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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 12:51
Camilla Vallejo et Karol Cariola (photo L'Humanité, septembre 2019)

Camilla Vallejo et Karol Cariola (photo L'Humanité, septembre 2019)

lu sur le blog: https://www.editoweb.eu/nicolas_maury
L'initiative des député.e.s du Parti communiste, a été soutenue par le bloc de l'opposition au sein de la Chambre des député.e.s. Comme l'a expliqué la députée Camila Vallejo, la proposition est étayée par diverses études scientifiques et vise à améliorer la qualité de la vie des travailleurs-travailleuses chilien.ne.s - article et traduction Nico Maury

Avec un résultat de 88 voix pour, 24 contre et 27 abstentions, la Chambre des député.e.s du Chili a soutenu le projet visant à ramener la journée de travail hebdomadaire à 40 heures contre 45 actuellement. L'initiative venant des député.e.s communistes, avec le soutien de l'opposition, inflige une nouvelle défaite au gouvernement de droite réactionnaire de Sebastián Piñera.

"C’est une lutte sans relâche contre ce gouvernement qui a déclaré la guerre aux 40 heures (…). Ce projet vise à donner aux familles un peu plus de dignité humaine. C'est un moment de victoire, mais il manque encore des étapes », a déclaré la députée communiste Camila Vallejo, principale promotrice du projet avec sa camarade Karol Cariola.

La députée communiste Karol Cariola, a expliqué après le vote que "c'est une bonne nouvelle pour le pays". Mais "ce n'est pas la solution à tous les problèmes" que connaît actuellement le Chili, qui s'est soulevé pour protester pour exiger des réformes sociales contre la misère et l'inégalité.

Les réactionnaires et le patronat soutenait le projet de Sebastián Piñera qui visait la réduction du temps de travail à 41H, mais introduisait une flexibilité renforcée et une baisse progressive du temps de travail, selon le bon vouloir du patronat.

 
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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 05:58
Lydia Samarbakhsh, responsable du secteur international du PCF

Lydia Samarbakhsh, responsable du secteur international du PCF

En 6h de discussion, RT Erdogan et Vladimir Poutine ont "réglé le cas des Kurdes" pour mettre un terme à la construction démocratique du Rojava.

Ainsi, sans scrupule, l'invasion militaire turque en Syrie débouche sur un effroyable et cynique crime humain et politique sans que les dirigeants de nos pays - pourtant si loquaces d'ordinaire en matière de droits humains, démocratie ou liberté quand il s'agit de bombarder et occuper eux-mêmes l'Afghanistan, l'Irak ou la Libye - ne tentent quoi que ce soit pour stopper les troupes turques au Rojava.

L'opération odieusement nommée SpringPeace n'était qu'une entente (tacite?) entre Erdogan et Bachar al Assad pour écraser le Rojava et massacrer les Kurdes. L'un comme l'autre préfèrent encore mille fois leur ennemi utile Daesh, ils l'ont définitivement prouvé, à toute tentative démocratique et laïque.

L'histoire retiendra la monstrueuse complicité des dirigeants occidentaux avec les fascistes Assad et Erdogan, l'habileté toute aussi monstrueuse de Poutine, tous ayant su se servir adroitement d'un dangereux et incontrôlable président Trump qui leur a servi sur un plat en argent le Rojava, le peuple kurde et tout ce qui fait notre commune humanité.

Alors, Emmanuel Macron, Jean-Yves Le Drian, combien de temps encore la France va-t-elle dire que l'intégrité et la souveraineté territoriale de la Syrie est "sauvegardée"?
Va-t-elle rester dans cette coalition contre Daesh qui ne doit son unique victoire militaire qu'aux seuls YPG?
Va-t-elle rester dans une alliance politico-militaire, l'OTAN, dont la 2e armée - la Turquie - a violé impunément le droit international et procédé à un nettoyage ethnique?
Va-t-elle céder au chantage turc et abandonner de nouveau réfugiés, kurde et population syrienne alors que la Turquie a remis en selle Daesh et Bachar?
Va-t-elle se contenter d'"envier" et de mépriser Poutine alors qu'il aurait fallu une certaine intelligence diplomatique depuis bien longtemps pour briser l'entente Bachar-Poutine-Erdogan?
Croyez-vous réellement qu'"on" puisse en rester là, qu'Erdogan ne lorgne pas maintenant vers l'Azerbaïdjan?...

Vos lâchetés et calculs à 3 sous nous désespèrent mais nous ne nous laisserons pas abattre car nous avons le devoir, nous qui sommes à l'abri, nous qui aux creux des lits faisons encore des rêves, de poursuivre sans faiblir et d'amplifier la mobilisation et la solidarité internationale pour les Kurdes et les FDS, les populations du Rojava, le peuple syrien qui il y a 11 ans s'est levé pour la justice sociale et la démocratie, pour les peuples de Turquie qui tous les jours affrontent la haine, les tentatives d'humiliation et la répression des islamo-conservateurs de l'AKP d'Erdogan, pour les millions d'Irakiens qui luttent contre la misère, la corruption et l'ingérence étatsunienne comme iranienne, pour le peuple iranien qui n'a pas renoncé à la paix, à la démocratie et à la liberté, pour le peuple palestinien dont le droit à un État, aux côtés d'Israël, finira par l'emporter, pour le peuple libanais qui s'est levé pour la justice sociale et contre les affairistes au pouvoir, pour le peuple afghan que vous avez piétiné, pour les démocrates israéliens, pour le peuple yéménite sacrifié sur l'autel de vos ventes d'arme, pour les peuples et forces démocratiques du Bahrein et du Koweït constamment ignorés...

La responsabilité de la France ni de quelque pays, aussi puissant soit-il, que ce soit, n'est pas de décider à la place des peuples mais de soutenir leurs luttes pour l'émancipation. Non pas des déclarations mais par des actes. Nous saurons vous y contraindre.

"Dirigeants du monde, avait dit le précédent secrétaire général de l'ONU, êtes là pour servir les peuples", nous saurons vous le rappeler chaque jour, vous êtes au service du peuple et non l'inverse, qu'il s'agisse de la politique intérieure ou internationale.

Lydia SAMARBAKHSH
responsable à l'International du PCF
Paris, le 22 octobre 2019

RT Erdogan et Vladimir Poutine se mettent d'accord en 6h de discussion pour régler le "cas kurde" (Lydia Samarbakhsh, responsable du secteur international du PCF)
Informations du secteur international du PCF concernant l'invasion turque du Rojava:
[SÉNAT]

Pierre LAURENT est intervenu sur l'inoffensive militaire menée par la Turquie au nord-est de la Syrie: "L’heure n’est pas aux mots. Elle est à l’action, à la mobilisation, aux paroles qui résonnent en actes. Parce que la France ne peut pas assister au massacre que le pouvoir d’Erdogan veut perpétrer en laissant dire: «ils n’ont rien fait». Plus que jamais, tout doit être fait pour sauver nos amis kurdes et les populations installées ou réfugiées dans le Nord-est de la Syrie.

 

[ARTICLE]

Pour que vive le Rojava: Stop Erdogan!

La situation du Rojava est catastrophique. Les combats ont atteint un niveau de brutalité exceptionnel comme en témoignent le nombre de victimes civils et militaires et l'exode des 160 000 déplacés dont 70 000 enfants annoncés par l'ONU. Le Rojava pacifiste, féministe, démocratique et progressiste agonise entraînant dans sa chute une nouvelle phase de violence en Syrie, au Moyen-Orient mais aussi dans le monde. [LIRE LA SUITE...]

Article du secteur international du PCF paru dans CommunisteS du 16 octobre 2019.

[ASSEMBLÉE NATIONALE]

Jean-Paul LECOQ est intervenu le 15 octobre dernier sur la question de la place de l’OTAN dans l’invasion de la Turquie dans le nord de la Syrie: "Cette attaque insupportable est aussi le fruit d’une paralysie puisque dans le cadre de l’OTAN, les pays comme la France, l’Allemagne, les États-Unis ou la Turquie sont alliés. Donc on ne peut pas facilement intervenir contre son allié… Usurpant le multilatéralisme de l’ONU, empêchant l’Union européenne d’avoir une véritable politique extérieure indépendante, obligeant les États membres à donner beaucoup d’informations aux USA, sans compter l’obligation pour les États membres de dépenser 2 % de leur PIB pour leur défense, il faut en finir avec l’OTAN!"

[ARTICLE]

Pour l’honneur des Kurdes et le nôtre

La lâche décision de «l’égocrate» de la Maison Blanche de quitter le Kurdistan syrien pour laisser les mains libres au non moins «égocrate» d’Ankara affecte douloureusement tous les démocrates et partisans de la paix. [LIRE LA SUITE...]

Article de Patrick LE HYARIC, directeur de l'Humanité, paru le 15 octobre 2019.

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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 05:44
Pour la libération immédiate de Georges Ibrahim Abdallah (Fabien Roussel, secrétaire national du PCF)

COMMUNIQUE DE PRESSE

Pour la libération immédiate de Georges Ibrahim Abdallah (Fabien Roussel)


La détention Georges Ibrahim Abdallah, le plus vieux prisonnier d’Europe, n’a que trop duré, il doit être libéré immédiatement après 36 ans dont 20 ans au-delà de sa peine incompressible et ce, au mépris de tout principe de justice d'un État de droit.

Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour d’assises spéciale de Lyon en 1987, il était accusé de complicité dans l’assassinat de deux diplomates à Paris en 1982, l’Américain Charles Ray et l’Israélien Yacov Barsimentov. Toutes ces demandes depuis 1999, date depuis laquelle il est libérable, ont été rejetées ou cassées par décision du gouvernement français, exclusivement pour des motivations politiques.

En ce triste anniversaire, le PCF demande à nouveau instamment le respect des décisions de justice qui ont approuvé la libération de Georges Ibrahim Abdallah.

Le gouvernement français doit rompre avec son allégeance aux pressions américaines et israéliennes transformant la justice française en instrument de vengeance, contraire à tout principe de droit dans notre pays.

Fabien Roussel
Député du Nord
Secrétaire national du PCF
 

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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 05:27

 

Le cessez-le-feu en vigueur depuis cinq jours a expiré mardi soir. Hier également, le président turc a rencontré son homologue russe. La tension est toujours vive, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées et la situation humanitaire s’aggrave.

 

1 pourquoi Recep Tayyip Erdogan s’est-il rendu à Sotchi pour rencontrer Vladimir Poutine ?

Le président turc tente de maintenir un savant équilibre entre les intérêts des deux principales puissances engagées sur le terrain syrien, les États-Unis et la Russie qui, de différentes manières, ont donné l’une et l’autre un feu vert pour son opération militaire. Mais, si les troupes américaines se retirent du nord-est de la Syrie où elles étaient stationnées, ce n’est pas le cas des Russes, dont les soldats sont bien présents. D’ailleurs, si Moscou a dit comprendre certaines des revendications d’Ankara, le Kremlin a en réalité freiné l’avancée turque, en encourageant un dialogue entre Damas et les Kurdes. Dès lors, Erdogan devait en rabattre. Il a fait venir le vice-président américain en Turquie pour annoncer un cessez-le-feu assez flou (les Turcs parlant de « pause » et les zones elles-mêmes prêtaient à confusion), mais s’est déplacé en personne en Russie. Toujours bravache, il déclarait avant de rencontrer Poutine qu’il s’agirait de désarmer des « terroristes », c’est-à-dire des Forces démocratiques syriennes (FDS), et laissait entendre que son armée (mais aussi ses supplétifs islamistes regroupés sous le nom d’Armée nationale syrienne) se déploierait sur un secteur frontalier long de 120 kilomètres et profond de 30 kilomètres en territoire syrien, entre les villes de Tall Abyad à l’ouest et Ras al-Aïn, à l’est. Le prétexte étant la création d’une « zone de sécurité », en réalité une façon de masquer le nettoyage ethnique programmé. Sinon, pourquoi ne pas avoir installé une telle zone de sécurité en territoire turc ?

Il en fallait plus pour impressionner Vladimir Poutine qui, dès le début de la rencontre, a asséné devant son homologue turc : « La situation dans la région est très grave », appelant à « trouver une solution même aux questions les plus difficiles ». La veille, un conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, interrogé sur les pourparlers Poutine-Erdogan, précisait : « Pour nous, l’essentiel, c’est d’arriver à une stabilité durable de la Syrie et de la région, et nous considérons que ça ne sera possible qu’en rétablissant l’intégrité de la Syrie. » En un mot, pas un pouce de territoire syrien ne doit échapper au pouvoir central. Un avertissement qui s’adresse autant à la Turquie qu’aux représentants des Kurdes. Mais ces derniers sont en position de faiblesse politique et ne peuvent désormais faire valoir grand-chose. La Turquie, elle, partie prenante du processus d’Astana (devenu celui de Sotchi) avec la Russie et l’Iran, a de nombreuses cartes à faire valoir. Ce que sait très bien le président syrien Bachar Al Assad dont le pouvoir, s’il a été renforcé depuis l’intervention russe de l’automne 2015, reste encore fragile. D’autant que des discussions sont toujours en cours à Genève sous l’égide de l’ONU.

 

2 - Que signifie le déplacement, le même jour, du président syrien Bachar Al Assad dans la province d’Idleb ?

« La bataille d’Idleb est la base pour mettre fin au désordre et au terrorisme dans toutes les régions syriennes », est venu dire, sur le front même, le président syrien. C’est dans cette région du Nord-Ouest, en effet, que se sont regroupés tous les islamistes et les djihadistes battus dans les autres provinces et dominés par Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui s’apparente, par ses pratiques, à Daech. La province d’Idleb et des parties des provinces voisines de Hama, Lattaquié et Alep ont été pilonnées sans interruption par l’armée syrienne, soutenue par l’aviation russe, entre fin avril et fin août. L’armée arabe syrienne de Damas avait également amorcé une progression terrestre jusqu’à la trêve décrétée au mois d’août.

Le déplacement du président syrien ne doit rien au hasard. Il intervient quelques jours après le déploiement de son armée dans des secteurs du nord-est du pays, appelée à la rescousse par les forces kurdes après le lancement de l’offensive turque dans cette région. Il convient pour le raïs de montrer qu’il reste le leader du pays, mais surtout d’affirmer sa présence alors qu’un certain nombre de questions relevant de l’avenir du pays sont discutées sans lui par des puissances extérieures. Soucieux de ne pas s’isoler, il a lancé : « Nous sommes prêts à soutenir toute (…) résistance à l’agression turque », ajoutant que soutenir les Forces démocratiques syriennes dominées par les Kurdes « constitue un devoir constitutionnel et national indiscutable ».

 

3 - Que reste-t-il de la question kurde ?

Lorsque, à la mi-2012, le Parti de l’union démocratique (PYD) kurde installe une nouvelle administration dans le nord-est de la Syrie, qu’il appelle Rojava, une expérience nouvelle et détonante se met en place sur trois cantons : le gouvernorat de Hassaké, à l’extrême nord-est, région frontalière de l’Irak et de la Turquie ; le district de Kobané, sur la frontière turque, et celui d’Afrin, au nord-ouest du pays, lui aussi frontalier de la Turquie. Caractéristique de ce système : il est basé sur l’égalité des peuples, des communautés, des ethnies, des confessions et des genres. C’est cela que Recep Tayyip Erdogan veut détruire, car il a peur que cela fasse tache d’huile en Turquie. Contrairement à ce qui est affirmé, les Kurdes ne revendiquent pas l’indépendance mais une autonomie démocratique.

L’offensive turque a contraint les forces kurdes à faire appel à Damas, qui ne voit pas d’un bon œil politique cette expérience, sans doute trop démocratique. Mais, pour l’heure, les structures administratives mises en place ne sont pas remises en cause. Cela sera-t-il le cas dans l’avenir, lorsque le pouvoir central aura les moyens de prendre les rênes de ces cantons ? Il est trop tôt pour le dire. Mais la question kurde ne pourra pas disparaître des plans discutés pour la Syrie de demain. Ne serait-ce que par le lourd tribut versé par les Kurdes dans la lutte contre Daech. Pour le PYD, la tâche n’est pas mince lorsqu’on sait que, dès la formation d’un conseil de l’opposition dans le courant de l’année 2011, la question kurde n’était pas prise en compte. D’où l’insistance du PYD à pouvoir participer aux discussions en cours au niveau international.

 

4 - Que devient l’opposition syrienne ? Où en est le processus placé sous l’égide de l’ONU ?

Ces derniers mois, l’opposition syrienne a été bien aphone. En réalité, elle ne représente pratiquement plus que les intérêts de certains groupes soutenus par des puissances extérieures. À l’image de l’Armée syrienne libre, qui s’est fondue dans l’Armée nationale syrienne (ANS) créée, financée et armée par la Turquie, et dominée par les islamistes.

Des discussions devraient reprendre bientôt à Genève sous l’égide de l’ONU, notamment pour élaborer une nouvelle Constitution pavant la voie vers une transition en Syrie. Un comité de 150 personnes a été créé en ce sens, mais les discussions sont encore longues. Et il y a un absent de marque : le peuple syrien, qui avait manifesté pour des réformes profondes au printemps 2011 et dont plus personne ne demande l’avis mais au nom de qui tout le monde parle.

Pierre Barbancey

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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 05:25

 

Franck Gaudichaud est universitaire et copréside l’association France Amérique latine. Ce spécialiste du Chili considère que le soulèvement social traduit l’explosion du modèle néolibéral instauré par le général Pinochet. Entretien.

Coauteur de Chili actuel : gouverner et résister dans une société néolibérale (éditions L’Harmattan), Franck Gaudichaud souligne le rôle premier des jeunes dans la révolte actuelle.

 

La hausse du prix du ticket de métro a mis le feu aux poudres au Chili. Cette mesure, sur laquelle le président, Sebastian Piñera, est revenu, suffit-elle à expliquer l’ampleur du mécontentement ?

Franck Gaudichaud Si l’on regarde l’histoire récente du Chili, il y a eu une accumulation de mécontentements. Plusieurs analystes parlent de la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase. La hausse du prix du ticket de métro est l’abus de trop qui a fait exploser la marmite néolibérale chilienne. Encore une fois, la jeunesse est à l’origine de cette révolte, comme en 2011 avec les étudiants, ou encore du mouvement féministe l’an dernier. Puis le mouvement s’est étendu de manière « transclasses » à de nombreux secteurs.

 

Pouvez-vous définir ce que vous entendez par « marmite néolibérale » ?

Franck Gaudichaud Les historiens parlent souvent du Chili comme du laboratoire du néolibéralisme en Amérique latine. Le pays a été le premier à expérimenter ce modèle économique dès 1975, sous la dictature du général Pinochet. L’un des drames de la démocratisation, qui a commencé dans les années 1990, est qu’elle n’a pas remis en cause le modèle néolibéral ; d’une certaine manière, elle l’a légitimé. C’est ce modèle social violent, inégalitaire qui est aujourd’hui en pleine ébullition. Le Chili est l’un des pays les plus inégalitaires de la région latino-américaine mais également de l’OCDE.

 

On parle également d’une crise institutionnelle liée à la Constitution chilienne. Qu’en est-il ?

Franck Gaudichaud Il y a une crise sociale au Chili, une crise de mal-être quotidien en raison des salaires extrêmement bas, et des services de base très chers parce que privatisés. Mais il y a également une crise politique et institutionnelle qui couve depuis longtemps. La Constitution en place a été édictée sous Pinochet, en 1980. Il y a eu des réformes constitutionnelles, mais très limitées. Le socle institutionnel de la démocratie est directement issu de la dictature. C’est un cas exceptionnel en Amérique latine où il n’y a pas eu d’assemblée constituante. L’explosion actuelle révèle que les partis, le système institutionnel, l’État, le modèle économique sont injustes, illégitimes et marqués par le sceau de la dictature.

 

État d’urgence, couvre-feu ou encore militarisation des rues… Les réponses du président s’expliquent-elles à l’aune de l’héritage dictatorial ?

Franck Gaudichaud Oui. Le dernier couvre-feu remonte à 1987. Il avait été instauré dans le cadre des luttes révolutionnaires contre le dictateur. Cela montre que la gestion politique de ce mouvement de la part du gouvernement est catastrophique. Il témoigne de l’incompréhension totale de ce qui se passe dans la société chilienne. Les mesures prises par Sebastian Piñera sont le signe d’une fuite en avant autoritaire, excessive. Il a été critiqué, y compris par des voix de droite, et contraint d’appeler tous les partis politiques à une rencontre nationale afin d’essayer de renouer avec la société chilienne.

 

Des organisations sociales telles que la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), le syndicat des enseignants, la coordination No+AFP, qui combat le système des fonds de pension privés, appellent à l’installation d’une assemblée constituante. Cette démarche peut-elle constituer une issue à la crise sociale et politique ?

Franck Gaudichaud La situation changera grâce aux mobilisations sociales, par le bas. Les grandes organisations ont eu du retard à l’allumage du mouvement. Les premières réactions ont été très timides. C’est vrai également de la gauche. Les appels de la Table d’unité sociale, où se trouvent ces organisations, sont positifs. Penser une issue à la crise revient à penser assemblée constituante et remise à plat du système de retraite, qui est aux mains des fonds de pension. C’est également, comme le dit le syndicat du métro, penser l’étatisation des transports à Santiago puisque le réseau de bus, lui, est privatisé. L’issue à la crise passe par la remise en cause de l’héritage néolibéral.

 

Un changement est-il possible dès lors que le modèle néolibéral est institutionnalisé, constitutionnalisé ?

Franck Gaudichaud C’est la question. Depuis la grande mobilisation étudiante de 2011, on s’interroge sur les fissures du modèle néolibéral. Certains pensaient qu’elles allaient s’élargir au point d’ouvrir une perspective post-néolibérale. Pour l’instant, on en est loin. Le Chili est face à une révolte urbaine, forte, violente mais sans perspective politique alternative concrète. L’État chilien est très consolidé, ainsi que les classes dominantes, qui sont fortes et unifiées. Pour renverser ce modèle, il faudra bien plus qu’une révolte urbaine, même si elle montre que la marmite est sur le point d’exploser.

Entretien réalisé par Cathy Dos Santos

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 13:05
Jeudi 31 octobre - Quel avenir pour la Palestine? - Leïla Shahid et Claude Léostic à la fac Ségalen de Brest à 18h30

Invitation de l'AFPS de Brest

Après le Festival du Livre de Bretagne de Carhaix, LEILA SHAHID restera pour quelque jours en Finistère. Celles et ceux qui n'auront pas pu l'écouter  (ce qui est toujours passionnant !) à Carhaix, pourront se rattraper le JEUDI 31 OCTOBRE à BREST où, elle est invitée par les Groupes AFPS de Brest et Morlaix pour une "conversation publique" sur l'avenir de la Palestine. Un échange qui se fera à la fois avec le public et notre amie CLAUDE LEOSTIC, présidente de l'AFPS de Brest. Un rendez-vous à ne surtout pas manquer pour lequel nous organiserons un covoiturage à partir de Morlaix.

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 12:51
Brexit : L'opposition parlementaire inflige une nouvelle défaite à Johnson (PCF)
 
L'opposition parlementaire, au premier rang de laquelle figure Jeremy Corbyn, vient d'infliger une nouvelle défaite à Boris Johnson. L'accord que le premier ministre a négocié avec l'Union Européenne ne pourra être
approuvé par le Parlement qu'avec la totalité du paquet législatif d'application du Brexit, ce qui implique une nouvelle extension du Brexit.
 
Boris Johnson et les conservateurs sont seuls responsables de cette situation. Le Brexit ne peut pas être le prétexte à de nouvelles régressions sociales et écologiques après de nombreuses années d'une
politique extrêmement brutale d'austérité menée par Tony Blair et les gouvernements conservateurs. L'accord tel qu'il est proposé aujourd'hui ouvre la porte à de nouvelles remises en cause des droits des
travailleurs, des normes environnementales et des règles de sécurité alimentaire ; il rend possible la mise en coupe réglée de la sécurité sociale britannique, déjà fortement attaquée par les conservateurs, par
les intérêts privés, notamment états-uniens.
 
Boris Johnson doit maintenant obtempérer, sinon il portera la responsabilité d'un approfondissement de la crise.  
 
Les heures et les jours qui viennent vont être déterminants. Le PCF réaffirme sa solidarité avec Jeremy Corbyn et la gauche politique et sociale britannique qui se mobilise actuellement contre la politique
conservatrice qui n'a pour seul objectif que d'infliger de nouvelles régressions au peuple de Grande-Bretagne.  
 
Parti communiste français,
 
Paris, le 19 octobre 2019.
Brexit : L'opposition parlementaire anglaise emmenée par Jeremy Corbyn inflige une nouvelle défaite à Johnson (PCF)
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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 08:04
Catalogne - les libertés mises à mal (communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme)
La Catalogne, région d'Espagne, aborde une période particulièrement périlleuse après des années de tensions que le pouvoir central a décidé de régler par la force, les principaux partis d'Espagne, le PP et le PSOE étant d'accord sur la méthode. C'est une défaite de la démocratie dans ce pays qui n'est pas sorti indemne, qu'on le veuille ou non, de 40 ans de Franquisme. Les peines infligées sont disproportionnées avec les motifs de sanction et ce sont des élus espagnols et européens qui se retrouvent au trou pour 100 ans à 9, si on cumule les peines infligées. Quel que soit l'issue, si le pouvoir élu aux prochaines élections ne renoue pas le dialogue avec la population de cette région et ses représentants démocratiquement élus, un immense chaos risque bien d'affaiblir non seulement la Catalogne mais aussi l'Espagne.
 
Ci-joint le communiqué de la LDH suite au travail d'observation que Dominique Noguères a réalisé dans des conditions particulièrement difficiles et qui mérite toute notre attention.
 
Catalogne : les libertés politiques mises à mal
La Ligue des droits de l’Homme (LDH) a pris connaissance du verdict du Tribunal Suprême prononcé, ce jour, à Madrid à l’encontre des douze membres du gouvernement catalan et présidents d’associations accusés de rébellion, sédition et malversation.
Ce verdict est malheureusement dans le droit fil de ce que pointe le rapport de la FIDH et de EuroMed Droits à la suite des observations faites par Dominique Noguères, vice-présidente de la LDH, et Alexandre Faro, avocat à la cour d’appel de Paris.
Dans ce rapport, de nombreuses irrégularités ont été pointées par les observateurs laissant craindre les condamnations qui viennent de tomber. La LDH exprime sa préoccupation devant ce qui aura été, du début à la fin, un procès politique.
La lourdeur des peines, privatrices de liberté pour la plupart, est d’autant moins acceptable que celles-ci sanctionnent la liberté d’expression, de réunion et de session à des parlementaires européens démocratiquement élus. La LDH rappelle enfin que, face à des problèmes qui relèvent par nature du débat démocratique, l’instrumentalisation du judiciaire est toujours une impasse.
 
Voir aussi, communiqué du PCF:
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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 07:55
Agression militaire des Kurdes en Syrie par la Turquie - lettre de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, au président Macron

LETTRE DE FABIEN ROUSSEL AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Vous trouverez ci-dessous un courrier envoyé par Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord, au Président de la République à propos de l'offensive turque dans le Rojava et de la situation des kurdes.

 

Agression militaire turque contre les kurdes : Fabien Roussel écrit au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

J'appelle solennellement votre attention sur la situation dans le Rojava, région autonome du Kurdistan de Syrie, aujourd'hui sous le feu d'une agression militaire de grande ampleur des forces turques, décidée en violation du droit international par le Président Erdogan.

Cette offensive générale de la Turquie peut entraîner des conséquences humanitaires graves, une résurgence de Daech dans la région, et dans le monde, à commencer par l'Europe, comme vous l'avez souligné lors du Conseil de défense tenu ce dimanche soir.

Vous le savez, Monsieur Erdogan poursuit ainsi son vieux projet de massacrer les Kurdes, de procéder à un véritable nettoyage ethnique et de poursuivre sa politique d'expansion territoriale, en violation totale du droit international. Les dirigeants turcs relancent ainsi la guerre en Syrie et encouragent la résurgence des organisations terroristes islamistes, comme en témoigne la fuite de 800 prisonniers djihadistes et leur famille.

Un très grand nombre de gouvernements réprouve cette opération militaire et le déchaînement de violence qui frappe une nouvelle fois le peuple kurde et les forces démocratiques syriennes. Cette agression ouvre la voie à un engrenage pouvant échapper à tout contrôle.

Au regard de cette situation extrêmement grave, l'ONU, l'Union européenne et la France en particulier ont le devoir de tout mettre en œuvre pour obtenir l'arrêt immédiat de l'agression militaire turque, avec le retrait définitif de leurs troupes et pour placer durablement le Rojava sous protection internationale, avec la perspective de construire un processus de paix durable dans la région, comme y appellent les forces démocratiques.

Pour répondre à l'appel des forces démocratiques syriennes et permettre l'engagement d'un processus de paix juste et durable dans toute la région, une zone d'exclusion aérienne doit être décidée et garantie par l'ONU. La France doit rapidement saisir le Conseil de Sécurité pour définir les modalités d'intervention en ce sens, dans le respect du droit international, et plus généralement pour placer sous protection les populations et porter assistance aux victimes des combats.

La France, membre du Conseil de Sécurité de l'ONU et du commandement intégré de l'OTAN, doit agir en ce sens avec la plus grande détermination et sans attendre.

Pour ne pas se rendre complice de la politique expansionniste et meurtrière du Président R.T. Erdogan, il est urgent de procéder à un embargo immédiat, total et durable sur toutes les ventes d'armes à la Turquie, y compris les commandes déjà enregistrées, comme notre pays l'a déjà décidé dans son histoire s'agissant de la commercialisation de Mistral.

Cette mesure pourrait également être prise par l'ensemble des pays membres de l'Union Européenne, que je vous appelle à interpeller en ce sens à l'occasion du Conseil européen, le 17 octobre prochain.

Des sanctions doivent par ailleurs être prises contre le Chef de l'État turc, par la saisie de ses avoirs personnels, en réaction à la violation du droit international dont il est le responsable.

Enfin, l’agression de la Turquie est un acte extrêmement grave, venant d’un membre important de l’OTAN, créant ainsi une situation explosive pour toute cette région du monde qui se trouve aux portes de l’Europe.

C’est pourquoi, au regard de l'attitude conciliante de l'OTAN à l'égard de l'agresseur turc, le Parti Communiste Français demande l'organisation en urgence d'un débat parlementaire sur le rôle et la place de la France dans l'OTAN ainsi que sur les orientations de la politique internationale et de défense de notre pays. Le PCF est pour sa part favorable à une sortie de la France du Commandement intégré de cette organisation. Il n'est plus tolérable que la structure intégrée de l'Alliance engage la France contre son gré dans cette agression, comme dans toute autre.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de ma haute considération.

Fabien ROUSSEL

Secrétaire national de Parti communiste français

Député du Nord

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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 07:12
9 à 13 ans de prison contre les indépendantistes catalans - Au coeur de l'Europe, une justice de répression étatique des aspirations populaires
9 à 13 ans de prison contre les indépendantistes catalans - Au coeur de l'Europe, une justice de répression étatique des aspirations populaires

"Le verdict est tombé. Entre 9 et 13 ans de prison pour les #prisonnierspolitiquescatalans. Jusqu’où la purge et le déni des droits de l’Homme? La France doit faire entendre la voix de la liberté, l’UE doit agir. Rester silencieux c’est désormais être complice. #Liberté et vite" (Marie-Pierre Vieu, conseillère régionale communiste, députée européenne communiste de 2017 à 2019)

 

Marie-Pierre Vieu : « On n’est pas sortis du franquisme » - L'Humanité
Mardi, 15 Octobre, 2019

Ex-députée européenne, l’éditrice d’Arcane 17 publie le livre Catalans, un recueil de nouvelles en solidarité avec les détenus politiques catalans.
 

 

Qu’est-ce que ces condamnations disent de l’état de nos démocraties ?

Elles sont mal en point. Examinons la séquence en Europe. Une résolution vient d’être adoptée qui dit que « communisme égale fascisme ». Au Kurdistan, on observe l’incapacité de l’Union européenne (UE) à dire quelque chose du fait du chantage de Recep Tayyip Erdogan. À Strasbourg, 200 députés européens de droite extrême viennent d’être élus. Et désormais, le silence de l’UE et de ses États membres face à ces condamnations. La question des droits de l’homme et des libertés est mise à mal partout. Si Emmanuel Macron et la France se taisent sur ce qui se passe en Espagne, cela signifie que nous sommes complices.

Comment se fait-il que les État peinent à résoudre démocratiquement la question de la montée des régionalismes ?

Les régionalismes peuvent conduire, selon l’histoire, à un mouvement de liberté, de progressisme, ou tout le contraire. En Europe, on observe une accélération des politiques libérales, les traités de libre-échange, la mise en concurrence avec les travailleurs détachés, une mise à mal des droits fondamentaux, mais également des cultures locales. Dans un contexte de montée des colères, peut resurgir la question de l’identité nationale ou régionale. Ces mouvements s’inscrivent dans le cadre d’un développement du libéralisme et de l’incapacité des États à régler ces questions-là par le dialogue.

Pourquoi avoir pris l’initiative d’un livre de solidarité avec les prisonniers politiques catalans ?

Députée européenne, je participais à la plateforme de dialogue sur la Catalogne. J’ai l’intime conviction qu’il faut sortir de cette question par le haut. Je n’ai jamais pris parti dans le débat sur l’indépendance. J’ai toujours pensé que la question était d’aménager constitutionnellement la Catalogne dans l’Espagne en passant par le dialogue entre l’État central et cette région ; et que les peuples doivent s’autodéterminer. Face aux arrestations, je me disais qu’il fallait faire monter un mouvement d’opinion. D’où ce livre. Notre parti pris a été de demander à quinze auteurs de raconter des histoires, de rédiger des nouvelles noires, pour témoigner de notre solidarité. Ce choix de la fiction était le moyen de tout dire sans filtre. On a demandé aux auteurs de se placer du point de vue des droits de l’homme. Lorsqu’on lit les quinze fictions de l’ouvrage, il ressort une idée-force. On n’est pas, en Espagne, sortis du franquisme.

(1) Catalans, collectif. Arcane 17.
Entretien réalisé par Gaël De Santis
 
Voir aussi: communiqué du PCF - 15 octobre 2019

Catalogne : contre ce déni de démocratie et de justice, pour une solution politique

Le PCF condamne fermement la décision du Tribunal suprême d'Espagne d'infliger à des responsables politiques catalans de lourdes peines de prison pour « sédition ». C'est un déni démocratique : il est inadmissible de judiciariser des processus politiques ; c'est un déni de justice : les droits de la défense au cours du « procès » ne furent pas respectés et que dire de la présence de Vox, le parti d'extrême-droite, parmi les parties civiles ? Ce verdict démontre que, sans évolution démocratique régénératrice des institutions espagnoles, la répression, l'étouffement des libertés et le déni de l’État de droit peuvent reprendre le dessus.

 

Catalogne : contre ce déni de démocratie et de justice, pour une solution politique

Le PCF soutient les forces de gauche politiques, sociales, citoyennes, en Catalogne et dans le reste de l'Etat espagnol qui se mobilisent pour exiger la libération immédiate des prisonniers pour motif politique. L'heure est à la relance urgente du dialogue politique entre les institutions de l’État espagnol et les autorités catalanes ; elle est aussi à la lutte contre les forces de droite et d'extrême-droite qui cherchent à profiter du conflit catalan pour imposer une véritable régression démocratique.

Le PCF réaffirme sa solidarité avec le Parti Communiste d'Espagne, le PSUC Viu, la Gauche Unie et les autres forces et confluences progressistes qui luttent en Catalogne et en Espagne pour porter l'objectif d'un nouvel modèle territorial reflétant le caractère plurinational de l'Etat et d'une république fédérale.

 

Catalogne. La justice espagnole a la main lourde
Mardi, 15 Octobre, 2019 - L'Humanité

Douze dirigeants indépendantistes catalans ont été condamnés au total à plus de cent quatre ans de prison. Une réponse répressive à la crise politique ouverte par le référendum d’octobre 2017.

 

Ils étaient en préventive depuis bientôt deux ans, et voilà qu’avec la sentence prononcée par le Tribunal suprême, ils pourraient grosso modo y rester une décennie encore. Hier matin, sept magistrats de la plus haute juridiction espagnole ont condamné neuf dirigeants des partis et du mouvement citoyen indépendantistes catalans, reconnus coupables de « sédition » – un délit politique de premier plan en Espagne –, aggravée pour quelques-uns de « malversations », à des peines de prison allant de treize à neuf ans. L’accusation de « violences concertées » a, elle, été écartée par le tribunal qui ne dépeint pas le processus d’indépendance unilatérale comme une insurrection.

Parmi les plus emblématiques de ces « prisonniers politiques » – selon une expression partagée, au-delà des rangs pro-indépendantistes, au sein de la gauche espagnole (Podemos et Izquierda Unida) –, il y a Oriol Junqueras, ex-vice-président de l’exécutif catalan, dirigeant de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), élu député européen en mai dernier, malgré son emprisonnement, mais aussi Raul Romeva, ex-ministre de la Catalogne et dirigeant de la coalition indépendantiste, et Carme Forcadell, l’ex-présidente du Parlement catalan, ainsi que les Jordis – selon leur sobriquet affectueux (Jordi Sanchez et Jordi Cuixart) –, les deux leaders des mouvements citoyens pro-indépendance (Assemblée nationale catalane et Omnium). Trois autres responsables politiques, restés en liberté jusque-là, se sont vus infliger, pour cause de « désobéissance », une peine d’un an et huit mois de prison ferme. Tout comme quelques-uns de ses proches, Carles Puigdemont, ancien président de centre-droit de la Generalitat – le gouvernement catalan –, en exil depuis la mise en branle de l’appareil judiciaire espagnol contre les indépendantistes, échappe au verdict, mais un nouveau mandat d’arrêt européen et international à son encontre a été émis hier par les autorités espagnoles.

La nouvelle de ces condamnations a fait l’effet d’une bombe

Cent quatre années et six mois, au total, dans les geôles espagnoles pour avoir, sans rechercher de consensus général, tenté de mettre sur pied la république catalane… C’est l’aboutissement de la gestion exclusivement judiciaire et répressive, mais si peu politique, de la crise ouverte par le mouvement indépendantiste qui, disposant d’une majorité au Parlement régional et donc régnant à la Generalitat, a poussé la confrontation avec Madrid jusqu’à organiser, le 1er octobre 2017, un référendum d’autodétermination, en dehors du cadre constitutionnel espagnol, puis à adopter une déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne, le 27 octobre de la même année. Selon ses organisateurs, malgré les multiples brutalités policières le jour du référendum, 2,4 millions d’électeurs, soit plus de 40 % du corps électoral, avaient participé au scrutin et 90 % d’entre eux s’étaient prononcés en faveur du oui à l’indépendance.

À Barcelone et dans toute la Catalogne, la nouvelle de ces condamnations a fait l’effet d’une bombe. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, à l’appel des partis, des syndicats et des associations indépendantistes, mais également d’une plateforme baptisée « Tsunami démocratique » et animée, via une messagerie cryptée, par des militants anonymes. Les grandes artères de la capitale catalane ont été rapidement envahies et bloquées par les manifestants, ainsi que les autoroutes, les gares et l’aéroport. Symbole de l’émoi à Barcelone, le club emblématique de la ville, le Barça, dénonce dans un communiqué les condamnations : « La prison n’est pas la solution, écrivent ses dirigeants. La résolution du conflit que vit la Catalogne passe exclusivement par le dialogue politique. »

Les indépendantistes demeurent légèrement majoritaires à Barcelone

Alors que des forces policières de tout le pays ont afflué sur la Catalogne ces derniers jours, la droite (Parti populaire et Ciudadanos) pousse, au contraire, les socialistes espagnols (lire ci-contre), toujours aux affaires avant de nouvelles élections législatives en Espagne dans les prochaines semaines, à durcir encore le ton face au regain des mobilisations indépendantistes. Successeur de Mariano Rajoy à la tête du PP – premier ministre espagnol à l’automne 2017 et tenant de la ligne de confrontation répressive avec les indépendantistes catalans –, Pablo Casado a proposé, hier, à ses homologues du Psoe et de Ciudadanos de ratifier un pacte garantissant que « les délinquants prisonniers catalans ne bénéficieront jamais de la moindre mesure d’aménagement pénitentiaire ou d’une remise de peine ». Même vindicte irascible du côté d’Alberto Rivera, le leader du parti ultralibéral Ciudadanos, qui s’est allié à la formation d’extrême droite Vox pour gouverner la région de Madrid…

Mis en difficulté par les conséquences judiciaires de leur référendum d’autodétermination, mais pas vraiment affaiblis dans les urnes – les républicains de gauche de l’ERC ont, avec le renfort de quelques personnalités venues des rangs communistes ou municipalistes, supplanté dans leur camp le centre-droit de Carles Puigdemont, mais, au total, les indépendantistes demeurent légèrement majoritaires à Barcelone –, les forces nationalistes catalanes comptent en profiter pour relancer la machine, alors que leurs leaders condamnés annoncent d’ores et déjà des recours contre leurs condamnations. « À ceux dont la seule volonté est de faire du mal, nous disons que rien n’est terminé aujourd’hui, écrit Oriol Junqueras dans un courrier depuis sa prison rendu public par son parti. Vous n’avez ni vaincu ni convaincu. Nous reviendrons et nous reviendrons encore plus forts. N’ayez aucun doute, nous reviendrons et nous gagnerons. » Dans ce concert de déclarations va-t-en-guerre, quelques voix tracent des chemins pour sortir la Catalogne et l’Espagne de l’impasse de la répression. C’est le cas d’Ada Colau, la maire de Barcelone, qui n’est ni avec les indépendantistes catalans ni avec les nationalistes espagnols : « Nous sommes aujourd’hui confrontés à la pire version de la judiciarisation de la politique, avec la cruauté », dénonce-t-elle, en exprimant sa solidarité avec les condamnés et leurs familles. Dirigeant de Podemos, Pablo Iglesias appelle, sans masquer ses désaccords avec les indépendantistes catalans, à bifurquer radicalement : « Nous devons emprunter avec sensibilité et intelligence la voie de la réconciliation sans exclure aucune solution… Les mêmes recettes qui nous ont portés ici ne seront pas celles qui nous en sortiront. » Eurodéputée communiste, membre de la coalition Izquierda Unida, Sira Rego dénonce un verdict « disproportionné » qui « ne permet pas de résoudre la situation en Catalogne ». « L’opposition politique ne devrait jamais être poursuivie, rappelle-t-elle. Face à ceux qui continuent à chercher leur revanche, nous continuerons d’exiger un dialogue politique avec une autre hauteur de vue. »

Thomas Lemahieu - L'Humanité, 15 octobre 2019
9 à 13 ans de prison contre les indépendantistes catalans - Au coeur de l'Europe, une justice de répression étatique des aspirations populaires

Communiqué publié par Nicolas Garcia, secrétaire départemental du PCF des Pyrénées Orientales, le 13 octobre avant le verdict:

Les communistes de catalogne nord rejettent toutes sanctions contre les prisonniers politiques Catalans en Espagne. Els comunistes de Catalunya nord rebutgen totes les sancions contra els presos politics catalans a Espanya.

En Catalogne tout le monde retient son souffle en attendant le verdict qui s’annonce sévère à l’encontre des prisonniers politiques catalans qui depuis bientôt deux ans sont en prison préventive. Leur tort est d’avoir défendu pacifiquement des positions politiques, d’avoir soutenu et permis l’organisation d’un référendum proposant la république catalane. Ils en avaient reçu le mandat du suffrage universel en obtenant la majorité absolue au parlement de Catalogne. Désormais ils risquent 15 à 20 ans de prison pour sédition et rébellion. Le président de la Generalitat de Catalunya, Carles Puigdemont et quelques autres se trouvent à Waterloo ou dans un autre pays étranger. A l’instar de la totalité de nos sénateurs et députés communistes, nous exigeons la libération des prisonniers politiques victimes d’une parodie de procès et considérons que la solution au problème politique de la catalogne en Espagne ne peut être que politique. Dans aucun pays du monde la répression et les sanctions contre des responsables politiques, citoyens, associatifs ou syndicaux qui revendiquent démocratiquement et pacifiquement, ne sont acceptables. Comme tant d’autre peuples, le peuple catalan a le droit de décider librement de son avenir. La France et l’Europe doivent agir et vite pour exiger le dialogue et la solution politique, car dans le pays qui nous est le plus proche, l’irresponsabilité de la justice et de l’État espagnols, ainsi que la sanction qui s’annonce pourraient mettre le feu aux poudres. Le PCF66 appelle ses militantes et militants à manifester pour la liberté et la démocratie en toutes circonstances.

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