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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 05:18

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Pacte mondial sur les migrations : Une exigence de solidarité internationale pour le respect universel des droits humains (PCF)

Ce sont finalement plus de 160 pays sur 193 qui ont adopté le pacte sur les migrations de l’ONU le jour du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme à Marrakech.

Ce pacte a provoqué un déchaînement de fakenews et manipulations grossières des forces d'extrême droite et conservatrices alors que l'heure est à la solidarité internationale, le respect des droits humains fondamentaux et des principes d’hospitalité et de fraternité. A la suite du retrait américain opéré par l'Administration Trump, plusieurs pays, en particulier européens, ont marqué leur opposition frontale au Pacte. Ils l'ont fait tout en entretenant des contre-vérités sur les propositions qu'il contient et alors qu'étant malheureusement à caractère non contraignant le Pacte a peu de chance par sa seule existence de peser sur des politiques répressives et discriminatoires.

Du point de vue du PCF, comme de nombreuses organisations engagées dans la solidarité internationale, ce texte comporte encore certainement des lacunes en termes d'ambitions politiques en matière de respect de la liberté de circulation et d'installation, l’accueil digne des migrants, de la création de voies légales et sécurisées de migrations, de l’extension de nouveaux droits pour les migrants économiques et climatiques.

Mais il a le grand mérite d'énoncer des principes intangibles : la défense des droits humains, la défense des droits et la protection des enfants et la proposition d'un cadre multilatéral d'échange d'expériences, d'informations et de compétences.

Le Pacte marque une étape historique. Il est le premier texte de véritable coopération internationale au sujet des migrations. Il incarne l'exigence incontournable de solidarité internationale pour garantir l'application des droits humains universels fondamentaux.

Emmanuel Macron a toutefois manqué d'être à la hauteur de ce premier rendez-vous. N'envoyant qu'un énième représentant du gouvernement et gardant le silence devant les propos délirants de l'extrême droite et d'une partie de la droite française, le chef de l’État a même eu l'audace lundi 10 décembre dans son allocution aux Français-es d'imposer la question de l'immigration dans le débat politique national pour diviser la mobilisation des Gilets jaunes. C'est indigne, une fois encore.

Le PCF appelle, aux côtés des citoyen-nes, des militant-e-s, des associations, de syndicats, des collectifs de sans-papiers à participer largement la manifestation du mardi 18 décembre, journée internationale des migrant-e-s, pour l’égalité des droits, pour une France hospitalière et fraternelle, pour une Europe solidaire.

Parti communiste français,


Paris, le 11 décembre 2018.

Pacte mondial des migrations de Marrakech : une exigence de solidarité pour les droits humains (PCF - 11 décembre 2018)
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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 17:02
Solidarité du PCF avec la grève de la faim du mouvement des femmes kurdes
Solidarité du PCF avec la grève de la faim du mouvement des femmes kurdes

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Solidarité avec la grève de la faim du mouvement des femmes kurdes (PCF)



Les Mouvements des Femmes Kurdes de France et d'Europe ont débuté une grève de la faim pour dénoncer la dictature de Recep Tayyip Erdogan qui piétine les droits humains.


Le Parti communiste français (PCF) apporte un soutien total aux démocrates de Turquie, au peuple kurde, à la députée Leyla Guven ainsi qu'au Mouvement des femmes kurdes dans la lutte engagée pour la paix, la démocratie et la reconnaissance des droits politiques et culturels des kurdes de Turquie.

L'autoritarisme populiste d'Ankara plonge, par sa politique néolibérale, le pays dans une crise économique sans précédent et polarise les fractures de cette société. Il attise la guerre meurtrière contre les Kurdes, il persécute les Alévis tandis qu'un conservatisme sunnite moralisateur, intrusif et paternaliste s'attaque aux libertés et plus particulièrement à celles des femmes.


Ce régime d'exception multiplie les purges, autorise l'arbitraire contre les démocrates alors que s'accroît la paramilitarisation de l'appareil d’État.


Depuis 2015, R.T. Erdogan a déclenché une guerre ouverte contre les Kurdes : arrestation de dizaines d'élu-e-s et de 5 000 militant-e-s du HDP, destruction de villes...

Alors que la Cour européenne des Droits de l'homme vient, par un arrêt, d'exiger la libération de l'ex co-président du HDP, Selahattin Demirtas, Recep Tayyip Erdogan a rejeté cette perspective en violation de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Charte universelle des droits humains.

Abdullah Ocalan, dirigeant du PKK, est qu'en à lui emprisonné à l'isolement depuis des années, sur l'île d'Imrali, au mépris de toutes conventions internationales et européennes. Il subit un traitement inhumain qui n'entame pas sa détermination à ouvrir les chemins de la paix en Turquie. Sa libération et le retrait du PKK, dont les combattant-es ont affronté avec courage Daesh en Irak et sauvé la vie à des milliers de kurdes yézidis, des listes d'organisations interdites par l'UE constitueraient de véritables pas vers la paix en Turquie et dans la région.


La Turquie conduit de plus une politique expansionniste et criminelle en Syrie, notamment depuis l'annexion du canton d'Afrin. Elle constitue des « djihadistan » lourds de dangers pour la région, tout en multipliant les provocations pour briser l'expérience démocratique et émancipatrice du Rojava.


Le PCF appelle à la mobilisation et à la solidarité pour dire STOP ERDOGAN !


La France et l'Union européenne doivent mettre un terme à leur complicité coupable avec R.T. Erdogan. Elles doivent agir pour la libération de tous les prisonniers politiques et condamner sans équivoque ce régime dictatorial.


Parti communiste français,


Paris, le 8 décembre 2018.

 
 
A la fête de l'Huma Bretagne, nous organisions justement le samedi 1er décembre un débat de solidarité avec le peuple kurde, avec la présence de Hazal Karakus, du mouvement international des femmes kurdes et du mouvement des femmes kurdes de France,  en grève de la faim avec ses camarades, et Sylvie Jan, de France Kurdistan, Hulliya Turan, secrétaire départementale du PCF Bas-Rhin, d'origine kurde de Turquie, arrêtée avec Christine Prunaud lors d'une mission de contrôle des élections en Turquie.
 
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Fête de l'Huma Bretagne à Lanester
Très intéressant débat animé par Ismaël Dupont, secrétaire du PCF 29, sur la situation des Kurdes de Turquie, d'Irak, de Syrie avec 3 intervenantes: Hazal Karakus, du mouvement international des femmes kurdes qui a évoqué le combat des femmes dans le Kurdistan syrien, Hülliya Turan, secrétaire départementale du PCF du Bas-Rhin, elle-même d'origine kurde de Turquie, qui a situé la question kurde dans l'histoire et témoigné sur la situation dans la Turquie d'Erdogan, Sylvie Jan, présidente de France-Kurdistan, qui a expliqué les raisons de son engagement, et notamment l'assassinat des 3 dirigeantes kurdes à Paris en janvier 2013, et évoqué l'action de son association en Turquie. 3 femmes pour parler des Kurdes, tout un symbole pour un peuple qui donne une place essentielle dans son combat à la question de l'égalité femmes-hommes. Un moment de solidarité avec le peuple kurde - photos Y Rainero et Caro Berardan - et commentaire Yvonne Rainero
 
Solidarité du PCF avec la grève de la faim du mouvement des femmes kurdes
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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 09:28
N'abandonnez pas les routiers ! 14 eurodéputés écrivent à la ministre des transports
Les négociations entre les ministres des transports européens qui s'engagent lundi prochain vont être décisives quant à l'avenir des routiers et de leurs conditions de travail. Madame la ministre, la France ne doit pas abandonner les routiers !

Madame la Ministre,

Vous participerez le lundi 3 décembre au prochain Conseil "Transports, télécommunications et énergie" à Bruxelles. Ce Conseil, réunissant les ministres des transports de l’Union Européenne, a pour but d’établir une orientation générale sur les principales propositions relatives à l'accès au marché et aux aspects sociaux dans le secteur du transport routier dans le cadre du paquet législatif « Mobilité ». Ces propositions comprennent de nouvelles règles relatives aux aspects suivants :

  • les temps de conduite et de repos ;
  • les règles de détachement des conducteurs routiers ;
  • la lutte contre le cabotage systématique.

Ce paquet législatif est l’opportunité de fixer au secteur routier des règles claires et applicables pour mettre fin à la concurrence déloyale et au dumping social et fiscal qui sévissent depuis plusieurs années dans le domaine.

La France a un rôle clé dans la tenue des négociations. Nous vous demandons, dans la lignée de la déclaration de l’Alliance du Routier du 12 novembre 2018, de maintenir une position française claire et cohérente. Nous souhaitons notamment que soient défendus :

  • la garantie que les conducteurs soient rémunérés de manière égale sur le même territoire ;
  • des conditions de travail et de repos dignes pour les conducteurs routiers ;
  • l’interdiction du repos dans le véhicule ;
  • des règles de détachement strictes et applicables au premier jour ;
  • le retour régulier des conducteurs à leur domicile et des véhicules dans leur État membre d’établissement.

Nous comptons sur votre engagement pour la sécurité des usagers de la route, des passagers et des 3 millions de conducteurs professionnels en Europe.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’assurance de notre haute considération.

Marie-Pierre Vieu, députée européenne

Eric Andrieu, député européen 

Guillaume Balas, député européen

Karima Delli, députée européenne

Pascal Durand, député européen

Patrick Le Hyaric, député européen

Edouard Martin, député européen

Emmanuel Maurel, député européen

Younous Omarjee, député européen 

Christine Revault D'Allonnes, députée européenne

Michèle Rivasi, députée européenne

Virginie Rozière, députée européenne

Isabelle Thomas, députée européenne

Marie-Christine Vergiat, députée européenne

 

Source: Lettre d'info de Marie-Pierre Vieu, eurodéputée communiste

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 05:54
En novembre 2018, parution de Irlande en révolutions, un essai historique de Olivier Coquelin aux éditions Syllepses

Un livre à conseiller de notre ami universitaire Olivier Coquelin que nous avions eu déjà eu le bonheur de publier dans le Chiffon Rouge:

Soviets irlandais : expériences autogestionnaires dans l’Irlande révolutionnaire (1918-1923) (1/2) par Olivier Coquelin

https://autogestion.asso.fr/soviets-irlandais-experiences-autogestionnaires-dans-lirlande-revolutionnaire-1918-1923-12/

 

Pour comprendre les particularités de l’Irlande contemporaine, l’auteur nous invite à un voyage dans une histoire des revendications émancipatrices du peuple irlandais.
La partition de l’île d’Irlande, qui perdure à ce jour, fut l’une des conséquences de la Révolution de 1916-1923. Inachevée, la rupture avec l’ordre ancien contribua surtout à renforcer le pouvoir des forces conservatrices, à l’œuvre des deux côtés de la frontière.
Pareil phénomène oblige à s’interroger sur la nature même des mouvements politiques (révolutionnaires comme constitutionnels) et sociaux (agraires comme ouvriers) irlandais qui se réclamèrent du nationalisme, à partir du siècle des Lumières.

Dans quelle mesure se faisaient-ils les partisans de desseins progressistes dans la perspective d’une Irlande indépendante, autonome ou maintenue dans le giron britannique ?

Entre nationalismes et conservatismes: une histoire politique et sociale (18e-20e siècles)

Collection : « Histoire : enjeux et débats »

Auteur-e : Olivier Coquelin

Parution : Novembre 2018
Pages : 544
Format : 150 x 210
ISBN : 978-2-84950-693-6

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 16:27
Israël-Palestine: Sarah Katz et Pierre Stambul de l'Union Juive française pour la paix (UJFP) en tournée finistérienne du 4 au 8 décembre - à Plourin les Morlaix, salle du Cheval Blanc, le 4 décembre à 20h
Tournée finistérienne de Pierre Stambul et Sarah Katz

"Dix organisations finistériennes (AFPS, ATTAC, Émancipation, Ensemble29, France Insoumise, FSU 29, LDH Brest, NPA 29, PCF 29 et Solidiaire 29) organisent une tournée de conférences avec Sarah Katz et Pierre Stambul afin de faire connaître le combat de ces deux membres de l’Union Juive Française pour la Paix.

Il y sera question d’origine du conflit israélo-palestinien et d’actions militantes réalisées en soutien aux palestinien.ne.s victimes des politiques israéliennes.

Pierre Stambul vient notamment d’écrire un livre "La Nakba ne sera jamais légitime". Sarah Katz était quant à elle présente sur le Al Awda, bateau de la flottille pour Gaza qui a tenté de faire parvenir des médicaments et du matériel à Gaza cet été. Sarah et Pierre rencontreront également des lycéens et lycéennes de Diwan à Carhaix le lundi 3 décembre.

En cliquant sur le lien suivant, vous pourrez prendre connaissance du carnet de voyage de Sarah Katz : ICI

Enfin, voici les grands thèmes développés dans le livre de Pierre Stambul :

Alors que la Palestine vit chaque jour une situation de plus en plus tragique, ce livre essaie de répondre à plusieurs questions clés pour que notre solidarité soit plus efficace.

Oslo a été une gigantesque illusion. L’agenda des « deux États vivant côte à côte » est totalement obsolète.

La question du sionisme est incontournable. Cette idéologie est à la fois un colonialisme, un nationalisme, une théorie de la séparation, un suprématisme, une manipulation de l’histoire, de la mémoire et des identités juives. Il n’y aura pas de paix juste avec le maintien de cette idéologie plus que jamais à l’œuvre.

Combattre le racisme et en particulier l’antisémitisme est indispensable. Dans ce livre, je revendique mon identité juive d’enfant de rescapés du génocide. Le sionisme n’a jamais combattu l’antisémitisme, il s’en est servi pour pousser les Juifs à émigrer. Le sionisme n’a aucun droit à s’emparer de la mémoire du génocide nazi. Des dirigeants sionistes éminents ont eu un comportement coupable à l’époque du nazisme. Israël a été dès le départ une société raciste. Pas seulement contre les Palestiniens, mais aussi à l’intérieur de la société juive israélienne.

Le mouvement de solidarité pour la Palestine en France a des problèmes importants d’orientation et d’unité.

Nous devons répondre à des questions essentielles : oui, la création d’Israël, indissociable du nettoyage ethnique de 1948, est illégitime. Non, on ne réparera pas un nettoyage ethnique par un autre. La solution juste ne passe pas par l’expulsion des Juifs israéliens, mais elle passe par le démantèlement de l’État juif. Il n’y a pas d’alternative au « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».

Tant que ce régime criminel ne sera pas puni, la destruction de la Palestine se poursuivra. Le BDS est un outil totalement indispensable. Il ne s’agit pas de « convaincre » nos dirigeants qui sont consciemment complices de ce régime d’apartheid. Il s’agit de créer un rapport de force imposant les sanctions.

Israël-Palestine: Sarah Katz et Pierre Stambul de l'Union Juive française pour la paix (UJFP) en tournée finistérienne du 4 au 8 décembre - à Plourin les Morlaix, salle du Cheval Blanc, le 4 décembre à 20h
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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 06:45

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 20:33
Bachar al-Assad, par sa violence et son impunité, signifie aux Syriens que rien ne les sauvera de son pouvoir absolu - Libération, Catherine Calvet et Luc Mathieu
DIMANCHE 25 NOVEMBE 2018 : RENCONTRE AUTOUR DU LIVRE « CHRONIQUE DE LA RÉVOLTE SYRIENNE – DES LIEUX ET DES HOMMES, 2011-2015 »
L'association Souria Houria est heureuse de vous inviter le

Dimanche 25 novembre de 17h à 19h
40, rue de Malte -75011 Paris

A une nouvelle rencontre les Dimanches de SouriaHouria autour du nouvel ouvrage

« Chronique de la révolte syrienne

Des lieux et des hommes, 2011-2015 »

Avec Catherine Coquio et Sana Yazigi

Animé par Farouk Mardam-Bey

Libération, le 14 novembre 2018 - Catherine Calvet et Luc Mathieu

Qui est ce dictateur, qu’est-ce qui le motive ? N’est-il que l’héritier de son père ? Trois spécialistes de la Syrie, Farouk Mardam-Bey, Subhi Hadidi et Ziad Majed, se sont penchés sur son cas. Ils examinent aussi bien son entourage familial que ses réseaux.

Trois spécialistes de la Syrie se sont glissés Dans la Tête de Bachar al-Assad, le temps d’un livre, publié par Actes Sud la semaine dernière. Deux sont syriens, l’éditeur Farouk Mardam-Bey et l’écrivain Subhi Hadidi, et l’autre est libanais, le politiste Ziad Majed. S’immiscer dans la tête du despote leur a permis de raconter à la première personne, et de façon presque intime, l’exercice d’un pouvoir absolu accompagné d’une violence extrême. Les trois auteurs décrivent aussi un contexte familial : Bachar n’était pas l’héritier désigné par son père Hafez al-Assad. Il évoluera entre continuité et rupture par rapport à l’héritage paternel.

BACHAR AL-ASSAD N’EST-IL QUE L’HÉRITIER DE SON PÈRE, HAFEZ AL-ASSAD ?

Le système de Bachar est le même que celui dont il a hérité. Il y a une continuité certaine entre les deux hommes. Mais en arrivant au pouvoir en l’an 2000, Bachar a éprouvé le besoin de se présenter sous des traits différents de ceux de son père. Parce que le costume était trop grand pour un novice en politique, il voulait au moins changer de tonalité, d’apparence. Il arrivait de Londres où il était ophtalmologue. Ce n’était pas l’héritier qu’avait choisi son père. Normalement, il était prévu que Basel al-Assad lui succède. C’est lui qui avait été préparé pour l’exercice du pouvoir. Il était passé par l’armée comme Hafez. Mais il est mort dans un accident de voiture. Donc Hafez al-Assad a rappelé Bachar qui était à Londres. Cette succession improvisée a laissé des traces profondes dans son mode de gouvernance. Dès le début, il a insisté sur le fait qu’il n’était pas au pouvoir par la seule volonté de son père mais que c’était son destin, et la volonté du peuple syrien. Il parle de son prédécesseur comme du «président Hafez» et non du président Hafez al-Assad, comme pour mieux souligner que Assad, c’est lui. Il se proclame comme le seul inventeur de la Syrie moderne. Bachar était surtout le fils de sa mère, et Basel, le fils de son père. Les deux fils n’ont pas eu la même éducation. Sa mère n’était pas complètement baasiste et appartenait à une classe sociale un peu supérieure à celle de Hafez al-Assad.

GOUVERNE-T-IL DIFFÉREMMENT POUR AUTANT ?

Il a probablement été bien pire que ce que Basel al-Assad aurait été s’il avait succédé à son père. Durant une première période, qui n’a duré que quelques mois, il a annoncé une ouverture sur la société civile, pour qu’il y ait un dialogue entre l’Etat et la société. Ce qui était nouveau. Il a d’abord laissé s’établir des débats à l’échelle des différents clans alaouites. Mais il ne s’attendait pas à ce que les clans soient si nombreux et si présents, même dans les endroits les plus reculés. Et surtout, il n’avait pas mesuré la soif de discussions après que la parole avait été si longtemps étouffée. Les discussions portèrent surtout sur les trente ans de règne de son père, sur les années de plomb (les années 80, qui ont vu les massacres de la prison de Palmyre et de la ville de Hama, mais aussi des milliers d’emprisonnements d’opposants de toutes obédiences). Bachar al-Assad a fini par bloquer les discussions.

Ce qu’il a aussi hérité de son père mais qu’il a mené à une autre échelle est la libéralisation de l’économie. Le fils a poussé une libéralisation contrôlée par l’Etat jusqu’à un néolibéralisme extrême. Cela s’est fait dans la plus grande opacité et a mené à quantité de dérives. La famille Assad s’est considérablement enrichie, un des cousins maternels de Bachar contrôle près de 60 % de la richesse nationale.

SUR QUELS RÉSEAUX BACHAR AL-ASSAD A-T-IL PU S’APPUYER ?

Là aussi, il y a eu continuité et rupture par rapport au père. Il dispose toujours d’une armée nettoyée de toute opposition potentielle, de la communauté alaouite et des différents services de renseignement. Il va y ajouter une nouvelle garde rapprochée. L’organisation clanique est demeurée mais tous les noms ont changé. Ceux qui avaient de l’ancienneté pouvaient constituer une menace pour son fils.

Il a également le parti Baas à sa main, mais ce n’est pas un vrai parti, c’est un parti-Etat. Il faut y adhérer forcément si l’on veut faire carrière. Il y a encore des références à l’idéologie originelle du Baas (socialisme, liberté, unité, panarabisme, etc.), mais ce ne sont que des paroles, des incantations sans réelles portées. La vraie référence n’est pas le parti mais la personne du président, qui a une «place à part dans l’histoire de la Syrie», comme il est dit dans les congrès du parti. Hafez avait fondé le Front national progressiste, un ensemble de partis qui n’ont aucune influence réelle dans la société et qui sont sous la coupe du Baas, donc du président. Hafez a toujours cherché à diviser ces pseudo-partis satellites, afin qu’aucun ne parvienne à influencer la rue. De toute façon, il n’y a pas de presse libre.

C’est l’ouverture économique qui va donner à Bachar de nouveaux réseaux. Son père était resté sur la petite communauté de ceux qui s’étaient enrichis grâce à lui et qui étaient même parvenus à nouer des alliances matrimoniales avec l’ancienne élite des notables. Une alliance entre l’ancienne bourgeoisie et la nouvelle, qui s’était enrichie de façon stupéfiante, a imposé sa loi aux caciques du parti Baas qui étaient encore partisans d’une économie étatique.

ET QU’EN EST-IL DES POUVOIRS RELIGIEUX ?

Le pouvoir sunnite était déjà complètement apprivoisé par Hafez al-Assad et s’est mis à l’entière disposition de Bachar quand il est arrivé au pouvoir. On peut dire que Bachar a mené une politique de réislamisation de la société syrienne à la base. Il s’est passé en Syrie le même phénomène qu’en Egypte et dans d’autres pays de la région : des généraux qui détiennent le pouvoir réel laissent aux pouvoirs religieux la liberté de réislamiser la société.

ET LES MINORITÉS RELIGIEUSES OU ETHNIQUES ?

La famille al-Assad a toujours su distribuer au mieux les postes influents, d’abord au sein du clan alaouites, puis druzes et chrétiens. Comme la famille al-Assad appartient à la secte alaouite, elle joue sur sa propre appartenance minoritaire pour rassurer les autres minorités du pays. Tous les dignitaires religieux ont soutenu le régime après l’assassinat, le 14 février 2005, du Premier ministre libanais, Rafic Hariri, alors que c’était un tollé général au niveau international. Même les patriarches chrétiens ont exprimé leur soutien à Bachar, et ils ont soutenu les thèses selon lesquelles cet assassinat était l’œuvre des services secrets américains…

POURQUOI CETTE DICTATURE TIENT-ELLE DEPUIS SI LONGTEMPS ?

Cela aurait pu aussi se produire en Irak s’il n’y avait pas eu une intervention étrangère massive en 2003. Car l’Irak comme la Syrie sont des Etats très récents, nés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la volonté de la communauté internationale. Les deux ont connu le pouvoir du Baas. Dès l’indépendance, la Syrie connaît trois coups d’Etat en trois ans. Le pays a aussi traversé quatre années de vraie liberté au sein de la République. L’autre fragilité de la Syrie est que le panarabisme a fait qu’elle a envisagé des fusions avec d’autres pays arabes (comme l’Egypte de Nasser ou l’Irak, ou le Yémen…) et que finalement, c’est Hafez al-Assad qui décidera qu’elle s’assumera seule. Le parti Baas parle encore d’unité arabe aujourd’hui, mais ce ne sont que des paroles. La Syrie était un pays extrêmement communautariste, très morcelé. La chape de plomb des Assad n’a fait qu’étouffer cet aspect. Le régime s’est juste appliqué à unifier les communautés minoritaires aux clans alaouites.

COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS L’IMPUNITÉ DONT CONTINUE À JOUIR BACHAR AL-ASSAD ?

L’impunité, malheur arabe et moyen-oriental, règne en Syrie depuis les années Assad père. C’était surtout dû à l’approbation internationale des rôles régionaux que jouait le régime tout en occultant l’intérieur syrien (au Liban, durant la guerre civile, dans le cadre du conflit israélo-arabe, et par rapport à sa relation avec l’Iran, etc.). Ce qui lui a permis de commettre des massacres à Palmyre en 1980, à Hama en 1982 (et même au Liban) sans le moindre souci.

Sous Assad fils, on est, depuis 2011, face à deux facteurs maintenant cette impunité. Une protection offerte par les Russes à travers le veto qui paralyse le Conseil de sécurité des Nations unies et bloque toute tentative de saisir la Cour pénale internationale, et une absence (jusqu’à maintenant) d’une ferme volonté occidentale à considérer la justice comme la question la plus importante accompagnant toute solution politique. «Normaliser avec le régime», ou «accepter qu’Assad fasse partie de la solution» sont des probabilités évoquées par des responsables européens et américains comme «nécessité» pour faire bouger les choses sous prétexte de«réalisme». Et cela veut dire «tolérer les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre» et exclure les Syriens de la protection du droit international pour «stabiliser» la situation. Ce qui n’est qu’une illusion. Assad, dans son usage de la violence (torture, viols, sièges, bombardements y compris aux armes chimiques) cherchait à dire aux Syriens qu’il est impuni et que rien au monde ne les sauvera de son pouvoir absolu. Accepter de le maintenir au pouvoir, c’est donc approuver son impunité et ses actes. Et c’est ce qui l’encourage et encourage tous les criminels à commettre encore plus de crimes. C’est surtout ce qui offre aux nihilismes (et au terrorisme) toutes les raisons pour émerger…

LE CONFLIT ACTUEL POURRAIT-IL ABOUTIR À UNE FÉDÉRALISATION DE LA SYRIE ?

La Syrie est aujourd’hui un territoire fragmenté. Le régime et ses parrains russes et iraniens contrôlent plus de 60 %, les forces kurdes épaulées par les Américains sont sur 25 %, et la Turquie et ses alliés opposants au régime sont sur 12 % (Idleb, le nord d’Alep, en plus de la zone autour de la base d’Al-Tanf dans le sud – protégée par les Américains). Daech reste dans quelques poches dans le désert du côté de la frontière irakienne.

Si cette fragmentation est préservée par les accords et ententes temporaires ou par un statu quo, on sera face à une fédéralisation de facto.

Par contre, et même si un projet de décentralisation administrative, voire fédérale, semble «théoriquement» nécessaire pour une Syrie de demain, il n’a pas aujourd’hui, à part du côté kurde, des forces qui le portent ou qui le soutiennent si une solution politique est sérieusement négociée ou envisagée. Les pro-régime s’y opposent, la majorité des forces de l’opposition le rejettent, et deux des acteurs régionaux les plus influents, l’Iran et surtout la Turquie, ne l’acceptent pas non plus, chacun pour ses raisons.

Livre:
SUBHI HADIDI, ZIAD MAJED et FAROUK MARDAM-BEY DANS LA TÊTE DE BACHAR AL-ASSAD Actes Sud, 208 pp., 18,80€.

 

Légende de la photo:

Une affiche représentant Hafez et Bachar al-Assad, dans un bâtiment de la police soufflé par une explosion à Damas, en 2012. Photo Khaled al-Hariri. Reuters

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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 19:30
La France doit soutenir le cessez-le-feu à Gaza (PCF, 15 novembre 2018)
La France doit soutenir le cessez-le-feu à Gaza

Le communiqué du gouvernement français faisant du Hamas le seul responsable des violences que subissent les populations civiles israéliennes frontalières de Gaza sans jamais évoquer le sort des populations civiles gazaouies est particulièrement scandaleux et ne permet pas d’envisager la paix.

C'est oublier que le gouvernement israélien, alors que des pourparlers étaient engagés entre le Hamas et les services israéliens sous l’égide de l’Égypte, a envoyé dans la bande de Gaza un commando dans le but d'éliminer un responsable du Hamas. Cette opération s'est soldée par la mort de sept Palestiniens et d’un militaire israélien. Le Hamas a riposté par l'envoi de roquettes qui ont tué un Palestinien d’Israël, et Israël a bombardé : 7 Gazaouis sont morts, 150 sites ont été détruits dont celui de la chaîne de télévision Al Aqsa.

Cet enchaînement malheureusement prévisible et parfaitement condamnable a été délibérément provoqué par Israël. Nous demandons avec insistance au gouvernement français qui prétend jouer un rôle dans la construction de la paix de garder une attitude responsable.

La population civile de Gaza qui a, depuis le mois de mars, choisi une lutte pacifique pour réclamer le droit des Palestiniens (fin du blocus, droit au retour), mérite le respect et doit être protégée. On ne peut accepter les déclarations partisanes, s'il est légitime de déplorer toutes les victimes civiles, on ne peut ignorer qu'il y a une population victime d'un blocus qui conduit au désespoir et à une catastrophe humanitaire. Le PCF est aux cotés de cette population.

A l'annonce de ce cessez-le-feu, le ministre ultranationaliste Avigdor Lieberman a donné sa démission et a demandé la convocation de nouvelles élections. ​Nous serons aux cotés des progressistes qui ont essayé de se dresser contre la nouvelle loi fondamentale État-nation en proposant d'instaurer en Israël un État de tous ces citoyens.

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 05:59
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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 06:22

 

Walter Sorrentino est vice-président du Parti communiste du Brésil. Le responsable politique estime que la victoire de l’extrême droite à la présidentielle annonce une dictature ouverte, lourde de régressions sociales et de persécutions pour les forces progressistes. Sa formation appelle à la constitution d’un ample front démocratique. Entretien.

 

L’élection de Jair Bolsonaro survient deux ans après la rupture de l’ordre constitutionnel avec le coup d’État contre la présidente de gauche Dilma Rousseff. Comment le Parti communiste du Brésil (PCdoB) analyse-t-il la victoire de l’extrême droite à la présidentielle le 28 octobre ?

Walter Sorrentino 

La victoire de Jair Bolsonaro représente une rupture politique avec le système hérité de la Constitution de 1988. En marge de l’État démocratique de droit, un nouvel ordre social, politique, économique a été implanté au Brésil. Ce nouvel ordre défigure notre texte fondamental et place sur la touche les mouvements populaires, les travailleurs, les droits civils et humains. Il s’est accéléré avec l’impeachment de la présidente Dilma Rousseff en 2016. La victoire de Bolsonaro est annonciatrice d’une dictature ouverte, grâce au vote, aux forces les plus réactionnaires, conservatrices, antinationales et antipopulaires. Pour moi, il s’agit d’un « démocraticide ». Le Brésil va connaître une période de soumission, de menaces néocoloniales, d’autoritarisme et de persécutions des forces progressistes et de gauche. Le gouvernement de Bolsonaro sera celui de l’affrontement avec les idées progressistes et communistes ainsi qu’avec la presse. La gauche brésilienne a une longue tradition de lutte contre les dictatures, car notre pays a connu davantage de régimes durs que de périodes constitutionnelles. Nous sommes prêts à affronter ces forces rétrogrades. Mais rien ne sera plus jamais comme avant au Brésil.

 

Vous estimez que « la gauche peut transformer la défaite immédiate en un triomphe stratégique » . Qu’entendez-vous par là ?

Walter Sorrentino 

La gauche brésilienne est sur la défensive. Depuis 2009, des mouvements ont entamé les fondements de notre projet démocratique, populaire et de défense de la patrie. Durant les gouvernements progressistes de Lula et de Dilma Rousseff, nous avons subi des défaites très importantes, qui se sont accélérées avec la découverte en 2006 du « pré-sel » (« pre-sal », il s’agit de gigantesques ressources pétrolières situées à 2 000 mètres sous le niveau de la mer et sous d’épaisses couches de sel – NDLR). D’importantes forces impérialistes, naturellement états-uniennes, ont alors commencé à attaquer notre pays : il y a eu les écoutes téléphoniques illégales de la présidente ; pour la première fois dans l’histoire, la quatrième flotte américaine a patrouillé dans l’Atlantique sud ; les affaires de corruption ont été détournées de leur but initial pour suivre le schéma de destruction de notre ingénierie nationale. Nous sommes convaincus que le juge Sergio Moro (qui enquête sur la corruption liée à Petrobras, la compagnie pétrolière nationale – NDLR) a eu accès aux informations captées par les services de renseignement états-uniens. Il a ainsi chassé les membres de l’organigramme que Washington lui a désignés. Autre facteur, en 2012, le pays a souffert de la troisième onde de choc de la crise internationale du capitalisme. Il s’est retrouvé démuni pour défendre ses intérêts nationaux. En 2013, les journées (contre la hausse des transports publics – NDLR) ont été récupérées par la droite et les monopoles médiatiques, qui les ont transformées en un mouvement de masse contre la gauche. L’élection de Dilma Rousseff n’a pas altéré cette fronde et, deux ans plus tard, nous avons subi l’impeachment. Sur le plan législatif, nous avons également enregistré des défaites avec les lois régressives. Le pays connaît la plus grande et profonde récession politique de son histoire. Les Brésiliens ont perdu 10 % de leurs revenus. Ce rapport de forces s’est exprimé puissamment dans la victoire de Bolsonaro.

 

Quelles réponses y apportez-vous ?

Walter Sorrentino Nous devons nous unir pour libérer le pays de la crise, de la dictature et de la menace néocoloniale. Cette idée d’union, le PCdoB l’a avancée, y compris lors des candidatures à la présidentielle. Malheureusement, la gauche s’est divisée et nous avons perdu. Mais la résistance qui s’est exprimée au second tour est un capital politique très puissant : la société brésilienne a commencé à se réveiller face aux menaces dont elle est victime. Il existe une énorme base pour tendre vers la constitution d’un front ample de défense du Brésil, de la démocratie et du peuple. Indépendamment des formations politiques qui en sont parties intégrantes, ce front doit impliquer les forces sociales, syndicales, culturelles, académiques, intellectuelles ainsi que le mouvement féministe.

 

Comment ces courants de pensée sociale et politique peuvent-ils s’articuler au sein d’un front démocratique ?

Walter Sorrentino 

J’insiste, il faut nous unir. Si nous avions été unis, nous n’aurions pas perdu l’élection. Il faut nous unir par-delà les intérêts partisans. Les luttes quotidiennes doivent figurer dans ce front. Les partis politiques de la gauche et du centre gauche doivent agir en faveur d’un programme qui existe déjà. Il a été élaboré début 2018, à la demande du PCdoB, dans l’espoir d’unir nos candidatures. Il nous faut également agir à l’unisson au Parlement. Nous devons reconnecter notre message avec la société. Cette dernière s’est exprimée durant les élections. Elle a envoyé un message de rejet du système politique, de la corruption, de la violence qui s’abat sur les grandes villes. Elle s’est prononcée contre la gauche, contre ce que l’on appelle le « pétisme ». Nous avons totalisé 47 millions de votes, certes, mais il nous faut nous raccorder aux centres de travail, aux universités, et parler avec le peuple et les périphéries. Il nous faut comprendre les nouveaux sentiments qui existent dans la société brésilienne. Nous sommes convaincus que le peuple brésilien ne soutient pas la dictature, même s’il a voté Bolsonaro.

 

Vous parlez de reconnexion nécessaire avec la société brésilienne. Selon vous, à quand remonte la fracture ?

Walter Sorrentino 

Le point nodal de cette déconnexion s’est manifesté en 2013 lors des grandes manifestations de masse qui ont fini récupérées par le secteur néolibéral. Mais il y a une convergence de facteurs. Tout d’abord, la crise économique internationale a empiré. Elle a rendu difficile de maintenir les conquêtes des gouvernements populaires. Puis, il y a eu d’importantes erreurs commises par les gouvernements progressistes, malgré les avancées pour le peuple brésilien et la place de notre pays dans le monde. Il faudra procéder à un examen critique de cette période. Enfin, il y a eu une grande manipulation de la part des consortiums médiatiques et du grand patronat brésilien, qui ont bénéficié d’appuis de l’étranger, pour démoraliser la gauche. L’un des exemples est l’incarcération de Lula. Cette campagne antigauche a anesthésié l’opinion publique. Se reconnecter avec la société implique de persuader, de convaincre. L’opposition brésilienne ne peut pas seulement adopter une posture de rejet du futur gouvernement, elle doit également construire une perspective de nouveau futur. Pour que la population reprenne confiance en nous, nous devons offrir un meilleur programme. Nous avons convaincu 47 millions d’électeurs, mais cela a été insuffisant. Il faut que nous redevenions une majorité politique.

Que dites-vous aux 40 millions de Brésiliens qui se sont abstenus ou ont voté nul, blanc, alors qu’ils auraient pu changer l’issue du scrutin ?

Walter Sorrentino 

Ces Brésiliens sont à l’image de la démoralisation vis-à-vis du système politique. Des secteurs de l’État brésilien mais également les médias en sont responsables. Ils ont transformé le système politique en la cible privilégiée de leurs attaques. Cela a généré beaucoup de désillusion, et finalement la volonté de voir le système politique imploser. D’où l’expression d’un vote antisystème le 28 octobre mais également l’abstention ainsi que les votes nuls et blancs. Ces électeurs ont dit qu’ils ne se sentaient pas représentés, faisant leur un slogan répandu en Argentine : « Qu’ils s’en aillent tous ! » L’abstention a toujours existé, en dépit du vote obligatoire, mais elle a augmenté en raison de cette ambiance de discrédit généralisé. Nous devons faire un effort en direction de ces Brésiliens et éclaircir avec eux les enjeux.

 

Vous dénoncez une « colossale rupture des droits » à venir dès que Bolsonaro prendra ses fonctions le 1er janvier.

Walter Sorrentino 

Le gouvernement de Bolsonaro sera ultralibéral. Il complétera l’œuvre que le coup d’État n’est pas parvenu à achever avec la destruction des droits des travailleurs, de la Sécurité sociale au profit de groupes privés. Avec la vague de privatisations, l’État sera réduit au minimum et les dépenses publiques dans la santé et l’éducation gelées. Le profond conservatisme dont se prévaut Bolsonaro cherchera également à bouleverser les comportements des Brésiliens sur le plan sociétal. La menace est réelle quant à sa volonté d’exterminer la gauche et les organisations populaires, comme le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), le Mouvement des travailleurs sans toit, en les associant au terrorisme dans le cadre de la loi antiterroriste. Dans l’histoire politique du Brésil, l’un des marqueurs essentiels, sous la démocratie ou non, a été l’illégalité du PCdoB. Nous avons 96 ans d’existence et presque 63 ans de clandestinité. Nous sommes face à une offensive brutale contre le peuple, et contre ses droits. Le futur gouvernement sera celui du bradage des richesses nationales, de la dénationalisation de l’économie brésilienne et du réalignement sur les grands intérêts états-uniens.

 

Quelle forme prendra l’alignement du Brésil de Bolsonaro sur les États-Unis de Donald Trump ?

Walter Sorrentino 

L’un des grands objectifs de Bolsonaro est de rompre avec le multilatéralisme, à savoir cette ligne politique autonome et indépendante du Brésil, qui s’est approfondie sous les gouvernements de Lula et de Dilma Rousseff. Bolsonaro réalise un réalignement profond avec les États-Unis, Israël, et va jusqu’à attaquer les réalisations stratégiques de précédents gouvernements conservateurs, comme l’est le Mercosur (communauté économique composée de l’Argentine, du Paraguay, de l’Uruguay, du Venezuela et du Brésil – NDLR). Les États-Unis ont d’importants intérêts au Brésil, c’est pourquoi ils ont participé de ces mouvements de déstabilisation que j’évoquais auparavant. Washington considère le Brésil comme une pièce clé de ses intérêts économiques et financiers avec, par exemple, la vente d’armement de dernière génération. Le réalignement de Bolsonaro est néfaste car le Brésil ne s’est développé que lorsqu’il a atteint une certaine autonomie à même de lui permettre de s’autodéterminer sur des choix stratégiques.

 

Ce revirement ne risque-t-il pas d’entraîner des chocs économiques, la Chine étant le premier partenaire commercial du Brésil ?

Walter Sorrentino 

Oui. Bolsonaro est ouvertement anti-Chine. Son positionnement m’inspire deux réflexions. Il existe une guerre hybride commerciale et protectionniste entre Washington et Pékin. Dans cette configuration géostratégique, l’establishment brésilien – le patronat, les forces armées, les appareils d’État – se positionne du côté des États-Unis. Par ailleurs, les déclarations irresponsables de Bolsonaro révèlent qu’il n’a pas l’étoffe pour être président du Brésil, l’une des dix plus grandes économies au monde. Il méprise la Chine, qui est son principal partenaire commercial, ainsi que l’Argentine, qui est la deuxième économie du Mercosur. Dès qu’il parle, Bolsonaro lâche des bombes diplomatiques.

 

Walter Sorrentino

Vice-président du Parti communiste du Brésil (PCdoB)

 

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