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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 11:31
Années Giscard d'Estaing: Un pot de yaourt - tribune libre par Alain Bergeot

UN POT DE YAOURT

Il m’a semblé naturel, d’attendre avant de livrer ce papier, juste une question de respect dû aux morts.

Maintenant que l’effervescence autour du décès de l’ancien président de la République est retombée,

j’ai envie de revenir, sans dithyrambe, sur ces années Giscard, que je qualifierai de belles, forcément,

puisque ce sont les années de ma jeunesse !

Je ne reviendrai donc pas ici sur les réformes (positives) que toute la classe politique et journalistique a recensées : N’en jetez plus ! la cour est pleine !

Et, comme chantait Brassens : « Il est joli le temps passé

Une fois qu’ils ont cassé leur pipe

On pardonne à ceux qui nous ont offensés

Les morts sont tous des braves types »

Ils « oublient », tous ces panégyristes, que toutes ces réformes ne sont que le reflet des luttes sociales, sociétales et féministes des années antérieures. En somme, le rapport de forces entre le capital et le travail.

En effet, l’ombre de mai 68 plane encore au mitan des années 70 et l’onde choc du printemps 68 qui a ébranlé la société française continue de se propager. C’est aussi dans l’esprit du nouveau président élu (50,81%) :

« Giscard a l’intelligence de s’adapter et de prendre l’air du temps » remarque le journal « l’Humanité ».

Il va donc desserrer le carcan de cette société française sclérosée et mettre fin à cet anachronisme sociétal, en faisant voter, souvent grâce aux voix des députés de la gauche, un certain nombre de réformes importantes.

Est-ce cela qu’il voulait dire lors de l’annonce de sa candidature avec cette fameuse formule : «  Je veux regarder la France au fond des yeux » ?

 

De l’irrésistible ascension à la chute vertigineuse :

 

Du «Oui, mais » lancé au général De Gaulle, deux mois avant les élections législatives de 1967, alors ministre des finances au « non » au référendum sur la décentralisation, en 1969 « le jeune surdoué » tisse sa toile…

Enfin… jeune, bien sûr, surdoué, c’est discutable !

En fait les mauvais coups giscardiens ont commencé avant qu’il ne devienne président. Et à propos de mauvais coup, impossible d’oublier le très mauvais coût pour l’économie de la France du fameux emprunt Giscard.

Coût des 6,5 milliards empruntés sur 15 ans En intérêts et capital l’Etat a dû rembourser entre 76 et 90 milliards de francs !!!

La France giscardienne, c’est le néo-libéralisme institué en religion, avec pour corollaire son cortège de politiques de rigueur et toujours plus d’austérité pour les travailleurs , obligés de s’adapter toujours plus à la loi du marché, entraînant des abandons de souveraineté toujours plus conséquents. Une politique de casse pour laquelle Raymond Barre, .1er ministre et «  meilleur économiste de France » excelle : Casse de l’ORTF, casse de la sidérurgie, casse de l’industrie textile, laissant des régions entières dévastées, terres de conquêtes du FN.

La grande grève des PTT d’octobre-novembre 1974, ma première grève, sa puissance et sa durée mettra un coup d’arrêt à leur projet de casse de ce grand service public. Finalement, les socialistes avec la loi Rocard-Quilès du 02 juillet 1990, auront la peau de l’un des plus anciens Services Publics, mais, cela est une autre histoire…

De Jean Monnet à la monnaie unique en passant par la création, en 1978, avec Helmut Schmidt du SME (Système Monétaire Européen), prélude à la monnaie unique, Giscard l’européen, est récompensé et sera nommé président de la Convention chargée d’élaborer une Constitution européenne en 2001, suite logique du Traité de Maastricht. Constitution qui grave dans le marbre « la concurrence libre et non faussée ».

Mais l’homme du « oui, mais » au « Non » à De Gaulle va, de février 1981 à mai 2005, finalement, incarner le « NON » sur sa personne.

  • D’abord le « Non » à sa réélection en mai 81, y compris pour une partie de son camp. Chirac. « L’homme du passif», selon François Mitterrand, ne se remettra jamais de cet échec. Dans un entretien au journal « Le Monde » le 10 mai 2001, il confesse : « Disons la vérité, je n’avais jamais envisagé ma défaite »

  • *Dernière amertume : le « Non » des Français, à plus de 55 % au référendum du 29 mai 2005, sur le projet de Traité Constitutionnel.

 

Que restera t-il des années Giscard ?

 

Dans son hommage « Le Figaro » du 04 décembre 2020 ose écrire «  Nos tendres années Giscard ».

Pour ma part, je n’ai pas la mémoire qui flanche, et je ne puis oublier que son début de septennat est très vite entaché. Entaché de sang. Le modernisme du 3ème président de la V ème République s’arrête aux marches de l’échafaud dressé dans la cour de la prison des Baumettes. Le 28 juillet 1976, jour de mon anniversaire, la tête de Christian Ranucci roule dans le panier d’osier. Ce qui me conduira, cinq ans plus tard à voter, au deuxième tour, pour François Mitterrand. Je l’avais tellement trouvé sincère, le 16 mars 1981, quand il répond à Alain Duhamel : « Dans ma conscience profonde, je suis contre la peine de mort, et je n’ai pas besoin de lire les sondages qui disent le contraire ». Je ne suis pas un déçu de Mitterrand, il a tenu la promesse pour laquelle j’ai voté pour lui !

Son septennat est aussi entaché d’autres morts violentes Jean de Broglie, Robert Boulin et Joseph Fontanet, Trois ministres, dont un en exercice.

Et, sur ce registre de ses ministres :

  • comment oublier son ministre du budget, un certain Maurice Papon, organisateur de la déportation de juifs sous Vichy ? Comment oublier nos camarades morts au métro Charonne ?

  • *Comment oublier son sinistre ministre de la justice (de classe) Alain Peyrefitte et sa loi liberticide « sécurité et liberté » ?

  • Comment oublier son brutal ministre de l’intérieur, Michel Poniatowski qui, en août 1975, envoie l’armée en Corse pour une histoire de cave viticole occupée illégalement. En ordonnant l’assaut, au cours duquel deux gendarmes sont tués, il enclenche alors la violence armée sur l’île.

Ce prince, aussi partisan d’alliances avec le Front National. Bien loin de la poésie du « Petit Prince »

Le 24 janvier 1978, sur la chaine « TF1 » Charles Fiterman, N° 2 du Parti Communiste, et futur ministre d’Etat du gouvernement de Pierre Mauroy, révèle que les 22 milliards du « programme de Blois » annoncés à grand fracas, correspondent, après une simple opération de division, à un pot de yaourt par jour et par personne jusqu’en 1983, Du coup, l’opération… de communication des promesses que faisaient miroiter Giscard d’Estaing et Barre aux Français, avaient de quoi les laisser sur leur faim !

La victoire en trompe l’œil de la droite aux élections législatives de mars 1978 aura renforcé son arrogance, sa suffisance, ses manières de roi (il ira jusqu’à changer le rythme de la Marseillaise, et tentera de supprimer le 08 mai). Trop de choses séparent celui que « Le Canard Enchainé » a surnommé Louis XV,

et les Français. L’affaire des diamants achève de consommer le divorce, qui, ironie du sort, ne sera pas par consentement mutuel.

Celui qui incarne désormais le vieux monde, va devenir « le mal aimé des Français ». Et le destin de Giscard est scellé le 10 mai 1981

Pour conclure, Giscard ? «  BILAN GLOBALEMENT NEGATIF »

 

Alain BERGEOT

Militant de République et Socialisme, Alain Bergeot était candidat sur la liste du Front de Gauche aux Européennes, soutien à la candidature de la liste de Ian Brossat aux dernières européennes où il avait pris la parole au meeting départemental de Quimper, avec Glenn Le Saoût, Laurent Brun, Maie-Pierre Vieu, candidats sur la liste de Ian Brossat. 

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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 08:47

Départementales-Régionales 2021 :

Face à la gravité des crises, le PCF agit pour un rassemblement large à gauche en 2021 autour de politiques de transformations sociales, solidaires, écologiques, démocratiques capable de battre les droites et l’extrême droite.


 

La crise sanitaire n’est pas derrière nous. La crise économique frappe à la porte des usines. La crise sociale bouscule les familles et brise des vies, et pendant ce temps la planète brûle et l’urgence climatique est omniprésente.

Près de 12 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Les demandes d’aides alimentaires ont augmenté de 30 à 50 % ces derniers mois dans nos départements et régions. La politique du pouvoir nourrit cette crise sociale d’une ampleur inédite. Les conséquences sont gravissimes, en particulier pour les femmes davantage précarisées et pour la jeunesse du pays.

Et, alors que la crise sanitaire est grave, toujours pas d’engagements massifs pour l’hôpital, pour nos Ehpads. Le gouvernement n’a rien fait et ne fait rien face à l’épuisement des soignant.e.s et au manque de moyens.

Le capitalisme profite de la crise pour se restructurer et détruire les emplois de centaines de milliers d’hommes et de femmes. 700 plans de licenciements dits de « sauvegarde de l’emploi » ont été déposés au Ministère du travail depuis mars. C’est inacceptable !

Dans ce contexte totalement inédit, les communistes considèrent que les élections départementales et régionales à venir sont très importantes pour la vie quotidienne de nos concitoyen.ne.s.

Depuis 2015, la plus grande partie des départements et des régions sont à droite et l’extrême droite a augmenté son influence. La reconquête, le renforcement des majorités de gauche pour répondre aux besoins des populations et faire reculer la toute puissance du capital sont des exigences.

C’est la raison pour laquelle le PCF agit dans tous les territoires pour des rassemblements larges, respectueux de tous, capables de mettre en échec les représentants du pouvoir national, les droites et l’extrême droite. Il ne pourra y avoir de résistance, de reconquête, de victoire pour la gauche, sans l’apport décisif des communistes sur les projets régionaux et départementaux, sans des élu-e-s communistes plus nombreux qui porteront la voix des intérêts populaires, soutiendront les luttes et aideront à leur convergence sur des objectifs de changement de société.

La division que nous constatons à gauche va à l’encontre de l’intérêt général du peuple de France et peut conduire à l’échec de toutes les forces de gauche et écologistes.

Nous nous adressons aux femmes et aux hommes, aux forces, qui ont l’humain et la planète au cœur à agir pour le rassemblement pour une alternative aux choix libéraux et d’extrême-droite. Chacun.e doit prendre ses responsabilités, nous prenons les nôtres et alertons sur le danger de la division, sur le besoin de rassemblement de nos concitoyen.ne.s, des forces vives de nos territoires et de nos forces politiques. Poursuivons les discussions sur des projets partagés dans l’intérêt des populations et sur les conditions d’un rassemblement. Ensemble, rassemblés nous pouvons gagner un grand nombre de départements et de régions.

La montée du chômage, de la pauvreté et des périls économiques, la crise climatique appellent à des transformations radicales.

Nous voulons des régions et départements pleinement mobilisés, en tant qu’institutions politiques, pour de grandes batailles pour les droits sociaux et le climat, des régions qui ne se comportent pas en simples gestionnaires de fonds publics. Faisons de l'emploi, des services publics et de la solidarité les priorités et les leviers pour la transformation écologique.

  • Portons des choix économiques solidaires et de rupture avec l’austérité et toutes les politiques capitalistes qui non seulement empêchent les licenciements et pertes d’emplois mais impulsent d’autres logiques que la rentabilité financière. La proposition communiste d’une sécurité emploi-formation, de l’éradication du chômage, est d’autant plus d’actualité.

  • Exigeons immédiatement un moratoire généralisé sur les fermetures de services publics, de lits hospitaliers, d’hôpitaux, de lignes TER, de gares, de guichets, de lycées, de collège, et sur les licenciements avec l'exigence d'étudier des contre-projets des salariés.

  • Conservons le caractère national du réseau ferré et de l’opérateur historique SNCF, garants de l’égalité des territoires et de leurs habitant.e.s pour l’accès au ferroviaire. Nous voulons un grand service public national du rail. Soyons mobilisés pour conserver toutes nos lignes, et augmenter l’offre ferroviaire, pour préserver la présence humaine dans les gares et les trains, pour un grand plan national de développement du fret, pour la relance des trains de nuit. De même refusons le démantèlement du service public national de l’électricité, refusons sa régionalisation qui serait une antichambre de plus à la privatisation La précarité énergétique progresse au rythme du réchauffement climatique. Nous voulons un grand service public de l’énergie.

  • En matière de santé publique, où il convient d'impulser une démocratie sanitaire face à l’autoritarisme technocratique des ARS, des mesures essentielles doivent être prises, à commencer par des milliers d’embauches immédiates dans les hôpitaux et les EHPAD , mise à disposition des matériels, ouverture de lits.

Pour y parvenir, mettons en place de nouvelles institutions démocratiques, pour planifier les créations d'activités, emplois, formations à partir des besoins des territoires, pour s'attaquer vraiment au chômage en ouvrant des pistes de sécurisation des vies professionnelles par l’emploi et la mise en formation, pour faire reculer les pouvoirs de la finance et du grand patronat.

Organisons des conférences régionales sur l’emploi et la formation associant le monde du travail et les organisations syndicales en refusant les restructurations et leur lot de pertes d’emplois. Créons des fonds régionaux pour l’emploi et la formation. C'est ainsi que nous réussirons l’implantation de nouvelles industries et que nous développerons une agriculture paysanne tournant le dos aux fermes usines.

Nous voulons des collectivités territoriales dont les choix participent de la construction d’une République sociale et démocratique faisant vivre, dans la vie quotidienne de la population, la liberté, l’égalité, à commencer par l’égalité femmes-hommes, la laïcité, la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les discriminations, la fraternité et la solidarité internationale.

Nous voulons faire progresser la démocratie, la solidarité et l’égalité territoriale. Nous proposons de rétablir la compétence générale pour le département et la région. Nous exigeons des audits locaux indépendants suivis d'assises citoyennes pour élaborer collectivement des programmes de réimplantation des services publics. Nous demandons la compensation totale de l’ensemble des missions dont l’État s’est déchargé sur les départements.

Nous souhaitons confronter nos propositions avec l’ensemble des partis de gauche et écologiste sans exclusive, sans écarter ni privilégier quiconque, avec pour seul objectif de rassembler pour la mise en œuvre de politiques utiles à nos concitoyens.

Nous voulons débattre avec les organisations syndicales et associatives, les citoyens engagés dans de nombreux combats que nous partageons, prendre en compte leurs aspirations et construire les rapports de force politiques qui rendent leurs exigences incontournables.

Sur la base de projets partagés à la hauteur de ces aspirations et des défis de la période, rassemblons-nous dès le 1er tour partout où se sera possible. Les communistes porteront jusqu’au bout l’exigence de rassemblement. Ils alertent sur le danger de ne pas y arriver. Chacun est placé devant ses responsabilités et partout les communistes seront moteurs de rassemblement. Si la division au premier tour devait perdurer, la clarté doit être totale sur le second tour, sur le désistement pour le ou la candidat.e le ou la mieux placé à gauche ou la fusion avec la liste de gauche arrivée en tête.

Être utile à nos concitoyen.ne.s, les associer à l’élaboration des projets et aux dynamiques de rassemblements est un impératif. Avec eux nous voulons bousculer le paysage politique en profondeur, créer l’électrochoc nécessaire et faire bouger les lignes à gauche, tel est l’objectif du PCF pour répondre en 2021 aux attentes du monde du travail et de la création et faire face à l’urgence et à la gravité de la situation.

 

Paris, le 12.12.2020

 

Parti communiste français

Départementales-Régionales 2021 :  Face à la gravité des crises, le PCF agit pour un rassemblement large à gauche en 2021
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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 08:28
Un candidat PCF à la présidentielle ? Les adhérents trancheront en mai - Julia Hamlaoui, L'Humanité, 12 décembre 2020 - et Ouest-France, 12 décembre 2020
Un candidat PCF à la présidentielle ? Les adhérents trancheront en mai
Samedi 12 Décembre 2020 - L'Humanité

Le conseil national du PCF a défini ce samedi son calendrier en vue des échéances de 2022. Une conférence nationale les 10 et 11 avril puis un vote des adhérents du 7 au 9 mai détermineront qui sera le candidat des communistes à la présidentielle.

 

Une décision rapide mais pas précipitée. C’est l’équilibre vers lequel espèrent tendre les communistes avec le calendrier qu’ils ont arrêté, lors de leur Conseil national ce samedi, pour les décisions relatives aux législatives et à la présidentielle de 2022. Tandis que les socialistes patientent, que les écologistes devraient laisser passer les régionales, que les insoumis ont déjà leur candidat Jean-Luc Mélenchon, les adhérents du PCF seront appelés à faire leur choix au printemps prochain.

La situation de crise appelle « non seulement à montrer que le changement est possible mais qu’il est indispensable de rompre avec le système capitaliste », a jugé samedi le secrétaire national du PCF Fabien Roussel avant d’entrer dans le vif du sujet. « Une attente forte s’est exprimée d’avoir une parole, une visée, un programme communiste à l’occasion de ces élections et nous avons mis en débat la possibilité de proposer une candidature communiste ouverte et rassembleuse. Pour cela nous avons défini un calendrier pour instruire ce débat », a-t-il résumé, insistant sur la volonté de « lier intimement élections présidentielle et législatives, avec l’objectif d’avoir le plus de députés communistes à l’Assemblée nationale ».

« Jean-Luc Mélenchon ou un candidat communiste »

Concrètement, une conférence nationale avec des délégués de chaque département se réunira les 10 et 11 avril pour adopter le projet que défendra le PCF et définir si celui-ci doit être incarné lors de la présidentielle par un communiste ou un candidat issu d’autres rangs. Mais ce sont les militants qui arrêteront le choix définitif par un vote organisé entre les 7 et 9 mai. Ce choix mettra en balance des noms définis après un appel à candidature interne, probablement « Jean-Luc Mélenchon ou un candidat communiste », selon Fabien Roussel. « Cette conférence nationale aura à son ordre du jour l’adoption d’abord d’un projet pour notre pays, et ensuite nous voulons lier élections législatives et présidentielle. Pour porter ce combat nous poserons la question de l’utilité ou pas d’avoir un candidat communiste lors de la présidentielle 2022 », a encore détaillé le député du Nord samedi à l’occasion d’une conférence de presse aux côtés du président du Conseil national de la formation, Pierre Laurent. « Quelles que soient les opinions sur le choix final, il y a une volonté unanime d’éclaircir ce débat relativement rapidement », a souligné ce dernier tout en précisant que « c’est maintenant que va s’engager la discussion sur le fond du choix et du sens d’une éventuelle candidature ». Un débat qui lors de la dernière présidentielle avait créé de nombreuses tensions.

Un projet présenté en mars

Lors du dernier congrès en 2018, Fabien Roussel a été élu à la tête du PCF en partie sur l’idée que des candidatures communistes sont nécessaires lors des scrutins nationaux. Pour l’instant, il n’a pas souhaité faire part de sa position. « Je m’exprimerai le moment venu », a-t-il déclaré refusant également de se prononcer sur son souhait éventuel de se présenter lui-même. « Je fais le choix pour l’instant de me préoccuper du contenu, du projet », a-t-il expliqué. Pour élaborer ce texte appelé à devenir le programme du PCF, une commission d’une vingtaine de membres « assez représentatifs de la diversité » du PCF, selon l’expression de Pierre Laurent, a été élue ce week-end et sera codirigée par Éliane Assassi, sénatrice de Seine-Saint-Denis, et Christian Picquet, membre de l’exécutif national. « Ce projet sera soumis aux communistes au mois de mars et il viendra enrichir la plateforme de propositions que nous avons mise en place depuis quelques semaines », a également précisé Fabien Roussel qui assure à propos de la candidature que, quel que soit le choix retenu, il sera « conduit jusqu’au bout ».

Quant au congrès initialement prévu au printemps, jugé trop lourd à organiser dans un contexte sanitaire incertain et alors que les régionales et départementales auront très certainement lieu en juin, il serait reporté à l’automne. Mais, a prévenu Fabien Roussel, « nous avons prévu une clause de revoyure au premier semestre 2021 pour dire si nous le tiendrons bien à l’automne ou si on le repousse un peu plus tard, voire après 2022 ».

Présidentielle. Les communistes se préparent pour 2022

Ouest-France, Yves-Marie Robin, 11 décembre

Le PCF devrait présenter un(e) candidat(e) à la prochaine présidentielle. Le secret est bien gardé, mais il est de polichinelle.

Ils n’ont plus présenté de candidat attitré depuis 2007 et la participation de l’ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet. Quinze ans plus tard, les communistes pourraient prendre part à l’élection présidentielle de 2022. Le sujet est d’ailleurs à l’ordre du jour d’une réunion du parti ce samedi. « Nous allons arrêter un calendrier. Le choix de présenter ou de ne pas présenter un candidat se fera au printemps », indique Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF

Leur propre candidat

Pas de décision donc avant plusieurs mois. Du moins officiellement. Les communistes ont envie d’avoir leur propre candidat à la prochaine présidentielle et ils ne se privent pas de l’annoncer. « Je sens une colère très forte, une pauvreté qui monte comme jamais, des licenciements insupportables… Oui, ça pousse pour qu’il y ait une candidature communiste », note Fabien Roussel.

 

Après celle de Jean-Luc Mélenchon et celle attendue chez les écologistes, la candidature du PCF sonnera donc le glas de l’idée de gauche unie au premier tour face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen. « Il est important que chaque force politique de gauche reconquière son propre électorat, poursuit Fabien Roussel. Nous voulons reconstruire un parti communiste fort. »

 

« Besoin d’union en vue des élections »

Au détriment de l’union de la gauche ? « Le dialogue doit se poursuivre avec les Verts, le PS et LFI. Nous aurons besoin d’union en vue des élections suivantes. » À commencer par les législatives, l’autre échéance importante pour Fabien Roussel, si ce n’est la majeure. Le patron du PCF entend reconstituer un groupe communiste fort au Palais Bourbon. Entre LFI et le PCF, le duel s’annonce serré pour conquérir l’électorat ouvrier.

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 07:08
Ventes d’armes : pour l’exécutif, pas question que le débat démocratique nuise aux affaires (L'Humanité, Florent Le Du, 10 décembre 2020)
Ventes d’armes : pour l’exécutif, pas question que le débat démocratique nuise aux affaires
Jeudi 10 Décembre 2020

Dans un document interne au gouvernement, révélé par l’ONG Disclose, un service de Matignon s’oppose clairement à un contrôle plus démocratique des exportations d’armement et cherche à mettre sous cloche les députés. Un enjeu pourtant brûlant depuis qu'a été révélé que des armes françaises ont été utilisées par l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen, y compris contre des populations civiles. 

 

Qu’importe l’éthique, pourvu qu’il y ait la vente. Les exigences de transparence liées aux exportations d’armes ne semblent pas préoccuper la France, à en croire une note gouvernementale révélée par l’ONG Disclose, cette semaine. Ce document, rédigé par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), service rattaché à Matignon, s’oppose aux propositions du rapport signé par les députés Jacques Maire (LaREM) et Michèle Tabarot (LR). Publié le 17 novembre, il vise à doter le Parlement d’un contrôle plus démocratique des exportations d’armements. L’intérêt est principalement de savoir quel usage est fait par les puissances étrangères de ces achats. Une question particulièrement brûlante en 2019, lorsqu’il a été révélé que des armes françaises ont été utilisées par l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen, y compris contre des populations civiles, selon les rapports de plusieurs ONG. Ce qui contrevient au traité de l’ONU sur le commerce des armes, exigeant notamment qu’elles ne puissent servir à « des attaques dirigées contre des civils ou d’autres crimes de guerre ».

C’est donc pour éviter cela que le rapport de Jacques Maire et Michèle Tabarot propose la création d’une commission parlementaire spécifiquement dédiée à cette question. Mais, pour la SGDSN, le risque serait que « les clients » soient « soumis à une politisation accrue des décisions » qui nuirait aux affaires. Or, c’est bien pour prendre en compte des considérations politiques, à savoir ne pas vendre des armes pour des usages disproportionnés de la force, qu’une exigence de transparence est défendue. « Cette note semble indiquer que le gouvernement fait passer les intérêts financiers liés aux exploitations d’armes avant la protection des vies humaines, comme s’il s’agissait d’un banal commerce », dénoncent 13 ONG, dont Amnesty International.

L’argument facile du secret-défense

Dans cette note, destinée à l’Élysée, Matignon et aux ministères des Armées, des Affaires étrangères et de l’Économie, la SGDSN avance un autre argument pour empêcher le contrôle parlementaire : « Sous couvert d’un objectif d’une plus grande transparence et d’un meilleur dialogue entre les pouvoirs exécutif et législatif, l’objectif semble bien de contraindre la politique du gouvernement en matière d’exportation. » Une phrase limpide, qui laisse penser qu’en cas de contrôle certaines ventes pourraient être annulées… « La main sur le cœur, l’exécutif nous dit qu’il respecte le droit international. Mais pourquoi dans ce cas-là serait-il réticent à ce qu’il y ait un regard extérieur sur ces ventes et pourquoi y opposer des arguments économiques ? » questionne André Chassaigne, chef de file des députés PCF.

La SGDSN explique même que ce contrôle sur l’usage des armes vendues serait impossible, ces informations étant soumises au secret-défense. « C’est un peu facile pour l’exécutif de se cacher derrière cet argument pour empêcher les parlementaires d’agir. Il faut lever le secret-défense lorsque c’est nécessaire, notamment sur cette question, pour s’assurer que la France respecte les traités qui l’engagent », rétorque le député FI Bastien Lachaud. « On peut comprendre que ce secret existe, mais pourquoi ne pas imaginer que les députés qui siégeraient dans cette commission soient soumis à une obligation de réserve, comme cela arrive dans d’autres domaines ? » abonde André Chassaigne.

L’équilibre des pouvoirs bafoué

Pour empêcher que la proposition aboutisse, la SGDSN propose au gouvernement une stratégie, quitte à bafouer la séparation des pouvoirs : « Il convient de confirmer, avec les principaux responsables de l’Assemblée nationale, qu’ils s’y opposeront », préconise la note. Pour Bastien Lachaud, cette porosité entre l’exécutif et le législatif aurait déjà été à l’œuvre dès l’écriture du rapport parlementaire : « J’ai du mal à penser qu’un député de la majorité comme Jacques Maire ait pu rédiger un rapport, que les députés LaREM l’aient voté, sans qu’il y ait au moins un accord global avec le gouvernement. »

Ce rapport devait-il servir la communication de la Macronie, pour paraître publiquement pour transparence, mais, en sous-main, empêcher qu’elle ne se mette en place ? Une stratégie qui semble se confirmer dans la note de la SGDSN, qui préconise sans vergogne « d’adopter une position ouverte sur les propositions de renforcement de l’information du Parlement ». Tout en les torpillant.

Un président peu regardant avec ses "clients"

Lundi, en marge de la visite controversée du président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, Emmanuel Macron déclarait : « Je ne conditionnerai pas notre coopération en matière de défense comme en matière économique à ces désaccords » sur les droits de l’homme. Troisième plus gros vendeur d’armes au monde, la France a pour principaux clients, entre 2010 et 2019, l’Inde, le Qatar, l’Égypte et les Émirats arabes unis.

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 06:57
La honte totale ! Macron donne la grand-croix de la Légion d'honneur au dictateur sanguinaire et corompu égyptien Sissi
 
"Journalistes, chercheurs, avocats, LGBTQ, blogueurs… sont jetés en prison pour terrorisme (...)
Plus de 60 000 personnes – chiffre sous-évalué selon les ONG de défense des droits humains – sont aujourd’hui derrière les barreaux simplement parce qu’elles ont critiqué le régime en place. La situation s’est encore aggravée avec la pandémie de Covid-19, avec de nouvelles vagues d’arrestations de personnels soignants critiques et la privation de visites aux détenus."
 
Emmanuel Macron décore en douce le dictateur égyptien Sissi
10 DÉCEMBRE 2020 PAR RACHIDA EL AZZOUZI ET ARIANE LAVRILLEUX
Médiapart
En visite d’État en France, Abdel Fattah al-Sissi s’est vu dérouler le tapis rouge loin des journalistes, tenus à l’écart sur sa demande expresse. Le président français l’a même décoré du plus haut grade de la Légion d’honneur. Rien ne l’y obligeait.
C’était le 7 décembre 2007. Nicolas Sarkozy, président de la République française depuis quelques mois, suscitait un tonnerre d’indignations en déroulant le tapis rouge à l’un des plus grands ennemis du monde occidental : Mouammar Kadhafi. Le dictateur libyen en quête de respectabilité plantait sa tente bédouine et sa cour dans les jardins de l’hôtel Marigny, la résidence officielle des chefs d’État étrangers en visite en France.
À défaut de pouvoir offrir au « Guide » tortionnaire le décorum d’une visite d’État, Nicolas Sarkozy lui offrait cinq jours d’honneurs jamais vus sous la Ve République malgré l’avalanche de critiques. Officiellement, il s’agissait de parler « migrations », de négocier des contrats juteux avec le colonel à la tête d’un pays riche en pétrole. Officieusement ? Il faut plonger dans « l’affaire libyenne », l’enquête tentaculaire des journalistes de Mediapart Fabrice Arfi et Karl Laske pour saisir l’ampleur de la compromission sarkozyste avec le colonel Kadhafi…
Treize ans plus tard, le souvenir de Kadhafi et de sa tente au fond du jardin hante encore les esprits parce qu’il éclaire l'une des plus graves affaires d’État de la Ve République et une diplomatie française qui n’hésite pas à se coucher devant les pires abus en matière de droits humains pour servir des intérêts économiques, commerciaux, géo-stratégiques, même les plus troubles.
La visite d’État du 6 au 8 décembre en France du président égyptien Abdel El Fattah Sissi à la tête d’un des régimes les plus répressifs au monde vient raviver ce terrible stigmate qui colle à jamais au pays de la déclaration des droits humains.
Le maréchal Sissi a été reçu par le président français Emmanuel Macron en grande pompe mais dans une discrétion – pour ne pas dire opacité – soigneusement orchestrée par l’Élysée qui a tenu délibérément à très grande distance la presse française. Un protocole pour contrôler l’information digne d’un régime autoritaire tel que l’Égypte, avec lequel le président français assure pourtant « avoir des désaccords ». Bien conscient du caractère ultra-sensible de cette visite, l’Élysée l’avait annoncée au dernier moment. Après même l’appel de 17 ONG « à mettre fin au soutien inconditionnel au gouvernement égyptien » et exiger des libérations de prisonniers politiques en contrepartie de la visite.
Depuis sept ans et le retour au pouvoir des militaires, les rapports des Nations unies, des ONG de défense des droits humains et les notes diplomatiques s’accumulent pour documenter la torture systématique et la répression sans précédent qui s’abattent sur la société civile égyptienne. Tous décrivent la dictature d’al-Sissi comme bien plus féroce que celle de son prédécesseur, Hosni Moubarak, renversé par la révolution de 2011.
Journalistes, chercheurs, avocats, LGBTQ, blogueurs… sont jetés en prison pour terrorisme, au « talaga », au frigo, comme on désigne cette réclusion discrétionnaire qui peut durer des années (voir ici dans notre émission A l’air libre le témoignage de la figure des droits humains Leila Soueif dont le fils Alaa Abd El Fattah et la fille Sana Seif sont emprisonnés).
Plus de 60 000 personnes – chiffre sous-évalué selon les ONG de défense des droits humains – sont aujourd’hui derrière les barreaux simplement parce qu’elles ont critiqué le régime en place. La situation s’est encore aggravée avec la pandémie de Covid-19, avec de nouvelles vagues d’arrestations de personnels soignants critiques et la privation de visites aux détenus.
En 2017, la première visite d’al-Sissi en France était déjà mal passée dans l’opinion publique. Le meilleur client de l’armement français faisait la « une » non pas pour ses contrats mirobolants mais pour sa machine répressive déjà bien en place. Les responsables égyptiens s’étaient plaints, à la diplomatie française, de l’ingratitude de la presse française et même des manifestations qui avaient émaillé la rencontre.
Trois ans plus tard, la leçon a été retenue. Côté français, la communication de l’Élysée a été minimaliste pour ménager la sensibilité de son hôte. Une seule conférence de presse a été ouverte aux médias, à l’issue de la rencontre entre Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi. Une ouverture chronométrée et limitée à seulement dix journalistes, officiellement en raison de la crise sanitaire.
Selon nos informations, la présidence égyptienne avait demandé à l’Élysée qu’aucun journaliste ne suive les déplacements et rencontres officielles du raïs mis à part la conférence de presse du lundi 7 décembre. Seules les caméras de la présidence égyptienne ont immortalisé le dépôt de gerbe au pied du monument du soldat inconnu, la visite aux Invalides… ou encore la cérémonie de remise du plus haut grade de la Légion d’honneur à Sissi.
Comme l’a chroniqué l’émission Quotidien sur TMC, pour obtenir ces images et savoir ce qu’il s’est passé durant ces trois jours sous les ors de la République française, il faut aller sur le site officiel d’une dictature, celui de la présidence égyptienne. C’est là et seulement là qu’on peut découvrir l’épaisseur et la qualité du tapis rouge déployé au dictateur égyptien par la France. Aussi gros que les silences et les cachotteries des acteurs institutionnels concernés : Élysée, Matignon, ministères des affaires étrangères, des armées, de l'économie, mairie de Paris, Sénat, etc.
Tous se sont bien gardés de faire les traditionnels comptes-rendus/communiqués/selfies sur leurs sites officiels et leurs réseaux sociaux. « Pas très vendeur politiquement », confie à Mediapart un haut fonctionnaire d’un ministère concerné par la visite. Seul le président du Sénat Gérard Larcher a fièrement posté une vidéo sur son compte Twitter pour dire combien il était « heureux » d’accueillir al-Sissi.
La quinzaine de journalistes égyptiens triés sur le volet pour suivre al-Sissi à Paris n’a ainsi assisté à rien et s’est retrouvée logée à la même enseigne que les journalistes français et étrangers.
Mohamed Hendawy, journaliste au quotidien égyptien Al Akhbar, chargé du suivi de la présidence égyptienne, confirme qu’il n’avait accès à aucun événement, ni à aucune rencontre, à l’exception de la conférence de presse du 7 décembre : « La délégation des journalistes égyptiens se réunissait après chaque rencontre officielle avec le porte-parole de la présidence égyptienne qui nous disait ce qui s’était dit dans les discussions avec Le Maire, Le Drian, Parly… »
Au Quai d’Orsay, on est a minima « très surpris » de la tournure des événements. « C’est très inhabituel et même étrange qu’une visite de chef d’État soit interdite à la presse », livre une source chargée de ces voyages officiels depuis plusieurs années.
Lors de la rencontre avec le ministre des affaires Jean-Yves Le Drian, seules la photographe officielle du quai d’Orsay et l’équipe de communication d’al-Sissi ont ainsi été autorisées. Interdiction d’accréditer des journalistes qu’ils soient égyptiens ou correspondants diplomatiques que le Quai d’Orsay a l’habitude d’inviter. « Ils avaient sans doute peur des questions qui fâchent », avance la source diplomatique.
Contacté par Mediapart, l’Élysée dément toute pression de la part de la présidence égyptienne et toute entrave aux journalistes côté égyptien comme français : « On a agi comme en temps normal avec n’importe quel chef d’État. Il y a eu un brief avec plusieurs dizaines de journalistes avant la venue de Sissi, on avait donné le détail de sa visite d’État côté Élysée, le Quai d'Orsay avait donné le détail hors Élysée. »
L’Élysée assure n’avoir « rien caché, ni empêché » et quand il a dû restreindre les accès à la presse, il invoque la pandémie de Covid-19, le protocole ou renvoie vers le Quai d’Orsay qui a géré la visite hors Élysée : « On a ouvert la cour de l’Élysée à une centaine de journalistes pour l’arrivée du président Sissi. On avait dit qu’il y aurait un entretien à l’Élysée suivi d’une conférence de presse avec questions, ce qui est rare avec Sissi. Il a eu lieu en présence d’une dizaine de journalistes dont cinq ou six représentatifs des médias français. On avait aussi annoncé un dîner d’État qui s’est fait en cercle restreint du fait de la pandémie avec une dizaine d’invités côté égyptien et autant côté français. »
«La Légion d’honneur est un instrument diplomatique à l’entière discrétion du chef d’État»
La visite d’État, la plus importante dans la hiérarchie protocolaire, symbole d’amitié entre deux pays, s’est ouverte par une cérémonie officielle d’accueil lundi 7 décembre aux Invalides, suivie d’un entretien avec Emmanuel Macron à l’Élysée. Abdel Fattah al-Sissi a ensuite rencontré le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand puis la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo qui s’est elle aussi inclinée devant lui et réjouie « de coopérer avec le gouvernement du Caire et d’Égypte », selon la présidence égyptienne.
En réalité, la rencontre aurait été plus houleuse qu’à l’Élysée, même si là encore les caméras étaient interdites. « Avec Anne Hidalgo, l’entretien a été rugueux car elle lui a rappelé son bilan désastreux en matière de droits humains, raconte un membre de l’équipe municipale qui souhaite rester anonyme. Elle lui a demandé de libérer les détenus d’opinion et a proposé de remettre la citoyenneté d’honneur à des journalistes, chercheurs et blogueurs emprisonnés car accusés par le régime “de soutenir le terrorisme”. »
Mardi 8 décembre, Sissi s’est rendu à l’Arc de triomphe pour un dépôt de gerbe sur la tombe du soldat inconnu avant notamment une rencontre avec le premier ministre Jean Castex et le président du Sénat Gérard Larcher. Clou de la visite d’État : la remise de la Grand’croix de la Légion d’honneur, soit la plus haute distinction dans l’ordre de la Légion d’honneur.
L’Élysée assure avoir prévenu les médias. « On n’a pas caché qu’il y aurait une remise de décoration », justifie une source élyséenne. Tout en admettant ne pas avoir précisé de quelle distinction il s’agissait et en livrant une argumentation confuse et contradictoire : « On ignorait quelle distinction Sissi allait recevoir car on n’avait pas le détail et parce que la Grand’croix de la Légion d’honneur est protocolaire, automatique. Ce n’est pas le président qui décide. ça vaut pour toutes les visites d’État, quel que soit le chef d’État. C’est valable dans l’autre sens. Quand le président français a été en Égypte, il s’est vu décerner la plus haute distinction égyptienne. »
Or, comme le rappelle le site internet même de la « Grande Chancellerie de la Légion d’honneur », la Grand’croix de la Légion d’honneur est une tradition dans le cadre des visites d’État mais elle n’est absolument pas obligatoire. Dans tous les cas, c’est le chef de l’État qui décide ou non de l’accorder à des personnalités étrangères : « Il remet lui-même les insignes de grand’croix et de grand officier des ordres nationaux aux dignitaires qui en expriment le souhait. Il décore également certaines personnalités françaises ou étrangères dans les salons de réception de l’Élysée », précise le site internet.
Ce que confirme à Mediapart la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur qui rappelle l’article R131 du code de la Légion d’honneur : « La Légion d’honneur est un instrument diplomatique à l’entière discrétion du chef d’État qui a la latitude de décorer sans saisir le conseil de l’ordre de la Légion d’honneur. Contrairement aux autres attributions de la Légion d’honneur, les attributions de dignité, dont la Grand’Croix, un des plus hauts grades, aux chefs d’État et de Gouvernement, aux membres de Gouvernements étrangers ainsi qu’à leurs collaborateurs, aux membres du corps diplomatique sont laissées au soin du grand maître, c’est-à-dire le président de la République. Le grand chancelier est simplement préalablement informé. »
Contrairement à ce qu’affirme l’Élysée, Emmanuel Macron a bien choisi de gratifier Sissi. Rien ne l’y obligeait. Son entourage précise qu’il n’est pas dans la tradition élyséenne de communiquer sur les légions d’honneur « qui ne sont pas ouvertes à la presse en général, même en franco-français ». Sous François Hollande, l’Élysée n’avait pas eu de mal à communiquer quand il avait décoré le président malien ou encore le président mexicain.
« Cette décoration de Sissi est une tache indélébile sur le bilan de Macron et Le Drian en matière de droits humains », se désole auprès de Mediapart un diplomate français rompu aux relations avec l’Égypte. Sous couvert d’anonymat, il évoque « une visite de la honte ». Même si la Légion d’honneur est une figure imposée de toute visite d’État, elle est en contradiction totale avec la jurisprudence Bachar al-Assad : pas de décoration des responsables de violations graves des droits humains.
Sur Twitter, Timothy E. Kaldas, chercheur associé au Tahrir Institute for Middle East Policy, ne dit pas autre chose : « Il n’y a aucune raison valable d’offrir la plus grande décoration française à un homme qui a commandité le massacre de près de 1 000 personnes en un jour [massacre de la place Rabaa – ndlr]. Ça n’a rien à voir avec le fait de parler avec des dirigeants peu recommandables parce que le monde est en désordre. Macron le sait, c’est pourquoi il a essayé de le cacher. »
Ce qui est encore plus lunaire, c’est que même la presse égyptienne – totalement contrôlée par les autorités – ne semble pas avoir été autorisée à parler de la Légion d’honneur décernée à al-Sissi. Ainsi le journal Al Balad révèle la nouvelle en citant… le quotidien belge Le Soir qui lui-même citait l’émission Quotidien ! Un journaliste égyptien qui suivait le déplacement officiel assure à Mediapart qu’il n’était pas au courant de cette décoration.
Le site de la présidence égyptienne parle seulement du dîner donné à l’Élysée lundi 7 décembre en l’honneur de Sissi mais pas de la Légion d’honneur. « La convergence de vues que nous avons eue au cours de nos discussions pourrait réaffirmer notre volonté politique de consolider le partenariat stratégique entre l’Égypte et la France et de s’appuyer sur lui pour réaliser les aspirations ambitieuses de nos deux peuples amis », se félicite la présidence égyptienne. Toujours sur le site de cette dernière, on découvre que le tapis rouge a été déroulé jusqu’aux roues de l’avion du raïs avant de redécoller pour Le Caire…
On comprend mieux pourquoi Emmanuel Macron déclarait lundi 7 décembre ne pas vouloir conditionner sa politique de défense aux désaccords sur les droits humains. Difficile après un tel accueil de demander un peu plus que des libérations occasionnelles, comme celles des trois responsables de l’ONG EIPR libérés in extremis avant la visite après une mobilisation internationale, notamment des États-Unis, mais dont les avoirs ont été gelés le jour où al-Sissi posait le pied sur le tarmac francilien.
Une position à l’opposé du président démocrate Joe Biden, nouvellement élu aux États-Unis, qui lui, entend faire des droits humains un préalable, quitte à geler l’aide américaine financière à l’Égypte, qui est très importante.
Le régime de Sissi peut réprimer en toute impunité, tant il a le soutien indéfectible des grandes puissances occidentales au nom de la stabilité de la région, de la lutte contre le terrorisme, certes nécessaire, mais qui est devenu le cache-misère rhétorique des régimes autoritaires pour étouffer la moindre voix critique.
Mais alors pourquoi tant d’opacité et de zèle pour éluder les détails d’une visite d’État controversée alors même que le président français revendique la realpolitik ? Son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait, sur ce plan-là, joué la carte de la transparence et assumé de planter en 2007 la tente de l’un des dirigeants les plus sanguinaires au monde Mouammar Kadhafi sous les dorures de la République française…
« Sissi a besoin d’armes»
Le président égyptien Al Sissi débute sa visite officielle ce lundi par des entretiens avec la ministre des Armées, avant de rencontrer Emmanuel Macron. Les deux pays ont la Turquie en ligne de mire et la Libye en toile de fond.
Plus de 7 milliards d’euros de matériel militaire français ont ainsi été vendus à l’Égypte entre 2010 et 2019
 
Les dessous de la tournée parisienne du président égyptien, gros client des marchands d’armes français
Lundi 7 Décembre 2020

Le président Al Sissi débute sa visite officielle ce lundi par des entretiens avec la ministre des Armées, avant de rencontrer Emmanuel Macron. Les deux pays ont la Turquie en ligne de mire et la Libye en toile de fond. Explications.

 

Gageons qu’en arrivant à Paris, ce lundi matin, dans le cadre de son voyage officiel de trois jours, le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi affichera un large sourire. Un visage que ses opposants ne lui connaissent pas, réprimés, pourchassés, emprisonnés qu’ils sont. Peu importe pour le maréchal président tout autant que pour celui qui l’accueille, Emmanuel Macron. Le but ultime de la visite de Sissi n’est pas de parler droits d’expression, ni même liberté de la presse. En janvier 2019, sur place, le président français avait bien regretté que la situation n’évolue pas « dans la bonne direction » en Égypte, car des « blogueurs, des journalistes et des activistes » y étaient emprisonnés. Mais, depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts du Nil et de la Seine. Sissi a fait un geste en libérant, jeudi, quelques militants (parmi des milliers), immédiatement salué comme un « signe positif » par l’Élysée, tout en assurant que la question des droits humains sera de nouveau abordée. Samedi, une cour d’appel égyptienne a classé opportunément une vieille affaire dans laquelle vingt ONG étaient accusées d’avoir reçu illégalement des fonds étrangers et de s’être immiscées dans les affaires politiques du pays.

Un « partenaire stratégique » avant tout

On s’en doute, si Abdel Fattah Al Sissi fait le déplacement, c’est que les dossiers sont importants et urgents. D’autant qu’ils ne sont pas directement liés au même sujet. La priorité pour la France reste le renforcement du « partenariat stratégique » avec le pays le plus peuplé du monde arabe, considéré comme un « pôle de stabilité » (sic) dans une région « qui reste volatile », faisait-on remarquer à Paris la semaine dernière. Le Caire est et reste un « partenaire stratégique ». Une formule utilisée à l’origine pour définir la lutte contre le djihadisme mais qui a pris une certaine expansion. Car, en réalité, l’Égypte a besoin de la France et la France a besoin de l’Égypte dans cette région plus que jamais « volatile », donc. Face aux évolutions et aux changements en cours qui pourraient redessiner la physionomie du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, les deux pays cherchent à conforter, voire maintenir leur place.

Que la première matinée du président égyptien soit consacrée à un entretien avec la ministre française des Armées, Florence Parly, ne doit évidemment rien au hasard. Sissi a besoin d’armes – et pas seulement face aux djihadistes qui ont fait allégeance à l’organisation dite de l’« État islamique » (Daech) dans le Sinaï – pour montrer sa puissance, gonfler les muscles et sortir les griffes. Ce qui tombe bien puisque la France, grande pourvoyeuse d’armements, est sur le podium des vendeurs mondiaux, derrière les États-Unis et la Russie. Plus de 7 milliards d’euros de matériel militaire français ont ainsi été vendus à l’Égypte entre 2010 et 2019. Pour Paris, il est temps de réactualiser les contrats avec Le Caire. D’autant que les Égyptiens, depuis plus d’un an maintenant, avaient tendance à plutôt loucher du côté de l’Allemagne et de l’Italie. Plusieurs paramètres sont venus modifier les choses. L’un en particulier, qui a pour nom « Turquie ». Or, Rome est le premier fournisseur d’armements à Ankara ! Le journal la Tribune rappelle que, selon le rapport italien des exportations de 2018, le volume des autorisations d’exportation (AEMG) vers la Turquie s’élevait à 362,3 millions d’euros, soit un bond de 36 % par rapport à 2017 (266,1 millions).

Une visite aussi bénéfique à l’économique qu’à la politique

L’animosité de l’Égypte vis-à-vis de la Turquie prend principalement sa source dans la situation en Libye. Le Caire, comme Riyad et plusieurs autres capitales du Golfe, dont Abu Dhabi, soutient le maréchal Haftar (choix de l’ombre également de la part de la France), alors que la Turquie et le Qatar se tiennent aux côtés du Gouvernement d’union nationale (GNA). Un affrontement presque direct qui avait amené le maréchal Sissi à menacer Tripoli d’une intervention militaire. Pour cela, il aurait besoin de nouveaux armements, notamment des avions de combat. La France travaille avec l’Égypte à un « retour de la stabilité » en Libye, ce qui implique un « départ des forces étrangères, au premier chef des Russes, des Turcs et des divers mercenaires présents », a rappelé l’Élysée

D’ici à ce que Parly lui vante les Rafale et enveloppe le tout de quelques hélicoptères Mistral, de matériel de surveillance et d’une ou deux corvettes Gowind, il n’y a qu’un pas. Même si aucune grande signature de contrat n’est prévue à l’occasion de cette visite, pour la France, le bénéfice serait économique tout autant que politique. Ce serait renforcer un adversaire de la Turquie, dont les volontés impérialistes n’ont plus de limites, de la Libye au Haut-Karabakh, en passant par la Méditerranée orientale et la Syrie. Les velléités régionales du président turc, Recep Tayyip Erdogan, sont réelles, au-delà des gains qu’il pourrait en tirer pour redorer son blason en Turquie même, ébranlée par la crise.

Traditionnellement, la France a toujours misé sur le rôle diplomatique de l’Égypte dans la région, qui, comme la Jordanie, a signé un accord de paix avec Israël. À l’heure du déclin de la Ligue arabe au profit de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), s’assurer d’un lien fort avec un État arabe qui compte en Méditerranée et au Moyen-Orient, abrite la prestigieuse université Al-Azhar (considérée comme l’une des plus hautes autorités de l’islam sunnite), n’est pas négligeable pour Paris. Un rôle qui, pourtant, pourrait aller en s’amenuisant, notamment avec le processus de normalisation en cours entre plusieurs pays arabes et musulmans et Israël.

La construction du Grand Barrage de la renaissance

Enfin, parmi les autres dossiers évoqués, outre la question palestinienne, la crise politique au Liban, la situation en Irak ou les enjeux liés à l’Iran, l’un tient particulièrement à cœur du maréchal Sissi : la construction du Grand Barrage de la renaissance (Gerd, selon son acronyme anglais) par l’Éthiopie qui gangrène les relations entre Le Caire, Khartoum et Addis-Abeba. L’Égypte continue d’exiger un accord contraignant, pour obliger l’Éthiopie à abaisser le niveau de la retenue d’eau en cas de sécheresse prolongée.

La tentative de Washington de faire office de médiateur dans ce dossier a échoué, l’Éthiopie accusant Donald Trump de favoriser l’Égypte. Il est vrai que, pour tenter d’apaiser les esprits, Trump sait y faire. « C’est une situation très dangereuse, car l’Égypte ne sera pas en mesure de vivre de cette façon… Ils finiront par faire sauter le barrage. Je le dis haut et fort : ils feront sauter ce barrage », avait lancé le président américain au grand dam de l’Éthiopie. Selon nos informations, Abdel Fattah Al Sissi devrait demander à Emmanuel Macron de s’impliquer dans des discussions qui traînent en longueur et menacent la stabilité de cette région du Nil à l’importance économique évidente.

Et le président égyptien ne manquera pas de dîner avec Jean-Yves Le Drian. Auparavant ministre de la Défense, il avait remporté les contrats d’armement avec l’Égypte. Aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, il est à l’origine de cette visite et a ainsi rétabli des relations écornées par l’affaire des caricatures de Mahomet.

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 06:38
Annonces de Castex du 10 décembre, réaction de Enzo de Gregorio - Jeune communiste Morlaix
Castex et son gouvernement ont une nouvelle fois fait preuve d'un mépris envers le monde de la jeunesse.
Ne disant simplement que son soutien à la jeunesse pour laquelle il a une pensée.
Mais ne disant pas un mot sur un retour en présentiel, pas un mot sur notre précarité, pas un non plus sur nos conditions de vie ! Et ce malgré les alertes faites par les psychologues et les président d'université depuis le début du confinement.
C'est dur d'avoir 20 ans et 2020 disait Macron il y a peu, qu'il nous la rende plus facile en répondant à nos revendication :
-Revenu étudiant
-Investissement dans les CROUS
-RSA -25 ans
-Réouverture des Facs
-Abrogation de la LPPR
Vous avez le pouvoir d'agir, faites le !
 
Enzo de Gregorio, 10 décembre 2020
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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 06:34
De la sécurité globale à la surveillance numérique totale, Yann Le Pollotec (Revue Progressistes)

Excellent article de notre camarade Yann Le Pollotec, responsable de la commission Révolution numérique du PCF, et membre de la direction nationale du PCF, sur les enjeux effrayants du virage technologico-politique que nous sommes en train de vivre: alors que la loi de « sécurité globale » provoque une colère et une forte opposition, Yann Le Pollotec pousse ici un cri d’alarme sur le risque d’aboutir à une société sous surveillance généralisée, ce que permet aujourd’hui les technologies du numériques si elles sont dévoyées.

De la sécurité globale à la surveillance numérique totale, Yann Le Pollotec (Revue Progressistes)

Alors que la loi de « sécurité globale » provoque une colère et une forte opposition, Yann Le Pollotec pousse ici un cri d’alarme sur le risque d’aboutir à une société sous surveillance généralisée, ce que permet aujourd’hui les technologies du numérique si elles sont dévoyées.

Bernard Cazeneuve, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, se plaignait que les GAFA en savaient plus sur chaque Français que ses services, oubliant ainsi que le problème venait du pouvoir acquis grâce à la collecte de masse et à la centralisation de données et métadonnées personnelles et non à la qualité des propriétaires de ce pouvoir. Aujourd’hui, avec sa proposition de loi sur la « sécurité globale », le groupe LREM de l’Assemblée nationale est en train de réaliser une partie du rêve du ministre.

Cette proposition de loi, loin de se réduire à la question de la diffusion des images de visages de policiers, montre une LREM et un gouvernement qui se vivent en guerre contre toute une partie de la société française. À ce propos, la question de l’usage des images des caméras individuelles des forces de l’ordre est particulièrement révélatrice. Jusqu’ici ces images ne pouvaient être utilisées que pour la prévention des incidents au cours des interventions, le constat des infractions, la poursuite de leurs auteurs par la collecte de preuves et à la formation. Les députés LREM proposent d’élargir l’usage de ces images à « l’information du public sur les circonstances de l’intervention » des forces de l’ordre, c’est-à-dire à la propagande gouvernementale. Or un tel usage porterait atteinte au bon fonctionnement de la justice en violant le secret de l’instruction. Or le député LREM, rapporteur de la proposition de loi, justifie de manière sidérante cette remise en cause de l’État de droit en déclarant : « Il faut se déniaiser par rapport à toutes les situations. On est en train de perdre la guerre des images sur les réseaux sociaux (…) Il faut lutter à armes égales, nous sommes dans une société moderne, il n’y pas de raison que ceux qui représentent l’autorité de l’État aient un temps de retard. » CQFD, l’État doit s’aligner et être en guerre contre la société.

La loi proposée va jusqu’à permettre aux porteurs de ces caméras individuelles d’accéder aux enregistrements vidéo, ouvrant ainsi la porte à toutes les manipulations puisque les amendements demandant une sécurisation de ces fichiers en étant « unitairement chiffrés, signés et horodatés sur le serveur de stockage » ont été repoussés.

Lors du 1er confinement, la préfecture de Paris avait utilisé des drones hors toute légalité, ce qu’avait condamné et interdit le Conseil d’État. C’est pourquoi la loi de la LREM vise à consacrer l’usage de drones de surveillance quasiment en tous lieux et en toutes circonstances. Tous les amendements visant à interdire l’utilisation de la reconnaissance faciale ou à protéger les domiciles et espaces privatifs de cet espionnage ont été repoussés.

La loi sur la sécurité globale vise en fait à transformer tout l’espace public en espace sécuritaire. Elle prépare le terrain à la mise en réseau des caméras mobiles, des drones, des centaines de milliers de caméras fixes, afin de les coupler avec des systèmes d’intelligence artificielle et de reconnaissances faciales, ouvrant la porte à un fichage généralisé des participants à des manifestations ou à de la répression « préventive » (sic) basée sur l’analyse prédictive des comportements.

C’est pourquoi il faut soutenir la démarche des 66 organisations de défense des droits et libertés, dont ATTAC, la Quadrature du Net, la Ligue des droits de l’homme, les Moutons numériques, le SNJ-CGT, demandant au Parlement de repousser les articles 21, 22 et 24 de cette loi.

Au-delà de la « grande peur » (1) des mouvements sociaux qu’ont le pouvoir et ses députés, il s’agit d’abandonner les concepts de défense nationale et de sûreté des citoyens au profit de celui de sécurité globale incluant un continuum allant des forces armées jusqu’aux sociétés de sécurité privée. Le « modèle » (sic) mis en avant est celui de l’État d’Israël où la majeure partie de la sécurité intérieure est sous-traitée à des milices privées et à des sociétés de sécurité qui sont par ailleurs intégrées dans un même système avec l’armée et la police. Or le concept de « défense nationale » et de « sûreté des citoyens » participe à ce qui fait nation en France, alors que celui de « sécurité globale » divise en fabriquant des « ennemis de l’intérieur » sans permettre, contrairement aux idées reçues, une meilleure coopération entre les services de l’État contre la menace terroriste entre autres. La notion de « sécurité globale » débouche sur une privatisation de la mise en œuvre du droit à la sûreté au profit de grands groupes transnationaux vendeurs de solutions globales de service sécurité à la seule destination de ceux qui pourront se les payer. Avec la « sécurité globale », il ne s’agit pas de protéger les citoyens mais d’une fuite en avant dans le solutionnisme technologique sécuritaire. Il est illusoire de penser que l’on réglera à coups de drones, de caméras, de robots, d’intelligence artificielle les problèmes de sécurité et de dérives maffieuses de pans entiers de notre société. Pense-t-on sérieusement régler avec la seule technologie le fait gravissime que l’économie de la drogue génère dans le 93 un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard €.

Cette loi affaiblira la cohésion sociale du pays afin de dégager les moyens nécessaires à la privatisation des fonctions régaliennes de défense et de sécurité. Sous couvert de sécurité globale, on renforce les causes de l’insécurité et on porte atteinte aux capacités de résilience de la société que représente l’intervention citoyenne au travers des luttes et mouvements sociaux. On a besoin de voisins solidaires et non de voisins vigilants. À cette loi qui ne ferait qu’enfermer notre pays dans un cercle vicieux où le terrorisme, la délinquance et l’insécurité se nourriraient d’eux-mêmes, il faut opposer la déclaration du chef de l’État norvégien au lendemain de la tuerie d’Utoya : « Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance. »

Cette loi n’est que la pointe immergée d’un capitalisme de la surveillance : Multiples capteurs au travail comme à domicile avec l’internet des objets, géolocalisation, caméras de surveillance, reconnaissances faciales, fichage biométrique, traçage de notre activité sur le web, méta données…, toute une économie de la surveillance de notre vie est en train de s’installer et de croître. Elle repose sur la captation et l’exploitation économique de nos données personnelles. Exercée par des États comme par des plateformes numériques marchandes, elle permet de nouvelles formes de contrôle social qui se donnent le pouvoir de repérer, de stigmatiser, de rappeler à l’ordre et de sanctionner ce qui ne serait pas dans la norme. Face à cela, le code informatique ne peut être la loi, il faut construire un nouveau système de droits, donner de nouveaux pouvoirs aux citoyens de garantir et développer les libertés. Le règlement général de protection des données (RGPD) a été un premier pas dans ce sens mais, face à la puissance du développement du big data et de l’intelligence artificielle, il faut aller bien plus loin en passant de droits individuels à un droit collectif. µ

Yann Le Pollotec est ingénieur et spécialiste des enjeux du numérique

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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 07:33

 

D’abord, nous ne pourrons pas nous adresser au ministre Le Maire pourtant en charge de l’Economie et de la relance, il en été de même pour le ministre Véran sur le PLFSS. Les gestes barrière sont importants mais quand même… ». Finalement, on ne propose plus au Parlement de s’exprimer, mais de participer. Merci à M. le ministre Dussopt pour sa participation et son comportement politique, même si je regrette la présomption d’avis défavorable sur nos amendements.

Ce budget est davantage celui d’un fidèle serviteur de l’accumulation du capital que d’un État souverain où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.

Mes chers collègues, je me permets simplement de vous le rappeler en toute solennité : le bon sens voudrait que nous ne répondions pas à une crise qui accroît drastiquement nos dépenses par d’autres dépenses.

Notre groupe CRCE, n’a eu de cesse de vous proposer des nouvelles ressources fondées sur l’équité fiscale afin d’entraver l’accroissement des inégalités que la crise sanitaire continue de renforcer.

Et alors que nous avons débuté les débats autour de ce budget il y a maintenant plus d’un mois, nous avons beau chercher, nous ne trouvons pas :

-  Nous ne trouvons pas vos propositions visant à rétablir l’équité fiscale entre les petites et les grandes entreprises ;

-  Nous ne trouvons pas non plus vos mesures garantissant l’égalité entre les commerces de proximité et les géants du commerce en ligne qui se sont largement enrichis pendant la crise ;

Nous vous avons bien proposé une meilleure progressivité de l’impôt sur les sociétés avec à la clé une baisse d’imposition pour les petites entreprises, une contribution pour les géants du numérique, un accroissement de la taxe sur les marchés financiers et sur les versements de dividendes. Mais vous n’en voulez pas ! AUCUNE taxe, AUCUN nouvel impôt !

Il n’y a pas « d’argent magique », mais des décisions magiques, il n’en y a pas non plus. Non, le véritable problème est moins l’argent que sa redistribution. Trop souvent vous pensez aux réductions d’impôts. Crédits d’impôts par-ci ! Crédits d’impôts par-là ! Mais supprimer tous les impôts aux entreprises que diable !

Ça ne marche pas. Tout le monde le sait. Mais on continue ! Arrêtons de vouloir installer le pays dans le cercle infernal de la relance par la dette, et de la dette pour la relance !

Entre la majorité à l’Assemblée nationale et celle du Sénat, il y a certes des différences mais il y a un point commun : rester à l’intérieur de l’économie telle qu’elle est, c’est-à-dire du capitalisme qu’on évoque sous son nom d’emprunt « économie de marché ».

Et que dire des collectivités, ces grandes perdantes ? La réduction des impôts dits de production, suite logique des cadeaux faits aux grandes entreprises sur le dos des budgets locaux, produira des effets de bord renforçant son injustice. Les collectivités ne sont pas traitées à égalité face aux conséquences de la crise, et surtout ne sont pas assez soutenues.

Nous avions bien fait des propositions, qui permettaient de réellement les soutenir au regard des milliards de pertes engendrées par la baisse de leurs recettes et la hausse de leurs dépenses. Mais la majorité a préféré les décortiquer, révélant ainsi des contradictions, voir des antagonismes entre les beaux mots et les actes.

Le choix est clair et assumé : entre le levier d’action publique à la légitimité démocratique, l’expérience locale, on préfère les logiques du marché privé. Fabriquer des clients/consommateurs et non pas des usagers/citoyens.

Le Général De Gaulle, qui est souvent cité, nous rappelle ce qu’est un véritable plan : « Il embrasse l’ensemble, fixe les objectifs, établit une hiérarchie des urgences et des importances, introduit parmi les responsables et même dans l’esprit public le sens de ce qui est global, ordonné et continu, compense l’inconvénient de la liberté sans en perdre l’avantage ».

Mes chers collègues, ce n’est pas un plan que vous allez voter : où sont les véritables objectifs ? Quelle est la priorité ? 7 milliards pour l’énergie en voie de nouvelle marchandisation, contre 800 millions pour les plus pauvres. C’est « se mettre une balle dans le pied » d’acter que le développement durable soit mieux doté que la lutte contre la pauvreté. Une aide de 150 euros pour les allocataires des minimas sociaux, une fois, sur un mois, ni plus ni moins.
Nous avions pourtant proposé de baisser la TVA sur les biens de première nécessité pour contrer cette pauvreté galopante, mais vous vous êtes caché derrière la fatalité de l’« harmonisation européenne » : comme si nous n’en faisions pas partie, de l’Europe !

Mes chers collègues, ce budget manque cruellement de vision, d’espoir et de créativité. Ce gouvernement promettait un nouveau monde, nous récoltons finalement les mêmes recettes, inlassablement. L’Institut des politiques publiques confirme d’ailleurs que dans votre budget, je cite « les entreprises qui ont le plus pâti de la crise ne bénéficieront pas particulièrement du plan de relance ».

Une crise sanitaire ? Vite, baissons les impôts des entreprises de 10 milliards ! Sur les 10 prochaines années, 100 milliards échapperont à l’État pour financer la santé, les transports en commun, une politique sociale ambitieuse, les projets des collectivités…A croire que notre pays est devenu un régime de faveur, ou seuls ceux qui participent au capital productif méritent des droits.

Vous refusez de constater que ce plan constitue une : « confiance aveugle dans les politiques structurelles et de l’offre (…) une sorte de suicide » (IPP).
La relance n’existera pas mes chers collègues, tant que la diminution de l’investissement public, qui s’est effondré de 26 % au premier semestre, ne sera pas compensé. Si les finances des collectivités sont en bernes, la relance de la croissance le sera aussi.

J’avais abordé en introduction de ce budget la nécessité d’ouvrir des perspectives, de donner un horizon du fait de cette situation difficile pour notre économie mais surtout pour les gens. Pourtant, vous vous entêtez dans une politique de l’offre aussi injuste qu’inefficace car non ciblée sur les vrais perdants de cette crise.

Les françaises et les français, en contrepartie de la dette, ont le droit à un chantage aux réformes dites structurelles : réforme des retraites, baisse des dépenses et des services publics, réforme de l’assurance chômage. Ce plan ne relance rien, il signifie une politique sans partage des pouvoirs et des richesses, autoritaire et régressif.

Nous sommes convaincus que ce budget n’est pas un budget de crise face à la crise ! Il vient une fois de plus déléguer la souveraineté de l’État à la technoscience et au marché. Nous nous y opposons donc.

 

 

 

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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 14:50

 

Une explication simple aux violences policières consiste à affirmer que le corps policier est par essence violent ou a contrario à affirmer que le corps policier n’est pas violent, qu’il y a des individualités douteuses. En tant que syndicaliste policier, je pense que ces violences s’expliquent par la superposition au fil du temps d’une multiplicité d’erreurs. Analyse des perspectives de restructurations qui pourraient aider la police à remettre du lien entre elle et la population.

Pour les journalistes comme pour les politiques, une explication simple, voire simpliste, consiste à affirmer que le corps policier est par essence violent ou a contrario à affirmer que le corps policier n’est pas violent, qu’il y a des individualités douteuses (brebis galeuses, etc.). Et tout le monde de s’entendre sur le fait que le corps est ainsi atteint de façon systémique, ce qui est bien pratique mais ne veut rien dire puisque ce néologisme, faute de définition, ne nous permet pas distinguer si c’est le système qui engendre la pathologie ou la pathologie qui abîme le système.

Ces actes de violence s’expliquent davantage à notre sens par la superposition au fil du temps d’une multiplicité d’erreurs et d’évolutions sociologiques génératrices de conséquences sociales et psychologiques considérables.

Nous retiendrons essentiellement ici les problèmes engendrés par une formation désuète et inadaptée, induisant des comportements autoritaires, par l’application d’une réforme dite « corps et carrières » qui a encore aggravé la segmentation d’une institution dont les divers corps ne communiquent plus, ainsi que l’évolution d’un État dont la légitimité, et donc la légitimité de son expression, la loi, est en lambeaux.

À la différence des pays du nord de l’Europe1, la formation des policiers français est axée sur la connaissance de la loi et son application. Les plus anciens s’entendaient répéter sur ce point que « sur la voie publique, c’est vous le chef » et, aujourd’hui encore, on s’inspire des vieux gardes-champêtres qui portaient une plaque gravée « LA LOI » pour qu’en toute circonstance « force reste à la loi ». La légitimité de l’emploi de la force est dès lors présumée puisque s’inscrivant dans le cadre de la loi.

Là où le policier danois, par exemple, cherche à comprendre une situation et à y répondre dans une relation bivoque de façon adaptée, le policier français est entraîné à rechercher par tous moyens l’application de la loi.

Cela provoque donc nécessairement une relation asymétrique, un face-à-face déséquilibré au cours duquel l’un dispose de l’autorité, et l’autre... de rien du tout. Il faut donc supposer, pour que tout se passe bien dans le cas français, l’existence d’une confiance absolue de la population dans l’institution policière, ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas.

Les erreurs des différents gouvernements successifs et la volonté des ministres de l’Intérieur de couper la police2 de la population pour mieux la contrôler, associées à un usage uniquement politique de la production de la loi ont fini par ôter toute légitimité à l’action de l’État et à la portée de la loi, la police étant ressentie dès lors non plus comme gardienne de la paix sociale, protectrice des populations, mais comme le bras armé d’un État contesté. Dans le face-à-face évoqué ci-dessus, le ton ne peut que monter, et la violence (contenue ou pas) de part et d’autre de grandir.

Par exemple, les opérations de maintien de l’ordre ne sont plus considérées ni d’un côté ni de l’autre comme destinées à la protection des manifestants et à la chasse des seuls perturbateurs, mais comme la réaction d’un État aux abois cherchant à réduire un adversaire politique. La police (ou la gendarmerie) devient le bras armé de l’État. Cela n’est pas sans évoquer le ressenti des populations des « zones sensibles » qui s’en prennent à tout ce qui évoque la seule idée d’État.

C’est là un des nœuds psychologiques de ces dérapages. Il n’y a plus de manifestants, il y a un ennemi du régime qu’il faut réduire. Il n’y a plus de policiers, il y a des protecteurs d’un État oppressif qu’il faut affronter.

L’affrontement est dès lors inévitable. Interviennent ensuite les comportements individuels et le substrat professionnel. Ces affrontements sont statistiquement générateurs de comportements qui non seulement provoquent des dégâts mais aussi renforcent le processus, comme le cyclone se renforce de sa propre chaleur.

Car, à l’intérieur même de l’institution, bien des choses ont changé. Dans l’apparence d’abord, en militarisant de façon assez grotesque la police, mais aussi par la mise en place de corps qui ne communiquent plus (réformes Pasqua des corps et carrières, 1995).

On oublie souvent que le premier corps, celui qui dirige tout en réalité, le vrai corps de direction, c’est celui des préfets, qui depuis la réforme de l’État des années 2000 dirige la police « en direct ». Le corps dit de conception se voit, en ce qui le concerne, réduit à une activité de gestion. Celui dit de commandement est de plus en plus éloigné du terrain et en fait ne commande plus grand-chose. Le corps agissant reste donc celui des exécutants et de leur « maîtrise », le corps des gardiens de la paix et des gradés.

Cette articulation très imparfaite engendre une véritable névrose structurelle : le gardien de la paix se trouve au bout d’une chaîne dont il ignore tout, à laquelle il ne participe pas, mais qui lui impose d’intervenir tel que l’a demandé le Préfet, d’obtenir le résultat demandé, mais sans prendre d’initiative, le tout sous risque de sanctions plus ou moins formulées.

Les formations spécialisées dans le maintien de l’ordre rencontrent moins de difficultés. Leur compétence, bien sûr, leur assure une meilleure sécurité, mais le fait que leur encadrement soit systématiquement plus proche et présent sur place permet de prendre ainsi les décisions imposées par une évolution inattendue de la situation, quitte à court-circuiter le Préfet.

Plus ou moins livrées à elles-mêmes, désorientées face à une activité qui ne leur est pas familière, les unités détachées de leurs tâches naturelles (BAC, etc.) se sont quant à elles rapidement trouvées dépassées et rapidement tentées de répondre à des situations tendues par des ripostes exagérément violentes.

L’empilement de toutes ces circonstances entraîne, dans le contexte d’une évolution sociologique du recrutement, l’apparition de comportements individualistes.

Il y a toujours eu des policiers violents, ou racistes, dans l’institution. Mais ils avaient tendance à se regrouper dans des structures souvent formelles (FPIP, FANE…).

Les policiers violents par nature se découvraient en général très vite, et l’institution prenait les mesures adaptées.

Leurs actions individuelles étaient circonscrites dans le silence des services empreints d’un esprit de corps, esprit qui protégeait l’institution, et donc le collègue. Mais lorsqu’il s’agissait de faits considérés comme « attentatoire à l’honneur », l’esprit de corps s’effaçait alors devant celui de probité et de justice.

Aujourd’hui, chacun est dans sa bulle. L’esprit de corps a cédé le pas à un esprit introverti, sans être introspectif. Ainsi, même si on a la connaissance des potentialités de dérapages, voire de comportements déviants dans la brigade, le principe est devenu de ne rien voir tout en participant à l’activité générale et d’en refouler la contradiction.

C’est la définition même d’une névrose qui ultérieurement pourrait s’exprimer par la seule violence.

C’est un principe d’isolement personnel au sein d’un isolement professionnel, d’omerta implicitement imposée.

On pourrait réfléchir à l’incidence de cette situation sur l’augmentation du taux de suicides dans la police.

Cela étant, il ne convient pas de généraliser cette situation à tous les fonctionnaires de police. Si quelques-uns succombent, peut-être les fameuses brebis galeuses dénoncées par les médias, beaucoup résistent. 

Cette superposition d’erreurs colossales, mais politiquement voulue, est génératrice de multiples pathologies.

C’est le paradigme policier dans son ensemble qu’il faut modifier, et une restructuration complète de l’institution s’impose.

Elle concerne de nombreux domaines. Voici quelques axes de recherche :

  • Ramener la loi à son rôle, et calmer un flot législatif continu aussi approximatif que préjudiciable3.
  • Réintégrer la police dans le corps social par une réorganisation totale, y compris en matière de formation.
  • Réaffirmer la mission de la police. Hors du contrôle politique, assurer la sécurité de chacun en veillant à l’observation par tous des principes républicains, universellement reconnus, qui seuls permettent le développement d’une société harmonieuse.

Cette liste n’est pas exhaustive bien sûr. Mais s’y pencher serait déjà un beau début !


Anthony Caillé, Policier, syndicaliste CGT.

1 Voir Sebastian Roché, de la police en démocratie, éd. Grasset.

2 On exceptera l’expérience de la police de proximité (1998-2003) qui a vu diminué le nombre de violences.

3 On voit à cet égard les dégâts causés par la loi (très discutable sur le fond, mais aussi opportuniste et mal rédigée) sur la prise d’images de fonctionnaires de police en action.

 

 

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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 14:37

 

Le débat qui s’annonce à l’occasion du projet de loi visant à renforcer les principes républicains, inscrit dans une manœuvre de précampagne présidentielle, s’annonce piégé. Il promet d’être le théâtre de toutes les outrances de la part d’une extrême droite et d’une droite extrême occupées depuis plus de deux décennies à dévoyer la laïcité, pour justifier des visées contraires aux valeurs de la République.

 

Partout dans le monde se développent des intégrismes, des mouvements politiques qui instrumentalisent des religions pour imposer leurs visions réactionnaires ou leurs visées totalitaires. Ces dernières années, notre peuple a subi les monstrueuses violences terroristes qui découlent des courants les plus radicaux. Ces réalités sont le témoignage d’un affrontement identitaire qui se développe sur le terreau d’une crise profonde que traverse l’humanité, marquée par les inégalités, les atteintes aux libertés, la marchandisation de tout, l’évanouissement du sens... Cette crise est le produit du capitalisme à ce stade de son évolution.

Face à cette menace, ce qu’il faut rendre toujours plus fort c’est la République et ses principes. La République ne doit surtout pas reculer, ni se renier face au danger. Elle doit s’appliquer à accomplir jusqu’au bout sa promesse d’égalité, de liberté, de fraternité. Pour cela, elle doit permettre dans toute la société que se lève un mouvement populaire conscient du danger et décidé à ne pas laisser faire.

Ce n’est pas dans une fuite en avant liberticide que peuvent se trouver les issues. Or, le projet de loi du gouvernement, dit de « renforcement des principes républicains », s’inscrit dans une séquence sinistre pour les libertés fondamentales : état d’urgence, sécurité globale, justice des mineurs... Il contient 54 articles traitant de sujets tellement divers qu’ils ne manquent pas de convoquer des associations d’idées et des amalgames qui devraient pourtant être combattus. L’habileté consiste à aborder des questions qui peuvent parfois légitimement préoccuper, mais en déployant une logique de contrainte qui, de fait, pointe du doigt les musulmans. Il peut y avoir dans les nombreux articles des dispositions nécessaires, comme la transparence financière des associations cultuelles. Mais on y trouve notamment la volonté de modifier le cadre de la vie associative et de l’action des collectivités locales en permettant un interventionnisme discrétionnaire de l’État sur l’invocation des valeurs de la République. Ce projet de loi, qui pourrait aboutir de fait à une modification d’ampleur de l’esprit de la loi fondatrice de 1905, apparaît confus, dangereux et à bien des égards contre-productif.

Nous voulons donner force à la République laïque. Nous combattons les courants politiques qui veulent entraîner le monde dans une prétendue guerre des civilisations. Nous refusons farouchement toute religion d’État et nous affirmons l’égalité des droits et la liberté de conscience dont découle la liberté de croire ou de ne pas croire et qui se conjugue avec la liberté d’expression. La laïcité n’est pas un outil d’exclusion et de discrimination. Dans ce monde qui fabrique des victimes désunies, nous voulons au contraire unir. Dans cette société aux multiples fractures, où l’on entend si souvent nier les discriminations et le racisme, nous voulons une République pour toutes et pour tous, une République en mouvement vers sa promesse encore tellement inaccomplie. Le Président de la République n’en prend pas le chemin. Sa politique est un renoncement permanent à lutter pour faire entrer pleinement dans la vie les principes qui nous rassemblent.

La République doit se donner les moyens humains nécessaires à lutter contre les offensives séditieuses et terroristes. Nous proposons de renforcer les moyens donnés à la mobilisation citoyenne autour d’une laïcité vivante. Nous appelons à un grand plan de lutte contre les discriminations. Nous proposons de développer une école de la République portant en actes le projet de permettre à chaque enfant l’épanouissement. Nous proposons le développement des services publics sur tout le territoire pour porter l’ambition de la République. Le nouvel acte fondateur que nous appelons de nos vœux pour une nouvelle République s’inscrit dans cette volonté laïque d’un refus de toutes les intimidations, de toutes les dominations, de toutes les discriminations et d’un désir profond de démocratie, de liberté, de partage. D’un monde en commun.

Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône.

 

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