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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 19:44
Déclaration du Conseil National du Mouvement de la Paix avant le second tour des élections présidentielles: faire barrage au FN, se rassembler et agir pour un monde de paix

Déclaration du Conseil National du Mouvement de la Paix avant le second tour des élections présidentielles

 Le Mouvement de la Paix appelle à faire barrage au Front National, à se rassembler et à agir pour la construction d’un monde de justice et de paix. À la veille d'échéances électorales majeures dans notre pays (présidentielles et législatives) le Mouvement de la Paix par une déclaration en date du 17 Avril 2017 a rappelé un certain nombre de ses valeurs, analyses et propositions sur la base de son projet triennal (2014-2017) Il a souhaité que les électeurs et électrices prennent en compte ces éléments au moment de leurs choix électoraux.

Nous savons que de nombreux électeurs et électrices ont apprécié la déclaration du Mouvement de la Paix tout en n’en tirant pas les mêmes conclusions au plan de leurs choix électoraux. Si, bien, sur chacun est totalement libre de ses choix de vote, le Mouvement de la Paix, estime de sa responsabilité de dire qu’aucune voix ne doit aller en faveur de la candidate du Front national et que tout doit être fait pour faire barrage au Front National avec un score le plus faible possible. Le niveau atteint par le vote FN montre à la fois que :

- l'idéologie fascisante du noyau dur de l'extrême-droite, idéologie de discriminations excluantes, d’expression du négationisme, de désignation de boucs émissaires, de xénophobie et de racisme, continue de progresser en France sans rencontrer de riposte suffisante, argumentée et médiatisée.

- mais aussi que nombreux sont les électeurs et électrices qui utilisent le bulletin de vote Marine La Pen exprimer leur écœurement, leur révolte devant les injustices, le chômage massif, les mensonges et pratiques des dirigeants économiques et politiques du pays. Cette expression est l'un des résultats de la crise profonde de notre société, crise économique, sociale, environnementale et morale.

Ces derniers se trompent de colère et se raccrochent à des promesses fallacieuses .Il sont la cible d’une démagogie habilement orientée en direction de chaque segment de la population. Le développement des idéologies nationalistes et d'extrême droite tant en Europe, aux ÉtatsUnis, que dans d’autres Etats est une menace pour la paix et pour l'amitié entre les peuples qui est à la base du vivre ensemble et d'une culture de la paix. De plus, le Front National propose de porter les dépenses militaires en France à 3 % du PIB soit un doublement des dépenses actuelles c’est à dire des dépenses militaires supplémentaires de l’ordre de 150 milliards d’Euros sur 5 ans. Cependant, nous sommes aussi bien conscients que la logique ultralibérale, qui inspire une mondialisation caractérisée par une logique financière et spéculative, accentue la fracture entre riches et pauvres, au sein de notre société et entre les pays.

Cette logique qui met en concurrence les peuples et les individus, est facteur de tensions, de violences multiples et de guerres et impose à de nombreux peuples des régressions sociales et humaines intolérables alors que la culture de la paix nécessite progrès social et justice.

D’autres voies et solutions existent pour résoudre durablement cette crise grâce à la solidarité entre les peuples et la réalisation concrète des aspirations des peuples et des droits humains (économiques, sociaux, démocratiques, environnementaux, culturels et droit à la paix) en France et dans le monde.  

Ces solutions nécessitent, pour leur réalisation, le soutien et l’engagement résolus des citoyens et citoyennes dans les actions nécessaires et le renforcement des associations et organisations démocratiques. Il faut que progressent partout en France et dans le Monde les idéaux de justice, de respect mutuel, de solidarité et de paix, déjà bien menacés dans le contexte actuel. C'est pourquoi le Mouvement de la paix, appelle au second tour des élections présidentielles à faire barrage au Front National, en utilisant le seul bulletin de vote qui reste à notre disposition, ce qui ne signifie aucunement un soutien au programme libéral et flou de l'autre candidat, ni une acceptation des modalités de cette élection, car pour nous l'essentiel reste de se rassembler et d'agir pour la construction d’un monde de justice et de paix.

Le Mouvement de la paix appelle par ailleurs :

- à participer massivement aux manifestations et rassemblements du 1er Mai en s’exprimant pour la paix, la démocratie, le progrès social et la solidarité internationale.

- à se rassembler et à participer à toutes les luttes actuelles pour la construction d’un monde de justice et de paix.

- à choisir au moment des législatives des candidats qui agissent et s’engagent pour la paix et la construction d’une culture de la paix et de la non-violence.

- à s’engager activement dès à présent dans la préparation des marches pour la paix qui se dérouleront partout en France le samedi 23 Septembre dans le cadre de la journée internationale de la paix.

« Le ventre est toujours fécond d’où est sortie la bête immonde » Bertolt Brecht

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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 05:18
Le FN n'est jamais du côté des salariés
 PAR DAN ISRAEL ET MARINE TURCHI

Pour nombre d'ouvriers et de précaires, Marine Le Pen est celle qui les entend le mieux. Mais dans les faits – les déclarations de ses dirigeants, leurs votes, leurs décisions, et même leur programme –, le Front national ne défend pas les intérêts des salariés. Démonstration en trois points.

 

Un grand, un immense sourire. En se rendant à l’improviste aux côtés des salariés de Whirlpool en grève à Amiens, mercredi 26 avril, Marine Le Pen ne cachait pas sa joie devant le coup de com’ qu’elle s’est offert aux dépens d’Emmanuel Macron. Elle s’est prêtée de très bonne grâce aux selfies réclamés par les salariés dont l’usine fermera l’an prochain, ravis de cette rencontre inopinée. En une visite éclair de 20 minutes, et en s’évitant toute discussion de fond, la candidate du Front national a consolidé son image de responsable politique à l’écoute des ouvriers et soucieuse de protéger les Français les plus fragiles des méfaits d’une mondialisation malheureuse. 

Indéniablement, cela fonctionne. Un des représentants CFDT de l’usine a admis publiquement qu’il votait Marine Le Pen. Pour nombre de salariés et de précaires, elle est celle qui les entend le mieux, celle qui est proche d’eux. Et pourtant. Derrière les mots, au-delà des postures destinées à lui rallier le plus grand nombre de voix, le Front national n’est pas aux côtés des salariés. Bien sûr, son programme prétend soutenir les services publics, lutter pour l’amélioration des bas salaires, en finir avec la loi sur le travail. Mais dans les faits, les déclarations de ses dirigeants, leurs votes, leurs décisions, et même leur programme, tout se conjugue pour attester que le parti frontiste n’a au fond que faire des travailleurs ou des plus précaires. Démonstration en trois points.

  • UN PARTI LOIN DES LUTTES SOCIALES

En se rendant directement à l’usine Whirlpool, pendant que l’intersyndicale rencontrait Emmanuel Macron à la chambre de commerce, Marine Le Pen s’est aussi épargné un délicat face-à-face avec les syndicalistes. Car lorsqu’il s’agit de prendre clairement position sur les mouvements sociaux, sur le droit de faire grève ou même de manifester, au FN, l’embarras règne. Jamais on n’a vu ses militants défiler aux côtés des salariés ou des retraités, du public comme du privé. Il y a un an, alors que les manifestations et les grèves battaient leur plein contre la loi El Khomri, Florian Philippot, le numéro deux du parti, était sérieusement gêné pour dire son soutien au mouvement, tellement il craignait de paraître cautionner une action de la CGT.

Le 20 mai 2016 sur Europe 1, Marine Le Pen elle-même se disait en faveur de l’interdiction des manifestations : « En situation d’état d’urgence, il n’y a pas de manifestation », lançait-elle. Avant de faire volte-face un mois plus tard sur TF1, en assurant « respecte[r] la loi et notamment les grandes libertés publiques ». En 2014, déjà, elle avait mené la charge contre les syndicats au micro d’Europe 1, leur reprochant d’être « discrédités », d’avoir « refusé de s'opposer au libre-échange total » et de défendre « l'immigration qui pèse à la baisse sur les salaires ».

Plus tranchée encore – car opposée à la ligne nationale-républicaine, teintée d'accents de gauche, qu'incarne Philippot – Marion Maréchal-Le Pen estimait le 26 mai dernierque « le droit de grève équivaut à bafouer les droits des Français à se déplacer et à travailler », et fustigeait « ces syndicalistes, ultimes adeptes d'une lutte des classes périmée », d’une « stratégie du chaos ». Des contradictions qui ont trouvé un écho jusqu’au rang des rares parlementaires FN, lors de l’adoption de la loi sur le travail. Alors même que la dirigeante du parti dénonçait publiquement le texte, les deux frontistes du Sénat, David Rachline et Stéphane Ravier, avaient tenté d’y inclure plusieurs amendements visant à réduire les droits syndicaux, notamment dans les petites entreprises, et supprimer certains droits sociaux comme le compte pénibilité. Avant de les retirer sur injonction de Marine Le Pen. Laquelle aurait fait passer, selon Le Canard enchaîné, la même consigne aux députés Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard…

Il faut reconnaître que les accents sociaux du Front national, dans ses discours, ne sont pas nouveaux. Avant Marine Le Pen, son père avait entamé un virage, en partant à la pêche aux sans-voix, déçus ou abstentionnistes. Au soir du 21 avril 2002, il avait déclaré : « N’ayez pas peur de rêver, vous les petits, les sans-grade, les exclus » ; « vous les mineurs, les métallos, les ouvrières et les ouvriers de toutes les industries ruinées par l’euromondialisme de Maastricht. Vous, les agriculteurs aux retraites de misère et acculés à la ruine et à la disparition, vous aussi qui êtes les premières victimes de l’insécurité ».

 

Cinq ans plus tard, le fondateur du FN s'adresse à nouveau aux « petits », aux « obscurs », aux « sans-grade » lors de la présidentielle, le 25 février 2007, à Lille, et oppose « le capitalisme financier planétaire » à sa candidature, « la voix du peuple »Dès 2009, le FN a tenté de récupérer la figure de Jean Jaurès, par une campagne d’affichage qui a fait grand bruit : « Jaurès aurait voté Front national. » En 2012, Marine Le Pen avait fait du thème « des invisibles » un axe de sa campagne, entamant un an plus tard un « tour de France des oubliés ».

Mais c'est un paradoxe. Car sur le terrain, non seulement le Front national n’a jamais été présent dans les luttes sociales, mais longtemps, il n’a pas non plus été le bienvenue dans les usines. Un exemple parmi d’autres : le 27 janvier 2003, dans le Pas-de-Calais, commerçants, élus locaux et habitants de Noyelles-Godault font front aux côtés des salariés de Metaleurop Nord, l’usine qui a fermé cette année-là. Une petite délégation FN, menée par Steeve Briois, alors conseiller régional, se faufile dans le cortège. La caméra du documentariste Edouard Mills-Affif les suit. Ils sont écartés. « Vous avez été baisés par la gauche. Eh bien, crevez avec la gauche ! », leur crie Steeve Briois en s’en allant.

Dans ses discours, lors de la présidentielle, en 2012, Marine Le Pen parlait peu des « ouvriers ». Mediapart avait fait le compte à l'occasion de trois discours (Nice, Paris, Metz) : le mot n'était cité au maximum qu'à trois reprises, tout comme ceux d'« employés » et de « travailleurs » (entre une et quatre fois). À Metz, en revanche, elle parlait six fois de « patriotisme », 44 fois de « Français » et 34 fois de « France ». À Nice, le terme « immigrés » (ou « immigration ») apparaissait 17 fois.

 

  • AU POUVOIR, LE FN NE DÉFEND PAS LES PAUVRES

Dans la pratique, la contradiction du Front national entre le discours et les actes est plus saillante encore. S’il est souvent le premier à dégainer un communiqué lorsqu’un plan social massif est annoncé (par exemple dans le dossier Vivarte, où la classe politique a été globalement silencieuse), le parti ne défend pas les salariés dans ses votes et décisions, au niveau local comme européen.

Dans ses 11 villes, le Front national a pris de nombreuses mesures anti-sociales, dont voici quelques exemples. À Hayange (Moselle), le maire a demandé au Secours populaire d’évacuer son local municipal, reprochant à l’association, qui lutte contre la pauvreté, d’avoir une « idéologie communiste » et de faire de la « propagande pro-migrants ». Face au refus de l’association de rendre les clés, il a envoyé un huissier, accompagné de la police municipale, puis, la semaine suivante, a fait couper l’électricité. Dans plusieurs communes, telles que Le Pontet (Vaucluse) ou Villers-Cotterêts (Aisne), la gratuité dans les cantines pour les plus pauvres a été supprimée. Au Pontet toujours, il a supprimé la prime des employés municipaux tout en essayant d’augmenter son indemnité d’élu.

À Fréjus (Var) et Mantes-la-Ville, les maires ont fermé un centre social (lire nos articles ici et ) ; à Beaucaire (Gard) la « Maison du vivre ensemble » – un centre socioculturel qui assurait le soutien scolaire d'une centaine d'enfants – a été contrainte de mettre la clé sous la porte après que la mairie a supprimé sa subvention de 53 000 euros par an. Le maire de la commune gardoise a aussi voulu mettre fin aux impayés dans les cantines scolaires en signalant à la CAF, au procureur de la République et à la protection de l'enfance les parents « malhonnêtes ». À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Steeve Briois a tenté de faire passer un arrêté “anti-mendicité agressive” que le tribunal administratif de Lille a suspendu. À Villers-Cotterêts, le maire a mis fin à la subvention aux syndicats.

Plusieurs maires ont aussi rechigné à se plier aux obligations en matière de logement social, au motif que ces logements ne seraient pas réservés en priorité aux citoyens français. Le parti frontiste est d’ailleurs visé par une enquête pour « provocation à la discrimination » car il avait recommandé à ses élus, dans un guide municipal, de défendre la « priorité nationale dans l’accès aux logements sociaux ».

À Béziers, Robert Ménard, soutenu par le FN, avait promis que sa ville serait un « laboratoire social ». Le maire a multiplié les mesures visant les plus précaires. Il a ainsi proposé la suppression de l'étude surveillée du matin aux enfants de chômeurs. Il veut aussi convoquer les auteurs de petits délits à la mairie pour des « rappels à l'ordre », et souhaite suspendre les aides sociales municipales de ceux qui ne se plieraient pas à la procédure.

Dans les conseils régionaux, le Front national s’est souvent limité à un discours de dénonciation, plutôt que de propositions. Dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, les élus frontistes se sont tenus très loin des luttes des salariés de Fralib (filiale d'Unilever fabriquant les thés Lipton) et NetCacao (chocolaterie marseillaise), deux usines au bord de la fermeture en 2011. Le parti a été absent des manifestations des Fralib, qui protestaient contre la délocalisation de leur activité en Belgique. En octobre 2010, ses 24 élus au conseil régional n'ont pas non plus voté la motion de « solidarité avec les salariés de Fralib » proposée par la gauche (lire notre article).

Au Parlement européen, loin des caméras françaises, qui se risquent rarement au-delà des séances plénières, les positions antisociales s’épanouissent plus largement encore. C’est le site Bastamag qui épingle le mieux le double discours du parti frontiste. Le 4 octobre 2016, alors qu’Alstom vient d’annoncer sa volonté de fermer son usine historique de Belfort, et que Caterpillar supprime 2 500 emplois de son usine de Charleroi en Belgique, plusieurs groupes parlementaires européens tentent de faire voter une résolution « sur la nécessité d’une politique européenne de ré-industrialisation ». Ils demandent à la Commission européenne une sérieuse réflexion sur la politique industrielle européenne, pour éviter les délocalisations vers les pays moins-disant socialement et « sécuriser les emplois industriels européens ». Dix-huit députés FN, dont Marine Le Pen, ont voté contre cette résolution, et seul Florian Philippot s’est prononcé pour. La résolution a été adoptée.

Comme le montre toujours Bastamag, ce vote du FN contre les travailleurs au niveau européen n’est en fait pas isolé. En janvier, tous les eurodéputés du parti ont voté contre la proposition de créer un socle européen des droits sociaux, censé lutter contre le dumping social. Il s’agit de formaliser un seuil minimal de droits sociaux que les États membres doivent impérativement respecter. Las, pour le parti de Marine Le Pen, la souveraineté nationale doit primer, même sur ce sujet.

Les positions sont tout aussi contradictoires concernant le libre-échange, qui est pourtant désigné comme l’ennemi numéro 1 des salariés dans le discours frontiste. En commission, ni Marine Le Pen ni son suppléant n’ont voté sur le projet d’accord de libre-échange transatlantique, le Tafta, en mai 2015. Idem en janvier 2017 au sujet de l’accord de commerce entre Europe et Canada, le Ceta. Marine Le Pen n’est allée voter contre le Ceta qu’en séance plénière.

 

  • UN PROGRAMME SOCIAL PENSÉ POUR LES PATRONS ET LES PLUS RICHES

Toutes ces vérités transparaissent largement lorsqu’on se plonge dans le programme social du FN, comme Mediapart l’a déjà fait ici, pour mieux dissiper l’illusion entretenue par Marine Le Pen et ses troupes. Car, au-delà d’une inacceptable préférence nationale, le parti des Le Pen ne préconise quasiment aucune mesure destinée à réduire les inégalités et à protéger les plus pauvres ou les plus précaires. C’est par exemple ce que soulignait fort bien cette militante proche des Insoumis sur Twitter.

Point symbolique s’il en est : le Smic. Marine Le Pen, si prompte à dénoncer la baisse du pouvoir d’achat des Français, ne propose en fait pas d’augmenter le salaire minimum. « Cela entraîne une charge supplémentaire pour les entreprises, qui sont déjà dans une très grande fragilité dans notre pays », a décrété la candidate en janvier. Et alors qu’en 2012, elle assurait qu’elle revaloriserait de 200 euros net par mois tous les salaires jusqu’à 1 500 euros, grâce à une taxe de 3 % sur les produits importés en France, elle ne parle désormais plus que de « prime de pouvoir d’achat » pour « les bas revenus et les petites retraites », de « près de 80 euros par mois ». Signalons au passage que la taxe à l’importation devrait immanquablement renchérir le prix de produits achetés tous les jours par des consommateurs, et frapper plus durement les moins fortunés qui n’ont parfois pas les moyens de se payer du « made in France ».

Marine Le Pen ferme aussi les yeux sur les mutations du travail, et son programme donne en fait la priorité aux petits patrons, promettant d’« alléger la complexité administrative et fiscale », de supprimer le compte pénibilité instauré par le gouvernement socialiste pour « libérer » les entreprises, et de recentrer sur les PME et sur les start-up le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Tout comme Emmanuel Macron, elle projette d’ailleurs de transformer le CICE en allègement durable de cotisations sociales. Et tout comme lui, elle propose de permettre de sortir des 35 heures par des négociations « au niveau des branches professionnelles ». Elle veut aussi privilégier les entreprises françaises dans l’attribution de marchés publics, et lutter contre la directive sur les travailleurs détachés, en l’abrogeant. Mais elle néglige, tout comme les collectivités locales qui marchent dans ses pas avec la désormais fameuse « clause Molière », que si la France accueille bien 286 000 travailleurs détachés sur son territoire, elle est aussi le troisième pays à en envoyer partout en Europe : 120 000 Français travaillent sous ce statut sur tout le continent.

Le Pen annonce encore sa volonté de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure permettant à certains salariés de gagner plus, mais bloquant l’accès au marché du travail à de nombreux autres demandeurs d’emploi, et surtout par définition inégalitaire, puisqu’elle ne bénéficie qu’à la moitié des foyers français les plus riches, ceux qui payent l’impôt sur le revenu (les autres inconvénients de cette mesure sont listés ici par Libération).

 

Le cas des heures supplémentaires n’est pas isolé. Le programme du FN est en fait en bonne partie dirigé vers les plus aisés, et non les précaires que Marine Le Pen drague ouvertement. C’est particulièrement clair pour les mesures fiscales. Ainsi, s’il prévoit bien une baisse générale de 10 % de l’impôt sur le revenu pour tous les Français gagnant jusqu’à 6 000 euros par mois, le programme ne propose pas de hausse d’impôt pour les plus riches, bien au contraire.

Le FN projette par exemple de « rétablir la demi-part des veuves et veufs ». La suppression de cette demi-part en 2008 – mesure qui avait pris son plein effet en 2013 – avait été vivement ressentie par les ménages les plus faibles. Mais depuis, le gouvernement a fait adopter un dispositif d’exonération permanent pour les revenus inférieurs à 13 553 euros. Autrement dit, le FN semble vouloir faire baisser la part d’impôt des revenus de la classe moyenne, mais aussi au-delà, puisqu’il n’annonce pas de plafond à cette mesure. En annonçant qu’il envisage de « rehausser progressivement le plafond du quotient familial », il poursuit dans la même logique, car le quotient familial bénéficie d’autant plus à un foyer fiscal que ses revenus sont importants.

La dernière mesure annoncée est quant à elle directement pensée pour les plus riches : limiter fortement le montant des impôts sur les successions, en permettant de transmettre à ses descendants, sans taxation aucune, jusqu’à 100 000 euros tous les cinq ans (au lieu de quinze ans actuellement). Le tout peut-être au nom de la « solidarité intergénérationnelle », mais certainement pas de la justice fiscale.

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 20:09

Faire barrage à l’extrême droite et lutter pour le progrès social et la démocratie

Déclaration de la Commission exécutive confédérale
mardi 25 avril 2017

Les résultats du premier tour des élections présidentielles françaises confirment les risques pour la démocratie, les droits des salariés et des citoyens.

Ils sont les résultats des politiques libérales, des lois régressives, des remises en cause des droits, comme des renoncements des gouvernements successifs à œuvrer véritablement pour la justice sociale et la réponse aux besoins sociaux et environnementaux. Pour autant, depuis des mois, de nombreux salariés et citoyens contestent ces choix, s’opposent aux mauvais coups, tels la loi travail et la loi Macron et se mobilisent avec leurs organisations syndicales, notamment la CGT.

Pour la deuxième fois dans le pays, sous la Vème République, une candidature d’extrême droite, représentée par le front national, sera présente au second tour des élections présidentielles. C’est un danger pour la démocratie, la cohésion sociale et le monde du travail. Les gouvernements, qui depuis 2002 se sont succédés sans jamais répondre aux aspirations légitimes à plus de justice sociale, sans ouvrir de perspectives d’avenir meilleur, en portent une lourde responsabilité !

La CGT ne se résoudra jamais à accepter un tel scénario. Elle affirme que les salariés doivent, plus nombreux et plus fort, exprimer leurs attentes et leurs exigences revendicatives, faire grandir des mobilisations convergentes capables d’imposer un rapport de force pour gagner de nouveaux droits. Seul le progrès social favorise les solidarités, participe à combattre l’exclusion, les stigmatisations, les mises en concurrence.

L’utilisation des peurs, du terrorisme, les amalgames éhontés entendus lors de la campagne, la xénophobie, le racisme, le sexisme et l’homophobie, la préférence nationale ne résoudront pas les inégalités, le chômage et les bas salaires. 
La CGT les combat et les combattra sans relâche ! Elle n’aura de cesse de faire barrage à l’extrême droite ! Pas une voix ne doit se porter sur sa candidate !

L’autoritarisme des gouvernements successifs, les engagements non tenus ou les reniements, le renoncement à une Europe sociale, les dénis de démocratie, l’utilisation à répétition du 49.3 et les politiques menées ont cultivé la désespérance et le fatalisme d’une partie de la population. Cela est renforcé par la casse de l’industrie et des services publics, la montée du chômage et de la précarité, l’abandon des zones rurales et périurbaines.

La CGT ne croit pas en l’Homme providentiel et c’est la raison pour laquelle, elle revendique une véritable démocratie et de véritables droits d’expression et d’intervention dans toutes les entreprises et les services. Elle propose des alternatives sociales comme, par exemple, l’augmentation des salaires, des pensions et minima sociaux, les 32 heures pour travailler toutes et tous, travailler mieux et moins.

La CGT appelle l’ensemble des salariés et des organisations syndicales à faire du 1er mai une journée de mobilisation, de lutte et d’expression revendicative exceptionnelle, une journée de rassemblement pour les droits des travailleurs, le progrès social, la liberté, l’égalité, la justice, la fraternité, la paix, la démocratie et la solidarité internationale.

Montreuil, le 25 avril 2017

Faire barrage à l'extrême-droite et lutter pour le progrès social et la démocratie (déclaration de la CGT)
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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 19:38
En fidélité aux valeurs de la Résistance - communiqué de l'ANACR, 24 avril 2017

EN FIDELITE AUX VALEURS DE LA RESISTANCE

 

En ce premier semestre 2017, le peuple français a été et est appelé - lors des élections présidentielles et législatives - à choisir celles et ceux qui auront à diriger la France dans les cinq prochaines années, à choisir des options qui engageront son destin pour plus longtemps.

Le résultat obtenu le 23 avril par la candidate du Front National au premier tour de l’élection présidentielle – plus de 7 600 000 voix, plus d’1,2 million de plus qu’en 2012 – soulève une vive inquiétude, car elle traduit une progression des idées xénophobes et liberticides qu’elle professe ; inquiétude d’autant plus grande que d’autres candidats, par conviction ou surenchère démagogique à visées électoralistes, s’en sont parfois fait l’écho.

Cette progression révèle l’ampleur de la crise morale, sociale et de la démocratie que connaît notre pays, très largement la conséquence de la remise en cause -encore accentuée cette dernière décennie - du pacte social et républicain mis en place à la Libération en s’inspirant du Programme du Conseil National de la Résistance (C.N.R.), de la remise en cause des principes de maintien de la paix, de coopération entre les nations et de solidarité entre les peuples concrétisés par la création de l’ONU en 1945.

Fidèle aux valeurs humanistes, patriotiques et démocratiques de la Résistance, ayant inspiré la lutte des Résistantes et Résistants, l’Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance n’a cessé, depuis sa création en 1945, de combattre la xénophobie et les résurgences du fascisme, masqué ou non,  de se prononcer pour une société juste et fraternelle, pour un monde pacifique et solidaire.

A l’heure où, en mai et juin prochain, les Françaises et les Français vont à nouveau devoir s’exprimer, en élisant le nouveau Président de la République et les député(e)s d’une nouvelle Assemblée nationale, l’ANACR les appelle à - en conscience et en toute liberté - prendre en compte dans la détermination de leurs choix ces valeurs exprimées par le Programme du CNR, ainsi que la nécessité de prolonger, sans faiblesse ou complaisance, le combat antifasciste des Résistant(e)s.

 

Paris, le 24 avril 2017

 

L’ANACR

 

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 17:13
Le Parti communiste appelle à battre Le Pen
DIMANCHE, 23 AVRIL, 2017
L'HUMANITE
 

Le PCF a dénoncé, a l’issue du premier tour, « une situation extrêmement grave pour notre pays » et appelle à poursuivre la lutte lors des prochaines élections législatives.

 

 

 

Dans une déclaration, le Parti communiste a dénoncé a l’issue du premier tour « une situation extrêmement grave pour notre pays. » Pour le PCF, soutien de Jean-Luc Melenchon, le second tour de l’élection présidentielle « opposera la candidate de l’extrême-droite populiste et xénophobe, Marine Le Pen, à Emmanuel Macron, candidat que les milieux financiers se sont choisi pour amplifier les politiques libérales dont notre pays souffre depuis 30 ans. » Le PCF considère cependant, que « Marine Le Pen veut un monde dangereux où toutes les aventures guerrières deviendraient possibles, où toutes les rivalités nationalistes seraient encouragées. » Les communistes, « conscients des immenses batailles qui sont à venir et des responsabilités qui incombent à notre parti, nous appelons le 7 mai, lors du second tour de l'élection présidentielle, à barrer la route de la Présidence de la République à Marine Le Pen, à son clan et à la menace que constitue le Front national pour la démocratie, la République et la paix, en utilisant le seul bulletin de vote qui lui sera malheureusement opposé  pour le faire. »

« Un espoir nouveau pour l'avenir »

Le parti communiste, qui a activement participé à la campagne de Jean Luc Mélenchon, qui réalise entre 19 et 20% de suffrages, salue également  « la campagne de Jean-Luc Mélenchon, tous les militants communistes, du Front de gauche, de la France insoumise, les élus communistes et Front de Gauche, les citoyens qui s'y sont investis. Ce résultat est le leur. » Cette campagne bien qu’échouant à atteindre le second tour visé, « lève un espoir nouveau pour l'avenir, pour réinventer la gauche nouvelle qu’attend notre pays, pour déverrouiller le système politique et la démocratie. » « L’engagement de notre parti, de ses militantes et militants, des élu-e-s communistes et républicains dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon a permis des rassemblements prometteurs. » ajoute le PCF.

Poursuivre la lutte ce 1er mai et aux législatives

Enfin, selon le Parti communiste, la leçon essentielle de cette campagne est que «  rien n’est plus urgent que de continuer à ouvrir aux nouvelles aspirations, à une véritable démocratie citoyenne, les voies de leur rassemblement pour construire une nouvelle République sociale, écologique, solidaire, respectueuse de la diversité et des attentes de notre peuple. » Cette lutte de longue haleine commencera dès le 1er mai et se prolongera lors des élections législatives où le PCF compte faire élire  des « députés qui résisteront à la droite et à l’extrême-droite, qui ne s’allieront pas avec les députés macronistes pour voter des lois anti-sociales.  Des députés porteurs de résistance et d'espoir face aux appétits de la finance et contre la haine et les divisions. »

Journaliste à l'Humanité dimanche
Le Parti Communiste appelle à battre Le Pen (L'Humanité, Dimanche 23 avril 2017)
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 20:18
L'Humanité du 25 avril: tout ce qu'a fait bouger le vote Mélenchon
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 19:55
Présidentielle 2017: un nouvel ordre électoral se cherche encore
 PAR FABIEN ESCALONA ET DONATIEN HUET

Le premier tour de l’élection présidentielle de 2017 est marqué par le niveau historiquement faible de la gauche et l’émergence d’un centre indépendant capable de contester le pouvoir aux blocs de droite et de gauche qui y alternaient jusqu’à présent.

Le seul résultat « ordinaire » de l’élection présidentielle du 23 avril aura été celui de la participation. Celle-ci n’est certes pas très élevée au regard du caractère particulièrement incertain du scrutin, qui recelait pour cette raison un fort potentiel mobilisateur. Avec un taux comparable à ceux atteints en 1969, 1981, 1988, 1995 ou 2012, elle se situe néanmoins à un niveau tout à fait honorable. La centralité de l’élection présidentielle dans la vie politique française, en tout cas du point de vue de l’expérience des électeurs et de l’importance qu’ils lui accordent, n’est donc pas démentie. 

Tout le reste du paysage, en revanche, est en mouvement par rapport à ce que nous connaissions. Selon une grille de lecture défendue par les chercheurs Pierre Martin et Simon Labouret, dont on s’est déjà fait l’écho lors des départementales de 2015, la France n’en finit pas d’assister à la décomposition/recomposition de l’ordre électoral qui prévalait depuis le milieu des années 1980. Les principaux piliers en étaient une alternance régulière entre deux blocs de gauche et de droite, dominés chacun par une force principale (RPR/UMP/LR d’un côté, PS de l’autre) et concurrencés par une force impuissante car isolée, le FN, dont l’électorat singularisé par son ethnocentrisme pesait près de 15 % des suffrages à la présidentielle. 

Au-delà d’évolutions plus mineures, telles que l’insertion à gauche des Verts dans ce dispositif, ces permanences ont conféré une certaine stabilité à la vie politique nationale, du moins jusqu’en 2007. Cette année-là, grâce à l’élection de Nicolas Sarkozy et à la victoire de l’UMP aux législatives qui ont suivi, la droite s’est succédé à elle-même. Ayant réussi à assécher le FN, Sarkozy a en même temps construit un électorat de droite beaucoup plus polarisé sur les questions d’immigration et d’identité nationale, ce qui a libéré un espace inédit pour un centre autonome.

L’élection présidentielle de 2012 a pu donner l’impression d’un retour à un ordre ordinaire, mais celui-ci n’était qu’apparent. Non seulement l’électorat de droite mobilisé par les candidats post-gaullistes n’est plus tout à fait le même que celui que mobilisait Chirac, mais, sous l’effet de la crise et de l’action de François Hollande, la gauche a atteint des scores historiquement faibles aux élections intermédiaires, tandis que le FN, dont les enjeux avaient été légitimés, s’est hissé à des niveaux historiquement élevés pour sa part.

Une gauche historiquement faible, un centre indépendant au cœur de la recomposition politique

On en retrouve la trace dans les résultats du 23 avril. Les candidats de la gauche, issus de ses appareils historiques et portant un programme clairement orienté vers la fin de l’austérité, la transition écologique et le libéralisme culturel, n’ont rassemblé que 27,7 % des suffrages exprimés. C’est le total le plus médiocre enregistré sous la Ve République. Il s’agit d’un fait majeur de l’élection, qui ne se comprend que par l’attraction par Emmanuel Macron d’anciens électeurs socialistes pas rebutés par son tropisme néolibéral (certes plus modéré que celui, quasi outrancier, de François Fillon). 

Prospérant sur la faiblesse des partis de gouvernement, agglomérant des sensibilités hétérogènes par une sorte de césarisme entrepreneurial, Macron réalise ce que Bayrou avait échoué à accomplir en 2007 et a fortiori en 2012, autrement dit la perturbation de l’alternance droite/gauche par un centre indépendant. Il aura fallu les échecs des quinquennats Sarkozy et Hollande, sur fond de crise économique globale, de chômage massif et de succession d’affaires, pour qu’une telle force politique bénéficie d’une réelle fenêtre d’opportunité.

On ne saurait trop insister sur la portée historique de la présence de Macron au second tour et de sa probable victoire. Parmi les systèmes partisans européens, la compétition politique française apparaissait particulièrement fermée aux nouveaux entrants, comme à ceux qui prétendaient s’émanciper de l’opposition droite/gauche. Grâce à la centralité de l’élection présidentielle et au mode de scrutin majoritaire à deux tours, les acteurs dominants de cette compétition bénéficiaient de forts mécanismes de protection – au contraire du cas néerlandais, par exemple, sur lequel nous sommes revenus à l’occasion des élections législatives du 15 mars aux Pays-Bas. 

Au-delà d’évolutions plus mineures, telles que l’insertion à gauche des Verts dans ce dispositif, ces permanences ont conféré une certaine stabilité à la vie politique nationale, du moins jusqu’en 2007. Cette année-là, grâce à l’élection de Nicolas Sarkozy et à la victoire de l’UMP aux législatives qui ont suivi, la droite s’est succédé à elle-même. Ayant réussi à assécher le FN, Sarkozy a en même temps construit un électorat de droite beaucoup plus polarisé sur les questions d’immigration et d’identité nationale, ce qui a libéré un espace inédit pour un centre autonome.

L’élection présidentielle de 2012 a pu donner l’impression d’un retour à un ordre ordinaire, mais celui-ci n’était qu’apparent. Non seulement l’électorat de droite mobilisé par les candidats post-gaullistes n’est plus tout à fait le même que celui que mobilisait Chirac, mais, sous l’effet de la crise et de l’action de François Hollande, la gauche a atteint des scores historiquement faibles aux élections intermédiaires, tandis que le FN, dont les enjeux avaient été légitimés, s’est hissé à des niveaux historiquement élevés pour sa part.

Une gauche historiquement faible, un centre indépendant au cœur de la recomposition politique

On en retrouve la trace dans les résultats du 23 avril. Les candidats de la gauche, issus de ses appareils historiques et portant un programme clairement orienté vers la fin de l’austérité, la transition écologique et le libéralisme culturel, n’ont rassemblé que 27,7 % des suffrages exprimés. C’est le total le plus médiocre enregistré sous la Ve République. Il s’agit d’un fait majeur de l’élection, qui ne se comprend que par l’attraction par Emmanuel Macron d’anciens électeurs socialistes pas rebutés par son tropisme néolibéral (certes plus modéré que celui, quasi outrancier, de François Fillon). 

Prospérant sur la faiblesse des partis de gouvernement, agglomérant des sensibilités hétérogènes par une sorte de césarisme entrepreneurial, Macron réalise ce que Bayrou avait échoué à accomplir en 2007 et a fortiori en 2012, autrement dit la perturbation de l’alternance droite/gauche par un centre indépendant. Il aura fallu les échecs des quinquennats Sarkozy et Hollande, sur fond de crise économique globale, de chômage massif et de succession d’affaires, pour qu’une telle force politique bénéficie d’une réelle fenêtre d’opportunité.

On ne saurait trop insister sur la portée historique de la présence de Macron au second tour et de sa probable victoire. Parmi les systèmes partisans européens, la compétition politique française apparaissait particulièrement fermée aux nouveaux entrants, comme à ceux qui prétendaient s’émanciper de l’opposition droite/gauche. Grâce à la centralité de l’élection présidentielle et au mode de scrutin majoritaire à deux tours, les acteurs dominants de cette compétition bénéficiaient de forts mécanismes de protection – au contraire du cas néerlandais, par exemple, sur lequel nous sommes revenus à l’occasion des élections législatives du 15 mars aux Pays-Bas. 

En fait, c’est à gauche que les évolutions de rapports de force ont été les plus brutales. Le résultat de Jean-Luc Mélenchon (19,6 %) ne lui a pas permis d’accéder au second tour, mais il est remarquable à double titre. D’une part, c’est la première fois depuis 1981 qu’un candidat de la gauche de transformation sociale obtient un score aussi élevé. D’autre part, c’est la première fois depuis 1969 qu’un candidat non socialiste occupe la première place à gauche dans le cadre d’une élection présidentielle. Comme en 2012, on observe au passage la marginalité des candidatures d’extrême gauche, dont les représentants avaient récolté jusqu’à 10,4 % des suffrages en 2002. Le Front de gauche derrière Mélenchon, et maintenant la France insoumise, ont réduit à néant leur espace.

Pour le PS, il s’agit d’une déroute massive, qui n’a pour équivalent en Europe, mais dans le cadre de législatives, que les effondrements des sociaux-démocrates néerlandais, islandais, voire grecs. Comme nous l’avions raconté, Benoît Hamon avait une occasion historique d’asseoir sa domination sur le PS d’Épinay pour le refonder, à l’occasion d’une défaite honorable. Son score, correspondant à un noyau électoral ultra-réduit, ne lui offre guère de marges de manœuvre dans l’appareil dont Cambadélis va tenter d’organiser la survie face au rouleau compresseur d’En Marche!.

La question des rapports avec la gauche alternative de Mélenchon va se poser pour tous ceux qui ne se résoudront pas à la marginalité ou à la satellisation par un centre hégémonique. Dans le cadre d’une quadripartition, et tant que perdure le mode de scrutin majoritaire, des candidatures unitaires sont le meilleur moyen de permettre à la gauche d’exister, voire de gagner des élections. 

 

Le premier tour de la présidentielle de 2017 recèle et promet donc des changements d’ampleur dans le niveau des forces politiques, aussi bien que dans leurs chances respectives d’accéder au pouvoir. Dans cette configuration inédite, les législatives du mois de juin recouvreront toute leur importance, alors que ce type de scrutin était quasiment apparu secondaire en 2007 comme en 2012, les citoyens donnant une majorité au président élu dans un contexte de démobilisation électorale assez massive.

Il n’est pas encore dit qu’Emmanuel Macron saura stabiliser un nouvel ordre électoral autour de l’affrontement qui s’annonce entre les partisans de la clôture stato-nationale et ceux de la mondialisation heureuse. C’est pourtant son intérêt, qui consiste à reproduire la réussite du pouvoir gaulliste en 1962, lorsque celui-ci s’était identifié à la majorité présidentielle et avait renvoyé les autres forces dans l’opposition. Dans le cas contraire, nous resterions dans une phase de chaos électoral d’une longueur inédite en France. 

 

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 06:46
Lucie Aubrac: "Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent"
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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 06:00
Fillon et Le Pen, candidats préférés des rentiers et des spéculateurs immobiliers
Pierre DUQUESNE
Vendredi, 31 Mars, 2017
L'Humanité
François Fillon, lui-même fils de notaire a appelé à « libérer » la politique du logement des réglementations et des crédits publics qui ont, dit-il, « faussé le marché ». Photo : Eric Gaillard / Reuters
François Fillon, lui-même fils de notaire a appelé à « libérer » la politique du logement des réglementations et des crédits publics qui ont, dit-il, « faussé le marché ».

Suppression de l’encadrement des loyers, accélération des expulsions, subvention des investisseurs privés... Jamais un candidat de droite n’avait proposé des mesures aussi radicales. Une vision ultralibérale partagée par Marine Le Pen.

Il y en a qui n’hésiteront pas une seconde à mettre un bulletin Fillon dans l’urne. Ce sont les rentiers, spéculateurs et autres marchands de biens. Non contents de s’être gavés ces vingt dernières années, pendant lesquelles la pierre s’est transformée en or, avec des prix qui ont plus que doublé sur la période (+ 141 % depuis 1995), les « investisseurs » pourront encore gratter quelques dizaines de milliers d’euros grâce au député de Paris. L’orgie semble sans fin. Les prix, dans les plus grandes villes, continuent de grimper. Les citoyens s’endettent toujours plus, au point que la dette immobilière des ménages a doublé et représente dorénavant 70 % du revenu disponible brut des ménages. Les banques et les intermédiaires, au passage, prennent leur dîme. Il y a des coups à faire, et François Fillon constitue le meilleur atout pour faire fructifier les affaires immobilières, et poursuivre ce qu’il convient d’appeler un enrichissement sans cause.

« Réduire les délais d’expulsion en cas de non-paiement du loyer »

« Qu’on arrête de nous emmerder », a clamé le candidat, jeudi, devant le Conseil supérieur du notariat. Un lieu réconfortant pour le Sarthois, lui-même fils de notaire. Il a appelé, devant cette assistance, à « libérer » la politique du logement des réglementations et des crédits publics qui ont, dit-il, « faussé le marché ». Comment ? En permettant aux Français de « vendre plus facilement leurs biens immobiliers en ramenant de trente à vingt-deux ans le délai d’exonération des plus-values ». L’explosion du nombre d’expulsions locatives, sur fond d’aggravation de la pauvreté, ne l’empêche nullement de suggérer, dans son programme, « une procédure accélérée pour réduire les délais d’expulsion en cas de non-paiement du loyer ». Les rentiers, eux, gagnent sur tous les tableaux avec François Fillon. Ils pourront bénéficier d’avantages fiscaux supplémentaires, en plus de voir l’encadrement des loyers purement et simplement supprimé. Tout comme l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), cette taxe sur le patrimoine contribuant, selon lui, à « réduire les investissements dans l’immobilier ».

L’existence même d’un logement à but non lucratif, avec des loyers modérés, est insupportable pour cet intégriste du marché. « Il faut démonter la logique de la loi SRU », prévient l’ex-premier ministre, qui a déclaré la guerre à cette loi imposant un seuil minimal de logements sociaux dans chaque commune. Son renforcement en début de quinquennat a permis de doper la construction d’habitations à loyers abordables dans notre pays. La loi SRU explique, en partie, le record enregistré en 2016, avec 130 000 HLM programmés. Qu’importe si 64 % de la population est éligible à ces logements abordables, de meilleure qualité que ceux du parc privé. Le candidat LR préfère investir dans le logement dit intermédiaire, plus cher, et offrir les mêmes aides aux investisseurs privés que celles perçues par les acteurs non spéculatifs (TVA à taux réduits pour le logement locatif intermédiaire et l’accession à la propriété)... Pis, il dit vouloir généraliser la politique mise en œuvre par Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, de ne plus financer des logements sociaux dans des communes « qui en comptent déjà trop ».

Marine Le Pen, elle aussi, croit au marché. Jusqu’ici, le Front national (FN) s’est bien gardé de détailler précisément ce que serait sa politique en matière de logement. Hormis des généralités, le programme de Marine Le Pen se borne surtout à expliquer qu’elle entend « réserver prioritairement aux Français l’attribution du logement social ». Un mensonge, s’insurge Frédéric Paul, directeur général de l’Union sociale pour l’habitat, qui réunit les organismes HLM : « Marine Le Pen fait croire que les immigrés passent avant et c’est totalement faux. » 88 % des habitants du parc social sont de nationalité française.

Jeudi, devant les notaires, le FN a révélé la vraie nature de son programme. Gilles Lebreton, député européen FN venu représenter Marine Le Pen devant cette vieille corporation, a confié que son mouvement jugeait « extrêmement dangereux » l’encadrement des loyers. « Ce n’est pas une mesure qu’il faut garder à moyen terme », a ajouté le responsable frontiste, car elle risque, selon lui, d’« empêcher et (de) dissuader un certain nombre de propriétaires de mettre leur bien en location ». Derrière les obsessions xénophobes et racistes de l’extrême droite se cache une vision purement libérale. Marine Le Pen est férocement opposée à toute régulation du marché, et notamment à la garantie universelle des loyers. Cette disposition, destinée à protéger les locataires contre les impayés mais abandonnée par Manuel Valls, « n’était pas raisonnable », a expliqué le représentant du FN. Pour « résorber les tensions sur le marché du logement », Marine Le Pen propose de « baisser des droits des mutations de 10 % ». Si l’héritière de Montretout ne remet pas en cause l’ISF, elle n’est pas non plus la candidate de l’égalité. Au contraire, elle veut favoriser une société de privilégiés en se prononçant pour un régime plus favorable en matière de donations. « Cela permet, explique Gilles Lebreton, d’injecter beaucoup plus rapidement de l’argent à destination des jeunes générations et donc de relancer le marché. » Le marché, encore et toujours le marché.

L’AMBIGU PROJET D’EMMANUEL MACRON EN MATIÈRE DE LOGEMENT
C’est un ex-ministre de Jacques Chirac, Renaud Dutreil, qui s’est chargé de décliner, jeudi, le projet logement d’Emmanuel Macron. Celui-ci peut aussi compter sur l’appui de Tristan Barrès, ancien conseiller au ministère du Logement entre 2014 et fi n 2016. « Nous poursuivrons la production de logements sociaux au même niveau (...) que ces dernières années », précise son programme.
Plus inquiétant, il propose un « bail de mobilité professionnelle » de 3 mois à 1 an. Un dispositif dérogatoire pour les locataires, jusqu’ici protégés par des baux de trois ans minimum. Le droit au maintien dans les lieux pourrait être remis en cause dans le parc social qui « ne doit pas favoriser l’immobilisme » (sic). Pour booster la construction en zone tendue, des permis de
construire pourraient être délivrés directement par l’État, comme dans les opérations d’intérêt national. Cela devrait réjouir l’architecte Roland Castro, qui a soutenu très vite Emmanuel Macron. Son projet de bâtir 24 000 logements dans le parc de La Courneuve n’a pas été retenu par le précédent gouvernement. Qu’en sera-t-il si Emmanuel Macron est élu ?
 

Journaliste
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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 04:35
A portée de main! Dix bonnes raisons de voter Mélenchon - à lire aujourd'hui dans "L'Humanité"

Au sommaire de l'édition du vendredi 21 avril :

PRÉSIDENTIELLE

Dix bonnes raisons de voter pour Jean-Luc Mélenchon
Jugée plus qu’improbable il y a encore quelques semaines, une qualifi cation du candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF, est aujourd’hui à portée de main. Le scrutin de dimanche représente une occasion historique de porter la gauche de progrès au pouvoir.

ENTRETIEN
Pierre Laurent: «La qualification de Jean-Luc Mélenchon est possible. Elle ouvre un espoir considérable»
À deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, le secrétaire national du PCF appelle à convaincre les derniers indécis et à transformer l’espoir né de cette dynamique en majorité politique.

 

OUTRE-MER
Les Amérindiens de Guyane relèvent la tête
Très actifs dans le mouvement guyanais, les peuples natifs tenaient cette semaine une réunion historique. Leur mobilisation replace au premier plan le combat pour leurs droits.

 

TURQUIE
Les prisonniers de Recep Tayyip Erdogan
Depuis le coup d’État avorté de juillet 2016, 40 000 personnes ont été arrêtées et emprisonnées. Après la victoire du oui au référendum accroissant les pouvoirs d’Erdogan, d’aucuns craignent que la répression ne s’accélère. Témoignages.

 

TABLE RONDE
La recherche scientifique ferait-elle peur aux puissants?
Contre les obscurantismes, pour redonner tout son sens au progrès dans la cité, les chercheurs français appellent les citoyen-ne-s à les rejoindre, ce samedi, à une marche mondiale pour les sciences. Avec Olivier Berné, Astrophysicien, Hervé Christofol, enseignant-chercheur et Jean-Michel Besnier, philosophe.

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