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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:52

 

Le footballeur, aussi talentueux sur les pelouses que sur le terrain de la fraude, a passé un accord avec la justice espagnole pour éviter un procès, en échange du paiement de la somme de 18,8 millions d’euros.

Le triplé de Cristiano Ronaldo contre l’Espagne lors du premier tour de la Coupe du monde 2018 restera dans les annales. Malgré l’élimination de son équipe nationale, le Portugal, en huitième de finale, l’homme qui se fait appeler « CR7 » a une nouvelle fois brillé par sa technique. Le quintuple ballon d’or aurait peut-être joué différemment s’il était toujours sous la menace d’une peine d’emprisonnement en Espagne, où il était poursuivi pour fraude fiscale. Le jour du match, on apprenait que la star madrilène avait trouvé un accord avec la justice espagnole : payer 18,8 millions d’euros et reconnaître les faits de fraude en échange de la fin des poursuites. Le joueur évite ainsi un procès où il risquait jusqu’à 30 millions d’euros d’amende et une peine de prison dépassant les deux ans. Seuil à partir duquel elle n’est plus monnayable en Espagne.Si Cristiano Ronaldo est un as de l’évasion, il n’exerce ce talent que dans le domaine fiscal, il s’est donc décidé à reconnaître ses méfaits. Et ils sont importants ! Entre 2011 et 2015, 150 millions d’euros du footballeur sont passés par le Panama, la Suisse, l’Irlande et les îles Vierges. Des sommes acquises en vendant son image. Ceci a entraîné un manque à gagner de 14,5 millions pour les caisses de l’État espagnol. Au même moment, le gouvernement opérait une cure d’austérité sans précédent, après la crise économique de 2008. Une diminution des dépenses publiques qui affecte encore le système de santé et d’éducation. Ce n’est qu’en 2016 que l’European Investigative Collaborations (EIC), un réseau de médias européen (Mediapart, Der Spiegel, le Soir, El Mundo, etc.), découvre le pot aux roses. L’affaire sort d’un amas de 18,5 millions de documents confidentiels, les Football Leaks, remis aux journalistes par une source confidentielle. Un an après ces révélations, le parquet espagnol entame la procédure à l’encontre de l’attaquant du Real Madrid.

Parallèlement, les affaires ont continué. En avril dernier, le même réseau dévoile que Cristiano Ronaldo possédait depuis 2015 un trust dans un autre paradis fiscal : l’île anglo-normande de Jersey. Ce trust dans la Manche appartenait à une société basée au Luxembourg, CRS Holding. Le capital du trust de Jersey reste inconnu, et il est difficile de l’évaluer aujourd’hui puisqu’il a été rayé de la carte le 17 avril de cette année. Un jour après que les journalistes ont envoyé leurs questions à Ronaldo. Mais la somme devait être importante : de juin à mars 2018, 16 millions d’euros auraient été transférés de Jersey au Luxembourg. Derrière ces montages financiers plane l’ombre de l’agent du joueur, Jorge Mendes. Suite à l’accord de son poulain avec le fisc espagnol, il échappe à toute poursuite dans cette affaire. Un soulagement pour l’agent le plus puissant au monde, déjà mis en examen pour la fraude fiscale d’un ancien protégé, l’attaquant colombien Radamel Falcao. Jorge Mendes est également sous le coup d’une enquêteà l’échelle européenne.En attendant, Mendes engrange les millions. Son dernier fait d’armes : le transfert de Cristiano Ronaldo du Real Madrid à la Juventus Turin. Nul doute que les sanctions financières ont motivé le départ du joueur vers l’Italie. « CR7 » n’a pas digéré que le club madrilène ne couvre pas ses déboires avec la justice. D’un autre côté, les hôpitaux espagnols se passeront sûrement de son toucher de balle.

 

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:50

L'ancien journaliste Charles Enderlin a critiqué vivement sur franceinfo la loi adoptée par le parlement israélien. 

Cette loi est un "tournant qui redéfinit" Israël, a affirmé le journaliste franco-israélien Charles Enderlin sur franceinfo dimanche 5 août à propos de la loi définissant le pays comme l"État-nation du peuple juif". Cette loi est accusée de porter atteinte aux droits des minorités. Elle a été votée le 19 juillet avec le soutien du Premier ministre Benyamin Nétanyahou. Selon Charles Enderlin, "cette loi correspond à l’idéal du Premier ministre et c’est à cela qu’il travaille depuis son retour au pouvoir en 2009". 

 

franceinfo : Quelle est la portée de cette loi ?

Charles Enderlin : C’est un tournant. Dans cette loi, il n’est pas question de démocratie ni d’égalité. Elle met de côté la déclaration d’indépendance d’Israël de mai 1948 dans laquelle il était écrit en toutes lettres que le pays sera fondé sur des principes de liberté, de justice et de paix, et assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens sans distinction de croyance, de race et de sexe. Maintenant, on peut lire que seuls les Juifs peuvent exercer un droit naturel, culturel et religieux et historique à l’autodétermination. L’arabe perd son statut de langue officielle mais aura un statut spécial qui sera déterminé ultérieurement. Et puis surtout, l’État considère le développement de l’implantation juive comme une valeur nationale et œuvrera pour l’encourager. On est effectivement dans un grand tournant, Israël s’est redéfini.

 

Que demandent les opposants à cette loi ?

Une des revendications des opposants, c’est tout simplement de faire une nouvelle loi fondamentale. Israël n’a pas de constitution, seulement des lois fondamentales qui commencent à s’accumuler. Ils demandent une loi fondamentale qui reprendrait les termes exactes de la déclaration d’indépendance et ramènerait le pays vers une vision beaucoup plus démocratique. Également, la langue arabe disparait des langues officielles. C’est un symbole qui est extrêmement fort. Cela fait partie des éléments de cette loi qui sont discriminatoires. Pour la liste arabe commune, à la Knesset, lors du vote, les députés ont déchiré le texte et dénoncé une loi d’apartheid.

 

Que va-t-il se passer à court terme ?

Personne ne touchera à la loi. Pour l’entourage de Nétanyahou, il n’est pas question de toucher d’un iota à cette loi. L’un de ses proches a même déclaré : si les Russes ne sont pas contents, qu’ils aillent créer un État en Syrie. Et je peux vous dire que ça ne plaît pas du tout aux militaires druzes qui se battent pour la défense d’Israël.

 

Y-a-t-il une manœuvre politique de Nétanyahou à plus long terme ?

On parle beaucoup de la possibilité d’élections anticipées. Peut-être cet hiver ou au début de l’année prochaine. Est-ce que cela fait partie d’un début de campagne électorale pour Nétanyahou ? Il a pris un risque. Personnellement, je suis persuadé que cette loi correspond à son idéal, à sa vision, et que c’est à cela qu’il travaille depuis son retour au pouvoir en 2009.

 

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:50
HINDUSTAN TIMES VIA GETTY IMAGES

HINDUSTAN TIMES VIA GETTY IMAGES

Le monde  de l’économie vient de predre l’un des plus brillants économistes et théoriciens de l’économie marxiste et maoiste du 20e siècle. L’économiste franco-egyptien Samir Amin n’est plus, rapporte le journal egyptien al Ahram.

Né le 3 septembre 1931 d’une mère française et d’un père égyptien, tous deux médecins il a passé son enfance et son adolescence à Port-Saïd où il obtint son baccalauréat en 1947.

De 1947 à 1957, il étudie à Paris, et décroche un diplôme de sciences politiques en 1952 avant de décrocher un autre en statistiques en 1956 et un troisième en  économie en 1957. 

À son arrivée à Paris, Amin rejoint le Parti communiste français (PCF), mais il se distanciera plus tard du marxisme soviétique et s’associe pendant un certain temps à des cercles maoïstes.

Théoricien principal de l’alter mondialisme, il préconisait une manière de “développementisme marxiste” comme prolongement au tiers-mondisme de ses années maoistes.

Vivant depuis plusieurs années à Dakar au Sénégal, sa grille de lecture économiste faisait de lui un excellent historien des “formes précapitalistes” des pays colonisés, notamment africains, mais aussi de la Chine

Il était considéré comme un analyste des plus lucides et intransigeants de la géopolitique postérieure à la dissolution de l’Union soviétique et des manipulations ethniques, nationales et religieuses consécutives à 1989.

Samir Amin était partisan de l’accomplissement des indépendances par leur afranchissement de l’impérialisme. Pour lui, les indépendances ont peut-être mis fin à la colonisation en tant que telle mais certainement pas à l’impérialisme économique. Il soutenait dans ces dernières conférence que le colonialisme, est l’abolition formelle de toute souveraineté nationale. 

Decès de l'économiste marxiste franco-égyptien Samir Amin (Huff Post. 12.08.2018)
La lucidité de Samir Amin. Je l’avais interviewé à Dakar, après la chute de Ben Ali et avant celle de Moubarak, alors que les Égyptiens occupaient la place Tahrir. Voilà ce qu’il disait, au début des « printemps arabes » : « Le système capitaliste ne peut tolérer le développement de ces mouvements. Il mobilisera tous les moyens de déstabilisation possibles, des pressions économiques et financières jusqu’à la menace militaire. Il soutiendra, selon les circonstances, soit les fausses alternatives fascistes ou fascisantes, soit la mise en place de dictatures militaires. »

Rosa Moussaoui 

POUR L'ÉCONOMISTE SAMIR AMIN « MOUBARAK A INTÉGRÉ L’ISLAM POLITIQUE DANS SON SYSTÈME »
Lundi, 7 Février, 2011

Économiste franco-égyptien, membre du conseil international du Forum social mondial et président du Forum mondial des alternatives, Samir Amin analyse les enjeux politiques et économiques de la crise que traverse l’Égypte.

Les événements qui secouent la Tunisie et l’Égypte relèvent-ils de simples « révoltes populaires » ou signent-ils l’entrée de ces pays dans des processus révolutionnaires ?

Samir Amin. Il s’agit de révoltes sociales potentiellement porteuses de la cristallisation d’alternatives, qui peuvent à long terme s’inscrire dans une perspective socialiste. C’est la raison pour laquelle le système capitaliste, le capital des monopoles dominants à l’échelle mondiale, ne peut tolérer le développement de ces mouvements. Il mobilisera tous les moyens de déstabilisation possibles, des pressions économiques et financières jusqu’à la menace militaire. Il soutiendra, selon les circonstances, soit les fausses alternatives fascistes ou fascisantes, soit la mise en place de dictatures militaires. Il ne faut pas croire un mot de ce que dit Obama. Obama, c’est Bush, mais avec un autre langage. Il y a là une duplicité permanente. En fait, dans le cas de l’Égypte, les États-Unis soutiennent le régime. Ils peuvent finir par juger plus utile le sacrifice de la personne de Moubarak. Mais ils ne renonceront pas à sauvegarder l’essentiel : le système militaire et policier. Ils peuvent envisager le renforcement de ce système militaire et policier grâce à une alliance avec les Frères musulmans. En fait, les dirigeants des États-Unis ont en tête le modèle pakistanais, qui n’est pas un modèle démocratique mais une combinaison entre un pouvoir dit islamique et une dictature militaire. Toutefois, dans le cas de l’Égypte, une bonne partie des forces populaires qui se sont mobilisées sont parfaitement conscientes de ces visées. Le peuple égyptien est très politisé. L’histoire de l’Égypte est celle d’un pays qui tente d’émerger depuis le début du XIXe siècle, qui a été battu par ses propres insuffisances, mais surtout par des agressions extérieures répétées.

Ces soulèvements sont surtout
le fait de jeunes précarisés, 
de diplômés chômeurs. Comment 
les expliquez-vous ?

Samir Amin. L’Égypte de Nasser disposait d’un système économique et social critiquable, mais cohérent. Nasser a fait le pari de l’industrialisation pour sortir de la spécialisation internationale coloniale qui cantonnait le pays à l’exportation de coton. Ce système a su assurer une bonne distribution des revenus en faveur des classes moyennes, mais sans appauvrissement des classes populaires. Cette page s’est tournée à la suite des agressions militaires de 1956 et de 1967 qui mobilisèrent Israël. Sadate et plus encore Moubarak ont œuvré au démantèlement du système productif égyptien, auquel ils ont substitué un système totalement incohérent, exclusivement fondé sur la recherche de rentabilité. Les taux de croissance égyptiens prétendument élevés, qu’exalte depuis trente ans la Banque mondiale, n’ont aucune signification. C’est de la poudre aux yeux. La croissance égyptienne est très vulnérable, dépendante du marché extérieur et du flux de capitaux pétroliers venus des pays rentiers du Golfe. Avec la crise du système mondial, cette vulnérabilité s’est manifestée par un brutal essoufflement. Cette croissance s’est accompagnée d’une incroyable montée des inégalités et du chômage, qui frappe une majorité de jeunes. Cette situation était explosive, elle a explosé. Ce qui est désormais engagé, au-delà des revendications initiales de départ du régime et d’instauration des libertés démocratiques, c’est une bataille politique.

Pourquoi les Frères musulmans tentent-ils désormais de se présenter comme des « modérés » ?

Samir Amin. Parce qu’on leur demande de jouer ce jeu. Les Frères musulmans n’ont jamais été des modérés. Il ne s’agit pas d’un mouvement religieux, mais d’un mouvement politique qui utilise la religion. Dès sa fondation en 1920 par les Britanniques et la monarchie, ce mouvement a joué un rôle actif d’agent anticommuniste, antiprogressiste, antidémocratique. C’est la raison d’être des Frères musulmans et ils la revendiquent. Ils l’affirment ouvertement : s’ils gagnent une élection, ce sera la dernière, parce que le régime électoral serait un régime occidental importé contraire à la nature islamique. Ils n’ont absolument rien changé sur ce plan. En réalité, l’islam politique a toujours été soutenu par les États-Unis. Ils ont présenté les talibans dans la guerre contre l’Union soviétique comme des héros de la liberté. Lorsque les talibans ont fermé les écoles de filles créées par les communistes, il s’est trouvé des mouvements féministes aux États-Unis pour expliquer qu’il fallait respecter les « traditions » de ce pays. Ceci relève d’un double jeu. D’un côté, le soutien. De l’autre, l’instrumentalisation des excès naturels des fondamentalistes pour alimenter le rejet des immigrés et justifier les agressions militaires. Conformément à cette stratégie, le régime de Moubarak n’a jamais lutté contre l’islam politique. Au contraire, il l’a intégré dans son système.

Moubarak a-t-il sous-traité la société égyptienne aux Frères musulmans ?

Samir Amin. Absolument. Il leur a confié trois institutions fondamentales : la justice, l’éducation et la télévision. Mais le régime militaire veut conserver pour lui la direction, revendiquée par les Frères musulmans. Les États-Unis utilisent ce conflit mineur au sein de l’alliance entre militaires et islamistes pour s’assurer de la docilité des uns comme des autres. L’essentiel est que tous acceptent le capitalisme tel qu’il est. Les Frères musulmans n’ont jamais envisagé de changer les choses de manière sérieuse. D’ailleurs lors des grandes grèves ouvrières de 2007-2008, leurs parlementaires ont voté avec le gouvernement contre les grévistes. Face aux luttes des paysans expulsés de leur terre par les grands propriétaires fonciers, les Frères musulmans prennent partie contre le mouvement paysan. Pour eux la propriété privée, la libre entreprise et le profit sont sacrés.

Quelles sont leurs visées à l’échelle du Proche-Orient ?

Samir Amin. Tous sont très dociles. Les militaires comme les Frères musulmans acceptent l’hégémonie des États-Unis dans la région et la paix avec Israël telle qu’elle est. Les uns comme les autres continueront à faire preuve de cette complaisance qui permet à Israël de poursuivre la colonisation de ce qui reste de la Palestine.

Dakar, envoyée spéciale.

 
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
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12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 00:00

 

Spécialisé dans l’ophtalmologie et, depuis quelques années, dans l’esthétique, le laboratoire qui fabrique le fameux Botox a été épinglé dans les Paradise Papers, en novembre 2017. Il assure se conformer aux lois en vigueur…

«A llergan, un laboratoire pharmaceutique mondial audacieux. » Voilà comment se définit lui-même le bienheureux producteur du Botox, ce traitement ophtalmologique devenu un best-seller du marché florissant de l’esthétique, utilisé pour estomper (provisoirement) les rides du haut du visage. De l’audace, c’est vrai, le laboratoire américain (plus de 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires attendus en 2018) n’en a pas manqué depuis sa fondation, en 1948, par un pharmacien de Los Angeles. Pour conquérir – ou protéger – des marchés juteux, mais aussi pour « optimiser » sa fiscalité, si l’on en croit le Consortium international des journalistes d’investigation (Icij, en anglais), qui a révélé, en novembre 2017, les complexes stratégies d’évitement fiscal de nombreuses firmes, telles Apple, Nike ou Uber. Des révélations fondées sur les 13,5 millions de documents baptisés « Paradise Papers », provenant du cabinet international d’avocats Appleby, basé aux Bermudes. Une firme plutôt haut de gamme, de meilleure réputation que le cabinet Mossack Fonseca, mis en lumière par les Panama Papers dès 2016. Mais une firme aux objectifs exposés sans détours par son fondateur, le major Reginald Appleby, qui décrivait l’impôt sur le revenu comme « l’ultime raffinement de la torture humaine, auquel il faut s’opposer à tout prix ».

Un système de « double irlandais »

Or, pour éviter pareille torture, rien ne vaut une domiciliation fiscale avantageuse. C’est ce qu’a choisi Allergan en installant son siège social à Dublin, en Irlande. Un pays connu pour offrir l’un des taux d’imposition sur les sociétés le plus bas du monde (12,5 %). Une position tellement enviable que le mastodonte américain Pfizer a tenté, à peine quelques mois après cet atterrissage fiscal avantageux, de fusionner avec Allergan, pour profiter de cette domiciliation enviée. La transaction record (évaluée à 160 milliards de dollars !) a finalement été stoppée in extremis par le secrétaire américain au Trésor en 2016. Reste qu’Allergan, lui, a semble-t-il pu profiter des largesses propres au pays au Trèfle, tel le « double irish » (double irlandais) – rien à voir avec du whisky. Ce système consiste à mettre en place une double sous-traitance de filiales irlandaises pour récupérer les bénéfices de la société mère, en les faisant passer par des paradis fiscaux encore plus avantageux que la patrie de la Guinness, comme les Bermudes, les Caïmans ou l’île de Man. Une pratique tellement limite que le gouvernement irlandais a dû envisager, dès 2014, son interdiction pure et simple. Qui, alors, a tenté de s’opposer à cette réforme ? Une certaine Terilea Wielenga, la présidente du Tax Executives Institute (TEI), sorte d’association de professionnels de la fiscalité, qui exerçait aussi les fonctions de… directrice de la fiscalité d’Allergan ! D’après l’enquête de l’Icij, la fiscaliste aurait mis en place pour le producteur de Botox un système de « double irlandais » qui aurait déplacé les bénéfices du laboratoire jusqu’aux Bermudes. Contacté par l’Icij, le laboratoire a démenti toute fraude. « Allergan se conforme à toutes les lois fiscales et règles comptables applicables et paie tous les impôts dus dans toutes les juridictions où il exerce ses activités », a assuré l’entreprise. Dans une étude présentée en septembre 2017, la division française du laboratoire n’était d’ailleurs pas peu fière de mettre en avant ses 511 emplois dans l’Hexagone et même sa « contribution fiscale » de « 293 millions d’euros sur la période 2012-2016, dont 69 millions d’euros en 2016 ». Pas de quoi faire vaciller les profits du groupe, néanmoins. Au dernier trimestre 2017, l’entreprise a engrangé un bénéfice net de 3 milliards de dollars, dont 2,8 servis sur un plateau (d’argent) par la réforme fiscale de Donald Trump.

 

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11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 05:16
L'esclavage s'aggrave en Europe au XXIe siècle, et les migrants en sont les premières victimes (Jean-Jacques Régibier, L'Humanité - 6 avril 2018)
L’ESCLAVAGE S’AGGRAVE EN EUROPE AU XXIÈME SIÈCLE
Vendredi, 6 Avril, 2018

C’est un véritable cri d’alarme que lancent les experts du Conseil de l’Europe ( GRETA ) dans leur rapport annuel sur la situation de la traite des êtres humains en Europe. Avant l’exploitation sexuelle, l’exploitation par le travail est devenue la forme prédominante de l’esclavage moderne. Les premières victimes en sont les migrants.

L’esclavage est-il en train de devenir une pratique florissante en ce début de XXIème siècle en Europe ? On aurait presque du mal à y croire si ce n’étaient les experts internationaux du Conseil de l’Europe qui en fassent la démonstration, chiffres et centaines de documents à l’appui, pays par pays.
 
A lire les 70 pages du rapport ( le 7ème ) que vient de rendre public le GRETA (1), et qui porte sur l’année 2017, on se frotte les yeux. Non seulement l’esclavage s’aggrave au cœur de l’Europe, mais les chiffres officiels, nous disent les experts, sous-estiment gravement le problème, et les poursuites ainsi que les condamnations, sont pratiquement inexistantes, d’autant que la plupart des victimes préfèrent ne pas déposer plainte ou témoigner, car elles dépendent des trafiquants pour leur travail et leur logement. Résultat : la traite des êtres humains à des fins d’exploitation par le travail reste largement invisible. C’est, expliquent les enquêteurs du Conseil de l’Europe, « l’un des aspects les plus problématiques de l’esclavage moderne. »

UNE ACTIVITÉ CRIMINELLE

Précisons d’abord que cette notion d’« esclavage » - ou de « traite des êtres humains » - n’est nullement une métaphore ou une caricature destinée à attirer l’attention sur l’un des aspects particulièrement révoltant de l’économie moderne. Il ne s’agit pas non plus d’une notion spécifiquement européenne puisqu’elle se réfère explicitement à l’article 4 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi qu’à d’autres instances juridiques internationales, comme l’Organisation internationale du Travail ( OIT ), par exemple. Au regard des conventions internationales, la traite des êtres humains n’est donc pas une option économique comme une autre, c’est un crime.
 
La convention adoptée, dans sa version européenne, par le Conseil de l’Europe est extrêmement précise et mérite d’être citée in extenso car elle fait référence à de nombreuses situations concrètes dont on entend régulièrement parler. L’esclavage désigne « le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. »
 
Si jusqu’alors, la forme dominante de cette traite des êtres humains en Europe, concernait l’esclavage sexuel, c’est désormais l’esclavage par le travail qui domine pratiquement partout, tout particulièrement au Royaume-Uni, en Belgique ou au Portugal, pour ne citer que les pays les plus importants. Les experts du GRETA citent également un pays qui a résolu le problème de manière originale. Il s’agit de la Pologne, où la « servitude » n’est toujours pas mentionnée expressément dans la loi comme type d’exploitation.

A LA VILLE COMME À LA CAMPAGNE

 
Si aucun secteur de l’économie n’est épargné par l’esclavage, il est particulièrement répandu dans le bâtiment, l’hôtellerie, l’industrie manufacturière - notamment le textile – mais aussi, le nettoyage, l’agriculture, et la pêche. En bref, dans tous les secteurs clé qui rapportent de l’argent. Dans tous les cas l’objectif est clair : engranger des profits maximum en réduisant, parfois jusqu’à zéro, la valeur de la force de travail, celle qui précisément permet de produire de la valeur. La pratique de l’esclavage permet de surcroît d’obtenir un avantage décisif par rapport aux autres concurrents opérant dans le même secteur, ce qui, au bout du compte, incite tout le monde à adopter les mêmes méthodes. C’est bien entendu la raison de fond qui explique l’irrésistible ascension, aujourd’hui, de l’esclavage par le travail en Europe.
 
A titre d’exemple qui révèle ce qui se passe dans de nombreux autres pays et secteurs d’activité, le GRETA fait état de nombreux cas qui ont réussi à parvenir jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Par exemple, celui de 42 ressortissants bangladais qui travaillaient jusqu’à 12 heures par jour, sans permis de travail, dans une exploitation de fraises de Manolada, dans le sud de la Grèce, sous le contrôle de gardes armés, et qui vivaient dans des huttes de fortune dépourvues de toilettes et d’eau courante. Le 17 avril 2013, alors qu’un groupe de ces travailleurs venait réclamer les salaires qui n’avaient pas été versés depuis plusieurs mois, un des gardes armés a ouvert le feu, blessant grièvement 30 d’entre eux. 
 
« Avant cet incident, les autorités grecques connaissaient depuis des années les conditions dans lesquelles des milliers d’ouvriers vivaient et travaillaient dans des exploitations de fraises autour de Manolada (…) mais aucune mesure concrète pour remédier à la situation n’avait été prise, » explique le rapport. La Cour d’assises de Patras, devant qui l’affaire avait été portée, avait d’ailleurs acquitté les deux employeurs coupables.
 
Mais l’esclavage n’est pas le privilège des zones rurales éloignées aux confins du continent européen. Il sévit aussi dans les beaux quartiers des grandes capitales à la mode. Ainsi en 2015 à Londres, note le GRETA, 75 cas d’esclavage domestique (employé.e.s de maison ) ont été enregistrés par la police, dont 10 chez des diplomates !
 
Là encore, non seulement l’Etat ne fait rien pour améliorer la situation, mais bien au contraire, il a tendance à l’aggraver. Les experts du Conseil de l’Europe dénoncent ainsi le fait qu’au Royaume-Uni, « le nouveau système s’appliquant aux employés de maison de nationalité étrangère, fragilise la situation des employés de maison migrants et risque d’accroître la traite aux fins de servitude domestique. » Pire, selon de nombreux rapports émanant de la société civile, lorsque des victimes d’esclavage par le travail ou d’esclavage domestique, s’adressent à un commissariat de police pour déclarer qu’on leur a ôté leur passeport ou que leur salaire n’a pas été payé, « elles sont souvent éconduites, car ces faits sont souvent considérés comme relevant du droit civil, » alors qu’il s’agit en fait bel et bien de délits. 
 
« La traite aux fins d’exploitation dans les secteurs des services domestiques et des soins à la personne concernent plus fréquemment les femmes, » conclut les experts du GRETA, « et est plus difficile à détecter dans la mesure où elle s’exerce dans des domiciles privés où les victimes peuvent être soumises à une exploitation à des fins à la fois sexuelles et de travail. »

LES MIGRANTS, PREMIÈRES VICTIMES

 
De nombreuses études menées dans plusieurs pays européens, reprises dans le rapport du GRETA, montrent que ce sont d’abord les travailleurs migrants étrangers qui sont victimes de l’esclavage par le travail en Europe, mais pas seulement.
« Notre suivi, » explique la présidente du GRETA, Siobhan Mullally, « montre que de plus en plus de personnes font l’objet de la traite à des fins de travail dans des conditions révoltantes en Europe, à la fois au sein des frontières nationales et au delà, » c’est-à-dire, partout dans le monde où des entreprises européennes exploitent des personnes dans des conditions qui relèvent de l’esclavage. L’actualité fait apparaître de temps en temps, souvent à l’occasion d’évènements dramatiques, un bout de la partie émergée de ce tragique iceberg. Ce fut le cas par exemple lors de l’effondrement du Rana Plaza à Dacca au Bangladesh, qui a fait plus de 1 100 morts en avril 2013.
 
« Les travailleurs migrants, notamment saisonniers et en situation irrégulière, ainsi que les demandeurs d’asile qui n’ont pas accès au marché du travail sont particulièrement vulnérable à la traite aux fins d’exploitation par le travail. »
A lire le rapport du GRETA, on ne peut s’empêcher - le mot est là pour y faire référence – d’établir un parallèle entre ce que fut le grand esclavage négrier, dominant dans les pays européens jusqu’au XIXème, et de s’inquiéter qu’il ressurgisse aujourd’hui, sous des formes ironiquement – et effroyablement – semblables.
 
Dans les deux cas, des hommes et des femmes arrachés à leur continent – toujours le même, l’Afrique – embarquant sur des navires ou des embarcations aléatoires pour des traversées à risque, au bout desquelles, si ils n’en meurent pas, se profile l’esclavage.
 
Parmi les nombreuses pistes qu’explorent les experts du Conseil de l’Europe pour tenter d’améliorer une situation en voie de dégradation, il apparait, note le rapport que « la coopération avec les syndicats et les ONG est essentielle pour s’attaquer avec succès au cas de traite aux fins d’exploitation par le travail. » 
 
 
(1) Le Groupe d’experts sur la lutte contre la traite des êtres humains ( GRETA ) est l’organisme du Conseil de l’Europe chargé de veiller à l’application de la Convention européenne contre l’esclavage. Son premier rapport couvrait la période allant de 2009 à 2011.
 
Pour accéder au rapport complet : 
 
Jean-Jacques Régibier
L'esclavage s'aggrave en Europe au XXIe siècle, et les migrants en sont les premières victimes (Jean-Jacques Régibier, L'Humanité - 6 avril 2018)
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10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 17:01

 

La multinationale s’est fait son cocon doré en Irlande, innovant bien davantage ces dernières années en procédés d’évasion fiscale qu’en haute technologie.

Apple est l’entreprise de toutes les démesures. La plus grosse capitalisation boursière du monde est aussi celle qui a le plus gros magot dans les paradis fiscaux, dépassant le PIB de la Grèce ou de la Finlande. Elle affiche des taux de marge brut record, autour de 250 % par smartphone vendu, et un taux d’imposition effectif hors États-Unis jamais vu de 0,005 % en 2014. On pourrait accumuler chiffres et statistiques montrant l’indécente puissance du groupe encore longtemps.

L’entreprise a débarqué en Irlande dès le début des années 1980, et y a négocié dès le début sa quasi-absence d’imposition – grâce aux désormais bien connus rescrits fiscaux – en échange de son installation à Cork, ancienne ville industrielle du sud de l’île en crise. Pour obtenir toujours plus de largesses fiscales, Apple a promis la création de quelques milliers d’emplois, un regain économique du comté, et tant pis pour le reste du monde qui se voit privé chaque année de plusieurs milliards d’euros de recettes fiscales. D’autant que, outre un taux d’imposition sur les sociétés ridicule, Apple a négocié des prix de transfert au ras du sol. Ce sont ces taxes sur les flux financiers entre filiales d’un même groupe installées dans deux entités juridiques différentes, en l’occurrence entre l’Irlande et Jersey avant de filer aux îles Caïmans, où Apple accumule un trésor de guerre dépassant les 250 milliards d’euros.

Le marché avec l’Irlande était tellement bon qu’Apple y a installé cinq de ses sept principales filiales. Tous les revenus d’Apple réalisés dans le monde, à l’exception des États-Unis, y convergent. Et la réforme fiscale irlandaise de 2015, qui a suivi la condamnation du pays par la Commission européenne et l’obligation pour l’entreprise de verser 13 milliards d’euros pour aide d’État illégale, n’y a pas changé grand-chose. Un tout récent rapport réalisé par le groupe parlementaire Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) le montre bien. « Apple n’aura payé entre 2015 et 2017 que 0,7 % d’impôt dans l’Union européenne », avance l’enquête qui s’est plongée dans la nouvelle structure fiscale du groupe. Soit jusqu’à 21 milliards d’euros de manque à gagner pour les diverses administrations fiscales… Les procédés d’évitement décrits sont nombreux, et au moins aussi perfectionnés que les produits de la marque : abus d’emprunts et redevances entre les filiales pour faire fondre les profits déclarés, et des améliorations de tactiques d’optimisation fiscale éprouvées comme « le double irlandais » couplé au « single malt », qui permet au final d’éviter la double imposition sur les bénéfices en Irlande, y compris lorsque ce taux est de zéro et sur l’île de Malte.

Apple se sent donc très bien en Irlande. D’autant que le gouvernement n’est pas pressé de toucher les 13 milliards dus – la multinationale a commencé à provisionner un compte bloqué au cas où l’appel échouerait – et préfère continuer à accompagner le groupe dans sa démarche d’évitement fiscal. La ville de Cork, en revanche, est désormais rongée par les inégalités et les tensions sociales. Les quelque 3 000 postes promis par le géant sont aujourd’hui occupés, mais on ne compte que très peu d’Irlandais parmi les ingénieurs bien payés du site où sont dénombrées 96 nationalités. Les habitants de la ville, eux, sont employés par des sous-traitants pour faire le ménage et garantir la sécurité des locaux. Les loyers en ville ont augmenté de plus de 50 % et s’approchent des prix parisiens, alors que peu des salariés des sous-traitants d’Apple atteignent 900 euros de revenus mensuels.

 

Le Guide touristique de la fraude : Chypre

Paradis des oligarques russes ou ukrainiens et des armateurs grecs comme allemands, Chypre est un havre fiscal très apprécié des milliardaires de l’est du continent. En échange de quelques investissements locaux, de la rénovation d’une église ou de l’édification d’un hôtel de luxe, les richissimes se voient octroyer un passeport chypriote. Ce sésame leur permet, sur simple création d’une holding, de ne payer aucun impôt sur les dividendes perçus, de s’offrir des yachts quasi détaxés et, comble du délice, de bénéficier d’un impôt sur les sociétés plafonné à 10 %, avant accord à l’amiable. Autant dire que les palaces sur la côte comme les coffres des banques de l’île sont remplis. Tout ce beau monde a eu des sueurs froides en 2012, lorsque les comptes de plus de 100 000 euros ont été mis à contribution pour renflouer le système bancaire en crise. Beaucoup d’évadés fiscaux ont alors misé sur le bitcoin pour sortir leurs fonds ni vu ni connu de leur paradis préféré. La valeur de la cryptomonnaie est passée de 2 à 1 200 dollars entre le début et la fin de la crise chypriote, en 2013. Aujourd’hui, tous les milliardaires sont revenus sur l’île. Et les plus belles stations balnéaires comptent un bon quart d’étrangers exilés fiscaux parmi leurs résidents à l’année.

Pierric Marissal

 

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 09:42

 

Avant d’entrer dans l’administration Trump, l’ancien banquier d’affaires a fait ses armes au sein de la banque d’investissement Goldman Sachs, où il est passé maître dans l’art de la finance offshore.

En mars dernier, Gary Cohn, principal conseiller économique de Donald Trump et directeur du Conseil économique national, claquait la porte de la Maison-Blanche après treize mois de bons et loyaux services. Profondément libéral, la décision protectionniste du président américain de taxer de 25 % les importations de fer et de 10 % celles d’aluminium ne pouvait pas passer. Il laisse toutefois une empreinte bien visible : la réforme fiscale adoptée le 20 décembre 2017, qui baisse entre autres l’impôt sur le bénéfice des sociétés de 35 % à 21 %. Une mesure qui profite évidemment aux plus riches. Selon le Tax Policy Center, 61,8 % des avantages fiscaux concernent seulement le 1 % des ménages les plus aisés.

Mais Gary Cohn a bien d’autres performances à son actif. Après un diplôme en finance, il entame sa carrière chez US Steel, un producteur d’acier américain, avant d’entrer au New York Mercantile Exchange, Bourse spécialisée dans l’énergie et les métaux. Il est recruté en 1990 par la banque Goldman Sachs. Les choses sérieuses commencent pour ce petit-fils d’immigrés polonais, à l’ambition galopante. Il gravit alors les échelons jusqu’à se hisser au poste de président et directeur d’exploitation de Goldman Sachs de 2006 à 2017.

Première tempête pour le numéro deux de la firme : la banque, qui était la principale conseillère de la Grèce fin 2009 – en pleine période de crise –, est accusée d’avoir spéculé sur la faillite de l’État. Le pays devait réussir à convaincre Bruxelles qu’il arriverait à respecter son plan d’austérité. La machine Goldman Sachs, emmenée par Gary Cohn, aide alors le gouvernement de Georges Papandréou à gérer sa dette colossale. Si, d’une main, les banquiers s’affairent à conseiller le pays, touchant au passage des commissions intéressantes, de l’autre, la banque spécule contre l’État. En 2010, le Spiegel et le New York Times révèlent comment la banque-conseil a aidé la Grèce à maquiller ses comptes publics puis ses emprunts depuis 2001. Gary Cohn se justifiera devant le Congrès des États-Unis à propos du rôle de Goldman Sachs dans la crise financière de 2008.

En novembre 2017, le scandale des Paradise Papers éclate au grand jour. Sans grande surprise, le nom de Gary Cohn est cité dans les 13,5 millions de documents confidentiels provenant du cabinet d’avocats Appleby. Dans le viseur : les sociétés offshore. Ses 26 années de carrière chez Goldman Sachs refont surface. Alors que l’ancien banquier commence son travail de conseiller économique de Trump – empochant au passage des indemnités de licenciement de 284 millions de dollars lors de son départ de la banque –, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICJI) révèle qu’il était à la tête de 20 sociétés offshore affiliées à Goldman Sachs basées dans les Bermudes, et vice-président de deux autres.

Il a dirigé ces sociétés de 2002 à 2006 pendant qu’il occupait le poste de responsable de la division taux, change et matières premières. Rien d’inhabituel pour Goldman Sachs, qui affirme qu’il s’agit là d’une pratique courante. Interviewé par la chaîne de télévision américaine CNBC, Gary Cohn déclarait ne pas être « embarrassé du tout, c’est comme ça que le monde fonctionne ». Lorsque a été posée la question de savoir si l’objectif était d’éviter l’impôt, il a répondu qu’ « il y a pu avoir des conséquences fiscales ».

 

Le guide touristique de la fraude : Trinité-et-Tobago

 

Petit État insulaire des Caraïbes situé près du Venezuela, Trinité-et-Tobago est un poids lourd de l’évasion fiscale. Il était même le seul et unique pays à figurer sur la liste noire des paradis fiscaux de l’OCDE lors de sa publication en juin 2017. Une liste si édulcorée qu’elle en est « risible » pour l’ONG Oxfam, « l’OCDE ayant tout fait pour aboutir à une liste noire vide ». L’organisation avait alors précisé dans un communiqué que « Trinité-et-Tobago, qui figurait auparavant dans la catégorie des pays non coopératifs, n’a pas été en mesure de démontrer des progrès permettant un changement de catégorie ». L’État insulaire ne respectait pas les critères de transparence en matière fiscale et ne montrait aucune volonté de mettre en œuvre les normes internationales minimales en matière de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (mesures anti-BEPS, BEPS signifiant « érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices » en anglais) afin de réduire l’évasion fiscale des entreprises. Depuis, Trinité-et-Tobago tente de se racheter une réputation en intégrant le projet BEPS de l’OCDE. L’État a également conclu avec la France une convention en vue d’éviter la double imposition et de prévenir l’évasion fiscale en matière d’impôt sur le revenu.

Émeline Rojo

 

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 06:31
350 jours que Salah Hamouri est embastillé en Israël. Son crime: être un avocat franco-palestinien au service des droits de l'homme (Mouvement des Jeunes Communistes de France)

Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF) : "Aujourd'hui, cela fait 350 jours que notre compatriote, camarade et ami Salah Hamouri est emprisonné sans raison dans les geôles israéliennes. À quand sa libération ? Le gouvernement français est beaucoup trop complaisant avec le gouvernement d'extrême-droite israélien ! Continuons à faire pression sur le gouvernement de Macron pour faire libérer Salah !"

Appel des élus bretons pour la libération de Salah Hamouri: 175 signatures d'élus, 10 collectivités finistériennes qui s'engagent, et pourtant Jean-Yves Le Drian n'a pas eu un mot sur Salah Hamouri lors de sa visite en Israël!

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 06:24
Pascal Maurieras (deuxième à gauche, avec Claude Léostic, présidente de la plateforme des ONG pour la Palestine à sa droite) est arrivé hier à l’aéroport de Roissy. Sylvain Goldstein/CGT

Pascal Maurieras (deuxième à gauche, avec Claude Léostic, présidente de la plateforme des ONG pour la Palestine à sa droite) est arrivé hier à l’aéroport de Roissy. Sylvain Goldstein/CGT

GAZA. PIRATERIE ISRAÉLIENNE, SILENCE DE LA FRANCE

Paris n’a toujours pas réagi face aux violences commises par Israël. Le militant CGT Pascal Maurieras, passager de la flottille, est rentré hier.

Combien de ressortissants français devront être tabassés, arrêtés, emprisonnés puis expulsés par Israël pour que le gouvernement de la France réagisse ? La question est posée. Outre Salah Hamouri, avocat franco-palestinien en détention administrative depuis 351 jours, en moins de quinze jours, Sarah Katz, membre de l’Union juive française pour la paix (UJFP), et Pascal Maurieras, un marin syndiqué à la CGT, ont été traités comme des « terroristes » par Israël. Leur crime ? L’un et l’autre se trouvaient à bord de bateaux qui cinglaient vers la bande de Gaza avec à leur bord des cargaisons d’équipements médicaux pour la population de ce territoire palestinien soumis à un terrible embargo israélien depuis onze ans, en toute illégalité. Au mépris du droit international ! Ces embarcations qui faisaient partie d’une Flottille pour Gaza – dont l’intention pacifique avait été rendue publique avant même le départ – ont été arraisonnées dans les eaux internationales par la marine israélienne.

L’arraisonnement est déjà en soi un acte grave. Mais Sarah Katz, sur le site de notre journal (1), a raconté l’attitude des soldats israéliens, particulièrement violents, n’hésitant pas à frapper, notamment avec des Taser – ces matraques électriques –, le capitaine du bateau ainsi que certains passagers. Des affirmations corroborées par Pascal Maurieras, revenu hier en France, et qui ont vivement fait réagir la CGT. « La capture d’un bateau humanitaire de la Flottille de la liberté, sur lequel se trouvait l’un de nos militants, nous a amenés à réagir très fermement et à interpeller le gouvernement, notamment en envoyant un courrier recommandé au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, pour lui rappeler les faits et lui demander ses intentions quant à notre camarade alors emprisonné en Israël, explique Pascal Bouvier, membre de la direction confédérale de la CGT. Nous l’invitions à diligenter pour faire cesser les actes de piraterie militaire et maritime envers les convois humanitaires et pacifiques, à saisir les organisations internationales afin que le gouvernement israélien soit condamné lourdement et cesse de se comporter en violation du droit international et à ce que la France exerce de vraies actions pour faire respecter les droits des Palestiniens. » Pour l’heure, aucune déclaration officielle française n’est venue condamner ce qui s’apparente pour beaucoup d’ONG à un acte de piraterie, ni les violences commises à l’encontre de ressortissants français.

 
Pierre Barbancey et Eugénie Barbezat
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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 06:10
Etat-nation juif: l'extrême-droite déchire Israël (Marie Sémelin, Libération - 7 août 2018)

Minorités, défenseurs des droits de l’homme et opposition dénoncent la loi votée le 19 juillet, réservant notamment le droit d’autodétermination aux seuls juifs et faisant perdre à l’arabe son statut de langue officielle au côté de l’hébreu. Des dizaines de milliers de Druzes, pratiquant une religion issue de l’islam, se sont rassemblés samedi à Tel-Aviv.

Place Rabin à Tel-Aviv, en sueur et la voix cassée, l’ancien général Anwar Saab sort de scène. Un sourire aux lèvres, il contemple les drapeaux druzes déployés. Quelque 50 000 personnes scandent « égalité ». « On ne veut rien d’autre, dit-il. Nous acceptons tout à fait que cet Etat soit à majorité juive. Mais on ne veut pas d’un côté des droits pour les juifs et de l’autre des minorités de deuxième classe. » Il fait partie des leaders de la protestation, aux côtés d’autres officiers, et veut un amendement qui statuerait l’égalité pour tous les citoyens : c’est la minorité druze, d’habitude quasi mutique, qui a donc pris la tête de la contestation contre la loi dite de « l’Etat-nation », qui a inscrit dans le marbre le 19 juillet le caractère juif de l’Etat hébreu, en faisant fi du reste de la population.

Service militaire

Numériquement, les Druzes pèsent peu : 2 % de la population, 130 000 personnes. Mais symboliquement, ils représentent beaucoup : l’alliée historique de l’Etat hébreu, l’exemple pour Israël de la bonne intégration, celle d’une communauté arabophone, pratiquant un islam très hétérodoxe, et dont les tenues traditionnelles (large pantalon noir et moustache pour les hommes, voile blanc pour les femmes) s’affichent dans les couloirs de l’aéroport de Tel-Aviv pour promouvoir la diversité de l’Etat.

Les Druzes font le service militaire, contrairement au reste de la minorité arabophone. Dans la vieille ville de Jérusalem, aux portes de l’esplanade des Mosquées, ils essuient régulièrement les insultes des habitants palestiniens, irrités de les voir choisir l’autre camp. Depuis l’adoption de la loi, leur voix s’est fait entendre, disant l’humiliation.

Intellectuels

Plusieurs officiers de l’armée ont démissionné avec fracas. Des ex-chefs d’état-major, de la police, se sont publiquement opposés à la loi. Un journaliste, Riad Ali, a évoqué dans un long monologue télévisé « l’assassinat du rêve israélien » : « Chaque soldat druze est devenu mercenaire à l’instant où cette loi a été votée, dit-il, très ému. Je n’ai pas à me sentir israélien, et l’Etat ne peut plus me le demander. Ce mot a disparu. Ne restent plus ici que des juifs et des non-juifs, et moi, je suis un non-juif ». Face à leur colère, des membres du gouvernement, comme Naftali Bennett, le très à droite ministre de l’Education, ont reconnu la « plaie ouverte » de leurs « frères druzes ». Pour une sortie de crise, le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, avait, dans un premier temps, proposé une nouvelle version du texte reconnaissant les droits des Druzes et des minorités effectuant leur service militaire, ainsi qu’un soutien financier à la communauté. Mais la rencontre, jeudi, avec les représentants druzes a été écourtée car, selon les médias israéliens, l’un des leaders aurait dénoncé un « apartheid ».

L’objection à cette loi va bien au-delà des habituels « gauchistes » montrés du doigt par la droite nationaliste. Les députés arabes de la Knesset, les organisations de défense des droits de l’homme et des centaines d’intellectuels, artistes, écrivains, dont David Grossman et Amos Oz, ont dénoncé une attaque contre « les fondements d’un Etat juif et démocratique ». Un député du parti Union sioniste a aussi démissionné d’un Parlement « raciste ». L’opposition, y compris de centre droit, s’insurge contre la loi. Jusque dans les rangs du Likoud, le parti de Nétanyahou, un parlementaire s’est risqué à dénoncer le texte.

Le président d’Israël, Reuven Rivlin, issu du même parti, a dit son opposition. Le pays tremble sur ses bases car le texte touche à la nature même de l’Etat : juif et démocratique, réaffirmé comme tel dans ses « lois fondamentales », faisant office de Constitution et complétant la déclaration d’indépendance, où il se veut moderne, conforme aux principes universalistes et garantissant « l’égalité sociale et politique à tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe ».

Langue arabe

Pour Nétanyahou, premier défenseur de cette loi à valeur constitutionnelle, définir le pays comme « Etat-nation du peuple juif » ne fait qu’inscrire noir sur blanc la réalité et « l’une des raisons d’être de cet Etat », disait-il la semaine dernière en réponse aux critiques. De fait, la majorité du texte réaffirme des symboles : son drapeau, ses fêtes, sa langue, son calendrier hébraïque. Les accusations de discrimination se sont cristallisées sur d’autres articles, semblant viser la minorité arabe du pays, souvent perçue comme un cheval de Troie palestinien dans l’Etat hébreu, et qui représente 18 % de la population, descendants des Palestiniens restés sur le territoire israélien après la création du pays en 1948.

La loi s’attaque d’abord à la langue arabe, qui perd son statut de langue officielle pour un statut « spécial » et flou, qui semble n’avoir pour but qu’une rétrogradation humiliante, car, précise le même article, elle gardera sa place dans l’espace public. La loi réserve aussi au « seul peuple juif » le droit à l’autodétermination. Un autre article définit le développement des « localités juives » comme « priorité nationale » : version allégée d’une première mouture qui autorisait des localités à choisir leurs résidents sur une base ethnique ou religieuse, mais qui, devant les cris de terreur poussés par les juristes israéliens, a été modifiée.

Pas trace des mots « égalité » ou « démocratie ». Un choix, pour Samy Cohen, chercheur au Ceri-Sciences-Po et spécialiste d’Israël : « L’Etat a été pensé par ses pères fondateurs comme juif et démocratique, mais cet équilibre n’a jamais été parfait. Après avoir vu l’aspect démocratique progresser dans les années 70-90, avec notamment le développement de la société civile et le renforcement de la Cour suprême, nous voyons depuis près de dix ans un contre-mouvement de la droite et de l’extrême droite, pour qui la dimension juive doit dominer. Cette loi en est le reflet, et pour la première fois, l’inégalité des citoyens est inscrite dans l’équivalent de la Constitution. »

La population arabe du pays, elle, se sent déjà discriminée. « Je n’ai pas besoin de cette loi pour avoir moins de droits, s’énerve Aya, la vingtaine, qui vit dans le quartier arabe de Jaffa, dans le sud de Tel-Aviv. Regardez qui vit dans les kibboutz : il n’y a que des juifs. Moi, je n’ai pas le droit d’y habiter. » Le gouvernement n’a que faire de cette opposition attendue des Arabes, qui s’époumonent depuis des semaines, mais il doit donc maintenant gérer celle, embarrassante et inattendue, des Druzes. Plusieurs recours ont été déposés devant la Cour suprême. Mercredi, la Knesset se réunira pour une session extraordinaire à la demande de l’opposition. Thème des débats : « Les atteintes aux valeurs d’égalité et de démocratie ».

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