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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 11:10
Ouest-France
Commana. Ils s’opposent à l’extension de la ferme laitière

Publié le 30/06/2019

La manifestation des collectifs, associations et habitants opposés au projet du Gaec Tourmel a réuni dans le calme environ 600 personnes, dimanche, dans les Monts d’Arrée.

 

La manifestation des collectifs, associations et habitants opposés au projet du Gaec Tourmel a réuni dans le calme environ 600 personnes, dimanche, dans les Monts d’Arrée. | OUEST-FRANCE

Associations, collectifs de défense de l’environnement, ou simples habitants, ils étaient 600, hier, venus dire non à l’extension d’une ferme laitière à Commana (Finistère).

« On croit rêver. Un tel projet dans un site classé Natura 2 000, c’est un non-sens ! » clame haut et fort Jean-Yves Kermarrec, président de l’AAPPMA Élorn (association de pêcheurs). « Nous demandons la création d’une zone de sécurité sur les 24 km2 du bassin-versant qui alimente le lac du Drennec. Nous ne sommes pas contre les agriculteurs, au contraire, plus il y en a et moins il y a ce genre de projets mortifères sur un territoire. »

Les participants à la manifestation organisée ce dimanche par Vivre dans les Monts d’Arrée, avec le soutien d’Eau et rivières de Bretagne, AAPPMA Élorn, Bretagne vivante, Force 5, le Groupe mammalogique breton et SeauS, a réuni environ 600 personnes dans le calme et la bonne humeur sur le champ de foire de Commana. Avant le rassemblement, à 15 h, un défilé d’une heure a eu lieu dans les rues du bourg.

Une ferme de 400 vaches

« Un projet de cette ampleur, malgré son importance, ne requiert qu’une simple autorisation, ce qui est incroyable, poursuit Jean-Yves Kermarrec. Un peu plus et personne n’aurait été au courant ! ».

Les manifestants demandent l’arrêt du projet d’agrandissement du Gaec Tourmel. L’exploitation de 140 vaches laitières veut passer à 400 vaches,avec construction d’un méthaniseur. Le projet se situe sur le bassin-versant qui alimente le lac du Drennec, réserve d’eau de 350 000 Finistériens, dont les Brestois, qui se remet tout juste d’une interdiction de pêche et de baignade.

Inquiétude pour les nappes phréatiques

Cet agrandissement de la ferme laitière inquiète : « Ce sera une ferme usine dont nous ne voulons pas ! » lance Yves, un habitant de Châteauneuf-du-Faou : « C’est un projet qui ne tient pas debout encore moins dans un tel endroit. Ce modèle agricole toujours plus polluant ne prend pas du tout en compte le bien commun qui est l’eau. Il privilégie l’argent. Nous sommes ici pour dire ça suffit, pensons à nos enfants. »

Le digestat produit par le méthaniseur sera répandu sur les terres environnantes, « et finira inévitablement dans les nappes phréatiques, estime Cécile Bourel du collectif Vivre dans les Monts d’Arrée. Sans compter l’utilisation croissante des pesticides dans les cultures de maïs pour alimenter le méthaniseur. De plus, nous ne sommes pas à l’abri d’un incident majeur qui mettra en péril tout le territoire, et dont les conséquences sont encore imprévisibles pour l’environnement. »

https://www.ouest-france.fr/bretagne/commana-29450/commana-ils-s-opposent-l-extension-de-la-ferme-laitiere-6423445

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 10:56
L'Humanité et la guerre d'Algérie, un premier article censuré de l'ancien déporté Robert Lambotte, août 1955 - par Rosa Moussaoui

Pendant la guerre d’Algérie, le quotidien français l’Humanité fut saisi à 27 reprises et fit l’objet de 150 poursuites, dont 49 pour « provocation de militaires à la désobéissance », 24 pour « diffamation envers l’armée », 14 pour « atteinte à la sécurité de l’Etat ». 313 procès lui furent intentés, il dut s’acquitter, au total, de 53 milliards de francs d’amende.
Voilà le premier article censuré, signé du journaliste et résistant Robert Lambotte, rescapé d’Auschwitz. Il fut expulsé d’Algérie après la publication de ce reportage.

24 Août 1955

En ALGERIE, les hameaux rasés par l’artillerie étaient encore habités.

(De notre envoyé spécial Robert LAMBOTTE.)

CONSTANTINE, 23 août (par téléphone). J’ai vu aujourd’hui comment étaient exécutés les ordres du gouvernement et de son gouverneur général. On annonçait hier que des mechtas algériennes « soupçonnées d’avoir aidé les groupes armés » seraient détruites. Un communiqué officiel annonçait que la destruction des villages avait commencé lundi matin. Le gouverneur général faisait préciser que les femmes et les enfants avaient été évacués. C’était déjà atroce. Cela voulait dire que tous les hommes des villages avaient été systématiquement achevés dans les gourbis en flamme. Mais même cela est en dessous de la réalité. Ce ne sont pas seulement les hommes qui ont été tués à bout portant, mais aussi les femmes, les enfants, les bébés.

J’étais ce matin à Philippeville. Tous les magasins sont fermés, les fusils-mitrailleurs sont braqués à chaque carrefour. Des groupes algériens armés se trouvaient encore nombreux dans la ville même. D’autres se tiennent dans le djebel voisin.

Affreusement déchiquetée, une famille…

Je suis monté à quelques kilomètres de la ville, dans les collines où se trouvent les mechtas algériennes. À peine avions-nous commencé de monter qu’une odeur à faire vomir nous a saisis. De partout, le vent amenait l’odeur des cadavres en décomposition. Un village, une centaine de gourbis s’étalaient à flanc de coteau jusqu’au fond du ravin. Toutes les paillotes de chaume avaient été brûlées.

Ne restaient debout que quelques murs de terre, partout un bouleversement général. Des ustensiles de cuisine, des vêtements jonchent le sol. Nous avions vu cela du haut de la route. Nous avions vu aussi autre chose : en plein soleil, des taches noires qu’on ne pouvait identifier. C’était une famille entière, le père, la mère, deux enfants, allongés sur la même ligne, tombés à la renverse, affreusement déchiquetés par les balles. À quelques mètres de là, une femme, encore à demi vêtue, un homme face contre terre et, entre les deux cadavres, celui d’une fillette d’une douzaine d’années. Elle est tombée sur un genou, en pleine course. Elle est presque nue, ses vêtements ont brûlé sur elle, entamant la chair.

Maintenant, au fur et à mesure que les regards se portent sur les ruines, ils rencontrent des hommes, des femmes, des enfants, figés dans d’atroces positions. En tas. Isolés. Les ruelles sont pleines de cadavres. Combien sont-ils ? On ne peut faire un décompte exact. C’est un village algérien parmi tant d’autres.Sans doute même n’est-il pas sur la liste « officielle ».

Quelques animaux sont restés parmi les ruines. Deux ânes broutent les clôtures, des poules picorent auprès des cadavres. Un chat, immobile en plein soleil, semble veiller sur son maître.

Dans le ciel, des charognards au vol lourd tournoient sans discontinuer. Nous les avons dérangés.

Cette mechta se trouve à quatre kilomètres de Philippeville, près des carrières romaines.

Un autre village

Nous redescendons vers Philippeville. Sur la gauche, en bordure de la route, un autre petit village a été entièrement anéanti. Là encore, les cadavres mêlés jonchent le sol. Un homme a roulé dans le fossé, en boule, atteint par une rafale.Et partout, cette odeur qui s’imprègne aux vêtements. J’ai fait près de cent kilomètres sur la route avant d’écrire ces lignes ; je sens encore l’odeur de la mechta détruite et des victimes abandonnées en plein soleil.

La route de retour, sur Constantine, offre à chaque virage des visions d’horreur. Des corps sont abandonnés le long des fossés. Quand la mort n’est pas visible, elle est suggérée. Avant d’entrer à Gastonville, à droite, dans l’herbe, une dizaines de chéchias rouges ont été abandonnées, un turban déroulé trace sur la route un long ruban blanc. Ailleurs une cravate, un chapeau. À Guelma, on comptait une centaine de cadavres algériens.

J’ai entendu, à Philippeville, des phrases impensables. J’ai entendu à quatre reprises demander à des soldats, à des policiers : «Où se trouve l’endroit où l’on tue les Algériens ?» Pas une fois cette question n’est restée sans réponse. Chaque fois, le soldat ou le policier a désigné l’endroit : à quatre kilomètres environ de Philippeville.

Il n’y a pas besoin de chercher longtemps pour être renseigné. Ce n’est pas un secret. Tout le monde en parle. On exécute froidement tous les Algériens qu’on peut arrêter. On pouvait se demander, il y a 48 heures, si les victimes pouvaient se chiffrer par centaines ; aujourd’hui, c’est par milliers qu’il faut compter.

Sur 80 kilomètres des villages déserts

Dans toute cette région du Constantinois se déroule un massacre raciste, renouvellement des événements de 1945 qui firent 45 000 morts. Tout au long des 80 kilomètres qui séparent Philippeville de Constantine, je n’ai traversé que des villages déserts. Les Européens sont partis vers Alger. Les familles algériennes qui n’ont pas été massacrées se sont enfuies dans la montagne. Partout, dans les campagnes, rôdent les charognards, ces oiseaux de mort ; on les voit qui plongent et se posent là où sont passés les commandos des forces de répression.

Il faut qu’en France on sache ce qui se passe ici. Il faut au plus vite arrêter ces massacres qui s’accentuent d’heure en heure. Déjà pour demain d’autres expéditions sont prévues, d’autres villages algériens seront détruits avec les hommes, les femmes, les enfants. J’ai assisté tout à l’heure, à Philippeville, aux obsèques des trente-cinq Européens tués au cours des derniers événements. Devant les cercueils de ceux qui ont été aussi les victimes d’une politique criminelle qui met l’Algérie à feu et à sang, les colonialistes ont manifesté leur volonté d’une répression encore plus féroce. Ils veulent l’état de siège ; ils ont des armes, ils en veulent davantage encore pour monter dans les quartiers algériens et tuer toute la population. Ils ont pris à partie le préfet de Constantine qui applique cependant toutes les directives du gouvernement. On sait aujourd’hui le résultat de ces ordres scrupuleusement appliqués : des milliers de morts.

Il ne faut pas laisser faire cela. Mais il faut faire vite. Aujourd’hui, d’autres villages algériens vont être brûlés.

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 20:04
Mardi 2 juillet 2019 - mardi de l'éducation populaire du PCF avec Bérénice Manac'h, auteur du Livre de Nella (Skol Vreizh, 2019) - Emilio, Nella, Etienne, trois destins exceptionnels marqués par le communisme et les tragédies du 20e siècle

Mardi de l'éducation populaire - Littérature et histoire

Le livre de Nella,  Emilio, Nella, Etienne, trois destins exceptionnels marqués par le communisme et les tragédies du 20e siècle

Le mardi 2 juillet, à 18h, au local du PCF Morlaix, 2 petite rue de Callac, nous aurons la chance d'accueillir Bérénice Manac'h, qui publie chez Skol Vreizh en 2019 (dans une édition avec une riche iconographie de photos qui sont souvent des témoignages exceptionnels) un magnifique récit sur l'histoire extraordinaire de sa mère et de la famille Masutti: 

"Le livre de Nella - Des vies d'exil" (Skol Vreizh, 2019, 22€)

Conférence-débat de 2h ouverte à tous, gratuite - suivie d'un apéritif convivial.

Bérénice Manac'h pourra dédicacer "Le livre de Nella" et "Le journal Intime d'Etienne Manac'h", un chef d’œuvre méconnu et un un témoignage exceptionnel qu'elle a édité avec Skol Vreizh, au terme d'un énorme travail de tri et de documentation.

Nella, la mère de Bérénice, est la fille de Teresa et Constante, ouvriers du Frioul en Italie du Nord contraints à se refugier en Europe car Constante Masutti, cadre du parti communiste, a tué un dirigeant du milice fasciste en 1921 dans un réflexe de légitime défense.  La famille va émigrer en Suisse, puis en France, avant de partir vivre en URSS où Nella passe une grande partie de sa jeunesse et de son adolescence, et tombe amoureuse d'Emilio, un autre italien communiste de la région de Turin, réfugié en URSS, mais qui, trop indépendant, sera bientôt victime de la répression stalinienne, déporté puis liquidé par le NKVD en 1938. Nella vivra plusieurs mois de déportation avec Emilio. Pendant la guerre, Nella s'unit à un ami d'Emilio, Etienne, un breton de Plouigneau émigré à Paris dans sa jeunesse, ancien militant communiste, passé à la France Libre au début de la guerre, profitant de son poste de professeur de philosophie à Istanbul. Ensemble, ils vont avoir à gérer le tempérament d'Etienne, Don Juan égocentrique, et le souvenir d'Emilio et une vie de diplomates en Europe de l'est. A la fin de sa vie, Nella, qui s'est éloignée d'Etienne, va faire la vérité sur la fin de vie d'Emilio, victime de la terreur stalinienne comme bien d'autres communistes italiens réfugiés en URSS.         

 

 

 

" Ce livre n'est ni un manuel d'Histoire ni un roman. Il tient pourtant de l'un et de l'autre. Il raconte l'histoire d'une famille ouvrière d'origine italienne écartelée entre plusieurs pays et plusieurs langues. C'est une histoire d'exils, de départs, de retours, qui se mêle plus ou moins étroitement à bien des drames que l'Europe a vécus au cours du 20e siècle. Les gens simples ont rarement été là pour dire ce qu'ils ont vécu. Ce récite retrace la vie de ces témoins et leur donne la parole, de l'Italie fasciste à l'immigration clandestine en région parisienne, de l'expatriation à Moscou sous la terreur stalinienne au retour en France.."

Ce livre est aussi celui de Nella, qui a grandi en URSS, déchirée entre deux amours, Emilio, militant communiste italien victime des purges staliniennes, et Etienne Manach, le récit de sa vie, tout entière sous le signe des tourments de la mémoire, de la trahison commise et subie, du remords et du combat pour la vérité au sujet de la disparition d'Emilio en Sibérie.

Après avoir assisté a sa passionnante présentation à la presse mercredi dernier, 22 mai, dans les locaux des éditions Skol Vreizh à Morlaix, avec Paolig Combot, Jean-René Le Queau, Jean-Luc Cloarec, et l'écrivain bretonnant Goulc'han Kervella (qui présentait "Il n'y a guère d'amour heureux" la version française d'un roman breton à succès, l'histoire vraie d'une passion amoureuse entre deux jeunes hommes sur un tournage de cinéma a Molène au début du vingtième siècle), je lis avec passion le récit du destin incroyable de Nella, racontée par sa fille, Bérénice Manach, à qui l'on doit déjà la publication du magnifique journal intime de son père en deux tomes chez Skol Vreizh, Etienne Manach. 

Étienne, fils de paysans ignaciens, collégien a Morlaix puis exilé a Paris, quartier Montparnasse, militant communiste ardent dans les années 30 et jusqu'au pacte germano-soviétique, plus ou moins agent communiste en Allemagne Nazie, en Espagne, puis passé à la France libre à Istanbul où il traite avec les soviétiques et fait venir Nella, l'amoureuse et la compagne d'un militant communiste italien victime des déportations et des assassinats de Staline, grandie elle-même en URSS où avait fui son père, ouvrier communiste du Frioul qui avait tué par légitime défense un dirigeant de loups noirs fascistes en 1921... Une histoire belle cruelle et tragique, avec l'amour et le courage en personnages principaux que je recommande a tous. Bérénice Manach s'est déplacée sur les lieux de déportation et d'exécution du premier fiancé de sa mère en Sibérie, elle a consulté les archives soviétiques et de l'état fasciste italien, et des centaines de lettres, journaux intimes de sa famille italienne pour construire ce récit soucieux de recoupement et d'éviter les travestissements de la mémoire. - Ismaël Dupont "

 

Mardi 2 juillet 2019 - mardi de l'éducation populaire du PCF avec Bérénice Manac'h, auteur du Livre de Nella (Skol Vreizh, 2019) - Emilio, Nella, Etienne, trois destins exceptionnels marqués par le communisme et les tragédies du 20e siècle
Mardi 2 juillet 2019 - mardi de l'éducation populaire du PCF avec Bérénice Manac'h, auteur du Livre de Nella (Skol Vreizh, 2019) - Emilio, Nella, Etienne, trois destins exceptionnels marqués par le communisme et les tragédies du 20e siècle

Journal intime d'Etienne Manac'h:

D'une enfance bretonne traditionnelle à une studieuse adolescence parisienne, de Paris à Prague, Berlin, Moscou, Barcelone, Istanbul ; de l'école communale de Plouigneau à la prestigieuse Sorbonne ; de Vera la Tchèque à Nella l’Italienne... Le journal intime d’Étienne Manac’h se lit comme un roman d'apprentissage. Ce document brut révèle la camaraderie et l'amitié, les jouissances et les souffrances de l'amour, l'engagement politique dans une France agitée de mille courants contraires, dans une Europe en proie aux totalitarismes.

Il s’agit de la première partie d’un journal tenu tout au long de sa vie par ce fils de maçon qui, nommé ambassadeur par de Gaulle, représentera la France à Pékin en pleine Révolution culturelle...

700 p. ; reliure intégra ; 16 x 24 cm.

Livre relié, couv. couleurs, imp. noir. sur papier bouffant. Cahier de documents, Illustrations NB.

De très nombreuses photographies inédites de l’auteur ponctuent son journal intime : des documents exceptionnels.

Articles de presse :

Le Télégramme 24/11/2008

Ouest-France 25/11/2008

Du même auteur :
- Compagnons d’Europe. Roman / Hervé Kerven (pseudonyme). Paris : Julliard, 1949.
- Mémoires d’extrême Asie. La face cachée du monde. Paris : Fayard, 1977.
- La Chine. Mémoires d’extrême Asie 2. Paris : Fayard, 1980.
- Une terre traversée de puissances invisibles. Chine-Indochine 1972-1973. Mémoires d’extrême Asie 3. Paris : Fayard, 1982.
- Emilio. Récit à voix basse. - Paris : Plon, 1990

 

Article écrit en 2012 sur le premier tome du journal intime d'Etienne Manach:

Les éditions Skol Vreizh de Morlaix ont déniché il y a quatre ans une pépite inconnue et inépuisable, le « Journal intime » d'Etienne Manach, récupéré dans des circonstances rocambolesques par la fille de l'ambassadeur de France en Chine de 1969 à 1975, Bérénice Manach.

Depuis quelques mois, je confesse que ces écrits d'une grande force littéraire d'un fort caractère épris d'amour, de beauté et d'action politique rendent beaucoup de mes soirées passionnantes et me rapprochent des passions complexes d'une époque tourmentée et grosse d'une nouvelle nuée d'orage, pour paraphraser Jaurès, celle qui va du milieu des années 20 à l'avant-guerre. Comme le premier tome du Journal Intime d'Etienne Manac'h, peu remarqué par les journalistes de la presse nationale malgré son intérêt historique extraordinaire et ses qualités littéraires peu communes, ne s'est vendu qu'à un peu plus de sept cent exemplaires, et que le second tome, parcourant les années de guerre jusqu'en 1951, a connu une moins bonne fortune éditoriale encore, je me permets de vanter avec chaleur ces ouvrages magnifiquement mis en page à l'attention des lecteurs intéressés par l'histoire du XXème siècle, les milieux intellectuels parisiens de l'entre-deux guerres, les ressorts intimes de l'engagement communiste, et l'écriture de soi.

Un journal intime, c'est un moyen de saisir les espoirs, les conflits et l'état d'esprit d'une époque sur un mode subjectif. En l'occurence, il s'agit d'une époque héroïque,  partagée entre un optimisme historique  porté par les succès des mobilisations sociales et l'histoire en marche à l'est, inquiétude vis à vis de la montée du fascisme et du national-socialisme, un grand dégoût  vis à vis de la société bourgeoise et de ses valeurs conventionnelles discréditées par la grande guerre, une époque qui allait basculer dans la tragédie.

Ce journal intime, c'est aussi le moyen d'appréhender la construction d'une personnalité qui fait le clair en elle, n'est pas dupe de ses mensonges, de ses cruautés, de ses passions, de saisir ses évolutions et ses constantes au contact des évènements intimes et historiques. Ces derniers sont toujours à l'arrière-plan: c'est la passion amoureuse, la description du quotidien, des personnes et des lieux, particulièrement en voyage, et la discussion avec soi qui occupe le devant de la scène.

Ce Journal Intime ne s'apparente ni à des Confessions, écrites pour se justifier, ni à des Mémoires, écrites pour glorifier son rôle historique ou analyser une suite d'évènements et une époque d'un point de vue particulier, dans une volonté de témoignage. Etienne Manach n'écrit pas sur lui, me semble t-il, pour se faire connaître, se mettre en scène, s'exhiber, se pourfendre ou se réhabiliter  devant des lecteurs. L'écriture est tantôt "un exutoire authentique à ses émotions les plus intimes" (introduction de Bérénice Manac'h), une catharsis qui lui permet de se soulager à déchargeant ses inquiétudes, ses souffrances, sa nostalgie, tantôt un moyen de s'élever lui-même en prenant conscience de ce qu'il est et de ce qu'il pourrait et devrait être, tantôt un moyen de vivre deux fois et de manière peut-être plus approfondie encore dans les mots que dans la vie le plaisir de désirer et d'aimer, tantôt un moyen de faire le clair en lui-même, un point d'épape sur ses sentiments et sa vie.

C'est toujours l'individualité singulière qui est mise en avant, sans orgueil excessif (Etienne ne prétend pas à l'unicité comme Jean-Jacques Rousseau), et non l'expérience de soi et le développement de ses pensées personnelles au travers d'un dialogue solitaire comme moyen d'approcher une sagesse et une connaissance de soi valable pour tous les hommes, comme dans les Essais de Montaigne.  

Ce Journal Intime répond aussi à une vocation littéraire ressentie dès l'adolescence par ce fou de lecture, à un besoin de s'exprimer, et de le faire avec un souci du style et de la beauté de la langue qui ne trouve pas forcément à se traduire dans l'écriture d'oeuvres romanesques tant la vie d'Etienne Manach fut, par volonté ou contrainte des circonstances, dédiée à l'action et à l'amour.     

Bérénice Manac'h a accompli un travail de fourmi pour trouver des photos correspondant aux relations et aux évènements décrits par son père et pour documenter les notices biographiques de tous les connaissances auxquelles il fait référence au jour le jour dans son journal intime. On découvre au travers de ces notes, d 'abord les personnalités obscures mais rayonnantes qui ont accompagné ses premières années à Plouigneau, puis les intellectuels (Barbuse, Merleau-Ponty, Vernant, Maitron) et militants politiques anti-fascistes, communistes français, espagnols, italiens, russes qui ont été les camarades de combat d'Etienne Manac'h pendant une dizaine d'années avant qu'il ne quitte le Parti Communiste suite au pacte germano-soviétique.

A l'entame du premier tome publié de ce journal intime, un gros volume de plus de six cent pages qui se lit comme un roman même si la réalité, passée au filtre d'une sensibilité extrêmement riche et d'un talent de conteur et de portraitiste, y est souvent plus surprenante et fascinante que dans bien des fictions historiques, Bérénice Manac'h présente sans complaisance excessive son père dans une très belle introduction dont je voudrais citer quelques passages tant ces lignes éclairent sur le sujet du livre tout en laissant entier le mystère de la personnalité de ce grand écrivain romantique méconnu, qui ne cesse lui-même de chercher à s'élucider à mesure qu'il s'étonne de ce qu'il est, doué pour la joie folle, l'action enthousiaste et le plaisir, mais rattrapé sans cesse aussi par la mélancolie, le sentiment de l'échec, de l'inachevé, de l'insincérité.

 

« Ce livre, écrit Bérénice Manac'h, reproduit les premiers cahiers du journal d'un jeune Breton à travers l'époque de l'entre-deux guerres. Arraché à sa Bretagne natale en pleine adolescence, épris de littérature et rêvant lui-même d'être écrivain, passionné et révolté par les remous politiques de son temps, aimant éperdument les femmes, il décrit sa vie intérieure, ses émotions, ses désespoirs. De ses nombreux voyages à travers l'Europe, il ne rapporte pas une analyse politique, mais un portrait vivant: il n'est pas le chroniqueur de son époque et le lecteur sera déçu s'il cherche une relation précise des évènements de ce temps. Il s'agit véritablement d'un journal intime, où l'auteur se livre à l'analyse de ses sentiments. Orgueilleux mais sensible, souvent de mauvaise foi, parfois cruel sans comprendre lui-même les forces qui le poussent, il cherche à se justifier à ses propres yeux lorsqu'il se trouve odieux. Solitaire, il n'a que les pages de son journal pour épancher son désarroi et sa douleur, avouer ses faiblesses. Le souvenir de sa chère Bretagne vient souvent le consoler lorsqu'il ne sait plus vers quoi tourner son cœur trop plein.

Etienne Manac'h, mon père, est né le 3 février 1910 dans un foyer très modeste du Trégor finistérien, dans le bourg de Plouigneau. Il était le second enfant d'une famille qui en comptera cinq. Sa mère, Françoise Colleter, était « tricoteuse ». Née en 1884, elle ne savait pas écrire, contrairement à ses frères et sœurs plus jeunes. Le père, Jean François Marie Manac'h, comme le grand-père paternel, tous deux maçons, écrivaient assez bien le français. Mais la langue parlée en famille était naturellement le breton et c'est seulement à l'école que le petit Etienne apprendra le français. En 1916, Jean François Marie Manac'h meurt en Champagne, quatre mois avant que son jeune frère ne soit tué à son tour à Verdun ».

 

Cette mort absurde et cruelle du père tué loin de chez lui, alors que Etienne avait tout juste six ans, a été déterminante dans la révolte du jeune homme face à la société bourgeoise, au militarisme, qui le conduira à adhérer au mouvement communiste après en avoir été longtemps un compagnon de route alors qu'il était étudiant. Âgé de 16 ans, alors qu'il écrit les premières pages de son journal intime lors de vacances en forme de pèlerinage nostalgique et douloureux à Plouigneau, Etienne évoque ainsi de manière poignante en imaginant ses pensées à l'aune de connaissances acquises par la suite les derniers moments qu'il a passés avec son père et que l'oubli ne lui a pas ravis:

« Le dernier souvenir que j'aie, concernant mon père, se place en pleine Grande Guerre, au début de 1916, alors qu'il était en permission de vingt jours au village. Ce fut sa dernière permission... Je vois papa, lisant, auprès de la fenêtre, les nouvelles du front, avec de légers hochements de tête. Dehors, c'est le soleil pâle d'une froide journée de janvier, une journée rude, sèche et comme sonore dans sa calme lucidité.

Papa lit...Il est en costume demi-militaire, une veste de soldat, un pantalon de civil, un képi à la visière presque cassée, de pacifiques pantoufles, un menton noir de barbe. Papa lit... Il fait bon dans la salle; la cheminée flamboie; là-bas, au front, on se bat. Il doit faire mauvais, en ce moment, à la Haute-Chevauchée là-bas, en Argonne! Terrible tout de même: deux ans de mitraille, de boue, de tranchées, de bombe, de morts, et pas encore fini! Du moins, s'il n'y avait pas d' »embusqués »! Pourquoi reste t-il chez lui, aussi, ce notaire? Quelle ironie! Est-ce pour régler le testament de ceux qui tombent, là-bas, au froid, parmi les croix de bois? Terrible tout de même! Ce qu'il doit faire noir, sous les nuages de l'Argonne! … Tiens! Voilà la cloche du village qui sonne! C'est sans doute un baptême... Ah! les pauvres copains, ce qu'ils doivent mourir à cette heure! Ont-ils changé de tranchées? Oh! Ces embusqués...! Tout de même, ce qu'il fait bon ici parmi la tendresse des enfants et du village... Voilà la soupe qui chante dans la marmite! Comme ça sent bon!... Qu'est-ce qu'ils doivent manger, à c'te heure, là-bas, en Argonne, les pauvres copains! C'est terrible tout de même!

Soudain entrent dans la maison deux graves personnages, vêtus de noir. Le maire, le secrétaire de mairie! Pendant que mon père parlemente avec eux, j'opère une prudente retraite vers ma maire: c'est peut-être pour nous arrêter qu'on vient! Mais non! Papa vient vers nous en souriant, donne quelques graves explications à maman, auxquelles je ne comprends rien; puis il court dans la pièce contiguë, en revient cinq minutes après avec son resplendissant uniforme bleu horizon et sort enfin, encadré des deux mêmes personnages graves et noirs.

Pour moi, je m'empresse aussitôt de réclamer à maman des explications. « Ton père, me dit maman en m'embrassant, ton père va tenir le drapeau, pendant que l'on va décorer de la Légion d'honneur un soldat mutilé en face de la mairie ». Je bondis. « Viens donc, criai-je à mon frère Edouard, viens donc! Viens vite voir papa, le drapeau et la légion d'honneur! » Quelle joie! Nous partîmes tous deux en chantant, dans la rue du bourg, bras dessus, bras dessous .(…)

Une semaine plus tard, papa s'en alla de nouveau en Champagne. Nous allâmes tous le conduire jusqu'à mi-chemin de la gare, à travers le bois dans les feuilles jaunies, écrasées par terre en humus, exhalaient encore les senteurs fades et mouillées de l'automne dernier. Papa nous quitte en nous embrassant avec une insouciance affectée, mais, au fond du cœur, avec une angoisse mortelle. Nous montâmes sur un talus de coudriers assez proche de la voie ferrée et lorsque le train passa nous fîmes nos derniers adieux. « Je reviendrai bientôt! » nous cria-t-il.

...Il ne revint que trois ans plus tard, lorsque les trains remportèrent du Nord les convois de cercueils. Je vis quelques os, parmi lesquels trois tibias, et un peu de poussière puante. C'était tout ce qui restait de toute une vie, de tout un cœur vibrant d'amour et de courage et de toute une âme saintement passionnée de l'honneur ».

 

Ces « restes » du père, c'est la mère d'Etienne elle-même, son frère et ses enfants qui sont allés les chercher en Champagne à l'automne 1920, en passant par Paris, sa future résidence qu'Etienne découvrit ainsi en de sinistres circonstances. Etienne raconte à seize ans en une page de désolation hallucinée ce cheminement vers le lieu symbolisant toutes les douleurs de sa jeune vie:

« Nous prîmes le train à la gare de l'Est et nous arrivâmes à Châlons-sur-Marne à deux heures du matin où nous attendîmes quatre ou cinq heures un train de correspondance, dans une salle d'attente encombrée de soldats ivres. Puis nous continuâmes notre route et je me penchai à la portière, au vent froid du matin d'automne. Je revois encore en idée le paysage en ruines, morne, les murs à demi-écroulés, des maisons percées de trous, et, par endroits, dans la plaine désolée, de grands troupeaux de moutons. Ça et là, de petits cimetières blancs, avec des drapeaux tricolores et allemands, et des milliers de petites croix de bois.

A Somme-Suippe, nous descendîmes. Une seule maison restait encore debout, à proximité de la gare: c'était un restaurant, où nous entrâmes tout glacés, pour boire une tasse de café et demander le chemin de Croix. Plus d'une heure à pied par une large route à peu près déserte, défoncée, aux talus encombrés de fils et de poteaux de télégraphe. Par malheur, une averse nous surprit en chemin, une lourde pluie d'automne qui eut tôt fait de détremper le sol... Nous nous réfugiâmes, à la suite de mon oncle, dans une sape profonde qui menaçait ruine, et nous attendîmes là la fin de l'ondée, grelottants de froid... Nous attendîmes une demi-heure, une heure, puis, comme la pluie persistait à tomber, nous résolûmes d'avancer coûte que coûte: le ciel était sombre, orageux. La terre, argileuse, collait à nos pieds et rendait la marche extrêmement pénible. Autour de nous, de tous côtés, la plaine était inculte, sans arbres, sans buissons, creusée par endroits seulement par les obus; ça et là des vestiges de camps: des tranchées, des sapes, d'immenses réservoirs d'eau, cylindriques, un inextricable fouillis de fils de fers barbelés... C'était cela la guerre!

A Croix, ruisselants de pluie, nous trouvâmes, dès l'entrée du bourg, un refuge dans l'église, dont la toiture en partie effondrée laissait voir un coin de ciel noir. Une statue de la Vierge, décapitée, gisait dans une encoignure et cette retraite était toute pleine d'un silence froid et apaisant.

Le cimetière, où le maire du village nous conduisit aussitôt pendant une éclaircie, était un vaste fouillis de tombes, une forêt de grossières croix blanches. Rien n'est funèbre comme ce petit cimetière de campagne sous le vent claquant de l'automne: un sol boueux, blanchâtre, la sale craie de Champagne, molle et glissante; des ruisselets d'eau courant de toutes parts; pas le moindre gazon. Rien que quelques centaines de tertres où gisent dans la boue les os épars de quelques inconnus, avec une étiquette, une plaque de zinc avec un nom écrit en pointillé, patiemment autrefois, avec une pointe; au-dessus de ce champ lugubre, au sommet d'une perche, un vaste drapeau pendant, et les croix, dans le brouillard qui s'étend peu à peu laissant tomber des gouttes d'eau, comme des larmes... Et nous avons cherché la tombe, prenant chacun une file, nous penchant, pour lire sur chaque croix, le nom du soldat enseveli. Et nous l'avons trouvée enfin, dans un coin, cette tombe que nous étions venus chercher de si loin, un tertre de sable lavé, à demi-dispersé dans la pluie; un vieux bouquet de fleurs artificielles et fanées, mis dans une boîte près de la croix, et c'est tout. Mais qui donc a mis ce bouquet? Quel ami inconnu?

Et nous sommes tombés à genoux dans la boue, d'un seul mouvement, pour prier Dieu et pleurer... ».

 

De Dieu, il n'en sera bientôt plus question pour Etienne. Un vicaire de Plouigneau, M. Pape, avait pris Etienne en affection, lui qui lui paraissait déjà intelligent à huit ans et sensible aux livres comme aux choses spirituelles. Etienne dut à des causes triviales et à l'obstination de son instituteur laïque qui avait su, lui aussi, reconnaître les promesses de ce jeune esprit de n'avoir pas eu à quitter l'école publique de Plouigneau pour se former en tant que futur prêtre, carrière ouverte à bien des enfants pauvres forts en thème, au collège du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon. « Après deux ans de... vaines contemplations, écrit-il jeune adulte au scepticisme et l'athéisme déjà bien enracinés, après deux ans de vie irréelle et intérieure, après avoir promené longtemps sous la nef et près de l'autel mon innocence d'enfant de chœur, marchant dans l'ombre du prêtre, vêtu de ma soutane bleue et de mon surplis blanc aux larges manches, après tout cela, je me sentis vaincu, lié, plongé pour jamais dans la molle apathie de l'adoration perpétuelle; j'étais mûr pour l'oubli du monde et du réel, et pour la poursuite toujours inassouvie de l'intangible au-delà. Le vicaire avait su réduire mon cœur malléable par le charme, la magique incantation du rêve, de la poésie, de la nature. Pourquoi ne suis-je pas aujourd'hui prêtre? M. Pape voulut me mener aux collèges des jésuites de Saint-Pol-de-Léon. L'instituteur s'y opposa et me fit passer l'examen des bourses pour le collège municipal de Morlaix. Ma mère mettait en tous mes protecteurs une confiance aveugle et tacite. Pour moi, j'étais trop jeune, trop insouciant, et j'avais coutume de me laisser mener. J'eusse certainement préféré faire mes études à Saint-Pol-de-Léon, mais, à cause des soucis matériels, le laïc l'emporta sur l'ecclésiastique ».

 

Grâce à la confirmation de ses dons scolaires, Etienne est repéré par son directeur d'école de Plouigneau M. Le Fur et commence l'Ecole primaire supérieure de Kernégues à Morlaix (le futur lycée Tristan Corbière) pour préparer l'Ecole Normale de Quimper. Il passe trois années d'internat au collège de Morlaix.

A l'été 1925, sa mère quitte définitivement Plouigneau pour rejoindre son fils aîné, le frère d'Etienne, déjà installé à Paris. La famille comme beaucoup de Bretons s'installe dans le quartier de la gare Montparnasse et Etienne sera scolarisé parmi les bourgeois dans l'établissement d'élite du lycée Buffon. C'est là qu'il fait sa première éducation politique, en méditant sur sa différence d'enfant du peuple au milieu des héritiers. Tenant son journal quasiment au jour le jour, il écrit à 18 ans: " Au lycée, je ne suis guère dans mon "milieu". Je suis seul, cuirassé dans une solitude amère, contre la raillerie, les cris, la continuelle expansion fétide des vices, le bourdonnement confus des craintes, des désirs et des passions morbides. Seul, à quoi bon lutter? Je sens la raison gronder impérieusement en moi, mais, par malheur, mes poings n'ont pas le droit d'obéir à ma raison. A quoi bon chercher à me venger? La vengeance me paraît lâche et m'est odieuse... Le mépris froid est plus beau." 

 Une semaine plus tard, ce sentiment d'humiliation se décline politiquement sous la forme d'une aspiration plus nette à l'égalité: "J'ai lu La Bruyère, voluptueusement allongé sur des coussins, plongé dans une douceur délicieuse à la lecture des fines remarques du moraliste. J'ai évoqué, à grands traits, la figure froide et sereine du penseur, qui a su glaner ses pensées au crépuscule d'un siècle merveilleux, qui a pénétré habilement les dessous de la société, qui a démasqué les financiers, "âmes pétries de boue et d'ordures", les "grands", insolents et vains, et qui a vu avec effroi, par-dessus les murs de paris, "répandus par la campagne, certains animaux farouches, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible" et "qui sont des hommes". Depuis ce temps, la grande roue de l'égalité a continué à rouler, lentement, inexorablement; elle a roulé sur des gens, des choses, des traditions, des cultes, des superstitions; et, calme, la formidable meule avance toujours, incoercible, férocement muette, sans entendre les cris de désespoir ou de rage, écrasant toujours sur son passage les rêves, les vaines fictions, la fausseté et le mal, l'hydre hurlante aux cent bras". 

 

Orgueilleux de caractère, rêveur, mélancolique, tourmenté, secret, mystérieux et impérieux,  Etienne lit beaucoup, avec passion, découvre la musique avec les débuts de la TSF, s'initie au combat ouvrier communiste avec les pièces de théâtre militante d'Upton Sinclair. Son modèle en révolte contre l'iniquité, les faux-semblants et en intégrité morale est Rousseau, qu'il ne supporte pas de voir raillé par des professeurs persifleurs faisant de l'esprit à bon compte: "Aujourd'hui, M.Rolland m'a mis dans l'indignation. Il faisait le cours sur Rousseau et il n'a cessé de raillé Jean-Jacques d'un bout à l'autre: mes camarades ont naturellement ri avec une certaine suffisance et un mépris hantain du pauvre fils d'horloger. Moi, j'ai mis ma tête dans mes mains et, à la barbe de M. Rolland, j'ai lu "La Nouvelle Héloïse" pour ne pas l'écouter. Pour finir, il s'est demandé si Rousseau est le futur, s'il est l'homme de demain. Et pourquoi pas? Les élections législatives, qui font tant de bruit ces jours-ci, ont donné plus d'un million de voix aux communistes. Le géant marche" . (27 avril 1928).

Les sympathies communistes de Etienne sont nourries, en dehors de l'expérience intime et douloureuse du clivage de classes, par le souvenir de la boucherie de 14-18, de la mort absurde de son père, qui font de lui un anti-militariste convaincu: " Pour moi, je ne demande qu'à ne pas être soldat. L'uniforme me déplaît car il "faut" le porter, car il faut obéir, car il faut accomplir un geste qui vient d'un autre, un geste machinal, odieux. Oh! le beau mépris que je me promets d'avoir pour toutes ces entités belliqueuses, restes d'une "Iliade" en décomposition, monde pourri vivant sur un monde suant, sanglant de pauvres! Je porterai mon fusil sur l'épaule, intact à jamais de poudre malgré les ordres, vinssent-ils même d'un général! Moi tuer, dont le père a été tué! Ironie! Moi avoir de la haine pour ceux qui ont tué mon père! Non! C'est un combat! Pour avoir la paix, il faut que l'un cesse d'abord et je me sens assez plein d'humanité pôur être celui-là! " (1er mai 1928). 

 

A l'été 1928, comme chaque année pendant les grandes vacances, Etienne retrouve la Bretagne, son paradis perdu de Plouigneau où il aide au battage, dont il décrit magnifiquement les journées et retrouvailles familiales, et découvre l'amour charnel.

En 1929, il rentre en classe préparatoire à Louis-le-Grand, se fait arrêté pour la première fois pour participation à une manifestation internationaliste et pacifiste organisée par le Parti Communiste. Il professe l'anticolonialisme à ses camarades, se laisse éblouir par le poète martiniquais René Maran, précurseur de la négritude et de l'anticolonialisme: "Que tout se rebelle! Que l'Inde saute! Que l'Indochine se secoue! ... Les Algériens doivent être des citoyens français"? (21 décembre 1929).

Il voue un amour inquiet, douloureux et inquisiteur à une jeune parisienne d'origine bretonne, Jeanne, avec laquelle il lui est très difficile d'aller plus loin que les déclarations platoniques. "J'ai le coeur en sang, écrit-il le 30 novembre 1929. J'ai maintenant une haine atroce pour moi-même, si faible. Mes vingt ans morbides, rongés de fièvres et de veilles. Je voudrais aller, venir, m'anéantir dans d'immenses espaces, laisser vivre mes sens, et laisser s'apaiser le feu de ma cervelle. La vie de la ville me sera funeste. Je suis rompu. Car j'ai la solitude qui m'est fatale. Nous traduisons Sénèque: la solitude es mauvaise. Libidinem irritat. (...)". (30 novembre 1929). "Fou, triple fou que je suis! Cruel et malhonnête, maladif, le coeur plein d'amour et ne montrant que la méchanceté pour ceux que j'aime! Je m'étonne aujourd'hui de mes vices. D'ailleurs, c'est toujours mon corps qui me conduit, mon pauvre corps torturé, fatigué, plein de désirs qu'il se refuse à assouvir, impatient. Jeanne répondra t-elle?" (fin décembre 1929).   

En 1930, Etienne connaît enfin la joie dans la vie en s'eprenant d'une jolie communiste tchèque aux cheveux courts, indépendante et nullement farouche, Véra Prokopova, à qui il fait découvrir Paris. Pendant un peu moins de deux ans, il va vivre une passion tumultueuse et un peu dyssimétrique avec cette danseuse sensible qui est plus âgée que lui et a connu déjà plusieurs aventures. Elle finira par le quitter pour un amant tchèque alors qu'il est retenu par l'enseignement de la philosophie à Beauvais (avec pour collègue Merleau-Ponty).  Etienne se remettra très difficilement de son abandon par Véra, avec qui il continuera longtemps à entretenir une correspondance pleine de reproches et d'amour contrarié, et il se conduira avec ses différentes futures compagnes avec une cruauté semblable à celle qu'il a lui-même ressenti avec la "trahison" de Véra.

En 1933, Etienne visite pour la première fois l'URSS avec Jean Maitron et raconte par le menu son voyage. Il n'est pas très critique sur ce pays neuf qu'il aime immédiatement pour lui-même et ses habitants et où il voit le monde égalitaire et rationnel de demain en voie de construction mais sa curiosité et sa sociabilité lui font discutter avec les gens et, de fait, il est forcé de remarquer que l'opulence est loin de régner, et que la misère et la famine guettent l'Ukraine en particulier. La peur de la police politique domine aussi, Etienne ne peut qu'y prêter attention.

"Une jeune femme conduit ses deux enfants à l'église. Elle parle français. M. et moi sommes restés un peu à l'écart avec elle et nous avons parlé. Elle était plus heureuse avant la révolution, dit-elle. Elle est dactylographe et gagne 140 R. Son mari est ingénieur à 350 R. Et elle prétend vivre pauvrement. Quelle vie menait-elle donc avant la révolution? Sans doute, d'ancienne famille bourgeoise. Qu'elle sache le français est déjà un signe. En Ukraine, les choses vont mal: beaucoup de morts de misère l'an dernier. Il n'y a pas assez de pain pour les coopératives. Mais, nous dit-elle, cette année la récolte sera bonne et le pain sera à 45 Kc. Pendant que nous parlons, une amie qui l'accompagne s'impatiente, la tire par le bras. Visiblement, elle a peur de nous et fait des efforts pour entraîner son amie. Nous lui avons donné rendez-vous pour ce soir à 16h, rue (...). Elle n'est pas venue. Elle a eu peur du Parti et du GPU. C'est elle aussi qui nous a dit que la famille de la servante est en partie morte, de famine et de misère".  (Kiev en Ukraine, 24 août 1933). Le constat de la misère et de la répression n'ébranle pourtant pas la confiance de Etienne dans le bien-fondé des mesures d'embrigadement et de rééducation idéologique de la population: "Notes: 80000 enfants organisés dans les pionniers. Effort pour embrigader les petits mendiants, les loqueteux, les petits enfants nu-pieds qui vendent des cigarettes. Leur donner la joie, l'amour de l'organisation collective. Ici encore, parmi les enfants de la fête, beaucoup marchaient nu-pieds, mais la majorité est déjà entraînée dans une vie nouvelle qui leur permettra de se donner à leur mesure, de se développer progressivement selon leurs aptitudes".

On ne fait pas de révolution, de société nouvelle, avec des bons sentiments et des scrupules philanthropiques, mais avec des mesures énergiques...

 

Au retour de l'URSS, Etienne Manac'h s'arrête à Berlin en 1933 où il va retrouver Eva, une guide communiste allemande, avec qui il a mission d'envoyer des messages aux communistes disséminés dans la clandestinité pour transmettre des informations ( en particulier sur leurs camarades en camp de concentration) et des directives.    

 

Puis, au mois de septembre, avec Lucienne, sa nouvelle amante parisienne, toujours missionné probablement par l'Internationale, il gagne Barcelone en pleine ébullition politique, en proie à l'agitation anarchiste qui fait anticiper une révolution prochaine: la CNT exerce alors son influence sur un million de membres. Le couple sympathise très vite avec José Balaguer, un cadre, cultivé et bon vivant, du Parti Communiste de Maurin. Les pages sur le mois passé à Barcelone sont passionnantes historiquement - comme celles sur la découverte de l'Allemagne nazie- et magnifiques d'un point de vue littéraire. Aux vacances de Noël 1933-1934, Etienne Manac'h retourne en Allemagne nazie. Pour quoi faire? :

"1°) Faire parvenir à Berlin, aux membres d'une cellule du PC, des documents, huit rouleaux de photo-films; quelques centaines de petites pellicules, filmant des colonnes de journaux communistes allemands de l'immigration (Rundschau, etc.)

2°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que la militante communiste Marie Zielke, parente du député au Riechstag, Koenen, sorte de la prison hitlérienne et, pour cela, voir de nombreuses personnes influentes.

3°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour ramener de Berlin à Paris le fils de "Ulrich", secrétaire pour l'Europe centrale du Comité mondial contre le fascisme.

4°) Rapporter de l'argent pour Frieda Bohm et un artiste de cinéma, M. Otten, ami et collaborateur de Pabst...".  

 

Etienne passe le nouvel an à Berlin en compagnie d'une connaissance française et de son amie allemande, qu'il décrit admirablement avec un sens de la formule laconique et un cynisme certain, non dénué de misogynie: "C'est un pauvre amour. Peut-être aussi la rudesse de Jean, sa franchise un peu grosse lui déplaisent. Elle est fort surveillée par ses parents, une tante en particulier qui lit toutes ses lettres. Aucun abandon ne serait excusé de sa part si ce n'était celui qui accompagne le mariage. Le père, sorte d'ouvrier des postes, est hitlérien; Théa sympathise fort. Hitler est bon; il a donné du travail aux ouvriers, et il ne veut nullement la guerre; il a relevé l'Allemagne. Théa est maigrement payée: 50 M par mois, et Elli à peine 80. Voilà du bon gibier pour l'hitlérisme. Ces jeunes filles aiment la parade, le café chic, où l'on peut un jour, par chance, trouver un mari nanti d'une profession potable, les promenades en automobile, etc. Ces pauvres petites ouvrières ne sont faites, psychologiquement, que d'une tendance désespérée vers la bourgeoisie. Besoin de parvenir. Et comment? Par l'homme. Leur deuxième trait psychologique, c'est celui du crochet lancé au premier cœur bénévole. Tout le charme puéril de la blonde Théa en est obscurci".

En août 1934, Etienne retourne à Berlin, à nouveau missionné, puis gagne l'URSS pour son second voyage à l'occasion duquel il tombe amoureux d'une guide touristique de Leningrad, Alissa, et fréquente un couple de communistes italiens exilés, Nella et Emilio. Nella deviendra quelques années après sa femme à Istambul (il se marie avec elle en 1943) : c'est la mère de Bérénice Manac'h. Etienne rompt avec le Parti Communiste quelques années plus tard, au moment du Pacte Germano-Soviétique et de l'invasion de la Pologne, mais, toujours engagé et anti-fasciste convaincu, il travaille pendant la guerre au côté de la France Libre et du général de Gaulle dont il devient le délégué auprès de la Turquie et des pays balkaniques.

 

Mardi 2 juillet 2019 - mardi de l'éducation populaire du PCF avec Bérénice Manac'h, auteur du Livre de Nella (Skol Vreizh, 2019) - Emilio, Nella, Etienne, trois destins exceptionnels marqués par le communisme et les tragédies du 20e siècle

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 20:01
28ème fête de l'Humanité Bretagne, 30 novembre-1er décembre 2019: Les Negresses Vertes, Féloche, Lenine Renaud, Laurent Morrisson Trio, le groupe brestois Revers seront les invités de la scène musicale!
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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 15:04

En ce 28 juin, 386 384 signatures en ligne sur le site du ministère de l'intérieur contre la privatisation d'ADP.

Vous aussi, signez, en vous munissant de votre numéro de carte d'identité et de passeport.

Non à la privatisation d'ADP - Voeu présenté au Conseil Communautaire de Morlaix-Communauté ce lundi 1er juillet par Ismaël Dupont

Vœu pour un référendum contre la privatisation d'ADP - Aéroports de Paris

Conseil Communautaire de Morlaix-Communauté du 1er Juillet 2019

Présenté par :  Ismaël Dupont

Le  Président de la République et le Gouvernement ont pour objectif de privatiser complément  les Aéroports de Paris (ADP) – qui gèrent Roissy Charles de Gaule, Orly, Le Bourget – un groupe dont l’État est actuellement actionnaire à 50,6 %. La privatisation d'ADP a été votée par la loi Pacte au printemps 2019. Outre ADP, elle prévoit aussi la vente de ENGIE et de la Française des Jeux. Ils rapportent à eux trois 800 millions d'euros par an à l’État : 173 millions de dividendes pour l’État l'an passé pour ADP. ADP est la deuxième valeur boursière détenue par l’État après EDF.

Ce projet soulève une très forte opposition dans tout le pays, à l'Assemblée Nationale et au Sénat..

En effet, la maîtrise publique de nos plus grands aéroports nationaux est un enjeu d'intérêt national avec une forte dimension stratégique, économique et sécuritaire.  86 % des aéroports dans le monde sont sous contrôle public, dont 100 % aux États-Unis.

Si ADP est privatisé, quel impact sur l'aménagement du grand Paris ? Sur une augmentation des coûts des prestations pour les compagnies aériennes et les usagers ?

Pour privatiser, l’État devra payer les actuels actionnaires minoritaires d'ADP à hauteur de 1 milliard. Parmi eux, le groupe Vinci, qui est candidat au rachat ! ADP est le principal hub d’Air France, le privatiser c’est faire courir des risques à la compagnie nationale. La privatisation d'ADP fait peser de lourdes menaces sur les conditions de travail des salariés de l'entreprise.

Un exemple devrait inciter le président de la République à plus de prudence : le précédent de la vente de l'aéroport de Toulouse. Vendu pour 308 millions d'euros à un groupe chinois sans aucune expérience en matière aéroportuaire et composé à 51% d''une entreprise publique chinoise et à 49% d'un fonds d'investissement Hong Kongais domicilié dans un paradis fiscal - les îles vierges britanniques - il a été revendu 200 millions d'euros plus cher après que les actionnaires en aient vidé les caisses. Cette privatisation a été épinglée par la Cour des comptes.

Les compagnies aériennes se sont déclarées défavorables à la privatisation car elles craignent une augmentation des coûts pour eux et donc une répercussion sur les prix des billets. L'association internationale du transport aérien a en effet mené une étude sur près de 90 aéroports internationaux qui confirme que les aéroports privatisés sont plus chers que ceux restés dans le giron public

A l’initiative des parlementaires PCF, FI, PS et LR, la représentation nationale a réussi à imposer un Référendum d’Initiative Partagée (RIP) sur la reconnaissance du caractère de « service public national » des aérodromes parisiens, proposition d'un RIP validé le 9 mai dernier par le Conseil Constitutionnel. Il faudra réunir avant le 12 mars 2020 4,7 millions soutiens à la loi cosignée par 248 parlementaires de gauche et de droite qui consacre ADP comme un service public national, donc non cessible au privé.

Si ces 4,7 millions de signatures sont recueillies, le gouvernement se trouvera l'obligation de consulter les Français sur ce projet. Il va être possible de s'opposer à une nouvelle privatisation et au bradage du patrimoine public au profit exclusif des intérêts privés.

C'est un enjeu de maîtrise publique d'un secteur stratégique pour notre pays, un enjeu de démocratie, et aussi un enjeu financier pour l’État car ADP est rentable et permet d'investir des millions chaque année dans le service public.

En tant qu'élus de Morlaix-Communauté, nous nous sentons concernés par la possibilité que puisse se tenir ce Référendum d'initiative partagée et souhaitons que les habitants de la communauté d'agglomération puissent s'exprimer sur ce sujet.

En tant qu'élus de Morlaix-Communauté, nous exprimons notre refus de la vente et de la privatisation complète d'ADP, une question qui nous concerne tous.

Conseil communautaire de Morlaix-Co d'avril 2018 avec présence du comité de défense de l'hôpital - photo Pierre-Yvon Boisnard

Conseil communautaire de Morlaix-Co d'avril 2018 avec présence du comité de défense de l'hôpital - photo Pierre-Yvon Boisnard

Ordre du jour du prochain conseil communautaire de Morlaix-Communauté du 1er juillet 2019 à 18h

- Information relative aux décisions prises par délégation par le Président de la communauté d'agglo

- Culture: présentation de la phase d'avant-projet définitif de la scénographie de l'espace des sciences (plan de financement approuvé à l'unanimité par le conseil de communauté du 22 mars 2014 pour un montant global de 9,1 millions d'€ HT, portés depuis à 9,4 millions d'€ HT). 

- ZAE Aéropôle de Morlaix: Cession de terrain à la société Sermetta (extension de bâtiments d'environ 11 000 m2 prévue en 2019-2020 - un projet industriel pour un investissement prévu de 10 millions d'euros). Morlaix Communauté devrait réaliser des travaux d'extension du bassin de rétention des eaux pluviales pour augmenter son volume. Le coût prévisionnel est prévu à 235 000 € HT. Le prix de vente proposé pour le terrain est de 15€ HT le m2 et le projet pourrait bénéficier, dit la délibération, d'une aide à l'immobilier d'entreprise plafonnée à 150 000€.

- Requalification et extensions de la zone de Keriven à Saint-Martin des Champs (75 entreprises, 600 salariés).

- Zone de Keriven, cession d'un terrain d'environ 7200 m2 au groupe SPIE Probia Ingenierie (20€ HT/ m2)

- Zone de Kerviven, cession de terrain à la société Bondu (négoce de levures): 9500 m2 pour 20€/m2

- ZAC Saint-Fiacre: Avenant à la convention d'aménagement - prolongation de la durée de concession d'aménagement avec la SAFI jusqu'en décembre 2020

- Cession d'un local à Henvic à la SARL Serdo (Maison et services)

- Centre de ressources techniques de Morlaix (CRT): Attribution d'une subvention ACI 2019 (30 000€)

- Convention de programmation et de suivi des déploiements de la fibre optique pour tous (de type FTTH) Morlaix et Saint-Martin des Champs entre Etat/ collectivités/SFR

- Avenant de prorogation à la convention d'objectifs 2016-2019 de la Maison du Tourisme

- Approbation du compte administratif 2018 de la Maison du Tourisme

- Attribution d'une subvention à la CCI MBO Morlaix pour l'opération: "Ma Bretagne, c'est par ici!" (10 000€ proposé)

- Linéotim: tarification solidaire. Actualisation des tranches du quotient familial. Adoption du guide d'instruction pour l'accès aux droits à la réduction. Actualisation des niveaux de quotient familial tenant compte de la revalorisation de certains minima sociaux au bénéfice des usagers pour qu'ils ne perdent pas les tarifs réduits auxquels ils avaient droit. 

- Déchets: changement de repreneur pour les cartons et cartonnettes.

- Sotraval SPL et SEML Rapports d'activité 2018

- Tarifs 2019 Eau potable pour la commune de Pleyber-Christ

- Conventions de partenariat 2019 avec le Syndicat mixte du Haut Léon pour les actions GEMAPI et hors GEMAPI du Bassin Versant de la Penzé

- SAGE Baie de Lannion. Comité du bassin versant du léguer. Financements 2019

- PLU de Morlaix - Approbation de la modification n°2 relative au projet de chaufferie bois

- Institution de la commission locale du site patrimonial remarquable de Morlaix

- Programmation travaux HLM 2019 (à Morlaix, 79 logements à La Boissière et 30 logements à La Cité d'Aumont concernés pour un montant prévisionnel des travaux de 2 millions d'€

- Portail de cartographie de l'occupation du parc social

- Modification des des critères de l'aide à l'accession à la propriété pour les aides communautaires à l'habitat privé. 

- Expérimentation d'un service de rade au port de Primel

- Demande de soutien à la candidature du Parc Naturel Régional d'Armorique au label "Géopark UNESCO"

- Zones de préemption départementale au titre des espaces naturels sensibles: étude pour la mise à jour des périmètres à Carantec, Locquirec, et la création d'un périmètre à Plouégat-Guerrand

- Attribution de subventions aux centres sociaux (Ti an Oll, Ulamir, Carré d'As

- Décisions budgétaires modificatives

- Avenant à la convention ADEUPa (conseil en urbanisme)

- Avenant n°6 au contrat de territoire 2014-2020 pour l'évolution du soutiens aux projets SEW, salle Omnisports de Lanmeur, Station d'épuration et réseaux de transfert sur la commune du Cloître St Thégonnec 

- Mandat spécial pour le déplacement d'élus en Cornouailles

- Révision du catalogue des tarifs. Espace Aquatique et Auberge de Jeunesse

- Révision des statuts de Morlaix-Communauté pour les actions hors GEMAPI

 

*********

 

Lire aussi:

Interventions d'Ismaël Dupont, élu PCF Front de Gauche - Conseil communautaire de Morlaix-Co du 13 mai 2019

Voici un résumé de mes interventions et de mes votes au dernier conseil communautaire du 13 mai 2019:

- 1°) Sur une augmentation de la contribution forfaitaire de 6 600€ pour la DSP de l'espace aquatique communautaire de Plourin-les-Morlaix (géré par l'UCPA Sport Loisirs), consécutif à un différentiel de 90 000€ par rapport au budget prévisionnel lié à un manque de recettes en 2018 de - 57 000€ pour les entrées piscine grand public, de - 20 000€ sur les activités, et de -13 000€ par rapport au prévisionnel en équilibre, j'ai rappelé ma proposition faite au dernier conseil communautaire, en contrepartie du soutien légitime de Morlaix-Communauté à un équipement utile aux loisirs populaires et à l'apprentissage de la nage et de la natation pour tous, une politique tarifaire plus incitative pour les enfants des familles à faibles revenus et pour ces familles elles-mêmes, lesquels bénéficient pour certaines actuellement d'une aide de 4000 € du secours populaire pour l'accès de tous à la piscine, alors que l'accès de tous à la piscine devrait être garanti par la collectivité qui la subventionne fortement, et non par une association solidaire qui a par ailleurs beaucoup d'autres engagements. Au dernier conseil communautaire, il m'avait été répondu par Thierry Piriou que ma demande ferait l'objet d'un examen prochain pour envisager une réflexion sur les tarifs, la même réponse a été faite aujourd'hui par le président de Morlaix-Communauté. J'ai également interrogé une démarche de communication vis-à-vis des écoles et des habitants, une réflexion précise sur l'accessibilité de la piscine par les scolaires par les transports en commun, de manière à retrouver une fréquentation plus importante de l'espace aquatique afin de justifier pleinement les fonds publics investis dedans.   Christian Le Manac'h est aussi intervenu sur l'insuffisance à prévoir de l'augmentation de la contribution forfaitaire annuelle de 6 600€ par rapport au montant du déficit. J'ai voté malgré tout cette délibération, adoptée à l'unanimité. 

- 2°) Sur le logement social, et le projet de démolition des immeubles des Jardins du Launay à Kerfraval pour faire 63 nouveaux logements pour les Genêts d'Or, j'ai pointé l'absence de communication, de prise en compte suffisante des intérêts et du besoin d'information et de concertation des locataires sur ce dossier, depuis 3-4 ans, par le bailleur social Aiguillon, certains locataires ne s'étant pas vu encore proposé de solutions de relogement adaptées, et ayant eu beaucoup de difficultés à avoir des interlocuteurs et des réponses à leurs interrogations pendant des mois et depuis des années. 

  - 3°) Seul parmi les conseillers communautaires, j'ai voté contre la recapitalisation de la SEM du Golf de Carantec et la décision d'annuler 87 048€ d'actions de Morlaix-Communauté (4836 actions de 18€), soit autant d'argent définitivement perdu pour elle, pour venir combler des pertes de 109 000€ pour le golf ces 4 dernières années, assorti d'un réengagement de 82 440€ de Morlaix Communauté en actions dans la somme, qu'on est pas sûr de pouvoir retrouver au bout du compte, soit un engagement potentiel de 169 000€ et effectif de 87 048€ pour un golf qui compte 280 abonnés et 300 licenciés à l'association sportive. J'ai justifié ma décision en disant que je n'avait rien contre cette pratique sportive et les gens qui la pratiquaient mais que le modèle économique du financement public d'un golf, et son caractère prioritaire par rapport à une pratique sportive qui est aujourd'hui souvent majoritairement le fait de catégories aisées, pouvait être remis en cause. En disant qu'il y avait pour moi d'autres priorités, soutien à des pratiques sportives populaires, démocratisation des pratiques sportives, soutien au transport public, au social, à la justice sociale. A part moi, tous les élus présents ont voté pour cette annulation de 87 000€ d'actions (concédés donc définitivement à la SEM du golf, qui existe depuis 2011, et cette recapitalisation). 

- 4°) Sur la plate-forme régionale de covoiturage OuestGo, plateforme publique régionale gratuite pour les usagers alternative à blablacar pour le covoiturage, notamment sur des trajets courts et de proximité, j'ai dit mon soutien à la proposition de financement à la hauteur de 1500€ en demandant si on pouvait en attendre des retours de connaissance sur l'usage du covoiturage sur le territoire, les fréquences, les trajets, les différents types d'usagers et en soulignant tout de même que le co-voiturage ne devait pas avoir vocation à remplacer des solutions de transport en commun défaillantes ou abonnées, notamment le transport par car péri-urbain sur le territoire de Morlaix Communauté, dont je réclame la densification et la diversification de l'offre depuis 2014, et j'en ai souligné à cette occasion que je regrettais la décision de ne pas inviter le collectif citoyen pour le développement du transport en commun sur Morlaix Sud à la réunion de bilan des expérimentations des lignes 36+ et 40+ sur Plourin, Plouigneau, Plougonven, et des secteurs non desservis de Morlaix, ce collectif ayant fait la preuve de son expertise nourrie d'un contact direct avec les usagers, potentiels ou avérés, et de sa capacité à faire des propositions concrètes pour améliorer la fréquentation des bus.    

- 5°) Sur la révision des modalités d'abonnement sur le parking longue durée du pôle d'échange multimodal de la gare de Morlaix, je me suis abstenu en rappelant mon opposition au stationnement payant sur la gare (la mise sous barrière n'imposait pas le stationnement payant) qui a des conséquences pour les usagers du train (financières ou de l'ordre de la complication du stationnement), pour les habitants des rues proches de la gare, qui voient des voitures d'usagers du train compliquer le stationnement pour leur propre véhicule.

J'ai remarqué que pour moi, comme pour beaucoup de Morlaisiens et d'usagers de la gare, les 13 millions d'euros investis dans le pôle gare, dont près de la moitié par Morlaix-Communauté, n'avaient pas produit un réel gain d'accessibilité de la gare et du transport ferroviaire du fait d'un aménagement mal pensé, notamment pour le parking, le dépose-minute, moins pratique, un parvis immense qui ne sert pas à grand chose. J'ai dénoncé le paradoxe qu'il y avait à proposer des abonnements payants à un parking sous barrière aux riverains de la gare pour remplir un parking rempli qu'à 50 ou 60% parce que payant, et à rendre très restrictif l'accès aux stationnements dans les rues (zones bleues pour les non riverains, verbalisations) aux abords de la gare pour contrebalancer les effets pervers de ce stationnement payant tout autour de la gare. 

J'ai été le seul à m'abstenir sur cette délibération qui s'appuyait sur un prenez acte du stationnement payant à la gare.  

Conseil de communauté de Morlaix-Co du lundi 1er avril 2019: interventions de Ismaël Dupont et photos de Pierre-Yvon Boisnard

Interventions d'Ismaël Dupont, conseiller communautaire communiste (Morlaix) - conseil de communauté du 1er avril 2019:

 

Première intervention démocratie locale

 

en début de séance, j'ai signalé en le regrettant que les compte rendus du conseils de communauté précédents nous arrivent très tardivement (le dernier mis en ligne sur le site de Morlaix Communauté date du 5 novembre 2018 au 1er avril 2019 alors qu'il y a eu deux conseils communautaires depuis). De la sorte, il nous est impossible d'approuver le compte rendu du dernier conseil communautaire ou de faire des remarques dessus en début de nouveau conseil comme cela se fait en conseil municipal. J'ai aussi signalé que les ordres du jour des conseils communautaires ne sont pas communiqués sur le site de la communauté d'agglo (annoncés souvent au dernier moment dans la presse, moi je les publie dès que je peux dans le Chiffon Rouge mais cela me demande un temps important de réécriture, …).

Rien n'est fait semble t-il pour encourager les citoyens à venir assister à nos assemblées et leur faciliter la compréhension et le suivi des débats. J'ai demandé à nouveau, pour la troisième fois depuis 2014, qu'on puisse filmer les séances du conseil communautaire et mettre un lien vidéo avec les débats sur le site de Morlaix Communauté car la lecture des compte rendus de délibérations ou de débats peut être fastidieuse et ingrate.

Le public est rare dans nos conseils communautés : pourtant il importe pour la réalité et la qualité de la démocratie locale que les citoyens puissent s'informer des débats sur l'utilisation des dizaines de millions d'euros, produit de leurs impôts, que gèrent les élus communautaires et sur les débats de leur assemblée de communauté. A Morlaix, les conseils sont filmés depuis deux ans et demi. Il n'y a pas énormément de vues mais on peut revoir facilement l'ensemble des débats, interventions et votes des conseils municipaux.

C'est une trace pour mémoire et un moyen d'intéresser aussi à la vie locale, voire de faire venir plus de citoyens pour suivre nos assemblées. Hier, il n'y avait qu'une personne dans le public, Pierre-Yvon Boisnard lui-même !!!

Deuxième intervention – adoption du compte administratif

J'ai souligné que le document de présentation synthétique du compte administratif réalisé 2018 présenté et commenté par le nouveau vice-président aux finances Jean-Michel Parcheminal était beaucoup plus lisible que le dossier d'accompagnement du budget primitif qu'on aurait à voter ensuite, 236 pages avec une présentation analytique sans réelle regroupement et des milliers de lignes de chiffres plus difficile à lire que l'Ancien Testament (une présentation synthétique du budget primitif 2019 a été faite finalement, mais pas envoyée en avance aux conseillers communautaires : elle était présente sur les tables et consultable au moment du conseil communautaire).

J'ai dit que ce compte administratif 2018 témoignait d'un certain point de vue d'une bonne situation financière car les recettes sont en légère hausse et l'excédent est important (11 millions d'euros brut, 5 millions d'€ d'épargnes de gestion) mais qu'on pouvait avoir aussi une autre lecture de ce document : une communauté à l'aise une certaine opulence, dans un territoire qui l'est beaucoup moins et qui a plus que jamais besoin d'une grande qualité de services rendus à la population.

Et de ce point de vue, j'ai souligné que les politiques en matière de transport, de soutien aux associations, sportives notamment, au secteur des personnes âgées, était encore très perfectibles. J'ai donné deux exemples pour soutenir l'idée qu'il y avait un risque à ce que le projet de territoire serve à limiter le droit d'entrée à l'éligibilité aux subventions pour nombre d'associations et que l'on ne prête qu'aux riches ou à des gros associations qui sont déjà bien soutenues dans leurs missions.

J'ai donné l'exemple du récent refus difficilement explicable d'accorder une subvention de 800 euros à l'association Dont Acte qui met en place depuis plusieurs années un festival littéraire et artistique rue des Cent Marches dans le quartier de la gare, mettant ainsi en valeur les artistes locaux, de grand talent, et un quartier qui est stratégique sur la redynamisation du quartier de la gare, et une association qui pourtant voit sa demande de subvention refusée pour l'instant.

J'ai aussi parlé d'une réflexion à avoir sur un soutien communautaire aux associations sportives en donnant l'exemple du Morlaix Saint Pol Gym qui sur 400 adhérents n'a qu'une cinquantaine de morlaisiens et qui est pourtant principalement soutenu par la ville, quand l'essentiel de son budget vient des adhérents. Comme ce club, beaucoup d'associations sportives basées à Morlaix ont une dimension de territoire.  Les soutenir permettrait aussi de rencontre l'accès aux inscriptions plus accessible à toutes les familles. 

Troisième intervention - Ouverture d'une ligne de crédit pour une étude sur un nouveau bâtiment communautaire

J'ai demandé des éclaircissements sur ce projet et sa justification - Guy Pouliquen et Thierry Piriou ont répondu sur la nécessité d'offrir des locaux plus adaptés au service environnement, de regrouper les services. J'ai demandé aussi s'il y avait des informations sur un troisième département de l'IUT et un éventuel élargissement de l'emprise de l'IUT sur l'actuel bâtiment de Morlaix-Communauté à la Manu. On m'a répondu (Agnès Le Brun) qu'un troisième département pouvait se concevoir dans les locaux actuels de l'IUT. J'ai alors posé le problème d'une bibliothèque universitaire et d'un espace de travail et d'information à concevoir pour les étudiants de Morlaix, pourquoi pas sur le site de la Manu. J'ai voté cette ligne de crédit pour une étude et une construction de projet d'un nouveau bâtiment communautaire qui semble justifiée par les nouvelles compétences de Morlaix Communauté et les besoins du service et un loyer élevé payé actuellement par Morlaix-Co à la CCI (182 000€ en tout/ an pour le 1er et le 2e étage, 222 000€/an pour l'ensemble des loyers).  

 

Quatrième intervention - Vote du budget primitif 2019

J'ai voté pour le budget tout en disant que je ne partageais pas l'ensemble des choix et orientations de la communauté (en matière de manque d'ambition de la politique transport par exemple - réseau, gratuité - ou de stationnement payant à la gare) parce que je trouve qu'il y a eu l'an passé et cette année des choix d'investissements que je juge importants pour Morlaix et le territoire: à la Manu avec le projet SEW/c et l'espace des sciences qui vont amener du dynamisme, de l'attractivité, avec la montée en puissance du soutien communautaire à l'enseignement artistique et musical, avec une option envisagée sérieusement de la construction d'une école de musique et artistique communautaire, avec la prise de compétence en régie de la gestion de l'eau. 

Le budget a été voté à l'unanimité.

J'ai remarqué que pour ce qui était de la DSP sur l'espace aquatique de Plourin-les-Morlaix, où Morlaix Communauté prévoit de mettre 10 000€ de plus cette année, il y avait de quoi soutenir davantage un accès de tous les enfants et publics à la piscine et de ne pas laisser une association comme le Secours Populaire, qui reçoit 1300 personnes par an à Morlaix, financer pour plusieurs milliers d'euros un accès à la piscine pour les enfants des familles ayant moins de revenus, alors que ce devrait être le rôle de la communauté de prévoir d'emblée des dispositions tarifaires permettant à tout le monde d'aller à la piscine.   

Le Président Thierry Piriou a dit que cette proposition allait être prise en compte et examinée.

 

Cinquième intervention - redressement de Global Sea Food au Diben et achat par Jean-François Jacob, ex président de la SICA, avec Bezhin Breizh  

Je me suis abstenu (seul) sur la délibération d'autorisation de cession de terrain en rappelant le triste historique de crises d'activité et de destruction d'emplois depuis 97 entre Intermarché, Capitaine Houat, Global Sea Food, avec à chaque fois beaucoup d'argent public qui n'a pas été retrouvés, ni conditionné à un droit de regard sur la gestion de ces entreprises, ni traduit en emplois pérennes. J'ai dit que les conditions du rachat par JF Jacob n'était pas sans poser de lourdes interrogations: une gestion économique pas forcement reluisante de ses affaires dans le secteur de Roscoff, une société au capital initial de 10 000€  qui reçoit une aide colossale de 500 000€ de la région, alors qu'il suffit d'un emprunt bancaire pour capitaliser. L'homme aux écus, là, vit au crochet du panier percé de la collectivité. Bien sûr, on souhaite une reprise d'activité sur ce site, mais pas dans la réédition des mêmes erreurs, pas avec une débauche d'argent public que l'on n'est pas sûr de retrouver au bout du compte et qui ira probablement alimenter surtout des profits privés. On peut être échaudé par les exemples récents de Gad, Tilly, et Global Sea Food. Yves Moisan a confirmé que Global Sea Food avait reçu une avance remboursable de 300 000€, dont 75 000€ venant de Morlaix, le reste de la région, et qu'avec le redressement judiciaire (21 emplois détruits, avec des salariés qui n'ont pas bénéficié de PSE), Morlaix-Co n'avait pas beaucoup de chance de récupérer ces 75 000€.  Il a dit que l'argent de la région servait à remettre en état l'outil nécessaire (nouvelle pompe d'eau de mer, remise en état des bassins) pour de la culture marine.

 

Sixième intervention - sans me prononcer sur l'utilité et les retombées pour les territoires sur les opérations de communication et de mise en contact des entreprises de la French Tech Brest+, émanation de la Technopole Brest Iroise, à qui nous avons attribué une subvention de 12 500€, j'ai remarqué l'aspect complètement incompréhensible et ronflant du sabir managérial servi dans la délibération que l'on avait à voter, avec son lot de néologismes, d'anglicismes: "Demo Day", "French Tech Diversité", "animer l'écosystème", "management opérationnel de la French Tech", "Ticket to Pitch à bord du Pont Aven"...

 

Septième intervention - J'ai dit mon interrogation sur l'aide de 20 000€ accordée par Morlaix-Communauté à la CCI pour l'organisation de l'étape roscovite de la Solitaire du Figaro (35 000€ demandé, alors que l'étape est à Roscoff), non parce que je doute des répercussions en terme de publicité, d'image du territoire, et même de public, mais parce que ce type d'évènement sportif professionnel génère déjà beaucoup de profit avec les publicités, les sponsors du sport business, et s'adosse à des entreprises capitalistes (groupes de presse, groupe de jeux d'argent) qui vont un peu facilement à la chasse au subvention en faisant une sorte de chantage sur les collectivités: je ne viens pas si tu ne viens pas à la caisse. 

 

Huitième intervention - à propos de la subvention accordée au Roudour de 76 500€ pour l'organisation de trois soirées d'arts de rue à Plougasnou (24 août), Plouigneau (1er septembre), Plounéour-Menez (8 septembre), j'ai rappelé la perte sèche qu'avait été le départ du FAR et la suppression du festival des Arts dans la rue à Morlaix, qui avait tout de même un autre impact culturel et touristique, sur l'image et la renommée de Morlaix et sa région, évoquant les belles affiches de Dantec visibles au Baiser de l'hôtel de ville Place de Viarmes. Agnès Le Brun a piqué une colère froide en me reprochant de faire de la démagogie de campagne électorale, d'idéaliser le passé, et en faisant comme si Morlaix avait la même attractivité l'été aujourd'hui qu'avec le FAR, en prenant les commerçants ou d'autres compagnies de théâtre à témoin sur la lassitude prétendue vis-à-vis des organisateurs du festival des arts dans la rue liquidé en 2009.

 

Neuvième intervention - Par rapport au festival Panoramas, j'ai évoqué les surcoûts liés à la législation en terme de sécurité, et de protection sonore, la belle réussite d'estime et de fréquentation d'un festival qui attire énormément de jeunes bretons, du festival le plus jeune de Bretagne et de France sans doute, et qui constitue un bel atout pour notre territoire. 

 

Dixième intervention -  Réagissant par une remise en cause par la majorité de droite morlaisienne (par la voix de Marlène Tilly) du besoin de surveillance et de contrôle sur les retombées réelles des subventions données dans le cadre des activités du RESAM et de Jeunes en TTTrans et de son lieu de vie jeunesse 18-30 expérimental du 2B voie d'accès au port, j'ai dit mon enthousiasme pour ce projet innovant et très riche de sens pour la jeunesse qui développe l'autonomie, la mixité, la construction collective des jeunes, avec une proximité des partenaires du monde associatif et jeunesse. Il y avait beaucoup de jeunes à la soirée de lancement où j'ai eu la chance d'être présent avec Glenn Le Saoût, et on a pu percevoir tout le potentiel et l'audace de ce projet.      

 

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 09:02

 

La Cour suprême devait examiner, hier, une demande de remise en liberté de l’ancien président de gauche. Les agissements de l’ex-juge et désormais ministre de la Justice, Sergio Moro, sont contestés par ses pairs.

On ne compte plus les mauvais rebondissements de l’affaire Lula. Et le dernier épisode n’est pas de nature à corriger le déni de démocratie dont est victime l’ancien président du Brésil (2003-2010). La deuxième cour du Tribunal suprême fédéral (STF) devait examiner, hier, la demande d’Habeas Corpus déposée par ses avocats, l’an dernier. Lundi, la juge et présidente de cette instance, Carmen Lucia, a annoncé qu’elle retirait la requête de remise en liberté de Lula de l’ordre du jour pour la reporter à la reprise de leur session, en août prochain. Avant de se raviser. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la session du STF n’était toujours pas achevée, et une volte-face de dernière minute n’était pas à exclure. À l’heure où le pouvoir judiciaire brésilien est ébranlé, le STF confirme sa prise de parti dans la conjuration tentaculaire qui, après avoir destitué la présidente de gauche Dilma Rousseff, a écarté le leader historique du Parti des travailleurs du jeu politique brésilien, en l’empêchant de se présenter à la présidentielle de l’an dernier. Depuis avril 2018, Lula se trouve derrière les barreaux, après avoir été condamné à une peine de plus de 9 ans de prison pour un triplex dont il n’a jamais été propriétaire et ce, au mépris de la présomption d’innocence. Il est désormais de notoriété publique que le juge anticorruption Sergio Moro a manqué à tous ses principes. Les récentes révélations du site The Intercept Brasil concernant des messages échangés entre le désormais ministre de la Justice du président d’extrême droite Jair Bolsonaro et les représentants du parquet, dont le procureur Deltan Dallagnol, témoignent de « graves irrégularités » lors de l’enquête « Lavage express ».

Les Nations unies à nouveau saisies

« Non seulement Sergio Moro a conduit les procédures en toute partialité, mais c’est en réalité lui qui a dirigé l’accusation, au mépris des règles les plus fondamentales de la procédure au Brésil (…) Il a manipulé les mécanismes de la délation récompensée, orienté les travaux du ministère public, exigé le remplacement d’une procureure qui ne lui donnait pas satisfaction, et dirigé la stratégie de communication de l’accusation (…) Cette stratégie a été poursuivie de façon secrète, en étroite collaboration avec le parquet. Cela s’ajoute au fait que Sergio Moro avait placé sur écoute les avocats de Lula et décidé de son propre chef de ne pas respecter une décision d’un juge d’appel ordonnant la mise en liberté de Lula, violant ainsi la loi de manière éhontée », dénoncent d’éminentes personnalités du monde judiciaire, dont Baltasar Garzon et Mireille Delmas-Marty dans une tribune publiée dans le Monde du 25 juin.

Au Brésil, le malaise est palpable. Trente juges ont demandé, lundi, à l’Association des juges fédéraux la suspension du ministre Sergio Moro, informe la Folha de São Paulo. « Les conduites rapportées sont totalement contraires aux principes éthiques et aux règles juridiques qui doivent régir l’action d’un magistrat ; lorsqu’un juge agit de manière partiale au point de confondre son action avec celle d’un organe accusateur, la crédibilité du pouvoir judiciaire est mise en échec », déplorent-ils.

Pour la première fois depuis le début de l’affaire, le rapporteur de l’ONU sur l’indépendance du pouvoir judiciaire, Diego Garcia-Sayan, a lui aussi fait part de ses inquiétudes quant aux attaques proférées par Sergio Moro lors de son audition par la commission justice du Sénat, où il s’en est pris au journaliste Glenn Greenwald, à l’origine des révélations. À cette occasion, le protégé de Jair Bolsonaro, sans qui sa victoire à la présidentielle aurait été impossible, s’est défendu de tout écart de conduite. Pourtant, rappelle Diego Garcia-Sayan, « les principes d’intégrité et de neutralité » ont été rompus durant l’enquête.

Les avocats de l’ancien chef d’État ont décidé de saisir à nouveau les Nations unies concernant les agissements illégaux de Sergio Moro. La défense du célèbre prisonnier politique entend également dénoncer les récentes pressions exercées par les forces armées et le gouvernement sur le pouvoir judiciaire afin d’empêcher toute libération de Lula.

Cathy Dos Santos

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 09:00

 

Présenté aujourd’hui devant l’Assemblée nationale, le texte censé donner un coup d’accélérateur à la politique climatique de la France déçoit ceux qui espéraient une hausse de l’ambition.

Rarement discussion parlementaire aura si bien collé, si ce n’est avec son temps, du moins avec le temps. Alors que la canicule attaque l’été à la racine, l’Assemblée nationale se penche, à compter d’aujourd’hui, sur le projet de loi énergie-climat. Quinze ans après que la France s’est dotée de son premier plan stratégique de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), le texte vise à donner un coup d’accélérateur à une transition énergétique qui piétine. En 2015, la loi relative à la croissance verte avait établi plusieurs objectifs en ce sens. Le nouveau projet entend les remanier à l’aune de ceux adoptés dans le cadre de l’accord de Paris. Et, déjà, des dents grincent, en dépit d’ambitions qui se veulent appétissantes.

Atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 : tel est le nouvel engagement avancé par l’État, qui marque aussi une nouvelle manière d’envisager le problème. Jusqu’à présent, les objectifs de la France en matière de réduction de GES s’affichaient de façon nette et facilement calculable : la loi de 2015 avait acté celui de les avoir réduits de 40 % d’ici à 2030 (par rapport à 1990) et divisés par quatre en 2050 (objectif baptisé facteur 4). L’opération n’est plus aussi aisée dans la nouvelle configuration proposée.

Techniquement, il s’agit de faire en sorte que, dans une trentaine d’années, la France, via ses activités industrielles et ses infrastructures, n’émette pas plus de GES qu’elle ne peut en absorber, entre autres grâce à ses puits de carbone naturels – forêts, zones humides, etc. Or, l’envergure de ces derniers fluctue rapidement dans l’espace et le temps, et avec elle leur capacité d’absorption. En février, à l’heure de présenter le projet, le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, affirmait qu’atteindre la neutralité carbone en 2050 impliquait d’avoir divisé par huit le niveau d’émissions du pays. Amendé en commission parlementaire, le texte n’évoque plus qu’« un facteur supérieur à six ». Il déçoit d’autant plus ceux qui misaient sur des efforts importants de la part de l’Hexagone que l’échéance de 2050 sonne à leurs oreilles comme une néfaste remise à plus tard. Les ONG rassemblées au sein du Réseau action climat (RAC) espéraient avancer cette échéance à 2040 : elles n’ont pas eu gain de cause, pas plus qu’elles n’ont obtenu, pour l’heure, le renforcement des engagements à court terme.

De fait, le projet a beau inscrire « l’urgence écologique et climatique » en tête de ses objectifs, il déçoit, et les mesures envisagées concrètement déçoivent à l’avenant. Les ONG environnementales ne sont pas seules, au reste, à manifester leur frustration. Par exemple, face au rejet de la proposition d’interdire progressivement la mise en location des passoires thermiques, ces logements impossibles à chauffer, consommateurs d’énergie et générateurs de précarité.

Côté production énergétique, le projet de loi laisse, enfin et là encore, beaucoup d’acteurs sur leur faim. Le flou maintenu autour de la fermeture des centrales à charbon de Cordemais et du Havre est de nature à ne satisfaire personne, à commencer par les travailleurs des centrales, qui manifestaient la semaine dernière à l’appel de la CGT pour exiger « une information large pour tous les salariés impactés par ces fermetures ». La validation du report de 2025 à 2035 de l’objectif de ramener la part du nucléaire à 50 %, contre plus de 70 %, enfin, divise les forces sociales. Certaines y voient un répit accordé à une énergie de fait décarbonée. D’autres un nouveau report de l’essor des énergies renouvelables.

Marie-Noëlle Bertrand

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 07:11
Fête de l'Humanité des 13, 14, 15 septembre: les Finistériens font connaître sa programmation et se mobilisent pour sa réussite!
Nous avons à disposition du PCF Finistère 400 bons de soutien à 28 € ouvrant droit à l'accès aux 3 jours de la fête de l'Huma des 13, 14, 15 septembre à vendre dans le Finistère.
 
Le réseau Jeunes du PCF Brest organise des distributions aux différents festivals d'été dans le Finistère
  • Jeudis du port : 25 Juillet, 1er Août, 8 Aout, 15 Aout
  • Astropolis : 5-6-7 Juillet
  • Les Vieilles charrues à Carhaix : 19-20-21 Juillet
  • Festival du Bout du Monde à Crozon : 2-3-4 Aout
  • Fête du Bruit dans Landerneau : 9-10-11 Aout
 
Les bons de soutiens seront aussi vendus sur les marchés, sur les fêtes du Pays Bigouden (le 6
juillet à Guilvinec, le 20 août à Lesconil et le 17 août à Loctudy, qui réunissent chaque année beaucoup de monde (entre 1500 et 2000 personnes).
 
 
Fête de l'Humanité des 13, 14, 15 septembre: les Finistériens font connaître sa programmation et se mobilisent pour sa réussite!
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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 07:08
Réforme de l’assurance-chômage. Une grave attaque contre les plus précaires (Samuel Churin, dans les pages débats de l'Humanité, 28 juin 2019)
Réforme de l’assurance-chômage. Une grave attaque contre les plus précaires
Vendredi, 28 Juin, 2019

Samuel Churin

 

Mardi 18 juin 2019, a eu lieu un événement qui fera date dans l’histoire des droits sociaux. Le 18 juin 2019, ce n’était pas un appel plein d’espoir pour organiser la résistance, mais des annonces qui constituent, sans aucune contestation, la plus grave attaque contre les plus précaires. Vous ne trouverez pas d’équivalent dans l’histoire. Mardi 18 juin 2019, le gouvernement, par les voix d’Édouard Philippe et de Muriel Pénicaud, a osé décrire par le menu et très tranquillement la manière dont il allait faire plus de 3 milliards d’euros d’économies en trois ans sur les plus pauvres à travers la réforme de l’assurance-chômage. Pour tous les salariés à l’emploi discontinu (sauf pour les intermittents), cette réforme est tragique. Vous pensez peut-être que j’exagère, que je surjoue la pièce. Et pourtant !

Je vais essayer d’expliquer assez simplement l’ampleur des dégâts. Le dossier est technique et bon nombre de travailleurs pauvres mesureront l’étendue du massacre uniquement lorsque la réforme sera appliquée en 2020. Je ne retiendrai que trois points parmi beaucoup d’autres.

1 - Les critères d’accès

Aujourd’hui, pour accéder à l’assurance-chômage dans le régime général (hors annexes 8 et 10), il faut avoir travaillé au minimum 4 mois sur les 28 derniers mois. Avec la réforme, la période minimale de travail pour accéder à l’assurance-chômage sera donc ramenée à 6 mois sur 24. Cela peut paraître négligeable, ces 2 « petits mois » supplémentaires, mais quand vous êtes un salarié avec des pratiques discontinues, c’est beaucoup. Et les intermittents du spectacle en savent quelque chose. Ce changement de critères d’accès empêchera des centaines de milliers de travailleurs de bénéficier de l’assurance-chômage.

2 - Le massacre du montant de l’indemnité journalière

Ce point est passé presque inaperçu. Et pourtant, c’est de loin le plus terrible. « Les indemnités chômage seront désormais calculées sur le revenu mensuel moyen du travail, et non sur les seuls jours travaillés comme aujourd’hui. » Cette phrase résonne comme une sorte de banalité, mais elle aura des conséquences tragiques. Actuellement, quelqu’un qui travaille 1 jour sur 2 au Smic jour a son indemnité calculée sur la base du Smic jour. Donc, le jour où il a un mois entièrement chômé, son indemnisation mensuelle sera basée sur le Smic. Et il en va de même s’il travaille 1 jour sur 3. Pour calculer l’indemnité journalière (IJ), on se base sur son prix de journée travaillée. Dorénavant, avec la réforme, ce salarié à travail discontinu aura son indemnité calculée sur la base d’un demi-Smic s’il travaille 1 jour sur 2, d’un tiers s’il travaille 1 jour sur 3, etc. Si ce mode de calcul était mis en place pour les intermittents, l’immense majorité des indemnités journalières ne dépasserait pas 20 euros, soit 600 euros par mois en cas de mois entièrement chômé !

3 - Le malus pour les employeurs de salariés aux pratiques discontinues

Le bonus-malus fonctionnera de la manière suivante : plus le nombre de salariés qui s’inscrivent à Pôle emploi après avoir travaillé pour une entreprise est important par rapport à son effectif, plus une entreprise paiera de cotisations patronales à l’assurance-chômage.

Cette façon de faire est en place aux États-Unis et a des conséquences bien perverses, à commencer par le non-recours aux droits. En clair, un deal est passé entre l’employeur et son salarié afin que ce dernier ne s’inscrive pas à Pôle emploi. Ainsi, l’employeur ne paye pas de malus pour le salarié, en échange de quoi il lui promet de lui donner du travail. Si le salarié ne se plie pas à cette demande, il ne l’embauche plus. Le non-recours aux droits sera une « belle » manière, assez radicale, de faire des économies sur le dos des plus fragiles.

Vous l’aurez compris, j’espère, cette réforme est la plus importante baisse de droits et de « pouvoir d’achat » jamais appliquée en France. Elle est ciblée principalement contre les plus fragiles des précaires. Et pourtant : le chômage étant une telle honte, les chômeurs étant considérés comme des parias coupables d’être au chômage, cette attaque ne déclenchera aucune manifestation importante.

Nous, intermittents du spectacle, sommes épargnés. Nous savons, intimement, en quoi l’assurance-chômage est essentielle pour nos vies. Nous pouvons, mieux que quiconque, mesurer le désarroi, la détresse et l’extrême pauvreté à laquelle nos collègues intermittents de l’emploi seront confrontés. Nous avons été épargnés pour cette fois, mais nous ne resterons pas éternellement protégés dans notre réserve d’Indiens, à l’écart de cette politique néolibérale qui exclut systématiquement les plus pauvres.

L’assurance-chômage nous concerne tous. Faisons en sorte, au moins en diffusant l’information, que cette réforme soit dénoncée et que ce gouvernement réponde de ses actes.

Comédien et membre de la Coordination des intermittents et précaires d’Île-de-France

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 06:56
Catherine Wihtol de Wenden avait été l'invitée des Jeudis Rouges des sections PCF de la 8e circonscription du Finistère, Réseau Partage des Savoirs, à Quimperlé, pour une conférence d'éducation populaire cette année, le 28 mars 2019, qui avait rassemblé beaucoup de monde. 
Le sort des migrants. Le droit émergent à la mobilité
Vendredi, 28 Juin, 2019

Catherine Wihtol de Wenden

 

L’élection d’un nouveau Parlement européen et la poursuite des épisodes de morts en Méditerranée, des murs, des camps et des situations d’illégalité du séjour dues aux migrations appellent une nouvelle politique concertée entre les États européens entre eux et entre les institutions européennes et les États, contrairement à la crise passée, marquée par le défaut de solidarité entre les pays européens et le manque de confiance entre les États et la Commission de Bruxelles.

Tout d’abord, une remise à plat complète de la politique européenne d’immigration et d’asile, compte tenu de ses dysfonctionnements, s’impose, en questionnant le principe du renforcement des frontières extérieures de l’Europe. La suppression des accords de Dublin II sur l’asile, en débat depuis quinze ans, est nécessaire, car le principe « one stop, one shop » (tout demandeur d’asile doit obligatoirement demander l’asile dans le premier pays européen où il a mis le pied) ne fonctionne pas car ce système ruine l’insertion future des nouveaux arrivants qui ne souhaitent pas rester dans ce pays sans réseaux de connaissances familiales ou de compatriotes, ni perspectives d’insertion professionnelle.

Tout demandeur d’asile en Europe doit en outre avoir les mêmes chances d’avoir une réponse uniforme à sa demande quel que soit le pays européen auquel il s’adresse, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui car chaque pays conserve un pouvoir d’appréciation de la situation de crise dans le pays de départ où des considérations politiques, diplomatiques, commerciales peuvent interférer alors que la transparence entre pays européens serait de mise.

Ensuite, l’Europe doit suivre les lignes tracées par le pacte de Marrakech de 2018, « pour une immigration sûre, organisée et régulière », c’est-à-dire ouvrir davantage ses frontières à l’immigration de travail légale dans les secteurs non pourvus par les nationaux. Cette disposition permettrait de résoudre la difficulté de faire la part des profils de demandeurs d’asile et de migrations économiques. Les migrants cherchant du travail ne seraient plus obligés de se présenter sous le jour d’une demande d’asile (avec beaucoup de risques d’être déboutés) du fait de la suspension, depuis 1974, de l’immigration de travail salarié, ou de faire appel à des passeurs en Méditerranée et de traverser la Libye avec le concours des trafiquants en s’exposant à des formes d’esclavage et à la mort en mer (2 275 en 2018).

Enfin, face à l’ampleur des échecs des politiques de reconduction à la frontière, de retour, des dispositions répressives et dissuasives et au coût de l’approche sécuritaire des migrations, il convient au contraire de considérer celles-ci comme un phénomène banal, correspondant à une tendance structurelle du monde et non à une pratique criminelle. Les migrants fuient les inégalités dans un monde interdépendant, les crises et les conflits, le chômage massif des jeunes, la gestion politique de pays faillis, la corruption, l’absence d’espoir. Or, l’inégalité du droit à la mobilité qui dépend du passeport (soumis ou non à l’obligation de visa) est l’une des inégalités les plus mal vécues dans le monde d’aujourd’hui, qui considère la mobilité comme une forme de modernité et de développement humain. Il n’est plus possible d’imaginer un monde où seuls les habitants du nord de la planète peuvent circuler librement et un monde du Sud contraint à rester derrière ses frontières en attendant un hypothétique développement futur car le développement est lui-même lié aux migrations. Le droit à la mobilité est l’un des droits émergents de ce début du XXe siècle.

Juriste, politologue, directrice de recherche au CNRS

Le sort des migrants. Le droit émergent à la mobilité - Catherine Wihtol de Wenden - L'Humanité, 28 Juin 2019
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