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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 14:23
CONSEIL MÉTROPOLE 30 MARS – Vœu sur le Crédit Mutuel Arkéa

Intervention d’Eric Guellec, Vice-président de Brest Métropole, délégué à la proximité territoriale et à l’urbanisme réglementaire:
 

 

Monsieur Le Président,

Chers collègues,

Quelques mots pour expliquer notre positionnement.

Il y a maintenant plus de deux ans, plusieurs conseils municipaux de commune de la métropole votaient un vœu défendant l’autonomie du Crédit Mutuel Arkéa au sein de de la confédération auquel il appartient.

Ce vœu, les élus communistes l’avaient soutenu afin de défendre et de consolider l’emploi sur notre territoire.

C’était un vœu rassurant pour les salariés.

Le vœu qui nous est présenté aujourd’hui ne porte plus sur une autonomie à l’intérieur de la maison mutualiste mais sur une volonté d’indépendance du Crédit Mutuel Arkéa. Il porte sur sa sortie de la confédération.

Sur le fond, ce projet de scission nous pose question, comme il pose question aux syndicats CGT, UNSA, CFDT et SNB (syndicat national de la banque) qui sont très inquiets. Nous le sommes également.

Quelle pérennité pour les salariés des 332 caisses locales concernées par la scission? N’y aura-t-il pas risque de voir s’installer des agences concurrentes sur les territoires où existent déjà des agences Arkéa?

Par ailleurs, les communistes, s’ils ne croient pas au mythe du banquier philanthrope, sont attachés aux valeurs mutualistes.

Et aujourd’hui, comme en témoignent les mises en garde de la Banque Centrale Européenne et de la Banque de France, le modèle mutualiste du CM Arkéa pourrait ne plus être assuré en cas de scission.

Cette possible démutualisation est tout sauf rassurante.

Enfin, sur la forme, et ça nous ramène directement à la question du vote, nous, groupe des élu-e-s communistes et de progrès, estimons que notre conseil de Brest métropole, n’a pas à donner son aval à cette stratégie d’entreprise qui pourrait avoir des effets néfastes pour les salariés.

Aussi, nous avons décidé de ne pas prendre part au vote de ce vœu.

Je vous remercie.

 

 

Pour info, la Caisse locale de Saint Brieuc, présidée par Armand Allouard a voté hier soir contre la scission proposée par Jean Pierre Denis.

 

 Il n'est pas dans nos habitudes, locales, d'intervenir dans les stratégies bancaires. Une fois que l'on a exposé notre proposition de "pole public bancaire", généralement on s'en tient là.

  

 Pourtant  les établissements bancaires mutualistes et coopératifs représentent une part déterminante des activités financières (gestion des dépôts, prêts...) qui financent l'économie des régions et du pays.

  

 Si l'on considère les 4 plus grands réseaux de banques mutualistes- le Crédit Agricole, la Caisse d'Epargne, le Crédit Mutuel dont fait parrtie le CMB, la Banque populaire -ils comptent à eux seuls 58 750 administrateurs "bénévoles" et 25,9 millions de sociétaires.

 Les banques mutualistes françaises ont été créées au cours du 19e siècle et font partie à leur fondation de ce que l'on appelle "le mouvement ouvrier et progressiste". Certaines des caisses locales du Crédit Mutuel ont d'ailleurs été créées par la CGT et le PCF !

 Elles avaient toutes, à l'origine, la même vocation : financer l'activité de catégories professionnelles qui n'avaient pas, auparavant, accès au crédit.

 Elles participent à ce vaste mouvement de l'Economie Sociale et Solidaire où l'on retrouve les SCOP, les Coopératives agricoles, les Coopératives d'achat pour ne citer qu'elles que nous avons il est vrai considéré avec distance pendant tout un temps.  

 La préparation du Congrès, le déploiement de notre réflexion sur les sujets touchant à l'économie, à la démocratie, à la participation commune à la gestion des entreprises des usagers et des salariés nous conduisent certainement à réévaluer nos approches et nos propositions concrètes.

C'est cette approche nouvelle et expérimentale par bien des aspects qui nous conduit à nous préoccuper des grandes manœuvres dont le Crédit Mutel de Bretagne-ARKEA fait l'objet depuis sa prise de contrôle par Jean Pierre Denis, libéral grand teint. 

  

 C'est un dossier que nous suivons depuis 2016. Il faut dire que le coté remake des Beaux Niais Rouges de 2013 nous avait un peu énervé et l'association capital-travail-élus locaux dFN au PS en passant par l'UDB- tentation régionaliste-binious et flon-flon dissimulait mal une simple opération de captation et de prédation menée par JP Denis et sa bande.

  

 Cependant Jean Pierre Denis et ses potes poursuivent leur petit bonhomme de chemin et travaillent à la sécession du CMB ARKEA de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel Et ce malgré les mises en garde du Michel Sapin en son temps, du ministère des finances actuel, de la Banque Central Européenne et de la Banque de France ces jours ci. 

  

 Mais pourquoi nous en mêler  ? Pour tout un tas de bonnes raisons...Au hasard et sans ordre de priorité:

  

  • le secteur mutualiste et coopératif fait partie de notre histoire, même si nous l'associons au "socialisme utopique", puis au socialisme de compromission.
  • le secteur mutualiste et coopératif a été crée par les acteurs du mouvement social et selon les cas des ouvriers, des employés, des artisans; des enseignants, des marins pêcheurs,des paysans.
  • la dérive du secteur mutualiste et coopératif qui s'est rangé aux dogmes libéraux dans la plupart des cas depuis une quarantaine d'année ne nous interdit pas, au contraire, d'intervenir dans son fonctionnement, là où nous le pouvons et de partir à sa reconquête. 
  • Notre réflexion sur le travail passe nécessairement sur son organisation et la place des travailleurs dans les structures des production. Elle ne peut faire l'économie du débat sur le  financement des activités économiques, le rôle du secteur bancaire.

Cette liste de bonnes raisons n'est pas exhaustive et nous en trouverons bien d'autres en avançant.

  

 Alors revenons-en au CMB ARKEA.

 

 Nous pouvons "profiter" de la tentative de sécession de la Caisse Nationale, qui met en danger les sociétaires, les clients et le salariés, pour lancer au niveau de Finistère et peut être de la Région,  la bataille contre de le découplement qui ne ferait qu'aggraver la dérive et pour le retour aux valeurs mutualistes.

  

  

 Enfin pour terminer mais "last is not the least" comme disent les grands bretons, le secteur Economie Sociale et Solidaire du CN est très intéressé par notre démarche et y participe sans l'ombre d'une hésitation.

  


L’origine du mouvement mutualiste bancaire se situe en Allemagne, en Rhénanie, plus précisément. Un fonctionnaire municipal, issu d’un milieu de pauvreté, Frédéric-Guillaume Raiffeisen, marqué par la grande disette qui a sévi entre 1846 et 1847 crée une caisse de secours aux agriculteurs pour lutter contre l’usure. La première caisse mutuelle de dépôts et prêts, permettant aux agriculteurs disposant de finances de recevoir un intérêt en déposant leurs avoirs dans cette caisse qui prêtait cet argent aux paysans, à taux faibles, pour leur permettre de survivre, de s’installer ou d’investir. Cette caisse fait rapidement des petits en Alsace, qui fonctionnent grâce aux bénévoles qui décident d’y consacrer leur temps. Cette idée, dans ces régions, émane d’un courant « chrétien-social ». Les premières caisses mutuelles de dépôts et prêts crées en Bretagne, sont également initiées par ce même courant, et sont d’ailleurs ouvertes le plus souvent dans les presbytères.

Un autre courant de pensée et d’action participe à la mise sur pieds de fédérations de crédit mutuel, le syndicalisme (principalement la CGT) et la gauche ouvrière, singulièrement le Parti Communiste. Longtemps, les dirigeants du Crédit Mutuel Méditerranéen et du Dauphiné-Vivarais (Pierrev Juvin qui fut aussi Président de la MACIF), étaient des communistes. La fédération du Sud-Ouest (Angoulême/Bordeaux) a été  crée par les militants CGT de la poudrerie d’Angoulême.

Au fil du temps, le besoin de fédérer ce mouvement s’est traduit par la création de La Confédération Nationale du Crédit Mutuel. Cette « unification » du Crédit Mutuel a mis plusieurs décennies avant d’aboutir.

En Bretagne, les Caisses Rurales et Urbaines du CM du sud finistère, les Caisses d’Entraides des Côtes d’Armor et la Fédération du CM de Landerneau, qui se nommait déjà CMB, ont fusionné dans la période allant de fin des années 1970 au début des années 1980.

La philosophie du mouvement mutualiste est : "un homme, une voix". C’est sur la base de ce principe que chaque fédération se Crédit Mutuel  est représentée au niveau confédéral en fonction du nombre de sociétaires qu’elle compte en ses livres.

Lors de la privatisation du groupe CIC, le Crédit Mutuel d’Alsace (le plus puissant financièrement) s’est porté candidat au rachat, en obtenant  l’appui politique des autres fédérations du CM, et a emporté la mise.

Dans le même temps, les regroupements se poursuivent en interne et rapidement, trois groupes cohabitent : l’Alsace qui s’entoure de 10 fédérations satellites ( Champagne-Ardennes, Lyon, Ile de France, Nantes, Laval, La Roche/Yon, Caen, Chateaudun, Méditerranée, Dauphiné-Vivarais) Ce groupe, ainsi constitué est appelé CM11/CIC. La fédération de CM du Nord conserve son indépendance politique, tout en dépendant de l’informatique du CM11/CIC. Le CMB s’allie au CM du Sud-Ouest et au CM Massif Central et dispose de son informatique propre, ainsi que de sa compagnie d’assurance vie et IARD (SURAVENIR).

Ces trois groupes possèdent chacun un nombre important de filiales, telles que des banques en ligne.

2008 : arrivée à la tête du CMB, qui avait déjà fait le choix de se nommer « Groupe Arkéa », Jean-Pierre Denis, ex directeur de cabinet de Chirac à la mairie de Paris et ex membre du cabinet de Sarkozy à l’Elysée.

Homme de droite et libéral convaincu, Jean-Pierre Denis crée rapidement la Société des Cadres de Direction(SCD) qui devient prestataire de service pour diriger toutes les sociétés du groupe. A son arrivée, la rémunération des principaux dirigeant étaient inférieure à 100 000€/an.

Très rapidement, la rémunération s’emballe pour atteindre 1,6 millions € en 2016.

Pas très mutualiste dans la démarche comme dans les montants…

Pour comparaison, La rémunération annuelle du Président de la Confédération du CM est de 800 000€ en 2016.

Au regard des ces faits, on peut mieux comprendre la volonté d’indépendance de Jean-Pierre Denis qui ne veut à aucun prix rendre des comptes à la Confédération et continuer à acquérir ou prendre des participations dans les secteurs qu’il juge opportuns.

L’organisation nationale du CM implique une solidarité financière entre tous les membres de la Confédération et les résultats, ainsi que le ratio prudentiel consolidé servent de critère aux agences internationales de notations pour apprécier la solidité de l’entité Crédit Mutuel.

La note attribuée par ces agences influe sur les taux de refinancement que paie le CM sur les marchés.

L’indépendance du Groupe Arkéa aura, inévitablement une influence sur les taux pratiqués, ce qui risque fort d’entraîner, mécaniquement, une hausse des taux appliqués aux sociétaires et clients ainsi qu’une augmentation significative des frais de gestion facturés.

Dans une logique capitaliste de réduction des coûts, nous savons à l’avance qui devra payer l’addition : ce sont les salariés.

De plus, cette indépendance implique la perte de la « marque » Crédit Mutuel et donc, selon toute vraisemblance, la perte du statut de banque mutualiste. Pour quel statut ??? 

Notre responsabilité politique tient à demander qu’un médiateur soit nommé par le gouvernement pour que les liens soient renoués et que l’aventure de la sécession soit évitée.

  •  Les dirigeants du Groupe Arkéa se glorifient de l’excellence des résultats depuis 2008 et s’en servent pour justifier l’indépendance par rapport à la Confédération.
  • Cet argument se retourne très facilement : ce développement très favorable s’est bien déroulé alors qu’Arkéa demeurait au sein de la Confédération, donc l’appartenance à la Confédération n’a empêché en rien le développement autonome du Groupe Arkéa.
  •  Quel serait le statut bancaire du Groupe Arkéa en cas de départ de la Confédération ??
  • De quel manière les dirigeants du CMB Arkéa peuvent-ils rassurer ses clients-sociétaires quant à l’appréciation du groupe sur les marchés financiers ??
  • Les parts sociales détenues par les sociétaires continueront-elles d’être incluses dans les fonds propres ??
  • Quels engagements en terme de pérennisation  et de progression de l’emploi ??
  • Quelle influence sur la fidélité de la clientèle pourrait avoir la disparition de la marque Crédit Mutuel ??

La Fédération du Finistère du Parti Communiste Français

1 er MARS 2018 

 
Volonté de séparation du Crédit Mutuel Arkéa: les élus communistes de Brest Métropole émettent de sérieux doutes sur l'opportunité - intervention d'Eric Guellec

Le Samedi 17 février, le Ouest-France a publié notre communiqué sur le conflit au Crédit Mutuel Arkéa. Merci au journal de faire son travail pour l'expression du pluralisme politique

Arkéa: les communistes contre le "divorce"

La fédération du Finistère se positionne sur la situation du CMB Arkéa et le conflit qui pourrait mener à "un divorce qui, pour nous, aurait des conséquences très dangereuses pour les salariés et la pérennité de l'activité". Les communistes se disent "très attachés aux valeurs du mouvement mutualiste". Selon eux, "la scission comporte des risques et des interrogations multiples". 
Ils évoquent ainsi le risque de la dégradation de la note du CMB-Arkéa, ce qui pèserait sur le coût des ressources; le risque de voir exclues des fonds propres les parts sociales qui y sont actuellement intégrées; la perte de la "marque" Crédit Mutuel, et pour quel statut bancaire: mutualiste, coopératif, banque classique...? ; l'abandon de la solidarité nationale interfédérale. 
Les élus communistes soulignent aussi que "la crainte la plus importante à nos yeux, ce sont les interrogations sur les conséquences à terme sur les salariés, leurs conditions de travail et leurs emplois". 
Pour conclure, ils indiquent que "si les craintes que nous ne sommes pas les seuls à redouter viennent à se réaliser, les dirigeants du CMB Arkéa, et singulièrement son président, porteraient une très lourde responsabilité".

Ouest-France, pages Finistère, samedi 17 février 2018

Fédération du Finistère du Parti Communiste Français, 16 février 2018 

CMB-ARKEA: un divorce qui doit être évité car il aurait des conséquences plus que périlleuses!

La volonté exprimée par les dirigeant du CMB-ARKEA et de la fédération du CMB de quitter la confédération Nationale du Crédit Mutuel s’affirme de jour en jour. Les administrateurs des caisses locales vont avoir à exprimer leur choix.

Les communistes qui ont été à l’origine de la création de plusieurs fédérations de Crédit Mutuel (Marseille, Valence, Angoulême), sont très attachés aux valeurs du mouvement mutualiste et souhaitent attirer l’attention de chacun(e) sur les enjeux du conflit en cours.

La scission comporte des risques et des interrogations multiples :

-Risque de dégradation de la note du CMB-ARKEA , comme Standars & Poors vient de le signifier, ce qui pèserait sur le coût des ressources, voire sur le ratio prudentiel à moyen terme

-Risque de voir exclues des fonds propres les parts sociales qui y sont actuellement intégrées

-Perte de la « marque » Crédit Mutuel qui est la banque préférée des français, pour quel statut bancaire (mutualiste, coopératif, banque classique…?

-Abandon de la solidarité nationale interfédérale

Enfin,  une crainte importante à nos yeux concerne les interrogations sur les conséquences à terme sur les salariés, leur conditions de travail et leurs emplois.

Les craintes que nous exprimons sont également exposées dans les conclusions du rapport commandé par la Direction Générale du Trésor et la Banque de France à Christian Noyer, gouverneur honoraire de la Banque de France : «  Le maintien de l’unité serait nettement préférable, tant pour la stabilité de l’ensemble du monde bancaire mutualiste et la crédibilité du modèle mutualiste eu sein de l’union bancaire, que d’un point de vue prudentiel dans la mesure ou la viabilité d’ARKEA dans un scénario de séparation reste à vérifier »

Le Crédit Mutuel, composé de multiples caisses départementales ou régionales a mis des décennies avant de trouver son unité nationale. Un retour en arrière aurait un effet désastreux sur l’image de cette « famille » mutualiste en risquant de fragiliser fortement les composantes essentielles et historiques que constituent le Crédit Mutuel de Bretagne et le CMB-ARKEA.

D’ores et déjà, la fédération du Crédit Mutuel Massif Central, qui fait partie d’ARKEA, jusqu’à présent, s’est désolidarisée de la démarche engagée.

Si les craintes que nous ne sommes pas les seuls à redouter venaient à se réaliser, les dirigeants du CMB-ARKEA, et singulièrement son Président, porteraient une très lourde responsabilité.

Il n’est jamais trop tard pour renouer un dialogue et entrer en négociation sur le champ d’autonomie qui pourrait être reconnu au CMB-ARKEA, ce que n’interdisent pas les statuts de la CNCM. La nomination d’un médiateur pourrait faciliter cette démarche, le gouvernement ne pouvant se désintéresser d’un sujet aussi brûlant.

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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 05:28
Révision constitutionnelle: plus d'autoritarisme, moins de pluralisme (Pierre Laurent, PCF)

"Cheminots, étudiants, salariés, le pays est mobilisé pour la défense des services publics, la relance du pouvoir d’achat, la réduction des inégalités, et s’inquiète de l’autoritarisme du pouvoir qui gouverne par ordonnances et par oukase décrété à l’Élysée. Comme par provocation, c’est pourtant le moment que choisit le premier ministre pour annoncer une révision constitutionnelle qui, au-delà des mots, est, sans aucun doute, la plus antidémocratique depuis la naissance de la 5ème République.

Cette révision n’a qu’une logique : renforcer toujours davantage la concentration des pouvoirs autour du seul président et de l’exécutif, réduire les droits du Parlement et le pluralisme politique, éloigner encore les représentants élus des citoyens. 
Cette révision n’a qu’un objectif : avoir les mains les plus libres possibles pour servir les intérêts des actionnaires et des milieux financiers !

La réduction de 30 % du nombre de parlementaires, au moment où sont déjà diminués les moyens et le nombre d’élus dans les communes, éloignera encore plus le contrôle des citoyens sur le pouvoir législatif. Réduire ainsi d’un tiers le nombre de députés aboutirait à un député pour 171 500 habitants. Cela n’a pas d’équivalent au sein des démocraties européennes ! Tout cela au profit d’une « technocrature » galopante au seul service de l’Élysée."

Révision constitutionnelle : "plus d’autoritarisme, moins de pluralisme" (Pierre Laurent)

Cheminots, étudiants, salariés, le  pays est mobilisé pour la défense des services publics, la relance du pouvoir d’achat, la réduction des inégalités, et s’inquiète de l’autoritarisme du pouvoir qui gouverne par ordonnances et par oukase décrété à l’Élysée. Comme par provocation, c’est pourtant le moment que choisit le premier ministre pour annoncer une révision  constitutionnelle qui, au-delà des mots, est, sans aucun doute,  la plus antidémocratique depuis la naissance de la 5ème République. 

Cette révision  n’a qu’une logique : renforcer toujours davantage la  concentration  des pouvoirs autour du seul président et de l’exécutif, réduire les droits du Parlement et le pluralisme politique, éloigner encore les représentants élus des citoyens.  
Cette révision n’a qu’un objectif : avoir les mains les plus libres possibles pour servir les intérêts des actionnaires et des milieux financiers ! 

La réduction de 30 % du nombre de parlementaires, au moment où sont déjà diminués les moyens et le nombre d’élus dans les communes, éloignera encore plus le contrôle   des citoyens sur le  pouvoir législatif. Réduire ainsi d’un tiers le nombre de députés aboutirait à un député pour 171 500 habitants. Cela n’a pas d’équivalent au sein des démocraties européennes ! Tout cela au profit d’une « technocrature » galopante au seul service de l’Élysée.


Cette réduction du nombre de parlementaires annonce en fait, au nom d’une prétendue efficacité nouvelle de la procédure législative, un recul sans précédent des pouvoirs du Parlement : limitation du droit d’amendement, renforcement de la priorité donnée aux textes gouvernementaux, discussion de certaines lois en commission et non plus en séance publique, réduction de la durée d’examen du budget. L’objectif est de faire taire les élus progressistes, en les empêchant d’accompagner les luttes et de porter jusqu’au Parlement les revendications populaires. Ce n’est pas une dose de  15 % de proportionnelle dans un Parlement rabougri qui permettra de sauvegarder le pluralisme politique, constitutif de notre pays et de réconcilier les citoyens avec la politique.  

Et, comme si cela ne suffisait pas, le premier ministre annonce la division par deux du CESE et  la mise en cause des lois communes de la République par l’extension d’un pouvoir d’adaptation réglementaire  donné aux collectivités locales et à la Corse.
La suppression de la Cour de justice de la République, la sortie des anciens présidents de la République du Conseil Constitutionnel et l’inscription de la lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution, déjà contredite par la réforme anti- écologique du ferroviaire, n’équilibrent en rien le contenu globalement inquiétant de ce projet pour la démocratie.   


Une telle réforme  ne peut se faire en catimini. Une toute autre ambition démocratique est urgente pour le pays. Le pays a besoin d’une nouvelle Constitution mais certainement pas celle là. Le PCF exige un véritable débat public, où la parole soit donnée aux citoyens et aux projets alternatifs comme celui que nous portons avec la VIème République. 
Le débat parlementaire doit s’organiser ensuite en respectant les différents projets mis sur la table. A l’issue de ce débat parlementaire, nous exigeons une consultation populaire par référendum en 2019 pour que la démocratie retrouve ses droits !  

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 11:58
photo Glenn Le Saout

photo Glenn Le Saout

photo Glenn Le Saout

photo Glenn Le Saout

De 5h à 19h ce mardi 3 avril 2018, la grève des agents de collecte des ordures ménagères de Morlaix-Communauté: 95% de grévistes, de nombreuses revendications satisfaites
De 5h à 19h ce mardi 3 avril 2018, la grève des agents de collecte des ordures ménagères de Morlaix-Communauté: 95% de grévistes, de nombreuses revendications satisfaites
De 5h à 19h ce mardi 3 avril 2018, la grève des agents de collecte des ordures ménagères de Morlaix-Communauté: 95% de grévistes, de nombreuses revendications satisfaites

Quand la détermination et le nombre sont là, que la cause est légitime, les mobilisations sont payantes. 

En témoigne l'issue de la grève d'hier au service Environnement de Morlaix Communauté, suivie par 95% des agents de déchetteries titulaires et des agents de collecte au ramassage des ordures, et animée par la CGT et notamment son délégué du personnel et porte-parole sur Morlaix-Communauté, Marc Corbel.

Une grève commencée à 5 heures du matin, clôturée à 19h, menée dans la bonne humeur, la résolution, les agents concernés ayant envisagé un mouvement prolongé si leurs revendications étaient ignorées, comme en 2010, où, après 10 jours de grève, il avait obtenu satisfaction, du moins à titre de promesse, d'un certain nombre d'exigences. 

Là, une première discussion a eu lieu le matin avec Thierry Piriou, le président de Morlaix-Communauté, et Guy Pennec, le vice-président Transport, et Guy Pouliquen, le vice-président au personnel, puis une autre en fin d'après-midi. 

22 points des grévistes ont été examinés sérieusement les uns après les autres: problème d'encadrement avec une rupture de confiance et de dialogue avec un cadre, besoin que les agents soient associés à la réflexion sur les réorganisations de tournée, création d'un poste, titularisation des contractuels, temps de travail, CHSCT, accès au document de l'audit flash en 2017.... 

Tout a été mis sur la table et finalement, du fait des engagements du président et des vice-présidents de Morlaix-Communauté à se pencher sérieusement sur un certain nombre de questions, les agents grévistes ont décidé de mettre fin à la grève.

Glenn Le Saout (FIDL et PCF) , Patrick Le Goas (FO), et Ismaël Dupont (élu communautaire PCF, membre de la commission environnement) étaient venus rencontrer et soutenir les grévistes du service collecte de Morlaix-Communauté et écouter ce qu'ils avaient à formuler sur leurs conditions de travail et leurs revendications.     

Ouest-France
Morlaix communauté. La grève levée, la collecte des ordures reprend

Publié le 03/04/2018

 

Piquet de grève devant le service environnement, à la Boissière. | Photo Ouest-France

La CGT indique avoir obtenu des engagements concernant plusieurs revendications. Le blocage du dépôt des camions de collecte est levé, la collecte des ordures reprendra ce mercredi.

Mardi, aucun camion n’a pu quitter de dépôt, à la Boissière. Un blocage était en place, pour « faire entendre nos revendications auprès de Morlaix communauté », indiquait Marc Corbel, délégué CGT. En conséquence, la collecte des ordures n’a pas pu se tenir dans le territoire de l’Agglo.

La grève est levée, fait savoir Marc Corbel mardi soir. « On a été reçus pendant plus d’une heure par le président, Thierry Piriou, et deux vice-présidents. On a obtenu plusieurs engagements avec un planning, concernant la prise en compte des risques psychosociaux, la constitution de groupes de travail pour le régime indemnitaire. »

Il salue aussi « un engagement fort qui valorisera les agents : ils seront associés à la réorganisation des tournées de collecte, qui doit entrer en vigueur début juin ».

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/morlaix-communaute-la-greve-levee-la-collecte-des-ordures-reprend-5670756

Le Télégramme, 4 avril 2018

Le Télégramme, 4 avril 2018

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 11:56
Stéphane Peu : "Le gouvernement veut affaiblir le secteur public HLM"

Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis, était l’invité du Grand Matin Sud Radioce mercredi dans le cadre du projet de loi logement présenté aujourd’hui en conseil des ministres.

Il a fait part de ses réserves sur cette loi. "C’est toujours un peu le même problème avec ce gouvernement : il y a un diagnostic, sur lequel on pose non pas des mesures pragmatiques, mais un dogme libéral, hors-sol, qui ignore les réalités du terrain".

"J’ai été adjoint à l’urbanisme pendant 20 ans dans une ville, bien sûr qu’on peut être confronté à ce type de problèmes. Mais il y a une palette de mesures à prendre. C’est très bien d’empêcher les recours abusifs, mais il faudrait peut-être mieux sanctionner les avocats qui font leur beurre en allant proposer leurs services à des riverains de futurs projets et en se rémunérant au pourcentage de ce qu’ils vont gagner (Souvent suite à des négociations clandestines). Il faut aussi que les promoteurs arrêtent de céder au chantage ! Ce sont des méthodes de voyous. Je connais des promoteurs qui sont allés dans des arrières-salles de cafés verser des enveloppes pour lever des recours…", explique Stéphane Peu.

Alors que le gouvernement souhaiterait vendre près de 40 000 logements sociaux par an pour financer la construction d’autres logements, Stéphane Peu n’y voit pas un signe encourageant. "Pour que les organismes HLM puissent retirer de l’argent des ventes et ainsi construire et réinvestir, il faut vendre du patrimoine amorti. Or, pour vendre du patrimoine amorti, dans le logement HLM ce sont des immeubles de plus de 40 ans. Veut-on dans notre pays, par une vente massive de HLM de plus de 40 ans, fabriquer des copropriétés dégradées, répéter ce que Mme Thatcher a fait dans les années 1980 dans les bassins miniers de l’Angleterre ? Non seulement on va aggraver les ghettos, mais on va mettre dans la difficulté des gens qui vont se mettre au taquet de leur capacité d’emprunt pour acheter ces logements, qui seront des logements vieillissants nécessitant des travaux que, bien souvent, les gens ne pourront pas faire", assure-t-il.

Quant à l’attribution des logements HLM que le gouvernement souhaiterait rendre plus transparente, Stéphane Peu met les choses au clair. "Tous les gouvernements le disent. Ils améliorent un peu le système, mais le problème d’une file d’attente, c’est qu’on peut certes mieux l’organiser à l’infini, mais le mieux reste de la réduire ! Or, il n’y aura pas dans cette loi le choc de l’offre attendu, cette augmentation de la production de logements qui serait la seule méthode susceptible de faire baisser les listes d’attente", indique-t-il.

Enfin, il aimerait voir le gouvernement prendre davantage en compte les exemples européens. "Il faut maintenir l’équilibre entre le secteur privé et le secteur public dans notre pays. Dans le domaine du logement, on a une tradition d’économie mixte et on a mieux amorti les crises que nos pays voisins. Là, le gouvernement veut affaiblir le secteur public HLM en donnant l’essentiel de la réponse des problèmes de logement au secteur privé. Partout où ça s’est fait en Europe (Espagne, Angleterre, Allemagne…), c’est un échec patent et la crise du logement est encore plus grande que chez nous. Dans les réunions préalables, j’avais recommandé au ministre de faire un peu de benchmarking européen. Ils ont refusé et appliquent à la France un dogme libéral qui n’a rien à voir avec notre histoire et qui a échoué partout où il a été mis en œuvre", conclut-il.

Stéphane Peu

Stéphane Peu

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 11:51

« L’INTÉRÊT GÉNÉRAL À LA CASSE » – dossier du Monde diplomatique, avril 2018

 

Propageant la plus grande confusion entre rentabilité à des fins particulières et efficacité au bénéfice de tous, le gouvernement français veut délégitimer un peu plus l’État social qui fut pourtant gage d’émancipation pour de nombreuses générations. Après avoir multiplié les cadeaux fiscaux aux vrais privilégiés, il tente de dévier l’attention sur la fonction publique.

 

 

Les fonctionnaires, voilà l’ennemi

 

Par Anicet Le Pors *

Début février, le premier ministre Édouard Philippe a livré les premières décisions du gouvernement concernant la fonction publique : plans de départs volontaires, recrutement accéléré de contractuels, rémunérations dites « au mérite », multiplication des indicateurs individuels de résultat… Il inaugurait ainsi une croisade contre les statuts : d’abord celui des cheminots, puis les autres, en particulier la pièce maîtresse du « statut général des fonctionnaires », qui concerne quelque 5,5 millions de salariés, soit 20 % de la population active.

Dans ce domaine comme dans les autres, le président Emmanuel Macron entend aller vite. Mandaté par les dominants – la finance internationale dont il émane, les cercles dirigeants de l’Union européenne, le patronat, la technocratie administrative, les flagorneurs du show-business, la quasi-totalité des médias –, le jeune dirigeant sait que le temps ne travaille pas pour lui.

Durant la campagne pour l’élection présidentielle, M. Macron a jugé le statut des fonctionnaires « inapproprié » et prévu la suppression de 120 000 emplois. Il a stigmatisé les insiders[1], ceux qui se seraient construit un nid douillet à l’intérieur du « système » et dont les privilèges barreraient la route aux moins chanceux. Le 13 octobre 2017, le premier ministre s’est adressé aux ministres pour leur annoncer la création d’un Comité action publique 2022 (CAP 22) prévoyant « des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions », et présenté comme la pièce centrale du chantier de réforme de l’État. La réforme du code du travail – priorité répondant aux vœux du Mouvement des entreprises de France (Medef) – a par ailleurs élevé le contrat et, plus spécifiquement, le contrat individuel d’entreprise au rang de référence sociale susceptible d’être généralisée à l’ensemble des salariés des secteurs privé et public. Et, ce faisant, permis de fourbir les armes qui permettront de s’attaquer directement aux statuts des personnels du secteur public, qui se situent dans la filiation de celui élaboré au lendemain de la Libération, puis en 1983. En rappeler la genèse éclaire la situation présente.

L’histoire de la fonction publique française révèle deux lignes de force : une conception autoritaire donnant la primauté au pouvoir hiérarchique, et une autre fondée sur la responsabilité du fonctionnaire, quelle que soit sa place dans la hiérarchie – la conception du fonctionnaire-citoyen. Adopté en 1944, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) ne prévoyait pas de réforme spécifique dans ce domaine. Le général de Gaulle souhaitait toutefois pouvoir s’appuyer sur une administration loyale et efficace. Sous l’impulsion de Michel Debré[2], chargé d’une mission dans ce domaine, un premier train de reformes est adopté par ordonnance le 9 octobre 1945. Elles donnent naissance à l’École nationale d’administration (ENA), à la Direction de la fonction publique, aux corps interministériels d’administrateur et de secrétaire d’administration, au Conseil permanent paritaire de l’administration civile ainsi qu’aux Instituts d’études politiques (IEP).

Nommé ministre d’État chargé de la fonction publique le 21 novembre 1945, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français (PCF), se heurte à plusieurs difficultés dans l’élaboration d’un statut propre. À commencer par les réserves de la Fédération générale des fonctionnaires (FGF-CGT), qui demeure campée sur sa revendication d’un « contrat collectif », associant l’idée de statut à celle de « carcan ». Jacques Pruja, l’un des dirigeants de la fédération, prendra toutefois le contrepied de la position de son organisation, qu’il finira par convaincre. De leur côté, la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) – les deux seuls syndicats de l’époque – divergent sur le mode de représentation des syndicats.

Le premier projet de loi essuie de vives critiques, dont beaucoup s’articulent autour de la création d’un poste de secrétaire général de l’administration, suspectée de refléter une volonté de placer l’administration sous contrôle politique. Thorez transige sur ce point, mais tient bon sur le reste. Son entreprise se trouve encore contrariée par le rejet, le 5 mai 1946, d’un premier projet de Constitution, qui contraint à de nouvelles élections législatives. Après la formation du gouvernement, Thorez – alors vice-président d’un conseil des ministres présidé par Georges Bidault – obtient que son projet soit discuté le 5 octobre à l’Assemblée. Il est adopté à l’unanimité, sans discussion générale, après seulement quatre heures de débat. Pour Thorez, la loi du 19 octobre 1946 constitue un premier pas vers « la libération” du fonctionnaire, enfin considéré comme un homme et non comme le rouage impersonnel de la machine administrative[3] ».

Le statut alors créé ne concerne que les fonctionnaires de l’État, un effectif de 1 105 000 agents dont seulement 47 % sont titulaires. Il instaure de nombreuses garanties en matière de rémunération, d’emploi, de carrière, de droit syndical, de protection sociale et de retraite. L’innovation la plus surprenante est la définition d’un « minimum vital » : « La somme en dessous de laquelle les besoins individuels et sociaux de la personne humaine considérés comme élémentaires et incompressibles ne peuvent plus être satisfaits » (Art. 32, 3e al.). Cette mesure constitue la base d’une disposition prévoyant qu’aucun traitement de début de carrière ne soit inférieur à 120 % de ce minimum vital. Le agents des collectivités territoriales devront attendre la loi du 28 avril 1952 pour obtenir de nouvelles dispositions statutaires ; ceux des établissements hospitaliers, le décret-loi du 20 mai 1955.

Lors de l’avènement de la Ve République, l’ordonnance du 4 février 1959 abroge la loi du 19 octobre 1946, mais les dispositions essentielles du statut sont conservées. À la suite du mouvement social de 1968, les fonctionnaires bénéficient des retombées des événements (comme la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise), avant que l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, le 10 mai 1981, n’ouvre un nouveau chantier statutaire…

Ayant fait de la décentralisation l’une de ses priorités, Mitterrand avait chargé son ministre de l’intérieur et de la décentralisation, le maire de Marseille Gaston Defferre, d’élaborer un projet de loi sur le sujet. J’occupais alors le poste de ministre de la fonction publique, et la question des garanties statutaires à accorder aux personnels des collectivités territoriales m’opposa rapidement à la logique de Defferre. Il envisageait un simple renforcement des dispositions existantes ; je souhaitais au contraire une unification statutaire globale au niveau des garanties de carrière prévues pour les fonctionnaires de l’État.

Avant même l’arbitrage du premier ministre, Pierre Mauroy, j’intervins à l’Assemblée nationale, le 27 juillet 1981, en faveur de la « mise en place pour les personnels locaux d’un statut calqué sur celui de la fonction publique de l’État, c’est-à-dire sur le statut général des fonctionnaires ». On pouvait craindre la coexistence de deux types de fonction publique : celle de l’État, fondée sur le système de la carrière, et celle de la fonction publique territoriale, soumettant l’emploi aux aléas du métier, peu mobile et plus sensible aux pressions de toute nature. À terme, la seconde pouvait l’emporter sur la première, au préjudice de la neutralité de l’administration, des garanties des fonctionnaires, de la mobilité des effectifs et de l’efficacité du service public. M. Olivier Schrameck, alors conseiller technique de Gaston Defferre, radicalisera plus tard ma position, écrivant à mon sujet : « Jacobin de tempérament et tout particulièrement méfiant à l’égard des tentations clientélistes des élus, il était résolu à n’accorder à l’autonomie des collectivités locales que ce qui leur était constitutionnellement dû. » Après bien des péripéties, Mauroy arbitra en ce sens. « Ce compromis fut ainsi la traduction d’un rapport de forces », conclura M. Schrameck[4].

Le statut unifié fut inauguré par la loi du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations de tous les fonctionnaires, suivie de trois lois concernant respectivement la fonction publique de l’État, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière, caractérisant un système « à trois versants ». Le nouveau statut intégra des droits qui ne s’y trouvaient pas (droit de grève, liberté d’opinion, capacité de négociation des organisations syndicales, garantie de mobilité, droit à la formation permanente, etc.) et étendit son champ d’application aux agents territoriaux et hospitaliers. Après quelques hésitations de certaines d’entre elles, les organisations syndicales soutinrent la réforme. Les associations d’élus se montrèrent réservées, voire hostiles, craignant que ce statut ne limite leurs prérogatives. Mais, au Parlement, l’opposition se découragea vite.

Au départ, François Mitterrand ne s’intéressait guère à ces questions. Il était beaucoup plus vigilant concernant les réformes administratives, craignant sans doute qu’on lui reproche de laisser un ministre communiste s’intéresser de trop près à l’appareil d’État. Dès la composition du gouvernement et ma nomination, il n’avait accepté qu’avec réserve que les attributions du ministre de la fonction publique soient étendues aux réformes administratives. Il multiplia ensuite les objections à nos propositions en la matière. Il ne pouvait cependant manquer de douter des réformes en cours après son « tournant libéral » de 1983. M. Jacques Fournier, alors secrétaire général du gouvernement, le raconte : « Le président s’interrogea à haute voix, le 29 mai 1985, sur l’utilité de l’ensemble législatif concernant le statut de la fonction publique. (…)Passait ce jour-là en conseil des ministres le projet de loi sur la fonction publique hospitalière, dernier volet de cet ensemble. Le commentaire de Mitterrand est en demi-teinte. L’adoption de ce texte s’inscrit dans la logique de ce que nous avons fait. À mon sens, ce n’est pas ce que nous avons fait de mieux. Il évoque une rigidité qui peut devenir insupportable et des solutions discutables. On ne peut plus recruter un fossoyeur dans une commune sans procéder à un concours”. Il est vrai que j’ai présidé moi-même à l’élaboration de ces lois. Peut-être n’ai-je pas été suffisamment informé. Tout ceci charge l’administration et conduit à la paralysie de l’État. Il reste que c’est la quatrième et la dernière partie d’un ensemble. Je ne suis pas sûr, en définitive, que ces lois auront longue vie[5]. » C’était il y a trente-trois ans…

La séquence libérale étant ouverte, on aurait tort de s’étonner de l’obstination des partisans de la marchandisation de la vie publique et du « détricotage » des statuts législatifs ou réglementaires (et tout spécialement du statut général des fonctionnaires), soit sous la forme d’offensives brutales, soit par l’action de « transformations souterraines » plus insidieuses. Ainsi, la loi Galland du 13 juillet 1987 (sous le gouvernement de M. Jacques Chirac) changeait pour le symbole les corps des fonctionnaires territoriaux en cadres et rétablissait le système dit des « reçus-collés », soit la substitution, à l’issue d’un concours, de la liste des candidats admis par ordre alphabétique à la liste présentée par ordre du mérite dans la fonction publique territoriale. Elle nuisait à la comparabilité des fonctions publiques et, par là, à la mobilité des fonctionnaires, que le statut a érigée au rang de « garantie fondamentale » (article 14 du titre Ier su statut). Mais aussi : faux pas du Conseil d’État préconisant dans son rapport annuel de 2003 de faire du contrat une « source autonome du droit de la fonction publique ». Proclamation imprudente de M. Nicolas Sarkozy appelant en septembre 2007 à une « révolution culturelle » et déclarant son intention de promouvoir le « contrat de droit privé négocié de gré à gré », mais forcé d’y renoncer face à la crise financière de 2008, l’opinion reconnaissant que la France disposait d’un précieux atout anticrise dans l’existence d’un important secteur public, efficace « amortisseur social ».

Les attaques frontales ayant échoué, s’est développée une stratégie plus sournoise : d’une part, l’expansion du paradigme de l’entreprise privée dans le service public sous la forme du new public management (« nouvelle gestion publique ») ; d’autre part, un « mitage » du statut : 225 modifications législatives en trente ans, la plupart des dénaturations, démontrant, malgré tout, à la fois sa solidité et son adaptabilité.

La conception française du service public et la traduction juridique qu’en donne le statut général des fonctionnaires expriment une logique inacceptable aux yeux d’oligarchies qui s’efforcent de faire « ruisseler » leur idéologie libérale dans la société. Y compris lorsqu’elle se voit disqualifiée sur le plan théorique et contredite par le mouvement du monde.

« On empêchera plutôt la Terre de tourner que l’homme de se socialiser », aurait déclaré Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), paléontologue et jésuite, homme de science et prophète[6]. Il n’est au pouvoir d’aucun gouvernement d’inverser des tendances lourdes qui portent l’évolution des sociétés. Depuis la fin du Moyen Âge, on assiste à une sécularisation du pouvoir politique qui s’accompagne d’une autonomisation de l’appareil d’État et d’une expansion administrative constante. La socialisation des financements répondant à des besoins fondamentaux apparaît irréversible : en France, les prélèvements obligatoires ne dépassaient pas 15 % du produit intérieur brut (PIB) avant la première guerre mondiale ; ils s’élèvent désormais à 45 %. Il n’y avait pas plus de 200 000 agents de l’État au début du XXe siècle ; le secteur public (administrations, entreprises, organismes publics) approche les sept millions de salariés en 2018.

Pour autant, la France n’est pas « suradministrée ». Elle se situe au contraire en haut de la moyenne des pays développés, comme l’a démontré une récente étude de France Stratégie : on y compte 89 agents publics pour 1 000 habitants, loin derrière les pays scandinaves, derrière le Canada et juste devant le Royaume-Uni[7]. Ce n’est ni l’ampleur des effectifs ni leur évolution qui distinguent la France des autres pays, mais le fait que les agents y sont protégés par la loi, dans le cadre d’un statut regardé comme la condition d’une administration neutre et intègre.

Les libéraux ont cru pouvoir annoncer la victoire définitive de leur doctrine, la fin de l’histoire, et consacrer l’horizon indépassable d’un capitalisme hégémonique sur la planète. En ce début de XXIe siècle, le monde tel qu’il est dévoile leur erreur. Comme sous l’effet d’une nécessité, une forme de socialisation objective se développe, quand bien même elle s’exprime dans des contextes capitalistes. Dans une crise qu’Edgar Morin analyse comme une « métamorphose[8] », des valeurs universelles émergent et s’affirment : les droits humains, la protection de l’écosystème mondial, l’accès aux ressources naturelles indispensables, le droit au développement, la mobilité des personnes, l’égalité hommes-femmes, le devoir d’hospitalité, la sécurité. D’autres sont en gestation, qui exacerbent les contradictions. La mondialisation n’est pas seulement celle du capital ; elle touche toutes les formes d’échange et de formation de la citoyenneté : révolution informationnelle, coopérations administratives et scientifiques, conventions internationales, floraison de créations culturelles. Bref, ce siècle sera peut-être celui des interdépendances, des interconnexions, des coopérations, des solidarités, toutes formules qui se condensent en France dans le concept de service public. On ne s’en rend peut-être pas compte tous les jours en écoutant M. Macron, mais, contrairement aux espoirs et aux proclamations des thuriféraires du libéralisme, le XXIesiècle pourrait annoncer l’âge d’or du service public* 

 

Anicet Le Pors Ancien ministre de la fonction publique et des réformes administratives, conseiller d’État honoraire.

 

 

 

[1] Le Point, Paris, 31 août 2017.

[2] Michel Debré inaugurera le poste de premier ministre prévu par la Constitution de la Ve République, à la rédaction de laquelle il avait pris une part importante.

[3] Cité par René Bidouze, Fonctionnaire, sujet ou citoyen, Éditions sociales, Paris, 1979.

[4] Olivier Schrameck, La Fonction publique territoriale, Dalloz, coll. « Connaissance du droit », Paris, 1995.

[5] Jacques Fournier, Itinéraire d’un fonctionnaire engagé, Dalloz, 2008.

[6] Cité par Gérard Donnadieu, « Comprendre Teilhard de Chardin », Saint-Léger Productions, 2013.

[7] Florence Deschard et Marie-Françoise Le Guilly, « Tableau de bord de l’emploi public », France Stratégie, Paris, décembre 2017, http://www.strategie.gouv.fr

[8] « Edgar Morin : “L’idée de métamorphose dit qu’au fond tout doit changer” »,L’Humanité, Saint-Denis, 19 juillet 2013. Dans le même esprit : Anicet Le Pors, Pendant la mue le serpent est aveugle, Albin Michel, Paris, 1993.

[9] Gérard Aschieri et Anicet Le Pors, La Fonction publique du XXIe siècle, Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2015.

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 11:39
conflit Elisabeth B-SNCF : Elle dépasse les bornes et déraille: les députés communistes prêts au combat

SNCF: Borne "déraille", pour les députés communistes, prêts au "combat"

AFP | mardi 03 avril 2018

Les députés communistes, prêts au "combat" contre la réforme ferroviaire au nom de la défense des usagers et des territoires, ont jugé mardi que la ministre des Transports Elisabeth Borne "déraille" et montre de la "fébrilité".

"Pas dans une protestation simple" et porteurs de "propositions innovantes", ils veulent batailler autour de deux questions "fondamentales": "qu'est-ce que cette réforme va apporter aux usagers" et "quels seront les effets pour les territoires", l'environnement, a résumé devant la presse leur président André Chassaigne.

Avec la grève, "il y a une gêne pour les travailleurs et la population, mais quand il y a de tels enjeux historiques, il faut en passer par là", a-t-il plaidé.

Pour cet élu du Puy-de-Dôme, "si l'on perd la bataille du rail, avec la porte ouverte à l'ouverture à la concurrence, cela va détériorer le service, comme dans tous les pays où cela s'est fait", de la Grande-Bretagne à l'Europe du nord en passant par l'Allemagne.

Sur cette réforme, "au lendemain de Pâques, il semble que Mme Borne se soit fait sonner les cloches", montrant "une fébrilité certaine" avant "un mouvement social particulièrement fort", a jugé Hubert Wulfranc. "On va tâcher de lui faire perdre les pédales davantage et de reprendre le train du service public à la française".

Et d'observer que "le gouvernement ouvre un espace au moins de débat avec les parlementaires" sur deux articles qui ne feront plus l'objet d'ordonnances, et "dit qu'il va faire beaucoup plus sur le rail sans dire d'où vient l'argent".

La ministre, "elle déraille", a renchéri Sébastien Jumel, un porte-parole, la jugeant "désarmée lorsqu'il s'agit d'évoquer la question de la dette" de la SNCF.

Quand "la réalité des enjeux sera dans le débat public, je crois qu'une majorité d'opinion va se construire sur l'idée que cette réforme va dans la mauvaise direction", a complété Pierre Dharréville.

"La question sociale est en train de rattraper ce gouvernement", a-t-il jugé. "Il y a quelque chose d'inédit et d'imprévu à voir autant de secteurs, SNCF, énergie, Carrefour, etc, se mettre en lutte" face à des "attaques extrêmement brutales" et "une politique favorisant les ultra riches", a ajouté Elsa Faucillon, autre porte-parole.

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 05:32
Eliane Assassi, présidente du groupe communiste au Sénat

Eliane Assassi, présidente du groupe communiste au Sénat

Accord entre la majorité du Sénat et le gouvernement pour la casse du service public ferroviaire

Dans un communiqué publié le 29 mars, Eliane Assassi (groupe CRCE Sénat) dénonce la proposition de loi Maurey qui" témoigne de la course contre la montre, engagée par la majorité sénatoriale, pour être la première chambre à entériner l’ouverture à la concurrence et les changements de statut au sein de l’entreprise publique SNCF, engageant sa vente à la découpe."

Après la téléphonie, l’énergie, le fret ferroviaire, ce sont maintenant les transports voyageurs ferroviaires qui sont visés par la libéralisation pour permettre aux entreprises privées de faire des profits, comme ce fut le cas avec la privatisation des autoroutes, explique la sénatrice de Seine-Saint-Denis. Aux yeux des sénateurs du groupe communiste, le fer reste un outil puissant de désenclavement des territoires, de lien entre les territoires et les hommes. Le train relève de l’intérêt général et nécessite un système d’exploitation unifié sur un réseau unique pour garantir une offre cohérente et performante, une péréquation à l’échelle nationale.

Les sénateurs du groupe CRCE ont donc voté contre cette proposition de loi.

Ils ont annoncé qu’ils seront si le gouvernement poursuit dans la voie des ordonnances, les plus farouches opposants à ces projets funestes pour le service public ferroviaire, les principaux opposants à cette balkanisation de l’entreprise historique, à la concurrence mortifère et des opposants au changement de statut de l’entreprise historique, prélude comme à chaque fois, de la privatisation et de sa soumission aux impératifs des marchés financiers contre l’intérêt des peuples.

Des opposants enfin, à la suppression du statut des cheminots, qui ouvre le piège du tous contre tous. Ils affirment que l’harmonisation sociale doit se faire par le haut. Alors que la politique mise en œuvre par le Président Macron est une politique de classe au service des plus riches, ils n’acceptent pas la mise en cause des agents du service public et l’idée que ce seraient eux les privilégiés.

- Lire également la question préalable déposée par E. Assassi : Vers une balkanisation du service public ferroviaire

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 05:26
MURIEL PÉNICAUD… CETTE MINISTRE QUI SUPPRIME VOS DROITS ET LICENCIE DES SYNDICALISTES ! (CGT Info Com)

MURIEL PÉNICAUD… CETTE MINISTRE QUI SUPPRIME VOS DROITS ET LICENCIE DES SYNDICALISTES !

Muriel Pénicaud est son nom et elle est :
- assise sur une fortune voisine de 7,7 millions d'euros
- la grande gagnante de la "réforme" de l'ISF voulue par le gouvernement auquel elle participe (+62.000 €/an).
- épinglée pour 671 infractions au Code du travail du temps où elle dirigeait l'organisme public Business France,
- artisane des ordonnances Macron qui permet notamment à un patron, par accord d'entreprise, de supprimer vos droits acquis,
- licencieuse de syndicalistes comme récemment Gaël Quirante (Non au licenciement de Gaël Quirante/ Stop la répression) contre l'avis de sa propre administration qu'est l'inspection du travail…
- qui ose dire "le burn-out n'est pas "une maladie professionnelle"…

Si cette liste n'est pas exhaustive, il faut surtout l'arrêter d'œuvrer pour le Medef qui agit contre nos intérêts ! Décidément, le "nouveau monde" de Macron et son équipe, leur nouvelle façon de faire de la politique, ressemblent à s'y méprendre au pire temps du patronat de droit divin.

Actions, manifestations, grèves… l'heure est à la mobilisation si nous ne voulons pas laisser Madame Licenciator et ses amis du gouvernement nous voler tous nos conquis sociaux.

::: Le 3 avril, nous sommes tous concernés
https://www.infocomcgt.fr/3-avril-nous-sommes-tous-concern…/

::: Télécharger l'affiche
https://www.infocomcgt.fr/…/2018_04_02_InfoComCGT_Affiche_L…

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#OnNenVeutPas
Info'Com-CGT

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 05:22
Le 1er jour de grève nationale des Cheminots a été d'une ampleur inégalée: syndicats et exécutifs installent le rapport de forces (Médiapart, 4 avril)
Syndicats et exécutif installent le rapport de forces
 PAR  ET 

Les cheminots ont inauguré en fanfare leur grève en pointillé, en bloquant la majorité du réseau ferroviaire mardi. Des manifestations, soutenues par la présence des étudiants et d’agents de la fonction publique, ont eu lieu dans toute la France. Le gouvernement plaide la cause des usagers, alors que les syndicats tentent de tenir leur ligne unitaire.

 

Premier jour de grève réussi pour les cheminots : la mobilisation contre la réforme de la SNCF a non seulement mis la majorité des trains à l'arrêt, mais aussi littéralement saturé l'espace médiatique. Télés, radios, journaux de tous bords ont squatté les gares désertées par les passagers dès lundi soir dans plusieurs villes de France, les trains de banlieue bondés de la région parisienne, les passagers poussés sur la voie à la gare de Lyon, les assemblées générales de cheminots pleines à craquer…

Le mouvement est bien d'une ampleur rarement atteinte : selon la direction de la SNCF, le taux de grévistes était de 33,9 % mardi en milieu de matinée sur l’ensemble des« cheminots devant travailler ». Mais parmi les « agents indispensables à la circulation des trains », ce taux grimpait à 48 % mardi matin, contre 36 % le 22 mars, journée de défense des services publics.

Environ 77 % des conducteurs étaient grévistes, 69 % des contrôleurs, 39 % des aiguilleurs, 40 % des agents d'escale et du matériel, et 15 % chez le personnel administratif, toujours selon la direction. Le mouvement a également été suivi parmi les agents de maîtrise (40 %) et les cadres (17 %), malgré la prime de 150 euros en cas de remplacement d'un agent gréviste promise par la direction.

Résultat ? Un TGV sur huit en moyenne a pu rouler mardi, l’axe ferroviaire Sud-Est étant le plus touché avec un train sur dix seulement. Même régime pour les Intercités, avec sept lignes sur lesquelles aucun train n'a pu rouler. Dans les régions, un TER et un Transilien (en Île-de-France) sur cinq ont été assurés alors que la circulation des RER a également été perturbée. Il y a fort à parier que les cheminots ne vont pas s'arrêter en si bon chemin.

La journée de mardi marquait le coup d'envoi d'une grève intermittente, prévue pour durer trois mois, à coup de deux jours de grève consécutifs, suivis de trois jours de reprise de l'activité. Pour cette semaine, la grève reprendra donc, sauf coup de théâtre, samedi soir.

Un peu partout en France, des manifestations ont également émaillé la journée. À Paris, plusieurs centaines de cheminots grévistes ont marché de la gare de l'Est à la gare Saint-Lazare, rejoints par des agents de la fonction publique, des étudiants et le personnel hospitalier. Tout comme à Bordeaux, où les cheminots ont défilé au milieu d'une haie d'honneur, formée par les postiers locaux, en grève depuis plus de trois semaines. À Lyon, à l'issue d'une assemblée générale suivie par plus de 200 agents en gare de Perrache, le personnel hospitalier a gonflé la manifestation qui s'est acheminée vers l'hôtel de région.

L'attelage cheminots-étudiants-personnels de santé, parti de la gare de Lille, a quant à lui fait un détour inattendu par le centre commercial bordant la gare, pour soutenir les salariés de Carrefour, dont la grève samedi 1er avril a été bien suivie (300 magasins touchés en France). Au cours de l'AG de l'université de Nantes, où plus de 1 300 étudiants se sont décidés pour la poursuite du blocage, les cheminots ont été reçus en héros. À Toulouse, ville étudiante très mobilisée contre la mise sous tutelle de l'université, et Montpellier, électrisée après des incidents très violents à la faculté de droit, les étudiants ont pris fait et cause pour les grévistes de la SNCF.

La cagnotte de soutien aux grévistes, montée sur internet à la suite d'un appel lancé sur Mediapart par de nombreux intellectuels de gauche, avait pour sa part dépassé, à 19 heures mardi, les 120 000 euros et les 3 300 participants.

Ce mardi matin sur France Inter, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez avait donné le ton, appelant de ses vœux « un gouvernement qui écoute, et n'essaie pas d'opposer les cheminots aux usagers ». « Vous pensez que les cheminots font grève par plaisir ? On est obligé d'en arriver là, à cause du gouvernement », a-t-il affirmé. Une réponse à son homologue de la CFDT, Laurent Berger, qui avait pris les devants dans une interview au Figaro le matin même. « Le climat social est dégradé, oui. Mais je ne me laisserai pas enfermer à commenter la situation sociale sous le prisme de la convergence des luttes de la CGT », a prévenu le dirigeant de la CFDT, pour qui « il ne suffit pas de dire “allons manifester parce qu'on n'est pas content” ».

Sa position semble en léger décalage avec celle qu'a tenue jusque-là la fédération des cheminots de son syndicat. La CFDT ferroviaire affiche une fermeté de ton certaine, à l'unisson des autres fédérations sur la tactique de la grève « en pointillé », et défendant en premier lieu l'unité syndicale. Ce qui n'empêche pas Laurent Berger de déclarer :« Plus on discutera vite avec l'exécutif, plus on a de chances d'éviter un conflit dur que je ne souhaite pas. »

Discuter justement, le gouvernement et sa majorité ne demandent officiellement que cela, rappelant à longueur d'interviews que les concertations sont encore en cours, alors que la loi est déjà examinée à l'Assemblée, en commission des affaires économiques, depuis ce mardi. Rien que cette semaine, une grosse dizaine de réunions sont programmées au ministère des transports et à la SNCF avec les syndicats. Mais ces« concertations » ne sont bien sûr pas pensées pour remettre en cause l'essentiel de la réforme. Et l'exécutif avance donc sur cette ligne de crête : montrer qu'il est à l'écoute, mais aussi qu'il est ferme et tiendra bon face aux grévistes.

Illustration de cette délicate posture, la ministre des transports Élisabeth Borne a fait valoir mardi sur BFMTV que « le gouvernement tiendra bon, dans l'écoute, dans la concertation, dans le dialogue ». « J'ai annoncé deux mois de concertation. On est à mi-chemin », a plaidé la ministre, surjouant la carte du pragmatisme : « Je fais des avancées, les syndicats, eux, n'ont pas changé leur position. »  

« J'entends autant les grévistes qui parfois le disent avec vigueur, que ceux qui n'acceptent pas cette grève, plus exactement que ceux qui veulent aller travailler, veulent continuer à bénéficier de leur liberté constitutionnelle d'aller et venir », a de son côté déclaré ce mardi après-midi le premier ministre Édouard Philippe pendant la séance de questions au gouvernement, à l'Assemblée. Une manière sans doute d’infléchir la ligne qui avait d’abord été empruntée par le gouvernement, consistant à cibler le statut des cheminots, et d’en faire le symbole, voire la cause, des dysfonctionnements de la SNCF.

La nouvelle stratégie gouvernementale consiste plutôt à prendre le parti des usagers, handicapés par le mouvement de grève. Illustration dans les propos de Richard Ferrand,mardi sur le plateau de LCP : « Moi, je les aime les cheminots, je vois comment ils se dévouent, je vois comment ils bossent », a déclaré dans un premier temps le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, avant de fustiger une minorité d'« agitateurs » qui prendraient le débat « en otage pour faire de l’anti-Macron primaire ».

La dette de la SNCF, élément clé de la négociation à venir

La vérité est que l'exécutif, même si certains de ses membres s'en défendent, ne peut que surveiller d'un œil inquiet la possible conjonction des mécontentements et des mouvements sociaux. Chez Air France, un quart des avions ne sont pas partis ce mardi, lors du quatrième mouvement de grève en un peu plus d'un mois dans la compagnie. Tous les personnels réclament une augmentation générale des salaires de 6 %, et trois autres jours de grève sont d'ores et déjà prévus, les 7, 10 et 11 avril. 

La tension est également forte dans les universités, où pour l'heure une douzaine d'établissements sont bloqués, pour protester contre la réforme de l'accès à l'université(lire notre article sur la mobilisation étudiante). L'université parisienne de Tolbiac est par exemple bloquée jusqu'au 9 avril, après une AG très suivie ce mardi, de même que le site de Clignancourt de l'Université Paris-IV, ainsi que Paris-VIII. Au milieu de ce bouillonnement, un mouvement de grève pour défendre les agents « précaires », non-titulaires de l’Éducation nationale, a été lancé pour jeudi 5 avril par le Snes, la CGT et SUD.

La CGT a également mobilisé d'autres secteurs susceptibles de causer du désordre. Les fédérations des transports et des services publics ont lancé un appel commun à la grève dans l'ensemble de la filière déchets, « du balayeur à la collecte, au centre de tri, à l'incinérateur ». Elles réclament la création d'un « service public national » des déchets avec un « statut unique public » pour les salariés de la filière.

En Île-de-France, environ un tiers des collectes n’a pas été assuré ce mardi, et les trois centres d’incinération étaient à l'arrêt. La fédération CGT de l'énergie, première organisation syndicale du secteur, a également appelé à la grève jusqu'au 28 juin, calquant son calendrier sur celui des cheminots. Elle demande notamment« l'organisation d'un nouveau service public de l'électricité et du gaz qui réponde à l'intérêt général ».

 

Chacun le pressent, le conflit qui s’ouvre se gagnera, au moins en partie, du côté de l’opinion. Les grévistes sauront-ils convaincre sur la longueur de la pertinence de leur mobilisation ? Le gouvernement jouera-t-il habilement de l’exaspération attendue des usagers privés de transports ? Mais nul doute que chaque partie a aussi envisagé quelle serait la porte de sortie qu’elle jugerait honorable, voire victorieuse.

Le gouvernement a fait de la réforme de la SNCF un symbole, il entend bien montrer que ce n’est pas la rue qui gouverne. Face à lui, les syndicats les plus revendicatifs, CGT et SUD, affirment qu’ils attendent l’abandon de toute ouverture à la concurrence pour le transport des passagers pour cesser le mouvement. Une voie entre ces deux positions monolithiques, aussi étroite soit-elle, est-elle envisageable ?

Même s’il ne s’agit que d’un symbole, Élisabeth Borne a acté l’abandon du recours aux ordonnances sur le volet de l’ouverture à la concurrence. Elle a aussi proposé la création d'un « sac à dos social », qui garantirait un paquet de droits pour tous les cheminots qui seraient transférés dans une entreprise concurrente, si cette dernière remportait des marchés lorsque l’ouverture à la concurrence sera possible. Le 28 mars, la ministre s’est encore engagée « solennellement » à ce que la SNCF reste une entreprise publique.

Une promesse mal reçue par Philippe Martinez. « On a connu d'autres ministres et d'autres PDG, en d'autres temps, qui juraient la main sur le cœur qu'il n'y aurait pas de privatisation, a-t-il rappelé sur France Inter. Ils restent quatre ans, et ceux qui viennent derrière ne sont pas engagés par la parole du prédécesseur… » Enfin, le gouvernement a laissé entendre à tous les syndicats qu’il était ouvert à la discussion sur la date à laquelle les nouveaux venus à la SNCF ne bénéficieront plus du statut de cheminot.

Jusqu’à présent, ces positions n’ont pas suffi à désarmer les représentants des salariés, y compris la CFDT et l’Unsa, d’ordinaire assez conciliants. L’ensemble de l’intersyndicale demande que les enjeux réels des problèmes de la SNCF soient traités : modernisation du réseau, relance du transport de marchandises, aménagement du territoire avec le maintien des « petites lignes », sous-traitance, ouverture à la concurrence… Ils refusent aussi catégoriquement que le statut d’entreprise publique disparaisse.

Si le conflit dure ou qu’il se révèle très tendu, un dernier point pourrait éventuellement permettre aux syndicats et au gouvernement de reprendre un vrai dialogue : celui de la dette de l’entreprise. Emmanuel Macron avait déclaré dans un premier temps que l’État serait prêt à reprendre une partie des 50 milliards d’euros de dette, contre des transformations radicales de l’entreprise. Aujourd’hui, le gouvernement ne dit plus un mot sur le sujet. Pour mieux le poser sur la table des négociations une fois les premiers rounds achevés ?

La situation échappera peut-être de toute façon aux états-majors qui montrent les muscles aujourd’hui. Sur le terrain, rien ne dit que les cheminots suivront jusqu’au bout la stratégie de grève intermittente imaginée par leurs syndicats. SUD-Rail, troisième syndicat à la SNCF, a d’ores et déjà déposé un préavis de grève reconductible tous les jours. Et dans les gares, lors des assemblées générales ayant lieu tous les jours de mobilisation, cette proposition de grève reconductible et illimitée pourrait rallier les suffrages. Et faire alors s’effondrer les subtiles stratégies élaborées en amont du mouvement.

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 05:14
Laurent Brun (CGT Cheminots)

Laurent Brun (CGT Cheminots)

Laurent Brun, secrétaire général CGT cheminots, « Nous devons nous battre ensemble, cheminots et usagers »
MARDI, 3 AVRIL, 2018
L'HUMANITÉ
Manifestation nationale et intersyndicale en soutien au mouvement contre la réforme du statut des cheminots. 
 

« Les usagers ne doivent pas écouter l’enfumage de la direction et du gouvernement. Leur service public est bel et bien menacé et c’est cela qui motive un très grand nombre de salariés à agir par la grève. La concurrence annoncée va mettre fin à la solidarité entre les lignes. L’entreprise publique, découpée de l’intérieur, perd en efficacité et si l’État ne met pas les moyens sur l’infrastructure, le service va là aussi se dégrader. Nous devons nous battre ensemble, cheminots et usagers. Élisabeth Borne a répété, vendredi, que la négociation avait porté ses fruits. Or, le jour même, l’ensemble des organisations syndicales lisaient une déclaration unitaire expliquant qu’elles ne se retrouvaient pas dans cette concertation. Une négociation, quand on est seul, n’en est pas une. Cette réforme qui repose sur l’ouverture à la concurrence, la casse sociale avec la disparition du statut et la transformation de l’entreprise publique en une société par actions doit être retirée. Nous réclamons l’ouverture de vraies négociations pour une véritable réforme du système ferroviaire qui prenne en compte la question des financements et celle des besoins des usagers. On ne veut absolument pas rester dans le statu quo. Aujourd’hui, les efforts des cheminots sont dilués dans la désorganisation générale. Les salariés en grève garderont le contact avec les usagers tout au long de la mobilisation, les jours de grève, mais aussi les jours de non-grève. En parallèle, ce mode d’action contraint aussi la direction à négocier sur les points précis des motifs de préavis.

Aujourd’hui, si l’unité syndicale est un élément fort, ce que les cheminots grévistes veulent faire l’est encore davantage. S’ils veulent aller chercher une autre réforme du rail, ils sont aujourd’hui suffisamment mobilisés pour maintenir un mouvement qui s’annonce d’ores et déjà très suivi. On estime à 50 % le taux de grévistes, tous collèges confondus, 83 % pour les ASCT (contrôleurs – NDLR) et plus de 80 % également chez les seuls conducteurs. »

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