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26 janvier 2021 2 26 /01 /janvier /2021 08:37
Agent orange : récit d'un crime de guerre américain au Vietnam jugé 55 ans plus tard en France (Lina Sankari, L'Humanité, 25 janvier 2021)
Agent orange : récit d'un crime de guerre américain au Vietnam jugé 55 ans plus tard en France
Lundi 25 Janvier 2021

Le procès historique de Tran To Nga, ancienne résistante vietnamienne, contre 19 entreprises, dont Dow Chemical et Bayer-Monsanto, entre aujourd’hui dans une nouvelle phase au tribunal d’Évry, en région parisienne.

 

Que signifie la liberté quand le corps, des millions de corps sont prisonniers de maux incurables sur plusieurs générations ? Comment envisager la reconstruction individuelle et collective quand un poison aux molécules de taille infinitésimale se fraie un chemin partout ? Le sol, les sédiments, les nappes phréatiques, jusqu’à contaminer la chaîne alimentaire. C’est l’histoire du Vietnam qui, de laboratoire de guerre, s’est mué en petite officine de l’horreur à la faveur d’un des plus grands crimes de l’histoire de l’humanité.

Face à des combattants vietnamiens insaisissables, le président John Fitzgerald Kennedy, séduit par l’idée de s’appuyer sur « l’inventivité » américaine pour sortir de l’enlisement, lance l’opération Ranch Hand (Ouvrier agricole) afin de déloger la guérilla et affamer la population qui soutient la résistance. Réquisitionnées par le gouvernement états-unien, les entreprises chimiques utilisent un procédé de fabrication rapide qui génère la présence de dioxine dans le produit fini. Aucune n’ignore alors qu’un ou deux microgrammes par tonne peuvent provoquer des mutations génétiques. Pourtant, de 1961 à 1971, au moins 84 millions de litres de défoliant sont épandus.

 

L’histoire de Tran To Nga et de plusieurs millions de vietnamiens

C’est également l’histoire de Tran To Nga, « fille du Mékong, du colonialisme et de la guerre », ancienne résistante viêt-cong, meurtrie dans sa chair, dont le procès contre 19 firmes chimiques ayant produit ou commercialisé la dioxine TCDD entrera, aujourd’hui au tribunal judiciaire d’Évry, dans une nouvelle phase avec le début des plaidoiries, six ans après le début de la procédure. «C’est un procès unique, historique, politique et pédagogique », insiste Tran To Nga, qui a été exposée à deux reprises à l’Agent orange.

Icon Quote À chaque maladie, j’ai une anomalie, une résistance aux médicaments. Les spécialistes ne se l’expliquent pas.  Tran To Nga

En 1966, intriguée par l’avion qui survole sa cache, la combattante inexpérimentée sort. « Le C-123 vole à basse altitude. De ses entrailles s’échappe une sorte de nuage blanc qui fait tache dans le bleu du ciel. Je contemple comme on regarderait un vol d’oiseaux migrateurs sans bouger. Et, tout à coup, une pluie gluante dégouline sur mes épaules, se plaque contre ma peau », décrit-elle dans sa biographie (1). À 79 ans, l’ancienne journaliste souffre d’un diabète de type 2, d’un système immunitaire défaillant, de maux de tête, d’un cancer du sein et de nodules sous-cutanés. Sa première fille, née en 1968, a la peau qui part en lambeaux quelques jours après la naissance, et meurt de la tétralogie de Fallot à 17 mois.

Ses deux autres enfants souffrent respectivement d’alpha-thalassémie, une maladie du sang, et de chloracné, qui affecte la peau. « À chaque maladie, j’ai une anomalie, une résistance aux médicaments. Les spécialistes ne se l’expliquent pas.  » Au Vietnam, 4,8 millions d’habitants ont été directement exposés à l’Agent orange et plus de 3 millions en subissent encore les conséquences, selon l’Association vietnamienne des victimes de l’Agent orange-dioxine (Vava). « Les victimes de l’Agent orange sont les plus misérables parmi les misérables. Il faut que justice soit faite. Ils ne réclament que la dignité », poursuit Tran To Nga.

Icon Quote La complexité tient au fait que l’ensemble des sociétés sont aux États-Unis, où le droit diffère.  Amélie Lefebvre, avocate de Tran To Nga

Lever le voile sur l’origine des pathologies développées par les Vietnamiens 

Cette action en justice est souvent comparée au combat de David contre Goliath. Et pour cause, elle se révèle extrêmement coûteuse puisque la trentaine d’avocats des multinationales, dont Dow Chemical et Bayer-Monsanto, ont déployé tous les stratagèmes pour ralentir le déroulement du procès et épuiser Tran To Nga. Ils disposent de la force de frappe nécessaire : il y a quelques années, le chiffre d’affaires de Dow Chemical dépassait allègrement le PIB du Vietnam. « La complexité tient au fait que l’ensemble des sociétés sont aux États-Unis, où le droit diffère. Nous avons dû faire traduire l’ensemble des documents par des traducteurs assermentés pour que les actes soient réguliers », précise Amélie Lefebvre, l’une des avocates de Tran To Nga, au nom du cabinet Bourdon & Associés qui demande le versement d’une indemnité pour les dommages corporels et moraux. 

L’enjeu est de faire reconnaître par une juridiction française le lien entre l’ exposition aux produits phytosanitaires dont a fait usage l’armée américaine et l’ensemble des pathologies développées par les Vietnamiens. Si c’était le cas, les millions de victimes pourraient prétendre à des indemnités pour des soins extrêmement lourds et onéreux. « Nous attendons beaucoup de ce procès au Vietnam », confirme Truong Pham, responsable de la communication à Vava.

Un dossier classé secret pendant trente-cinq ans aux États-Unis

Selon des chercheurs du département de biologie de l’université de Washington, la dioxine TCDD peut favoriser « l’héritage épigénétique transgénérationnel de la maladie et les épimutations de méthylation de l’ADN dans le sperme ». Après avoir nié l’existence d’un rapport sur les pathologies graves développées par l’exposition à l’Agent orange, classé secret pendant trente-cinq ans, l’administration américaine impute désormais à l’Agent orange dix-sept pathologies, dont plusieurs cancers, ainsi qu’une vingtaine de malformations congénitales. Le procès de Tran To Nga est d’autant plus crucial que, pour l’heure, toutes les démarches des victimes vietnamiennes auprès de la justice américaine ont été déboutées. L’Oncle Sam n’a consenti qu’à 180 millions de dollars de dédommagement pour ses propres vétérans et à l’amiable afin de ne pas créer de précédent juridique.

150 000
C’est le nombre d’enfants handicapés plus de quarante ans après la guerre.

Car le cynisme va jusque-là. Fin 2017, les Américains ont achevé les travaux de décontamination de l’aéroport de Da Nang, initiés cinq ans plus tôt pour un budget officiel de 43 millions de dollars. L’ancienne base figurait parmi les vingt-huit « points chauds ». Seuls les hectares où étaient entreposés les stocks ont été décontaminés. Aucun bilan chimique n’a été dressé. En revanche, la dépollution génère bien des profits. Concernant l’aéroport de Biên Hoà, « le volume des terres imprégnées par les produits toxiques est cinq fois supérieur à celui de Da Nang. Le coût est estimé à 500 millions de dollars pour dix années de travaux », souligne Nguyên Van Rinh, président de Vava. Les travaux ont ainsi prioritairement été entrepris là où les Américains pourraient revenir. « Da Nang étant le seul port en eaux profondes du Vietnam où les bâtiments de l’US Navy pourraient s’ancrer durablement », précise l’écrivain André Bouny (2), qui a convaincu Tran To Nga d’engager cette procédure.

Les victimes servent aujourd’hui les projets géostratégiques

C’est le cas le 5 mars 2018, lorsque le porte-avions américain USS Carl Vinson mouille au large de Da Nang. Le lendemain, des marines se rendent dans le centre de protection des victimes du district de Hoa Vang. Étrange spectacle que celui de ces soldats américains contemplant l’œuvre criminelle de leurs aînés. Les victimes de l’Agent orange servent aujourd’hui les projets géostratégiques d’endiguement de la Chine dans un contexte de rivalité sino-vietnamienne sur les îles Paracels (Hoang Sa) et Spratleys (Truong Sa). « Il est difficile d’exiger de l’ancien ennemi le dédommagement des victimes de l’Agent orange, alors qu’il se pose en protecteur face à la puissance Chine voisine », abonde André Bouny. Dans les bagages américains également, des associations peu scrupuleuses telles que Living Water Initiative, une organisation évangélique qui, sous couvert d’aide alimentaire ou de projets d’éducation, voit dans l’assistance un moyen de poursuivre sa mission religieuse en Asie. Dans ce grand jeu, Tran To Nga a coutume de dire : « Je ne suis qu’une petite poussière. » Une petite poussière aujourd’hui à même d’enrayer la machine à broyer les corps et à poursuivre la guerre par d’autres moyens.

(1) Ma Terre empoisonnée, Stock, 2016. (2) Agent Orange : apocalypse Viêt Nam, éditions Demi-Lune, 2010.

Les firmes « ont fourni le produit en connaissance de cause ». Dans la lignée du Tribunal Russell sur les crimes américains au Vietnam de 1966, Paris a accueilli, en 2009, le Tribunal international d’opinion sur la responsabilité des États-Unis dans l’épandage d’agent orange sur le Vietnam. Il a conclu à la « responsabilité solidaire des États-Unis comme ayant commis l’épandage mais aussi des sociétés qui ont fourni le produit en connaissance de cause », résume Roland Weyl, président de l’Association internationale des juristes démocrates. Alors que les firmes avaient connaissance des dommages causés par le produit, la poursuite de la production à fort taux de dioxine et son usage par l’armée américaine constituent « un crime de guerre ». Le jugement porte également sur la mise en place d’une commission, financée par les responsables, recensant l’étendue des dommages et l’indemnité provisionnelle minimale à verser aux victimes

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26 janvier 2021 2 26 /01 /janvier /2021 07:49
Grève et mobilisation du 26 janvier dans l'éducation: de la maternelle à l'université: pas de génération sacrifiée! (PCF)
Grève et mobilisation du 26 janvier dans l'éducation: de la maternelle à l'université: pas de génération sacrifiée! (PCF)
Grève et mobilisation du 26 janvier dans l'éducation: de la maternelle à l'université: pas de génération sacrifiée! (PCF)
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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 17:08
Éducation. Les choyés prennent le pavé contre maître Blanquer (L'Humanité, 23 janvier 2021)
Éducation. Les « choyés » prennent le pavé contre maître Blanquer
Samedi 23 Janvier 2021 - L'Humanité

L’appel à la grève du 26 janvier réunit toutes les catégories, toutes les professions du secteur. Car aucune n’est épargnée par la politique menée depuis 2017, qui fait craindre une remise en cause du service public.

Le ministre Blanquer nettoie tout dans l’éducation nationale, de la maternelle à l’université, des surveillants aux enseignants-chercheurs, des infirmières aux lycéens, des étudiants aux psychologues, des programmes aux examens, de la formation aux évaluations… On le voit à la diversité de celles et ceux qui s’apprêtent à se mobiliser le 26 janvier, pour répondre à l’appel d’une large intersyndicale (CGT, FO, FSU, SNCL et SUD pour les enseignants, parfois encore plus large pour d’autres métiers) « pour le service public d’éducation ».

« On l’a vu sur le terrain au moment du remaniement », nous confie Guislaine David, porte-parole du Snuipp-FSU (syndicat des enseignants du primaire) : « Tout le monde espérait que Blanquer parte ! On a atteint un niveau jamais vu de discrédit, de rejet de sa personne et de sa politique. » Pour les profs, parmi les plus mal payés en Europe, cela commence par une « revalorisation historique » promise pour tenter de faire passer la pilule de la réforme des retraites. Et qui a finalement abouti, cette année, à 400 millions d’euros, distribués à 1,2 million de professionnels sous forme de primes « qui concerneront seulement 30 % des enseignants », rappelle Guislaine David.

1 900 postes supprimés à la rentrée

C’est aussi une profession qui se sent attaquée par « l’autoritarisme, la répression qui s’est abattue sur ceux qui ont protesté contre la réforme du bac », dénonce Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU (collèges et lycées). Des professionnels qui se sentent dévalorisés par les injonctions, les petits guides qui prétendent leur imposer des pratiques qu’ils réprouvent… Et des conditions de travail qui se dégradent encore : Frédérique Rolet rappelle les « près de 1 900 postes supprimés à la rentrée prochaine dans le secondaire, alors que les effectifs des élèves augmentent » et qu’il va falloir, en plus, gérer les conséquences éducatives de la crise sanitaire.

Dans l’enseignement supérieur, la LPR (loi de programmation de la recherche) a été adoptée malgré l’opposition d’une écrasante majorité des chercheurs, et l’actualité a mis au grand jour la situation dramatique des étudiants. Il ne faut pas s’étonner qu’une intersyndicale ne regroupant pas moins de seize organisations appelle à la grève le 26 janvier, en exigeant un plan de recrutement d’urgence de 65 000 enseignants-chercheurs titulaires sur dix ans. Les lycées professionnels, eux, contestent une réforme qui appauvrit les enseignements dispensés à leurs élèves et bouche leur avenir. Jusqu’aux infirmières scolaires, à qui on promet une décentralisation qui saboterait leur mission de suivi de la santé des élèves dans les établissements…

« La crise sanitaire a agi comme un révélateur, y compris auprès de l’opinion publique et des parents », juge Guislaine David : « Ils ont vu ce que c’est que notre métier. Et une enquête de notre fédération révèle qu’ils font plus confiance aux enseignants qu’au ministre. » Sa collègue du Snes complète : « Oui, le service public d’éducation est menacé. On voit de plus en plus de formes de privatisation, de marchandisation, d’interventions d’officines privées. Cela traduit la vision d’un système très élitiste, comme le montre l’abandon de l’éducation prioritaire. Chacun fera ce qu’il voudra dans sa région, on affaiblit tout cadrage national. Certes, celui-ci ne suffit pas à garantir l’égalité, mais quand il n’y en a pas, c’est encore pire ! » Bien assez de raisons pour qu’aucun couvre-feu ne suffise à éteindre le feu de la colère.

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 17:04
Immigration. L’État français viole de plus en plus régulièrement les droits des étrangers (L'Humanité, 23 janvier 2021)
Immigration. L’État français viole de plus en plus régulièrement les droits des étrangers 
Samedi 23 Janvier 2021- L'Humanité

L’expulsion imminente d’un père de famille géorgien vivant à Sarcelles, dans le Val-d'Oise, vient s’ajouter à une accumulation d’atteintes aux droits constatée par les associations.​​​​​​​

 

La FCPE, les enseignants du collège Victor-Hugo, à Sarcelles (Val-d'Oise), et le Réseau éducation sans frontières 95 (RESF) appellent à une opération « collège mort », ce lundi 25 janvier. L’action, qui devrait se poursuivre par un rassemblement devant la sous-préfecture de Bobigny (Seine-Saint-Denis), en début d’après-midi, est organisée pour protester contre les menaces qui pèsent contre le père de deux enfants scolarisés dans l’établissement : Daviti Apkhazishivili, 41 ans, également père de trois autres enfants scolarisés à l’école primaire de Persan. Débouté du droit d’asile, il a passé Noël au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot. Une tentative d’exécution de son obligation de quitter le territoire (OQTF) a eu lieu le 14 janvier, mais les passagers du vol qui devait reconduire le père de famille en Géorgie ont empêché son décollage. Les soutiens de Daviti Apkhazishivili craignent qu’il soit éloigné du territoire dans les prochains jours. Il laisserait derrière lui 5 enfants et sa compagne. En outre, son OQTF stipule qu’il serait alors interdit de revenir en France pendant un an. La préfecture considérant que cette décision « ne porte pas une atteinte disproportionnée aux droits de l’intéressé au regard de sa vie privée et familiale » et « qu’il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France ».

Logique hyper-répressive

Le déni d’existence de la famille de ce ressortissant géorgien par les autorités fait tristement écho à l’histoire de cette autre famille d’exilés secourue, le 16 janvier, en pleine montagne. Dans les Hautes-Alpes, elle avait été conduite, en présence d’un nourrisson de quelques jours et de son frère d’à peine un an, au poste de la Police aux frontières (PAF) de Montgenèvres, plutôt qu’à l’hôpital. « Une nouvelle escalade du gouvernement français dans le mépris des droits fondamentaux et la mise en danger des personnes exilées », ont réagi les associations locales.

Ce mépris du droit en vue de l’application d’une logique hyper-répressive à l’égard des étrangers s’est également traduit cette semaine par l’organisation d’un vol vers Khartoum afin d’y reconduire un homme en situation irrégulière, alors que le tribunal administratif de Lille avait annulé, à deux reprises, l’arrêté fixant le pays de destination de son expulsion, reconnaissant que sa vie serait en grave danger au Soudan.

Le nombre de visas délivrés par la France a chuté de 79,7 %

« La Cimade a constaté la persistance, et parfois l’aggravation, des violations des droits fondamentaux des personnes étrangères en 2020 », a déclaré l’association, en fin de semaine, à l’occasion de la publication par l’exécutif des chiffres de l’immigration de l’année 2020. Des données qui révèlent, d’ailleurs, une diminution de 79,7 % du nombre de visas délivrés par la France, un nombre de premiers titres de séjour également en baisse de 20,5 % et celui des demandes d’asile enregistrées de 35 %. Et la Cimade d’ajouter : « Nous revendiquons l’arrêt de cette politique d’enfermement et d’expulsion et appelons le gouvernement à la fermeture des centres de rétention administrative, la refonte profonde des politiques migratoires et la régularisation large des personnes étrangères présentes en France. »

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 16:15
En plein boom de la pauvreté, les ultrariches empochent 479 milliards d'euros, selon Oxfam (L'Humanité, Lundi 25 Janvier 2021, Loan Nguyen)
En plein boom de la pauvreté, les ultrariches empochent 479 milliards d'euros, selon Oxfam
Lundi 25 Janvier 2021

114,3 milliards pour Elon Musk, 69,3 pour Jeff Bezos... Dans un rapport publié ce lundi, l'ONG révèle que la pandémie a largement profité aux grosses fortunes mondiales. Alors que des centaines de millions de personnes vivent avec moins de 4,90 euros par jour, l'association avance des propositions pour tenter d'enrayer cette dynamique inégalitaire.

 

Plusieurs études, cet automne, l’avaient déjà souligné, Oxfam enfonce le clou avec son dernier rapport : la crise sanitaire du Covid-19 a bel et bien profité aux multimilliardaires. « Les dix hommes les plus riches du monde – dont fait partie le Français Bernard Arnault – ont vu leur fortune totale augmenter de 540 milliards de dollars (479 milliards d’euros) depuis le début de la pandémie », pointe l’organisation internationale, qui lutte pour la réduction des inégalités.

Dans le même temps, « entre 200 millions et 500 millions de personnes supplémentaires pourraient avoir basculé dans la pauvreté en 2020 », estime l’étude, précisant qu’il faudra « plus d’une décennie avant que le taux de pauvreté ne retrouve son niveau d’avant la crise ».

« Le soutien des banques centrales ont eu un effet de levier »

Un décalage d’autant plus impressionnant que les 1 000 plus grandes fortunes avaient, dans un premier temps, subi 30 % de pertes entre février et mars 2020. Un décrochage de courte durée puisque, neuf mois après, ces milliardaires avaient déjà reconstitué leur patrimoine d’avant la crise, avant de voir leur magot s’étoffer ces derniers mois. Pour Oxfam, ce phénomène s’explique notamment par le « soutien sans précédent des gouvernements pour leur économie ». « Mais c’est principalement le soutien des banques centrales – avec leur politique de rachats d’actions massifs pour éviter que les cours ne dévissent – qui ont eu un effet de levier », précise Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France.

Parmi ces ultrariches, certains ont directement profité de la crise sanitaire. C’est le cas de Jeff Bezos, PDG d’Amazon, qui a vu sa fortune augmenter de 69,3 milliards d’euros au cours de l’année 2020 à la faveur des confinements et des fermetures de commerces. L’extravagant milliardaire de la tech et dirigeant de Tesla, Elon Musk, a engrangé une hausse de 114,3 miliards d’euros. Moins connu que son compatriote Jack Ma mais plus riche que celui-ci, le milliardaire chinois Zhong Shanshan a connu une ascension fulgurante parmi les plus riches de la planète (+ 67,9 milliards d’euros). Pour cause : l’une de ses entreprises, Beijing Wantai, produit des tests Covid et développe un vaccin contre le Covid-19. À l’autre extrémité, les centaines de millions de personnes qui auraient basculé dans la pauvreté (moins de 4,90 euros par jour) se situeraient pour plus des deux tiers en Asie du Sud, en Asie de l’Est et dans la région Pacifique. « La majorité travaillent dans les secteurs informels (activités hors de la législation). Elles sont exclues du régime de protection sociale, des programmes d’aide sociale et de l’accès au crédit », explique Oxfam.

Même à l’intérieur des nations les plus riches, les inégalités se sont accrues. « Alors que les milliardaires français ont connu la troisième progression la plus forte – 175 milliards d’euros, soit deux fois le budget de l’hôpital public –, on est passé de 5,5 millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire à plus de 8 millions en septembre en France », affirme Quentin ­Parrinello. Notre champion national en la matière, le patron de LVMH, incarne parfaitement ce phénomène.

La fortune de Bernard Arnault a bondi de 41 %

« Sur l’ensemble de l’année 2020, malgré la crise, la fortune de Bernard Arnault a augmenté de 44 milliards d’euros, soit un bond de 41 %. Après le pic de la crise, sa fortune a doublé entre mars et décembre », souligne Oxfam dans une note consacrée à la situation française. Dans le même temps, « le nombre d’allocataires du revenu de solidarité active a fortement augmenté depuis le début de la crise sanitaire (+ 150 000), pour atteindre 2,1 millions en octobre 2020, soit une augmentation de 8,5 % par rapport à octobre 2019 », rappelle ce document.

L’association avance une série de propositions pour tenter d’enrayer cette dynamique : « Investir massivement dans les services publics pour assurer les besoins de base ; revaloriser les minima sociaux et les bas salaires, à commencer par le secteur du soin ; faire en sorte que les plus riches et les grandes entreprises payent leur juste part d’impôts ; mettre en place des contreparties sociales et écologiques contraignantes pour les grandes entreprises. »

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24 janvier 2021 7 24 /01 /janvier /2021 08:14
Denis Oztorun : « Faire de 2021 l’année des nouvelles solidarités »
Vendredi 22 Janvier 2021

Les 18 000 habitants de Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne) auront ce dimanche un nouveau maire, après la décision de l’actuel édile communiste Patrick Douet, élu depuis 2004, de passer la main pour raisons de santé. C’est son premier adjoint Denis Oztorun (PCF) qui reprendra le flambeau. Pour l’Humanité, il détaille les priorités de son action pour la ville.

 
Vous serez élu dimanche maire, dans la continuité de l’équipe municipale : quels sont les projets engagés que vous portez aujourd’hui ?

Denis Oztorun Nous avons beaucoup de projets, notamment pour la rénovation urbaine, déjà engagés par le maire actuel. Nous avons notamment gagné un deuxième plan ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine, qui sélectionne projets et crédits, N.D.L.R.) pour rénover notre principal quartier de logements social, la Cité Fabien. C’est un grand projet sur une dizaine d’années, avec la création d’équipements tels qu’une maison de santé et une salle pour les associations. Nous travaillons également un projet de complexe sportif. D’autre part, nous lançons un projet multimodal, sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années avec les communes voisines, qui regrouperait notre port autonome, une gare de triage, et l’aéroport d’Orly : un grand bassin d’emplois et d’entreprises avec un côté écologique, puisqu’il s’appuie sur le ferroviaire et le fluvial. L’idée est d’être la « chambre arrière » du marché de Rungis.

Accompagnement des personnes dépendantes, aides financières aux familles, à la vie associative et culturelle...

Quelles actions voulez-vous mettre en place dans les domaines de l’écologie et de la citoyenneté ?

Denis Oztorun Ce sont deux éléments à part entière de notre projet pour la ville. D’abord un plan climat, pour adapter tous les équipements municipaux, voirie comprise. Nous voulons créer des îlots de fraîcheur, planter des arbres, repenser la mobilité. Ensuite, nous voyons que la République est mise à mal, notamment par les financiers d’un côté, les fascismes de l’autre, la montée des agressions antisémites et islamophobes. Or il en va de la vie de nos concitoyens. Nous voulons ouvrir des brèches, sensibiliser la population, mettre en place des formations pour les droits des citoyens. Et nous prévoyons de créer une cellule d’alerte sur les dysfonctionnements de la République, comme les discriminations. Il faut rassembler plutôt que diviser.

Quelles sont pour Bonneuil les conséquences de la crise sanitaire et sociale et comment voulez-vous y répondre ?

Denis Oztorun D’abord, nous faisons le constat d’une gestion calamiteuse par le gouvernement, preuve en est avec les masques, et aujourd’hui les vaccins : l’État est démissionnaire. Dans ces conditions, nous voulons protéger notre population, on s’est battus pour avoir un centre de dépistage. Nous avons ensuite tout un dispositif, et nous voulons faire de 2021 l’année des nouvelles solidarités : accompagnement des personnes dépendantes, aides financières aux familles, à la vie associative et culturelle. C’est très important de faire vivre les arts et la culture, nous mettons en place des déambulations artistiques, par exemple. D’autre part, nous avons un dispositif de paniers de légumes pour les étudiants, d’aides à la cantine, un soutien en lien avec le Secours populaire et les Restos du cœur. C’est primordial : on voit aujourd’hui des personnes venir qui sont enseignants, par exemple. La crise sociale explose. La ville fera le maximum pour l’accompagnement social, avec un budget de 57 millions d’euros.

 

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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 17:57
Pour la réussite du vaccin, imposer un contrôle public et citoyen (PCF)
Pour la réussite du vaccin, imposer un contrôle public et citoyen (PCF)
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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 17:06
Vivre sans culture, ça suffit! ( PCF)
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22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 18:08
Ces salariées des Genêts d’or ne comprennent pas pourquoi elles ne peuvent pas toucher la prime de 183 €, alors que des aides-soignantes à l’hôpital en bénéficient. | OUEST-FRANCE

Ces salariées des Genêts d’or ne comprennent pas pourquoi elles ne peuvent pas toucher la prime de 183 €, alors que des aides-soignantes à l’hôpital en bénéficient. | OUEST-FRANCE

Ouest-France

Oubliés du Ségur en Finistère : « Cette prime de 183 euros, c’est un mois de courses »

Plus de 200 salariés du social et du médico-social se sont rassemblés à Morlaix (Finistère), jeudi 21 janvier 2021. Ils dénoncent le non-versement d’une prime mensuelle de 183 €.

Pour Cyril, père de trois enfants, 183 €, c’est  une semaine de courses . Avec cette somme, sa collègue Sandra remplirait le frigo  pour un mois ​. Ces aides-soignants au foyer médicalisé Le Triskel, à Plougonven (Finistère), touchent entre 1 400 et 1 500 € par mois. Ne pas obtenir cette prime, c’est un manque à gagner important pour eux.

« Injustice »

Ils font partie de ceux que l’on appelle « les oubliés du Ségur de la santé », qui, à l’été 2020, actait la revalorisation salariale des personnels des établissements de santé et des Ehpad, à hauteur de 183 € par mois, excluant les salariés du secteur social et médico-social.

Une  injustice ​, dénoncée une nouvelle fois, jeudi 21 janvier 2021, par les syndicats CGT et Sud, mais aussi des responsables d’association, lors d’un rassemblement suivi d’une opération escargot à Morlaix (Finistère).

Parmi les quelque 220 salariés ayant participé à cette mobilisation départementale, Carole et Karine, aides-soignantes à la maison d’accueil spécialisée des Genêts d’or, où était organisé le rassemblement.

 C’est dégueulasse ​, lance Karine, pour qui, là encore,  183 €, ce n’est pas rien ​. Avec treize ans d’ancienneté, elle gagne 1 500 € par mois, primes comprises.  On fait des horaires d’hôpitaux, avec une amplitude allant de 7 h à 21 h 30, et on travaille un week-end sur deux et les jours fériés ​, précise Carole.

Toilettes, activités, sorties… Les deux jeunes femmes s’occupent de personnes en situation de lourd handicap.  Il y a des problèmes de comportement parmi les personnes accueillies, reprend Karine. Mais on aime notre métier. Simplement, on ne veut pas le faire pour rien. 

De gros écarts de salaire

Outre le non-versement de cette prime, l’aide-soignante ne comprend pas les écarts de salaires constatés dans ce secteur. ​Selon Joël Goron, directeur général des Genêts d’or, ces différences  entre des professionnels qui s’occupent de personnes âgées et d’autres en charge de personnes en situation de handicap peuvent aller jusqu’à 300 € ».

Les disparités sont encore plus flagrantes quand ce sont les salariés d’une même entreprise qui ne touchent pas le même salaire, comme c’est le cas à l’hôpital. « On va parfois faire des remplacements dans des services qui, eux, obtiennent les 183 € », indique Cyril, du Triskel, à Plougonven, service en charge des traumatisés crâniens dépendant du centre hospitalier des pays de Morlaix (CHPM). L’aide-soignant le reconnaît : « Ça peut créer une mauvaise ambiance. »

Perte d’attractivité

En tout, dans le pays de Morlaix, ils sont « 40 agents du CHPM à être ​exclus du Ségur », dénonce Christophe Boudrot, de la CGT, citant, outre le Triskel, le service de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et le centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA).

Si l’on prend en compte toutes les structures privées ou associatives sur le département, ils sont 8 000 à réclamer cette hausse de salaire.

Cela n’aide pas à améliorer l’attractivité de ces métiers, au contraire.  Il y a une incidence sur le recrutement ​, déplore le directeur des Genêts d’or. Avec un impact sur le quotidien des aides-soignantes à la Maison d’accueil spécialisée qui, double peine, se retrouvent à travailler davantage « quand le matin  on est deux au lieu de trois en poste ​. De quoi avoir « parfois envie d’aller travailler ailleurs. 

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/oublies-du-segur-en-finistere-cette-prime-de-183-euros-c-est-un-mois-de-courses-7126821

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22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 17:30
Tribune libre. Vincenzo Vecchi, pourquoi cette course de fond ? - L'Humanité, 21 Janvier 2021
Tribune libre. Vincenzo Vecchi, pourquoi cette course de fond ?
Jeudi 21 Janvier 2021
 

Quand il existe une cause de refus d’exécution du mandat d’arrêt européen, la remise de la personne recherchée est refusée. C’est tout. C’est ce que prévoit notre loi, en son article 695-23 du Code de procédure pénale, loi créée pour appliquer le droit européen, à savoir la décision-cadre n° 2002/584 du 13 juin 2002. Alors pourquoi ne pas l’appliquer, plutôt que de tenter un énième détournement dans la dernière ligne droite ?

En effet, en toute cohérence, on semblait toucher au but. Emboîtant le pas de la conseillère à la Cour de cassation, l’avocat général a admis qu’il ne pouvait y avoir exécution du mandat d’arrêt européen visant Vincenzo Vecchi pour la condamnation de Gênes sous une qualification équivalente de « vol en bande organisée » et qu’il n’appartenait pas à l’État d’exécution, ici la France, de décider que le délit de « dévastation et pillage » entrait dans les trente-deux cas de renvoi automatique. L’avocat général a reconnu que la France ne pouvait se substituer à l’Italie pour décider de cette qualification, alors que celle-ci, État d’émission du mandat d’arrêt européen, ne l’avait pas indiquée et n’avait pas coché la case correspondante sur le formulaire du mandat d’arrêt européen. C’est une nouvelle étape de franchie, donc, dans la course de fond judiciaire. Il s’agit là d’un beau désaveu de l’argumentaire juridique boiteux du procureur général d’Angers.

Autre nouvel obstacle franchi : la reconnaissance par le même avocat général près la Cour de cassation que le délit de « dévastation et pillage » n’a pas d’équivalent, au moins pour un des sept faits requis, là où la cour d’appel d’Angers en retient deux, et ce, car il n’existe pas de complicité passive dans le droit français. Il s’ensuit que, dès lors que le délit de « dévastation et pillage » n’est pas reconnu comme étant une infraction dans notre droit pour au moins un fait, cela implique qu’il n’y a plus de proportionnalité de la peine comme exigé par la loi européenne en son article 49-3 de la charte des droits fondamentaux.

Arrivé à ce point de bonne rhétorique qui devait le conduire à conclure que le mandat d’arrêt européen ne pouvait être exécuté et que Vincenzo Vecchi ne devait pas être remis à l’Italie, l’avocat général se cabre devant le dernier obstacle et rate la ligne d’arrivée en proposant de renvoyer le cas devant la Cour de justice européenne pour qu’elle indique une manière d’effectuer une réduction, une conversion de la peine ou un nouveau recours. Or, il n’y a pas de recours possible contre cette peine. Elle est définitive pour avoir été prononcée par la Cour de cassation italienne. Aucune réduction, aucune conversion ou aucun aménagement de la peine n’a été proposé par l’Italie lors du supplément d’information ordonné par la cour d’appel de Rennes. Et pour cause, ni la France, ni l’Italie, ni la Cour de justice européenne ne peuvent modifier une peine.

La voie de la révision n’existant pas, pourquoi s’arrêter en chemin et ne pas aller au bout du raisonnement ? Il suffit d’appliquer la loi interne française, qui a transcrit la décision-cadre européenne du 13 juin 2002. L’article 695-23 du Code de procédure pénale indique que « l’exécution d’un mandat d’arrêt européen est également refusée si le fait faisant l’objet dudit mandat d’arrêt ne constitue pas une infraction au regard de la loi française ». La Cour de justice européenne ne saura dire ni plus, ni mieux, que notre droit.

Dix-huit mois de prison et dix années d’exil, voilà le prix pour avoir manifesté le 20 juillet 2001 à Gênes. On impose pourtant à Vincenzo Vecchi la perspective de mois, voire d’années de procédure supplémentaires, alors que nous savons tous que la Cour de justice européenne sera dans la même impasse que la Cour de cassation. Pourquoi ? Nous ne voulons pas penser qu’il s’agit de gagner du temps, quitte à laisser Vecchi dans un temps suspendu qui l’empêche d’envisager tout avenir. Le droit français permet de mettre fin à cette course de fond, il suffit de l’appliquer. Et ce sera justice pour Vincenzo Vecchi.

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