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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 09:31

La conférence du député de Paris et dirigeant EELV Yves Cochet il y a deux semaines à Morlaix a permis de mettre en avant un certain nombre de réalités qui doivent nous interroger. L'énergie est la base même de l'économie, de toute forme de production et de consommation. Or, 84% de l'énergie produite dans le monde provient des énergies fossiles (charbon: 23%, pétrole: 37%, gaz naturel: 21%), énergies qui font l'objet d'une demande mondiale de plus en plus forte depuis les années 50 alors que l'on sait que leurs stocks et leur productions commencent à décliner de manière irréversible (il nous resterait 45 ans de pétrole, 60 ans de gaz naturel, 130 de charbon à extraction économiquement soutenable selon André Chassaigne dans Pour une terre commune). On assiste donc « la fin de l'énergie abondante, facile et bon marché » selon Yves Cochet. Si l'on peut dans une certaine mesure s'en féliciter car les énergies fossiles, quand on les brûle, produisent des gaz à effet de serre responsables du dérèglement climatique, cet épuisement des ressources énergétiques traditionnelles n'est pas assez anticipé et risque d'entraîner avec lui des graves récessions économiques, des inégalités grandissantes dans l'accès aux énergies nécessaires à la vie courante, une multiplication des conflits internationaux pour le contrôle des stocks disponibles de part le monde. Une réduction immédiate de notre consommation d'énergie fossile serait souhaitable pour limiter l'élévation du niveau de la mer et les perturbations météorologiques liées au réchauffement climatique, phénomènes qui risquent d'avoir des répercussions dramatiques sur les conditions de pays de beaucoup de peuples du sud, et de créer de multiples inondations, sécheresses, famines, migrations, conflits armés. Néanmoins, les molécules de metane et de gaz carbonique émises dans l'atmosphère durent longtemps: il y a une inertie du changement climatique qui fait que les efforts que nous pouvons faire aujourd'hui pour réduire notre consommation d'énergie pour utiliser des énergies qui ne produisent pas de gaz à effet de serre n'auront pas des effets qui se feront sentir tout de suite.

Pour Yves Cochet, le nucléaire, qui ne représente que 6% de la consommation énergétique mondiale, ne saurait être considéré comme une énergie alternative aux énergies fossiles polluantes et en voie d'extinction dans la mesure où les stocks d'uranium ne sont pas eux-mêmes illimités et où il s'agit d'une énergie dangereuse, qui produit des déchets hautement radioactifs pendants des milliers d'années, et de surcroît d'une énergie extrêmement coûteuse quand on prend en compte le problème du renouvellement du parc nucléaire ( selon Yves Cochet, le ministère de l'industrie, Areva et EDF ont prévu d'investir entre 6 et 7 milliards d'euros pour construire 22 EPR entre 2015 et 2030) et du démantèlement des centrales nucléaire hors d'usage.

A l'heure actuelle, en France, le nucléaire avec plus de 58 réacteurs, fournit environ 77% de l'électricité (contre 29% en Allemagne, 27% au Royaume-Uni, 22% aux USA en 2000). Le reste est produit pour moitié par l'hydroélectricité, pour moitié par des centrales thermiques à gaz ou à fioul comme celle de Cordemais en Loire-Atlantique où celle que l'on veut installer à Guipavas aujourd'hui. L'énergie renouvelable (éolienne, photovoltaïque, biomasse, géothermie) ne représente actuellement qu'à peine 1% de l'énergie produite dans le monde.

 

Une fois posées ces quelques données chiffrées qui donnent des repères, quels objectifs peut-on se donner en matière énergétique et comment parvenir à les mettre en œuvre?

 

Le premier objectif serait d'encourager des modes de vie plus durables, moins gaspilleurs d'énergie et de ressources, moins polluants, sans pour autant négliger la satisfaction des besoins sociaux véritables, ni consentir à un renchérissement rapide et brutal des énergies (gaz, électricité, pétrole, énergies ou sources d'énergies dont la hausse des prix aura fatalement des répercussions sur le pouvoir d'achat des familles et l'augmentation des coûts des biens de première nécessité) ou à des fiscalités écologiques incitatives dont les classes populaires seraient les premières victimes. La sobriété énergétique est un objectif incontestable mais il ne doit pas être poursuivi sans prise en compte des besoins immédiats des classes moyennes et populaires, en pénalisant des modes de logement, de consommation, de transport qu'elles ont subis du fait de leur niveau de vie plutôt qu'elles ne les ont choisis. Par exemple, les familles qui pour pouvoir se loger dans le parc locatif ou accéder à la propriété ont été contraintes de s'installer à 40 ou 50 km des villes d'importance où les adultes travaillent ne doivent pas supporter une fiscalité écologique du type de la taxe carbone, dont les industriels seraient exemptés, en plus du renchérissement des carburants. Si les catégories populaires ont tendance à vivre dans des logements mal isolés, peu économes en énergie, l'État, par l'impôt, doit entreprendre des vastes plans de remises aux normes de ces logements et de financement de modes de chauffage plus économiques économiquement et écologiquement... Mieux encore, il faut tendre vers la fin de l'habitat résidentiel en zone péri-urbaine qui mord sur les surfaces agricoles cultivables, les espaces verts, et tend à rendre obligatoire l'usage d'une ou de deux  voitures et aller, autant que possible, vers la construction de logements collectifs à haute qualité environnementale.  Il en ressortira un bénéfice pour l'ensemble de la société et un gain de pouvoir d'achat pour les locataires et propriétaires concernés. En revanche, on peut s'interroger sur la légitimité de la multiplication des déductions fiscales pour mieux isoler les maisons, améliorer l'efficacité des modes de chauffage, investir dans les énergies renouvelables, quand elles concernent des familles à l'aise financièrement, propriétaires de leur logement, qui bénéficient ainsi d'un effet d'aubaine leur permettant de dépenser moins sur le long terme pour l'accès à l'énergie tout en échappant partiellement à l'impôt sur le revenu progressif. L'objectif d'efficacité écologique et l'objectif de justice sociale peuvent entrer ici dans une certaine forme de contradiction quand le soutien public à la transformation des modes de consommation énergétique est universel et non dépendant des revenus.

 

La consommation d'énergie en France se partage à part égale selon Yves Cochet entre le secteur industriel (150 milliards de KWH), le secteur tertiaire (150 milliards de KWH), et le secteur habitat (150 milliards de KWH).

Certains écologistes pourraient avoir la tentation de se féliciter de la désindustrialisation de la France en y voyant un moyen de diminuer la pollution localement et de rendre possible une sortie rapide du nucléaire par une baisse de la consommation énergétique de l'industrie. En même temps, même s'il m'apparaît évident que ce capitalisme mondialisé qui multiplie les besoins artificiels, propose aux populations des pays développés un désir de consommation toujours plus forte, malgré la précarité et la stagnation des salaires, et grâce à l'omniprésence de la publicité, aux délocalisations et à l'exploitation par les multinationales des travailleurs des pays en voie de développement, est une impasse qui détruit la nature, le lien social, aliène les individus, et s'il faut donc envisager une forme de décroissance, de plus grande sobriété dans nos modes de vie occidentaux, on ne peut pas non plus être un écologiste conséquent et s'accommoder de la délocalisation des activités industrielles, de la délocalisation de la production énergétique ou du stockage et recyclage des déchets industriels ou énergétiques.

 

De manière générale, il nous faut nous arranger pour diminuer nos besoins d'énergie en gaspillant moins, en innovant technologiquement pour avoir des moteurs, des machines et bâtiments plus économes et performants, tout en relocalisant à chaque fois que c'est possible nos activités économiques afin d'atteindre une certaine auto-suffisance dans un esprit de lutte pour l'emploi et contre les délocalisations (qui augmentent les moyens de pression du capital sur le travail) et de réduction de la pollution liée aux multiples transports nécessaires pour la production des marchandises à l'ère de la division internationale du travail et de la mise en concurrence des salariés au niveau mondial. C'est valable aussi pour l'agriculture, qu'il faut sortir de l'OMC et relocaliser tout en garantissant des prix rémunérateurs aux agriculteurs afin de revenir à une agriculture durable, à taille humaine, de qualité, et de limiter les émissions de gaz à effet de serre liées aux importations et exportations, à la production et au transport des intrants chimiques.

 

Relocaliser l'activité productive exige de la production d'énergie. C'est en particulier pourquoi il me paraît difficile de sortir à court terme (par exemple, en 20 ans) du nucléaire, dont nous sommes actuellement bien plus dépendants que les Allemands, et qui a le mérite de produire de l'électricité peu émettrice de CO2 (or, nous nous sommes engagés à réduire les émissions de 80% d'ici 2050) dans un contexte où les énergies fossiles sont de plus plus rares, chères et nous rendent bien plus dépendants économiquement et stratégiquement des pays producteurs (Russie, monde arabe, Amérique du Nord et Amérique Latine). En même temps, il est indéniable que le nucléaire fait peser un risque impossible à abolir tout à fait de catastrophe mortifère sur nos sociétés et crée des déchets hautement toxiques pendant des centaines de milliers d'années dont on ne sait que faire: il s'appuie sur l'uranium, un minerais du sous-sol, que nous ne pourrons extraire pour des coûts soutenables économiquement que pendant quelques décennies (selon le hors série « Science et vie » de juin 2008, cité par André Chassaigne dans son essai, on ne disposerait que de 30 années de réserves d'uranium récupérables en dessous de 80 dollars le kilo). Le nucléaire n'est donc pas non plus réellement une énergie d'avenir et, de la même manière qu'il m'apparaît souhaitable de fermer les centrales vétustes en laissant fonctionner les autres pendant quelques dizaines d'années encore, il ne m'apparaît pas raisonnable d'investir autant d'argent dans le renouvellement du parc nucléaire français avec la construction de réacteur EPR de nouvelles générations alors qu'on pourrait investir dans la recherche, l'expérimentation, et l'incitation publique au développement des énergies renouvelables: éolienne, photovoltaïque, hydraulique, biomasse, géothermie. Ces sources d'énergie qui sont moins productives et qui ne sont pas malheureusement pas non plus sans nuisance ni effets pervers (pollution visuelle, sonore, chimique, perturbations pour la faune...etc) peuvent permettre la mise en place de bâtiments industriels et agricoles et de logements produisant leur propre énergie: elles auront néanmoins de la peine à se substituer complètement à l'énergie fossile et au nucléaire s'il l'on entreprend pas dès aujourd'hui des efforts planifiés considérables de réduction de la consommation d'énergie dans l'habitat, les transports, l'industrie, les équipements publics et privés.

 

Mais ne soyons pas naïfs. A l'échelle mondiale, des réponses aux défis sociaux de l'augmentation de la population, l'accès de tous à une alimentation correcte, à l'eau potable, à l'électricité, à des biens de consommation dépassant le strict nécessaire indispensables à une vie confortable, se pensent difficilement sans développer une capacité à continuer à produire de l'énergie et à produire tout court, dans les domaines agricoles et industriels. Mais si les Chinois, les Indiens, et d'autres peuples en voie d'expansion économique, sont conscients des menaces climatiques, énergétiques et environnementales en général que font peser sur la planète les modes d'existence des sociétés développées actuelles, ils ne se priveront pas par esprit de sacrifice héroïque de tous les bénéfices de la croissance économique, en tout cas pas avant que les occidentaux ne donnent l'exemple à s'assujettissant eux-mêmes à des contraintes véritables pour revenir à des modes de vie plus durables et surtout partageables. En 2008, disait Yves Cochet, les Chinois, 20 fois plus nombreux que les Français, avaient autant de voitures qu'eux: on peut imaginer qu'ils ne pourront jamais en avoir autant que nous du fait des contraintes écologiques et de la raréfaction des énergies, mais cela nous montre l'impossibilité à universaliser notre mode de vie occidental, et donc son caractère aberrant et profondément inégalitaire.

 

Quoiqu'il en soit, ce n'est pas le libéralisme et le marché qui vont nous permettre de polluer moins et d'adopter des modes de production et de consommation plus soutenables sur le long terme. D'abord parce que la recherche et l'expérimentation pour promouvoir des modes de production et de consommation plus écologiques n'est pas forcément immédiatement rentable et qu'elle a besoin d'investissement public, donc de ponction fiscale sur le capital. Ensuite parce que le libre-échange accentue les transports de marchandises et aligne naturellement les normes écologiques vers le bas sans régulation internationale contraignante. Enfin, parce qu'on ne peut attendre notre salut des « technologies vertes » dont les effets sont neutralisés quand elles engendrent ou s'accompagnent d'une plus grande consommation (par exemple la chute de la consommation moyenne des voitures de 37% en 30 ans en France s'associe à un doublement du parc automobile et d'un usage accru...) et qui produisent parfois, quand elles sont développées par le secteur public sous les seules auspices des exigences de rentabilité, des effets pervers terribles sur l'environnement et la qualité de vie des populations (ex. agrocarburants qu'on produit en masse en Amérique et en Indonésie en dévastant la forêt primaire, l'agriculture vivrière, en provoquant un renchérissement des denrées alimentaires de base augmentant la malnutrition dans le monde). L'ouverture à la concurrence des services publics de production et de distribution d'électricité (loi NOME), ou des services publics de transport, dans la mesure où elle les transforme en entreprises à capitaux publics fonctionnant dans un contexte concurrentiel comme des entreprises privés, ne favorise pas non plus la prise en compte prioritaire des besoins sociaux de la majorité des usagers, des impératifs de sécurité et des exigences écologiques. La SNCF s'est vue progressivement dépourvue des moyens de développer les transports en commun de voyageurs à bon marché en alternative aux modes de transports individuels comme des moyens de développer le fret ferroviaire, moins polluant que le tout camion. C'est inacceptable. De la même manière, EDF perd de l'argent aujourd'hui en devant vendre de l'électricité à bas prix à des opérateurs privés de distribution d'électricité qui la revendent plus cher, au détriment de sa capacité d'investissement, du pouvoir d'achat des usagers du service public, au détriment de la sécurité. Sa politique d'acquisition d'autres groupes à l'étranger n'est pas pour rien non plus dans le détournement de ses anciennes missions de service public... Que dire de la possibilité bientôt de confier à des entreprises privées la construction et la gestion des centrales nucléaires, ou de la tendance de plus en plus affirmée d'EDF, gérée comme une entreprise privée par l'ami de Sarkozy et compagnon de table du Fouquet's, Henri Proglio, d'employer des intérimaires sur les tâches les plus délicates et dangereuses en centrale nucléaire...

 

Ismaël Dupont.

 

 

 

 

 

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 08:50

 

Les poursuites dont Dominique Strauss-Kahn est l’objet aux USA, extrêmement graves si les faits sont avérés, ont relancé le grand bal des supputations sondagères en France. Avec comme seule préoccupation : savoir à qui va profiter le potentiel électoral dont il était crédité.

 

Comme à l’accoutumée, le questionnement porte uniquement sur les candidat(e)s. « A qui va votre préférence ? » - « A qui faites-vous le plus confiance ? » - « Pour qui envisagez-vous de voter ? » …

 

Les débats et les « réflexions » dans les médias écrits ou audio-visuels sont du même tonneau. A aucun moment les contenus, les programmes, leur adéquation ou non avec les conditions de vie de la population, ses attentes, ses exigences ne sont mis en discussion. Seule compte la STRATEGIE ( autre façon de nommer l’approche strictement politicienne ).

 

En même temps la promotion de Marine Le Pen et du Front National continue. Avec à la fois la banalisation d’un mouvement qui serait devenu « respectable », « républicain » et son utilisation comme épouvantail et repoussoir pour renforcer le « vote utile » et le bipartisme.

 

C’est dans ce contexte qu’il faut examiner « l’information ?» parue le 18 mai dans Le Figaro. Sous la plume de Sophie de Ravinel, on y lit que « la crise liée à l’affaire DSK, suivie d’un possible affaiblissement du PS, provoque tout de même une certaine inquiétude au PCF. Au point d’envisager possible un soutien du Front de Gauche au candidat socialiste dès le 1er tour ».

 

Attribuées à Lydie Benoist, responsable des élections au PCF, on trouve, entre guillemets, les phrases suivantes qu’elle a formellement démenties :

Elle est convaincue « que le Front de Gauche ira u 1er tour avec un programme »

Mais « s’il était annoncé assez fort, avec évidence dans les sondages, que la gauche ne devait pas passer au second tour, nous prendrions nos responsabilités »

Tout doit être envisagé pour bloquer Marine Le Pen et éviter un autre 21 avril.

Comme quoi certains ne reculent devant rien !!

 

Tout cela appelle quelques remarques :

1 - Ce qu’attendent les françaises et les Français c’est des propositions pour changer leur vie, pour briser la dictature de l’argent, pour ouvrir le chemin de l’avenir et non des manœuvres politiciennes de reprise du pouvoir.

C’est ce que le Front de Gauche a mis en chantier dans l’élaboration d’un programme populaire partagé dont le peuple sera co-auteur.

 

2 –L’échec de 2002 n’est pas dû au nombre de candidats de Gauche mais à l’inadéquation des politiques menées et des propositions avec les attentes et les exigences du peuple … Ce qui est encore le cas du programme socialiste aujourd’hui malgré un langage « gauchi » qui ne suffit pas à masquer la timidité des propositions.

 

 

3 – Dans ces conditions, sauf à se résigner à un bipartisme qui sonnerait le glas de toute transformation sociale réelle, il n’est pas possible de s’aligner au 1er tour derrière une candidature sociale-démocrate.

 

4 – Outre que ce ralliement n’aurait à l’évidence aucun fondement politique il aurait pour effet immédiat d’enlever au Front de Gauche toute crédibilité et de ruiner tout ce que nous avons entrepris de construire et qui a commencé à porter ses fruits lors des récents rendez-vous électoraux.

 

5 – Qu’il y ait dans nos rangs des partisans de l’allégeance au P.S., c’est leur droit.

Mais la majorité du parti n’a ce point de vue ni dans les instances de direction, ni à la base. D’ailleurs, lors de la dernière Assemblée Générale départementale, aucun participant n’a fait cette proposition. L’orientation, très majoritaire des communistes est d’élaborer et de promouvoir des propositions d’un contenu élevé de transformation sociale et de bâtir les rassemblements qui le permettent.

 

C’est l’objectif que se fixe le Front de Gauche dont le renforcement et l’élargissement deviennent de plus en plus nécessaires.

 

 Alain DAVID

 

 

 

En annexe:  Démenti de Lydie Benoist, responsable national aux élections du PCF.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Jamais il n'a été question de se désister au premier tour en faveur du candidat socialiste » (Lydie Benoist - PCF)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Figaro de ce jour prête au PCF et à moi même, responsable nationale, l'intention de se désister au premier tour de la présidentielle en faveur du candidat socialiste. Je démens catégoriquement tout cela. Jamais au PCF nous n'avons évoqué une telle possibilité, jamais nous n'en avons discuté. Que les choses soient claires : le combat contre le FN est une priorité absolue mais nous ne pouvons le combattre qu'en redonnant de l'espoir à notre peuple.

Lydie Benoist, responsable aux élections pour le PCF

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 22:00

Plouigneau, le 19 mai.

 

Chers camarades,

 

Je tiens à poursuivre la réflexion de notre camarade Marie-George Buffet sur le peu d'envergure de notre réflexion à l'égard de la construction d'une société pour tous les âges. Il faut relever le défi démographique. Dans la construction du programme partagé, je note dans Communistes du 18 mai: "Papi, je pense à l'avenir de mes petits enfants, pourtant Master 1 et Master 2. Vieux, je pense à la dépendance". En plein dedans. Mon épouse est gratifiée GIR 4. Elle reçoit ce jour du conseil général du Finistère, à majorité exclusive socialiste, cette aimable recommandation: "Les caisses sont vides. Votre plan APA passe de 26h à 18h avec un reste à charge significatif. Débrouillez-vous..."

Pour parfaire le tableau, je résume les faits marquants du Paradis des vieux en Finistère.

 

- Déclaration de Pierre Maille à Plouigneau: il manque 2000 places d'accueil en maisons de retraite et structures adaptées: on en crée 70 cette année (2010).

 

- Déclaration du Préfet à Lanmeur: "la réduction des dépenses publiques va nous imposer des choix douloureux pour les vieux et leurs familles".

 

- La CGT des structures d'accueil dénonce par voie de presse "la maltraitance institutionnelle qui gagne partout" (manque de personnel, de formation, de considération, locaux inadaptés...).

 

- l'ADMR 29 est en faillite virtuelle depuis 1 an. Les personnels sont inquiets, déboussolés. Les vieux se sentent abandonnés.

 

- La CGT santé appelle au secours: "Ensemble, osons briser les silences. Cela ne peut plus durer ainsi".

 

Et j'en passe. Tout ceci, dans une indifférence alarmante. Tout ceci en plein débat national sur la dépendance. L'Huma du 17 mai 2011 en rajoute une couche: "Les français démunis face à la dépendandance. 17 organisations dénoncent une situation inquiétante. Le président des associations déclare: "La situation est dramatique. Elle va devenir catastrophique. Les politiques n'ont pas su ou pas voulu anticiper le défi démographique. Il faut un véritable plan d'urgence".

 

La cerise sur le gateau. Je parcours le fameux programme partagé concernant les vieux, plus du tiers du corps électoral, s'abstenant peu... Je trouve: "Nous favoriserons au niveau départemental la création de pôles publics de l'autonomie". Cette bien modeste phrase est-elle à la hauteur du problème qui se pose sur le Finistère, de ce problème sociétal d'envergure à résoudre.

 

Militant CGT depuis 1953, militant communiste depuis 1953- certes bien modeste - je proposerais aux différents acteurs du Front de Gauche de s'inspirer des fondamentaux du CNR dont "ma CGT" fait largement bon usage, prenant en compte les aspirations du mouvement social si éclatantes durant les luttes de la retraite par répartition.

 

Je cite: il faut

 

- Un nouveau droit à l'autonomie dans le seul cadre de l'Assurance Maladie.

 

-NON, non à une Cinquième Branche de la Sécu basée sur l'épargne privée.

 

-Intégration de la Prévention dans la politique médicale de santé.

 

 - la Création d'un Grand Service Public à l'Autonomie tant à domicile qu'en établissement. , seul en capacité de gagner PARTOUT et POUR TOUS le droit à bien vieillir, de garantir à tous les personnels un statut de qualité conforme à un métier exigeant, de faire tomber les barrières administratives, financières, s'opposant au cheminement souhaitable en fonction des situations.

 

Mme Le Branchu, ex-ministre, députée de Morlaix, ministrable en puissance, me transmet le programme du PS en la matière: désolant et manque d'envergure.

 

Résolument, je fais le choix d'un programme novateur, conforme à mes exigences de vieux. La candidature à la présidentielle, c'est certes un homme, mais surtout des contenus qu'il aura obligation de porter. Ne decevez pas le mouvement social.

 

Il y a urgence à être CREDIBLES, VISIBLES, DETERMINES.

 

Fraternellement.

 

Jean Dréan.

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 05:26

A lire, ce très bel et courageux éditorial de Michel Abescat, critique de Télérama et du Masque et la Plume (émission de France inter) dans le Télérama du 18 mai 2011:

 

 

 

Et si, au lieu de fêter le 10 mai 1981, la gauche passait à autre chose?

 

La limite du mythe.

 

    Que célébrait-on, en fait, le 10 mai dernier, à la télévision, à la radio, dans les journeaux? Les souvenirs anciens d'un soir de liesse, quand on chantait sous la pluie, place de la Bastille? Le formidable espoir qui s'est alors levé? Elle était jeune, la gauche, à l'époque. Et belle. Et joyeuse. Elle voulait y croire, les étoiles plein les yeux, comme deux gosses au matin de leur amour, pour filer la métaphore de la belle chanson d'Alex Beaupain qu"on écoutait en boucle, la semaine dernière: "Au départ au départ/ Tu sais c'est pour nous deux/ J'y croyais sans trop y croire/ Au départ c'est toujours mieux"*... 

Trente ans plus tard, elle sentait le vieil album et la photo jaunie, la fête du 10 mai. Un de ces albums poussiéreux que l'on feuillette, la mémoire trouée, quand les rêves depuis longtemps se sont noyés. Des images d'Epinal. Des souvenirs pieux. Le visage de Mitterrand qui apparaît à 20h sur les écrans de télévision, la mine deéfaite d'Elkabbach, le chapeau noir et l'écharpe rouge, le Panthéon, une rose à la main. Et la Bastille sous la pluie. 

    Au départ, c'est toujours mieux. Exit la guillotine et la Cour de sûreté de l'Etat, bonjour la cinquième semaine de congés payés et la retraite à 60 ans, bienvenue au prix unique du livre et au doublement du budget de la Culture. On n'oublie pas, mais il y avait quelque chose de mortifère dans cette célébration, une nostalgie poisseuse, collée au passé comme un vieux bonbon à son papier doré. Comme si les promesses ne s'étaient pas envolées à force de compromis et de reniements, au nom d'un "réalisme" sans conviction ni ligne de force. La complaisance face aux puissances d'argent, la libéralisation de l'économie et la dérégulation des marchés financiers ouvrant la voie aux années fric, l'acceptation du chômage de masse et la rupture avec les classes populaires, Bernard Tapie érigé en icône de la réussite. Et Jacques Séguéla, qui considère aujourd'hui qu'on a raté sa vie quand on n'a pas de Rolex à 50 ans. Double langage entre le discours de gauche et le choix néolibéral de François Mitterrand, le suicide de Grossouvre, la mpaladie cachée du président et la débâcle aux législatives de 1993: 57 députés socialistes sur une assemblée qui comptait 577 sièges: "Et puis 21 avril/ Coup de tonerre, de canon/ Nos amours qui défilent/ Fin de cohabitation", comme le chante Beaupain avec infiniment de talent...

     C'est toujours le moi de mai, pourtant! Mais il est à réinventer. Le monde d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celui d'il y a trente ans et il n'a rien à faire des reliques et de la nostalgie. Il s'agit de repenser (enfin!) le changement du capitalisme, l'encadrement de la finance toute-puissante, l'équilibre entre le capital et les salaires, l'Europe aveuglément libérale, la croissance et la compétitivité au regard des limites des ressources planétaires et écologiques. La gauche a besoin d'un nouveau départ. Et ce n'est ni à Jarnac ni à Château-Chinon qu'elle trouvera l'inspiration". Michel Abescat    

 

* Alex Beaupain, Pourquoi battait mon coeur, 1 CD Naïve.

 

 

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 06:15

Le vendredi 13 mai Le Télégramme publiait un article au titre accrocheur : Gauche. L’électorat ouvrier n’est plus la priorité ?  

 

Il s’agissait de rendre compte d’un essai de la Fondation Terra Nova qualifiée de « laboratoire d’idées de la gauche française » avec pour objectif « de nourrir la réflexion de la gauche pour les élections à venir et notamment la présidentielle 2012 ».

 

Sous la plume des deux rédacteurs dont Olivier Ferrand, président-fondateur de Terra Nova et « strauss-kahnien » éminent, on peut lire que

 

1 – les ouvriers, socle électoral traditionnel de la gauche ont tendance à déserter ce camp

 

2 – un nouvel électorat de la gauche est en voie de structuration : la France de demain

 

Face à cette « analyse » les auteurs produisent des « recommandations »

 

1 – la classe ouvrière n’est plus une priorité

2 – pour 2012 il faut privilégier les valeurs auxquelles est sensible « La France

de demain »

3  - les seniors constituent un « public difficilement atteignable »

 

L’article et l’essai appellent plusieurs remarques

 

  1. une fois de plus on confond Gauche et Parti Socialiste. Comme si la France était condamnée à un bipartisme Droite/PS avec un Front National qui sert de repoussoir pour assurer la victoire de l’un ou de l’autre au second tour. La pérennité du système étant ainsi assurée.

 

2 – Terra Nova est un « laboratoire d’idées » (un think tank comme disent ceux qui veulent paraître dans le coup) présenté comme proche de la gauche et où il semble que nombre de dirigeants socialistes puisent largement.

 

Comment comprendre alors les objectifs de cette « étude » où la seule préoccupation semble être « quelle stratégie pour gagner ? » pour ne pas dire « Quelle clientèle faut-il démarcher ? ». Sans se poser la question des raisons de la désaffection de l’électorat populaire. Sans envisager un seul moment que cet électorat puisse ne se retrouver ni dans les politiques passées, ni dans les propositions.

 

3 – Dans ces conditions comment s’étonner que 83 % des Français pensent que les dirigeants politiques ne se préoccupent pas de leurs problèmes ; que 56 % ne font confiance ni à la Droite, ni à la Gauche pour leur apporter des réponses ; que 55 % ne vont pas voter et qu’un nombre croissant d’électeurs envisagent de choisir le Front National ?

 

4 – Il est temps que cessent ces pratiques désespérantes qui s’ajoutent au discrédit personnel qui frappe nombre de dirigeants. Il faut de l’air !! Il faut que le peuple prenne la parole. C’est ce que veulent favoriser le PCF et le Front de Gauche en proposant à la population de devenir co-auteur d’un Programme Populaire Partagé.

 

Alain DAVID

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 06:45

Soyons honnête: la nouvelle de l'arrestation suite à une inculpation pour viol d'une femme de ménage de l'hôtel Sofitel de New-York de Dominique Strauss Khan ne m'a ni attristé, ni complètement surpris car on connaissait la réputation de DSK et des histoires de moeurs ou d'affairisme l'impliquant auraient pu être déterrées par l'UMP avec des conséquences plus graves encore pour la gauche à quelques semaines des présidentielles.  

 

Certes, si les faits allégués par cette dame à la police new-yorkaise se vérifient, ils sont extrêmement graves et déshonorent un peu la France  avec celui qu'elle avait proposé pour diriger le FMI. Un viol est un crime et la portée de celui-ci apparaît encore plus stupéfiante politiquement quand c'est un puissant sexagénaire infatué qui prétend exercer une forme de droit de cuissage sur une jeune femme... Le pouvoir, la pression et les honneurs qui l'accompagnent, exigent une maîtrise de soi mais attirent les hommes de demesure et peuvent rendre fou par eux-mêmes des gens équilibrés qu'ils vont griser : on en a peut-être ici une nouvelle illustration, même si on ne peut tout à fait écarter l'hypothèse, sinon d'une imposture ou d'une machination visant à accuser mensongèrement le président du FMI pour l'abattre ou lui extorquer de l'argent en justice, du moins d'un piège qui lui a été tendu et dans lequel il serait tombé benoîtement, ce qui minimiserait fort peu sa faute. 

 

En écoutant dans la journée d'hier les commentaires des journalistes et des hommes politiques après l'annonce de l'arrestation de DSK dans l'avion qui devait le ramener à Paris, je les ai trouvés dans l'ensemble curieusement indulgents et bienveillants pour un homme que l'on plaignait presque d'avoir sabordé lui-même son destin national supposé, quand on ne voyait pas là une de ces épreuves terribles auxquels les hommes politiques ont besoin de se frotter pour affirmer publiquement leur tempérament et devenir, en tant que "revenants qui ne meurent jamais", grâce à leur obstination, des présidentiables en puissance... Tout se passe comme si, dans le jeu des supputations électoralistes et des projections politiciennes qui excitent tout le landerneau politico-médiatique, les notions de morale privée et publique n'avaient plus guère d'importance.      

 

Quoiqu'il en soit, on voit mal désormais le président du FMI qui risque la prison ferme concourir pour la primaire socialiste et la présidentielle de 2012 et c'est une bonne chose à plusieurs titres.

 

Favori des sondages et chouchouté par les médias propageant l'idéologie libérale appartenant ou non à des grands patrons proches de lui (comme Lagardère, Rotschild...), capable de recueillir des voix de droite et du centre au second tour, Dominique Strauss Khan était présenté comme l'adversaire le plus dangeureux de Nicolas Sarkozy, et comme Martine Aubry semblait hésiter à prendre ses responsabilités en 2012, il apparaissait probable que les sympathisants socialistes le désignent à l'automne prochain comme le candidat du PS pour les présidentielles, de la même manière que les militants socialistes ont pu en 2007, en plaçant l'impératif de la victoire au-dessus de toute considération de cohérence politique et idéologique, désigner Ségolène Royal, une candidate fort peu taillée pour le rôle de président de gauche.

 

Or, Dominique Strauss-Khan a accepté le poste de dirigeant du FMI des mains de Sarkozy et en tant que patron du FMI, il a mis en oeuvre et justifié des pratiques qui consistaient à échanger des prêts à taux d'intérêt assez élevé consenti à des Etats endettés à cause des politiques néo-libérales qu'ils avaient engagé auparavant et de la financiarisation de l'économie (nourissant la spéculation immobilière comme les attaques spéculatives sur les dettes publiques), contre des plans d'hyper-austérité, de casse des services publics, des droits des salariés et de la protection sociale, qui empêchaient durablement à ces pays de relever la tête et de retrouver une croissance acceptable. Dès lors, quelle alternative véritable DSK pouvait-il représenter face à Sarkozy? Comme l'actuel président, il apparaissait comme le mandataire des dirigeants du CAC 40 avec lesquels il s'était rapproché dès 1991 en créant le club de l'Industrie, une sorte de cénacle de discussion des grands patrons et de la gauche social-libérale. Comme Nicolas Sarkozy, il affichait sans complexe sa bonne fortune de millionnaire conseillé par des très hauts dirigeants de Lagardère et son goût pour le "bling-bling": ryad à Marrackech, appartements luxieux à Washington et à Paris, place des Vosges, mercedes de luxe offert à Anne Saint-Clair pour son anniversaire, course folle en Porsche...  Certes, les dirigeants de la gauche non communiste ont rarement été d'origine populaire mais la défense de leur ambition politique, de l'Etat et des idées de justice sociale étaient pour eux un carburant suffisant, qui excluait, par conviction ou calcul d'ambition, toute idée d'enrichissement personnel par la politique et, un Blum, un Mendès-France un Mitterrand ne manifestaient pas cette avidité et cette fascination vulgaire pour les signes extérieurs de richesse: rappelons que quand il a perdu son poste de ministre, DSK a su profiter des largesses de ces amis les grands patrons, après celles de la MNEF, la mutuelle des étudiants, en servant de consultant fantôme ou en produisant des rapports grassement rémunérés pour des sociétés d'assurance ou d'autres grandes entrreprises privées pouvant passer des commandes avec l'Etat ou être intéressées par ses décisions de gouvernance économique.  

 

DSK est aussi celui qui, au sein du gouvernement Jospin, a plaidé pour que la loi sur les 35 heures qu'il avait conçu quelques années plus tôt s'accompagne de davantage de concessions sur la flexibilité au travail et la modération salariale. Celui qui endosse une partie de la responsabilité des plans de privatisation d'Airbus, d'Air France, de l'ouverture du capital de France Telecom, de l'acceptation de la mise en concurrence au niveau européen de la Poste et de la SNCF pour le frêt ferroviaire. C'est lui qui a remis au goût du jour la vieille lune d'une reconciliation du travail et des exigences de profitalité du capîtal en voulant développer et défiscaliser l'actionnariat salarié. C'est aussi à DSK que l'on doit la défiscalisation des stock-options et qui a contribué à rendre la fiscalité sur les revenus du capital et du patrimoine moins forte que l'impôt qui ponctionne les revenus du travail.

 

En dépit de l'activité débordante de la grosse machine médiatique à produire des présidents compatibles avec les intérêts de l'oligarchie, le peuple français aurait, je le pense, fini par se rendre compte que DSK ne pouvait en aucun cas représenter la gauche dans une conjoncture d'agressivité inédite du capitalisme financier et de mise en crise des sociétés et des Etats souverains par la finance internationale et la mondialisation libérale, telle que celle que nous connaissons depuis 2008.  Certes, sur le plan des libertés, du respect des principes républicains en matière de justice, de politique d'immigration, il aurait été un président bien moins dangeureux que Sarkozy, mais son élection, que j'estimais très improbable (à moins avis, la belle baudruche médiatique "du champion  des sondages" au sourire  carnassier ravageur se serait dégonflé à l'approche du premier tour, jusqu'à sans doute nous valoir un duel Marine Le Pen -  Nicolas Sarkozy au second tour de 2012)  aurait de toute manière contribuer à décrédibiliser davantage encore le PS et la gauche de gouvernement, à éloigner plus encore de la gauche les classes populaires, à renforcer le Front National aux élections suivantes. 

 

S'il aurait eu des chances de battre Sarkozy ou Marine Le Pen au second tour en prenant des voix de l'électorat du centre et à droite, il aurait eu aussi beaucoup de difficulté à avoir un bon report de voix chez les électeurs de la gauche de transformation sociale, qui n'auraient pu fonder des espoirs sur les options idéologiques et stratégiques des socialistes que sa candidature aurait représentés, à l'heure ou, dans d'autres pays européens comme l'Espagne, le Portugal, la Grèce, des socialistes moins liés aux milieux d'affaires a priori se plient aux diktats des marchés, de la commission européenne et de l'Allemagne, et démollissent les droits sociaux des travailleurs et des citoyens.  Dès lors, même avec ce président nominalement à gauche, qui n'a pas craint de proposer que la Banque Centrale Européenne indépendante au service de la rente et du capital fixe le cadre des budgets nationaux, il aurait très compliqué pour le PCF et Front de Gauche de travailler avec les socialistes au Parlement et d'obtenir quoique ce soit d'eux.

 

D'ailleurs, dès 2002, Dominique Strauss-Khan, adepte des thèses de la mondialisation heureuse, avait théorisé dans un essai politique retentissant, dont s'inspire aujourd'hui le think tank Terra Nova et un de ses animateurs, Olivier Ferrand, le fait que le PS devait cesser de courir après les voix des classes populaires en défendant prioritairement leurs intérêts, puisque celles-ci n'avaient plus guère de conscience de classe, étaient censément devenues définitivement réactionnaires ou xénophobes, acquises à la droite ou à l'extrême droite, et qu'il devait se reconcentrer sur l'électorat des classes moyennes et supérieures, les professions intellectuelles, plus facilement acquis au PS, en défendant des propositions de baisse de la fiscalité pour les couches moyennes, en promouvant la culture et l'éducation, ainsi que des réformes sociétales symboliques, faisant progresser les droits individuels et le respect des différences, mais non les droits collectifs des salariés, des chômeurs et des précaires. Comment, sur la base de tels présupposés, croire que le PS  n'aurait pas, au nom d'une pseudo modernité et mise en accord des pratiques et des idées, enterré définitivement pour son compte des ambitions de transformation sociale, des idées de lutte des classes et de redistribution des richesses, sans lesquelles les catégories populaires ne voient plus aucune raison de voter à gauche?  

 

François Hollande et Martine Aubry ne représentent pas des choix politiques et économiques très éloignés de ceux de Dominique Strauss Khan, contrairement à Arnaud Montebourg par exemple qui plaide comme nous pour une VIème République et qui remet en question depuis 2005 (même s'il a soutenu la candidature Royal par opportunisme) les dogmes libre-échangistes et néo-libéraux qui président au fonctionnement de l'Union Européenne,  mais ils sont tout de même moins des incarnations de la trahison complète des idées socialistes de rupture avec l'ordre établi et la domination de l'argent. Leur sens de l'unité des socialistes et de la gauche, leur moralité et leur désintéressement personnels sont mieux avérés et ils ont déjà une expérience du dialogue avec les autres partis de gauche, avec lesquels ils savent qu'ils devront composer vraisemblablement au Parlement en cas de victoires aux présidentielles et avant cela, pour obtenir un bon report des voix de gauche (sans lesquels ils n'ont aucune chance de passer, contrairement à DSK) au second tour.  

 

Ismaël Dupont.

  

 

           

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 06:44

Mercredi 11 mai, France Inter organisait un débat sur le thème « Quelle place l’Europe tiendra-t-elle dans la campagne présidentielle ? »

 

Quatre députés européens français (UMP, PS, EELV, FN) ont donc courtoisement, à grand renfort de « cher collègue » (eh oui !! ), débattu du fonctionnement de l’Union européenne, de ses avantages et des modifications à lui apporter.

 

Suivant une règle désormais bien installée dans les médias, y compris malheureusement du service public, aucun élu du PCF ou du Front de Gauche n’avait été invité à participer à cette émission.

 

Un certain nombre de questions n’ont donc pas été abordées.

Par exemple :

 

1 – il y a deux ans responsables politiques de tous bords et médias n’avaient à la bouche que la nécessité de sortir de « la crise systémique » auquel le monde était confronté. Ce système, le capitalisme financier, est-il possible de le changer, de le dépasser en se contentant d’en corriger les effets ? N’est-il pas nécessaire, indispensable de s’en prendre à ses fondements ? Ne faut-il pas abandonner un système fondé sur la recherche exclusive d’un profit toujours jugé insuffisant fut-ce au détriment des conditions de vie des humains et de la planète elle-même ?

 

2 – au niveau européen, est-il possible de sortir de la dictature des marchés financiers et de revoir fondamentalement le fonctionnement et le rôle de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour la mettre au service des peuples européens ?

 

3 – n’est-il pas temps de développer aux niveaux européen et mondial des coopérations mutuellement avantageuses, de favoriser le co-développement, de mettre fin à l’exploitation et à la mise en concurrence systématique des peuples et des territoires ?

 

4 - y a-t-il dans notre pays et en Europe des forces politiques qui auront le courage d’aller dans ce sens ?

 

Face à ces jeux bien rodés des médias pour que les vraies questions ne soient pas posées, il faut que le peuple prenne la parole. C’est ce que propose le Front de Gauche non seulement pour s’opposer à la casse systématiquement mise en œuvre mais aussi (et surtout ?) pour co-élaborer les réponses pour maintenant et pour demain.



Alain DAVID

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 10:01

La France, sous l'impulsion de la gauche, avait fait un effort important d'éducation tout au long des années 1980, qui s'était notamment traduit par une démocratisation de l'accès au bac (environ 62 à 65% de bacheliers par génération depuis 1995, contre 30% en 1985), mais cet effort s'est interrompu au milieu des années 1990 avec le poids des prescriptions de désendettement et, chaque année, 150 000 jeunes sortent aujourd'hui sans qualification du système scolaire, tandis que les qualifications elles-mêmes se dévaluent, dans le niveau de savoir moyen qu'elles reflètent et dans leur capacité à servir de passeport pour le travail. Comme l'écrit Thierry Pech, l'éditorialiste du très bon hors série d'Alternatives économiques n°89 (printemps 2011) consacré au tableau de la société française: « si l'école s'est démocratisée, portant un nombre croissant d'élèves au niveau du baccalauréat et au-delà, elle reste marquée, beaucoup plus que dans d'autres pays développés, par l'influence qu'exercent les origines sociales et familiales des enfants. Cette situation est d'autant plus anxiogène que les titres scolaires acquis entre 15 et 25 ans déterminent très largement le destin des individus dans une société qui offre peu de deuxièmes chances. Ces diplômes sont plus décisifs que jamais pour s'insérer correctement sur le marché du travail. Du coup, la compétition sociale pour les meilleures places ne cesse de s'intensifier, jusques et y compris dans les choix résidentiels des familles qui, par leur souci d'optimiser leur situation et celle de leurs enfants dans la ville et sur le territoire, concourent à l'aggravation de la ségrégation entre des centres-ville cossus et des périphéries déshérités ».

 

L'investissement dans l'éducation n'est pourtant pas une dépense à fonds perdu: nécessaire pour asseoir la cohésion sociale et donner un minimum de réalité à l'idéal d'égalité des chances qui rend seul acceptable aux yeux de l'opinion l'inégalité des statuts et des revenus, nécessaire à la prospérité économique et à l'innovation technologique, à la vitalité de la culture, à l'émancipation des individus, à la formation à l'esprit critique et à la rationalité des citoyens, l'éducation devrait être la priorité de tout gouvernement qui se tourne vers l'avenir.

 

Seulement, pour la droite, l'école est essentiellement ce qui présente un coût très lourd pour la société, coût qui doit être réduit sans toutefois manquer de reproduire les élites (autre nom des classes possédantes et dominantes dans le champ politique, économique, social, intellectuel) en les légitimant par le mérite scolaire et en permettant aux quelques enfants les plus doués des classes populaires une ascension sociale qui fera écran à la reproduction généralisée des statuts sociaux, et sans manquer non plus de rendre les jeunes employables, adaptés aux besoins du monde de l'entreprise et préparés à se soumettre à ses contraintes.

 

Que l'objectif du gouvernement n'est pas de doter chaque enfant d'un bagage culturel lui permettant d'avoir une intelligence du monde et une capacité à faire des choix de citoyens éclairés, rien ne le signale autant que le projet de Sarkozy d'augmenter d'un million le nombre d'apprentis placés très jeunes (dès 14 ans) sous la responsabilité d'un patron et ne bénéficiant plus de la formation théorique favorisant l'éveil de l'esprit critique et une poursuite d'étude ultérieure qui leur aurait permis d'être plus qualifiés et de revendiquer des emplois mieux rémunérés. Il s'agit peut-être de lutter contre la « sur-qualification » des jeunes qui, quand ils ne trouvent pas d'emplois à la mesure de leurs capacités et de leurs études, peut être un facteur de révolte sociale (comme on l'a vu au moment du CPE ou dans les révoltes arabes) et de renforcer le lien entre l'école et l'entreprise tout en se créant une réserve de travailleurs plus malléables et moins exigeants en termes de salaires.

 

Depuis 5 ans, la droite a supprimé en France 60 000 postes d'enseignants, ce qui lui a permis de récupérer 800 000 millions d'euros, dont 650 000 millions d'euros ont été réaffectés, non dans le remboursement de la dette, mais pour verser des heures supplémentaires défiscalisées et des primes individualisées conformément à l'engagement de campagne de Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus! » dont l'effet pratique est de rendre tolérable les réformes à une minorité des enseignants et personnels de direction même si elles dégradent objectivement leurs conditions de travail dans la mesure où leur contrepartie est un gain de pouvoir d'achat pour certains. L'année scolaire à venir, 16 000 postes seront supprimés (même chiffre que l'an passé et parmi ces postes supprimés, 1 533 seulement concerneront l'enseignement privé, qui scolarise 18% des élèves en France et qui a déjà perdu 4 600 emplois entre 2008 et 2010, soit plus de 20% de moins d'emplois supprimés proportionnellement que dans les écoles publiques ), ce qui se traduira dans les établissements du second degré (collège et lycée) par des suppressions de filières, d'options, des effectifs surchargés, et dans le premier et le second degré, par la suppression de 3500 à 4000 classes.

 

L'école publique est une cible privilégiée des plans d'austérité visant à diminuer les impôts pour les plus favorisés et les entreprises, à réduire l'étendue du service public et à le faire fonctionner selon les règles de management concurrentielles et standardisantes de l'entreprise privée néo-libérale.

Cela se traduit par une plus grande difficulté des enseignants du premier et du second degré à bien vivre leur métier et à transmettre des compétences et des savoirs à des enfants fragilisés par la crise sociale touchant souvent leurs parents et appartenant à des générations globalement moins préparés à accepter la discipline scolaire.

Cela s'explique à cause du sentiment, partagé par les familles et les élèves, que la réussite scolaire n'est plus un levier suffisant de la réussite sociale et de l'ascenseur social et aussi du fait des transformations culturelles, sociales et économiques de la famille, de la perception de l'enfance et du rapport à l'autorité des adultes, de la consommation des mass médias- qui dévalorisent ou occultent la culture et la tradition- et des nouvelles technologies, de la propagation dans les sociétés capitalistes libérales du culte hédoniste de la consommation et de la valorisation de la suffisance égotiste et du narcissisme individualiste.

 

Comme le disait Christophe Hélou (membre du Conseil national du SNES) dans un colloque organisé par la CGT Education en 2010 dans le Morbihan sur le travail enseignant, « on est passé d'un modèle d'autorité basé sur l'injonction à un modèle basé sur la négociation. Avant, l'autorité allait de soi. Or, ce modèle s'éloigne; les nouveaux modèles forcent tous les acteurs à se justifier et le professeur doit justifier de tout. Cet approfondissement démocratique n'est pas évident...les savoirs et l'autorité sont de plus en plus critiqués par l'extérieur ».

Ainsi, les profs ont de plus en plus à faire un travail harassant d'intéressement préalable des élèves avant de pouvoir faire cours en les convainquant du sens et de l'utilité de ce qu'ils pourront apprendre et en les enrôlant dans une action d'apprentissage qui n'a plus de légitimité a priori pour eux. Cela produit souvent pour ceux qui n'y parviennent pas, ou pas toujours, des sentiments d'échec qui sont d'autant plus durs à avaler que la société, la hiérarchie et les élèves sont prompts en rendre responsable le seul prof et en profitent pour accroître la pression sur lui et que celui-ci est souvent seul pour les expliquer et les surmonter.

Autre cause structurelle du malaise enseignant: le travail enseignant déborde très largement sur le temps de la vie privée, la vie professionnelle et la vie privée étant d'autant plus difficiles à différencier que l'on ramène des frustrations et des colères liées à des sentiments d'échecs à la maison. « Alors que l'image sociale du métier est associée, peut-on lire dans le numéro hors-série de la très bonne revue Le Lien de la CGT de mars 2011 (consacré au dossier « Enseignants...de la souffrance professionnelle individuelle à la reconquête collective du métier! ») à l'idée d'un important temps libre, l'impression de courir en permanence après le temps revient pourtant de façon lancinante dans les entretiens et les discussions entre professeurs. La réalité professionnelle semble en fait ambivalente et l'avantage du temps « libre » se mue en inconvénient. Les enquêtes du Ministère ou celles d'origine syndicale convergent vers une estimation du travail hebdomadaire de 40 à 44 heures. Comme les deux sphères domestique et professionnelle communiquent, la moindre tension ou moment de suractivité dans une sphère a des effets immédiats dans l'autre. Le sentiment est alors celui d'une accumulation augmentant la pression globale ».

 

Des plans de suppressions de postes qui dégradent les conditions de travail enseignant découle également un creusement dramatique du gouffre entre la qualité des conditions d'enseignement suivant les séries, entre les établissements publics de centre-ville ou certains établissements privés où l'on continue à pratiquer un enseignement avec des hauts degrés d'exigence et entre d'autres établissements de secteur moins favorisés où les conditions de travail des enseignants et des élèves ne permettent d'une transmission de savoirs au rabais et, parallèlement, on observe une aggravation de l'inégalité des chances de réussite scolaire et sociale entre les enfants de familles aisées et culturellement bien dotées et les autres.

 

Dans L'Humanité des débats du 5 juin 2010, le sociologue Christian Laval décortiquait la politique de Sarkozy et des ministres de l'éducation nationale depuis 2007 en matière d'éducation: « Les réformes à tous les niveaux de l'enseignement sont enveloppées dans des argumentaires plus généreux les uns que les autres: elles viseraient à accroître la démocratisation, la liberté pédagogique, l'aide aux élèves les plus défavorisés, l'autonomie, etc .». Or, l'intérêt du document confidentiel envoyé aux recteurs d'académie par Sarkozy l'été dernier leur demandant de diminuer drastiquement les moyens humains « est de porter au jour la première des priorités, qui demeure la réduction du nombre des enseignants ».

En conséquence, pour Christian Laval: «il serait temps de cesser de croire à la « bonne volonté éducative » de ce gouvernement. Ce dernier cherche à « retourner » en sa faveur les courants les plus différents, réformateurs ou conservateurs, qui ont eu tendance à minimiser la question des moyens humains et des ressources financières au profit du « travailler autrement » pour les uns ou du « retour aux fondamentaux » pour les autres. Il faut bien comprendre que, pour le gouvernement, l'essentiel est ailleurs. Il relève d'une régulation concurrentielle de l'école et d'une emprise accrue de la « chaîne managériale » sur des enseignants transformés en exécutants taylorisés... La réduction des postes est un levier pour mieux assujettir les enseignants et transformer leur mission, leur statut, leur profession. Moins l'école ira bien, plus les familles seront mécontentes, et plus il sera possible de culpabiliser les enseignants, décrétés responsables des dysfonctionnements. Partant, il sera plus facile également de les « mettre sous tension » en alourdissant leur charge de travail et en leur imposant des formes plus fines et plus constantes de pouvoir et de contrôle sur leurs activités. Derrière la question des moyens, il y a la volonté de mettre en place des modes d'assujettissement dans le travail très comparables à ceux qui ont été diffusés dans les entreprises privées. C'est pourquoi, si l'on veut être cohérent, il ne suffit pas de dénoncer la suppression des postes, il faut aussi comprendre, pour mieux la combattre, la mutation managériale de l'école publique et les moyens qui sont employés aujourd'hui pour la mettre en place ».

 

Pour les enseignants, cette mutation managériale de l'école se traduit pour l'instant:

  • Par l'expérimentation d'un recrutement local (hors condition de concours et de mutation nationale ou régionale aux barèmes fixes) sur entretien personnalisé dans les établissements du second degré des zones sensibles rattachés au dispositif CLAIR. La limitation drastique des postes de fonctionnaires titulaires ouverts au concours génère aussi un recrutement local d'un nombre toujours plus grands de contractuels, certains ayant d'ailleurs des compétences disciplinaires et professionnelles (grâce au stage en école en deuxième année de Master profilé enseignement) intéressantes tout en ayant le mérite d'être davantage sous la coupe des chefs d'établissement tant qu'ils n'auront pas un concours de plus en plus difficile à avoir du fait du nombre réduit de place pour diminuer l'augmentation des titulaires de la fonction publique, malgré la persistance des besoins.
  • Par une mise en concurrence des établissements (et donc aussi des professeurs à l'intérieur de ces établissements, soumis à des impératifs d'efficacité, de résultats plus ou moins chiffrés) rendue possible par la suppression du caractère impératif de la carte scolaire, par le paiement à la prime des chefs d'établissement, par l'attribution de plus ou moins de moyens financiers et humains en fonction de la capacité des collèges et lycées à adhérer à des démarches « qualité » et à présenter des « indicateurs de performance » positifs (concernant les résultats au bac, la réduction des redoublements, la réussite des orientations...etc.), indicateurs de réussite que les collègues sont censés choisir eux-mêmes dans le projet d'établissement mais qui doivent s'intégrer à un cahier des charges déterminé au niveau du ministère et des rectorats d'académie en fonction de deux objectifs majeurs: réduire le budget de l'État, servir l'économie.
  • Cette mise en concurrence des établissements est aussi renforcée par une autonomie et un pouvoir accrus des chefs d'établissements qui ne se considèrent plus comme des pairs des professeurs mais comme des managers sensés arracher au privé les élèves en proposant aux parents les mêmes prestations, la même disponibilité des personnels pour les réunions avec les parents, l'aide individualisée, la même souplesse et le même niveau de communication publicitaire creuse que les établissements privés. Les chefs d'établissement doivent désormais gérer la pénurie en proposant certaines séries, filières, certaines options obligatoires et facultatives (langues vivantes et anciennes, cinéma, arts plastiques, musique, sports...) à l'exclusion d'autres, qui constitueront des produits d'appel amenant une certaine catégorie d'élèves à rejoindre leurs écoles. Ainsi, progressivement, le latin, le grec, les sections européennes, les options artistiques risquent de ne plus subsister que dans les collèges et lycées de centre ville là où l'on proposera ailleurs, dans des zones rurales ou urbaines plus défavorisées, davantage d'aide individualisée de rattrapage pour atteindre un niveau de base en maths ou en français par exemple. C'est clairement l'école à deux vitesses qui se dessine ainsi. Les chefs d'établissement ont également un rôle de plus en plus important dans la notation des enseignants, qui pour être de bons profs ne doivent pas se contenter de bien transmettre des savoirs, mais doivent montrer du zèle à appliquer les consignes de l'administration en matière de réunions périphériques, d'implication dans des projets vendeurs pour l'établissement, dans le travail de relation publique. Les relations personnelles entre les profs et les chefs d'établissement qui n'auront plus forcement de compétence pédagogique acquise par l'expérience de l'enseignement auront désormais de plus en plus d'influence dans la progression de carrière et la paye des premiers. Le salaire individualisé au mérite, déterminé par le chef d'établissement, est également inscrit dans l'agenda de l'UMP et aurait le mérite de diviser un peu plus les enseignants. Le rapport à la discipline à enseigner et à la qualité du savoir transmis est désormais mis au second plan, derrière la capacité à mettre au travail les élèves et à animer un groupe.

L'enseignant est conçu moins comme un passeur de savoirs que comme un animateur et quelqu'un qui donne aux élèves les outils de base de l'auto-formation (méthodes et compétences minimales en matière de lecture critique, de capacité à se documenter, à se servir des nouvelles technologies, à argumenter et communiquer), comme en témoigne le fait que les profs sont de plus en plus, et seront plus encore demain, recrutés pour enseigner deux ou trois disciplines et que ceux qui ont un concours associé à une discipline spécifique peuvent désormais être évalués par des inspecteurs d'académie rattachés à une autre discipline.

 

Les nouvelles technologies sont mis au service de la gestion et du contrôle des personnels sommés à de plus en plus de transparence et de communication en temps réel sur les évaluations et les choix pédagogiques avec les élèves, les parents, et la hiérarchie.

 

Parallèlement, de la maternelle au lycée, les enseignants sont amenés à évaluer de plus en plus constamment les élèves pour remplir les « livrets de compétence » ou autres items du « socle commun »: on ne note plus, relativement au niveau moyen d'une classe ou à ce que les meilleurs élèves pourraient restituer d'un cours, un degré de bonne restitution d'un savoir acquis et présenté à un instant T, mais des compétences techniques et comportementales, savoirs-faire et savoirs-être censés être utiles non seulement à l'école, mais aussi dans la vie et le monde de l'entreprise, qui sont supposés être acquis pour la vie. Pour les enseignants, de la maternelle au collège (pour l'instant), cette évaluation des compétences (définies originellement niveau par niveau sur un plan européen par l'OCDE) constitue une forme d'impérialisme de l'idéologie scolaire anglo-saxonne et d'acculturation par rapport au système d'enseignement et d'évaluation traditionnel de l'école républicaine (qui avait ses défauts mais avez le mérite de conserver une exigence théorique et de ne pas s'articuler à un utilitarisme économique), représente un travail de paperasse supplémentaire car les devoirs et les notes traditionnelles subsistent, et habituent les élèves à être constamment en situation d'être contrôlés et évalués, comme dans le monde de l'entreprise, pour se soumettre à des critères d'efficacité et de qualité. Par ailleurs, ces compétences à faire acquérir aux élèves sont standardisées pour faire croire que, face à une réalité rétive et complexe, celle de classes aux niveaux très hétérogènes où le goût du travail, les pré-requis culturels, et la maîtrise des connaissances de base sont très inégalement partagés, on peut rendre le travail plus simple et plus efficace grâce à un script ou un logiciel unique conçu par les experts, harmonisant les manières d'enseigner et permettant la comparaison chiffrée des résultats obtenus par les enseignants et les établissements, de manière à permettre l'intervention correctrice managériale, technicienne ou financière.

 

En conformité avec les directives de l'OCDE et de la stratégie européenne pour l'éducation de Lisbonne (mars 2000), l'école en France est de plus en plus conçue comme devant fonctionner comme une entreprise pour le service de l'entreprise et de la compétitivité de l'économie: le système éducatif français doit être harmonisé avec les systèmes éducatifs européens, non seulement sur la définition des diplômes universitaires, mais sur celle des finalités de l'enseignement: non plus transmettre des savoirs humanistes, scientifiques et techniques désintéressés (sans finalité pratique immédiate) mais doter l'élève d'une boîte à outils que chacun enrichira progressivement selon ses aptitudes afin d'être capable de se former lui-même tout au long de la vie et d'être durablement employable, en capacité de s'adapter aux évolutions du marché du travail.

 

L'élève est aussi censé avoir le droit à un enseignement différencié selon ses difficultés et on lui reconnaît un droit à choisir lui-même son cursus dans un enseignement de plus en plus « à la carte » en fonction de ses aptitudes. Les enseignants doivent intensifier leur travail pour mieux s'adapter à l'hétérogénéité des publics, se soumettre à des obligations de résultats, de satisfaction d'une « clientèle » (les élèves, les parents que le ministère et les chefs d'établissement cherchent de plus en plus à légitimer dans leur volonté d'interférer sur les choix pédagogiques et de juger de la qualité des enseignants, qualité exigée d'autant plus fermement que l'école est censée bien armer leurs enfants pour la compétition pour les meilleures places sociales) et devront de plus en plus être coachés selon des méthodes entrepreneuriales infantilisantes: estime de soi censée dépendre d'enquêtes de satisfaction (hiérarchie, élèves) et d'indices statistiques (résultats aux examens), entretiens individuels réguliers visant la remise en question et le management de soi-même (individu conçu comme une petite entreprise devant sans cesse innover pour s'adapter, satisfaire ses clients et ne pas décrocher vis à vis de la concurrence), salaire au mérite et rétribution de tout investissement bien vu par l'administration, précarisation des statuts...

 

Au-delà des plaisirs que l'on éprouve à voir le résultat de son travail dans l'amélioration des travaux des élèves ou dans leur compréhension nouvelle des choses qu'ils nous révèlent avec fierté, enseigner a toujours été difficile et parfois ingrat car les enfants expriment rarement spontanément leur gratitude ou leur satisfaction par rapport aux efforts déployés par l'enseignant pour les faire réussir, leur transmettre des savoirs et compenser leurs lacunes. Mais les enseignants vivent de plus en plus mal leur obligation de s'adapter à des réformes incessantes de leurs programmes, de leurs missions, de leurs temps de présence avec les élèves, à l'augmentation des effectifs en classe et aux transformations de la sociologie des élèves (de plus en plus critiques, chahuteurs, et difficiles à mettre au travail, sans compter que la limitation des redoublements, justifiée par des raisons plus ou moins bonne- la croyance en l'inefficacité du redoublement pour remettre en selle l'élève en difficulté dans la majeure partie des cas où le désir de faire des économies budgétaires en faisant sortir l'élève au plus vite du système éducatif) alors que dans le même temps, leur statut a été déprécié dans la société, et qu'ils sont de moins en moins nombreux en se sentir une vocation: moins de reconnaissance des enfants, des parents, de la hiérarchie, salaires assez faibles par rapport au niveau de qualification même s'ils les font appartenir aux classes moyennes au-dessus du besoin pouvant accéder facilement à la propriété, aux loisirs, aux vacances... Ils ont le sentiment que leur travail se vide de son sens, parce que les suppressions de poste, les réformes, et la nouvelle gouvernance managériale de l'école les amènent à contredire les valeurs de service public qui justifiaient leur volonté d'être enseignants (la volonté de compenser les inégalités sociales en apportant un bagage culturel émancipateur et les moyens de réussir socialement à tous, la transmission d'une tradition culturelle et de savoirs qui forgent l'humanité des hommes, la volonté de transmettre des valeurs de laïcité, de solidarité, d'exigence intellectuelle...). Ils ont de plus en plus souvent le sentiment de mal faire leur travail et d'être en situation d'échec avec les classes, échec qu'ils vivent le plus généralement dans la solitude en le ruminant de manière maladive dans des états de stress chronique jusqu'à l'épuisement moral et la dépression ou au « burnout » (le fait d'être subitement « cramé » après avoir été soumis sur une longue durée à trop de pression interne et externe), en cherchant à le corriger par un sur-travail pas toujours plus efficace ou en se protégeant au travers d'un désinvestissement, d'une distanciation, de discours de plus en plus cyniques sur les élèves, l'hypocrisie de l'institution ou l'incapacité à bien instruire dans les conditions actuelles.

 

La conséquence de ce travail enseignant malade du fait des évolutions sociales et politiques, c'est une fragilisation de la santé psychique et physique des enseignants, due non pas à des fragilités ou des inadaptations individuelles comme voudrait le faire croire l'administration en dissimulant sous un vernis de compassion victimaire ou de discours psychologique ou psychiatrique des relations de travail conflictuelles et dégradées (construction de la catégorie des « enseignants en difficulté » au niveau des administrations rectorales et envoi de brochures aux enseignants destinées à repérer les sujets atteints de troubles psycho-sociaux au bord de la rupture; parmi ces indices figure curieusement l'hyperactivité ou le sur-investissement dans le travail, ou encore l'attitude de critique systématique des réformes ou de refus d'implication dans les projets d'établissement: ainsi les rebelles aux transformations libérales de l'école qui ne supportent pas l'insupportable sont presque soupçonnés de relever du soin psychiatrique et d'être trop psychorigides pour être de bons enseignants...).

 

Lors d'un colloque organisé cette semaine par la FSU à Rennes sur le thème « le travail, c'est la santé », le docteur Métraux, conseiller du recteur de l'académie de Rennes en matière de médecine professionnelle et coordinatrice des médecins rattachés à l'académie, nous a donné quelques chiffres alarmants sur la prise en charge de la santé des enseignants. Déjà, contrairement au secteur privé où les salariés ont une visite médicale obligatoire tous les deux ans, un enseignant, dont l'état de santé mentale et physique a tout de même de grandes répercussions sur le bien-être et la qualité de formation des élèves, ne peut bénéficier à la demande que d'une visite médicale payée par son employeur tous les 5 ans, et il n'y a dans l'académie de Rennes que 3 médecins (pour 57000 agents), dont un seul spécialisé dans la médecine du travail, pour faire face aux demandes éventuelles... Toute médecine préventive est de fait écartée pour les enseignants, du moins dans le cadre du travail (mais un ancien ministre de l'éducation a dit qu'ils n'en avaient pas besoin, ayant l'espérance de vie la plus forte de toutes les catégories professionnelles). Il s'avère que 56% des 1037 consultations effectuées par la médecins de l'académie (la moitié sur demande de l'administration après signalement, la moitié sur demande des enseignants) relèvent de la psychiatrie ou des troubles psychiques (dépression, burnout, symptômes de harcèlement) de moins en moins liés à l'alcool, 16% de la rhumatologie (troubles musculaires liés à l'exercice du métier ou le compliquant, entre autres), 20% sont liés à des demandes de renseignement concernant les droits (entre autres, pour un départ anticipé en retraite ou un mi-temps thérapeutique: ce qui signale aussi une montée des angoisses et des inquiétudes), et 7% à une incapacité à supporter un climat jugé délétère dans les établissements.

 

En revanche, les syndicats n'ont pas accès à des chiffres nationaux ou régionaux concernant l'évolution des arrêts de travail et des congés maladie dus au travail, voire des suicides dans le milieu enseignant. Le docteur Métraux nous a juste signalé qu'en raison notamment de l'intensification du travail liée aux nouvelles réformes et recommandations (aide individualisée, prise en charge particularisée des élèves en difficulté scolaire, augmentations des effectifs en classe et intégration d'élèves handicapés présentant parfois des profils difficilement gérables sans formation spécifique ou dangereux pour les autres élèves de psychotiques ou d'autistes), les enseignants du premier degré étaient de plus en plus nombreux à consulter pour des problèmes psychiques de plus en plus lourds dus au travail (avec souvent des traductions somatiques). Le fait que 45% des consultations soient le fait d'enseignants ayant entre 50 et 60 ans interroge également sur les conséquences déplorables de la réformes de l'âge de départ à la retraite et de la durée de cotisation pour les élèves et le milieu enseignant, et sur le manque de dispositifs adaptés permettant un aménagement des fins de carrière, difficiles pour des profs qui doivent surmonter la difficulté à se remotiver sans cesse pour parvenir à intéresser les élèves et à s'adapter à des publics qui changent en voyant l'écart culturel et générationnel qui les sépare des élèves se creuser. Privés de formation pratique digne de ce nom, livrés d'emblée sans expérience à un travail acharné pour intéresser des classes qu'ils ont 18h par semaine, et hantés par la perspective d'avoir à vivre en région parisienne ou lilloise et à composer avec les publics les plus difficiles l'année suivante, les jeunes stagiaires de l'éducation nationale, après avoir réussi des concours difficiles, sont également aussi souvent au bord de la rupture.

 

Comme l'a dit lors du même colloque de la FSU à Rennes le 10 mai 2011 le sociologue du travail Yves Clot qui a enquêté pendant 25 ans sur le comportement des salariés et la réception des évolutions managériales néo-libérales à La Poste, à la SNCF, à l'ANPE, et à l'école, « on est en mauvaise santé quand on ne peut pas prendre son travail à cœur. C'est l'action qui est thérapeutique... Un syndicalisme développé et transformé est un opérateur décisif pour promouvoir la santé des salariés. C'est l'impuissance, le fait de subir sans agir, et non les épreuves en elles-mêmes, qui fait mal. La souffrance est un des destins de la colère: quand on garde sa colère sur l'estomac, ça fait mal... De la colère sur ce qu'on fait à nos métiers. Pourtant, la colère est en soi un signe de santé, d'initiative, de résistance ». Si l'on suit Yves Clot, un des moyens pour les enseignants d'échapper à l'aliénation d'un travail privé de sens qui semble obéir à des logiques qu'ils réprouvent et ne pas rendre possible les effets qu'ils avaient attendu en s'engageant dans ce métier, c'est de combattre syndicalement et collectivement, sur un plan collectif, pour guérir le métier abîmé par le management néo-libéral qui le standardise, l'assujettit à des recommandations prédéfinies, normalisées, et lui fait perdre sa dimension de service du citoyen, de l'intérêt général, au profit d'une évaluation en termes de rentabilité, d'efficacité basé sur des critères discutables. Toutefois, avant cela, pour Yves Clot, les enseignants doivent d'abord et avant tout se réapproprier dans des collectifs de travail où l'on n'aura pas peur d'exprimer ses désaccords de fond, de se dire les choses, de justifier ses pratiques, de se poser la question du sens de leur travail et de ce que qu'est un travail de qualité. C'est parce qu'ils évitent de parler entre eux très concrètement de leur travail, des causes de leurs échecs et de leurs succès, que les enseignants ne peuvent s'unir que dans l'opposition défensive et conservatrice aux réformes du gouvernement sans lui opposer des projets alternatifs, pensés collectivement par les professionnels, sur la base d'une expérience partagée et non d'une idéologie, touchant les améliorations à apporter aux conditions d'enseignement et à la manière d'enseigner. Pour Yves Clot, le stress des enseignants ne vient pas, comme voudrait le faire croire l'administration, d'un sentiment d'inadaptation personnelle, d'incapacité à répondre aux exigences de l'institution, des élèves et de leurs parents, mais du constat que l'organisation n'a pas les moyens, du fait des évolutions sociologiques des élèves pris en charge et des réformes libérales de l'école, de répondre aux exigences de l'individu en termes de travail bien fait. Il faut renverser le problème de la santé des enseignants au travail et plutôt que de mettre en place, sur le modèle des dispositifs adoptés dans l'industrie (Renault) ou à France Télécom des dispositifs de signalement et de prise en charge des risques psycho-sociaux visant  « à aider les petits qui n'y parviennent pas » quitte à médicaliser la question sociale de l'aliénation au travail, il faut soigner le métier par le combat politique et syndical pour l'amélioration des conditions de travail collectives et par le développement de cet instrument de prévention majeur qu'est le collectif de travail chargé de réfléchir dans le débat contradictoire à ses modalités et ses finalités car c'est en s'attaquant à son métier, en le transformant, qu'on le défend.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 13:05

Le 8 mai 2011, on pouvait lire sur le blog du télégramme:  

Le discours de Nicolas Sarkozy ce dimanche à Port-Louis dans le Morbihan a été perturbé par l'intervention d'un homme. Vladimir Bizet-Sefani, conseiller municipal de Lanester, a crié à plusieurs reprises : "Votre politique est une insulte aux valeurs de la résistance. C'est la mort de la liberté, de l'égalité et de la fraternité !". Jusqu'à l'intervention du service de sécurité. Une demi-douzaine de gardes du corps l'ont expulsé. Il a été conduit à la gendarmerie. L'élu local communiste revient devant notre caméra sur son action et ses conséquences.
 

Parmi les nombreuses réactions, Alain David a tenu à réagir aux commentaires précédents du blog du télégramme, dont certains justifiaient l'interpellation de l'élu de la République communiste irrévérencieux par la stigmatisation de l'héritage communiste, prétendument uniformément oppressif, par une mise au point qui justifie l'attitude de notre camarade de Lanester qui a eu le courage de démasquer la mascarade d'un président qui après avoir porté haut les valeurs du "Travail, famille, patrie", comme son adversaire Segolène  Royal d'ailleurs, pendant la campagne présidentielle de 2007,  multiplie les décrets et les lois liberticides, les discours et les pratiques stigmatisants (pour les Roms, les musulmans, les arabes, les pauvres) et xénophobes, les atteintes aux idéaux sociaux de la Résistance.   

 

 

niala
La démocratie c'est la liberté pour chacun de s'exprimer
Quel déchainement de haine chez certains parce qu'il s'agit d'un élu communiste !
Agiter fébrilement le stalinisme ou la Corée du Nord, c'est déployer un rideau de fumée pour masquer le fond du problème .
1-Oui les communistes français , comme tout groupe humain , se sont parfois trompés . MAIS ILS NE SE SONT JAMAIS TROMPES DE CAMP ! en particulier pendant l'occupation où ils ont payé un lourd tribut ... pendant que d'autres collaboraient sans états d'âme et/ou continuaient à faire des affaires .
2- Mais ce n'était pas , je crois , le sens de l'intervention de cet élu . Je l'ai comprise ainsi :
Quelqu'un qui , par la politique qu'il mène s'ingénie à démolir systématiquement non seulement toutes les avancées sociales et démocratiques du CNR mais aussi les fondements de notre république , peut -il moralement , légitimement transformer un hommage aux martyrs de la résistance en petite ( pour ne pas dire plus ) opération de récupération politicienne ? Doit-on le laisser faire dans un silence complice ?
Je suis d'accord avec la réponse qu'il a apporté à cette question .
Ajouté le 09 mai 2011 à 15h33

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 16:55

 

On en lit des choses intéressantes sur le site web du Figaro (on ne va tout de même pas acheter le journal... Bénéficier d'un abonnement d'essai de deux mois gratuit à La Croix: c'est faire déjà beaucoup de concession à l'ouverture d'esprit): en juillet 2010, on y apprenait ainsi qu'Ingrid Bettencourt, la femme qui faisait des chèques de 1 milliards d'euros pour témoigner de son amitié à un photographe mondain et dont le comptable versait 50000 euros en liquide par semaine aux amis de l'UMP ruinées par leurs campagnes électorales dispendieuses à l'américaine, a reçu en mars 2008 un chèque de 30 millions d'euros au titre du bouclier fiscal grâce à la sollicitude des services de l'Elysée qui ont remarqué qu'elle avait trop payée d'impôt précédemment. Rappelons, avec le journaliste du Figaro, que le feu le bouclier fiscal, promis par cet homme de parole qu'est Nicolas Sarkozy à la France du Fouquet's et des résidences de luxes de Neuilly, plafonnait les prélèvements (impôts divers, CSG et CRDS) de tout contribuable à la moitié de ses revenus: 47% des bénéficiaires redevables de l'ISF (les plus riches, par les agriculteurs qui paient l'ISF parce qu'ils ont des terres constructibles à l'île de Ré...) obtenaient 99% des sommes remboursées.

 

Un lecteur, gaulliste social peut-être, commentait l'information de manière laconique et brillante sur le blog du Figaro en citant un général qui manque cruellement à la droite actuelle pour lui rendre un peu de cervelle républicaine: « Les riches sont possédés par ce qu'ils possèdent, et ils n'ont qu'une seule patrie, leur argent ».

Comme pour confirmer ses dires, un de ses contradicteurs, au pseudonyme évocateur - « libéralissime » - et au cynisme assumé, lui répondait: « la lutte des classes, elle existe déjà: ce sont les rayures sur ma voiture; car elle a un gros défaut: elle est plus belle que celle des gens que je nourris avec mes impôts et charges. J'en ai assez de nourrir ceux qui me haïssent, je préfèrerais qu'ils me remercient ». Ce gros con impudique dit tout haut ce que beaucoup de propriétaires ventrus ou non pensent tout bas: « les assistés survivent à ma charge alors que je n'ai contracté aucune dette vis à vis d'eux, et encore... loin de me faire des courbettes, ils ont le culot de me rendre coupable de ma bonne fortune et, excités par les passions tristes du ressentiment et de l'envie, de propager des idées de redistribution sociale... Que la police éloigne de moi tous les envieux qui triment et qui puent et qu'on me laisse boire mon cognac en paix... ».

Un sage lecteur du blog du Figaro, conservateur intelligent soucieux de prévenir les désordres en rappelant qu'un excès d'injustice nuit à la conservation d'un ordre inégalitaire, commentait ainsi l'article: « La loi par nature est le reflet d'un fait social, elle l'encadre juridiquement ! En l'espèce elle encadre une situation socialement et moralement indécente : le rétrocession de près de 30 000 millions d'euros a une femme qui est capable d'en donner un milliard a un seul homme. Le morceau de papier qu'est la loi parlementaire (donc modifiable) se situerait-il au-dessus de toute moralité? N'oublions pas que l'indécence "des classes très aisées" et la pression fiscale sont à l'origine de beaucoup de révolution ! en particulier la nôtre en 1789... ».

 

Pourtant, après avoir allégé l'impôt sur les successions pour servir les rentiers, Nicolas Sarkozy aurait bien aimé supprimer l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), qui apportait jusqu'à présent 4 milliards d'euros aux caisses de l'État, mais la mesure était coûteuse en creusement des déficits électoraux et financiers. Qu'importe! Pour diminuer le nombre de ménages redevables de cet impôt, le gouvernement a choisi début avril 2011 la manière la plus simple et discrète: relever le plancher d'imposition de 800000 € à 1,3 million et ainsi exclure du dispositif 300000 ménages, la moitié des actuels assujettis à l'ISF. Les autres contribuables plus riches payant toujours l'ISF ne sont pas oubliés et le gouvernement de François Fillon s'occupe de conserver le soutien des beaux quartiers de l'ouest parisien au vaillant mais imprévisible petit poulain de l'oligarchie, Nicolas Sarkozy, en leur faisant, grâce à une refonte du barème de l'ISF qui compense les effets de la suppression du bouclier fiscal, un cadeau fiscal de 1,5 milliards d'euros.

Les taux d'imposition des plus riches sont revus clairement à la baisse. Les patrimoines compris entre 1,3 et 3 millions d'euros seront imposés à 0,25% tandis que les fortunes de plus de 3 millions d'euros seront soumises à un taux unique de 0,5% alors qu'auparavant le taux supérieur montait à 1,8% sur les patrimoines supérieurs à 16,8 millions d'euros.

 

Comme le disait au Nouvel Observateur l'économiste socialiste Liem Hoang Ngoc: « en France, plus on est riche, moins on paie! L'impôt est en train de devenir régressif, au mépris des principes républicains ». Le Canard enchaîné du mercredi 20 avril a ainsi révélé que Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France, ne sera imposée qu'à la hauteur de 4% de ses revenus effectifs en 2012. Elle bénéficiera toujours l'an prochain du bouclier fiscal, calculé sur les revenus perçus deux ans auparavant, auquel s'ajoutera le bénéfice de la réforme de l'ISF: en conséquence, elle verra son impôt divisé par quatre. En 2010, elle payait 40 millions d'euros d'impôts au titre de l'impôt sur le revenu et de l'ISF. En 2012, elle paiera 10 millions d'euros...

 

A la rentrée 2011, Thomas Piketty, directeur d'études à l'EHESS et professeur d'économie à Paris a publié un petit essai très commenté par les médias, intitulé Pour une révolution fiscale. En réalité, ses analyses et ses propositions le situent moins dans une tradition révolutionnaire de remise en cause radicale de l'inégalité que dans une perspective sociale-démocrate de défense de la rémunération du travail (selon « le mérite ») plus que du capital et du patrimoine et d'efficacité de la progressivité de l'impôt. Piketty fait des constats intéressants: a) pour une bonne partie des contribuables, plus on monte dans l'échelle des revenus, plus le taux d'imposition moyen baisse, et, du fait de la multiplicité des niches et déductions fiscales, l'impôt sur le revenu, qui, grâce à sa progressivité, devrait être l'un des plus justes en théorie, rapporte 3 ou 4 fois moins en France que dans les pays européens qui nous entourent. A titre d'exemple, ces chiffres donnés par l'hebdomadaire Politis du 11 mars 2011:

 

 

 

Allemagne

France

Impôt moyen sur le revenu

20,70%

14,00%

Taux plancher

14,00%

5,50%

Taux maximum

45%

(+250000 €)

41%

(+70830€)

 

b) le système français de protection sociale repose beaucoup trop sur le travail et pas assez sur le patrimoine et le capital puisque ce sont des cotisations sociales prélevées sur les salaires qui financent l'assurance-maladie, les allocations familiales, le logement social, la formation professionnelle,...etc. Or, « les patrimoines ne se sont jamais aussi bien portés en France qu'aujourd'hui. Il faut remonter à la Belle Epoque, un siècle en arrière, dit Piketty dans un entretien du 26 janvier 2011 consultable sur le site web du Monde, pour retrouver des niveaux de patrimoine aussi élevés qu'aujourd'hui. Les revenus, en revanche, et en particulier les salaires, ont stagné au cours des 30 dernières années ».

La proposition phare de Thomas Piketty (reprise par le projet du PS pour 2012), qui ne pense pas qu'une augmentation de l'impôt sur les sociétés puisse se concevoir en dehors d'un cadre européen pour éviter le dumping fiscal entre États de l'Union, est la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu, avec un impôt sur le revenu bénéficiant d'une large assiette et prélevé à la source comme l'actuelle CSG, tout en conservant une grande progressivité. Cette réforme s'accompagnerait d'une mise à plat de toutes les niches fiscales, qui peut avoir des effets pervers en matière d'encouragement aux pratiques d'économie d'énergie ou de défense du pouvoir d'achat des classes moyennes et populaires.

 

Que proposait avant les derniers travaux de la plateforme pour un programme partagé pour 2012 le PCF en termes de redistribution des richesses et de réforme fiscale?

Le premier objectif est un nouveau partage de la richesse nationale visant à reconquérir la part des salaires dans la valeur ajoutée telle qu'elle était au début des années 1980. Cela représente d'environ 165 milliards d'euros chaque année (10 % de la valeur ajoutée). Ce déplacement s'opérera par la fiscalité, les cotisations patronales, les diverses mesures sociales (hausse du SMIC, des salaires, sécurisation des parcours de travail et de vie, baisse du temps de travail créatrice d'emplois, etc), le développement des activités qui entraînent une amélioration des rentrées fiscales et sociales. Quelques indications : 1 million de chômeurs en moins et 1% de croissance supplémentaire entraînent respectivement environ 9 et 3 milliards d'euros de rentrées fiscales supplémentaires. Le PCF, dans ses documents programmatiques, propose aussi une refonte du barème de l'impôt sur le revenu avec 10 tranches et une remontée du taux marginal à 55%.
L'impôt sur les sociétés, devenu l'un des plus faibles d'Europe, sera revalorisé par la suppression d'effets d'assiette (zones franches), de régimes dérogatoires (bénéfice mondial consolidé), pour un rapport de 760 millions. Et par une modification des taux. Nous proposons aussi d'imposer plus fortement les bénéfices distribués ou placés sur les marchés financiers que ceux consacrés à l'amélioration de l'outil de travail, la recherche, l'emploi ou les salaires.
Les impôts sur la fortune ( élargissement de l'assiette : biens professionnels, œuvres d'art, part du patrimoine financier qui y échappe ; augmentation du taux pour les tranches supérieures) et sur le patrimoine (annulation des mesures telles que le relèvement du seuil d'imposition en matière de transmission du patrimoine) seront revus pour un rapport de 5 milliards.
Une négociation sera menée dans différents secteurs pour supprimer la TVA frappant les produits de base.

 

I.D

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