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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 07:30
la carte du tendre du pouvoir d'influence capitaliste et des concentrations dans les Médias (Le Monde Diplomatique, décembre 2016)

la carte du tendre du pouvoir d'influence capitaliste et des concentrations dans les Médias (Le Monde Diplomatique, décembre 2016)

ll y a tout juste vingt ans, le sociologue Pierre Bourdieu lançait Liber - Raisons d’agir, une maison d’édition dont deux titres — le sien, Sur la télévision (1996), et celui de Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens de garde (1997) — analysaient les effets délétères d’un journalisme de marché rongé par les connivences, le panurgisme et la précarité. Leur succès ancra dans le débat d’idées français une critique radicale des médias cultivée de longue date dans les colonnes du Monde diplomatique ; il suscita la fureur des chefferies éditoriales et la sympathie des rieurs.

Deux décennies plus tard, ce mouvement longtemps marginal a convaincu un large public, avec l’aide involontaire d’éditocrates toujours plus arrogants. Mais il a échoué à trouver dans le monde politique et syndical le levier d’une transformation concrète. En roue libre, les dirigeants de médias et leurs actionnaires continuent de mutiler l’information au point de rendre le journalisme haïssable. « Sous ce joug mortifère, écrit Aude Lancelin dans Le Monde libre (1), la presse deviendrait un jour le seul commerce à s’être éteint d’avoir obstinément refusé de donner à ses lecteurs ce qu’ils avaient envie de se procurer. »

« En lisant ton papier, je me suis régalé »

Ancienne directrice adjointe de L’Obs, chargée notamment des pages « Idées », l’auteure a été licenciée en mai dernier pour avoir franchi sur la gauche la ligne du juste milieu juppéo-macronien tenue par l’hebdomadaire (2). Son ouvrage écrit à la dague dépeint l’arrière-plan de cette éviction et brosse un portrait de groupe du journalisme intellectuel qu’on croirait inspiré du Jardin des délicesde Jérôme Bosch. Racheté en 2014 par les actionnaires du groupe Le Monde, MM. Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, regroupés au sein du holding Le Monde libre, le vénérable Nouvel Observateur fondé un demi-siècle plus tôt devient L’Obs et adopte un nouveau management destiné à usiner à moindre coût le même libéralisme molasson.

Auparavant, raconte Aude Lancelin, la pensée tiède coulait sous la plume de chefs de service puissants, bercés d’illusions littéraires et cultivant des rapports de flagornerie. « Au lendemain de la parution du journal, le flatteur devait prendre un air extatique pour s’adresser à son confrère en disant : “En lisant ton papier, je me suis régalé.” À quoi le flatté se devait de répondre, aussi empourpré que son teint le lui permettait : “Venant de toi, cela me fait particulièrement plaisir.” Avec le nouveau directeur-manager, cette page-là de l’histoire des mœurs était refermée. » Angoissé par l’écriture, le dirigeant nommé par les nouveaux actionnaires, Matthieu Croissandeau, s’épanouit en revanche dans les voyages pour annonceurs publicitaires, les croisières pour lecteurs à la retraite et les « coûteuses séances de coaching, comportant certains jeux de rôles déshonorants »,auxquelles il a inscrit d’office les hiérarques du journal.

Au sein de l’hebdomadaire qui publia naguère Jean-Paul Sartre, les idées circulent au gré des sens interdits et des passages obligés dont Lancelin cartographie l’immuable labyrinthe. À l’aversion des pères fondateurs, Jean Daniel et Claude Perdriel, pour la critique radicale répond le culte voué aux « amis du journal », au premier rang desquels trône Bernard-Henri Lévy. Les directeurs successifs, écrit l’auteure, « rampaient littéralement devant lui. À coups de bristols complices envoyés par coursier, de flatteries soigneusement calculées, de cajoleries téléphoniques à peine vraisemblables et de luxueux déjeuners au Ritz, ce philosophe Potemkine (…) avait obtenu leur complaisance pour mille ans ». Cette affinité élective cristallise le fonds commun idéologique qui unit autour du Parti socialiste les fractions dominantes du monde intellectuel, journalistique et politique depuis la fin du XXe siècle : au-delà du folklore, « il y avait la promesse de pouvoir continuer à être de gauche sans jamais se placer aux côtés du peuple ».

« Club Méditerranée de la culture »

Choses vues à l’intérieur et désormais analysées de l’extérieur : toute l’année, les directeurs de L’Obs, du Point et de Marianne (où l’auteure exerça des responsabilités éditoriales entre 2011 et 2014) « faisaient mine de s’empailler sur les tréteaux comme des marionnettes batailleuses ». Puis ils « passaient tous leurs Nouvel An à festoyer ensemble ». Leurs convergences fondamentales rendent ces individus parfaitement interchangeables : Franz-Olivier Giesbert dirigea alternativement Le Nouvel Observateur et Le Point, Laurent Joffrin Libération et Le Nouvel Observateur,cependant que Renaud Dély pouvait, comme Jacques Julliard, passer de L’Obs à Marianne. « La proximité entre tous ces personnages, lorsqu’elle vous était révélée, donnait le sentiment puissant que la presse, sous son apparence de diversité, n’était qu’une même nappe phréatique de certitudes communes, d’intérêts puissamment liés, de visions en réalité semblables, qui prenaient le soin de se partager en différents fleuves dans les kiosques seulement pour les besoins du commerce et l’amusement de la galerie. »Démonstration par l’absurde de la prééminence de la logique marchande sur celle des idées : Le Point ne résistera pas au plaisir d’enfoncer son concurrent en célébrant sans retenue l’ouvrage d’Aude Lancelin, qui pourtant reproche à L’Obs sa dérive droitière.

C’est à ces logiques industrielles et à leurs maîtres d’œuvre que s’intéresse Laurent Mauduit. Dans Main basse sur l’information (3), le cofondateur en 2008 du site Mediapart décrit l’« asservissement »des grands médias français à une poignée d’oligarques multimédias (voir « Le pouvoir médiatique en France »). Sur un ton indigné parfois un peu surjoué, l’auteur détaille les méthodes et les parcours de MM. Vincent Bolloré, Patrick Drahi, Xavier Niel ou Bernard Arnault. « Ces patrons, manifestement ivres de leur pouvoir, envisagent des censures qui, en d’autres temps, auraient été plus discrètes » — comme celle d’un reportage de Canal Plus qui égratignait un partenaire de M. Bolloré, le nouveau propriétaire.

Critique des médias, vingt ans après (Pierre Rimbert - Le Monde Diplomatique, décembre 2016)

S’offrir un média national, même croulant sous les dettes, revient à emprunter la voie rapide vers le champ du pouvoir. Comme le notent Solveig Godeluck et Emmanuel Paquette dans leur enquête sur le parcours industriel de M. Niel au sein de l’industrie des télécoms, « depuis 2010 et le rachat du quotidien de référence Le Monde, ces politiques tenus en faible estime lui mangent dans la main. On lui prête suffisamment d’influence pour changer le cours d’une élection, et il peut désormais appeler chaque membre du gouvernement sur son portable en cas de besoin (4)  ».

Ce tableau d’ensemble, estime Mauduit, « n’est pas sans rappeler les temps sombres de l’entre-deux-guerres, quand la plupart des grands journaux, propriété de l’une ou l’autre des “deux cents familles”, versaient dans la vénalité ou l’affairisme ». Est-il vraiment besoin de remonter aussi loin ?

La transformation des rapports entre la presse, le pouvoir, l’argent et les intellectuels dont Aude Lancelin subit les effets tardifs s’amorce dès les années 1980. Le Nouvel Observateur, que Bourdieu qualifiait de « Club Méditerranée de la culture », accompagne alors à grand bruit le tournant libéral des socialistes (5). Plus près de nous, Le Monde des années 1995-2005 rassemble déjà les ingrédients constitutifs de la presse d’industrie qui désormais scandalise Laurent Mauduit. Un trio indissociable composé d’Edwy Plenel, directeur de la rédaction et directeur adjoint de l’entreprise, d’Alain Minc, président du conseil de surveillance, et de Jean-Marie Colombani, directeur de la publication, préside alors aux destinées du quotidien vespéral. Ils changeront le journal en groupe de presse, feront entrer des industriels au capital, se rapprocheront de Lagardère (copropriétaire de sa filiale numérique Le Monde interactif), noueront un partenariat avec Bouygues.

Un basculement qui vient de loin

Sur la chaîne LCI, filiale de TF1, Edwy Plenel, futur cofondateur de Mediapart, anime chaque semaine pendant une décennie « Le Monde des idées », une émission de promotion littéraire où défilent les « amis » du journal comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Pierre Rosanvallon (6). Pour parfaire la fusion de la finance et de l’information, le trio décide même en 2001 l’entrée en Bourse de la SA Le Monde, un projet finalement abandonné en raison de l’effondrement des marchés. Dans l’entreprise, un management plus que rugueux brise ou écarte les gêneurs. En septembre 2003, le journaliste Daniel Schneidermann est sèchement licencié pour avoir publiquement critiqué la manière dont le trio dirigeant a tenté de disqualifier Pierre Péan et Philippe Cohen, auteurs de La Face cachée du Monde (Fayard).

Si Mauduit propose au lecteur d’instructives plongées dans les débats sur la liberté de l’information au XIXe siècle, il reste discret sur ces épisodes contemporains. On peut le comprendre. L’utilité de Mediapart dans l’espace atrophié de la presse indépendante rend inconfortables la formulation autant que l’entendement de toute critique du rôle joué vingt ans plus tôt par les cofondateurs du site. Mais, comme l’a rappelé Frédéric Lordon, « avant Mediapart de gauche, il y a eu un Monde de droite. Et ils en ont été les chefs (7) ».

Quelle importance, objectera-t-on, que Mauduit ait dirigé les pages « Entreprises » d’un Monde qui lançait en fanfare son supplément « Argent » (mars 2001) après avoir appelé les dirigeants français à « suivre la voie économique américaine, caractérisée depuis des années par des réformes de structure, une baisse de la pression fiscale, des coupes claires dans les dépenses de l’État et un retour à l’excédent budgétaire » (éditorial, 5 décembre 1998) ? À quoi bon rappeler le boulevard ouvert par Edwy Plenel à Bernard-Henri Lévy pour rapporter d’Algérie, d’Afghanistan, de Colombie, etc., des reportages truffés d’erreurs, au grand dam des spécialistes du quotidien court-circuités par le grand homme ? C’est tout simplement que ce déplacement affecta l’ensemble de la presse.

Le Monde occupait alors une position centrale et structurante au sein du champ journalistique français. Qu’il glisse à droite, et le centre de gravité éditorial bougerait avec lui. Le paysage en ruine dépeint par Aude Lancelin et Laurent Mauduit résulte aussi de ce basculement.

« Le temps est venu de se révolter contre l’état de servitude dans lequel sont placés la presse et tous les grands médias d’information, radios et télévisions », écrit aujourd’hui le cofondateur de Mediapart. Il était temps que vînt le temps.

Pierre Rimbert

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 06:59

LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL

Des truies sont abattues en Bretagne, découpées outre-Rhin et retournent dans les salaisonneries françaises

 

 

L’hebdomadaire paysan « la Moselle agricole » rendait compte récemment d’une assemblée générale des éleveurs de porcs lorrains. On apprenait qu’en 2015 la production était restée s table dans la région avec 13 500 tonnes de viande sur l’année. Mais les cochons abattus dans la région représentaient 3 128 tonnes, soit 10 % de moins sur un an. 84 000 porcs charcutiers lorrains ont été abattus dans d’autres régions de France et 3 700 à l’étranger, principalement en Allemagne.

Nous connaissons les raisons de ces transferts. En Allemagne les « travailleurs détachés » d’Europe centrale occupent environ 80 % des emplois dans les abattoirs, avec des salaires nettement inférieurs à ceux des locaux, du fait de charges sociales très faibles payées dans le pays d’origine.

Les cochons lorrains ne sont pas seuls à se faire transporter vivants outre-Rhin. C’est vrai aussi pour beaucoup de porcs belges, danois et néerlandais, qui partent en camions se faire tuer en Allemagne avant de revenir découpés dans des caisses pour être ensuite expédiés dans une multitude de magasins européens et d’entreprises qui transforment la viande porcine en charcuterie. Il arrive même que des truies à saucisson, abattues en Bretagne, soient ensuite transportées dans des camions réfrigérés pour être taillées en pièces outre- Rhin avant de revenir dans les salaisonneries françaises.

Le choix de l’Allemagne pour l’abattage ou la découpe est jugé rentable par les professionnels de la viande si le bas coût de la maind’oeuvre « détachée » permet d’économiser quelques centimes par kg une fois payé le transport aller-retour. Reste que l’augmentation du bilan carbone de la viande ainsi traitée contribue au réchauffement climatique, au gaspillage de carburant, à l’usure des véhicules, à la dégradation du bitume sur les routes et les autoroutes.

Mais le bilan carbone ne s’arrête pas là. Aux Pays-Bas et au Danemark, la perte de compétitivité des élevages porcins imputable aux bas coûts d’abattage en Allemagne a conduit beaucoup de naisseurs-engraisseurs à abandonner la production de viande pour ne plus être que des naisseurs. Désormais, ils vendent des porcelets aux engraisseurs allemands au moment du sevrage. Résultat : beaucoup d’ateliers d’engraissement de ces deux pays se sont vidés pendant que des porcheries neuves étaient construites en Allemagne.

Quand on sait que le coulage d’une tonne de béton dans le cadre de la construction d’un bâtiment correspond en moyenne à l’émission de 900 kg de CO2, faire rouler des cochons morts ou vifs sur des milliers de kilomètres dans le seul but d’économiser un centime d’euro sur une tranche de jambon est une drôle de façon de protéger le climat. Cela ne semble pourtant pas déranger nos décideurs politiques, à commencer par ceux qui veulent devenir présidents de la République en 2017.

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 08:35
Cachez ce Front populaire qu'ils veulent oublier (Jack Dion dans "Marianne")

Cachez ce Front populaire qu’ils veulent oublier

Jack DION dans « Marianne »

 

S'il y avait une commémoration que la gauche de gouvernement n'aurait pas dû louper, c'est celle des 80 ans du Front populaire.

A moins que l'oubli ne soit volontaire.

Le Front populaire, une période où la gauche, socialiste en tête, osait des réformes audacieuses capables de mobiliser les forces vives du pays. La comparaison est sûrement trop cruelle.

Dans un pays frappé de commémoritude aiguë, où l'on entretient les anniversaires comme on soigne des plantes vertes, un événement est passé quasiment inaperçu : les 80 ans du Front populaire.

Curieux oubli pour un gouvernement qui se réclame encore de la gauche. Il y a bien eu quelques initiatives locales, mais rien à la mesure du phénomène.

Pas un colloque officiel. Pas une commémoration digne de ce nom. Pas un discours destiné à marquer l'Histoire en saluant l'un de ses hauts faits, comme si le bouleversement social réalisé à l'époque de Léon Blum était quantité négligeable.

On aura ainsi passé par profits et pertes le bilan des mois qui virent l'arrivée de la gauche au pouvoir, les grandes grèves de mai et juin 1936, puis la signature des accords de Matignon. Ces derniers se sont soldés, excusez du peu, par l'instauration des congés payés, la création des allocations chômage, la semaine des 40 heures, la liberté syndicale, l'élection des délégués du personnel, la généralisation des conventions collectives, la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans (contre 10 auparavant), le droit à la retraite à 65 ans pour les travailleurs des mines, ou la création de l'Office national interprofessionnel du blé afin de soutenir les prix des denrées agricoles.

Pour la première fois depuis la Commune de Paris, des hommes (et même des femmes, suprême nouveauté) non issus des couches dominantes ont accédé aux commandes de l'Etat…

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 07:10

 

 

 

Le Monde - 18 décembre

 

Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains (LR), a confirmé dimanche 18 décembre la volonté de François Fillon, s’il est élu, de supprimer 500 000 emplois publics en cinq ans, notamment dans la fonction publique territoriale.

 

« Il y a de la marge, il n’est pas question d’affaiblir les fonctions régaliennes ou de diminuer les agents dans la fonction publique hospitalière », a expliqué ce proche de M. Fillon au « Grand Rendez-vous i-Télé - Europe 1 - Les Echos ».

Selon lui, « il y a une marge de manœuvre évidente ». « Depuis les années 1980, un million de postes supplémentaires ont été créés dans les collectivités locales », a souligné l’ancien président de l’Assemblée nationale.

 

« Il y a des doublons »

Interrogé sur la répartition de ces suppressions de postes, il a renvoyé à de futures « négociations », qui devront, selon lui, « amener à un certain nombre de précisions ». « Je ne vais pas donner des chiffres précis parce que ces choses doivent être réglées dans la concertation », a ajouté M. Accoyer.

« Il y a des doublons avec les services déconcentrés et l’administration centrale, il y a une hégémonie de l’hôpital public qui doit progressivement » évoluer, a fait valoir M. Accoyer, sans plus de précision.

Par ailleurs, M. Accoyer a assuré que la campagne de M. Fillon ne patinait pas depuis sa victoire fin novembre à la primaire de la droite, malgré des polémiques sur son programme de réforme de la sécurité sociale ou son silence sur la Syrie. « A mes yeux, tout va bien », a-t-il enchaîné.

 

 

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 06:20
Berlin. André Chassaigne juge « honteuse l'instrumentalisation des réfugiés » (L'Humanité, 2016)
L'Humanité, 20 décembre 2016
 
Le chef de file des députés Front de gauche André Chassaigne a jugé mardi « ignoble » et « honteuse », « l'instrumentalisation faite par certains » responsables politiques de la question de l'accueil des réfugiés en Allemagne, au lendemain de l'attentat de Berlin.
« S'il se confirme que le terroriste est un demandeur d'asile, un sur un million de réfugiés accueillis en Allemagne, je trouve cette instrumentalisation ignoble et honteuse », a dénoncé ce député communiste du Puy-de-Dôme lors d'une conférence de presse à l'Assemblée.
Dans son collimateur, les responsables d'extrême droite et d'une partie de la droite française qui ont ciblé de nouveau la politique d'accueil des réfugiés. La présidente du FN Marine Le Pen a ainsi demandé « l'arrêt immédiat de la répartition des migrants dans nos communes », Marion Maréchal-Le Pen a tweeté: «  : le terroriste islamiste est un migrant. responsable. En France et en Europe, stoppons ces dirigeants inconscients! ». Chez LR, le député Guillaume Larrivé a jugé que « le "wilkommen" de Mme Merkel a été une erreur historique. Sa politique migratoire absurde, hors de tout contrôle, est une tragédie ».
« Angela Merkel et les Allemands ont fait preuve de beaucoup de courage et d'une grande humanité en accueillant autant de réfugiés », a défendu André Chassaigne. « Nous sommes bien placés en France pour savoir que les terroristes sont souvent des gens issus de notre sol », a-t-il aussi fait remarquer.
« On se sent tous Allemands aujourd'hui », a insisté André Chassaigne, au lendemain de l'attaque au camion sur un marché de Noël à Berlin ayant fait 12 morts et 48 blessés. Le suspect est un demandeur d'asile pakistanais qui nie les faits, selon le ministre allemand de l'Intérieur.
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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 07:13

Ton livre Le bourg et l’atelier est le résultat d’une enquête ethnographique menée dans un atelier de la SNCF. Pourquoi ce choix ? Autrement dit, qu’apporte une telle méthode d’enquête pour saisir les réalités du syndicalisme contemporain ? Et en quoi cela rompt avec d’autres approches du syndicalisme ?

Ce livre repose sur une enquête de terrain : au cours d’une période de cinq années, de 2007 à 2012, je suis allé régulièrement dans une petite commune de 3000 habitants pour réaliser des entretiens et suivre les activités de syndicalistes cheminots travaillant pour la plupart dans un atelier de maintenance. J’étais présent lors des réunions du syndicat majoritaire, la CGT, réunions que je pouvais librement enregistrer.

Une telle immersion dans la durée permet d’établir des relations de confiance, essentielles pour connaître de l’intérieur le travail militant et pour tenter de donner à voir le quotidien des militants. En étant présent sur place, il s’agit de rendre compte de l’engagement tel qu’il se fait : adhérer, prendre des responsabilités, quitter le syndicat, participer à un conflit, devenir permanent, etc. La socialisation syndicale, c’est-à-dire la manière dont les individus sont transformés par leur insertion dans un collectif militant, est au cœur du livre.

Durant la période d’enquête, le secrétaire du syndicat laisse progressivement la place à un autre salarié : je peux analyser cette transmission qui se construit sur plusieurs années, en multipliant les points de vue. L’avantage de la méthode ethnographique, c’est qu’elle permet d’observer des pratiques militantes, de saisir des activités concrètes, alors que la plupart des études se contente le plus souvent de recueillir des discours à travers des questionnaires ou des entretiens.

En outre, lorsque j’enregistre des discours, il ne s’agit pas seulement de propos tenus à mon égard mais aussi d’échanges entre syndicalistes. Les cheminots ne répondent pas à mes questions, sur des thèmes qui a priori m’intéressent, mais ils discutent entre eux de sujets qui font sens pour eux. Avec ce dispositif, le chercheur est attentif à saisir les enjeux propres au milieu investi en se méfiant des questionnements préétablis.

Un autre apport de cette approche concerne l’inscription des activités syndicales dans leur contexte. Je ne reste pas cantonné au local syndical, ni centré uniquement sur les problématiques de l’atelier. Celles-ci sont reliées à ce qui se passe dans le bourg. Pour bien comprendre l’engagement des cheminots, il est nécessaire d’explorer leur situation dans l’entreprise mais aussi leur position dans l’espace social local.

Le syndicat est l’une des scènes sociales où les cheminots peuvent agir. Mais ce n’est pas la seule et pas forcément la plus importante. Les militants cheminots ne sont pas uniquement syndicalistes. C’est au regard de leur parcours professionnel mais aussi de leur trajectoires scolaires, résidentielles, familiales, que se dessine leur adhésion à la CGT. C’est ce que perdent de vue les approches du syndicalisme qui se réduisent à une étude, souvent hors-sol, des organisations.

L’engagement syndical est alimenté par tout un ensemble d’expériences vécues hors du travail et il se prolonge dans l’espace local, au sein de réseaux associatifs et politiques. Une démarche qui relie ce qui se passe dans les entreprises à la question du pouvoir local permet ainsi de souligner que les luttes municipales sont marquées par des conflits de classe.

Mener l’enquête dans un site local a l’avantage d’orienter le regard vers le syndicalisme de terrain, vers les militants d’entreprise, alors que seuls les appareils et dirigeants sont le plus souvent pris en compte. Des essais dénoncent régulièrement de façon schématique le pouvoir de permanents qui seraient coupés du monde du travail et mus par des stratégies intéressées de sortie de la condition ouvrière.

Il est vrai que les dirigeants nationaux, par la force des choses, sont éloignés du terrain de leur entreprise. Mais seule une toute petite minorité de syndicalistes sont permanents, la plupart n’ayant aucune décharge sur leur temps de travail. Et lorsqu’ils sont détachés à temps plein, c’est en général au terme d’une longue période de travail et d’engagement dans leur entreprise. Ils demeurent, en outre, presque toujours liés à leur lieu de travail d’où ils tirent leur légitimité, notamment parce qu’ils y détiennent fréquemment encore des mandats.

 

Tu fais le choix d’orienter ta recherche sur un secteur professionnel fortement marqué par le syndicalisme, mais dans le même temps dans un milieu rural, souvent délaissé dans les enquêtes sur le syndicalisme. Qu’est-ce qu’apporte ce choix ? S’agit-il de contribuer aux études du salariat en milieu rural, à travers ses spécificités, ou plutôt de relativiser cette dimension rurale en travaillant sur un secteur professionnel qu’on retrouve également dans les grandes agglomérations ?

En tant que sociologue à l’INRA, je mène surtout mes recherches dans les espaces ruraux et il y a un véritable enjeu à mieux faire connaitre la réalité de ces territoires sur lesquels les images toutes faites sont nombreuses.

Il faut savoir que les campagnes françaises sont essentiellement des campagnes ouvrières. Il y a cinq fois plus d’ouvriers que d’agriculteurs : la population rurale est formée à 32 % d’ouvriers contre 6 % d’agriculteurs. Voici, dans l’ordre décroissant, la liste des 10 départements français où la part des ouvriers est la plus importante : Jura, Haute-Saône, Vosges, Haute-Marne, Mayenne, Ardennes, Aisne, Doubs, Vendée, Eure. On le voit, il s’agit de départements profondément ruraux, sans métropoles majeures.

Mais cette réalité est relativement peu connue du fait de l’urbano-centrisme des élites intellectuelles contemporaines : journalistes, cinéastes, universitaires, écrivains… les professions intellectuelles productrices de représentations dominantes se concentrent dans les grandes agglomérations, essentiellement à Paris. Elles connaissent les campagnes par leur résidence secondaire ou par leurs vacances. La vision des campagnes qu’ils diffusent se réduit au tourisme ou au monde paysan qui lui, contrairement au monde ouvrier, bénéficie d’une forte visibilité médiatique et de relais institutionnels puissants.

Les ouvriers des campagnes travaillent dans une diversité de secteurs industriels : métallurgie, agro-alimentaire, nucléaire, bâtiment, logistique, etc. Dans le bourg enquêté, outre un atelier de la SNCF, on trouve également une usine de la métallurgie et un abattoir. Un peu plus loin, sont installées des entreprises du bois et des ateliers de confection.

Si j’en viens à mener l’investigation du côté des cheminots, c’est déjà un premier résultat de la recherche. Au départ, je cherche à identifier qui sont les groupes populaires qui s’engagent dans ce territoire malgré la force des processus de dépolitisation qu’ils subissent. Il m’apparaît rapidement que les cheminots jouent un rôle clef dans la vie locale. En tant que membres des fractions établies des classes populaires locales, ils peuvent s’impliquer dans la vie militante, contrairement aux autres figures ouvrières locales plus fragilisées.

La dimension rurale n’est pas forcément très déterminante dans les processus militants que j’analyse mais il existe néanmoins des spécificités de la condition ouvrière en milieu rural. Tout comme il en existe dans les milieux urbains mais cela n’est généralement guère analysé du fait d’un implicite urbain partagé par nombre d’analystes. Les chercheurs travaillant sur les classes populaires ou l’engagement dans les zones urbaines interrogent rarement ce que leurs observations doivent au contexte spatial comme si la société française était uniformément urbaine.

Parmi les particularités du groupe ouvrier dans les espaces ruraux, on peut évoquer une accession plus répandue à la propriété, des scolarités plus courtes, une prégnance des questions relatives au surendettement et aux transports. Être ouvrier en milieu rural n’expose pas à la même stigmatisation qu’en ville. Le travail manuel y occupe une place centrale et visible dans l’espace public, du fait de la part importante des ouvriers dans la population locale, mais aussi en raison de l’omniprésence du travail agricole et artisanal. Le bleu de travail est utilisé dans le travail du bois ou lors de l’entretien des propriétés.

En ville, de plus en plus, les ouvriers quittent leurs habits de travail quand ils sortent de leur établissement. A la campagne, les usines sont visibles de tous, elles jouxtent les habitations : la condition ouvrière est moins dissimulée qu’en milieu urbain et la syndicalisation peut devenir un élément de cette appartenance ouvrière.

Au-delà des variations liées à la résidence, le groupe ouvrier demeure défini par son inscription dans des rapports de classe qui s’expriment dans les espaces qu’ils soient ruraux ou urbains. Le « rural », tout comme « le quartier », sont des notions qui peuvent empêcher d’analyser la réalité des rapports sociaux, la question du territoire se substituant à la question sociale. En cela, ma recherche s’inscrit en faux avec la vision misérabiliste du géographe consultant Christophe Guilly, qui décrit les habitants du périurbain, comme étant captifs de zones reléguées, suites à des stratégies de sécession culturelle1.

Il décrit d’en haut une « contre-société » rurale homogène, repliée sur elle-même et hantée par le danger du « multiculturalisme » et de « l’immigration ». Or les conflits de classe n’ont guère disparu de ces territoires2. Loin d’être devenues secondaires par rapport à une fumeuse « question identitaire », les transformations du travail, avec la fragilisation ou le maintien relatif de collectifs ouvriers, jouent plus que jamais, en ville comme en milieu rural, dans le façonnage des représentations sociales et des possibilités de s’engager dans l’espace public.

Les principales évolutions dans les formes d’engagement syndical que je pointe dans le livre ne sont pas propres aux espaces ruraux. Elles s’observent dans la plupart des entreprises, notamment du secteur public. Par le passé, l’adhésion syndicale s’inscrivait souvent dans une logique perçue comme naturelle, issue d’un héritage familial, et elle se concrétisait au moment de l’embauche. Aujourd’hui, de nombreux syndicalistes adhèrent plus tardivement et ne font pas le récit de leur syndicalisation sur le mode de l’évidence, comme allant de soi et s’inscrivant dans une continuité familiale.

Pour les nouveaux militants, l’adhésion se fait surtout dans le cadre du travail et d’une lutte contre l’arbitraire patronal. L’engagement syndical apparaît comme un espace de défense et de recomposition de la dignité professionnelle, mise à mal par la politique de management.

 

Tu mets en lumière l’imbrication des identités professionnelles et militantes, qui se forgent à la fois dans l’atelier et dans les familles cheminotes et composées de syndicalistes. Qu’en est-il alors des identités et pratiques militantes qui dépassent le cadre de l’entreprise ? Par exemple, comment un tel secteur a-t-il perçu et participé au récent mouvement contre la loi travail, alors qu’on a pu percevoir des tensions dans la mobilisation des cheminots entre ce qui relevait des réformes internes à la SNCF et ce qui relevait du mouvement contre la loi travail dans son ensemble ?

L’engagement des syndicalistes n’est pas confiné dans l’enceinte de leur établissement. Il est irrigué par tout ce qui se passe dans cette région rurale profondément ouvrière. La situation vécue par leurs proches, notamment au sein de leur famille, joue beaucoup dans la prise de conscience sociale et politique des salariés de la SNCF.

Même s’ils appartiennent à des fractions stabilisées du salariat, relativement « protégés » par rapport aux autres, les travailleurs de l’atelier ne sont pas coupés des fractions plus fragiles des classes populaires locales. Leurs conjointes tout comme leurs enfants connaissent souvent des difficultés d’accès à un emploi stable. Et beaucoup sont passés eux-mêmes par d’autres entreprises où ils ont connu des statuts précaires et des conditions de travail éprouvantes.

Dans « le privé », ils n’ont en général pas rencontré de syndicats mais leur expérience du travail subalterne a progressivement nourri un sentiment d’injustice sociale. Une défiance à l’égard de l’autorité patronale peut trouver un débouché syndical lorsqu’ils entrent à la SNCF, là où il existe encore des syndicats.

Ces constats invitent à prendre en compte les différences entre salariés du secteur public et du secteur privé sans cependant poser de séparation franche entre ces deux univers, qui sont plus proches qu’on ne le pense souvent.

Comme ils bénéficient d’une continuité dans leur emploi et d’une stabilité professionnelle, les cheminots ont des ressources pour s’engager dans l’espace local. On les retrouve ainsi dans l’union locale CGT où ils s’organisent avec d’autres (métallos, enseignants, employés communaux, salariés de l’hôpital, etc.) pour soutenir les salariés qui sont en grande difficulté dans leur entreprise, notamment les femmes employées dans les grandes surfaces ou encore dans la maroquinerie.

Même si certains s’engagent initialement sur des problèmes personnels, par exemple pour obtenir une aide juridique un travail de politisation des engagements qui est ensuite mené incitant aux rapprochements avec d’autres groupes dans les luttes. Les syndicalistes en viennent à insérer la situation locale de l’atelier dans des enjeux globaux, sur la politique ferroviaire ou le nouveau management par exemple. De la même façon, alors que les élus locaux se présentent le plus souvent comme étant a-politiques, les syndicalistes dévoilent leur positionnement politique et informent les législations qu’ils soutiennent, concernant notamment la défense des services publics.

Sans ce travail quotidien, on ne pourrait comprendre l’ampleur d’une protestation telle que celle dirigée contre la loi Travail. Ce sont les réseaux militants, organisés dans les localités et les entreprises, qui ont assuré le succès d’une mobilisation de rue même si celle-ci dépasse les seules organisations syndicales. Les mobilisations collectives peuvent soutenues par un activisme sur le net mais elles ne naissent pas de nulle part. Il y a un travail militant sur le terrain, pendant les périodes creuses du mouvement social, qui édifie les cadres des protestions populaires futures.

Oui, il y a pu avoir des tensions dans la mobilisation contre la loi El Khomri car les cheminots ont leur propre calendrier et leur problématique de mobilisation. Depuis surtout 1995, on attend beaucoup d’eux, on met continuellement en avant leur rôle moteur, mais ils doivent également s’assurer du maintien d’une assise militante conséquente dans leurs établissements. Être un syndicat d’adhérents mettant l’accent sur la constitution d’une organisation produit des contraintes que les plus petits collectifs n’ont pas.

À la CGT, la consolidation de l’organisation, sa pérennité, constitue une priorité, parfois davantage que le maintien d’une conflictualité sociale lorsqu’elle est jugée peu productive. Mais, dans les faits, les deux dimensions vont ensemble : le déclenchement de grandes mobilisations fait venir de nouveaux adhérents au syndicat.

 

Tu évoques à plusieurs reprises les formes de politisation, les engagements extra-syndicaux des cheminots, notamment dans l’arène électorale locale. D’un autre côté, tu soulignes que le syndicalisme reste quasiment la dernière forme d’encadrement militant des classes populaires, ou du moins d’une partie d’entre elles. Comment alors décrirais-tu les processus contemporains de politisation de ces classes populaires en milieu rural ? Peux-tu établir des comparaisons avec tes recherches antérieures sur les militants du PCF ?

La domination politique des classes populaires et, plus particulièrement des fractions ouvrières, est aujourd’hui particulièrement prononcée. Les ouvriers sont largement absents des assemblées électives, bien sûr à l’Assemblée Nationales mais aussi dans les municipalités, y compris au sein des campagnes françaises pourtant très majoritairement populaires. Le pouvoir local est monopolisé par des représentants des classes moyennes et supérieures pourtant minoritaires dans les territoires ruraux.

Cette exclusion politique des classes populaires est, on le sait, une auto-exclusion. Outre le temps et la fragilité économique, c’est surtout un manque de confiance en soi, un sentiment d’incompétence au sein des classes populaires qui assure l’assise de la domination politique des fractions bourgeoises et petites-bourgeoises de la population. Or le syndicat est un outil de combat contre la honte sociale qui freine la participation politique. Je montre dans l’ouvrage que le passage par le syndicat permet aux ouvriers du site de déployer de nouvelles pratiques dans la vie locale, au sein des municipalités ou de diverses associations.

L’apprentissage militant à l’œuvre au sein du syndicat permet aux ouvriers de tenir un rôle de représentant dans l’espace public. Il offre, plus largement, la possibilité aux catégories populaires de s’affirmer dans un espace émancipé de la domination salariale et de contrer les processus qui les excluent de la vie publique au motif qu’ils seraient moins compétents que d’autres. Oser tenir tête au patron dans l’entreprise amène à s’affirmer également dans la localité face au directeur d’école, au notable, au maire, etc.

Ce livre vient à la suite de recherches menées sur le PCF et de l’ouvrage Le Communisme désarmé(Agone, 2014). Il poursuit une réflexion sur les difficultés de la gauche de gauche à être en phase avec les aspirations des classes populaires. De façon significative, plus aucun cheminot en activité du syndicat étudié n’est membre du PCF. Certains l’ont quitté lorsque la direction nationale ne donne pas d’orientations claires concernant les alliances électorales pour les municipales de 2008 et 2014.

En devenant une organisation décentralisée dont les dirigeants adoptent des stratégies électorales à géométrie variable selon les rapports de force électoraux locaux, le PCF s’éloigne du mode de fonctionnement de la CGT reposant sur la force du collectif. Les cultures organisationnelles communistes et cégétistes se distancient, et les syndicalistes se trouvent en porte à faux avec un PCF qui n’a plus de ligne et devient, dans certains territoires, une coquille vide au service des élus. Les trajectoires contemporaines vers le syndicat se distinguent des modalités d’engagement au sein du parti que j’avais analysé précédemment et où prédominent les logiques d’héritage.

Le faible renouvellement des réseaux communistes à partir des années 1980 se traduit par la prégnance des logiques familiales de reproduction du corps militant. Pierre Laurent, par ailleurs fils de Paul Laurent (député et cadre de l’appareil dans les années 1970-1980) et frère de Michel Laurent (ancien responsable de la fédération de Seine-Saint-Denis) symbolise la puissance de l’engagement familial au sein du PCF que l’on retrouve dans les municipalités et les directions locales du PCF.

S’ils peuvent être issus de familles ouvrières, parfois politisées à gauche, les dirigeants de la CGT sont rarement des enfants de cadres syndicaux. Souvent, ils rejoignent le syndicat lors de conflits au travail et prennent des responsabilités à l’issue de mobilisations collectives. On peut aussi mentionner que les processus de professionnalisation ou de spécialisation de l’engagement ne sont pas du même ordre pour les deux organisations. La base militante du PCF s’est profondément réduite depuis les années 1980, laissant au premier plan essentiellement les élus et leurs collaborateurs. Les cadres de la fonction publique territoriale forment un groupe central au sein du PCF, qui a perdu son lien privilégié avec le syndicalisme qui, lui, dans une entreprise comme la SNCF reste ancré dans certains milieux populaires.

Les militants de la CGT ont souvent connu des trajectoires scolaires courtes ou accidentées, subi les remises en cause de l’emploi public et demeurent en contact régulier avec les classes populaires déstabilisées. Le fait que, dans la fonction publique, la CGT soit surtout influente au sein du corps des salariés de catégorie C, chargés des fonctions d’exécution, alors que les militants et élus communistes proviennent davantage du corps des encadrants, de catégorie A, rend compte de cette différenciation sociale entre les deux organisations.

Autre différenciation significative : l’accès aux postes de permanent ne suit pas les mêmes temporalités selon les organisations. Au PCF, les jeunes militants qui prennent des responsabilités se professionnalisent souvent dès leur sortie du système scolaire, en devenant par exemple collaborateur d’élu ou chargé de mission dans une collectivité territoriale après parfois un cursus universitaire de formation aux métiers politiques (communication, science politique, gestion publique locale, etc.).

L’accession au poste de permanent est plus long pour les syndicalistes. Dans le syndicat étudié, les cheminots de l’atelier acquièrent souvent tardivement ce statut lorsqu’ils ont une quarantaine d’années. Loin d’être spécifique aux dirigeants locaux, ce type de parcours se retrouve au sommet du syndicat. En raison de ces parcours, même si les cadres syndicaux s’éloignent progressivement de la condition ouvrière, ils maintiennent pendant une longue période des liens forts et quotidiens avec les classes populaires. Du fait de leurs lieux de résidence, des liens entretenus avec leurs anciens collègues mais aussi de leurs relations familiales, ils demeurent souvent toujours inscrits dans les milieux du salariat subalterne. Ce qui est rarement le cas des permanents politiques du PCF.

Propos recueillis par Vincent Gay.

Notes

La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014. Voir Benoît Bréville & Pierre Rimbert, « Une gauche assise à la droite du peuple. De Terra Nova à Christophe Guilluy, recompositions idéologiques autour des fractures territoriales », Le Monde Diplomatique, mars 2015, p. 8-9.
Cf. « Campagnes populaires, campagnes bourgeoises », Agone, 51, 2013.
Julian Mischi, Le bourg et l’atelier. Sociologie du combat syndical, Marseille, Agone, 2016, 408 p., 23€.

Julian Mischi, Le bourg et l’atelier. Sociologie du combat syndical, Marseille, Agone, 2016, 408 p., 23€.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 07:06
Affiche de mai 1968

Affiche de mai 1968

La France n'est pas particulièrement généreuse envers ses chômeurs, selon une note du Trésor public diffusée ce mercredi 21 décembre, comparant les taux d'indemnisation pratiqués dans 16 pays européens.

La direction générale du Trésor, qui dépend de Bercy, a comparé, dans ces 16 pays, les revenus de remplacement accordés aux chômeurs en 2014. Mais elle ne s'est pas bornée aux seules allocations chômage et a tenu compte des autres allocations (logement, familiales...) et réductions d'impôts, dont bénéficient spécifiquement les demandeurs d'emploi dans certains pays.

Cette analyse "révèle que, en moyenne, la France ne se singularise pas dans le paysage européen", selon le Trésor.

En France, les chômeurs bénéficient, en début d'indemnisation, d'un taux de remplacement net moyen (après cotisations et impôts) de 67% par rapport à leur ancien salaire, soit un niveau comparable à la Belgique (68%), l'Allemagne (67%), l'Irlande (67%), la Norvège et l'Italie (66%) et légèrement inférieur à la moyenne des pays testés (69%).

C'est nettement moins qu'au Luxembourg (87%), au Danemark (84%), en Suisse (77%), en Finlande (76%), au Portugal (74%) et aux Pays-Bas (71%). Seuls l'Autriche (64%), l'Espagne (61%), la Suède (56%) et le Royaume-Uni (54%) sont moins généreux que la France.

Le système français est, en revanche, le pays le plus favorable aux chômeurs qui ont perdu un salaire élevé (supérieur à deux fois le salaire moyen qui s’éleve à 26 061 euros en 2013 selon l’Insee). Dans ce cas, leur taux de remplacement net est en moyenne de 68% en début d'indemnisation, soit 20 points de plus que le taux moyen de l'échantillon (48%).

Autre spécificité française: "le revenu de remplacement des demandeurs d'emploi provient principalement des allocations chômage", contrairement à d'autres pays, où il est principalement lié à d'autres transferts sociaux ou à des baisses d'impôts.

En Allemagne, "ce sont surtout les exonérations d'impôts qui contribuent à accroître le revenu des demandeurs d'emploi", et au Royaume-Uni, les autres aides, notamment familiales, sont prépondérantes.

En France, au bout de deux ans d'indemnisation, quand beaucoup de demandeurs d'emploi arrivent en fin de droit, "le taux de remplacement net chute fortement".

Ainsi, dans le cas d'un couple avec deux enfants, dont un seul époux avant d'être au chômage travaillait pour un revenu égal au salaire moyen, le taux passe à environ 55%, "un niveau très en-dessous de ce qui est observé dans la majeure partie des autres pays

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 07:31
"Hystérisation: "Macron-la-finance" confond charisme et hurlements" (Jean-Emmanuel Ducoin, L'Humanité)
Hystérisation(s)
VENDREDI, 16 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin. « Macron-la-finance confond charisme et hurlements. »

Rhétorique De certaines images politiques affleure souvent la démesure grandiloquente, sinon grotesque, des personnages qui les incarnent, comme la signification symbolique de notre époque. À quelques mois d’échéances électorales majeures « perdues d’avance », beaucoup pensent la gauche en déroute, qu’elle ne sait plus où elle va ni comment. Soit. Encore conviendrait-il de savoir de quelle gauche nous parlons. Dans la séquence actuelle, où les bonnes âmes consacrent à longueur d’antenne « l’union pour survivre » face à la droite extrême de François Fuyons et l’extrême droite de Fifille-la-voilà, la tentation faible des médias dominants et des « penseurs de gôche » tenant chroniques un peu partout consiste à encenser – la forme comme le fond d’ailleurs – le premier discours de Macron-la-finance. Le cirque du « petit prodige » transformé en « homme providence » recommence, alimenté par la rhétorique de l’ancien ministre de l’Économie lors de son meeting, porte de Versailles. Partant de l’adage intellectuel qui consiste à dire que plus nous nous crions haut et fort moins nous avons de choses sincères à exprimer, la harangue surréaliste du candidat d’En Marche !, prisonnier d’une exaltation surjouée jusqu’aux ultimes mots prononcés, se révèle une authentique plongée dans la supercherie des communicants, qui nous ont habitués à l’aspiration par le vide. Qu’avons-nous vu en vérité ? L’ex-ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a-t-elle tort en affirmant que les envolées de Macron-la-finance ressemblaient aux prêches vitaminés du personnage campé par Leonardo DiCaprio dans le film le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese ? Confondre à ce point charisme et hurlements, art oratoire et hystérisation de son propos, a quelque chose de confondant sinon d’inquiétant. Nous n’irons pas jusqu’à prétendre que le trader sommeille sous l’homme. En revanche, nous savons que sous le projet politique, mâtiné d’oraison funèbre pour le socialisme, nous apparaît clairement l’ambition d’une société de type capitaliste décrispé, où l’argent et la réussite par l’argent deviennent valeur cardinale. Il y a du Tapie chez lui, en plus classieux, en plus éduqué.

« Googlisation » Vous clamerez, et vous aurez raison, que nous étions déjà informés sur le profil de l’éphémère conseiller de Normal Ier. Souvenons-nous. Dans l’exercice de sa fonction à la tête de l’économie française, l’une des administrations les plus régaliennes qui soient, Macron-la-finance possédait déjà une double singularité. D’abord et avant tout, il se prenait pour ce qu’il n’était pas : un ministre de gauche. Ensuite, autant l’admettre, il regardait le peuple de gauche comme Tintin au Congo, avec mépris et défiance. Avec lui, la « libre parole », qualifiée de « moderne », avait déjà l’apparence non pas des trahisons – que peut-il trahir d’une famille dont il n’est pas membre ? – mais bel et bien d’une forme de condescendance nourrie à l’acide financier. S’il veut « façonner le capitalisme à l’image de nos ambitions », il tente de porter l’habit du « progressiste » mais souhaite néanmoins abolir les 35 heures, en finir avec le statut de la fonction publique (« plus adapté au monde tel qu’il va », « un statut plus justifiable », déclare-t-il) et, bien sûr, libéraliser à tout va l’économie française pour « l’adapter à la globalisation », etc. Là où un homme authentiquement de gauche proposerait prioritairement de réinvestir le champ des idées et des principes fondateurs du pacte républicain et de la citoyenneté afin de sécuriser la situation sociale, Macron-la-finance avance tout le contraire. Ne vient-il pas d’attaquer les syndicats en suggérant que ces derniers faisaient « trop de politique » ? Une critique tellement minable qu’on pourrait lui rétorquer que lui, pour le coup, n’en fait pas assez (de politique) en prônant la « googlisation » technocrate des idées. Façon Wall Street.

 

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 10:00
Pas de coup de pouce pour le Smic: "La décision du gouvernement est lamentable" (Pierre Laurent)
Pas de coup de pouce pour le Smic: "La décision du gouvernement est lamentable" (Pierre Laurent)

 

Triste performance !!

***************
Le Smic horaire brut a augmenté de 11,5% durant le mandat de l'ex-président de droite, contre environ 6% sous le président socialiste. Sous Nicolas Sarkozy le gain était ainsi d'environ 144 euros par salarié... mais il a été de seulement 82 euros pour Hollande.

 

 

Smic : "La décision du gouvernement est lamentable" (Pierre Laurent)

 

La ministre du travail Myriam El Khomri vient d'annoncer qu'il n'y aurait pas de coup de pouce pour le smic en 2017. Cette décision du gouvernement est lamentable. L'indifférence du quinquennat Hollande à l'égard des salarié-e-s les plus modestes est indigne d'un gouvernement de gauche. Les coups de pouce aux grands patrons se sont multipliés comme en témoigne les 41 milliards d'euros du CICE qui, loin d'avoir le moindre effet positif sur l'emploi, viennent nourrir les dividendes records versés aux actionnaires, les retraites-chapeau et autres parachutes dorés.

Le PCF propose une augmentation immédiate de 23% du SMIC pour le porter à 1400 euros net environ et une progression visant 1700 euros net à la fin du prochain quinquennat. Indissociablement, les salaires de chaque premier niveau des grilles de classification des différentes branches doivent être également augmentés.

Nul doute qu'un gouvernement de gauche déterminé à combattre la finance pourrait se donner les moyens d'une telle politique. Rappelons que l'évasion fiscale fait perdre chaque année à la France près de 80 milliards d'euros de recettes.

 

 

Le smic sera revalorisé de 11 euros nets par mois au 1er janvier, sans "coup de pouce"
LAURENCE MAURIAUCOURT
LUNDI, 19 DÉCEMBRE, 2016, L'Humanite

Le Smic sera revalorisé de 11 euros nets par mois au 1er janvier, sans "coup de pouce"

Le Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) augmentera de 0,93% au 1er janvier 2017, passant de 9,67 à 9,76 euros brut de l'heure, sans "coup de pouce", ont indiqué lundi deux sources syndicales à l'AFP.

Une personne salariée à plein temps (35h) rémunérée au Smic touchera donc 1 480,27 euros brut mensuels, soit une hausse de 13,65 euros par rapport à 2016. Le Smic net s'établit, quant à lui, autour de 1 153 euros, en hausse de 11 euros. Comme lors des quatre dernières revalorisations, le gouvernement n'a pas accordé de coup de pouce. 

 
Pas de coup de pouce pour le Smic: "La décision du gouvernement est lamentable" (Pierre Laurent)
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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 07:14
drapeau basque en Palestine, Béthléeem (photo I. Dupont)

drapeau basque en Palestine, Béthléeem (photo I. Dupont)

«L'Espagne et la France sont responsables de ce qui se passe au Pays basque»
 PAR ANTTON ROUGET

Secrétaire général d’Interpol de 1985 à 2001, le Britannique Raymond Kendall est aujourd’hui membre du groupe international de contact (GIC) censé coordonner la commission de désarmement de l’ETA.  Il dénonce l’inflexibilité des gouvernements français et espagnol. 

L’opération policière de Louhossoa n’est que le dernier épisode du récit de l’échec du processus de paix basque. Vendredi soir, dans ce village du Pays basque français, cinq personnalités locales ont été interpellées dans le cadre d’un vaste coup de filet antiterroriste. Présentée par le ministère de l’intérieur comme un nouveau coup porté à l’organisation ETA, l’opération a en réalité visé un groupe de militants pacifiques ayant pris en main la démilitarisation de 15 % de l’arsenal du groupe armé.

Car depuis 2011 et l’arrêt de la violence au Pays basque, les gouvernements refusent de s’asseoir à la table des négociations. « Ce qui se passe aujourdhui est de la responsabilité des États », dénonce, dans un entretien à Mediapart, Raymond Kendall, secrétaire général d’Interpol de 1985 à 2001 et membre du groupe international de contact (GIC). Fondé en 2011 au lendemain de la « conférence pour la paix » conduite par le Prix Nobel de la paix Kofi Annan, le GIC réunit plusieurs personnalités internationales, expertes en résolution de conflit chargées de la coordination du processus de paix basque. Il est notamment composé de Brian Currin, expert de la commission « vérité et réconciliation » post-apartheid en Afrique du Sud, de Silvia Casale, criminologue, membre de la commission chargée de la révision des peines pour l’Irlande du Nord et présidente, de 2000 à 2007, du Comité européen pour la prévention de la torture (CPT), ou encore d’Alberto Spektorowski, professeur de science politique à l’université de Tel-Aviv (Israël), membre de la délégation israélienne au sommet de Camp David en juillet 2000.

Comparant la situation avec le désarmement de l’IRA planifié avec le gouvernement britannique, Raymond Kendall révèle que Paris n’a jamais voulu donner suite aux sollicitations du GIC, dit « comprendre » les motivations des militants pacifiques de Louhossoa et s’inquiète des « frustrations » que cette situation engendre au sein de la société basque et de l’ETA. Entretien.

Cinq représentants de la société civile ayant mené une action de désarmement de lETA ont été transférés à Paris ce dimanche afin d’être présentés à un juge dinstruction. Comment en sommes-nous arrivés à cette incroyable situation ?

Pour moi, tout cela vient du fait que les autorités françaises et espagnoles ont refusé de discuter de ce sujet avec les personnes qui étaient équipées pour le faire. Le fait est que nous avons cherché le moyen de créer les conditions d’un désarmement, au niveau juridique notamment. Dans tous les accords de désarmement, les gens qui ont reçu les armes ont eu des immunités fixées par le gouvernement pour qu’ils soient protégés chaque fois que sont déplacés les armes, explosifs et munitions.

Ici, le procureur va poursuivre les personnes qui ont été arrêtées pour les délits qu’elles ont commis, en réceptionnant les armes parce qu’elles ont fait ça illégalement sans avoir la protection d’un accord. On peut se dire : « Oui mais ces gens-là essayaient de récupérer des armes, etc. » En fait, ils ont essayé de mettre en place un désarmement sans avoir pris les précautions nécessaires. C’est pour cela qu’ils se trouvent dans cette situation et, malheureusement, on ne peut pas tellement protester puisqu’ils connaissaient bel et bien les risques qu’ils prenaient.

Pourquoi ?

À partir du moment où les membres de l’ETA ont dit qu’ils étaient d’accord pour rendre leurs armes, ils voulaient que des conditions de protection soient accordées avant de le faire. Ils savaient très bien que s’ils étaient trouvés en possession d’armes, quelles que soient les conditions, ils seraient poursuivis.

Or les États ont chaque fois refusé, en disant : « Vous faites ce que vous voulez, nous, on veut que vous rendiez tout ce quil y a à rendre sans conditions et que lorganisation soit dissoute. » Ce qu’ils demandaient en fait aux gens de l’ETA était tout simplement impossible. Il est arrivé exactement la même chose en Irlande du Nord, sauf que le gouvernement britannique était d’accord pour fixer les conditions juridiques dans lesquelles le désarmement pouvait se faire.

Quelle différence avec lexemple irlandais ?

C’est très simple. L’initiative pour le désarmement de l’IRA a été prise par le gouvernement britannique. C’est donc lui qui contrôlait tout et maîtrisait parfaitement les conditions juridiques, adoptées par le parlement, pour faire ce qu’ils ont fait.

Cela a été un peu compliqué à mettre en œuvre car on ne devait pas donner la possibilité à l’ensemble des membres de l’IRA de transporter des armes. Les conditions qui ont été fixées étaient parfaitement raisonnables et jugées acceptables par l’ensemble des parties. Mais ici les décideurs bloquent. Les seules personnes qui pouvaient débloquer la situation étaient les autorités gouvernementales françaises et espagnoles, mais elles ont refusé jusqu’ici de négocier quoi que ce soit.

L’Espagne, surtout, veut que l’ETA se rende sans conditions. Pour la France, ce n’est pas compliqué : chaque fois que l’Espagne dit quelque chose, elle dit « daccord ». Je me rappelle que Manuel Valls, quand il a pris ses fonctions de ministre de l’intérieur en 2012, est allé en Espagne et a dit publiquement : « Nous sommes avec vous. Tout ce que vous préconisez, nous le suivons. » Ils ne veulent rien écouter sur le sujet. C’est pour cela que nous en sommes là aujourd’hui.

Pourquoi une telle inflexibilité ?

Cela a toujours été le cas. Il est plus simple pour les gouvernements de dire : « Écoutez, il sagit dune organisation terroriste. Point final. » Jusqu’en 2011, il y a eu des attentats. Le temps a depuis passé sans une action de la part de l’ETA. Le danger s’est éloigné. L’ETA a passé cinq ans sans commettre d’attentat : on peut légitimement croire ce qu’ils disent. 

Je crois que l’attitude des gouvernements commence à créer une situation difficile pour l’État français, alors qu’il est obligé de faire appliquer la loi sachant qu’il a toujours refusé de créer les conditions pour que l’ETA rende son arsenal. Le blocage est total. Ce qui compte maintenant est la manière dont l’opinion publique peut percevoir la décision des représentants du mouvement social [de procéder eux-mêmes au désarmement – ndlr]. Car cela ne se résume pas à une simple infraction à la loi : en faisant cette action, ils ont essayé de démilitariser une organisation terroriste et armée.

Justement, le nouveau ministre de lintérieur Bruno Le Roux a estimé samedi que« personne na le droit de se proclamer destructeur darmes » et a sous-entendu que le groupe aurait pu détruire des preuves. Comment analysez-vous cette déclaration ?

Le ministre de l’intérieur est quand même obligé d’appuyer l’action de son gouvernement. Il y a une explication très simple qui dit : « Ce sont des gens qui ont enfreint la loi. » Mais, moralement, l’opinion publique n’accepte pas ce genre d’arguments dans les circonstances dans lesquelles tout ça se présente. Elle va répondre : « Mais, écoutez, que pouvaient faire ces gens-là ? Ces armes, ils voulaient les rendre, mais vous ne facilitez pas les choses. » Le gouvernement a eu durant cinq ans la possibilité de régler cette question une bonne fois pour toutes mais a toujours refusé toutes les propositions qui ont été faites.

Au début, quand notre groupe s’est formé, nous avons immédiatement créé la commission de désarmement. Cette commission a commencé à travailler. Il y a même eu un premier semblant de rendu de son arsenal par l’ETA, mais ce n’était pas vraiment sérieux. Aujourd’hui, nous avons quasiment arrêté le travail de la commission car cela n’allait nulle part, pour les raisons que j’ai expliquées précédemment.

Les gens de cette commission ont l’expérience irlandaise, ils savent ce qu’il faut faire. Mais, chaque fois que quelqu’un a fait des propositions officielles, cela a échoué. Le gouvernement français, par exemple, ne reconnaît même pas notre groupe. Il ne veut pas discuter avec nous.

Et puis, il y a eu cet incident ridicule où nous avons été convoqués au commissariat de Bayonne pour nous expliquer [en mars 2014, après la remise d’une infime partie du stock d’armes de l’ETA justement – ndlr]. Je veux bien croire que le ministre de l’intérieur est un peu embêté, surtout parce qu’il a agi [vendredi] à partir d’une information qui ne venait même pas de la France. C’étaient des informations qui venaient d’Espagne. Alors il peut dire lui même : « Ah oui, mais nous, on coopère avec les Espagnols, etc., etc. »Mais cela n’explique pas le refus qu’a opposé le gouvernement pour essayer de trouver une solution.

Avez-vous cru que Paris aurait pu sengager dans le processus de paix après la conférence internationale pour la résolution du conflit basque du 17 octobre 2011 ?

Les gens de l’ETA pensaient pouvoir négocier avec la France. Notre groupe aussi pensait qu’on pouvait peut-être changer l’attitude de la France, même si on ne pouvait rien faire en Espagne.

Nous avons notamment cru qu’un argument humanitaire pouvait marcher. Les prisonniers, par exemple, ont essayé de négocier le rendu des armes afin d’améliorer leurs conditions de détention. Il faut dire que la France comme l’Espagne ont été condamnées par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions dans lesquelles les prisonniers sont maintenus en détention. Toutes les conditions prévues par les textes internationaux ne sont pas respectées ni par la France, ni pas l’Espagne. Nous avons évidemment voulu régler cela avec les autorités. Mais la porte a été refermée chaque fois.

La protestation contre les interpellations sorganise au travers de manifestations et de pétitions. Localement, des représentants de tous les partis politiques réclament la libération des personnes interpellées. Des mouvements comme Greenpeace France, Attac, la Ligue des droits de lhomme ou la Confédération paysanne se sont joints à cet appel. Cette contestation peut-elle mettre en difficulté le gouvernement de Bernard Cazeneuve ?

Il y a de nombreuses oppositions qui se manifestent. En France notamment, le mouvement social et les politiques de la région sont entrés en jeu pour essayer de régler le problème et il y a eu un début de protestation de certains représentants politiques français. Il faut attendre quelques jours pour voir comment cela va évoluer.

Il est évident que cela pourrait devenir un vrai problème politique pour le gouvernement. Mettez-vous à la place des gens dans la rue. S’ils examinent la situation, ils vont dire : « Mais, attends, la décision judiciaire [de poursuivre les personnalités interpellées – ndlr] ne me paraît pas acceptable dans le cas où il sagit de personnes qui essayent de désarmer une organisation terroriste. Cest le gouvernement qui lempêche.»

Je comprends par ailleurs la frustration de ces représentants du mouvement social qui ont fait l’action [de Louhossoa]. Cela s’explique. Quand vous êtes bloqué chaque fois, quoi que vous proposiez, il est évident que cela pousse les gens vers la frustration. Heureusement, que l’ETA elle-même n’a pas fait part de sa frustration. Cela aurait pu mener à la reprise des attentats.

 

 

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