plus de 500 dans le bateau, une centaine a survécu. « J'avais payé ma place 800 dinars libyens[environ 500 euros – ndlr]. Je ne voulais pas monter dans ce bateau trop chargé, mais les passeurs frappaient. En mer, le bateau s'est brisé. Je ne sais pas pourquoi je suis vivant. Mon cousin est mort. Je ne peux plus regarder un enfant sans penser aux corps de ceux que j'ai vus flotter sur l'eau. Tous sont morts. »

MDM a planté une grande tente blanche en bordure de la « jungle », pour créer du lien. On peut dessiner, jardiner, bavarder. Il y a toujours un psychologue. « Un lieu “contenant”, pour recréer de la routine, dit Lou Einhorn-Jardin, repérer ceux qui ne vont pas bien, et pour que ceux qui vont bien continuent d'aller bien. Qu'ils ne vrillent pas. »La frontière devenant de plus en plus étanche, il n'est plus rare de rencontrer des gens bloqués depuis un an. « Ils sont de plus en plus nombreux à ne plus essayer de partir, ni à demander l’asile. Ils attendent. » Avec de plus en plus de pathologies lourdes. « Peut-être parce qu'on détecte mieux, parce qu'ils sont plus nombreux, mais peut-être aussi parce que la destruction de la zone sud de la jungle a détruit des équilibres. La situation est dure et on leur impose pire. Ça ne peut pas arranger leur santé mentale. Cela alimente une impression d'être persécuté. »

Jacques Toubon, défenseur des droits, avait noté lors de sa visite le 30 juin : « Depuis six mois, les associations observent une nette aggravation des troubles mentaux[…] à mettre en lien selon elles [avec] l'évacuation partielle de la lande et la réinstallation dans des lieux plus précaires et [les] phénomènes d'errance et de violence dont [les personnes] sont victimes. » Dans sa décision du 25 juillet, il « recommande que les pouvoirs publics viennent en relais à l'offre associative en matière de psychologie, de psychiatrie et de pédopsychiatrie ».

On « vrille » aussi parfois avec une blessure. Le corps lâche, le projet de passage est anéanti et ce qui tenait s'écroule. Dans sa cabane de la « jungle », Ako*, plombier kurde de Syrie, 24 ans, maigre, raconte en se raclant la gorge. Maryam Rachih, animatrice au Secours catholique, traduit. Son père et un de ses frères sont morts. Sa mère réfugiée en Irak pleure dans le téléphone. Il est là depuis neuf mois, dont quatre à l'hôpital pour une broche. Il a chuté d'un camion après avoir été touché par une grenade lacrymogène. « Il ne mangeait plus, n'avait plus envie de vivre, se souvient Maryam Rachih. À l'hôpital, le personnel le pesait deux fois par jour. » Elle a cherché un groupe pour l'entourer à son retour dans le bidonville. « Les seuls qui ont voulu de lui, ce sont les “Bidoune” », les Bédouins, une minorité du Koweït privée de papiers d'identité.

Ce matin, on mange ensemble le petit-déjeuner, des tomates cuites aux oignons frits, des galettes de pain, une omelette. Le jeune Bédouin qui a cuisiné a les yeux qui brillent. Il raconte en riant qu'il vient de passer huit heures dans un camion frigorifique, pour rien. Le moral ? « Il est à zéro ! » rigole-t-il. Il mime le chiffre avec les doigts. « En dessous de zéro même ! » Il pouffe encore. « Est-ce que être triste va me faire passer en Angleterre ? Non. Il vaut mieux être heureux. » Souvent, on tient le coup à Calais, puis des symptômes dépressifs émergent à l'arrivée en Angleterre, quand la tension est relâchée. Ceux qui se soignent ne font que passer, par définition. « Quand je propose un rendez-vous pour la semaine suivante, on me répond “inshallah”, raconte Maud Jacquel.Ils préfèrent se voir en Angleterre la semaine suivante, plutôt que dans le bureau du psy. »

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 06:00
Turquie: le PCF dénonce les déclarations scandaleuses du président du Conseil de l'Europe, Thorbjorn JAGLAND, approuvant le "nettoyage" auquel se livre Erdogan

COMMUNIQUE DU PCF.

TURQUIE / LE PCF DENONCE LA DECLARATION SCANDALEUSE DU SECRETAIRE GENERAL DU CONSEIL DE L’EUROPE

Depuis l’échec de la tentative de coup d’Etat militaire, RT Erdogan intensifie la situation nouvelle pour accélérer l’installation de sa dictature personnelle. Des purges sans précédent touche la justice, l’armée, les médias, l’éducation, … plus de 50 000 femmes et hommes ont été limogés et 10 000 se trouvent en détention provisoire.

Cette chasse aux sorcières vise clairement à briser l’opposition à accentuer le contrôle de l’appareil d’Etat par l’AKP afin de modifier la constitution et de mettre en place un régime ultra présidentiel.

Les forces conservatrices font bloc pour accentuer une violence d’Etat qui frappe les peuples de Turquie et intensifier la guerre contre le peuple kurde. Elles suscitent une réprobation généralisée qui isole chaque jour davantage Ankara. Dans ce contexte, les déclarations récentes du Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjorn JAGLAND qui approuve « le nettoyage » actuel sont indignes et doivent faire l’objet d’une condamnation unanime. Les dirigeants européens ont exprimé leur inquiétude face à l’absence de respect de l’Etat de droit en Turquie. Il faut sans tarder en tirer toutes les conséquences et cesser tout soutien à la politique de RT.Erdogan.

Le PCF réaffirme son exigence de voir stopper toute subvention européenne à la Turquie suite à "l’accord de la honte » conclut sur le dos des réfugiés, renouvelle sa solidarité avec les démocrates et les progressistes de Turquie. Il considère avec le co-président du HDP, Sélahattin Demirtas, qu’il ne peut y avoir d’autre issue qu’une démocratie de la Turquie pour établir une paix durable dans le respect des droits et des libertés.

Paris, le 5 août 2016.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 05:45

Comment sanctionner Barroso après son embauche à Goldman Sachs

7 AOÛT 2016 | PAR LUDOVIC LAMANT

Des fonctionnaires européens réfléchissent aux manières de sanctionner l’ancien président de la commission parti chez Goldman Sachs. Ils voudraient suspendre la généreuse pré-retraite que l’UE verse au Portugais depuis avril 2016. Mais son successeur, Jean-Claude Juncker, semble sur la défensive : il s’est contenté de dire que l’affaire lui « pose problème ».

Il a fallu attendre trois longues semaines pour que Jean-Claude Juncker s’indigne. Le président de la commission européenne a fini par critiquer, du bout des lèvres, le choix de son prédécesseur, José Manuel Barroso, de devenir conseiller pour le géant de la finance américain Goldman Sachs. Dans un entretien au quotidien belge Le Soir du 30 juillet, le Luxembourgeois a déclaré : « Le fait que Barroso travaille pour une banque ne me gêne pas trop. Mais pour celle-là, cela me pose problème. […] Il faut choisir son employeur. »

Quelques jours plus tôt, Juncker avait répondu, à un journaliste de France 2 qui lui demandait son avis sur l’affaire : « Je ne l’aurais pas fait. » On a connu des condamnations plus fermes. Jusqu’à présent, l’exécutif bruxellois se contentait d’expliquer sur tous les tons que l’embauche de Barroso, qui fut président de la commission de 2004 à 2014, était, à ses yeux, parfaitement légale. Des règles existent pour encadrer – et bloquer le cas échéant – des cas de pantouflage. Mais ce « code de conduite » n’est valable que durant les 18 premiers mois suivant le départ du commissaire en question (ce qu’on appelle, dans le jargon, la « cooling off period »). Or, Barroso avait quitté depuis vingt mois son poste, lorsqu’il a annoncé son recrutement par Goldman. Bref, tout était en ordre. C’est pourquoi Juncker a précisé au Soir : « C’est une démarche individuelle et il a respecté les règles. »

Sauf que l’effet, pour l’image de l’Union, est catastrophique. La nomination du Portugais relance les spéculations sur la « capture » des décisions politiques prises à Bruxelles par le pouvoir financier. Dans la capitale belge, nombre de fonctionnaires européens peinent à comprendre pourquoi Jean-Claude Juncker ne s’est pas dissocié plus nettement du comportement toxique de son prédécesseur – d’autant que Barroso ne pèse plus rien, d’un point de vue politique, dans la bulle bruxelloise. À la tête du parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz, lui, n’a même pas jugé nécessaire de se prononcer publiquement sur le sujet durant le mois de juillet. À l’inverse, François Hollande, le 14 juillet, s’était montré plus tranchant : il avait qualifié l’embauche de Barroso de « moralement inacceptable ».

« Commission et parlement sont sans doute de l’avis qu’en ces temps médiatiques agités où une tragédie chasse l’autre, Nice venant après le Brexit, il suffit de laisser pisser le mouton, regrette le Belge Pierre Defraigne, ex-chef de cabinet du commissaire Pascal Lamy, dans une tribune récente. Or commission et parlement se trompent, car ils ont beaucoup à perdre dans cette histoire ; la première voit son autorité morale affaiblie, tandis que le second risque de voir le taux de participation électoral se réduire encore au prochain scrutin. Pourquoi acceptent-ils ainsi de se mettre un boulet au pied qu’ils vont traîner longtemps au plus grand dam de l’image de l’Europe devant ses citoyens ? » Et d’insister : « L’Europe d’aujourd’hui est trop faible pour ajouter aux coups venant du dehors, des fautes graves commises au-dedans. »

À l’image du texte de Defraigne, le débat sur les manières de sanctionner Barroso est en train de s’intensifier, à Bruxelles. Pour beaucoup de fonctionnaires, c’est l’affaire de trop. Des employés de plusieurs institutions européennes (pas seulement de la commission) ont ainsi lancé une pétition – qui peut être signée par n’importe quel citoyen de l’UE. Ils dénoncent « un nouvel exemple de “pantouflage” irresponsable, très préjudiciable aux institutions communautaires et, bien que pas illégal, moralement malhonnête ». À leurs yeux, l’argument du respect de la « cooling off period », et de la soi-disant légalité du processus, ne suffit pas. Ils déplacent le débat, sur le terrain des traités. Ils citent en particulier un article peu connu, le 245, qui mentionne les obligations qui incombent aux responsables européens « pendant la durée de leurs fonctions, et après la cessation de celles-ci » :

Comment sanctionner Barroso après son embauche à Goldman Sachs? (Médiapart, 7 août 2016)

L’article précise – sans les définir – « les devoirs d’honnêteté et de délicatesse [“integrity and discretion”, dans la version anglaise des traités], quant à l’acceptation, après cette cessation, de certaines fonctions ou de certains avantages ». En acceptant ce poste chez Goldman Sachs, Barroso s’est-il montré « malhonnête » ou « indélicat » ? Pour les auteurs de la pétition, anonymes en raison de leur devoir de réserve, cela ne fait aucun doute. Leur objectif consiste, après une collecte de signatures jusqu’à fin septembre, à inciter, soit la commission de Juncker, soit le conseil présidé par Donald Tusk (qui représente la voix des États membres à Bruxelles), à saisir la cour de justice de l’UE, à Luxembourg, pour vérifier la conformité de l’embauche de Barroso par rapport aux traités. Ce qui permettrait peut-être, en bout de course, de sanctionner le Portugais, par exemple via « la suspension de ses indemnités de retraite en tant qu’ancien président de la commission européenne, pendant le temps de son emploi chez Goldman Sachs et au-delà ».

Comme n’importe quel ancien commissaire européen, Barroso a droit à une retraite à vie, à partir de 65 ans. Mais il peut demander à toucher une retraite anticipée à taux partiel dès 60 ans. Ce que le Portugais, né en 1956, a fait. L’UE lui verse donc depuis avril 2016 une pré-retraite, indexée sur le montant de son dernier traitement, et qui correspond à 70 % de ce qu'il sera en droit de toucher une fois les 65 ans passés. D'après nos estimations, José Manuel Barroso, qui a été en poste dix ans, touche une pré-retraite d'un peu plus de 7 500 euros par mois. Mais la commission, jointe par Mediapart, se refuse à confirmer, ou infirmer, le chiffre (lire sous l'onglet Prolonger pour le calcul).

D’autres collectifs issus de la « bulle » bruxelloise sont eux aussi montés au créneau, ces derniers jours, en s’appuyant sur ce même article 245. Le syndicat Union pour unité (U4U), « choqué [par cet] événement qui pourrait rendre encore plus impopulaire la construction européenne », exhorte Juncker et son collège des commissaires à formuler« une déclaration forte » et prendre « une décision appropriée sur l’engagement des plus hauts dirigeants de l’UE à l’égard de l’intérêt général des citoyens européens ».

Du côté du parlement européen, un « intergroupe » (c’est-à-dire une réunion informelle d’eurodéputés, tous partis confondus, sur des enjeux thématiques précis) consacré à la lutte pour la transparence et contre le crime organisé, a lui aussi fait parvenir un courrier à Juncker, lui demandant de « lancer une procédure légale sur la base de l’article 245 ». Cette lettre est signée par des députés de sept des huit groupes politiques de l’hémicycle de Strasbourg, y compris d’un élu de la droite du PPE, la famille politique de Barroso (qui s’est toutefois montrée très discrète sur le sujet jusqu’à présent). De manière plus générale, nombre d’eurodéputés ont déjà exprimé leur indignation dans l’affaire Barroso, la plupart réclamant une extension – plus ou moins importante, jusqu’à cinq ans – de la « cooling off period », à l’instar des socialistes français, ou du groupe des Verts.

Si Juncker rechigne à condamner fermement l’embauche de Barroso, c’est aussi qu’il semble ne pas avoir compris le fond du problème. Dans l’entretien au Soir, il introduit une distinction plutôt inattendue entre le fait de partir travailler pour « une banque », et partir travailler pour « Goldman Sachs ». Le géant de Wall Street n’est bien sûr pas n’importe lequel des établissements financiers, et il a joué un rôle sulfureux dans la crise des dettes souveraines qui a secoué l’Europe à partir de 2008 (lire l’enquête de Martine Orange sur Les hommes de Goldman Sachs).

Mais l’enjeu dépasse largement la seule banque d’investissement américaine. Il concerne l’ensemble des cas de « revolving doors », ces portes tournantes entre public et privé qui sont légion à Bruxelles. Les polémiques sont régulières, et leurs effets dévastateurs auprès de l’opinion. Il n’y a que Jean-Claude Juncker qui semble ne pas l’avoir encore compris. À l’été 2014, l’eurodéputée Sharon Bowles, qui présidait jusque-là la commission des affaires économiques et financières, un poste clé pendant la crise financière, a rejoint la City. L’an dernier, la Néerlandaise Neelie Kroes (ex-commissaire à la concurrence, puis au marché numérique, durant les mandats de Barroso) est devenue conseillère spéciale pour l’Europe d’un autre fleuron de la finance américaine, Bank of America Merrill Lynch. Pas plus tard qu’en mai 2016, c’est Uber, le très controversé service de réservation de voiture avec chauffeur, qui l’a débauchée.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 05:44

Comment les rebelles ont brisé le siège d’Alep (Hala Hodmani, Libération - 8 août)

Après des semaines d’encerclement, les insurgés ont retourné la situation. Ce sont désormais les quartiers prorégime qui craignent pour leur approvisionnement.

Les quelque 300 000 habitants pris au piège dans la partie est d’Alep, contrôlée par les opposants au régime, peuvent souffler. Un premier convoi de nourriture est entré dimanche matin dans les quartiers assiégés depuis près d’un mois par les troupes de Bachar al-Assad. Il a emprunté la route ouverte la veille par les forces rebelles dans le sud-ouest de la ville, venant de la province voisine d’Idlib. En prenant le contrôle de trois positions militaires dont deux académies dans le secteur de Ramoussa samedi, des groupes armés ont opéré la jonction avec d’autres enfermés à l’intérieur d’Alep, brisant ainsi le siège. Il a fallu une semaine et une offensive de grande envergure, lancée par plusieurs formations qui combattent le régime, pour atteindre l’objectif.

Front de dix kilomètres

Une force évaluée entre 6 000 et 9 000 hommes au total, dominée par l’Armée de la conquête, regroupant notamment les salafistes d’Ahrar al-Sham et le Front Fateh al-Sham (ex-Front al-Nusra, ayant renoncé à son rattachement à Al-Qaeda), a ouvert un front étendu sur une dizaine de kilomètres. Leurs premières avancées avaient été contrées en début de semaine dernière par les bombardements des aviations syrienne et russe. Mais celles-ci ne pouvant couvrir toute la largeur du front, les incursions des rebelles ont fini par aboutir. Pour mener à bien leur opération, les assaillants ont lancé plusieurs voitures piégées et des kamikazes contre le mur d’enceinte des écoles militaires de Ramoussa, et ont ainsi pu pénétrer dans le lieu, selon le site prorégime Al-Masdar News. Les troupes d’Al-Assad ont laissé derrière elles des armes, des munitions et du matériel dont se sont emparés les rebelles.

Cette ouverture par le sud-ouest de la partie d’Alep contrôlée par l’opposition a l’avantage de créer une continuité territoriale avec la vaste région d’Idlib tenue par les rebelles. Ceux-là n’ont pas cherché à reprendre la route dite du «Castello», au nord, qui, pendant plus d’un an, était la seule artère reliant Alep à la Turquie. C’est en prenant cette voie étroite le 7 juillet que les forces prorégime avaient réussi à encercler l’est d’Alep, privant la ville de tout approvisionnement. L’autre avantage de la connexion sud, c’est qu’il n’y a pas d’interférence de forces tierces sur le terrain comme les Kurdes ou surtout celles de l’Etat islamique, présentes au nord d’Alep.

L’ironie, c’est que la route du Castello devient désormais vitale pour relier les forces prorégime aux quartiers ouest d’Alep sous contrôle gouvernemental. Si les rebelles parviennent à menacer cette voie, ils pourraient encercler à leur tour l’autre moitié de la ville où vivent plus d’un million d’habitants. Les assiégeurs assiégés ? On n’en est pas encore là : le plus difficile pour les rebelles est de pouvoir garder le contrôle du terrain conquis. Car même si ses troupes ont essuyé un dur revers sur le terrain, le régime peut encore compter sur l’aviation russe et, au sol, sur ses alliés du Hezbollah ainsi que sur des milices iraniennes pour mener une contre-offensive.

Pourparlers de Genève

Au-delà de la bataille militaire, c’est aussi l’avenir des négociations politiques entre le régime et l’opposition syrienne qui se joue à Alep. Cette victoire de la rébellion, brisant le siège des quartiers qu’elle contrôle, a des conséquences sur le rapport de forces en prévision des pourparlers qui doivent reprendre à Genève. Diplomates et politiques attendaient le résultat de la bataille pour fixer la date, selon la convenance de la partie victorieuse. Le régime avait justement annoncé son accord pour retourner en Suisse, pour les négociations, un jour après avoir encerclé Alep. Aujourd’hui, c’est désormais l’opposition qui se trouve en position avantageuse pour avancer son agenda.

Quant aux civils, principales victimes de ces batailles militaires ou politiques, ils ont appris à vivre au jour le jour et se contentent d’un répit.«La semaine dernière, je me demandais comment j’allais survivre et comment je pourrais quitter la ville, mais maintenant, le moral est bien meilleur», raconte à l’AFP Ahmad Adna, 46 ans, d’Al-Kallassé, dans le sud d’Alep. C’est désormais au tour des habitants des quartiers progouvernementaux de commencer à stocker de la nourriture.

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 05:16
Avis de déprime sur le Brésil olympique (Lama Oualalou, Médiapart- 4 août 2016)

Avis de déprime sur le Brésil olympique

4 AOÛT 2016 | PAR LAMIA OUALALOU

C’était il y a sept ans, une éternité : Rio de Janeiro obtenait l’organisation des JO 2016. Depuis, le président chéri Lula a chuté, sa successeur Dilma Rousseff également, le pays est profondément divisé et l’économie a plongé.

> Vers un procès au Brésil de la présidente Dilma Rousseff

> Brésil: Rousseff écartée, son successeur suscite rejet ou inquiétude dans la région

Rio de Janeiro (Brésil), de notre correspondante.- C'était le 2 octobre 2009, il y a sept ans, une éternité. À Copenhague, Luiz Inacio Lula da Silva, alors président, hurla de bonheur quand le président du Comité international olympique annonça que les Jeux de 2016 auraient lieu à Rio de Janeiro, une première dans le sous-continent américain. Au même moment, la plage de Copacabana déroulait une gigantesque banderole « Merci, Rio vous aime ». Les deux scènes, amplement relayées par la presse, résument l'état d'esprit des Brésiliens d'alors. Ils viennent de résister à la crise économique mondiale, semblent avoir trouvé le remède de la justice sociale sans lutte des classes, ont le chef d'État le plus populaire du monde, issu de surcroît d'un milieu défavorisé.

Avec l'attribution de la Coupe du monde de 2014, puis, dans la foulée, des Jeux olympiques de 2016, le Brésil en finirait avec sa réputation de « pays du futur » pour s'imposer comme une puissance du présent. Rio de Janeiro, pour sa part, fermerait la parenthèse d'un demi-siècle de décadence entamée avec le déménagement de la capitale à Brasilia pour retrouver prestige, investissements et sécurité.

Sept ans plus tard, Lula, devenu simple citoyen, est honni par une bonne moitié de la population. Depuis le 29 juillet 2016, il est même poursuivi pour tentative d'obstruction à la justice – le ministère public le soupçonne d'avoir tenté de faire taire un témoin dans le scandale de corruption de l'entreprise pétrolière Petrobras. Dilma Rousseff, son ex-dauphine, qu'il a réussi à faire élire en octobre 2010 à la tête du pays, a été écartée de ses fonctions par le Congrès. En attendant la décision finale du Sénat à son sujet, prévue entre le 29 août et le 2 septembre, elle a dû céder sa place à Michel Temer, qui était depuis 2010 son vice-président, avant de basculer dans l'opposition.

Ni Lula, ni Dilma, ni les trois autres anciens présidents encore en vie n'assisteront d'ailleurs à la cérémonie d'inauguration, le 5 août. C'est Michel Temer qui déclarera les Jeux ouverts, entouré de très peu de chefs d'État ou de gouvernement. Du G20, qui rassemble les 19 pays les plus industrialisés du monde et l'Union européenne, seuls quatre feront le déplacement : François Hollande, pour vanter les mérites de la candidature de Paris pour les JO de 2024, l'Italien Matteo Renzi, l'Argentin Mauricio Macri et l'Australien Peter Cosgrove.

La presse internationale, arrivée en force dans la « ville merveilleuse », hésite entre désolation et franche rigolade. Non seulement le pays n'a plus de chef d'État reconnu par tous, mais il est coupé en deux, une bonne part de la population estimant que la mise à l'écart de Dilma Rousseff au nom d'un tour de passe-passe budgétaire banal relève du coup d'État institutionnel. Le Brésil est « politiquement, économiquement et socialement divisé », a reconnu le président du Comité international olympique, Thomas Bach.

Symbole de la crise des institutions, le portefeuille du Tourisme, pourtant central pour l'organisation des Jeux, est sans titulaire depuis 45 jours. Nommé par Michel Temer, Henrique Eduardo Alves a démissionné après avoir été dénoncé pour corruption dans le cadre de l'investigation « Lava-Jato » – littéralement karcher, comme a été baptisée l'enquête sur les détournements au sein de Petrobras.

La moitié du village olympique est encore en construction, contraignant plusieurs délégations, comme l'allemande ou l'américaine, à payer elles-mêmes électriciens et plombiers pour rendre l'espace habitable. Certains sportifs, comme les Australiens, refusent tout simplement d'y loger, s'installant en catastrophe dans des hôtels. Le métro conduisant aux sites des principales épreuves vient à peine d'être ouvert, laissant craindre des risques pour ses usagers. Il y a trois mois, une partie de la piste cyclable fraîchement inaugurée sur la mer s'est effondrée, faisant deux morts.

Alors que les attentats se multiplient dans le monde, la question de la sécurité est plus centrale que jamais. Si Rio de Janeiro est peu sûre pour ses habitants au quotidien, les risques augmentent aux dires même des policiers. Protestant contre les retards de paiement dont ils sont victimes, ils ont fait connaître leur mauvaise humeur en manifestant à l'aéroport international de Rio à la fin juin. Une banderole noire accueillait les arrivants : « Bienvenue en enfer, les policiers et les pompiers ne sont plus payés, aucun visiteur arrivant à Rio ne sera en sécurité ». L'État de Rio de Janeiro étant en faillite, ayant fondé son budget sur des recettes pétrolières en chute libre, les fonds alloués à la sécurité ont diminué d'un tiers cette année.

Ce sont d'ailleurs les jeunes des périphéries, noirs pour leur majorité, qui subissent les conséquences d'une police militaire de plus en plus nerveuse, qui multiplie les exécutions sommaires. Rio de Janeiro avait une chance historique de devenir une ville plus juste, mais les richesses se sont au contraire concentrées, et la construction des sites de compétition a été source de nouvelles expulsions de favelas et de violations des droits humains.

Pour les arrivants, les recommandations se limitent aux questions sanitaires. Il est préférable de s'enduire le corps de produits antimoustiques pour éviter d'être contaminé par le virus Zika, même si les autorités assurent qu'en plein hiver austral, les dangers sont moindres. Les athlètes de la planche à voile ont pour recommandation de ne pas ouvrir la bouche dans l'eau s'ils tombent au cours de la compétition dans la baie de Guanabara, très polluée. Qu'attendre de plus d'un pays qui a laissé se produire la pire catastrophe écologique d'origine minière, à Mariana, laquelle a abouti à la mort d'un des plus importants fleuves du Brésil, le Rio Doce ?

La déprime est également économique. Le Brésil a enregistré neuf trimestres consécutifs de récession provoquant une envolée du chômage à 11,2 %. La Banque centrale estime que l’activité industrielle va plonger de 4,6 % en 2016, alors que la consommation des ménages devrait se contracter de 4 %. En se focalisant sur la réduction de l’inflation (6,9 % cette année, contre un objectif de 4,7 % à la fin 2017), le gendarme monétaire laisse entendre qu’il maintiendra sa politique de taux d’intérêts élevés – le taux directeur est aujourd’hui de 14,25 %. Impossible, dans ce contexte, d’espérer une reprise de la consommation, le crédit étant inaccessible. La charge de la dette brésilienne s’en trouve d’autant surenchérie, réduisant la capacité d’investissement de l’État, alors même que le président intérimaire s’est engagé à couper dans la dépense publique.

Après avoir été porté aux nues par les éditorialistes du monde entier, le Brésil retrouve-t-il sa « vraie place », celle de l'éternel pays de seconde catégorie, incapable de transformer l'essai ? Une république bananière condamnée à être minée par la corruption ? Le vieux stéréotype convient bien au discours d'une certaine élite, estime l'écrivain et analyste Elaine Brum : « Cela a à voir avec le retour au pouvoir de “ceux qui savent faire les choses”, qui comprennent vraiment comment fonctionne l'économie », au contraire du parti des travailleurs de l'ex-chef de file métallurgique Lula. Leur rhétorique peine toutefois à convaincre les périphéries, mais aussi les petites classes moyennes.

Les manifestations de 2013 ont souligné à quel point les Brésiliens prenaient conscience de l'échec de leur système politique bien avant leurs élites. Et si les quartiers riches voudraient encore s'installer à Miami, Londres ou Paris, l'idée de « modèle » peine de plus en plus à convaincre. Qui rêve d'une Europe en pleine implosion, maltraitant les réfugiés ? Qui est prêt à affirmer que Américains votent mieux, alors qu'ils envisagent d'élire Donald Trump ?

Ces prochaines semaines, il est probable que la capacité d'organisation surprenne les visiteurs étrangers, comme elle l'a fait durant la Coupe du monde. Ceux qui rêvaient d'un Brésil fonctionnant parfaitement en sont pour leur frais, mais ceux qui ricanent sur un pays au bord de l'effondrement reconnaîtront probablement s'être trompés. « Le plus fascinant dans ces Jeux olympiques, c'est l'impossibilité de présenter un imaginaire cohérent sur le Brésil, que ce soit à l'étranger ou à l'intérieur ; le Brésil arrive aux Jeux olympiques sans qu'on ne puisse plus dire ce qu'il est », conclut Eliane Brum.

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 08:32
Vente militante de "Lotta communista" à Milan, non loin du palais des Sforza

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Local de Rifondazione Communista à Venise, près de l'ancien Arsenal

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Cartes postales d'Italie: 30 juillet-1er août 2016
Cartes postales d'Italie: 30 juillet-1er août 2016
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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:51
Union forcée autour de Hillary Clinton - par John R. Mac Arthur (Le Monde Diplomatique, août 2016)

Dans une chronique du 24 mai 2016, l’éditorialiste conservateur du New York Times David Brooks s’interrogeait : « Pourquoi Hillary Clinton est-elle si impopulaire ? » Plutôt que de chercher la réponse dans son bilan politique, il se penchait sur sa psychologie. « Je commencerai mon explication par cette interrogation : pouvez-vous me dire ce que fait Hillary Clinton pour s’amuser ? »

Si l’ancienne première dame peine à séduire, ce serait avant tout à cause de son tempérament : constamment absorbée par sa carrière, elle manquerait de joie de vivre. « Son impopularité est celle d’un bourreau de travail », affirme Brooks, ce qui la mettrait « en décalage avec les mœurs de l’époque des réseaux sociaux, qui valorisent l’intimité et la vulnérabilité ». Cette mansuétude peut surprendre de la part d’un éditorialiste proche du Parti républicain. Mais le rejet de M. Donald Trump est tel que l’on assiste à des alliances (en apparence) insolites.

À lire Brooks, on croirait que Mme Clinton débarque dans la vie politique américaine, alors u’elle a été successivement première dame des États-Unis, sénatrice et secrétaire d’État. A-t-il oublié son engagement en faveur de l’invasion de l’Irak en 2003, ses trois discours rémunérés 225 000 dollars (202 000 euros) chacun devant les banquiers de Goldman Sachs, son soutien indéfectible aux accords de libre-échange, son appui au renversement du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi ? Et que dire du conflit d’intérêts impliquant la Fondation Clinton — sorte de multinationale familiale de la philanthropie — quand Mme Clinton servait l’administration Obama ? Selon le New York Times (18 octobre 2015), des cadres de la fondation ont réussi, par un intense travail de lobbying auprès de la secrétaire d’État, à faire transférer de l’argent destiné à un programme fédéral de lutte contre le sida au Rwanda vers un de leurs programmes de formation.

Cela sans évoquer la proximité de la candidate démocrate avec Wall Street, dont les têtes de pont financent à la fois sa campagne et sa fondation. Même M. Trump a donné à la boutique des Clinton: plus de 100 000 dollars en 2009. Il faut dire que le milliardaire s'est longtemps montré chaleureux envers le couple, qu'il avait invité à son troisième mariage, en janvier 2005. A l'église, "Bill et Hillary" étaient installés au premier rang et, à voir leur sourires radieux, ils ont passé un excellent moment. Voilà comment s'amuse Mme Clinton.

En fait, voter pour Mme Clinton en novembre, c'est opter pour un couple inséparable, dont chaque membre est le plus proche conseiller de l'autre. D'ailleurs, l'ancienne secrétaire d'Etat a d'ores et déjà annoncé la couleur. Si elle emporte l'élection, c'est son époux qui conduira sa politique économique: il aura la charge de "revitaliser l'économie, parce qu'il sait comment faire", a t-elle déclaré lors d'un meeting dans le Kentucky, le 15 mai 2016.

Selon l'image qu'elle se plaît à donner, Mme Clinton se passionne pour le sort des enfants. Cette passion serait née il y a plus de trente ans, quand son mari était gouverneur de l'Arkansas. Elle s'est alors associée à des organisations charitables comme le Children's Defense Fund, dans l'espoir de bâtir sa légende de femme généreuse. Pourtant, pendant ses années sudistes, c'est à une tout autre cause qu'elle a consacré ses journées: de 1977 à 1992, elle a travaillé pour le cabinet d'avocats Rose, en se spécialisant dans la question des brevets et de la propriété intellectuelle. Incarnation de la collusion entre establishment politique et milieux d'affaires de l'Arkansas, le cabinet comptait parmi ses clients Walmart, la tentaculaire chaîne d'hypermarchés connue pour sa détestation des syndicats et son amour des produits fabriqués à bas coûts dans des pays où la main d'oeuvre est corvéable à merci.

A l'aise avec l'administration Bush

Les Etats de service de l'avocate Clinton lui ont ouvert les portes du conseil d'administration de la multinationale, auquel elle a siégé de 1986 à 1992, en touchant pour cela 18 000 dollars par an (soit environ 31 000 dollars actuels, en tenant compte de l'inflation). Politesse oblige, elle s'est toujours gardée d'évoquer publiquement les sujets susceptibles de fâcher la société de Bentonville, et en particulier sa politique de compression salariale. Il est pourtant difficile d'élever des enfants en gagnant 19 427 dollars par an - le salaire moyen actuel d'un caissier de Walmart. De retour d'un voyage dans le sud des Etats-Unis effectué en 2013 et 2014, l'écrivain Paul Théroux disait avoir vu, dans l'Arkansas, "des villes qui ressemblent à des villes du Zimbabwe, aussi négligées et assiégées". Il raillait la fondation Clinton, ambitieuse quand il s'agit de "sauver les éléphants en Afrique" - c'est l'un de ses programmes phares - mais qui se désintéresse des familles noires pauvres dans l'Etat natal de M. William Clinton.

Dès le début de son premier mandat, le président, soucieux d'améliorer le financement des campagnes électorales, jusque-là trop dépendant des grands syndicats industriels, s'était attelé à tirer le Parti démocrate vers la droite. Pour cela, il avait tout misé sur la promulgation de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena), aussi apprécié des multinationales que détesté des électeurs démocrates. Mme Clinton ne s'y est jamais opposée... Enhardi par ce succès libre-échangiste, M. Clinton allait progressivement revenir sur des principes essentiels de l'Etat-Providence américain, en vigueur depuis les années 1930 et le New Deal de Franklin D.Roosevelt... Il imposa la réforme de l'assistance publique qui privait d'aides plus de onze millions de familles pauvres. En signe de protestation, M. Peter Edelman - époux de la fondatrice du Children's Defense Fund cher à Mme Clinton - démissionna de son poste de sous-secrétaire à la planification et à l'évaluation: "Cette loi n'encourage pas le travail. Elle va pénaliser des millions d'enfants pauvres" déclarait-il en mars 1997 dans le mensuel The Atlantic. Des enfants, surtout noirs et latinos, pénalisés par la politique menée par son propre mari? Une fois de plus, Mme Clinton resta muette.

Quelques années plus tard, c'est encore grâce à la coopération de ses "adversaires" républicains que le président a déréglementé Wall Street. En novembre 1999, il a abrogé la loi Glass-Steagall, qui séparait depuis 1933 les fonctions de banque commerciale et de banque d'affaires afin de décourager la spéculation avec l'argent des petits déposants. Certains, à l'instar du républicain John Mac Cain, proposent aujourd'hui de revenir sur cette abrogation. Pas la candidate démocrate: "Il n'y aura pas de retour à la loi Glass-Steagall" a tranché son conseiller économique Alan Blindern, interrogé par Reuters le 13 juillet 2015.

La carrière politique personnelle de Mme Clinton commence véritablement en 2000, quand, parachutée par son mari et ses puissants relais dans le Parti Démocrate, elle se présente au poste de sénatrice de New York, un Etat où elle n'a jamais résidé. Une fois élue, elle se revèle particulièrement à son aise avec l'administration Bush. Le 10 octobre 2002, au Sénat, elle affirme son soutien à l'invasion de l'Irak, relayant tous les mensonges de la Maison Blanche sur les "armes de destruction massive" de Saddam Hussein. Défendant le concept de "guerre préventive", elle dresse un parallèle avec les bombardements sur la Serbie que son époux avait décidés en 1999 dans le noble but, dit-elle, "d'arrêter la persécution et l'épuration ethnique visant plus d'un millier d'Albanais au Kosovo". Elle ajoute: "Peut-être que ma décision est influencée par l'expérience de mes huit années passées à la Maison Blanche, à voir mon mari affronter les défis auxquels fait face notre nation". Des propos pas vraiment féministes, mais qui n'étonnent guère venant d'une femme qui, aujourd'hui, sur son compte Twitter, se définit comme "épouse, maman, mamie".

(...) Quoi qu'il en soit, le récit de ses quatre années à la tête de la diplomatie américaine n'inspire guère confiance. En 2011, tandis que la rébellion libyenne s'amplifie, Mme Clinton fait d'abord preuve d'une grande prudence. "Je suis de ceux qui pensent que, sans autorisation internationale, une action solitaire des Etats-Unis conduirait le pays vers une situation dont on ne peut mesurer les conséquences" déclare t-elle le 11 mars devant une commission du Congrès. Puis, elle change d'avis. Pourquoi? "Sarkozy n'a cessé de me parler d'une intervention militaire. C'est un personnage dynamique, toujours empli d'une énergie exubérante, qui adore être au centre de l'action. Il était aussi influencé par l'intellectuel Bernard Henri-Lévy. Tous deux étaient sincèrement émus par la détresse du peuple libyen, brutalisé par un dictateur", raconte t-elle. Séduite par le duo français, et afin d'éviter "une catastrophe humanitaire" , la secrétaire d'Etat bascule donc dans le camp interventionniste. Avec le président Barack Obama, elle précipite les Etats-Unis dans une nouvelle guerre, sans demander l'autorisation au Congrès, comme l'exige pourtant la Constitution. Heureusement, tout se termine bien: "En 72 heures, les défenses aériennes de Khadafi furent vaincues et le peuple de Benghazi sauvé d'une destruction imminente". Le reste du livre (ses Mémoires) est à l'avenant.

Revirement apparent sur le libre-échange

Madame Clinton sait que son image droitière constitue un obstacle pour conquérir les électeurs de M. Bernie Sanders. Tirée à gauche par le succès de son rival socialiste à la primaire, elle a récemment avancé diverses mesures progressistes: taxer les banques qui s'endettent trop, augmenter le salaire minimum à 12 dollars l'heure, moduler les frais d'inscription à l'université en fonction des revenus des parents, etc.

Son revirement sur la question du libre-échange est particulièrement spectaculaire. Si, le 15 novembre 2012, elle s'émerveillait du partenariat pacifique (TPP), "le modèle par excellence pour les accords de libre-échange, afin d'instaurer un marché libre, transparent et juste", trois plus tard le vent a tourné. Les critiques formulées par MM. Trump et Sanders semblent convaincre les électeurs. "A ce jour je ne suis favorable à ce que je connais du partenariat transpacifique. Je ne crois pas qu'il atteindra le haut niveau d'exigence que j'avais fixé" déclare t-elle le 7 octobre 2015. Au-delà de ces discours, Mme Clinton refuse toutefois d'inscrire le rejet du TPP dans son programme présidentiel.

La candidate démocrate semble néanmoins beaucoup plus prévisible que M. Trump qui a multiplié les propos violents contre "les musulmans radicaux" et les "immigrés". Son calme et son sens de la mesure séduisent jusque dans les rangs républicains. Mme Meg Whitman, présidente-directrice-générale de Hewlett-Packard et ancienne codirectrice des finances du précédent candidat conservateur à la présidentielle, M Willard Mitt Romney, lui a ouvertement apporté son soutien, tout comme le néoconservateur Robert Kagan, lui aussi ancien conseiller de M. Romney. Même la famille Bush a annoncé qu'elle s'abstiendrait lors du prochain scrutin.

En outre, Mme Clinton bénéficie d'un soutien sans faille au sein de l'establishment médiatique qui la présente comme le dernier rempart contre la barbarie... Ce type de discours fait écho à la confrontation entre MM. Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen en 2002, quand la gauche française avait dû soutenir un candidat de droite pour protéger le pays du "danger fasciste". Or, M. Chirac était sans doute plus progressiste que Mme Clinton, en particulier en matière de politique étrangère. La campagne présidentielle américaine pourrait en fait équivaloir à un duel entre Mme Angela Merkel et M; Silvio Berlusconi; et la gauche américaine a décidé de soutenir Mme Merkel.

Par John R. Mac Arthur, directeur de "Harper's Magazine". Auteur de "L'illusion Obama. Chroniques d'un intellectuel libéral aux Etats-Unis", Les Arènes, Paris, 2012

- Le Monde Diplomatique, août 2016

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:40

PROVOCATIONS ATLANTIQUES

Les dirigeants des Etats Européens membres de l’Alliance Atlantique ont-il voulu prendre exemple sur M. José Barroso, devenu lobbyiste pour Goldman Sachs après avoir présidé l’Union Européenne ?

Ont-ils, par conséquent, profité du sommet de l’OTAN pour préparer leur reconversion comme conseillers d’une société américaine d’armement ?

Assurément absurde… Enfin on l’espère, l’hypothèse est à peine plus effarante que la décision annoncée à l’issue de leur réunion de Varsovie, en Juillet : Le déploiement d’une nouvelle unité mobile de 4000 hommes en Pologne ou dans l’un des états Baltes. A porté de tir d’artillerie de St Petersbourg et du siège de la flotte Russe en mer Baltique.

On imagine déjà la rancœur des dirigeants russes quand l’OTAN, structure héritée de la guerre froide et qui aurait mérité de disparaître avec l’URSS (1), se réunit là même où, sous l’égide de l’Union Soviétique fut signé en mai 1955 le Pacte de Varsovie. Pour ne rien arranger, le général américain Curtis Scaparrotti, nouveau commandant des forces de l’ OTAN en Europe, a déclaré que la « structure de commandement » devrait être « assez agile pour que la transition se face naturellement entre la paix, la provocation, et le conflit » (2).

Vous avez dit « provocation »? Le président ukrainien Porochenko en guerre larvée avec la Russie, a été convié dans la capitale polonaise alors que son pays n’appartient pas à l’OTAN.

Il a pu y entendre le président des US rappeler son « ferme soutien aux efforts de l’Ukraine pour défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale face à l’agression Russe« . Traduction : les sanctions occidentales contre Moscou seront maintenues « tant que la Russie n’aura pas pleinement rempli ses obligations découlant des accords de Minsk 3 ». Washington et ses alliés persistent donc à occulter le rôle des manœuvres ukrainiennes dans l’annexion de la Crimée par Moscou tout comme dans le non respect des accords de Minsk.

Pourquoi entretenir ainsi la tension entre les pays d’Europe et la Russie?

Cela permet à Washington de prévenir tout rapprochement entre eux et de s’assurer au lendemain du Brexit, que son allié le plus docile, le Royaume-Uni, demeurera étroitement associé au destin militaire du vieux continent. Berlin, qui vient d’accroitre son budget militaire estime de son côté que : » sans un changement de cap, la Russie représentera dans un avenir prévisible un défi pour la sécurité de notre continent (4) ».

On est presque tenté d’appliquer une telle formule à l’OTAN…

Les roulements de tambour de l’Alliance ont été recouverts par d’autres fracas. M. B Obama a dû écourter son séjour en Europe après l’assassinat de policiers à Dallas. Et, lors de son allocution du 14 juillet, quelques heures avant la tuerie de Nice, M. F.Hollande a parlé du salaire de son coiffeur mais n’a pas évoqué le sommet de Varsovie à l’issue duquel la France venait de s’engager à contribuer au déploiement de troupes à la frontière de la Russie.

pour le Monde Diplomatique n°7449 Aout 2016

(1) Lire Régis Debray, « La France doit quitter l’OTAN » (le monde diplo, mars 2013).

(2) Cité par The Wall Street Journal N.Y., 11/07/2016.

(3) Accord destiné à mettre fin au conflit en Ukraine orientale. Lire Igor Delanoï « L’Ukraine entre guerre et paix », Le monde diplo, mars 2015

(4) Livre blanc allemand pour la défense. Cité par le Figaro, Paris, 14 juillet 2016

Serge Halimi

Serge Halimi

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:20

Louis Aminot nous a fait part d'un article très intéressant de Bernard Norlain sur des enjeux dont personne ou presque ne parle dans les médias. Il est écrit dans le cadre de l'association IDN de Paul Quilès, qui s'engage pour un désarmement nucléaire.

Le Sommet de l’OTAN à Varsovie qui s’est achevé le 9 juillet a donné lieu à la publication d’un très long communiqué des chefs d’État et de gouvernement. Ce communiqué est d’abord caractérisé par une inflation du nombre d’articles qu’il contient : 139. Par comparaison, le communiqué du Sommet de Lisbonne en 2010 comprenait 54 articles et celui du Sommet du Pays de Galles 113.

Rien d’étonnant à cela : ce Sommet se situait à un moment crucial pour l’OTAN, confronté à un « nouvel environnement de sécurité » et dont on attendait la définition d’une nouvelle posture stratégique. Effectivement, tout au long de ce communiqué cette nouvelle posture est définie comme une « posture de dissuasion et défense ».

Dans le cadre du volet dissuasion, le communiqué, dans ses articles 53 et 54, réaffirme le rôle du nucléaire « L’objectif fondamental de la capacité nucléaire de l’OTAN est de préserver la paix, de prévenir les actions coercitives et de décourager toute agression ». Mais il le fait de façon ambigüe : « aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire ».

Néanmoins, le communiqué précise également que « les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent à la sécurité globale de l’Alliance ». Voilà qui devrait rassurer la France, très inquiète de voir l’OTAN s’éloigner de la dissuasion nucléaire et qui souhaitait redonner à l’OTAN une culture nucléaire.

Bien entendu, le communiqué évoque les armes nucléaires américaines stationnées en Europe : «la posture de dissuasion nucléaire de l’OTAN repose également, en partie, sur les armes nucléaires des Etats-Unis déployées en Europe ». En effet, la présence d’armes nucléaires en Europe depuis 1954 par les Etats-Unis n’est plus un secret. Actuellement environ 200 bombes nucléaires américaines (modèle B-61) sont stationnées en Belgique, au Pays-Bas, en Italie, en Allemagne et en Turquie.

Il est regrettable que les dirigeants politiques n’aient pas plaidé en faveur du retrait de cet arsenal qui, en l’état actuel, n’a plus aucune valeur opérationnelle, et qui contrevient aux articles 1 et 2 du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP).

En dépit de cette réaffirmation du rôle des armes nucléaires dans la stratégie de l’OTAN, une lecture attentive du communiqué final du Sommet de Varsovie met en évidence une certaine prudence dans l’utilisation conceptuelle des armes nucléaires. On peut noter par exemple que le volet opérationnel du nucléaire ne fait l’objet que de deux articles. En revanche les appels au désarmement, au respect du TNP notamment, occupent 9 articles, du 62 au 68 :

Ainsi sur l’utilité stratégique des armes nucléaires, on peut lire la phrase suivante « les conditions dans lesquelles l’OTAN pourrait être amenée à recourir à l’arme nucléaire sont extrêmement improbables ».

Sur le TNP, « l’Alliance réaffirme sa détermination à tendre vers un monde plus sûr et à créer les conditions d’un monde sans armes nucléaires de façon pleinement conforme à toutes les dispositions du TNP »

Sur le désarmement « Nous restons déterminés à contribuer à créer les conditions pour de nouvelles réductions sur la base de la réciprocité ».

De l’examen de l’ensemble des articles plus ou moins consacrés au nucléaire, on retire une impression d’ambigüité de la position de l’OTAN. Une valse-hésitation, un pas en avant, deux pas en arrière. En somme, plutôt que le renforcement du rôle du nucléaire demandé par plusieurs pays, il semble que ce soit le statu quo qui ait prévalu.

Cependant les chefs de gouvernement auraient pu s’interroger sur les modalités de sécurité qui entourent ces armes. Il est écrit en effet dans l’article 53 « Les Alliés feront en sorte que tous les éléments composant la dissuasion nucléaire de l’OTAN restent sûrs, sécurisés et efficaces. Cela exigera un maintien de l’attention des dirigeants et une excellence institutionnelle pour la mission de dissuasion nucléaire ».

Or, le coup d’Etat en Turquie est une preuve flagrante du danger que ces armes font courir à la sécurité internationale. La base turque d’Incirlik, située à 110 kilomètres de la Syrie, abrite au moins 50 bombes thermonucléaires, ce qui représente le plus grand stock d’armes nucléaires de l’Alliance. Pendant les heures d’instabilités qui ont suivi le coup d’Etat, cette base a été en proie à un certain désordre et la sécurité a été portée au niveau « FPCON Delta », niveau le plus élevé d’alerte utilisé normalement en cas d’attaque terroriste imminente. Ces armes ont-elles été en « danger » de vol, d’acte de destruction, de vandalisme ? Nul ne le sait, aucune communication officielle n’ayant été faite, mais on sait que le commandant de cette base et neuf autres de ses officiers ont été arrêtés pour avoir soutenu le coup d’Etat…

Face à une telle situation d’instabilité et de risque potentiel, ne serait-il pas temps pour les Etats-Unis de rapatrier ces armes sur son territoire ? Les Etats membres de l’OTAN qui partagent cette politique nucléaire ne devraient-ils pas s’inquiéter de ces risques ? Si le pire arrivait – détonation accidentelle ou volontaire – « les effets d’une explosion atomique ne connaîtraient pas de frontières nationales et affecteraient les États et les populations, tant au niveau régional qu’au niveau mondial ». C’est la conclusion faite par la Norvège (membre de l’OTAN) en 2013 lors de la première Conférence sur l’impact humanitaire des armes nucléaires…

Il n’est pas inutile de noter par ailleurs que ce retrait serait un signe d’apaisement envers Moscou, qui voit s’installer le long de sa frontière européenne un système de défense antimissile, dont le rôle est complémentaire de celui des armes nucléaires, ainsi que l’a affirmé ce Sommet.

Bernard Norlain

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