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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:04

GÉRALD ROSSI

L'HUMANITE

Mercredi 31 août 2016

FLORILÈGE

Pendant ses deux ans au gouvernement, le ministre de l'Économie s'est fait remarquer par de multiples déclarations devant la presse ou les patrons, d'inspiration très libérale.

Idée fixe. À l'heure de sa nomination au gouvernement, en août 2014, Emmanuel Macron laissait immédiatement deviner le fil conducteur de ce que serait sa ligne politique au ministère de l'Économie : « Nous pourrions autoriser les entreprises à déroger aux règles du temps de travail et de rémunération. » Depuis, le banquier d'affaires installé à Bercy par la volonté de François Hollande, après avoir assuré la direction du pôle « économie et finances » au secrétariat général de l'Élysée, n'a cessé de multiplier les petites phrases, souvent choquantes, toujours libérales, qui alimentent les réseaux sociaux sur la Toile.

Tout le monde a noté une de ses dernières sorties médiatiques, le 19 août dernier au Puy-du-Fou, le parc de loisirs vendéen, quand, devant le très réactionnaire Philippe de Villiers, il a avoué : « L'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste. » Ce qui n'avait en vérité rien d'un scoop. D'ailleurs, le même désormais ex-ministre ne disait-il pas un mois plus tôt « Vous savez, c'est très dur de savoir ce qui nous fait de gauche ou de droite » ? En juillet 2015, il croyait aussi déceler « un absent dans la politique française, la figure du roi, dont (il) pens(ait) fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort ».

Pour le reste, le ministre a été conforme à ce qu'on pouvait redouter de la part de l'un des rédacteurs du rapport de la commission Attali commandé par Sarkozy en 2008 : pour lui, le statut de la fonction publique « n'est plus adéquat ». La France n'a « pas su développer un environnement fiscal favorable aux entrepreneurs; il existe une préférence pour les hausses de salaires et le versement des dividendes plutôt que pour l'emploi et les investissements ». L'année dernière, à l'université d'été du Medef (où il était invité à nouveau en tant que ministre aujourd'hui), ce sont encore les 35 heures qu'il avait dans le viseur en indiquant devant la mine réjouie des grands patrons que « la France a cru qu'elle irait mieux en travaillant moins, c'était une fausse idée ».

Le mépris très présent dans ses discours

Aux jeunes Français, il conseille d'avoir « envie de devenir milliardaires », expliquait-il quelques mois plus tard aux Échos. Mais il serait injuste de penser pour autant que l'ancien énarque n'a jamais pensé aux petites gens. « Avec la relance des autocars, les pauvres voyageront plus facilement », a-t-il développé, pour justifier l'émergence d'un droit au transport à deux vitesses littéralement. Le mépris était encore présent dans le discours lors d'une visite dans un abattoir de volailles à Lampaul-Guimiliau (Finistère) quand il notait « qu'il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées ». Même morgue à Lunel (Hérault) face à un ouvrier qui l'apostrophait : « Vous n'allez pas me faire peur avec votre tee-shirt, lui répondait-il. La meilleure façon de se payer un costume, c'est de travailler. » Comme le font sans doute les entrepreneurs « pour qui la vie est beaucoup plus dure que celle d'un salarié », ajoutait-il en janvier cette année... De toute façon, « vu la situation économique, ne plus payer plus les heures supplémentaires, c'est une nécessité », précisait-il aussi. En décembre déjà, il estimait « pas réaliste d'imposer un doublement de la rémunération pour les salariés travaillant le dimanche ».

Autre sortie remarquée, quand il note que le FN « est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française d'extrême droite ». En mai dernier, devant un parterre d'investisseurs, Emmanuel Macron faisait un autre aveu : « Si j'étais en désaccord avec ce que fait le gouvernement, j'aurais moi-même pris mes responsabilités. Ce n'est pas le cas. » Que s'est-il passé depuis ?

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 07:55

MARIE-NOËLLE BERTRAND

Cet article est paru dans l'Humanité du 30 août dernier.

Depuis un "accord" a été trouvé, accord contesté et contestable. La teneur de cet article reste tout à fait valable.

LA 13e FORTUNE DE FRANCE S'ENGRAISSE EN ÉTANT LA PLUS IMPITOYABLE ET RADINE DU SECTEUR. Lactalis, le géant qui veut mettre les éleveurs à sa botte
5 MILLIARDS DE LITRES,C'EST LE VOLUME DE LAIT QUE COLLECTE CHAQUE ANNÉE LACTALIS CHEZ LES ÉLEVEURS FRANÇAIS.

Comment le 1er groupe laitier mondial parvient-il à imposer les prix les plus bas du marché à des éleveurs qui parlent, aujourd'hui, de véritable asservissement ? La réponse est à chercher dans un système à la mesure des pratiques sans scrupule du groupe.

C'est une simple lettre, quelques lignes tapées sans fioritures sur un papier A4, datée de vendredi. En haut à gauche figure le logo du groupe Lactalis, en bas à droite, la qualité de l'expéditeur (« La direction approvisionnement lait »). Pas de nom, de numéro de téléphone, ou autre contact de référence. Le courrier n'amorce pas à un quelconque dialogue : il explique, juste, ce qu'il en coûte de résister au premier groupe laitier mondial. « Chers producteurs », précise-t-il en préalable. « Notre site de Laval fait l'objet d'un blocus initié par les organisations syndicales FNSEA et Jeunes Agriculteurs (...) depuis le 22 août.

Ce blocus total, empêchant tout accès au site, a entraîné l'arrêt des activités de l'usine et de la plateforme logistique. (...) Sa paralysie a des conséquences périphériques directes sur le fonctionnement des usines du Grand Ouest et de Normandie qui l'approvisionnent (...). Aussi, nous sommes contraints de suspendre de manière temporaire la collecte du lait. » Formulé autrement, Lactalis prévient : dans le cas où ce blocage ¬ ou tout autre du même type ¬ doit se poursuivre, l'industriel n'achètera plus leur lait aux éleveurs. Autant dire, dans un langage plus direct, que, jusqu'à nouvel ordre de sa part, ceux-ci ne seront plus payés.

La faute à « un syndicalisme aveugle et irresponsable », conclut la missive, écrite, donc, le jour même où les négociations entre la FNSEA, le syndicat Jeunes Agriculteurs et les représentants de Lactalis tournaient court.

Les producteurs laitiers, en mouvement depuis une semaine, demandaient à ce que le groupe accepte de payer leur lait au moins 300 euros la tonne (30 centimes le litre) ¬ soit ce qu'il leur coûte à produire. Lactalis qui, depuis juillet dernier, ne la leur payait plus que 256,90 euros, leur a concédé une hausse de 15 euros (0,015 centime au litre), soit un prix de 271,90 euros la tonne (lire l'Humanité d'hier). Les éleveurs ont refusé l'offense, s'engageant, à compter d'hier soir, dans une bataille au long cours (lire ci-après). Lactalis a anticipé le mouvement, menaçant à la ronde de ne plus payer leur travail.

« Cette suspension de la collecte n'a rien à voir avec nos actions, estime Yohann Barbe, responsable national du dossier lait pour les Jeunes Agriculteurs (JA). À Laval, nous avons bloqué les bureaux, en aucun cas le cycle de production. » La manoeuvre relève ni plus ni moins d'un coup de pression, estime-t-il, comme l'industriel a coutume d'en faire chaque fois que des producteurs tentent de lui rentrer dans le lard. Un classique, qui n'en révèle pas moins le pouvoir dont bénéficie le groupe, en mesure d'imposer depuis trois ans des prix en dessous de toute raison aux éleveurs, lesquels, aujourd'hui, parlent d'asservissement.

Comment Lactalis est-il parvenu à les mettre sous sa dépendance ? La réponse est tout autant à chercher dans les avantages que le groupe tire de la fructification pécuniaire de ses ferments lactiques que dans un système sculpté à sa mesure.

L'asservissement par la contractualisation

Yohann Barbe fait remonter le premier coup de ciseau à 2009. « C'est l'époque du démantèlement de nos indicateurs de prix, jugés anticoncurrentiels sous le gouvernement Sarkozy. » Le prix du lait, jusqu'alors évalué chaque mois en fonction des coûts de production, devient désormais invisible, y compris à court terme. Mieux : l'ensemble des entreprises d'un même bassin ne sont plus tenues de l'appliquer. Votée en 2010, la loi de modernisation de l'économie (LME) finira de valider le processus.

Cette même année, un autre coup de burin sera asséné à la politique laitière en France : dans la perspective de la fin des quotas européens, Bruno Le Maire, alors ministre de l'agriculture, promeut des dispositifs de contractualisation entre les éleveurs laitiers et leurs entreprises de transformation. Logiquement, cela doit permettre de clarifier les échanges commerciaux, de réguler les volumes de production, et ainsi de garantir une stabilité des revenus pour les éleveurs. Bref, de les protéger. Le résultat sera loin du compte: si les contrats spécifient bien les quantités de lait achetées aux producteurs, ils n'indiquent en rien le prix auquel les entreprises de la transformation devront le leur payer.

Celles-ci ont désormais tous les droits en la matière. Lactalis, en sus, s'en arroge un autre, imposant une clause interdisant à « ses » éleveurs de venir manifester devant ses usines. « En substance, il est spécifié qu'ils ne doivent pas faire entrave à ses activités, ni communiquer négativement sur son image, à moins de s'exprimer sous bannière syndicale », souligne Yohann Barbe. De fait, l'histoire montre que le groupe n'aime pas cela. Ainsi, en 2011, avait-il porté plainte contre des cadres de la Confédération paysanne à la suite du blocage d'une de ses usines dans la Loire, mené pendant la grande grève du lait de 2009. Et pas plus tard que vendredi dernier, il engageait une action en justice, obtenant du tribunal de Laval la condamnation de la FNSEA à verser une amende de 5 000 euros par heure de blocage dans le cas où celui-ci se poursuivrait.

« Nous n'avons plus rien pour nous défendre », relève cette éleveuse d'Ille-etVilaine, militante de la Confédération paysanne et qui, comme beaucoup, préfère rester anonyme. « Je ne suis installée que depuis quelques années. Je ne peux pas prendre le risque de ne plus être collectée », explique-t-elle. Pas plus qu'elle n'a pu prendre de celui de refuser de signer un contrat contre lequel, pourtant, ils étaient nombreux à protester. « Nous avons tous signé à cause de cette peur », insiste-t-elle. Certes, d'autres entreprises laitières existent, qui payent mieux que Lactalis ¬ Laïta achète à 290 euros la tonne, la laiterie Saint-Père, filiale d'Intermarché, paye 300 euros. « Mais on ne sait rien des ententes qu'elles auraient pu faire avec Lactalis, on ne veut pas prendre le risque. »

«Nous n'avons plus rien pour nous défendre.» UNE ÉLEVEUSE D'ILLE-ET-VILAINE

Car le géant est puissant, ce n'est pas un pléonasme. L'absence de transparence sur les bénéfices que ses dirigeants en retirent est certes totale. Mais les signes sont là. Présente sur tout le territoire, et plus encore dans le grand ouest, le nord et l'est, l'entreprise d'Emmanuel Besnier, richissime fils de... (lire ci-après), assure près de 25 % de la collecte française, et plus d'un producteur sur cinq travaille pour elle. Elle s'était juré de posséder tous les AOC de France et n'est pas loin d'y être parvenu, détenant entre autres le très valorisé Roquefort. Chaque crise, au reste, lui profite, quand elle s'en saisit pour racheter un autre groupe ¬ comme l'italien Parmala en 2009.

74 % du chiffre d'affaires réalisés à l'étranger

Car la France n'est pas son seul atout. Désormais présent dans 56 pays, le 1er groupe laitier mondial est aussi le 2e groupe fromager européen et le 15e groupe agroalimentaire mondial. En 2013, son chiffre d'affaires s'élevait à 16 milliards d'euros... dont près de 74 % réalisés hors de la France. De fait, celle-ci est de moins en moins son souci. « Lactalis tend de plus en plus à collecter son lait en dehors du pays, relève Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. C'est une pression supplémentaire pour les producteurs français à qui il dit, comme le font d'autres patrons : si vous n'êtes pas content, j'en ai d'autres pour prendre votre place... » Une pression qu'il exerce tout autant dans les pays voisins. En février 2015, rappelle dans les colonnes de Mediapart Karl Laske, journaliste d'investigation et coauteur d'une vaste enquête sur les Cartels du lait, Lactalis a été condamné par l'autorité espagnole de la concurrence à une amende de 11,6 millions d'euros, mis en cause dans une entente avec d'autres industriels laitiers pour imposer leurs prix aux producteurs espagnols.

En France, c'est du côté des producteurs que la riposte s'organise. Celle menée par la FNSEA et JA n'est pas le premier coup du genre. En février dernier, la Confédération paysanne menait une opération coup de poing à Rodez, en Aveyron. Et en janvier 2015, 500 producteurs de l'organisation de producteurs (OP) NormandieCentre se rebiffaient eux aussi, décidant de traîner le groupe en justice au regard des prix du lait pratiqués entre 2012 et 2013, lequel, estimaient-ils, leur avait fait perdre en moyenne 8 000 euros par ferme. Reste que pour l'heure, ils ne font pas le poids. Créées en 2010, encore une fois par Bruno Le Maire, « les OP sont des genres d'organisations maison, rattachées chacune à une industrie laitière et soumises à sa pression », rappelle encore Laurent Pinatel. Chez Lactalis, la cotisation que leur versent les éleveurs est directement prélevée sur la paye que leur verse l'entreprise. « Ce qu'il nous faut, ce sont des organisations par bassin, réunissant beaucoup de producteurs comptant ensemble pour beaucoup de volume. » Certaines tentent de s'organiser, telle que France Milk Bord (FMB), rejeton de l'EMB, son homologue européenne, qui rassemble aujourd'hui plusieurs centaines d'éleveurs dans le grand ouest, en Normandie et dans le sud. À leur tour, elles travaillent à mettre la pression sur les industriels afin de pouvoir leur dire, cette fois : si vous nous payez mal, on ne vous livre plus.

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UN GRENELLE DU PRIX DU LAIT
Face au désarroi du monde agricole, le PCF demande la tenue d'un Grenelle sur les prix. Celui-ci viserait, pour la production laitière, à instaurer des négociations interprofessionnelles pérennes, à se doter d'outils de gestion des volumes en faveur des jeunes et des plus modestes...
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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 08:16
TAFTA. Francis Wurtz. « Sans les mobilisations en France, l'accord serait en train de se réaliser »

Propos recueillis par Julia Hamloui

Mardi, 30 Août, 2016

Humanite.fr

Pour le député honoraire du Parlement européen, Francis Wurtz, « la mobilisation à très court terme » reste de mise « car si l'horizon du TAFTA s'éloigne un peu, l'échéance du traité CETA entre Union européenne et le Canada, elle, approche ».

Peut-on mettre à l'actif du mouvement européen et français contre le TAFTA la décision du gouvernement de demander l'arrêt des négociations ?

Francis Wurtz. Ce qu'on peut mettre à l'actif du mouvement contre le TAFTA, c'est l'enlisement des négociations qu'on constate depuis des mois. Sans les mobilisations en France, en Allemagne et ailleurs, sans la prise de conscience de la gravité des enjeux d'un tel traité qui en a résulté, l'accord serait en train de se réaliser. Si les négociations ont butté , par exemple, sur les "tribunaux arbitraux privés" pour traiter des conflits entre les multinationales et les Etats, c'était exclusivement dû au fait que cela ne "passait pas" auprès de millions de citoyens dûment informés de ce que cela signifiait concrètement. Pour autant, l'annonce -extrêmement ambiguë- du gouvernement et du Président de la République concernant l'arrêt des négociations relève plus d'une opération de "com" que d'une décision politique de fond. Elle est à replacer dans le contexte pré-électoral , au même titre que les rodomontades de circonstance de Manuel Valls contre la Commission européenne à propos de la directive sur le "Détachement des travailleurs" ou le Pacte de stabilité. Il ne s'agit surtout pas de prendre cela pour argent comptant ni de considérer la bataille comme terminée ! Je rappelle que , encore le 30 juin dernier, au Conseil européen des Chefs d'Etat et de gouvernement , où la question était posée, François Hollande avait renouvelé le mandat de négociation de la Commission sur le TAFTA ! Entre temps, il a encore baissé dans les sondages... Et puis, il y a eu la "sortie" du vice-Chancelier allemand, le social-démocrate Sigmar Gabriel, avant-hier, lundi , estimant que "les négociations avec les Etats-Unis ont de facto échoué". Lui aussi, en glissant ce caillou dans le soulier d'Angela Merkel, prépare les élections de 2017. François Hollande pouvait difficilement être en reste. Mais il a laissé toutes les portes ouvertes : "Les discussions ne pourront pas aboutir à un accord d'ici la fin de l'année" a-t-il déclaré. La belle affaire ! C'est du "Hollande" tout craché.

Mattias Fekl, le Secrétaire d'Etat au commerce extérieur, a d'ailleurs estimé qu'il faudra "reprendre plus tard sur de bonnes bases" ces négociations , et d'autres traités sont également à l'ordre du jour. La vigilance reste de mise ?

Francis Wurtz. Cent fois oui ! La vigilance et même la mobilisation à très court terme ! Car si l'horizon du TAFTA s'éloigne un peu, l'échéance du traité CETA entre Union européenne et le Canada, elle, approche ! Les négociations sur ce traité très voisin du projet TAFTA sont achevées depuis deux ans. La Commission envisage de façon imminente sa signature officielle par chaque Etat membre. Puis ce sera au tour de chaque Parlement national, en plus du Parlement européen, de le ratifier...ou de le rejeter. Cette ratification dans chaque pays a été arrachée au forceps à la Commission. Il ne faudrait pas que la promesse d'un report des négociations sur le TAFTA permette de faire passer "en douce" son "cheval de Troie", le traité CETA ! Ajoutons à cela qu'il ne faut pas non plus perdre de vue l'Accord TISA sur le commerce des services, en négociation depuis trois ans dans l'opacité la plus totale entre une cinquantaine de pays du monde dont les Etats membres de l'Union Européenne.

Au vu des règles régissant les échanges internationaux, peut-on se contenter du statu quo ou un traité faisant valoir d'autres principes est-il nécessaire entre l'UE et les Etats-Unis ?

Francis Wurtz. Nous n'avons pas besoin d'un traité bi-latéral et global UE-USA, destiné en fait à imposer les normes des plus puissants au reste du monde ! Les échanges internationaux doivent répondre aux intérêts légitimes de tous les pays et régions du monde. Dans cet esprit, une Union européenne "refondée" userait de son poids -considérable dans ce domaine- pour favoriser la maîtrise publique des échanges, les régulations, la démocratisation des relations économiques, bref, une humanisation de la mondialisation.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 06:33
Loi travail: manifestations à Paris et dans toute la France le 15 septembre pour son "abrogation"

MARDI, 30 AOÛT, 2016

L'Humanité

Les opposants à la loi travail sont appelés à manifester pour la 13ème fois à Paris et dans une quarantaine de villes en France le 15 septembre, à l'appel de sept syndicats, pour demander "l'abrogation" du texte promulgué le 8 août, a indiqué mardi le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

"Une manifestation aura lieu à Paris, un parcours a été déposé à la préfecture. Plusieurs manifestations sont déjà prévues dans une quarantaine de villes", a déclaré Philippe martinez, le secrétaire général de la CGT lors d'une conférence de presse au siège de la centrale. "L'abrogation reste le mot d'ordre", a précisé M. Martinez, selon lequel "une loi qui était mauvaise au printemps est toujours mauvaise à l'automne". "Nous souhaitons que les questions sociales soient au coeur" de la campagne présidentielle, a-t-il ajouté.

Malgré 12 journées de mobilisation nationale entre mars et juillet, dont certaines marquées par des violences, la loi travail a été promulguée le 8 août. Mais l'intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, Fidl, UNL) garde en tête le précédent du contrat première embauche (CPE) en 2006, promulgué mais jamais appliqué.

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 15:14

Les sondages sont des données à manier avec précaution, des photographies à un moment donné du temps, qui n'ont pas de pouvoir prédictif et qui peuvent évidemment bouger en quelques mois avec les logiques des acteurs politiques et leur capacité à convaincre, à rassembler, à porter l'attention sur des thèmes qui favorisent ou non la droite ou la gauche.

Néanmoins, les données recueillies à l'Université d'été du PCF au cours de l'intervention très intéressante de Fréderic Dabi, de l'IFOP, le vendredi, permettent de mesurer l'étendue des défis que nous avons à relever, et la difficulté à venir pour la gauche de se sortir du piège des présidentielles et des législatives de 2017.

Ce n'est pas une surprise, la popularité de l'exécutif et de François Hollande cet été est extrêmement basse, avec 17% d'opinions favorables, contre 61% en mai 2012, soit un recul de 44 points, ce qui est inédit pour un président de la République.

Sarkozy était passé de 65% d'opinions favorables en mai 2007 à 36% en juillet 2011, soit un recul de 29% sur une période comparable.

Chirac était passé de 51% d'opinions favorables en mai 2002 à 38% en juillet 2006, soit un recul de 13%.

L'imposition de la loi contre le droit du travail et les travailleurs a encore aggravé un sentiment qui était déjà installé dans l'électorat de 2012 de François Hollande puisque en 2015 déjà, 62% des gens de gauche considéraient que la politique menée par Hollande n'était pas de gauche, à raison évidemment. L'opinion a toujours soutenu le mouvement social contre la loi travail, que rejettent deux tiers des Français invariablement depuis les premières annonces de la loi El Khomri.

François Hollande est la personnalité que les Français rejettent le plus, à 72%, devant Marine Le Pen ( 71% d'opinions défavorables), Marion Maréchal Le Pen (65% d'opinions défavorables), Nicolas Sarkozy (62% d'opinions défavorables).

Cela indique d'emblée qu'une grande majorité des Français ne veut pas d'un match Le Pen-Sarkozy- Hollande, aux présidentielles, qui apparaîtrait pourtant comme assez probable aujourd'hui, si Sarkozy gagnait la primaire à droite face à Juppé en utilisant le ressort de la fuite en avant xénophobe et sécuritaire. Alain Juppé a beaucoup d'opinions favorables chez des électeurs qui se situent au centre et même un peu chez des électeurs qui se situent à gauche, mais il est moins assuré d'être en tête dans son camp, la droite, face à "l'expérience" (calamiteuse il est vrai) de Sarkozy et a sa réputation d'homme à poigne sur des sujets qui sont au centre de l'attention de tout l'électorat, et encore plus de l'électorat de droite: sécurité, lutte contre le terrorisme, immigration.

En juillet 2016, les enquêtes IFOP donnaient le FN quel que soit les adversaires à entre 28% et 29% au premier tour des Présidentielles. Avec un regard un quasi effondrement de la gauche, hors peut-être l'"extrême-gauche" dans laquelle les sondeurs placent Jean-Luc Mélenchon, le total des voix de gauche (extrême-gauche compris) ne dépassant pas 30% si l'élection devait avoir lieu demain, dans un contexte d'émiettement des candidatures.

30% de voix potentielles pour la gauche au 1er tour des Présidentielles, le score le plus bas jamais réalisé sous la Ve République, alors que 47% des Français se classent plutôt eux-mêmes à gauche (et 4% à l'extrême-gauche)! C'est dire la crise de confiance entre l'électorat de gauche et les prétendants actuels de la gauche aux présidentielles.

Jean-Luc Mélenchon, à l'été 2016, avec l'état du débat et des candidatures déclarées, est en mesure de se hisser en troisième position dans un second tour des présidentielles, devant Hollande, ou un autre candidat présentée par le PS, qui serait alors quatrième. Mais cela ne permettrait pas pour autant dans cette configuration d'éviter un choix droite /extrême-droite/ ou abstention au second tour des présidentielles, ni une déroute de la gauche aux législatives, dont l'issue serait un Parlement essentiellement Bleu - Brun, avec sans doute des députés FN élus à la faveur de triangulaires, sauf "désistement réciproque" PS-droite au nom de la défense républicaine. Et peut-être même des députés FN élus sur des matchs à deux avec la droite ou la gauche. Des projections annonçaient il y a quelques mois que sur 577 circonscriptions, dans l'état actuel des intentions de vote, 180 seulement donneraient lieu au second tour à des duels droite-gauche: le reste, des triangulaires ou des duels droite-extrême-droite. Seule une résistance ou une victoire de la gauche aux Présidentielles peut éviter ce désastre!

La candidature de Jean-Luc Mélenchon, rejetée par 50% des français (beaucoup moins donc que Hollande ou Sarkozy ou les Le Pen), est appréciée par une part croissante de l'électorat socialiste, de l'électorat de François Hollande en 2012. Sans doute grâce à l'ancienneté et la cohérence globale de son positionnement, grâce aussi à sa présence médiatique, elle arrivait cet été très loin devant les hypothèses Montebourg, Hamon, Duflot, dont la candidature pour l'heure, en commencement de campagne, ne recueillerait pas plus de 10%. Aucune candidature communiste n'a été testée par l'IFOP, à défaut de candidature déclarée. La popularité de Macron est une popularité de papier puisque ce sont essentiellement des citoyens de droite qui jugent son action et sa personne positivement. Dans la division et l'éparpillement des candidatures, il apparaît en tout cas que la gauche a très très peu de chances d'accéder au second tour.

Faut-il penser alors comme Cambadélis ou Joffrin qu'il faut tous se placer derrière Hollande pour "sauver la République"? Evidemment non, car il est le plus mal placé pour le faire, sur le fond et le résultat possible.

Depuis des années, pas un sondage de l'IFOP ne place Hollande comme potentiellement qualifié au second tour.

La part de Français se disant proche du PS a été divisée par 2,5 en 4 ans entre 2012 et l'été 2016! Cela ne veut pas dire malheureusement que le Front de Gauche ou les Verts en ont profité.

Pas un sondage de l'IFOP ne place non plus Sarkozy comme vainqueur au second tour. Cela montre que nos concitoyens ne veulent ni de l'un, ni de l'autre, tant ils ont déçu et échoué sur tous les chantiers et promesses qu'ils s'étaient donné ou avaient faites.

L'effondrement de confiance pour l'ensemble de la gauche causée par la politique de François Hollande et des socialistes et son résultat n'implique pas, néanmoins, contrairement à l'habitude, un désir de droite. Les champions potentiels de la droite, à l'exception peut-être de Juppé, restant assez ou très impopulaires, et les dernières élections Régionales n'ayant presque pas permis à la droite d'améliorer son nombre de suffrage de 2010, pourtant le plus bas sous la Ve République.

Les derniers événements, le climat politique et social, les priorités actuelles des Français favorisent pourtant la droite et le Front National.

En juillet 2016, seuls 17% des Français considéraient que la lutte contre le chômage devait être la priorité n°1 de l'élection présidentielle, contre 58% qui considéraient que ce devait être la sécurité et la lutte contre le terrorisme, 8% l'amélioration du pouvoir d'achat, 6% la préservation de notre système social, 4% l'amélioration de la situation de l'école, 7% la lutte contre le réchauffement climatique.

En revanche, si l'on pose la question des enjeux qui comptent beaucoup et orientent le choix:

- la lutte contre le terrorisme arrive à 67%

- la lutte contre le chômage à 60%

- la lutte contre la délinquance à 51%

Le FN est une "marque" qui n'a apparemment plus besoin de prouver sur le thème de la xénophobie, de la lutte contre l'immigration, pour des méthodes prétendues "fortes" contre l'insécurité, le terrorisme, ce qui fait que le FN de Marine Le Pen reste relativement et prudemment silencieux sur ces sujets dans le contexte actuel, préférant élargir ses parts de marché vers la France de la crise, des salariés, des zones populaires et rurales abandonnées, avec un discours souverainiste contre l'Europe, parfois anti-libéral et à prétention sociale, même si la réalité du programme économique est bien différente.

Sur les 30% d'électeurs potentiels actuels du FN, 11% se disent eux-mêmes d'extrême-droite. C'est déjà énorme: 4,5 millions de personnes! Dans le passé, c'était 3 à 4% de la population. On voit qu'il y a une réalité de la progression du racisme et des idées d'extrême-droite dans le pays.

Le FN a très fort chez les jeunes, moins chez les personnes âgées (10% de cet électorat): c'est aussi une évolution très notable par rapport au passé. Le vote FN monte fort dans les classes moyennes (catégories intermédiaires, Fonction Publique), surtout dans les grandes banlieues éloignées par le manque de desserte de transport rapide des centres urbains, les zones rurales délaissées, où les services publics sont fragilisés. 45 à 47% des personnes proches de ce qu'on appelle la "classe ouvrière" se sentent aujourd'hui plus proche du FN que d'autres sensibilités politiques.

En revanche, il reste tout de même entre 6 et 7 français sur 10 qui n'envisagent pas de voter FN et qui le rejettent catégoriquement, ce qui limite très fortement ses possibilités de gagner en 2017 même s'il va progresser de manière significative encore, malheureusement.

D'ailleurs, en dehors d'un seul département, le FN n'est jamais parvenu à obtenir une majorité absolue de + de 50% aux dernières régionales.

Le danger est en tout cas bien présent et impose de prendre nos responsabilités à gauche pour construire une parade à la mesure des enjeux et du péril pour notre peuple et notre société, pour nos libertés, notre modèle social et nos acquis démocratiques et républicains.

I.D

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 06:15
Ce que cache... le vêtement !

Patrick Le Hyaric

Jeudi, 25 Août, 2016

Humanité Dimanche

« Une fois de plus, on désigne une religion comme « fauteuse de troubles », favorisant ainsi tous les amalgames, que l’on prétend vouloir combattre, avec les responsables des odieux attentats commis ces derniers mois. Le chômage et la précarité du travail, les dérèglements climatiques, les tensions guerrières ou la crise de la construction européenne deviennent des enjeux mineurs à côté du… vêtement porté par quelques dizaines de femmes. »

Tandis que la jeunesse multicolore de France, celle des cités comme celle des campagnes, s’illustrait à Rio, ici, un vêtement féminin de baignade agitait, sur tous les tons et toutes les ondes, la fin de l’été, dans le prolongement d’une longue séquence autour de la seule religion musulmane. Nouvelle illustration nauséabonde de ce qu’est devenu le débat politico-médiatique dans le pays qui fut celui des Lumières et de la Révolution, où la question du pouvoir a cessé d’être conçue comme un moyen de répondre aux attentes diversifiées de progrès d’une population pour devenir une fin qui, en soi, justifierait tous les moyens.

On ne peut comprendre cette effervescence sans se souvenir des propos du premier ministre, il y a plusieurs mois : « La campagne présidentielle se jouera sur la bataille culturelle et identitaire », avait-il expliqué. En cela, il rejoignait M. Sarkozy, qui ne cesse de monter l’échelle qui rapproche de l’extrême droite, comme en témoigne sa récente proposition de remise en cause du droit du sol. Sans doute qu’en soutenant les maires de droite auteurs des arrêtés municipaux anti-burkini, le chef du gouvernement ne voulait pas être distancé et apportait la caution du gouvernement de la France à ce qu’elle est capable de produire de pire alors que lesdits maires reconnaissaient, pour la plupart d’entre eux, qu’ils n’avaient rencontré aucune femme ainsi vêtue sur une plage de leur commune. C’est l’aveu que l’objet de leurs arrêtés était ailleurs, dans les bas-fonds du racolage politicien.

Une fois de plus, on désigne une religion comme « fauteuse de troubles », favorisant ainsi tous les amalgames, que l’on prétend vouloir combattre, avec les responsables des odieux attentats commis ces derniers mois. Le chômage et la précarité du travail, les dérèglements climatiques, les tensions guerrières ou la crise de la construction européenne deviennent des enjeux mineurs à côté du… vêtement porté par quelques dizaines de femmes

On est très loin de la nécessaire recherche de la plus grande efficacité possible pour sécuriser nos concitoyens et prévenir de nouveaux crimes de masse. Pire, en alimentant tout ce qui peut les diviser, on ne fait que rejoindre l’objectif poursuivi par Daech, qui rêve d’un pays au bord de l’explosion et qui redoute qu’il ne trouve les voies de son rassemblement et de sa cohésion. Il s’agit ici d’une opération de grande ampleur visant à diviser la société en occultant l’immense fracture entre ceux qui sont privés de travail, ceux qui en vivent difficilement et la minorité de ceux qui se gavent des dividendes. Déporter le débat politico-médiatique vers les enjeux dits « identitaires » est aussi dicté par le fait que les deux formations politiques qui se partagent le pouvoir depuis des décennies sont incapables de défendre leurs bilans respectifs sur les questions qui font la vie quotidienne de chacune et chacun d’entre nous. Incapables d’incarner un avenir meilleur et un autre sens à la marche de la société et de l’humanité.

Ces lumières braquées sur le burkini ou les mosquées permettent de maintenir dans l’ombre les urgences sociales. Celles du pouvoir d’achat, du coût de la rentrée scolaire et universitaire, de l’augmentation de la consultation chez le médecin, des inégalités salariales entre les hommes et les femmes. Sont ramenés au rang de faits divers les plans de réductions d’emplois, dont celui de SFR, les allongements du temps de travail chez Bouygues, le projet d’accord de compétitivité chez Renault, la dureté de la crise que subissent les éleveurs dans un assourdissant silence, les difficultés aggravées dans les quartiers populaires alors que les moyens financiers des collectivités locales sont de plus en plus amputés.

L’aggravation des conditions de vie des plus modestes, qui va de pair avec l’enrichissement des plus riches, devient pour les propagandistes du système un phénomène aussi naturel que la pluie et le beau temps. Ce serait dans l’ordre des choses. Aucune indignation ou presque n’accompagne la révélation que les cinq cents premières fortunes de notre pays possèdent un patrimoine supérieur au budget de l’État. Que les douze premières d’entre elles possèdent une fortune de 194 milliards d’euros, en progression de 28 milliards.

Montrer du doigt une petite partie de notre population aide à éviter de faire un bilan sérieux des cadeaux fiscaux et sociaux octroyés au grand patronat et de la ristourne de plus de 220 millions d’euros dont ont bénéficié les cinquante contribuables les plus riches grâce au bouclier fiscal.

Après les contre-feux sociétaux, voici le dérivatif de la question identitaire pour contourner celles de la justice sociale, de l’égalité, d’une nouvelle répartition des richesses et d’une nouvelle manière de les produire, et des enjeux de la démocratie.

On peut en dire autant de l’absence d’évaluation des choix présidentiels au Proche et au Moyen-Orient avec la fréquentation assidue des milliardaires des pays du Golfe et les ventes d’armes dont certaines finissent dans les mains des tueurs de Daech.

Aux victimes d’une société en crise, le burkini est brandi comme le paravent d’une forme d’impérialisme à l’extérieur de nos frontières et comme bouc émissaire commode pour protéger les adorateurs du veau d’or de l’argent roi. Ainsi s’établit un climat détestable et dangereux de division, avec une droite qui se radicalise, une extrême droite qui voit quotidiennement ses idées validées, jusque par une partie de la gauche. L’approche de l’élection présidentielle ne fait que démultiplier tous les phénomènes négatifs qui taraudent notre société au risque de la disloquer. Il y a bien urgence à faire cesser une dérive à l’œuvre depuis de longues années.

C’est en ce sens que nous avons proposé ici même la réunion d’une grande conférence pour faire vivre en actes les idéaux de la République.

En portant la diversité des aspirations populaires et des espoirs, en étant un vaste espace de rencontre, de culture et de débats libres, la Fête de l’Humanité se veut un événement marquant qui contribue à aller dans cette direction en donnant vie au rassemblement, à la solidarité, à la fraternité. Travailler à lui assurer un grand succès est donc une œuvre utile pour tous, par-delà ce qui nous différencie quant à nos origines et convictions. Utile pour défricher les voies nouvelles du redressement de notre pays et de l’émancipation humaine. Utile, parce qu’elle sera à l’image de ces jeunes qui ont fait retentir « la Marseillaise » à Rio.

Ce que cache… le vêtement !

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 06:11

Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre

Mercredi, 24 Août, 2016

Humanite.fr

L’historien Alain Ruscio, spécialiste du colonialisme, considère que le candidat Nicolas Sarkozy renoue dans ses dernières propositions avec les « vieux démons de la droite d’avant 1944 ».

Avec ces dernières propositions identitaires, Nicolas Sarkozy rompt-il avec les fondamentaux de la République française ?

Alain Ruscio

Il y a eu plusieurs républiques en France. Elles n’ont pas toujours rimé avec démocratie. Il y a eu les répressions coloniales, les mises à l’index des minorités, la chasse aux italiens… Mais Sarkozy rompt avec le minimum républicain de la Ve République pour revenir aux vieux démons de la droite d’avant 1944, pour faire revenir à lui un électorat d’extrême droite, pour hystériser la question identitaire et une islamophobie rampante qui est en train de devenir une véritable maladie de la société française.

Selon l’ancien président de la République, l’Etat de droit est évolutif…

Alain Ruscio

Le droit est évolutif, oui. Mais une évolution peut constituer une progression comme une régression, et en l’occurrence il s’agit chez Sarkozy d’une régression. Il y a par exemple cinq millions de musulmans en France et une très importante communauté juive. Si le programme de Sarkozy était appliqué, avec la fin des repas scolaires de substitution, les enfants musulmans et juifs pourraient être amenés à ne plus manger avec leurs camarades et leurs copains de classe. Ils seraient exclus d’un temps scolaire, d’un temps de vie, au nom d’une laïcité fermée et dévoyée. C’est d’une violence inouïe. Tout cela ne vise qu’à agrandir la fracture de la société française, jusqu’à la rendre infranchissable.

Nicolas Sarkozy veut créer une cour de sûreté anti-terroriste comme celle mise en place par de Gaulle pendant la guerre d’Algérie contre l’OAS…

Alain Ruscio

Il s’agissait d’une justice d’exception, présidée par un fidèle du pouvoir en place, par un juge adhoc. La comparaison est très surprenante. D’une part, les enjeux sont différents. D’autre part, que Sarkozy regarde son entourage. Même si Patrick Buisson n’est plus là, il y a parmi ses fidèles des idéologues du retour à l’esprit colonial, de Eric Ciotti à Christian Estrosi. Il y a des nostalgiques, des exaltés de l’Algérie française et de l’OAS. Lionnel Luca, le maire de Villeneuve-Loubet (PACA), qui a pris un arrêté anti Burkini sur les plages de sa commune, avait été l’un des fers de lance de la loi sur les aspects positifs de la colonisation. Il y a là-dedans tout un magma identitaire nauséabond et empuanti.

Peut-on parler de dérive maurassienne ?

Alain Ruscio

Je ne sais pas si c’est une dérive à la Maurras ou à la Barrès, mais il y a derrière cette attaque contre le droit du sol et contre l’immigration cette vieille rengaine conservatrice selon laquelle la terre ne mentirait pas, comme l’avait repris Pétain. Ce discours défend qu’il y aurait une identité immuable et intemporelle, très fermée, et que ceux qui ne se coulent pas dedans sont en fait des « anti-France ».

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 06:07
Travailleurs détachés : Valls, la « menace », et l'audace

LA CHRONIQUE DE GÉRARD FILOCHE

L'HUMANITE DIMANCHE

Jeudi 4 août 2016

MANUEL VALLS « MENACE » DE « DÉNONCER » UNE SITUATION CONNUE DEPUIS BIEN LONGTEMPS, ET QUI CONCERNE ENVIRON 450 000 SALARIÉS EN FRANCE.

Ainsi en tant que premier ministre Manuel Valls a « menacé » l'Union européenne de ne « plus appliquer la directive concernant les travailleurs détachés » ! Quelle audace ! Quel crâne discours ! On pourrait donc ne pas appliquer des directives européennes ? Tiens donc ! En voilà une idée qu'elle est bonne ! Surtout quand elle ronge de façon scandaleuse les droits fondamentaux de tous les salariés concernés !

Car cette question- là monte en puissance depuis longtemps et concerne environ 450 000 salariés exploités sauvagement par des patrons français sur le territoire français en concurrence déloyale avec d’autres salariés, français ceux-là. Ce ne sont pas les salariés qu'il faut opposer entre eux, mais combattre le système patronal des libéraux de l'UE qui les spolie.

Les grands « majors » du bâtiment notamment, les Bouygues, Vinci, Eiffage, et compagnie se font des milliards en ne payant pas au tarif français les cotisations sociales de ces ouvriers importés de Hongrie, de Bulgarie, de Pologne, de Tchéquie... Ils sont censés les payer au tarif de leur pays d'origine...

Mais nul ne sait ce qu'il en est, vu que le montage des filières de sous-traitance crée d'opaques écrans contre toute tentative de contrôle des inspections du travail.

Ainsi le cynisme patronal fausse le droit de la concurrence et réalise le triple objectif de baisser le coût du travail, celui de la protection sociale et d'augmenter le taux de chômage.

Mais ça, on le sait depuis des années ! Est-ce suffisant de « menacer » de dénoncer ce système pourri ?

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 05:30

En suspendant l'arrêté «anti-burkini», le Conseil d'État défend le droit

26 AOÛT 2016 | PAR CARINE FOUTEAU

Selon le Conseil d'État, dans sa décision rendue le 26 août, l'arrêté « anti-burkini » pris à Villeneuve-Loubet porte une atteinte « grave et manifestement illégale »aux libertés fondamentales. Cette ordonnance est de nature à « apaiser » la situation, selon la LDH, alors que l'hystérie collective atteint son paroxysme.

Claire, nette et précise. L'ordonnance rendue ce vendredi 26 août (la lire ici) par le Conseil d’État suspend sans ambiguïté l’arrêté « anti-burkini » pris début août par le maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) à propos duquel il avait été saisi, selon une procédure d'urgence, par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Le Conseil annule ainsi l’ordonnance du tribunal administratif de Nice qui l’avait préalablement validé.

L’article de l’arrêté contesté déclarait que « l’accès à la baignade est interdit à toute personne ne disposant pas d’une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité et respectant les règles d’hygiène et de sécurité ». Lors de l’audience publique ayant eu lieu la veille au Conseil d'État, l’avocat de la mairie avait reconnu que, derrière ces termes flous, le texte ciblait les vêtements manifestant des signes de foi religieuse, et notamment le « burkini » – tenue que portent certaines femmes musulmanes, recouvrant le corps mais laissant apparaître le visage, les mains et les pieds.

Dans une ordonnance de six pages, les trois juges des référés statuant en formation collégiale ont conclu que l’arrêté du maire LR Lionnel Luca a porté une « atteinte grave et manifestement illégale » aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. La situation d’urgence était par ailleurs caractérisée, estiment-ils, pour justifier leur décision.

Appelés à se prononcer en référé, les juges auraient pu être tentés de s’en tenir à une décision de pure forme. Il n’en a rien été. Ils assument, au contraire, la déconstruction rigoureuse de l’argumentaire inscrit non seulement dans l'arrêté de Villeneuve-Loubet, mais aussi dans la trentaine d’autres qui ont suivi. En se multipliant ces derniers jours, ces derniers ont entraîné des verbalisations sur les plages, y compris de femmes portant un simple foulard. Ils le font de manière astucieuse, en ne se fondant que sur l’équilibre entre la défense de l’ordre public et le respect des libertés fondamentales, sans avoir à entrer dans le détail des vêtements religieux susceptibles d’être concernés : il n’est question dans cette décision ni de « burkini », ni de voile, ni même de « signes religieux ». La laïcité est évoquée incidemment, et le Conseil ne se donne pas la peine de rappeler que la plage, comme les rues, sont considérées comme faisant partie de l’espace public et qu’à ce titre le principe de neutralité religieuse (qui concerne les institutions et les agents publics) ne s'y applique pas.

Avant d’entamer leur raisonnement juridique, les magistrats rappellent les limites du pouvoir de police administrative des élus municipaux. « Si le maire est chargé du maintien de l’ordre dans la commune, il doit concilier l’accomplissement de sa mission avec le respect des libertés garanties par les lois », écrivent-ils, précisant que les mesures de police se doivent, par conséquent, d’être « adaptées, nécessaires et proportionnées au regard des seules nécessités de l’ordre public, telles qu’elles découlent des circonstances de temps et de lieu, et compte tenu des exigences qu’impliquent le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence sur la plage ».

Lors de sa plaidoirie, l’avocat de la mairie Me François Pinatel avait insisté sur la remise en cause de l’ordre public constituée par ce type d’habits. Il avait, plus précisément, évoqué une « mesure de prévention ». À l’un des magistrats, qui lui avait demandé si des incidents avaient été constatés, il avait été obligé de répondre par la négative. Devant un juge, il faut apporter des preuves, avait en substance insisté pour la partie adverse Me Patrice Spinosi. C’est ce que confirme le Conseil d’État, conformément au droit : « Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. »

La commune, pour sa défense, avait insisté en rappelant le contexte particulier, géographique et politique, de Villeneuve-Loubet. « Les élections montrent qu’il y a dans cette région un climat de tension absolue (…). Les maires essaient d’apaiser en prenant des mesures préventives pour éviter que la situation ne dégénère », avait affirmé François Pinatel, après avoir rappelé la proximité de Nice, où a eu lieu l’attentat du 14-Juillet au cours duquel 86 personnes ont perdu la vie. Mais cet argument n’a pas été retenu par le Conseil d’État, qui rétorque que « l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée ».

L’arrêté avait, par ailleurs, convoqué le principe de laïcité pour justifier l’interdiction. À l’audience, l’avocat de la ville avait lui-même jugé cette considération « maladroite ». Ce qui, là encore, lui a été confirmé. Pour prendre ses mesures, le maire ne peut s’appuyer que sur « les exigences qu’impliquent le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence sur la plage ». « Il n’appartient pas au maire de se fonder sur d’autres considérations », soulignent les juges, sous-entendant que le principe de laïcité n'a rien à faire là. Quant à l’hygiène et à la décence, l’avocat de la ville, en l'absence d'arguments, n’avait pas jugé utile d’expliquer en quoi ces notions auraient pu être remises en cause par les tenues prohibées.

Au moment où l’hystérie collective atteint son paroxysme, la décision du Conseil d’État répond à l’injonction de Patrice Spinosi, qui à l’audience avait appelé la plus haute juridiction administrative à « pacifier » et à « être la boussole » d’un pays qui « a perdu le sens de la mesure ». Cette décision de nature à « apaiser », selon lui, devrait faire jurisprudence pour l’ensemble de la Côte d’Azur et d'ailleurs, pourvu que des procédures soient enclenchées.

Il n’est toutefois pas certain que la polémique s’éteigne, tant certains responsables politiques pensent pouvoir tirer des bénéfices de la surenchère. Mais le pire a été évité : une décision inverse, voire ambiguë, aurait été catastrophique car elle aurait ouvert la voie à des interdictions discriminatoires généralisées, non seulement du « burkini », mais aussi du voile, partout dans l'espace public.

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 08:08

Voici deux articles particulièrement intéressants du journal Le Monde à l'occasion des 20 ans de la scandaleuse et violente expulsion des sans-papiers de l'église Saint-Bernard par les CRS de Charles Pasqua, point de départ d'une politique extrêmement brutale vis à vis des migrants.

Les sans-papiers de Saint-Bernard, vingt ans après

A coups de hache et de merlin, un outil utilisé par les bûcherons, les forces de l’ordre ont fracassé la porte de l’église Saint-Bernard. C’était le 23 août 1996, il y a vingt ans, dans le 18e arrondissement de Paris. A l’intérieur, étaient réfugiées près de 300 personnes, dont la plupart étaient des sans-papiers originaires d’Afrique de l’Ouest. Au milieu d’anonymes venus les soutenir se trouvaient des personnalités comme l’actrice Emmanuelle Béart ou le professeur Léon Schwartzenberg. Au cœur de l’été 1996, cette lutte des sans-droit africains, née quelques mois plus tôt dans les foyers de travailleurs immigrés de Montreuil (Seine-Saint-Denis), où la tension était devenue trop forte à cause des cartes de séjour qui n’arrivaient plus et des expulsions du territoire de plus en plus fréquentes, avait suscité une puissante vague d’émotion et de solidarité.

Les Français avaient découvert les visages de Madjiguène Cissé et Ababacar Diop, les deux porte-parole et leaders incontestés des « sans-papiers de Saint-Bernard ». Né au Sénégal, Ababacar Diop est arrivé en France clandestinement en juillet 1988. Il y a enchaîné les petits boulots dans des entreprises de services ou de nettoyage, tout en poursuivant des études d’informatique. Le 18 mars 1996, déçu et humilié de voir la préfecture de Seine-Saint-Denis lui refuser un statut légal alors qu’il avait une promesse d’embauche, une petite fille et sept années passées sur le territoire, il a d’abord rejoint l’église Saint-Ambroise, dans le 11e arrondissement de Paris, qui servait de refuge aux sans-papiers, avant de se retrancher avec 300 clandestins dans l’église Saint-Bernard. Il y a rencontré Madjiguène Cissé, une Sénégalaise de 45 ans. Cette professeure d’allemand a grandi à Dakar avant de se former à l’université de Sarrebruck, dans la Sarre.

« CRS armés jusqu’aux dents »

Vingt ans après, celle qui était arrivée dans l’Hexagone en 1993 munie d’un visa de tourisme n’a rien oublié. « J’ai été impressionnée par la disproportion des moyens qui étaient utilisés, se souvient-elle avec émotion. Nous étions moins de 300 à l’intérieur, dont une centaine d’enfants. En face, près de 1 500 policiers et CRS armés jusqu’aux dents. La République voulait montrer sa force et elle l’a fait. »

« J’ai eu très peur, se remémore Lassana Boune, un sans-papiers malien qui avait alors 28 ans. J’étais inquiet pour les enfants et ceux qui étaient en grève de la faim depuis plusieurs semaines… Puis il y a eu des échanges de coups avec la police, et j’ai été emmené pieds nus au centre de rétention administrative de Vincennes. » Quelques heures plus tard, 10 000 sympathisants du mouvement manifestaient leur indignation place de la République, à Paris. Sur les 220 interpellés de l’église Saint-Bernard, 8 ont été expulsés du territoire dans la foulée, 73 ont reçu un titre de séjour et les autres se sont « évaporés ».

Lassana Boune est de ceux-là. De la Cartoucherie de Vincennes à différents appartements mis à disposition par un réseau de solidarité, il a souvent déménagé dans Paris. « J’ai reçu mes papiers un an après avoir été expulsé de l’église, raconte-t-il. Je vis aujourd’hui à Sevran (Seine-Saint-Denis) et, depuis 2006, j’ai un CDI. Je garde un bon souvenir de cette époque : Saint-Bernard m’a ouvert la porte du monde et donné beaucoup de contacts. »

Les deux leaders du mouvement ont poursuivi leur engagement. Une fois régularisé, Ababacar Diop a rejoint le Parti communiste, où il a milité au côté de Robert Hue lors des élections européennes de juin 1999. Madjiguène Cissé, qui a toujours refusé la nationalité française, a rallié la CGT. Décorée par la Ligue allemande des droits de l’homme pour son engagement, elle est retournée au Sénégal en 2000, où elle anime depuis le Réseau des femmes pour le développement durable en Afrique (Refdaf). « Rien ne peut me décourager, pas même les agressions physiques dont j’ai été victime après Saint-Bernard, dit-elle. Je me bats aujourd’hui pour la dignité des femmes africaines et pour une Afrique qui lève la tête ! »

Il y a longtemps que les célèbres meneurs de Saint-Bernard ne se sont pas vus. Quels étaient leurs rapports pendant la lutte ? « Ils s’entendaient bien mais avaient des divergences, et c’est normal, se souvient Patrick Mony, ancien directeur du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Ababacar était calme, posé, très proche de Stéphane Hessel, le médiateur. Madjiguène était plus fonceuse et favorable à un élargissement de la lutte. » « Ababacar n’entendait pas toujours ce que voulait la base, se rappelle un ancien du mouvement qui souhaite rester anonyme. Mais il était le petit protégé, celui qui pouvait nous sortir de cette merde grâce à son carnet d’adresses. »em>

« Success story »

Le destin d’Ababacar Diop va basculer une nouvelle fois en 2000. Après avoir ouvert un cybercafé en face de l’église-symbole, l’informaticien met au point un système de visiophonie, ancêtre de Skype, pour permettre à ses clients de communiquer plus facilement avec l’Afrique. Il le nomme « vis@vis » et a la bonne idée de déposer ce nom à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). En mai, le groupe Vivendi entend lancer un portail Internet baptisé Vizzavi. Il prépare une coûteuse campagne de publicité et s’aperçoit, un peu tard, que le nom appartient à M. Diop, qui refuse les premières offres de rachat par la multinationale. Il signera finalement un contrat pour que Vivendi utilise la marque. Montant : 24 millions de francs (un peu moins de 3,7 millions d’euros) pour l’ancien sans-papiers et ses deux associés. Assis à côté de Julio Iglesias et Francis Huster dans l’émission Tout le monde en parle en septembre 2000, il assure « vouloir que cet argent soit reversé aux sans-papiers ». Il confirme avoir acheté 25 appartements destinés aux plus démunis, vouloir offrirune partie des loyers à l’association Droit au logement, ouvrir un restaurant solidaire…

Au Sénégal, Ababacar Diop lance aussi la Régie africaine des transports populaires (RATP) avec un parc d’une dizaine d’autobus récupérés en France. Il ouvre deux cybercafés et, dans un entretien à l’AFP en janvier 2003, confie avoir créé une société immobilière, dont le but est « d’aider les étrangers à accéder à la propriété ». Mais la success story de l’ancien sans-papiers s’arrête là. S’est-il trop dispersé ? A-t-il été mal conseillé ? Ses investissements se sont révélés hasardeux et en une dizaine d’années, tout s’est effondré. En 2007, il a été incarcéré quelques mois à Saint-Louis-du-Sénégal, où il vit aujourd’hui. Ababacar Diop ne souhaite plus parler à la presse et les anciens du mouvement des sans-papiers que Le Monde a contactés ont tous « perdu sa trace ».

« Je l’ai croisé par hasard il y a quatre ou cinq ans, dans un bus, du côté d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), raconte Patrick Mony. Il m’a expliqué qu’il avait connu de nombreux déboires à cause d’une cabale menée contre lui. Il était triste et totalement désemparé. »

Amadou Ndiaye ( à Dakar) et Pierre Lepidi

Le Monde, 23 août 2016

***

Et sur la même page du Monde, cet autre article rappelant notamment le combat exemplaire de la CGT pour la régularisation des travailleurs sans-papiers.

En 2016, le combat pour la régularisation se joue sur les lieux de travail.

Le nombre de sans-papiers en France reste évalué entre 200 000 et 400 000. Ils sont désormais organisés en collectifs locaux.

Trop symbolique pour s’effacer des mémoires, l’évacuation des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, à Paris le 23 août 1996, a aussi été l’acte fondateur d’un mouvement qui, depuis, a pris son autonomie. Car en deux décennies, la lutte des sans-papiers a largement changé de forme.

Adieu les occupations d’églises. « Aujourd’hui, le rapport de force se joue sur le lieu de travail. Cela a commencé en 2008 et cela s’étend depuis », explique Marilyne Poulain, en charge des questions d’immigration à la CGT Paris. Son syndicat a appuyé en juin les salariés du restaurant Casa Luca à Paris, occupé à la suite du licenciement d’un de ses deux plongeurs. Après cinq ans d’ancienneté, il avait eu le tort de solliciter de sa direction le certificat nécessaire à l’obtention de son titre de séjour. Tous les patrons n’acceptent pas de payer la taxe de régularisation, ni même de faire la démarche.

Dans la restauration, le bâtiment, les conflits sont désormais nombreux, mais concernent rarement des femmes, souvent trop isolées dans des emplois de service à la personne pour oser contester. La grande victoire de la CGT, la plus impliquée dans ce combat, reste l’obtention d’un titre de séjour par les quatorze coiffeuses africaines du 57 boulevard de Strasbourg à Paris, fin 2015. Il leur aura fallu presque une année d’occupation de leur lieu de travail pour que ces victimes sortent la tête haute d’années d’esclavage moderne au cœur de la capitale.

Ce glissement de la revendication, de l'espace public vers l'entreprise, s'est fait tout naturellement après que la loi eut donné, il y a bientôt dix ans, le pouvoir aux patrons de demander la régularisation de leurs travailleurs immigrés (article 40, loi du 20 novembre 2007). Le glissement a aussi été possible parce que les descendants de l'église Saint Bernard bénéficient désormais de vingt années de lutte derrière eux: ils sont organisés en collectifs locaux, disposent d'une Union nationale des sans-papiers (UNSP) et d'un Collectif International des sans-papiers migrants (CISPM). Et ils ont même quelques alliés au sein d'une intersyndicale du ministère du travail (CGT, FSU, Sud) qui porte une campagne baptisée "Halte au travail au noir des sans-papiers".

Jerôme Beuzelin, son porte-parole, estime en tant qu'inspecteur "avoir pour mission de vérifier les conditions dans l'entreprise et d'éliminer le travail illégal". "Or, si on ne régularise pas ces gens, notre intervention aura contribué à leur faire perdre leur emploi, mais ils en reprendront un autre dans les mêmes conditions, ailleurs" observe l'inspecteur du Travail. "Leur statut précaire est une aubaine pour certains patrons peu scrupuleux" insiste de son côté Marilyne Poulain pour qui "le travail dissimulé ou au noir fausse la donne pour tous les salariés". C'est donc en ces termes que le débat est aujourd'hui posé.

"Immigration choisie"

Depuis 1996, leur situation juridique a elle aussi changé, même si le nombre de sans-papiers reste invariablement évalué entre 200 000 et 400 000. "A Saint-Bernard, on avait beaucoup de parents d'enfants français, ni expulsables, ni régularisables" , rappelle Serge Slama, maître de conférences en droit public à l'Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, "or les textes entrés en vigueur depuis ont permis de régulariser une partie des profils de ce type".

Même si elle se limite à donner des consignes auxquelles les préfectures peuvent déroger, "la circulaire Valls" du 28 novembre 2012 a permis de régulariser 15 000 immigrés. Rien à voir avec les 80 000 régularisations de 1997 décidées lorsque Lionel Jospin s'est installé à Matignon et moins encore avec les 131 000 de l'arrivée de la gauche en 1981. Mais les temps ont changé.

En effet, pour ceux qui ne remplissent pas les conditions de l'immigration choisie - économique, artistique, et à haut potentiel, un concept développé depuis le quinquennat Sarkozy - le passage par la case "sans-papiers" devient de plus en plus incontournable au fur et à mesure que les voies légales d'entrée se vérouillent. Aux yeux du ministère de l'intérieur, cela évite "l'appel d'air". Pour les chercheurs, cela retarde surtout l'intégration, en maintenant dans la précarité des gens définitivement installés.

Dans une étude intitulée Migrants subsahariens: combien de temps leur faut-il pour s'installer en France (Populations et sociétés, mai 2016), Anne Gosselin a ainsi montré qu'il faut en moyenne quatre années à un homme subsaharien pour obtenir un titre de séjour et qu'au bout de quinze ans, 9% de cette catégorie sont encore sans-papiers. Malgré le surplus d'angoisses qu'il crée, ce statut précaire n'incite pas à repartir.

Marilyne Baumard, Le Monde - 23 août 2016

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