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15 novembre 2021 1 15 /11 /novembre /2021 06:50

 

Par Frédo Coyère, Corinne Luxembourg, Igor Martinache et Pierrick Monnet.

S’il est une chose dont le caractère « essentiel » n’a jamais été remis en question durant la crise sanitaire, c’est bien l’alimentation. S’approvisionner a même constitué pour beaucoup d’entre nous le seul motif pour sortir de son domicile, tandis que des centaines de milliers de travailleurs, dans l’agriculture, le secteur agroalimentaire et la distribution continuaient à se rendre sur leur lieu de travail pour ne pas rompre la chaîne. Cette crise a aussi révélé et amplifié les inégalités sociales les plus patentes : tandis que les ménages des classes favorisées s’adonnaient au plaisir de faire leur pain eux-mêmes ou d’expérimenter d’ambitieuses recettes de gâteaux, des familles, des travailleurs, des étudiants de milieu populaire prenaient massivement, et souvent pour la première fois, le chemin des banques alimentaires et autres distributions associatives. De même, tout en n’hésitant pas à donner des leçons de morale à leurs concitoyens sur le respect des gestes barrières et autres interdictions de circulation, certains membres du gratin, y compris des magistrats et des policiers hauts gradés, s’attablaient sans vergogne dans des restaurants « clandestins ». Les rues des villes grandes et moyennes furent le théâtre d’un ballet de vélos et scooters pilotés par de jeunes travailleurs précaires, pas toujours dotés des bons papiers, venant livrer sushis, pizzas et autres plats cuisinés de plus en plus souvent à la chaîne par d’autres soutiers, au sein des cuisines fantômes (dark kitchens), nouveaux lieux de la « délocalisation sur place ». Alors qu’ils étaient davantage exposés à la covid et à ses formes les plus graves, nombre de nos concitoyennes et concitoyens les plus modestes ont ainsi (re)découvert ce qu’avoir faim voulait dire, une situation décuplée dans certains pays du Sud où aucun filet de protection sociale n’était mis en place, tandis que le grippage des chaînes internationales de marchandises, conjugué à la difficulté d’organiser le travail dans les champs, les fermes ou les abattoirs a fait longtemps planer le risque d’une vague de famine globale sans précédent.

 

Un système (im)monde

Bref, c’est peu dire que l’alimentation constitue une, sinon la question politique par excellence. Mais celle-ci ne se cantonne pas, et ne doit pas être réduite à la seule dimension quantitative, même si, en la matière, les inégalités sont déjà criantes, entre les 3 800 calories ingérées quotidiennement en moyenne par habitant aux États-Unis contre moins de 1 600 par habitant en République démocratique du Congo. C’est aussi évidemment une affaire de qualité, car si les différences culturelles persistent heureusement dans les habitudes alimentaires, en dépit des offensives de l’industrie agroalimentaire pour raboter à son profit les goûts sur des standards insipides, la possibilité de se fournir en aliments sains, fruits et légumes frais notamment et exemptés d’additifs chimiques aussi néfastes pour la santé que pour l’environnement n’est malheureusement pas donnée à toutes les bourses. Cuisiner plutôt qu’acheter des plats préparés en usine est bien plus sain, répètent sans se lasser les nutritionnistes, mais cela prend aussi un temps dont bien des travailleuses et des travailleurs, assignés à des horaires « atypiques » et souvent très loin de chez eux, ne disposent pas. Comment dans ces conditions transmettre à leurs enfants les « bonnes » habitudes alimentaires ! Il n’est pas étonnant que la prévalence du surpoids, de l’obésité et des comorbidités associées, soit paradoxalement inversement proportionnelle à l’épaisseur du portefeuille, au contraire de ce qui s’observait quelques siècles plus tôt.

Se nourrir constitue une activité à la fois universelle et ancrée dans notre quotidien, mais aussi imprégnée de culture : les habitudes alimentaires recouvrent non seulement le contenu des assiettes, mais aussi les manières de se tenir à table, quand il y en a une, les repas sont à la fois un moment de partage et d’exclusion. La préparation et le service des repas induisent et révèlent également des inégalités de sexe et d’âge dans le partage des tâches dans les foyers : aux femmes la cuisine du quotidien, plus ingrate, tandis que les hommes se mettent aux fourneaux quand les couples hétérosexuels reçoivent et en tirent les profits symboliques – un schéma qui perdure, comme le révèlent les enquêtes « Emploi du temps » de l’INSEE. Mais si importants que soient ces enjeux, la question alimentaire ne se limite pas non plus à la manière dont on remplit nos caddies ou à la préparation de nos repas. L’amont et l’aval, autrement dit la circulation des denrées du champ au placard, mais aussi le devenir des déchets, emballages, restes et autres aliments gaspillés parce qu’ayant dépassé la date de péremption, ou jetés avant même leur arrivée en rayon parce que ne répondant pas aux standards esthétiques de l’industrie agroalimentaire, comptent également énormément. Entre un quart et la moitié de la nourriture produite en Amérique du Nord et en Europe occidentale part ainsi directement à la poubelle sans passer par les estomacs. Mais c’est aussi le travail de centaines, voire de milliers d’individus, dans des conditions extrêmement variables, et les effets sur l’environnement, eux-mêmes très disparates, qui sont en jeu. Ainsi, il est difficile aujourd’hui d’ignorer que la déforestation de l’Amazonie résulte de l’expansion des champs de soja et de pâtures pour satisfaire la consommation de viande bovine qui explose à l’échelle planétaire, ou encore de méconnaître les méthodes d’élevage et d’abattage industriels proprement barbares avec lesquelles sont traités veaux, vaches, cochons, poulets qui permettent d’obtenir une viande à bas prix, dont le broyage des poussins mâles vivants, qui sera seulement interdit en France en 2022, n’est qu’une sordide illustration.

« Tandis que les ménages des classes favorisées s’adonnaient au plaisir de faire leur pain eux-mêmes ou d’expérimenter d’ambitieuses recettes de gâteaux, des familles, des travailleurs, des étudiants de milieu populaire prenaient massivement, et souvent pour la première fois, le chemin des banques alimentaires et autres distributions associatives. »

Quand nos aïeux se fournissaient essentiellement dans leurs propres champs ou dans leur potager ou encore auprès des fermiers voisins, de nos jours, les circuits de production et de distribution se sont très largement globalisés, tout comme le contenu de nos assiettes ; dès lors qu’il s’agit de retracer les circuits, les économies de distribution, c’est bien un système-monde qui se donne à voir, de la mise en culture à la consommation. Certains voient et présentent comme une chance de pouvoir consommer des avocats du Pérou, des mangues venues du Brésil ou du bœuf d’Argentine, mais cela a un coût social et écologique souvent rendu invisible par le marketing.

 

Se méfier des appâts rances

Les questions de production, de quantité d’aliments disponibles pour chacun, de prix maîtrisés, de qualité d’aliments, de l’influence de la distance entre lieu de production et lieu de consommation sur les écosystèmes, sur l’environnement se sont désormais bien ancrées dans la demande sociale, si bien que se nourrir revêt également, de nos jours, une dimension civique revendiquée, comme l’illustre l’essor des labels liés à la qualité des aliments ou de leur mode de production (notamment mais pas exclusivement l’agriculture biologique), ou les principes appliqués en matière de conditions de travail et de rémunération des producteurs, dans ce que l’on appelle le « commerce équitable ».
Si l’information et les consciences progressent en ces domaines, les opinions et les débats liés à ces questions ne sont pour autant pas exempts d’idées reçues : les influences écologiques des modes de production ne sont pas toujours celles que l’on pense, tandis que les promesses de la grande distribution de garantir des « justes prix » à leurs fournisseurs ou de respecter l’environnement sont parfois des écrans de fumée destinés à attirer les consommateurs tout en évitant un durcissement de la législation. Les lobbies de l’industrie agroalimentaire ne sont ainsi pas les moins prompts à répandre des écrans de fumée, faire modifier à la baisse les cahiers des charges des certifications, afin de vendre du « bio » au rabais pour satisfaire une demande en trop rapide expansion par rapport aux capacités de production, et même « capturer » la fabrique de la loi, en France ou au Brésil notamment. Enfin, derrière les controverses mises en scène dans les cénacles politiques et médiatiques, certaines questions cruciales, telles que l’accès à la terre et la destination du foncier, sont soigneusement maintenues dans l’angle mort par ceux dont les intérêts seraient ainsi mis en cause.
Last but not least, les modes de consommation alimentaire, comme les autres, sont le lieu privilégié de mécanismes de distinction où, comme l’avait déjà montré Pierre Bourdieu, les classes dominantes naturalisent leurs propres manières de se comporter en la manière pour mieux discréditer celles des classes populaires, et maintenir ces dernières symboliquement à distance. Ainsi peut-on interpréter sans doute en partie l’engouement pour certaines formes de consommation dites responsables, qui n’empêchent pas forcément leurs auteurs de rouler en quatre-quatre ou de partir à l’autre bout du monde en avion pour les vacances et ainsi présenter au final une empreinte carbone bien plus élevée que ceux dont ils fustigent l’attrait pour la « malbouffe ». Or bien se nourrir apparaît comme un luxe inaccessible pour une grande part de la population, l’aide alimentaire est souvent synonyme d’aliments pauvres et néfastes pour la santé… Il importe de se poser la question de démocratiser véritablement l’accès à une nourriture de qualité pour toutes et tous, tout en respectant au mieux les travailleuses et les travailleurs comme la planète pour la produire et l’acheminer. La complexité des interdépendances en jeu rend l’équation particulièrement difficile à résoudre, mais la diversité des initiatives citoyennes qui se donne déjà à voir nous offre d’ores et déjà quelques pistes, tout en nous obligeant à repenser et à réactualiser le slogan des forums sociaux mondiaux : « Penser global, agir local ».

Sans aucunement prétendre à l’impossible exhaustivité, le présent dossier propose plus modestement de présenter quelques-unes de ces pistes, d’explication et d’action, qui sont autant d’invitations à une politique de l’alimentation ambitieuse et soucieuse de justice sociale.

 

Frédo Coyère, Corinne Luxembourg, Igor Martinache et Pierrick Monnet sont membres du comité de rédaction de Cause commune. Ils ont coordonné ce dossier.

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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 08:36
On respire mieux à la campagne des jours heureux - par Yvon Huet

ON RESPIRE MIEUX 

A LA CAMPAGNE DES JOURS HEUREUX

 

La campagne présidentielle n'a aucun sens si elle n'est pas accompagnée de luttes tant pour les conditions de vie et de travail que pour la réactivation des activités industrielles de la France. 

 

Et qui dit industrie ne veut pas dire cheminées qui vous crachent à la figure les excréments de la terre, bien au contraire, mais plutôt l'intégration de l'écologie dans la façon de fabriquer et utiliser les produits qu'on doit réapprendre à fabriquer et inventer. 

 

C'est le nécessaire retour de l'intelligence créative contre le répétitif bêtifiant auquel les salariés sont de plus en plus contraints aujourd'hui. Les reculs imposés par les cheminots et la population ainsi que le retour de certaines activités de manufacture donnent le ton de ce qu'il faudrait faire pour sortir des discours sans réalité. 

L'exemple des coopérateurs de Scop-Ti (les Thés et infusions 1336) qui allient bien être au travail et efficacité pour la santé et l'écologie est, quelque part, un exemple à méditer pour toutes celles et ceux qui veulent le changement dans le pays, sachant qu'il faudra mettre au pas les banquiers qui, aujourd'hui, font tout pour faire chuter cette expérience.

 

Le sens de la candidature Fabien Roussel, c'est bien celle de l'accompagnement d'un changement fondamental d'orientation dont la France a besoin pour pouvoir s'exiger à elle-même le bien-être pour le monde du travail. Les frémissements actuels nous donnent raison. 

Mais il faut aller beaucoup plus loin, parce que c'est bien d'une révolution qu'il s'agit, dans le système certes, mais aussi dans les consciences, parce que s'il n'y a pas conscience, on recommencera les mêmes erreurs que celles d'autrefois en se satisfaisant d'une victoire qui sera très vite remise en cause. Nous avons le recul pour le comprendre. Il faut en profiter.

Yvon Huet

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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 06:45

 

Ian Brossat, adjoint à la ville de Paris chargé du logement, de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés et directeur de campagne de Fabien Roussel pour l’election présidentielle, trace la feuille de route des communistes pour cette campagne et en présente les axes forts.

Propos recueillis par Ségolène Mathieu

 

Le 6 juillet dernier, le PCF lançait sa « caravane des jours heureux » pour aller à la rencontre des vacanciers et faire connaître Fabien Roussel. Quels enseignements en avez-vous tiré ?

À travers la candidature de Fabien Roussel, nous avons fait le choix de nous présenter de nouveau devant les Françaises et les Français, après quinze années d’absence à l’élection présidentielle. Quoi que l’on pense de cette élection, elle demeure le rendez-vous majeur de notre Ve République, celui qui structure le temps démocratique et idéologique. Nous avons pris la décision de nous représenter avec la volonté de rester fidèles à ce que nous n’avons jamais cessé d’être : ouverts, généreux, populaires.
Si je rappelle cela en préambule, c’est parce que c’est cette volonté-là qui nous a conduits naturellement à l’idée d’une caravane d’été comme première forme d’action militante, plus légère, si j’ose dire, plus festive, plus libre dans la discussion.

« L’élection présidentielle, ce n’est pas une transat en solitaire mais une course en équipage. Nous avons désormais déployé les voiles, à nous toutes et tous de jouer désormais ! »

Et le bilan de ces deux mois d’échanges est allé bien au-delà de nos espérances. À cet égard, je voudrais remercier chaleureusement Olivier Marchais, grand artisan de cette caravane, ainsi que l’ensemble des militantes et militants qui ont donné de leur temps cet été.

Nous avons parcouru six mille kilomètres et traversé vingt-quatre départements.
La caravane nous a permis d’échanger avec cinq mille six cents vacanciers et travailleurs saisonniers, parmi lesquels de très nombreux non-communistes, un peu plus de quatre mille trois cents au total. Cela a été l’occasion de renforcer le parti, ce qui est un point d’appui pour l’avenir : nous avons ainsi réalisé quarante et une adhésions au Parti communiste, et dix aux Jeunesses communistes.

Surtout, ces rencontres se sont déroulées dans une totale liberté de dialogue : à partir de ces heures de discussions avec les Françaises et les Français, nous voyons très nettement des attentes se dégager. Par exemple, le prélèvement à la source des multinationales, le droit aux vacances, le pouvoir d’achat et les salaires. Il ressort que les gens ont des priorités très ancrées dans leur vie quotidienne ; ce qu’ils attendent de nous, ce sont des mesures très concrètes et applicables à court et moyen terme. ça n’a de sens pour eux que si nous sommes concrets. Ce sera le fil de rouge de notre campagne.

 

La caravane a marqué le lancement de la campagne de Fabien Roussel et des communistes. Quels vont être les autres temps forts dans les mois qui viennent ?

Nous venons de clôturer une magnifique fête de l’Humanité qui a permis, à la suite de la caravane d’été, de poursuivre ce dialogue avec les femmes et les hommes de gauche, si attachés à cette grande fête populaire. Nous allons continuer dans ce sens, celui du dialogue direct, sans filtre, avec les Françaises et les Français.

« À travers la candidature de Fabien Roussel, nous avons fait le choix de nous présenter de nouveau devant les Françaises et les Français, après quinze années d’absence à l’élection présidentielle. »

Cet automne, nous allons initier une série de déplacements, sept grandes soirées thématiques. Nous irons non pas dans les métropoles mais dans des sous-préfectures, dans des villes ou villages plus modestes : la gauche n’y va plus beaucoup, nous voulons, nous, renouer ce contact et ce dialogue. Ces échanges vont nourrir notre programme, que nous dévoilerons cet hiver.

 

Quels sont les enjeux de la campagne et les axes forts que va devoir défendre Fabien Roussel ? Comment les communistes vont-ils s’organiser ?

Jamais les inégalités entre ceux qui détiennent le capital et l’immense majorité d’entre ceux qui n’ont que leur force du travail pour vivre n’ont été aussi criantes. En cinq ans à l’Élysée, Emmanuel Macron a permis aux cinq cents plus grandes fortunes de France de doubler leur patrimoine. Il est passé de 570 à 1 000 milliards d’euros. Quant aux patrons du CAC, leur salaire a augmenté de 30%.

Vous me direz, heureusement que c’est la crise, parce que si ce n’était pas le cas, qu’est-ce que ce serait ? Vos salaires ont-ils augmenté de 30% ? Avez-vous vu l’argent ruisseler par magie dans vos poches ? Ce qui ruisselle, pour la grande majorité des gens, c’est le prix des factures. Gaz, électricité, essence, assurance, alimentaire… Tout. Et je ne vous parle pas du logement. En résumé, plus que jamais, c’est nous tous qui trinquons pendant qu’eux, les plus riches, sirotent le champagne. Cela s’appelle le capitalisme. Chacun voit bien que tout cela nous entraîne dans le précipice et que rien de bon ne peut en sortir. Cela ne peut pas durer parce que le capitalisme épuise les hommes comme il épuise les ressources et la nature.

Dans le même temps, nous sommes, depuis 2017, dans un moment politique tout à fait particulier, notamment caractérisé par un épais brouillard idéologique, qui prend parfois des formes assez inquiétantes. Redevenir aux yeux des Françaises et des Français un repère politique clair et fiable, dans ce brouillard ambiant, telle est notre ambition.

« Nous irons non pas dans les métropoles mais dans des sous-préfectures, dans des villes ou villages plus modestes : la gauche n’y va plus beaucoup, nous voulons, nous, renouer ce contact et ce dialogue. »

Nous avons décidé de mener cette campagne avec la volonté, le désir de s’extraire de ce brouillard politique pour aborder des sujets utiles aux gens – comme nous l’avons fait sur le vaccin et la santé, en affirmant ce que doit être l’horizon de la gauche, comme nous le faisons encore sur les salaires et le monde du travail, sur l’éducation, sur la sécurité aussi, et nous l’assumons, en somme sur tous les sujets qui appellent des réponses politiques de gauche. Ensuite, nous voulons – et c’est notre second objectif – être de nouveau audibles et parler aux gens de gauche mais aussi et surtout à ceux qui se sont détournés de la politique, aux abstentionnistes qui auparavant votaient et s’en sont lassés. C’est vers eux qu’il faut nous tourner ces prochaines semaines.

Permettez-moi d’ouvrir une parenthèse sur ce dégoût de la politique. Les médias en parlent comme si cela était subitement tombé du ciel. C’est en fait le résultat d’un long processus politique qui s’est ouvert en 2005. Ce qui a dégoûté les gens, c’est le référendum européen de 2005, quand les Français se sont rendu compte qu’on se moquait de ce qu’ils avaient exprimé ; c’est aussi le fait d’avoir été trois millions dans la rue en 2010 comme en 2015, contre la réforme des retraites et la loi travail, et que les gouvernements ont ignoré ce mécontentement et sont chaque fois passés au bulldozer ; ce qui a dégoûté les gens, c’est de voir les APL amputés tandis que les cadeaux fiscaux, avec la suppression de l’ISF en particulier, se multipliaient. À tous ceux-là, nous voulons nous adresser de nouveau et leur dire que, nous, communistes, absents du débat politique présidentiel ces quinze dernières années, nous sommes et serons toujours des gens de parole, sur qui ils peuvent compter. Leur dire que nous aurons le courage de mener des réformes populaires. Ce que nous proposons, c’est un pacte pour bâtir ensemble la France des jours heureux.

 

Face aux nombreuses candidatures que répondre à ceux qui désespèrent de l’unité de la gauche ?

D’abord, attendons de voir combien la gauche aura véritablement de candidats. Pour notre part, nous en aurons effectivement un et ce, pour deux raisons. La gauche est faible non pas parce qu’elle serait divisée, mais parce qu’elle ne parle plus concrètement aux Français. La gauche, toute mouillée, c’est 25% aujourd’hui. C’est cela qui nous inquiète. Les communistes dirigent sept cents communes, compte un groupe à l’Assemblée nationale, un autre au Sénat : je me permets de le rappeler parce que cette légitimité du terrain, tout le monde ne l’a pas ; nous, nous l’avons.
Et c’est parce que nous avons cette implantation, parce que nous avons cette connaissance de la réalité quotidienne, y compris de celle des petites villes, que nous avons des choses à dire aux Françaises et aux Français. Nous voulons défendre des convictions et porter une vision pour la France, un projet de société pour les cinq-dix prochaines années.

« Le capitalisme épuise les hommes comme il épuise les ressources et la nature. »

Je pense, par exemple, à la répartition des richesses entre les individus mais aussi entre les territoires, ce qui est souvent oublié à gauche ; à la question de l’énergie, dont l’enjeu va être majeur ces prochaines années à la fois en matière de pouvoir d’achat pour les familles et les PME mais aussi quant à l’indépendance stratégique ; au défi démographique qu’il va nous falloir affronter avec, d’un côté, la jeunesse qui sort abîmée par cette crise de la covid et, de l’autre, les plus de 65 ans, que ce soit à travers les retraites ou le sujet de la dépendance des aînés qui commence à inquiéter les familles. Nous avons des propositions à faire aux Françaises et aux Français et nous le ferons.

Outre la présidentielle, les législatives se profilent, quelle sera la stratégie du PCF ?

Le PCF a la volonté de rassembler très largement pour ces élections en instaurant un pacte législatif avec l’ensemble des forces politiques de gauche, avec le souci de la dimension locale, qui importe et qu’il convient de respecter. Le Parti communiste est moteur et sert de passerelle entre les différents courants politiques pour réussir ces élections législatives.

 

 

La rentrée sociale sera chargée, particulièrement avec les « réformes » des retraites et de l’assurance-chômage. Comment le PCF et son candidat vont-ils s’impliquer dans ces batailles ?

Nous allons nous impliquer sur ces deux sujets de casse sociale sans précédents, comme nous l’avons toujours fait, c’est-à-dire en ayant un pied dans la rue et un pied dans les institutions. S’agissant des retraites, nous sommes convaincus que ce sera l’un des grands enjeux de cette élection. Notre projet est l’exact inverse de celui présenté par Emmanuel Macron. Nous sommes pour le droit de partir à la retraite à 60 ans, avec une bonne pension. Nous défendons une réforme financée par une cotisation sur les revenus financiers mais aussi par la création d’un million d’emplois utiles à la société et par l’égalité salariale.

 

Cette rentrée est également marquée par la quatrième vague de covid-19 sur fond de défiance vis-à-vis de la vaccination et de récupération des manifestations antipasse sanitaire par l’extrême droite. Quelles sont les armes du PCF face à cela ?

La vaccination et le passe sanitaire sont deux choses tout à fait différentes, sur lesquelles le parti a pris des positions très claires. Pour en finir avec la pandémie, nous exigeons la levée des brevets et les transferts de technologie afin de permettre à tous les peuples du monde d’accéder à la vaccination la plus large, la plus rapide. Fabien Roussel fait valoir la nécessité de libérer les vaccins du monde de la finance, l’exigence de soutenir la recherche publique.

« Ce que nous proposons, c’est un pacte pour bâtir ensemble la France des jours heureux. »

Nous souhaitons agir pour la vaccination généralisée, et cette bataille est loin d’être gagnée. Près de trois millions de Françaises et de Français, parmi les plus fragiles, n’y ont pas encore accès ; dix millions de Français ne sont toujours pas vaccinés. Bien souvent, ce sont les mêmes qui ne vont jamais chez le médecin, ou sont éloignés des soins. Ils vivent dans la pauvreté. Cette pandémie met en évidence les dégâts provoqués par la casse de notre système de santé publique et les terribles inégalités qui se creusent entre les classes sociales, les départements, les milieux ruraux ou urbains.
Enfin, il faut former des dizaines de milliers de médecins, d’infirmiers, de soignants, ouvrir des hôpitaux et des lits, permettre à chacun d’avoir à proximité une maternité, un service d’urgence, à la campagne comme dans les grandes villes. Voilà une politique de progrès à mettre en œuvre dans tout le pays ; elle fait le choix du public pour tout ce qui concerne l’hôpital et la santé.

 

Que faut-il retenir de cette édition de l’université d’été qui avec la fête de l’Humanité marque la rentrée sociale des communistes ?

L’une et l’autre sont des rendez-vous précieux pour les communistes, parce qu’elles sont l’occasion de se retrouver – après plusieurs mois de confinement et d’isolement, c’est important – mais aussi et surtout parce qu’elles leur permettent de dialoguer, de penser ensemble, d’imaginer le monde de demain collectivement. C’est notre identité que de savoir travailler ensemble. L’élection présidentielle, ce n’est pas une transat en solitaire mais une course en équipage.

Nous avons désormais déployé les voiles, à nous toutes et tous d’avancer ensemble !

 

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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 06:52

 

« L’usager ne s’y retrouve ni en matière de qualité de service ni en matière de prix », pointe Julien Lambert. Le syndicaliste, qui appelle à un retour de la maîtrise publique et à une réforme fiscale, passe aussi au crible les modèles publiés par le RTE, les enjeux du nucléaire... ENTRETIEN

Le Réseau de transport d’électricité (RTE) vient de publier six scénarios (lire ci-dessous) de transition vers une neutralité carbone en 2050 qui ont des impacts différents sur le prix de l’électricité. Lequel a votre préférence ?

JULIEN LAMBERT, PORTE-PAROLE DE LA FÉDÉRATION NATIONALE DES MINES ET DE L’ÉNERGIE FNME-CGT 

Sur les six scénarios, un est 100 % énergies renouvelables, mais ne dit rien de comment on pallie l’intermittence de ces énergies. Si on prend en compte le facteur prix, qu’il s’agisse de la production, du transport et de la production d’électricité, c’est le recours au nucléaire qui permet la meilleure maîtrise. De notre point de vue, cela conforte la nécessité que le gouvernement s’engage dans le renouvellement du parc nucléaire alors que la loi énergie-climat fixe des objectifs de fermeture de centrales. Il y a besoin d’unités de production pilotables. Le renouvellement du parc avec des réacteurs pressurisés européens (EPR) de type 2 permettra de faire face aux défis du réchauffement climatique.

 

Dans l’immédiat, il y a besoin de maintenir les installations actuelles. La fermeture de Fessenheim a réduit la marge de sécurité en termes de capacité de production pour répondre aux besoins des usagers. Outre une électrification accrue du mix énergétique, le RTE mise sur une réduction de la consommation énergétique globale de 1 600 à 960 térawattheures (un térawattheure équivaut à 1000 milliards de wattheures – NDLR). Cela nous paraît optimiste.

 

Cet objectif ne vous paraît donc pas atteignable ?

JULIEN LAMBERTAujourd’hui, la puissance de gaz consommée est équivalente à la puissance électrique qui dépasse les 500 térawattheures par an. Si on développe l’usage de l’hydrogène, il faudra bien produire de l’électricité pour en fabriquer. Il y a besoin de réfléchir à la complémentarité des énergies. Comment combine-t-on le recours à l’électricité au biogaz, à l’hydrogène ? Ces questions doivent être abordées.

 

L’EPR a connu d’importants dépassements de coûts et des retards. Préoccupée par ces problèmes, la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT s’était opposée à ce qu’EDF s’engage dans la construction d’EPR à Hinkley Point, au Royaume-Uni. Qu’est-ce qui explique que vous êtes aujourd’hui favorable à la construction de nouveaux EPR ?

JULIEN LAMBERT

Le coût de l’EPR a été clairement sous-estimé. Les difficultés rencontrées sur le chantier démontrent l’enjeu de maintenir les compétences de la filière nucléaire qui ont été mises à mal par le passé. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de reproduire le même EPR à l’identique, mais de construire un EPR de type 2 qui tienne compte du retour d’expérience de la construction du premier modèle. Le nouvel EPR doit être plus rationnel, mieux maîtrisé en termes de construction et ne pas être surdimensionné.

On évoque les 12 milliards d’euros du coût de l’EPR, mais, derrière, il y a la construction d’une véritable filière industrielle. L’éolien et le solaire ont absorbé 140 milliards d’euros d’aide sans en construire une seule. Enfin, quel est l’apport des uns et des autres au mix énergétique et à la consommation finale ? Le nucléaire, c’est 48 % des capacités de production et 70 % de la consommation finale. L’éolien et le solaire ne pèsent que 2 % de la consommation finale.

 

Le président de la République semble miser sur les petits réacteurs. Qu’en pensez-vous ?

JULIEN LAMBERTJe ne mettrai pas cela en opposition avec la relance de l’EPR. Cependant, je ne suis pas sûr que ce type de réacteur soit adapté à notre réseau électrique dont le maillage est très dense. Le recours à de petits réacteurs est sans doute plus adapté à des territoires où tout reste à faire en termes d’infrastructures. Partons de l’existant et faisons-le évoluer selon nos besoins. Enfin, on ne sait rien du coût de ces petits réacteurs et de leur intérêt économique.

 

Le prix de l’électricité bat des records. À plusieurs reprises, le mégawattheure a passé la barre des 200 euros sur le marché spot. En même temps, l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique garantit un tarif de rachat de 42 euros le mégawattheure aux fournisseurs d’électricité que l’on dit inférieur au coût de production. Quel est le juste prix de l’électricité ?

JULIEN LAMBERT

Vaste question. En payant sa facture d’électricité, l’usager s’acquitte de taxes, mais aussi des coûts de transport et de distribution. Disons que si nous étions toujours dans le cadre d’un monopole et d’une entreprise intégrée, le prix ­serait calculé sur la base des coûts de production, de transport et de distribution. Actuellement, chaque filière de production d’électricité est indépendante et son prix est fixé selon le prix des énergies primaires. Le prix de référence est celui de la dernière unité de production mise en service, qui est souvent le plus onéreux et qui détermine le prix du marché de gros. Il s’agit la plupart du temps du gaz dont le prix augmente en raison de la demande mondiale, mais aussi de la hausse du prix de la tonne de CO2.Il y a besoin de remettre à plat la fiscalité sur l’énergie. Nous demandons que la TVA soit abaissée à 5,5 %. Il est nécessaire aussi de reconsidérer la contribution au service public de l’électricité. En moyenne, le financement du solaire et de l’éolien coûte 60 euros. Alors que la facture moyenne est de 1 456 euros, nous estimons qu’une réforme de la fiscalité pourrait l’abaisser de 400 euros.

 

Le gouvernement dit souhaiter que le prix de l’électricité soit déconnecté du prix du gaz. Vous donne-t-il raison ?

Il nous donne en partie raison. Le gouvernement ne veut pas sortir du marché. Il veut le réformer en déconnectant le prix de l’électricité de celui du gaz et lui substituer sans doute une autre référence. Pour notre part, nous regrettons qu’il ne revienne pas sur la fin des tarifs réglementés de l’électricité pour les entreprises et la fin des tarifs réglementés du gaz.On voit les conséquences aujourd’hui de la libéralisation avec les usagers qui sont passés à des offres du marché et qui, demain, seront sur des tarifs dynamiques du marché. La fin des tarifs réglementés, c’est l’envolée des factures avec ses conséquences en matière de précarité énergétique ou de difficultés économiques pour les entreprises consommatrices. L’entreprise intégrée maîtrisait l’ensemble des coûts. Cela lui permettait de garantir des prix stables. On a créé un marché de toutes pièces. Aujourd’hui, l’usager, qu’il soit particulier ou entreprise, ne s’y retrouve ni en matière de qualité de service ni en matière de prix. L’électricité ne doit pas être considérée comme une marchandise. Il y a besoin d’une maîtrise publique.

 

Quelle forme lui donner ? Peut-on avancer l’idée d’une renationalisation ?

JULIEN LAMBERT

Auparavant, nous parlions de pôle public pour essayer de concilier les acteurs. Maintenant, nous parlons de service public. Il faut revenir à des opérateurs nationalisés avec une gestion démocratique.

 

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 06:49

Des millions de familles peinent à se chauffer. Pour alerter sur les conséquences sociales, sanitaires et écologiques qui en découlent, la Fondation Abbé-Pierre s’associe à 19 partenaires pour faire de ce 10 novembre la Journée contre la précarité énergétique.

Certains allument le chauffage quand la température des chambres tombe sous les 14 degrés. D’autres sont contraints de choisir entre manger et payer leur facture d’électricité. La précarité énergétique concerne aujourd’hui en France 12 millions de personnes, prises en étau entre logements mal isolés et hausse des prix de l’énergie.

1. Une urgence sociale

Concrètement, cela signifie qu’elles n’arrivent pas à se chauffer correctement en hiver faute de moyens et/ou d’un logement bien isolé. Cela signifie que deux familles sur dix consacrent plus de 8 % de leurs revenus aux dépenses d’énergie. Ils sont même 53 % à devoir restreindre leur consommation d’énergie, au risque d’avoir froid, pour limiter leur facture énergétique. En 2019, le nombre de sollicitations d’étalement des factures auprès du médiateur de l’énergie a bondi de 17 % par rapport à l’année précédente et 280 000 coupures d’électricité pour impayés ont été effectuées. « Si, en 2020, le nombre de coupures a un peu baissé du fait de l’allongement de la trêve hivernale (durant laquelle les coupures ne sont pas autorisées), on constate depuis 2021 une forte augmentation », précise Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre.

 

Une situation qui risque encore de s’aggraver avec l’augmentation du prix du gaz, de l’électricité et du fioul, depuis le début de l’année. « Le chèque de 100 euros ne compense pas du tout l’augmentation du prix de l’énergie, note Christophe Robert. Il faudrait, dans un premier temps, une aide substantielle de l’ordre de 700 euros pour aider les 2,3 millions de ménages modestes à régler leurs factures. » Durant la dernière décennie, la précarité énergétique s’est accrue en même temps que la pauvreté. Le coût de l’énergie, évalué aujourd’hui à 1 600 euros par an et par foyer en moyenne, n’a cessé de croître. Améliorer la qualité thermique des logements est une solution efficace pour regagner confort et pouvoir d’achat, mais pas forcément accessible aux plus précaires, freinés par le reste à charge qu’ils ne peuvent assumer. « Il faudrait arriver à une prise en charge intégrale de la rénovation pour ceux qui vivent dans des passoires énergétiques mais ne peuvent pas payer 5 000 à 10 000 euros pour isoler leur logement », explique le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Sachant que l’habitat pavillonnaire représente plus de la moitié des logements français et que l’essentiel des maisons individuelles construites avant 1975 sont très consommatrices en énergie, le parc à rénover est colossal.

2. Des conséquences délétères sur la santé

La précarité énergétique a des conséquences sur la santé des personnes, tant sur le plan physique que moral. « Les plus précaires qui n’arrivent pas à se chauffer se cachent. Ils ont honte de leur situation, ce qui les rend d’ailleurs difficiles à repérer et à aider », illustre Jean-Pierre Goudard, coprésident du Cler-Réseau pour la transition énergétique, qui l’a constaté à Grandris (Rhône), le village dont il est maire. Outre les problèmes psychiques liés à l’isolement social, souffrir du froid en hiver et de la chaleur en été favorise les allergies et les maladies respiratoires chroniques. Les risques d’accident augmentent quand des expédients ou des appareils défectueux sont utilisés. La santé des personnes qui doivent choisir entre se chauffer et manger correctement est aussi mise à mal, tout comme celle des personnes qui renoncent à des soins faute de moyens. Selon un calcul du collectif Rénovons !, la remise aux normes de toutes les passoires thermiques permettrait d’économiser 800 millions d’euros de dépenses de santé.

3. Un désastre sur le plan climatique

Si les transports restent le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre sur le territoire français, les bâtiments représentent 20 % de ces émissions, le fioul et gaz étant encore largement utilisés. « L’impact climatique des maisons si mal isolées que leurs occupants chauffent autant l’extérieur que l’intérieur est désastreux. Sans un vrai programme de rénovation, il sera impossible d’atteindre la neutralité carbone en 2050 », prévient Anne Bringault, coordinatrice des programmes au Réseau Action Climat.

Le problème, c’est que les occupants des logements les moins performants énergétiquement seront ceux qui risquent de souffrir le plus du réchauffement climatique, via l’augmentation des épisodes caniculaires et des phénomènes météorologiques violents. L’enjeu climatique se cumule donc avec l’enjeu de justice sociale, à l’échelle globale, mais aussi européenne. «  La transition énergétique ne peut se résumer à une augmentation du prix de l’énergie carbonée, qui pénalise les plus pauvres, plaide Anne Bringault . Il faut absolument que ces publics soient prioritaires en ce qui concerne la rénovation énergétique, sinon ils subissent une double peine intolérable. »

4. Des subventions publiques difficilement accessibles

Difficile de s’y retrouver dans la jungle des aides à la rénovation du logement. Pourtant, celles-ci représentent 4 milliards d’euros par an, répartis sur une quinzaine de dispositifs. Mais, pour les précaires qui ne savent pas à qui s’adresser, il est quasiment impossible d’en bénéficier. « La prime Rénov’ , par exemple, n’est accessible que via Internet. Les victimes de la fracture numérique ne peuvent y accéder  », regrette Jean-Pierre Goudard. Pour pallier ce problème, le Réseau des acteurs contre la pauvreté et la précarité énergétique dans le logement (Rappel) et le service local d’insertion pour la maîtrise de l’énergie (Slime) mobilisent un millier de travailleurs sociaux pour repérer et accompagner les ménages vivant dans des passoires énergétiques. Depuis trois ans, 52 000 foyers ont été aidés. «  On fait du porte-à-porte pour repérer les personnes en grande précarité, qui n’ont pas forcément conscience que rénover leur logement peut leur permettre de faire des économies et ne savent pas qu’elles peuvent être accompagnées », précise Jean-Pierre Goudard. Mais ce dernier reconnaît que les moyens mis en œuvre pour multiplier ces dispositifs d’accompagnement sont encore largement insuffisants.

Ces programmes ont aussi pour mission de déployer une ingénierie financière pour mobiliser toutes les aides exceptionnelles possibles afin d’absorber les 10 à 20 % de reste à charge, une fois les subventions usuelles acquises. Autre solution : convaincre les banques d’accorder plus de prêts sur la base des économies futures. «  Une rénovation performante permet de diviser par 4 à 8 les factures de chauffage. On pourrait imaginer des prêts bancaires dont les mensualités n’excèdent pas la facture d’énergie d’avant rénovation. Une famille qui payait 200 euros de factures payerait 150 euros de remboursement de prêt et 50 euros pour sa consommation énergétique », avance Vincent Legrand, directeur général de Dorémi, une entreprise à but d’intérêt général, qui aide à la rénovation des maisons individuelles.

5. Des rénovations partielles inefficaces

Adosser le financement des rénovations aux économies futures ne peut fonctionner que si ces dernières sont effectives. Le problème, c’est que 75 % des travaux de rénovation énergétique ne permettent même pas d’améliorer le classement énergétique des habitations (une maison classée F ou G n’atteint pas la classe E)… En cause : la mauvaise qualité des travaux effectués, faute d’artisans compétents. Et aussi des rénovations réalisées au coup par coup, non de manière globale. Les aides cumulées sont plus importantes si les ménages les sollicitent séparément. Ce qui ne produit aucun résultat tangible sur les factures de chauffage. « Sans rénovation globale, en isolant l’ensemble du bâtiment, les murs, le toit, en changeant les menuiseries, mais aussi la chaudière et le système de ventilation, on ne peut espérer des résultats probants », prévient Vincent Legrand. Sylvain, retraité de 65 ans, peut en témoigner. Confronté à un problème d’isolation de l’humidité, une chaudière énergivore et une toiture dégradée, il a fait le choix de tout rénover. « On ne voulait pas peler de froid l’hiver . » Remplacement de toutes les fenêtres par du double vitrage, pose d’une chaudière à condensation à basse température, pose de 14 centimètres de laine de roche pour isoler les murs et rénovation de la toiture. Le couple a bénéficié de 8 000 euros d’aides sur un total de 30 000 euros de travaux, dont le paiement a été étalé sur plusieurs années. Aujourd’hui, ils ne regrettent en rien l’investissement, d’autant qu’ils « consomment moins ». Leur facture mensuelle de gaz a été divisée de plus de la moitié, passant de 260 à 105 euros, et ce en chauffant davantage leur logement.

6. Des ambitions à réévaluer

La loi du 8 novembre 2019, relative à l’énergie et au climat, impose un seuil maximal de consommation énergétique, au-delà duquel un logement doit être considéré comme indécent. Le gouvernement l’a fixé à 500 kWh/m2/an, à partir du 1er janvier 2023. Cette limite est jugée si faible qu’un nombre limité de passoires thermiques seront interdites à la location à cette date. Aucune sanction n’est prévue pour les propriétaires bailleurs proposant des logements indécents. Leur imposer des amendes dès 2025 pourrait pourtant permettre d’abonder un fonds de soutien aux locataires les plus en difficulté.Enfin, pour que les sommes considérables investies dans la rénovation énergétique atteignent leurs objectifs, il faudrait que les pouvoirs publics ne les considèrent pas uniquement comme un instrument de soutien au secteur du bâtiment. La mise en place d’un réel système de contrôle des travaux permettrait que ceux-ci bénéficient aux occupants des logements et servent l’intérêt général à travers la préservation du climat. Un changement de paradigme.

Faire de l’accès à l’énergie un droit constitutionnel

Pour la CGT, si l’accès à l’énergie est à ce point entravé aujourd’hui, c’est d’abord à cause de la confiance aveugle qui a été placée dans les prétendues vertus du marché. « Vingt ans de libéralisation du secteur ont abouti au doublement du prix du gaz, et à une hausse presque similaire pour l’électricité, souligne Fabrice Coudour, secrétaire fédéral FNME-CGT, chargé de l’action revendicative. Or, 10 % de hausse aboutissent à 400 000 personnes de plus en situation de précarité énergétique. » Pour contrer ce phénomène, le syndicat propose que l’accès à l’énergie devienne un droit constitutionnel, de revenir à des tarifs régulés, ou encore de passer à une TVA à 5,5 %, et non plus 20 % comme aujourd’hui. « En clair, il faut sortir l’énergie du marché, qui n’a eu que des effets délétères », insiste Fabrice Coudour.

 

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 06:43

 

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 13:13
Tribune de Fabien Roussel dans le Monde

Tribune de Fabien Roussel dans le Monde

Le 2 décembre 2021, dans le cadre de notre niche parlementaire, nous défendrons une proposition de résolution pour rendre inéligibles les individus condamnés pour incitation à la haine. Être élu est un honneur et une responsabilité qui implique de respecter les valeurs qui constituent le socle de notre modèle républicain.

Lire la tribune de Fabien Roussel au Monde

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 07:17
Retraites: pourquoi nos régimes spéciaux sont bénéfiques à tous? - Thierry Durand (CGT Cheminots), Benoît Teste (FSU), Catherine Mills (maîtresse de conférence)
Retraites. Pourquoi les régimes spéciaux sont-ils bénéfiques à tous ?
Mardi 9 Novembre 2021

Les libéraux présentent les statuts spécifiques comme étant défavorables à l’ensemble de la population et multiplient les idées reçues.  Benoît Teste, secrétaire général de la FSU ;  Catherine Mills, maîtresse de conférences honoraire, directrice de la revue Économie & Politique ; et Thierry Durand, secrétaire fédéral de la CGT cheminots, en charge de la protection sociale, nous expliquent pourquoi il importe au contraire de les défendre.

 

Ils compensent les inégalités face au travail

Benoît Teste, FSU. © Julien Jaulin/Hans Lucas

Benoît Teste Secrétaire général de la FSU

Défendre les régimes spéciaux de retraite fait partie de la lutte contre la régression néolibérale qui, prétendant agir au nom de l’égalité, vise en réalité un alignement vers le bas et au final la destruction de tout ce qui peut ressembler à un droit social.

Historiquement, les régimes spéciaux ont fait figure de modèle, servant de point d’appui tant pour conquérir la reconnaissance d’un droit à la retraite que pour obtenir la mise en place d’une couverture vieillesse généralisée à l’ensemble des actifs, à la Libération, puis son amélioration dans les années 1960-1970. Pionniers, créés pour certains dès le XVIIIe siècle (invalides de la marine, Opéra de Paris), particuliers à certains statuts (fonctionnaires) ou branches d’activité (chemins de fer, mines, industries électriques et gazières), ce sont des régimes par répartition, ils garantissent souvent un taux de remplacement élevé pour une carrière complète, et ils ne font pas ou très peu de distinction régime de base/régime complémentaire : pour l’essentiel, la pension servie repose donc sur le nombre d’années cotisées au régime en référence à un salaire de fin de carrière.

Ce sont aussi des régimes où, pour des raisons de sécurité (contrôle aérien, conduite de train), ou du fait de leurs sujétions particulières (dangerosité, horaires décalés), l’âge d’ouverture des droits peut être plus précoce. Ce dispositif est toutefois de plus en plus contrecarré par l’augmentation du nombre de trimestres requis et la mise en place de la décote.

Reproche courant : en offrant des niveaux de pension élevés – par exemple, la Cour des comptes chiffre la pension moyenne des nouveaux retraités à 2 636 euros brut à la SNCF –, ces régimes phagocyteraient les ressources des autres. Or, il faut se garder des comparaisons hâtives : les chiffres sont donnés pour un assuré qui justifierait d’une carrière complète, ce qui est loin de correspondre désormais à la réalité. Si l’on regarde les montants réels, les chiffres sont déjà moins spectaculaires, on n’est déjà plus qu’à 2 271 euros brut à la SNCF (Drees, 2019). Et s’ils peuvent encore paraître élevés au regard de la pension moyenne tous régimes confondus (1 474 euros par mois), il ne faut pas oublier qu’ils reflètent aussi des niveaux de qualification plus élevés.

Les besoins de financement de ces régimes sont en grande partie liés à des évolutions démographiques défavorables (certains régimes n’ont plus de cotisant.e.s), voire à des décisions politiques (la fin du recrutement sous statut, le gel du point d’indice et le développement de l’indemnitaire non pris en compte dans l’assiette des cotisations dans la fonction publique). Et certains de ces régimes spéciaux – notamment celui des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers – sont même contributeurs nets.

Qualifier de privilèges des régimes qui, grâce à leurs spécificités, contribuent mieux que les autres à compenser les inégalités face au travail et à donner un niveau de vie décent à leurs retraité.e.s, c’est chercher à diviser les travailleurs pour masquer la régression sociale que provoquerait pour tous, y compris ceux qui n’en relèvent pas, la suppression de ces régimes.

Un apport pour toute la société

Catherine Mills, économiste. © Joël Lumien

Catherine Mills Maîtresse de conférences honoraire, directrice de la revue Économie & Politique

Pourquoi cet acharnement contre les régimes spéciaux de retraite ? On les présente comme un boulet, invoquant même 42 régimes, alors qu’il y en a 9 au sens strict – on peut y ajouter les régimes de la fonction publique. Ce sont des régimes dont bénéficient les salariés de grandes entreprises publiques (SNCF, RATP), ou de branches comme celle des industries électriques et gazières (EDF, GDF). Ils ne représentent que 1,5 % des actifs et 3 % des retraités. Leur disparition n’apporterait aucune solution au financement global des retraites.

Leur histoire originale articule leurs conquêtes liées aux luttes et le besoin de développement du pays. La réponse aux luttes des cheminots ou des mineurs s’explique par l’importance de ces secteurs pour l’économie et la nécessité de fidéliser et de qualifier ces salariés. C’est aussi une réponse à la pénibilité, la fréquence des astreintes et les conditions de travail difficiles. Les régimes spéciaux jouent ainsi le rôle des dispositifs de préretraite des salariés du privé. La retraite est intégrée dans la négociation salariale, un certain niveau de retraite compensait le refus de relever les salaires. Ces régimes spéciaux ne calculaient pas la future pension sur une moyenne de vingt-cinq années mais le plus souvent sur la moyenne des six derniers mois (parfois sur le dernier mois de salaire).

Le financement des régimes spéciaux de retraite est assuré par des cotisations sociales des salariés et du patronat. Mais la baisse importante du nombre d’actifs explique que les cotisations ne couvrent plus complètement les prestations. Des subventions d’État et des transferts de recettes du régime général ou de certains régimes spéciaux comme celui des industries électriques et gazières assurent la compensation du déséquilibre démographique structurel de certaines caisses de retraite. Le régime général (Cnav) y contribue pour la moitié des ressources.

Détruire ces régimes spéciaux de retraite est une obsession libérale. Après les tentatives du plan Juppé en 1995-1996, qui se heurtent à une grève historique. Les réformes Fillon de 2003 et de 2010 concernent d’abord les régimes de fonctionnaires pour lesquels on aligne progressivement la durée de cotisation sur celle des salariés du privé (de 37,5 ans à 40 ans). Puis, tous les régimes (41 ans en 2012), avec la création d’une décote douloureuse. En 2010, ce sera le cas des établissements publics à caractère industriel et commercial. Mais la réforme Macron va beaucoup plus loin, c’est une attaque systémique avec la volonté de les faire disparaître dans le régime dit universel, en réalité unique. Cependant, la gravité de ces attaques serait contre-productive. La durée de cotisation serait portée à 172 trimestres, soit 43 ans, avec l’instauration d’une décote par trimestre manquant. On cherche à opposer les catégories de salariés les unes aux autres, au lieu de résoudre les vraies inégalités et le financement des retraites.

C’est la destruction de l’emploi et du service public, liée à la politique de l’État et des entreprises du secteur public, qui est le cœur de cette réforme et conduit à la catastrophe. Avec la réforme en cours, les recrutements ne se feront plus au statut.

Il faut passer des attaques contre-productives au besoin d’alternatives. La question fondamentale est celle de l’augmentation des effectifs cotisants. Des réformes novatrices pourraient harmoniser les régimes de retraite vers le haut, en élargissant les avancées sociales des régimes spéciaux de retraite à l’ensemble des métiers et salariés d’une branche, à l’ensemble des régimes. Les principes doivent être ceux de la répartition, à prestations définies, en garantissant le financement. Il s’agirait de prendre en compte les meilleures années de salaire, les années d’études, de reconnaître la pénibilité du travail avec un départ avant 60 ans à taux plein, ainsi que pour ceux qui ont commencé à travailler tôt. Cela permettrait d’améliorer la retraite minimale, la situation des précaires, des femmes, celle des familles, par exemple, en alignant les annuités pour enfants dans le public sur le privé.

Une réforme de progrès de ces régimes pourrait être un apport à toute la société, pour sortir de la crise systémique et marcher vers une nouvelle civilisation. Elle s’inscrit dans le besoin de développer les services publics, de renouveler la force de travail en quantité et en qualité, de sécuriser l’emploi et la formation.

[Catherine Mills a coordonné l’ouvrage « les Retraites, un bras de fer avec le capital », Delga, 2019.]

Élargir l’intervention de la Sécurité sociale

Thierry Durand, CGT cheminots. © Allaoua Sayad

Thierry Durand Secrétaire fédéral de la CGT cheminots, en charge de la protection sociale

La définition de la retraite pourrait être la suivante : le droit d’arrêter de travailler, à un âge donné, en conservant les moyens de vivre dignement et sans dégradation de son niveau de vie. Ces besoins, cette aspiration des travailleurs sont aussi anciens que le travail lui-même. C’est en ce sens que les premiers régimes de retraite ont été mis en place afin de fidéliser la main-d’œuvre. Des régimes pionniers, par répartition, se sont constitués avant la Seconde Guerre mondiale (fonctionnaires, cheminots, marins, mineurs…). Les droits de ces régimes reposent sur des conditions d’exercice particulières des métiers (pénibilité, contraintes du service public, déplacements…) et sont financés par des contributions spécifiques.

En parallèle, les régimes par capitalisation de retraites ouvrières et paysannes s’écroulent pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est dans ce contexte et au vu de cette expérience que le programme « Les jours heureux » du Conseil national de la Résistance envisage un « plan complet de Sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail ».

Le projet de Sécurité sociale se veut un système national poursuivant l’objectif de couvrir l’ensemble des travailleurs, y compris artisans, commerçants… Les non-salariés (artisans, commerçants, agriculteurs…) refusent cependant d’y être affiliés, pour ne pas cotiser pour les salariés. Ils demanderont finalement à y entrer dans les années 1950. On créera pour eux des régimes spéciaux (différents des régimes historiques) qui seront très rapidement déficitaires et compensés par le régime général des salariés.

L’unification des régimes se révèle donc impossible, s’y ajoutant le fait pour les salariés de mécanismes différents justifiés par des logiques de carrières différentes, mais également au regard du taux de remplacement (retraite) envisagé de 40 % à 65 ans, moins favorable que les prestations servies par les régimes historiques. Le choix est alors fait de maintenir les régimes dits « spéciaux », en attendant que la Sécurité sociale élève le niveau de ses prestations jusqu’au niveau des régimes préexistants. Le caractère « spécial » des régimes dits « spéciaux » réside donc dans le fait qu’ils diffèrent du régime général dans leur origine, leur construction, leurs mécanismes et dans leur financement.

De tout temps, le patronat s’est attaché à se dégager de ses obligations et à remettre en cause la Sécurité sociale, qui échappe à la spéculation et au capital.

L’âge de départ en retraite doit permettre de pleinement profiter de la vie après la vie professionnelle, ce qui sous-tend un état de santé le moins dégradé possible et un départ anticipé pour les professions exposées à des contraintes particulières. Le patronat, quant à lui, est tenté de considérer que l’âge retenu doit être celui auquel le salarié n’est plus en capacité de travailler…

Le régime spécial de retraite des cheminots est un régime dit « intégré », qui inclut, au sein d’un régime de base, les cotisations et prestations correspondant au régime de base + complémentaire. Les cheminots ont depuis toujours fait le choix de consacrer une part plus importante de la contrepartie de leur travail (cotisations sociales) à leur protection sociale : 47,22 %, contre environ 25,47 % régime général + retraite complémentaire Arrco.

Ce niveau de cotisations permet théoriquement de financer les droits spécifiques, mais pas le déséquilibre démographique actifs/retraités. Le régime spécial de retraite des cheminots compte, au 1er janvier 2021, 126 400 cotisants pour 246 400 pensionnés, dont 76 000 réversions. La suppression massive d’emplois cheminots décidée par les gouvernements successifs affecte le financement des pensions servies car les cheminots ne sont plus suffisamment nombreux pour financer les pensions des retraités actuels. À ce titre, l’État verse de son propre budget environ 3 milliards d’euros de contribution d’équilibre démographique pour financer les pensions des cheminots qui ont travaillé toute leur vie. Supprimer le régime spécial ne résoudrait donc rien à cette dette envers les retraités. Le supprimer, ce serait faire peser cette dette sur le régime général plutôt que sur l’État. Supprimer les régimes dits « spéciaux », c’est donc affaiblir encore davantage les pensions des salariés du régime général.

Le projet du patronat et de ses soutiens gouvernementaux ou parlementaires est de réduire le champ d’intervention de la Sécurité sociale pour ouvrir la porte aux assurances et autres institutions financières, et de remettre ainsi au goût du jour le principe de la capitalisation.

La réponse aux besoins de retraite repose au contraire sur la prise en compte des besoins généraux et des contraintes d’exercice spécifiques des métiers. C’est l’essence même du projet de Sécurité sociale !

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 07:13
« On dirait qu’ils veulent la mort du service public Pôle emploi » - Cécile Rousseau, L'Humanité, 4 novembre 2021
« On dirait qu’ils veulent la mort du service public Pôle emploi »
Jeudi 4 Novembre 2021 - L'Humanité

Avec la nouvelle réforme de l’assurance-chômage, les agents, en sous-effectif constant, craignent l’afflux de précaires toujours plus en détresse avec la perte de leurs allocations. Face à une situation déjà explosive, la direction de l’organisme se complaît dans le sécuritaire.

 

Les chômeurs trinquent et les conseillers de Pôle emploi sont sommés de temporiser. Alors que des milliers de chômeurs vont se retrouver victimes de baisses d’allocation dès le mois de novembre avec l’entrée en vigueur de la réforme de l’assurance-chômage, les agents appréhendent l’échéance qui se rapproche. « Ça nous inquiète tous, explique Élisabeth (1), conseillère depuis quinze ans dans une agence parisienne. Nous travaillons déjà en permanence dans une situation d’urgence. Mon emploi du temps est tellement plein que je ne peux pas donner de rendez-vous aux chômeurs avant le 22 novembre. Depuis la rentrée, nous avons également eu affaire à une recrudescence des incivilités sans trop savoir pourquoi. Nous avons lancé une pétition sur ce point. »

La pénalisation des intérimaires

L’année 2021 a été éprouvante au sein de l’établissement public. Le meurtre d’une conseillère de Pôle emploi le 28 janvier dernier à Valence (Drôme) reste un vif traumatisme. Partout, la charge de travail et la souffrance continuent d’aller crescendo, alors que le gouvernement ne cesse de brandir des chiffres du chômage à la baisse. Pour les agents d’indemnisation, devoir démêler ces nouvelles règles faisant perdre des droits à 1,15 million de chômeurs entrant dans le ­système la première année est donc la goutte d’eau. « Nous avons suivi une formation il y a un an et demi, puis des ­piqûres de rappel. Mais beaucoup de salariés sont en colère, ils trouvent la réforme supercompliquée et ont peur de devoir annoncer aux usagers qu’ils vont perdre pour certains 300 euros par mois, souligne Sofyen Ben Mahmoud, conseiller indemnisation à Vincennes (Val-de-Marne) et élu SNU au conseil économique et ­social central (Csec). Les agents de placement, eux, ont seulement reçu une formation en e-learning de deux heures. Ce qui est très dangereux car ils se retrouvent plus souvent à l’accueil que nous. »

Dans la plupart des agences de Pôle emploi en Île-de-France, l’accueil dédié à l’indemnisation a en effet disparu. Pour ces techniciens de l’assurance-chômage, la philosophie même de cette convention pose problème : « Nous devons intégrer dans le calcul de l’allocation les jours non travaillés, ce qui est une absurdité totale et profondément injuste, s’indigne-t-il. Nous allons pénaliser les intérimaires et les personnes alternant les petits contrats. » Hasard du calendrier, ce plan percute la généralisation du conseiller référent indemnisation (CRI). Les demandeurs d’emploi pourront désormais connaître son nom et auront un accès direct. Pour ces agents quatre fois moins nombreux que leurs collègues du placement, la charge va devenir ingérable. « L’automatisation devait soi-disant faire disparaître notre métier mais, comme le prestataire de Pôle emploi est toujours aussi mauvais dans la saisie des bulletins de salaire, nous devons repasser derrière, ce qui nous fait perdre un temps phénoménal. Sans compter qu’il faut répondre au 39 49 (numéro d’appel de Pôle emploi – NDLR)… » égrène Sofyen Ben Mahmoud.

À l’accueil des agences, où les personnels en service civique et en CDD sont nombreux, la crainte d’une explosion des tensions est forte. Pour l’instant, la seule réponse de la direction a été d’annoncer le 30 septembre dernier la commande pour l’Île-de-France de 695 bracelets permettant de déclencher l’alerte en cas de danger et d’une centaine de boîtiers munis d’une sirène et d’un flash. « Les incivilités ont certes augmenté de 37 % entre 2019 et 2021 mais les menaces de tentative de suicide des chômeurs ont, elles, bondi de 166 % en Île-de-France ! Plutôt que de stigmatiser les demandeurs d’emploi comme violents, la direction ferait mieux de recruter, estime Francine Royon, représentante régionale de la CGT. Nous avons demandé l’abandon de ces dispositifs car nous pensons qu’ils vont encore aggraver les choses. »

Pressions pour tenir les objectifs

Une étude menée par la CFDT entre le 12 avril et le 15 juin auprès de 327 agents d’accueil majoritairement issus de Pôle emploi a confirmé ce niveau de malaise. 29,5 % des agents trouvent les relations avec les usagers tendues ou agressives. 42,3 % jugent leur équipe désabusée et 66 % estiment leur charge mentale trop lourde. « Les violences dans les accueils et le drame de Valence nous ont poussés à poser ces questions, souligne Cyril Peltriaux, secrétaire général adjoint de la fédération protection sociale, travail, emploi à la CFDT. Il y a une perte de sens au travail. Nous n’avons jamais eu les effectifs suffisants pour répondre correctement aux besoins des chômeurs. Avec l’entrée en vigueur de la réforme, nous allons donc relancer cette enquête. »

Faisant fi de ce contexte troublé, le gouvernement a en plus annoncé l’arrivée de 1,4 million de demandeurs d’emploi en formation en 2022. Les conseillers doivent convoquer un maximum de chômeurs de longue durée d’ici au 31 décembre. « Les plans nous tombent dessus en permanence alors qu’il n’y a pas de boulot pour les demandeurs d’emploi, on dirait qu’ils veulent la mort du service public, constate Yoan Piktoroff, agent à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et délégué syndical CGT Île-de-France. Sur 1 million d’offres disponibles sur le site de Pôle emploi, seules 8 % sont des CDI à temps plein. » Dévastateur pour les demandeurs d’emploi, le Covid a également bouleversé le quotidien des conseillers. Si la majorité reste au moins deux jours par semaine en travail à distance, c’est aussi pour s’extraire de la pression des managers et des objectifs à tenir. Dans l’agence d’Aubervilliers, c’est le cas de 75 personnes sur un total de 80. « Comme les conditions de travail se dégradent et que les temps de transport sont longs, la plupart préfèrent être chez eux », précise le syndicaliste.

Face à cette situation explosive, les postes supplémentaires espérés dans le projet de loi de finances ne sont pas arrivés : « Nous devrions avoir 53 équivalents temps plein en moins pour 2022 alors que nous sommes en pleine crise économique et sociale, dénonce Guillaume Bourdic, élu CGT au CSE central de Pôle emploi. Il faudrait mettre le paquet en termes de moyens humains sur l’accueil et l’indemnisation, recruter en CDI, mais la direction préfère miser sur une logique sécuritaire. Ils demandent même aux agents de porter une attention à la problématique de la ­radicalisation… Cette culture de la sûreté est en train d’être généralisée au détriment du suivi des usagers. »

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 06:38
COP 26 de Glasgow - dernière chance pour le climat? - Pierre Laurent
#COP26Glasgow : dernière chance pour le climat ?
Jusqu'au 12 novembre, se tient à Glasgow la COP 26, où chefs d’états et de gouvernements des 191 pays signataires de l’accord de Paris auront l’occasion d’afficher leurs nouvelles ambitions pour la planète.
Cette COP 26 s’est ouverte dans un contexte climatique alarmantet alors que l’Humanité n’a jamais été dans une situation aussi menaçante. Le rapport du GIEC d’août dernier prévoit une hausse des températures de 1,5 °C pour 2030, soit une décennie plus tôt que la précédente estimation publiée il y a 3 ans. D’autres scénarios présentés par le GIEC, beaucoup plus pessimistes, prévoient quant à eux un réchauffement compris entre 3,3 et 5,7 °C.
Ces modifications climatiques, sous-tendant des conséquences environnementales, peuvent avoir des impacts sur la sécurité nationale des Etats, en fragilisant leurs territoires, leurs populations ou leurs organisations. Elles peuvent également avoir des conséquences importantes sur la sécurité internationale. Certes, il est très rare qu’un problème environnemental soit directement lié à un conflit, mais il est clair qu’il contribue à l’instabilité de la zone.
Parmi un millier d’autres, prenons l’exemple du Lac Tchad. Soumis à une sécheresse importante, il laisse place aujourd’hui à des zones humides exploitées par l’agriculture. Les villages de pêcheurs nigérians se trouvant au bord du lac subissent de plein fouet la sécheresse, qui les conduit à se déplacer vers le Cameroun, où se développent des tensions avec les populations locales. Lorsque la faim, la soif et la recherche de moyens de subsistance frappent les être humains, il n’y a plus ni frontières ni raison qui tiennent, provoquant inéluctablement des problèmes géopolitiques.
Cette même étude du GIEC prévoit une élévation du niveau de la mer d’un mètre d’ici 2100, voire de 2 mètres dans les pires scénarios, en raison de l’incertitude liée aux calottes glaciaires. Cela suppose d’incessantes modifications et contestations territoriales. La montée des eaux pourrait ainsi, dans certains cas, mettre en péril la permanence d’un Etat en le privant, purement et simplement, de son territoire. Certains Etats du Pacifique achètent déjà d’autres territoires, à l’instar des Maldives.
La montée des eaux mènerait également à une modification importante du périmètre des Zones Economiques Exclusives. Par exemple dans la zone Arctique où, du fait de la fonte des glaces, s’ouvrent de nouvelles perspectives d’exploitation et d’extraction, avec les tensions et la concurrence que cela sous-tend.
Par conséquent, il est indispensable de prendre des mesures fortes et contraignantes contre le réchauffement climatique, afin de prévenir les conflits de demain.
Ce diagnostic sur le réchauffement climatique et la responsabilité de l’être humain dans ce dernier est aujourd’hui très largement partagé, au-delà des différences politiques. Pourtant, les solutions pour y répondre sont diverses et nous, communistes, pensons que certaines d’entre-elles, mises en avant par les libéraux, concourent même à l’aggravation du phénomène.
Ainsi, nous assistons à une nouvelle offensive du monde économique en matière de « greenwashing ». Nombre d’entreprises, en développant une rhétorique de la « décarbonisation » compatible avec leur modèle de croissance, évitent ainsi de parler de « défossilisation » comme le dénonce le chercheur et militant Maximes Combes dans son ouvrage « Sortons de l’âge des fossiles ».
Le meilleur exemple de cette supercherie reste le « marché du carbone ». L’impasse fondamentale du capitalisme se définit comme suit : à chaque problème, un prix. Les pays ayant de trop fortes émissions carboniques sont invités à « compenser » leur niveau de pollution en versant de généreuses contributions aux pays à faibles émission. Cet entêtement dans le modèle libéral, sans aucune remise en question de nos modes de productions, des impacts sociaux et écologiques, est irresponsable. Plutôt que de contourner l’enjeu climatique, nous serions mieux inspirés de réfléchir à des changements dans nos mobilités, nos modes de consommation, nos logements, nos systèmes de production, notre système alimentaire…
C’est bien l’aspect systémique de la question que je souhaite poser ici. Il est primordial de rester lucides sur les premiers responsables du réchauffement climatique. De la même manière que en 2008, où l’on a voulu faire porter la responsabilité de la crise sur le surendettement des travailleurs alors même que le coupable était le système spéculatif, les libéraux tentent de culpabiliser les modes de consommation des gens ordinaires, afin d’éluder une fois de plus la nécessité d’une bifurcation économique.
Pourtant, la Convention citoyenne pour le climat, constituée d’un panel citoyen représentatif de la population française, avait débouché sur des propositions de mesures contraignantes, à la fois pour l’Etat mais aussi pour les consommateurs. Voilà bien la preuve que les citoyens peuvent accepter de s’engager dans la construction d’une société durable, sociale et responsable, lorsque celle-ci est basée sur un processus véritablement démocratique, dans lequel les règles sont les mêmes pour tous.
C’est véritablement un des enjeux majeurs des prochaines années : la délibération collective, le dialogue sont indissociables du déploiement de solutions techniques pour faire face au changement climatique. Sans pression citoyenne et populaire, sans actes démocratiques forts dans chacun des Etats et au plan international, aucune COP, aussi ambitieuse soit-elle, ne pourra se mettre réellement au niveau du défi climatique. Et aucun peuple n’acceptera de s’engager dans des changements aussi profonds de son mode de vie.
Face au changement climatique, la démocratie reste notre meilleure arme.
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