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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 05:56
Universités. Les mauvais coûts de la rentrée étudiante - Nadège Dubessay, L'Humanité - 18 août 2020
Mardi, 18 Août, 2020 - L'Humanité

Universités. Les mauvais coûts de la rentrée étudiante

Hausse des loyers, APL amputées, bourses qui ne suivent pas l’inflation, masques anti-Covid 19… Une fois de plus, le porte-monnaie des étudiants explose. C’est ce que révèlent la Fage et l’Unef dans leurs baromètres annuels.

 

C’est un mélange de colère et d’inquiétude. À 20 ans, Guéwen Douesneau connaît déjà la galère d’un quotidien où il faut compter le moindre sou. Forfait à Internet et au téléphone, livres pour la fac, nourriture et, désormais, masques de protection contre le coronavirus… Après avoir payé les 650 euros de son loyer, il ne restait plus que 250 euros au jeune couple qu’il forme avec sa compagne, boursière comme lui. À deux, ils bénéficiaient de 900 euros. Sauf que cette année, Guéwen ne percevra que 250 euros au lieu des 550 de l’année dernière. « Ce doit être une erreur, j’ai demandé que mon dossier soit réévalué », lâche l’étudiant qui doit entamer sa deuxième année de licence de lettres à Angers. Si rien ne change, il devra mettre la fac de côté, au moins une année, pour travailler. Ou alors contracter un emprunt étudiant. La crise du Covid-19 avait déjà mis fin à ses espoirs de trouver un job cet été : « J’ai envoyé 80 CV. J’ai eu 80 refus », soupire-t-il. Comme beaucoup, il n’a pas eu d’autre choix que demander une aide alimentaire au Secours populaire français. « À 20 ans, on essaie de se préparer à la vie. Mais si c’est ça… » souffle-t-il sans cacher sa peur d’un avenir incertain. Selon un sondage Ipsos pour la Fage (première fédération étudiante), les trois quarts des jeunes ont perdu des revenus entre mars et juin. Un sacré problème quand on sait que près d’un étudiant sur deux doit se salarier pour financer ses études.

Une rentrée chiffrée à 2 361 euros, soit 76 euros de plus que l'an passé

Cette année encore, les chiffres sont têtus. La Fage, tout comme le syndicat Unef, viennent de publier chacun leur baromètre du coût de la rentrée 2020. Selon la boussole de la Fage, l’augmentation moyenne par rapport à l’an dernier est de 2,5 % en Île-de-France et 3 % en province. Pour la fédération, le coût de cette rentrée s’élève à 2 361 euros, soit 76 euros de plus que l’année dernière. « Alors que l’inflation au mois de juin est de 0,2 %, le coût de la vie pour les étudiants augmente de 3,69 %, soit presque 18,5 fois plus », note, pour sa part, le rapport de l’Unef. Ainsi, « le coût de la vie étudiante explose depuis le début du quinquennat avec une augmentation de 8,71 % ». Les calculs sont vite faits : « L’APL (aide personnalisée au logement) a été amputée et les bourses ne suivent pas l’inflation », explique Mélanie Luce, la présidente du syndicat étudiant. C’est bien connu, la crise profite toujours à certains. Et là, les propriétaires de studios – des biens extrêmement convoités – s’en sont donné à cœur joie. « L’explosion du coût de la vie étudiante demeure liée en partie à l’augmentation du prix des petites surfaces. L’écart entre les appartements de moins de 24 m² et les autres est en moyenne de + 2,56 % », note la jeune femme. L’Unef observe une augmentation des loyers de 5 % à Lyon ou de 4 % à Bordeaux, contre 1 % à Paris, là où s’applique l’encadrement des loyers. Une mesure dont le syndicat demande l’extension partout en France, alors que le loyer représente de loin le poste de dépense le plus important pour les étudiants : 69 % de leur budget mensuel.

Un coût de la vie plus de 118 % plus élevé pour les femmes

L’Unef note par ailleurs que les étudiantes et les étudiants étrangers représentent des profils particulièrement touchés par la précarité. Entre les frais d’inscription différenciés, les frais administratifs importants et le non-accès à la grande majorité des aides publiques, les étudiants étrangers hors Union européenne ont un coût de la vie entre… 261,46 % et 339,93 % plus élevé que les autres. Quant aux étudiantes, le syndicat mettait déjà en avant, l’année dernière, un écart énorme : un coût de la vie plus de 118 % plus élevé pour les femmes. Des différences qui s’expliquent par « une précarité menstruelle forte touchant toutes les personnes menstruées, mais également la “taxe rose” des conventions sexistes qui encouragent les femmes à supporter le coût de la contraception, à s’épiler, se maquiller… ».

L’Unef, tout comme la Fage, ajoutent, cette année, dans le budget des étudiants les masques de protection contre le coronavirus qu’il faudra sans doute porter pour aller en cours. « En prenant les moins chers, nous arrivons à 230 euros sur l’année », précise Mélanie Luce. Selon la Fage, à raison de trois masques jetables par jour, la facture s’élève à 31,75 euros par mois. Une « goutte d’eau » qui fait déborder le vase. L’Unef tire la sonnette d’alarme et appelle à un plan d’urgence.

Nadège Dubessay

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 08:35

 

Dans la lutte contre l’épidémie, les « héros » sont bien fatigués. Déjà malmenés avant la crise, les soignants s’exposent aujourd’hui à un risque de stress post-traumatique. Beaucoup craignent de ne pas tenir le coup face à un rebond du Covid.

Elle n’en doute pas une seconde : s’il le faut, vaille que vaille, elle y retournera. Pourtant Huguette Mayeko, auxiliaire de puériculture à l’hôpital Delafontaine (Seine-Saint-Denis), le précise immédiatement : elle préférerait ne plus avoir à revivre l’effervescence d’un hôpital métamorphosé en accueil de malades Covid. À trois ans de la retraite, en mars dernier, elle s’était retrouvée propulsée au service neurologie, puis en réa, après deux petits jours de formation. « Douze heures debout, à retourner des patients intubés, les laver », racontait-elle dans nos colonnes le 15 avril. Avec toujours au ventre la peur d’attraper le virus, et celle de ne pas assez bien faire. « Aujourd’hui, j’aurai les bons gestes. Mais je saurai aussi ce qui m’attend. Et ça, c’est très angoissant », souffle-t-elle. Pour rien au monde elle ne voudrait revivre la toilette mortuaire, un souvenir « très violent » pour celle qui jusqu’alors ne s’était jamais occupée que des tout-petits.

« On est tous sur les rotules, toujours en sous-effectif »

Tous les soignants vous le diront : personne ne s’habitue à la mort d’un être humain qui vous confie son sort. Les mois de mars et avril ont été particulièrement éprouvants. Un véritable cataclysme, avec des dizaines de morts par jour dans les services et un contexte déshumanisé, où les familles ne pouvaient pas rendre visite à leurs proches mourants. À cela s’ajoutait la crainte d’attraper le virus (10 % des soignants ont été malades). « On a pas mal trinqué ! », rappelle Diane Languille, infirmière depuis douze ans au service pédiatrie de Delafontaine : « On manquait de tout : des masques, des surblouses, mais aussi des perfusions, en neurologie où j’avais été affectée. »

Quatre mois après la crise épidémique, la lutte contre le Covid a laissé des traces parmi les soignants. Malgré des vacances bien méritées, Diane Languille avoue se sentir encore très fatiguée : « J’ai eu le Covid comme pas mal de mes collègues. On est tous sur les rotules, épuisés, et toujours en sous-effectif. » Alors imaginer un rebond de l’épidémie cet automne lui est très difficile. « On ne va pas pouvoir tenir le coup, physiquement et moralement. Personne n’a envie de refaire de tels efforts alors que la reconnaissance, nous l’attendons toujours. ». Elle soupire : « On n’aura pourtant pas le choix. »

Un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement

Fin mai, une étude de l’Intersyndicale des internes (Isni) dévoilait que 47,1 % des jeunes praticiens interrogés montraient des symptômes d’anxiété, soit 15 points de plus qu’en 2017. Ils étaient 29,8 % à présenter des symptômes de stress post-traumatique, et 18,4 % des syndromes dépressifs. Une autre étude publiée dans la revue l’Encéphale révèle que les soignants, en première ou en deuxième ligne, ont un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement, d’addiction. Ainsi, trois ans après l’épidémie de Sras en 2003, chez les personnels hospitaliers de Pékin, on détectait une hausse significative de l’usage d’alcool et des conduites suicidaires. « Les répercussions psychologiques sont extrêmement importantes », constate Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis) et du Samu 93. « Les mois de mars et avril, les personnels tenaient le coup car ils étaient sous adrénaline. Aux services des urgences et en réanimation, ils étaient en première ligne. La situation était à la fois nouvelle et très stressante, avec le risque de se mettre en danger. »

Chaque soir, à 20 heures, la société a fait endosser aux soignants des habits de super-héros. Les ministres, le président procédaient à la tournée des popotes, tels des généraux qui remonteraient le moral des troupes. Du haut de ses trente ans d’expérience aux urgences, jamais Frédéric Adnet n’avait connu un tel hommage. « Sauf que quand on vous hisse sur un cheval blanc, il est très difficile de redescendre », observe-t-il. La décrue de l’épidémie se montre aussi rapide que la montée en charge : « Au Samu et aux urgences, du jour au lendemain, nous n’avions pratiquement plus de patients. » Tous les services transformés en services Covid retrouvent alors leur fonction d’origine. « Le personnel avait besoin de souffler, il n’acceptait plus d’être balancé d’un point à un autre. Ce qui a créé des tensions, des conflits, des arrêts maladie et aussi des décompensations post-traumatiques, suite à un stress intense », note Frédéric Adnet.

Surtout, l’après-Covid devait signer l’arrêt de mort de l’ancien monde. Et là, le chef du Samu 93 avoue sa plus grande déception. Une vraie claque psychologique : « Malheureusement, nous sommes retournés vers l’hôpital d’avant à très grande vitesse, avec toutes ses contraintes budgétaires… » Même constat amer pour Roland Amathieu. Médecin anesthésiste réanimateur dans un établissement à but non lucratif parisien, il déplore une absence de reconnaissance des soignants après la crise. « Tout est redevenu comme avant. Ceux qui applaudissaient aux fenêtres insultent de nouveau les soignants aux urgences, lassés par des heures d’attente. Nous travaillons toujours avec des personnels soignants sous-payés, qui s’épuisent parce qu’ils ne sont pas assez nombreux. »

« Le Covid n’a fait que catalyser un mal-être bien présent »

Et ne leur parlez surtout pas du Ségur de la santé, où pourtant 8,2 milliards d’euros de revalorisations salariales, 6 milliards pour l’investissement et 15 000 recrutements ont été annoncés par le gouvernement. « Les 4 000 lits supplémentaires ne remplacent pas tous ceux qui ont disparu », tempête Roland Amathieu. À titre de rappel, en six ans, 17 500 lits de nuit ont été fermés dans les hôpitaux et cliniques. Diane Languille préfère en rire : « Les postes supplémentaires accordés par l’État ? Ils représenteront deux ou trois personnes par hôpital, pas plus. » Elle décrit son quotidien : une seule infirmière pour dix à quinze enfants, des statuts de contractuel qui sont monnaie courante. Quant à la revalorisation salariale, il faudra s’armer de patience. Une partie sera versée en janvier, l’autre en mars. Mais « cela ne fera toujours pas le compte », assure-t-elle avant de lâcher, écœurée : « La période Covid nous a achevés. » Roland Amathieu rappelle que depuis quinze ans, les infirmiers en réanimation réclament en vain leur reconnaissance. Il assiste, impuissant, à des démissions en cascade, des départs à l’étranger, en Suisse, en Belgique ou au Canada. Partout où l’herbe est plus verte. Pourtant, il en est convaincu : tout le monde s’y était mis et tout le monde s’y remettra : « S’il y a besoin de soigner, on doublera encore nos heures. » Frédéric Adent se veut raisonnablement optimiste : « Le virus va se déplacer avec les mesures de contact tracing, la distanciation et une immunité collective de 10 %. Il se diffusera beaucoup plus lentement, de manière plus contrôlée. Nous ne connaîtrons pas l’engorgement des mois de mars et avril dans les hôpitaux. » Il s’interroge néanmoins : « Le personnel hospitalier sera-t-il présent ? Ce sera sûrement très tendu. » Roland Amathieu le sait : « Le Covid n’a fait que catalyser un mal-être bien présent depuis des années dans les hôpitaux. La cocotte finira par exploser. Et nul n’en connaît les conséquences. »

Nadège Dubessay

 

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 08:33

 

Cette nouvelle période de sécheresse ravive les débats sur le partage de l’eau en France. Marion Veber, responsable des programmes de la Fondation Danielle-Mitterrand, pointe du doigt les politiques nationales et les opérateurs privés, tout en préconisant plus de démocratie. Entretien.

Marion Veber

Responsable des programmes à la Fondation Danielle-Mitterrand

 

La France semblait épargnée par les crises hydriques jusque-là. Ce temps est-il révolu ?

Marion Veber Il suffit d’observer ce qu’il se passe : le nombre de sécheresses augmente, c’est presque devenu normal. Chaque année, des territoires sont placés en zone de crise hydrique. Je pense notamment au Massif central qui subit des sécheresses depuis quatre ans. Celles-ci sont la conséquence des activités humaines et de nos choix de développement qui ont bouleversé le cycle de l’eau. Nous avons priorisé une agriculture intensive et chimique, surtout après la Seconde Guerre mondiale, pour en tirer un maximum de bénéfices. Ce qui nous a menés à des monocultures à grande échelle, perdant tout lien raisonné et raisonnable à la terre. Nous ne pointons pas du doigt les agriculteurs, mais le modèle agricole décidé au niveau national et européen avec la PAC. Il existe aussi une fracture importante entre la métropole et les Outre-mer. C’est un problème qui ne touche pas que l’agriculture, mais également les besoins vitaux des populations (boisson, hygiène, etc.).

 

Comment expliquer que la situation n’évolue pas ?

Marion Veber Ce système agricole va à l’inverse des préconisations des experts du climat et des hydrologues. Ils nous invitent à revenir à des systèmes liés à la permaculture, à l’agroécologie, et à travailler sur des parcelles plus petites. Toutes les pistes nous sont données. Mais elles ne sont pas retenues, car il existe un lobbying du secteur privé de l’eau. La France accueille parmi les plus importantes multinationales du secteur (Veolia, Suez, Saur). La tendance mondiale qui consiste à marchandiser, privatiser et financiariser l’eau, mais aussi à promouvoir des solutions basées sur la technologie, renforce les problèmes. Ces idées sont portées par les multinationales et les autres acteurs de l’eau. Ils se réunissent, notamment lors des forums mondiaux de l’eau, tous les trois ans, et influent sur les décisions des organes de l’ONU et des États. L’eau ne devrait pas être pensée comme une ressource à gérer, mais bien comme un élément soutenant la vie.

Comment éviter la répétition de ces crises hydriques ?

Marion Veber Après les élections de mars dernier, on va voir si les remunicipalisations promises vont être engagées. C’est un enjeu clé pour penser l’eau sur le long terme, en apportant davantage de démocratie et de transparence. Il faut privilégier une approche par les droits humains, et non par le marché. L’eau est un droit, elle ne se mérite pas. La place des usagers est aussi très faible sur les décisions autour de l’eau. Il faudrait redonner davantage de poids à certains usagers dans les comités de bassin (instances de concertation locale sur la gestion de l’eau – NDLR). Malheureusement, le gouvernement ne semble pas conscient de la situation et ne prend pas de décision en ce sens. Certaines avancées ne sont pas retenues, alors qu’elles constituent un consensus dans la communauté scientifique et sont mises en place dans certains territoires en France. Les agriculteurs sont nombreux à se considérer paysans avant tout, et non pas exploitants. Il faut surtout montrer les réussites et les modèles vertueux, à la fois pour les écosystèmes, mais aussi pour les agriculteurs.

Entretien réalisé par

Mathieu Lorrriaux

 

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 05:59
Manifestation de défense de l'emploi chez Hop! à Morlaix en juillet 2020

Manifestation de défense de l'emploi chez Hop! à Morlaix en juillet 2020

Vendredi, 14 Août, 2020 - L'Humanité

Compagnies aériennes. Hop ! largue ses travailleurs

La direction de la filiale d’Air France a présenté mercredi un plan social à ses salariés. Les syndicats dénoncent une manœuvre financière sur le dos des contribuables.

 

Le crash social avait été annoncé début juillet. Ses contours se sont profilés cette semaine, au désespoir des salariés. La direction nantaise de Hop !, filiale d’Air France en charge des vols domestiques, a confirmé mercredi à ses employés qu’elle taillerait massivement dans ses effectifs, au cours d’un CSE extraordinaire. En tout, 1 007 postes en équivalent temps plein seraient supprimés, sur 2 400 emplois. « C’est un plan inadmissible, catastrophique pour les salariés », s’insurge le secrétaire du CSE et élu CGT Hop !, Joël Rondel. Trois sites de maintenance de la compagnie devraient par ailleurs définitivement fermer leurs portes : ceux de Morlaix (Finistère), d’Orly (Val-de-Marne) et de Lille. Seuls les sites de Roissy-Charles-de-Gaulle et Lyon seraient épargnés.

La pilule du PSE a d’autant plus de mal à passer que les raisons avancées par la direction de Hop ! ne convainquent en rien les syndicats. Le Covid-19 aurait trop mis à mal le groupe, déjà déficitaire sur son réseau de court-courriers, en clouant au sol toute sa flotte, et le forcerait à accélérer une restructuration. Air France a pourtant bénéficié d’une aide de l’état de 7 milliards d’euros pour rester à flot, dont 4 milliards de prêts bancaires garantis à 90 % et 3 milliards de prêts directs. « C’est scandaleux, ils se servent de l’argent des Français, de nos impôts, pour saborder la compagnie », fustige un pilote présent au CSE. Environ 350 pilotes (317 postes en équivalent temps plein) devraient perdre leur emploi. Tandis que les patrons garantissent qu’aucun départ contraint n’aura lieu, les syndicats dénoncent un écran de fumée. Des licenciements secs sont à attendre, craignent-ils.

L’argument écologique brandi par la direction de la compagnie française ne convainc pas plus. La suppression des lignes de court-courriers prise en charge par Hop !, trop polluantes, ne serait en fait qu’un leurre. C’est en effet la filiale low-cost d’Air France, Transavia, qui prendra la relève. Une stratégie de rationalisation des coûts aux airs de greenwashing et de sabordage des conditions de travail. « Air France et Hop ! s’assoient sur la loi. Ils ont besoin de pilotes pour le développement de Transavia, mais ils nous mettent à la porte. Nos conditions de reclassement sont extrêmement sévères, on nous impose une sélection très difficile. Et si on est retenu, on repart à zéro en termes d’ancienneté », déplore le pilote. « Ce n’est pas un problème écologique, c’est un problème de rentabilité », abonde Joël Rondel. Avec Transavia, Air France mise sur des travailleurs employés par des sous-traitants en contrats précaires pour réduire ses coûts d’exploitation. Selon le pilote présent au CSE, le groupe compte retrouver l’équilibre financier dans trois à quatre ans avec cette stratégie. Mais, chez les syndicats, ce double sacrifice social des salariés de Hop ! et des futurs précaires de la compagnie low-cost ne passe pas.

Débutent à présent quatre mois de discussions et de négociations autour du PSE présenté par la direction de Hop !. Et les travailleurs ne comptent pas arrêter le combat. « On va amplifier la lutte, et on sera dans la rue le 17 septembre pour la rentrée sociale », assure le cégétiste. En plus des travailleurs de Hop !, 6 500 salariés d’Air France pourraient être licenciés.

Marie Toulgoat, L'Humanité
Compagnies aériennes. Hop ! largue ses travailleurs - Marie Toulgoat, L'Humanité, 14 août 2020

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 08:19

 

Il est d’autant plus difficile de quantifier le racisme en France que les données disponibles sont dispersées et souvent peu fiables. Si l’on enregistre manifestement une augmentation des actes racistes depuis 2018, la tolérance semble elle aussi en hausse, à rebours des discours dominants.

En 2017, 1,1 million de personnes déclaraient avoir subi au moins un acte raciste, soit 1 personne sur 45(1). En 2019, le ministère de l’Intérieur comptabilise 5 730 infractions(2) et la justice a mis en place en 2018 : 1 385 alternatives aux poursuites, poursuivi 985 personnes et prononcé 393 condamnations(3). Dire que le chiffre noir(4) est important est un euphémisme ! Les différences de dates entre ces trois données sont aussi un indicateur… Pour analyser le racisme en France, il faut croiser des données multiples qui ne mesurent pas la même chose.

 

Des sources diverses

La première série de données provient de l’auto-déclaration. En attendant les résultats de la nouvelle enquête « Trajectoires et origines » (TeO2), menée par l’INSEE et l’Institut national d’études démographiques (INED), en cours de réalisation, nous ne disposons que de l’enquête annuelle « Cadre de vie et sécurité », qui a pour objectif d’identifier le sentiment d’insécurité. Elle reste notre principale source en population générale avec 16 000 ménages répondant à l’enquête. Les questions précisent le caractère « raciste, antisémite, xénophobe » des injures subies depuis 2007, des actes de menaces depuis 2012, des violences physiques depuis 2016. Ce travail était commandé par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), qui vient d’être supprimé par le gouvernement, tout comme l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Il y a donc lieu de s’inquiéter de voir disparaître des données scientifiquement fondées. Mais casser les thermomètres n’est-ce pas un moyen de cacher l’échec d’une politique ?
Le second paquet de données se contente de mesurer l’activité des administrations. Pour le seul ministère de l’Intérieur, il existe trois sources de données. Il y a d’abord celles du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). Les données collectées par ce service portent sur les procédures enregistrées par la police et la gendarmerie, sur la base d’une série d’infractions commises « en raison de la race, de l’origine, de l’ethnie ou de la religion », et transmises au parquet. Elles excluent par exemple les mains courantes. En 2019, les services de police et les brigades de gendarmerie ont enregistré 5 730 infractions de nature criminelle ou délictuelle. Après trois années consécutives de baisse pour ce contentieux (– 20 % entre 2015 et 2016, – 11 % entre 2016 et 2017 et – 4 % entre 2017 et 2018), une hausse de 11 % est enregistrée entre 2018 et 2019.

« Les réseaux sociaux sont les principaux supports de messages de haine. La majorité des signalements concerne les entreprises états-uniennes (Twitter : 8 376 signalements, Facebook : 2 066, Youtube : 761). »

Ensuite, il y a les données de la Plate-forme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements (PHAROS). Chargée de la criminalité sur Internet, elle est toujours limitée par le nombre d’enquêteurs (30) et les priorités données au terrorisme sur le Net qui ne représente que 2,68 % des signalements mais l’occupe beaucoup. En 2019, la PHAROS a reçu 228 545 signalements (contre 163 723 en 2018) dont 17 555 dans le domaine des discriminations, soit 7,68 % des signalements (8,75 % en 2018), sachant qu’il peut y avoir plusieurs signalements pour un même contenu. Les réseaux sociaux sont les principaux supports des messages de haine. La majorité des signalements concerne les entreprises états-uniennes (Twitter : 8 376 signalements, Facebook : 2 066, Youtube : 761).

Enfin, il y a les données du Service central du renseignement territorial (SCRT). On y trouve toutes les catégories d’actes, de crimes et de délits mélangés. Ces chiffres, qui sont utilisés tous les ans par le gouvernement à la fin-janvier, sont particulièrement sujets à caution. Ils ne prennent pas en compte la qualité du recueil des actes : il est parfois difficile de différencier ce qui relève du pur vandalisme, ou de sectes « satanistes », d’actes racistes. Les chiffres sont livrés brut et souvent de manière orientée : en janvier 2019, à l’annonce des données du SCRT, les média ont relayé une augmentation de 130 % du racisme en France. Ces chiffres portaient sur la catégorie des « autres actes racistes et xénophobes » et non sur la totalité des faits, ce qui ramène l’augmentation à « seulement » 38 %…

« L’ONDRP vient d’être supprimé par le gouvernement, tout comme l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Il y a donc lieu de s’inquiéter de voir disparaître des données scientifiquement fondées. »

De plus, une partie des faits sont rapportés par les associations issues des communautés. Or il n’y a pas d’organisation communautaire rom, le Conseil français du culte musulman (CFCM) est bien incapable d’avoir un observatoire efficace sur les actes antimusulmans. En revanche, les Églises chrétiennes font le travail et la communauté juive, est, elle, très bien organisée. En conséquence, il est donc fort probable que le chiffre noir des actes antisémites soit sensiblement plus faible que celui d’autres communautés peu ou pas organisées.

Après une tendance à la baisse des actes racistes continue entre 2015 et 2017, les chiffres communiqués depuis 2018 par le SCRT marquent une hausse qui concerne l’ensemble des catégories mesurées. Les actes antimusulmans enregistrent une hausse globale de 54 % sur l’année écoulée, soit 154 actes (contre 100 en 2018). Les actes antisémites comptabilisés ont connu une hausse de 27 %, passant de 541 en 2018 à 687 en 2019. Précisons que ces actes sont très majoritairement localisés en Île-de-France. Les autres actes, réunis sous la catégorie générique d’« actes racistes », enregistrent une hausse globale de 131 % (1 142 en 2019 contre 496 en 2018). Les populations noires (218 contre 137 en 2018, soit + 59 %) et arabes (213 contre 125 en 2018, soit + 70 %) restent les plus ciblées.

Pour le ministère de la Justice, les chiffres disponibles sont ceux de 2018. 6 603 affaires à caractère raciste ont été orientées par les parquets, comportant 6 107 personnes mises en cause. Ce qui représente une hausse de 6 % des affaires et 7 % des auteurs orientés par rapport à 2017. Parmi les 6 107 personnes mises en cause et orientées en 2018, près de 7 % étaient mineures et 178 mis en cause étaient des personnes morales. 54 % des 6 107 auteurs orientés par les parquets ont fait l’objet d’un classement sans suite, soit 3 305. 42 % des réponses pénales (985 personnes) se sont traduites par une poursuite devant les juridictions pénales et 58 % par une procédure alternative aux poursuites (1 385). Quant aux condamnations, le nombre de 393 en 2018 est inférieur à ceux des années précédentes (entre 440 et 510 de 2012 à 2017). Être condamné pour racisme relève donc de l’exception… Enfin, le chiffre noir est là aussi important parce qu’il n’est pas possible d’identifier toutes les affaires. Par exemple, si plusieurs circonstances aggravantes sont retenues, le logiciel du ministère permet uniquement de saisir le code « avec plusieurs circonstances aggravantes » ; il n’est donc que rarement possible d’identifier les circonstances aggravantes racistes en matière de violence.

 

La tolérance à l’autre

L’enquête du Système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire (SIVIS), mise en place à la rentrée 2007 dans l’Éducation nationale, est trop fragmentaire et ne permet pas d’analyser le phénomène en milieu scolaire. Ajoutons qu’il existe le baromètre du défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur les discriminations dans l’emploi.
Les dernières données sont celles de l’enquête annuelle menée depuis 1991 par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH). Cette enquête vaut surtout par la stabilité des questions posées depuis le début et par l’analyse des chercheurs. Pour des raisons budgétaires, cette enquête est remise en cause dans sa forme, ce qui va là encore conduire à casser le thermomètre…

« La minorité rom/tzigane n’est acceptée que par 35 % de la population : les Roms restent de très loin le groupe le plus rejeté, mais celui sur lequel il n’existe pas de données. »

Pourtant, l’enquête rompt avec le discours dominant : la tolérance à l’autre, au différent, n’a jamais été aussi forte que sur les trois dernières années en se stabilisant autour de 66 % ! Depuis trois ans, l’acceptation des minorités noires et juives se situe autour de 80 %, la minorité arabe de 70 % et celle des musulmans de 60 %… La minorité rom/tzigane n’est acceptée que par 35 % de la population : les Roms restent de très loin le groupe le plus rejeté, mais celui sur lequel il n’existe pas de données !

« Casser les thermomètres n’est-ce pas un moyen de cacher l’échec d’une politique ? »

Plus on va à l’école, plus on est jeune, plus on se situe à gauche et moins on est raciste et moins on rejette l’autre. La tolérance à l’autre est autour de 70 % pour les personnes nées après 1977 contre 60 % pour ceux nés avant 1955. Elle est de 75 % pour les titulaires de diplômes du supérieur contre 60 % pour les non-diplômés ! Et 73 % des gens de gauche sont tolérants contre 52 % à droite… Il y a donc toujours une différence entre droite et gauche ! L’enquête rappelle aussi que la perspective d’une « lutte vigoureuse » contre le racisme est partagée par plus de 75 % de la population. Plus de 9 Français sur 10 considèrent qu’il est grave de refuser l’embauche d’une personne noire qualifiée pour le poste et 60 % ne se déclarent « pas racistes du tout » !
Certes, la bataille contre le racisme n’est pas gagnée, un peu moins de 20 % de la population se reconnaît raciste, et il reste des gens qui pensent que le racisme biologique existe. Même si cela représente moins de 10 % de la population, c’est parmi ces personnes que les agressions, les insultes sont banalisées. Internet, les réseaux sociaux et certains média peuvent les relayer et ils savent qu’il y a peu de risques qu’ils soient condamnés…

« La perspective d’une “lutte vigoureuse” contre le racisme est partagée par plus de 75 % de la population. »

L’idéologie d’extrême droite agite le rejet de la différence, la peur de l’autre, elle rencontre une demande d’autorité de la population qui veut se protéger de la pauvreté, de la dérégulation et de la concurrence sauvage. C’est donc à la gauche de dessiner un monde qui allie la sécurité sociale intégrale, la qualité de l’emploi et de vie avec l’égalité, la défense des libertés pu­bliques et la fraternité. 

 

Alain Dru est membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Il représente la CGT à la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CHCDH) et au Conseil économique, social et environnemental (CESE).

 


1. Enquête annuelle « Cadre de vie et sécurité » – Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) – 16 000 répondants de 14 ans et plus de métropole.
2. Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) – Bilan 2019.
3. Ministère de la Justice – sous-direction de la statistique et des études du secrétariat général (SDSE-SG) – Tables statistiques du casier judiciaire national – direction des affaires criminelles et des grâces – pôle d’évaluation des politiques pénales (DACG-PEPP) – Données 2018 provisoires, derniers chiffres connus.
4. Les documents administratifs, policiers et judiciaires ne permettent pas de connaître le niveau exact de la criminalité, car ils ne peuvent tenir compte que des infractions qui ont été constatées ou pour lesquelles il a été porté plainte. Le degré de la criminalité réelle est évalué, sur cette base, par des suppositions, des estimations, des extrapolations ; c’est le chiffre noir de la criminalité. 

 

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 07:58

 

Alors que la canicule frappe le pays, le gouvernement s’est contenté de lancer un énième numéro gratuit au lieu de prendre les mesures réglementaires qui s’imposent.

Un numéro vert pour « avoir toutes les réponses aux questions que l’on peut se poser ». La promesse formulée par le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors du lancement en grande pompe du « Canicule info service » le 7 août, ne tient pas la route. Nous avons composé le 0800 06 66 66 pour savoir quelles mesures prendre en cas de panne de climatisation dans un open space où la température atteint les 35 °C. Au bout du fil, notre interlocuteur, qui semble presque découvrir la problématique, n’a qu’une chose à répéter : « Il faut bien s’hydrater. » Un peu léger en termes de prévention. Que peut-on faire si un salarié commence à avoir un petit coup de chaud ? « Si ce n’est pas grave, vous pouvez rappeler la ligne, si c’est un malaise, vous devez appeler le 15 », lance-t-il. Nous n’arriverons pas à arracher un conseil digne de ce nom.

« Un numéro vert ne remplace pas le personnel de terrain »

Rien d’étonnant pour Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et membre de la fédération CGT de la santé. « Ces numéros gratuits sont sous-traités à des plateformes téléphoniques, les personnes qui décrochent ne sont pas des spécialistes. Le gouvernement s’agite, envoie des circulaires dans des mairies… Pendant ce temps-là, les hôpitaux continuent de se débrouiller seuls. » Depuis la canicule de 2003, les principes de bon sens du type « évitez l’alcool » ou « mouillez votre corps » ont été largement adoptés par la population. Cet été, le gouvernement se contente juste de rappeler l’évidence couplée aux gestes barrières contre le coronavirus. Bien en deçà des besoins concrets. « Nous n’avons pas assez de médecins, d’infirmiers alors que nous sommes confrontés à l’arrivée de pensionnaires des Ehpad aux urgences, martèle Christophe Prudhomme. Un numéro vert ne remplace pas le personnel de terrain. Il faudrait, par exemple, que les patients qui ont des traitements lourds puissent joindre leur docteur pour les ajuster. J’ai vu une femme diabétique la semaine passée qui mangeait moins à cause de la chaleur et devait donc adapter son insuline. »

Au sein des entreprises, le gouvernement pourrait également décider de renforcer les dispositifs de protection. « Il n’y a rien de précis dans le Code du travail, souligne un inspecteur du travail. Il faudrait au moins indiquer une température maximale au-delà de laquelle les salariés ne peuvent pas travailler. L’État devrait avoir la possibilité de contraindre l’employeur. Mais c’est la même chose que pour le Covid : il préfère courir le risque qu’il y ait des morts plutôt que de forcer les patrons à agir. »

 

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 05:59

 

Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, lors de la première lecture, j’avais eu l’occasion de présenter au nom de mon groupe une motion tendant à opposer l’exception d’irrecevabilité constitutionnelle, car ce texte remet en cause l’autonomie de la sécurité sociale.

Nous continuons à penser que ces deux projets de loi, organique et ordinaire, remettent en cause les fondements de la sécurité sociale. Cette étape supplémentaire vers une transformation de la « sécu » en filet de sécurité dépourvu de lien avec notre pacte social républicain est extrêmement grave.

Derrière ces textes de loi, nous avons en réalité deux lois budgétaires à examiner.

Tout d’abord, sur le transfert de 136 milliards d’euros à la Cades, nous contestons, avec la majorité du Sénat, le choix du Gouvernement de faire prendre en charge par cette caisse le financement d’un tiers de la dette des établissements de santé. Selon nous, la sécurité sociale n’a pas à assumer la dette des hôpitaux, qui provient principalement des investissements immobiliers.

En effet, lorsque le précédent gouvernement avait annoncé une reprise de la dette, il n’avait pas mentionné que la dette reprise serait transférée à la Cades.

La confusion que vous organisez, de plus en plus, entre le budget de l’État et celui de la sécurité sociale nous pose problème. Elle conduit en tout cas à un changement de l’organisation institutionnelle de notre pays, et cela mérite un débat plus poussé que celui que nous avons eu. La dette créée par la crise du covid-19 aurait dû appeler un débat budgétaire plus approfondi.

De la même manière, je rappelle notre opposition à la tentative de la droite sénatoriale d’insérer une « règle d’or » dans les comptes sociaux pour les prochains projets de loi de financement de la sécurité sociale.

Alors que nous avons pu constater l’importance de notre modèle de protection sociale lorsqu’il a fallu prendre en charge le chômage partiel des entreprises, mais également les faiblesses des hôpitaux auxquels on a imposé depuis vingt ans des budgets inférieurs aux dépenses, imposer une règle d’or reviendrait à sanctuariser l’austérité dans les dépenses sociales et donc à grignoter encore davantage sur les droits acquis.

En exonérant les entreprises du paiement des cotisations sociales, d’un côté, et en limitant les dépenses, de l’autre, vous allez réduire mécaniquement les prestations sociales versées dans notre pays. Alors même que l’Union européenne a décidé, face à la crise, de laisser de côté les déficits des États, la droite sénatoriale veut transposer le modèle européen d’austérité dans notre sécurité sociale.

Non seulement c’est complètement décalé, mais en outre, la droite sénatoriale devra assumer ce choix politique qui consiste à réduire les prestations de santé, les prestations familiales et les pensions de retraite et, plus généralement, l’ensemble des droits pour lesquels nos concitoyens ont cotisé. C’est elle qui sera responsable, demain, des lits supprimés, et des services fermés à cause de sa règle d’or !

Alors que le ralentissement économique entraîne une chute des rentrées de cotisations sociales, il y a urgence à dégager de nouvelles recettes plutôt que de fermer le robinet des prestations sociales.

Nous avons de nombreuses propositions de recettes, mais vous refusez d’ouvrir le débat sur l’efficacité des exonérations de cotisations sociales.

Plutôt que de faire peser le remboursement des 136 milliards d’euros sur les assurés sociaux par la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS), on aurait pu imaginer un financement de la perte d’autonomie par les entreprises, en particulier celles qui font des milliards d’euros de bénéfices sur le dos de nos aînés.

Le deuxième volet de la réforme est une véritable opération de communication.

Alors que la crise sanitaire a démontré l’importance d’une intervention publique pour les personnes en perte d’autonomie dans les Ehpad ou à domicile, vous proposez une cinquième branche de la sécurité sociale sous-financée, qui ne permettra pas de réduire le reste à charge des familles.

En effet, la perte d’autonomie des personnes en situation de handicap ou des personnes âgées devrait être prise en charge à 100 % par la sécurité sociale et gérée par la branche assurance maladie.

Selon nous, il y a véritablement urgence à créer un grand service public national de la perte d’autonomie et de l’accompagnement, incluant les établissements médico-sociaux et les aides à domicile, qui aurait vocation à revaloriser tous ces métiers effectués majoritairement par des femmes dans une grande précarité.

En 1945, gaullistes et communistes ont décidé de créer la sécurité sociale ; soixante-quinze ans plus tard, ce système a encore démontré toute sa pertinence.

 

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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 05:57

 

Censé permettre aux entreprises de sortir la tête de l’eau, ce texte promulgué durant la pandémie sert au contraire de marchepied pour licencier à bas coût.

Alexis Mulliez assis sur un fauteuil représentant… un salarié d’Alinéa. Cette caricature affichée sur le magasin d’ameublement de Beaucouzé, dans la banlieue d’Angers (Maine-et-Loire), en dit long sur le ressentiment ambiant. Depuis fin juillet, aux quatre coins de la France, des employés de l’enseigne manifestent leur colère contre la proposition de reprise déposée par leur propre dirigeant pour sa société placée en redressement judiciaire mi-mai. 1 065 emplois sur 2 000 seraient conservés.

Effacer ses dettes et réduire ses effectifs.

Un projet rendu possible par la promulgation le 20 mai dernier d’une ordonnance d’adaptation des droits des entreprises en période de Covid. L’article 7 permet ainsi de faciliter la reprise pour le dirigeant actuel si celui-ci est le mieux positionné. Le tribunal et le ministère public sont censés veiller à ce que le plan de cession ne soit pas seulement l’occasion pour le débiteur d’effacer ses dettes et de réduire ses effectifs. C’est là que le bât blesse chez Alinéa. Comme le résume Ingrid Seillery, secrétaire CGT du CSE central : « Alexis Mulliez a généré 60 millions d’euros de dettes par an depuis son arrivée en 2017, lui-même reconnaît qu’il a fait des erreurs ! Je ne suis pas contre cette ordonnance, mais cela doit servir aux petites sociétés. Les Mulliez, ce sont 32 milliards d’euros de fortune en 2019, et ils refusent de mettre un centime pour le plan social alors que nous sommes tous smicards ! Nous sommes aussi loin du compte en termes de préservation de l’emploi évoquée par ce texte. » Le tribunal de commerce de Marseille statuera le 31 août si cette offre, la seule en lice à ce jour, est solide.

De son côté, Orchestra Prémaman, enseigne de vêtements pour enfants en redressement judiciaire depuis fin avril, est l’un des premiers à avoir exploité ce filon. Le 19 juin dernier, le tribunal de commerce de Montpellier s’est prononcé en faveur du fondateur de la marque, Pierre Mestre, et de sa nouvelle société, NewOrch, pour la reprise de 1 110 contrats de travail. « C’est clairement un moyen d’éponger ses 650 millions d’euros de dettes. Les difficultés de l’entreprise n’ont rien à voir avec le Covid, c’est scandaleux ! » s’indigne maître Ralph Blindauer, avocat du CSE. Avant, racheter son entreprise était théoriquement interdit par l’article L.642-3 du Code du commerce mais des dérogations restaient possibles. Il fallait convaincre le procureur de la République de son bien-fondé. Désormais, la procédure est accélérée : c’est devant le tribunal qu’une requête est déposée. Avec les questionnements que cela soulève. « Le tribunal de commerce se retrouve à statuer : des hommes d’affaires locaux jugent des affaires locales. Cela ressemble à un petit arrangement entre amis », glisse l’avocat. Si la colère est grande chez les salariés, c’est que l’offre concurrente du Saoudien Al Othaim conservait autant d’emplois mais avec un dossier plus solide financièrement.

Face à cette décision, les élus du CSE ont donc fait appel, notamment sur l’interprétation problématique de cette ordonnance. « Il y a une ambiguïté. Le texte devrait préciser que le patron peut reprendre son entreprise uniquement dans le cas où il n’y a pas d’autres offres. Là, il y a un dévoiement de la loi », explique maître Blindauer. L’audience du 3 septembre devrait permettre de dénoncer une nouvelle fois cette faille. D’autres sociétés pourraient se dépêcher de s’engouffrer dans la brèche avant l’expiration de cette disposition d’urgence le 31 décembre 2020.

Cécile Rousseau

 

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 05:54

 

Par Jérémy Roggy, chimiste et historien des sciences

Alors que la crise économique de 2008 avait été suivie par un fort recours aux énergies fossiles, l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA) a dévoilé récemment un « plan de relance durable ». Focalisé sur le secteur de l’énergie, l’objectif de ce plan de long-terme consiste à la fois de permettre une remise sur pied des économies, de créer des emplois en nombre tout en opérant une transition structurelle qui permette de répondre aux enjeux climatiques.

Trois ans pour tout changer de fond en comble : c’est ce que suggère l’IEA dans son plan de relance durable focalisé sur le secteur de l’énergie dès l’année prochaine. Selon elle, l’enjeu est notoire car les décideurs politiques doivent agir dans un court laps de temps pour avoir des impacts durables sur l’économie et sur les infrastructures énergétiques. Ayant comme visée la stimulation des économies, la création de millions de nouveaux emplois à l’échelle mondiale, ce plan de l’IEA vise également la réduction durable des émissions de gaz à effet de serre afin de répondre entre autres aux objectifs des accords de Paris. Mettant l’accent sur six secteurs clés, à savoir l’électricité, les transports, l’industrie, le bâtiment, les carburants et l’innovation, l’IEA propose près de vingt mesures évaluées sous différents aspects.

En tout et pour tout, ce plan de relance nécessiterait de mobiliser seulement 1000 milliards de dollars, soit 0,7% du PIB mondial et pourrait permettre de gagner un peu plus d’un point de croissance par an. Alors qu’elle estime que près de 6 millions d’emplois sont menacés dans le secteur de l’énergie sur les 40 millions actuellement existants à cause de la pandémie, elle affirme que ce sont un peu plus de 9 millions d’emplois par an pendant trois ans qui pourraient être créés grâce aux mesures de son plan. L’objectif affiché ? Permettre une meilleure résilience face à des crises futures et viser une réduction de 4,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone atmosphérique d’ici 2023.

Plus que tout, l’IEA insiste sur l’importance de la coopération internationale pour pouvoir mettre en cohérence les actions respectives de chaque pays et rétablir des chaines globales d’approvisionnement en énergie. Pour l’agence, trois orientations clés sont centrales : la focalisation sur la sécurité énergétique ; la révision voire la réaffirmation des engagements pour des transitions vers des énergies propres ; la création de filets de sécurité pour les entreprises et les consommateurs. Elle estime également que des leçons peuvent être véritablement tirées de la dernière crise économique qui a eu lieu en 2008-2009. D’une part, il faut déployer à grande échelle les politiques existantes pleines de succès pour permettre des retours sur le plan économique et en termes de création d’emplois. D’autre part, elle insiste sur l’importance de la recherche et développement, afin d’être prêts sur le plan technologique. Plus largement, elle considère que la formation tout comme la remise à niveau des travailleurs est cruciale pour qu’ils puissent développer des compétences nécessaires au déploiement de projets sur l’énergie.

Un plan ambitieux avec des mesures concrètes pour le long-terme

L’IEA fait un véritable plaidoyer pour des investissements durables car, d’après elle, cela permettra un soutien et des créations en termes d’emplois, tout en délivrant une énergie abordable et fiable. Plus largement, investir dès maintenant de manière pérenne dans l’énergie serait bénéfique pour le reste de l’économie avec de véritables effets indirects. Mieux encore, cela est incontournable selon l’agence pour garantir une réorientation structurelle de ce secteur, en vue de répondre à des objectifs de long-terme quant au défi climatique, l’accès à l’énergie et la durabilité. La pandémie a mis en exergue la nécessité urgente de soutenir et de créer de l’emploi dans un contexte où l’environnement monétaire fluctue et où les marchés des énergies fossiles sont volatiles. Également, cette même pandémie a développé selon l’IEA une conscience accrue des bienfaits d’une énergie propre et sûre, ainsi que la possibilité de changer durablement les usages et comportements.

Au-delà des enjeux qu’elle brosse, l’agence avance des mesures  concrètes. Pour ce qui est de l’électricité, on retrouve l’extension et la modernisation des réseaux énergétiques, afin de basculer vers des infrastructures numériques, des réseaux intelligents ; le développement massif des énergies renouvelables que sont l’éolien et le solaire photovoltaïque ; le maintien des énergies hydrauliques et nucléaires dans le mix énergétique en raison de leurs faibles émissions de gaz à effet de serre ; de réels investissements en R&D pour réduire drastiquement les émissions et pollutions des énergies fossiles comme le charbon et le gaz. Quant aux transports, l’IEA met l’accent sur l’encouragement à l’achat de nouveaux véhicules plus efficaces et sobres ; la promotion des trains à grande vitesse au détriment de l’avion et des véhicules individuels pour assurer un meilleur maillage territorial et une réelle décentralisation ; l’amélioration des infrastructures urbaines afin de réduire la pollution et la congestion, au travers d’une meilleure disponibilité des bornes de rechargement pour les véhicules électriques individuels, du développement des bus électriques et de l’extension de l’espace urbain accordé aux piétons et aux cyclistes.

Ensuite, pour ce qui a trait au bâtiment, filière qui emploie 10% des travailleurs à l’échelle mondiale, la meilleure efficience énergétique des logements sociaux et administratifs, et dans la foulée dans l’industrie, doit être selon l’agence un premier cheval de bataille pour réduire véritablement les factures énergétiques, battre en brèche la précarité énergétique, améliorer la santé et le confort et renforcer la résilience notamment face aux événements climatiques. Toujours sur ce secteur, le déploiement des appareils ménagers connectés doit être plus que jamais mis en avant, pour réduire la consommation énergétique et les coûts d’opération du système électrique, et ce de manière conjointe avec le recyclage efficace d’appareils ménagers comme les réfrigérateurs qui contiennent de puissants gaz à effet de serre. Si on s’intéresse ensuite à l’industrie, il s’agit ici selon l’IEA d’améliorer l’efficience énergétique et l’électrification à l’échelle mondiale et sur cet aspect, les gouvernements peuvent engager une série de mesures fiscales incitatives. Il y a également nécessité à renforcer le recyclage des déchets et de matériaux tels que les plastiques, et repenser en amont le design des produits manufacturés pour limiter les déchets plus efficacement.

Enfin, en ce qui concerne les carburants, l’agence de l’énergie considère qu’il faut améliorer les procédés existants pour réduire les émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, provenant du pétrole et du gaz, et de permettre la reconversion des travailleurs qualifiés de secteur, menacés de licenciements, dans la réduction de telles émissions. Une réforme drastique des subventions aux énergies fossiles est également nécessaire selon l’IEA, ainsi que le soutien et l’extension des biocarburants, secteur à fort potentiel d’emploi de travailleurs peu comme très qualifiés. Pour conclure, l’agence met l’accent sur l’innovation : sans cette dernière, « la transition vers des systèmes énergétiques modernes, propres et résilients seraient mis en jeu » et « les gouvernements ont un rôle majeur à jouer en soutenant l’innovation, notamment dans des domaines que le secteur privé perçoit comme trop risqués ». C’est ainsi que l’IEA insiste sur la nécessité de développer activement les recherches sur les technologies basées sur l’hydrogène, sur les batteries, sur les petits réacteurs nucléaires modulaires et sur la capture, l’utilisation et le stockage du dioxyde de carbone.

Quelles conclusions peut-on tirer de ce plan de relance durable ?

De manière centrale, en promouvant une modernisation importante du secteur de l’énergie pour répondre aux défis économiques, sociaux et écologiques du moment, cette dernière nous montre de manière sous-jacente l’importance de la formation des travailleurs au sens large. En effet, il s’agit d’être en mesure de développer des technologies nouvelles et efficaces et d’être en mesure de les maitriser et de les comprendre, en premier lieu pour les travailleurs impliqués mais aussi pour les utilisateurs et utilisatrices de ces technologies. De tels changements, une telle valorisation de l’innovation nécessite de développer véritablement l’enseignement supérieur pour former des travailleurs qualifiés qui maitrisent une large palette de compétences clés. De fait, cela suppose de rompre avec des décennies de libéralisation de l’enseignement supérieur marquées par le sous-financement chronique, le morcellement des formations et la non-reconnaissance du travail des étudiants.

Plus que jamais, il est nécessaire de financer massivement les universités et laboratoires publics pour stimuler l’émulation et la création, de créer un salaire étudiant dans le cadre d’une sécurité emploi-formation pour reconnaitre le travail intellectuel des étudiants et sécuriser les parcours de formation des salariés. Il s’agit aussi de conditionner réellement les aides publiques au secteur privé dans le domaine de la recherche et du développement, pour garantir la création d’emplois stables et stables et surtout la formation d’un nouveau tissu industriel en France et en Europe. Alors que l’étude économique de l’IEA a été faite conjointement avec le Fonds Monétaire International et accorde un rôle prépondérant au secteur privé et aux marchés dans son plan de relance, c’est bien le renversement des logiques de compétition auquel il faut résolument œuvrer.

La remise en cause des logiques de libéralisation et de mise en concurrence des travailleurs et des territoires depuis des décennies aux échelles européenne et mondiale est cruciale. Sans cela, il est clairement impossible de permettre par exemple un développement véritable d’un pôle efficace de l’énergie, d’un réseau ferroviaire maillant tout le territoire, d’une éducation, d’un enseignement supérieur et d’une recherche libérés des logiques de rendement immédiat qui se font au détriment des objectifs de long-terme que vise le Plan de relance durable de l’Agence Internationale de l’Énergie. Pour répondre aux enjeux clé de notre époque, pour permettre une relance industrielle et écologique, c’est bien du côté du secteur public que les solutions sont à trouver.

 

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 05:47

 

L’Humanité, avec sa plateforme numérique l’Humanité.fr, prend l’initiative de solliciter des contributions pour repenser le monde et inventer des alternatives, avec l’ambition d’être utile à chacune et à chacun. Cette démarche sera prolongée par la publication d’un hors-série à la fin de l’été et l’organisation de grands débats publics. Aujourd’hui : « Pour un printemps des communistes », par André Gérin, Député-Maire honoraire de Vénissieux.

 

 

Avec 40 années de néolibéralisme, la mondialisation et la bureaucratie financière ont fait naître une menace fatale pour les peuples, les États et les Nations. Elles tuent l’économie réelle et l’écosystème. C’est un schéma accéléré dans lequel la France s’est inscrite avec Giscard D’Estaing et depuis 1983, avec François Mitterrand qui abandonne les engagements du programme commun.

Ce schéma s’est poursuivi sous les divers gouvernements successifs et perdure encore aujourd’hui sous le gouvernement Macron. Bon an mal an, cette société où règnent l’inégalité, la précarité et la misère endémique, caractérise la logique du capitalisme occidental : les classes populaires sont plongées dans un processus de dépendance et sombrent dans la passivité. Les chiffres sont sans appel puisque des millions de citoyens font la grève des urnes, et d’autres votent dans de grosses proportions pour le Rassemblement national. Qu’en est-il du vote Rassemblement national ? De l’abstention ? Une analyse impérative dépourvue de toute complaisance doit être faite afin de comprendre sérieusement ce phénomène qui débute en 1980. À cette période, on constate une forte abstention dans les nouveaux quartiers. Quant aux quartiers ouvriers vieillissants, pour une part des électeurs communistes, leur choix se porte sur le vote FN. C’est donc le PCF qui en paie un lourd tribut. Si l’on rajoute à cela, les grandes villes que nous avons perdues depuis 30 ans, nous pourrions comprendre l’érosion de notre électorat. Face à cet état de fait, nous avons pour obligation de changer d’état d’esprit et de mentalité avec l’expérience et les leçons du XXe siècle. D’autant que le contexte géopolitique est marqué par la montée du terrorisme islamiste, des extrêmes droite fascistes et de l’ultragauche, violente et nihiliste. Après la chute du mur de Berlin, et depuis Deng Xiaoping, la Chine s’est convertie au capitalisme « made in China ». Les relations internationales sont donc marquées par la rivalité sino-américaine. Quant au capitalisme occidental, il est devenu le « colosse aux pieds d’argile » par opposition au dynamisme du capitalisme asiatique.

Les raisons sont nombreuses pour que le PCF porte, plus que jamais, la passion française du communisme et puisse la faire vivre. Le communisme social, moral et culturel est une passion tricolore, c’est notre marque de fabrique. Conscients de notre passion pour la Nation (selon la définition d’Ernest RENAN) et du bonheur, faisons la vivre. Quant à notre label « L’Humain d’abord », ce sont les valeurs et les idéaux du socialisme et du communisme qui ressurgissent. Le PCF a un projet pour la France que nous devons porter avec fierté, sans renier nos racines, notre héritage issu de la Révolution de 1789 et du mouvement ouvrier et intellectuel du XIXe siècle. Mais aussi de notre pensée nourrie de Marx, d’Engels et des courants socialistes : anarchistes révolutionnaires, réformistes et libertaires. Il y a eu également des périodes historiques marquantes telles que la République sociale en 1848, la Commune de Paris en 1970, la Révolution d’octobre en 1917 qui fut portée par Lénine. 10 jours qui ébranlèrent le monde. Aujourd’hui, la souveraineté de la France est en danger. Nos traditions républicaines, laïques et le principe de liberté sont en péril. Macron, sous de faux airs progressistes, porte la globalisation néolibérale, soit la recherche effrénée du profit à tout prix qui impose la dictature du moindre coût avec le salaire comme variable d’ajustement.

Il nous faut construire une opposition résolue et déterminée face à ce défi de civilisation. Pour nous communistes, l’union dans l’action ne doit pas avoir de limite. Ainsi, je suis convaincu de la démarche républicaine sur chaque sujet, sans a priori politique et idéologique (ex : aéroport de Paris). L’atout inédit du PCF consiste à s’adresser aux patrons de TPE, de PME, à tous les salariés, ouvriers et employés, ingénieurs, cadres et techniciens, avec de véritables relations d’échange, de coconstruction et de codécision. Les initiatives, les collectifs et les rassemblements pour l’emploi peuvent s’exercer sur tout le territoire, et s’articuler autour de la reconstruction industrielle et écologique. Notre triptyque emploi, pouvoir d’achat, sécurité doit fonctionner de pair et constituer l’ossature de tout ce que nous proposons avec notre projet pour la France. C’est notre force de frappe au cœur de la crise actuelle.

Concernant la sécurité, la situation est alarmante : violence, délinquance, immigration, mafias, islamisme. Dans beaucoup de quartiers populaires les habitants ont l’impression de ne plus reconnaître leur pays. Sans parler du chauffeur de Bayonne décédé suite à un déchaînement de violences et les émeutes de Dijon sur fond de trafic de drogues ou des violences urbaines qui se sont propagées dans toute la France des 13 et 14 juillet derniers. Parler de guerre civile aujourd’hui n’est pas illusoire. Pourtant, politiquement et médiatiquement, ce sont des questions qui sont minimisées voire ignorées malgré les violences urbaines qui se produisent chaque jour.

J’ai une conviction intime pour le PCF comme force politique, celle d’être en première ligne (en adoptant les principes de prévention, dissuasion et répression), être exigeant, sortir de l’angélisme dans lequel nous nous complaisons, bannir la politique de l’excuse et la victimisation. On ne peut pas résumer les questions du défi culturel de l’islam politique à des analyses économiques et sociales. Notre combat est d’empêcher cette lutte sans merci de l’islamisme, contre la République qui entrave l’intégration sociale. J’ai déjà tenu ces propos et je les réitère aujourd’hui : la gangrène de l’islamisme s’infiltre au cœur de la communauté musulmane française et contribue au communautarisme, installe la charia, endoctrine et contrôle les territoires que l’on nomme « les territoires perdus de la République ». D’ailleurs, lors des élections municipales qui viennent de se dérouler, des pratiques clientélistes, communautaristes et antirépublicaines ont été constatées. Elles deviennent monnaie courante et de plus en plus pratiquées à droite et par une partie de la gauche pour gagner à n’importe quel prix. Les méthodes employées sont dignes de groupes mafieux (C’est l’exemple de l’élection municipale de Bobigny en 2014 organisée sous l’égide de Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI).

Je suis inquiet, car lorsque j’ai pris connaissance du texte collectif, de la commission PCF de lutte contre le racisme et pour l’égalité, paru dans l’Humanité du 3 juillet dernier, j’ai pu constater que des questions sont déconnectées des préoccupations de la France populaire qui souffre. Je considère que nous faisons fausse route face aux enjeux géopolitiques sur la question sociale et celle de la lutte des classes. Notre préoccupation centrale doit orienter notre combat contre le processus de marginalisation des classes populaires, dans la vie politique et l’espace public. Cette orientation politique du PCF est totalement pertinente lorsque l’on voit la haine de classe, d’une partie de la classe politique et des professions intellectuelles qui renvoient les classes populaires du côté du racisme, du sexisme ou encore de la fermeture culturelle. Remettons au premier plan notre engagement l’identité sociale de toute personne, car notre prétention est de défendre les classes populaires à la fois pour nous ressourcer par un travail d’immersion militante et nous permettre d’être en adéquation avec leurs aspirations profondes La grande question est d’aller à la reconquête des abstentionnistes et de réduire l’influence du RN sans quoi nous signerons notre marginalisation comme force politique nationale (« Le PCF apparaît comme une force comme une autre » Fabien Roussel). L’élection présidentielle s’inscrit dans ce schéma. Avec notre projet pour la France, nous voulons vraiment notre pays change de cap, qu’il endigue ces 40 dernières années de néolibéralisme qui l’ont vassalisé. Pour ce faire, il faut redonner aux classes populaires et au monde du travail au sens large, la reconnaissance et la considération que notre pays leur a refusé. Ce sont des populations qui ont souvent été reléguées, méprisées, ringardisées. Dans ces conditions, qui peut leur apporter la dimension populaire dont elles ont besoin et comment ? Quelles forces politiques ? Il n’y a que le PCF pour cela où sinon c’est l’aventure assurée ! Car la dynamique de la gauche authentique ne peut se faire qu’avec l’irruption populaire faute de quoi, demain nous pourrions avoir devant nous un long et difficile chemin avec la propulsion d’un « Trump » ou d’un « Salvini » à la française, qui tenteront de tout balayer.

Pour le PCF, c’est le moment ou jamais. Il est temps, soit de représenter la France laborieuse et exister soit de disparaître à jamais. Il est l’heure de nous préparer sans attendre et de créer les conditions pour entamer la bataille des présidentielles de 2022, avec la présence du PCF. Le PCF doit reprendre sa place électorale en première division. Notre parti doit se réarmer dans sa pensée politique, philosophique et théorique pour que la France populaire pèse de tout son poids et permette la reconstruction d’une alternative politique solide à gauche, afin d’être à la hauteur du grand défi qui nous attend, d’un pays développé comme la France en rupture avec le capitalisme. Nous n’avons surtout pas envie de refaire toutes les expériences qui ont été engagées depuis 1981 et qui débouchent sur de funestes échecs.

Le moment est donc venu pour la gauche d’éclaircir ses idées de fond, dans une confrontation indispensable de l’Europe et de l’Euro, de l’écologie et la croissance, de la crise économique et de l’identité de la France pour ne pas retourner s’enliser au milieu des sables mouvants du PS de Mitterrand, Jospin, Hollande et leur rejeton Macron. Le chantier est immense. Il faudra du temps pour régler les désaccords. Des forces considérables devront être mobilisées. Elles seront déterminées et instruites des mouvements sociaux en France et dans le monde, car depuis le début du XXIe siècle, des contestations puissantes, porteuses de luttes anticapitalistes inédites pleines d’espérance, sont en train de prendre de l’ampleur. En France, en Europe et dans le monde, le PCF est largement attendu. Nous sommes fiers d’être communistes, fiers de la présence incontournable en France, d’un parti communiste en 2020, qui va fêter son 100e anniversaire du Congrès de Tours. De nouvelles responsabilités sont posées au PCF sur les questions internationales. Nous sommes interpellés pour porter, avec audace, des idées novatrices sur les valeurs et les idéaux du socialisme et du communisme. Participons à la diffusion de manière renouvelée, des idées porteuses, et ceci, dans le respect du pluralisme, politique, philosophique et religieux, du bien commun, de la justice sociale, de la solidarité et de bien être pour l’intégrité de la personne et de la planète.

 

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