propose un hors-série exceptionnel "Besoin de communisme" avec un extrait inédit du philosophe Lucien Sève, des entretiens, des rencontres et plus de quarante contributions et expériences alternatives...
À l’occasion des 100 ans du congrès de Tours et de la création du PCF, l’Humanité publie un hors-série exceptionnel qui explore le passé, le présent et l’avenir de cette visée « commune », plus que jamais nécessaire face aux crises sociales et environnementales.
Besoin de communisme. Cent ans après le fameux congrès de Tours, qui entérina la scission de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) et la création, de fait, du PCF, l’affirmation garde toute sa pertinence. À l’époque, l’adhésion à la IIIe Internationale l’emporta face à la décomposition de socialistes qui s’étaient compromis dans la boucherie de 14-18. Un siècle plus tard, les boutefeux n’ont pas disparu. Et ce besoin de communisme encore moins. Aujourd’hui, d’autres guerres ont succédé aux conflits sanguinolents dans les tranchées boueuses. Un capitalisme exploiteur, prédateur et destructeur étend le domaine marchand, fait régner l’argent-roi, individualise les rapports humains, exacerbe les inégalités sociales, attise les démons nationalistes et nourrit, par son avidité, une crise environnementale aux conséquences incalculables.
Il y a urgence à résister, urgence à réfléchir à d’autres perspectives qui mettent en avant le bien commun, la solidarité, l’émancipation de chacun. Il y a urgence à comprendre que le communisme, contrairement à ce que certains s’échinent à répéter, n’est pas une vieille lune utopiste ou un modèle politique totalitaire. Il n’est pas une idée qui s’impose mais une visée dont on dispose. Et sans doute une partie de la réponse aux crises sociales et écologiques qui menacent le monde. C’est toute l’ambition de ce hors-série « Besoin de communisme » que publie l’Humanité à partir de ce vendredi. Une parution qui balaie le passé, le présent et l’avenir de cette idée « commune » dont on ne cesse de constater l’urgente nécessité.
Une visée universelle et d’espoir
Un premier chapitre revisite cette histoire tumultueuse. De quand date le communisme ? De Marx, répondront beaucoup. De toujours, pourraient rétorquer d’autres, tant les idées fondatrices de propriété partagée, de mutualisation, de lutte contre l’exploitation ont traversé les siècles. Dès la préhistoire, des formes d’organisations collectivistes, basées sur l’entraide, s’imposent face à l’adversité de la nature. L’idée communiste a irrigué autant qu’elle s’est nourrie du siècle des Lumières, pour finalement être élevée par Marx et Engels au rang de visée politique universelle et d’espoir inédit pour la classe ouvrière. Elle fut, au XXe siècle, à la fois une lueur pour des peuples opprimés, un combat contre le fascisme, une source de progrès sociaux, mais aussi un prétexte à des dérives dictatoriales qui ont marqué au fer le mot même de communisme.
D’aucuns aiment « dater » la fin du communisme en pointant 1989 et l’écroulement du régime soviétique. Mort le communisme ? Ben voyons. En vérité, l’idée communiste reste bien vivante. Elle a profondément marqué – et marque encore tous les jours – de son empreinte nos sociétés. Le deuxième chapitre de ce hors-série raconte ce « communisme en actes » qui inspire, parfois à l’insu de ceux qui les réalisent, de multiples initiatives et pratiques politiques. Il irrigue la lutte contre le capitalisme et l’écrasement des peuples que portent les mouvements altermondialistes depuis une vingtaine d’années. Il vit dans ces démarches d’élus qui municipalisent la gestion de l’eau, promeuvent la gratuité, entraînent leurs concitoyens dans la lutte contre les emprunts toxiques. Il prend sens avec ces paysans refusant le système consumériste, avec ces organisations d’entreprise basées sur le pouvoir des salariés. Il perdure dans la Sécurité sociale et ces autres conquis que les néolibéraux s’échinent à détruire.
Ce hors-série ouvre aussi des perspectives. Que pense la jeunesse du mot « communiste » ? Comment les militants du PCF vivent-ils leur engagement ? Le troisième chapitre explore, avec ses tables rondes, ses contributions et un texte inédit du philosophe Lucien Sève, l’avenir de l’idée communiste, sa capacité à représenter une solution face aux défis environnementaux, économiques et démocratiques. Un besoin, aussi pressant que présent.
Communiqué de presse de Jean-Paul Lecoq, député communiste de Seine Maritime, commission Défense-Affaires Internationales du Parlement
Donald Trump plante un dernier coup de couteau dans le dos du multilatéralisme, et il a choisi les Sahraouis comme victime.
Dans un élan toujours aussi insupportable, Donald Trump a choisi hier de reconnaitre la marocanité du Sahara occidental en échange de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël.
Si cette décision est absolument dramatique pour le multilatéralisme, elle permet au moins de faire tomber les masques et de démontrer au grand jour l’alliance des oppresseurs des peuples.
Israël et le Maroc, ces deux pays qui bafouent quotidiennement le droit international sont enfin unis par Trump, ce Président américain qui aura tout fait pour détruire la solidarité internationale durant son mandat.
Il aura laminé les espoirs de voir un jour un État palestinien en acceptant tous les désirs, même les plus fous du gouvernement d’extrême droite de Benjamin Netanyahou, il a coupé les vivres de l’UNESCO parce que cette institution a reconnu la Palestine comme État membre, il a coupé les vivres de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, il a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, sans compter ce « deal du siècle » qui consistait uniquement à vendre la Palestine à Netanyahou et aux colons ultra-orthodoxes, à découper le territoire de la Palestine pour le rendre muet, et à faire valider cela par des États arabes à sa botte, au premier rang duquel trône le petit prince d’Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salman, tortionnaire du peuple yéménite.
Aujourd’hui, il poursuit cette politique en invitant le roi Mohamed VI à faire de même. Le chef de l’État marocain se couvre donc de ridicule en rétablissant ses liens avec Israël. Il réussit le tour de force de cracher à la fois au visage du peuple palestinien et au visage du peuple sahraoui.
Le dernier espoir de voir cette situation changer réside dans l’équipe de Joe Biden, qui ne doit pas entériner cette ultime violation du droit international par Donald Trump.
Le Président élu doit réagir fermement à cette proposition et revenir en arrière. Il n’est pas possible qu’un membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations-Unies valide une théorie marocaine en violation avec le droit international.
J’appelle donc la France et tous les États membres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies de se réunir en urgence pour demander des explications à l’Ambassadeur des États-Unis à l’ONU et à mettre fin à cette injustice en exigeant du Maroc qu’il respecte le droit international et mette en place en urgence un référendum d’autodétermination pour le peuple sahraoui, dernier peuple colonisé d’Afrique.
D’abord, nous ne pourrons pas nous adresser au ministre Le Maire pourtant en charge de l’Economie et de la relance, il en été de même pour le ministre Véran sur le PLFSS. Les gestes barrière sont importants mais quand même… ». Finalement, on ne propose plus au Parlement de s’exprimer, mais de participer. Merci à M. le ministre Dussopt pour sa participation et son comportement politique, même si je regrette la présomption d’avis défavorable sur nos amendements.
Ce budget est davantage celui d’un fidèle serviteur de l’accumulation du capital que d’un État souverain où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.
Mes chers collègues, je me permets simplement de vous le rappeler en toute solennité : le bon sens voudrait que nous ne répondions pas à une crise qui accroît drastiquement nos dépenses par d’autres dépenses.
Notre groupe CRCE, n’a eu de cesse de vous proposer des nouvelles ressources fondées sur l’équité fiscale afin d’entraver l’accroissement des inégalités que la crise sanitaire continue de renforcer.
Et alors que nous avons débuté les débats autour de ce budget il y a maintenant plus d’un mois, nous avons beau chercher, nous ne trouvons pas :
Nous ne trouvons pas vos propositions visant à rétablir l’équité fiscale entre les petites et les grandes entreprises ;
Nous ne trouvons pas non plus vos mesures garantissant l’égalité entre les commerces de proximité et les géants du commerce en ligne qui se sont largement enrichis pendant la crise ;
Nous vous avons bien proposé une meilleure progressivité de l’impôt sur les sociétés avec à la clé une baisse d’imposition pour les petites entreprises, une contribution pour les géants du numérique, un accroissement de la taxe sur les marchés financiers et sur les versements de dividendes. Mais vous n’en voulez pas ! AUCUNE taxe, AUCUN nouvel impôt !
Il n’y a pas « d’argent magique », mais des décisions magiques, il n’en y a pas non plus. Non, le véritable problème est moins l’argent que sa redistribution. Trop souvent vous pensez aux réductions d’impôts. Crédits d’impôts par-ci ! Crédits d’impôts par-là ! Mais supprimer tous les impôts aux entreprises que diable !
Ça ne marche pas. Tout le monde le sait. Mais on continue ! Arrêtons de vouloir installer le pays dans le cercle infernal de la relance par la dette, et de la dette pour la relance !
Entre la majorité à l’Assemblée nationale et celle du Sénat, il y a certes des différences mais il y a un point commun : rester à l’intérieur de l’économie telle qu’elle est, c’est-à-dire du capitalisme qu’on évoque sous son nom d’emprunt « économie de marché ».
Et que dire des collectivités, ces grandes perdantes ? La réduction des impôts dits de production, suite logique des cadeaux faits aux grandes entreprises sur le dos des budgets locaux, produira des effets de bord renforçant son injustice. Les collectivités ne sont pas traitées à égalité face aux conséquences de la crise, et surtout ne sont pas assez soutenues.
Nous avions bien fait des propositions, qui permettaient de réellement les soutenir au regard des milliards de pertes engendrées par la baisse de leurs recettes et la hausse de leurs dépenses. Mais la majorité a préféré les décortiquer, révélant ainsi des contradictions, voir des antagonismes entre les beaux mots et les actes.
Le choix est clair et assumé : entre le levier d’action publique à la légitimité démocratique, l’expérience locale, on préfère les logiques du marché privé. Fabriquer des clients/consommateurs et non pas des usagers/citoyens.
Le Général De Gaulle, qui est souvent cité, nous rappelle ce qu’est un véritable plan : « Il embrasse l’ensemble, fixe les objectifs, établit une hiérarchie des urgences et des importances, introduit parmi les responsables et même dans l’esprit public le sens de ce qui est global, ordonné et continu, compense l’inconvénient de la liberté sans en perdre l’avantage ».
Mes chers collègues, ce n’est pas un plan que vous allez voter : où sont les véritables objectifs ? Quelle est la priorité ? 7 milliards pour l’énergie en voie de nouvelle marchandisation, contre 800 millions pour les plus pauvres. C’est « se mettre une balle dans le pied » d’acter que le développement durable soit mieux doté que la lutte contre la pauvreté. Une aide de 150 euros pour les allocataires des minimas sociaux, une fois, sur un mois, ni plus ni moins.
Nous avions pourtant proposé de baisser la TVA sur les biens de première nécessité pour contrer cette pauvreté galopante, mais vous vous êtes caché derrière la fatalité de l’« harmonisation européenne » : comme si nous n’en faisions pas partie, de l’Europe !
Mes chers collègues, ce budget manque cruellement de vision, d’espoir et de créativité. Ce gouvernement promettait un nouveau monde, nous récoltons finalement les mêmes recettes, inlassablement. L’Institut des politiques publiques confirme d’ailleurs que dans votre budget, je cite « les entreprises qui ont le plus pâti de la crise ne bénéficieront pas particulièrement du plan de relance ».
Une crise sanitaire ? Vite, baissons les impôts des entreprises de 10 milliards ! Sur les 10 prochaines années, 100 milliards échapperont à l’État pour financer la santé, les transports en commun, une politique sociale ambitieuse, les projets des collectivités…A croire que notre pays est devenu un régime de faveur, ou seuls ceux qui participent au capital productif méritent des droits.
Vous refusez de constater que ce plan constitue une : « confiance aveugle dans les politiques structurelles et de l’offre (…) une sorte de suicide » (IPP).
La relance n’existera pas mes chers collègues, tant que la diminution de l’investissement public, qui s’est effondré de 26 % au premier semestre, ne sera pas compensé. Si les finances des collectivités sont en bernes, la relance de la croissance le sera aussi.
J’avais abordé en introduction de ce budget la nécessité d’ouvrir des perspectives, de donner un horizon du fait de cette situation difficile pour notre économie mais surtout pour les gens. Pourtant, vous vous entêtez dans une politique de l’offre aussi injuste qu’inefficace car non ciblée sur les vrais perdants de cette crise.
Les françaises et les français, en contrepartie de la dette, ont le droit à un chantage aux réformes dites structurelles : réforme des retraites, baisse des dépenses et des services publics, réforme de l’assurance chômage. Ce plan ne relance rien, il signifie une politique sans partage des pouvoirs et des richesses, autoritaire et régressif.
Nous sommes convaincus que ce budget n’est pas un budget de crise face à la crise ! Il vient une fois de plus déléguer la souveraineté de l’État à la technoscience et au marché. Nous nous y opposons donc.
Une explication simple aux violences policières consiste à affirmer que le corps policier est par essence violent ou a contrario à affirmer que le corps policier n’est pas violent, qu’il y a des individualités douteuses. En tant que syndicaliste policier, je pense que ces violences s’expliquent par la superposition au fil du temps d’une multiplicité d’erreurs. Analyse des perspectives de restructurations qui pourraient aider la police à remettre du lien entre elle et la population.
Pour les journalistes comme pour les politiques, une explication simple, voire simpliste, consiste à affirmer que le corps policier est par essence violent ou a contrario à affirmer que le corps policier n’est pas violent, qu’il y a des individualités douteuses (brebis galeuses, etc.). Et tout le monde de s’entendre sur le fait que le corps est ainsi atteint de façon systémique, ce qui est bien pratique mais ne veut rien dire puisque ce néologisme, faute de définition, ne nous permet pas distinguer si c’est le système qui engendre la pathologie ou la pathologie qui abîme le système.
Ces actes de violence s’expliquent davantage à notre sens par la superposition au fil du temps d’une multiplicité d’erreurs et d’évolutions sociologiques génératrices de conséquences sociales et psychologiques considérables.
Nous retiendrons essentiellement ici les problèmes engendrés par une formation désuète et inadaptée, induisant des comportements autoritaires, par l’application d’une réforme dite « corps et carrières » qui a encore aggravé la segmentation d’une institution dont les divers corps ne communiquent plus, ainsi que l’évolution d’un État dont la légitimité, et donc la légitimité de son expression, la loi, est en lambeaux.
À la différence des pays du nord de l’Europe1, la formation des policiers français est axée sur la connaissance de la loi et son application. Les plus anciens s’entendaient répéter sur ce point que « sur la voie publique, c’est vous le chef » et, aujourd’hui encore, on s’inspire des vieux gardes-champêtres qui portaient une plaque gravée « LA LOI » pour qu’en toute circonstance « force reste à la loi ». La légitimité de l’emploi de la force est dès lors présumée puisque s’inscrivant dans le cadre de la loi.
Là où le policier danois, par exemple, cherche à comprendre une situation et à y répondre dans une relation bivoque de façon adaptée, le policier français est entraîné à rechercher par tous moyens l’application de la loi.
Cela provoque donc nécessairement une relation asymétrique, un face-à-face déséquilibré au cours duquel l’un dispose de l’autorité, et l’autre... de rien du tout. Il faut donc supposer, pour que tout se passe bien dans le cas français, l’existence d’une confiance absolue de la population dans l’institution policière, ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas.
Les erreurs des différents gouvernements successifs et la volonté des ministres de l’Intérieur de couper la police2 de la population pour mieux la contrôler, associées à un usage uniquement politique de la production de la loi ont fini par ôter toute légitimité à l’action de l’État et à la portée de la loi, la police étant ressentie dès lors non plus comme gardienne de la paix sociale, protectrice des populations, mais comme le bras armé d’un État contesté. Dans le face-à-face évoqué ci-dessus, le ton ne peut que monter, et la violence (contenue ou pas) de part et d’autre de grandir.
Par exemple, les opérations de maintien de l’ordre ne sont plus considérées ni d’un côté ni de l’autre comme destinées à la protection des manifestants et à la chasse des seuls perturbateurs, mais comme la réaction d’un État aux abois cherchant à réduire un adversaire politique. La police (ou la gendarmerie) devient le bras armé de l’État. Cela n’est pas sans évoquer le ressenti des populations des « zones sensibles » qui s’en prennent à tout ce qui évoque la seule idée d’État.
C’est là un des nœuds psychologiques de ces dérapages. Il n’y a plus de manifestants, il y a un ennemi du régime qu’il faut réduire. Il n’y a plus de policiers, il y a des protecteurs d’un État oppressif qu’il faut affronter.
L’affrontement est dès lors inévitable. Interviennent ensuite les comportements individuels et le substrat professionnel. Ces affrontements sont statistiquement générateurs de comportements qui non seulement provoquent des dégâts mais aussi renforcent le processus, comme le cyclone se renforce de sa propre chaleur.
Car, à l’intérieur même de l’institution, bien des choses ont changé. Dans l’apparence d’abord, en militarisant de façon assez grotesque la police, mais aussi par la mise en place de corps qui ne communiquent plus (réformes Pasqua des corps et carrières, 1995).
On oublie souvent que le premier corps, celui qui dirige tout en réalité, le vrai corps de direction, c’est celui des préfets, qui depuis la réforme de l’État des années 2000 dirige la police « en direct ». Le corps dit de conception se voit, en ce qui le concerne, réduit à une activité de gestion. Celui dit de commandement est de plus en plus éloigné du terrain et en fait ne commande plus grand-chose. Le corps agissant reste donc celui des exécutants et de leur « maîtrise », le corps des gardiens de la paix et des gradés.
Cette articulation très imparfaite engendre une véritable névrose structurelle : le gardien de la paix se trouve au bout d’une chaîne dont il ignore tout, à laquelle il ne participe pas, mais qui lui impose d’intervenir tel que l’a demandé le Préfet, d’obtenir le résultat demandé, mais sans prendre d’initiative, le tout sous risque de sanctions plus ou moins formulées.
Les formations spécialisées dans le maintien de l’ordre rencontrent moins de difficultés. Leur compétence, bien sûr, leur assure une meilleure sécurité, mais le fait que leur encadrement soit systématiquement plus proche et présent sur place permet de prendre ainsi les décisions imposées par une évolution inattendue de la situation, quitte à court-circuiter le Préfet.
Plus ou moins livrées à elles-mêmes, désorientées face à une activité qui ne leur est pas familière, les unités détachées de leurs tâches naturelles (BAC, etc.) se sont quant à elles rapidement trouvées dépassées et rapidement tentées de répondre à des situations tendues par des ripostes exagérément violentes.
L’empilement de toutes ces circonstances entraîne, dans le contexte d’une évolution sociologique du recrutement, l’apparition de comportements individualistes.
Il y a toujours eu des policiers violents, ou racistes, dans l’institution. Mais ils avaient tendance à se regrouper dans des structures souvent formelles (FPIP, FANE…).
Les policiers violents par nature se découvraient en général très vite, et l’institution prenait les mesures adaptées.
Leurs actions individuelles étaient circonscrites dans le silence des services empreints d’un esprit de corps, esprit qui protégeait l’institution, et donc le collègue. Mais lorsqu’il s’agissait de faits considérés comme « attentatoire à l’honneur », l’esprit de corps s’effaçait alors devant celui de probité et de justice.
Aujourd’hui, chacun est dans sa bulle. L’esprit de corps a cédé le pas à un esprit introverti, sans être introspectif. Ainsi, même si on a la connaissance des potentialités de dérapages, voire de comportements déviants dans la brigade, le principe est devenu de ne rien voir tout en participant à l’activité générale et d’en refouler la contradiction.
C’est la définition même d’une névrose qui ultérieurement pourrait s’exprimer par la seule violence.
C’est un principe d’isolement personnel au sein d’un isolement professionnel, d’omerta implicitement imposée.
On pourrait réfléchir à l’incidence de cette situation sur l’augmentation du taux de suicides dans la police.
Cela étant, il ne convient pas de généraliser cette situation à tous les fonctionnaires de police. Si quelques-uns succombent, peut-être les fameuses brebis galeuses dénoncées par les médias, beaucoup résistent.
Cette superposition d’erreurs colossales, mais politiquement voulue, est génératrice de multiples pathologies.
C’est le paradigme policier dans son ensemble qu’il faut modifier, et une restructuration complète de l’institution s’impose.
Elle concerne de nombreux domaines. Voici quelques axes de recherche :
Ramener la loi à son rôle, et calmer un flot législatif continu aussi approximatif que préjudiciable3.
Réintégrer la police dans le corps social par une réorganisation totale, y compris en matière de formation.
Réaffirmer la mission de la police. Hors du contrôle politique, assurer la sécurité de chacun en veillant à l’observation par tous des principes républicains, universellement reconnus, qui seuls permettent le développement d’une société harmonieuse.
Cette liste n’est pas exhaustive bien sûr. Mais s’y pencher serait déjà un beau début !
Anthony Caillé, Policier, syndicaliste CGT.
1 Voir Sebastian Roché, de la police en démocratie, éd. Grasset.
2 On exceptera l’expérience de la police de proximité (1998-2003) qui a vu diminué le nombre de violences.
3 On voit à cet égard les dégâts causés par la loi (très discutable sur le fond, mais aussi opportuniste et mal rédigée) sur la prise d’images de fonctionnaires de police en action.
C’était l’un des événements forts prévus pour ce centenaire. En lien avec les Archives départementales de la Seine-Saint-Denis où elles sont déposées aux côtés du kilomètre (!) d’archives papier du Parti communiste, une centaine d’affiches originales devaient quitter leur lieu de conservation pour retrouver pour la première fois la lumière et, après bien des années de sommeil, rencontrer de nouveaux regards sur les murs de l’espace Niemeyer
Prévue au printemps, l’exposition avait été reportée à l’automne, puis à l’hiver et puis… il a bien fallu commencer à en faire le deuil. C’était sans compter sur la détermination de la nouvelle directrice de la fondation Gabriel-Péri – à l’origine de cette exposition –, Louise Gaxie.
Décision fut ainsi prise de réveiller les belles endormies et de les accrocher aux murs du siège national du PCF, bien que celui-ci soit fermé au public. À quelles fins ? Réaliser un film et une série de petites vidéos présentant au format numérique cette traversée d’un siècle en images et mots d’ordre. Avec le concours de Nicolas Bertrand et de ses équipes, le tournage a eu lieu ces derniers jours. Vous pourrez découvrir le résultat très prochainement sur le site de la fondation Gabriel-Péri et les réseaux sociaux. Mais comme un support ne chasse jamais vraiment les autres, vous pouvez aussi admirer ces affiches dans le catalogue que les éditions Helvétius ont réalisé : Cent ans d’histoire de France et du PCF sur les murs (en vente en librairie, sur le site de l’éditeur mais aussi via la boutique du centenaire. Renseignements : centenaire@pcf.fr).
Cent affiches, ça peut sembler beaucoup, mais la sélection n’en a pas moins relevé du casse-tête car ce sont plus de 4 000 affiches qui sont présentes dans les réserves des archives. Combien d’autres affiches auraient mérité de retrouver la lumière. Il y aurait assurément matière à faire deux, trois, dix expositions ! Encore pourrait-on ajouter toutes les affiches présentes place du Colonel-Fabien dans les archives du PCF et qui attendent inventaire ; toutes celles qui dorment dans les archives de la surveillance policière ; les centaines d’affiches de la JC qui appartiennent au fonds déposé à Bobigny.
Il y a mille entrées possibles quand on aborde ce continent d’affiches. L’histoire de l’art n’est pas la moins légitime car, de Grandjouan à Dugudus en passant par Fougeron, Picasso ou Grapus, les grands noms ne manquent pas. Élodie Lebeau, dans sa postface, ne manque pas de souligner cette richesse. C’est cependant le prisme historique qui a été privilégié pour proposer, en quelque sorte, une visite du siècle aux deux dimensions des affiches.
On y croise l’invasion de la Ruhr comme l’apartheid sud-africain, le soutien aux Rifains comme celui aux Vietnamiens, aux Algériens ou aux Palestiniens. On y découvre une formidable « Nadia, 40 ans, vendeuse au Printemps » qui refuse de travailler le dimanche en 1979. On y lit – est-ce Dieu possible alors que présidait aux destinées de la France la sainte figure accordéonesque de Chamalières ? – : « Avec Giscard, les prix grimpent. Les travailleurs paient, les milliardaires encaissent ». Il est aussi beaucoup question de démocratie : contre le fascisme dans les années 1930, contre la Ve République dans les années 1950, pour un statut démocratique de l’immigration dans les années 1970, contre Maastricht dans les années 1990 ou la déchéance de nationalité vingt ans plus tard. Mais n’entrons pas dans une liste qui serait nécessairement – très – incomplète et injuste.
Reste à découvrir cette exposition qui, pour n’être pas ouverte au public, est disponible sous la forme de catalogue, de version itinérante (une douzaine de panneaux) et, très prochainement, de vidéos et film. Vous pouvez également la retrouver les mardis et samedis à 18 h où elle sert souvent de décor pour le tournage des émissions du centenaire.
Guillaume Roubaud-Quashie, membre du CEN.
Pour les renseignements et commandes liées au centenaire, n’hésitez pas à vous rapprocher de la boutique du centenaire : centenaire@pcf.fr
Le débat qui s’annonce à l’occasion du projet de loi visant à renforcer les principes républicains, inscrit dans une manœuvre de précampagne présidentielle, s’annonce piégé. Il promet d’être le théâtre de toutes les outrances de la part d’une extrême droite et d’une droite extrême occupées depuis plus de deux décennies à dévoyer la laïcité, pour justifier des visées contraires aux valeurs de la République.
Partout dans le monde se développent des intégrismes, des mouvements politiques qui instrumentalisent des religions pour imposer leurs visions réactionnaires ou leurs visées totalitaires. Ces dernières années, notre peuple a subi les monstrueuses violences terroristes qui découlent des courants les plus radicaux. Ces réalités sont le témoignage d’un affrontement identitaire qui se développe sur le terreau d’une crise profonde que traverse l’humanité, marquée par les inégalités, les atteintes aux libertés, la marchandisation de tout, l’évanouissement du sens... Cette crise est le produit du capitalisme à ce stade de son évolution.
Face à cette menace, ce qu’il faut rendre toujours plus fort c’est la République et ses principes. La République ne doit surtout pas reculer, ni se renier face au danger. Elle doit s’appliquer à accomplir jusqu’au bout sa promesse d’égalité, de liberté, de fraternité. Pour cela, elle doit permettre dans toute la société que se lève un mouvement populaire conscient du danger et décidé à ne pas laisser faire.
Ce n’est pas dans une fuite en avant liberticide que peuvent se trouver les issues. Or, le projet de loi du gouvernement, dit de « renforcement des principes républicains », s’inscrit dans une séquence sinistre pour les libertés fondamentales : état d’urgence, sécurité globale, justice des mineurs... Il contient 54 articles traitant de sujets tellement divers qu’ils ne manquent pas de convoquer des associations d’idées et des amalgames qui devraient pourtant être combattus. L’habileté consiste à aborder des questions qui peuvent parfois légitimement préoccuper, mais en déployant une logique de contrainte qui, de fait, pointe du doigt les musulmans. Il peut y avoir dans les nombreux articles des dispositions nécessaires, comme la transparence financière des associations cultuelles. Mais on y trouve notamment la volonté de modifier le cadre de la vie associative et de l’action des collectivités locales en permettant un interventionnisme discrétionnaire de l’État sur l’invocation des valeurs de la République. Ce projet de loi, qui pourrait aboutir de fait à une modification d’ampleur de l’esprit de la loi fondatrice de 1905, apparaît confus, dangereux et à bien des égards contre-productif.
Nous voulons donner force à la République laïque. Nous combattons les courants politiques qui veulent entraîner le monde dans une prétendue guerre des civilisations. Nous refusons farouchement toute religion d’État et nous affirmons l’égalité des droits et la liberté de conscience dont découle la liberté de croire ou de ne pas croire et qui se conjugue avec la liberté d’expression. La laïcité n’est pas un outil d’exclusion et de discrimination. Dans ce monde qui fabrique des victimes désunies, nous voulons au contraire unir. Dans cette société aux multiples fractures, où l’on entend si souvent nier les discriminations et le racisme, nous voulons une République pour toutes et pour tous, une République en mouvement vers sa promesse encore tellement inaccomplie. Le Président de la République n’en prend pas le chemin. Sa politique est un renoncement permanent à lutter pour faire entrer pleinement dans la vie les principes qui nous rassemblent.
La République doit se donner les moyens humains nécessaires à lutter contre les offensives séditieuses et terroristes. Nous proposons de renforcer les moyens donnés à la mobilisation citoyenne autour d’une laïcité vivante. Nous appelons à un grand plan de lutte contre les discriminations. Nous proposons de développer une école de la République portant en actes le projet de permettre à chaque enfant l’épanouissement. Nous proposons le développement des services publics sur tout le territoire pour porter l’ambition de la République. Le nouvel acte fondateur que nous appelons de nos vœux pour une nouvelle République s’inscrit dans cette volonté laïque d’un refus de toutes les intimidations, de toutes les dominations, de toutes les discriminations et d’un désir profond de démocratie, de liberté, de partage. D’un monde en commun.
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Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.