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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 09:07
CHASSAIGNE (PCF) EXHORTE À UNE SEULE CANDIDATURE À GAUCHE (LCP, 21 février 2017)

LCP Assemblée Nationale, 21 février 2017

Le chef de file des députés Front de Gauche, André Chassaigne, a encore exhorté mardi à une seule candidature de "gauche anti-libérale" à la présidentielle, loin du repli sur les ego, pour éviter "une catastrophe" d'un second tour droite-extrême droite. 

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Le chef de file des députés Front de Gauche, André Chassaigne, a encore exhorté mardi à une seule candidature de "gauche anti-libérale" à la présidentielle, loin du repli sur les ego, pour éviter "une catastrophe" d'un second tour droite-extrême droite. 

Insistant sur "une situation historique de risque terrible d'un second tour sans candidat de gauche - je ne place évidemment pas Emmanuel Macron à gauche - mais avec une droite extrême représentée par François Fillon et l'extrême droite", le député communiste a déclaré en conférence de presse "ne pas pouvoir comprendre qu'on ne fasse pas passer l'intérêt général" avant tout.

Alors qu'un accord entre le candidat socialiste Benoît Hamon et celui de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon semble inatteignable, M. Chassaigne a considéré que le "sens de la responsabilité collective devrait balayer tout le reste", mettant en garde "ceux qui se seront repliés sur leurs seuls discours et ego".

Sans union devant "la catastrophe à conjurer", a encore averti cet élu du Puy-de-Dôme, "on regrettera demain si l'histoire s'écrit (...) avec un travail de démolition de toutes les conquêtes sociales et un contexte mondial de montée des populismes".

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 08:51

Lu sur le Figaro: 

C'est une reconversion surprise. Après avoir été battu lors des primaires de la droite et du centre en novembre, Nicolas Sarkozy rejoint le conseil d'administration d'AccorHotels. Le groupe a officialisé l'information ce mardi par le biais d'un communiqué de presse.

L'ancien président de la République présidera le comité "stratégie internationale" dont les missions doivent encore être précisées. "Cette nomination s'inscrit dans la volonté de poursuivre le déploiement de la stratégie du groupe et la promotion des marques AccorHotels sur tous les continents ainsi que du savoir-faire inégalé de la France en matière de tourisme", commente le groupe hôtelier. Sébastien Bazin, PDG de l'entreprise, a loué "l'expertise internationale" et la "parfaite connaissance des enjeux géopolitiques mondiaux" de Nicolas Sarkozy.

De son côté, Nicolas Sarkozy s'est dit "très heureux de participer au développement et au rayonnement international d'AccordHotels".

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 08:34
"Macron, tel César dans sa start-up" - un article remarquable sur le télé-évangéliste des politiques capitalistes par Fabien Escalona, Médiapart - 21 février 2017
Macron, tel César dans sa start-up
 PAR FABIEN ESCALONA

Dans un régime à bout de souffle, la candidature Macron présente une double originalité. Elle tient d’abord au type de parti qu’il a créé, sorte de firme dévouée à sa seule personne. Elle réside ensuite dans la tentation césariste de son positionnement, en opposition proclamée à un système dont il doit pourtant prévenir l'implosion. 

 

Le fois l’effet de sidération passé devant les premiers succès sondagiers d’Emmanuel Macron, son positionnement idéologique et sa stratégie politique ont été décryptés. Rapidement, leur originalité a été mise en doute. La jeunesse, l’ambition, la prétention à dépasser l’opposition droite/gauche, la revendication d’une certaine « modernité »… tout ceci a en effet inspiré de nombreuses comparaisons historiques avec des figures anciennes de la vie politique française, qu’il s’agisse de Jean Lecanuet ou de Valéry Giscard d’Estaing.

D’autres observateurs – par exemple Éric Dupin et Claude Askolovitch sur Slate, ou les économistes Frédéric Farah et Thomas Porcher sur Mediapart – ont souligné à quel point le vernis communicationnel de Macron cache mal des solutions néolibérales assez classiques. D’ailleurs, la liste de ses soutiens fournit assez son lot de vieilles gloires de la pensée unique ou de la politique à la papa pour alimenter le scepticisme, voire le ricanement à propos de son caractère « neuf » ou « antisystème ».

Cela dit, il y a bien une double singularité de la candidature Macron. Elle tient d’abord au type de parti qu’il a créé, sorte de firme dévouée à sa seule personne. Si la professionnalisation des organisations partisanes et l’importation des techniques managériales en leur sein n’est pas une nouveauté, leur création ex nihilo selon ce modèle a finalement été assez rare, du moins en Europe occidentale où les vieilles formations politiques sont particulièrement résilientes et obligées de composer avec un passé organisationnel différent.

Or, les précédents existants ne sont guère encourageants quant aux résultats à attendre d’une telle forme de parti, surtout dans le contexte de crise structurelle de l’économie-monde. C’est ce qu’ont notamment montré les politistes Jonathan Hopkin et Caterina Paolucci, affirmant que les « business firm parties » étaient enclins à « l’instabilité électorale, l’incohérence politique et la mise au service d’intérêts particuliers »

D’autre part, l’opération par laquelle le candidat des « gagnants » de la mondialisation tente d’unifier des forces sociales hétérogènes, afin de perpétuer un ordre sociopolitique, balance entre deux registres. On peut les nommer, en s’inspirant des catégories forgées par Gramsci, « transformiste » ou « césariste ». D’un côté, Macron est le candidat rêvé des élites dirigeantes qui, conscientes de l’impéritie de la classe politique, entendent renouveler sa composition interne pour éviter la mise en danger des rapports sociaux existants. D’un autre côté, la centralité de l’élection présidentielle française favorise la tentation du candidat de se présenter comme la personnalité providentielle. Son charisme favoriserait les forces du « progrès » contre les forces de la « réaction », rassemblées par son antithèse Marine Le Pen.

En Marche ! : un parti « attrape-tout » ?

Les politistes n’ont pas été avares de propositions pour classer les partis selon leur « type ». Certains termes, une fois passés dans le débat public, se retrouvent d’ailleurs utilisés de manière plus ou moins pertinente. Pour y voir plus clair, on peut d’abord se mettre d’accord sur ce qu’En Marche ! (EM) n’est effectivement pas, à savoir « antisystème ». On peut même préciser qu’il ne l’est dans aucun des deux sens possibles de ce terme en démocratie libérale. De fait, un parti peut se révéler antisystème sur un plan relationnel et/ou idéologique. D’une part, la position d’un parti sur l’échiquier politique peut l’éloigner radicalement des autres acteurs, au point que toute coopération s’avère inenvisageable. D’autre part, un parti peut porter une hostilité manifeste aux conditions minimales d’un régime démocratique (respect des droits fondamentaux, du pluralisme politique, etc.). L’antisystémisme du parti en question sera plus ou moins pur ou hybride selon qu’il répond à un seul de ces critères ou aux deux à la fois.

À cette aune, EM apparaît comme un parti typiquement pro-système. Il ne défie pas le régime en vigueur ni n’exerce d’effet polarisant en son sein, se posant au contraire en réunificateur des libéraux des deux rives contre le souverainisme identitaire du FN. La revendication d’un tel positionnement « central » par Macron, ses signaux envoyés à droite et à gauche au risque de la contradiction, mais aussi une assise sociologique plus large que les seuls cadres supérieurs, ont d’ailleurs plutôt incité les observateurs à qualifier EM de parti « attrape-tout ». 

C’est notamment le cas de Virginie Martin dans The Conversation. Pointant à juste titre un risque de dérive charismatique, elle veut pour preuves de ce caractère attrape-tout le caractère peu institutionnalisé d’EM, ainsi que son braconnage doctrinal déjouant les frontières habituelles de l’opposition droite/gauche. On ne comprend pas en revanche qu’elle puisse, dans le même article, attribuer le label au FN: tous les travaux sérieux incitent à y renoncer, en raison de l’idéologie radicale de ce parti, de la sociologie spécifique de son électorat, et de l’unification de ce dernier par des attitudes xénophobes et autoritaires.

À l’origine, on doit l’idée de catch-all party à Otto Kirchheimer (1905-1965). Cet universitaire socialiste, issu d’une famille juive allemande, a fui le nazisme en émigrant vers la France puis les États-Unis, où il a poursuivi sa carrière professionnelle. L’homme a été marqué par les processus de dégradation de régimes initialement démocratiques auxquels il a assisté dans son pays d’origine (avec la fin de la République de Weimar), mais également dans ses pays d’accueil (il a analysé la pratique des décrets-lois sous la IIIe République française, et quitté le département d’État américain en réaction au maccarthysme). Forgée dans le second après-guerre, sa notion de parti attrape-tout s’inscrit donc dans une réflexion restée inquiète sur la fragilité de la démocratie libérale.

Un des meilleurs connaisseurs de son œuvre, André Krouwel, souligne à quel point Kirchheimer fut lucide et visionnaire par rapport à ses contemporains des années 1950. Pour lui, la vie politique ne prendrait plus l’aspect conflictuel de l’entre-deux-guerres, ni ne se mènerait à travers des partis de masse porteurs de visions grandioses du futur. Les dirigeants politiques se maintiendraient au pouvoir en cultivant des formes partisanes de plus en plus déconnectées de leur milieu social d’origine, de plus en plus intégrées au régime et ressemblantes sur le plan idéologique, au risque que les antagonismes politiques s’effacent et que les citoyens n’aient d’autre débouché que la révolte minoritaire ou l’apathie.

Le problème est que la définition du parti attrape-tout s’est révélée variable et imprécise dans les écrits de Kirchheimer. Ce dernier envisageait en outre cette notion sous un angle très évolutionniste, comme le résultat d’une métamorphose des partis de masse existants. Dans le cas d’En Marche !, le plus fascinant est pourtant sa création en dehors de toute culture politique anciennement institutionnalisée, dans une période où les partis de gouvernement ont depuis longtemps focalisé leur activité sur la seule préparation des scrutins électoraux.

Autre originalité, même factice, EM prospère sur la dénonciation d’un « système » auquel son dirigeant serait étranger, revendiquant ainsi une extériorité par rapport au pouvoir. Il y a là, concernant le positionnement du parti et le contexte de son émergence, des singularités qui incitent à aller au-delà de la seule caractérisation « attrape-tout ».

Un parti-firme personnaliste

De fait, En Marche ! étonne principalement en raison de la démarche entrepreneuriale qui lui a donné naissance, avec des savoir-faire et un langage plus typiques d’une « culture de boîte » que d’une culture politique (lire l’enquête de Mediapart sur les rouages de la « Macron Company »). D’autres partis plus institutionnalisés ont importé des techniques managériales en politique. Ce fut par exemple le cas de l’UMP à partir de 2004, notamment lors de la campagne de recrutement de nouveaux adhérents (fixation d’objectifs chiffrés, évaluations, classement des fédérations…). La chercheuse Anne-Sophie Petitfils a cependant montré à quel point cette évolution a surtout accompagné, pour la légitimer, la conquête du parti par Nicolas Sarkozy, « prétendant non désigné et non désiré au trône ».

Avec Macron, ces techniques ne sont pas seulement instrumentales. Elles définissent un mode d’institution du parti qui colore fortement son identité, tout en coïncidant parfaitement avec le contenu de son offre politique, valorisant la prise de risque et les vertus d’une concurrence libre et non faussée. De plus, contrairement aux partis installés dont les ressources proviennent largement du financement public, EM doit largement sa naissance et sa puissance de feu médiatique au soutien des milieux d’affaires. Enfin, la confusion entre la cause idéologique portée par le parti et la cause personnelle de son fondateur est portée à son comble, ce que symbolise l’identité entre le sigle de l’un et les initiales de l’autre.

Pour trouver des points de comparaison plus pertinents que dans le cas français, il vaut peut-être mieux porter le regard vers des antécédents étrangers, comme le lancement de Forza Italia. À l’époque, fin 1993, Silvio Berlusconi n’est pas encore le vieux dirigeant pathétique contraint à confesser ses soirées « bunga-bunga », mais un entrepreneur à la tête d’un empire économique, qui en utilisera les ressources pour lancer un parti dont l’image est promue par des professionnels de la communication et des relations publiques, s’appuyant eux-mêmes massivement sur des enquêtes d’opinion. À part l’anticommunisme, l’identité doctrinale de Forza Italia apparaît alors très mince, ce qui n’empêche pas la création de 4 000 clubs de sympathisants, principalement recrutés au sein des classes moyennes des régions « gagnantes » du nord de l’Italie. La campagne des législatives de 1994 est cependant maîtrisée en tout point par un cercle restreint autour de Berlusconi.

Quel que soit le nombre d’adhérents officiellement recensés, voire consultés à l’occasion, l’un des traits du business party réside en effet dans la centralisation très nette de la prise de décision, sans guère d’égards vis-à-vis des sensibilités idéologiques attirées par l’entreprise partisane, ni pour la diversité territoriale des zones d’implantation militante. De fait, en dépit de pratiques de délibération au sein d’EM, l’influence des adhérents sur le programme de Macron et ses orientations stratégiques apparaît bien superficielle. Beaucoup conseillé, leur candidat est en fait peu contraint par une quelconque instance partisane. On retrouve d’ailleurs ces traits dans une formation moins connue que Forza Italia et ancêtre de l’actuelle droite espagnole, à savoir l’Union du centre démocratique (UCD) dirigée par Adolfo Suarez, premier ministre de 1976 à 1981.

Populaire dans l’opinion et puissant dans l’appareil d’État, ce dernier avait besoin d’une organisation grâce à laquelle accomplir la transition postfranquiste. Outre la grande marge de manœuvre dont disposait le dirigeant de l’UCD, les chercheurs Hopkin et Paolucci rapportent des éléments qui font irrésistiblement penser à la campagne menée par Macron. Selon eux, le pouvoir discrétionnaire de l’exécutif partisan découlait d’une volonté d’adaptation très souple à l’état de l’opinion tel qu’il était perçu ou mesuré (« le parti se situe là où se trouvent les électeurs », affirma un proche de Suarez). Il convenait par ailleurs de contenir le plus possible « les contradictions potentielles entre les chrétiens-démocrates, libéraux et sociaux-démocrates » rassemblés par l’UCD, qui attira à l’époque énormément d’électeurs indécis, lesquels s’identifiaient très peu au parti lui-même, ou alors à son fondateur.

Ces deux exemples – Forza Italia et l’UCD – sont intéressants à plusieurs titres. D’abord, ils renseignent sur les failles des partis les plus proches d’un modèle entrepreneurial pur, éventuellement augmenté d’une tendance « personnaliste », lorsque l’organisation est tout entière dévouée aux ambitions du leader. En effet, ces partis se révèlent très dépendants de la figure charismatique dont ils sont le véhicule politique ad hoc, sans forcément s’adosser à un conflit sociopolitique substantiel et donc durable. Les difficultés de Forza Italia ont par exemple été largement corrélées à la perte de crédibilité de Berlusconi lui-même. On observe donc une vulnérabilité particulière de ces partis en fonction des performances et à l’image de leur chef.

Cette vulnérabilité est d’autant plus forte qu’il s’agit de partis faiblement institutionnalisés. À cause des liens très lâches entre l’électorat du parti, ses cadres et son dirigeant, il est très difficile de contenir les conflits internes lorsqu’ils s’expriment, de faire passer efficacement des messages aux sympathisants et d’organiser une remontée fidèle de leurs aspirations ou reproches aux dirigeants. Dans le cas espagnol, une fois les enjeux institutionnels traités sur un mode plutôt consensuel, les enjeux socio-économiques ont suscité des conflits qui ne pouvaient plus être esquivés, au pouvoir aussi bien qu’en période électorale. Si ce genre de problème n’est pas propre à ce type de parti, leur intensité est potentiellement plus forte, et les moyens de les résoudre beaucoup moins codifiés.

En ce sens, que ce soit en cas de défaite au premier tour ou en cas d’accès au pouvoir et de réformes impopulaires, on peut s’interroger sur la capacité de résistance d’En Marche !, qui ne dispose pas encore d’un maillage substantiel du territoire ni d’un noyau électoral loyal à une « marque » politique éprouvée.  Si le destin de l’UDC n’est pas un bon présage, on pourra faire remarquer que Forza Italia est en revanche parvenu plusieurs fois à conquérir et exercer le pouvoir. Il faut toutefois noter que ce parti s’est révélé d’une résilience toute limitée en une vingtaine d’années d’existence, en comparaison de la longévité d’autres partis de gouvernement en Europe. Surtout, les alliances sociales tentées par Berlusconi (entre patronat, rentiers détenteurs de la dette publique et travailleurs non syndiqués) se sont définitivement désagrégées une fois la zone euro entrée en crise. Or, c’est typiquement dans ce contexte de crise, alors que le jeu économique est de plus en plus à somme nulle, que la tentative Macron se produit. 

Transformisme" ou "césarisme" ?

Les partis de ce type n’apparaissent pas à n’importe quel moment. Dans le cas espagnol, il s’agissait de la transition d’un régime à un autre ; dans le cas italien, il s’agissait de la décomposition du système partisan de la Ire République, sur fond d’affaires judiciaires dévastatrices qui ont fini d’achever la puissante Démocratie chrétienne et le Parti socialiste de l’époque. À l’heure où les systèmes partisans européens sont beaucoup plus propices à la déstabilisation que dans les décennies précédentes, les fenêtres d’opportunité augmentent justement pour ce type de partis.

En France, où l’ordre électoral est en pleine recomposition depuis les quinquennats Sarkozy et Hollande, sur fond d’épuisement des promesses de prospérité et de stabilité de la Ve République, EM a pu trouver un terreau particulièrement favorable. Pour le politiste Gaël Brustier, Macron serait même le « candidat de la crise de régime » rampante dans laquelle se déroulerait cette campagne hors normes : « L’expérience Macron suppose (...) la réussite du transformisme qu’il porte : il s’agit de convertir des groupes sociaux à un gigantesque plan de sauvetage idéologique à la fois de la Ve République, de son mariage avec l’intégration européenne et du capitalisme à la sauce californienne. »

Ici, « transformisme » renvoie à une notion forgée par Gramsci. Ce dernier désignait ainsi la façon dont les élites dirigeantes, désireuses de reproduire une adhésion au moins passive à l’ordre social dont elles sont les gardiennes, incorporent la population et ses représentants à un cadre politique « gélatineux », au sein duquel les conflits sont désamorcés. Comment le faire dans le contexte, mentionné plus haut, de l’interminable crise économique de 2008 et de la décomposition des cultures politiques propres aux partis de gouvernement depuis 1981 ?

La réponse tient en trois temps. Premièrement, grâce à un hold-up rhétorique typique d’un populisme des élites ou d’extrême centre, qui consiste à dénoncer un « système » depuis son cœur même, aidé en cela par des puissances économiques trop heureuses de trouver un candidat dont on estime qu’il sera préservé de pressions basistes gênantes pour les affaires, qu’elles soient égalitaristes (à gauche) ou identitaires (à droite). Le tour de passe-passe tient alors dans la réduction du « système » aux seules institutions politiques, le monde économique y échappant implicitement en raison de son statut juridique privé. Cela peut fonctionner le temps d’une campagne, mais plus difficilement tout au long d’un quinquennat.

Deuxièmement, une fois construite cette image d’extériorité, qui permet d’échapper opportunément à la question du bilan des orientations néolibérales suivies depuis trente-cinq ans, une opération plus délicate consiste à imposer comme conflit central celui de « l’ouverture » contre la « fermeture ». Ce match Macron/Le Pen ne serait pas totalement artificiel. Un clivage latent travaille bien le pays, entre d’un côté ceux qui voient d’un œil positif l’exposition croissante des sociétés à la diversité culturelle, ainsi que la gestion supranationale des interdépendances entre pays, et de l’autre côté ceux qui préfèrent se replier sur une identité nationale figée et exclusive.

Le problème est que d’autres conflits structurels parcourent la société, notamment entre ceux qui s’estiment plutôt gagnants d’une mondialisation productive et financière qu’ils ne souhaitent pas attaquer de front, et d’autres qui souhaitent s’attaquer aux inégalités de richesses et de pouvoirs qu’elle génère, à toutes les échelles géographiques.

Troisièmement, on perçoit la tentation de dépasser toutes ces contradictions à travers la prise en charge et l’incarnation par une personne, forcément exceptionnelle, du destin national. Les phrases sibyllines de Macron sur la « transcendance » et sa revendication d’une « dimension christique » pointent dans cette direction, qui n’est plus seulement celle du transformisme au sens de Gramsci, mais d’un épisode césariste. Il faut dire que tout, dans la Ve République et dans la centralité acquise par l’élection présidentielle, pousse à ce tropisme auquel semble se laisser aller le candidat d’En Marche !. Quoiqu’il se revendique de valeurs d’ouverture, ce césarisme peut nourrir des interrogations quant à la préservation d’une démocratie vivante. 

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 07:00
Le sulfureux employeur du porte-parole de François Fillon
 PAR LUCIE DELAPORTE

Le député des Hauts-de-Seine, Thierry Solère, porte-parole de François Fillon, est rémunéré depuis 2011 par l'entreprise Chimirec, condamnée pour traitement frauduleux de déchets pollués.

Le porte-parole de François Fillon est un homme aussi occupé que discret. Le député des Hauts-de-Seine est salarié depuis 2014 en tant que « conseiller en stratégie France et international » par la société Chimirec où il émarge à 12 000 euros par mois, comme il l’a déclaré à la Haute autorité pour la transparence de la vie politique. Écartant tout conflit d’intérêts avec son activité de parlementaire, le député explique cette activité comme s’inscrivant dans la continuité de son expertise acquise auprès d’autres entreprises de retraitement de déchets, lorsqu’il travaillait dans le secteur privé : « Je suis conseiller du PDG de Chimirec, Jean Fixot, que j’accompagne sur tous les sujets stratégiques. » Thierry Solère souligne que « tout cela est parfaitement légal », affirmant que sa rémunération actuelle se justifie par « la qualité du travail effectué ».

Mais s'il est bien salarié depuis 2014, Thierry Solère travaille en fait depuis 2011 pour la société Chimirec. Il est à cette époque rémunéré comme consultant pour l’entreprise de traitement de déchets. Ce qu’il n’a pas mentionné explicitement à la HATVP. Ni la société, ni Thierry Solère n’ont souhaité nous indiquer le montant des honoraires reçus pour ces conseils.

Or l’année 2011, pour l’entreprise Chimirec, n’est pas une année comme les autres. Cette année-là, sa filiale Aprochim en Mayenne, spécialisée dans le retraitement des transformateurs d’EDF, est dans l’œil du cyclone. Une pollution très élevée au PCB – une substance cancérogène – est détectée dans les exploitations environnantes. Dans le village de Grez-en-Bouère où se situe le site, le bétail est mis sous séquestre et 400 bêtes ont finalement été abattues, leur viande étant devenue impropre à la consommation. Depuis un an, les habitants de la commune découvrent alors que les analyses sanguines de plusieurs salariés d’Aprochim montrent des taux anormaux de PCB. Soumis à de fortes pressions, comme le rapportait à Paris-Match un des salariés, finalement « sorti » de son entreprise, très peu osent porter plainte.

Plusieurs associations locales, comme « Entre Taude et Bellebranche », ainsi que des riverains décident alors de saisir la justice. Une instruction est toujours en cours au pôle santé du TGI de Paris pour « mise en danger de la vie d’autrui », « déversement de substances nuisibles dans les eaux souterraines et superficielles » et « émission de substances polluantes ».

Selon les parties civiles, la société ne s’était en réalité jamais dotée jusque-là des filtres nécessaires pour éviter ces rejets toxiques dans l’atmosphère. Pour l’avocat de Chimirec, Me Xavier Flécheux, l’affaire se résume à une évolution de la réglementation en matière de rejet de PCB dans l’atmosphère. « Une nouvelle norme européenne en 2010 a baissé les seuils tolérés de PCB mais, jusque-là, l’entreprise était totalement dans les clous », explique celui qui s’apprête à défendre l’entreprise en appel dans une autre affaire.

Car ce n’est en effet pas la première fois que Chimirec a affaire à la justice. « Ce sont des trafiquants de déchets coutumiers de ce genre de pratique », assène l’avocat spécialiste de l’environnement Benoît Busson, qui défend plusieurs associations comme France Nature Environnement dans ce dossier. La société traîne en effet depuis des années une affaire de traitement frauduleux d’huiles polluées sur trois de ses sites (en Mayenne, Seine-Saint-Denis et Moselle). Finalement jugée en décembre 2013, l’entreprise est condamnée par le tribunal correctionnel de Paris pour élimination frauduleuse de déchets polluants et pour avoir fourni sciemment à l’État des informations inexactes pour des faits remontant à la période 2000-2006.

Les trois filiales concernées, SAS Chimirec Est, Chimirec SAS et SA Aprochim, ont alors été condamnées en tant que personnes morales à respectivement 150 000 euros, 180 000 euros et 100 000 euros d’amende. Le PDG Jean Fixot, que conseille à l’époque Thierry Solère, a été condamné à quinze mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende. Chimirec a fait appel de sa condamnation, arguant d’un « problème de réglementation à l’époque » sur les techniques de dépollution. « Pendant six ans, Chimirec a été payé à diluer une mauvaise huile dans une bonne », explique une source proche du dossier, précisant que l’entreprise tirait profit à la fois de ses clients soucieux de se débarrasser de leurs huiles polluées, de l’État via des subventions de l’Ademe, et enfin du prix de la revente du produit « nettoyé ».

À Grez-en-Bouère, la colère des habitants est d’autant plus grande que les associations parties civiles dans le dossier ont découvert que la filiale de Chimirec avait eu connaissance des relevés anormaux de PCB autour de son site près d’un an avant de les transmettre à l’État. « Ils ont eu les premiers relevés en février 2010 et ne les ont fournis que fin 2010 parce qu’ils étaient mis en demeure par l’État de le faire », raconte un responsable associatif qui préfère ne pas donner son nom, l’entreprise se livrant à un harcèlement judiciaire à l’encontre des parties civiles. « Ils ont mis en danger et en toute connaissance de cause leurs salariés et les habitants de la commune et le bétail », assure-t-il. « Comble du cynisme, affirme ce même responsable, comme la réglementation allait changer en faisant baisser les seuils tolérés, ils ont même fait cette année-là une de leurs plus grosses années. C’était une année charnière, il fallait que tout soit retraité avant que le nouveau décret n’entre en vigueur. »

Malgré les multiples alertes, la pollution s’est néanmoins poursuivie, comme l’a constaté un rapport de la DRIRE (Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement) du 18 avril 2013, conduisant la préfecture à proposer une suspension de l’activité d’Aprochim devant le Coderst (le Conseil de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques). Devant le refus des élus locaux, au nom de la sauvegarde de l’emploi, la suspension est rejetée mais la préfecture impose à Aprochim de sérieusement réduire la voilure. Mise en difficulté, la société licencie finalement 15 salariés sur 69 en 2013.

Les salariés lancent alors une procédure d’alerte et découvrent à travers l’audit des comptes, réalisé par la société SECAFI, que des sommes faramineuses sont englouties en « rémunération d’intermédiaires » : 720 000 euros, « assistance et conseil groupe » : 306 000 euros et « frais de personnel externes » : 55 000 euros. L’entreprise refusera de préciser la liste des bénéficiaires, comme le montre un PV d’avril 2015 que Mediapart a pu consulter (voir ci-dessous).

Dans la plainte déposée au nom des riverains d’Aprochim (lire ci-contre le (pdf, 111.0 kB)) en novembre 2015, le cabinet d’avocats Busson dit s’interroger sur « les dépenses de plus d’un million d’euros non justifiées par APROCHIM […]. Nous sollicitions des investigations de manière à rechercher notamment si cet argent a été réellement dépensé dans l’intérêt de l’entreprise car nous soupçonnons un abus de bien social ». MeFlécheux, l’avocat de Chimirec, explique n’avoir « pas connaissance de ce volet du dossier » mais estime que « depuis six ans, pratiquement rien ne s’est passé. Il n’y a eu aucune audition de salariés ou de dirigeants d’Aprochim », laissant entendre que le dossier serait « vide »

Quel a été le rôle précis du consultant Solère dans ce délicat dossier ? A-t-il été appelé par la société uniquement sur des enjeux de développement de l'entreprise ou pour parer à la crise qui est loin d'être terminée pour cette société cernée par plusieurs procédures ? Nul doute que le porte-parole de François Fillon devra plus amplement s'expliquer sur ces étonnantes activités de conseil. 

Difficile en tout cas d’imaginer que son activité parlementaire n’a pas souffert de cette activité parallèle. Comme l’avait déjà raconté l’émission « Pièces à conviction » en 2015, elle a, comme il le reconnaissait d’ailleurs lui-même, fortement limité son action de député. 

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 08:54

Si Yannick Jadot et Benoît Hamon ont déjeuné ensemble lundi à Paris pour continuer leurs discussions, l'entente entre le candidat socialiste et Jean-Luc Mélenchon semble consommée.

Vouée à l'échec avant d'avoir été nouée, l'union entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon avant le premier tour de la présidentielle semble consommée mais l'écologiste Yannick Jadot et le PCF leur intiment de se placer "à la hauteur de l'enjeu".

Mélenchon estime avoir "fait le pas". L'illusion n'a même pas duré trois semaines, après la victoire de Benoît Hamon à la primaire de son camp. Le candidat socialiste a "fait toute une campagne sur le thème 'moi, je parlerai à tout le monde, j'appellerai Jean-Luc Mélenchon le lendemain'" de la primaire, tempête Jean-Luc Mélenchon. "Cela fait trois semaines, ça va ! C'est moi qui ai dû dire qu'il fallait arrêter la comédie", poursuit celui qui estime avoir "fait le pas", en envoyant notamment un courrier jeudi à Benoît Hamon.

"Je ne courrai pas après Jean-Luc Mélenchon", déclare Hamon. "Je ne courrai pas après Jean-Luc Mélenchon", a déclaré samedi Benoît Hamon. Les deux hommes qui avaient convenu, lors d'une conversation téléphonique vendredi, de se rencontrer à la fin de cette semaine, n'avaient 24 heures plus tard plus prévu de se voir. Le camp du socialiste a élevé le ton pendant le week-end. "Oui, maintenant, je le dis, je suis le mieux placé pour faire gagner la gauche", a assuré samedi Benoît Hamon.

Accusé de compromissions sur sa ligne politique pour satisfaire un camp fracturé entre le bilan du quinquennat sortant, Benoît Hamon est même soupçonné de préparer un accord avec Emmanuel Macron. Benoît Hamon est "sous influence solférinienne", juge Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. Mais, pour chacun, hors de question toutefois d'apparaître comme le fossoyeur du rassemblement.

"Irresponsabilité historique". Yannick Jadot a estimé que "trouver les conditions de l'incapacité d'un rassemblement aujourd'hui, c'est une forme d'irresponsabilité historique". "Tout le monde s'en fout de savoir si Jadot aime Mélenchon qui aime Hamon", a-t-il poursuivi sur France 5, rappelant que la gauche "européenne, sociale et écologiste" a désormais "la possibilité qu'on n'imaginait pas il y a quelques semaines de créer l'espérance et de gagner, c'est quand même essentiel !".

Le PCF va "hausser le ton". Soucieux également de siffler la fin des hostilités, le PCF va "hausser le ton devant la menace du Front national". Il doit annoncer un calendrier de rencontres pour établir un "pacte majoritaire de gauche" concentré sur les points de convergence.

Rencontre Jadot-Hamon à Bastille. La possibilité d'une entente entre Benoît Hamon et Yannick Jadot n'est quant à elle pas remise en cause. Les deux hommes ont déjeuné ensemble lundi à Paris pour poursuivre leurs discussions. Le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts David Cormand a pourtant assuré qu'"on est encore très éloignés de quelque chose qui pourrait ressembler à une offre de plate-forme".

"J'ai confiance dans le fait que nous travaillons bien, avec beaucoup d' intensité et ce sera complètement transparent, sur le fond et sur la forme", a déclaré de son côté Benoît Hamon, interrogé par BFMTV après ce déjeuner de deux heures dans une brasserie du quartier Bastille à Paris.

Décision d'ici la fin de la semaine. David Cormand a expliqué que si les deux candidats avaient "des convergences sur les grandes perspectives, on n'y est pas du tout sur les points d'étape de la mise en oeuvre concrète". Il a cité le calendrier de sortie du nucléaire, mais aussi la question de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou celle du changement de Constitution, pour passer à la VIe République. La décision de s'unir ou non sera prise d'ici ce weekend au plus tard, selon lui, et soumise au vote des militants écologistes.

A lire aussi, dans le Parisien aujourd'hui: Le PCF milite pour l'union de la gauche... aux Législatives

Cette « recomposition de la gauche » que Pierre Laurent appelle de ses vœux pourra, peut-être au moins, se faire pour les législatives.

«Il y a une gauche qui peut se réconcilier. On est dans une période où il est possible de construire quelque chose », veut-on croire du côté du Parti communiste français. Le Comité exécutif national du PCF doit rendre publique ce mardi une « adresse au peuple de France », afin d’encourager les citoyens, associations, à s’emparer du débat d’une union de la gauche au 1er tour de la présidentielle, et surtout dans l’optique des élections législatives de juin.

« Plusieurs millions » de tracts vont ainsi être distribués « partout en France » à partir du milieu de semaine pour encourager cette dynamique. « Il y a une aspiration forte au rassemblement à gauche, il ne faut pas abandonner ce créneau », poursuit-on côté PCF. Cette « recomposition de la gauche » que Pierre Laurent appelle de ses vœux pourra, peut-être au moins, se faire pour les législatives. « On ne pourra pas nous dire qu’on n’a rien tenté », embraye-t-on au cabinet du secrétaire national.

Le PCF doit rencontrer les équipes du PS, de la France Insoumise et des écologistes cette semaine afin de « parler des contenus, des choses communes » à la gauche. 

 

  leparisien.fr

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 06:56
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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 06:10
Les stars de la Bourse rejouent la course au fric comme avant la crise
CLOTILDE MATHIEU
VENDREDI, 17 FÉVRIER, 2017
L'HUMANITÉ
Salle des marche Euronext, CAC 40, indice boursier, bourse de Paris ©Pascal SITTLER/REA
 

 Malgré la croissance faible, les sociétés du CAC 40 ont réussi en 2016 à doper leurs profits et les dividendes. Un prélèvement payé au prix fort par la collectivité, à coups de captation des fonds publics, de destruction d’emplois et d’arrêt des investissements d’avenir.

La direction de BNP Paribas avait pris les devants, en annonçant au préalable son plan 2020 qui devrait permettre d’accroître d’ici trois ans la rentabilité du groupe de 10 % et le profit de 6,5 % par an, grâce aux « 2,5 milliards d’euros d’économies » réalisées chaque année « à partir de 2020 », via la réduction du nombre des agences bancaires. Alors même que 236 agences ont déjà fermé depuis 2012…

L’analyse des résultats des entreprises du CAC 40 témoigne de la déconnexion de ces multinationales avec le monde réel. À l’image de cette envolée des cours boursiers qui battent tous les records, quand les taux de croissance de nos économies décelèrent ou stagnent. Pour y parvenir, les multinationales ont su pleinement bénéficier de la politique monétaire ultra-accommodante des banques centrales : taux exceptionnellement bas, refinancement des banques et surtout un vaste programme d’achats d’actifs (dénommé « quantitative easing », ou QE, en anglais). Lesquelles banques ont créé plus de masse monétaire ces dernières années que durant le siècle précédent. La Banque centrale européenne (BCE) a ainsi, rien qu’entre mars 2015 et septembre 2016, injecté via le QE pas moins de 1  140 milliards d’euros. Une manne de liquidités dont les multinationales se sont emparées pour créer des monstres via des fusions-acquisitions et/ou gaver leurs actionnaires, en procédant à des programmes de rachats d’actions.

Le mouvement a démarré en 2014 et n’a plus jamais cessé, frôlant même en France, avec les records de 2007, soit un an avant l’explosion de la bulle dite des subprimes, ces crédits hypothécaires à risques qui ont précipité l’économie mondiale dans la crise en 2008. Depuis trois ans, toutes les grandes zones économiques du globe ont contribué à cette envolée des profits. Et la France n’a pas démérité. À l’image du mariage entre le cimentier Lafarge et son concurrent suisse Holcim, qui a donné naissance au premier cimentier mondial, avec des ventes annuelles de l’ordre de 40 milliards de dollars. Ou encore le rachat du pôle énergie d’Alstom par General Electric (GE). Une course à la taille pour permettre des « synergies », à savoir une restructuration, l’élimination d’un concurrent, mais surtout la captation de nouvelles parts de marché là où la croissance est plus soutenue, c’est-à-dire hors d’Europe. Entre 2012 et 2015, les entreprises du CAC 40 ont ainsi détruit 83 000 emplois, malgré la croissance de leur chiffre d’affaires… De leur côté, les actionnaires ont vu leur rente décoller. Les valeurs du CAC 40 ont racheté 9,5 milliards d’euros d’actions en 2016. En 2015, ces dernières avaient déjà déboursé 5,5 milliards d’euros. Une technique qui permet de doper artificiellement le bénéfice par action d’une entreprise. En rachetant ses actions, le groupe réduit le nombre de titres en circulation. Autrement dit, le bénéfice est divisé par un nombre moins élevé de titres, et chacun est ainsi mieux rétribué.

Les sphères de décision sont dans les grandes entreprises et les banques

Cette financiarisation a été accentuée et validée par les politiques mises en place durant ce quinquennat. Au-delà de la politique monétaire, la conversion de l’« adversaire de la finance » à la politique de l’offre, à la chasse aux « coûts » et plus précisément celui du travail, déclaré ennemi numéro un de l’entreprise, a décomplexé les directions des groupes. Des dizaines de milliards d’euros ont été injectées, avec le crédit d’impôt compétitivité-emploi (Cice) et le pacte de responsabilité, mais ils « n’ont pas été utilisés pour l’emploi ou l’investissement, les entreprises les ont utilisés pour augmenter leur marge et se désendetter », affirme l’économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Henri Sterdyniak.

La cure de désintoxication financière semble, au vu de ces chiffres, indispensable pour construire un nouveau projet de société répondant aux besoins des populations plutôt qu’aux appétits financiers. « D’un point de vue technique, les outils existent déjà, affirme l’économiste du PCF Denis Durand. Ils sont simplement otages des marchés financiers. » Pour reprendre la main, l’économiste cite le mécanisme de refinancement des banques pour les inciter à prêter aux entreprises. « Aujourd’hui, les banques peuvent emprunter à taux zéro, voire négatif (–  0,4 %), c’est-à-dire qu’elles reçoivent des milliards de la BCE à la seule condition qu’elles démontrent qu’elles prêtent cet argent aux entreprises. Mais sans aucun contrôle sur l’utilisation réelle de ces fonds par les entreprises, explique-t-il. Alors qu’il suffirait de reprendre l’outil en y intégrant un mécanisme de bonus-malus en fonction de l’utilisation qu’elles font de cet argent » pour s’assurer que celui-ci serve bien des projets utiles à l’emploi. Une question de volonté politique ? « Pas seulement, répond Denis Durand. On peut avoir le meilleur président du monde, la réalité, c’est que les sphères de décision sont dans les grandes entreprises et les banques », explique l’économiste, qui prône la création de nouveaux pouvoirs et droits pour les salariés dans les entreprises. Un constat partagé par l’économiste des marchés financiers et membre des Économistes atterrés André Orléan : « La définanciarisation repose sur la constitution de pouvoirs d’évaluation hors des marchés (entrepreneurs, syndicats, pouvoirs publics, associations), aptes à proposer des finalités conformes à l’intérêt collectif. »

le poids prépondérant des groupes français à l’étranger

En 2013, expliquait l’Insee dans une étude publiée l’an dernier, « les groupes français multinationaux (hors secteur bancaire) contrôl(ai)ent 37 000 filiales à l’étranger. Ces filiales réalis(ai)ent un chiffre d’affaires de 1 240 milliards d’euros, soit 53 % du chiffre d’affaires consolidé des groupes. Elles emplo(yai)ent 5,4 millions de salariés, soit 55 % de leurs effectifs ». Les grands groupes (plus de 5 000 salariés ou plus de 1,5 milliard d’euros de ventes) représentent à eux seuls 84 % du chiffre d’affaires des entreprises françaises à l’étranger et 80 % des effectifs hors de la France. L’UE reste la première zone d’implantation des multinationales françaises. Mais cela se diversifie. En 2013, 63 % des 58 milliards d’euros d’investissements corporels à l’étranger ont ciblé des pays hors UE, avec comme principale destination les États-Unis.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 06:08
Fillon ira jusqu'au bout! (Info'Com CGT)
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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 07:44
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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 07:30
Pour un peu, même en le relisant cent fois, on pourrait ne pas le croire... Parlant de la campagne électorale, à quelques semaines de la présidentielle, le candidat Emmanuel Macron affirme donc que « c'est une erreur de penser que le programme est le cœur ». Les propos de Macron-la finance sont tellement édifiants et hallucinants qu'ils devraient le disqualifier sine die. Loin des yeux, loin du cœur. Sans doute loin de l'esprit aussi. Puisque, selon lui, « la politique c'est un style » et « une magie » (sic), puisque « la politique, c'est mystique », sans doute connaît-il ses classiques : « Tout commence en mystique et finit en politique », disait Péguy, qui a connu des plagiats bien meilleurs. Au moins tiendrons-nous la citation pour une prophétie. Quand le mystique passera vraiment à la politique, c'en sera fini ! Car soyons sérieux deux minutes. Passé au laminoir de ses idées et – pardon – de ce qu'il est fondamentalement, Macron a tout de la créature d'un système à bout de souffle, alors que les médias dominants nous le présentent du matin au soir comme le candidat « antisystème ».

Pourtant, qu'incarne-t-il d'autre que le cœur du réacteur ? Il le revendique d'ailleurs, par ses manières affirmées de vouloir « façonner un capitalisme à l'image de nos ambitions ». Quelles ambitions ? Énarque, banquier d'affaires, conseiller de François Hollande, ministre de l'Économie, militant de l'ubérisation la plus sauvage et de la loi catastrophique qui porte son nom, Macron n'a rien du qualificatif « progressiste » dont il s'affuble en braillant, encore moins du vocable de « révolution », comme l'affirme le titre de son livre. Comment ne pas croire que le plan de com, si grossier, n'explosera pas bientôt en rase-mottes ? Macron, c'est le relookage d'un quinquennat de hautes trahisons dont la justice de classe s'est déjà emparée pour l'histoire. Oui, un relookage en vue d'un prolongement politique inespéré pour tous les libéraux et leurs ultras.

Qu'on ne se trompe pas. Beaucoup de nos puissants – à droite comme à gôche – ne l'ont pas choisi au hasard. Il est l'homme de main de l'ordre établi, sa meilleure manche à air, pour parachever la conversion du pays au libéralisme total.

Jean-Emmanuel Ducoin (L’Huma du 14 février 2017)

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