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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 07:12

 

En ces temps si incertains, si troublés, nos souhaits de bonheur, de santé et de paix pour l'année nouvelle ne peuvent qu'être accompagnés de vœux combatifs et fraternels. En effet, si le bonheur reste une idée neuve, elle s'évanouit vite lorsqu'elle est éprouvée au cœur d'un océan de malheurs et qu'une infime minorité conditionne la vie des autres.

Nier le fort mouvement de reflux des idées et combats progressistes n'aurait aucun sens. Mais refuser de voir que germent des luttes nouvelles porteuses d'émancipation non plus. Un mouvement mondial des femmes, inédit, se lève. L'aspiration à la justice sociale et écologique contre les paradis fiscaux et l'enfer d'une planète qui se consume grandit. La solidarité, et l'hospitalité, avec les migrants, malgré des gouvernements sans cœur, est là. Le refus des guerres et des tensions alors qu'un peu partout retentissent les bruits des canons se fait entendre. Des expériences nouvelles pour des projets sociaux, coopératifs, écologiques, numériques alternatifs, portés par des salariés, ouvriers, cadres, ingénieurs, chercheurs comme par des paysans, des jeunes nourris d'audace et d'inventivité, se multiplient. Oui, l'aspiration à « autre chose », à inventer la société et le monde de demain, est bien réelle mais pas encore assez puissante. Qui peut, en effet, accepter ou justifier que les plus riches de la planète viennent d'engranger mille milliards de dollars supplémentaires quand galopent les inégalités, que se répand la pauvreté et que le chômage est une plaie béante sur le front du capitalisme financier ? Une large unité de l'immense majorité de celles et ceux qui subissent ce système peut être possible. Elle est d'autant plus indispensable que, dans les semaines à venir, les travailleurs, les privés d'emploi, les retraités, les collectivités locales vont commencer à subir les effets des premières décisions désastreuses du pouvoir macronien. C'est maintenant qu'il nous faut être à leurs côtés pour réagir dans l'unité et mettre d'autres choix en débat.

Le cynique jeu du président de la République, cherchant l'unité nationale derrière les puissances d'argent, peut être mis en échec. Il compte sur une vie politique anémiée, un débat public sclérosé, une gauche divisée, des syndicats affaiblis pour avoir les coudées franches afin de s'attaquer au salaire minimum, ouvrir la chasse aux chômeurs, brader à nouveau les actifs publics, laisser pourrir la situation à l'hôpital ou dans les transports publics pour les offrir au privé, présenter une loi scélérate sur l'immigration, renforcer l'Europe de l'argent et provoquer une révision constitutionnelle qui vise à réduire le périmètre d'une démocratie déjà bien malade. Nous pouvons compter sur notre nombre, notre aspiration démocratique et notre soif de justice.

Malgré ses difficultés et ses moyens trop insuffisants, l'Humanité veut non seulement vous accompagner dans l'année qui vient et vous être utile, mais se portera au-devant des débats et des combats à venir. Elle veut être plus et mieux le journal du rassemblement de toutes celles et ceux qui ont pour ambition d'imposer des reculs et de changer le système. Source originale d'informations, d'analyses et force de propositions, l'Humanité s'efforcera de décupler le retentissement des combats pour l'émancipation sociale, écologique, démocratique, politique, culturelle.

Formons pour cette année nouvelle des vœux qui nous obligent toutes et tous : celui de l'unité populaire, dans la riposte sociale et politique, pour que reculent pauvreté et inégalités, et celui d'entendre le silence des armes pour écouter, enfin, le si beau chant du monde. Bonne année !

 

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 07:06

Emmanuel Macron veut une réforme de l’audiovisuel public. Ce projet pourrait créer une holding rassemblant toutes les entreprises, ce qui renforcerait la mainmise du pouvoir. Le chef de l’État se méfie des journalistes et va jusqu’à s’afficher avec Cyril Hanouna, sanctionné pour homophobie et sexisme.

 

Depuis plusieurs jours, c’est la question dont se délectent tous les journalistes médias : recevant le lundi 4 décembre les députés de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron leur a-t-il bel et bien confié qu’à ses yeux l’audiovisuel public était « la honte de la République », comme l’ont rapporté peu après L’Express ou encore Télérama ? Ou bien faut-il donner quelque crédit au démenti de l’Élysée, assurant qu’on a prêté au chef de l’État des propos qu’il n’avait pas tenus ? Avouons-le : comme nous n’avons pas assisté à l’échange, nous n’avons pas de certitude quant à l’exactitude du verbatim placé dans la bouche du président de la République. Et, au demeurant, l’interrogation paraît parfaitement secondaire.

Car quand bien même Emmanuel Macron aurait prononcé ces mots qui ont indigné beaucoup de journalistes de France Télévisions ou de Radio France (voir ici la réaction du SNJ de Radio France), le compliment pourrait lui être retourné. Si « honte » il y a, elle peut être imputée à de nombreux acteurs. Au PDG de Radio France, Mathieu Gallet, comme à la dirigeante de France Télévisions, Delphine Ernotte ; au président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Olivier Schrameck, et aux membres de cette instance, qui ont installé ces deux PDG dans leur fonction et qui sont à l’origine de ce désastre de l’audiovisuel public ; à la haute fonction publique de Bercy, qui ne s’est jamais intéressée au dossier de l’audiovisuel public autrement que pour lui faire rendre gorge, et l’étrangler financièrement ; mais tout autant au chef de l’État, qui a apporté de nombreuses preuves – pas plus tard encore que dimanche 17 décembre, lors de son entretien tout en connivence sur France 2 avec Laurent Delahousse –, qu’il entendait maintenir l’insupportable lien de subordination que le pouvoir présidentialiste a toujours fait peser depuis les débuts de la Ve République sur l’audiovisuel public, au mépris des droits des citoyens à disposer d’une information libre et honnête, cette relation de servitude qui déshonore le journalisme et anémie notre démocratie

Une « honte » ! Assumons donc le mot à sa place, puisque de toute évidence Emmanuel Macron ne le revendique pas et surtout puisqu’il est bien mal placé pour mener cette charge, sauf à dresser un réquisitoire contre lui-même. Et cherchons à comprendre pourquoi l’audiovisuel public traverse une crise aussi grave.

Cet audit est d’autant plus impérieux qu’Emmanuel Macron au moins n’a pas caché qu’il préparait une grande réforme de l’audiovisuel public. Lors de ce même entretien sur France 2, le 17 décembre, il a en effet évoqué un possible « big-bang » pour le début de 2018 : il a annoncé le lancement imminent d’un grand travail de réflexion autour de l’audiovisuel public « structuré dans son architecture sur le monde d’avant ». C’est, « pour l’État, de très loin le premier budget de la culture » ; « il y a de l’argent mais est-ce qu’on le met au bon endroit et, surtout, est-ce l’organisation collective la plus pertinente ? », a-t-il déclaré.

En réalité, l’audiovisuel public soulève une cascade de questions : pourquoi se porte-t-il si mal ? Que prépare secrètement la puissance publique ? Et quels devraient être les ressorts d’une refondation démocratique de l’audiovisuel public ?

 

1. Le bilan calamiteux de Delphine Ernotte

Il y a d’abord un constat : comme Mediapart l’avait révélé en mai 2015 (lire France Télévisions : la désignation de la PDG entachée d’irrégularités) la désignation par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de Delphine Ernotte au poste de présidente de France Télévisions (FTV) a été en son temps entachée de nombreuses et graves irrégularités. Une instruction judiciaire est d’ailleurs toujours en cours à ce sujet. Et la nouvelle promue, loin de s’appliquer à faire oublier ce sulfureux épisode, a depuis multiplié les faux pas. Tant et si bien que du début de son mandat jusqu’à aujourd’hui, elle a constamment alimenté un procès en illégitimité.

Que l’on se souvienne de ce que nous avions à l’époque révélé. Lors de la procédure de nomination organisée par le CSA, nous avions mis au jour d’invraisemblables intrigues organisées dans les coulisses du pouvoir pour biaiser la décision de l’autorité supposée indépendante et pour avantager Delphine Ernotte. Issue du groupe Orange, cette dernière a ainsi bénéficié de l’appui confidentiel de David Kessler, qui lui aussi avait le même groupe Orange comme port d’attache, mais qui peu avant officiait à l’Élysée comme conseiller de François Hollande pour les médias et la communication. En clair, après avoir conseillé le chef de l’État pour choisir Olivier Schrameck comme nouveau président du CSA, David Kessler s’est mis au service de Delphine Ernotte, pour que le CSA la désigne comme présidente de France Télévisions. Le système de la barbichette…

L’Élysée a tiré en cachette les ficelles d’une nomination qui pourtant était supposée impartiale, et ne devait dépendre que du seul CSA, sans intervention ou pression extérieure. Si à l’époque, Delphine Ernotte a ainsi pris le dénommé Denis Pingaud, pour piloter la communication de sa candidature, c’est que ce dernier avait un lien direct avec l’Élysée, par l’intermédiaire du nouveau conseiller en communication de François Hollande, Gaspard Gantzer. Par la suite, les deux amis n’ont même pas pris la peine de cacher qu’ils faisaient équipe : sans la moindre gêne, ils ont depuis créé ensemble une agence de communication baptisée « 2017 ».

Au même moment, Delphine Ernotte a aussi bénéficié des conseils secrets d’un autre cadre dirigeant d’Orange, Xavier Couture. Pis que cela ! Comme nous l’avions également révélé, ce dernier s’était initialement mis au service d’un autre candidat, Didier Quillot, mais avait en cours de compétition changé de patron et s’était rallié à Delphine Ernotte, lui faisant vraisemblablement profiter de sa connaissance du programme élaboré par Didier Quillot. Tant et si bien que l’on a pu découvrir de fortes ressemblances entre les programmes des deux candidats.

Et pour finir, c’est le vote du CSA lui-même qui est apparu l’objet de pressions. Bref, Delphine Ernotte l’a emporté au terme d’une procédure viciée, indigne d’une grande démocratie. Emmanuel Macron n’ignore sans doute rien de toutes ces opaques péripéties, puisqu’il a longtemps officié aux côtés de Gaspard Gantzer, qui a été l’un de ses camarades de promotion à l’Élysée, et auquel son parti LREM a voulu donner une investiture aux dernières législatives, ce que Gaspard Gantzer a accepté, avant de jeter l’éponge.

Les ménages de Michel Field

Or, par la suite, Delphine Ernotte n’a effectivement rien fait pour faire oublier cette tache originelle. Elle a, au contraire, multiplié les faux pas. Elle s’y est pris de telle manière qu’elle est même paradoxalement parvenue à faire oublier – ou du moins à reléguer au second plan – le bilan tout aussi désastreux de son homologue de Radio France, Mathieu Gallet qui, par sa politique d’austérité, son arrogance ou sa folie des grandeurs, est parvenu à la même époque à dresser toute la Maison ronde contre lui, dans une longue grève qui a marqué les esprits.

D’abord, Delphine Ernotte a pris comme bras droit à France Télévisions le même Xavier Couture, dont les états de service, dans le passé, comme PDG de Canal+ étaient pourtant peu glorieux, et qui venait tout juste de trahir le candidat avec lequel il faisait équipe, Didier Quillot. En somme, les deux personnalités qui, en 2015, ont pris le pouvoir à France Télévisions avaient l’une comme l’autre le signe distinctif d’avoir été portées à leur fonction par le fait de sombres intrigues et non par la reconnaissance de leur qualité ou expérience professionnelle.

Puis, c’est un autre choix qui a ébranlé France Télévisions, celui de Michel Field, d’abord comme directeur de France 5, puis très vite, comme directeur de l’information pour l’ensemble des rédactions du groupe. Sans doute Delphine Ernotte ne pouvait-elle pas mieux manifester le peu de respect qu’elle avait pour l’information indépendante et de qualité. Car, dans le passé, l’intéressé s’était déjà distingué dans des conditions qui auraient dû le disqualifier pour une telle fonction. De 2005 à 2007, il a par exemple présenté l’émission « Politiquement Show » sur LCI, avec Patrick Buisson, l’ancien dirigeant du journal d’extrême droite Minute, qui devient à cette même époque le conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy – émission qu’a aussi animée dans le passé David Pujadas, avec le même chroniqueur d’extrême droite.

Dans le passé, on l’a aussi vu animer des meetings de l’UMP (l’ancêtre du parti Les Républicains), ou même des spots publicitaires, par exemple au profit du géant de la grande distribution Casino, ce que prohibent formellement toutes les chartes déontologiques des journalistes (voir par exemple l’article 9 de la charte la plus connue, celle de Munich).

Comment un tel personnage a-t-il pu être installé comme patron de l’information sur l’ensemble des chaînes du groupe France Télévisions ? Ce simple choix de Delphine Ernotte a lancé le coup d’envoi de la chronique d’un désastre annoncé. Il est aussitôt devenu clair qu’à l’heure où une dizaine de milliardaires ont pris possession de la quasi-totalité de la presse française, dans des logiques de connivence ou d’influence, l’audiovisuel français, et au moins l’un de ses deux principaux piliers, France Télévisions, serait moins que jamais un lieu sanctuarisé où les journalistes pourraient travailler librement, et où les citoyens pourraient trouver une information honnête et de qualité.

La suite des événements l’a naturellement démontré : avec Michel Field à leur tête, les rédactions de France Télévisions sont allées de crise en crise, malmenées par une direction dont les logiques n’avaient pas grand-chose à voir avec le droit de savoir des citoyens.

Contesté par les journalistes de la maison, et par les syndicats, sur fond d’un mouvement de grève suscité par la fusion des rédactions de France 2 et France 3, Michel Field affiche ainsi le mépris qu’il a pour ceux qu’il dirige : « Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre », assène-t-il avec vulgarité, en avril 2016.

Nouvelle polémique à peine quelques semaines plus tard : dans l’insupportable logique présidentialiste, qui fait du chef de l’État le véritable patron de France Télévisions, sinon même le rédacteur en chef des émissions les plus importantes, France 2 est sommé d’organiser une émission spéciale « Dialogues citoyens », construite tout exprès pour redorer le blason d’un président de la République de plus en plus discrédité. Et cette émission de complaisance au profit de François Hollande, c’est encore une fois Michel Field qui en est la principale cheville ouvrière. Résultat de ces faux pas : une première motion de défiance est ratifiée par 65 % des votants contre Michel Field, que Delphine Ernotte décide pourtant de maintenir à son poste.

À l’époque, tout continue donc de travers. Avec, en bout de course, une nouvelle crise ouverte, qui éclate en septembre 2016, quand Michel Field décide de déprogrammer une enquête sur l’affaire Bygmalion que la journaliste Élise Lucet doit présenter dans le cadre de l’émission « Envoyé spécial » sur France 2. Motif invoqué par le directeur de l’info de France Télé : en pleine campagne des primaires des Républicains, l’audiovisuel public ne peut pas se permettre de faire des révélations embarrassantes sur l’un des candidats, en l’occurrence Nicolas Sarkozy. L’affaire tourne à l’esclandre public, car la journaliste fait, elle, valoir que le droit à l’information des téléspectateurs ne saurait être dépendant des agendas ou des intérêts de dirigeants politiques, quels qu’ils soient.

En cet automne 2016, France Télévisions apparaît alors en pleine lumière : on peut y discerner que l’information est constamment sous tutelle, mais que quelques journalistes de la grande maison constituent des poches de résistance. Et pour une fois, ce sont les logiques de l’information indépendante qui l’emportent : l’enquête sur Bygmalion est normalement diffusée le 29 septembre 2016.

L’histoire est donc écrite : discrédité à l’extérieur, désavoué en interne, Michel Field démissionne finalement en mai 2017, alors qu’une nouvelle motion de défiance contre lui est en préparation. Mais la suite de l’histoire n’en reste pas moins accablante. Car au lieu de tirer enfin les enseignements de toutes ces turbulences dont elle est la première responsable, Delphine Ernotte continue par la suite à vouloir remettre au pas les journalistes de France Télévisions. Et puisque la manière confuse et complaisante de Michel Field n’est plus possible, elle opte à l’automne 2017 pour la voie austéritaire.

Dans le cadre du plan d’économie de 50 millions d’euros que le gouvernement lui a demandé de mettre au point pour 2018, elle fait en effet vite comprendre que les deux émissions phares de France 2, « Envoyé spécial » et « Complément d’enquête », paieront un lourd tribut. Avec à la clef combien de suppressions de postes ? La présidente de FTV se garde de le préciser, mais la rédaction comprend que si tous les CDD de ces deux émissions devaient être supprimés, il ne resterait plus que cinq journalistes en CDI à la première émission et seulement deux à la seconde. Autant dire que les deux émissions sont condamnées.

Les règles mortifères d’une monarchie (assez peu) républicaine

Du coup, c’est à nouveau la colère qui monte dans la rédaction. Et les membres des deux émissions menacées le font savoir à Delphine Ernotte, dans une lettre ouverte qu’ils lui adressent un peu avant la fin du mois de novembre 2017 : « Une rédaction des magazines de service public, c’est la possibilité de pouvoir enquêter sur Bygmalion sans être censuré, d’envoyer une équipe en Érythrée sans être accusé de sous-traiter le risque, de dévoiler les dessous de la communication d’Emmanuel Macron sans payer les mécontentements du Château […], d’être la seule rédaction suffisamment indépendante pour pouvoir enquêter sur Vincent Bolloré et de remporter ainsi le prestigieux prix Albert-Londres. »

L’épilogue de l’histoire est toujours le même : une nouvelle motion de défiance est encore votée, mais cette fois elle vise directement Delphine Ernotte. Les journalistes des rédactions nationales approuvent le 12 décembre 2017 à une majorité écrasante, soit 84 % des votants, une motion de défiance à l’encontre de la présidente, à l’initiative des Sociétés des journalistes (SDJ) du groupe public.

 

2. Le mépris pour l’information libre

Le constat qui saute aux yeux est que l’information est le cadet des soucis des responsables publics – la bonne information est visiblement celle qui est sous tutelle – et que les questions de gestion et d’économies budgétaires sont les seules qui comptent.

De ce mépris pour l’information, on trouve des indices permanents, du quinquennat de François Hollande jusqu’à celui d’Emmanuel Macron. En somme, avec l’un comme avec l’autre, les règles mortifères de la monarchie (assez peu) républicaine, selon lesquelles l’audiovisuel public doit être sous la coupe de l’Élysée, perdurent.

On en a vu, plus haut, une première indication : l’un comme l’autre ont fait en sorte que des émissions sur mesure leur soient consacrées : il y a donc eu (entre autres…) le 14 avril 2016 cette émission « Dialogues citoyens », toute en connivence, organisée par France 2, pour François Hollande ; et, sur le même modèle flagorneur, il y a eu le 17 décembre dernier cet entretien, également sur France 2, avec Emmanuel Macron, conduit par Laurent Delahousse, sur un registre que mon collègue de Mediapart, Hubert Huertas a résumé dans cet article : Macron, interview debout, journalisme couché.

Pour la petite histoire – mais c’est évidemment hautement révélateur et tout à fait inquiétant –, la prestation télévisuelle d’Emmanuel Macron a été saluée par une ribambelle de députés de la majorité présidentielle. Comme l’ont relevé par un tweet plusieurs journalistes, dont ma consœur de Mediapart Ellen Salvi, il s’est même trouvé deux députés LREM, Céline Calvez et Pascal Bois, pour applaudir exactement de la même façon, au mot près, l’émission de leur champion :

ellen

Si c’est à ce type d’information passée à la moulinette du pouvoir que doit conduire pour le service public la grande réflexion annoncée par le chef de l’État, il y a, de fait, de quoi s’inquiéter. D’autant que, pour ce qui le concerne, Emmanuel Macron ne manque jamais une occasion pour dire tout le mal qu’il pense des journalistes, dès que ceux-ci le forcent à s’écarter des logiques de communication qu’il a lui-même tracées.

En revanche, il a aussi affiché sans la moindre gêne son soutien à ce que l’univers télévisuel a produit de pire : l’émission populiste « Touche pas à mon poste » animée par Cyril Hanouna sur la chaîne C8. Le 21 décembre, on a ainsi pu assister à une scène proprement surréaliste sur la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré. L’animateur a appelé en direct au téléphone Emmanuel Macron pendant son émission, pour lui souhaiter bon anniversaire. Et le chef de l’État, qui avait déjà manifesté sa sympathie envers l’animateur pendant la campagne présidentielle, s’est prêté au jeu.

L’animateur Cyril Hanouna est celui qui a été le plus souvent sanctionné pour des manquements graves par le CSA. À lui tout seul, il a focalisé la moitié des plaintes reçues en 2017 par le gendarme de l’audiovisuel. Le 26 juillet 2017, le CSA a même infligé à la chaîne C8 une amende record de 3 millions d’euros, à la suite d’une émission diffusée le 18 mai, au cours de laquelle l’animateur s’était livré à un canular homophobe. Peu avant, en juin, le même CSA avait infligé une interdiction de publicité pendant trois semaines à l’émission de Cyril Hanouna, pour avoir diffusé à la fin de 2016 deux séquences, l’une portant atteinte au respect de la personne humaine, l’autre contrevenant aux règles prohibant le sexisme.

Résumons. Le 4 décembre, devant des députés, Emmanuel Macron stigmatise l’audiovisuel public, qu’il présente comme « la honte de la République ». Selon L’Express, il fustige « la mauvaise gestion, le gaspillage, la médiocrité des programmes et des contenus, les relations malsaines entre l’audiovisuel et ses partenaires extérieurs (animateurs, producteurs, etc.) » Et à peine quelques jours plus tard, le 21 décembre, le même Emmanuel Macron s’affiche avec cet animateur sanctionné pour homophobie et sexisme.

Autre exemple : le chef de l’État a accordé un entretien stupéfiant de connivence au pure player Konbini.fr, lors de son déplacement le 23 décembre, lors de la soirée de Noël organisée à Niamey avec les soldats français engagés au Niger. Les images se passent de commentaires ! Elles ont été aussi retweetées par le compte Twitter du parti présidentiel La République en marche, qui y a sans doute vu la forme de journalisme obséquieux qu’il appelait de ses vœux à l’avenir. Précision : la vidéo ci-dessous peut être visionnée sur tous les navigateurs, sauf sur Firefox.

EXCLUSIF : "Toujours regarder devant"

Quand le President, @EmmanuelMacron répond aux questions de @KonbiniFr lors de la soirée de Noël avec les soldats français engagés au Niger.

(cc @Elysee) pic.twitter.com/6E9Xm77Qtu

— Konbini France (@KonbiniFr) 24 décembre 2017

L’ancien journaliste de Challenges, Bruno Roger-Petit, qui s’est illustré dans le passé par ses articles en faveur de François Hollande d’abord, puis d’Emmanuel Macron, et que ce dernier a appelé à ses côtés à l’Élysée, s’est lui aussi empressé de retweeté l’entretien.

Précision utile, qui révèle un total mélange des genres : Ariane Vincent, l'auteure de l'interview d'Emmanuel Macron au Niger, est à la fois journaliste, directrice de la communication de Konbini... et ancienne responsable de la communication du PS et de François Hollande. On n'est jamais mieux servi que par de bons communicants, n'est-ce pas?

C’est dire si la télévision de demain dont rêve le chef de l’État peut légitimement susciter de l’inquiétude. Sinon même de l’effroi…

 

3. L’austérité pour seul horizon

Si elle ne se soucie guère du droit à l’information des citoyens, la puissance publique, d’un quinquennat à l’autre, semble en revanche avoir une obsession : imposer à l’audiovisuel public une cure radicale d’austérité. Dans un tract récent (on peut le télécharger ici (pdf, 1 B)), le syndicat CGT de France Télévisions, résume la colère qui chemine parmi les différentes catégories de personnel : « On se souvient de ce qui a mis le feu aux poudres : des annonces d’économies avec la suppression de 66 ETP [équivalents temps pleins] dans les rédactions nationales (dont 10 dans les magazines), des rumeurs sur la suppression du « Soir 3 » week-end et sur la réduction du nombre de magazines mensuels. Après une première mobilisation, la fréquence des magazines a été maintenue et la suppression des ETP a été divisée par deux dans les rédactions nationales et ramenée à trois dans les magazines. Les économies sont toujours là… mais elles se feront ailleurs ou sont reportées. »

Les colères des personnels contre les projets de fusion

Et le syndicat ajoute : « Quoi qu’on pense de la motion de défiance [contre Delphine Ernotte], elle met en lumière une crise de France Télévisions qui remonte à loin. Le premier choc historique est la décision de Nicolas Sarkozy de supprimer la pub en 2008 sans compensation dynamique et pérenne. L’entreprise ne s’est jamais remise de cette fragilisation de son modèle économique. Cette politique de déstabilisation s’est poursuivie avec le gouvernement Hollande. En 2012, Rémy Pflimlin annonce un plan drastique de 200 millions d’euros d’économies et 650 suppressions d’emplois. En fin de quinquennat Hollande, Delphine Ernotte, nouvellement nommée, s’engage dans son contrat d’objectifs et de moyens signé avec l’État à supprimer 500 emplois supplémentaires d’ici 2020 (dont 171 l’an prochain). C’est ce que nous subissons tous. Et comme si ça ne suffisait pas, Emmanuel Macron taille encore dans le budget. Une diminution brutale de 80 millions d’euros pour tout l’audiovisuel public, dont 50 millions d’euros rien que pour France Télévisions. »

À la crise de l’information vient donc se cumuler une crise budgétaire, organisée par le pouvoir, avec à la clef des suppressions de postes, des regroupements et fusions de rédactions. Et ce qui est vrai à France Télévisions l’est tout autant à Radio France. Témoin, le dernier communiqué commun du SNJ et du SNJ-CGT qui ont réagi avec colère, le 23 décembre, à l’arrivée d’une transfuge de TF1, Catherine Nayl, à la tête de l’information de France Inter :

« Le choix de celle qui était directrice de la rédaction de TF1 jusqu’en octobre dernier est finalement assez logique puisque la direction de Radio France ne croit plus qu’aux recrutements externes, malgré les succès d’audience que connaît la rédaction de France Inter, grâce notamment à ses journalistes et aux responsables issus de ses rangs […]. Mais on imagine que le choix d’une personnalité extérieure est surtout lié aux projets de Laurent Guimier et de Mathieu Gallet de fusionner les rédactions. Une décision qui videra très vite le poste de directeur de la rédaction de tout son sens et qui pourrait surprendre Catherine Nayl, si on ne lui a pas expliqué… Car, et c’est là l'information la plus importante, une nouvelle étape vers la fin des rédactions a également été annoncée vendredi soir. Conformément au projet stratégique 2018 de Radio France, présenté mercredi en CCE et vendredi en CA, qui prévoit “la mise en place de nouveaux services communs à toutes les chaînes, Laurent Guimier a annoncé que Jean-Marc Four allait prendre la tête de ce qui sera “la Direction de l’information internationale de Radio France” et qui a vocation à remplacer les services étrangers de France Inter, France Culture et France Info. »


Et les deux syndicats de journalistes ajoutent : « Des fusions en interne qui précèdent celles que la Tutelle veut nous imposer. Le nouveau poste de Jean-Marc Four est d’ailleurs taillé en ce sens puisque – selon le texto qui annonce sa nomination – il “participera aux travaux engagés avec les autres entreprises en matière d’information internationale, dans le contexte actuel de réflexion autour de l’avenir de l’audiovisuel public”. On démonte Radio France brique par brique malgré – ou à cause – des succès de ses chaînes. La concurrence doit se frotter les mains ce soir. »

« On démonte Radio France brique par brique » : la formule, qui pourrait tout autant s’appliquer à France Télévisions, résume de fait parfaitement le souhait de la puissance publique, relayée par les deux PDG des deux entreprises publiques. À un détail près, qui est décisif : c’est que dans le même temps, dans ce vaste projet de démantèlement ou de reprise en main – on ne sait pas bien comment le qualifier –, l’Élysée a vraisemblablement le projet de créer une structure de tête, qui vienne à l’avenir chapeauter l’ensemble du secteur de l’audiovisuel public. Sans doute ne serait-ce pas le retour à l’ex-ORTF, mais, à tout le moins, l’idée chemine d’une holding qui pourrait coiffer tout à la fois France Télévisions, Radio France et les autres entreprises publiques du secteur.

Ce projet de holding, évoqué par Emmanuel Macron quand il était candidat à l’élection présidentielle, c’est Le Monde, le 13 novembre, qui a révélé qu’il cheminait plus que jamais, en rendant public un document secret de travail du ministère de la culture. Lequel document envisage bel et bien, selon le quotidien, « de regrouper France Télévisions, Radio France et les autres sociétés du secteur au sein d’une structure commune, une “holding”, mais aussi de supprimer France Ô, la chaîne des outre-mer, ou de cantonner les médias jeunesse France 4 et la radio Le Mouv’ à une diffusion seulement numérique ». Peu avant, le ministre du budget, Gérald Darmanin, avait de son côté évoqué une possible fusion, en région, de France 3 (groupe France Télévisions) et de France Bleu (groupe Radio France).

De quoi conduire au plus près la politique d’austérité voulue par le pouvoir et renforcer la tutelle de la puissance publique sur des entreprises réputées pourtant indépendantes. Au risque d’aggraver encore un peu plus toutes les dérives que nous venons d’évoquer…

Le grand Meccano qui se prépare pourrait encore aller au-delà, puisque dans le cadre de cette holding qui pourrait voir le jour, un sénateur LREM, André Gattolin a déposé une proposition de loi pour modifier le mode de nomination des dirigeants de l’audiovisuel public. Son texte prévoit que les dirigeants ne soient plus nommés par le CSA mais par les conseils d’administration de chaque société, c’est-à-dire France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (RFI et France 24). Et les personnalités civiles siégeant dans ces conseils seraient nommées… par le premier ministre, avec l’accord du Parlement.

De quoi, là encore, verrouiller encore un peu plus le système. On se croirait bel et bien revenu au temps de l’ORTF, quand le président de la République, Georges Pompidou, le 2 juillet 1970, revendiquait le système de tutelle qui pesait sur les journalistes, en lâchant sa phrase passée à la postérité : « Être journaliste à l’ORTF, ça n’est pas la même chose que d’être journaliste ailleurs. L’ORTF, qu’on le veuille ou non, c’est la voix de la France. »

4. La crise éthique dont personne ne parle

À toutes les crises que traverse l’audiovisuel public sans doute faut-il en ajouter encore une autre, dont on parle moins, voir pas du tout, mais qu’il faut aussi prendre en compte : la crise éthique. Pendant longtemps, l’audiovisuel public a été conçu comme un lieu sanctuarisé où certaines dérives, constatées dans le secteur privé, n’avaient pas leur place : la porosité, par exemple, avec les idées racistes ou xénophobes, véhiculées par l’extrême droite. Et puis, progressivement, la porosité s’est installée…

Donner aux rédactions des droits moraux

Un premier exemple, celui d’Éric Zemmour. Propagandiste de la haine, xénophobe déclaré, pamphlétaire de la droite radicale, il a longtemps eu son rond de serviette au sein même du service public, comme chroniqueur de « On n’est pas couché », l’émission de France 2 animée par Laurent Ruquier. Cette participation s’est certes déroulée avant que le chroniqueur ne soit condamné à plusieurs reprises pour « provocation à la haine raciale », une première fois le 18 février 2011, ou encore une autre fois le 17 décembre 2015.

Mais, pendant longtemps, même après la première condamnation, le sulfureux gourou de la fachosphère a continué d’avoir ses entrées non seulement dans les radios privées (RTL, tout particulièrement), mais aussi dans le service public : par exemple le 6 octobre 2014, sur France Inter, à l’occasion d’un entretien avec la journaliste Léa Salamé

Mais il existe des exemples encore beaucoup plus récents de cette porosité de l’audiovisuel public. Celui, notamment, d’Alain Finkielkraut. On se souvient en effet de sa détestable sortie, pas plus tard que le 10 décembre 2017, sur la radio RCJ : « Le petit peuple des petits Blancs est descendu dans la rue pour dire adieu à Johnny. Il était nombreux et il était seul. […] Les non-souchiens brillaient par leur absence. » Peu après, le journaliste Claude Askolovitch a dit, dans un billet remarqué sur Slate, ce qu’il pensait de cette formule nauséabonde sur les « non-souchiens » : « Il pense ainsi, Alain Finkielkraut, que le réel n’est qu’une césure ethnique. Ne le penserait-il pas qu’il en serait resté à son antienne sur les valeurs. Il n’aurait été “que” réactionnaire. Mais il fallait que sorte, non pas malgré lui, mais au plus profond de ce qu’il pense, la guerre des races qu’il redoute mais à laquelle il travaille. »

On peut dire les choses avec plus de brutalité : de néoréactionnaire, Alain Finkielkraut est devenu tout bonnement raciste. Ce que confirment d’autres déclarations innombrables, marquées par une obsession islamophobe.

Or, avec l’émission « Répliques », dont il est le producteur et animateur depuis 1985, Alain Finkielkraut est l’une des figures de France Culture. Preuve d’une mithridatisation de l’audiovisuel public, au moins partielle…

 

5. Les pistes d’une véritable refondation

Ce qu’il y a de très inquiétant dans la politique conduite par le gouvernement sous l’impulsion de l’Élysée, c’est que le pouvoir veut préparer une révolution de l’audiovisuel public, mais sans tenir le moindre compte des pistes innombrables de refondation qui sont en débat, notamment dans les milieux attachés à l’indépendance de la presse. En somme, c’est une réforme radicale et autoritaire qui est en préparation.

Car des pistes nombreuses existent, en effet, tout particulièrement pour refonder l’audiovisuel public.

Une première piste : les deux principaux syndicats de journalistes, le SNJ et le SNJ-CGT, comme de nombreuses Sociétés de journalistes (SDJ), défendent de longue date l’idée que les rédactions devraient enfin disposer d’un statut juridique, leur conférant des droits moraux. En clair, le droit, garanti par la loi, de pouvoir approuver par un vote le choix du directeur de leur rédaction, proposé par les actionnaires ; et puis le droit aussi de révoquer ce même directeur de la rédaction, en cas de faute commise par lui, mettant en cause le droit de savoir des citoyens.

Or, cette garantie d’indépendance, si un jour elle était gravée dans le marbre de la loi, il serait impérieux qu’elle profite aux rédactions de la presse privée, mais tout autant aux rédactions de l’audiovisuel public. De sorte que les journalistes sachent qu’ils n’ont de comptes à rendre sur la qualité et l’honnêteté de leur travail qu’aux téléspectateurs, et pas à l’Élysée ou à Matignon. Ce qui aurait pour effet de mettre immédiatement un terme aux émissions de complaisance qui fleurissent d’un quinquennat à l’autre ; ou aux promotions dont les logiques ne répondent pas à des critères professionnels. À titre d’illustration, les rédactions de France Télévisions auraient dû avoir le droit de voter pour refuser la nomination de Michel Field, en arguant du fait élémentaire qu’il avait par le passé contrevenu aux règles éthiques de la profession…

Dans le même esprit, toujours pour couper le cordon entre le pouvoir et l’audiovisuel public, il serait tout aussi urgent de revoir la procédure de nomination des PDG des entreprises publiques concernées. Car au cours des quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, deux procédures distinctes ont été utilisées, qui se sont avérées aussi détestables l’une que l’autre.

Sous le premier quinquennat, c’est le chef de l’État lui-même qui nommait les PDG de l’audiovisuel public. Et cela a eu les conséquences désastreuses que l’on sait : Nicolas Sarkozy a placé des proches à tous les postes clés. Contestant cette procédure, François Hollande a, lui, décidé que les nominations concernées relèveraient de nouveau de la compétence du CSA. Mais comme le président de cette autorité est nommé par le chef de l’État, cela a conduit au même résultat : au terme d’embrouilles opaques, c’est finalement, comme on l’a vu, la candidate de l’Élysée qui a été choisie pour la présidente de FTV. Pis que cela ! Le nouveau pouvoir concédé au CSA de procéder à la nomination des présidents de l’audiovisuel public s’est accompagné d’une scandaleuse régression démocratique : les projets des candidats aux postes de PDG ont été tenus secrets ; et les auditions des candidats par le collège du CSA se sont déroulées à huis clos.

Alors que c’est évidemment l’inverse qui devrait se passer : les citoyens, qui paient la redevance audiovisuelle, devraient pouvoir avoir accès aux programmes défendus pas les différents candidats ; les professionnels et les syndicats du secteur devraient être consultés sur les projets d’avenir ; et le départage des candidats devrait avoir lieu de manière publique, par exemple sous l’autorité des élus de la nation. Ce qui permettrait de sortir du système actuel, avec le CSA pour arbitre ; lequel CSA, avec à sa tête Olivier Schrameck, s’est totalement discrédité au cours des dernières années en portant Mathieu Gallet puis Delphine Ernotte aux présidences de Radio France et de France Télévisions. Autant dire qu’il est en grande partie responsable du naufrage de ces deux présidences…

Cette refondation de l’audiovisuel public devrait-elle aller encore au-delà ? Force est de constater que la privatisation de TF1 en 1987 – qui a été menée à bien au prétexte que les nouveaux actionnaires veilleraient sous peine de sanction à respecter la règle… du mieux-disant culturel ! – a dynamité tout le secteur audiovisuel, et a eu pour effet que les règles de l’audimat et de l’audience se sont imposées à la plupart des acteurs du secteur, privés comme publics, au mépris dès règles de la pertinence et de la qualité.

Pis que cela ! La puissance publique a continué à offrir gratuitement des fréquences audiovisuelles à des acteurs privés – fréquences qui sont des ressources rares et des biens publics –, sans jamais user de la sanction ultime que devrait être le retrait de fréquence, en cas de manquements graves. C’est grâce à cette tolérance que Vincent Bolloré a pu faire violence aux rédactions de Canal+ ou de I-Télé (rebaptisée CNews), ou que Pascal Houzelot a pu faire fortune avec sa chaîne Numéro 23. Dans l’équilibre public/privé, comme dans les règles qui encadrent l’audiovisuel, un gouvernement progressiste pourrait donc être autrement audacieux.

Bref, dans le débat public, il arrive fréquemment que soient évoquées des réformes pour la presse écrite : pour endiguer les dérives que l’on a constatées avec le rachat de quasiment toute la presse par une poignée de milliardaires ; ou, dans le cadre de la révolution numérique, pour aider à l’émergence d’une presse jeune, libre et indépendante, renouant avec la grande ambition du Conseil national de la Résistance : « Rétablir la liberté de la presse, son honneur et son indépendance… »

Mais pourquoi l’audiovisuel public échapperait-il à cette grande ambition républicaine ? C’est précisément pour cela, à l’origine, qu’il a été conçu : pour qu’il existe au moins un lieu à l’abri des puissances d’argent, un lieu sanctuarisé. Pour l’instant, on en est bien loin. Emmanuel Macron semble même vouloir aller dans le sens exactement opposé…

 

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2 janvier 2018 2 02 /01 /janvier /2018 06:44

 

Si elle doit s'appuyer sur les institutions nationales, la lutte des classes a un horizon intrinsèquement international ; le dernier rapport sur les inégalités montre leur accroissement vertigineux dans tous les recoins du globe.

 

Le mouvement mondial de creusement des inégalités s'amplifie au rythme du déploiement d'un capitalisme assoiffé de dividendes, qui se nourrit goulûment des coups portés à l'État social, de l'abandon progressif des politiques publiques, du travail précaire en voie de généralisation, de bas salaires, du saccage des services publics et de l'exploitation des ressources naturelles. Tout ce qu'est en train d'accélérer M. Macron... Rendons grâce à la centaine d'économistes réunis pour la rédaction d'un volumineux et important rapport (1) d'apporter la preuve du désastreux mouvement en cours. Leur travail, chiffré et riche de milliers de données, permet d'étayer une réalité que des millions d'entre nous ressentent chaque jour avec force.

Il démontre le transfert massif du patrimoine public, celui de tous au bénéfice de tous, vers les patrimoines privés (2), au nom des théories fumeuses comme celle avancée par le président de la République des « premiers de cordée », ces grandes fortunes auxquelles il faudrait tout concéder ­ baisse de la fiscalité sur le capital, suppression de l'impôt sur la fortune, et autres « cadeaux » ­ pour que la croissance reprenne.

Ainsi les patrimoines privés ont plus que doublé en quarante ans quand les patrimoines publics ont été divisés par deux. Cela se traduit concrètement par moins de services publics, des systèmes de santé au rabais, des privatisations massives dans les secteurs clés, ou encore des systèmes de retraite laissés aux mains de la finance par le biais de retraites par capitalisation. Si la tendance ainsi dessinée se poursuit, ce dont le rapport s'inquiète, les plus pauvres seront condamnés à le rester et les classes dites « moyennes » à les rejoindre. Tel est d'ailleurs déjà l'obscur chemin ouvert.

Il est désormais prouvé que la croissance sous le règne néolibéral ne sert d'aucune manière l'intérêt général mais vient gonfler les portefeuilles d'une minorité chaque jour plus infime. Cette injustice fondamentale de la marche du monde provoque un peu partout des réactions de défiance envers les institutions censées garantir l'intérêt général. L'abstention massive comme la réponse populiste, qui prend selon les pays des formes variées et plus ou moins inquiétantes, sont autant de réactions à cette confiscation des fruits du travail par une oligarchie arrogante qui cadenasse ses positions de pouvoir en dépolitisant les choix politiques et de gestion. Ainsi l'idée même de démocratie se retrouve minée.

Face au ressentiment légitime des populations et des travailleurs, il convient de porter une dynamique populaire, fondamentalement progressiste et internationaliste pour construire sur des bases clairement affirmées une riposte sociale, démocratique et écologique. Comment ne pas voir qu'il s'agit d'une tâche dévolue à la gauche ? C'est-à-dire à une force politique populaire bâtie sur l'alliance des libertés humaines, de la lutte pour l'égalité sociale, de la justice environnementale, de la fraternité et de l'internationalisme. Les travailleurs français ont tout intérêt, dans une économie mondiale imbriquée comme la nôtre, à l'élévation générale du niveau de vie de tous les travailleurs du monde qui participent de la mondialisation des échanges et de la production. Si elle doit pouvoir s'appuyer sur les institutions nationales, la lutte de classes a un horizon intrinsèquement international qui se manifeste aujourd'hui plus encore qu'hier. D'autant que le rapport montre l'accroissement vertigineux des inégalités dans tous les recoins du globe, singulièrement dans les pays dépourvus d'institutions sociales.

Toutes celles et tous ceux qui créent la richesse de nos sociétés doivent refuser « la concurrence », s'allier pour obtenir des outils de régulation économique et d'égalité sociale, et les pousser à un nouveau degré d'efficacité sociale, condition de l'efficacité économique. Ce qui permet aux pays européens de résister peu ou prou à la lame de fond inégalitaire est précisément ce que l'Union européenne, avec la complicité des gouvernements, s'acharne à détruire : des institutions sociales, des systèmes de santé publique, des services publics variés et modernisés, des retraites par répartition ; tout ce qui, en somme, est rendu possible grâce à la socialisation d'une partie importante des richesses produites et qui échappent ainsi à la voracité de l'appropriation capitaliste.

Dès lors que le constat que nous avançons depuis des lustres commence à être partagé, pourquoi diable les solutions que nous préconisons ne pourraient faire ne serait-ce que l'objet d'un débat : appropriation publique et sociale des grandes banques, maîtrise d'oeuvre publique et sociale des grands moyens de production, développement de nouveaux services publics et de la cotisation sociale pour financer de manière égalitaire les soins et les retraites, création d'une branche supplémentaire de la Sécurité sociale pour les personnes les plus âgées, fiscalité réellement progressive, nouveaux critères de gestion des entreprises soumises à leur responsabilité sociale, écologique et territoriale ? Autant de pistes opposées à la contre-révolution capitaliste à l'oeuvre. Aux travailleurs et à tous les citoyens persuadés que l'heure est à faire éclore un monde nouveau de s'allier et de mener le combat jusqu'au coeur des institutions existantes pour les transformer. Il s'agit d'un enjeu de civilisation.

(1) Rapport sur les inégalités mondiales 2018 (wid.world/fr). (2) En 2016 les huit premiers milliardaires dans le monde disposaient d'une fortune égale à celle de la moitié de la population mondiale.

 

UNE QUESTION DE CIVILISATION (L’HUMANITE DIMANCHE – JEUDI 21 DECEMBRE 2017 – EDITORIAL DE PATRICK LE HYARIC)
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2 janvier 2018 2 02 /01 /janvier /2018 06:42

 

FLICAGE DES CHÔMEURS « IL FAUT UNE PÉNALISATION PLUS IMPORTANTE (DES CHÔMEURS). » LE MILLIONNAIRE ET DÉPUTÉ EN MARCHE SYLVAIN MAILLARD.

LA FORTUNE CUMULÉE DES 500 PLUS RICHES DU MONDE S'EST ACCRUE DE 2,7 MILLIARDS DE DOLLARS (2,3 MILLIARDS D'EUROS) PAR JOUR, EN MOYENNE, EN 2017.

 

Bloomberg a publié son classement des 500 plus grosses fortunes mondiales, lesquelles ont progressé de 23 % en un an. Le patron d'Amazon s'élève à la première place.

 

Elles se sont particulièrement gavées cette année. Les 500 personnes les plus riches du monde ont accumulé pas moins 1 000 milliards de dollars (838 milliards d'euros) en 2017. Selon Bloomberg, leur fortune a progressé de 23 % pour s'élever à 5 300 milliards de dollars (4 442 milliards d'euros), soit environ deux fois la richesse produite en France en une année... Des chiffres qui donnent la nausée. Quand il faudrait seulement 30 milliards de dollars (25,1 milliards d'euros) chaque année pour éradiquer la faim dans le monde, selon les calculs des Nations unies.

En haut du podium, le fondateur d'Amazon, Jeff Bezos, est devenu l'homme le plus riche du monde, avec une fortune de 99,6 milliards de dollars (83 milliards d'euros). Un patrimoine colossal qui a progressé de 34,2 milliards de dollars (29 milliards d'euros) en 2017. De telle sorte que, chaque minute, le milliardaire du e-commerce gagne 65 000 dollars (54 482 euros). Et ce grâce à l'envolée des marchés et du cours d'Amazon (dont il détient 16,4 %), lequel a bondi de 57 % cette année, mais aussi à celle des actions qu'il possède dans Uber et Airbnb. L'insolence ne s'arrête pas là. En juin dernier, l'expert de l'évasion fiscale avait demandé sur Twitter de l'aide, après avoir vendu pour près de 1 milliard de dollars d'actions d'Amazon, pour trouver des moyens de dépenser sa fortune.

 

L'ENVOLÉE DES BOURSES MONDIALES A FORTEMENT ACCRU LE PATRIMOINE DES ACTIONNAIRES

 

À l'instar de Jeff Bezos, les 57 milliardaires du secteur des technologies figurant dans le classement, particulièrement à la fête cette année, ont vu leur fortune grimper de 35 %, empochant à eux tous la modique somme de 262 milliards de dollars (219 milliards d'euros) de plus en un an. Ainsi, avec un pactole de 22,6 milliards de dollars (19 milliards d'euros) pour 2017, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, reste à la 5e place du palmarès.

L'envolée des Bourses mondiales a fortement accru le patrimoine des actionnaires des grandes entreprises. C'est le cas des trois Français présents dans le top 30 des plus grandes fortunes mondiales. Avec 62,6 milliards de dollars (52,4 milliards d'euros), Bernard Arnault, propriétaire de LVMH, est 6e, devant Françoise Bettencourt-Meyer, héritière du groupe L'Oréal, qui, depuis le décès de Liliane Bettencourt, a fait son entrée à la 18e place. Suit François Pinault (Kering), qui se hisse sur la 30e marche. Ils sont en tout 13 super-riches hexagonaux à faire partie du club des « 500 », amoncelant une fortune de plus de 200 milliards de dollars (170 milliards d'euros). Seuls 58 parmi ces 500 ont vu leur fortune rétrécir, pour un montant total de 46 milliards de dollars (39 milliards d'euros) en totalité. Le Français Patrick Drahi, patron d'Altice-SFR, est un des « losers ». Il a perdu près de 39 % de sa richesse depuis que son empire, construit sur une montagne de dettes, s'effrite.

 

« TOUT VA TRÈS BIEN POUR LES RICHES, NOUS N'AVONS JAMAIS ÉTÉ AUSSI PROSPÈRES... »

Au-delà des aléas individuels, cette orgie des fortunes confirme la tendance observée depuis la fin des années 1980. À savoir que les 1 % les plus riches ont profité deux fois plus de la croissance des revenus que les 50 % les plus pauvres. Et pour ceux qui sont entre les deux (les classes moyennes, pour faire simple), les revenus ont soit stagné, soit baissé, explique le rapport mondial sur les inégalités publié à la mi-décembre et réalisé par plus d'une centaine d'économistes. 3,5 milliards d'individus (la moitié de la population mondiale) gagnent 9 % des revenus dans le monde, soit 267 euros par mois et par personne en moyenne. Le rapport souligne que les inégalités de revenus ont augmenté rapidement en Chine, en Russie et aux États-Unis, les pays qui comptent le plus de milliardaires. Soit 159 pour les États-Unis, leur fortune ayant augmenté de 315 milliards de dollars (264 milliards d'euros). La Chine compte 38 milliardaires, qui ont encaissé 177 milliards de dollars (148 milliards d'euros) de plus en 2017, le premier d'entre eux étant Jack Ma, le fondateur d'Alibaba, qui détient 45,5 milliards de dollars (38 milliards d'euros) d'actions. Quant à la Russie, elle en compte 27.

Jusqu'ici, rien ne change. Et la phrase célèbre de Warren Buffett, deuxième fortune mondiale, résonne on ne peut plus en cette fin d'année : « Tout va très bien pour les riches, nous n'avons jamais été aussi prospères. C'est une guerre de classes, et c'est ma classe qui est en train de gagner. »

 

LES TREIZE PLUS GROSSES FORTUNES FRANÇAISES

La France compte 13 noms dans le top 500 des fortunes mondiales de Bloomberg. Outre les trois premiers (Bernard Arnault, Françoise Bettencourt-Meyers et François Pinault), figurent dans le classement : Serge Dassault (39e, 18,3 milliards d'euros), Alain Wertheimer (103e, 10,6 milliards), Gérard Wertheimer (104e, 10,6 milliards), Xavier Niel (189e, 6,9 milliards), Emmanuel Besnier (196e, 6,7 milliards), Patrick Drahi (261e, 5,3 milliards), Vincent Bolloré (270e, 5,2 milliards), Pierre Bellon (317e, 4,8 milliards), Alain Mérieux (355e, 4,4 milliards) et Jacques Saadé (441e, 3,7 milliards).

 

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2 janvier 2018 2 02 /01 /janvier /2018 06:39

LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL

 

 

La Nina assèche l'Amérique du Sud : les rendements de soja et de maïs peuvent drastiquement diminuer.

Chaque semaine, de nouveaux indices confirment les risques induits par le réchauffement climatique. On vient d'apprendre que les truffes se font rares cette année en Vaucluse à cause de la sécheresse qui se prolonge, avec des conséquences sur d'autres cultures et sur l'alimentation en eau potable. Mi-novembre, nous étions informés que la production hydraulique d'EDF avait reculé de 16 % sur les neuf premiers mois de l'année. Une trop faible pluviométrie sur toute l'année n'a pas permis de stocker assez d'eau derrière les barrages pour faire tourner les turbines comme en année normale.

La France, pays au climat tempéré, a aussi subi en 2017 d'autres dégâts liés au réchauffement climatique. Certains sont le résultat d'évolutions contradictoires en cours d'année. Ainsi, quand un hiver très doux permet à la végétation de prendre de l'avance, il suffit ensuite de quelques gelées tardives, en avril ou en mai, pour détruire les fleurs des arbres fruitiers et les bourgeons de la vigne. En Amérique du Sud et en Amérique centrale, c'est la production de café qui se trouve menacée à terme par le réchauffement climatique. Au point que près de 90 % de cette production pourrait disparaître d'ici à 2050, selon certaines études. Des groupes de scientifiques spécialisés dans la recherche agronomique, dont ceux du Cirad, estiment que les superficies agricoles favorables à la culture du café vont se réduire dans les prochaines années de 46 % à 76 %. C'est notamment le cas au Brésil, en Colombie et au Nicaragua.

Dès 2018, le Brésil et d'autres pays d'Amérique du Sud devraient subir le contre-phénomène climatique d'El Nino, que l'on surnomme La Nina. La Nina succède à El Nino quand la température de l'eau à la surface du Pacifique équatorial refroidit, ce qui est le cas en ce moment. Dès lors, ce phénomène assèche une partie de l'Amérique du Sud, dont le Brésil et l'Argentine. Du coup, leurs rendements de soja et de maïs cultivés pour nourrir le bétail et pour être exportés peuvent considérablement diminuer.

C'est aussi au regard des enjeux climatiques et des conséquences du climat sur la production de nourriture de manière globale qu'il faut regarder d'un œil critique les risques induits par la libéralisation des échanges au seul profit des multinationales. La Commission européenne, mandatée par les pays membres de l'Union européenne, dont la France, tente en ce moment de conclure un accord de libreéchange avec les pays du Mercosur afin que ces derniers puissent nous vendre plus de viande, au risque de ruiner nos éleveurs.

Faut-il attendre que la forêt amazonienne recule encore de plusieurs millions d'hectares et que les successions de plus en plus fréquentes du phénomène El Nino et de son contraire La Nina provoquent de nouvelles émeutes de la faim comme en 2007 et 2008 pour que les grands de ce monde comprennent enfin qu'il vaut mieux faire coopérer toutes les agricultures du monde que de continuer à les soumettre à une concurrence mortifère ?

DE LA NINA A EL NINO, LE RECHAUFFEMENT AUGMENTE LES RISQUES DE FAMINE (L’HUMANITE DIMANCHE – JEUDI 21 DECEMBRE 2017 – GERARD LE PUIL
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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 09:24
Carton rouge: quand un porte-parole de Mélenchon, Djordje Kuzmanovic, reprend les arguments de la droite et de l'extrême-droite sur l'immigration

Qui a entendu parler de ce tweet d'un porte parole de la France Insoumise aux dernières présidentielles (sur les questions internationales), Djordje Kuzmanovic à propos des migrants en date du 20 décembre...?

"L'immigration est une richesse pour la France" qui... en regorge déjà. Moins pour les pays d'origine des migrants. Mais ce point est aveugle à la gauche. Ne parlons pas des 6 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres et 4 millions de mal logés. On offre quoi aux migrants ?"

Ces propos revisitaient en mode mineur le lien de causalité établi souvent entre le poids du chômage et l'immigration, relation que tous les économistes sérieux réfutent. Ils n'étaient pas sans contribuer à opposer les pauvres vivant déjà en France, dont il faudrait s'occuper en priorité, et les malheureux qui nous arrivent de l'extérieur, chassés par la guerre, les dictatures, la misère, et qu'on ne peut pas accueillir, car "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" comme disait Rocard, même si 90% de l'immigration se fait d'un pays pauvre et du sud à l'autre, et que, par exemple, ensemble, Turquie, Liban, Jordanie, Egypte, accueillent trois fois plus de réfugiés syriens que l'Europe entière. 

Il faut savoir que ce Djordje Kuzmanovic était déjà connu pour ses commentaires plus qu' indulgents sur la politique de Poutine ou de Bachar-al-Assad, dont il faisait des alliés objectifs contre le terrorisme islamiste, autres points communs avec le discours tenu actuellement par l'extrême-droite. C'est un ancien membre du PS fasciné par la chose militaire et le virilisme, qui s'engagea au moment de la guerre en Afghanistan. 

Ce tweet de Djordje Kuzmanovic n'est pas sans rappeler les propos de Jean-Luc Mélenchon sur les travailleurs détachés, qui "voleraient le pain des français" (au Parlement Européen) ou sur la nécessité de se protéger contre l'immigration irrégulière contrairement à ce que diraient les bonnes consciences idéalistes de gauche. Quand le fond de l'air est brun, et que les politiques d'Etat et de l'Union Européenne sont déjà influencées par la xénophobie ambiante, ces propos sont peu dignes de l'internationalisme de la gauche de Jaurès.   

 

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:35
Augmentations des prix tout azimut: vive 2018!
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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:28
 Mille milliards au soleil ", l'éditorial de Patrick Apel-Muller dans l'Humanité de ce jour !
 

 

 
Les 500 plus grandes fortunes mondiales ont augmenté de 1000 milliards de dollars en un an, quatre fois plus qu’en 2016. Quelle performance ! Pour y parvenir, il aura fallu des plans sociaux, des cohortes de salariés surexploités, des besoins sociaux délaissés, des territoires pillés, des pays en coupe réglée, des enfants brisés dans leurs plus tendres années ! Les tableaux statistiques surplombent de grandes drames et de petites misères. Demain, la plupart des grands médias l’auront oublié et prêcheront avec conviction l’austérité et l’indécence des avantages acquis. Toute l’habileté des Jeff Bezos, Bill Gates ou Warren Buffett est de dissimuler que l’opulence des uns se construit sur l’exploitation des autres.
 
En France, les affaires vont bien et elles iront encore mieux grâce à la corne d’abondance fiscale et aux ordonnances qu’Emmanuel Macron destine particulièrement au club très sélect des 39 milliardaires français en dollars. Leur fortune a grimpé de 21%  dans cette seule année 2017, pour atteindre 245 milliards. Les dix plus grandes fortunes françaises ont augmenté de 950% en vingt ans, bien au-delà des 35% d’inflation. Tous nos petits ruisseaux, convergent vers ces fleuves…On comprend mieux pourquoi le mot « ruissellement » heurte les oreilles de notre président : l’injustice avance à pas précautionneux. Elle est parée des fards de la modernité ou de l’efficacité. Elle dissimule son être dans le paraître, égare l’attention dans de multiples diversions. Plus que tout, elle déteste la politique, la prise en main des affaires de la cité par la cité elle-même. La détester ou s’en détourner, c’est abdiquer. Laisser cheminer sans entraves le long cortège des inégalités.
 
 
Le dramaturge allemand Bertolt Brecht concluait : « De qui dépend que l’oppression demeure ? De nous. De qui dépend qu’elle cesse ? De nous. »
Mille milliards au soleil: l'éditorial de Patrick Apel-Muller dans l'Humanité du vendredi 29- samedi 30 - dimanche 31 décembre
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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 06:57
13 Français détiennent plus de 200 milliards de dollars... Le classement des philanthropes chéris par Macron

En 2017, les 500 personnes les plus riches du monde ont accumulé pas moins de 1000 milliards de dollars, leur fortune progressant selon Bloomberg de 23% rien qu'en 2017 pour s'élever à 5300 milliards de dollars, soit environ la richesse produite en France en une année. Des chiffres qui donnent la nausée, surtout quand on sait qu'il ne faudrait au niveau mondial que 30 milliards de dollars chaque année pour éradiquer la faim dans le monde.   

L'envolée des Bourses mondiales a fortement accru le patrimoine des actionnaires des grandes entreprises. C'est le cas des trois français présents dans le top 30 des plus grandes fortunes mondiales: Bernard Arnault (LVMH), Françoise Bettencourt-Meyer, héritière de Liliane Bettencourt et du groupe L'Oréal, François Pinault (Kering). 

Et Macron qui leur fait en plus 4,5 milliards de cadeaux par la suppression de l'ISF! 

13 Français détiennent plus de 200 milliards de dollars
La France compte 13 milliardaires dans ce top 500 :

Bernard Arnault (6e, 63,6 milliards de dollars).
Françoise Bettencourt Meyers (18e, 44,6 milliards).
François Pinault (30e, 26,2 milliards).
Serge Dassault (39e, 22 milliards).
Alain Wertheimer (103e, 12,7 milliards).
Gérard Wertheimer (104e, 12,7 milliards) – les deux frères sont propriétaires entre autres de Chanel, des éditions La Martinière, etc.
Xavier Niel, (189e, 8,3 milliards) - coactionnaire de "l’Obs" .
Emmanuel Besnier (196e, 8,02 milliards) - principal actionnaire du groupe Lactalis.
Patrick Drahi (261e, 6,37 milliards).
Vincent Bolloré (270e, 6,26 milliards).
Pierre Bellon (317e, 5,73 milliards), principal actionnaire de la Sodexo.
Alain Mérieux (355e, 5,28 milliards).
Jacques Saadé (441e, 4,49 milliards), président de la compagnie maritime CMA CGM.

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 06:56

 

PRÉLÈVEMENT SUR LEURS FINANCES, BAISSE DE L'APL... LE BUDGET DES ORGANISMES HLM EST ÉPUISÉ. AU DÉTRIMENT DES MÉNAGES.

Pourquoi donc s'attaquer bille en tête au secteur du logement social comme le fait le gouvernement, au risque de paraître encore un peu plus antisocial ? Pourquoi prioritairement taper dans les aides personnalisées au logement ? Qu'il faille à nouveau revoir en profondeur la politique du logement, nul ne le contestera. Il y a même urgence, quels que soient les résultats des mesures adoptées ces dernières années, de l'extension de la loi SRU à l'application de la loi Alur. Des centaines de milliers de ménages vivent une situation précaire. La pénurie de logements sociaux est criante. Les loyers du secteur privé ne cessent de grimper. Ce qui fait que les ménages consacrent en moyenne 20 % de leurs revenus à se loger. Mais ce chiffre est trompeur. Les « taux individuels d'effort » sont souvent beaucoup plus élevés.

L'opération « baisse de 5 euros par mois de l'APL » est cousue de fil blanc. Il s'agit d'alléger, pour 2018, de 1,4 milliard d'euros la facture de l'APL qui pèse 23 milliards d'euros dans le budget de l'État. Ensuite, il n'y a plus qu'à compter sur les organismes de logement social pour baisser les loyers d'autant, afin de ne pas pénaliser les ménages. L'État fait miroiter quelques compensations possibles : l'allongement des durées de prêts consentis par l'État et la Caisse des dépôts ou le recours aux prêts de haut de bilan bonifiés (PHBB). C'est possible, mais bien insuffisant. Le prélèvement décidé par l'article 52 de la loi de finances 2018 représente 60 % de l'autofinancement annuel des organismes du secteur. Les bailleurs sociaux vont avant tout puiser dans leurs réserves pour honorer la facture.

L'importance du prélèvement met en cause le modèle économique des HLM et, par là, celui du service public du logement qui répond aux besoins de 11 millions de personnes. Est-il suffisamment riche pour subir une telle ponction ? Le mythe des « dodus dormants », ces organismes HLM aux réserves financières plus que confortables, appartient largement au passé depuis la mutualisation de la trésorerie des organismes. Certes, les actifs gérés, en l'occurrence les logements, sont eux-mêmes importants. On les évalue à 200 milliards d'euros.

Mais il faut mettre en rapport ce chiffre avec celui de l'endettement global que l'Union sociale pour l'habitat estimait en 2017 à plus de 160 milliards d'euros. Tous vont voir baisser leurs fonds propres et leurs capacités d'investissement. Ils vont devoir céder une partie de leur patrimoine aiguisant l'appétit de quelques prédateurs financiers qui n'attendent que cela. Dans les faits, 200 structures, parmi les plus petites et les plus fragiles, risquent d'être en situation de déficit dès 2018. Enfin « les plus sociales », celles qui accueillent une proportion plus grande de ménages titulaires de l'APL, seront les plus mises à contribution. Un comble ! Pendant ce temps, la crise du logement cher continuera à se développer, attendant un hypothétique « choc de l'offre » pour se résorber. De manière consciente ou inconsciente, le gouvernement passe à côté du problème. Trois chiffres suffisent pourtant à l'éclairer. Sur les dix dernières années, les prix du foncier se sont accrus de 71 %, contre 24 % pour la construction et 12 % pour l'inflation. On peut être certain d'une chose : les ménages modestes vont subir les conséquences de la rigueur budgétaire pendant que les propriétaires fonciers pourront réaliser de profitables plus-values à moindres frais.

(*) Économiste et syndicaliste.

 

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