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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 15:11
Salah Hamouri, photo Le Télégramme

Salah Hamouri, photo Le Télégramme

 

Salah Hamouri, avocat franco-palestinien de 33 ans, était l’invité d’honneur de l’Association France Palestine Solidarité, le 30 novembre, à Plourin-lès-Morlaix (29), dans le cadre du Festival des Solidarités. Il est revenu, à cette occasion, sur ses 13 mois de captivité dans une prison israélienne et sur le sort des Palestiniens dans l’État hébreu. Un témoignage qu’il renouvellera ces mercredi et jeudi, à Carhaix, Brest et Quimper (*).


Vous avez été libéré le 30 septembre, après plus d’un an de détention dans les geôles israéliennes. Comment allez-vous ?
 

« Ça fait vraiment du bien d’être libre. C’est un sentiment compliqué à décrire avec des mots… Cet emprisonnement a été d’autant plus difficile à vivre que ma femme, qui est française, et notre fils étaient interdits de séjour en Israël - ils le sont toujours -, et ne pouvaient donc pas me rendre visite. Une fois libéré, j’ai fait au plus vite pour venir les retrouver en France ».


Que vous reprochait Israël ?

« J’ai passé 13 mois en détention administrative et je ne sais toujours pas pourquoi. La détention administrative est une loi qui a été créée sous le mandat britannique avant l’occupation de 1948, et qui permet à l’armée israélienne d’arrêter n’importe quel Palestinien et de l’emprisonner pendant plusieurs mois, par périodes renouvelables, ad vitam, sur la base d’un dossier qui reste secret. Ni moi, ni mon avocat ne savons ce qu’il contient. Je sais juste que c’est le ministre de la Défense qui a signé l’ordre de m’arrêter pour une période initiale de six mois. Et qu’on me considère comme un danger pour la sécurité d’Israël. Mais je ne suis pas le seul. Nous sommes plusieurs centaines, comme ça ».

Comment s’est déroulée cette détention ?

« Les prisons israéliennes sont faites pour briser mentalement les prisonniers politiques palestiniens. On est à l’isolement total. Collectivement. Moi, j’étais détenu à Neguev, au Sud, dans le désert, près de la frontière égyptienne. On était 1 600. Coupés du monde. Le seul lien avec l’extérieur, mais ce n’est pas valable pour tout le monde, c’est la visite de la famille très proche (père, mère, frères, sœurs), une fois par mois. On a le droit à 45 minutes au téléphone, derrière une vitre. Et tout est enregistré. On fait donc attention à ce que l’on dit, de peur que ce soit utilisé ensuite ».


Déjà en 2005, vous aviez été inculpé pour avoir projeté l’assassinat du rabbin Ovadia Yossef et pour votre appartenance présumée au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP)…

« C’est une vieille histoire. J’ai été condamné à sept ans de prison pour cela. J’avais accepté un plaider coupable pour éviter une peine de 14 ans, mais il n’y avait rien de précis dans le dossier ».


Êtes-vous membre du FPLP ?

« Ce n’est pas une question à laquelle je peux répondre. Le FPLP est considéré comme une organisation terroriste. Ce n’est pas du tout comme en France où on peut dire que l’on est communiste, socialiste… Là-bas, toute appartenance à un parti politique est interdite. Je ne peux pas dire si je suis membre ou pas ».


Vous considérez donc qu’il s’agit d’un acharnement de l’État d’Israël vis-à-vis de votre personne et des Palestiniens en général.

« Bien sûr. Depuis 1967, environ 850 000 Palestiniens sont passés par les prisons israéliennes ; il y a eu 215 morts. C’est 30 % de la société qui est touchée. Aujourd’hui, il y a plus de 5 000 prisonniers palestiniens, dont 250 enfants et 62 femmes… 80 d’entre eux sont incarcérés depuis plus de 25 ans. C’est un système destiné à faire pression. On veut clairement nous chasser de Palestine. Personnellement, j’ai déjà été détenu à quatre reprises. La première fois, j’avais 16 ans ».


Le simple fait d’être Palestinien ferait de vous un danger pour Israël ?

« Pour eux, oui. Car je refuse d’accepter la situation. Et puis je suis avocat. Je n’ai jamais caché que je voulais défendre les prisonniers politiques ».


Étiez-vous au courant qu’en France, vous étiez soutenu par le monde associatif et une partie de la classe politique ?

« Un peu seulement, grâce à ma famille. Car, contrairement à ma précédente détention, l’administration avait cette fois interdit de faire entrer des lettres. Même les livres en français m’étaient interdits ».


La diplomatie française a-t-elle fait ce qu’il fallait pour faciliter votre libération ?

« Clairement, non. Pour des Français détenus en Turquie ou au Mexique, elle est intervenue, quitte à créer un incident diplomatique. Mais pour moi, rien. Les démarches étaient trop timides, pour ne pas énerver Israël. Il ne faut jamais brusquer Israël ».


Pourquoi avez-vous accepté de venir à Plourin-lès-Morlaix, puis à Carhaix, Brest et Quimper ?

« Pour remercier tous les gens qui se sont mobilisés pour ma libération. Et je sais qu’en Bretagne, ils ont été très actifs (il a été fait citoyen d’honneur de la ville de Carhaix, NDLR). Leur combat ici est important et efficace pour la cause palestinienne. Je suis venu aussi, à la demande de l’Association France Palestine Solidarité, pour évoquer la vie des prisonniers politiques en Israël ».


Vous avez l’intention de retourner vivre en Palestine. N’avez-vous pas peur d’être de nouveau arrêté ?

« La Palestine est mon pays. J’y suis né. Bien sûr que je vais y retourner. Même si les Israéliens m’ont bien fait comprendre que j’avais tout intérêt à rester vivre en France. Mon combat va être de permettre à ma femme et à mon fils de me rejoindre. Il fait savoir qu’en tant que Palestinien de Jérusalem, je n’ai qu’une carte de résidence temporaire. Si je quitte le pays plus de six mois, je la perds. Et on ne me laissera jamais plus rentrer. Quant à une nouvelle arrestation… Ça peut arriver ».


Que pensez-vous du rôle des États-Unis dans le conflit israélo-palestinien ?

« Il faut dire clairement les choses ici. Les États-Unis se servent d’Israël, depuis sa création, comme d’une base armée avancée pour le Proche-Orient. Et ce que vient de faire Trump, en déménageant l’ambassade des USA de Tel-Aviv à Jérusalem, c’est donner le feu vert aux Israéliens pour poursuivre leur projet de colonisation et chasser les Palestiniens de Jérusalem. C’est une décision politique très dangereuse ».


Tous les Israéliens sont-ils, selon vous, en guerre contre les Palestiniens ?

« Il y a une force d’occupation et un peuple occupé. Ça, c’est la base. Ensuite, la volonté de la société israélienne se traduit lors des élections. On voit bien quel est leur choix. C’est l’extrême droite. Les Israéliens antisionistes en faveur des droits des Palestiniens sont extrêmement minoritaires. Du côté des Palestiniens, certains seulement résistent. Mais tous refusent cette colonisation ».


Remettez-vous en cause l’existence même d’Israël ?

« Non, je ne la remets pas en cause. Mais je considère que sa création a été une erreur et une injustice historiques. Le présent le démontre ».

C’est un conflit entre un peuple occupé et une force occupante

Le conflit israélo-palestinien est-il un conflit religieux ?

« C’est tout sauf un conflit religieux. Avant 1948, il y avait bien des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans qui vivaient en paix en Palestine. Je le répète : c’est un conflit entre un peuple occupé et une force occupante. La religion est un prétexte. Moi, je suis né musulman mais je n’ai rien contre les Juifs en tant que Juifs. Ce ne sont pas les Juifs qui occupent nos rues, ce sont les Israéliens. Ce que les Palestiniens contestent, c’est la colonisation ».


Pensez-vous que la paix à une chance de voir le jour dans cette région du monde ?

« Elle arrivera dès lors qu’il y aura un respect des droits des Palestiniens. Sans cela, aucune chance. La solution des deux États est morte et enterrée, à cause de la colonisation. La seule qui vaille, c’est la création d’un État démocratique, laïc, qui garantisse le retour des Palestiniens. Un État où tous les habitants auront les mêmes droits ».

* Salah Hamouri sera à Carhaix ce mercredi 19 décembre, à 14 h 30, à la salle Justice de paix, puis à Brest, à 20 h, à la Maison du Peuple. Il sera reçu en mairie de Brest jeudi à 11 h, avant de se rendre à Quimper, où il est attendu, à 15 h, pour une réception à l’hôtel de ville, puis à 20 h, à la MPT de Penhars, pour une réunion publique.

Interview de Salah Hamouri par Gwendal Hameury, chef de rédaction du Télégramme à Morlaix

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19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 08:20

 

Choisir la ville charbonnière de Katowice  dans une Pologne qui utilise le charbon pour produire 80% de son énergie électrice ne revenait pas à créer les meilleures conditions  pour la Cop 24 transforme passer  les vœux exprimés trois ans plus tôt lors de la Cop 21 de Paris  en travaux pratiques  à l’échelle planétaire.  Alors que l’on joue les prolongations ce week-end, il apparaît que la présidence polonaise  a été inefficace tandis que les grands pollueurs de la planète ont refusé  de s’engager à réduire de manière  sérieuse  leurs émissions de gaz à effet de serre. 

Il était prévu au départ  que la Cop 24 qui se tient à Katowice en Pologne  termine ses travaux ce vendredi  14 décembre. Mais  on va jouer les prolongations demain et peut-être dimanche. En théorie, la véritable prise de conscience des décideurs  politiques concernant les enjeux climatiques  date de la conférence qui s’était tenu à Kyoto  en décembre 1997. Cette année là , en raison du décalage horaire ,  les dépêches rédigées  par les envoyés spéciaux de l’Agence France   Presse (AFP) qui  couvraient l’évènement   permettaient  aux rédactions  des quotidiens français  d’avoir  dès le milieu de chaque après-midi  l’évolution des travaux de la conférence.

Vingt et un an plus tard , les dépêches d’agence sont rares en provenance de Katowice  et rares sont les journaux  français couvrant,  directement  cette Cop 24 où les délégations de 200 pays  devaient mettre en place un ensemble de mesures visant à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050  afin de tenter de limiter le réchauffement  à  plus  2°C par rapport à la période préindustrielle  du milieu du XIXème siècle.

Ce vendredi  matin, sur  seize éditoriaux de la presse hexagonale  cités dans la revue de presse de l’AFP, quinze parlent de l’action des gilets jaunes qui continue et des difficultés que cela génère pour Emmanuel Macron et son gouvernement tandis que le seizième porte sur le Brexit et les complications qu’il n’en finit pas de produire. Aucun ne parle de la Cop 24. A trois heures du matin, zéro minute et une seconde  ce vendredi,  une dépêche de l’AFP titre  sur une  « fin de cop  tendue à Katowice » et débute par ces lignes : «  Entre retards , désaccords et pressions de toutes parts , la 24ème conférence climat de l’ONU (Cop 24)  se prépare  à un finish intense, avec  peut-être  à la clé l’espoir  d’un accord pour l’application  du pacte  de Paris ».

Comme nous l’indiquions hier, le « pacte de Paris », cité ici par l’AFP,   était le texte final de la  Cop 21. Il ne s’agissait que le catalogue de bonnes intentions, acceptable et finalement  accepté par  196 pays. Dès lors  que le passage aux travaux pratiques  était remis à plus tard, même  les pays qui  polluaient le plus à l’époque  acceptait l’objectif du plus 2°C à ne pas dépasser en 2100 et acceptaient même de tout faire  pour tenter de s’en tenir à plus 1,5°C  pour emporter l’adhésion  des pays pauvres les plus impactés  par le climat  au texte final.

France : la prime à la casse augmente les émissions de CO2

Se faisant fort de rappeler cet engagement, le GIEC  a produit voilà quelques semaines  un rapport montrant qu’il est impératif  de s’y engager sans attendre. Ce  n’est pas le cas depuis trois ans puisque les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont en hausse dans  presque tous les pays  depuis décembre 2015 à commencer par   les Etats Unis et l’Europe. Ce matin, l’AFP note fort justement  que « les implications du « mode d’emploi » ne sont pas anecdotiques. En vertu de l’accord de Paris, les engagements des pays à réduire les gaz à effet de serre sont volontaires. Mais leur suivi doit être multilatéral, avec de règles de transparence, comme  autant de « poutres »  garantissant la solidité de l’édifice ».

La « poutre » mise en exergue ces dernières semaines  par Emmanuel Macron , plusieurs de ses ministres et  beaucoup de députés du groupe LaREM pour garantir « la  solidité de l’édifice » consistait   à expliquer la chose suivante : utiliser  moins de 20%  des taxes que le gouvernement prélève sur les carburants pour  donner une prime  aux automobilistes  qui remplaceront leur vieille voiture  par une autre qui sera neuve d’occasion  nous fait entrer   dans la transition écologique comme le prévoit  l’accord de Paris  sur le climat.

Cela n’est pas vrai du tout  et pour plusieurs raisons. Accélérer  le renouvellement  du parc automobile  accélère aussi la production de véhicules neufs dont il faut prendre en compte le bilan carbone depuis l’extraction des métaux  jusqu’à  la fabrication et la mise en marché  des véhicules neufs. Beaucoup de ces véhicules neufs   sont des « Sport Utility Vehicle » (SUV) plus gourmands en carburant que les vieilles voitures   retirées du marché en France. Ajoutons que ces dernières  sont  souvent  revendues, entières  où en pièces détachées,  pour vivre une seconde vie sur le continent africain  qui importe chaque année  3 à 4 millions de voitures retirées du marché en France et en Europe. Finalement, plus la prime à la casse peut sembler  efficace  en accélérant  le renouvellement  du parc automobile en France, plus les émissions de CO2 imputables  à la voiture individuelle sont susceptibles  d’augmenter. Car la France concentre  ses activités dans les grandes métropoles, tandis que  l’étalement rurbain de l’habitat induit par la spéculation  éloigne l’immense majorité des salariés de leur lieu de travail. Du coup, la voiture individuelle demeure souvent l’unique moyen  de se rendre au travail. Voilà comment est née la révolte des Gilets jaunes  en France contre le racket mis en place par l’Etat.

Les engagements flous de 2015 c’est plus 3°C en 2100

Pour revenir  aux dernières heures de la Cop 24 à Katowice, l’AFP nous dit que « les délégués doivent encore  régler un hic survenu autour  de   la mention du dernier rapport  du groupe des experts de l’ONU (GIEC)  dans la décisions finale. Arabie saoudite, Russie, Etats Unis refusent le terme  « accueille favorablement », accepté par d’autres pays concernant la nécessité de garder l’objectif de plus 1,5°C à ne pas dépasser d’ici.  On en était là ce vendredi matin  tandis que le secrétaire général de l’ONU devait revenir à Katowice pour tenter de convaincre les récalcitrants.

L’AFP rappelle aussi que « les promesses nationales présentées en 2015 » par un certain nombre de pays  « conduisent  à un monde à plus 3°C, annonciateur de conséquences dramatiques ».  Ajoutons que le quotidien « Les Echos » titre ce matin « Cop 24 : démission planétaire sur le climat». Mais  il suffit de lire ce quotidien des milieux  d’affaires  chaque matin pour se rendre compte que la vision  de l’économie donnée par sa rédaction pourrait s’intituler  « CO2 mon amour », pour rependre le titre d’une émission de France Inter  le samedi.      

 

Gérard Le Puill

 

 

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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 06:49

En privilégiant la concurrence féroce entre grands groupes industriels et financiers au détriment des préoccupations sociales et environnementales, l'accord de libre échange entre l'Union européenne et le Japon ( JEFTA ) s'inscrit dans la droite ligne du CETA (accord Europe-Canada).

Quelles sont les conséquences prévisibles de ce nouvel accord et comment tenter de s'y opposer ?

Débat avec les eurodéputé.e.s Christine Revault d'Allonnes Bonnefoy (S et D) et Patrick Le Hyaric (GUE-GVN), animé par Jean-Jacques Régibier, journaliste.

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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 05:18

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Pacte mondial sur les migrations : Une exigence de solidarité internationale pour le respect universel des droits humains (PCF)

Ce sont finalement plus de 160 pays sur 193 qui ont adopté le pacte sur les migrations de l’ONU le jour du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme à Marrakech.

Ce pacte a provoqué un déchaînement de fakenews et manipulations grossières des forces d'extrême droite et conservatrices alors que l'heure est à la solidarité internationale, le respect des droits humains fondamentaux et des principes d’hospitalité et de fraternité. A la suite du retrait américain opéré par l'Administration Trump, plusieurs pays, en particulier européens, ont marqué leur opposition frontale au Pacte. Ils l'ont fait tout en entretenant des contre-vérités sur les propositions qu'il contient et alors qu'étant malheureusement à caractère non contraignant le Pacte a peu de chance par sa seule existence de peser sur des politiques répressives et discriminatoires.

Du point de vue du PCF, comme de nombreuses organisations engagées dans la solidarité internationale, ce texte comporte encore certainement des lacunes en termes d'ambitions politiques en matière de respect de la liberté de circulation et d'installation, l’accueil digne des migrants, de la création de voies légales et sécurisées de migrations, de l’extension de nouveaux droits pour les migrants économiques et climatiques.

Mais il a le grand mérite d'énoncer des principes intangibles : la défense des droits humains, la défense des droits et la protection des enfants et la proposition d'un cadre multilatéral d'échange d'expériences, d'informations et de compétences.

Le Pacte marque une étape historique. Il est le premier texte de véritable coopération internationale au sujet des migrations. Il incarne l'exigence incontournable de solidarité internationale pour garantir l'application des droits humains universels fondamentaux.

Emmanuel Macron a toutefois manqué d'être à la hauteur de ce premier rendez-vous. N'envoyant qu'un énième représentant du gouvernement et gardant le silence devant les propos délirants de l'extrême droite et d'une partie de la droite française, le chef de l’État a même eu l'audace lundi 10 décembre dans son allocution aux Français-es d'imposer la question de l'immigration dans le débat politique national pour diviser la mobilisation des Gilets jaunes. C'est indigne, une fois encore.

Le PCF appelle, aux côtés des citoyen-nes, des militant-e-s, des associations, de syndicats, des collectifs de sans-papiers à participer largement la manifestation du mardi 18 décembre, journée internationale des migrant-e-s, pour l’égalité des droits, pour une France hospitalière et fraternelle, pour une Europe solidaire.

Parti communiste français,


Paris, le 11 décembre 2018.

Pacte mondial des migrations de Marrakech : une exigence de solidarité pour les droits humains (PCF - 11 décembre 2018)
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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 17:02
Solidarité du PCF avec la grève de la faim du mouvement des femmes kurdes
Solidarité du PCF avec la grève de la faim du mouvement des femmes kurdes

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Solidarité avec la grève de la faim du mouvement des femmes kurdes (PCF)



Les Mouvements des Femmes Kurdes de France et d'Europe ont débuté une grève de la faim pour dénoncer la dictature de Recep Tayyip Erdogan qui piétine les droits humains.


Le Parti communiste français (PCF) apporte un soutien total aux démocrates de Turquie, au peuple kurde, à la députée Leyla Guven ainsi qu'au Mouvement des femmes kurdes dans la lutte engagée pour la paix, la démocratie et la reconnaissance des droits politiques et culturels des kurdes de Turquie.

L'autoritarisme populiste d'Ankara plonge, par sa politique néolibérale, le pays dans une crise économique sans précédent et polarise les fractures de cette société. Il attise la guerre meurtrière contre les Kurdes, il persécute les Alévis tandis qu'un conservatisme sunnite moralisateur, intrusif et paternaliste s'attaque aux libertés et plus particulièrement à celles des femmes.


Ce régime d'exception multiplie les purges, autorise l'arbitraire contre les démocrates alors que s'accroît la paramilitarisation de l'appareil d’État.


Depuis 2015, R.T. Erdogan a déclenché une guerre ouverte contre les Kurdes : arrestation de dizaines d'élu-e-s et de 5 000 militant-e-s du HDP, destruction de villes...

Alors que la Cour européenne des Droits de l'homme vient, par un arrêt, d'exiger la libération de l'ex co-président du HDP, Selahattin Demirtas, Recep Tayyip Erdogan a rejeté cette perspective en violation de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Charte universelle des droits humains.

Abdullah Ocalan, dirigeant du PKK, est qu'en à lui emprisonné à l'isolement depuis des années, sur l'île d'Imrali, au mépris de toutes conventions internationales et européennes. Il subit un traitement inhumain qui n'entame pas sa détermination à ouvrir les chemins de la paix en Turquie. Sa libération et le retrait du PKK, dont les combattant-es ont affronté avec courage Daesh en Irak et sauvé la vie à des milliers de kurdes yézidis, des listes d'organisations interdites par l'UE constitueraient de véritables pas vers la paix en Turquie et dans la région.


La Turquie conduit de plus une politique expansionniste et criminelle en Syrie, notamment depuis l'annexion du canton d'Afrin. Elle constitue des « djihadistan » lourds de dangers pour la région, tout en multipliant les provocations pour briser l'expérience démocratique et émancipatrice du Rojava.


Le PCF appelle à la mobilisation et à la solidarité pour dire STOP ERDOGAN !


La France et l'Union européenne doivent mettre un terme à leur complicité coupable avec R.T. Erdogan. Elles doivent agir pour la libération de tous les prisonniers politiques et condamner sans équivoque ce régime dictatorial.


Parti communiste français,


Paris, le 8 décembre 2018.

 
 
A la fête de l'Huma Bretagne, nous organisions justement le samedi 1er décembre un débat de solidarité avec le peuple kurde, avec la présence de Hazal Karakus, du mouvement international des femmes kurdes et du mouvement des femmes kurdes de France,  en grève de la faim avec ses camarades, et Sylvie Jan, de France Kurdistan, Hulliya Turan, secrétaire départementale du PCF Bas-Rhin, d'origine kurde de Turquie, arrêtée avec Christine Prunaud lors d'une mission de contrôle des élections en Turquie.
 
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Fête de l'Huma Bretagne à Lanester
Très intéressant débat animé par Ismaël Dupont, secrétaire du PCF 29, sur la situation des Kurdes de Turquie, d'Irak, de Syrie avec 3 intervenantes: Hazal Karakus, du mouvement international des femmes kurdes qui a évoqué le combat des femmes dans le Kurdistan syrien, Hülliya Turan, secrétaire départementale du PCF du Bas-Rhin, elle-même d'origine kurde de Turquie, qui a situé la question kurde dans l'histoire et témoigné sur la situation dans la Turquie d'Erdogan, Sylvie Jan, présidente de France-Kurdistan, qui a expliqué les raisons de son engagement, et notamment l'assassinat des 3 dirigeantes kurdes à Paris en janvier 2013, et évoqué l'action de son association en Turquie. 3 femmes pour parler des Kurdes, tout un symbole pour un peuple qui donne une place essentielle dans son combat à la question de l'égalité femmes-hommes. Un moment de solidarité avec le peuple kurde - photos Y Rainero et Caro Berardan - et commentaire Yvonne Rainero
 
Solidarité du PCF avec la grève de la faim du mouvement des femmes kurdes
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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 09:28
N'abandonnez pas les routiers ! 14 eurodéputés écrivent à la ministre des transports
Les négociations entre les ministres des transports européens qui s'engagent lundi prochain vont être décisives quant à l'avenir des routiers et de leurs conditions de travail. Madame la ministre, la France ne doit pas abandonner les routiers !

Madame la Ministre,

Vous participerez le lundi 3 décembre au prochain Conseil "Transports, télécommunications et énergie" à Bruxelles. Ce Conseil, réunissant les ministres des transports de l’Union Européenne, a pour but d’établir une orientation générale sur les principales propositions relatives à l'accès au marché et aux aspects sociaux dans le secteur du transport routier dans le cadre du paquet législatif « Mobilité ». Ces propositions comprennent de nouvelles règles relatives aux aspects suivants :

  • les temps de conduite et de repos ;
  • les règles de détachement des conducteurs routiers ;
  • la lutte contre le cabotage systématique.

Ce paquet législatif est l’opportunité de fixer au secteur routier des règles claires et applicables pour mettre fin à la concurrence déloyale et au dumping social et fiscal qui sévissent depuis plusieurs années dans le domaine.

La France a un rôle clé dans la tenue des négociations. Nous vous demandons, dans la lignée de la déclaration de l’Alliance du Routier du 12 novembre 2018, de maintenir une position française claire et cohérente. Nous souhaitons notamment que soient défendus :

  • la garantie que les conducteurs soient rémunérés de manière égale sur le même territoire ;
  • des conditions de travail et de repos dignes pour les conducteurs routiers ;
  • l’interdiction du repos dans le véhicule ;
  • des règles de détachement strictes et applicables au premier jour ;
  • le retour régulier des conducteurs à leur domicile et des véhicules dans leur État membre d’établissement.

Nous comptons sur votre engagement pour la sécurité des usagers de la route, des passagers et des 3 millions de conducteurs professionnels en Europe.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’assurance de notre haute considération.

Marie-Pierre Vieu, députée européenne

Eric Andrieu, député européen 

Guillaume Balas, député européen

Karima Delli, députée européenne

Pascal Durand, député européen

Patrick Le Hyaric, député européen

Edouard Martin, député européen

Emmanuel Maurel, député européen

Younous Omarjee, député européen 

Christine Revault D'Allonnes, députée européenne

Michèle Rivasi, députée européenne

Virginie Rozière, députée européenne

Isabelle Thomas, députée européenne

Marie-Christine Vergiat, députée européenne

 

Source: Lettre d'info de Marie-Pierre Vieu, eurodéputée communiste

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 05:54
En novembre 2018, parution de Irlande en révolutions, un essai historique de Olivier Coquelin aux éditions Syllepses

Un livre à conseiller de notre ami universitaire Olivier Coquelin que nous avions eu déjà eu le bonheur de publier dans le Chiffon Rouge:

Soviets irlandais : expériences autogestionnaires dans l’Irlande révolutionnaire (1918-1923) (1/2) par Olivier Coquelin

https://autogestion.asso.fr/soviets-irlandais-experiences-autogestionnaires-dans-lirlande-revolutionnaire-1918-1923-12/

 

Pour comprendre les particularités de l’Irlande contemporaine, l’auteur nous invite à un voyage dans une histoire des revendications émancipatrices du peuple irlandais.
La partition de l’île d’Irlande, qui perdure à ce jour, fut l’une des conséquences de la Révolution de 1916-1923. Inachevée, la rupture avec l’ordre ancien contribua surtout à renforcer le pouvoir des forces conservatrices, à l’œuvre des deux côtés de la frontière.
Pareil phénomène oblige à s’interroger sur la nature même des mouvements politiques (révolutionnaires comme constitutionnels) et sociaux (agraires comme ouvriers) irlandais qui se réclamèrent du nationalisme, à partir du siècle des Lumières.

Dans quelle mesure se faisaient-ils les partisans de desseins progressistes dans la perspective d’une Irlande indépendante, autonome ou maintenue dans le giron britannique ?

Entre nationalismes et conservatismes: une histoire politique et sociale (18e-20e siècles)

Collection : « Histoire : enjeux et débats »

Auteur-e : Olivier Coquelin

Parution : Novembre 2018
Pages : 544
Format : 150 x 210
ISBN : 978-2-84950-693-6

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 16:27
Israël-Palestine: Sarah Katz et Pierre Stambul de l'Union Juive française pour la paix (UJFP) en tournée finistérienne du 4 au 8 décembre - à Plourin les Morlaix, salle du Cheval Blanc, le 4 décembre à 20h
Tournée finistérienne de Pierre Stambul et Sarah Katz

"Dix organisations finistériennes (AFPS, ATTAC, Émancipation, Ensemble29, France Insoumise, FSU 29, LDH Brest, NPA 29, PCF 29 et Solidiaire 29) organisent une tournée de conférences avec Sarah Katz et Pierre Stambul afin de faire connaître le combat de ces deux membres de l’Union Juive Française pour la Paix.

Il y sera question d’origine du conflit israélo-palestinien et d’actions militantes réalisées en soutien aux palestinien.ne.s victimes des politiques israéliennes.

Pierre Stambul vient notamment d’écrire un livre "La Nakba ne sera jamais légitime". Sarah Katz était quant à elle présente sur le Al Awda, bateau de la flottille pour Gaza qui a tenté de faire parvenir des médicaments et du matériel à Gaza cet été. Sarah et Pierre rencontreront également des lycéens et lycéennes de Diwan à Carhaix le lundi 3 décembre.

En cliquant sur le lien suivant, vous pourrez prendre connaissance du carnet de voyage de Sarah Katz : ICI

Enfin, voici les grands thèmes développés dans le livre de Pierre Stambul :

Alors que la Palestine vit chaque jour une situation de plus en plus tragique, ce livre essaie de répondre à plusieurs questions clés pour que notre solidarité soit plus efficace.

Oslo a été une gigantesque illusion. L’agenda des « deux États vivant côte à côte » est totalement obsolète.

La question du sionisme est incontournable. Cette idéologie est à la fois un colonialisme, un nationalisme, une théorie de la séparation, un suprématisme, une manipulation de l’histoire, de la mémoire et des identités juives. Il n’y aura pas de paix juste avec le maintien de cette idéologie plus que jamais à l’œuvre.

Combattre le racisme et en particulier l’antisémitisme est indispensable. Dans ce livre, je revendique mon identité juive d’enfant de rescapés du génocide. Le sionisme n’a jamais combattu l’antisémitisme, il s’en est servi pour pousser les Juifs à émigrer. Le sionisme n’a aucun droit à s’emparer de la mémoire du génocide nazi. Des dirigeants sionistes éminents ont eu un comportement coupable à l’époque du nazisme. Israël a été dès le départ une société raciste. Pas seulement contre les Palestiniens, mais aussi à l’intérieur de la société juive israélienne.

Le mouvement de solidarité pour la Palestine en France a des problèmes importants d’orientation et d’unité.

Nous devons répondre à des questions essentielles : oui, la création d’Israël, indissociable du nettoyage ethnique de 1948, est illégitime. Non, on ne réparera pas un nettoyage ethnique par un autre. La solution juste ne passe pas par l’expulsion des Juifs israéliens, mais elle passe par le démantèlement de l’État juif. Il n’y a pas d’alternative au « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».

Tant que ce régime criminel ne sera pas puni, la destruction de la Palestine se poursuivra. Le BDS est un outil totalement indispensable. Il ne s’agit pas de « convaincre » nos dirigeants qui sont consciemment complices de ce régime d’apartheid. Il s’agit de créer un rapport de force imposant les sanctions.

Israël-Palestine: Sarah Katz et Pierre Stambul de l'Union Juive française pour la paix (UJFP) en tournée finistérienne du 4 au 8 décembre - à Plourin les Morlaix, salle du Cheval Blanc, le 4 décembre à 20h
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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 06:45

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 20:33
Bachar al-Assad, par sa violence et son impunité, signifie aux Syriens que rien ne les sauvera de son pouvoir absolu - Libération, Catherine Calvet et Luc Mathieu
DIMANCHE 25 NOVEMBE 2018 : RENCONTRE AUTOUR DU LIVRE « CHRONIQUE DE LA RÉVOLTE SYRIENNE – DES LIEUX ET DES HOMMES, 2011-2015 »
L'association Souria Houria est heureuse de vous inviter le

Dimanche 25 novembre de 17h à 19h
40, rue de Malte -75011 Paris

A une nouvelle rencontre les Dimanches de SouriaHouria autour du nouvel ouvrage

« Chronique de la révolte syrienne

Des lieux et des hommes, 2011-2015 »

Avec Catherine Coquio et Sana Yazigi

Animé par Farouk Mardam-Bey

Libération, le 14 novembre 2018 - Catherine Calvet et Luc Mathieu

Qui est ce dictateur, qu’est-ce qui le motive ? N’est-il que l’héritier de son père ? Trois spécialistes de la Syrie, Farouk Mardam-Bey, Subhi Hadidi et Ziad Majed, se sont penchés sur son cas. Ils examinent aussi bien son entourage familial que ses réseaux.

Trois spécialistes de la Syrie se sont glissés Dans la Tête de Bachar al-Assad, le temps d’un livre, publié par Actes Sud la semaine dernière. Deux sont syriens, l’éditeur Farouk Mardam-Bey et l’écrivain Subhi Hadidi, et l’autre est libanais, le politiste Ziad Majed. S’immiscer dans la tête du despote leur a permis de raconter à la première personne, et de façon presque intime, l’exercice d’un pouvoir absolu accompagné d’une violence extrême. Les trois auteurs décrivent aussi un contexte familial : Bachar n’était pas l’héritier désigné par son père Hafez al-Assad. Il évoluera entre continuité et rupture par rapport à l’héritage paternel.

BACHAR AL-ASSAD N’EST-IL QUE L’HÉRITIER DE SON PÈRE, HAFEZ AL-ASSAD ?

Le système de Bachar est le même que celui dont il a hérité. Il y a une continuité certaine entre les deux hommes. Mais en arrivant au pouvoir en l’an 2000, Bachar a éprouvé le besoin de se présenter sous des traits différents de ceux de son père. Parce que le costume était trop grand pour un novice en politique, il voulait au moins changer de tonalité, d’apparence. Il arrivait de Londres où il était ophtalmologue. Ce n’était pas l’héritier qu’avait choisi son père. Normalement, il était prévu que Basel al-Assad lui succède. C’est lui qui avait été préparé pour l’exercice du pouvoir. Il était passé par l’armée comme Hafez. Mais il est mort dans un accident de voiture. Donc Hafez al-Assad a rappelé Bachar qui était à Londres. Cette succession improvisée a laissé des traces profondes dans son mode de gouvernance. Dès le début, il a insisté sur le fait qu’il n’était pas au pouvoir par la seule volonté de son père mais que c’était son destin, et la volonté du peuple syrien. Il parle de son prédécesseur comme du «président Hafez» et non du président Hafez al-Assad, comme pour mieux souligner que Assad, c’est lui. Il se proclame comme le seul inventeur de la Syrie moderne. Bachar était surtout le fils de sa mère, et Basel, le fils de son père. Les deux fils n’ont pas eu la même éducation. Sa mère n’était pas complètement baasiste et appartenait à une classe sociale un peu supérieure à celle de Hafez al-Assad.

GOUVERNE-T-IL DIFFÉREMMENT POUR AUTANT ?

Il a probablement été bien pire que ce que Basel al-Assad aurait été s’il avait succédé à son père. Durant une première période, qui n’a duré que quelques mois, il a annoncé une ouverture sur la société civile, pour qu’il y ait un dialogue entre l’Etat et la société. Ce qui était nouveau. Il a d’abord laissé s’établir des débats à l’échelle des différents clans alaouites. Mais il ne s’attendait pas à ce que les clans soient si nombreux et si présents, même dans les endroits les plus reculés. Et surtout, il n’avait pas mesuré la soif de discussions après que la parole avait été si longtemps étouffée. Les discussions portèrent surtout sur les trente ans de règne de son père, sur les années de plomb (les années 80, qui ont vu les massacres de la prison de Palmyre et de la ville de Hama, mais aussi des milliers d’emprisonnements d’opposants de toutes obédiences). Bachar al-Assad a fini par bloquer les discussions.

Ce qu’il a aussi hérité de son père mais qu’il a mené à une autre échelle est la libéralisation de l’économie. Le fils a poussé une libéralisation contrôlée par l’Etat jusqu’à un néolibéralisme extrême. Cela s’est fait dans la plus grande opacité et a mené à quantité de dérives. La famille Assad s’est considérablement enrichie, un des cousins maternels de Bachar contrôle près de 60 % de la richesse nationale.

SUR QUELS RÉSEAUX BACHAR AL-ASSAD A-T-IL PU S’APPUYER ?

Là aussi, il y a eu continuité et rupture par rapport au père. Il dispose toujours d’une armée nettoyée de toute opposition potentielle, de la communauté alaouite et des différents services de renseignement. Il va y ajouter une nouvelle garde rapprochée. L’organisation clanique est demeurée mais tous les noms ont changé. Ceux qui avaient de l’ancienneté pouvaient constituer une menace pour son fils.

Il a également le parti Baas à sa main, mais ce n’est pas un vrai parti, c’est un parti-Etat. Il faut y adhérer forcément si l’on veut faire carrière. Il y a encore des références à l’idéologie originelle du Baas (socialisme, liberté, unité, panarabisme, etc.), mais ce ne sont que des paroles, des incantations sans réelles portées. La vraie référence n’est pas le parti mais la personne du président, qui a une «place à part dans l’histoire de la Syrie», comme il est dit dans les congrès du parti. Hafez avait fondé le Front national progressiste, un ensemble de partis qui n’ont aucune influence réelle dans la société et qui sont sous la coupe du Baas, donc du président. Hafez a toujours cherché à diviser ces pseudo-partis satellites, afin qu’aucun ne parvienne à influencer la rue. De toute façon, il n’y a pas de presse libre.

C’est l’ouverture économique qui va donner à Bachar de nouveaux réseaux. Son père était resté sur la petite communauté de ceux qui s’étaient enrichis grâce à lui et qui étaient même parvenus à nouer des alliances matrimoniales avec l’ancienne élite des notables. Une alliance entre l’ancienne bourgeoisie et la nouvelle, qui s’était enrichie de façon stupéfiante, a imposé sa loi aux caciques du parti Baas qui étaient encore partisans d’une économie étatique.

ET QU’EN EST-IL DES POUVOIRS RELIGIEUX ?

Le pouvoir sunnite était déjà complètement apprivoisé par Hafez al-Assad et s’est mis à l’entière disposition de Bachar quand il est arrivé au pouvoir. On peut dire que Bachar a mené une politique de réislamisation de la société syrienne à la base. Il s’est passé en Syrie le même phénomène qu’en Egypte et dans d’autres pays de la région : des généraux qui détiennent le pouvoir réel laissent aux pouvoirs religieux la liberté de réislamiser la société.

ET LES MINORITÉS RELIGIEUSES OU ETHNIQUES ?

La famille al-Assad a toujours su distribuer au mieux les postes influents, d’abord au sein du clan alaouites, puis druzes et chrétiens. Comme la famille al-Assad appartient à la secte alaouite, elle joue sur sa propre appartenance minoritaire pour rassurer les autres minorités du pays. Tous les dignitaires religieux ont soutenu le régime après l’assassinat, le 14 février 2005, du Premier ministre libanais, Rafic Hariri, alors que c’était un tollé général au niveau international. Même les patriarches chrétiens ont exprimé leur soutien à Bachar, et ils ont soutenu les thèses selon lesquelles cet assassinat était l’œuvre des services secrets américains…

POURQUOI CETTE DICTATURE TIENT-ELLE DEPUIS SI LONGTEMPS ?

Cela aurait pu aussi se produire en Irak s’il n’y avait pas eu une intervention étrangère massive en 2003. Car l’Irak comme la Syrie sont des Etats très récents, nés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la volonté de la communauté internationale. Les deux ont connu le pouvoir du Baas. Dès l’indépendance, la Syrie connaît trois coups d’Etat en trois ans. Le pays a aussi traversé quatre années de vraie liberté au sein de la République. L’autre fragilité de la Syrie est que le panarabisme a fait qu’elle a envisagé des fusions avec d’autres pays arabes (comme l’Egypte de Nasser ou l’Irak, ou le Yémen…) et que finalement, c’est Hafez al-Assad qui décidera qu’elle s’assumera seule. Le parti Baas parle encore d’unité arabe aujourd’hui, mais ce ne sont que des paroles. La Syrie était un pays extrêmement communautariste, très morcelé. La chape de plomb des Assad n’a fait qu’étouffer cet aspect. Le régime s’est juste appliqué à unifier les communautés minoritaires aux clans alaouites.

COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS L’IMPUNITÉ DONT CONTINUE À JOUIR BACHAR AL-ASSAD ?

L’impunité, malheur arabe et moyen-oriental, règne en Syrie depuis les années Assad père. C’était surtout dû à l’approbation internationale des rôles régionaux que jouait le régime tout en occultant l’intérieur syrien (au Liban, durant la guerre civile, dans le cadre du conflit israélo-arabe, et par rapport à sa relation avec l’Iran, etc.). Ce qui lui a permis de commettre des massacres à Palmyre en 1980, à Hama en 1982 (et même au Liban) sans le moindre souci.

Sous Assad fils, on est, depuis 2011, face à deux facteurs maintenant cette impunité. Une protection offerte par les Russes à travers le veto qui paralyse le Conseil de sécurité des Nations unies et bloque toute tentative de saisir la Cour pénale internationale, et une absence (jusqu’à maintenant) d’une ferme volonté occidentale à considérer la justice comme la question la plus importante accompagnant toute solution politique. «Normaliser avec le régime», ou «accepter qu’Assad fasse partie de la solution» sont des probabilités évoquées par des responsables européens et américains comme «nécessité» pour faire bouger les choses sous prétexte de«réalisme». Et cela veut dire «tolérer les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre» et exclure les Syriens de la protection du droit international pour «stabiliser» la situation. Ce qui n’est qu’une illusion. Assad, dans son usage de la violence (torture, viols, sièges, bombardements y compris aux armes chimiques) cherchait à dire aux Syriens qu’il est impuni et que rien au monde ne les sauvera de son pouvoir absolu. Accepter de le maintenir au pouvoir, c’est donc approuver son impunité et ses actes. Et c’est ce qui l’encourage et encourage tous les criminels à commettre encore plus de crimes. C’est surtout ce qui offre aux nihilismes (et au terrorisme) toutes les raisons pour émerger…

LE CONFLIT ACTUEL POURRAIT-IL ABOUTIR À UNE FÉDÉRALISATION DE LA SYRIE ?

La Syrie est aujourd’hui un territoire fragmenté. Le régime et ses parrains russes et iraniens contrôlent plus de 60 %, les forces kurdes épaulées par les Américains sont sur 25 %, et la Turquie et ses alliés opposants au régime sont sur 12 % (Idleb, le nord d’Alep, en plus de la zone autour de la base d’Al-Tanf dans le sud – protégée par les Américains). Daech reste dans quelques poches dans le désert du côté de la frontière irakienne.

Si cette fragmentation est préservée par les accords et ententes temporaires ou par un statu quo, on sera face à une fédéralisation de facto.

Par contre, et même si un projet de décentralisation administrative, voire fédérale, semble «théoriquement» nécessaire pour une Syrie de demain, il n’a pas aujourd’hui, à part du côté kurde, des forces qui le portent ou qui le soutiennent si une solution politique est sérieusement négociée ou envisagée. Les pro-régime s’y opposent, la majorité des forces de l’opposition le rejettent, et deux des acteurs régionaux les plus influents, l’Iran et surtout la Turquie, ne l’acceptent pas non plus, chacun pour ses raisons.

Livre:
SUBHI HADIDI, ZIAD MAJED et FAROUK MARDAM-BEY DANS LA TÊTE DE BACHAR AL-ASSAD Actes Sud, 208 pp., 18,80€.

 

Légende de la photo:

Une affiche représentant Hafez et Bachar al-Assad, dans un bâtiment de la police soufflé par une explosion à Damas, en 2012. Photo Khaled al-Hariri. Reuters

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