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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 12:00
Un procès pour l'amiante: proposition de loi co-signée par le député communiste de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq
Un procès pour l’amiante : proposition de loi co-signée par le député Jean-Paul Lecoq

mardi 29 août 2017

Jean-Paul Lecoq, Député de Seine-Maritime, vient de co-signer une proposition de loi afin de faciliter un procès au pénal qu’attendent depuis plus de 20 ans les victimes de l’amiante.

Communiqué de Jean-Paul Lecoq :

"Alors même que dans d’autres pays des poursuites ont été engagées et des condamnations appliquées contre ceux qui ont tué pour s’enrichir dans le drame de l’amiante, en France le Parquet vient nous dire qu’il n’y aurait pas de responsable aux 3.000 morts par an causés par ce poison utilisé pendant des décennies.

Cela fait 20 ans que les victimes de l’amiante en France attendent un procès au pénal.

Le 19 juillet j’ai interpellé la Ministre à l’Assemblée sur cette question, elle a répondu à côté du sujet posé. Qu’à cela ne tienne, avec d’autres députés, nous venons de déposer une proposition de loi visant à réviser la loi dite « Fauchon » et à supprimer ainsi toute impunité pénale des responsables d’entreprise dans le drame de l’amiante. En effet, la loi n° 2000-647 du 10 juillet 2000 dite « loi Fauchon » a eu pour
objet de limiter le risque pénal principalement pour les décideurs publics et privés. Il est temps de revenir sur cette injustice. Chaque parlementaire devra donc se prononcer prochainement sur cette proposition. Plus question de tourner autour du sujet : ceux qui veulent vraiment que justice soit rendue, voteront cette proposition."

 Télécharger la Proposition de loi visant à réviser la loi dite « Fauchon » et à supprimer toute impunité pénale des responsables d’entreprise dans le drame de l’amiante

Un procès pour l'amiante: proposition de loi co-signée par le député communiste de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq
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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 08:32

Voilà qui devrait fragiliser la décision politicienne prise sans débat en Conseil Municipal et sans consultation de la Commission Enseignement et des parents d'élève prise par Agnès Le Brun et sa majorité début 2016 de supprimer les plats de substitution dans les cantines des écoles publiques et de faire du plat unique (entrée et plat de résistance, avec viande presque tout le temps et avec porc certains jours) la norme pour les enfants des écoles publiques à Morlaix, poussant certaines familles à ne pas inscrire leurs enfants à la cantine certains jours, ou certains enfants à ne pas manger tout à fait à leur faim certains jours. 

Créant un sentiment de stigmatisation chez beaucoup de familles d'origine africaine ou maghrébine, de culture musulmane. 

Alors qu'il n'y avait aucun débat sur les plats de substitution (une omelette ou du poisson pour les enfants végétariens et les enfants ne mangeant pas de porc) auparavant chez les parents. 

Décision prise par Agnès Le Brun, maire Les Républicains de Morlaix, avant la campagne des primaires de la Droite et qu'elle soit nommée porte-parole de Sarkozy pour les questions d'éducation. Une mesure qui a plongé dans l'incompréhension et l'embarras beaucoup de familles de culture musulmane ou simplement de régime culturel alimentaire sans porc, mais aussi des familles et des enfants végétariens. Une mesure visant quelque part à montrer que la laïcité aurait un problème avec les enfants d'origine musulmane, comme si la laïcité de l'école supposait que tous mangent la même chose, que tous mangent du porc. Laïcité d'exclusion, contre laïcité de tolérance et d'intégration.

Il est intéressant que la décision du tribunal administratif reprenne des arguments que nous invoquions à l'époque. Voilà qui devrait relancer le débat et notre mobilisation pour des cantines scolaires publiques maternelles et primaires, qui, comme dans le secondaire, au collège et au lycée, comme à l'école privée, accueillent la différence.   

Voir les positions que j'avais prise, en tant qu'élu d'opposition Front de Gauche membre de la Commission Enseignement du Conseil Municipal de Morlaix, début 2016, avec les autres élus d'opposition, et l'association des parents d'élèves des écoles publiques, devenue Amicale Laïque des écoles publiques de Morlaix, qui allaient tout à fait à l'encontre de cette mesure compliquant la vie des familles et des enfants pour rien, sinon un affichage laissant entendre que la République aurait des problèmes avec ses citoyens de culture musulmane.  

Pendant des mois, nous nous sommes battus contre cette décision injuste et intolérante qui créait un problème là où il n'y en avait pas, avec des arguments voisins de ceux du tribunal qui casse aujourd'hui la décision du maire de droite de Châlon-sur-Saône. 

Ismaël Dupont, élu d'opposition  PCF-Front de Gauche à Morlaix et Morlaix-Communauté

le 29 août 2017 

Menu unique dans les cantines scolaires de Morlaix: point de vue

Menu unique à Morlaix : "la majorité s'accroche à son bout de viande" (Le Télégramme)

Passage au menu unique à Morlaix dans les cantines scolaires: lettre de l'opposition à Agnès Le Brun et aux élus de la majorité, particulièrement ceux de la Commission Enseignement

Passage au menu unique dans les cantines scolaires de Morlaix avec suppression des adaptations pour les régimes sans porc et végétariens: intervention de Sébastien Portier pour les parents d'élèves de l'école Gambetta le 5 février devant la mairie

Passage au menu unique: Lettre des associations de parents d'élèves des écoles publiques de Morlaix au maire, Agnès Le Brun

Menu unique: 200 personnes devant la mairie de Morlaix le vendredi 5 février pour protester contre la décision de la droite morlaisienne (Le Télégramme et le Ouest-France)

Menus des cantines scolaires: avis de l'observatoire de la laïcité

Agnès Le Brun, trop c'est trop!

Chalon-sur-Saône: la suppression des menus sans porc à la cantine décidée par un maire de droite en 2015 annulée... Et à Morlaix?

Le Télégramme, 29 août: 

 

La justice a annulé, hier, la suppression, par la municipalité de Chalon-sur-Saône, des menus sans porc dans les cantines scolaires. Une décision qui fragilise les dispositions similaires adoptées ailleurs en France. 

C'est un jugement qui risque de faire polémique. Sans trancher la question sur un plan religieux, la justice a retoqué, hier, la décision municipale de ne plus servir de menus de substitution au porc dans les cantines de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). La commune, par la voix de son avocat, a d'ores et déjà annoncé vouloir faire appel du jugement. Les élus de Chalon-sur-Saône avaient voté, en septembre 2015, une délibération mettant fin à la distribution de menus de substitution au porc dans les restaurants scolaires. La décision du maire LR, Gilles Platret, avait déclenché une controverse jusque dans son propre camp. Hier, le tribunal administratif de Dijon a estimé que cette décision méconnaissait « l'intérêt supérieur de l'enfant ». Le juge souligne, toutefois, qu'il ne prend « aucune position de principe à caractère général » et qu'il n'a pas examiné l'argument de la violation de la liberté de conscience et de culte, soulevé par la Ligue de défense judiciaire des musulmans, l'association à l'origine du recours contre la délibération municipale. Maître Jean-Baptiste Jacquenet-Poillot, l'avocat de la partie requérante, pense avoir désormais « un maximum de chances » de gagner contre la « vingtaine » de décisions similaires prises ailleurs en France. Pour sa part, le Rassemblement des musulmans de France s'est réjoui du jugement du tribunal.

« Fichier religieux »


Dans son jugement, la juridiction avance trois arguments principaux : ces menus étaient proposés depuis 1984 « sans jamais faire débat » ; la Ville n'a pas motivé sa décision par une contrainte technique ou financière ; et elle n'a pas « démontré l'impossibilité d'une méthode alternative pour éviter que les enfants ne soient fichés ou regroupés selon leurs choix » alimentaires. Un « fichier » à caractère « religieux », selon Gilles Platret, auquel sa mesure aurait permis de mettre fin. « Pas un enfant n'est sorti des cantines de Chalon en ayant faim », avait-il fait valoir.
 

Le Télégramme, 29 août 2017

Chalon-sur-Saône: la suppression des menus sans porc à la cantine décidée par un maire de droite en 2015 annulée... Et à Morlaix?
DISCRIMINATIONS
Chalon-sur-Saône : la justice annule la fin des menus sans porc dans les cantines
Par LIBERATION, avec AFP   (mis à jour à )

Visant les élèves musulmans au nom de la «laïcité», cette décision du maire LR Gilles Platret avait mis fin à une pratique ancienne qui n'avait jusqu'alors jamais suscité le débat.

Le tribunal administratif de Dijon a annulé ce lundi la décision de la ville de Chalon-sur-Saône qui avait supprimé depuis 2015 les menus de substitution au porc dans les cantines scolaires. Le tribunal a estimé dans son jugement (à lire ici) que «cette décision n’avait pas accordé, au sens de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, une attention primordiale à l’intérêt des enfants». «Il s’est ainsi prononcé, sans prendre aucune position de principe à caractère général, au regard du seul cas particulier des cantines scolaires de Chalon-sur-Saône», précise le tribunal dans un communiqué.

Le conseil municipal de Chalon-sur-Saône avait voté en septembre 2015, à une large majorité, une délibération mettant fin à la distribution de menus de substitution au porc dans les restaurants scolaires, servis dans cette commune depuis 1984.

Cette mesure avait auparavant fait l'objet d'un recours en référé de la Ligue de défense judiciaire des musulmans en août 2015, recours qui avait été rejeté par le tribunal administratif de Dijon, lequel avait estimé qu'il n'y avait pas d'urgence à statuer. Ce qu'il a donc fini par faire deux ans plus tard.

A l'époque, le maire LR de la commune, Gilles Platret, s'était réjoui d'une«première victoire pour la laïcité».

Son tweet est donc démenti ce lundi par la justice.

Vendredi, le rapporteur public s’était prononcé pour l’annulation de la décision, estimant que cette mesure «a mis fin à une pratique ancienne et durable qui jusqu’ici n’avait pas fait débat».

LIBERATION avec AFP

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 07:29

Contrats aidés

Les victimes de la précarité basculent dans le néant

 

Les APL nourriraient l’appétit spéculatif des propriétaires ? Alors le gouvernement s’en prend aux locataires bénéficiaires. Les contrats aidés coûteraient cher et sont inefficaces contre le chômage ? Alors Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, préconise leur arrêt. Des salariés témoignent d’une décision qui leur met la tête sous l’eau. Premier député à avoir interpellé la ministre, le communiste Alain Bruneel réagit sur l’absence de solutions viables pour l’emploi portées par le gouvernement. Pour la CGT, dans un communiqué rendu public vendredi, « 7 500 euros par emploi (cela) n’est-il pas moins élevé que le montant du Cice, de 340 000 euros par emploi, bien souvent au seul profi t des entreprises du CAC 40, sans autre résultat que de nourrir les dividendes versés aux actionnaires »… À La Réunion, où 75 % de ces contrats sont supprimés, la rentrée a dû être reportée, démontrant la place prise par ces emplois dans le secteur public et associatif.

Le gouvernement a annoncé la réduction drastique des enveloppes allouées aux contrats aidés, laissant des milliers de bénéficiaires brutalement sur le carreau et mettant à mal un secteur associatif sacrifié aux économies budgétaires.
Le coup de massue a surpris tout le monde. Le 9 août, Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, déclarait que les contrats aidés étaient « coûteux » et « pas efficaces dans la lutte contre le chômage ». Le gouvernement a rapidement mis son plan d'économie drastique à exécution. Dans la foulée, la direction de Pôle emploi en Île-de-France a reçu l'ordre de la délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) de geler toutes les prescriptions de CUI (contrats uniques d'insertion) et de CAE (contrats d'accompagnement dans l'emploi). Une mesure brutale qui concerne aussi bien les renouvellements que les nouveaux contrats. Les seules exceptions admises étant notamment dans le domaine de l'éducation nationale et pour les adjoints de sécurité. Les premières lueurs d'inquiétude ont commencé à poindre chez les titulaires de ces contrats, réservés aux allocataires du RSA, aux personnes éloignées de l'emploi ou sans formation.
DES CENTAINES DE MILLIERS DE PERSONNES SUR LE CARREAU

Laura, 28 ans, en CUI depuis un an dans une structure culturelle à Rennes (Illeet-Vilaine), n'a pas tardé à recevoir un mail alarmiste de son conseiller Pôle emploi. « Il m'a demandé de renvoyer au plus vite ma convention signée pour espérer que mon renouvellement soit pris en compte. » Pour la jeune femme, les vacances deviennent source d'angoisse. « Mon prolongement ne devait pas poser de problème ; là, je suis dans l'incertitude la plus totale, sans savoir si je vais pouvoir continuer au mois de septembre. Je suis méga stressée rien qu'à l'idée de retourner au chômage. » En charge de tâches administratives, de la gestion, de la production, elle est un maillon central de la petite association. « Je suis investie sur un projet qui ne se fera pas si je ne suis plus présente ; mon départ mettrait aussi en péril le devenir de la structure. Mon employeur aurait éventuellement les moyens de me faire un CDD de deux mois, mais pas plus. » Elle ne fait pas pour autant l'apologie de ce type de contrat. « Ce CUI est clairement une béquille. Avec 1 200 euros d'indemnités par mois, on ne va pas bien loin. Mais j'ai eu la chance que les 150 heures de formation obligatoire soient respectées par l'employeur, ce qui n'est pas le cas de nombre de gens que je connais. »

Avec ces coupes claires dans les budgets, ce sont des centaines de milliers de personnes qui vont se retrouver sur le carreau. Sur l'année 2017, le gouvernement prévoit seulement 293 000 contrats aidés, dont 110 000 nouveaux contrats au deuxième semestre (dont une moitié irait à l'éducation nationale). Une chute drastique par rapport l'année 2016 qui avait vu 459 000 emplois signés.

DES BÉNÉFICIAIRES SANS AUCUNE SOLUTION

« Les contrats aidés sont un pis-aller en termes de politique de l'emploi, mais on s'attaque encore à l'emploi précaire, considère François Millet, du Snu-Pôle emploi Île-de-France. Je pense que toute la violence sociale de cette décision n'a pas encore eu le temps d'émerger, beaucoup de gens ne sont pas au courant. » Si le gouvernement évoque un grand plan d'investissement à venir sur la formation professionnelle et l'apprentissage en contrepartie de cette coupe massive, en attendant, les bénéficiaires privés de leurs contrats se retrouvent sans aucune solution. « Leur argument est assez creux. L'arrêt de certains CUI-CAE ne se traduira pas par des formations à la hauteur », poursuit le syndicaliste.

Ces contrats aidés, qui coûtent chaque année en moyenne 3 milliards d'euros à l'État, sont largement utilisés comme une arme antichômage à court terme depuis la création des travaux d'utilité collective (TUC), en 1984. Ils n'ont cessé de servir d'amortisseur en période de crise économique et de tenter de palier les échecs des politiques sur le front de l'emploi, comme cela a été le cas durant le quinquennat de François Hollande. À moyen terme, leur bilan est mitigé. « Une amélioration limitée de l'insertion professionnelle des bénéficiaires » est constatée par la Dares dans une étude datée de mars 2017.

« On est critique de ce genre de contrat, lance d'emblée Florian Martinez, porteparole du syndicat Asso, les bénéficiaires ne touchent pas de prime de précarité, n'entrent pas dans les seuils sociaux de la structure, mais leur suppression ne sera pas remplacée par un emploi. C'est un vrai plan social éclaté, un drame humain qui se prépare. »

Les associations n'ont pas tardé à tirer la sonnette d'alarme. Déjà prises à la gorge par la faiblesse des subventions publiques, ces structures n'ont souvent pas d'autre choix que de recourir à ce type de contrats pris en charge par l'État à hauteur de 55 % à 80 %.

La nouvelle passe d'autant plus mal que certaines structures remplissent des missions d'utilité publique. Comme l'Association des quartiers du marché-gare, spécialisée dans l'aide aux devoirs à Montauban (Tarn-et-Garonne), qui n'a pas vu renouveler son contrat aidé. Une catastrophe pour son président, André Gréder. « Notre activité existe depuis trente ans ; comme un de nos professeurs ne peut pas rester, nous allons devoir réduire la voilure. Nous

sommes une des pièces maîtresse de la vie sociale du quartier, mais nous n'avons même pas de quoi embaucher un emploi statutaire. Nous sommes tout le temps obligés de nous battre pour trouver des financements, pour chercher des fonds. Nous avons interpellé le préfet, le conseil régional, le député, nous attendons des réponses.» Tout un pan des services publics est aussi menacé de rupture par ce tour de vis. Sur l'île de La Réunion, la rentrée des classes a même dû être décalée de cinq jours faute de personnel (voir article cicontre). Si la CGT déplore « une grosse erreur» quant à la soudaineté de la réduction des contrats aidés, elle réclame aussi que les postes habituellement en contrats de ce type dans l'éducation nationale « soient budgétés » pour des contrats normaux et que les actuels bénéficiaires du dispositif « soient ainsi recrutés sur des postes », à un moment où les besoins en service public n'ont jamais été aussi croissants. Au Secours populaire de Montauban, en pointe sur les questions de solidarité et de lutte contre la pauvreté, l'impact est également redoutable : « Nous avons cinq contrats aidés, dont deux qui ne seront pas prolongés, lance Francette Noël, présidente de l'association. Ça va être très compliqué de continuer à fonctionner, à recevoir 30 à 40 familles tous les après-midi. »

Gérard, en charge de la communication au Secours populaire, est un de ces employés contraints au départ. À 57 ans, avec un statut de travailleur handicapé, il n'a pas grand espoir de retrouver un emploi. « J'ai appris ça du jour au lendemain, bim, c'était fini. Je vais rédiger des CV, aller à Cap emploi (équivalent de Pôle emploi pour les personnes en situation de handicap), mais je ne me fais pas d'illusions. » Malgré la faiblesse des revenus de son contrat aidé, 650 euros par mois, « juste une blague », précise-t-il, Gérard regrette que ces économies budgétaires frappent une nouvelle fois en priorité « des hommes et des femmes qui n'ont pas besoin de ça. Cela complique aussi la marche d'associations aux missions plus qu'utiles et qui ont déjà subi la suppression de la réserve parlementaire »...

Pour ces laissés-pourcompte, le retour au chômage ou la perspective de postes encore plus mal payés est un crève-coeur.Frédéric Martinez entrevoit déjà une entourloupe: «On n'arrête pas d'entendre que les objectifs de services civiques ne sont pas remplis; une partie des contrats aidés pourrait basculer sur ces missions encore plus précaires (indemnisés 570 euros par mois en moyenne), alors qu'il faudrait au contraire plus de moyens pour le secteur associatif pour créer de l'emploi de qualité. Seules 53 % des personnes travaillent en CDI.» Mais avec ces tailles budgétaires à la serpe sur les contrats aidés et une réforme du Code du travail en voie de casser le CDI, la précarisation généralisée est bien en marche.

 

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« LA SUPPRESSION DES CONTRATS AIDÉS, C’EST 280000 PERSONNES QUI SE VERRONT RELÉGUÉES DE CONTRATS PRÉCAIRES AU RANG DU CHÔMAGE», LA CGT.

 

« C'EST UN VRAI PLAN SOCIAL ÉCLATÉ, UN DRAME HUMAIN QUI SE PRÉPARE. » FLORIAN MARTINEZ, PORTE-PAROLE DU SYNDICAT ASSO

 

 

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 14:29
photo Ouest-France

photo Ouest-France

Recueilli par Patrice Moyon.

Pour Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, la réforme du Code du travail ne créera pas d’emplois. La CGT a d’ores et déjà appelé à une mobilisation le 12 septembre alors que le gouvernement s’est gardé de révéler ses arbitrages sur les sujets sensibles. Entretien.

Alors que des concertations sur les mesures de la réforme du Code du travail s’achèvent aujourd’hui entre les partenaires sociaux et le gouvernement, Philippe Martinez, le secrétaire général de la GT répond à Ouest-France.

Relancer le dialogue social, c’est plutôt une bonne idée ?

Philippe Martinez : Le dialogue social existe déjà dans les entreprises. L’objectif, avec la réforme du Code du travail, c’est d’abord de poursuivre ce qui a été entamé l’an dernier avec la loi El Khomri et n’a pu être achevé grâce aux mobilisations que l’on a connues. On en est à la septième ou huitième réforme du droit du travail depuis Chirac. Est-ce que cela a permis de faire baisser le chômage ? Non. Un petit boulot plutôt que pas de boulot : c’est la phrase que Macron aime prononcer. La volonté, c’est donc clairement de renforcer la précarité.

Vous avez appelé à une mobilisation pour le 12 septembre sans connaître le contenu de ces ordonnances. Surprenant.

On n’a pas joué la politique de la chaise vide. On a participé aux réunions qui ne sont pas des négociations. Même si le gouvernement se refuse toujours à nous donner un texte, on a des tendances lourdes qui nous permettent aujourd’hui d’assumer nos responsabilités.

Mais Force ouvrière (FO) ne vous suit pas. Pourquoi ?

C’est à eux qu’il faut le demander. Et pour l’instant, on ne connaît pas le contenu exact des ordonnances. La CGC n’appelle pas à manifester. Mais elle reste très critique. Des étudiants pourraient être là, tout comme les retraités et ceux qui sont concernés par la réforme de l’APL (Aide personnalisée au logement). Tous les ingrédients sont là pour une mobilisation.

Que craignez-vous avec cette réforme ?

L’inversion de la hiérarchie des normes nous inquiète. Un certain nombre de primes aujourd’hui négociées dans le cadre de la branche pourraient l’être dans le cadre de l’entreprise. C’est le cas des primes d’ancienneté.

De la même façon, aujourd’hui ce qui fait foi, c’est le contrat de travail. Demain, un accord d’entreprise prévoyant de travailler plus et de gagner moins pourrait être rendu obligatoire avec un licenciement en cas de refus. Et sans aucune possibilité de recours.

Une multinationale faisant des profits pourra mettre en avant des pertes dans une filiale française pour justifier des licenciements. On sait bien que par un simple jeu d’écriture comptable, on peut mettre un établissement dans le rouge.

Vous restez opposé à la fusion des institutions représentatives du personnel ?

Le comité d’entreprise, les représentants du personnel et le CHSCT seraient réunis dans une même instance. Je ne comprends pas qu’on fasse disparaître le CHSCT (Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail) au moment où l’on constate de plus en plus de souffrance au travail.

Sans CHSCT, plus de possibilité de recourir à une expertise indépendante ou d’agir en justice pour savoir si une réforme de l’organisation du travail aura des conséquences sur la santé. C’est aussi moins de moyens pour les salariés.

Et l’extension des contrats de chantier qui pourraient être étendus à d’autres secteurs que le bâtiment ?

Je ne sais pas comment ils vont les appeler. Mais ce sont des contrats précaires. On est dans l’inconnu. Là encore, on diminue les droits collectifs des salariés et leur rémunération.

Moins de 10 % des salariés français sont syndiqués. Pouvoir négocier sans passer par les syndicats pourrait sembler logique ?

Pas pour nous. Qu’est-ce qui mesure la représentativité des syndicats : le nombre d’adhérents ou les élections ? Est-ce que vous diriez que les partis politiques ne sont pas représentatifs. Et à elle seule, la CGT compte plus d’adhérents - 690 000 - que tous les partis réunis. Et les salariés votent. Vous voyez qu’on est représentatif. Se passer des syndicats, c’est le grand rêve du Medef

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 05:51

 

L’échange CSG contre cotisations sociales patronales épargne la finance et sera source de divisions.

Avec la baisse des APL, la fin des contrats aidés ou encore la rédaction des ordonnances de la loi travail, on croyait épuisée la réserve de mauvais coups de l’été. C’était sans compter l’annonce, hier, d’une hausse de la CSG dès le 1er janvier qui ne sera pas intégralement compensée par la baisse des cotisations maladie et chômage, comme Emmanuel Macron s’y était engagé initialement pour prétendument « augmenter le pouvoir d’achat ». Le ministère des Comptes publics a en e­ et indiqué que, si la hausse de 1,7 point de la CSG s’appliquerait bien dès la nouvelle année, la suppression des cotisations pour les salariés du privé qu’elle est censée financer se ferait en fait « en deux temps », avec une première baisse au 1er janvier et une seconde qui n’interviendra qu’à l’automne 2018. Plusieurs milliards d’euros seront ainsi subtilisés au pouvoir d’achat des Français entre les deux échéances pour réduire le déficit public, a confirmé le ministre Gérald Darmanin, sur Twitter. 

Avec la hausse de la CSG, le pouvoir d’achat va bel et bien être globalement amputé. Philippe Turpin/Photononstop

 

Le gouvernement a annoncé hier qu’il étalerait en 2018 la baisse des cotisations sociales des salariés du privé. Mais la hausse de la CSG, elle, s’appliquera dès le 1er janvier. Bilan : la promesse de « hausse » du pouvoir d’achat se transforme en purge au nom de l’austérité.

La manœuvre du gouvernement est astucieuse. D’une main, il rehausse la CSG pour tous ou presque, puisque l’assiette de cet impôt s’applique à tous les types de revenus : salaires du privé, du public, retraites, épargne, allocations chômage. Seuls les retraités percevant une pension de moins de 1 200 euros pour une personne seule et 1 800 euros pour un couple ne seront pas assujettis à la hausse de 1,7 point, ainsi que les chômeurs. De l’autre main, il rend une part de cet argent en baisse de cotisations sociales aux salariés du privé (les fonctionnaires et retraités n’étant pas concernés par cette mesure) pour que le solde sur leur salaire net soit positif, c’est à dire que le montant de la baisse des cotisations dépasse légèrement celui de la hausse de la CSG. Cela afin de faire croire que la promesse annoncée n’est pas différée : « Dès le 1er janvier, un gain de pouvoir d’achat bénéficiera aux salariés et aux indépendants », assure Bercy.

depuis le début, la mesure sent l’arnaque

Mais ce transfert ne sera que partiel : pour le reste, les sommes récupérées serviront à boucher les trous des budgets d’austérité de l’équipe Macron-Philippe pour rentrer dans les clous de la prévision de déficit public ramené à 2,7 % du PIB l’an prochain. Et, grâce à ces recettes nouvelles, à financer indirectement les autres priorités du gouvernement, comme la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) sur les patrimoines en actions.

Dans son communiqué, le ministre des Comptes publics n’indique pas le montant de ce qui sera ponctionné ainsi dans le porte-monnaie des ménages. Les Échos parlaient hier de plusieurs « milliards d’euros par rapport à la facture totale de cette réforme si la baisse totale des cotisations avait été immédiate ». « C’est gravissime », s’insurge le président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale, le député PCF André Chassaigne, pour qui ce choix met à nu « les vraies priorités » du gouvernement. « Une fois le voile déchiré de l’effet trompeur sur le pouvoir d’achat, reste un projet de liquidation du système de financement de notre protection sociale par la substitution de la CSG aux cotisations sociales. C’est la porte ouverte à une prise en main par l’État de la Sécurité sociale et à la baisse de ses recettes pour ouvrir petit à petit le secteur au privé », alerte l’élu du Puy-de-Dôme.

Tollé également à droite, sous la plume du président (LR) de la commission des Finances de l’Assemblée, Éric Woerth, sur Twitter : « L’augmentation des impôts c’est pour tout de suite, la baisse des cotisations c’est pour après, on dirait de la vieille politique. » Même le dernier carré des hollandistes a condamné la manœuvre, le député PS Stéphane Le Foll estimant que la hausse de la CSG va servir à faire « de la trésorerie. (…) Ce sont des choix politiques que je ne partage pas », a déclaré l’ex-ministre hier sur BFMTV.

De quoi alimenter l’opposition à une mesure qui, depuis le début, sent l’arnaque : faire supporter aux salariés du privé eux-mêmes une partie de la « hausse » de leur salaire net en piochant dans leurs cotisations, c’est-à-dire dans la partie brute de leur salaire. Les retraités et fonctionnaires étant mis à contribution pour financer l’autre partie. Une « opération blanche » pour le pouvoir d’achat total des Français, puisque les sommes distribuées d’un côté devaient être exactement compensées par la hausse de la CSG pour tous. Le capital n’étant que très peu mis à contribution grâce à la future taxe forfaitaire plafonnant l’imposition de leurs revenus à 30 % tout compris, inclus les prélèvements sociaux comme la CSG, ce qui les mettra à l’abri d’une mauvaise surprise fiscale. La répartition des richesses produites entre salaires et capital promet ainsi de ne pas être affectée par la mesure, à la différence de vraies augmentations de salaires.

Avec la publication du détail de sa mise en œuvre, le dispositif risque de tourner au jeu de massacre pour le pouvoir d’achat, car celui-ci va bel et bien être globalement amputé dans un premier temps. D’autant que Bercy n’évoque nullement un rattrapage du produit de la hausse de la CSG non reversé aux salariés du privé les trois premiers semestres de 2018 : le « gain (sic) sera amplifié par une seconde baisse des cotisations à l’automne », se contente de préciser le communiqué. Les Français « vont faussement gagner du pouvoir d’achat. On va leur donner ce qu’on leur prend dans leur poche. (…) Tout cela est une arnaque », a taclé hier le député de la France insoumise Éric Coquerel sur Europe 1.

Pour Macron, mieux vaut taxer les retraités que les riches

Les retraités et les fonctionnaires ont particulièrement du souci à se faire. Pour les premiers, aucune compensation ne viendra soulager la facture de l’alourdissement de la CSG. Sur ce point, Emmanuel Macron ne se renie pas : celui-ci estimait dès 2008, en tant qu’inspecteur des finances rapporteur au Conseil d’orientation des retraites (COR), que « la substitution progressive de la CSG aux cotisations sociales » contribue « à mieux répartir les prélèvements entre classes d’âge dans la mesure où la CSG est moins concentrée sur les classes d’âge d’actifs ». En clair : il vaut mieux taxer les retraités. Quant aux fonctionnaires, Bercy promet des « discussions » à l’automne pour « définir les modalités d’une compensation », sans que l’on en sache davantage aujourd’hui. Or, avec le gel du point d’indice décidé au début de l’été, leur pouvoir d’achat est déjà sévèrement entamé.

 

 

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 05:46

Entre les menaces sur la carte professionnelle, l’arrivée de plateformes d’opérateurs de voyage et l’essor des « visites gratuites », les guides-conférenciers voient leur métier, déjà fragile, se précariser. Et s’inquiètent de la manière dont sont reçus les touristes en France.

C’est un cocorico dont on ne cesse de se gargariser : la France est le pays qui accueille le plus de visiteurs internationaux au monde. En 2015, quelque 84,5 millions de touristes ont foulé le sol de l’Hexagone. En première ligne pour les accueillir et leur faire découvrir le patrimoine, les guides-conférenciers se définissent aujourd’hui comme « une profession en péril », selon les mots du syndicat professionnel des guides interprètes conférenciers (SPGIC). Si 10 000 personnes possèdent la carte professionnelle, seules 3 000 à 3 500 d’entre elles travailleraient en tant que guides-conférenciers. À Paris, ces derniers gagneraient entre 10 000 et 20 000 euros net annuels. La profession est fragile. Et sa précarisation ne date pas d’hier.

 

Un décret de 1992, déjà, rendait libre le guidage sur la voie publique. Mais la carte professionnelle reste aujourd’hui obligatoire pour la visite commentée des musées et monuments nationaux. « En 2014-2015, ils ont voulu nous mettre dans la loi Macron. Il fallait que n’importe qui puisse devenir guide car le diplôme constituait soi-disant un obstacle à l’emploi », se souvient Sophie Bigogne, secrétaire du SPGIC. Grâce à la mobilisation des guides-conférenciers et des parlementaires « qui voient dans leurs circonscriptions l’importance du tourisme », la simplification du métier n’aura pas lieu.

Un arrêté interministériel de décembre 2016 vient néanmoins refroidir les professionnels. Il permet « aux titulaires d’un diplôme conférant le grade de master justifiant au minimum d’une expérience professionnelle d’un an cumulé au cours des cinq dernières années dans la médiation orale des patrimoines » d’obtenir leur carte professionnelle, jusqu’alors réservée aux titulaires de la licence professionnelle de guide-conférencier et aux titulaires d’un diplôme de master ayant validé des unités d’enseignement spécifiques. « Un diplômé en chimie ou mathématiques, tant qu’il a le niveau master, peut donc demander sa carte de guide », s’indigne Sophie Bigogne. Si la syndicaliste reconnaît que dans certains lieux spécifiques, par exemple le musée de l’air et de l’espace, des guides spécialisés sont les bienvenus, elle perçoit dans cette mesure une dévalorisation de son métier.

D’autant que les guides provenant d’autres pays européens peuvent également obtenir cette fameuse carte, au nom de la réciprocité. Les formations sont pourtant loin d’être équivalentes. Ainsi, au Luxembourg, il suffit d’avoir suivi un cycle de 46 heures de cours ; dans les Flandres, en Belgique, aucune formation n’est obligatoire – quand celle-ci équivaut à 400 heures puis douze semaines de stage, selon les informations du SPGIC. « On ne demande pas de numerus clausus. Et on n’est certainement pas poujadistes, rappelle Pascal Réchard, le président du syndicat. On est une profession avec énormément d’étrangers ou de personnes d’origine étrangère. Au sein du syndicat, on a plusieurs nationalités. On demande juste une formation car quand on guide, on doit connaître le patrimoine, la culture et l’aire géographique spécifique. Il faut retourner à un vrai diplôme. »

Craintes d’ubérisation

Surtout, le métier fait face, comme tant d’autres, à une « ubérisation ». L’apparition de nouvelles plateformes constituerait une « concurrence déloyale » envers les guides traditionnels. Ce dont se défend Ralph Guyot-Jeannin, directeur général de la start-up française Cariboo, qui met en avant, interrogé par France 2 en mai dernier, des « guides locaux », auto-entrepreneurs. « Les guides locaux n’ont pas du tout remplacé les guides professionnels. On est venus étendre le marché. De plus en plus de gens commencent à consommer des guides, surtout des nouveaux consommateurs qui n’avaient jamais été adressés jusque-là. C’est vraiment très, très complémentaire. » Dans une interview accordée en 2015 au portail des professionnels du tourisme, TourMag, le co-fondateur du site, Jean-Régis de Vauplane, rappelle que la grande majorité des guides locaux de Cariboo sont étudiants. « Les guides-conférenciers sont des experts. C’est leur métier de guider. Quant aux locaux de Cariboo, ce sont des passionnés qui font cette activité comme un hobby. Nous ne sollicitons pas le même budget et ne proposons pas les mêmes produits. Ce que nous vendons, c’est une rencontre avec un “local”, ses passions et ses centres d’intérêts. Pas une visite guidée. »

Ce qui inquiète notamment le SPGIC, ce sont surtout les plateformes, souvent immatriculées à l’étranger, qui organisent des visites avec des guides en auto-entreprenariat. « Ils n’ont ni assurance, ni contrats, alors qu’ils sont dans un véritable lien de subordination », s’inquiète Sophie Bigogne. « Nous, les vieux, on travaille encore pour des agences de voyage ou de tourisme, mais les jeunes aujourd’hui n’ont pas le choix, ils doivent se mettre en auto-entrepreneurs pour travailler », regrette Pascal Réchard. Ce qui ne les empêche pas de mener la fronde.

En mai dernier, l’agence City Wonders, un des poids lourds du secteur, décide de revoir à la baisse sa grille tarifaire à compter de la haute saison 2017. Installée en Irlande, la société embauche, selon TourMag« environ 80 guides titulaires de la carte professionnelle pour faire visiter les musées et monuments nationaux aux touristes à Paris » – certification indispensable dans les musées et monuments nationaux. Les conférenciers, sous statut d’auto-entrepreneurs, se sont donc rassemblés au Louvre afin de manifester leur colère et d’en informer les touristes. Raphaëlle Froment-Meurice, guide détentrice de la carte professionnelle, a été leur porte-parole. Au Louvre, justement, elle gagnait 160 euros par visite groupée de trois heures. « Nous, on travaille en tant qu’indépendants, avec plusieurs agences. Nous n’avons pas de lien d’exclusivité, mais avec City Wonders, nous devions suivre un certain nombre de consignes : suivre un script avec des incontournables de visite, porter un drapeau à l’effigie de la société, faire la promotion de codes de réduction… C’était du travail salarial sans l’être. Ils nous ont dit que la vente de promos compenserait la baisse des tarifs. Ou alors, si on obtenait une bonne note sur TripAdvisor, avec notre nom cité, on pouvait toucher un bonus », se remémore-t-elle.

La réaction de la plateforme ne s’est pas fait attendre. La porte-parole a été « déréférencée », comme une grande partie de ses camarades de lutte, dont la majorité ne travaille plus avec la plateforme. « On a essayé de lutter contre un mastodonte. Ça a été très complexe », souligne la porte-parole.

« La société a tout simplement décidé de mettre fin à sa collaboration avec plusieurs d’entre nous et a procédé à de nouveaux recrutements. Plus encore, récemment encore, City Wonders faisait travailler au Louvre des personnes non titulaires de la carte professionnelle », dénoncent des guides dans Le Parisien, lesquels affirment travailler « sans interlocuteur en France, sans statut salarié, en recevant [leurs] plannings par intranet ». Le syndicat Sud s’inquiète également du recours par l’entreprise à des guides stagiaires. « Comment une entreprise qui ne possède aucun salarié en France peut-elle avoir recours à des stagiaires, qui plus est pour certains sous statut d’auto-entrepreneur ? », s’interroge-t-il.

Des inquiétudes européennes

Autre sujet de préoccupation : les visites (dites) gratuites, appelées « Free Tours ». « Ça se développe partout en Europe. Les personnes chargées de mener la visite, souvent non diplômées, sont rémunérées uniquement par leur pourboire. Mais elles doivent en reverser une partie à la plateforme, même quand elles ne gagnent rien », se désole Sophie Bigogne. La pratique inquiète, même au-delà de nos frontières, où elle s’installe également.

À Bruxelles, la RTBF s’était intéressée aux « dessous des visites guidées gratuites ». « Dès le départ, les guides rappellent aux touristes qu’ils subsistent grâce aux pourboires. Commence alors l’opération séduction. Le guide amuse le public, prend une photo pour la page Facebook de la société. Il devra ensuite reverser une commission par touriste à sa compagnie », raconte la télévision belge en expliquant que « cette évolution dans le secteur touristique fragilise la profession de guide, dont l’accès n’est pas réglementé en Belgique ».

Au Royaume-Uni, l’autorité britannique de contrôle de la publicité (ASA – Advertising Standards Authority) a donc pris les choses en main et « recadré les “free” walkings tours », annonce la Fédération nationale des guides interprètes et conférenciers (FNGIC). Outre-Manche, désormais, une visite annoncée comme gratuite devra réellement l’être et son cadre devra être aussi transparent. « Dès lors qu’un guide ne garde pas la totalité du montant de la rémunération et qu’il en reverse une partie (mise en commun, coûts de marketing ou de publicité reversés à l’organisateur, etc.), cela devra être mentionné explicitement sur l’annonce. Le terme de pourboire (tip) sera supprimé et remplacé par “paiement à discrétion” », rapporte la FNGIC.

En avril 2016, un document de la Commission européenne évaluait les professions réglementées en prenant l’exemple des guides touristiques, après une réunion en juin 2015. La République tchèque et la Pologne sont notamment citées dans la partie « déréglementation de la profession ». « En République tchèque, la profession de guide touristique a été déréglementée en 2008, malgré la forte protestation des organisations professionnelles », écrit la Commission. À la suite de cette réforme, le nombre de licences émises dans le pays a diminué de 45 % entre 2008 et 2010. « Les guides qualifiés ont été remplacés par des entreprises non qualifiées et non autorisées, relève la Commission. En outre, certains arguent que la prestation de services par l’intermédiaire des guides non qualifiés endommage l’image du pays et affecte donc tout le tourisme en République tchèque. »

Les effets néfastes de la déréglementation

En Pologne, le métier de guide touristique a également été déréglementé, afin d’ouvrir la profession au plus grand nombre de prestataires de services potentiels, « ce qui devrait entraîner une augmentation de la prestation de services », indique le rapport. Auprès de la Commission européenne, la Pologne fait cependant état « de certains effets néfastes de la déréglementation, comme une diminution de la demande de guides touristiques locaux, car les groupes étrangers apportent leurs propres guides », ou « l’augmentation de l’économie souterraine ». Tout ce que craignent les professionnels français.

« L’objectif annoncé est d’accueillir 100 millions de touristes en France en 2020, mais regardez les conditions dans lesquelles on les reçoit. Au Louvre, il y a même un sens unique dans la salle de Mona Lisa… », regrette Sophie Bigogne. Elle s’inquiète aussi du mauvais classement de la France en termes de recettes générées par le tourisme. En effet, malgré la première position en nombre de visiteurs, la France ne se hisse qu’à la quatrième place en ce qui concerne les revenus générés. Bien loin des États-Unis et de leurs 184,3 milliards d’euros, ou de la Chine et de ses 102,8 milliards d’euros, les recettes françaises n’étaient que de 41,4 milliards d’euros en 2015. Et l’arrivée des plateformes libéralisant le marché ne devrait pas aider, la majorité d’entre elles étant installées à l’étranger.

Pourtant, en décembre 2014, alors que la profession s’inquiétait de sa mise en péril par la loi Macron, l’ancien secrétaire d’État chargé de la réforme de l’État et de la simplification, Thierry Mandon, affirmait : « Je n’ai pas le sentiment que la volonté d’Emmanuel Macron [alors ministre de l’économie – ndlr] soit de baisser le niveau de qualité. Il n’y a pas d’avenir pour l’économie française dans le low-cost. C’est l’inverse. Le grand projet pour la France, c’est la qualité partout. » Les guides-conférenciers n’ont plus qu’à espérer que leurs inquiétudes soient entendues par celui qui est désormais à la tête de l’État.

 

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 05:51

Avec la perspective d'une nouvelle loi sur la transformation de l'économie, le gouvernement d'Édouard Philippe pourrait bien procéder à de nouvelles privatisations dans la droite ligne de la loi Macron et des politiques libérales précédentes.

 

Attention, sabordage en vue. En 2018, Emmanuel Macron et son gouvernement pourraient bien préparer une nouvelle loi sur « la transformation de l'économie ». Et son cortège de privatisations. C'est en tout cas ce qui se dit dans les couloirs du ministère de l'Économie et des Finances et que relève le Monde des 13 et 14 août. Bruno Le Maire, locataire de Bercy, souhaiterait en effet étendre sa loi-cadre censée aider les petites et moyennes entreprises (TPEPME) à « toutes les sociétés, quelle que soit leur taille ». Avec un calendrier mené tambour battant comme le reste des mesures de ce gouvernement de la République en marche (LREM). Parlementaires, patrons et organisations de salariés seraient consultés en automne prochain, tandis que des start-up et des sociétés de conseil devraient collaborer avec le ministère de l'Économie pour « élaborer des propositions ». Le texte devrait quant à lui être transformé en projet de loi dans la foulée (premier trimestre 2018) par Bruno Le Maire et Benjamin Griveaux, son secrétaire d'État.

 

DÉRÉGULATIONS TOUS AZIMUTS

Cette annonce de dérégulations tous azimuts n'est pas une surprise venant d'un gouvernement choisi sur mesure par Emmanuel Macron. Avant d'occuper les bureaux de Bercy sous le quinquennat Hollande, celui-ci avait déjà pointé les secteurs publics de l'économie et les acquis sociaux à démanteler lorsqu'il a rédigé le rapport de la commission Attali en 2008. Aux manettes de l'économie française de 2014 à 2016, il s'est empressé de joindre le geste à la parole en libéralisant le transport interurbain par autocar et en dérégulant le travail du dimanche. Avec la promesse de créer 22 000 emplois et de décupler la croissance dans les commerces désormais ouverts tout le week-end, on allait voir ce qu'on allait voir. Las, deux ans après la promulgation de la loi Macron à coup d'article 49-3, il serait pourtant bien hasardeux de défendre ces mesures pour justifier de poursuivre dans cette voie. L'horizon des 22 000 emplois créés s'éloigne de plus en plus avec à peine 1 500 nouveaux postes comptabilisés par les services ministériels.

Les alléchants prix bas affichés pour concurrencer le rail se sont bien vite heurtés au mur de la rentabilité économique, qui a conduit deux sociétés de bus (sur les cinq présentes au moment de la libéralisation) à mettre rapidement la clé sous la porte. Quant au travail du dimanche, même les économistes libéraux étaient forcés d'admettre que son effet sur le chiffre d'affaires des commerçants était insignifiant, les dépenses de consommation se répartissant sur une durée plus longue sans pour autant augmenter.

 

CONTINUITÉ IDÉOLOGIQUE

Sans efficacité prouvée, pourquoi alors s'obstiner à privatiser si ce n'est par continuité idéologique ? La réponse est sans doute à chercher dans ces libéralisations qui se profilent avec cette future loi sur la transformation de l'économie prévue pour l'an prochain. Une idée fixe d'Emmanuel Macron, qui, après avoir sorti discrètement par la fenêtre son projet #noé (« nouvelles opportunités économiques ») destiné à favoriser l'entreprise et mort-né face à la mobilisation contre la loi travail, s'apprête à le faire revenir par la porte. Plus ravageur encore puisque, en juillet dernier, dans une réponse à la question écrite de la sénatrice Fabienne Keller (LR), Bruno Le Maire annonçait déjà que le gouvernement allait « céder les participations de l'État dans un certain nombre d'entreprises publiques », avec des mesures prises, selon lui, dès le mois de septembre. Même si les secteurs concernés ne sont pas tous connus pour l'instant, des risques pèsent sur des activités comme les réseaux téléphoniques ou encore l'aviation civile. Là encore, on peut y voir la poursuite de mesures déjà prises sous le mandat de François Hollande puisque, dans la loi qui portait son nom, Emmanuel Macron avait déjà procédé à l'ouverture du capital d'aéroports régionaux tels que Toulouse, Nice ou Lyon. Au prétexte de dégager des fonds à hauteur de 10 milliards d'euros pour financer de « l'innovation », le gouvernement pourrait céder aux appétits de Vinci, qui lorgne depuis longtemps sur Paris Aéroport (anciennement Aéroports de Paris), dont la société est déjà actionnaire à hauteur de 8 %.

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 05:49

Nicolas Pluet Militant communiste à La Ciotat

 

Le Jour du dépassement correspond au moment où l'humanité a consommé l'ensemble des ressources naturelles renouvelables que la terre peut générer en une année. En 2017, le jour du dépassement tombe le 2 août. Il faudrait donc 1,7 planète pour couvrir les besoins de l'année. Selon la même méthode d'estimation, par l'ONG états-unienne Global Footprint Network, en 2007, c'était le 19 août ; en 1997, le 2 octobre ; en 1987, le 25 octobre ; en 1977, le 13 novembre ; en 1971, le 24 décembre. L'humanité, en 1971, s'engageait dans la logique du dépassement...

Cette course au gouffre pose à toute l'humanité un problème majeur et nous alerte tous. Mais le silence quasi général sur quelques questions essentielles est atterrant. Combien faudrait-il de planètes dans un monde où nous en aurions fini avec les scandales les plus gigantesques ?

• Les 500 millions d’individus les plus riches vivant sur la terre (soit 7 % de la population) sont responsables d’environ la moitié des émissions mondiales de CO2, alors que les 50 % les plus pauvres ne produisent que 7 % des émissions. Et on estime que 90 % des personnes concernées par les désastres « naturels » liés au réchauffement habitent dans des pays ou régions pauvres…

• 2016 : les huit personnes les plus riches du monde ont plus que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Combien de milliers de planètes faudrait-il pour généraliser le niveau insensé de leur gaspillage ?

• 2014 : 80 % de la population mondiale se contente de 5,5 % des richesses.

• Les échanges mondiaux de marchandises ont été multipliés par 200 depuis 1950, quand le PIB mondial n’était multiplié que par 7. Objectif : mettre en concurrence les peuples, à qui acceptera le salaire le plus bas.

Conséquences : surexploitation, profits, ruine des paysanneries, profits, explosion des transports internationaux, profits, explosion des émissions de CO2, profits.

• 1 680 milliards de dollars dans le monde en 2011 pour les armements. Deux fois plus qu’en 2002. Pour quelle utilité sociale ? Avec quels risques ? Avec quel impact sur la planète ?

• La durée de vie des équipements diminue, alors que les techniques sont plus fiables. L’obsolescence programmée multiplie les profits mais pèse sur la planète.

• La débauche mondiale de dépenses publicitaires s’accélère. En 2017, on en est à 500 milliards de dollars. Pour quelle utilité sociale ? Avec quel impact sur la planète ?

• Monsanto et d’autres nous inondent de pesticides. Le coût est triple : celui de leur production (environ 40 milliards de dollars dans les années 2000), celui des victimes humaines et animales, celui de la réparation. La fusion avec le géant Bayer laisse prévoir bien pire.

• L’hypertrophie de la finance (73,5 fois le PIB mondial en 2007) est l’outil principal de ces pillages et de ces dérives mortelles pour l’humanité et la planète.

Alors, décroissance ? Résolument oui ! Mais pour qui ? Et pour quoi ? Faisons décroître les richesses obscènes et les gaspillages des riches. Chez nous aussi. Une petite du patrimoine. Si toute la population française disposait de la même richesse que la tranche intermédiaire (le 5e décile), la situation de 40 % de la population s'améliorerait. Elle s'améliorerait même énormément pour les plus pauvres ; les riches seraient beaucoup moins riches et, globalement, la décroissance serait de 55 %... À l'échelle du monde entier, même logique, mais des marges encore plus grandes, car les 10 % les plus riches disposent de

Décroissance pour les industries d'armement ? Oui ! Beaucoup et vite ! Décroissance pour l'hypertrophie de la mondialisation capitaliste et ses dégâts croissance du gâchis d'équipement par des équipements durables et réparables. Décroissance massive de la production des pesticides. Décroissance de la publicité, pour aller vers une simple information. Laisser l'essentiel des réserves de charbon, de pétrole et de gaz dans le sous-sol ? Oui, en commençant par réduire les consommations des pillages et des gâchis.

Posons ces questions en fonction de l’intérêt des classes sociales qui vivent de leur travail. Les possibilités d’actions unies deviendront immenses. Mettons en lumière que ces objectifs supposent de dépasser le système capitaliste pour en sortir enfin. C’est un chemin nouveau et indispensable.

À ceux qui font – très justement – observer que l’URSS en son temps fut responsable de considérables gâchis écologiques, n’ayons pas d’hésitation à dire que l’URSS fut surtout une forme de capitalisme d’État où le pouvoir n’était pas dans les mains du peuple. La très rapide reconversion des grands dirigeants russes vers le capitalisme mondialisé le prouve sans équivoque.

Demandons aux organisations qui sont capables d’évaluer le jour du dépassement de se poser les questions en ces termes, pour affiner leurs évaluations. La conclusion serait sans doute que, au prix de ces décroissances socialement sélectives, une planète devrait suffire au bon

 

« L'EMPREINTE ÉCOLOGIQUE » COMPTABILISE LA PRESSION EXERCÉE PAR LES HOMMES SUR LES RESSOURCES NATURELLES.

 

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 05:47

La série « Macron, première saison » s’achève. Voici le président rattrapé par le réel : une politique ancrée à droite ; des mesures impopulaires ; l’absence de relais politiques. Le chef de l’État va mettre les mains dans le moteur. C’est le moment où l’on se les salit et où l’on se fait pincer les doigts.

Emmanuel Macron a choisi de devancer Jean-Michel Blanquer. On sait le grand projet du ministre de l'éducation : accueillir en chansons et en musique les élèves du primaire et du secondaire dans tous les établissements, lors de la rentrée scolaire du lundi 4 septembre. Ce sera gai, positif, motivant et convivial en diable, a fait valoir le ministère, enjoignant aux enseignants, parents d'élèves et chefs d'établissement de rejouer la fête de la musique. À la veille de ce week-end de rentrée politique, où La France insoumise mobilise des milliers de partisans à Marseille, où les Verts rêvent résurrection à Dunkerque et où la droite se rencontre, le pouvoir se mobilise également pour parler, et parler beaucoup, afin de chanter les louanges de sa politique.

Mais l’« Hymne à la joie », qui accompagna les premiers pas d'Emmanuel Macron, place du Louvre le 7 mai, est bel et bien terminé. Après Beethoven, c'est un peu Gaston Ouvrard version « Je ne suis pas bien portant » que l'on croit entendre, tant le mirage Macron se dissipe. Fini, les postures gaulliennes, la « voix retrouvée » de la France dans le monde, les poignées de main viriles avec Donald Trump. Revoici la politique au quotidien, ses contraintes et chausse-trappes, ses réformes, ses équations budgétaires. Et revoici les réalités sociales d'un pays fracturé, marqué par un chômage de masse que confirment les chiffres de juillet : augmentation de 35 000 du nombre de chômeurs de catégorie A ; 6 millions de demandeurs d'emploi, catégories A, B et C, selon les chiffres de Pôle emploi publiés jeudi.

La griserie élyséenne achevée, le président de la République se trouve confronté à une triple difficulté : une politique économique clairement ancrée à droite ; des mesures impopulaires ; une absence spectaculaire de relais politiques efficaces capables d'expliquer, de faire la pédagogie de l'action du pouvoir.

D'où la volte-face présidentielle. Le 15 mai à Berlin, Emmanuel Macron déclarait pour ne pas répondre à une question de journaliste qu'il était bien résolu à ne jamais parler de politique intérieure depuis l'étranger. Il vient de faire exactement l'inverse mercredi et jeudi, à l'occasion d'un déplacement en Europe centrale, faisant montre par ses arguments d'une fébrilité certaine.

« La France n'est pas un pays réformable, les Françaises et les Français détestent les réformes (...), c'est un peuple qui déteste cela. Il faut lui expliquer où on va, et il faut lui proposer de se transformer en profondeur... », a-t-il dit jeudi à Bucarest. « La France est redevenue une société de statuts », a répété le président. Un pays arcbouté sur le statu quo et les rentes de statut… C'est une vieille antienne, qui fut par exemple utilisée longuement par Alain Juppé en 1995 quand il dut battre en retraite face aux mobilisations sociales… L'argument est un classique de la droite, qui a toujours expliqué sa difficulté ou ses échecs à mener des « réformes » – les fameuses « réformes structurelles » voulues par les néolibéraux – par on ne sait trop quel irréductible caractère gaulois !

Emmanuel Macron prend acte à son tour. Mais il s'est bien gardé de commenter, de corriger, de donner un signe sur ce qui constitue désormais son principal problème politique : l'ancrage à droite de sa politique et de ses choix économiques. Quasi-suppression de l'ISF, allègement de la fiscalité sur les revenus financiers, diminution de l'APL, rabotage des budgets (ceux de l'université, de la santé, de la défense), limitation ou fin des contrats aidés – et en particulier des contrats d'avenir à destination des jeunes –, hausse de la CSG partiellement compensée par la baisse des cotisations sociales… À ses choix budgétaires, qui soignent les fortunés et frappent les plus faibles mais aussi les classes moyennes (lire ici l'article de Martine Orange), s'ajoutent les ordonnances réformant le code du travail pour mieux « flexibiliser » donc précariser plus encore le salariat, et s'annonce un bouleversement de l'assurance chômage.

Le « et droite et gauche », le « en même temps et en même temps », mantra du candidat Macron, a donc disparu avec les premiers choix de politique économique du pouvoir (lire ici l'article de Romaric Godin). À tel point qu'au-delà des avertissements du revenant François Hollande, des interrogations naissent au sein même de la majorité présidentielle. François Bayrou, dans Le Point, s'inquiète de « l'atmosphère suscitée par la hausse de la CSG et, en même temps, certains avantages fiscaux pour les plus favorisés », en estimant que ces orientations ont « fâché une partie des retraités et des fonctionnaires ». Et de tancer directement le pouvoir en place : « L'opinion ne voit pas clairement la direction, le but que l'on se fixe. »

Sorti de sa retraite, Alain Juppé, dont l'ancien bras droit Édouard Philippe est aujourd'hui à Matignon, estime qu'il n'est plus temps d'attendre de voir et que le macronisme n'est qu'une « mousse » communicationnelle. La droite pourrait pourtant se réjouir, non seulement de voir certains des siens (Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et le premier ministre) porter la politique économique du nouveau pouvoir, mais aussi de prendre acte qu'aucun signe n'a à ce jour été donné, aucune mesure prise, à destination de cet électorat de centre-gauche ou socialiste qui a élu Emmanuel Macron.

Panne de communication, faiblesse politique

Car c'est aujourd'hui le problème d'Emmanuel Macron : il a conquis le pouvoir par le centre et il l'exerce par la droite, dans une version presque giscardienne qui efface toutes les promesses de renouveau, d'innovation politique et de solidarité qu'avait cru entendre une large partie de son électorat. Le bricolage budgétaire conduit par le ministre Darmanin, plutôt qu'un vrai collectif budgétaire qui aurait permis d'afficher des perspectives, achève de lever les éventuels espoirs pour leur substituer une austérité pas même assumée. Tout comme le verrouillage organisé du parti LREM, via l'adoption de statuts, a renoué avec la vieille politique.

Face à ses premières difficultés, le chef de l'État brandit un autre vieil argument : après la France « non réformable », celui du déficit d'explication. « Il faut expliquer où on va », a martelé Emmanuel Macron depuis la Roumanie. À l'Élysée, l'entourage présidentiel s'inquiétait déjà de la façon dont la loi sur la modernisation de la vie politique n'avait pas su être expliquée, vantée et vendue à l'opinion. Quant à la première session parlementaire, elle a mis en scène un groupe parlementaire LREM certes surpuissant numériquement mais faible politiquement, laissant les députés de La France insoumise donner le tempo et occuper les tribunes.

De Gaulle pouvait camper dans les azurs élyséens parce qu'il s'appuyait sur un parti de grognards (l'UNR), sur un solide premier ministre (Pompidou) et sur des parlementaires de choc (Alexandre Sanguinetti, par exemple). Emmanuel Macron, à l'issue de sa marche césarienne vers le pouvoir, découvre ce qu'est la solitude. Le ministre Darmanin s'enferre dans le grotesque pour défendre la baisse des APL, jusqu'à demander aux propriétaires de baisser les loyers. Avant lui, c'est la députée Claire O'Petit, passée en quinze ans du PS à l'UDF puis au MoDem, qui s'était distinguée par cette brillante saillie : « Si à 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève cinq euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? » Une sorte de remake du Jacques Séguéla de : « Si à 50 ans t’as pas une Rolex, t'as raté ta vie »

On ne le répétera jamais assez : pour la rentrée, il faut se pré-pa-rer ! pic.twitter.com/MrQJuQqYsd

— Brut FR (@brutofficiel) 24 août 2017

Et voilà qu'Édouard Philippe, envoyé en mission d'urgence pédagogique sur BFM jeudi matin, se prend à son tour les pieds dans le tapis, bafouillant, ne sachant que répondre à certaines questions de Jean-Jacques Bourdin. Le premier ministre revendiquait volontiers en juin un rôle d'exécutant scrupuleux de la politique du président de la République. Il n'est pourtant ni directeur de cabinet, ni « collaborateur », comme aurait dit Sarkozy, mais chef de gouvernement, donc chargé d'expliciter les enjeux du projet politique du pouvoir, le calendrier et les raisons des réformes. Édouard Philippe n'y est jusqu'alors jamais parvenu, exposant ainsi un peu plus Emmanuel Macron.

D'où le grand retour de la parole présidentielle… et des indiscrétions élyséennes ! D'Autriche et de Roumanie ont été distillées les confidences. Le président a reçu quelques journalistes pour parler en « off », un exercice qu'il s'était juré de ne pas pratiquer après les incessants bavardages de François Hollande. L’Élysée revoit sa stratégie de communication, annonce-t-on. Le président pourrait même parler dès la semaine prochaine. Et plus si affinités. Oui, apprend-on, Emmanuel Macron réfléchit à une intervention publique régulière, une ou deux fois par mois, peut-être par voie radiophonique.

L'exercice n'a pas comme seul précédent les conversations au coin du feu du général de Gaulle et de Michel Droit (« Droit, journaliste, homme de lettres, de cinq dirons-nous », a écrit Serge Gainsbourg). Laurent Fabius, quand il était « le plus jeune premier ministre de la France », a également tenté l'exercice en 1984 et 1985, sous la forme d'un entretien hebdomadaire avec Jean Lanzi sur TF1… Cela s'appelait « Parlons France » et la propagande fut si vite oubliée ou ridiculisée qu'elle n'empêcha pas la défaite électorale du pouvoir socialiste en 1986.

Dans le cas d'Emmanuel Macron, l'argument de la panne communicationnelle et d'un premier ministre ne pouvant se défaire d'un costume gris-énarque-techno cache un problème politique plus grave : celui de la faiblesse politique de ce pouvoir et de la fragilité de ses bases. Où sont les poids lourds, quelles sont les grandes voix identifiées, qui sont celles ou ceux à même de relayer autrement que par la novlangue technocratique le projet présidentiel ? Qui sont celles ou ceux à même de transformer une dynamique électorale victorieuse en une force politique organisée ?

Les mobilisations de septembre

Jamais un gouvernement n'aura été aussi absent du débat public, avec des ministres – à l'exception de celui de l'éducation – muets ou cantonnés dans d'étroites explications sectorielles. Les statuts de l'ensemble des salariés sont en passe d'être bouleversés et la ministre du travail Muriel Pénicaud n'a jamais délivré un long entretien ou accepté une confrontation ou un débat sur le contenu des ordonnances réformant le code du travail. A-t-on entendu la ministre de la défense, malgré la coupe du budget de la défense et le limogeage du chef d'état-major des armées, première crise politique du quinquennat ? Sait-on à quoi s'occupe la ministre de la culture ou le secrétaire d'État au numérique ? Le ministre de l'agriculture a-t-il seulement un projet (pour rappel, la liste du gouvernement peut être consultée ici) ?

Dans le même registre, la première session parlementaire a montré l'absence de relais politiques efficaces au sein des groupes parlementaires (LREM et MoDem) de la majorité présidentielle. Les absences ou fausses manœuvres du président de groupe LREM Richard Ferrand, par ailleurs visé par une enquête préliminaire et empêtré dans des affaires immobilières, ont été critiquées jusque dans son propre camp.

Le discours d'Emmanuel Macron, jeudi à Bucarest. Défense et explication de son projet commencent à 19'38" :

Discours d'Emmanuel Macron à la communauté française en Roumanie © Présidence de la République

La prochaine session parlementaire ne débutant que le 3 octobre (voir calendrier ici), les députés du président auront peut-être le temps de se mettre en ordre de marche d'ici là. Mais c'est moins un Parlement à sa main qui inquiète en cette rentrée l’Élysée que les mouvements sociaux qui pourraient surgir dès ce mois de septembre. La manifestation du 12 septembre, initialement appelée par la seule CGT contre les ordonnances et la réforme du code du travail, pourrait prendre une tout autre dimension au vu de l'addition de mesures impopulaires. La rentrée universitaire commence dès le début septembre et l'inconnue étudiante est toujours une menace pour le pouvoir.

L'autre échéance est celle du 23 septembre, avec le « rassemblement populaire contre le coup d'État social » appelé par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise. « On souhaite qu'il y ait des dizaines de milliers de personnes dans la rue, à Paris, qui viennent de toute la France », a déclaré vendredi Manuel Bompard, un des responsables de FI, à l'ouverture des journées de Marseille. Les Insoumis veulent faire de ce jour « un test national ». D'ici là, le président de la République aura parlé sous diverses formes au pays, assure l’Élysée. Emmanuel Macron pourra alors lui aussi tester ce que pèse désormais la parole présidentielle.

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 06:45
Béziers. Un carton rouge à Robert Ménard
OLIVIER MORIN
LUNDI, 21 AOÛT, 2017
L'HUMANITÉ
près de 150 manifestants qui ne sont pas passés inaperçus samedi... Anouchka Comushian
près de 150 manifestants qui ne sont pas passés inaperçus samedi... Anouchka Comushian
 

Rassemblés pour leur camp d’été, les jeunes communistes en ont profité pour mener une démonstration publique dans la ville dirigée par le maire d’extrême droite.

«Si j’avais 20 ans, je serai derrière la banderole avec ces jeunes », s’exclame une retraitée qui interrompt sa promenade dans Béziers, intriguée par un rassemblement massif de jeunes, drapeaux rouges déployés. Ce samedi, ils sont près de 150 militants du Mouvement jeunes communistes de France (MJCF) dans les rues de la ville dirigée par le maire d’extrême droite Robert Ménard. Un rassemblement, en marge du camp d’été organisé par le mouvement, pour alerter sur la destruction du Code du travail engagée à coups d’ordonnances par le gouvernement. « Avec le soutien du maire de Béziers et de sa femme (Emmanuelle Ménard – NDLR), élue récemment députée », précise Aimé Couquet, élu d’opposition (PCF) venu apporter son soutien au rassemblement. À deux pas de la place Jean-Jaurès en travaux, sous les oriflammes au graphisme des années 1930 encore en place annonçant les festivités du 15 août, le conseiller municipal rappelle qu’au printemps 2016, Robert Ménard s’est déclaré « pour la loi travail ».

le MJCF entend démasquer les mesures racistes des élus

Une position qui rend perplexe certains habitants. Fannie, qui se décrit comme « biterroise d’origine », parcourt le tract qu’un jeune communiste vient de lui donner. Tout en déclarant « ne pas faire de politique », celle-ci se félicite des « résultats » obtenus par Robert Ménard dans la ville… mais reste sans voix quand elle apprend que ce dernier s’accommode bien de la loi travail. Quant à Emmanuelle Ménard, devenue députée en juin dernier, elle ne se cache pas avoir une « attitude constructive vis-à-vis des réformes dont le pays a besoin », arguant, dans un entretien au Figaro, que « les entreprises n’en peuvent plus » et qu’« une réforme du Code du travail est nécessaire ». « S’il n’y avait pas eu la loi sur le cumul des mandats, c’est Robert Ménard qui serait député maire », souligne Aimé Couquet pour qui l’édile d’extrême droite l’est déjà, « par délégation ». Il ajoute que c’est bien « à la réunification des droites » que travaille le couple Ménard. Lui-même en a fait l’expérience au conseil municipal lorsqu’à sa proposition de motion pour dénoncer les coupes budgétaires aux collectivités ou encore à celle dénonçant la casse des droits des travailleurs, il s’est vu opposer le refus du maire. « La gestion de la ville par Ménard, c’est du tape-à-l’œil… Voire du trompe-l’œil ! » estime Aimé Couquet.

À la tête des jeunes militants qui, tout en se dirigeant vers l’esplanade du théâtre, s’arrêtent pour discuter avec la population en distribuant des tracts, Camille Lainé, secrétaire générale du MJCF, explique que, si les élus d’extrême droite s’illustrent fréquemment par des positions et des mesures racistes et xénophobes, ils n’en sont pas moins des libéraux « qui défendent des politiques favorables au capital ». Un positionnement que le MJCF entend démasquer à travers l’action menée à Béziers et dans les débats de son camp d’été, qui se tient à Coursan (Aude), à quelques kilomètres. Avec des délégués venant de 25 départements différents, l’initiative, qui allie formation politique, éducation populaire et droit aux vacances, veut être un catalyseur des luttes en faveur de la jeunesse. « La journée de mobilisation du 12 septembre contre les ordonnances de Macron et la loi travail XXL ainsi que la Fête de l’Humanité seront des temps forts de la rentrée pour aller à l’offensive », annonce Camille Lainé, en écho aux tracts qui appellent à se rendre aux deux initiatives. De retour au parc Louis-Aragon de Coursan, qui accueille les 150 participants, l’heure est à la discussion avec les militants locaux et au partage d’expériences.

Une extrême droite aux multiples facettes...

Parmi les jeunes communistes présents, certains, venus du Nord ou encore du Gard, évoquent une extrême droite aux multiples facettes. Des cinq députés FN élus dans le bassin minier du Pas-de-Calais aux mairies conquises par l’extrême droite dans les départements méridionaux, les militants décrivent tous une violence à l’égard des chômeurs, des précaires et des réfugiés qui, « si elle s’exprime différemment en prenant parfois des accents sociaux », n’est en fait qu’une droite libérale, « le mépris et la violence en plus », s’accordent-ils à dire.

Nicolas Cossange, secrétaire départemental de la fédération PCF de l’Hérault et habitant de Béziers, décrit une extrême droite locale qui s’impose « avec peu de militants », mais qui mène une « véritable bataille idéologique sur le temps long ». Et tant pis si l’honnêteté est laissée au placard. Dans les rues de Béziers, qui s’apprête à commémorer sa libération du joug nazi durant la Seconde Guerre mondiale, des panneaux montrent un résistant portant un brassard FTP (Francs-tireurs et partisans) et annoncent la Fête de la Libération qui veut honorer ceux qui « ont versé leur sang pour le peuple de Béziers ». Une reproduction d’affiche historique de 1945. Sauf que sur l’originale était inscrit : « Ceux qui ont versé leur sang pour le peuple de Paris… » Les rabougrissements identitaires de l’extrême droite ne semblent pas avoir de limites.

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