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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 05:38

 

L’obligation vaccinale des soignants et plus encore l’extension du « passe sanitaire » décidées par Emmanuel Macron divisent les Français. Gestion autoritaire de la crise, inégalités entre les citoyens, atteinte au droit du travail et aux libertés... Alors que de nouvelles manifestations contre le « passe sanitaire » se tiennent ce samedi 31 juillet dans plusieurs villes de France, les raisons de la colère sont nombreuses.

Emmanuel Macron a tranché. Face à la quatrième vague née du variant Delta, le président de la République a souhaité donner un grand coup d’accélérateur à la vaccination. Pas en déployant une meilleure stratégie, mais en rendant la vaccination obligatoire pour les personnels soignants et en étendant le « passe sanitaire », tandis que les tests ne seront plus remboursés à l’automne. Des décisions qui ont provoqué la colère de milliers de personnes descendues dans la rue pour des raisons diverses. Ces manifestations ont choqué du fait de comparaisons scandaleuses faites par certains entre la Shoah et les mesures sanitaires du gouvernement. Reste certaines critiques légitimes, dont des parlementaires se sont fait l’écho lors de l’examen du texte.

 

1. La démocratie toujours mise de côté

Une dictature sanitaire ? C’est l’un des mots d’ordre des rassemblements contre les nouvelles mesures du gouvernement. Si la dénomination ne correspond pas à la réalité du régime, elle naît cependant d’une gestion solitaire et autoritaire de la crise par Emmanuel Macron. Le 12 juillet, c’est seul que le chef de l’État a annoncé les futures restrictions, avant de convoquer le Parlement à la hâte pour les faire valider. Malgré les tensions suscitées par ce projet de loi, ce texte n’a été examiné qu’en cinq jours, par l’Assemblée nationale et le Sénat et validé à l’issue d’une commission mixte paritaire lors de laquelle les marcheurs ont imposé la vision présidentielle, malgré quelques modifications. Ce projet de loi contient également une énième prorogation du régime d’exception permettant au gouvernement de légiférer par décrets dans de nombreux domaines, jusqu’au 15 novembre.

 

2. Une stratégie vaccinale source de rupture d’égalité

Les nouvelles restrictions de liberté ont créé de fortes crispations, d’autant qu’elles ne sont pas les mêmes pour tous les citoyens. Cette rupture d’égalité est d’autant plus mal perçue que, faute de doses, tous les Français risqueraient de ne pas être vaccinés à l’automne, lorsque les tests ne seront plus remboursés. La gauche déplore que ces mesures aient été rendues nécessaires par un manque d’anticipation du gouvernement, incapable par ailleurs de porter une véritable stratégie vaccinale auprès des précaires et des personnes à risques, les moins vaccinés d’Europe de l’Ouest. Pour certains, l’injonction à la vaccination constituerait également une atteinte aux libertés individuelles. « La liberté est le fruit d’un approfondissement constant de la relation entre les citoyens et la communauté nationale pour que les contraintes soient admises comme un progrès et non pas un affaiblissement démocratique. C’est pourquoi la vaccination ne peut être un acte liberticide », estime le député André Chassaigne (PCF).

 

3. Un contrôle des citoyens par les citoyens

« Bienvenue dans la société du contrôle permanent. Celle où vous triez les bons et les mauvais citoyens ! » a interpellé la députée insoumise Mathilde Panot. Comme de nombreux restaurateurs et responsables de lieux de loisirs et culture concernés, les parlementaires de gauche ont déploré le choix du gouvernement de faire peser sur eux le contrôle des passes sanitaires. « Dans toute démocratie, ces contrôles incombent à l’État », jugent les élus socialistes, qui proposent la mise en place d’une vaccination obligatoire pour tous les adultes. Pour André Chassaigne, le système mis en place par le gouvernement est une obligation vaccinale qui « ne veut pas dire son nom. Et elle est instaurée par le pire des détours : celui de la contrainte individuelle en mettant en avant une vision utilitariste et consumériste du vaccin ».

 

4. Des sanctions inacceptables pour les travailleurs

Autre point de crispation : les sanctions prévues pour certains travailleurs. Les personnes qui travaillent dans des lieux accueillant du public devront présenter un « passe sanitaire » à partir du 15 septembre, au risque de voir leur contrat et leur rémunération suspendus. Si la situation perdure plus de trois jours, la personne sera convoquée pour un entretien afin d’examiner « les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d’affectation ». Alors que le gouvernement souhaitait introduire un nouveau motif de licenciement après deux mois de suspension, cette possibilité a été écartée pour les salariés en CDI, sous la pression des syndicats et de la gauche. En revanche, « un contrat à durée déterminée pourra être rompu avant l’échéance du terme ».  Les soignants qui ne seraient pas vaccinés au 15 octobre seront aussi suspendus et ne pourront plus exercer, tant que l’obligation vaccinale reste ­imposée par la loi.

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 05:39

 

Infirmière à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, et militante CGT, Aurélie Jochaud décrit un quotidien mis à rude épreuve par dix-huit mois de crise sanitaire.

Elle n’est pas du genre à raconter ses coups de blues. Si elle en a eu, on n’en saura rien. Car ce qui anime Aurélie Jochaud, 43 ans, c’est la colère. À l’heure où ses collègues démissionnent en cascade, l’infirmière au service hématologie de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, garde vaille que vaille le goût du travail en équipe et l’envie tenace de s’occuper des autres. Mais elle n’oublie pas, à chaque fois qu’elle le peut, de pester contre les manques de l’hôpital. Contre cette politique du gouvernement qui « ne veut pas lâcher de moyens ». À Saint-Antoine, tout le monde connaît la militante CGT.

Quand l’inéluctable tsunami arrive

Depuis vingt et un ans qu’elle exerce, elle s’est toujours bagarrée. À l’hôpital de l’Hôtel-Dieu d’abord. Où elle a lutté contre la fermeture de l’établissement. En vain. « On a perdu la bataille, mais pas la guerre », sourit-elle. La pandémie n’aura fait que renforcer ses convictions. Février 2020. Avec ses collègues, elle regarde avec attention ce qui est en train de se passer à Mulhouse, l’un des principaux foyers de l’épidémie de Covid. En dix jours, l’hôpital était saturé. « On savait que le tsunami allait arriver ici. On craignait de ne pas réussir à être à la hauteur », se souvient-elle. Toutes les équipes feront front. « On s’est démultiplié pour que l’hôpital tienne. Sans protection, avec des masques qui faisaient défaut. J’avais la sensation de ne pas être protégée et de ne pas protéger mes patients, déjà très fragiles. » Une dizaine de ses collègues sont transférés du service hématologie pour s’occuper des malades du Covid. « La première vague a été très importante. On a accepté beaucoup de choses : de travailler plus, de ne pas prendre de repos ni de vacances. » Aurélie garde la rage. Comment, en 2021, l’hôpital n’est-il pas en capacité de faire face ? Dans son service, il manque encore aujourd’hui 25 infirmiers. « Mes collègues pensaient que le gouvernement, qui mettait tant en avant le dévouement du personnel soignant, allait prendre conscience que l’hôpital allait mal, bien avant le Covid. Moi, je savais que non. L’hôpital, c’est pas son problème. » Elle en est convaincue : les choses bougeront de l’intérieur. « Il ne faut compter que sur nous-mêmes. Si nous n’avions pas été là, les hospitaliers, ça aurait été une catastrophe. » Alors qu’une quatrième vague se profile, l’infirmière voit ses collègues quitter le navire, de guerre lasse et épuisés. Les postes vacants s’accumulent. « On ne nous facilite pas la tâche, souffle Aurélie. Une nouvelle vague arrive et les conditions ont empiré… » Pourtant, assure-t-elle, la jeune garde ne demande qu’à prendre du service. « Sur Parcoursup, 80 000 étudiants ont demandé la formation d’infirmier, pour très peu d’élus par manque de places. Un comble ! » Elle le sait : si le gouvernement avait débloqué des moyens, les soignants n’auraient pas vécu la pandémie de la même manière. Dernier exemple en date : la vaccination obligatoire. « On était des héros, on est maintenant des zéros si on ne se fait pas vacciner », tempête l’infirmière. Vaccinée, elle ne supporte pas cette injonction et surtout cette culpabilisation. « Les collègues sont fatigués. Avec l’impression de toujours donner sans jamais rien avoir en retour. » Alors beaucoup prennent la douloureuse décision de partir car « ils n’ont pas envie d’y laisser leur peau ». Aurélie, elle, ne lâchera rien. « C’est la colère qui me porte. » Encore et toujours.

 

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 05:36

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93. Il publie, chaque semaine, une chronique dans nos colonnes.

La focalisation ces dernières semaines du débat autour des mesures concernant la vaccination obligatoire et le passe sanitaire permet au gouvernement d’avancer sur d’autres sujets, en passant sous la ligne d’horizon et en évitant ainsi d’éventuelles réactions. C’est ce qui est en train de se passer autour de projets de réforme, actuellement travaillés par le gouvernement, concernant les assurances maladie complémentaires, encore appelées à tort « mutuelles ». En effet, le constat partagé est que notre système à plusieurs étages – Sécurité sociale, complémentaire, surcomplémentaire – est devenu de plus en plus complexe et coûteux.

Ce dernier aspect a alerté la Cour des comptes qui pointe le fait que les coûts de gestion du système sont disproportionnés et qu’il faut le simplifier. Comme toujours, lorsque les fameux « sages » de cette institution font des préconisations, il faut être particulièrement attentif, car leur objectif unique et obsessionnel est de « faire des économies » et de « réduire les dépenses publiques ». Si nous pouvons adhérer au constat, les préconisations avancées par la Cour des comptes ne peuvent que nous inquiéter.

En effet, il est proposé de réduire la prise en charge par l’assurance-maladie à un socle, dit « panier de soins », minimal, c’est-à-dire en réalité à un filet de sécurité pour les plus pauvres, notamment pour les soins hospitaliers les plus coûteux. Pour le reste, il faudra faire appel à une assurance privée pour couvrir les autres dépenses. Pour aller vite, il s’agit de glisser rapidement vers un système à l’américaine, en ouvrant encore plus au marché le secteur de la santé, tant au niveau de l’assurance que de l’offre de soins.

Il est urgent que les citoyens s’intéressent à cette question pour bloquer cette évolution et réclamer une Sécurité sociale intégrale, prenant en charge l’ensemble des dépenses de santé, de la naissance à la mort. Un système avec un seul opérateur est performant et peu coûteux du fait de l’unicité du gestionnaire. À l’inverse, le système de marché est coûteux, car il multiplie les intervenants afin de multiplier les sources de profit.

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 13:33

En France, la sélection génétique a fait de la charolaise, la limousine et quelques autres les plus belles races bovines dans l’Union européenne et au-delà. Mais les prix des bovins de boucherie sont bas et il devient de plus en plus difficile de vivre de son travail quand on prend soin chaque jour d’un troupeau de vaches allaitantes. Ratifier l’accord de libre-échange signé voilà deux ans entre la Commission européenne et les pays du Mercosur aggraverait encore la situation.

Par Gérard Le Puill

Dans son numéro de juin 2021, le « magazine de la génétique et de la reproduction des ruminants » connu sous le sigle « BTIA » consacre un article à l’élevage des bovins à viande en France et un autre à ce même élevage en Argentine. L’Argentine fait partie des pays du Mercosur avec lesquels la Commission européenne a signé un accord de libre-échange en juin 2019. Cet accord prévoit d’augmenter sensiblement les exportations de viande bovine de quatre pays d’Amérique du sud en Europe. Deux ans après sa signature, on ne sait toujours pas s’il sera ratifié, ou non, par les pays membres de l’Union européenne.

En attendant, l’article publié dans « BTIA » sous le titre « Où va l’élevage allaitant ? », précise que le territoire français « perd en moyenne 740 ateliers allaitants chaque année. Cette rupture démographique, accompagnée d’une décapitalisation marquée n’est pas homogène selon les territoires et les types d’atelier. Elle touche surtout les éleveurs exclusivement allaitants, dans une moindre mesure ceux qui exercent de façon mixte (troupeau allaitant plus troupeau laitier, ndlr) . Ni ceux qui s’installent, ni ceux qui se maintiennent, ni ceux qui se développent ne compensent cette tendance lourde que les études cherchent aujourd’hui à caractériser le plus finement possible au fur et à mesure que les données de la base nationale d’identification animale ou de la Mutualité sociale agricole s’enrichissent ».

Une rémunération inférieure de 50 % au revenu moyen des paysans

La principale raison de ce recul est facile à comprendre. L’article avance l’explication suivante : « Le décrochage du revenu des exploitations spécialisées viande, - en moyenne inférieur de 50 % au revenu agricole moyen n’est pas nouveau. Mais la trésorerie des exploitations s’est davantage ainsi fragilisée d’année en année depuis 2016 ». Pourquoi 2016 ? L’article ne le dit pas. Mais nous savons qu’entre 2013 et 2015 inclus, le cheptel des vaches laitières a beaucoup augmenté dans plusieurs pays membres de l’Union européenne. Ces pays voulaient vendre plus de lait à partir d’avril 2015, date de la sortie des quotas laitiers qui régulait, en la limitant depuis 1984, la production laitière des pays membres de l’Union. En 2016, le pic de surproduction laitière a fait chuter sensiblement le prix du lait et beaucoup d’éleveurs ont vendu des vaches laitières de réforme en plus grand nombre. Mais il y avait aussi sur le marché plus de jeunes bovins mâles de deux ans que ces vaches avaient fait naître entre-temps. Cette augmentation durable de l’offre en viande bovine dans l’Europe des 27 continue de peser sur les cours des jeunes bovins issus des races à viande comme sur ceux des vaches de réforme.

Du coup, comme 21 % des éleveurs à la tête d’un troupeau de bovins allaitants ont plus de 62 ans actuellement contre 10 % il y 20 ans ; comme 55 % de ces mêmes éleveurs ont entre 50 et 60 ans, les cessations d’activité débouchent de moins en moins sur l’installation d’un jeune éleveur, faute de pouvoir dégager un revenu quand il faut rembourser les emprunts liés à l’installation. L’article note aussi fort justement que « sécheresse et concept de l’autonomie alimentaire aidant, les éleveurs français ont mis au centre de leur préoccupation le fait de devoir adapter leur cheptel au potentiel fourrager ou herbager des surfaces dont ils disposent. Celles-ci s’accroissent des deux hectares par an en moyenne, sécurisant davantage le fait de pouvoir gérer ses prairies et cultiver de l’herbe, afin de parer aux besoins mais sans nécessairement accueillir de nouveaux animaux. La tendance est donc à l’extensification ».

Ne pas favoriser la déforestation en Amérique du sud

Et voilà qui nous amène à l’autre article de la revue « BTIA » consacrée à l’Argentine. L’Europe achète déjà 40 % des viandes bovines exportées par l’Argentine sous la forme de « pièces nobles réfrigérées sous vide » et ces quotas d’importations résultent d’un accord commercial antérieur à celui signé le 29 juin 2019 entre la Commission européenne et les pays du Mercosur. Si ce dernier accord était ratifié, l’Europe importerait chaque année 99.000 tonnes supplémentaires de pièces nobles de viandes bovines désossées avec seulement 7,5 % de droits de douane. En France, cela ne pourrait que faire baisser le prix des animaux des élevages spécialisés en races à viande comme la charolaise, la limousine, la blonde d’Aquitaine, la salers et quelques autres.

La revue « BTIA », cite Philippe Chotteau, de l’Institut de l’élevage. Alors que la forêt primaire ne cesse de reculer en Amérique du sud, cet observateur résume le développement de l’élevage bovin en Argentine et au Brésil de la manière suivante : « On abat les arbres, on met en culture deux ans, puis on met en pâture ». Ce qui nous vaut ce commentaire suivant dans le même article : « Par conséquent, importer de la viande bovine argentine et au-delà des autres pays du Mercosur (Uruguay, Paraguay, Brésil) équivaut à, en quelque sorte, importer du gaz à effet de serre et altérer les ambitions et les résultats de la filière bovine française plus vertueuse de ce point de vue ».

Le silence du président Macron sur l’accord UE-Mercosur

C’est la triste réalité, surtout quand le même article précise que « l’élevage argentin, dont certaines exploitations frisent les 40.000 têtes est étroitement associé à la viande ». Du coup, « conquérir les marchés d’exportation est une commande politique de la part du gouvernement argentin ». Préserver notre souveraineté alimentaire et freiner le réchauffement climatique en cours sont des arguments que la France et les autres pays européens devraient utiliser pour ne pas ratifier cet accord signé entre la Commission européenne et les pays du Mercosur. Dans un premier temps, Emmanuel Macron avait déclaré que cet accord était « bon en l’état », avant de déclarer plus tard que la France « ne le signera pas en l’état ». Cette prise de position temporaire du chef de l‘État intervenait suite à la multiplication des incendies criminels en forêt amazonienne dans le but d’accélérer les mises en cultures, puis l’élevage du bétail pour gagner des parts de marché en Europe.

Mais depuis bientôt deux ans le président Macron ne dit plus un seul mot sur le sujet et on devine facilement ce que cache ce silence prolongé.

 

 

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 06:00

 

Après l'adoption du projet de loi sanitaire par le Parlement, 74 député-e-s de gauche ont saisi le Conseil constitutionnel afin de censurer certains articles représentant une « atteinte disproportionnée et contraires à plusieurs droits et libertés que la constitution garantit »L'Humanité s'est entretenu avec Pierre Dharréville, député communiste des Bouches-du-Rhône.

Les parlementaires alertent les membres de l'institution sur les dangers que fait peser l'extension du passe sanitaire sur de nombreuses libertés et dénoncent « une atteinte au principe d'égalité ».

Le projet de loi rend obligatoire la vaccination des personnels des hôpitaux, cliniques, Ehpad et maisons de retraite, sapeurs pompiers, de certains militaires, ainsi que pour les professionnels et bénévoles auprès des personnes âgées, y compris à domicile.

Le Conseil constitutionnel, saisi lundi 26 juillet par 74 député-e-s des groupes Gauche démocrate et républicaine, de la France insoumise, Socialistes ainsi que Libertés et Territoires, rendra sa décision le 5 août sur la loi relative à la gestion de la crise sanitaire.

Rupture d'égalité entre les salariés

Pierre Dharréville dénonce une première rupture d'égalité entre les salariés qui sont en CDI et ceux qui sont en CDD ou en intérim : «  Les salariés en situation précaire pourraient voir leur contrat rompu du jour au lendemain, sous prétexte qu'ils ne remplissent pas les conditions du passe sanitaire. »

« Concernant la suspension du contrat de travail pour les salariés en CDI, sans rémunération évidemment, on peut se demander si le licenciement ne pourra pas être provoqué par cette absence liée au passe sanitaire », alerte le parlementaire.

 

« Si nous contestons le principe du passe sanitaire, nous ne contestons pas la nécessité d'engager une action publique en faveur de la vaccination », insiste l'élu, qui estime que le gouvernement ne pourra de toute façon pas faire l'économie d'une véritable campagne de santé publique.

Dès le 9 août

Avec ce projet de loi, dès le 9 août, le passe sanitaire pourrait être étendu aux cafés, restaurants, foires et salons professionnels, ainsi qu'aux avions, trains, cars longs trajets et aux établissements médicaux sauf urgence. Et aux centres commerciaux sur décision des préfets.

« La méthode choisit est celle du chantage, de la pression et de la contrainte », prévient le député communiste.

Isolement

Par ailleurs, les personnes dépistées positives au Covid-19 devront se placer à l'isolement pour une durée non renouvelable de dix jours dans le lieu d'hébergement qu'elles déterminent. 

« Des mesures de contrôle permanent des uns par les autres, pour pouvoir continuer à vivre... Est-ce une société comme celle-là que nous souhaitons ? » s'inquiète le député.

 

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 13:30

Selon « Syndilait », l’organisme regroupant les professionnels du lait liquide en France, son prix de revient a augmenté de 8 % ces derniers mois en raison de la hausse de 50 % du prix des emballages en plastique ; celui des cartons ayant augmenté de 20 %. Mais les distributeurs ne veulent pas prendre en compte cette hausse inattendue des coûts de mise en marché souvent supportés par des petites laiteries.

Par Gérard Le Puill

 

Nous avons, la semaine dernière, consacré quatre articles successifs à la situation difficile des producteurs de lait de vache en France. Car depuis la fin de la régulation de la production dans les pays membres de l’Union européenne intervenue en avril 2015 avec la suppression des quotas annuels de production par pays, le prix du lait au départ de la ferme fluctue souvent à la baisse dans les pays membres de l’Union. Cette pression est encore plus forte dans les pays exportateurs nets de produits laitiers, dont la France et quelques autres, comme nous l’expliquions dans notre article publié vendredi.

Dans la mesure où les transformateurs négocient annuellement les prix auxquels ils vendent leurs produits laitiers aux enseignes de la grande distribution entre le début de mois de mars de l’année en cours et la fin du mois de février de l’année suivante, il leur arrive aussi d’être « pris dans la seringue » en cas d’augmentation de leurs coûts de production de manière imprévue. C’est ce que signale « Syndilait », l’organisation professionnelle regroupant en France la majorité des fabricants de laits liquides dans un communiqué daté du 20 juillet dernier.

50 % de hausse sur les matières plastiques

On apprend à sa lecture que « la filière française de lait liquide conditionné, qui fournit 97 % du lait consommé en France, est aujourd’hui victime de fortes tensions en matière d’emballages, tant au niveau de la hausse spectaculaire des coûts que de l’allongement des approvisionnements. La reprise de l’économie dans le monde, notamment marquée par forte demande en Chine, entraîne une flambée de l’ordre de + 50 % sur un an pour les matières premières plastiques et de + 20 % pour les cartons (…) En conséquence, les laiteries doivent supporter une hausse de leurs coûts de production pouvant aller jusqu’à + 8 % en un an. Pourtant, dans le même temps, le prix de vente du lait au consommateur en grande distribution continue de stagner, voire de chuter. Pour les marques nationales il est passé d’un prix moyen de vente au consommateur de 1,17 euro en juin 2020 à 1,10 euro en juin 2021, soit un recul de -6 % sur un an » (1).

Depuis le début de la pandémie de coronavirus, les grandes enseignes comme Leclerc, Carrefour, Auchan, Casino et autres n’en finissent pas de multiplier les dépliants publicitaires pour tenter de gagner des parts de marché les unes contre les autres en multipliant les promotions sur différents produits de consommation courante, à commencer par les viandes et certains les produits laitiers. Mais ce n’est pas le cas pour le lait liquide dont les achats sont réguliers avec une demande qui évolue en légère baisse selon de récentes statistiques.

Comme chaque année, les fournisseurs se sont engagés à fournir aux grandes enseignes un volume donné de produits alimentaires pour un prix fixé avant le 28 février 2021 pour la période qui va du 1 er mars de cette année à la fin du mois de février 2022 dans le cadre des négociations annuelles. Du coup, ils n’ont pas l’accord de ces enseignes pour répercuter la hausse du prix du conditionnement du lait liquide et d’autres produits sous emballage, bien que ces emballages fassent croître de 8 % le prix de revient du litre de lait conditionné.

Succès du logo « lait collecté et conditionné en France »

Cette déclaration de « Syndilait » est intervenue 7 jours après la note de l’INSEE qui constatait qu’en juin 2021 « les prix à la consommation augmentent de 0,1 % sur un mois et de 1,5 % sur un an. Cette note indiquait les prix alimentaires avaient baissé de -0,2 % sur un an. Dans le détail, elle ajoutait qu’en juin, « hors produits frais, les prix de l’alimentation augmentent légèrement (+ 0,3% après + 0,2 %. Les prix de la viande accélèrent (+ 0,6% après + 01 %) ainsi que ceux du lait, du fromage et des œufs (+ 0,6% après + 0,3 %) ». Ainsi, les grandes surfaces augmentent donc légèrement leurs prix de vente mais ne restituent pas un centime à leurs fournisseurs, même quand ces derniers subissent des coûts de production en hausse avec la flambée des prix des emballages.

Notons enfin cette information à propos du logo « Lait collecté et conditionné en France » lancé en 2016 et apposé désormais sur 60 % des briques et bouteilles de lait dans notre pays. Le communiqué de « Syndilait » indique que « son déploiement est accompagné d’une chute de 70 % des importations de lait en France sur cinq ans, de 2015 à 2020. Ce logo garantit un lait issu de vaches uniquement élevées en France et conditionné par une laiterie française ».

Voilà qui montre aussi que les consommateurs donnent majoritairement leur préférence à la production nationale dès lors qu’ils sont informés. Il est donc possible de leur expliquer une petite hausse du prix induite par ce coût de production des emballages depuis plusieurs mois. Ce sujet n’est pas évoqué dans l’éditorial intitulé « E. Leclerc, partenaire des entreprises françaises » et signé Michel-Édouard Leclerc avec la photo de ce dernier en page 2 du dépliant publicitaire qui met en exergue les promotions de ses magasins du 27 juillet au 7 août.

On peut donc se poser des questions sur la sincérité de Michel-Édouard Leclerc en lisant ceci dans son édito : « Derrière cette campagne de promotion, il faut en effet savoir qu’il y a toute une politique d’accompagnement qui vise à soutenir ces productions françaises, avec des délais de paiement privilégiés, des initiatives commerciales adaptées et des engagements pluriannuels qui offrent une visibilité rassurante pour ces entrepreneurs ».

Mais lire ces lignes ne doit pas nous faire oublier que c’est à la demande du même Michel-Édouard auprès de Nicolas Sarkozy que fut rédigé en 2007-2008, par un dénommé Emmanuel Macron, le rapport de la commission Attali. Ce rapport servit de justification au gouvernement Fillon pour faire voter la Loi de modernisation économique (LME) dont le fonctionnement sert depuis à piller les fournisseurs des grandes surfaces, à commencer par les paysans.

 

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 13:19

Après un examen express dans chacune des chambres du Parlement, députés et sénateurs ont tenté de se mettre d’accord, dimanche, sur les mesures sanitaires voulues par le gouvernement.

Engagé par le gouvernement dans une folle course de vitesse, le Parlement a examiné tout le week-end le projet de loi instituant l’obligation vaccinale pour les soignants, l’extension du passe sanitaire à compter du 1er août, ou encore le contrôle de l’isolement. Dimanche, députés et sénateurs se sont retrouvés, à 15 heures, en commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de se mettre d’accord sur un texte que les premiers ont adopté, vendredi, autour de 6 heures du matin, avant que les seconds ne le modifient, puis le votent dans la nuit de samedi. La concertation devait se révéler concluante mais les détails n’étaient pas encore connus à l’heure où nous écrivions ces lignes. Bien que l’exécutif ait poussé à la roue, pressé par les délais qu’il a lui-même imposés, l’accord a été long à bâtir tant les retouches apportées par la majorité de droite du palais du Luxembourg ont été nombreuses.

Selon les modalités adoptées au Sénat, le passe sanitaire ne serait ainsi exigible que dans les lieux confinés (les terrasses de restaurant en seraient, par exemple, exemptées) et ne s’appliquerait plus aux centres commerciaux. Son entrée en vigueur pour les salariés des lieux publics concernés a, en outre, été repoussée par les sénateurs au 15 septembre, tandis qu’il a été purement et simplement supprimé pour les mineurs. Un aménagement soutenu par la gauche : « Comment peut-on obliger un mineur à avoir un passe sanitaire alors que ses parents lui refusent la vaccination ? » a interrogé en séance le communiste Pierre Ouzoulias. Un amendement du PS permet aussi la vaccination sans autorisation parentale à partir de 16 ans. La gauche sénatoriale a, en revanche, échoué à faire tomber, au profit de l’obligation vaccinale, le dispositif dans son ensemble. La question a pourtant divisé jusqu’au sein de la majorité, à l’instar du centriste Loïc Hervé qui a plaidé au nom des « libertés publiques » contre cette « fausse bonne idée » de passe sanitaire.

« Atteinte à la liberté de travailler »

Contre toute attente, la droite a aussi redonné vie à l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 31 octobre. « C’est un souci de vérité. Sortons de cette espèce d’euphémisation permanente », a justifié le rapporteur LR Philippe Bas, appelant le gouvernement à « assumer ses responsa­bilités ». Comme à l’Assemblée, la gauche s’est également élevée contre les mesures relatives aux sanctions, suspension de contrat sans rémunération et licenciement encourus par les salariés pour lesquels le passe sanitaire est rendu obligatoire. « C’est une brèche inacceptable dans le droit du travail ! » a fustigé le sénateur PCF Fabien Gay. La création d’un motif spécifique de licenciement a d’ailleurs été supprimée par la Chambre haute, contrairement à l’interruption avant l’échéance d’un CDD ou d’un contrat de mission temporaire.

Dès vendredi, plusieurs syndicats ont aussi alerté sur ces dispositions. « C’est transgressif, dangereux et inquiétant de voir apparaître pour la première fois un motif de licenciement à la charge du salarié pour une raison relevant de sa vie privée », a dénoncé la CFE-CGC, tandis que Solidaires s’est affirmé « contre le passe sanitaire, qui se construit contre les travailleuses et les travailleurs ». Plus tôt dans la semaine, la CGT avait déjà interpellé les parlementaires afin qu’ils « en mesurent toutes les conséquences sociales », dénonçant un texte qui « porterait atteinte à la liberté de travailler » des salariés. Après son adoption, le projet de loi devra franchir une dernière étape avec l’examen par le Conseil constitutionnel, que le premier ministre, Jean Castex, s’est engagé à solliciter.

 

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 13:11

 

Les résultats du baccalauréat 2021 viennent de tomber. Cette année, les épreuves se sont tenues dans des conditions exceptionnelles. Jean-Michel Blanquer a annulé les évaluations communes prévues au mois de mars au profit des notes obtenues en contrôle continu. Pour les épreuves terminales, il a décidé que ce serait la meilleure note obtenue qui prévalait entre celles obtenues en contrôle continu et celles obtenues lors des épreuves terminales.

Pour la deuxième année consécutive, Jean-Michel Blanquer instrumentalise la crise sanitaire pour avancer tambour battant sur son projet d’un baccalauréat en contrôle continu. C’est désormais officiel, le ministre souhaite passer à un baccalauréat dont les évaluations communes seraient remplacées par un “réel” contrôle continu, comptant pour 40 % de la note finale au baccalauréat.

Dès le début, ce projet avait été vivement contesté par l’ensemble des acteurs de l'éducation, en premier lieu les lycéennes et les lycéens. Ce baccalauréat à la carte vient casser le caractère national du diplôme. En lieu et place d’un même diplôme national, nous aurons des baccalauréats locaux, donc la valeur dépendra de la réputation de l’établissement d’origine. Peu importe la note obtenue, un baccalauréat obtenu au prestigieux lycée Henri IV à Paris, aura toujours plus de valeur que celui obtenu dans un lycée dit de “périphérie”. En parfait accord avec Parcoursup ce système discriminant vient approfondir le mécanisme de sélection sociale à l’entrée de l’enseignement supérieur. Cette réforme vient enfoncer le clou de l'assignation à l’origine sociale et géographique, qui est l'inverse de la mission d’une école républicaine qui devrait au contraire servir à gommer les discriminations.

La technique utilisée par J.-M. Blanquer est connue, il a tout au long de ces années fait en sorte d’organiser l’échec des examens nationaux pour mieux faire passer une nouvelle réforme. Tout en organisant l’impossibilité pour les jeunes et le personnel éducatif de manifester et de faire connaître leur mécontentement face à la réforme des lycées. L’annonce d’une nouvelle réforme, alors que la session 2021 est en cours et avec un débat qui aurait cours au cœur de l’été, est une nouvelle fois un passage en force démocratique. Le MJCF ne l’entend pas de cette façon. Dès la rentrée de septembre nous organiserons les lycéennes et les lycéens contre cette réforme injuste et toute forme de sélection.

Après deux ans de perturbations majeures dans le système scolaire, c'est la mise en place de conditions d'enseignement de qualité afin de rattraper le retard accumulé qui devrait occuper le ministre. L’heure est au contraire à l’harmonisation par le haut de l’enseignement. La crise a été un catalyseur de l’inégalité entre les lycées et les élèves, il faut en tirer les leçons et proposer une tout autre politique. La mise en place d'examens nationaux et terminaux anonymes est la seule façon de garantir l’égalité.

Le Mouvement jeunes communistes de France revendique :

- Un retour à un baccalauréat national en abandonnant toutes les réformes mises en place par Jean-Michel Blanquer sur le sujet.

- L’abandon de Parcoursup ; le seul critère pour entrer à l'université doit être l'obtention du baccalauréat.

- Un investissement massif permettant de recruter des enseignants et de construire de nouveaux locaux pour offrir une formation et des diplômes de qualité sur l’ensemble du territoire.

Notre avenir, nos choix, l’éducation est un droit !

Clémentine Le Duey

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 05:10

Maître de conférences en immunologie à l’université de Bourgogne, Françoise Salvadori a récemment travaillé en partenariat avec l’historien des sciences Laurent-Henri Vignaud sur un fonds d’archives inédites concernant les travaux de Pasteur. En a résulté Antivax. La résistance aux vaccins du xviiie siècle à nos joursi, un livre très riche qui a valu à ses auteurs le prix Villemot de l’Académie des sciences.

Entretien réalisé par Thomas Liechti*

 

Progressistes : Vous avez sorti en 2019, avant qu’on puisse encore envisager la pandémie de covid-19 en France et avant les polémiques actuelles, un livre apportant un regard historique sur les mouvements de résistances aux vaccins et leurs arguments au cours du temps, qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

Françoise Salvadori : En 2015, mon collègue et coauteur, l’historien Laurent-Henri Vignaud, et moi-même avions travaillé sur des archives Pasteur non encore explorées, conservées dans sa maison familiale d’Arbois, dans le Jura ; il s’agissait de cahiers de traduction de publications de ses contemporains, souvent en compétition avec lui, et annotés par Pasteur lui-même. Nous avons été assez surpris d’y voir de nombreuses critiques sur sa nouvelle méthode de vaccination, notamment quand il l’a appliquée à la rage humaine… Mme Pasteur découpait aussi dans la presse les articles critiquant son mari, qui était en particulier la cible des ligues antivivisection.

Comme des doutes sur la vaccination commençaient à s’exprimer de plus en plus, en France comme ailleurs, en particulier depuis l’épisode de la grippe H1N1 en 2008-2009, de plus en plus largement relayés par les réseaux sociaux, l’idée nous est venue d’aller à la recherche des origines de ces opinions et d’étudier leur évolution, leurs différentes formes selon les lieux et les époques. Même si des travaux existaient, en particulier sur les oppositions à l’inoculation variolique au xviiie siècle, cette histoire de l’antivaccinisme n’avait pas fait l’objet d’un livre sur un temps long.

Notre étude nous a permis de montrer que quelques grands types d’oppositions actuels se trouvaient déjà dans la période pré-jennérienne. Rappelons l’origine des pratiques vaccinales : le médecin anglais Edward Jenner avait réussi à la fin duxviiie siècle à protéger contre la variole humaine en injectant un extrait de pustule d’une vache atteinte de vaccine, la variole bovine, peu dangereuse pour l’homme. Depuis au moins un siècle avant lui, on pratiquait déjà, en particulier en Asie et au Moyen-Orient, la variolisation : une injection de pus directement prélevé chez un malade de la variole, ce qui induisait une protection mais au prix de nombreuses infections varioliques

Ces oppositions qui ont donc accompagné l’histoire de la vaccination s’appuient parfois sur des arguments religieux (« providentialistes ») s’observant encore dans quelques courants fondamentalistes ou sectaires de toutes les religions, ou bien sur l’idée que « la nature fait bien les choses » et qu’elle est toujours préférable à l’artifice que représenterait le vaccin ; pour les adeptes des médecines « douces » ou parallèles, présentées comme plus naturelles, ce n’est pas tant le microbe qui occasionne la maladie qu’un déséquilibre de l’ordre naturel des « humeurs » ou des flux énergétiques, favorisé par une mauvaise alimentation ou d’autres facteurs constituant un « terrain » dégradé qu’il suffit de restaurer. On entend aussi chez certains opposants des affirmations pseudo-scientifiques ou fondées sur des théories « alternatives » non validées par la communauté scientifique, ou des revendications plus politiques qui dénoncent les bénéfices des industriels du vaccin et/ou la contrainte de l’État dans les régimes d’obligation vaccinale (vécue comme une entrave à la liberté individuelle).

Progressistes : Dans le contexte de l’apparition des vaccins contre la covid-19, on a pu voir une explosion de méfiance sur les réseaux sociaux et l’apparition de sondages montrant une forte défiance de la population face à la vaccination, notamment beaucoup de questionnements et de fantasmes autour des vaccins à ARN messager, ces méfiances sont-elles légitimes ?

Fr. S. : Elles sont légitimes, je dirais plutôt : elles l’étaient… En particulier quand on a annoncé la mise au point aussi rapide de vaccins – moins d’un an après l’apparition de cette nouvelle maladie, alors que les médias affirmaient depuis quelque temps que plusieurs années seraient nécessaires pour mettre au point un nouveau vaccin. Elles l’étaient aussi vis-à-vis des premiers vaccins ayant obtenu l’autorisation, les vaccins à ARN messager (ARNm), car cette technologie semblait nouvelle pour la population, et que l’ARN, assimilé à l’ADN, ouvre à toutes les craintes et fantasmes autour des OGM et d’une éventuelle « prise de contrôle » de nos cellules par ce vaccin… De fait, il faut un peu de pédagogie. D’une part, les vaccins anticovid ont bénéficié d’énormément de subventions et de précommandes de pays riches, qui ont fait eux aussi des calculs de bénéfices/risques et ont préféré financer la recherche-développement en espérant à terme diminuer les pertes de vies humaines et les pertes économiques liées aux confinements ! Ces financements massifs ont accéléré les recherches, et les spécialistes ne partaient pas de rien : la technologie des vaccins ARNm était au point depuis une quinzaine d’années, même si les applications étaient restées assez confidentielles et limitées au domaine de la cancérologie. D’autre part, des réglementations assouplies ont permis le chevauchement des phases d’essais 1, 2 et 3. Et un autre facteur qui a accéléré la récolte des résultats est justement l’intensité de l’épidémie dans certains pays, car en phase 3 on doit dénombrer les cas de covid pour comparer les groupes de volontaires vaccinés avec ceux qui ont reçu le placebo : plus l’incidence de l’infection est élevée, plus vite on aura des résultats comparatifs. C’est ce qui s’est passé, on a vu assez vite que pratiquement tous les cas, et les cas graves, s’observaient dans le groupe placebo !

Le risque zéro n’existe pas en médecine, mais ces vaccins à ARNm semblent très sûrs, on peut le dire de façon assez sereine maintenant que nous avons dans le monde autour de 200 millions de sujets vaccinés, avec un recul de deux mois, et seulement quelques accidents allergiques graves, prévisibles le plus souvent, se déclarant très vite après l’inoculation du vaccin, et que l’on sait prendre en charge. Il n’y a aucun risque que l’ARN modifie l’ADN de nos cellules, car il ne peut pénétrer dans le noyau ni a fortiori s’intégrer à l’ADN ! Quand nous sommes infectés par des virus à ARN (grippe, VIH, virus respiratoires banals…), l’ARN de ces virus ne modifie pas notre patrimoine génétique. C’est la même chose ici ! De plus, cet ARN vaccinal a une durée de vie très courte, il est traduit en protéines de spicule (les petites pointes qui forment la couronne externe du virus, à laquelle il doit son nom) par les ribosomes de la cellule, et ces protéines virales vont stimuler des lymphocytes qui produiront des anticorps contre elles, ainsi que des cellules qui vont constituer la base d’une mémoire immunitaire a priori durable.

Progressistes : Ces méfiances sont-elles nouvelles au regard de l’histoire des mouvements de résistance aux vaccins ou juste réadaptées à ces nouveaux vaccins ?

Fr. S. : Par rapport aux différents types d’arguments plutôt constants dans l’histoire, on va trouver ici une prédominance des opinions défendant la nature face à l’artifice du vaccin : on aimerait croire qu’un régime alimentaire, une hygiène de vie, des médicaments « simples et naturels » sont plus efficaces que les vaccins… La nature serait tellement bien faite qu’elle n’aurait pas pu « créer » ce virus, qui serait donc pour certains une fabrication humaine. Des personnalités très présentes sur Internet prétendent qu’un bon régime alimentaire et quelques vitamines nous sortiraient d’affaire ! Mais on entend aussi beaucoup de discours « alterscientifiques » venant de médecins et scientifiques proposant des molécules « magiques », qui ne donnent pourtant pas de résultats probants dans les différents essais menés selon les normes de la médecine fondée par les preuves (evidence-based medicine) ; certains médecins mettant volontiers en avant la liberté de prescription se sont même organisés en associations, telles la Coordination santé libre ou Laissons les médecins prescrire.

À ce scepticisme s’ajoute la dénonciation des profits des laboratoires pharmaceutiques. (Des soupçons d’enrichissement visaient déjà les médecins inoculateurs dans les salons du xviiie siècle, et se sont renforcés après la création de l’Institut Pasteur, que d’aucuns appelèrent « usine rabique » quand Pasteur lui-même était caricaturé en chimiste-financier.) L’industrie des vaccins très concentrée sur quelques gros laboratoires, les Big Pharma, est actuellement pointée pour avoir bénéficié d’aides massives des États (subventions et précommandes), qui en effet vont aussi profiter aux actionnaires, et pour entretenir une certaine opacité sur les tarifs négociés… Des débats sont ouverts sur une éventuelle levée des brevets sur les vaccins anticovid. Ces contestations plus politiques concernent également la distribution des vaccins : la lenteur du démarrage de la campagne est fortement critiquée par cette moitié des Français très favorables à la vaccination, lenteur qui peut en partie s’expliquer par un choix des autorités de santé qui, justement, ont souhaité rassurer avec un démarrage (excessivement ?) prudent. Les débats vont se renforcer dans un proche avenir au sujet d’un éventuel passeport vaccinal qui donnerait des libertés à ceux qui auraient accepté de se faire vacciner, et qui est parfois jugé discriminant à ce titre.

Progressistes : Pensez-vous que les mouvements antivax soient un symptôme d’une crise plus large de la médecine et/ou de la science en général en France ?

Fr. S. : Des éléments de profil type des sceptiques face aux vaccins contre la covid-19 ont été apportés récemment par les sociologues : jeune, plutôt féminin, avec des opinions politiques éloignées du pouvoir en place, à gauche ou à droite, plutôt populiste (mais sans doute à nuancer). Ce vaccin est vu comme un instrument de mainmise d’un État dont on condamne la politique en général, et la politique sanitaire en particulier.

On note depuis que des études nationales et internationales l’ont mesurée, c’est-à-dire depuis une quinzaine d’années, une forte défiance en France, qui nous a classés plusieurs fois comme les champions du monde de la crainte des vaccins. En France un décrochage assez net s’est observé à la suite de l’épidémie de grippe H1N1, en 2008-2009, mais la confiance avait déjà été érodée lors des cafouillages de communication autour de la vaccination contre l’hépatite B : deux ministres successifs – M. Douste-Blazy en 1994 et M. Kouchner en 1998 – avaient appliqué le principe de précaution dans des directions opposées ! Le premier avait fortement recommandé la vaccination en population générale, et partant des campagnes de vaccination scolaire à grande échelle furent organisées. Les cas de sclérose en plaques semblant en augmentation à cette période, on les relia à ce vaccin, poussant le second ministre à arrêter la vaccination des adolescents à l’école, ce qui bien sûr avait accrédité l’idée qu’il y avait bien un risque… Bien qu’aucune étude épidémiologique n’ait montré de lien causal, cette polémique franco-française n’est pas réellement finie ! Mais l’actuelle défiance se manifeste sur un fond particulier, car les Français n’ont pas oublié qu’on leur a tenu des discours mensongers ou partiels/partials sur le sang contaminé par le VIH, sur l’amiante, sur le Mediator… Et la gestion de l’épidémie de covid, la communication contradictoire sur les masques, les tests… ont montré que cette tendance à ne pas dire la vérité aux citoyens est très lourde dans notre pays.

Cette perte de confiance envers les autorités de santé s’explique donc assez bien ; elle peut renforcer une contestation plus globale des autorités politiques ou du parti au pouvoir, elle peut l’induire aussi. Elle semble actuellement s’étendre aux chercheurs et à la communauté scientifique ; c’est un phénomène plus récent selon les études des sociologues. On peut penser que les arènes médiatiques y ont contribué en donnant trop souvent le même écho à tous les « points de vue » – comme dans l’affaire Raoult –, ce qui pourrait passer pour une quête d’objectivité, en oubliant que le temps de la construction et de la validation des connaissances scientifiques n’est pas celui de l’information en continu.

Progressistes : Est-ce qu’on peut parler d’un affaiblissement, voire d’une rupture, du lien de confiance entre la population française et la science d’un point de vue historique ?

Fr. S. : Comme je l’ai dit, la défiance vis-à-vis des scientifiques a tendance à s’amplifier. La crise sanitaire actuelle n’y est sans doute pas pour rien, mais il faudra encore un peu de recul pour l’affirmer et l’étudier plus rigoureusement. Le fait même que cette épidémie nous atteigne si lourdement, alors que les progrès de la médecine nous ont fait oublier beaucoup de maladies et permis d’en soulager tant d’autres, peut faire douter de ces progrès ! Or on observe cette tendance à la rupture entre les citoyens et la science dans tous les pays développés : quand les gens accèdent à un niveau d’études plus élevé et qu’ils ont accès à des informations à foison, ils se sentent d’autant plus légitimes à affirmer leurs opinions ou leurs croyances sur des sujets scientifiques. Pour eux, les énoncés scientifiques sont des opinions comme les autres : chacun a la sienne et elle vaut celle de son voisin, de son enseignant, de son médecin…

Aux États-Unis des études de psychologues ont montré que plus les citoyens étaient éduqués, plus ils défendaient, par exemple, l’origine naturelle du réchauffement climatique s’ils étaient républicains, et son origine anthropique s’ils étaient démocrates ! L’éducation renforce leur niveau de croyance/confiance dans des influenceurs, le plus souvent recrutés dans leur « bulle », par ces biais de confirmation que les algorithmes d’Internet exploitent à merveille. On voit donc que l’enseignement des sciences est nécessaire, mais pas suffisant à l’ère d’Internet… Je ne pense pas que ce relativisme très contemporain soit typiquement français, mais il semble en progression dans notre pays.

Progressistes : On peut avoir l’impression que la confiance dans la médecine est différente selon les sociétés aujourd’hui. Est-ce que la France est un cas particulier des mouvements antivaccins ?

Fr. S. : La confiance dans les vaccins est différente d’un pays à l’autre, et elle semble faible en France, si toutefois les opinions avancées dans les sondages reflètent les véritables agissements de leurs auteurs… Car dire qu’on ne veut pas du vaccin, c’est aussi dire qu’on est contre Macron, ou pour Raoult, ou contre Sanofi, ou pour les médecines naturelles ! En situation, quand la vaccination sera proposée facilement et gratuitement à chacun, et si la maladie continue de tuer et d’empêcher la vie sociale, il est possible que les actes soient différents des opinions. Les sondages récents, qui plus est dans cette période où la pénurie et la distribution équitable sont au centre de la problématique, semblent le montrer.

Je ne pense pas que les Français soient défiants plus que d’autres vis-à-vis de la médecine, ils sont même parmi les plus gros consommateurs au monde de médicaments antibiotiques ou anxiolytiques ! Les sondages montrent qu’ils gardent une bonne confiance envers leurs médecins, ce qui a d’ailleurs été bien noté par les autorités de santé qui souhaitent s’appuyer sur les médecins généralistes pour accélérer la campagne de vaccination… La défiance isolée en France vis-à-vis de ces médicaments très particuliers que sont les vaccins reflète peut-être aussi une réticence à l’encontre d’une pratique du « pari » (on pense qu’on ne sera pas atteint soi-même, et que le coût de l’assurance est trop cher pour le risque ?), et du pari collectif, car l’efficacité de la vaccination ne peut se mesurer que collectivement. Quand il y a du collectif, il est normal que l’État s’en mêle, et là encore le bât blesse…

*THOMAS LIECHTI est membre du comité de rédaction de Progressistes

i. Éditions Vendémiaire, Paris 2019.

 

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 05:05

 

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