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31 décembre 2021 5 31 /12 /décembre /2021 06:47

 

Rappel des faits La crise liée au Covid met en évidence les tares du capitalisme globalisé et des politiques économiques et industrielles induites. Une rupture s’impose pour répondre aux défis humains et environnementaux.

 

VÉRONIQUE RICHES-FLORES

Économiste, présidente de RF Research, diagnostic économique et financier international, conseils et stratégie

 

 

 

MARIE-CLAIRE CAILLETAUD

Ingénieure, déléguée CGT au Conseil économique, social et environnemental

 

 

 

 

AYMERIC SEASSAU

Membre du comité exécutif du PCF, en charge du travail et des entreprises

À l’occasion de cette crise sanitaire, on a pu constater les fragilités de la production française. D’aucuns ont parlé de relocaliser plusieurs secteurs stratégiques. Pourtant, les plans de licenciement se multiplient. Pourquoi ce décalage entre les discours et la réalité du terrain ?

Véronique Riches-Flores

La relocalisation n’est plus un sujet tabou. C’est déjà un progrès par rapport à une situation pas si lointaine où l’évocation de cette nécessité était considérée comme une hérésie rétrograde. Sur ce point, la crise sanitaire a été plutôt salutaire, pointant du doigt les anomalies jusque-là dissimulées d’une situation d’extrême dépendance de l’économie française à l’égard de l’étranger et les dangers susceptibles d’en résulter, en période de crise notamment. La relocalisation industrielle s’est ainsi imposée comme un axe important du plan de relance du gouvernement de septembre 2020 autour de secteurs cibles dans des domaines aussi variés que la santé, l’agroalimentaire, l’électronique, les intrants industriels et les télécommunications. Ce programme compte aujourd’hui un peu plus de 600 projets labellisés. Le résultat est assez honorable en à peine plus d’un an mais, comme vous le soulignez, très largement insuffisant. L’industrie française n’a toujours pas retrouvé son niveau de production d’avant la crise sanitaire et les plans de licenciement sont monnaie courante. Il y a plusieurs explications à ces décalages. Le premier est lié au temps imparti pour passer d’un modèle à un autre. Les entreprises n’ont pas forcément les moyens d’opérer sur le territoire national si leurs fournisseurs ne suivent pas. Il faut pour cela le temps que se développent de multiples activités de proximité, de nouveaux fournisseurs, voire celui de trouver une main-d’œuvre formée. La période n’est, par ailleurs, pas des plus propices pour l’investissement dans un environnement soumis tout à la fois aux aléas sanitaires et, au-delà, à bien des sujets d’incertitudes sur les développements futurs en matière de demande, de coûts, de transition environnementale ou démographique. Enfin, entreprises et consommateurs n’ont pas totalement intégré ces nécessaires changements et ce qu’ils pourraient apporter à l’économie française. Les réflexes de consommation, les logiques de développement sont encore très profondément ancrés dans le modèle d’un monde global qui ne favorise pas la relocalisation.

Marie-Claire Cailletaud

La crise sanitaire a mis en évidence notre extrême vulnérabilité due à la désindustrialisation massive du pays. Nos gouvernants n’ont pas eu d’autre choix, face à la réalité, que de parler de réindustrialisation, relocalisation et même planification et nationalisation. Dans le même temps, les grands groupes ont accéléré leur recomposition et multiplié les licenciements, comme par exemple Sanofi et Nokia, avec plus de 1 000 postes d’ingénierie et de recherche supprimés. Airbus a supprimé 5 000 emplois alors que ses dividendes ont augmenté et que son carnet de commandes est plein pour plusieurs années. La crise a désta­bilisé momentanément le processus de production et montré la fragilité des chaînes de valeur internationales. Mais la stratégie des grands groupes dans une économie mondialisée et hyperfinanciarisée n’a pas changé. Elle se résume à faire remonter le maximum de dividendes à ses actionnaires, y compris en étranglant les sous-traitants comme dans l’automobile. La réorganisation doit leur permettre d’éviter des ruptures qui mettraient en péril cette rentrée d’argent. Cette crise a produit un effet d’aubaine, d’accélération des transferts financiers de l’État vers les entreprises industrielles, avec des montants faramineux, justifiés aux yeux de l’opinion publique par la situation sanitaire. Cela a conduit, non pas à maintenir l’activité, mais à garantir la rentrée de dividendes aux actionnaires. En accentuant encore plus la déconnexion entre l’accumulation du capital et la réponse aux besoins humains.

Aymeric Seassau

Cette crise pandémique a en effet révélé la crise profonde du capitalisme mondialisé. Il a manqué des masques, de l’oxygène médical, etc. Le pays a pris conscience du manque d’outils de production dans ces domaines. Pour ne prendre qu’un exemple, l’usine de masques de Plaintel, dans les Côtes-d’Armor, capable de produire jusqu’à 4 millions de masques par semaine, avait fermé en 2018… faute de commandes de l’État ! Dans ce contexte, les aides de Bercy ont profité aux actionnaires plutôt qu’aux travailleurs. Les chiffres sont désormais connus. L’Insee relève 45 000 emplois perdus dans l’industrie pendant la crise pandémique. Déjà en 2019 Mediapart titrait « Macron en naufrageur de l’industrie » pour caractériser son action. 165 emplois industriels sont perdus en moyenne chaque jour en France depuis 2001 et le déclin continue. La reconquête industrielle est une bataille d’intérêt général. Une bataille sociale (c’est le seul secteur où un emploi génère deux à quatre emplois indirects), une bataille de souveraineté pour répondre aux besoins des populations, une bataille au service de la transition écologique.

Selon vous, quelles sont les trois grandes mesures à prendre pour une politique de réindustrialisation de notre pays ?

Marie-Claire Cailletaud

La première nécessité est d’avoir une vision stratégique sur le long terme. C’est le rôle d’un État stratège, qui devrait mettre en place une programmation pluriannuelle de l’industrie afin de planifier sur le long terme les politiques publiques de recherche et d’innovation, de formation, de financements, de services publics et d’infrastructures. Dans cette transformation du système productif, l’anticipation est essentielle afin de permettre aux travailleurs, grâce à la formation initiale et continue, de reprendre leur rôle central dans le système productif. À partir de là, et si nous voulons retrouver notre indépendance (qui ne signifie pas autonomie), il est indispensable de reprendre la main sur les filières stratégiques identifiées (énergie, transports, communications, eau, santé…) par une véritable appropriation sociale de ces secteurs. Enfin, rien ne se fera dans le sens de l’intérêt général sans démocratie et en particulier sans démocratie dans l’entreprise. Au contraire, c’est en donnant du pouvoir dans les entreprises à celles et ceux qui font le travail que l’on arrivera à contrebalancer le poids des actionnaires et que se posera la question du sens et de la finalité du travail, c’est-à-dire ce que l’on produit, pourquoi et comment.

Aymeric Seassau

Il y a urgence à s’outiller d’un arsenal législatif pour empêcher les délocalisations et les licenciements boursiers. Le PCF a porté plusieurs projets de loi dans ce sens ces dernières années. Il faut désintoxiquer le pays de la finance ! 2021, en pleine crise pandémique, s’annonce comme une nouvelle année mondiale record dans le paiement de dividendes, notamment en raison des versements faramineux aux actionnaires des sociétés minières. Notre monde marche sur la tête. À l’inverse, nous voulons mettre l’économie et la production au service de la réponse aux besoins humains plutôt qu’à ceux de la finance en définissant des filières nationales stratégiques. Fabien Roussel, le candidat présenté par le PCF à l’élection présidentielle, propose notamment d’agir dans deux directions. La première est de constituer un pôle public bancaire pour financer les entreprises et les activités utiles sur de nouveaux critères d’efficacité sociale et écologique face à ces pôles privés de la mondialisation capitaliste que sont les multinationales et les marchés financiers. La seconde est d’ouvrir de nouveaux pouvoirs aux salariés dans leur entreprise pour pouvoir agir et proposer des alternatives. L’actualité sociale le démontre quotidiennement sur tout le territoire national : en défendant leurs emplois, les travailleurs en lutte formulent des projets alternatifs à la hauteur des crises sociale et environnementale.

Véronique Riches-Flores

De mon côté, je pense que les impératifs climatiques constituent une chance pour redynamiser notre industrie qu’il faut saisir, non seulement parce qu’il s’agit de préserver le potentiel de développement et d’emplois de l’économie française, mais parce qu’il nous faut agir très vite face au dérèglement climatique. La réglementation du commerce international ne permet pas les discriminations entre produits mais n’interdit pas d’informer les consommateurs sur l’empreinte carbone ; l’obligation d’informer sur le kilométrage parcouru par un jean avant d’arriver sur le territoire, par exemple. La traçabilité de l’empreinte carbone des produits de consommation aiderait la prise de conscience et finirait par inciter les distributeurs à jouer un jeu plus local, comme cela commence d’ailleurs à être le cas. À une approche ciblée, bien compréhensible, compte tenu de certains enjeux de sécurité ou de souveraineté spécifiques (dans les médicaments par exemple), une approche holistique est véritablement nécessaire pour enclencher un mouvement d’ampleur. Renaissance industrielle et transition environnementale ne sont pas les objectifs les plus naturellement compatibles. C’est pourtant tout l’enjeu et de nombreux experts ont travaillé pour aider à y parvenir.

Avec les défis environnementaux et climatiques, la transition écologique et une nouvelle production décarbonée énergétique sont à l’ordre du jour. Comment les mettre en œuvre ?

Marie-Claire Cailletaud

La réponse aux défis environnementaux et aux besoins sociaux implique de produire et consommer autrement. C’est d’un véritable changement civilisationnel que l’on parle. Cela va nécessiter de transformer notre système productif dans une économie beaucoup circulaire, avec des circuits raccourcis et des coopérations entre pays. Le débat démocratique devrait permettre d’orienter la production pour répondre aux besoins et non pas, comme c’est le cas à l’heure actuelle, créer des besoins artificiels via la publicité et ainsi générer désirs et frustrations, gaspillage environnemental et social. Ainsi nous produirons des biens et des services durables, réparables, utiles socialement et compatibles avec ce que nous apporte la nature. Cette transformation va nécessiter de produire plus d’électricité dans un bouquet énergétique qu’il nous faut décarbonner. L’énergie, moteur du développement, occupe une place centrale, et ne peut être laissée aux mains du marché, qui conduit à une explosion des prix. Il est nécessaire de conforter des filières de production d’électricité bas carbone et pilotables. Cette situation rend l’utilisation de l’énergie nucléaire incontournable, comme l’indique le Giec. Et, donc, plutôt que de donner des coups de boutoir dans cette filière, les progressistes devraient au contraire unir leurs efforts à ceux des travailleurs du secteur, afin de construire un grand pôle public de l’énergie bâti autour d’un mix énergétique évoluant vers le nucléaire et les énergies renouvelables.

Véronique Riches-Flores

Les défis climatiques sont considérables et sans précédent. Les relever sera coûteux et bouleversant, c’est pourquoi ils requièrent des efforts sans précédent tant sur le plan de l’action et de la réglementation que sur celui de vision politique. Cette dernière fait encore largement défaut, or nous n’arriverons pas à faire face à des problématiques de long terme sans nous projeter dans le temps long. On ne parle pas ici de la transition mais des multiples transitions à mener de front, parfois contradictoires, d’ailleurs qui concernent tous les aspects de notre vie : les transports, l’urbanisation, l’agriculture, la recherche. Ce sont tous ces leviers qu’il faut actionner.

Aymeric Seassau

Si nous voulons produire mieux et produire plus près, il faut s’attaquer au cancer financier qui ronge les activités humaines et revoir les traités européens. Le court-termisme capitaliste conduit à un épuisement des hommes comme de la planète pour atteindre les insoutenables taux de profit à deux chiffres devenus la norme. S’épargner ce diagnostic, c’est rester dans l’impasse. D’autant qu’il faudra des investissements publics massifs dans nos infrastructures si nous voulons changer de modèle de production, de consommation, de transports. C’est vrai pour l’énergie si nous voulons un mix énergétique basé sur le renouvelable et le nucléaire à la hauteur de la crise climatique et répondant aux besoins des populations. C’est vrai pour les transports si l’on veut favoriser un couple ferroviaire/maritime et fluvial le moins polluant. Or la France est en queue de classement européen sur l’investissement dans le ferroviaire et nos ports ne sont pas connectés aux corridors ferroviaires européens. Transports, énergie… Autant de secteurs essentiels pour la transition écologique et qui ont été victimes de vagues de libéralisation successives. Sauver la planète, c’est d’abord la mettre à l’abri des dévastations du marché.

 

Une chute sensible

Parmi les personnes en emploi selon les critères de l’OIT, 13,3 % travaillaient en 2018 dans un secteur industriel en France. Même si sa part dans le PIB a fortement diminué dans les dernières décennies, l’industrie représente encore plus de 12,5 % (source : Insee). Le secteur industriel français comptait plus de 4,5 millions d’emplois salariés en 1989, plus que 3 millions, trente ans plus tard… soit une diminution de 30 %. On parle donc de désindustrialisation.

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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 06:32
Jean Dréan (photo Le Télégramme)

Jean Dréan (photo Le Télégramme)

UN APPEL A LA RAISON DES ABANDONNES DU POUVOIR POLITIQUE

Le grand âge pour un autre choix de société: l'humain d'abord de la naissance à la fin de vie.

 

La loi grand âge est en gestation de longue date:

- Sarkozy a trahi la parole donnée aux personnes âgées sur l'autonomie

- Hollande et son équipe disloquée ont voté une coquille vide, ouvrant largement la catastrophe en cours.

- Macron a fait un choix qui le caractérise bien: casser le social, remplir les coffres de ceux qui l'ont hissé au pouvoir.

Ces étapes successives ont conduit au sursaut du comité d'éthique.

EHPAD: la Honte de la France!

EHPAD: la souffrance au travail!

EHPAD: la maltraitance institutionnelle!

Le maintien à domicile est un véritable calvaire.

L'appel au secours poignant des diverses associations en est le témoignage, couplé avec des actions de revendication en préparation pour un meilleur financement du secteur de l'aide à domicile. 

Les prochaines élections présidentielles prennent une voie inquiétante.

Pas un mot dans la multitude de tribunes: les vieux aux oubliettes! 

Demain pourtant, plus de vieux que de jeunes dans notre pays.

Le feuilleton offert par les forces se prétendant de progrès et en capacité de mettre en place le dernier étage du chef d’œuvre du conseil national de la Résistance, la Sécurité Sociale solidaire garantissant le droit à la santé et à l'autonomie pour tous, est lamentable. 

Les artistes à l’œuvre sont dans l'incapacité d'unir leurs voix.

La soif de pouvoir les aveugle jusqu'à l'obstination indécente.

L'union des gens de progrès est une nécessité absolue pour mettre en place la société du grand âge.

Il y a une urgence absolue!

Résidents - maintien à domicile - aidants familiaux - personnels/

Des millions de citoyens en capacité de voter sont en attente dramatique. 

Voir tous les appels des associations de Bretagne (15 appels).

Il y a urgence, vraiment urgence.

Après 6 ans en EHPAD, je confirme: la situation s'aggrave. A devenir invivable. 

Dans l'attente d'un engagement confirmé.

Bien à vous.

Jean Dréan

En Maison de retraite à Quimper

 

A Coeur ouvert n°2 - Journal de l'atelier citoyen santé Bretagne du PCF - Interview de Jean Dréan, mai 2019

A Coeur ouvert n°2 - Journal de l'atelier citoyen santé Bretagne du PCF - Interview de Jean Dréan, mai 2019

Lire aussi:

Cocos, confinés, et actifs: Jean Dréan, le militant infatigable d'une société plus humaine avec les personnes âgées et les EHPAD

Appel de Jean Dréan: pour le droit à bien vieillir, stop à la maltraitance institutionnelle vis-à-vis des personnels et des usagers des maisons de retraite! (janvier 2018)

Né en 1933, Jean Dréan, l'homme à la haute stature solide de breton taillé dans le roc et au collier de barbe à la mode des certitudes anciennes, personnalité haute en couleurs que nombreux, de tous bords, connaissent et apprécient à Morlaix et à Plouigneau, vient d'intégrer une maison de retraite à Quimper pour accompagner son épouse dont les problèmes de santé s'opposaient à un retour à la maison.

Cela a été un choix douloureux pour ce pilier de la section communiste et de la CGT de Morlaix, un franc-tireur plein de crânerie, d'esprit d'indiscipline d'humour malicieux et d'intelligence, un obstiné prêt à soulever ciel et terre pour que son parti, sa CGT, ses parlementaires et ministres œuvrent enfin pour la prise en compte des enjeux du vieillissement et la mise en place d'une civilisation de la personne âgée basée sur la Sécurité Sociale Universelle et le partage des richesses.

Jean Dréan a encore toute sa lucidité, sa vivacité d'esprit, sa mémoire et des tonnes d'histoires plus ou moins exemplaires, mais souvent drôles et passionnantes, à nous raconter. Voici déjà quelques unes d'entre elles, écrites une nuit sans sommeil à la maison de retraite.

Chacun sait ce qu'il gardera de cet homme généreux et rebelle qui a su rester curieux et ouvert pour les jeunes et la nouveauté, mais son vécu n'est pas connu de tous et intéressera sans nulle doute. Il éclaire en particulier ses attaques verbales courageuses il y a quelques mois face à une Marine Le Pen méprisante et ses menaçants nervis du service d'ordre du Front National venus sonder le terrain d'une région traumatisée par la crise de l'agro-alimentaire sur le marché de Guerlesquin: s'il devait n'en rester qu'un, ce serait encore lui, n'en doutons pas, qui ferait barrage aux héritiers du fascisme et de l'OAS.

Le vécu d'un modeste citoyen engagé

Notre génération a connu des turbulences: les camps de concentration, le goulag, Oradour, la torture en Algérie, Dien Bien Phu la capitulation. Aujourd'hui tout le monde musulman est en ébullition: parfois sanguinaire, cruel, barbare. On viole, on égorge à tour de bras. Dans une indifférence coupable. Certes avec quelques réactions.

Aujourd'hui le camarade Ismaël me sollicite pour expliciter une tranche de vie, certes modeste, mais trop souvent absente de l'évolution de notre Pays, de son histoire. Le refus des guerres coloniales, le traité d'Evian. Son contenu, entre autre la coopération découlant de ce traité.

Pour expliciter, comprendre un temps soit peu mon engagement citoyen de toujours, quelques rappels.

Durant la guerre 39-45, quoique très jeune, j'ai pratiqué la débrouillardise, le chapardage, le hors la loi. Il fallait survivre: on allait mon frère et moi traire les vaches pendant la nuit, étrangler les poules. Père cheminot – il entretenait les voies près de Rosporden – il a modestement participé au sabotage de son outil de travail. Ma mère était garde-barrière: les trains ravitaillant la troupe allemande à Brest s'arrêtaient devant chez nous: des cheminots complices nous indiquaient les wagons intéressants à piller: nous récupérions de l'huile, des matières premières que nous échangions ensuite avec les paysans, parfois contre des cochons que nous envoyons en boîte de conserve à des camarades de résistance parisiens. En 44, mes parents nous envoyaient mon frère et moi avec nos deux chiens ravitailler le maquis avec une brouette: en arrivant dans les bois auprès des résistants, quelle n'a pas été ma surprise en voyant que leur commandant était mon instituteur, Mr Le Corre. Celui-ci n'a même pas eu besoin de me faire promettre de garder le secret. L'ennemi: le boche. Les cheminots résistants de toujours ont été les premiers a déclencher la Grève insurrectionnelle.

1947: ils ont continué la lutte. Soutien aux mineurs en grève en bloquant les trains de charbon. Les champions de la trahison permanente entraient en action: Jules Moch créait les CRS pour gazer les mineurs en grève.

1949: entrée à la SNCF, école d'apprentissage.

1953: adhésion à la CGT. Participation à la grève historique contre les prétentions d'une droite revancharde. Le fameux président du Conseil Laniel prétendait casser le statut de cheminot, massacrer le service public ferroviaire (déjà!). Un mois d'une grève dure. Le pays paralysé. Démission de Laniel. Décrets abrogés. Interdit du droit de grève (j'étais hors statut), j'ai été licencié. Soupe populaire à Clichy. Adhésion au PCF (mon père était déjà communiste) puis réintégration à la SNCF.

1954: Appel sous les drapeaux. Mont Valérien. La guerre d'Indochine fait rage. Les fellaghas s'agitent. Le canal de Suez s'enflamme. Nationalisé par Nasser. La France et l'Angleterre se précipitent dans une action de représailles coloniale. Les Nations Unies condamnent. La France capitule.

L'Algérie à son tour s'enflamme: les forces progressistes appellent au refus. Avec trois appelés, trois cheminots, une nuit nous inondons les murs de la Caserne d'affiches fourrnies par les cheminots communistes des ateliers de la Garenne . « Paix en Indochine, Paix en Algérie ».

Le lendemain matin, le commanbdant sonne le tocsin. Tout le monde consigné. Arrivée de la police militaire. Silence dans les rangs. Dénoncés deux mois plus tard par des « nostalgiques des colonies » du contingent comme nous. Jugement sans sommation: cellule-prison. Le commandement était désorganisé en France: les cadres de l'armée opérant en Indochine, en Algérie. Surprise un matin. Appelé au commandement de la compagnie qui m'adresse un message très particulier: « vous disparaissez du paysage, je ne veux plus entendre parler de vous ».

Destination Centre de sélection de Guingamp. Comme Testeur. Pourvu du BEPC, je faisais passer des tests aux appelés. Inespéré et hasard de son engagement.

Dix ans plus tard m'a été explicité la vérité sur ce miracle. Ce jeune commandant, rappelé à l'époque, était tout simplement le fils d'un cheminot communiste. Il avait abusé de son autorité.

Le dénouement: Ho Chi Minh triomphait, Ben Bella franchissait la frontière tunisienne avec ses troupes. La France capitulait dans la débâcle et les attentats de l'OAS.

Toutes ces péripéties digérées, je répondais à un Appel des Accords d'Evian: coopération technique en Algérie. Détaché de la SNCF à la « SNCFA ». Mon épouse acceptait un détachement d'enseignement. Bien sûr, c'était une décision d'importance. L'aventure dans un monde sortant d'une guerre salie par la torture.

Quel accueil dans ce pays meurtri, saccagé, méprisé? Embarquement Marseille pour Annaba (ex Bône). Voyage superbe en première classe (les arabes étaient entassés dans les cales) !!! Débarquement le lendemain. Quelle surprise: un pays grouillant d'arabes!!! Du soleil. Puis train pour Souk Arhas. Gros centre ferroviaire. 600 cheminots. Accueil par un cadre cheminot algérien. Qui pour me saluer me tend la main gauche. J'ai appris quelques mois après par lui-même – sans rancoeur ni haine- qu'il avait été torturé par les Paras de Le Pen.

Seul européen parmi 600 cheminots algériens. Vraiment surpris et interrogatif sur la qualité des installations ferroviaires: ce qui était manuel en France était mécanisé là-bas. C'était l'effet du plan de modernisation de Constantine. J'ai dû me former rapidement en prenant des cours du soir pour me mettre à niveau par rapport à ces installations modernes. Le monde à l'envers: c'était moi qui était censé apprendre aux autres. Le plan de Constantine et ce chemin de fer moderne était surtout là pour acheminer le fer, le phosphate, le pétrole sur l'Europe. Pas pour le bonheur du peuple algérien.

Rapidement au boulot. Accompagnateur de 8 jeunes algériens. Jeunes surpris de voir un européen en bleu de travail, sac à outils sur le dos. Moi-même, j'étais surpris du niveau de connaissance de ces jeunes algériens, des musulmans qui n'hésitaient pas à puiser une bière dans le frigo présent en permanence dans le 4/4 sur rail qui servait à nous déplacer, frigo approvisionné par mes soins.

Là aussi surprenant. Aucune rancoeur, aucun rejet de l'ordre donné, de l'engagement volontaire.

Notre parcours de travail s'étendait sur 200 km le long de la frontière tunisienne. Des paysages superbes, le maquis, le sable des montagnes. Une multitude de Djellabas. Le terrain propice à la pénétration de fellaghas dans l'Algérie Française. Là aussi, je fus surpris par l'accueil dans un monde que nous avons bafoué, massacré, traité au Napalm. J'ai visité avec le commandant de la place de Tebessa des galeries de mine qu'ils utilisaient à la barbe du colon pour franchir la frontière (technique à la Hamas).

Je passerais sur les villages de montagne passés au Napalm, les défoliants pour dénuder les caches des fellaghas.

Rien d'exceptionnel pour une guerre de pacification. Accueil dénué de tout esprit de revanche. Ce qui prouve bien comme avec le camarade Ho Chi Minh du Vietnam qu'il eut été possible d'instaurer un climat de coopération économique profitable aux peuples. De quoi écrire un roman.

Je terminerai sur quelques anecdotes.

A chaque voyage retour nous avions la possibilité de ramener une voiture neuve entièrement détaxée. Personnellement et pour cause, j'alimentais le chef de la police de Souk Arhas et le patron des douanes, ceci prouvant s'il en était besoin la tendance à la mise en place d'une Mafia qui a conduit progressivement l'Algérie à sa situation d'aujourd'hui. Ces personnages me gratifiaient de leur carte de visite. Bien utile. Par exemple, au cours d'une ballade en montagne (50° à l'ombre), dépourvu de tout papier d'identité, j'ai été embarqué brutalement par une patrouille. Mis à l'ombre. Soudain me vient l'idée de demander au chef de poste d'appeler le numéro du chef de la police sans lui dire à qui ce numéro appartenait. Garde à vous au téléphone: mille excuses et retour à la maison avec la jeep de la patrouille. La raison: entre l'Algérie et la Tunisie existait un fort trafic de Kif. Quatre anglais étaient signalés dans la montagne. Il y eut confusion à notre dépens.

Je m'appelle Dréan. A 50 km de Souk Arhas, il y avait une ville s'appelant « Drean », le nom d'un martyr de l'ALN. Les contrôles de police étaient légion, à chaque entrée de localité. Un jour, je me trouvais dans une file de contrôle. Se présente un policier. Je lui confie mon passeport: il l'ouvre, se met au garde à vous et me fait déboîter de la file, le nom l'ayant certainement impressionné. Un autre jour, un tapis que j'avais commandé arriva au bureau de poste de Drean tandis que je l'attendis chez moi pendant quatre mois.

Mon épouse, institutrice détachée, pendant 5 ans, le temps de ma coopération, fit la leçon à 40 jeunes algériens (qu'elle avait troqué contre 8 élèves français dans son école de village des Côtes du Nord). Le matin 40, l'après-midi une foule aussi impressionnante. Un silence, une discipline tout aussi surprenante. De jeunes palestiniens sortant des grandes écoles américaines – interdits de rentrer en Palestine – enseignaient l'arabe aux jeunes algériens. Coopérants, nous avions droit au consulat d'acheter du Ricard, du Porto détaxé. Ces jeunes palestiniens se faisaient un plaisir d'en déguster à la maison. Bien que musulmans m ais fortement teintés laïques. Après deux ou trois coups, le débat sur le colonialisme ressurgissait. Cordialement. Mais prévoyant et réaliste. « Ce que vous avez fait dans vos ex colonies et ailleurs, vous le paierez cher, très cher, pendant longtemps ». Un constat sans haine. Aujourd'hui nous y voilà.

J'ai connu de retour en France 20 ans après des Algériens sans pays. Après guerre, les nombreux algériens engagés dans l'Armée Française contre les nationalistes vietnamiens en Indochine ont reçu l'ordre de déserter en Indochine. Condamnés en France. Pourchassés en Algérie. Des vies brisées.

Le plus sanguinaire. Le Parti Communiste Algérien (PCA), soutien du FLN pendant la guerre de libération, y compris avec des ressortissants européens, d'ailleurs désavoués par le PCF même si celui-ci demandait la clémence pour les militants anti-colonialistes arrêtés et condamnait tortures et exécutions clandestines, était fortement implanté chez les cheminots. J'avais lié connaissance avec eux. Boumediene exile Ben Bella. Prend le pouvoir. Constatant la disparition de plusieurs camarades du P.C.A dans les gares environnantes, je m'en inquiète auprès d'un camarade de l'UGTA. Réponse: t'occupe pas de ça, c'est pas ton affaire. Huit jours après, dix d'entre eux étaient retrouvés égorgés dans un oued. Une multitude de drames affreux. J'ai connu tous les 15 jours l'atterissage d'un Boeing américain à Annihi. Repartant avec 500 jeunes algériens pour l'Afghanistan traquer les russes. Que sont-ils devenus aujourd'hui? Irak, Syrie, Mali....

Jean Dréan

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29 décembre 2021 3 29 /12 /décembre /2021 20:03
Le 9 janvier 2013, Sakine Canciz, Fidan Dogan et Leyla Söylemez étaient assassinées au 147 rue La Fayette

Le 9 janvier 2013, Sakine Canciz, Fidan Dogan et Leyla Söylemez étaient assassinées au 147 rue La Fayette, dans le 10ème arrondissement.
L'enquête a démontré que les services secrets turcs étaient impliqués dans le triple assassinat politique de ces militantes des droits du peuple kurdes.
Depuis 9 ans, la justice n'est pas passée.
Depuis 9 ans, les familles des victimes n'ont jamais été reçues à l’Élysée.
Depuis 9 ans, la France a préféré privilégier ses relations avec la Turquie d'Erdogan à la justice.

Alors que tous les indices recueillis au fil de l’instruction pointent vers Ankara et son agence de renseignement (MIT), la justice française a décidé dans un premier temps de clore le dossier, suite à la mort du tireur, Ömer Güney - officiellement décédé en prison d’une tumeur au cerveau en décembre 2016, au prétexte que la disparition de « l’assassin présumé » entraînait l’extinction de l’action publique. 
Soyons nombreuses et nombreux le 8 janvier à 12h devant la Gare du Nord à la manifestation organisée par les associations kurdes pour exiger la justice pour ces trois femmes, ces trois militantes.
 

Le lien de l'événement Facebook https://facebook.com/events/s/manifestation-pour-les-trois-m/586426025690981/
#justice #PCF #Kurdes #Erdoganassassin

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29 décembre 2021 3 29 /12 /décembre /2021 06:37

 

Fabien Roussel fait de la jeunesse et de l’éducation un des axes de la campagne présidentielle. La rencontre de Vénissieux, consacrée à l’éducation, ce vendredi 3 décembre était la dernière d’une série de 6 rencontres dans toute la France.

 

 

La salle remplie, les nombreuses questions témoignent de l’enjeu que représente l’école dans un contexte qui a aggravé les inégalités de réussite scolaire.

La proposition du candidat communiste d’allongement du temps scolaire, parce qu’elle tranche avec près de 15 ans de réduction du temps de classe pour les élèves, suscite le débat. Michelle Piccard, maire de Vénissieux, rappelle en préambule l’urgence de répondre aux besoins des catégories populaires, le besoin d’école, et que l’État joue son rôle en la matière pour permettre aux communes de répondre aux besoins en matière d’équipements scolaires et de loisirs éducatifs. En supprimant 13 milliards de dotation aux communes, l’État prive les collectivités de moyens de développer des politiques ambitieuses pour le loisir éducatif.


Claire Pontais, professeur d’EPS, syndicaliste et formatrice, interroge : Comment donner à des enfants de catégories populaires ce qu’un enfant, qui a par sa famille les ressources nécessaires, trouve normal : l’accès aux savoirs, l’accès à la culture, au sport, et aux loisirs.
La proposition d’allongement du temps scolaire, 27 h en primaire, 32 h, voire plus au collège et au lycée, est alors développée par Fabien Roussel. Puis Paul Devin, président de l’Institut de recherche FSU, témoigne du besoin de plus d’école pour élever le niveau de connaissance d’une classe d’âge, combattre les inégalités, et transformer l’école pour qu’elle soit réellement émancipatrice. Pour cela il faudra créer des postes en nombre (90 000) et des équipements scolaires de qualité.


Il ne s’agit pas seulement d’allonger le temps scolaire, mais d’améliorer les conditions d’accueil et d’étude des élèves et transformer l’école, donner du temps aux enseignants pour exercer leur métier.


Le témoignage d’un directeur d’école et celui d’une enseignante du second degré révèlent les difficultés que rencontre aujourd’hui le monde enseignant. Difficultés à faire leur métier dans un contexte dégradé, avec de moins en moins de moyens et des réformes menées par le gouvernement qui vont à l’encontre de ce qu’il faudrait faire ; La réforme du Bac, Parcoursup ont accéléré l’individualisation des parcours scolaires, mettant établissements et élèves en concurrence, tout en livrant au marché une partie des enseignements.


Ce sont bien entendu les jeunes qui réussissent le moins et ceux de catégories populaires, ceux qui n’ont que l’école pour apprendre, qui sont les premières victimes de la mise en place de cette sélection.


Alors que l’école inclusive est au cœur du discours gouvernemental, les AESH, ces assistants d’éducation qui accompagnent les élèves en situation de handicap, exercent une mission essentielle. Une formation, des salaires dignes de ce nom, et un statut au sein de l’Éducation nationale est indispensable comme le propose Fabien Roussel.


Tout comme le nécessaire réengagement de l’État auprès des collectivités pour construire des écoles, des collèges et des lycées, comme Cécile Cukierman, sénatrice de la Loire, l’évoque, en même temps qu’elle dénonce la précarisation de l’ensemble des personnels de l’éducation.
Enfin, Séverine Brelot, professeur en lycée professionnel et syndicaliste, parle de ceux dont on ne parle jamais, alors qu’ils représentent 43 % des lycéens, les jeunes de lycées professionnels. Ce sont les futurs premiers de corvée. On leur a volé une année d’études sous Sarkozy en supprimant le BEP et en imposant le bac pro en 3 ans. Autant de temps d’école en moins pour apprendre un métier, saisir les enjeux auxquels doit répondre le monde du travail.


Construire une école émancipatrice qui combatte les inégalités et élève le niveau de connaissance de toute la jeunesse est un enjeu de société, un enjeu démocratique, et cela coûte de l’argent. Le budget de l’Éducation sera augmenté de 45 %, précise Fabien Roussel en engageant un recrutement massif d’enseignants, pré-recrutés au niveau du bac et en licence et recevant une formation à bac +5 de qualité, permettant d’être formés sur les contenus d’enseignement, leur métier, mais aussi sur les enjeux de l’école aujourd’hui en lien avec les courants pédagogiques, la recherche et ses avancées.

Sébastien Laborde
secrétaire départemental

 

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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 17:33
Serge Klarsfeld : « Éric Zemmour promeut des thèses bestiales, comme les nazis » (L'Humanité, 28 décembre - entretien avec Aurélien Soucheyre)
Serge Klarsfeld : « Éric Zemmour promeut des thèses bestiales, comme les nazis »
Mardi 28 Décembre 2021 - L'Humanité

L’historien et fondateur de l’association Fils et Filles de déportés juifs de France (FFDJF) s’insurge contre les propos du polémiste concernant le rôle de Pétain dans la déportation des juifs.

Entretien

Vous avez combattu le négationnisme et le révisionnisme toute votre vie. Que ressentez-vous quand un candidat à la présidentielle comme Éric Zemmour est donné si haut dans les sondages alors qu’il fait preuve de révisionnisme au sujet de Pétain ?

Serge Klarsfeld Je trouve cela dégoûtant. Répugnant. Je ne m’y habituerai jamais, quand bien même le négationnisme et le révisionnisme n’ont jamais cessé. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, des gens comme Maurice Bardèche ont tout de suite nié le génocide des juifs et les chambres à gaz. Puis le négationnisme est réapparu à la fin des années 1970 avec Robert Faurisson, qui disait réfuter la « thèse » des chambres à gaz, comme s’il y avait deux « thèses » équivalentes, alors qu’il n’y a pas d’équivalence entre la réalité et la négation. Je n’ai pour ma part jamais cessé de combattre les négationnistes et les révisionnistes, qu’il s’agisse d’antisémites ou bien qu’il s’agisse, comme avec Eric Zemmour, de personnes d’origine juive qui reprennent le discours de l’extrême droite traditionnelle.

Que visent les négationnistes et les révisionnistes ? À nier et déformer les faits pour tenter de réhabiliter le nazisme et le pétainisme?

Serge Klarsfeld Il y a dans le noyau dur de l’AfD, le parti d’extrême droite allemand, une partie favorable à une réhabilitation d’Hitler qui met en avant la réelle lutte anticommuniste et la prétendue défense de la civilisation occidentale menées par le régime nazi. Ils vont parfois jusqu’à reprendre les thèmes de la propagande hitlérienne de l’époque. En France, c’est différent. Ce sont les partisans de Pétain qui n’ont jamais cessé de défendre Vichy. Il y a toujours eu des publications de gens engagés dans le pétainisme, puis de leurs héritiers, pour ressortir les mêmes faux arguments selon lesquels Pétain était le « bouclier » et de Gaulle le « glaive », face aux Allemands. C’est évidemment faux et aucun parallèle ne peut être tracé entre eux deux, entre le chef de la collaboration et le chef de la Résistance. Aujourd’hui, Éric Zemmour reprend cette « analyse » totalement infondée.

Éric Zemmour assure également que Vichy et Pétain ont « sauvé les juifs français »…

Serge Klarsfeld Pétain n’a pas du tout sauvé les juifs français tout simplement parce que 24 000 juifs français ont été déportés, soit environ un tiers des juifs envoyés vers la mort depuis la France. Vichy a persécuté les juifs français comme il a persécuté les juifs étrangers, notamment avec le statut des juifs. Il y avait à Vichy un antisémitisme d’exclusion, de dépossession et d’aryanisation des biens des juifs. Il faut aussi savoir que 7 000 juifs furent dénaturalisés, ce qui a facilité leur déportation. Ce qui est exact, et c’est sur quoi s’appuie Éric Zemmour, c’est que Vichy a placé les juifs français après les juifs étrangers dans l’ordre de déportation. Mais dans un premier temps seulement. Cela n’a pas du tout empêché la déportation de 6 000 enfants juifs français dont les parents étaient étrangers. Et, dans un second temps, cela n’a pas non plus empêché la déportation de juifs français adultes. En cas de victoire allemande, l’ensemble des juifs français auraient été déportés. Le régime de Vichy est, à jamais, coupable d’avoir accepté de coopérer à l’arrestation des juifs quelle que soit leur nationalité. Vichy a pleinement participé à la mise en place de la « solution finale » en France. Et on ne pourra jamais effacer de l’histoire le fait que la grande majorité des juifs déportés ont été arrêtés par des uniformes français.

Comment expliquez-vous que le révisionnisme de Zemmour ne soit pas disqualifiant aux yeux des électeurs ?

Serge Klarsfeld Hélas, il existe des électeurs antisémites, des électeurs xénophobes et des électeurs d’extrême droite. Et, enfin, des électeurs qui méconnaissent l’Histoire et qui, depuis longtemps, n’ont pas connu les horreurs de la haine et de la guerre. Les démagogues ont du talent, mais leurs idées n’en ont pas beaucoup. Quand leur démagogie redevient efficace, quand ils peuvent à nouveau désigner des boucs émissaires, quand les pulsions de violence reviennent, c’est souvent à la suite d’un délitement citoyen et une perte de sens républicain. C’est aussi l’échec des démocrates et des discours langue de bois des politiques traditionnelles… Il y a pourtant un très grand danger : l’extrême droite ne ramène jamais aucun « passé glorieux ». Elle amène toujours de grandes catastrophes et de grandes souffrances. Éric Zemmour promeut des thèses bestiales. Comme les nazis. À l’entendre, il faudrait se débarrasser des musulmans. Mais les nazis disaient pareil des juifs, sans préciser comment. Et nous avons eu les chambres à gaz… Comment Zemmour compte-t-il se débarrasser des musulmans ? Une fois arrivée au pouvoir, l’extrême droite a toujours mis ses menaces à exécution… Il faut les prendre au sérieux, et combattre l’obscurantisme et les totalitarismes, par la mobilisation et l’éducation, avec la dernière énergie.

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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 08:58
Grande manifestation pour la Paix - Toutes et tous à Brest le dimanche 9 janvier 2022 (Mouvement de la Paix)
Grande manifestation pour la Paix - Toutes et tous à Brest le dimanche 9 janvier 2022 (Mouvement de la Paix)
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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 17:38

 

Au lieu de la facture envoyée après un passage à l'hôpital, un nouveau dispositif entre en vigueur ce 1er janvier. Avec des conséquences directes pour les Français sans mutuelle et le personnel soignant.

 

SANTÉ - La mesure a été officialisée il y a de longs mois, mais elle s’apprête à entrer en vigueur dans la discrétion la plus totale. À partir du 1er janvier, lors d’un passage aux urgences, chaque patient qui ne sera pas hospitalisé dans la foulée devra régler sur place une somme d’un peu moins de 20 euros. 

Un changement notable alors que jusqu’à présent, il fallait attendre plusieurs semaines pour recevoir une facture à son domicile, laquelle variait en fonction des actes pratiqués à l’hôpital (simple consultation, tel ou tel examen, une batterie de tests...) et était prise en charge par les complémentaires santé dont bénéficient 95% des Français. 

L’évolution contenue dans ce nouveau dispositif baptisé “forfait patient urgences” réside dans l’instauration d’un tarif unique et plafonné pour chaque passage aux urgences non suivi d’hospitalisation (19,61 euros pour 2022). Un montant minoré à 8,49 euros pour les femmes enceintes de plus de cinq mois et les personnes atteintes par une affection longue durée (formes graves d’épilepsie, AVC invalidant, infection au VIH pour donner quelques exemples). Et pour les enfants victimes de sévices, les victimes de terrorisme et les malades du Covid soignés dans le cadre de l’urgence sanitaire, ils sont même exemptés des frais. 

Des difficultés logistiques à l’hôpital

Cette réforme n’est pas inattendue puisqu’elle découle des travaux menés en 2019 à la demande d’Édouard Philippe par le député LREM de la Charente et ancien urgentiste Thomas Mesnier avec le professeur spécialiste des urgences hospitalières Pierre Carli. D’ailleurs, ce dispositif, annoncé en octobre 2020 et voté dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2021, aurait dû entrer en vigueur dès septembre. Il a cependant été retardé à la demande de la Fédération hospitalière de France (FHF) du fait des complexités informatiques qu’il engendre pour les hôpitaux ainsi que d’un contexte budgétaire spécifique lié à la pandémie de coronavirus

Sauf que ce nouveau système interroge dans le milieu de la santé: “Très concrètement, le 31 décembre, si tu arrives aux urgences, tu es pris en charge et tu repars sans payer. Dès le 1er janvier, après t’avoir pris en charge, on te demande 19 euros”, résume après du HuffPost un employé d’hôpital. 

Dès lors, une première critique revient, de source hospitalière: celle de la difficulté de la mise en œuvre de ce nouveau fonctionnement pour les structures. “Les services d’urgence ne sont pas adaptés à l’encaissement de paiements: il faut des lecteurs de carte vitale, de la monnaie, des lecteurs de carte bleue...”, explique un connaisseur de ces problématiques. 

Le tiers payant simplifie la donne

Aurélien Sourdille, de la Fédération hospitalière de France confirme cette difficulté logistique pour certains établissements. “La nuit par exemple, il n’y a pas toujours de secrétaires médicaux. Il y a des infirmiers et des aide-soignants, qui sont avant tout là pour les soins, et dont ce n’est pas la mission première de passer une carte bleue.” De la même manière, explique-t-il, les hôpitaux ne sont pas “des supermarchés où il faut passer à la caisse”, et il n’y a pas forcément de bureau de sortie suffisamment confidentiel dans lequel les patients pourront régler leur facture. 

Néanmoins, ce cadre de FHF nuance en expliquant que ce nouveau fonctionnement va permettre d’éviter une part de la déperdition de trésorerie liée aux factures non réglées par les patients passés aux urgences, à qui il est parfois impossible d’envoyer ce qu’ils doivent régler parce qu’ils sont partis trop vite, qu’ils sont étrangers, trop précaires... “Aujourd’hui, la plupart des impayés à l’hôpital sont liés aux urgences, là c’est terminé”, décrit-il. Le député Thomas Mesnier abonde: ”À l’heure actuelle, seuls 30% du reste à charge des passages aux urgences vont dans les caisses des hôpitaux tant la facturation est difficile à faire.” 

Surtout, 95% environ des Français disposent d’une complémentaire santé ou d’une aide équivalente (la complémentaire santé solidaire pour les petits revenus ou l’aide médicale d’État pour les plus précaires). Ce qui signifie que toute cette partie de la population pourra faire jouer le tiers payant au moment de régler ses 19,61 euros aux urgences et donc ne rien avoir à payer en dépit du nouveau système. Il leur faudra présenter leur carte vitale et leur carte de mutuelle, ce qu’on n’a pas toujours sur soi lorsqu’on arrive aux urgences après une blessure sur un terrain de sport ou un accident de la circulation. 

Le public risque de découvrir cette nouveauté sur le fait

Il reste aussi les 5% de la population, qui peuvent être des retraités ou des chômeurs par exemple (la complémentaire santé est obligatoire pour une vaste majorité de salariés), et qui ont fait le calcul suivant: payer une mutuelle leur reviendrait plus cher que ce qu’ils dépensent en frais médicaux. Et pour eux, à partir du 1er janvier 2022, il faudra effectivement passer à la caisse s’ils viennent aux urgences. 

Or dans ce cas, le personnel hospitalier pourrait avoir à avoir à gérer un public pas forcément au courant de cette évolution du fonctionnement des urgences. “Le 1er janvier, ce sont des agents des admissions, en première ligne donc, qui vont devoir expliquer qu’à partir de maintenant, c’est payant. Et gérer la grogne qui va avec”, anticipe une source en milieu hospitalier, évoquant de surcroît le contexte de sur-sollicitation des urgences et leur manque de moyens encore dénoncés jeudi 16 décembre au Sénat par le médecin François Escat

Or alors que le nouveau système va entrer en fonction dans quelques jours se pose la question de l’absence de communication de la part des autorités sur le sujet. Sollicités par Le HuffPost, ni le ministère de la Santé ni l’entourage du Premier ministre Jean Castex n’ont apporté de précision à ce propos. Le député Thomas Mesnier, lui, évoque pour expliquer cette non-communication une mesure essentiellement “techno” (comprendre technocratique, qui concernerait surtout le milieu médical et donc pas directement le grand public). 

Vers une communication locale

Aurélien Sourdille apporte un élément d’analyse: “Je pense qu’il y a effectivement une sous-estimation de la part du gouvernement de ce que le nouveau forfait représente pour les établissements hospitaliers. Et en même temps, pour 95% des patients, cela ne change rien du tout.” Tant et si bien que pour le cadre de la FHF, le plus simple est que les établissements communiquent à leur niveau, avec leurs patients, en leur présentant les atouts du nouveau dispositif et notamment sa lisibilité évidente. 

Une source hospitalière se demande toutefois quelles conséquences pratiques le forfait patient urgences peut avoir sur la santé des Français. “Il y a sûrement des gens qui n’iront plus aux urgences par peur de devoir payer, alors qu’il le faudrait.” Et cette même source de rappeler qu’au cours de l’entretien accordé à LCI mercredi 15 décembre, le président de la République a insisté sur le fait “qu’il était vigilant à l’impact de ses décisions sur la vie des Français”. 

Mais pour Thomas Mesnier, le “forfait patient urgence” reste quand même une avancée majeure. “Honnêtement, je n’en fais même pas un objet politique: c’est une vraie réforme de simplification”, explique l’élu charentais. ”À l’heure actuelle, si l’on passe des examens en plus de la consultation lors d’un passage aux urgences, la facture peut monter. Et beaucoup. Alors que là, la facture va être plus juste, plus équitable, plus simple à comprendre.” 

Ce que confirme Aurélien Sourdille, de la Fédération hospitalière de France: “Avant, les services hospitaliers devaient attendre de connaître tous les actes pour savoir de combien serait la facture. Là, c’est simplifié à l’extrême et l’on sait immédiatement combien le patient doit régler. Et dans la plupart des cas, c’est sa mutuelle qui paiera.” Et pour ceux qui n’en ont pas, ce sera donc au personnel médical de gérer la transition d’un dispositif à l’autre. 

 

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25 décembre 2021 6 25 /12 /décembre /2021 06:21

Il vous est sans doute arrivé de croiser cette phrase au détour d’une consultation sur internet, la voici : « Nous sommes dans un monde où ceux qui gagnent 100 000 euros par an persuadent ceux qui ont 1 700 euros par mois que c’est la faute de ceux qui en touchent 500 si le pays va mal. » Et il faut bien le reconnaître, ça marche, au moins en partie. Les millions de personnes qui perçoivent des aides sociales sont stigmatisées comme étant des assistés.

De notre côté, nous appelons ça la solidarité nationale, qui nous permet d’être globalement mieux logés, mieux soignés, par exemple. Dans ce pays, 6,9 millions de personnes perçoivent les minima sociaux, 10 % de la population ; 4,3 millions de salariés, aux revenus faibles, perçoivent la prime d’activité. Pas moins de 13,5 millions de foyers sont allocataires de la Caisse d’allocations familiales (CAF), ce qui représente 32,5 millions de personnes. Plus de 3 millions de demandeurs d’emploi sont indemnisés chaque mois…

On se demande ici comment notre société tiendrait si toutes ces politiques de solidarité n’existaient pas. Macron désigna un jour ces aides par cette formule choc « un pognon de dingue. » Ce genre de discours tend à diviser, à fracturer et à opposer… Nous, on veut lever les yeux, ne pas porter un regard horizontal en direction des prétendus « assistés », nous regardons vers le haut…

Les hauts dirigeants négocient pour eux-mêmes des protections gigantesques de leur fortune. Il existe en France ce que l’on appelle, dans le jargon de Berçy, des « niches fiscales », elles sont au nombre de 450 et ont pesé dans le budget de cette année près de 86 milliards d’euros. Les plus riches parviennent ainsi à réduire leur impôt en toute légalité, sans être stigmatisés.

Et puis, ils nous ressortent régulièrement la chasse aux « fraudeurs sociaux », oui ça existe, quelques centaines de millions par an… en oubliant délibérément les effets dévastateurs de la fraude et de l’évasion fiscale qui coûtent des dizaines de milliards d’euros chaque année à la République, vous savez, celle qui doit garantir l’égalité et défendre notre modèle social…

Les véritables assistés sont trop souvent hors de notre champ de vision !

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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 07:01
Contrôle des chômeurs. À Pôle emploi, la politique de radiation bat son plein (L'Humanité, Cécile Rousseau, 22 décembre 2021)
Contrôle des chômeurs. À Pôle emploi, la politique de radiation bat son plein
Mercredi 22 Décembre 2021 - L'Humanité

Alors que le gouvernement exige le renforcement des contrôles sous couvert de remettre les chômeurs récalcitrants au travail, les privés d’emploi, notamment de longue durée, vont être également soumis à ce flicage pour faire baisser les statistiques.

 

« L es demandeurs d’emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leur allocation suspendue. » Cette phrase couperet, prononcée par le futur candidat Emmanuel Macron, le 9 novembre, n’a pas tardé à être suivie d’effet. Depuis le 1er décembre et jusqu’en mai 2022, les contrôles des chômeurs sont intensifiés, avec une hausse de 25 % pour atteindre 250 000 procédures dans les six prochains mois (500 000 au total en 2022 contre 400 000 en 2019). Dans cette vaste opération de flicage, les personnes identifiées sur les métiers en tension (bâtiment, aide à la personne…) et celles en projet de création d’entreprise depuis plus de six mois sont ciblées en priorité.

« Bas salaires, conditions de travail pourries »

« On n’arrête pas de nous parler de ces 200 000 à 300 0000 offres non pourvues sur ces professions où il est difficile de recruter, mais on oublie souvent de dire que les conditions de travail sont pourries et les salaires bas », rappelle Guillaume Bourdic, représentant syndical de la CGT Pôle emploi. La ministre du Travail, Élisabeth Borne, a tenté de justifier ces contrôles accrus : « C’est bien normal, alors qu’on accompagne comme on ne l’a jamais fait les demandeurs d’emploi, qu’on s’assure qu’ils cherchent effectivement du travail. » ​​​​​​​Qu’importe si les effectifs de Pôle emploi n’ont été renforcés que de 100 équivalents temps plein pour cette année et que seules 941 000 offres soient actuellement disponibles sur le site Internet de l’établissement public pour 6,5 millions de chômeurs, il s’agit de faire baisser les statistiques.

Dans la même veine, le plan censé « redynamiser » les demandeurs d’emploi de longue durée (Deld) risque aussi de se traduire par une exclusion des listes de l’ex-ANPE. Ce dispositif lancé fin septembre par le gouvernement consiste à recontacter 1,5 million de personnes d’ici à fin 2021. Stéphanie (1), conseillère Pôle emploi en région parisienne, a pu constater que la course contre la montre s’était enclenchée. « On nous demande de convoquer des chômeurs à tour de bras, mais il faut bien comprendre que, s’ils ne trouvent pas d’emploi depuis un moment, c’est souvent parce qu’il y a de grandes problématiques sociales derrière. On ne peut pas les diriger sur un poste en claquant des doigts. »

Pour aller plus vite d’ici au 31 décembre, la direction de l’agence n’a pas hésité à reprendre la main sur les portefeuilles des conseillers. « Un de mes chômeurs s’est vu inscrire dans son dossier qu’un entretien avait eu lieu alors que ce n’était pas le cas. Pour une autre personne, il a été signalé qu’elle ne s’était pas rendue à une convocation alors qu’elle n’a rien reçu ! C’est n’importe quoi », enrage-t-elle. Pour ce dernier cas de figure, la marche à suivre est explicite. Si le demandeur d’emploi de longue durée est injoignable, il devra être signalé aux services de contrôle de la recherche d’emploi (CRE), a fortiori s’il est sur les métiers en tension. Les jeunes du programme #TousMobilisés, déclarés absents, subiront aussi le même sort. De quoi faire encore grimper les radiations.

Pour les agents, la dénonciation, c’est non

Depuis cet automne, Stéphanie, comme d’autres agents, avait déjà constaté que la machine à rayer des listes était repartie à la hausse. Pour elle, hors de question d’aller dénoncer les demandeurs d’emploi. « Je n’ai dû le faire que deux ou trois fois pour des fraudes. Les conseillers estiment que cela ne fait pas partie de leurs missions, explique-t-elle avant de poursuivre.  « Il y a déjà des tensions à l’accueil des Pôle emploi depuis le Covid et avec la réforme de l’assurance-chômage. Nous allons en plus devoir gérer en partie le contrat d’engagement jeune (CEJ), ça commence à faire beaucoup, là ! Dans notre agence, il nous manque huit personnes. »

L’impression de devenir le « bras armé d’Emmanuel Macron »

Avec cette course aux résultats, le benchmarking (analyse comparative) entre les Pôle emploi bat aussi son plein. « C’est la compétition entre les agences d’une même région. Il y a un classement pour savoir qui a convoqué le plus de demandeurs d’emploi de longue durée, pointe Guillaume Bourdic. C’est le même principe pour le contrôle de la recherche d’emploi. Les collègues ont de plus en plus l’impression de devenir le bras armé d’Emmanuel Macron. »

Alors que les radiations administratives ont grimpé de 28,4 % entre le deuxième et le troisième trimestre 2021 – après une période d’arrêt pendant la première vague du Covid – pour revenir sensiblement au niveau d’avant la crise, la tendance n’est pas près de faiblir.

Si le taux de radiation pour absence d’actes positifs de recherche d’emploi se maintient autour de 15 % entre 2019 et 2021, battant en brèche le mythe des chômeurs profiteurs, certains d’entre eux sont aussi percutés par le passage obligé au tout-numérique. Comme le raconte Luc Chevallier, représentant syndical SUD emploi : « Avec la CGT, nous avons eu connaissance du cas d’une personne qui avait postulé à 29 offres par courriers recommandés et qui a été radiée car cela n’avait pas été fait via le site Internet. Ils ont jugé que cela ne constituait pas des actes positifs suffisants ! »

Tout en précisant ces mesures gouvernementales, le directeur général de Pôle emploi, Jean Bassères, gonflé d’optimisme, avait même estimé dans les colonnes du Parisien le 13 décembre que « le plein-emploi (était) un objectif atteignable ». Après le coup de massue de la réforme de l’assurance-chômage diminuant les droits de centaines de milliers de précaires, pour Éric Heyer, économiste à l’OFCE, cette stratégie de contrôles renforcés risque de ne pas produire le résultat espéré. « Contrairement au modèle scandinave, où le marché du travail est flexible et les demandeurs d’emploi peuvent, comme au Danemark, toucher 90 % de leur ancien salaire pendant quatre ans, en France, il y a une flexibilité sans sécurité. En catégorie A, seuls 48 % des chômeurs sont indemnisés, on va les radier, et après ? Cela va juste faire baisser le chômage un mois ou deux. En focalisant les contrôles sur les métiers en tension, l’idée est aussi de contraindre à prendre des offres dégradées. Il aurait plutôt fallu mettre des moyens pour mieux accompagner les demandeurs d’emploi vers un travail. » Face à ce climat anxiogène, les syndicats de Pôle emploi envisagent une journée d’action nationale en début d’année.

(1) Le prénom a été changé.
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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 06:51

 

A l'occasion de son déplacement à la Réunion, Fabien Roussel était l'invité du JT de Réunion la 1ère le 21 décembre 2021.

 

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