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4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 07:27
En 2018, 2 262 personnes sont mortes en tentant la traversée de la Méditerranée

L'horreur quotidienne... La conséquence de la politique des gouvernements européens.

France Info - Avec AFP 3 janvier

Ces chiffres, communiqués par le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés, sont en légère baisse par rapport à 2017.

Ils voulaient échapper à la guerre et à la pauvreté. En 2018, 2 262 migrants sont morts en tentant de traverser la Méditerranée, selon le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR). La même année, 113 482 personnes sont arrivées en Europe par la mer, essentiellement via l'Espagne.

En 2017, le nombre d'arrivées par la mer s'élevait à 172 301 et 3 139 personnes étaient "mortes ou portées disparues" dans leur tentative de traversée, selon les chiffres mis à jour. Le niveau des arrivées a chuté par rapport au "pic" de 1,015 million enregistré en 2015.

L'Espagne, première porte d'entrée de l'Europe

Pour 2018, si l'on ajoute près de 7 000 migrants enregistrés dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en territoire africain, on obtient un total de 120 205 arrivées en Europe.

L'Espagne est redevenue la première porte d'entrée en Europe, avec 55 756 arrivées par la mer (contre 22 103 en 2017). L'Italie, où le gouvernement au discours très antimigrants a fermé les ports aux bateaux humanitaires à l'été 2018, a enregistré 23 371 arrivées la même année, en chute libre par rapport à 2017 (119 369). La Grèce, elle, en a dénombré 32 497.

Pour une France Hospitalière et fraternelle et une Europe solidaire - Manifeste du PCF

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4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 07:14
En 2018, les forces d’occupation et les colons israéliens ont tué 295 Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza depuis le début de l’année, d’après un groupe de surveillance de l’ONU

Maureen Clare Murphy – 27 décembre 2018 - Agence Média Palestine

 

Les forces d’occupation et les colons israéliens ont tué 295 Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza depuis le début de l’année, d’après un groupe de surveillance de l’ONU.

Quatorze Israéliens ont été tués par des Palestiniens durant la même période, en plus d’un bébé mort quelques jours après sa naissance prématurée à la suite d’un tir provoquant une grave blessure à sa mère.

Plus de 29.000 Palestiniens ont été blessés en 2018 – nombre de blessures le plus élevé en une seule année depuis que le Bureau de l’ONU pour la Coordination des Affaires Humanitaires a commencé à collecter les données en 2005.

Près de 60 de ces Palestiniens tués et 7.000 de ceux qui ont eté blessés étaient des enfants.

Vingt-huit membres de groupes armés faisaient partie des victimes, ainsi que 15 responsables, ou supposés tels, d’attaques contre des Israéliens en Cisjordanie, d’après OCHA.

Plus de 60 pour cent des décès et près de 80 pour cent des blessures ont eu lieu dans le contexte de la Grande Marche du Retour – manifestations massives tenues régulièrement le long du périmètre oriental et septentrional de Gaza depuis le 30 mars.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, quelques 14.000 personnes ont été hospitalisées pour blessures subies pendant les manifestations, tandis que plus de 12.000 étaient traitées dans les dispensaires de campagne.

Plus de 6.000 Palestiniens ont été blessés par des tirs à balles réelles pendant la Grande Marche du Retour.

Ces manifestations demandent la fin du blocus israélien sur le territoire, maintenant dans sa 11ème année, et exigent le droit au retour des réfugiés palestiniens sur les terres d’où leurs familles ont été chassées, pendant, avant et après la création d’Israël en 1948.

Force mortelle

Israël a utilisé une force mortelle contre des manifestants non armés pendant ces manifestations, provoquant la condamnation des responsables des droits de l’Homme à l’ONU et un avertissement sans précédent du procureur général de la Cour Pénale Internationale.

Mais, en l’absence de responsabilisation significative, et avec la bénédiction de la Cour suprême, Israël continue de menacer violemment les Palestiniens s’ils s’approchent de la barrière le long de la frontière orientale de Gaza.

Jeudi, le COGAT, bras administratif de l’occupation militaire israélienne, a levé son rideau de propagande humanitaire pour révéler le vrai visage de l’oppression.

Le COGAT a publié une vidéo sur Twitter dans laquelle un colonel israélien met en garde les Palestiniens de Gaza au cas où ils approcheraient ou endommageraient la barrière frontalière, feraient du tort à des soldats israéliens ou « violeraient la souveraineté d’Israël ». Sinon, les Palestiniens « écoperont d’une réaction déterminée » de la part des forces d’occupation israéliennes.

Cette « réaction déterminée » signifiera vraisemblablement la perte de vies et des corps gravement atteints, si l’on en juge  les comportements passés d’Israël.

« L’utilisation de la force, choquante -et souvent létale- par Israël contre des manifestants s’est traduite par la mort de quantités de Palestiniens, et des milliers ont été blessés par des balles réelles, des balles de caoutchouc et des gaz lacrymogènes », a déclaré plus tôt ce mois-ci l’Aide Médicale pour les Palestiniens.

« Des milliers de patients ont subi des blessures par balles, principalement aux membres, et un nombre estimé de 1.500 personnes souffrent d’épouvantables blessures invalidantes qui nécessitent traitement et reconstruction des membres par des spécialistes et une très longue rééducation. Ce nombre continue de croître toutes les semaines.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 111 amputations – dont 20 concernent des enfants – ont été pratiquées à la suite de blessures subies pendant les manifestations. Dix neuf personnes sont paralysées après des blessures à la moelle épinière, et six personnes ont perdu définitivement la vue.

Trois membres du personnel de santé ont été tués par les forces israéliennes et 546 autres ont été blessés. Plus de 80 ambulances ont été endommagées, ajoutées à d’autres pertes.

Le système de santé surchargé de Gaza, en plus d’avoir à faire face au nombre atterrant de pertes chez les manifestants, a dû en même temps faire avec le niveau zéro des stocks de médicaments et fournitures essentiels à cause du siège israélien.

Tout au long de l’année, les hôpitaux ont réduit le nombre d’opérations alors qu’ils manquaient de carburant pour faire marcher les générateurs de secours pendant les fréquentes coupures de courant à Gaza sous-alimentée en électricité.

« Lignes rouges franchies »

Quatre Palestiniens, dont un enfant de 16 ans et un homme handicapé, ont été mortellement blessés vendredi dernier au cours des manifestations de la Grande Marche du Retour.

Les factions palestiniennes de Gaza ont dit qu’Israël « a franchi les lignes rouges » en tuant la semaine dernière des gens que se tenaient de 300 à 600 mètres de la frontière.

Les soldats israéliens ont agi selon une apparente politique du tirer-pour-tuer dans les zones frontalières de Gaza. L’étendue de cette zone n’est pas déclarée mais est généralement comprise comme étant dans les 300 mètres de la frontière Israël-Gaza.

Le bureau du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies a fait savoir que les forces israéliennes, « en maintenant l’ordre à la barrière de Gaza », ne peut « recourir à la force létale qu’en cas d’extrême nécessité, en dernier ressort pour répondre à une menace de mort imminente ou à un risque de blessure grave ».

Des associations de défense des droits ont dit en septembre au Conseil aux Droits de l’Homme de l’ONU qu’il n’y a pas de preuve qu’aucun manifestant tué par Israël ait été armé.

Amnesty International a condamné « les tentatives apparemment délibérées » d’Israël « de tuer et de mutiler » les manifestants de Gaza.

Les soldats utilisent « des armes militaires à grande vitesse conçues pour causer le maximum de dommages aux manifestants palestiniens qui ne représentent pas pour eux de danger imminent ».

Dans une déclaration commune, les factions palestiniennes ont dit que la conduite d’Israël pendant les manifestations du vendredi sera un « test probant de l’occupation et de ses mauvaises intentions. Si l’occupation continue à utiliser une violence excessive et disproportionnée contre les manifestants, la résistance palestinienne répondra aux actes atroces d’Israël ».

Les associations ont ajouté : « Ni l’argent, ni l’électricité et l’eau ne détourneront les factions de l’exercice de leur devoir. »

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

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3 janvier 2019 4 03 /01 /janvier /2019 10:36

ENVERS LES KURDES , A NOUVEAU, UN DEVOIR DE SOLIDARITÉ !

Existe-t-il attitude plus lâche que celle de Donald Trump , qui vient de livrer les combattants et combattantes kurdes des YPG et YPJ du nord de la Syrie à leur ennemi mortel : Erdogan ?

Rappelons que ces militants et militantes constituent le noyau décisif des « forces démocratiques syriennes », une coalition militaire créée en octobre 2015 pour chasser le groupe « Etat islamique » (Daesh) de la zone. Unanimement admirés pour leur courage et leur efficacité à libérer ces territoires des troupes de Daesh -on se souvient de leur victoire héroïque contre « l’Etat islamique » à Kobané en 2014 !- , ces hommes et ces femmes ont été, depuis plus de trois ans, soutenus par la coalition internationale menée par les Etats-Unis, notamment sous la forme d’un indispensable appui aérien ainsi que de livraisons d’armes.

Depuis le début, Erdogan s’insurge auprès de Washington contre ce soutien. Sa priorité n’est, en effet, non la défaite des djihadistes -parmi lesquels il compte nombre d’alliés- mais celle des Kurdes de Syrie . Leur crime ? Avoir conquis une certaine autonomie ainsi qu’un réel prestige international, dont il craint l’effet contagieux sur leurs frères de Turquie. Déjà, en mars dernier, bravant Trump lui-même, -qui envisageait alors d’installer dans le nord de la Syrie une « force de sécurité » de 30 000 combattants, essentiellement kurdes, pour empêcher le retour de Daesh- Erdogan avait lancé ses troupes contre les Kurdes de Syrie à Afrin. A présent, il veut aller plus loin, en pénétrant dans la ville syrienne de Manbij (100 000 habitants) pour y affronter les combattants kurdes, et détruire leurs institutions originales patiemment mises en place ces dernières années. Mais cette fois, c’est le Président américain qui lui ouvre la voie en annonçant -contre l’avis de tous ses propres responsables- le retrait précipité de ses forces et équipements militaires. Autrement dit, en plaçant désormais ses anciens alliés kurdes entre la marteau de l’armée turque (secondée par ses milices supplétives syriennes) et l’enclume des troupes de Bachar el-Assad.

Quels peuvent bien être les termes du « deal » ignoble passé entre le milliardaire fantasque et sans scrupule de la Maison-Blanche et le dictateur nationaliste d’Ankara pour conduire le premier à faire ce cadeau cynique au second ? Qu’a donc pu obtenir Trump de la part d’Erdogan, en échange de cet incroyable camouflet infligé par le Président américain à tous les siens et au risque inouï qu’il fait ainsi courir au monde : celui d’un nouveau chaos propre à revivifier ce qu’il reste du groupe « Etat islamique » dans la région , voire à offrir aux djihadistes étrangers aujourd’hui retenus prisonniers par les Kurdes une chance de pouvoir se libérer et de retourner en Europe ? Il semble que la Turquie ait, en retour, accepté de revenir sur le crime de lès-OTAN qu’elle s’apprêtait à commettre en achetant à la Russie son nouveau système de défense antimissile S-400, jugé incompatible avec la sécurité d'armes de fabrication américaine utilisées par l'armée turque, notamment les avions de combat F-35...La sécurité des États-Unis contre celle de ses « alliés » ? Quelles conclusions vont en tirer les dirigeants concernés, en France et en Europe ? Pour nous, aucune hésitation possible : nous avons collectivement envers les Kurdes un devoir de solidarité .

 

Soutien à la grève de la faim des militant-e-s kurdes: l'Europe et la France doivent s'engager pour stopper la politique fasciste d'Erdogan!

En France, des centaines de militantes et militants kurdes ont entamé depuis 55 jours déjà une grève de la faim dans le cadre d’un mouvement international pour la libération d’Abdullah Öcalan, le leader kurde emprisonné depuis 1999 et à l’isolement total depuis deux ans et demi, et de sensibilisation à l'oppression des Kurdes de Turquie comme aux menaces d'agression par Erdogan du Rojava syrien.  
Le site Kedistan le rappelle: "Depuis l’annonce tonitruante du retrait des troupes américaines (autour de 2000 hommes) qui étaient présentes en Syrie et alentours, l’ensemble des médias de par le monde parle des Kurdes. Quasi aucun ne rappelle qu’il ne s’agit pas seulement d’une trahison “morale” à l’encontre des vrais vainqueurs de Daech, aujourd’hui très affaibli mais toujours en capacité de nuire, mais bien davantage d’une pression impérialiste à l’encontre du projet politique démocratique en processus en Syrie Nord, refusé en vue d’hypothétiques partages d’influences et de pouvoir sur cette partie du Moyen Orient".
Ce mouvement de grève de la faim a commencé le 8 novembre en Turquie avec la députée du HDP Leyla Güven depuis la prison de Diyarbakir. Cela fait 40 jours.

« Abdullah Öcalan a un rôle important à jouer pour assurer la paix sociale en Turquie et le régime d’isolement qui lui est imposé est en réalité imposé à l’ensemble du peuple » a déclaré Leyla Güven, députée HDP de Hakkari, coprésidente du Congrès de la Société démocratique (DTK), ex co-maire de Viranşehir et membre du Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe (CPLRE).

En grève de la faim depuis le 8 novembre à la prison de Diyarbakir, elle a suscité un mouvement de solidarité au Kurdistan et en Turquie, mais aussi en Europe et dans le reste du monde. Des grèves de la faim sont actuellement menées dans les prisons de Turquie et dans des villes comme Urfa, Van, Mardin, Mersin, Adana, La solidarité se répand également au Rojava, en Europe et en France.
Amara, la Maison du Peuple kurde de Rennes, accueille les grévistes de la faim

Le 27 novembre, 10.000 prisonniers politiques de Turquie ont suivi ce mouvement qui s’étend aujourd’hui à l’ensemble de l’Europe et aux grandes villes françaises.

Les revendications des Kurdes que nous soutenons sont claires : le régime carcéral imposé au leader kurde, Abdullah Öcalan (le « Nelson Mandela kurde »), emprisonné depuis bientôt 20 ans est intolérable et il est urgent d’exiger du Comité de prévention de la torture du Conseil de l’Europe qu’il se saisisse de cette question malgré les obstacles que ne manque pas de dresser la Turquie, en tant que membre de ce même Conseil de l’Europe.

« Détruire le fascisme » écrivent aussi les Kurdes : ils dénoncent un pays, la Turquie, qui n’est plus un État de droit. Le président dictateur enferme tout opposant.

ENVERS LES KURDES , A NOUVEAU, UN DEVOIR DE SOLIDARITÉ ! - Francis Wurtz
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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 09:17
Intronisation de Bolsonaro comme président du Brésil ou la sainte alliance des extrême-droites

"Aujourd'hui est un jour où le peuple commence à se libérer du socialisme et du politiquement correct», a déclaré le nouveau président Jaïr Bolsonero.  

Nous pensons aujourd'hui très fort au peuple brésilien qui est entré dans un cauchemar politique et une profonde régression vers les années noires des dictatures d'extrême-droite en Amérique du Sud.

Trump a félicité son homologue fasciste-populiste pour son discours. Victor Orban et Benjamin Netanyahou étaient aussi là réunis à Brasilia, sur l'Esplanade des Ministères conçue par Oscar Niemeyer (horreur!), autour du nouveau président raciste, homophobe, anti-démocrate Bolsonero.    

Ces mouvements qui portent le refus de la démocratie, de l'universalisme, la valorisation de la loi du plus fort et de la suprématie blanche, masculine, et ethnique, et sociale, en eux, arrivent au pouvoir par voie démocratique avec l'aide des représentants du grand capital et de leurs médias. Comme l'avait écrit Bertolt BRECHT dans les années 1930 dans sa pièce "La Résistible ascension d'Arturo Ui" pour démystifier les nazis et leur montée au pouvoir:

«Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde !»

"C'est un projet fasciste" : ce que contient le programme de Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil

https://www.francetvinfo.fr/monde/bresil/c-est-un-projet-fasciste-ce-que-contient-le-programme-de-jair-bolsonaro-favori-de-la-presidentielle-au-bresil_2999445.html

Bolsonaro: le fascisme en route vers le pouvoir au Brésil

 

Comment l’élection de Bolsonaro fut-elle possible ? Analyse par un dirigeant du Parti communiste brésilien

Par Mauro Luis Iasi, membre du Comité Central du Parti communiste brésilien (PCB)

Traduction MR pour Solidarité Internationale PCF

http://solidarite-internationale-pcf.fr


Le sujet occulte: au vainqueur les batates


Une question hante les esprits inquiets qui cherchent à comprendre le contexte dans lequel s’est déroulée l’élection de Bolsonaro : comment cela fut possible?

Une telle question est hautement compréhensible dès lors que des personnes sont guidées par la raison et le bon sens et qu’ils imaginent que les événements se déterminent par un certain caractère raisonnable. Malheureusement, l’histoire nous prouve que, dans la lutte des classes comme dans la guerre, la première victime est la raison.

Dans un documentaire réalisé par Errol Morris en 2003, intitulé The Fog of War (Brumes de guerre), l’ancien secrétaire américain à la Défense, McNamara, déclarait: « la rationalité ne nous sauvera pas ». Il est évident que toute personne sensée face aux alternatives présentées n'aurait pas choisi quelqu’un qui allie la non-préparation, la barbarie explicite et l’évidente idiotie comme le candidat en question. Or, il ne s’agit pas de choix motivés par la raison et, aussi pénible qu’en soit le constat, il ne s’agit pas non plus de personnes sensées.

A ce stade, la recherche de réponses se réfugie dans l'hypothèse d'une manipulation. Ainsi, nous aurions eu affaire à des personnes sensées, mais qui auraient été manipulés par un tissu de mensonges communément désignés par l’euphémisme Fake News. Ciro Gomes semble suivre cette voie interprétative en affirmant dans une interview récente qu’il ne pouvait pas croire que près de 60% de l’électorat soit fasciste. Je suis enclin à être d’accord, mais la question persiste : pourquoi cet électorat a-t-il été réceptif à la proposition du fascisme ?

D’autres recherchent un réconfort dans un raisonnement mathématique peu convaincant. L’électorat aurait été divisé en trois parties : une première partie a voté pour le candidat d’extrême droite (39% ou 57 millions), une deuxième pour Haddad (32% ou 47 millions) et une troisième a été formée par l’abstention, les votes blancs et nuls (29% ou 42 millions). La majorité n’aurait ainsi pas voté pour Bolsonaro (61% ou 89 millions), impliquant qu'elle ne l’appuierait pas.

Je crois que cet argument est faux pour plusieurs raisons. Premièrement, parce qu’il associe la majorité au bon sens ; ce qui n’est vrai d’aucune manière. Rousseau y croyait, mais personne n’a jamais pris cette espérance au sérieux. Deuxièmement, parce que cet argument mêle des éléments de nature différente (abstentions, votes blancs et nuls) comme s’ils étaient des votes opposés à l’extrême droite – ce que je ne crois pas qu’ils soient. Ce sont les expressions des gens qui n’ont pas voté, et c’est tout. Les personnes ne votent pas pour des raisons multiples et variées, allant de la possible erreur d’enregistrement, aux causalités fortuites, jusqu’au désenchantement – alliée ou non à une critique du système – vis-à-vis des élections. De quelque manière que ce soit, ce désenchantement a alimenté la candidature de Bolsonaro et des partisans d’alternatives à la gauche. Par ailleurs, il est plus probable que ces non-votes se soient distribuées statistiquement dans la même proportion que les votes exprimés. C'est-à-dire, environ 39% pour le candidat élu et 32% pour son adversaire.

Je crois que ce déplacement de la majorité électorale à droite et à l'extrême droite a une autre explication. Je soutiendrai ici qu'une piste pour comprendre les déterminations plus profondes de ce processus renvoie notre analyse à un "sujet occulte". Mais commençons par les sujets visibles. Il est clair que le spectre politique brésilien était divisé en segments de droite et d'extrême droite, de centre gauche, de centre, de gauche et d’extrême gauche. Ces segments étaient personnifiés : Alckmin, Meirelles et Amoedo (droite), Bolsonaro (extrême droite), Haddad et Ciro (centre gauche), Silva (centre ou centre droit, avec elle on ne sait jamais), Boulos (gauche), Vera (extrême gauche). Ne me demandez pas de placer sur cet échiquier politique un ancien pompier, gréviste, croyant, député enragé contre le péril communiste en Amérique Latine et contre les puissants, parce que franchement j’en suis bien incapable 1.

La question décisive d’un point de vue électoral est de déterminer la capacité de ces expressions politiques à mobiliser une adhésion massive. Procédons par élimination. Pour des raisons différentes, la droite, le centre et la gauche ne pouvaient pas mobiliser d’importants contingents. D’une part à cause de l’usure provoqué par le gouvernement Temer, de l'aggravation visible des conditions de vie et de l'insécurité; d’autre part, à cause de la longue période de conciliation de classe qui a ruiné la capacité de résistance et d’autonomie des travailleurs, limitant la possibilité d’un discours de gauche. Il ne restait, dans le contexte rude de la crise, qu' une possible polarisation entre l'extrême droite et le centre gauche, incarnée par les trois candidatures émergentes du premier tour (Bolsonaro, Haddad et Gomes). Avec des méthodes efficaces, et peu louables, le centre gauche bascula en faveur du candidat du PT et la polarisation électorale dans le pays trouva son point d'aboutissement: anti-pétisme contre pétisme (anti- Vs pro-PT).

Puisque la droite et l’extrême droite se sont unies tactiquement contre le pétisme, et puisqu'ils avaient bien manœuvré – depuis le coup d'État parlementaire, médiatique et institutionnel de 2016 – pour éliminer la plus grande chance de victoire du centre gauche (Lula), le jeu était déjà déséquilibré en faveur des conservateurs puis, à la suite de la faillite de l’alternative Alckmin (PSDB), en faveur des réactionnaires.

Le moteur principal de l’extrême droite a toujours été l’anti-pétisme. Je suis convaincu que la majorité de ceux qui étaient disposés à voter pour un fanfaron autoritaire et non préparé était d'abord convaincue qu'il était nécessaire d'empêcher le PT de retourner au pouvoir. Toutes nos mises en garde à propos du péril fasciste, de la recrudescence de la violence, de la régression démocratique, des propositions démentes en matière économique, du cynisme et de l'amoralité, des préjugés machistes, homophobes et racistes, n’ont pas fait la différence face à la priorité de se débarrasser du PT. Pour ajouter une touche d’ironie à ce scénario tragique, bon nombre de ceux qui ont bénéficié des politiques (très limitées) sociales et de soutien à la consommation populaire ont voté contre le PT.

De toute évidence, il y a eu également un élément de manipulation. En effet, ces élections ont aussi été le théâtre d'une offensive massive des médias, d'une action judiciaire donnant la priorité aux attaques contre les pétistes impliqués dans des affaires de corruption, de l'intense prédication morale d'un certain fondamentalisme religieux alliant positions peu progressistes et discours en défense de la famille et des bonnes mœurs. De la même manière, un tissu d'organisations puissantes et millionnaires ont répandu un libéralisme enragé d'extrême droite par l'intermédiaire de mouvements et de personnalités qui ont agi comme de véritables armes de guerre et de déstabilisation, comme les initiatives des frères milliardaires Charles et David Koch, de la très droitière John Birch Society, de l’organisation Students for Liberty ; en sus des traditionnelles ressources provenant des partis (PSDB, DEM, etc.) et des entrepreneurs.

Si l'on ajoute l'endoctrinement systématique opéré par un ensemble de milieux dits religieux, en vérité engagés dans des entreprises extrêmement rentables d'exploitation de la foi et de l'obscurantisme, nous avons une meilleure idée de l'immense capacité de manipulation des masses qui a pu se déployer.

Toutefois, même sans cette intense manipulation des masses, le PT aurait été vaincu. Pour beaucoup, c'est un mystère. Les gens devraient reconnaître ce qui a été affirmé comme le meilleur gouvernement de notre histoire, l'attention qu'il a porté à ceux qui vivent en dessous de la pauvreté absolue, la Bolsa Família 2, l'accès à l'université, l’augmentation du salaire minimum, les opportunités de consommation et de crédit, et tout cela en même temps que les entreprises, les industries agroalimentaires et les banques se soient largement enrichies, comme adore le rappeler l'ancien président.

Le pragmatisme pétiste, c’est vrai, a récolté les fruits de ses différents gouvernements. Ils ont été, comparativement, de « bons » gouvernants – ils ont été des gestionnaires bons et responsables, acceptant de travailler dans le respect des règles et des pratiques en vigueur (incluant, même si certains prétendent ne pas le savoir, des pratiques de corruption directe et indirecte). La surprise est compréhensible : pourquoi une expérience de gouvernement qui a abandonné toute perspective révolutionnaire et a accepté de s’en tenir aux limites de la bourgeoisie institutionnalisée a-t-elle été victime de tant de haine, de préjugés et de violence ?

Une partie de la reconnaissance des réalisations du PT a permis à ce dernier de survivre ; ceci est dû en partie dû à l'effet de contraste exercé par la catastrophe du gouvernement Temer, et en partie au charisme de son chef principal (Lula). Ajoutées aux quelques manœuvres, ceci a permis au PT de placer son candidat au second tour ; mais cela ne suffisait pas pour équilibrer ou à renverser le jeu contre l'extrême droite. La balance électorale ne s’est ré-équilibrée que parce que le PT a rejoint l’antifascisme, dans une alliance largement hétérogène – alliant toute la gauche (y compris l’extrême gauche), incluant des segments intermédiaires progressistes et désillusionnés par le PT, jusqu’à certains segments du centre droit et de la droite, comme ce fut le cas de Marina (Silva) et de quelques figures du PSDB lui-même

Jusque là, nous n’avons procédé qu’à la description du déplacement des segments et à leur polarisation entre l’extrême droite et le centre gauche. Une question demeure sans réponse : pourquoi la classe ouvrière n’a pas volé au secours du gouvernement PT, dans un premier temps, puis volé au secours de la démocratie contre le fascisme ? Ou, au moins, pourquoi ne l’a-t-elle pas fait avec la dimension et la force dont elle était capable ?

C’est ici qu’apparaît notre sujet occulte : la classe ouvrière. Vous vous rappelez d’elle ? Celle qui aurait cessé d’exister dans les sociétés dites « post-industrielles », dans une société dite de la « fin du travail » ; celle dont l’identité de classe s’est amenuisée au cours du temps et dont la centralité dans la lutte politique s’est diluée à la faveur de l'émergence de « nouveaux sujets » et de « nouvelles formes de lutte »… Et bien c’est ce sujet, que plus personne ne voyait, qui avait cessé d’exister et d’être important dans les conflits politiques, qui a décidé du sort des élections en faveur du fascisme.

Depuis quelque temps, certaines voix dissonantes ont mis en avant que la classe ouvrière a subi un processus de changement de forme due à une nouvelle configuration du monde du travail. Elle aurait pris une nouvelle forme, certes, mais continuerait non seulement d’exister mais également d’occuper un rôle central dans la configuration contemporaine du mode de production capitaliste. Je ne veux pas être injuste ici en omettant de citer les contributions essentielles dans cette direction. Aussi il faut mentionner l’œuvre constante de Ricardo Antunes, ainsi que les contributions précieuses de Ruy Braga, Giovanni Alves, Edvânia Lourenço, Maria Orlanda Pinassi, Marilda Iamamoto – pour ne citer que quelques-unes des personnes qui ont combattu l’idéologie de la "fin du monde du travail".

Je voudrais ajouter ici ma modeste contribution à la question de la configuration de la classe et de la conscience de classe. Depuis longtemps, nous avons prévenu que le changement de morphologie de la classe ouvrière, en plus de ne pas modifier son rôle central dans l'ordre capitaliste contemporain (en accord avec les auteurs mentionnés ci-dessus), pouvait générer des changements importants concernant la conscience de classe.

En bref, nous savons qu’il n’existe aucune correspondance mécanique entre la classe en la classe pour soi, de telle sorte que les travailleurs – de par la position qu’ils occupent dans les relations sociales – peuvent ne pas acquérir une conscience correspondante. Les travailleurs, dans la forme immédiate de leur manifestation, ne sont que des individus insérés dans la division sociale du travail et la concurrence, ne se présentant les uns aux autres qu'en tant que concurrents. Sous cette forme immédiate, ils incarnent ce que Sartre appelle "la sérialité". C’est-à-dire qu’ils sont dans le même espace, font la même chose, mais ne se comportent pas en tant que groupe ou forme plus organique d’unité politique. C’est dans lutte contre les contradictions de l’ordre capitaliste, d’abord de manière isolée et occasionnelle, ensuite de manière plus systématique, que ces individus trouvent des points de fusion qui peuvent les conduire à la condition de classe, d’abord par simple opposition aux capitalistes (comme classe en soi), puis, sous certaines conditions, comme possibilité de se constituer en sujets d’un projet historique contre et au-delà du capital (classe pour soi).

Comme nous le voyons, pour la théorie marxiste, la classe et la conscience s’insèrent dans un mouvement de construction et de déconstruction continues, déterminé par la lutte des classes, comme l’a bien saisi E. P. Thompson. Maintenant, lorsque nous analysons le mouvement de la classe ouvrière depuis la crise de l'autocratie bourgeoise des années 1970 à aujourd’hui, nous voyons clairement un processus au sein duquel la fusion de classe et le passage à une classe en soi sont devenus possibles dans les années 1980. Puis ce mouvement s’est interrompu par la suite, laissant place au processus de déconstruction de la classe ouvrière en tant que classe, culminant pendant la période de conciliation de classe des gouvernements pétistes (PT), pour finalement marquer un retour à la sérialité dans la période récente.

Si nous ajoutons à cela les transformations du monde du travail, nous comprenons la base matérielle qui, en plus des déviations politiques, a jeté la classe ouvrière dans un moment brutal, et nouveau, de sérialité. Ce qui nous intéresse maintenant est de comprendre comment cela s'est traduit dans un comportement politique particulier. Pour ce faire, il faut renvoyer notre analyse à un passage du célèbre 18 brumaire de Louis Napoléon Bonaparte, dans lequel Marx analyse les paysans et tente de répondre à la question de savoir quelle était la base populaire du coup d'État de Napoléon III.

En bref, Marx affirme que les paysans, du fait de leur position dans les relations sociales et confronté aux formes existantes de propriété, constituaient un certain regroupement de classe sans toutefois constituer une classe à proprement parler. En vivant d’une même manière, en partageant une culture particulière et en exprimant certains intérêts, ils formaient une classe; mais ils ne formaient pas une communauté plus large que celle de leurs intérêts et situations immédiates, ils ne formaient pas une quelconque union nationale et, surtout, ils ne pouvaient pas se représenter eux-mêmes mais devaient être représentés. Pour cette raison, ils n’étaient pas encore une classe, de la même façon que des pommes de terres amassées dans un sac ne constituent rien d'autre qu’un sac de pommes de terre, selon la métaphore de Marx.

Beaucoup de gens considèrent qu'il ne s'agissait là que d’un préjugé de Marx envers les paysans. Mais, à mon avis, cette observation n'est pas uniquement valable pour décrire les conditions objectives de la paysannerie en France à cette époque, mais peut également servir à décrire n'importe quelle classe en processus de formation – y compris le prolétariat urbain ; mais, plus encore, il convient parfaitement à la sérialité que nous sommes en train de décrire.

Les travailleurs étaient fragmentés: les liens qui les unissaient se sont brisés, ils se sont dispersés géographiquement, ils ont été défaits politiquement (trahis, en partie), et ils se sont sérialisés. Mais, même fragmentés, invisibles et méprisés, ils continuaient d’exister et d’être responsables de la production et de la distribution de tout ce qui était nécessaire à l'existence, qu'il s'agisse des produits, des services, de la maintenance ou de tout ce qui fait la matérialité d'une économie entièrement tournée vers le capital. Une fois brisées dans leur unité politique de classe, ils se sont tournés vers d'autres formes d'appartenance et de regroupement au sein desquelles ils ont pu exprimer leurs intérêts immédiats et les éléments constitutifs de leur culture.

Dans le cas présent, ce qui les a unit fut la haine. Ce n’était pas tant la haine du PT, mais un profond mécontentement face à la vie, à la violence quotidienne issue de la criminalité, aux conditions de logement ; la haine d’une société hypocrite qui valorise la méritocratie et supprime les conditions pour que se développent leurs potentialités, une haine contre une bande de suceurs de sang qui contrôle les institutions du gouvernement pour piller les ressources et s’enrichir illicitement, une haine contre une démocratie représentative qui ne représente personne d'autre que ceux qui s'en sont appropriés les instruments afin de garantir leurs privilèges, avec des juges qui se parent des attributs du droit pour être injustes, contre l’inégalité criarde, contre l'opulence de quelques-uns qui sont toujours les pires... En fin de compte, c’est un ressentiment et une haine contre un monde qui les méprise.

Le centre gauche n’a vu dans cette haine qu’un recours électoral, comme lorsqu’il a tenté de s’en prévaloir lors du second tour entre Dilma et Aetius en 2014, pour retourner au discours pragmatique de gouvernement d’alliance avec les bourreaux après les élections. Le fait est que cette force fut tant méprisée qu’elle n’a pas pu donner lieu à une conscience de classe, anticapitaliste et socialiste.

La droite s’est alors chargée de donner forme à cette haine en lui mettant le masque de son adversaire. Le PT est devenu le responsable de la crise, des files d'attente pour des soins de santé, de la précarité de l'éducation, de la corruption, de la crise du modèle familial, de l'explosion d'une sexualité démesurée, des femmes qui élèvent la voix et pointent du doigt celui qui les opprime, des Indiens (mon dieu, il y a encore des Indiens dans ce pays) qui réclament des terres si bien exploitées par l’industrie minière, forestière et agroalimentaire. Le message de l'extrême droite rencontra ainsi la haine d'une bonne partie des travailleurs et a fini par les représenter: cette démocratie est une farce (on peut dissoudre le Congrès et la Cour suprême !), cet État est un puits dans fond d’emplois inutiles, il faut tout privatiser, la police doit tirer pour tuer, il faut se débarrasser des idéologues dans les écoles, abattre les gays, les noirs, les indiens, les féministes, les pétistes, les communistes ...

Cette haine et cet énorme ressentiment ne sont pas nés des travailleurs, comme il est possible de le percevoir. Il est venu de l'extérieur, faisant passer en contrebande des revendications aux ouvriers qui n'étaient pas les leurs et qu'ils doivent craindre. Pourquoi un travailleur devrait-il se préoccuper d'une plus ou moins grande présence de l'État dans l'économie, défendre les privatisations, ou détruire sa possibilité de prendre sa retraite un jour? Ce ressentiment provient des classes moyennes, qui rumine la haine depuis tant d'années. L'extrême droite, qui comme toujours provient des classes moyennes et de la petite bourgeoisie, a réussi ce coup de force de faire sienne sa haine et son ressentiment aux travailleurs sa haine pour donner une base populaire à son projet réactionnaire.

La phrase marxiste citée ci-dessus est la clé du problème: ils ne pouvaient pas se représenter eux-mêmes, ils devaient être représentés. L'impossibilité de pouvoir se représenter en tant que classe les a conduit à chercher l'unité en dehors d'eux-mêmes, dans un contexte de crise et d'intensification de la lutte de classe, dans une figure salvatrice, supposément supérieure aux intérêts de la lutte, recouvrant et personnifiant l'image abstraite de Nation et d'Ordre: Louis Napoléon Bonaparte en France, Getúlio Vargas dans les années 1930, Perón en Argentine, ou dans d'autres situations plus aiguës dans lesquelles d'autres déterminants ont joué, Mussolini en Italie, Hitler en Allemagne... Plus récemment, Trump aux États-Unis, et maintenant Bolsonaro au Brésil.

La guerre, comme la lutte des classes, n'est pas rationnelle. Comme le disait Weber, il s'agit d'une manipulation de passions irrationnelles à des fins calculées rationnellement. Machado de Assis, dans son magistral Quincas Borba, donnait l'exemple d'une dispute entre deux tribus pour un champ de pommes de terre qui ne pouvait pas être divisé, car s'il l'était, les des deux camps finirait par mourir de faim. Pour cette raison, concluait l'auteur, il est compréhensible que des personnes censées célèbrent une victoire qui a coûté l’assassinat de leurs adversaires, « pour le motif que l’homme ne célèbre et n’aime que ce qui lui est agréable ou avantageux, et pour la raison rationnelle que personne canonise une action qui la détruit virtuellement. Pour le vaincu, la haine ou la compassion; pour le gagnant, les pommes de terre. »

Dans ce triste contexte, je ne crois pas à la compassion. Ceux qui ont gagné les élections furent bien les pommes de terre.

1 Cabo Daciolo, une curiosité de ces élections.

2 La Bolsa familila est une aide financière à destination des plus pauvres.

 

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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 09:01
Soutien à la grève de la faim des militant-e-s kurdes: l'Europe et la France doivent s'engager pour stopper la politique fasciste d'Erdogan!
Soutien à la grève de la faim des militant-e-s kurdes: l'Europe et la France doivent s'engager pour stopper la politique fasciste d'Erdogan!
En France, des centaines de militantes et militants kurdes ont entamé depuis 55 jours déjà une grève de la faim dans le cadre d’un mouvement international pour la libération d’Abdullah Öcalan, le leader kurde emprisonné depuis 1999 et à l’isolement total depuis deux ans et demi, et de sensibilisation à l'oppression des Kurdes de Turquie comme aux menaces d'agression par Erdogan du Rojava syrien.  
Le site Kedistan le rappelle: "Depuis l’annonce tonitruante du retrait des troupes américaines (autour de 2000 hommes) qui étaient présentes en Syrie et alentours, l’ensemble des médias de par le monde parle des Kurdes. Quasi aucun ne rappelle qu’il ne s’agit pas seulement d’une trahison “morale” à l’encontre des vrais vainqueurs de Daech, aujourd’hui très affaibli mais toujours en capacité de nuire, mais bien davantage d’une pression impérialiste à l’encontre du projet politique démocratique en processus en Syrie Nord, refusé en vue d’hypothétiques partages d’influences et de pouvoir sur cette partie du Moyen Orient".
Ce mouvement de grève de la faim a commencé le 8 novembre en Turquie avec la députée du HDP Leyla Güven depuis la prison de Diyarbakir. Cela fait 40 jours.

« Abdullah Öcalan a un rôle important à jouer pour assurer la paix sociale en Turquie et le régime d’isolement qui lui est imposé est en réalité imposé à l’ensemble du peuple » a déclaré Leyla Güven, députée HDP de Hakkari, coprésidente du Congrès de la Société démocratique (DTK), ex co-maire de Viranşehir et membre du Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe (CPLRE).

En grève de la faim depuis le 8 novembre à la prison de Diyarbakir, elle a suscité un mouvement de solidarité au Kurdistan et en Turquie, mais aussi en Europe et dans le reste du monde. Des grèves de la faim sont actuellement menées dans les prisons de Turquie et dans des villes comme Urfa, Van, Mardin, Mersin, Adana, La solidarité se répand également au Rojava, en Europe et en France.
Amara, la Maison du Peuple kurde de Rennes, accueille les grévistes de la faim

Le 27 novembre, 10.000 prisonniers politiques de Turquie ont suivi ce mouvement qui s’étend aujourd’hui à l’ensemble de l’Europe et aux grandes villes françaises.

Les revendications des Kurdes que nous soutenons sont claires : le régime carcéral imposé au leader kurde, Abdullah Öcalan (le « Nelson Mandela kurde »), emprisonné depuis bientôt 20 ans est intolérable et il est urgent d’exiger du Comité de prévention de la torture du Conseil de l’Europe qu’il se saisisse de cette question malgré les obstacles que ne manque pas de dresser la Turquie, en tant que membre de ce même Conseil de l’Europe.

« Détruire le fascisme » écrivent aussi les Kurdes : ils dénoncent un pays, la Turquie, qui n’est plus un État de droit. Le président dictateur enferme tout opposant.

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 11:04
Photo de Mumia Abu-Jamal - L'Humanité

Photo de Mumia Abu-Jamal - L'Humanité

L’ancien condamné à mort Mumia Abu-Jamal à deux doigts de pouvoir faire appel
Vendredi, 28 Décembre, 2018

Un jugement intervenu jeudi permet à la défense de Mumia Abu-Jamal de faire appel de sa condamnation pour le meurtre d’un policier sous trente jours. Toutefois, le procureur de Philadelphie, Larry Krasner, peut encore faire appel de cette décision. Les soutiens du prisonnier politique noir-américain saluent l’avancée survenue cette semaine.

Pour Mumia Abu-Jamal, l’appel est à portée de main. Le magistrat de Philadelphie Leon Tucker a jugé, jeudi qu’il y avait eu un biais dans la procédure. Journaliste radio, militant dans la communauté noire-américaine de Philadelphie, Mumia Abu Jamal avait été condamné à mort pour le meurtre d’un policier en 1982 au terme d’un procès inique : certaines personnes de couleurs noire avaient été écartées du jury par le sinistre juge Sobo qui avait promis à l’accusation « je les aiderai à frire ce nègre ». En 2011, la peine de Mumia Abu-Jamal avait été commuée en prison à vie, sans jugement.
 
Cette année, la défense de Mumia Abu-Jamal, 64 ans, avait relevé le rôle du juge Ronald Castille à plusieurs étapes de la procédure visant le journaliste, une fois comme procureur adjoint, puis comme juge à la Cour suprême d’État. Leon Tucker a estimé, hier, qu’il aurait dû se récuser. Ne pas l’avoir fait suggère un « biais », juge-t-il, relativisant sa décision : Ronald Castille n’aurait pas joué un rôle primordial d’abord comme procureur puis juge.
 
L’avenir judiciaire de Mumia-Abu Jamal est désormais dans les mains du procureur de district Larry Krasner, élu en 2017 et connu pour ses positions progressistes. Ce dernier a encore la faculté de faire appel de la décision du juge Leon Tucker, qui permet à la défense de Mumia d’interjeter appel sous trente jours.
 
« C’est une victoire légale inédite. C’est la meilleure chance que nous avons de libérer Mumia depuis des décennies », s’est réjoui Rachel Wolkenstein, avocate et militante de la cause de Mumia Abu-Jamal. Aux États-Unis, cette avancée dans le dossier Mumia est saluée par ses proches.
 
« C’est un formidable succès, mais la suite n’est pas écrite », salue Jacky Hortaut, coanimateur du comité du collectif français Libérons Mumia. L’heure est à la mobilisation.
 
Un rassemblement est programmé, mercredi 2 janvier à 18 heures, place de la Concorde, près de l’ambassade des États-Unis
 
Gaël De Santis
L’ancien condamné à mort Mumia Abu-Jamal à deux doigts de pouvoir faire appel (L'Humanité, 28 décembre 2018)
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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 10:32
Amos Oz, disparition d'un écrivain apôtre de la paix (L'Humanité, 28 décembre 2018)
Amos Oz, disparition d'un écrivain apôtre de la paix
Vendredi, 28 Décembre, 2018
Amos Oz, l'écrivain israélien le plus connu à l'étranger pour son oeuvre et son action en faveur de la paix avec les Palestiniens, s'est éteint vendredi à l'âge de 79 ans. Son denier roman "Judas" est sorti en français en 2016. Nous vous proposons de relire l'entretien qu'il avait accordé alors à Muriel Steinmetz.
 
 
Amos Oz, dont le roman autobiographique "Une Histoire d'amour et de ténèbres" avait connu un succès mondial, est décédé des suites d'un cancer, a annoncé Fania Oz-Salzberger, historienne de profession. "Mon père chéri vient de mourir, après une détérioration rapide (de son état de santé), dans son sommeil et tranquillement, entouré de ceux qui l'aiment", a-t-elle écrit sur Twitter, remerciant "ceux qui l'ont aimé".
Amos Oz a vu le jour à Jérusalem le 4 mai 1939 dans une famille d'origine russe et polonaise. Salué à ses débuts comme le "Camus israélien", l'écrivain, un fervent militant de la paix avec les Palestiniens, avait dénoncé ces dernières années la politique du Premier ministre Benjamin Netanyahu et boycotté les événements officiels organisés par Israël à l'étranger pour protester contre l'"extrémisme croissant" du gouvernement. Il a parallèlement réagi fermement face à ceux qui prônent la destruction d'Israël.
Lauréat du prestigieux prix Goethe 2005 en Allemagne, Amos Oz avait aussi reçu le prix d'Israël de littérature en 1998, le prix Méditerranée (étranger) en 2010 et le prix Franz Kafka en 2013. Parmi ses livres figurent "la Boîte noire", qui a obtenu en 1988 le Fémina étranger en France, ou encore "Seule la mer" (2002).
En 1992, il avait également reçu le "Prix de la paix des libraires allemands", un prix considéré en Allemagne comme encore plus prestigieux que le prix Goethe.
"Dans ses oeuvres politiquement engagées, Amos Oz donne une image vivante de la société israélienne et son peuple aux différentes facettes; il décrit la diversité des voix dans l'État d'Israël", avait estimé le jury à l'époque.
La France lui avait attribué le titre d'officier des Arts et des Lettres et il était régulièrement pressenti pour le Prix Nobel de Littérature qu'il n'a cependant jamais obtenu.
Le regard intense et le verbe clair, Amos Oz, également très apprécié par les Israéliens surtout pour son humour, est diplômé de littérature et de philosophie. Il est intervenu régulièrement dans les médias israéliens et internationaux.
Dans les années 1990, il quitte le parti travailliste pour rejoindre le Meretz, plus à gauche, dont la priorité est la paix avec les Palestiniens.
"La paix n'est pas seulement possible, elle est inévitable, parce que nous n'avons nulle part ailleurs où aller et les Palestiniens non plus", proclamait-il en septembre 2016 lors de l'éloge funèbre de son ami Shimon Peres, prix Nobel de la paix.
Son dernier ouvrage paru en français en 2016, "Judas", explore la figure du traître, qualificatif dont Amos Oz a été affublé pour ses positions politiques.
 

Du maître écrivain israélien Amos Oz, Gallimard publie Judas, un livre qui bouscule des idées reçues et fait grincer des dents ici et là-bas. Entretien.

Ce livre semble autant un roman qu’une parabole. Peut-on utiliser ce mot ?

Amos Oz Je préfère parler de récit. Il s’agit d’un huis clos mettant en scène trois personnages : Shmuel, Atalia et Wald. Entourés de quelques spectres, ils passent l’hiver dans une même maison, boivent du thé, discutent. Durant un bref laps de temps, ils évoluent, se transforment. Je n’aime pas les paraboles. Il n’est pas un de mes romans qui prétende à une portée universelle.

En situant votre histoire à Jérusalem, au cœur des contradictions entre les trois religions monothéistes et à partir de la figure de Judas, vous mettez le doigt sur le nœud d’un conflit qu’on dirait éternel.

Amos Oz Bon nombre des personnages de ce livre sont – à l’instar de Judas – considérés par leur entourage comme des traîtres. Aucun ne l’est véritablement, sauf Shmuel justement, l’étudiant qui se cherche des parents de substitution et couche avec sa mère symbolique. À en croire Freud, il n’y a là rien que de très banal. Les autres ont certes de profondes convictions, mais ils sont trop en avance ou trop en retard sur leur temps. L’histoire ne pouvait avoir lieu qu’à Jérusalem. La ville constitue le miroir du personnage féminin, Atalia.

Le récit commence en 1959, dix ans après la création de l’État d’Israël, aussitôt suivie par une guerre, un siège et une interminable pénurie. J’y étais. Je m’en souviens très bien. Jérusalem et la jeune femme sont blessées, déchirées, en colère. Jérusalem a été le théâtre de deux événements symboliques majeurs : le sacrifice d’Isaac (à quoi fait écho dans le livre la mort au combat de Micha, fils de Wald) et la crucifixion de Jésus. Atalia et Jérusalem m’évoquent la note unique d’un violoncelle par une nuit de tempête.

Vos personnages représentent des types bien définis. Shmuel est un jeune socialiste idéaliste, Wald un écrivain-philosophe cynique revenu de tout et Atalia, au caractère bien trempé, est l’héritière de son père, Abravanel, qui ne croyait pas à l’existence d’un État juif ni même à celle d’un État binational.

Amos Oz Mes personnages ne sont ni des symboles ni des porte-drapeaux. Ils sont de chair et de sang. Shmuel est certes un idéaliste convaincu de pouvoir changer le monde, du moins au début du roman. Il a dans sa chambre des posters du Che et de Fidel Castro. En revanche, pour Wald, le monde est une scène pleine « de bruit et de fureur », comme l’a dit Shakespeare. Selon lui, ceux qui croient à la rédemption – soit aux religions et aux idéologies – ne sont que des corrupteurs. Atalia, pour sa part, considère la gent masculine comme une catastrophe ambulante. Elle couche avec tous les hommes, avant de les jeter. Elle ne voit en eux que des adolescents attardés.

Le lecteur va assister au petit miracle du rapprochement entre ces trois-là, qui finiront par s’aimer. Le sujet de ce roman n’est pas à chercher du côté des idéologies. Je ne prône ni le christianisme ni l’athéisme. Il ne s’agit pas non plus d’être pour ou contre l’État d’Israël, même si ces idées sont présentes en arrière-plan. J’espère que les lecteurs percevront l’ensemble comme une musique de chambre : trio ou quintette, si l’on inclut les spectres. J’aime autant Judas que Jésus. J’aime Wald et Abravanel, Shmuel et Atalia. Aucun d’eux, hormis Jésus, n’est dans la douceur de la compassion. L’essence de la création littéraire impose à l’auteur de s’identifier à chacun de ses personnages, quand bien même ils sont aux antipodes les uns des autres.

Shmuel, qui étudie la figure de Judas, le juge indispensable dans la création de la religion chrétienne…

Amos Oz Sans Judas, pas de crucifixion, partant, pas de résurrection et pas de christianisme. Jésus aurait pu continuer d’exercer son ministère en Galilée, faire quelques miracles et mourir d’un infarctus à 83 ans. La Galilée alors grouillait de faux mages. Comme aujourd’hui !

Pourquoi Judas, un homme riche, trahit-il Jésus pour 30 deniers, à peine 600 de nos euros ? Pourquoi lui donne-t-il un baiser ? Et pourquoi va-t-il se pendre ?

Amos Oz C’est là l’une des histoires les plus terribles de l’humanité. Durant deux mille ans, elle a causé la mort d’une multitude de juifs. Pogroms, persécutions en tout genre, l’Inquisition, la Shoah. Judas, en hébreu, c’est le nom d’un des patriarches des douze tribus d’Israël. Judas, c’est aussi la Judée. Par glissement, ce prénom donnera le mot juif. Il semble que nous, juifs, soyons tous des traîtres et que nous ayons tous vendu Dieu. Nous avons tous de l’argent et, par conséquent, nous avons corrompu le monde.

À ce stade du récit, je ne mets pas l’accent sur l’antisémitisme. Je fais simplement allusion à la figuration du juif dans la peinture de la Renaissance, notamment dans les représentations de la Cène. Le juif y est déjà caricatural.

Shmuel voit en Judas le plus fidèle et le plus croyant des disciples. Celui-ci croit en Jésus plus que Jésus lui-même. Pour lui, la crucifixion est le prélude au royaume de Dieu sur terre. C’est à reculons que Jésus se rend à Jérusalem, car il n’a pas envie de mourir. Judas, homme influent, tente de le convaincre d’y aller. Ni les Romains ni les grands prêtres n’étaient très chauds pour la crucifixion. Judas s’en charge, grâce à ses nombreux contacts. Il n’a qu’à passer deux ou trois coups de fil. Pour mettre un peu de piment dans la sauce, il imagine de placer deux brigands de part et d’autre du Christ. Jésus agonise et, à sa mort, Judas prend conscience qu’il l’a vraiment tué, exactement comme le veut la tradition antisémite, mais pour une raison totalement inverse. La conclusion de Shmuel est donc qu’avec la mort de Judas disparaît le seul, le premier et l’unique chrétien. Sa version est sans doute plus cohérente que celle de l’Évangile.

Vous identifiez-vous à Judas en tant que traître ?

Amos Oz J’ai été souvent traité de traître dans ma vie. C’est un honneur.

Comment votre livre a-t-il été reçu en Israël ?

Amos Oz Il y a été fortement controversé. En France aussi. Mon livre est une provocation difficile à avaler pour les sionistes conventionnels et les chrétiens du même tabac. En Israël, on a dit que c’était un mauvais coup porté contre le sionisme et l’État d’Israël.

Comment voyez-vous la société israélienne actuelle ?

Amos Oz La politique est très mauvaise. Les Palestiniens devraient avoir un État. J’ai été contre la colonisation dès la guerre de 1967. Le pays est très petit. Les Palestiniens n’ont nulle part où aller. La situation est la même pour les Israéliens. Ils sont semblables. Pourquoi ne dormiraient-ils pas ensemble ? Après un siècle de haine, on ne peut coucher ensemble d’un seul coup. Il vaudrait mieux d’abord partager la maison en deux appartements séparés. Quand aura-t-on la même horloge ? Difficile d’être prophète en un pays qui en a déjà tant.

Entretien réalisé par Muriel Steinmetz, Traduction assurée par Sylvie Cohen
Amos Oz, disparition d'un écrivain apôtre de la paix (L'Humanité, 28 décembre 2018)
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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 14:37
Stephane Peu et Laurence Cohen (parlementaires PCF) au côté des Kurdes et de France Kurdistan: stop Erdogan!

Stephane Peu et Laurence Cohen (parlementaires PCF) au côté des Kurdes et de France Kurdistan: stop Erdogan!

 

Collectif Paix et Démocratie - Solidarité avec les peuples de Turquie(18 décembre 2018)

 

Le nouveau contexte des élections de juin 2018

Erdogan est devenu en 2014, le premier président de la République élu au suffrage universel. Les amendements constitutionnels, entrés en vigueur en 2018, qui établissent un régime hyperprésidentiel, lui permettent de gouverner en autocrate sans contre-pouvoirs.
Il entend être le dirigeant d'une nouvelle Turquie. Pour cela, il promeut un islam politique turc, il redéfinit le nationalisme dans la perspective de retrouver une grandeur perdue sur la base d'une refondation civilisationnelle. Ce projet a commencé à se concrétiser dans plusieurs sphères de la vie publique et privée par des postures moralistes, intrusives et paternalistes (enseignement religieux, restrictions des droits des femmes, vente d'alcool...).

L'autoritarisme, profondément ancré dans la vie politique et sociale, a permis à Erdogan de poursuivre une politique de refondation conservatrice. Le nationalisme à connotation ethnoreligieuse est le plus grand dénominateur commun idéologique de la société turque. L'image de la Turquie comme puissance assiégée reste vive dans l'imaginaire populaire. Il permet de justifier la politique de répression face aux prétendus périls extérieurs et intérieurs. Cet autoritarisme qui se traduit par une paramilitarisation de l'appareil d'État fait bon ménage avec les politiques néolibérales.

Depuis la disparition de la carte européenne pour établir son pouvoir, Erdogan a misé sur la polarisation sociale pour s'assurer du soutien des sunnites conservateurs. Il attise les fractures de la société turque : ethniques (kurdes), confessionnelles (alévis) et culturelles (modernistes). Il est le défenseur de l'unicité de la nation face aux Kurdes. Au nom de l'oumma il refuse aux alévis de séparer leurs lieux de culte des mosquées.

Le majoritarisme constitue la limite de sa conception démocratique. Mais comme la plupart des régimes autoritaires il a besoin de la souveraineté incarnée dans le suffrage universel. D'où la nécessité de remporter les élections. Erdogan s'appuie sur une large base sociale constituée de la bourgeoisie anatolienne, des différents milieux islamistes et des populations les plus pauvres convaincues que la résolution des problèmes sociaux se relève de la charité. Il dispose enfin d’un quasi-monopole des médias. Le scrutin de juin a montré que les 2/3 des électeurs turcs votent pour des formations conservatrices ou ultranationalistes.

Purges, violations des droits de l'Homme et crise économique

Depuis plusieurs années maintenant, la répression ne faiblit pas et s'est amplifiée depuis la tentative avortée du putsch de juillet 2016. Des coups de filets sont annoncés chaque semaine.

220 000 personnes ont été interpellées depuis le coup d’État et plus de 50 000 condamnés. Médias, secteurs éducatifs, judiciaires, militaires, économiques sont affectés. La répression a des ramifications à l'étranger : pression sur des États mais aussi disparitions et enlèvements (dont 200 revendiqués), intimidations et pressions diplomatiques, tortures dans des centres de détention arbitraires.

Cette répression frappe tous les opposants et notamment les démocrates : syndicalistes, défenseurs des droits de l'Homme et plus particulièrement le HDP : 5 000 militants, la quasi-totalité des parlementaires et des maires ont été ou sont incarcérés.

Mais ne nous y trompons pas, ce régime de guerre et de terreur place la Turquie au bord du gouffre.

- Sur le plan économique : Le PIB de la Turquie a augmenté de 30% en 16 ans et ses taux de croissance demeurent impressionnants (7,2% en 2017). Cependant cette économie n'en connaît pas moins des difficultés structurelles. En 2018 et 2019, la croissance devrait être divisée par 2 alors que la livre a perdu 40% de sa valeur, l'inflation flirte avec les 20% et que le chômage s'accroît. Les investissements reculent alors que l'endettement explose. Cette crise monétaire s'explique fondamentalement par la politique du dollar fort. L'économie turque est trop dépendante du dollar pour combler le déficit de ses comptes courants et rembourser la dette de son secteur privé.

- Sur le plan politique : L'AKP a connu un net recul aux législatives de juin 2018 et ne doit sa majorité qu'à une alliance avec l'extrême droite. Mais Erdogan n'est pas parvenu à endiguer les contestations et les résistances. Il a échoué dans sa tentative d'éliminer le HDP, seule force progressiste et pacifiste turque qui parvient à dépasser 10% des voix et dispose d'un groupe parlementaire. Les mouvements sociaux contre la crise connaissent une vigueur nouvelle en dépit de l'interdiction de la grève dans de nombreux secteurs et des arrestations. Les mobilisations sont également fortes sur la défense des libertés : mouvements des femmes, grève de la faim dans les prisons à l'image de la députée Leyla Güven, le succès de librairie de l'ouvrage de S. Demirtas... L'action opiniâtre des parlementaires HDP auprès de la Cour Européenne des Droits de l'Homme a abouti à un arrêt exigeant la libération immédiate de S. Demirtas... qu'Erdogan a rejeté. Dans la même perspective, la commission des Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe vient de recommander la sortie du PKK de la liste des organisations terroristes. De telles décisions mettent en difficultés Ankara et répondent à la demande de paix des peuples de Turquie.
Les démocrates turcs n'ont pas dit leur dernier mot. L'heure est plus que jamais à la solidarité internationaliste.

Le retour de la Turquie sur la scène internationale

Les choix géostratégiques de la Turquie de 2011 à 2016 l'avaient placée dans une situation croissante d'isolement. Ankara n'était pas parvenue à renverser le régime de Bachar al-Assad et avait vu avec stupeur s'installer, à sa frontière nord, un espace kurde autonome.

Aujourd'hui la Turquie est sortie de cet isolement diplomatique depuis son rapprochement avec Moscou en 2016. Elle se replace dans le jeu régional.

- Elle a pu lancer en 2016 et 2018 (Afrin) des opérations contre les Kurdes lui permettant d'établir un protectorat dans le nord de la Syrie installant des rebelles djihadistes et empêchant l'unification des cantons kurdes. Elle s'apprête à engager une nouvelle offensive généralisée au Rojava contre des Kurdes, affaiblis dans leurs capacités militaires et diplomatiques avec des djihadistes recyclés , l'appui de l'artillerie et des drones. Cela constituerait un nouvel embrasement régional

- La décision de Poutine, mobilisé pour parvenir à une paix en Syrie, d'accorder sa confiance aux Turcs dans le règlement d'Idlib est un élément essentiel dans la mesure où Ankara a la capacité de négocier avec les organisations djihadistes.

- Un mini-sommet organisé à Istanbul avec la Russie, la France et l'Allemagne, pour discuter d'un schéma de sortie de crise et envisager la reconstruction de la Syrie conforte et confirme le rôle incontournable de la Turquie. Elle se permet le luxe de remettre en scène Paris et Berlin qui n'ont aucun poids.

- L'affaire Khassoghi amplifie cette capacité de la Turquie à peser sur les évolutions régionales et de devenir incontournable. Elle met en lumière les rivalités entre la Turquie et l'Arabie Saoudite pour devenir le porte-étendard de l'islam sunnite.

La région est traversée par deux axes antagoniques :

. La Turquie et le Qatar, favorables aux Frères Musulmans et hostiles au wahhabisme de Riyad

. L'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et l'Égypte s'opposent à cet islam politique. Les Frères Musulmans sont perçus comme des terroristes.

Les États-Unis, marginalisés à l'échelle régionale, prennent la mesure de ces évolutions.
Ces derniers mois, plusieurs dossiers ont introduit des divergences entre les États-Unis et la Turquie. La plus importante réside dans le soutien apporté par Washington aux Kurdes du PYD. Il s'agit d'un dossier vital pour la Turquie. Mais dissensions et frictions ne veulent pas dire séparation d'autant qu'ils disposent d'intérêts communs au sein de l'OTAN.
Pour les États-Unis la marge est étroite. Trump a encore besoin de donner, pour quelque temps encore, des gages aux Kurdes dans la lutte contre les dernières poches de l'État Islamique, avant d'envisager le retrait. Mais il est clair que l'objectif est de parvenir à créer une zone sous contrôle de l'OTAN dans le nord de la Syrie, par l'intermédiaire de la Turquie et de ses alliés.
Washington a besoin de conserver de bonnes relations avec la Turquie afin de tenter de contrecarrer l'influence russe et iranienne. Les relations avec Ankara sont infiniment plus importantes qu'avec les Kurdes d'Irak ou de Syrie. Les États-Unis ont dernièrement mis à prix la tête de trois dirigeants du PKK. Le statut de pivot central de la Turquie au sein de l'OTAN doit être préservé d'autant que Trump envisage de créer une OTAN "arabe".

Nos tâches

Afin d'empêcher des engrenages mortifères et de faire prévaloir la paix, la solidarité avec les peuples de la région est indispensable.

1. Manifestation du 12 janvier 2019
En 2013, trois militantes kurdes étaient assassinées dans Paris. La justice française a reconnu ce crime d'État et a identifié le MIT (services secrets turcs) comme commanditaire. L'ambassadeur actuel de Turquie en France, Ismaël Hakki Musa, était alors directeur adjoint du MIT. Le procès n'a pas eu lieu en raison de la mort du meurtrier mais de nouvelles procédures judiciaires sont engagées. Comme chaque année, une manifestation européenne, se tiendra le 12 janvier à l'initiative des organisations kurdes. Chaque année, le PCF y participe à un haut niveau avec ses élu(e)s. Notre visibilité est donc indispensable (drapeaux, badges...).

2. Célébration de Newroz
À quelques jours des élections municipales en Turquie, les Kurdes célébreront leur nouvel an (week-end du 21 mars). Partout où Newroz sera célébré, le PCF s'y exprimera. Le collectif tient à la disposition des fédérations une trame d'intervention.

À ces deux initiatives nous reprendrons nos mots d'ordre STOP ERDOGAN ! et nous aurons probablement un matériel (autocollant) autour du thème : Paix et Démocratie avec les Peuples de Turquie

Pascal TORRE

 

Alerte Rojava / Soutien total au PYD, aux peuples et à sa jeunesse contre la barbarie (PCF, 20 décembre 2018)

 

 

Pascal Torre, avec Berivan Firat, et une militante de France-Kurdistan, au stand du PCF Finistère à la fête de l'Huma 2018: solidarité avec les démocrates et les peuples opprimés de Turquie, le combat des Kurdes pour l'égalité et la liberté!

Pascal Torre, avec Berivan Firat, et une militante de France-Kurdistan, au stand du PCF Finistère à la fête de l'Huma 2018: solidarité avec les démocrates et les peuples opprimés de Turquie, le combat des Kurdes pour l'égalité et la liberté!

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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 08:34

 

Soudan : Le PCF apporte son soutien au mouvement populaire pour la justice sociale et la démocratie

 

Depuis quelques jours, des manifestations secouent le Soudan.

Par milliers, travailleuses et travailleurs, étudiant-e-s, jeunes et moins jeunes arpentent pacifiquement les rues des différentes villes du pays pour demander la fin des politiques néolibérales et antisociales imposées par le Fonds monétaire internationale (FMI).

Face à cette demande démocratique, le régime d'Omar Al Bachir, oppose son arme favorite : la répression ! A ce jour, on déplore des dizaines de blessés et un mort.

Des centaines de manifestants pacifiques parmi lesquels des enfants de moins de 13 ans ont été arrêtés.

Le Parti communiste français (PCF) condamne la répression en cours au Soudan et apporte son plein soutien à la lutte du peuple soudanais pour la démocratie, la justice et la paix, et demande aux autorités françaises de condamner publiquement le régime soudanais.

Le PCF exprime son entière solidarité au Parti communiste soudanais (SCP) engagé sans répit dans la lutte pour libérer le Soudan de l'oppression et de la tyrannie d'Al Bachir.

Parti communiste français
Paris, le 21 décembre 2018

Soudan : Le PCF apporte son soutien au mouvement populaire pour la justice sociale et la démocratie (communiqué du PCF, 21 décembre 2018)
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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 07:04
Manifestation contre l'invasion turque à Afrin dans une région tenue par les forces démocratiques kurdes qui y ont combattu les Islamistes, notamment Daesch. Les Etats-Unis (et la France) avaient laissé les forces turques d'Erdogan avec leurs supplétifs de l'Armée Libre Syrienne envahir la région contrôlée par leurs anciens alliés kurdes contre l'Etat Islamique

Manifestation contre l'invasion turque à Afrin dans une région tenue par les forces démocratiques kurdes qui y ont combattu les Islamistes, notamment Daesch. Les Etats-Unis (et la France) avaient laissé les forces turques d'Erdogan avec leurs supplétifs de l'Armée Libre Syrienne envahir la région contrôlée par leurs anciens alliés kurdes contre l'Etat Islamique

Syrie : « L’Etat islamique se nourrira du chaos et du vide politique causé par un retrait » des Etats-Unis
Syrie : « L’Etat islamique se nourrira du chaos et du vide politique causé par un retrait » des Etats-Unis

Pour le spécialiste Patrick Haenni, les Occidentaux doivent laisser aux Kurdes le temps de préparer une sortie de crise négociée avec la Turquie et la Syrie.

Propos recueillis par Allan Kaval Publié le 20 décembre 2018

Si elle est rapidement suivie d’effets concrets, la décision, inattendue et brutale, de Donald Trump de retrait des forces américaine en Syrie est susceptible d’engendrer un bouleversement majeur des rapports de force régionaux. Entraînant celui des autres pays de la coalition internationale, dont la France, un tel départ laisserait sans protection les territoires du nord-est de la Syrie, tenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, qui ont joué un rôle majeur dans la lutte contre l’Etat islamique (EI). La région se trouverait alors à la merci de la Turquie, hostile aux Kurdes de Syrie, et du régime syrien.

Patrick Haenni est expert de terrain, spécialiste du nord-est de la Syrie et conseiller pour le Centre pour le dialogue humanitaire (HD). Cette organisation, basée à Genève, œuvre à prévenir, atténuer et résoudre les conflits armés par le biais du dialogue et de la médiation. Depuis près de vingt ans, le HD est engagé dans plus de quarante initiatives de dialogue et de médiation dans plus de vingt-cinq pays.

Le chercheur estime qu’il est nécessaire de laisser le temps aux autorités à dominante kurde de la région de trouver une sortie de crise négociée, seul moyen d’éviter une situation chaotique dont l’Etat islamique, qui a conservé sa capacité de nuisance, pourrait profiter pour se régénérer.

Donald Trump a justifié sa décision de retrait en déclarant que l’Etat islamique avait été vaincu en Syrie, est-ce réellement le cas ?

L’Etat islamique a perdu l’essentiel des territoires autrefois placés sous son contrôle en Syrie, mais cela ne veut en aucun cas dire que l’organisation djihadiste a été vaincue. Il est très important de comprendre que l’affaissement territorial de l’Etat islamique ne signifie pas la fin de sa capacité de mobilisation. D’abord, même si les forces djihadistes et leurs structures de gouvernance ont été chassées des vastes territoires, repris depuis 2014 par les Forces démocratiques syriennes (FDS) à dominante kurde dans le nord-est de la Syrie, l’Etat islamique n’y a pas perdu tous ses relais.

Les cellules dormantes, même dans les territoires contrôlés par les FDS, sont extrêmement nombreuses

L’organisation est toujours présente, clandestinement. Les cellules dormantes, même dans les territoires contrôlés par les FDS, sont extrêmement nombreuses. Sa capacité à recruter localement se maintient. C’est notamment le cas dans des zones récemment reprises par les FDS, comme la région de Deir ez-Zor, frontalière de l’Irak, véritable cœur historique de l’Etat islamique, où des combats avaient encore lieu mi-décembre autour de la localité de Hajine.

Le travail est loin d’être terminé dans cette région, car la poursuite tardive des combats au sol a retardé tout plan de contrôle sécuritaire efficace, contrairement à ce qui a pu se faire tant bien que mal dans l’ancienne capitale de l’Etat islamique, Rakka, reprise par les FDS avec le soutien des Etats-Unis et de la coalition fin 2017. Dans la région de Deir ez-Zor, l’EI peut aussi tirer parti des divisions profondes qui segmentent les groupes tribaux arabes dont certaines franges ont, par le passé, fait le pari du ralliement à l’Etat islamique pour se renforcer vis-à-vis des autres dans le cadre de conflits portant sur la terre, le contrôle des ressources, l’autorité dans les structures tribales.

La bataille de la région de Deir ez-Zor n’est pas à proprement parler terminée. Or cette bataille n’est pas celle des Kurdes, mais celle qu’ils mènent pour le compte de l’Occident. Si celui-ci se désengage avec le retrait américain et que les garanties que leur offrait la coalition s’évanouissent, les FDS, dominées par les Kurdes, n’auront aucun intérêt à poursuivre leur effort contre les djihadistes. Placées sous la menace de voisins hostiles (la Turquie et le régime syrien), qu’un retrait américain rendrait libre de les attaquer, elles devront revoir leurs priorités et repositionner leurs forces ailleurs, sans pouvoir déraciner l’EI de cette région, à partir de laquelle il pourra se régénérer.

Du point de vue de l’Etat islamique, un retrait américain se traduirait donc par une réduction de la pression au niveau local, qui lui permettrait d’exploiter pleinement ces atouts, ce vivier de sympathisants potentiels. Et, dans son histoire, l’EI a montré que, même très affaibli, il a su rebondir de manière surprenante à chaque fois que la pression militaire qui s’exerçait contre lui a diminué.

Lire aussi Avec leur départ de Syrie, les Etats-Unis prennent de court leurs alliés et comblent leurs adversaires
Un retrait américain représenterait en fait une aubaine pour l’EI ?

Dans des régions comme celle de Deir ez-Zor, l’Etat islamique, qui n’a pas perdu sa capacité de nuisance, bénéficie d’un vivier de recrutement dans lequel il pourra plus facilement puiser si la fin de la présence américaine conduit les FDS à abandonner leur effort de reprise en main. S’il est mené sans intervention directe des Etats-Unis et de la coalition, la mise en place d’un dispositif sécuritaire visant à faire pression sur les réseaux djihadistes ne peut se faire si le retrait américain rebat toutes les cartes et déstabilise les rapports de forces dans la région.

Aussi, si l’encadrement kurde de FDS se retrouve dans l’incapacité à organiser la gouvernance et la surveillance de ces zones, des sympathisants de l’Etat islamique, des membres des anciennes structures civiles de l’organisation, les personnes en quête de revanche suite aux abus commis localement par les FDS offrent un réservoir bien réel et disponible pour des recrutements de tous genres.

A ces derniers s’ajoute la grande masse des personnes impliquées localement dans les structures de l’Etat islamique qui n’ont pas été inquiétées par les services de sécurité des FDS. Ces dernières n’avaient pas les moyens de mettre tout le monde en prison et ont mené une politique d’amnistie où les notables tribaux locaux ont joué un rôle de garant. Est-ce que l’Etat islamique pourra mobiliser à nouveau ses anciens affiliés dans le nouveau contexte qui s’annonce ? Pas en bloc, c’est certain. Mais les djihadistes vont tenter de déstabiliser la zone autant qu’ils le pourront en s’appuyant sur tous ceux qu’ils pourront influencer ou acheter.

Lire aussi Syrie : la grande peur des Kurdes, abandonnés en terrain hostile
Dans le contexte qu’ouvre la perspective du retrait américain, comment les puissances occidentales peuvent-elles éviter une résurgence de l’Etat islamique ?

L’Etat islamique se nourrit du chaos et du vide politique, des conséquences qu’on peut attendre d’un retrait précipité des Etats-Unis. En effet, un tel recul risque de conduire à une course de vitesse entre le régime syrien, son allié iranien et la Turquie pour la reprise des territoires tenus par les FDS et alors privées de la protection américaine.

Cette escalade, qui conduirait à des déstabilisations majeures, est possible alors même qu’aucun des acteurs en place n’y a intérêt. Pour la Turquie, une invasion militaire massive, importante, est possible mais difficile et coûteuse et assortie d’un risque d’exportation de la crise vers ses propres régions kurdes. Pour le régime et l’Iran, le vide créé par un départ américain est problématique car ils savent très bien qu’un retrait précipité favorisera la Turquie, qui a plus de capacités immédiates de projection de puissance.

La clé, à présent, est donc de gagner du temps pour permettre un dénouement négocié qui éviterait le chaos et laissera une marge de manœuvre réduite à l’Etat islamique. Mais il n’y aura pas de sortie de crise pour les Kurdes sans des choix politiques douloureux. Il s’agira de concessions massives à la Turquie pour éviter la guerre, ou de concessions massives à Damas pour permettre au régime de se poser en alternative à une agression turque.

Un arrangement bilatéral avec Damas consisterait à accepter un accord qui signifiera la fin de l’autonomie militaire des FDS et la réintégration de leurs structures politiques dans le giron de l’Etat, et selon les termes imposés par le régime. Cela reviendrait à sacrifier son projet politique au nom du refus d’une guerre qu’il juge ne pas pouvoir gagner. Eviter la guerre avec la Turquie signifierait un pari historique pour le mouvement kurde, renoncer au combat contre la Turquie au nom d’une priorité mise sur la préservation de son projet en Syrie.

Il est donc vital de laisser aux leaders du mouvement kurde la possibilité de penser une sortie de crise négociée et politique, la seule capable d’éviter que le nord-est du pays, qu’il contrôle, vienne s’ajouter à la liste déjà longue des guerres qui ont éclaté dans le sillage du soulèvement syrien. Pour cela, il leur faut du temps, ce qui est le minimum que l’Occident peut donner à son allié d’hier, pour lui permettre, finalement, de faire ses choix, aussi douloureux

 

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