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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 12:35

Une croissance nulle, 41000 demandeurs d'emploi en plus en juillet, un chômage qui touche bientôt pas loin de 5 millions de personnes et 10% des actifs (et davantage encore si on considère le nombre de familles concernées). Un effondrement de l'intérim et de l'activité dans le bâtiment. Un mal-être au travail qui persiste pour beaucoup, du fait des méthodes de management et de rentabilisation. Une accélération cet été des licenciements boursiers, des délocalisations, et des suppressions d'emploi industriel causées par la course à la profitabilité maximale: PSA, Doux, … etc.

Des dépenses de consommation des ménages qui reculent du fait de la précarité grandissante et de l'inquiétude face à la crise. Des salaires qui stagnent, en particulier dans la fonction publique où le gouvernement a voulu le gel des salaires et du point d'indice et l'absence de titularisation des précaires, alors que les coûts de l'énergie et des carburants, voire du logement et des dépenses quotidiennes, sont en augmentation. Des jeunes et des vieux qui ne parviennent plus à se soigner et parfois même à s'alimenter convenablement, comme c'est le cas d'une partie des étudiants.  

Beaucoup de Français se serrent la ceinture, beaucoup souffrent de ne pouvoir faire face à leurs charges incompressibles, beaucoup s'inquiètent de l'impact des développements de la crise pour eux et pour leurs proches.

Or, face à cette situation d'aggravation des difficultés quotidiennes des Français, des inégalités et de la souffrance sociale, la réponse du gouvernement apparaît inconsistante faute de vouloir bousculer les habitudes de "laisser-faire libéral" et de préservation des intérêts des riches, des grandes entreprises et du monde de la finance.

En témoigne aujourd'hui encore le fait que le premier ministre Ayrault assiste à l'université d'été du MEDEF parce qu'il trouve sans doute que l'urgence est de veiller à la qualité du dialogue avec le syndicat qui oriente la politique de la droite depuis 10 ans. Le verra t-on aux réunions nationales de la CGT ou de la CFDT? Rien n'est moins sûr.

Le gouvernement gesticule beaucoup, avec Valls notamment, sur la question des Roms, de la sécurité dans les quartiers, ou encore du nucléaire.

C'est sans doute pour ne pas faire l'objet des accusations traditionnelles de laxisme et d'humanisme naïf et irresponsable adressées à la gauche et pour montrer à une partie de l'électorat que sa fermeté n'a rien à envier à celle de Sarkozy, Besson et consorts. C'est aussi peut-être pour maintenir à la lisière du débat public et de l'attention médiatique les problèmes plus graves que sont la responsabilité de la préservation du consensus libéral dans l'aggravation de la souffrance sociale ou l'abandon des prérogatives démocratiques et des acquis sociaux sous-tendus par la future ratification du Traité sur la Stabilité, la coordination et la gouvernance en Europe.

Toujours est-il que cette politique d'immigration et d'asile à peine moins dure et brutale pour les personnes concernées que celle de la droite, cette gestion policière du prétendu « problème Roms », ont de quoi révolter les électeurs de gauche qui accordent la plus grande importance aux questions morales, à la générosité et à l'universalisme.

Hier, sur le site Médiapart, Laurent Mauduit analysait sans procès d'intention ni complaisance la politique économique et sociale suivie par le gouvernement et Hollande depuis 3 mois et demi, politique du renoncement, de la demi-mesure et de la conservation des équilibres anciens qui explique la chute de popularité importante de l'exécutif, dont les décisions timides sont en décalage avec les attentes des électeurs de gauche et avec la gravité de la situation que vivent les gens.

Je me permets ici de citer abondamment l'article de Laurent Mauduit, qui reprend quelques-unes des annonces les plus emblématiques du gouvernement en les rapprochant des promesses électorales et des enjeux de la situation sociale.

 

I.D

 

"Le renoncement au gel des prix des carburants

 

Les prix des carburants à la pompe ont fait l’objet de l’un des principaux engagements de François Hollande pendant la campagne présidentielle. Dans le souci de protéger le pouvoir d’achat des Français, qui est en baisse, le candidat socialiste a promis un blocage provisoire des prix à la pompe, en très forte hausse. À l’époque, Nicolas Sarkozy a dénoncé cette mesure, la jugeant démagogique, mais François Hollande a tenu bon. À juste titre : alors que les compagnies pétrolières affichent toutes des profits insolents malgré la crise, et ne paient que très peu d’impôt en France – et même pas du tout, dans le cas de Total –, il était économiquement possible et socialement équitable que ces mêmes compagnies soient enfin mises à contribution et resserrent un peu leurs marges bénéficiaires pour offrir aux automobilistes une stabilité des prix à la pompe dans un contexte de nouvelle envolée des cours des matières premières.

En clair, il était possible et juste que ces compagnies pétrolières soient les seules à en être de leurs poches (qui sont pleines). Mais voilà ! Le gouvernement a finalement décidé qu’il en irait autrement et que ce ne serait pas un gel provisoire des prix qui interviendrait – dans l’attente d’un mécanisme de régulation plus pérenne – mais une baisse des taxes fiscales sur les carburants, complétée par un effort des compagnies pétrolières sur les prix.

Quelle différence ? Elle est majeure, car dans ce dernier cas, les compagnies pétrolières feront un petit effort, mais ce sera surtout l’État qui en sera de sa poche, lequel État devra, sous la contrainte d'une réduction à marche forcée des déficits publics, compenser ce manque à gagner par des hausses d’autres impôts ou des réductions de dépenses. En clair, ce que l’État va donner d’une main aux automobilistes, il va nécessairement le reprendre de l’autre aux ménages.

Cela n’a donc plus grand-chose à voir avec la promesse cent fois répétée par François Hollande pendant la campagne présidentielle : les compagnies pétrolières seront partiellement épargnées ; et les ménages financeront d’une façon ou d’une autre une bonne partie du cadeau qu'on leur avait fait miroiter. Sans déformer les faits, on peut même dire que le gouvernement fait l'exact contraire de ce que François Hollande avait annoncé.

  

 Le renoncement au doublement du plafond du Livret A

 

Pendant la campagne présidentielle, le candidat socialiste avait fait une autre promesse : il s'était prononcé en faveur d'un doublement du plafond du Livret A, actuellement fixé à 15 300 euros. On comprend sans peine l’enjeu de cette mesure. Au cours de ces cinq dernières années, Nicolas Sarkozy a malmené ce produit d’épargne favori des Français, qui a longtemps rempli une double fonction d’intérêt général, en garantissant une rémunération protégée de l’épargne populaire et en permettant, grâce à l’épargne ainsi collectée, le financement du logement social. D’abord, la droite a procédé à une « banalisation » du Livret A, en élargissant sa distribution à toutes les grandes banques privées ; ensuite, elle a remis en cause le système de centralisation des fonds auprès de la Caisse des dépôts et a donc fait peser des menaces de plus en plus fortes sur le financement du logement social.

Durant la campagne, François Hollande n’a donc pas avancé une proposition véritablement révolutionnaire en se bornant à promettre un doublement du plafond des dépôts sur le Livret A. Il s’est ainsi bien gardé de suggérer dans la foulée de remettre en cause la « banalisation » du Livret A. Mais enfin, ce doublement du plafond était indéniablement un signe positif : le candidat socialiste apportait ainsi la preuve qu’il était attentif à la rémunération de l’épargne populaire et au financement du logement social.

Seulement voilà, là encore, les choses ne se passent pas exactement comme elles avaient été annoncées. Les grandes banques privées ont fait savoir tout le mal qu’elles pensaient de cette réforme, qui risque de renforcer la concurrence au détriment des placements financiers qu’elles offrent à leurs clients. Dans l’immédiat, le gouvernement a donc décidé de ne mettre que partiellement en œuvre la réforme promise : au lieu de la hausse de 100 % promise du plafond, c’est donc une majoration de 50 % seulement qui vient d’être annoncée voilà quelques jours, majoration qui doit intervenir en deux étapes d’ici la fin du mois de décembre, 25 % en septembre et 25 % en fin d'année.

Est-ce à dire que la réforme ne sera pas conduite ultérieurement à son terme ? On peut le supposer, même si la gouvernement s’est gardé de répondre clairement à la question. Or, comme les fonds ainsi collectés doivent servir à financer non seulement le logement social mais aussi les projets de développement des collectivités locales dont Dexia, en faillite, n'assure plus les financements, cette reculade partielle du gouvernement pourrait avoir des répercussions financières et sociales préoccupantes.

Une « révolution fiscale » tempérée

Si le gouvernement a honoré les engagements pris sur la remise en cause des cadeaux fiscaux offerts lors du quinquennat précédent par Nicolas Sarkozy à la fraction la plus riche de sa clientèle électorale, de nombreuses inconnues pèsent encore sur la politique fiscale qu’il entend suivre, inconnues qui seront partiellement levées dans les prochains jours, quand sera connu le détail des mesures inscrites dans le projet de loi de finances pour 2013.

La principale inconnue a trait à la « révolution fiscale » promise par les socialistes et qui devait prendre la forme d’une fusion à terme de la Contribution sociale généralisée (CSG) et de l’impôt sur le revenu. En clair, il s’agissait d’une réforme majeure, visant à recréer en France un véritable impôt citoyen, un impôt général et progressif sur tous les revenus. La proposition figurait dans le projet du PS au printemps 2011 et a été retenue dans le projet de François Hollande. Or de cela, il n’est plus question. Nul, dans les sommets du pouvoir, n’a dit que la réforme était enterrée, mais cela revient presque au même puisqu'elle n’a plus jamais été évoquée depuis la victoire du candidat socialiste.

Signe révélateur, Jean-Marc Ayrault n’en a ainsi pas fait mention début juillet, dans sa déclaration de politique générale, lorsqu’il a énuméré les grands chantiers du quinquennat ). L’hypothèse d’un abandon de la mesure phare de la réforme fiscale promise par les socialistes s’est renforcée en juillet quand, enfourchant de manière imprévue le combat de Nicolas Sarkozy en faveur d’un allègement du coût du travail en faveur des employeurs, François Hollande a suggéré qu’une hausse de la CSG pourrait venir compenser un allègement de certaines cotisations sociales des employeurs. Certes, ce projet, qui a été très mal accueilli à gauche, semble depuis avoir été mis en sommeil, mais il fonctionne comme un révélateur : dans tous les cas de figure, le gouvernement ne peut pas réfléchir simultanément à une hausse de la CSG et à une fusion de cette même CSG et de l’impôt sur le revenu. L’embardée de François Hollande sur ce chantier de la compétitivité des entreprises semble donc confirmer que, dans tous les cas de figure, la « révolution fiscale » n’est plus d’actualité.

D’autres inconnues, un peu similaires, pèsent sur les réformes fiscales annoncées pour le court terme. Il est ainsi acquis que le projet de loi de finances pour 2013 mettra en œuvre la création voulue par François Hollande de deux nouveaux taux pour l’impôt sur le revenu, l’un à 45 % pour les revenus imposables supérieurs à 150 000 euros et l’autre à 75 % au-delà de 1 million d’euros. On sait toutefois que cette dernière réforme est purement cosmétique : ne devant toucher qu’à peine 2 000 contribuables pour un gain ne dépassant pas 200 millions d’euros, elle ne sera de nature qu’à frapper les imaginations et ne modifiera presque pas le paysage fiscal français.

Le nouveau pouvoir semble donc manifester une grande timidité fiscale. Évoquant des sources gouvernementales, plusieurs médias suggèrent même que ce nouveau taux de 75 % ne devrait pas rester longtemps en vigueur.

 

Grandes manœuvres autour de l’ISF

 

Autre prudence : le journal Les Échos a récemment révélé qu’à la faveur du projet de surtaxe exceptionnelle à laquelle les contribuables à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) vont être assujettis cet automne, pour les contribuables les plus fortunés, le gouvernement pourrait réformer le barème de ce même ISF pour passer d’un système d’imposition par tranches actuellement en vigueur (de 0,5 % à 1,8 % suivant le montant du patrimoine) à un impôt adossé à un taux unique moyen, sans doute de 0,8 %. En quelque sorte, l’ISF cesserait d’être un impôt progressif pour devenir un impôt proportionnel. Si cette piste se confirme, ce qui n'est pas encore définitivement arbitré, elle serait de très grande portée. Car en rupture avec les valeurs fondatrices de la République (et notamment l’article de 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen).

Truffé d’exonérations et d’abattements divers, l’impôt sur le revenu a cessé depuis longtemps d’être un impôt progressif et est même devenu au fil des ans un impôt dégressif, pesant relativement moins sur les hauts revenus que sur les bas – c’est d’ailleurs précisément pour cela que la gauche appelait de ses vœux une « révolution fiscale ». Et le seul impôt progressif qui subsistait dans le système français des prélèvements obligatoires était l’ISF.

Alors, si là encore le principe de progressivité était mis en cause – on sera fixé dans les prochains jours –, l’évolution serait pour le moins préoccupante. En lieu et place d’une révolution fiscale, on assisterait à... une contre-révolution fiscale ! Ou à tout le moins, un autre principe gagnerait du terrain, celui de la « flat tax »…

Sous la pression du très réactionnaire Conseil constitutionnel, un autre projet chemine – sur lequel on sera aussi fixé dans les prochains jours : celui de l’instauration possible d’un « plafond » d’imposition au profit des contribuables les plus fortunés. Le gouvernement franchira-t-il ce pas, comme l'évoquent de nombreux médias qui ont recueilli les confidences des conseillers de Bercy et de Matignon ? Il faut attendre pour en juger, mais ce serait évidemment hautement symbolique, tant sont présentes dans les mémoires les critiques violentes (et justifiées !) portées par toute la gauche contre le célèbre « bouclier » fiscal de Nicolas Sarkozy.

La hausse riquiqui du Smic

Tous ces atermoiements ont été précédés par une première mesure, dans les premiers jours de l’alternance, qui a suscité beaucoup de déception à gauche et dans le mouvement syndical : une hausse minuscule du Smic. Que l’on se souvienne ! Accédant à l’Élysée, François Hollande avait plein de bonnes raisons de relever fortement le salaire minimum. Pour une raison politique : c’était un moyen de confirmer au « peuple de gauche » qu’il resterait fidèle à son électorat, et notamment aux plus modestes. Pour une raison d’équité sociale : pendant les cinq années précédentes – fait sans précédent –, Nicolas Sarkozy n’avait procédé à aucun « coup de pouce » et François Hollande avait donc une opportunité de réparer une injustice. Enfin, pour une raison économique : dans une conjoncture déprimée, marquée par un effondrement du pouvoir d’achat et une stagnation de la consommation, le nouveau chef de l’État avait le moyen d’apporter la preuve qu’il entendait engager une politique de la demande pour stimuler la croissance.

Et pourtant non ! On sait ce qu’il en est advenu : au 1er juillet, le Smic n’a été revalorisé que de 2 %, soit, hors inflation, un « coup de pouce » de seulement 0,6 %, ce qui correspond à un gain net pour les smicards de l’ordre de 6,45 euros par mois ou, si l’on préfère, d’environ… 20 centimes par jour. 

 

Une politique budgétaire d’austérité

 

Dès la fin juin, à la même époque que l’arbitrage sur le Smic, le gouvernement a révélé qu’il conduirait une politique budgétaire d’austérité, avec des normes d’évolution pour les crédits aussi draconiennes que sous Sarkozy. Cela a transparu dès les premières « lettres de cadrage » de Jean-Marc Ayrault, fixant des priorités budgétaires pour 2013-2015. On a appris à cette occasion que tous les crédits d’équipement du budget de l’État baisseraient de 15 % sur ces trois années, tout comme les crédits d’intervention qui regroupent notamment les crédits sociaux de l’État. Au travers du projet de loi de finances pour 2013, qui sera dévoilé courant septembre, on aura la confirmation que ce cap de l’austérité est maintenu.

 

Des nominations discutables ou choquantes

 

Faits symboliques, ce cours inattendu de la politique économique a connu des prolongements au travers de nominations discutables ou choquantes dans le domaine de la vie économique. Ancien bras droit pour la presse du banquier d’affaires Matthieu Pigasse, David Kessler a ainsi été coopté à l’Élysée en juin comme conseiller pour superviser le même secteur, malgré les évidents conflits d’intérêts que cela génère. De même, Pierre Lescure, tout engagé qu’il soit dans la vie des affaires parisienne, s’est vu confier une mission de réflexion sur Hadopi, avec à la clef des risques de conflits d’intérêts tout aussi préoccupants. Enfin, François Hollande a pris la lourde responsabilité de porter son ami personnel (et ancien ministre de Nicolas Sarkozy) Jean-Pierre Jouyet au poste très influent de directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) , malgré, là encore, de graves conflits d’intérêts.

En bref, la politique économique commence à suivre un cours pour le moins inattendu. Et les nominations, pour la superviser, tout autant…

 

 

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 10:12

Le "traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'Union économique et monétaire" va faire l'objet d'un vote au Parlement à la fin du mois de septembre et Hollande et le gouvernement Ayrault ont déjà annoncé aux députés de leur majorité qu'il n'était pas question de s'abstenir ou de voter non, alors que la mention tardivement ajoutée de l'impératif de croissance dans un Traité qui impose la contraction budgétaire et la rigueur est purement formelle. Ce traité européen conçu par Merkel et Sarkozy pour servir de verrou austéritaire rassurant les marchés en contrepartie de l'aide apportée par les Etats européens aux pays les plus endettés de la zone euro, remet en cause profondément l'avenir de l'Etat social et le respect de la souveraineté populaire.

Ce traité prévoit le contrôle du budget par une autorité extérieure au Parlement et au gouvernement et la limitation constitutionnelle (la fameuse "règle d'or") du déficit annuel à 0,5% pour toutes les administrations publiques (Etat, collectivités territoriales, Sécurité Sociale, entreprises publiques) sous peine de très lourdes sanctions financières et d'une mise sous tutelle des Etats par la commission européenne et la Cour de justice européenne.

L'an passé, on était déjà au-dessus des 4% de déficit annuel/ PIB: jugez de la brutalité de la politique de rigueur, de démantèlement des droits des salariés, de privatisation des services publics et de la solidarité, de hausse des impôts pour les couches moyennes et populaires qu'il va falloir conduire pour atteindre ces objectifs qui correspondent aux injonctions de la finance et de ses serviteurs néo-libéraux. Les Grecs, les Espagnols, les Italiens, les Portugais qui sont déjà soumis à de tels oukazes austéritaires, ne parviennent pas à s'y plier, et la dette pèse d'autant plus à cause de la récession et de la souffrance sociale généralisée causée par l'hyper-austérité.  

La domination d'un tel traité sur les politiques publiques donnerait de bonnes excuses à la gauche réformiste et libérale pour mener à un peu près la même politique que la droite partout en Europe, ce qui viderait de tout contenu de changement l'alternance politique.  

Il est inconcevable que des progressistes attachés au respect de la démocratie, au maintien et à la progression des solidarités et des services publics puissent accepter ce texte qui, concrètement, ne permettra pas de sortir l'Europe de la crise parce qu'il ne s'attaque pas à ses vrais causes: non l'endettement public essentiellement, mais les politiques néo-libérales de mise en avant systématique des intérêts des banques (avec des Etats obligés d'emprunter auprès d'elles et une BCE qui se met à leur service) et d'assèchement des recettes fiscales et des caisses sociales de solidarité au non du moins d'impôt. Si les Parlements nationaux, qui sont soumis à la sanction du vote, sont complètement dépossédés de leurs compétences budgétaires et financières au profit de la Commission européenne et non du Parlement Européen, la politique économique et sociale des Etats sera dictée par des technocrates influencés par les lobbys financiers et non par des élus responsables devant les citoyens.

 

Comme l'écrit Patrick Le Hyaric dans son éditorial de L'Humanité dimanche du 23 août, "un gouvernement de gauche ne peut se satisfaire d'un tel traité qui n'est pas le sien puisqu'il a été coécrit par M.Sarkozy et Mme Merkel. L'accepter reviendrait à s'amputer de la possibilité de mener une politique sociale, économique et écologique au service des travailleurs, des jeunes, des créateurs et chercheurs, des retraités, en résistant aux violentes pressions de la finance. Il est encore temps de se raviser pour créer les conditions d'un débat et d'une mobilisation populaire européenne contre le traité austéritaire qui assassine la République et fracasse l'Europe contre le mur de l'argent".

 

Nationalement, le Front de Gauche a initié la campagne contre ce texte en tentant cet hiver, sans succès manifeste, de sensibiliser l'opinion aux enjeux du Mécanisme Européen de Stabilité, sa contrepartie qu'ont voté sans état d'âme 90% des députés socialistes tout en prétendant, pour certains tel Jean-Marc Ayrault, qu'il pourrait y avoir un remodelage du Pacte budgétaire Sarkozy-Merkel ou un référendum à son sujet.  Aujourd'hui, une partie des militants et députés d'Europe Ecologie les Verts semblent également près à refuser de voter ce texte, et chez les militants de la gauche du PS, on doit grincer des dents en observant les positions de repli consensuel et opportuniste de Montebourg et Hamon.

Mais, qu'importe ces jeux politiques, l'important est que le peuple s'empare de cette question qui est décisive quant à sa capacité à continuer à se gouverner lui-même et à préserver des systèmes de solidarité conquis grâce à la lutte sociale et la mobilisation citoyenne.  

 

Comme un samedi du début du mois d'août, des militants PCF Morlaix étaient présents sur le marché ce samedi 24 août pour expliquer les dangers de ce nouveau traité européen ultra-libéral et faire signer une pétition de L'humanité pour exiger un référendum sur ce traité budgétaire qui contredit des articles de la Constitution et réduit la souveraineté populaire. 112 signatures ont été recueillies pour l'instant sur Morlaix, rien qu'avec une présence sur le marché deux matinées. La pétition en ligne du journal L'Humanité a recueilli elle déjà 11000 signatures au niveau national. Le lien: www.humanite.fr

Le samedi 8 septembre, c'est au sein du Front de Gauche que nous distribuerons un tract contre le pacte budgétaire et pour exiger le référendum, avec signature de la pétition de "L'Humanité", et nous tenterons d'organiser un débat public la semaine suivante avec d'autres organisations pour faire connaître les enjeux du texte à plus grand nombre possible. Une rencontre avec le député Gwenegan Bui, une manifestation le jour du vote, sont également des actions envisageables.

 

Surtout, ne lâchons rien et faisons grandir la pression sur la majorité de centre-gauche au pouvoir pour qu'elle n'oublie l'aspiration au changement qui explique son élection.   

 

Ismaël Dupont       

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 08:48

 

Roms : Ne pas en rester aux effets d'annonce

 

Après les années de lutte au côté des associations de défense des migrants Roms, le Parti communiste se félicite de sentir le souffle d'une volonté affichée de changement. L'annonce de la suppression de la taxe de 700 euro du par les employeurs pour chaque embauche de Roms est à cet égard une bonne nouvelle.
Toutefois, l'absence de moratoire sur les expulsions et de remise en cause des contraintes administratives pour accéder à un emploi provoque notre inquiétude. Rien ne serait plus décevant que de voir croître le nombre d'expulsions et de démantèlement de camps sans la mise en place de réelles solutions alternatives. Comme la Commissaire européenne à la Justice Viviane Reding, nous incitons vivement le gouvernement à aller au bout des ses intentions.

Aussi, le PCF propose :

  • L'adoption immédiate d'un moratoire sur les expulsions.
  • L'arrêt des discriminations au regard du droit du travail.
  • L' organisation de tables rondes départementales associant représentants du gouvernement, élus des collectivités territoriales et associations qui agissent auprès des familles.

Il faut pour aller de l'avant, s'appuyer sur les expériences menées dans des villes et des départements. Ce n'est pas d'effet d'annonce dont les Roms ont besoin, mais d'annonces ayant des effets. Le droit au travail, le droit au logement, le droit à l'école et à la santé sont les conditions d'une vie digne du pays des droits de l'Homme.

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 08:43

Roms/réunion interministerielle : le PCF attend des décisions à la hauteur d'une politique de gauche

 

 

Le gouvernement vient de décider de tenir une réunion interministérielle au sujet des Roms présents en France.

Le PCF se félicite de cette initiative et attend de cette réunion des décisions à la hauteur des valeurs que doit porter la gauche. Nous ne pouvons accepter de ce gouvernement ce que nous avons refusé hier de Sarkozy.

Cependant, l’inexactitude de l’analyse du ministre de l’intérieur, pour qui l’exode de Roms de Roumanie et de Bulgarie ne serait dûe qu’aux discriminations, est inquiétante. Certes les discriminations qui touchent les populations dans ces pays doivent être combattues fermement, mais les migrations de ces familles sont tout autant dues à la misère et à la dégradation des économies et des politiques sociales.

Le PCF exige que les mesures transitoires soient immédiatement levées par la France pour enfin permettre l’égal accès au travail. Un moratoire sur les expulsions doit être décidé.

Reconnaitre le droit au travail, le droit de circulation, ansi que leur statut européen implique que l’on cesse de les chasser, de les expulser des bidonvilles et des squats. En mettant ces populations à la rue, en ajoutant de la précarité à la précarité, aucune solution ne peut être trouvée pour combattre ce mal logement. La scolarisation et le droit à l’hygiène doivent être une priorité.

Des tables rondes départementales doivent être organisées avec les associations qui agissent auprès des familles. Le gouvernement engagera avec les associations et les collectivités territoriales un bilan des expériences menées dans des villes et des départements.

Cette réunion interministérielle doit donc aboutir sur une politique adaptée à la situation, avec des engagements précis et un calendrier de travail, en collaboration avec les associations et les élus.

Une politique de gauche ambitieuse doit faire de cette question l’une des démonstrations de sa détermination à agir avec les citoyens contre la misère, les précarités, le mal logement et les discriminations.

 

Parti communiste français

 

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 08:36

Il est toujours réjouissant de voir un homme politique honorer ses promesses électorales. Encore faut-il en tirer toutes les conséquences. On se souvient que, pendant sa campagne électorale, François HOLLANDE s’était vertueusement élevé contre le niveau excessif des salaires des hauts dirigeants d’entreprises, y compris du secteur public.

Et de promettre d’y mettre bon ordre s’il était élu. Cet été le gouvernement a donc pris la décision de limiter à 450 000 euros par an (37 500 € par mois) le salaire des dirigeants des organismes et entreprises publics. On se souvient également que le coefficient multiplicateur de 1 à 20 entre les salaires les plus bas et les plus élevés fut à maintes reprises affirmé pendant cette campagne. On ne peut pas soupçonner ce grand défenseur de la justice sociale d’être préoccupé d’assurer un salaire « décent » aux seuls grands dirigeants du secteur public.

 Il est donc certain que, très rapidement, les plus bas salaires du secteur public vont être portés à 1 875 € par mois (37 500 : 20) … et que très rapidement cette mesure (au nom de l’égalité) sera étendue au SMIC.

On peut toujours rêver … mais il est certainement plus efficace de se battre ensemble pour une répartition des richesses qui permette à chacun-e- de vivre dignement.

21.08.2012

Alain DAVID

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 12:20

 

 

Et la défense de la proximité ?

 

On apprend qu’à l’initiative de Manuel Valls, ministre de l’intérieur et de Didier Guillaume, vice-président socialiste du Sénat, une révision de la carte des 238 sous-préfectures est à l’étude avec comme objectif des économies et donc un certain nombre de suppressions.

 

Le ministre et son camarade de parti se préparent ainsi à suivre la recommandation de la Cour des Comptes qui indiquait, dans un rapport récent, qu’il fallait « adapter la carte des arrondissements aux réalités socio-démographiques et administratives actuelles ». Ce qui, en langage ordinaire et sans langue de bois, veut dire : « au dessous d’un certain niveau de population on ferme ».

 

Selon Le Télégramme.com du 6 août seraient concernées, menacées serait plus juste, les sous-préfectures de Châteaulin, Morlaix, Lannion, Pontivy, …

 

Il fut un temps pourtant où certain-e-s n’avaient à la bouche que « démocratie » et « proximité ». Aujourd’hui, bien à l’aise dans leurs fauteuils ou dans les ors de la République, ils et elles ont changé de chanson. Maintenant c’est la rigueur qui est à l’ordre du jour. Même si on se fait taper sur les doigts lorsqu’on prononce ce mot proscrit.

 

L’éloignement des services de l’état et des difficultés d’accès accrues pénaliseront, bien entendu, l’ensemble de la population. Mais plus particulièrement les plus fragiles, les plus démunis, celles et ceux qui ne peuvent pas se déplacer, qui n’ont pas de voiture ou de permis… ni internet. C’est une atteinte à l’égalité de tous à l’accès aux services de l’Etat. Certain-e-s le disaient haut et fort (et à juste titre) lorsque Sarkozy et sa ministre de la justice avaient décidé de fermer le tribunal de Morlaix. Leur mémoire serait-elle défaillante ? A moins qu’il ne faille craindre que cela soit une étape supplémentaire vers le transfert aux collectivités locales (déjà pressurées et à bout de souffle financier) et/ou la privatisation de certaines missions de l’Etat… avec de juteuses perspectives de profit.

 

Il y a aussi une certaine incohérence, pour des raisons uniquement financières, à diminuer ainsi les moyens de l’Etat. La défense de l’emploi et la réindustrialisation de notre pays sont proclamées, à juste titre , comme des priorités du gouvernement. Pour y répondre les territoires, les collectivités locales et leurs élu-e-s, les populations ont besoin d’un Etat présent. Ils ont besoin de disposer de moyens performants, proches et accessibles pour mener à bien leur action. C’est le contraire de ce qui se prépare pour des raisons strictement comptables. Les associations d’élus ne s’y sont pas trompées en s’opposant immédiatement à ce néfaste projet.

Espérons que, là encore, l’objectif ne soit pas d’ouvrir encore davantage de gigantesques marchés à des bureaux d’études « amis ». Aux frais des contribuables bien entendu.

 

Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, on voit la nécessité que le peuple fasse entendre sa voix et ne délègue à personne le soin de défendre son avenir.

 

Alain David

11.08.2012

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 16:14

Lors de la campagne électorale le candidat Hollande s’était engagé à renégocier le traité de pacte budgétaire. Ce traité durcit encore les traités de Maastricht et de Lisbonne. Mettant, s’il est appliqué, les états sous tutelle de la commission européenne et instaurant l’austérité à perpétuité.

 Malgré une promesse formelle il n’en a rien été et il est envisagé de faire valider ce traité par voie parlementaire.

 Seul le peuple souverain peut décider de son avenir. C’est pourquoi il faut un grand débat public sur les orientations européennes et un référendum pour approuver ou rejeter ce traité.

 

A cet effet les militants communistes seront samedi matin 4 août, devant la mairie et sur le marché pour faire signer une pétition demandant au gouvernement d’organiser ce débat et ce référendum.

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 05:58

Pourquoi ne pas voter la confiance au gouvernement? Le discours d'André Chassaigne pour le groupe parlementaire du Front de Gauche.  

 

M. le président.La parole est à M. André Chassaigne, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

M. André Chassaigne. Dois-je attendre M. le Premier ministre ?

M. Nicolas Sansu. Ce serait respectueux qu’il soit là !

M. André Chassaigne. Monsieur le président, messieurs les ministres, chers collègues, lors des scrutins de ce printemps, les Français ont souhaité tourner la page de dix années de politique de droite.

Ils ont sanctionné une méthode de gouvernement brutale et inconséquente. Ils ont aussi exprimé leur défiance à l’égard d’une politique économique incapable de juguler la hausse du chômage et de relancer l’économie, une politique qui a aggravé les effets de la crise par la multiplication de mesures d’austérité. L’échec est patent et le bilan du dernier quinquennat calamiteux. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

La Cour des comptes soulignait hier que la dette a augmenté ces cinq dernières années de près de 600 milliards d’euros, soit une hausse de plus de 40 %. La crise n’explique pas tout. Elle n’a pesé que pour un peu plus d’un tiers dans le déficit actuel. Le niveau des dépenses publiques n’est pas non plus en cause : leur part dans la richesse nationale n’a cessé de diminuer depuis quinze ans.

Les causes des difficultés sont à chercher ailleurs, dans les choix politiques désastreux opérés en matière budgétaire et fiscale : l’allégement de la fiscalité des plus fortunés, les quelque 172 milliards d’euros de niches fiscales et d’exemptions sociales accordées aux entreprises, notamment les plus grandes d’entre elles, sans la moindre contrepartie en matière d’emplois.

Indépendamment de la détérioration des comptes publics, faut-il rappeler que le chômage touche aujourd’hui près de cinq millions de nos concitoyens ? Faut-il rappeler que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de plus de 20 % depuis 2002, parmi lesquelles un nombre croissant de travailleurs pauvres ? Faut-il rappeler aussi que les plans sociaux se multiplient, tandis que notre balance commerciale affiche un déficit de quelque 70 milliards d’euros ?

C’est donc bien d’urgence sociale et économique qu’il faut parler.

Aussi, ce que les Français attendent de nous, ce n’est pas que nous nous engagions dans la spirale de la rigueur, mais que nous œuvrions au contraire à la relance de l’activité, que nous nous émancipions des approches comptables pour bâtir les instruments d’une nouvelle donne économique et sociale. Ce qu’ils attendent, c’est que s’ouvrent des perspectives nouvelles, dans le souci de l’intérêt général et dans le respect des principes d’égalité et de justice.

Nous ne le dirons jamais assez : nous n’avons pas le droit de décevoir cette espérance de changement. Nous avons une obligation de résultat.

M. Marc Dolez. Très bien !

M. André Chassaigne. Nous formulons pour cela des propositions de nature à sortir le pays de la crise et à répondre aux attentes.

Parmi ces propositions figure, bien entendu, la réorientation promise de la politique européenne. À cet égard, les conclusions du sommet européen qui s’est tenu la semaine dernière ne sont guère encourageantes. Ce sommet a certes permis la mise en place du pacte de croissance que le chef de l’État appelait de ses vœux, mais sa portée est trop modeste. Ce paquet de quelque 120 milliards d’euros, niché en annexe des conclusions du Conseil européen, n’aura pas la force juridique du pacte budgétaire.

M. Marc Dolez. Absolument !

M. André Chassaigne. L’enveloppe, constituée pour moitié de fonds déjà votés, ne représente au total que 1 % du PIB européen. Cela ne suffira pas à exercer l’effet de levier attendu sur l’activité.

Cette maigre avancée se paie surtout de contreparties que nous jugeons dangereuses, disons même inacceptables. Le donnant-donnant conclu à Bruxelles laisse en l’état le fameux pacte budgétaire. Destiné avant tout à rassurer les marchés financiers, ce traité ne s’attaque à aucune des causes de la crise actuelle. Il en aggrave au contraire les conséquences en durcissant les politiques d’austérité et en consacrant la mise sous tutelle européenne des politiques économiques et budgétaires nationales.

M. Jean-Jacques Candelier. Il a raison !

M. André Chassaigne. D’ores et déjà, monsieur le Premier ministre, une grande partie de vos annonces d’aujourd’hui subiront le couperet de ce traité européen. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.)

Nous n’avons, pour notre part, cessé de le dénoncer et continuerons à le faire. François Hollande avait lui-même souligné la nécessité de le renégocier afin de permettre à la Banque centrale européenne de financer directement les États et de mettre en place des instruments de coopération et de solidarité.

Ces propositions allaient dans le bon sens. Il est indispensable en effet que la BCE fasse usage de son pouvoir de création monétaire pour refinancer les besoins d’emprunt des États européens, développer les services publics, favoriser le développement social et la transition écologique.

Il n’est pas moins indispensable d’œuvrer à 1’harmonisation des normes sociales et fiscales, de mettre un terme à la concurrence fiscale et sociale qui détruit des centaines de milliers d’emplois et s’attaque, au nom de la compétitivité, au cœur de notre modèle social.

Vous venez de confirmer, monsieur le Premier ministre, la demande du Président de la République de faire ratifier rapidement par le Parlement le pacte budgétaire. Nous estimons quant à nous qu’il est indispensable que les citoyens soient consultés par référendum. Seul un débat démocratique avec une large participation populaire peut légitimement trancher sur la nécessité de nous conformer à un traité qui bafoue la souveraineté du peuple. La vraie question qu’une majorité de nos concitoyens se posent est de savoir quelle politique mettre en œuvre au plan national et européen pour éviter que les marchés n’imposent leur loi aux États. Le retour à l’équilibre budgétaire qui sert en ce moment à justifier dans l’Europe entière les politiques de réduction des dépenses publiques n’est qu’un leurre. On ne sortira pas de la spirale actuelle en enfonçant les économies dans la récession. Rien n’oblige, à part les exigences drastiques des marchés financiers, à revenir en quelques années à l’équilibre alors que nous vivons dans des situations de déficit depuis des dizaines d’années ! La sagesse commande au contraire de réviser ce calendrier, de se doter d’un plan à court terme pour réduire le déficit public, d’étaler le redressement et de le construire sur des bases saines. L’enjeu est de faire reposer ce redressement sur la croissance, l’investissement et l’emploi.

Vous avez dévoilé, monsieur le Premier ministre, quelques-unes des lignes directrices de votre future politique de rééquilibrage fiscal. Le relèvement de la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu, le rétablissement du barème de l’ISF, la disparition du dispositif d’exonération des charges sociales sur les heures supplémentaires pour les entreprises de plus de vingt salariés, l’imposition des revenus du capital au même niveau que ceux du travail, l’instauration d’une taxe de 3 % sur les dividendes distribués aux actionnaires, autant de mesures qui vont dans le bon sens, comme la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale.

Mais il est essentiel d’engager une réforme encore plus profonde et globale de la fiscalité, afin de la rendre plus redistributrice, plus juste et plus efficace économiquement. Nous devons renverser la logique actuelle, rétablir la progressivité de l’impôt sur le revenu par une refonte du barème, réduire l’influence des impôts proportionnels comme la TVA, impôt injuste par excellence, supprimer la TVA sur les produits de première nécessité, faire cesser ce scandale qui veut que 80 % des revenus du capital échappent aujourd’hui à l’impôt sur le revenu.

Nous nous réjouissons de l’annonce de la suppression de la TVA dite sociale, qui n’avait d’autre but que de permettre aux entreprises de se défausser de leur part de la solidarité nationale. Mais en ce domaine aussi, nous devons être porteurs d’une autre ambition. Les allègements de cotisations sociales atteignent aujourd’hui 30 milliards. La Cour des comptes estime que les trois quarts de ces allégements ne bénéficient pas à l’emploi. Nous devons en tirer les conséquences. Ce qui coûte à l’économie, ce qui plombe les comptes sociaux, ce n’est pas le coût du travail, c’est la part croissante de la richesse produite versée en intérêts et dividendes.

M. Jean-Jacques Candelier. Tout à fait !

M. André Chassaigne. En quinze ans, la part des dividendes dans la valeur ajoutée des entreprises est passée de 24 à 36 %. C’est la preuve qu’existe en France non pas un problème de coûts salariaux, mais un problème de coûts financiers. Comme le rappelait récemment l’économiste Jean-Marie Harribey, un sixième de la rémunération du capital suffirait aujourd’hui à couvrir les besoins de financement de la sécurité sociale !

Pour redresser nos comptes publics et sociaux, l’exigence est de mettre un terme à cette confiscation de la richesse nationale. Pourquoi ne pas moduler l’impôt des entreprises selon qu’elles investissent et créent des emplois ou bien versent des dividendes ? Pourquoi ne pas plafonner les salaires des dirigeants d’entreprises comme des opérateurs de marché ? Il ne s’agit pas simplement de moraliser le capitalisme, mais aussi de promouvoir une autre répartition des richesses entre capital et travail.

Nous avons conscience que la mise en œuvre d’une fiscalité plus juste et plus efficace ne suffira pas à résorber le déficit. Mais nous ne croyons pas aux vertus de la baisse des dépenses. Dans votre lettre de cadrage aux ministres, monsieur le Premier ministre, vous recommandez de stabiliser en valeur les dépenses de personnel. La Cour des comptes recommande, quant à elle, de faire reposer cette stabilité sur la réduction de 30 000 postes et sur le gel du point d’indice. Je le dis tranquillement : après l’annonce d’une hausse minimaliste du SMIC, c’est une seconde très mauvaise nouvelle. Comment en effet prétendre relancer la croissance en en éteignant tous les moteurs possibles ? Où sont les perspectives, sans hausse des salaires, sans investissement public, sans mobilisation du crédit bancaire, sans relance de l’emploi industriel ?

À l’instar des économistes Paul Krugman et Richard Layard, qui ont publié dans le Financial Times un manifeste pour le « retour à la raison économique », nous pensons que d’autres choix sont possibles. Renégocier, nous l’avons dit, le pacte budgétaire européen, remettre la main sur les leviers du secteur bancaire par la création d’un pôle public bancaire et financier pour mobiliser l’argent nécessaire, engager une réforme fiscale très profonde.

Face à la multiplication des plans sociaux – ne serait-ce que PSA, 10 000 emplois directs et indirects ! – face à l’érosion continue du pouvoir d’achat des Français, face à la détresse et aux espoirs de millions de nos concitoyens, nous ne pouvons nous satisfaire de demi-mesures. Vous ne pouvez pas prendre le risque de la rigueur, car ce n’est pas en recyclant les politiques conduites par nos adversaires que nous sortirons le pays de l’ornière.

J’évoquais à l’instant le SMIC. Permettez-moi de formuler des vœux à quelques jours de la conférence sociale. Nous souhaitons que le Gouvernement ne ferme pas la porte aux revendications exprimées par les partenaires sociaux. Que cette conférence ne se résume pas à l’élaboration d’un simple agenda social, mais débouche très rapidement sur des engagements concrets, notamment en matière de réduction des inégalités.

La première des exigences, d’ordre constitutionnel, est de rendre effective l’égalité salariale entre hommes et femmes – vous en avez parlé, monsieur le Premier ministre. Une autre porte sur le SMIC, et avec lui l’ensemble des rémunérations – vous êtes un peu plus discret sur ce point. Après plus d’une décennie de stagnation et de recul du pouvoir d’achat, il est temps de nous attaquer au mode de revalorisation des revenus du travail. Il est temps de pénaliser les entreprises qui privilégient l’emploi précaire à l’origine du développement de la pauvreté laborieuse, et d’interdire les licenciements boursiers et la rupture conventionnelle. Il est temps d’augmenter des minima sociaux et de proroger les droits des chômeurs en fin de droits. Et il est temps de revenir à la retraite à 60 ans pour tous !

Sur le terrain social, les chantiers, on le voit, sont nombreux. Il en est de même sur le terrain de la protection sociale. Il nous faut ainsi avancer sur la question, de plus en plus préoccupante, des inégalités d’accès aux soins dans toute sa diversité : désertification médicale, taux de remboursement, suppression des franchises médicales, interdiction des dépassements d’honoraires…

Notre inquiétude porte également sur la mise en concurrence des territoires, qui s’est fortement accrue durant ces dix années de politiques libérales. La RGPP menace les emplois et les budgets de nos collectivités. Le gel des dotations, s’il devait se poursuivre, ne permettrait pas à nos territoires ruraux et quartiers populaires de relever la tête. Dix années de démantèlement des services publics locaux ont accentué les disparités en matière de transport, de logement, d’emploi, d’accès aux soins. Partout a été organisé le recul de la République pour laisser la place au marché et donc aux profits.

Pour faire vivre nos territoires et enclencher une nouvelle dynamique, la suppression du conseiller territorial, si elle est indispensable, ne saurait suffire. C’est la relocalisation de la production et de l’investissement public qui viendra à bout des crises qui touchent nos agriculteurs comme notre industrie, nos quartiers comme nos villages. Sur ce chantier, des convergences sont possibles pour les différentes composantes de la majorité de gauche. Les députés que je représente entendent promouvoir une ligne d’audace et de volontarisme.

Parmi ces combats que nous pouvons mener de front, dans la diversité de nos objectifs et de nos ambitions, d’autres propositions communes sont apparues au cours de ces derniers mois. Je voudrais d’abord citer la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, promise par la garde des sceaux et très attendue par les magistrats. La suppression du mot « race » de notre Constitution, que nous demandons depuis la XIIe législature, peut être concrétisée rapidement, tout comme l’ouverture du mariage à tous les couples ou encore celle du droit de vote aux étrangers.

En développant nos priorités avec une approche que nous voulons dynamique au cœur de la gauche, nous nous posons en constructeurs du changement tant attendu, en force de proposition. Parce que nous voulons que la gauche réussisse – nous le voulons vraiment ! Avec des résultats concrets qui puissent changer la vie du plus grand nombre.

Mais nous craignons vraiment que vos orientations, monsieur le Premier ministre, ne conduisent à l’opposé du résultat escompté. Nous le craignons d’autant plus que vous ne desserrez pas l’étau de la contrainte extérieure.

Voilà pourquoi les députés Front de gauche s’abstiendront aujourd’hui sur ce vote de confiance. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.)

Quant aux députés d’outre-mer qui constituent avec nous le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, ils assumeront leur pleine liberté de vote, en toute autonomie, comme c’est la règle dans notre groupe parlementaire. Aucun d’eux ne mêlera sa voix à celle de la droite, attachés qu’ils sont tous les cinq à la réussite du changement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

Car réussir le changement n’est-il pas une volonté partagée de tous les vrais progressistes de cette assemblée ?

(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 18:28

2% d'augmentation du SMIC (15 fois moins que ce que nous demandions au Front de Gauche et à la CGT, 6€ de plus que l'alignement automatique sur l'inflation...), la participation au chantage sur les Grecs pour qu'ils ne mettent pas Syrisa au pouvoir, la poursuite de la politique d'austérité et de réduction de l'emploi public tout azimut (les fameux 2 postes de fonctionnaires sur 3 partant à la retraite qui seraient non remplacés dans tous les secteurs de la fonction publique sauf celui de l'éducation, de la justice et de l'intérieur), l'acceptation des abandons de souveraineté  et des contraintes néo-libérales du pacte budgétaire européen, l'accent mis sur les efforts et sacrifices à faire plus que sur la redistribution des richesses, la perpétuation de la politique d'immigration sans humanité des Guéant, Hortefeux, Besson et consorts: on ne se faisait guère d'illusions mais on est bien obligé aujourd'hui de se rendre à l'évidence. Les socialistes ont obtenu l'alternance et les pleins pouvoirs mais ne semblent pas décidés tenter d'ouvrir réellement un nouveau chemin progressiste en Europe pour sortir par le haut de cette crise du capitalisme financier. 

Certes, une bonne partie des électeurs a voté les 22 avril, 6 mai, 10 et 17 juin derniers pour "les moins pires" qui avaient le plus de chance de battre la droite sarkozyste, sans nourrir des espérances trop élevées mais en espérant que leurs difficultés quotidiennes seraient moins importantes et le pouvoir moins coupé de leur réalité. 

Quand l'INSEE annonce aujourd'hui que le pouvoir d'achat moyen en France devrait baisser cette année de plus 1,5% sous l'influence conjuguée de la crise économique européenne et des politiques d'austérité que prolonge le gouvernement, cela laisse songeur...

Est-ce cela que les Français ont voulu?

Certes, les socialistes, et François Hollande au premier chef, avaient peu promis pour donner un tant soit peu de contenu concret au slogan et à l'espoir du changement, mais là, ce n'est plus après 2 ans que le gouvernement socialiste amorce son virage à droite, comme en 1983 et en 1999, mais immédiatement après les élections. Il est encore temps pour eux de prendre conseil parmi les syndicats, les associations et les forces politiques de gauche qui ont contribué à faire élire François Hollande, afin de mener une vraie politique de gauche, sinon les 5 années à venir seront bien décourageantes pour les citoyens qui avaient cru à la possibilité d'un réel changement.

Ismaël Dupont.    

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 06:08

 

C’EST QUAND LE CHANGEMENT ?

 

En éliminant SARKOZY lors de l’élection présidentielle, les Français ont voulu clairement mettre fin à une politique dont les dégâts et les injustices leur étaient devenus insupportables.

Le thème de campagne du Parti Socialiste « le changement c’est maintenant », la dynamique campagne des candidats du Front de Gauche avec sa dimension d’éducation populaire, la nécessité de mettre fin à la dictature sans partage de la Finance ont fait croire à beaucoup que ce changement était presque à portée de la main… même avec François HOLLANDE comme Président.

L’une des injustices les plus criantes refusée par notre peuple était (et est toujours) la répartition des richesses produites entre le Capital et le Travail. La politique salariale du nouveau gouvernement était donc attendue avec beaucoup d’impatience. D’autant plus que les références à la nécessaire justice n’ont pas manqué dans la bouche des nouveaux maîtres du pays.

On a vu ! Le « coup de pouce » proclamé à grand renfort de trompettes se traduit, compte tenu de l’évolution des prix qui de toute façon aurait été répercutée, par une hausse du SMIC de 0,6 % : « une baguette de pain de plus par mois » ont dit les syndicats.

Le fameux coup de pouce ne s’est même pas transformé en pichenette. Le P.S., ses alliés et ses obligés, avaient la main bien plus leste lorsqu’il s’agissait de ramasser les 4 millions de voix du Front de Gauche à la présidentielle et les suffrages du 1er tour des législatives pour se faire élire … en oubliant rapidement la diversité des électeurs du second.

Dans ces conditions, on comprend la déception et la colère de celles et ceux qui, depuis des années, peinaient tant à survivre et qui espéraient enfin entrevoir une petite lueur au bout du tunnel.

L’abstention record de l’élection présidentielle, encore plus forte lors des législatives, constitue une véritable défaite de la démocratie. S’y ajoute, dans les deux cas, l’importance du vote pour le Front National. En faisant naître tant de déception dès le début de leur mandat, le Président et le gouvernement prennent le risque d’accentuer encore ce mouvement avec toute la dangerosité que cela implique pour l’avenir et les valeurs de la France.

Rappelons-le : les Français n’ont pas voulu seulement virer Sarkozy, ils ont aussi exprimé l’exigence d’une autre politique, d’autres choix qui mettent enfin l’HUMAIN D’ABORD au cœur des décisions de l’état

Puisque certain-e-s semblent ne pas l’avoir compris, tous ensemble dans les journaux, dans les négociations, dans l’action, dans la rue disons leur avec toute la force nécessaire :

« Mesdames et Messieurs de la Présidence, du gouvernement, de la majorité, C’EST QUAND LE CHANGEMENT ? »

 

Alain DAVID

26.06.2012

 



 

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