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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 07:37
Face à la crise, les alternatives de gauche marquent des points. Un Sondage exclusif pour la Fête de l'Humanité (L’HUMANITE - Vendredi 11 Septembre 2020 - Julia Hamlaoui)
Face à la crise, les alternatives de gauche marquent des points. Un Sondage exclusif pour la Fête de l'Humanité (L’HUMANITE - Vendredi 11 Septembre 2020 - Julia Hamlaoui)

Tout le week-end, la Fête de l’Humanité autrement multipliera les débats pour des réponses de progrès à une crise sanitaire, économique et sociale inédite. Dans ce contexte, la 7e vague de notre baromètre annuel Ifop « Être de gauche aujourd’hui » émet une série de propositions qui suscitent une large adhésion. DÉCRYPTAGE.

Les promesses d’un « jour d’après » tournant la page d’un monde qui marche sur la tête n’y ont rien fait. À l’heure du plan de relance « pro business » de l’exécutif, le peuple de gauche est moins dupe que jamais. Et certaines de ses idées marquent même des points. C’est ce que révèle notre baromètre annuel Ifop, publié depuis sept ans à l’occasion de la Fête de l’Humanité.

 

 

 

 

Après une rentrée estampillée « sécurité »

La politique conduite par Emmanuel Macron est ainsi jugée de droite par 80 % des personnes de gauche interrogées, soit 5 points de plus que l’an dernier quand s’amorçait la mobilisation sociale contre la réforme des retraites. La rentrée estampillée « sécurité » et « lutte contre les séparatismes » de l’exécutif, à l’instar du séminaire gouvernemental de mercredi dernier, n’y est pas pour rien. C’est sur ce terrain que les clivages droite-gauche demeurent les plus marqués. Le droit de vote des résidents étrangers, par exemple, est soutenu à 65 % à gauche (+ 3 points par rapport à 2019) contre 33 % à droite.

« Mais en rester là serait réducteur, car le clivage se retrouve aussi sur le plan économique », observe Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l’Ifop. L’idée que l’État doit « donner plus de liberté aux chefs d’entreprise » trouve un écho favorable à gauche à hauteur de 47 % (56 % en 2014), contre 74 % à droite. Un écart de 24 points existe aussi sur la possibilité pour les chômeurs de « trouver du travail s’ils le voulaient vraiment » entre la droite (69 % de sondés d’accord) et la gauche (45 % tout de même, malgré une chute de 8 points depuis l’année dernière). Les sympathisants de droite sont également 62 % à soutenir un retour de la réforme des retraites avant la fin du quinquennat. Au total, le clivage gauche-droite reste bel et bien valide pour 71 % des sondés de gauche (contre 62 % en 2014).

Plusieurs éléments indiquent de surcroît un possible rebond

La gauche n’est, cependant, pas au mieux de sa forme : la part de ceux se positionnant à gauche tombe à 42 % (47 % pour la droite et 11 % pour l’extrême droite). Cette proportion montait à 44 % l’an passé et à 48 %, au plus fort, en 2016. « L’identité de gauche existe bien mais elle est attaquée, clairement “challengée”. C’est le reflet du fond de l’air actuel, avec un traitement médiatique très marqué sur les questions identitaires et sécuritaires », estime le politologue de l’Ifop. « Cela reste un socle très fort, note-t-il cependant. Le total gauche aux européennes, le dernier scrutin à dimension nationale, était de 30 %. » Plusieurs éléments indiquent de surcroît un possible rebond. 79 % des concernés estiment ainsi que « la gauche peut défendre ses idées et principes sans se renier si elle est au pouvoir » (+ 2 points par rapport à 2019). Et 71 % se disent désormais « fiers de se revendiquer de gauche ». Avec 14 points de mieux qu’en 2014, le spectre du quinquennat Hollande et son cortège de déceptions s’éloignent.

Mieux, certaines de ses idées irriguent la société. Sur le plan des valeurs (la liberté, la solidarité, la protection de l’environnement forment le trio de tête à gauche), la crise sanitaire n’y est pas pour rien. « C’est une petite victoire dans le contexte macronien, relève Frédéric Dabi : le Code du travail est salué par tout le monde (76 % d’opinions positives) mais aussi les services publics, avec un écart de perception qui a quasiment disparu entre l’ensemble des Français (68 %) et la gauche (73 %). » En miroir, la perception négative de la mondialisation progresse aussi.

Face aux conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire, l’exécutif, lui, ne fait pas recette. 60 % des Français (63 % à gauche) ne font pas confiance à Emmanuel Macron et au gouvernement de Jean Castex pour y remédier. En revanche, certaines propositions pourraient constituer des points d’appui pour la gauche. Alors que le gouvernement avec son plan de relance a passé sous silence cette question, 89 % des Français (90 % à gauche) estiment que les aides publiques accordées aux entreprises doivent avoir des contreparties environnementales et sociales. La même proportion juge qu’il « faut que les richesses ne soient pas accaparées par une minorité »« Ces idées défendues par la gauche vont bien au-delà de ses rangs », souligne le directeur adjoint de l’Ifop.

Le top trois des « priorités »

Avec la crise sanitaire, à gauche, le top trois des « priorités » porte sur une « meilleure redistribution des richesses » (59 % de citations), la « revalorisation des salaires » (42 %) et « la protection de l’environnement » (42 %). Mais la question sociale revient en force. Sur les sujets sur lesquels il est le plus urgent d’agir, les plus fortes progressions par rapport à l’année dernière reviennent à la lutte contre le chômage (+ 5 points) et la lutte contre la pauvreté (+ 3), au détriment notamment de la lutte contre le dérèglement climatique (– 6). L’idée de prioriser la « réduction de la dette » chute elle aussi, avec 60 % de sondés d’accord, contre 74 % en 2015.

Si 70 % d’entre eux jugent possible de mettre en place une politique correspondant à leurs attentes, reste à en trouver le chemin. À l’instar de l’appel lancé mercredi par des élus de différentes formations (PS, PCF, FI, EELV…) en vue des prochaines régionales dans le Nord, le rassemblement est au cœur des débats pour les échéances de mars prochain mais aussi de 2022. Pour les personnes de gauche interrogées par l’Ifop, les choses sont claires sur ce point : 71 % se prononcent en faveur d’une candidature unique dans ce camp (79 % chez les sympathisants de FI, 77 % de ceux du PCF, 73 % pour ceux d’EELV, et 88 % pour Génération.s et le PS). « On n’a pas été au-delà sur les différents scénarios possibles de candidats et l’incarnation pose problème, reconnaît Frédéric Dabi, mais cela montre l’envie d’une vraie politique de gauche. » Un premier pas, déjà décisif.

 

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 07:34

 

ENTRETIEN. Crise sanitaire, plan de relance, explosion du chômage, réforme des retraites… Le secrétaire général de la CGT revient sur une rentrée au contexte inédit, en attendant la mobilisation du 17 septembre.

Alors que la rentrée sociale, aussi, se fait dans un contexte particulier, la CGT appelle, partout en France, à des mobilisations, le 17 septembre. Son secrétaire général, Philippe Martinez, met en garde contre la violence d’une deuxième vague sociale. Il plaide pour la conditionnalité des aides publiques aux entreprises et la mise en place de mesures de protection pour les plus précaires.

 

Nous venons de vivre une séquence exceptionnelle, au sens premier du terme. Avec un peu de recul, quel regard portez-vous sur cette crise sanitaire et ses conséquences sur le monde du travail ?

PHILIPPE MARTINEZ Cette pandémie aura des répercussions sur l’avenir. En bouleversant profondément le fonctionnement du pays, elle nous a aussi confortés sur un certain nombre de sujets. Elle a révélé, par exemple, le besoin criant d’indépendance industrielle en matière de santé, de fabrication de masques et de médicaments. Elle a aussi éclairé le malaise des personnels à l’hôpital, qui se battent depuis plus de 18 mois pour le service public, exigeant plus de moyens humains et financiers. L’affluence extraordinaire dans les hôpitaux leur a donné raison. Cette crise sanitaire nous a également confortés sur la question de notre modèle social, très décrié par les gouvernements successifs et le patronat, et qui, même en ayant été abîmé, a agi comme un amortisseur indispensable. Enfin, ce virus a été un grand révélateur de tous les maux du monde du travail. Le rapport du salarié à son propre travail a évolué. On a vu émerger tous ces travailleurs indispensables au fonctionnement du pays et qui pourtant sont payés au Smic.

L’organisation du travail a été bouleversée, les collectifs de travail ont souffert et le confinement a isolé nombre de salariés. Mais, cette période a aussi eu pour conséquence de reposer la question de la réduction du temps de travail et de notre rapport à l’environnement et à la planète.

 

Le gouvernement a mis en place, dès le début du confinement, un plan d’action d’urgence, en généralisant le chômage partiel, en octroyant des aides aux entreprises… À l’heure où la deuxième vague sociale s’annonce d’une ampleur inédite, que faudrait-il mettre en œuvre pour éviter des plans de licenciement massifs ?

PHILIPPE MARTINEZ Malheureusement, nous pressentons que les vieilles méthodes vont à nouveau être privilégiées. La réponse politique va se borner à l’accroissement des aides aux entreprises sans jamais poser la question de leur contrôle. L’État a donné 5 milliards d’euros à Renault en oubliant que, l’année dernière, le groupe avait versé 1 milliard à ses actionnaires. Dans la foulée, le constructeur licencie plusieurs milliers de salariés. Il faut raisonner en filières. Sur la question du chômage partiel, il convient d’emblée de relativiser le nombre de salariés qui en ont bénéficié. Muriel Pénicaud annonçait 12 millions d’euros, nous sommes plus près des 5 millions. Cela dit, c’est un système qui fait ses preuves en temps de crise. Reste que, même si la CGT a toujours revendiqué le paiement à 100 % des salaires pour les travailleurs au chômage partiel, en réalité, beaucoup vivent maintenant en perdant, chaque mois, 16 % de leur rémunération. Cela pèse sur un budget familial. Dans ce contexte, il faut contrôler les aides versées aux entreprises. Ensuite, il convient de prendre des mesures sociales. Car, même les aides à l’emploi des jeunes sont en réalité des aides aux entreprises.

À la CGT, nous revendiquons que chaque jeune qui aurait été embauché grâce à ce dispositif obtienne, in fine, un CDI. C’est une des grandes leçons de cette crise. Ceux qui ont souffert les premiers de la situation sont les plus précaires et les intérimaires. Ils représentent les 700 000 premiers chômeurs de cette crise. Augmenter le contrôle des aides publiques aux entreprises, c’est aussi renforcer le contrôle exercé par les salariés en donnant plus de droits à leurs représentants, comme le droit de veto. Pour toutes ces raisons, nous préférons parler de la nécessité d’un plan de rupture, plus que d’un plan de relance.

 

L’exigence d’un plan de rupture, c’est aussi le sens de votre appel à la mobilisation, le 17 septembre ?

PHILIPPE MARTINEZ Oui. Nous voulons à la fois porter la préoccupation des salariés, au plus près, dans les entreprises, mais également dégager des perspectives et des alternatives pour l’avenir. Bien sûr, pour les militants, sur le terrain, la situation n’est pas facile, mais c’est le rôle d’un syndicat que d’être sur ces deux fronts.

 

Comment expliquez-vous que toutes les organisations syndicales ne se soient pas jointes à votre appel ?

PHILIPPE MARTINEZ Les différences qui existaient avant la crise existent toujours. Elles sont profondes pour certaines, comme avec la CFDT qui considère que les choses se règlent à l’échelle de l’entreprise. Quant à Force ouvrière, elle n’appelle pas directement mais sa déclaration est en phase avec ce que nous portons.

Les cas de répression antisyndicale se multiplient. La situation en la matière s’aggrave-t-elle, selon vous ?

PHILIPPE MARTINEZ Oui, cela va crescendo. Après la bataille des retraites, nous avons assisté à une sorte de règlement de comptes de la part des directions et du gouvernement. Ce qui se passe à la RATP en est un bon exemple. Un agent a été licencié, avec l’aval de la ministre du Travail, Élisabeth Borne, ancienne directrice de la RATP. Et puis, il y a le cas extrême d’Anthony Smith. Voilà un inspecteur du travail qui, en mars, s’est battu pour que des salariés soient protégés et, aujourd’hui, alors que le gouvernement impose le port du masque, Anthony Smith est muté à 200 kilomètres de chez lui. Il devrait plutôt avoir une médaille.

 

 

 

En parlant de port du masque, est-ce une réponse suffisante pour assurer la sécurité des salariés ?

PHILIPPE MARTINEZ Il faut des règles nationales. Et il faut savoir les adapter en fonction de la réalité du terrain. Le port du masque est une chose importante – avec des masques adaptés et en quantité suffisante. Mais il faut l’aménager, en mettant en place des temps de pause qui permettent aux salariés de respirer. Quel que soit leur métier. Nous l’avons proposé lors des discussions sur le protocole de rentrée. Cela nous a été refusé. Dès que l’on s’attaque à l’organisation du travail, le patronat s’y oppose.

 

Le télétravail doit-il aussi s’insérer dans un cadre national ?

PHILIPPE MARTINEZ Oui, il faut un accord national. Mais, sur cette question, le gouvernement joue sur du velours. Il nous demande de nous mettre d’accord en sachant pertinemment que le Medef refuse tout accord national. Ce qui lui permettra, à l’instar de l’assurance-chômage, de reprendre la main à terme. Un accord sur le télétravail existe déjà, il faut l’améliorer. Sinon, nous allons voir se reproduire les situations que nous avons connues pendant le confinement. À la CGT, nous revendiquons la mise à disposition de matériel pour les salariés en télétravail et le remboursement des frais inhérents, l’encadrement des horaires de travail avec le strict respect du droit à la déconnexion, mais également que chaque salarié conserve, dans son entreprise, un poste de travail, car le télétravail ne peut pas se faire 5 jours sur 5. Le collectif de travail, c’est essentiel.

 

Retraites, assurance-chômage, dépendance… cette rentrée sociale voit aussi revenir sur la table des négociations des réformes mises de côté pendant la crise sanitaire. Y a-t-il une « méthode Castex » ?

PHILIPPE MARTINEZ Il y a des discussions, mais qui demeurent floues. La mise en œuvre de la réforme de l’assurance-chômage est renvoyée à plus tard et, sur la question des retraites, il n’y a pour l’heure ni échanges formels ni calendrier établi. Seul le Medef a fait savoir qu’il voulait que le sujet soit traité avant 2022. En parallèle, il y a aussi des négociations sur la santé au travail et le sujet du télétravail, qui a émergé ces derniers mois. Quant à la méthode Castex, il répète qu’il discute avec les organisations. Reste que le plan de relance s’est fait sans nous. Il ne faut pas confondre dialogue social et monologue social. Ce n’est pas parce qu’on se téléphone que l’on est écouté. Pour autant, c’est évident qu’il a donné consigne à ses ministres de « garder le contact », comme on dit.

 

Au sujet de la réforme des retraites, son report est-il à mettre au crédit de la mobilisation sociale exceptionnelle que nous avons connue l’hiver dernier ?

PHILIPPE MARTINEZ À tous ceux qui disent aujourd’hui que la crise sanitaire a eu pour conséquence de stopper le processus d’adoption de cette réforme, je leur rappelle que, sans mobilisation sociale, le texte aurait été adopté bien avant le confinement. Elle a donc été essentielle. Bien sûr, nous ne pouvons pas dire que c’est une victoire totale. Cette réforme reste sur la table et Macron en fait même une question d’honneur. Il veut pouvoir se représenter en 2022 en s’affichant comme celui qui a fait ce qu’il avait promis. Pour autant, tout ce que nous avons expliqué à l’époque a permis l’émergence d’un véritable débat national autour de la question des retraites. Nous avons eu raison de nous battre et l’actualité le confirme. J’ai posé mille fois la question sans avoir de réponse : à l’heure où le chômage explose, comment expliquer que c’est en faisant travailler plus longtemps ceux qui ont un emploi que nous parviendrons à libérer des postes pour ceux qui n’en ont pas ? Idem sur la question du financement de notre système de retraite.

Avec des plans d’exonération en tout genre, la stratégie du gouvernement consiste à couper le robinet du financement pour venir expliquer, ensuite, qu’il n’y a plus d’argent. Dans un tel contexte, se posera tôt ou tard la question de la tenue d’une contre-conférence sociale, comme nous l’avions initialement prévu avec plusieurs autres organisations syndicales, Force ouvrière et CFE-CGC comprises. Oui, il faut un débat. Nous avons un modèle social, il faut le financer. Mais, pour l’instant, honnêtement, je crois que la préoccupation des salariés est ailleurs. Comment aller parler réforme des retraites aux salariés d’Alinéa, à ceux de TUI France, de la filière automobile ou aéronautique ?

 

Au chapitre de la santé, considérez-vous que le Ségur ait permis de solder la longue lutte des personnels hospitaliers ?

PHILIPPE MARTINEZ C’est évident que, du point de vue du gouvernement, la parenthèse est refermée. Mais, pour les agents, rien n’est réglé. Le compte n’y est pas. Les salariés ont obtenu des avancées grâce à leur mobilisation et parce que la crise sanitaire leur a donné raison. Mais le sujet est loin d’être clos et les mobilisations, d’ailleurs, repartent dans plusieurs établissements. Il manque encore au service public hospitalier des milliers d’emplois, la question des hôpitaux de proximité demeure entière et les Ehpad sont toujours dans une situation très compliquée. Quant aux aides à domicile, elles n’ont rien obtenu.

 

La lutte des soignants – comme d’ailleurs le confinement – a reposé très fortement la question des salaires. Est-ce le sujet central ?

PHILIPPE MARTINEZ C’est un débat que nous devons imposer partout. Aujourd’hui, on voit se multiplier dans les entreprises les accords de performance collective par lesquels on impose en réalité aux salariés de perdre du salaire pour conserver leur emploi. Quant aux « premiers de corvée », ils sont payés aujourd’hui comme ils l’étaient en février. Augmenter les salaires, c’est un acte politique qui commence par augmenter le Smic. Car, quand on élève le niveau du plancher, on élève mécaniquement celui plafond.

 

Estimez-vous que les propositions conjointes que vous avez formulées avec le collectif Plus jamais ça ont permis de mettre en cohérence les enjeux sociaux et environnementaux ?

PHILIPPE MARTINEZ Nous avons créé des liens avec les ONG. C’est une bonne chose. Jusqu’à présent, on ne se parlait pas et même, parfois, nous sommes tombés dans les pièges tendus pour nous opposer : soit la planète, soit le travail. Dans le cadre du débat autour du plan de relance, on peut désormais porter des projets conjointement. C’est le cas, par exemple, du transport ferroviaire, où l’on comprend bien que l’exigence environnementale de développer le rail nécessite de renforcer l’emploi public SNCF et de préserver les compétences des cheminots, mais aussi de renforcer notre production industrielle de wagons pour le fret ou de rails, ce qui implique d’être attentif à la filière de la sidérurgie.

La même analyse peut être portée sur la filière bois, en rapport avec la nécessaire isolation thermique des bâtiments ou, plus généralement, sur la relocalisation industrielle qui permet de garantir une production en circuit court. Des entreprises comme la papeterie Chapelle Darblay ou Luxfer sont en ce sens symboliques. Elles sont fermées alors qu’elles répondent précisément à cette double exigence sociale et environnementale. Mais, en face, nous avons un gouvernement qui se montre bien plus attentif à la fusion entre Veolia et Suez, une opération purement capitalistique, sans aucun intérêt, ni pour les citoyens, ni pour la planète.

Entretien réalisé par Stéphane Guérard

 

 

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 10:29
Allégement des sanctions contre l'inspecteur du travail Anthony Smith: ce n'est qu'un recul, continuons le combat!

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 05:38

Avant la Covid-19, le télétravail était en forte croissance mais ne concernait qu’une minorité de salarié·e·s : 7,2 % contre 3 % en 2017 (1). Avec le confinement, et dans le cadre du travail à domicile, il s’est massifié, bondissant à plus de 24 % des salariés (2).

 

 

Cette croissance fulgurante cache de profondes inégalités territoriales (absence de la fibre, du très haut débit, zone blanche...), sociales, de sexe, de situation familiale, de taille de logement… et d’importantes mutations du travail au travers de ce qu’on appelle « l’entreprise étendue » mais confinée. Si le télétravail a été plus important en Île-de-France, chez les cadres et dans les grandes entreprises, il n’en a pas moins touché la plupart des postes de travail épargnés par le chômage partiel et n’impliquant pas du présentiel.

Dans l’enquête UGICT-CGT, 65 % des salarié·e·s ont eu un équipement informatique de l’entreprise et 63 % un encadrement. Mais seuls 22 % des salarié·e·s ont bénéficié du droit à la déconnexion, 18 % de la définition stricte d’horaire de travail, 17 % d’une réduction des horaires et du volume de travail en raison d’enfants à la maison, 16 % d’une prise en charge des frais de connexion, de téléphone… 23 % n’ont eu aucune aide de leur entreprise. Or ces carences sont contraires au Code du travail.

Le regard que portent les salarié·e·s sur le télétravail est contrasté. S’ils reconnaissent que cela leur évite de perdre une partie de leur vie dans les transports, s’ils pensent que cela leur permet d’équilibrer leur vie familiale (64 %) et de fuir les « open space », ils considèrent aussi que cela les isole (74 %), diminue leur sentiment d’appartenir à un collectif de travail (53 %) et fait sauter la séparation entre vie professionnelle et privée déjà mise à mal par l’usage du numérique connecté.

50 % des femmes, 64 % des mères soulignent les difficultés dues aux collisions entre vie familiale et vie professionnelle en télétravail, auxquelles s’ajoute l’explosion des violences conjugales.

55 % des télétravailleurs du confinement souhaitent continuer ce mode de travail au moins partiellement, il s’agit des femmes (57 %), des salariés du privé (62 %), des employés (62 %), des Franciliens (61 %) et des parents d’enfants mineurs (57 %). 43 % redoutent que leur patron s’y oppose.

La réalité de télétravail a été aussi faite d’intensification et d’augmentation du temps de travail, de renoncement à la pause déjeuner pour 51 % des télétravailleurs, de conditions de travail dégradées faute d’espace dédié chez soi et de mobilier approprié, de douleurs physiques, psychiques et de fatigues inhabituelles. Les salarié·e·s ont été noyé·e·s par un flux d’informations souvent inutiles et contradictoires. 76 % des télétravailleurs regrettaient leur bureau à l’entreprise. Le temps économisé sur les transports fut principalement consacré au travail, à la cuisine, à dormir, et plus marginalement aux enfants, aux tâches domestiques, au sport et aux loisirs (3).

Le télétravail, dans le contexte du confinement, a créé des divisions entre les salarié·e·s : Entre télétravailleurs et ceux qui étaient présents sur leur lieu habituel de travail et exposés au virus. Mais aussi entre ceux qui avaient une connexion et un équipement performant, un espace isolé dédié au télétravail, peu de contraintes familiales et domestiques, une formation aux outils numériques et les autres. L’égalité d’accès sur tout le territoire aux services numériques à très hauts débits devient une question cruciale qui ne peut être abandonnée aux opérateurs privés de télécom et au marché.

Le fait que dans le Code du travail le télétravail reste encore trop assimilé à du travail à domicile, sans prendre l’impact du numérique, et l’absence d’accords d’entreprises ou de branches ont permis nombre d’abus et de fraudes de la part du patronat.

Une généralisation totale du télétravail est utopique. Même si un poste de travail peut théoriquement passer à 100 % en télétravail, une entreprise n’est pas qu’une somme de postes de travail : c’est un collectif de travail qui coopère et se coordonne, ce sont des réseaux formels et informels, ce sont des encadrements et des interactions humaines qui ne peuvent pas que passer par des artéfacts numériques. L’intensification du travail subie par les salariés en télétravail est loin d’être gage de meilleure productivité ou de meilleure qualité du travail.

43 % des télétravailleurs (4) du confinement ont ressenti un sentiment d’autonomie, de liberté par rapport à leur condition de travail et management habituel. Cependant, avant le confinement les salarié·e·s étaient moins demandeurs de télétravail à domicile que de télétravail dans des tiers lieux de co-travail évitant l’isolement et permettant une entraide qu’on ne trouve plus toujours dans le collectif de travail de l’entreprise en raison des pratiques de management. Ne plus consumer une partie de sa vie dans les transports, éviter l’angoisse d’arrivée à temps pour récupérer ses enfants à la crèche ou à la sortie de l’école a été vécu par les salarié·e·s en télétravail comme un réel gain en qualité de vie. N’oublions pas qu’à partir des années 70, l’éloignement de plus en plus important entre lieu d’habitat et lieu de travail en Île de France n’a pas été pour rien dans la destruction de l’éco système politique et syndical que constituait la ceinture rouge.

Pour le patronat, le télétravail peut être synonyme d’économies substantielles immobilières et de fonctionnement. Il peut permettre du supprimer des emplois intermédiaires de contrôle et d’encadrement en les remplaçant par des outils numériques de surveillance permettant de tracer l’activité du télétravailleur. Ces outils de management intrusif par la surveillance ne sont pas propres au télétravail mais à la transformation numérique des entreprises dans le cadre capitaliste de la subordination salariale. Le télétravail du confinement a été un accélérateur des processus de standardisation du travail, provocant le malaise dans une partie de l’encadrement de terrain.

Pour préserver les collectifs de travail, empêcher l’isolement physique des salariés, et sauf poste de travail spécifique, le recours au télétravail doit être inférieur à 50 % du temps de travail. Les formes hybrides vont se multiplier, mêlant télétravail à domicile, dans des espaces de co-travail, travail nomade et travail dans les locaux de l’entreprise. Elles seront autant de nouveaux espaces d’affrontement de classe, d’exploitation, d’aliénation, mais aussi de constructions de nouveaux réseaux de solidarités et de luttes. Il ne faut pas se tromper de diagnostic, le télétravail n’est pas la revanche des canuts contre la manufacture ; le télétravailleur n’est pas qu’un salarié à domicile, il est un salarié qui travaille en réseau, ce qui offre aussi de nouvelles possibilités inédites de coalition à l’échelle mondiale. Le télétravail, comme toute forme de travail, comme toute mutation du travail, n’est ni émancipateur, ni aliénant en lui-même. La question n’est pas de prôner ou de s’opposer au télétravail en général mais de lutter pour que le droit commun du travail s’applique au télétravail, pour gagner de nouveaux droits généraux mais aussi spécifiques par branches, entreprises et métiers sur la base du mieux-disant social et démocratique. Cela passe bien sûr par un renforcement des pouvoirs d’intervention des salarié·e·s, de leurs instances représentatives et des organisations syndicales dans le cadre d’une sécurité d’emploi et de formation. 

Yann Le Pollotec, responsable de la Commission Révolution numérique du PCF.

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 05:36

 

De sa formation d’adjoint de sécurité à son affectation dans un commissariat parisien, le journaliste Valentin Gendrot a, deux ans durant, infiltré la police. Dans son livre, Flic. Un journaliste a infiltré la police, il décrit la violence, le racisme quasi quotidien de certains policiers et l’absurdité des missions répondant à la politique du chiffre.

Un jeune migrant, frappé par un policier, à l’abri des regards, à l’intérieur d’un fourgon, avant d’être abandonné dans un quartier très éloigné du lieu même de sa violente interpellation. « Des mecs comme lui, ça mérite que la mort », lâche alors l’un des six agents de cet équipage. 

Nous sommes en mars 2019. Après une formation d’adjoint de sécurité (ADS) et une année passée en préfecture, le journaliste Valentin Gendrot vient d’être affecté au commissariat du XIXe arrondissement de Paris. Dès les premiers jours, en tenue, il se rend ainsi « complice du tabassage d’un jeune migrant ». 

Complice, témoin silencieux, Valentin Gendrot tient ainsi les six mois de son immersion au sein de la police qu’il a souhaité infiltrer « pour être le premier à tenter le coup, par défi personnel », et pour connaître le quotidien d’un commissariat, les violences en toute impunité, mais, aussi le manque de reconnaissance des policiers. 

Écrit à la première personne, ce récit est avant tout celui de Valentin, un journaliste davantage spécialisé dans les immersions (celle-ci étant la septième) que sur les forces de l’ordre. Pour préparer cette infiltration, il s’est tout naturellement inspiré de la journaliste Florence Aubenas qui, dans Le Quai de Ouistreham, raconte comment elle a passé six mois à faire des petits boulots, et notamment le ménage dans les ferries.

« Pour ne pas se faire griller, il faut être soi-même. On ne peut pas tout inventer sur ce qu’on aurait été », explique-t-il à Mediapart. Et ça tombe bien parce que « ces flics me rappellent d’où je viens », raconte-t-il dans son livre. « Souvent, ce sont des provinciaux comme moi. Souvent, ils viennent de classe moyenne, comme moi. […] Cette proximité vient chatouiller un point sensible […] La sensation de n’appartenir à aucun milieu. Je me sens trop éduqué pour celui d’où je viens et trop plouc pour l’univers journalistique parisien. »  

Afin de s’immerger plus rapidement au sein de l’institution, Valentin choisit de devenir adjoint de sécurité, « une police low cost », selon un instructeur, dont le temps de formation est quatre fois plus court (trois mois au lieu de douze) que celui, déjà succinct, des gardiens de la paix. « Je ressens chez eux une fierté à endosser l’uniforme, l’impression d’appartenir à une unité », confie le journaliste en immersion. 

À l’école de police de Saint-Malo, Valentin a pour voisin de lit Romain, un catholique pratiquant, qui a longtemps fréquenté « des collectionneurs d’objets à la gloire du Troisième Reich genre buste d’Hitler » et se rapproche de Mick qui surnomme les « Arabes, les “crouilles”, les “gris” » [et qui] « renverrait bien les migrants dans un charter ».

À sa sortie, avec un salaire de 1 340 euros par mois, Valentin est affecté à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris (I3P). Dans ce service unique en France, situé dans une annexe de l’hôpital Sainte-Anne, la préfecture enferme, pour 48 heures maximum, des personnes atteintes de troubles du comportement et représentant un « danger imminent pour la sûreté des personnes » selon le code de la santé publique.

Alors même que ces personnes ont droit à un avocat, Valentin n’en voit aucun durant ses quinze mois de présence. « Les patients que j’ai vus arriver ici étaient tous isolés, écrit-il. “Ce sont des oubliés des dieux et des hommes”, m’a dit un jour un infirmier. Des personnes en crise, des toxicos, des SDF, des migrants. » 

 

Le 9 mars 2019, Valentin est enfin muté au commissariat du XIXarrondissement. Cette affectation est centrale dans son infiltration : « C’est ce que je souhaitais décrocher et je m’étais fixé six mois d’immersion dans ce lieu », explique-t-il auprès de Mediapart.

Il y découvre les interpellations de vendeurs à la sauvette, « opérations minables », qui permettent de gonfler « des statistiques artificiellement » et le racisme quasi quotidien de certains policiers à l’encontre de ceux qu’ils nomment les « bâtards, c’est-à-dire, un mec jeune plutôt noir ou arabe. Parfois, il est aussi migrant ».  

« Dans mon commissariat, les paroles racistes, homophobes et machistes fusent tous les jours. Elles émanent de certains collègues et sont tolérées ou ignorées par les autres. » Il voit des policiers « cogner un migrant noir contre un Abribus puis dans le fourgon de police ; tabasser un autre migrant marocain […] mettre des claques sur plusieurs gardés à vue, toujours arabes ou noirs de peau. »

« On va chasser ! Le sang appelle le sang », entend-il de ses collègues qui vont « chasser des bâtards ». Jusqu’au jour où il participe à l’écriture d’un faux procès-verbal pour couvrir l’un de ses collègues qui a roué de coups de poing un jeune. Ainsi qu’il le relate à Mediapart « d’un point de vue journalistique, je tiens de l’or. J’ai une bavure avec les éléments de A à Z. Mais en tant que citoyen, évidemment je ne peux pas l’accepter. Mais, je sais qu’en écrivant ce livre, je peux dénoncer les faits et cela peut aussi en convaincre d’autres de le faire. Du faux en écriture publique, c’est quinze ans de prison, c’est pire que de frapper un mineur. Pour ma part, je vais évidemment revenir sur ma déposition à l’égard de ce mineur ».

Si l’infiltration de Valentin Gendrot n’apporte pas d’information nouvelle, elle vient démontrer des évidences, qu’il est toujours nécessaire de documenter, avec le récit central d’une bavure vécue de l’intérieur. Cette immersion constitue une nouvelle preuve du racisme systémique et des violences impunies des policiers. Pour ce journaliste, elle n’a pas été sans conséquence. « Je me rends compte qu’en l’espace de six mois, mon niveau d’humanité et d’empathie a chuté. Comme si ce boulot m’avait vacciné contre la sensibilité », conclut-il.

 

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 05:50

 

Les Communistes de la section de Morlaix se sont réunis le mercredi 9 septembre dans leur local (dans le respect des gestes barrières).

Une introduction "politique" a été faite par Daniel RAVASIO, Secrétaire de la Section.

 

________________________________________________

 

Quels constats pouvons-nous faire à cette rentrée 2020 ?

Nous sommes dans une situation où la crise sanitaire du Covid-19 a balayé le monde entier.

Nous sommes dans une situation où la crise économique, le chômage, les pertes d’emplois, … nous menacent tous.

Nous sommes dans une situation où le monde peut courir à sa perte : la destruction de la planète s’accentue malgré les rodomontades des uns et des autres ; de nombreux conflits peuvent se traduire par un recours à une « vraie guerre ».

Voilà où nous mène le capitalisme.

 

Il y a urgence dans notre pays au niveau économique et social.

 

  • La pauvreté, la précarité explosent :
  • 7 millions de personnes sont sans emploi stable.
  • Il y a 30 % à 50 % de demandes d’aides alimentaire en plus.
  • 11 à 12 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté !

 

  • La pauvreté augmente et, parallèlement, les 500 plus grosses fortunes de France totalisent un patrimoine de 730 milliards d’euros, en progression encore par rapport à l’année dernière !
  • 730 milliards d’euros ! C’est le tiers de notre PIB national ! C’est 10 fois plus qu’il y a dix ans, alors que nous étions en crise !
  • Ces nouveaux riches Français qui gagnent des sous avec des Ehpad privés, les golden boys de la dépendance comme Yves Journel, président de DomusVi, dont nous savons aujourd’hui qu’une partie des bénéfices part dans les paradis fiscaux !

120ème au classement des plus grandes fortunes, il détient un patrimoine de 720 millions d’euros, gagné sur le dos de vos parents, de vos grands-parents, sur le dos des salariés qui ont parfois été démunis face à la pandémie.

 

  • Voilà le scandale de cette société :
  • Pendant que la pauvreté augmente, pendant que nous organisons, nous, la solidarité, une minorité continue de s’enrichir, utilise des paradis fiscaux pour ne pas payer d’impôts sur les bénéfices et accumuler une richesse indécente en période de crise !
  • C’est toute la différence avec nous, avec ce peuple qui fait preuve de solidarité, de courage, d’abnégation, qui a organisé les soins, le transport des marchandises, l’éducation des enfants, la sécurité pendant la pandémie.

 

  • Voilà pourquoi nous parlons encore de Révolution et que nous demandons à reprendre le pouvoir sur l’économie et sur la manière de créer les richesses.

 

  • Car il faudra aller plus loin qu’un simple partage des richesses, comme nous sommes nombreux à le réclamer à gauche.

Appelons-le « Impôt-Covid », ISF ou taxe sur les grandes fortunes, de tout temps, les sociétés ont demandé aux plus riches de participer à l’effort national.

Et il est urgent de le faire !

Ce n’est pas à nous seuls de payer la crise, c’est aussi à eux de le faire : ils en ont les moyens !!

 

  • Mais il faut aller plus loin que ça !

Notre projet de société est fondé sur un changement profond de nos modes production. Les richesses doivent être créées sans exploiter les hommes et les femmes et sans épuiser la planète.

La priorité ne doit plus être les profits à tout prix ou la valeur des actions, mais d’abord de préserver l’être humain et la planète.

Et pour cela, il faut se réapproprier l’outil de production. Il faut redonner du sens au travail, aux salariés, au rôle de chacun dans la société, et agir pour l’égalité professionnelle car les héros qui ont été et sont toujours en première ligne face à la crise sont des héroïnes !

 

  • C’est un projet de société cohérent que nous devons défendre et nous avons plusieurs propositions dans ce sens.

Par exemple, nous proposons de moduler les cotisations et les impôts sur les entreprises en fonction de leurs investissements en faveur de la sécurisation de l’emploi, de la formation et de l’environnement.

C’est différent de ce que propose le gouvernement qui envisage, lui, de poursuivre sa logique en supprimant un nouvel impôt, dit de production : ce sont 10 milliards d’exonérations supplémentaires sans contrepartie.

Et en plus, l’Etat va devoir les compenser auprès des collectivités, car cet argent sert à abonder le budget des Régions.

C’est donc nous qui allons, encore une fois, financer un nouveau cadeau aux entreprises.
Nous proposons au contraire, d’utiliser l’argent public et les richesses que nous créons pour sécuriser les parcours professionnels.

 

Il y a urgence pour le climat.

 

  • Car si nous ne répondrons pas à l’urgence pour le climat, pour la biodiversité, pour préserver nos ressources naturelles, si nous ne faisons pas cette révolution écologique, dans les 10 ans, il sera trop tard. C’est maintenant qu’il faut agir.

Et au lieu de jouer avec nos peurs, là aussi, il faut montrer qu’il y a un chemin, des propositions, l’espoir d’inverser la donne.

Nombreux sont celles et ceux qui se prétendent écologistes. Mais tout le monde ne voit pas l’urgence et la profondeur des changements à mettre en œuvre.

Là aussi, cela doit s’inscrire dans un vrai projet de société qui marie les deux nécessités : la dignité humaine et la protection de la planète.

 

  • Et nous ne répondrons pas à cette urgence avec un système économique qui ne pense qu’à la compétitivité et à la valeur de ses actions.

Si c’est pour nous vendre un capitalisme vert, avec des paradis fiscaux qui siphonnent nos finances publiques et protègent les pollueurs, c’est niet !

Si c’est pour gagner de l’argent en bourse en vendant des éoliennes, des barrages hydrauliques, ou en faisant financer nos projets par les marchés financiers, pour nous c’est double niet !! Car ce sont les salariés qui vont souffrir !

Pour répondre aux urgences sociales et environnementales, il faut rompre avec les logiques de rentabilité imposées par la finance.

Mais il faut aussi rompre avec des traités européens qui placent notre économie sous le joug des marchés financiers.

Si l’on était capable de sauver le climat avec le traité de Maastricht ou celui de Lisbonne, ça se saurait !

 

Il y a urgence pour les services publics qui doivent être soutenus et intégrés dans le plan de relance

 

Dans les services publics qui doivent bénéficier du plan de relance s’il en est un, c’est celui de la santé !

  • Les blouses blanches ont assez donné et réclament des moyens pour soigner ! Le Ségur et les premières mesures annoncées sont le fruit d’une longue lutte des personnels. C’est un premier pas. Mais nous ne sommes pas encore au niveau pour faire face à une pandémie.

La dette, les ARS, les faibles salaires, le manque d’hôpitaux de proximité, de services d’urgences sont autant de boulets qui pèsent encore sur notre système de santé publique.

  • Nous voulons de l’argent pour l’hôpital, pas pour le capital !

 

Un autre service public qui doit bénéficier du plan de relance c’est la SNCF et le transport !

  • Il faut investir dans le fret ferroviaire, un des leviers pour agir pour le climat.

La décennie 2000 devait être celle du renouveau : elle a été celle du grand plongeon.
En 2000, la SNCF ne transportait déjà plus que 17 % des marchandises, tous modes confondus, contre 45 % en 1975. Aujourd'hui, cette part s'est réduit à peau de chagrin : 9,5 %.

Le bilan est d'autant plus désastreux que ce déclin a fait un grand gagnant : la route ! Avec toutes les conséquences pour le climat que cela implique : par rapport à la route, un train de fret équivaut en moyenne : à 35 poids lourds. Le rail émet 14 fois moins de CO2 ; entraîne huit fois moins de pollution de l’air ; et consomme six fois moins d'énergie.

Il est donc grand temps de revenir à la raison et d'initier une reconquête du fret ferroviaire. C'est peu dire, hélas, qu'on est loin du compte.

 

  • Il faut favoriser le train et les transports collectifs plutôt que la voiture.

Il rénover faut 10 milliards d’euros sur 10 ans pour rénover le réseau des petites lignes.

Il faut rénover et entretenir le réseau pour les transports quotidiens de nos concitoyens.

L’Etat doit financer les transports gratuits dans les agglos.

 

Il nous faut un véritable service public de l'énergie, avec la maîtrise de la production des énergies renouvelables.

 

  • En laissant les champs d’éolienne au privé, ils vont nous polluer le paysage.
    Et en vendant nos barrages hydrauliques, ils bradent nos biens communs.

Rappelons-nous la privatisation des autoroutes, mise en œuvre par de Villepin en 2006.

L’Etat a vendu nos autoroutes pour 14 milliards d’euros.

C’est pourquoi nous disons, quand on vend tout au privé, on est privé de tout !

 

  • On pourrait aussi développer sur les moyens à mettre dans la rénovation thermique des maisons, des bâtiments et des emplois à créer dans ce domaine.

 

Dans les services publics qui seront au cœur de l’actualité, il y a bien sûr celui de l’Education nationale.

 

  • Cette rentrée scolaire aurait dû être celle d’un grand plan national pour l’éducation, mettant tous les moyens nécessaires à l’accueil de tous nos enfants dans les meilleures conditions, après une année où nombre d’enfants sortent en plus grande difficulté scolaire.
  • Comme nous l’avions proposé dès le mois d’avril, avec notre plan d’urgence pour l’école, des moyens considérables auraient dû être mobilisés par l’Etat pour redonner sens à l’égalité d’accès à l’éducation, à la formation, pour que l’école revienne enfin sur les rails de la réussite de toutes et tous.

Dès le mois d’avril, il aurait fallu aider nos communes, former et recruter des dizaines de milliers de jeunes diplômés, susceptibles d’accompagner nos enseignants dans leurs missions éducatives dans un premier temps.

D’autant que le gouvernement et son ministre de l’Education nationale se fourvoient dans une ultime provocation : refuser de fournir à nos jeunes collégiens, lycéens, étudiants les masques obligatoires dès la semaine prochaine !

 

Et les élections dans tout ça !

 

Pour nous, l’actualité c’est, bien sûr, la crise et la nécessaire relance, c’est agir, mobiliser, faire prendre conscience.

D’ailleurs, les élections c’est loin pour celles et ceux qui risquent de perdre leur emploi maintenant.

Mais déjà, tout le monde parle des élections et de candidatures. Surtout pour 2022.

Mais les prochaines élections, ce sont les sénatoriales et les législatives partielles dans 3 semaines, puis les régionales et les départementales dans 7 mois.

Ce ne sont pas des élections intermédiaires, comme si ne comptait que la présidentielle !!

Oui, nous voulons peser dans ces élections avec la volonté de faire élire un maximum d’élus communistes.

Pour les sénatoriales dans le Finistère, les communistes figureront sur une liste d’union de la gauche sans le PS qui présente une liste.

Des tractations ont eu lieu avec le PS.

Mais la proposition du PS s’est révélée inacceptable :  

  • Une 4ème place (sur 5) qui ne pouvait permettre l’élection de notre candidat ;
  • Une 4ème place après celle de Jean jacques Urvoas ancien ministre de la justice de Hollande ;
  • Un chantage : si vous n’acceptez pas, on ne pourra pas faire accord pour les départementales !

C’est pourquoi deux candidates PCF (sur 5) figureront sur une liste d’union de la gauche, liste emmenée par notre camarade isabelle Mazelin, adjointe au Maire du Relecq Kerhuon.

Pour les élections départementales et régionales, le PCF aura pour objectif de faire élire le plus grand nombre de candidats. Cela se fera en rassemblant, en bâtissant des listes citoyennes, ouvertes, dans la plus large union des forces de gauche et écologiste et sur des programmes qui changent la vie de nos concitoyennes et concitoyens


Et 2022 alors ?


D’abord, cela semble avoir échappé à certains, mais il y a deux élections en 2022 : la présidentielle et les législatives. Elles seront décisives toutes les deux pour transformer la France.
Les communistes seront au rendez-vous de ces échéances avec un objectif : rassembler autour d’un projet pour la France, avec un projet, à la hauteur des défis de civilisation posés par la crise sanitaire et économique.

« Le jour d’après », pour les communistes, ce doit être « le système d’après », en rupture avec le capitalisme, en rupture avec les traités européens actuels.

Et tous ensemble, nous déciderons en responsabilité le moment venu, la place qui sera la nôtre.

 

Pour les communistes l'urgence c'est la sécurité de l'emploi.

 

Le Conseil National des 5 et 6 septembre dernier a décidé le lancement d’une campagne nationale des communistes sur la question de l’emploi (Voir Résolution du CN).

 

Les communistes sont appelés à se mobiliser dans chaque département pour faire émerger les besoins en matière d’emplois et en solidarité avec les salarié.e.s menacés par des plans de licenciements.

  • Une pétition nationale va être lancée : il nous faudra la prendre en main et en faire un succès sur le Pays de Morlaix.

 

Partout en France, proposons à nos concitoyen·ne·s - salarié·e·s, habitant·e·s, élu·e·s - de créer des comités de défense des emplois, des compétences, de capacités de production pour les accompagner dans leur lutte, demander des comptes sur l’utilisation de l’argent et faire des propositions pour l’emploi et la transition écologique.

  • Concrétisation à voir sur le Pays de Morlaix.

 

En lien avec les luttes locales des entreprises et services publics, nous appelons à des rassemblements partout en France les 9 et 10 octobre prochains pour faire progresser une alternative au plan de relance Macron – Castex portant ces exigences.

  • Notre Fête du Viaduc devrait s’intégrer parfaitement à cet appel.

 

 

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 05:38
Rassemblement au Menez Hom face à la presqu'île de Crozon pour le désarmement nucléaire

Rassemblement au Menez Hom face à la presqu'île de Crozon pour le désarmement nucléaire

PÉTITION: La France doit ratifier le traité d'interdiction des armes nucléaires – Non au doublement des crédits pour les armes nucléaires

Pétition en direction des parlementaires, du Président de la République et du gouvernement français.
La France doit ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires adopté à l'ONU le 7 juillet 2017! [LIRE LA SUITE...]

Cette pétition a été lancée par le Collectif "En Marche pour la Paix" dont le Parti communiste français est membre.

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 04:45
Samedi 12 septembre 2020 à 12 h 30 sur LCP - Histoires communistes: André Chassaigne et Marie-George Buffet par Marion Becker et François Chevry
Samedi 12 septembre 2020 à 12 h 30 LE MAG
HISTOIRES COMMUNISTES
MAGAZINE 26 MINUTES
Au sein du groupe communiste à l'Assemblée, deux figures en constituent l'âme et la mémoire : André Chassaigne et Marie-George Buffet ; deux députés qui ont traversé l'Histoire, celle de mai 68 et de l'engagement contre le Vietnam, celle du stalinisme et de la chute du mur de Berlin. Chacun, à sa façon, a tracé son sillon : Marie-George Buffet a choisi les combats de l'intérieur au sein du parti, place du colonel Fabien, de ses combats féministes à l'échec cuisant de l'élection présidentielle ; pendant qu' André Chassaigne optait pour un communisme « des champs », dans son village du Puy de Dôme.
Les deux députés ont ouvert leurs archives, pour nous raconter, à travers la grande Histoire, leurs histoires communistes.

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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 13:25

 

En cette année 2020, la pandémie du coronavirus a perturbé les marchés agricoles, réduit les ventes et fait chuter les cours. Parallèlement, la sécheresse qui dure en France depuis le printemps a réduit les rendements céréaliers et fourragers, ce qui augmente le prix de revient de chaque litre de lait comme de chaque kilo de viande. Mais, comme l’offre mondiale de produits alimentaires dépasse en volume la demande solvable, les prix demeurent anormalement bas au départ de la ferme pour les céréales, le lait et la viande. Voilà ce qu’il conviendrait de corriger dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) à venir si on veut tirer les leçons de la pandémie en cours et agir aussi pour réduire le bilan carbone de l’agriculture dans l’Union européenne.

Nous évoquions hier, le contenu du communiqué publié par le ministre de l’Agriculture, suite à la rencontre de Coblence le 1 er septembre avec ses collègues des autres pays membres de l’Union européenne. Julien Denormandie exprimait notamment le souci de voir se développer en Europe la culture des protéines végétales comme le soja, ce qui suppose un soutien plus prononcé en faveur de ces cultures au niveau communautaire. Cela permettrait aussi de réduire le bilan carbone de l’agriculture en réduisant, au fil des ans les importations de graines et de tourteaux de soja dont l’Europe importe chaque année 34 millions de tonnes pour nourrir le bétail, tandis que le blé français est de plus en plus difficile à exporter vers les pays tiers en raison d’un taux de protéines inférieur à ceux des blés de Russie et d’Ukraine. Au-delà des aliments du bétail, l’Europe agricole peut et doit aussi produire plus de protéines végétales pour la consommation humaine en augmentant les superficies consacrées aux légumes secs de la lentille, le pois chiche et les haricots secs.

 

L’agriculture des Pays Bas leader mondial en émissions de CO2

Quand on regarde comment évoluent les exportations de produits agricoles en Europe, on découvre que les Pays Bas ont dégagé en 2019 un excédent agricole de 13,7 milliards d’euros contre seulement 4,2 milliards pour la France, laquelle n’arrive qu’au cinquième rang. Sur une superficie 11 fois plus faible que la France, les Pays Bas produisent beaucoup de lait de viandes bovines, porcines et de volailles, de légumes de serre. Pour nourrir les élevages, cela passe par des importations massives de céréales et de tourteaux. À ce titre les Pays Bas sont la nation européenne qui, indirectement, participe le plus à la déforestation de l’Amazonie. Dès lors, c’est aussi le pays européen dont le bilan carbone est le plus élevé pour chaque litre de lait et chaque kilo de viande produits sur son sol.

Tous pays confondus, l’Union européenne aurait dégagé un excédent agricole de 33,7 milliards d’euros en 2019, contre 28 milliards en 2018. Mais cet excédent provient surtout des exportations de produits laitiers et de viande porcine, ce qui renvoie aux importations d’aliments du bétail, à commencer par les tourteaux de soja. La Chine est la principale destination des viandes porcines européennes et elles se sont beaucoup accrues depuis deux ans car la peste porcine africaine a fait reculer considérablement la production chinoise.

 

Un prix du lait en forte baisse depuis la fin des quotas

Nous voyons aussi qu’il ne suffit pas d’exporter beaucoup de produits agricoles vers des pays lointains pour permettre aux producteurs de dégager un revenu décent de leur travail. Quand ils vendent du lait de vache, les éleveurs doivent se contenter du prix que leur propose l’entreprise de collecte. Selon l’analyse de Benoît Rouyer, de l’Interprofession laitière, publiée dans « La France Agricole » de cette semaine, « au mois de juin, le prix de base du lait de vache conventionnel s’élève à 322 € les 1 000 litres, soit 10 € de moins sur un an ». Mais c’est surtout 50 € de moins qu’en 2013, avant dernière année de la régulation de la production européenne que permettaient les quotas par pays. Ils avaient été mis en place en 1984 et ont été supprimés en 2015 par les pays membres de l’Union sur proposition de la Commission dans le but déclaré d’accroître les exportations vers les pays tiers.

Dans le secteur des bovins allaitants, la France détient le plus gros troupeau d’Europe avec quelque 3,8 millions de mères dans des races prestigieuses comme la charolaise, la limousine, la blonde d’Aquitaine, la salers et l’Aubrac. Mais les éleveurs souffrent comme jamais. Le prix du kilo vif des broutards vendus au moment du sevrage aux alentours de 8 à 9 mois pour être engraissé en Italie ou ailleurs était de 3,20 € le 31 août à Cholet contre 3,42 € un an plus tôt. En production laitière comme en production de viande bovine, la sécheresse qui dure depuis la fin de printemps dans les zones d’élevage dans la majeure partie du pays, et plus encore dans le grand Massif Central, augmente sensiblement et durablement les coûts de production.

Dans ce domaine, la situation ne devrait pas s’améliorer. Si la filière laitière européenne, tous produits et tous pays confondus ont dégagé et excédent de 22 milliards d’euros, suivi par la filière porcine avec 10 milliards, il apparaît que ce n’est pas le cas pour la filière bovine et celle de la volaille. En volailles justement la chute des ventes de foie gras et des magrets de canard suite à la fermeture prolongée suivie d’une reprise incertaine dans les restaurants s’est traduite par un recul de 20,8 % des mises en place de canards gras dans les élevages français pour les quatre premiers mois de l’année.

 

Le pire peut arriver avec la réforme de la PAC

Avec la mondialisation des échanges, les prix agricoles peuvent doubler en quelques semaines en cas de risque de pénurie au regard de la demande solvable en volume. Mais il suffit que l’offre mondiale dépasse la demande de quelques points en blé, le maïs, le soja, viande bovine ou porcine pour que les prix de vente ne couvrent pas les coûts de production. C’est ce qui se passe en ce moment pour le blé tandis que les perspectives de récolte pour le maïs donnent actuellement la même indication. Voilà aussi pourquoi la prochaine réforme d la Politique agricole commune (PAC) devrait être fondée sur la recherche d’une production européenne plus autonome. Ce qui, dans un pays comme la France, doit se traduire par moins de blé en superficie et davantage de protéines végétales. Ce qui suppose aussi des aides européennes mieux ciblées pour atteindre cet objectif.

Mais quand on voit les contradictions entre « Le pacte de vert pour l’Europe » et « la stratégie « De la ferme à a table » les deux textes publiés par la Commission, on peut craindre le pire dans ce domaine. D’autant plus que le premier texte est porté par le néerlandais Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission !

Gérard Le Puill

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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 13:21

 

Le premier ministre a eu beau assurer que le plan de relance est « d’abord destiné au climat et à la biodiversité », son volet dédié à la transition écologique déçoit, voire inquiète.

Trente milliards d’euros sur deux ans, soit près du double des investissements usuellement consacrés par la France à l’écologie : le volet verdissement du plan présenté ce jeudi avait tout pour séduire. Il échoue cependant à convaincre et encore plus à satisfaire, tant par le flou de son contenu et le creux de ses garanties que par le contexte général dans lequel il s’inscrit. Décryptage en trois points.

 

Un chèque en blanc aux industriels

Conditionner les soutiens accordés aux entreprises à des contraintes environnementales concrètes : c’était le point phare sur lequel le gouvernement était attendu. Ciblée singulièrement, la baisse des impôts de production accordée par le plan de relance à l’industrie, pour un montant total de 20 milliards d’euros sur deux ans. Beaucoup revendiquaient qu’en contrepartie soient établies des obligations fermes, par exemple en matière de réduction de gaz à effet de serre à court terme, compatibles avec la réduction de 40 % des émissions de CO2 d’ici dix ans. Ni Jean Castex, ni Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, n’ont effleuré le sujet. Le hiatus n’est pas neuf. Voté fin juillet et prévoyant de mobiliser 43,5 milliards d’euros en faveur des secteurs sinistrés, « le troisième projet de loi de finances rectificative(PLF3) ne conditionne ces aides qu’à de très faibles engagements écologiques », rappelle Nicolas Berghmans, chercheur à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). « Ils se résument à des mesures de reporting », poursuit le chercheur, soit l’obligation faite aux plus grosses entreprises de publier leur stratégie climatique sans aucune contrainte de mise en œuvre.

 

Une transition en faux-semblant

Les 30 milliards d’euros dédiés au verdissement ne font pas tout : il reste les autres 70 milliards prévus par le plan de relance, dont le ciblage reste flou. « Pas un euro de plus ne devrait aller à des secteurs nocifs pour l’environnement », insiste Samuel Leré, de la Fondation Nicolas-Hulot, qu’il s’agisse d’infrastructures routières ou autres. Or, sur ce point non plus, le plan gouvernemental ne dit ni ne garantit rien. Cette omission inquiète d’autant plus que l’actualité ne va pas en démontrant la bonne volonté de l’État en matière de désinvestissement des secteurs polluant. Ce 2 septembre encore, le Monde révélait que la banque BPI France s’apprête à soutenir Total pour un projet gazier dans l’Arctique russe, alors même que le plan de relance abonde celle-ci de 2,5 milliards d’euros pour en faire celle « du climat ».

Les investissements prévus dans le cadre du volet vert eux-mêmes ne récoltent pas tous d’éloges. Hydrogène vert ou agriculture de précision : beaucoup ciblent des technologies contestées. « Investir dans de fausses solutions au nom du “verdissement”, comme le nucléaire, l’avion vert ou les SUV électriques, relève de l’anachronisme », résume Clément Sénéchal, de Greenpeace.

 

Une enveloppe gonflée mais encore bien légère

Quinze milliards d’euros par an : le chiffre a beau être le plus gros que la France ait jamais aligné pour la transition, il laisse sur leur faim beaucoup d’environnementalistes. « Certes, il correspond aux besoins estimés pour engager l’économie sur la voie de la neutralité carbone, reprend Samuel Leré, encore faut-il qu’il soit reconduit au-delà des deux prochaines années, comme le préconisent ceux qui l’ont calculé. » Ramenée secteur par secteur, l’enveloppe sonne creux. Si le développement de l’hydrogène vert devrait bénéficier à lui seul de 9 milliards d’euros, la rénovation thermique des bâtiments, pourtant admise comme cruciale, n’en récoltera que 7 milliards, le ferroviaire à peine 6 milliards (lire précédemment), l’économie circulaire 2 milliards. L’agriculture, elle, ne bénéficiera, aide alimentaire comprise, que de 1,2 milliard d’euros.

 

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