Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 09:48

Groupe Communiste, Républicain et Citoyen au Sénat

La France refuse toute discussion et s’enfonce dans une logique dangereuse pour la paix

lundi 3 avril 2017

Le 31 mars, se sont terminées les négociations débutées le 27 mars et menées par plus d’une centaine d’États en vue de rédiger un traité international interdisant les armes nucléaires.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique débutée dès 1968 et la signature du traité de non-prolifération (T.N.P.) qui obligeait avec son article 6 l’ensemble des pays signataires à œuvrer à un démantèlement total par le biais de négociations « poursuivies de bonne foi ».

La France, État-Partie de ce traité depuis 1992, a pourtant fait le choix de voter contre la résolution créant l’espace de négociations du traité, une première fois en octobre 2016 lors de la commission chargée du désarmement et de la sécurité internationale et une seconde fois lors de l’Assemblée générale de l’ONU en décembre de la même année.

En cohérence avec son vote, la France a pris la décision de boycotter les discussions en cours en vue d’arriver à un traité d’interdiction des armes nucléaires.

Rappelant leur attachement à un désarmement multilatéral nucléaire, les sénatrices et sénateurs du groupe Communiste, Républicain et Citoyen s’alarment de ce blocage exercé par notre pays, lui-même puissance nucléaire, à une discussion pourtant vitale pour la sécurité internationale.

Comment s’opposer aux pays voulant développer leur arsenal nucléaire quand notre pays refuse d’abandonner le sien ? Comment œuvrer pour un monde plus sûr et plus juste alors que les réticences affichées par les super-puissances mondiales tendent à entraîner une escalade et une course aux armements de tout type ? Comment donner sa pleine mesure à l’Organisation des Nations Unies et ses traités internationaux alors que certains pays, dont la France, enfreignent sciemment les dispositions présentes dans des traités signés ?

A ces questions, il apparaît aux sénatrices et sénateurs du groupe CRC que la réponse est : « c’est impossible ». Les appels répétés depuis 70 ans des gouvernements successifs à la patience en matière de désarmement multilatéral nucléaire ne font qu’accélérer l’escalade de la violence et de la détention des matériels de destruction, nous éloignant toujours un peu plus d’une paix internationale où les conflits et différends se règlent par la diplomatie et le droit.

Partager cet article
Repost0
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 14:13
" Sous les cendres du quinquennat ", l'éditorial de Patrick Apel-Muller dans l'Humanité du 31 mars 2017
La dernière abjuration de Manuel Valls dit tout sur le quinquennat. Toute promesse reniée, l’ancien premier ministre se rallie au candidat de la finance branchée et prône même une coalition avec la droite de François Fillon. Cette fin de parcours  dit tout des étapes précédentes, de l’entreprise engagée dès juin 2012 par François Hollande et de la volonté de tuer le Parti socialiste trop réticent à une conversion complète au libéralisme.
À voir émigrer les marquis du régime, à assister au chemin de croix de Benoît Hamon, à entendre le petit cénacle qui gouvernait, on mesure l’état de décomposition d’un
Parti que François Mitterrand avait voulu hégémonique à gauche. Autre chose peut naître.
 
Ne nous y trompons pas : le courant social-démocrate, le réformisme ne disparaissent pas. le squelette politique se désagrège mais il reste une idéologie ancrée dans notre pays, qui cherche toujours le compromis entre changer et conserver, qui oscille d’un pôle à l’autre en fonction des rapports de force de la société ; quelques années après, le Parti socialiste ne s’était-il pas remis de la catastrophe de 1969, au prix d’une mue et de départs ? Ce n’est pas dans les confluences saumâtres d’Emmanuel Macron qu’il parviendra à se ressourcer. Certains élus peuvent y sauver leur mandat mais pas plus. L’électorat de la primaire – c’est-à dire le moteur socialiste – a choisi sans ambiguïté la censure du quinquennat et une option à gauche. Les soutiens de Benoît Hamon qui aspirent à relancer le socialisme n’y parviendront qu’en rejetant la camisole des solutions libérales et en acceptant de renouer avec modestie avec les forces de gauche aujourd’hui portées par la campagne dynamique de Jean-Luc Mélenchon. Ce chantier est esquissé. Il faudra du temps pour le mener à bien. Il est vital pour construire une gauche utile à notre peuple.
Partager cet article
Repost0
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 14:00
Pierre Serna, historien. « La Ve République est devenue un Ancien Régime »
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR BENJAMIN KÖNIG
VENDREDI, 24 MARS, 2017
HUMANITÉ DIMANCHE
DR
 

Historien de la Révolution française, auteur notamment de « la République des girouettes », Pierre Serna est un fin analyste de la République, passée ou actuelle, et des processus révolutionnaires. Pour l’« HD », il revient sur le concept de VIe République, qu’il inscrit dans un cadre plus large. Et dresse un parallèle saisissant avec la France de 1789…

HD. Qu’entend-on en France quand on parle de République ? Et pourquoi parle-t-on aujourd’hui de la nécessité d’une VIe République ?
Pierre Serna. En tant qu’historien, je vais dire que la République survient car l’Ancien Régime échoue. Or, aujourd’hui, on peut considérer que la Ve République est devenue un Ancien Régime. Un des signes de cet échec est que ce système ne fait plus une communauté, un vivre-ensemble, mais qu’il divise : il crée des privilèges, des castes, des groupes, des modes de reproduction sociale qui empêchent l’accession d’autres personnes. Le deuxième constat que je fais, c’est le malentendu que démontre la situation de l’extrême droite aujourd’hui : seule, la République ne suffit pas. Il existe un problème d’éducation politique : une République n’est pas la démocratie, et inversement. Une République peut être aristocratique et autoritaire, nous n’en sommes d’ailleurs pas très éloignés. Et une démocratie peut être populiste. L’invention extraordinaire de la Révolution française, c’est la démocratie représentative, plus particulièrement par Antonelle, qui fut le premier maire d’Arles, ville marquée par les luttes pour la liberté s’il en est ! C’est pourtant un oxymore : il s’agit de déléguer une part de souveraineté pour un temps donné et avec le contrôle du peuple. La République démocratique implique deux choses : une égalité politique, donc un projet d’éducation, mais aussi la liberté. Ce mot a été capturé par les libéraux, mais il s’agit de l’émancipation de chacun : c’est une valeur fondamentale. Prenons l’exemple de la majorité politique à 16 ans, un des objectifs que je défends particulièrement : quand j’entends le discours sur les jeunes aujourd’hui, c’est le même que celui qu’on entendait sur les femmes pour qu’elles n’aient pas le droit de vote, elles ne sont pas assez mûres, elles voteront comme leur mari, ou bien contre sans réfléchir…
 
HD. Quels sont les dangers qui guettent ce principe de République démocratique ?
P. S. C’est d’abord le césarisme (type de régime, imposé notamment par Jules César, où le pouvoir est concentré entre les mains d’un homme fort appuyé par le peuple – NDLR). En France, c’est sans exception aucune, les faits sont têtus mais incontestables, ainsi que les Républiques se terminent : Napoléon, Louis-Napoléon, Pétain… La Ve République est elle-même césariste : elle est née d’un coup de force militaire de De Gaulle, s’appuyant sur les généraux menant la guerre en Algérie.
 
HD. Reste cette problématique particulière : la mainmise du pouvoir économique sur le politique…
P. S. Aujourd’hui, on construit des systèmes de pure idéologie, dans un rapport au réel vicié. On entend le discours : « On est pris dans une logique de marché, donc il faut faire comme ça, comme l’Allemagne, etc. » C’est une logique d’acceptation de l’a priori libéral, d’une part dans le domaine macroéconomique. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, une économie mondialisée s’est construite sur l’esclavage. Les propriétaires, les « honnêtes gens », disaient : « C’est pas bien, mais on peut pas faire autrement. » Mais, grâce aux luttes et aux nouvelles institutions, l’esclavage a été aboli en 1794, car l’impératif des droits et des principes s’est imposé, et surtout les esclaves ont pris les armes et ne les ont plus déposées. Or qui sont les nouveaux esclaves aujourd’hui ? D’autre part, toutes les mesures prises ces dernières années pour contourner la fiscalité, notamment celle sur la succession, vont dans le sens d’un renforcement de la richesse privée dans l’espace microéconomique. Dans les deux cas, les institutions ont renoncé à toute justice et redistribution.
 
HD. Nos institutions reflètent le rapport de forces de notre époque. Il semble que le problème soit plus large que le terme de « VIe République » ?
P. S. En effet. Je crois moins à l’échelon français. Beaucoup sont attachés à la nation, au patriotisme, je le comprends mais pour moi ça n’a plus de sens. L’objectif souhaitable est une République démocratique des peuples européens, dont le noyau serait constitué des pays de l’Europe du Sud.
 
HD. Mais comment articuler cela avec d’autres échelons locaux ?
P. S. La Révolution a inventé deux choses exceptionnelles : l’égalité des départements, et cette formidable invention : les 36 000 communes. Il s’agit là de la politisation au niveau de la paroisse. Et, nous, que ferons-nous 225 ans après ?
 
HD. C’est sans doute pour cela que certains veulent en réduire le rôle et le nombre ?
P. S. Oui, car la commune multiplie les possibilités d’intervention du citoyen. Il est frappant de constater que les régions actuelles semblent fonctionner de plus en plus comme des provinces d’Ancien Régime. Il faut inventer une ou plusieurs instances qui donnent un pouvoir réel de décision sur le fonctionnement et l’argent de la communauté. Cela implique sans doute de nouvelles mesures : je pense au tirage au sort pour une partie des élus ou au contrôle direct de ceux-ci. Dans la Constitution de 1793, on trouve une chose très intéressante : la révocabilité des lois. Un certain pourcentage du corps électoral peut faire réviser une loi.
 
HD. Pour en revenir à la Ve, quelle analyse faites-vous de la prééminence du pouvoir exécutif sur le législatif, comme en témoigne l’utilisation du 49-3 ?
P. S. Oui, c’est évident, il faut revenir à un système plus parlementaire, que le premier ministre incarne une majorité qui ne soit pas à sa botte. Mais, aujourd’hui comme en 1789, la question est celle de l’impôt et de la faim ! Ce qui est en cause, c’est la mauvaise répartition des richesses qui déchire le tissu social. Sur ce point, nous fonctionnons comme l’Ancien Régime. Et notre époque comporte une question nouvelle : l’urgence écologique, qui rejoint étrangement la question de la nourriture. Elle est entièrement liée à l’urgence sociale et démocratique, puisqu’elle pose des problèmes concrets : les transports en commun, les réseaux de distribution, les circuits courts, etc. Cela implique d’avoir des possibilités réelles d’agir. Et pose la question de « réforme ou révolution ». Va-t-on passer tranquillement à la VIe République ? Pour le moment, ce n’est pas ce qu’on voit. On peut même dire que 90 % des Français n’en veulent pas, ou ne s’en soucient pas. Donc la question est : « Qu’est-ce qu’un changement radical ? » Je comprends bien que l’on n’a pas envie de réfléchir à cet impensé forcément violent. La réponse sera apportée par le réel : des catastrophes écologiques en série, sur l’eau, l’air, la nourriture, qui nous amèneront à un changement radical, ce n’est pas de la fiction, c’est de l’histoire bien utilisée : tous nos vieux schémas vont s’effondrer. Comme en 1789, où le réveil des volcans islandais avait déréglé totalement le climat, et perturbé toutes les récoltes, lorsque personne ne pensait à la République. À ce titre, l’analyse du règne de Louis XVI est très intéressante. Nombre de ses proches conseillers sont conscients des problèmes de l’époque : la crise économique, le prix du grain, la dette due aux opérations militaires extérieures, les scandales… J’ai l’impression de parler de ce quinquennat qui se termine ! Or le règne de Louis XVI est marqué par des réformes libérales qui échouent toutes : ils avaient conscience du problème, mais la priorité a été donnée aux intérêts particuliers.
Partager cet article
Repost0
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 13:37
Avec En Marche, le programme de Macron avance à reculons
MARDI, 28 MARS, 2017
HUMANITE.FR
Avec le programme d'Emmanuel Macron à la fin ce sera toujours le patronat qui gagnera. Photo : Reuters
Avec le programme d'Emmanuel Macron à la fin ce sera toujours le patronat qui gagnera. Photo : Reuters

Quiconque se verra proposer la brochure en forme de programme par les équipes de campagne d’Emmanuel Macron aurait intérêt à la prendre et se donner le temps de l’étudier. Derrière le slogan « retrouver notre esprit de conquête pour bâtir une France nouvelle», c’est le triomphe de la théorie du chacun pour soi. Mais avec toujours plus de cadeaux pour le patronat. Décryptage d’une arnaque qui vise à enfumer le peuple pour mieux servir les nantis.

Dans la brochure de 32 pages que les militants vêtus de chasubles floquées « En Marche » distribuent sur les marchés dans le cadre de la campagne électorale, Emmanuel Macron écrit qu’il veut « Une France qui se libère, pour ne plus être bloquée par des règles devenues obsolètes». Voilà qui est suffisamment flou pour que chacun l’interprète comme il l’entend. La brochure nous dit aussi que « ce programme a été construit avec plus de 30 b000 Françaises et Français de tous milieux sociaux et de tous âges, dans tous les territoires de France, au cours de 3 000 ateliers de nos comités locaux. Ils ont enrichi le travail de plus de 500 experts qui on donné de leur temps et de leur expérience ». Fort de toutes ces informations, il convient d’analyser ce que propose vraiment le candidat Macron.

Cela démarre en page 6 avec ce titre : « Bien vivre de son travail et inventer de nouvelles protections », à quoi s’ajoutent sept propositions en page 7. La première est ainsi rédigée : « Sans que cela ne revienne plus cher aux employeurs, nous réduirons les cotisations payées par les salariés, par les indépendants et par les fonctionnaires : près de 500€ supplémentaires nets par an pour un salaire de 2.200€ nets par mois !», nous dit la brochure avec un point d’exclamation. A supposer qu’il s’agisse de 480€ de plus pour un tel salaire, cela ne fait que 40€ par mois  sur un salaire net de 2 200€. Mais comme cette hausse ne coûte rien aux employeurs, ce sont les cotisations des salariés versées pour la Sécurité sociale, les caisses de retraite et l’indemnisation du chômage qui diminuent. Ce qui ne peut qu’augmenter leur déficit et conduire la Sécu à moins rembourser les soins, les caisses de retraite à bloquer ou diminuer les pensions, l’UDEDIC à moins indemniser le chômage. A ce propos, la cinquième proposition de Macron nous indique que « l’insuffisance des efforts de recherche d’emploi ou le refus d’offres raisonnables entraîneront la suspension des allocations » aux demandeurs d’emploi. Voilà qui ouvre la porte à tous les abus pour rayer les chômeurs inscrits à Pôle emploi. La seconde proposition de Macron nous indique que « tous les smicards qui bénéficient de la prime d’activité toucheront par exemple l’équivalent d’un 13ème mois de salaire, soit 100€  nets de plus chaque mois ». Là encore, ce ne sont pas les patrons qui vont payer mais l’Etat avec l’argent des impôts que nous payons tous de diverses façons à commencer par la TVA sur tout ce que nous achetons.

Avec Macron c’est tout pour les patrons

En passant de la page 7 à la page 9 du programme d’En Marche, le point numéro 2 nous confirme que se sont bien les patrons qui seront le seuls gagnants de cette politique. Titré « nous réduirons le coût du travail », ce paragraphe est ainsi rédigé : « Nous aiderons les entreprises à embaucher en baissant les cotisations sociales employeurs de 6 points en remplacement du CICE, et jusqu’à 10 points au niveau du SMIC : les employeurs économiseront près de 1 800€ par an et par salarié au SMIC, 2 200€ par an pour un salarié payé 3 000€ bruts par mois». La brochure ne le dit pas, mais Macron veut augmenter la CSG des salariés et des retraités qui perçoivent plus que des bas salaires et des petites pensions pour rendre un peu de pouvoir d’achat aux salariés de bas de l’échelle comme aux petites retraites. Car à la fin c’est toujours le patronat qui gagne. En page 7, sur un salaire payé au SMIC, Macron baisse les cotisations du salarié afin qu’il perçoive 100€ de plus par mois en salaire net, mais en cotisant moins pour la santé, la retraite et le chômage. En page 9, nous apprenons que le patron économisera 150€ par mois sur ce même salaire payé au SMIC bien que le net soit en hausse de 100€ par mois. Comme si cela ne suffisait pas, la page 11 nous indique ceci : «  Nous baisserons l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% pour rejoindre la moyenne européenne. … ».

Le contre exemple suédois pour les retraites

Si on voulait faire disparaître  la Sécurité sociale, la retraite par répartition  t l’indemnisation des chômeurs qui perdent leur emploi dans une société de plus en plus précaire, on ne s’y prendrait pas autrement. En page 13, la brochure éditée par l’équipe d’Emmanuel Macron dit d’une part « nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite, ni au niveau des pensions ». Mais, en trois lignes, au dessus de cette affirmation l’ambition de Macron est ainsi rédigée : « Un système universel  avec des règles communes de calcul des pensions sera progressivement mis en place. Le fait de changer d’activité ou de secteur sera sans effet sur les droits à la retraite. Avec un principe d’égalité : pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous ». Comment faut-il interpréter ce dispositif qui s’apparenterait au système suédois ? Hier soir, au journal de 20 heures sur France 2, un reportage était consacré à ce qu’est aujourd’hui le système de retraite en Suède. On est passé du calcul des pensions sur toute la carrière au lieu des quinze meilleures années. Et les pensions ne cessent de diminuer depuis, surtout pour les gens qui ont connu de longue périodes de précarité. En France aussi, le passage du calcul sur les 25 meilleures années au lieu des10 meilleures années a fait diminuer les pensions, suit à la réforme Balladur de 1993. En Suède, partir en retraite à 61 ans ne donne aujourd’hui qu’une pension égale à 50% du salaire. Il faut travailler jusqu’à 67 ans pour espérer percevoir en retraite 70% de son salaire. Entre 2010 et 2014, les pensions de retraite ont diminué de 60€ par mois en Suède.

Avant de se laisser séduire par l’arnaque du siècle, mieux vaut donc lire attentivement ce que propose le candidat Macron.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 11:25
Langues régionales. Une lettre aux candidats à la présidentielle (Ouest-France, 31 mars 2017)

Pierre FONTANIER

Elen, réseau européen pour l'égalité des langues (European language equality network), a adressé ce vendredi aux candidats à l'élection présidentielle une lettre pour une meilleure reconnaissance des langues régionales et minoritaires, dont le breton. Sauf à Marine Le Pen, car son programme va à l'encontre de leur demande. Ce courrier est articulé autour de six objectifs pour "une République des territoires, plurielle, respectueuse des droits humains fondamentaux de ses différentes composantes".

Comme de nombreuses autres associations ou coordination d'associations qui assurent le développement et la défense des langues régionales et minoritaires, Kevre Breizh, coordination culturelle associative bretonne, fait partie d'Elen, réseau européen pour l'égalité des langues. Ce vendredi 31 mars, le réseau a envoyé une lettre aux candidats à l'élection présidentielle. Les membres de Kevre Breizh l'ont présenté ce vendredi à Quimper (Finistère).

Pas Marine Le Pen

Tous ? "Non, pas à Marine Le Pen car on connaît la réponse : son programme va à l'encontre de tout ce qu'on demande, en particulier avec son projet de supprimer les conseils régionaux qui font beaucoup pour la langue bretonne !" répond Tangi Louarn, secrétaire d'Elen et président de Kevre Breizh.

Six objectifs

Ce courrier demande aux candidats de se positionner sur la reconnaissance des langues régionales et minoritaires, comme le breton, l'occitan, le basque, le catalan, le corse, l'alsacien... Mais aussi par exemple des langues de Guyane. La lettre est articulée autour de six objectifs.

Logique France-Europe, cadre législatif et moyens dans les écoles

Les trois premiers objectifs : la mise en conformité de la France avec les textes européens et internationaux fondamentaux concernant les droits des peuples autochtones et des personnes appartenant à des groupes linguistiques régionaux ou minoritaires ; l'établissement d'un cadre constitutionnel et législatif reconnaissant la pluralité de la société française et les droits de ses diverses composantes linguistiques et culturelles ; la mise en place des moyens nécessaires pour assurer la prise en charge du service public assuré par les établissements scolaires associatifs de langue régionale en immersion, conformément aux recommandations des Nations Unies.

Médias, vie publique, régions "réalistes"

Les trois objectifs suivants : la mise en place des services complets dans le domaine des médias, notamment de télévision en langue régionale permettant l'expression réelle de la diversité des groupes linguistiques régionaux et territoriaux (information, formation, création et divertissement) ; permettre la généralisation de la langue régionale dans la vie publique et la co-officialité des langues là où la demande sociale existe en fonction des réalités et enfin, établir des régions et des entités territoriales dont le dynamisme et l'efficacité se fondent sur les réalités historiques, culturelles et linguistiques, en prenant en compte les souhaits des populations concernées.

Et après ?

Les lettres ont été envoyées ce vendredi aux candidats. Qu'attendent ensuite ses signataires ?"Une réponse, un positionnement avant le premier tour de la présidentielle. Le but n'est pas de dire pour qui voter car ce n'est évidemment pas notre rôle" répond Tangi Louarn. "Notre objectif est que chacun puisse voter en connaissance de cause à ce sujet" ajoute Claudine Perron, membre du bureau de Kevre Breizh et vice-présidente du Conseil culturel de Bretagne au sein duquel elle représente la coordination d'associations bretonnes.

Partager cet article
Repost0
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 11:19
Présidentielles: l'ascension de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages (Ouest-France, 1er avril 2017)

Selon le sondage Pop2017 BVA-Salesforce pour la Presse régionale et Orange portant sur les intentions de vote, la dynamique de Marine Le Pen et Emmanuel Macron se tasse. François Fillon connaît un début de regain, et l'écart se maintient entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Un autre sondage, réalisé par Odoxa, donne lui un François Fillon toujours en baisse, et une dynamique encore plus forte pour Jean-Luc Mélenchon.

Le sondage Pop2017 BVA-Salesforce pour la Presse régionale et Orange porte sur les intentions de vote à la présidentielle.

Tassement pour Macron et Le Pen

En tête des intentions de vote, Emmanuel Macron (25 %) et Marine Le Pen (24 %) perdent un point chacun.

Le sondage Pop2017 indique que le socle électoral d'Emmanuel Macron semble cependant se solidifier : parmi ses électeurs potentiels, 63 % se déclarent sûrs de leur choix. C'est 8 % de plus que la semaine précédente.

Quant à Marine Le Pen, son socle électoral demeure le plus solide : 81 % de ses électeurs potentiels se déclarent sûrs de leur choix.

François Fillon en hausse

François Fillon est crédité cette semaine de 19 % d'intentions de vote. S'il est toujours distancé par Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le candidat de la droite réduit l'écart en enregistrant une hausse de 2 %.

Il est désormais à 5 points de Marine Le Pen. Son socle électoral semble également se solidifer, avec 79 % des électeurs potentiels sûrs de leur choix.

Mélenchon devant Hamon

La dynamique de Jean-Luc Mélenchon se confirme, avec une hausse de 1 %, qui s'ajoute aux 2 % de la semaine précédente. Le candidat de la France insoumise est désormais crédité de 15 % des intentions de vote.

Benoît Hamon est à 11,5 %, un score stable, mais semble avoir un socle électoral plus fragile : seuls 45 % de ses électeurs potentiels sont sûrs de leur choix. Les hésitants sont partagés, et presque aussi nombreux à pouvoir se tourner vers Emmanuel Macron que vers Jean-Luc Mélenchon.

Les autres sous les 5 %

Nicolas Dupont-Aignan ne confirme pas le « frémissement de dynamique » enregistré récemment : il est à présent crédité de 3% des intentions de vote (-1 point). Il devance Nathalie Arthaud (1%), Philippe Poutou (0,5%), François Asselineau (0,5%), Jean Lassalle (0,5%) et enfin Jacques Cheminade qui pourrait faire un score inférieur à 0,5% des suffrages exprimés.

L'intérêt pour la campagne en baisse

Cette semaine, qui a été notamment marquée par le ralliement de Valls à Macron, est ponctuée d'un jugement toujours sévère de la part des Français pour l'intérêt de la campagne. En effet, la note d'évaluation baisse de 4,1/10 le 25 mars, à 3,8/10 ce 1er avril.

À la question "Diriez-vous que vous vous intéressez à la présidentielle... Un peu / Beaucoup / Assez / Pas du tout", un total de 25 % de Français ne se déclarent pas ou peu intéressés :

Enquête BVA-Salesforce pour la Presse Régionale et Orange réalisée par Internet du 29 au 30 mars 2017.

Échantillon de 1418 personnes inscrites sur les listes électorales, issues d’un échantillon représentatif de 1502 Français âgés de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, profession de la personne de référence du ménage, région et catégorie d’agglomération.

Une tendance autre chez Odoxa

Dans le même temps, l'institut Odoxa publie ce vendredi soir un sondage pour Le Point. Si comme Pop2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont en tête des intentions de votes, le sondage Odoxa indique une dynamique encore plus forte pour Jean-Luc Mélenchon, qui grimpe à 16 % (+ 5,5 en quinze jours).

Chez Odoxa, la baisse de François Fillon se poursuit (17 %, - 2), et il est en passe d'être rattrapé par Jean-Luc Mélenchon.

Benoît Hamon s'effondre, à 8 % (-4,5). Nicolas Dupont-Aignan atteint les 5 % (+ 2).

 

Présidentielles: l'ascension de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages (Ouest-France, 1er avril 2017)
Partager cet article
Repost0
28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 10:56
l'île de Guyane chère à Emmanuel Macron!

l'île de Guyane chère à Emmanuel Macron!

Guyane

Les salariés, la population et les syndicats Guyanais doivent être entendus !!!

Communiqué de la CGT - lundi 27 mars 2017

Ils dénoncent notamment la dégradation continue de leurs conditions de vie et de travail, l’insécurité, le taux de chômage qui atteint 22%, le manque d’infrastructures, le système de santé défaillant, etc. !

Ce n’est pas la vente de l’hôpital de Kourou par la Croix-Rouge à un opérateur privé qui ouvrira à la population un meilleur accès à la santé.

Les nombreux grévistes du secteur de l’Energie, demandent des recrutements et des investissements dans un territoire où les coupures sont fréquentes et où des milliers de personnes n’ont pas accès à l’électricité.

A quelques semaines de la loi votée, intitulée « loi pour l’égalité réelle », un quart des enfants en Guyane n’ont pas accès à l’eau ou à l’électricité !!! Vous avez dit égalité ?

Egalité encore ? La moyenne nationale des familles qui vivent sous le seuil de pauvreté est de 14%, et de 44% quand il s’agit de la Guyane !!

Égalité toujours, alors qu’on recense un manque criant de classes dans les établissements scolaires avec plusieurs centaines d’enfants et de jeunes déscolarisés, renforçant un sentiment de relégation.

La Guyane, depuis des décennies fait l’objet de promesses non tenues aggravant la situation économique et sociale du territoire.

La Guyane et Kourou sont la vitrine mondiale de la Fusée Ariane mais certainement pas la vitrine sociale des gouvernements successifs !

Depuis plusieurs semaines la collectivité territoriale Guyanaise voit des mobilisations sociales dans plusieurs secteurs économiques qui ont marqué des convergences ces derniers jours. 37 syndicats de l’Union des Travailleurs Guyanais ont ainsi décidé d’un appel à la grève générale.

Depuis ce matin, la Guyane est donc figée par l’ampleur de la grève. 

Cette situation doit être prise à la hauteur des besoins sociaux, économiques, d’éducation et sanitaires qu’elle porte.

Le gouvernement doit répondre à la légitime demande des grévistes de pouvoir ouvrir de réelles négociations avec la Ministre et le gouvernement.

La Confédération Générale du Travail exprime son entier soutien aux salariés Guyanais et leurs organisations syndicales. 

La CGT est disponible pour répondre à toutes sollicitations et échanges avec les syndicats Guyanais dans le cadre de nos relations d’amitié, de solidarité et de lutte.

Montreuil le, 27 mars 2017

 

Guyane: les salariés, la population et les syndicats Guyanais doivent être entendus!!! (CGT)
Partager cet article
Repost0
27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 10:02

Le puissant mouvement social qui se lève en Guyane, auquel nous apportons notre soutien, porte sur des enjeux essentiels, notamment en terme de développement économique et d'emploi, de santé, d'éducation et de sécurité. Alors que des engagements précis avaient été pris en 2013 par François Hollande, avec un « Pacte pour l'avenir de la Guyane » resté lettre morte, qu'une loi « Égalité réelle outre-mer » vient d’être votée, il s'agit de passer au concret en mobilisant les moyens nécessaires à cette égalité. Les politiques publiques doivent permettre à la Guyane, comme aux autres territoires ultramarins, de choisir, en lien à l’État, son modèle de développement social, économique et culturel.

 

Le Gouvernement doit répondre aux revendications exprimées et engager un vrai dialogue.

 

 

 

 

Olivier Dartigolles, porte parole du PCF

 

Partager cet article
Repost0
26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 20:32
60 ans du Traité de Rome: l'Europe libérale a failli, il faut la refonder! (PCF)

60 ans du Traité de Rome: l’Europe libérale a failli, il faut la refonder 

Les chefs d’État européens sont réunis dans la capitale italienne 60 ans après la signature du Traité de Rome alors que l’Union européenne traverse une crise existentielle historique. Brexit, rejet populaire massif des politiques d’austérité, montée des extrêmes droites sont les conséquences d’un modèle de construction laxiste avec les pouvoirs financiers mais impitoyable avec les peuples. L’Europe libérale a failli, il faut la refonder.

 

Nous mettons en garde contre les solutions discutées au Conseil européen. Il est illusoire et dangereux de penser une « relance » de l’Union européenne par un renforcement de l’intégration économique à plusieurs vitesses, et une militarisation de notre continent, via le projet de défense européenne. Renforcer la concurrence, les inégalités entre les travailleurs, entre les pays, nous engager dans une escalade guerrière, c’est conduire les peuples européens vers plus de déchirures. A quelques semaines des élections en France, François Hollande qui a renoncé à être candidat, ne peut associer notre pays à un projet aussi néfaste.

 

L’Union Européenne se disloquera si elle n'est pas refondée. En engageant au plus vite une convergence par le haut des salaires et des droits sociaux, en utilisant, via un fonds de développement social et environnemental, la création monétaire de la BCE pour investir dans les services publics, l’industrie et la transition écologique, en respectant les choix des peuples et en devenant un acteur de paix mondiale, l’Europe peut devenir utile aux européens.

 

Le PCF est lui aussi aujourd’hui à Rome avec les forces progressistes européennes réunies par la société civile italienne pour travailler à ce projet alternatif. Il participera demain, samedi 25 mars, à la manifestation « Corteo per la Nostra Europa » organisée à 11H, Piazza Vittorio – Colosseo.

 

Parti communiste français

 

Paris, le 24 mars 2017

60 ans du Traité de Rome: l'Europe libérale a failli, il faut la refonder! (PCF)
Partager cet article
Repost0
26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 17:06
Pierre Dardot et Christian Laval sont des sociologues politiques qui ont écrit il y a quelques années un livre très documenté sur le néo-libéralisme (La Nouvelle raison du monde, Essai sur la société néo-libérale, éditions La Découverte) et tout dernièrement un essai sur la pensée de Marx. 

Pierre Dardot et Christian Laval sont des sociologues politiques qui ont écrit il y a quelques années un livre très documenté sur le néo-libéralisme (La Nouvelle raison du monde, Essai sur la société néo-libérale, éditions La Découverte) et tout dernièrement un essai sur la pensée de Marx. 

 
L’urgence démocratique

25 MARS 2017 PAR PIERRE DARDOT ET CHRISTIAN LAVAL


L’époque est plus que jamais asservie au couple du néolibéralisme agressif et du nationalisme identitaire et xénophobe. Casser cette mécanique devrait être la tâche prioritaire d’une gauche régénérée. Elle n’y parviendra pas dans les semaines qui viennent, estiment le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval qui, dans ce texte, tordent également le cou à la notion de « populisme de gauche ».

 

Au débat télévisé du lundi 20 mars, François Fillon est apparu bien effacé et bien terne. On avait peine à reconnaître celui qui en avait solennellement appelé au jugement du peuple contre la justice. Cet appel a-t-il marqué un tournant ? On a relevé que l’axe de l’indépendance de la justice avait disparu subitement de son programme. On s’est à bon droit inquiété de la condamnation du « racisme antifrançais » par le même individu dans un meeting à Caen le 16 mars dernier, expression dont on sait qu’elle fut forgée par Jean-Marie Le Pen en 1977. On s’est à juste titre scandalisé de la caricature antisémite de Macron publiée sur Twitter le 10 mars par Les Républicains

Cependant, la seule question qui vaille est de savoir comment interpréter ce qui ne relève pas d’écarts de langage mais d’une stratégie mûrement réfléchie. Dans un entretien au Monde, Pierre Rosanvallon a parlé à propos de la déclaration de Fillon de « tournant populiste » dans la campagne présidentielle, tout d’abord pour réunir Poutine, Orban, Trump et Erdogan sous ce terme de « populisme », ensuite pour associer Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon dans une même « culture populiste »[1]. Selon Pierre Rosanvallon, serait en jeu une « conception de la démocratie » caractérisée par un refus des « pouvoirs neutres », c’est-à-dire irréductibles au pouvoir de la majorité électorale (Cour constitutionnelle, autorités judiciaires, etc.). Mais quel crédit peut-on accorder à une catégorie dont le sens est aussi flexible ?

  • Retour sur le « populisme » 

Il nous semble tout d’abord indispensable de revenir de façon critique sur cette notion de « populisme ». Il en va en réalité de bien plus que d’une querelle terminologique et conceptuelle. La question est politique, et elle a deux volets qui sont liés. Il s’agit d’abord de savoir si ce terme suffit à caractériser la nature de l’extrême droite française. Il s’agit ensuite de savoir si la réponse politique de la gauche doit se définir sur ce même terrain du « populisme », comme certains seraient tentés de le faire en invoquant hâtivement l’exemple de Podemos.

Ce que trahit l’usage médiatique dominant de cette notion, c’est un mépris inspiré par la présomption d’une incapacité politique du peuple. Toute expression d’une opposition au néolibéralisme était immédiatement discréditée par ce vocable dans les médias dominants ou dans la « classe politique ». Mais on ne peut s’en tenir à cette critique de l’usage péjoratif et dépréciatif de ce mot. Comme le fait remarquer Catherine Colliot-Thélène, cette critique « laisse la porte ouverte à un possible retournement de sens du populisme »[2]. Par ce retournement, il s’agirait de valoriser ce qui est dévalorisé dans l’usage dominant. Le terme devrait alors être revendiqué positivement : il faudrait opposer un « populisme de gauche » à la gouvernance des élites néolibérales.

La première question que nous devons nous poser est celle du pouvoir explicatif de cette notion : peut-elle prétendre subsumer des phénomènes aussi divers que l’élection de Trump, le Brexit, la montée du Front national, la percée de Podemos, le positionnement de Mélenchon, etc. ? Sans même parler d’unité, quel dénominateur commun peut-on trouver à tous ces phénomènes ? Veut-on faire fond sur l’opposition du « peuple » aux « élites » ? Mais qu’entend-on alors par « peuple »? Ce mot peut désigner un tout comme une partie de ce tout.

Comme le note Laurent Jeanpierre[3], la différence entre le « populisme » nationaliste du Front national et le « populisme » revendiqué par Podemos, c’est que le Front national amalgame le sens social (la partie) au sens national (le tout), de manière à imposer une image homogène et unifiée qui rejette les élites hors du corps sain de la nation, du côté de l’étranger, en même temps qu’elle exclut toute opposition de classe interne au « peuple » ainsi magnifié. C’est ce passage de l’opposition interne au peuple comme tout (entre les classes populaires et les élites) à l’opposition externe du peuple pris comme tout à l’« élite cosmopolite » qui caractérise ce type de nationalisme.

Car c’est bien d’un nationalisme autoritaire et identitaire qu’il s’agit, ou d’une forme de néofascisme qui renoue avec certains des traits les plus saillants du « socialisme nationaliste » de Barrès. Ce dernier puise son inspiration dans le mouvement rassemblé autour de la personne du général Boulanger à la fin des années 1880 : volonté de « nationaliser » les petites gens et les plus déshérités, antiparlementarisme, autoritarisme dérivé d’une conception plébiscitaire de la démocratie (« Révision, référendum » fut le mot d’ordre fédérateur du boulangisme).

Barrès place ce mouvement, qui se réclame de la « sainte canaille » de 1789, de 1830, de 1848 et même de la Commune, sous le patronage de Jeanne d’Arc, qui « a été une sainte pour tous »[4]. Il propose en 1893-1894 un plan en quatre points : une taxe sur les employeurs, une taxe militaire sur les étrangers équivalente à celle payée par les Français exempts du service militaire, l’exclusion des étrangers de tous les chantiers nationaux et l’expulsion de tous les étrangers tombant à la charge de l’Assistance publique[5]. En 1898, misant sur le sentiment d’insécurité économique qui pèse sur le petit commerçant, l’agriculteur, le bourgeois et l’ouvrier en période de crise, il fait du protectionnisme le centre de son programme politique : protectionnisme contre le produit étranger et l’ouvrier étranger, protectionnisme contre la féodalité financière internationale qui élimine le travailleur français, protection contre le naturalisé[6].

  • Les emprunts au boulangisme

L’appel au peuple, le culte du chef et le sens de l’autorité forment des ingrédients directement empruntés au boulangisme. De ce strict point de vue, l’orientation imprimée au Front national par Marine Le Pen, loin de marquer un « tournant social » ou une réorientation « à gauche », trahit une inspiration plus directement fasciste que le reaganisme de son père au début des années 1980. Certes, le langage est plus policé et expurgé de ses « outrances » antisémites, et l’ennemi n’est plus l’Allemagne comme nation, mais l’eurocratie bruxelloise qui encourage « l’invasion islamiste » en favorisant l’entrée des migrants. Mais bon nombre des éléments du « socialisme nationaliste » des années 1890 sont recyclés dans une synthèse idéologique qui présente bien des traits de ce qui fut aux « origines françaises du fascisme », selon l’expression de Zeev Sternhell.

C’est en particulier le cas du recours systématique au référendum pour imposer une révision constitutionnelle. Marine Le Pen a ainsi annoncé pêle-mêle des révisions constitutionnelles sur la suppression du Sénat, sur l’abrogation du pouvoir constituant de l’Assemblée nationale, sur l’inscription de la préférence nationale dans le Préambule, sur la limitation du pouvoir constitutionnel, sur le retour au septennat non renouvelable[7]. Il est certes des différences qu’il faut se garder d’escamoter : même si son noyau historique est cimenté par cette idéologie, le Front national n’a rien du parti de masse structuré que constituait la Ligue des patriotes dans les années 1890 et ses méthodes d’action et de propagande n’ont que peu à voir avec les descentes de rue et les émeutes organisées par ce même parti. Reste, et c’est là l’essentiel, qu’en reprenant sciemment des formules lepénistes, François Fillon s’est bel et bien situé sur le terrain non du populisme, mais du néofascisme.

Pouvoir fort contre démocratie libérale

Un tel rappel s’impose d’autant plus que le boulangisme a, par l’écho qu’il a rencontré dans les milieux ouvriers, semé un trouble profond jusque dans les courants les plus radicaux de la gauche de l’époque, au point de susciter l’ire d’Engels, de Liebknecht et de Bebel contre leurs représentants[8]. C’est tout particulièrement le cas des blanquistes, des guesdistes et, de manière plus générale, d’anciens communards. Un Édouard Vaillant ira jusqu’à apporter son soutien à ce mouvement et nombre de guesdistes, notamment en Gironde, verseront dans le boulangisme.

Quelle en est la raison profonde ? Un même attrait pour un pouvoir fort justifié par une opposition farouche à la démocratie libérale. Ainsi, Guesde n’hésite pas à écrire en pleine ascension du parti national : « Peu importe la structure du pouvoir, tout dépend de la main de la classe qui l’exerce. »[9] Aujourd’hui plus que jamais, il importe de méditer sur la séduction exercée par le boulangisme sur ce que l’on pourrait appeler un « gauchisme autoritaire », soit un gauchisme combinant l’appel à la grève générale, voire à l’action directe, avec la fascination pour le chef et le culte du pouvoir d’État exercé d’une main de fer. Car la tentation du néoblanquisme et du néoguesdisme est aujourd’hui toujours vivace au sein d’une fraction de la gauche dite radicale.

En quoi la notion de « populisme » est-elle susceptible d’éclairer la signification politique du boulangisme ? Le philosophe politique argentin Ernesto Laclau, dans son ouvrage La Raison populiste, ne veut retenir de ce phénomène que quatre éléments ou aspects « politico-idéologiques »[10]. En premier lieu, l’hétérogénéité des forces qui soutenaient le général Boulanger et leur situation de marginalité par rapport au système en place. En deuxième lieu, la concentration du soutien à Boulanger dans les centres urbains, où ce mouvement traversait la plupart des couches sociales, sans se réduire à l’élément prolétarien. En troisième lieu, l’idée qu’une intervention extraparlementaire était aussi intéressante pour la gauche radicale que pour la droite[11]. Enfin, en quatrième lieu, ce qui faisait l’unité de ces forces hétérogènes était un même dévouement à Boulanger et le charisme de ce personnage.

Pour Laclau, ces quatre éléments reproduisent point par point les dimensions qui définissent à ses yeux le populisme : le regroupement de forces hétérogènes et de demandes qui ne peuvent être intégrées dans le système institutionnel, le lien d’équivalence entre toutes ces demandes, qui ont toutes le même ennemi (la corruption du système parlementaire), la figure d’une individualité qui fonctionne comme un « signifiant vide », pour autant qu’elle soit réduite à son nom et que ce nom fasse l’objet d’un fort investissement affectif.

L’insistance de Laclau sur tous ces traits, l’équivalence par opposition, le signifiant vide, la réduction du leader à son nom, n’a d’autre fonction que de refuser de prendre en compte le contenu positif de l’idéologie boulangiste et l’attitude politique pratique que ce contenu détermine. De la même manière, son analyse de la percée électorale du Front national fait l’impasse sur les positions politiques pratiques de ce parti pour s’attacher avant tout à ce qu’il appelle « la nécessité ontologique d’exprimer la division sociale » : dès lors que le Parti communiste ne fut plus capable d’exprimer cette division, la « fonction ontologique » (sic) fut assurée par le « populisme de droite » du FN[12].

Par cette primauté accordée à la « fonction ontologique », on passe soigneusement sous silence le contenu de toute une culture politique (celle de la défense de l’« indépendance nationale » et du « Produisons français ») qui a grandement facilité ce glissement d’une partie de l’électorat du PC au FN et l’on se donne la possibilité de ménager un « no man’s land nébuleux »[13] entre populisme de droite et populisme de gauche. C’est cette primauté d’une fonction susceptible d’être remplie par des signifiants politiquement opposés qui avait permis à un Pablo Iglesias d’affirmer en 2014 que Podemos occupait le même espace politique que Syriza en Grèce, Beppe Grillo en Italie ou le Front national en France[14].

La notion de « populisme » sert alors à justifier une neutralisation des oppositions politiques au profit d’une fonction et d’un espace d’autant plus invariants qu’ils sont vides de contenu. Mais elle n’explique rien de ce que les phénomènes ont de spécifique. L’on est ainsi confronté à cette alternative : ou bien l’on tient à conserver la notion de populisme et l’on renonce alors à expliquer la différence entre « populisme de gauche » et « populisme de droite », en raison de la vacuité de cette notion ; ou bien l’on cherche vraiment à expliquer cette différence, mais il faut alors de toute nécessité introduire des éléments qui ne doivent plus rien à la notion de « populisme », ce qui revient à abandonner tout recours autre que purement verbal à cette notion.

  • Le populisme comme contre-stratégie…

La seconde question que soulève la référence insistante au « populisme » est celle de la valorisation politique de cette notion au titre d’une contre-stratégie. S’appuyant sur la Psychologie des masses et analyse du moi de Freud (1921), Laclau considère que la constitution d’un peuple n’est possible qu’au prix d’une identification de tous les individus à un même leader. Mais Laclau va jusqu’à rapprocher explicitement la relation des membres du « peuple » à leur leader de la relation des membres de l’Église au Christ : chaque chrétien doit aimer le Christ en tant qu’idéal de la masse et s’identifier à lui en aimant les autres membres de l’Église comme il est supposé les avoir aimés.

Contrairement à ce que soutient Ernesto Laclau[15], cette double relation des membres du peuple à leur leader ne rend pas ce leader « plus démocratique » qu’un leader auquel on ne s’identifierait pas, elle rend au contraire cette relation terriblement asservissante et tyrannique. En une unique figure humaine, on aurait en effet un « substitut du père » auquel on doit s’identifier en aimant tous les frères du même amour que lui et en même temps un « frère » auquel on s’identifie comme à tous les autres en raison des traits communs qu’il présente avec tous les autres.

Comment peut-on exiger du même individu qu’il aime le chef suprême comme figure de l’idéal et qu’il s’identifie directement à lui ? Cette double exigence n’est-elle pas parfaitement contradictoire dans les termes ? L’amour voué au chef implique qu’on le regarde comme très supérieur à nous et l’identification directe à ce même chef implique au contraire qu’on le considère comme notre égal. On est là plus près des aspects les plus problématiques du chavisme (culte christique du leader et relation de type plébiscitaire entre le chef et les masses) que de la véritable démocratie comme exercice organisé du contrôle du peuple sur ses propres dirigeants.

L’idée que l’on se fait de la démocratie

Cependant, ce qui est en jeu chez Laclau, c’est fondamentalement non la psychologie de la masse, mais la formation de l’identité populaire comme identité politique. On l’a vu, cette constitution requiert à ses yeux que s’instaure une équivalence entre des demandes sociales très hétérogènes, ce qui tend à en appauvrir le contenu et à la faire fonctionner comme un « signifiant tendanciellement vide »[16]. Très précisément, plus l’équivalence sera étendue, plus le signifiant unifiant toute la chaîne sera vide[17]. Selon Laclau, cet élément ne peut être qu’une individualité. Compliquant la notion classique de représentation politique, il introduit l’idée d’une double dimension inhérente à toute représentation[18].

La première dimension fait du représentant celui qui transmet la volonté des représentés, tandis que la seconde fait de lui un acteur qui « ajoute » quelque chose de décisif aux intérêts des représentés. Cet ajout n’est pas mineur, puisqu’il consiste dans l’identité des représentés : « Le représenté dépend du représentant pour la constitution de son identité. »[19] Les représentés n’ont donc pas d’identité antérieurement à la représentation et indépendamment d’elle. Mais cette seule dimension est loin d’épuiser la relation de représentation.

Il faut prendre en compte le second mouvement qui, lui, va des représentés au représentant : le représentant ne doit pas s’autonomiser totalement vis-à-vis d’eux, faute de quoi il ne pourrait plus représenter « une chaîne d’équivalences »[20]. Cette double exigence (constituer la totalité et représenter une chaîne d’équivalences) n’est pas sans poser problème : car comment re-présenter cela même que l’on constitue ? Chez Laclau, c’est la ressemblance du père aux frères (les « traits communs ») qui est investie de la fonction de réduire la distance entre représentant (le père) et représentés (les frères) : le représentant devra à la fois être un frère et un père. D’où l’insistance sur la ressemblance du représentant avec les représentés[21]. La représentation procède donc d’une identification des représentés au représentant en raison de la supposée ressemblance du représentant avec les représentés.

Le véritable enjeu de toute cette conception est assurément l’idée que l’on se fait de la démocratie. Au prétexte de combattre l’identification de la démocratie à la démocratie libérale dont un Claude Lefort se rendrait coupable, Ernesto Laclau et Chantal Mouffe invoquent, contre « la tradition libérale constituée par le règne de la loi, la défense des droits de l’homme et le respect de la liberté individuelle » une « tradition démocratique fondée sur l’égalité, l’identité entre gouvernants et gouvernés et la souveraineté populaire »[22].

 

  • Carl Schmitt et la démocratie plébiscitaire

Étrangement, c’est chez le juriste et philosophe du droit Carl Schmitt, qui adhérera au nazisme en 1933, que l’on trouve une réélaboration du concept de démocratie qui consonne avec cette supposée « tradition démocratique ». Dans sa Théorie de la constitution (1928), ce dernier définit la démocratie comme forme de gouvernement par l’identité du gouvernant et du gouverné et fait de l’« homogénéité du peuple » sa caractéristique principale[23]. Aussi fait-il de l’« acclamation » le moment privilégié où la présence du peuple physiquement rassemblé rend superflue toute représentation[24].

C’est à partir de cette logique que le même Carl Schmitt assimilera en 1932 la démocratie « directe » ou « non représentative » à la démocratie « plébiscitaire », en allant jusqu’à parler du « système plébiscitaire de la démocratie directe »[25]. Mais cette prétendue identité immédiate du peuple avec lui-même n’est nullement une caractéristique essentielle de la démocratie. Aristote parle bien d’une règle de l’alternance qui fait que chaque citoyen est tour à tour gouverné et gouvernant, mais cette réciprocité dans l’exercice du pouvoir n’a rien à voir avec une identité du peuple avec lui-même[26].

La démocratie est par essence délibérative et la pratique de la délibération collective présuppose non une homogénéité, mais une hétérogénéité du peuple. C’est même en raison de cette hétérogénéité qu’« une masse nombreuse décide mieux que n’importe quel individu », « comme un festin payé collectivement est meilleur que celui offert par une seule et même personne »[27]. Mais le festin de la délibération collective n’est pas une fête de l’acclamation.

Par conséquent, si la démocratie représentative doit être critiquée, c’est non parce qu’elle est délibérative, mais au contraire parce qu’elle n’est pas vraiment délibérative : l’oligarchie des représentants ne se constitue que par l’expropriation de la capacité collective de délibération des représentés et la « délibération » est, de ce fait, complètement faussée. À cet égard, l’introduction par Chavez du référendum révocatoire à mi-mandat dans la Constitution vénézuélienne témoigne non de la réalisation de la démocratie directe, mais de l’esprit plébiscitaire du régime[28]. C’est la révocabilité des délégués à l’initiative des citoyens qui fait la démocratie, non la réponse à une question posée par avance par les gouvernants.

Résumons-nous : la seule alternative à l’oligarchie néolibérale est la démocratie comprise comme coparticipation au processus de délibération et de décision. Tout le reste n’est que bavardage et poudre aux yeux. La notion de « populisme » fait écran à cette alternative parce qu’elle brouille le concept de « démocratie » en rendant acceptable la prétendue « démocratie plébiscitaire », et c’est à ce titre qu’elle doit être catégoriquement rejetée.

Ce terme est et doit rester un mot de l’ennemi, que toute gauche digne de ce nom doit s’interdire de reprendre à son compte. Plus précisément encore, toute politique qui se revendique du populisme ne fait que conforter la dépossession politique des dominés en remettant entre les mains d’un leader leur intelligence et leur capacité d’action.

  • Le désespoir des sacrifiés du néolibéralisme

La question est donc stratégique. Comment lutter sur un double front, contre le néofascisme et contre le néolibéralisme, étant entendu que le néofascisme, dont l’essor a été favorisé par les politiques néolibérales, ne représente nullement une rupture avec le système néolibéral ? Il faut commencer par ce diagnostic : le Parti socialiste et le gouvernement portent une responsabilité écrasante dans le désastre actuel. Toute leur politique a consisté à infliger une longue série de défaites sociales aux salariés, aux retraités, aux fonctionnaires, aux gens les plus modestes. Elle se paie aujourd’hui par la désunion et la défaite politique.

On aurait pourtant pu espérer que le rejet, régulièrement exprimé au cours des dernières élections, du cours néolibéral du quinquennat, allait offrir la chance de refonder une « nouvelle gauche » désireuse de faire une politique de gauche. Cela n’a donné, mais c’était certes déjà beaucoup, que le retrait honteux de Hollande et la défaite cuisante de Valls à la primaire. Depuis, les illusions se sont envolées.

Les victimes du néolibéralisme se vengent

Le rejet du néolibéralisme par une grande partie des électeurs de gauche risque fort d’ouvrir plutôt la voie soit au néofascisme déguisé de Le Pen, soit au néolibéralisme assumé et arrogant de Macron. Cet apparent « paradoxe » a été analysé par nombre de commentateurs : d’élections en élections, les classes populaires, qui autrefois soutenaient dans une large mesure les partis de gauche, se détournent du suffrage (« ça ne sert à rien de voter ») ou entendent « renverser la table » en votant FN, tant elles se sentent abandonnées par des responsables politiques impuissants à enrayer la désindustrialisation, le chômage et la précarité.

En réalité, et les études électorales sont terribles à cet égard, le rejet populaire pour les candidats de gauche, y compris Mélenchon, est impitoyable pour des responsables accusés d’être indifférents à la situation des classes populaires. Désormais, la gauche est très largement minoritaire parmi les ouvriers et les employés.

Ce ne sont pas les dominés qui sont les premiers responsables du sort qui leur a été réservé, ce sont ceux qui ont mené une politique qui, depuis les années 1980, a cherché à affaiblir matériellement et subjectivement les classes populaires. On le sait, on l’a répété : les politiques dites « de gauche » n’ont plus cherché à partir de 1983 à remettre en question la puissance du capital, elles ont visé à la renforcer, et ceci par le grand marché européen, la monnaie unique, la concurrence interne et externe entre salariats et fractions du salariat.

L’heure est au ressentiment. Les victimes du néolibéralisme se vengent en faisant payer les reniements. Et cette vengeance profite surtout aux pires. Une partie de l’autre composante sociologique de la gauche – les cadres du secteur public, les enseignants, les diplômés –, effrayée par la perspective d’une victoire du néofascisme et peu encline à voir remonter dans les sondages le tartuffe entretenu de la « droite extrême », risque d’abandonner par calcul les deux représentants de la gauche au profit de celui qui, d’abord dans l’ombre de Hollande puis au gouvernement de Valls, a inspiré et mis en musique la « trahison » du Bourget.

Macron, illusoire « moindre mal », c’est évidemment le danger que, dans cinq ans, lorsque les digues seront sans doute tombées entre extrême droite et droite extrême, le néofascisme soit encore plus fort. Mais le calcul de ces électeurs ne va pas jusque-là et pour cause : c’est, dans l’immédiat, la division entre les deux candidats de gauche qui les pousse à cette option détestable.

 

  • L’impasse de la gauche

Que l’on ne s’y trompe donc pas : l’époque est plus que jamais asservie au couple infernal du néolibéralisme agressif et du nationalisme identitaire et xénophobe. Casser cette mécanique infernale devrait être la tâche prioritaire d’une gauche régénérée. Elle n’y est pas encore parvenue et n’y parviendra pas dans les semaines qui viennent parce qu’elle n’a pas réuni trois conditions nécessaires et liées :
1) La construction d’un pôle politique puissant à l’extérieur du Parti socialiste, ce qui aurait supposé une dynamique unitaire dont n’a pas été capable feu le Front de gauche ;
2) Le recentrement de la politique de gauche sur la « question sociale », c’est-à-dire celle de l’emploi, du travail et des inégalités et, au-delà, de la propriété ;
3) L’élimination du verrou que représente pour toute politique alternative le Parti socialiste actuel. Cette dernière condition nécessiterait soit de pouvoir arracher cette formation à l’attraction mortifère du néolibéralisme, ce qui supposerait des forces internes capables de renverser la domination de l’appareil et des élus, ce qui n’a pas été possible jusqu’à présent, tant ce parti est atteint d’oligarchisme sénile ; soit de le faire éclater en deux blocs « irréconciliables », ce qui ne s’est pas encore fait par manque de décision et d’horizon stratégique de Hamon et des autres dits « frondeurs ».

En l’absence de ces conditions, les deux candidats ont voulu prendre des voies de traverse pour sortir de l’impasse stratégique dans laquelle l’un et l’autre se sont engagés. Mélenchon a fait cavalier seul, imposant un modèle politique « populiste » à ses anciens partenaires du Front de gauche. C’est le sens de son mouvement, La France insoumise, qui se veut « hors parti » et surtout attaché à sa candidature présidentielle.

  • Les problèmes non résolus de la candidature Mélenchon

La stratégie « révolutionnaire » de Mélenchon est en réalité strictement électorale. Si au départ il était question de composer un large bloc social et idéologique autour de l’élaboration collective d’un programme, la voie suivie a plutôt consisté à parier sur l’adhésion des masses à un leader charismatique prêtant son verbe haut à un peuple révolté. À la grande différence de Podemos, parti qui s’est appuyé sur un collectif de jeunes dirigeants et a été porté par des vagues contestataires, La France insoumise repose sur l’identification à un homme exceptionnel, dont la puissance de persuasion tient à ses qualités personnelles, et surtout à l’éloquence rare des tribuns d’autrefois.

La « radicalité » mélenchonienne est cependant loin du socialisme d’antan. Plus question de socialisation des forces productives ou d’autogestion. L’essentiel du message est mis sur les institutions politiques, regardées comme la clé de toute transformation. D’où la centralité de la question de la souveraineté, de là les emblèmes républicains et nationaux : drapeaux tricolores, bonnets phrygiens, Marseillaise, Constituante et autre « levée en masse » des citoyens rassemblés à la Bastille et à la République.

Cette candidature pose un certain nombre de problèmes non résolus : comment passer à la VIe République en jouant la personnalisation à outrance et en flirtant dangereusement avec la « démocratie plébiscitaire » ? Comment croire à la maturation collective d’un projet de société en alimentant la pulsion politiquement ambiguë du « dégagisme » ? En tout cas, puisque cette candidature d’incarnation du peuple est « au-dessus des partis », il ne saurait être question du moindre arrangement avec les autres formations de gauche, traité avec mépris de « carabistouilles ». Qui m’aime me suive.

L’entreprise de Hamon n’est pas plus encourageante. À beaucoup d’égards, elle l’est moins. Le candidat socialiste ne sait sur quel pied danser, faute d’avoir changé de terrain. Plutôt que d’afficher sa rupture avec le quinquennat néolibéral, il manœuvre, il esquive. Comme s’il y avait encore quelque chose à attendre d’un appareil et d’élus qui veulent le noyer au plus vite dans les eaux fétides des accommodements et des résignations.

Pourtant, déjà trop à gauche pour l’appareil, qu’aurait-il eu à perdre en restant fidèle à ses convictions de la primaire ? Il aurait évidemment fallu lever toute ambiguïté envers l’Union européenne, sa logique de l’austérité, son dumping fiscal et social. Mais c’était tellement contraire à ses appels piteux au rassemblement de la « famille socialiste », qu’il n’a pas pu aller bien loin en ce sens. Il aurait dû savoir que beaucoup d’électeurs de gauche ne sont plus du tout disposés à lui faire une confiance aveugle, après s’être fait berner par Hollande, Macron et Valls comme ils l’ont été. Faire acclamer par 20 000 personnes les noms de Hollande, Cazeneuve et Le Drian lors de son meeting de Bercy le 19 mars est le signe même que sa double position à l’égard du quinquennat, critique et élogieuse, est proprement intenable.

Hamon enlisé dans l’héritage

Pour surmonter ses contradictions, il a cru bon, lors des primaires, de se projeter dix ou vingt ans en avant, en envisageant à l’avenir une raréfaction de l’emploi qui venait ainsi justifier sa proposition de revenu universel. Diversion qui lui a permis un moment d’obtenir un brevet d’utopie auprès d’une fraction des électeurs de gauche. Si cette utopie ne lui permet pas de renouer avec les classes populaires, dont les membres au chômage veulent un « vrai travail », elle lui a permis au moins de ne pas aborder de front les questions éminemment urgentes de la politique économique et de l’Europe. En un mot, enlisé dans l’héritage, il n’espère plus guère qu’un nouveau rapport de forces à l’intérieur du Parti socialiste.

En réalité, les deux candidats, et ils ne s’en cachent guère, se sont résignés à l’échec de la gauche. Et ne semblent plus rivaliser que pour savoir qui des deux sera le quatrième et le cinquième dans la « course » électorale. Objectif dérisoire aux yeux des électeurs de gauche, compte tenu des enjeux historiques de cette élection, mais d’une importance majeure pour les militants les plus convaincus ou les plus sectaires.


Il est d’ailleurs fort inquiétant que certains d’entre eux, mi-cyniques mi-calculateurs, s’en fassent aussi vite une raison. « C’est plié », glissent en aparté certains d’entre eux. Seule compterait la « recomposition » future de la gauche. D’où l’étrange indifférence affichée face aux sondages décevants, d’où cet aveuglement quant aux conséquences de la division. Sans doute Hamon et Mélenchon ont-ils fait semblant de se parler ; en réalité ni l’un ni l’autre ne tenait à quelque rapprochement que ce soit.

La division va sans doute permettre à l’oligarchie d’élus qui « tient » le Parti socialiste d’en reprendre le contrôle après la parenthèse de la candidature Hamon. Mais elle va surtout laisser face à face la candidate du néofascisme réchauffé et le candidat du néolibéralisme rajeuni. Qu’à la fin, cela doive se conclure aussi lamentablement a de quoi détacher beaucoup d’électeurs de la gauche et peut-être même de les dégoûter de la politique. L’amertume, de toute manière, sera au rendez-vous, et ce n’est pas avec elle que l’on reconstruit.

  •  

  • Quelle unité ?

Le néolibéralisme a fait des ravages et continuera d’en faire, on le sait. L’un d’entre eux, le plus pressant dans la conjoncture, c’est la progression du néofascisme. Les salariés les plus dominés, et d’autres catégories avec eux, enragent et croient voir en Marine Le Pen leur ultime recours. Tout semble fait pour renforcer son image « sociale ». Son hold up sur les thèmes sociaux (retraite, protection sociale, plein emploi « national », etc.), dont la gauche a eu longtemps une sorte de monopole, est en train de réussir au-delà de toutes ses espérances, du fait même de leur abandon par la gauche gouvernementale.

Emboîtant le pas à un Sarkozy qui dénonçait naguère le programme économique du Front national comme un programme d’« extrême gauche », nombreux sont les journalistes qui l’aident à accomplir son forfait : dès qu’un candidat de gauche ou d’extrême gauche ose avancer une mesure sociale, en prônant la retraite à 60 ans ou la suppression de la loi travail par exemple, on s’empresse de l’accuser d’imiter Le Pen.

Comment conjurer la « catastrophe démocratique qui menace », selon la formule de Laurent Mauduit[29] ? Beaucoup, désolés du spectacle à gauche, voudraient l’unité. Leur appel mérite le respect, notamment celui, dramatique, du maire communiste de Grigny, Philippe Rio[30]. Mais en appeler à l’unité des deux candidats ne sert malheureusement pas à grand-chose dans la situation actuelle. Ils se maintiendront, enfermés l’un et l’autre dans leur logique propre. Ils paieront le prix, et nous avec eux, de l’autodestruction du socialisme durant ces 30 ou 40 dernières années, faute d’avoir voulu et pu surmonter ce désastre historique. Personne pourtant n’est propriétaire de l’unité. Aucun appareil, aucun responsable, ne devrait avoir le droit d’en décider sur un coin de table de restaurant.

Mais surtout, comment ne pas voir que, si l’on désire vraiment refonder la gauche, le temps des appareils dominateurs et des leaders solitaires est passé ? Comment ne pas comprendre que toute transformation sociale réelle passe désormais par la libération des énergies démocratiques, par une déverticalisation effective de l’action politique ? Mélenchon a certes compris que le temps des vieux partis était passé, mais il a reverticalisé encore plus la relation personnelle qu’il veut entretenir avec le « peuple », selon le schéma douteux et dangereux d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe.

De ce point de vue, la dette proclamée à l’égard de la « révolution bolivarienne » d’Hugo Chavez est passablement inquiétante[31]. Insistons là-dessus encore une fois : la prétendue « démocratie plébiscitaire » n’est en rien une forme particulière de démocratie, elle est la négation pure et simple de la démocratie comprise comme exercice effectif du pouvoir politique par le peuple, au moins sous la forme d’un contrôle actif sur les détenteurs du pouvoir exécutif.

Quel contraste avec le foisonnement des pratiques innovantes et des idées nouvelles en matière démocratique dont a témoigné Nuit debout. Il suffit d’être à l’écoute de toutes les expérimentations pratiques et de toutes les discussions théoriques qui ont lieu depuis des années dans ce pays et dans d’autres, dont l’Espagne, pour se rendre compte du caractère archaïque des manières de faire dans la gauche politique française.

Aucune refondation de la gauche n’aura lieu tant que l’on dissociera la parole et l’action, le projet et l’organisation. Les ficelles du passé sont trop grosses aujourd’hui pour la sensibilité politique des gens de gauche qui veulent prendre part. Et il est une autre condition et elle est élémentaire. On l’a dit, la lutte séculaire pour l’égalité sociale a été trahie par la gauche de gouvernement, et cette trahison a conduit à la désertion des classes populaires et au succès du néofascisme. Remettre au centre de l’activité politique l’égalité sociale et faire que cette politique égalitaire commence dans les dispositifs organisationnels eux-mêmes est la seule voie concevable pour que la gauche survive et se reconstitue. La transformation sociale désirée à gauche commence donc par soi-même.

  • Urgence démocratique et front commun

Il faut agir vite pour que dès les législatives le sort de la gauche anti-néolibérale ne soit pas entièrement condamné. Avec qui faire l’unité demain ? Et comment ? On ne doit se faire aucune illusion sur la nature du Parti socialiste, et l’on sait parfaitement quel obstacle il est par lui-même devenu à toute politique de rupture avec l’ordre existant. Compte tenu de la décomposition de la gauche actuelle, il importe de réfléchir à la constitution rapide d’un vaste bloc démocratique antinéolibéral, rassemblant de multiples composantes politiques, syndicales, associatives, d’accord pour faire front commun contre les deux ennemis aux destins inséparables que sont le néofascisme et le néolibéralisme.

La « gauche de gauche » française a pris un retard considérable et déçu les attentes de beaucoup, sauf lorsqu’elle s’est unie durant une trop brève période sous la forme d’un cartel d’organisations. Rappelons-nous : 1995-2005, première période de luttes massives contre les politiques néolibérales et émergence de l’altermondialisme ; 2005-2009, cafouillage sectaire et incapacité des forces politiques de gauche de donner forme politique nouvelle aux résistances sociales ; 2009-2016, vie et mort du Front de gauche, seule tentative, mais avortée, de coalition de la « gauche de gauche ».

Le « dépassement » du Front de gauche voulu par Mélenchon en 2016 débouchera-t-il, comme il le souhaite, sur une nouvelle force parlementaire ou bien sur le vide ? La désunion se paie en tout cas aujourd’hui au prix fort. La responsabilité est sans doute partagée entre les « appareils », mais elle est lourde pour chacun et n’en épargne aucun. Soit le sectarisme d’appareil se prolonge, et ce sera la fin pour longtemps de la gauche critique et radicale, soit il peut être dépassé par la création d’une nouvelle formation à la fois unitaire et diverse, et le couple infernal de ses deux ennemis pourra alors être combattu et vaincu.

Cette dynamique unitaire est d’ailleurs la condition pour que le Parti socialiste éclate entre ses deux pôles artificiellement réunis aujourd’hui sous un même chapeau. Si un groupe de « frondeurs », sociaux-démocrates à l’ancienne, parvenait à se reconstituer sur les ruines du hollandisme, il pourrait participer au front commun.

Mais nous n’en sommes pas encore là. La dynamique actuelle de division risque fort d’offrir au second tour de l’élection présidentielle le choix entre Le Pen et Fillon ou, plus probablement, Le Pen et Macron. Si tous les appels à l’unité sont restés vains, si nous ne pouvons plus rien empêcher, en tout état de cause, après les élections, il restera l’« urgence démocratique » de faire face au néofascisme, fruit d’un désespoir doublement alimenté par le néolibéralisme et l’absence d’une vraie alternative politique. Car il ne faut pas s’y tromper : la menace du néofascisme est une menace de guerre civile. C’est donc dès maintenant, si l’on veut vraiment éviter que le pire n’advienne, qu’il faut penser et expérimenter les formes d’un front commun démocratique.

 

 


[1] Le Monde du 2 mars 2017, propos recueillis par Nicolas Truong.

[2] Catherine Colliot-Thélène, « Le populisme n’est pas un concept », Cahier de l’Éducation permanente, n° 49, p. 112.

[3] Laurent Jeanpierre, « Quand je parle de “populisme”, je mets le mot entre guillemets ! », Cahier de l’Éducation permanente, n° 49, p. 96-97.

[4] Cité par Zeev Sternhell, La Droite révolutionnaire, p. 65.

[5] Ibid., p. 71.

[6] Ibid., p. 73.

[7] « Si Marine Le Pen était présidente », Mediapart.fr, le 14 mars 2017.

[8] Zeev Sternhell, op.cit., p. 38.

[9] Ibid., p. 40.

[10] Ernesto Laclau, La Raison populiste, Le Seuil, 2008. Ernesto Laclau (1935-2014) et sa collègue et compagne Chantal Mouffe ont développé depuis les années 1980 une réflexion sur la stratégie politique de la gauche, en défendant une conception positive du « populisme ».

[11] En réalité, « contrairement à ce que soutient la vison rétrospective du boulangisme, élaborée à la fin du siècle à la lumière de l’affaire Dreyfus, l’idée d’un coup d’État n’a même pas effleuré l’esprit des chefs boulangistes. Pas plus qu’elle n’a traversé celui de la foule des manifestants qui envahit les abords du restaurant Durand, où le général et son état-major sont venus fêter le raz-de-marée boulangiste » (Zeev Sternhell, op.cit., p. 57).

[12] Ernesto Laclau, La Raison populiste, op.cit., p. 108.

[13] Ibid.

[14] Voir l’entretien publié par Mediapart le 20 juin 2014.

[15] Ernesto Laclau, La Raison populiste, op. cit., p. 78.

  1. Ibid., p. 118.

[17] Ibid., p. 122.

[18] Ibid., p. 187.

[19] Ibid.

[20] Ibid. (nous soulignons).

[21] Ibid., p. 190.

[22] Ibid., p. 197 (les formules citées de Chantal Mouffe sont reprises à son compte par Ernesto Laclau).

[23] Carl Schmitt, Théorie de la constitution, puf, 1993, p. 352 et 372.

[24] Ibid., p. 382.

[25] Carl Schmitt, Légalité et légitimité, Les Presses de l’Université de Montréal, 2016, p. 46-47.

[26] Contrairement à ce que soutient Carl Schmitt, Théorie de la constitution, op. cit., p. 353.

[27] Aristote, Les Politiques, GF Flammarion, 1993, p. 263.

[28] Ahmet Insel, « La postdémocratie entre la gouvernance et caudillisme », Revue du Mauss, n° 26, 2005.

[29] Laurent Mauduit, « Pour conjurer le spectre des années 30 », Mediapart, 28 février 2017.

[30] http://www.liberation.fr/debats/2017/03/02/cher-benoit-cher-jean-luc-a-grigny-comme-ailleurs-vos-carrieres-vos-querelles-on-n-en-a-rien-a-faire_1552845.

[31] Cf. Politis 1427, 10/11/2016, p. 3, qui fait référence au livre d’entretiens de Marc Endeweld avec Jean-Luc Mélenchon, Le Choix de l’insoumission.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011