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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 08:04

 

Non « l’affaire d’Alexandre Benalla » ne résume pas à une coupable « amitié romantique » entre un Président de la République imprudent et un jeune homme ambitieux un peu trop pressé, qui aurait pété un plomb.

Oui, il s’agit d’une affaire politique qui dépasse le destin personnel d’Alexandre Benalla. Rappelons d’abord le contexte du 1er mai : un mouvement social hétérogène et multiforme allant de la SNCF aux hydrauliciens en passant par les étudiants, qui se cherchait et dont les manifs du 1er mai pouvaient constituer une 1ère étape vers sa convergence vers une contestation générale de la politique d’Emmanuel Macron. Dans ce contexte le pouvoir a procédé dans les jours précédents à l’évacuation manu militari d’un certain nombre d’universités occupées, dont la fac de Tolbiac. 

À Paris, la manif du 1er mai fait l’objet de provocations majeures : le cortège syndical et politique est bloqué, coupé en deux puis copieusement gazé (je peux en témoigner comme nombre de mes camarades), alors que dans le même temps pendant plusieurs dizaines de minutes des centaines de casseurs très organisés se livrent tranquillement au saccage du boulevard de l’Hospital, sans intervention faute d’ordres des forces de police. Des clients d’un fast food incendié sont même mis en situation critique sans que les forces de l’ordre reçoivent l’ordre d’intervenir.

Pendant ces événements qui ressemblent fort à une provocation destinée à casser le mouvement social, Alexandre Benalla est vu et filmé avec un talkie-walkie au milieu du dispositif de police. Or ce type d’engin ne sert qu’à deux choses : donner des ordres et en recevoir. Questions quels ordres a reçu Alexandre Benalla et quels ordres a-t-il donné et à qui ?

Arrive l’affaire de la place de Contrescarpe : un rendez-vous apéro après la manif de militants libertaires et autres y était donné y compris via des sites Internet publics. Là aussi l’intervention de Benalla ne ressemble pas à un pétage de plomb, mais plutôt à une provocation réfléchie puisque l’individu n’intervient pas seul, mais de concert avec son collègue Vincent Crase, membre du SO de LREM, qui est armé d’un pistolet automatique à la ceinture. Dans la soirée d’autres provocations se produisent dans le quartier latin autour du lycée Henri IV et du Mdo du Luxembourg où de mystérieux groupes d’extrême droite attaquent et blessent des étudiants à coup de club de golf. Enfin dans la nuit un groupe de « policiers » (ou peut être de pseudo policiers avec Vincent Crase et Alexandre Benalla ?) tente au mépris de la loi de pénétrer dans les locaux occupés des EHESS, un chercheur sortant des locaux est passé à tabac.
L’affaire Alexandre Benalla n’est peut-être que la face visible d’une provocation d’État orchestrée contre le mouvement social et exécutée par des nervis dépendant directement de l’Élysée ? Espérons que les différentes enquêtes parlementaires et la presse permettront de faire toute la clarté sur ces événements très graves pour l’avenir de notre démocratie

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 05:39

Cinq scènes, plus de quarante concerts, du 14 au 16 septembre au parc de La Courneuve, le monde est à nous… et en musique.

« Sans musique il n’y a pas de fête. » Dicton bien connu mais qui revêt un sens particulier prononcé par le directeur de la Fête de l’Humanité, Pascal Aubrée. Parce que si notre Fête ne se résume pas à une programmation de concerts, jamais la musique n’en a été absente et toujours ses participants ont convergé en chanson. La musique porte en rythme les luttes et les émotions des rentrées politiques et sociales, alors, pour Pascal Aubrée, « la Fête sait se réinventer chaque année pour satisfaire et correspondre à son public de 15 à 90 ans ». Il s’agit de la préparer, afin que « chaque génération se reconnaisse et se rencontre et que chaque tendance musicale soit représentée ».

ASSOUVIR SA SOIF DE MUSIQUE

Devant la Grande Scène, rendez-vous aux amateurs de rap. Aux plus jeunes, avec Roméo Elvis, aux moins jeunes à des soirées 100 % Seine-Saint-Denis, avec Suprême NTM et Grand Corps Malade. Avis aux amateurs de rock : de Franz Ferdinand au jeune groupe The Inspector Cluzo, en passant par la plus rock de nos soixantenaires, Catherine Ringer, chacun en aura pour son jeu de jambes. Appel aux gueules noires, aux bleus de travail, à leurs enfants et leurs petits-enfants pour chanter à l’unisson avec Bernard Lavilliers. Et pour « une fête sans clivage », clôture avec Julien Clerc, cinquante bougies de carrière, ça se fête aussi !

Pascal Aubrée est attaché à la diversité de la programmation, qui s’installe en différents endroits. Si les artistes de la Petite Scène sont invités par la direction, le déjanté Marcel et son orchestre s’y produira, mais aussi Soviet Suprem, qui promet de la faire trembler au son des Balkans, d’autres espaces ont carte blanche. « La Scène 92 est l’étendard de la musique antisystème, pas d’estrade, les artistes sont à portée du public », précise le directeur. La scène Zebrock est, elle, le point de rencontre des talents montants. À découvrir cette année, Palatine, la Vague, l’Or du commun, révélé par sa collaboration avec Roméo Elvis… Et dans le stand Jazz Hum’Ah, la nouvelle formation de François Corneloup (François Corneloup Quintet RÉVOLUT!ON) ravira les jazzmen, amateurs de saxo et d’improvisation.

Trois jours de Fête, 500 000 personnes ! Raison du succès ? « Une Fête unique, une Fête populaire, une Fête conviviale, accessible au plus grand nombre pour un prix modique. » Des familles, des camarades, des amis s’y pressent pour assister à des débats, faire le tour du monde de la gastronomie, mais aussi assouvir leur soif de musique. La Fête porte en elle des projets de société, l’un d’eux : l’accès universel à la culture. Alors, au parc de La Courneuve, la musique s’offre à tous.

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 05:37

Débat sur le projet de loi « Liberté de choisir son avenir professionnel »

 

Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, ce projet de loi nous est présenté comme un outil de lutte contre la résignation qui gagne notre pays face au chômage, à l’exclusion et aux inégalités. Madame la ministre, vous refusez – du moins le dites-vous – la dévalorisation de l’image de l’apprentissage et de la formation professionnelle, et vous souhaitez agir. Mais votre projet de loi fait tout le contraire. Vous avez imposé votre feuille de route, avec un calendrier restreint, sans prendre le temps de la concertation.

Ce projet de loi sort du même moule que la loi El Khomri ou que celle qui habilitait le Gouvernement à légiférer par ordonnance sur le droit du travail. Toutes les lois que les différents gouvernements portent depuis des années s’inscrivent dans une même vision libérale.

Loin, très loin d’une vision émancipatrice et donc forcément efficace, les réformes du droit du travail se succèdent depuis plus de dix ans, avec toujours la même logique : beaucoup d’assouplissement pour un zeste de protection. Ce projet de loi est un nouveau coup porté à notre système social, aux droits des travailleurs et des travailleuses, en activité ou en devenir.

Mais le constat est là : le chômage ne recule pas significativement, mais la précarité augmente, particulièrement pour les jeunes que vous prétendez aider ; la chasse et la culpabilisation des chômeurs continuent et s’amplifient, tandis que le patrimoine des premiers de cordée a doublé en dix ans, jusqu’à représenter 650 milliards d’euros cumulés, soit un tiers du PIB.

Ainsi, votre projet porte en son cœur le transfert de la responsabilité du chômage vers les personnes et non les entreprises. En individualisant le compte personnel de formation, en le monétisant, on réduira forcément le temps annuel de formation. En remplaçant les instances de formation professionnelle par des applications numériques personnalisées, en instituant un journal de bord pour les demandeurs d’emploi, qui rappelle d’ailleurs en partie les portefeuilles de compétences déjà mis en œuvre dans l’éducation nationale, vous cassez la responsabilité collective de la formation et de l’orientation professionnelle pour ne plus suivre que le seul critère de l’employabilité.

L’employabilité, plutôt que l’épanouissement personnel de chacun, l’employabilité au seul profit des entreprises, quitte à risquer une surspécialisation pour un poste de travail donné, quand celui-ci n’est pas garanti ; on assiste ici aux suites d’un changement de paradigme majeur dans notre société : la sécurité sociale a failli disparaître au profit de la protection sociale.

M. Bruno Sido. Oh là là !

Mme Cathy Apourceau-Poly. Celui qui offrait son travail est devenu demandeur d’emploi ; maintenant, c’est à lui de veiller à sa propre employabilité par la mise en œuvre, dès l’école, d’un parcours professionnel. S’il est au chômage, ce sont ses choix qui seront sanctionnés.

Ce système devient d’ailleurs terrible pour les jeunes, qui ne peuvent plus s’appuyer sur les aides à l’orientation, madame la ministre, puisque vous supprimez les centres d’information et d’orientation, ou CIO, qui jouaient un rôle important dans les territoires pour l’orientation des jeunes, ainsi que les conseillers d’orientation-psychologues. Vous réorganisez les DRONISEP, les délégations régionales de l’Office national d’information sur les enseignements et les professions, en les confiant aux régions sans garantie de cohérence nationale, et vous réduisez les missions de cet office national. Où est l’égalité républicaine, où est l’égalité des droits, quand il n’existe plus de service public de référence pour l’orientation ?

Je suis intimement convaincue que la formation professionnelle et l’apprentissage peuvent être des voies d’excellence permettant à des jeunes et à des moins jeunes de monter en qualification, d’obtenir des diplômes, et donc de prétendre à de meilleurs salaires et à de meilleures conditions de travail. Cette valorisation du travail permet de donner sa chance à chacun et chacune, quel que soit son milieu d’origine ; c’est cela, l’ascenseur social, et c’est ce que nous défendons !

C’est le cas pour des jeunes issus de milieux populaires qui complètent un premier diplôme et qui font le choix de poursuivre leur cursus en apprentissage pour obtenir un diplôme d’ingénieur ou de formation supérieure. Ayant déjà une formation initiale de bon niveau, ces jeunes, généralement, réussissent.

Le projet de loi qui nous est présenté aujourd’hui n’est pas fait pour ces cas : il réduit systématiquement les obligations des employeurs, il renforce les dispositifs de préapprentissage, il met les CFA en concurrence entre eux, il livre l’apprentissage au monde économique à travers les branches professionnelles, enfin il met en concurrence les régions, puisque, malgré toutes les ambitions qu’il entend déployer, cette révolution se fera à enveloppe constante.

L’ambition doit être complète et intégrer les lycées professionnels, qui jouent un rôle primordial en offrant aux jeunes une formation sous statut scolaire. J’étais vendredi dernier à Avion et Sallaumines, dans le bassin minier du Pas-de-Calais, en plein cœur de cités populaires, aux côtés des élus, des élèves et des professeurs dont les classes d’enseignement professionnel sont menacées de fermeture. Aujourd’hui, le CAP électricité du lycée professionnel de Sallaumines risque de fermer, demain ce sera son BEP et son BTS. C’est inacceptable ! Nous pourrions vous citer des centaines d’exemples de ce type en France.

De même, du fait de ce texte, les territoires vont être mis en concurrence les uns avec les autres : les moins attractifs d’entre eux vont être vidés de leurs jeunes, qui se verront poussés vers des CFA plus compétitifs et donc mieux dotés.

Une fois encore, ce projet de loi est surtout celui de la liberté des entreprises. Le relèvement de 11 à 250 salariés du plafond qui encadre la possibilité de bénéficier des aides régionales détournera l’aide à l’apprentissage de son but initial, au risque de voir ces aides dévoyées…

M. le président. Il faut conclure, vraiment conclure.

Mme Cathy Apourceau-Poly. Elles ne serviront plus à accompagner les apprentis et leurs tuteurs, mais à faire baisser encore le coût du travail !

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 05:28

 

Salauds les pauvres !! Ils portent la responsabilité de leur situation, vu qu’ils pourraient être riches s’ils le voulaient. « ¡¡ A trabajar !! » « Au travail !! » Assez de vivre à nos crochets ! Assez de pique-assiettes aux minimas sociaux ! Ça coûte la peau des fesses et on maintient dans la paresse des millions de feignasses ! Allez, au boulot, tire-au-flanc, et à coups de pieds dans le postérieur. Pour « partager » les richesses, il faut le mériter... Les droits sociaux ne sauraient être éternels. Assez « d’assistanat », qui coûte, lui, plus que la peau des fesses ! Celle du cul des sans-culottes !! Alors que la classe sociale « macroniste » s’empiffre éhontément ; pour le « bonheur de tous », la création d’emploi, la diminution des charges et prélèvements pour les plus riches, bref, le « ruissellement », « arme » contre la paupérisation, qui frappe même les classes moyennes. Ça tombe bien, il a beaucoup plu en Béarn.

On vient de trouver plus menteur que les arracheurs de dents ! Le monarque présidentiel...

La pauvreté ne cesse d’être en crue, et de plus en plus perceptible. Combien de mendiants, de SDF, d’enfants, qui tendent la main, de femmes seules, sous des porches ? Cette réalité est devenue si quotidienne que parfois l’on s’en accommode, avec une tendresse spéciale pour les services sociaux et les associations qui s’occupent de ces « exclus » qui s’excluraient eux-mêmes parce qu’ils voudraient être exclus !

De temps à autre, on leur fait la charité, mais peu la solidarité de classe. Ce gâchis social s’avère délibérément, méthodiquement, organisé par les plus riches, avec arrogance et soif incommensurable de profits et de dividendes. Pour les autres, pour la majorité, « la vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté sont des champs de bataille qui ont leurs héros, héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres » (Victor Hugo).

Nous pourrions ironiser ici jusqu’à plus de mots sur des clichés tellement réacts qu’ils fonctionnent encore et nécessitent une permanente critique sociale. Ce nouvel esclavage est promu à nos yeux comme de la « modernité ». L’intervention de E. Macron au Congrès de la Mutualité a provoqué un tollé et un dégoût légitimes ; ce mépris du peuple, cette condescendance d’une classe qui, opulente, se croit supérieure... Cette violence de classe, la « fuite » sciemment organisée par la comm’ présidentielle contre les aides sociales (« on met un pognon de dingue dans les minima sociaux... ») prépare le terrain non pas vers un « tournant social », mais vers un « big bang » dont se félicite en « Une » le « Figaro » du 14 juin. Les classes dominantes plongent les salariés, les précaires, les sans-emplois dans une souffrance de plus en plus insupportable, reléguant des millions d’exploités, de non-invités au banquet, à l’exclusion sociale, à la survie quotidienne. Tout cela pour assouvir leur insatiable cupidité dans l’accumulation du capital... Nous ne rentrerons pas ici, mais cela serait nécessaire, dans l’analyse des rapports de classe, des concepts de pauvreté, d’aliénation d’exploitation... Pour changer les choses, il convient plus que jamais de dépasser l’émotionnel. Notre réflexion s’inscrit dans l’immédiate guerre des idées, et riposte à l’indécence présidentielle. Macron ment comme il respire...

Selon le mode de définition du seuil de pauvreté (hypothèse basse : 50% du revenu médian, soit 846 euros pour une personne seule), la France compte entre 5 et 8,9 millions de pauvres au 15 octobre 2017, selon l’Observatoire des inégalités (soient 600.000 de plus entre 2005 et 2015), le plus souvent mal indemnisés, ou pas du tout, peu éduqués, condamnés au chômage destructeur, facteur d’éclatement social et de communautarisme... Cette « armée de réserve du capital » permet au système de laminer le « modèle social », les acquis, les salaires (le salaire minimum actuel relève de l’indécence : 1160 euros par mois), etc.

Que seraient ces millions de victimes du capitalisme, si Macron et les siens parvenaient à recomposer totalement la société, à faire régresser encore davantage le niveau de vie ? Sans protection, ils seraient à la rue. Les chômeurs et inactifs représentent plus de 70% des près de neuf millions de pauvres, autant d’hommes que de femmes, plutôt jeunes, et un quart (seulement) d’immigrés. Près de deux millions d’entre eux sont des enfants et des ados... Pas à Manille, à Paris !

Le rêve de Macron et des siens, du Medef, de la finance, c’est une société-jungle, le tout-privatisé, avec quelques miettes minimalistes, microscopiques, en guise de mutuelles, de couverture sociale, d’allocations chômage, d’assurances. Juste le minimum pour éviter l’explosion. Qu’en est-il alors de la dignité de l’être humain, hommes femmes et enfants, aliénés, piétinés ? Eux qui ne demandent pourtant qu’à travailler, à avoir la place qui leur revient dans une société plus juste et fraternelle. La pauvreté met finalement en danger ce qu’il reste de démocratie, et les désormais si vides droits de l’homme et de la femme. Ce qui coûte un pognon délirant, ce sont plutôt les sept milliards d’euros de cadeaux aux grandes fortunes, c’est la liquidation de l’indépendance et de la souveraineté nationales, c’est la mise à mort des service publics, la mise au pas des syndicats (ça pue les années 30 !), c’est la fraude et l’évasion fiscales ; bref, c’est le gavage de vos amis, Monsieur le président, avec votre morgue et votre assentiment.

Cette situation, ce champ de ruines, sont vécus comme intolérables par la majorité. La colère, sourde, gronde. Les eaux cachées finissent toujours en résurgences, insurgées. A nous, les militants anticapitalistes -communiste en ce qui me concerne- de « rendre visibles les invisibles », de dénoncer les souffrances infinies, provoquées par la classe sociale de Macron, de mener le combat de classe, de proposer un monde aux couleurs de toutes et de tous. Relisons « l’Assommoir », « Germinal », de Zola. Alimentons la colère, et le désir d’une société libérée du fric. Soyons pleinement révolutionnaires.

Le 9 juillet 1849, dans un grand discours à l’Assemblée, Victor Hugo s’écriait : « Je suis de ceux qui croient que l’on peut détruire la misère ». Tout ne peut être d’airain ou de fer. En avant ! Aucun pas en arrière, pas même pour prendre de l’élan, disait Che Guevara.

 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:45

Deux syndicalistes ont été condamnés mercredi pour avoir emprunté un camion-benne pour une action non violente. Ils risquent la révocation.

Eux n’ont violenté personne. Ils ont plutôt eu la peur de leur vie en voyant les armes des policiers braqués sur leur visage, ce matin de mai. Mercredi, Jean-Jacques et Christian entrent dans le tribunal de Paris sous les applaudissements d’une centaine de manifestants CGT, scandant le slogan : « Militants, pas voyous » (1). Ces deux syndicalistes éboueurs avaient été interpellés le 25 mai au volant d’un camion-benne de la Ville de Paris, emprunté dans des conditions rocambolesques à leurs collègues. Ils avaient pour projet de déverser le contenu du camion-poubelle devant le siège de la République en marche dans le cadre d’une action collective de plusieurs syndicats CGT.

Parmi les nombreux militants venus soutenir leurs camarades, l’incompréhension règne. Pour tous, les deux hommes sont les boucs émissaires qui payent individuellement pour une action de groupe. Un délégué syndical arbore un tee-shirt noir au slogan : « Je suis Jean-Jacques et Christian ». Il souligne que les deux agents sont proches de la retraite : « Ces deux camarades ne l’ont pas fait pour eux, ils sont en fin de carrière. Ils l’ont fait pour défendre les droits de nos enfants. » Le verdict tombe en fin d’après-midi : Jean-Jacques Picot et Christian Garnier sont condamnés pour « soustraction frauduleuse » du véhicule à 70 heures de travaux d’intérêt général et 2 mois de prison ferme s’ils ne sont pas effectués dans les 18 mois. Les deux syndicalistes ont décidé d’accepter la peine proposée par le parquet de Paris dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. La condamnation aurait pu aller jusqu’à 5 ans de prison ferme.

Soulagé de cette « décision de justice au caractère mesuré », Baptiste Talbot, secrétaire général de la CGT services publics, rappelle que la prochaine échéance est d’une importance capitale. Les deux éboueurs devraient être convoqués en conseil de discipline courant septembre. Ils risquent la révocation, sanction la plus lourde pour un fonctionnaire. Pour Baptiste Talbot, les syndicats CGT seront « extrêmement attentifs à l’échelle des sanctions » : « Des situations bien plus graves concernant des agents n’ont pas conduit à des sanctions aussi lourdes. » Les militants CGT craignent que les mesures prises contre Jean-Jacques et Christian soient éminemment politiques : « Il serait incompréhensible qu’un exécutif qui se réclame encore du camp du progrès social (la Mairie de Paris – NDLR) procède à des sanctions d’une gravité inédite dans la fonction publique. »

(1) Voir la pétition de soutien en ligne sur change.org.

Émeline Rojo

 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:44

L'éditorial de Laurent Mouloud.

Qu’ils sont loin les selfies avec les héros de la Coupe du monde… Depuis jeudi, le scandale Benalla jette une lumière crue et tristement réaliste sur les coulisses de l’État jupitérien. Les exactions de ce proche conseiller de l’Élysée, et l’indulgence dont il a bénéficié, confirment de manière spectaculaire bien des choses jusqu’ici supputées. La violence institutionnelle dont n’hésitent pas à user les hautes sphères de la Macronie. Mais aussi le degré d’hypocrisie dont elle est prête à faire preuve pour la dissimuler.

Songeons qu’au lendemain d’un 1er mai brutalisé, le président accablait les manifestants : « Je n’ai aucune indulgence pour les grandes violences ou les tenants du désordre. » Au même moment, un de ses collaborateurs déguisé en policier jouait des poings sur un homme à terre dans une quasi-impunité. La garde rapprochée d’Emmanuel Macron croit sauver la mise en expliquant avoir sanctionné promptement les « gestes inadaptés » du chargé de mission. Elle a surtout réagi avec une mansuétude coupable – quinze jours de suspension – et une volonté de dissimulation répréhensible. Car, loin de simples « gestes inadaptés », Benalla est potentiellement l’auteur de « violences par personne chargée d’une mission de service public », ainsi que d’« usurpation de fonction ». Des délits passibles de trois et un an de prison. Les premiers de cordée de l’Élysée le savent. Mais ils ont préféré taper discrètement sur les doigts de leur boutefeu, laissant le procureur de la République dans l’ignorance. Sans une révélation opportune, Benalla continuerait à arpenter le Palais. Et ses supérieurs à tranquilliser leur conscience dans un détestable esprit clanique.

Évidemment, cet épisode déplorable, qui entache la crédibilité des propos présidentiels, va laisser des traces profondes. Et nourrir le sentiment que l’appareil d’État entretient une justice à deux vitesses, protégeant ses affidés, matraquant les autres. À l’heure où la famille d’Adama Traoré s’indigne de la lenteur de l’enquête, deux ans jour pour jour après la mort du jeune homme dans un commissariat, l’Élysée ne fait rien pour les rassurer.

Par Laurent Mouloud

 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:39

La vidéo la plus connue de l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron du 1er mai ne montrait pas ce qu'il s'était passé sur le trottoir d'en face.

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Par Alexandre Phalippou Pierre Tremblay

AFFAIRE BENALLA - L'affaire du collaborateur d'Emmanuel Macron n'en finit plus de rebondir. Ce mercredi 18 juillet, Le Monde a révélé qu'un membre du cercle proche d'Emmanuel Macron avait été filmé en train de frapper un manifestant, pourtant à terre, lors des manifestations du 1er mai dernier, le tout en arborant un casque des forces de l'ordre alors qu'il était en fait membre du cabinet du président.

Mais ce n'est pas tout. Dans une vidéo envoyée par un lecteur du HuffPost, on découvre ce qu'il s'est passé durant les 43 secondes pendant lesquelles il est absent de la vidéo désormais célèbre. Entre le moment où il extrait une jeune fille de la bagarre et le moment où il revient pour frapper le manifestant.

Dans l'intervalle, il a traversé la rue avec la jeune fille, aidé par une autre personne. Il la plaque contre le mur et fait une tentative de balayage avec sa jambe. On entend distinctement la victime dire "aïe" et "arrêtez". Alexandre Benalla écarte également de sa main une cycliste qui cherche à s'interposer. Enfin, il entend les cris de l'autre côté de la rue et traverse, laissant la victime prostrée, assise contre le mur.

C'est là que la vidéo devenue virale reprend, avec l'arrivée d'Alexandre Benalla dans le champ. A la fin, grâce à la nouvelle vidéo, on se rend compte que la fille agressée est une amie du manifestant tabassé. Ils quittent les lieux ensemble. La victime déclare "C'est des malades!".

Le HuffPost a reconstitué, grâce à ces deux angles de caméras, le parcours exact de l'ex garde du corps dans la vidéo que vous pouvez voir en tête d'article.

Rappelons que, selon le directeur de cabinet de l'Élysée, Patrick Strzoda,"Alexandre Benalla m'avait prévenu deux jours plus tôt qu'il souhaitait participer à une intervention auprès de la préfecture de police pour voir comment se gérait une grande manifestation."

Une intervention qu'il était censé mener en tant qu'observateur, assistant sans agir à l'action des forces de l'ordre lors des rassemblements parisiens du 1er mai. Sauf qu'Alexandre Benalla sortira de son rôle. Et, comme on le voit dans cette vidéo, par deux fois.

La vidéo sans montage a été mise en ligne par Sonia B. qui souhaite que la lumière soit faite sur cette affaire et que l'on puisse parler de cette autre victime, jusqu'alors inconnue, d'Alexandre Benalla.

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:29

 

Le Sénat a adopté un principe d’automaticité des poursuites en matière de fraude fiscale, mais selon des critères si restrictifs que la situation existante est quasi inchangée.

Le verrou de Bercy se desserre. Très timidement, mais il reste, pour l’instant, bel et bien en place. Dans le cadre de la discussion parlementaire sur la loi de lutte contre la fraude fiscale, le Sénat a ainsi adopté mardi 3 juillet un article nouveau qui modifie l’article L-228 du code général des impôts, celui qui fixe les conditions du dépôt de plainte en cas d’infractions fiscales.

Rappelons la situation actuelle. Aujourd’hui, un procureur ou une partie civile ne peut porter plainte pour fraude fiscale. C’est la seule prérogative de l’administration fiscale. Il s’agit et d’une spécificité française et d’une spécificité dans le système juridique français qui a été introduite en 1920 dans la législation. Cette prérogative est certes encadrée puisque Bercy doit suivre l’avis de la commission des infractions fiscales, la CIF, qui juge de l’opportunité ou non d’une plainte. Chaque année, environ 1 000 dossiers sur les 15 000 cas de lourdes fraudes sont examinés par la CIF.

 

Ce système est défendu par Bercy pour son « efficacité » : il permet au fisc d’obtenir rapidement le paiement des pénalités en agitant la crainte du juge. Les rentrées fiscales s’en trouveraient améliorées puisqu’il ne serait pas nécessaire d’attendre les décisions de justice. Mais ce « verrou » pose deux lourds problèmes. D’abord, les décisions du CIF manquent de transparence et, partant, sont susceptibles d’être soumises à des pressions politiques. Ensuite, la société ne peut se défendre directement contre un délit qui est pourtant une atteinte grave à la cohésion nationale. Elle doit passer par Bercy et dans la plupart des cas, donc, renoncer à une condamnation, ce qui donne au délit de fraude fiscale un caractère non systématique et le légitime presque.

Ce verrou de Bercy, validé par le Conseil constitutionnel en 2016, a longtemps été défendu par le gouvernement. Emmanuel Macron en a fait l’éloge appuyé lors de l’interview à Mediapart et BFM TV en avril 2018. Le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, le justifiait encore en mai dernier, lors de la présentation du projet de loi contre la fraude fiscale. En juillet dernier, un amendement demandant la suppression de cette procédure avait été rejeté par la majorité macroniste qui s’en était tirée par une pirouette : le renvoi de la question à une commission parlementaire dirigée par la députée Émilie Cariou. Cela avait justifié le rejet par le gouvernement d’un autre amendement de suppression voté cette fois au Sénat. Mais ce mouvement même montrait combien la défense du verrou de Bercy, qualifié par ses défenseurs « d’objet de fantasmes », était indéfendable dans une opinion pour laquelle l’évasion fiscale devient de moins en moins acceptable.

Avec raison : les sommes perdues pour les recettes de l’État sont soit empruntées, soit trouvées ailleurs, notamment par la compression des dépenses. Pire même : cette évasion fiscale, en aggravant le déficit, conduit les gouvernements à accorder des cadeaux fiscaux qui ne réduisent pas l’évasion et ne sont guère efficaces économiquement, mais font encore pression sur le déficit… L’évasion fiscale est donc une machine à détruire de la solidarité nationale qui est politiquement nocive. Et socialement inacceptable.

Montant comparé de l'évasion à l'IS. © Zucman, Tørsløv et Wier

Montant comparé de l'évasion à l'IS. © Zucman, Tørsløv et Wier

Or le gouvernement n’a pas vraiment de solution contre l’évasion fiscale qui emploie largement des méthodes légales en utilisant les législations des États de l’Union européenne. Selon le calcul des économistes Gabriel Zucman, Thomas Tørsløv et Ludvig Wier, en 2015, 17 % des profits des entreprises françaises, soit 32 milliards d’euros, ont échappé à l’impôt sur les sociétés, soit une perte théorique de près de 11 milliards d’euros pour les comptes publics. Cette perte s’est effectuée principalement au profit de pays de l’UE. Le gouvernement n’a donc pas de réponse à cette situation : sa tentative de taxation des géants du numérique au niveau européen s’est perdue dans les sables bruxellois et le projet de loi sur la fraude fiscale comporte l’intégration à la liste noire française des paradis fiscaux des sept juridictions définies comme tels par l’UE. Or, non seulement cette liste ne comporte pas de pays de l’UE au nom du principe qui veut, pour reprendre les mots du commissaire européen Pierre Moscovici qu’il « n’y a pas de paradis fiscaux en Europe », mais elle ne comprend pas de pays majeurs dans l’industrie de l’évasion fiscale. Le gouvernement enrobe son impuissance sur ce dossier.

Progressivement, il a donc reculé sur le verrou de Bercy. Gérald Darmanin, le mardi 3 juin, a finalement donné un « accord de principe » à un amendement de la commission des finances de la haute assemblée. Que prévoit-il ? D’instaurer une automaticité de la poursuite judiciaire lorsque « trois critères cumulatifs » sont constatés. Ces trois critères sont : l’application de pénalités d’au moins 80 %, un montant supérieur à un seuil à définir par décret et une réitération des faits ou des comportements aggravants. Sur le papier, c’est bien la fin, pour ceux qui sont concernés par ces trois critères, du « verrou de Bercy », puisque la plainte sera, dans ce cas, automatiquement déposée. Mais ce n’est, en fait, qu’une illusion d’optique.

En effet, quand il n’existait pas de textes formels sur les critères de la plainte, la CIF suivait des règles informelles qui ressemblent très fortement aux conditions fixées par le Sénat. De fait, le sénateur Albéric de Montgolfier, à l’origine du texte, estime que les dossiers concernés seront de l’ordre de 1 300 à 1 400 par an, à peine plus, donc, que la situation actuelle. Certes, il y a une légère avancée puisque les critères de transmission à la justice sont désormais connus, mais cette avancée est extrêmement réduite. En fait, tout a été fait pour ne rien changer de notable, notamment le deuxième critère qui fera ainsi l’objet d’un décret en conseil d’État, ce qui permettra à Bercy de bien jauger le niveau de l’automaticité de la poursuite afin de réduire l’impact de la loi. Car si ce critère n’est pas rempli, peu importe que les deux autres le soient. Il n’est donc pas certain que le nombre de plaintes augmente significativement.

Le verrou de Bercy reste donc fermement en place pour les autres cas de fraudes lourdes, soit environ 14 000 cas, comme on l’a dit. Pour ces cas, l’administration conservera le monopole de la plainte. Et continuera à jouer sur la peur du juge. De fait, le texte, et ceci explique peut-être le feu vert de Bercy, protège la stratégie actuelle de l’administration d’agiter la peur du juge. Les fraudeurs pourront continuer de monnayer leur innocence. Et ce sera le cas aussi pour ceux qui remplissent les trois critères cumulatifs déjà cités, car le texte adopté par le Sénat prévoit que l’administration peut toujours considérer que « pour des motifs propres aux faits concernés, il n’y a pas lieu de déposer plainte » lorsque les critères sont remplis.

Certes, elle doit en informer le parquet qui peut cependant engager, alors, une action publique. Si l’administration perd bien, dans le cas où les trois critères sont remplis, le monopole du déclenchement de la plainte, elle conserve donc des prérogatives certaines. La question sera désormais de savoir si, en l’absence de publicité, autrement dit de scandale avéré, le parquet jugera plus utile de porter plainte que de sanctionner un accord avec le fisc. Et on sait que la loi « secret des affaires » affaiblit les lanceurs d’alerte… Le système demeure donc bel et bien largement verrouillé.

De fait, la loi fait tout pour réduire encore l’action judiciaire avec la mise en place du « plaider-coupable » en matière fiscale. En clair, un fraudeur poursuivi pourra négocier une amende qui éteindra la poursuite et conservera l’innocence formelle du fraudeur. C’est la clé de cette réforme du verrou de Bercy : le ministère ne l’a acceptée que parce que, par ailleurs, la loi élargit le champ de la négociation et donne aux fraudeurs des chances supplémentaires d’échapper à la justice. Autrement dit, on a mis en place une automaticité des poursuites parce qu’on dispose d’un nouveau moyen, par ailleurs, d’éteindre ces poursuites. En matière fiscale, la protection du fraudeur et l’arbitraire de l’administration demeurent plus que jamais la règle.

Le Sénat et le gouvernement n’ont pas accepté des principes pourtant simples, comme la capacité de la justice de se saisir par elle-même des dossiers, l’examen préalable des dossiers par cette dernière ou encore la capacité de plainte de la part d’associations de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, alors même, comme on l’a vu, que les intérêts de la société sont concernés.

Cette réforme, si elle était finalement votée par l’Assemblée nationale, présentée comme la fin du verrou de Bercy, est donc une réforme en trompe-l’œil, à plus d’un titre. Elle dissimule l’impuissance absolue du gouvernement sur le véritable problème qu’est l’évasion fiscale, elle grave dans le marbre de simples pratiques existantes, elle crée des nouvelles exemptions pour protéger les fraudeurs de la sanction judiciaire. Le gouvernement, dans sa logique de donner la priorité à l’attractivité du pays, ne veut pas effrayer les plus riches et les entreprises. Or, rien ne vaut, pour rassurer ces derniers, que de donner la priorité à la négociation et à la protection de son honorabilité. Cette vraie fausse réforme est donc cohérente avec la politique générale de l’exécutif : protéger les plus fortunés tout en menant une communication plus généreuse.

 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:27

 

Comme nous l’avons montré hier, les parlementaires de La République en Marche (LaREM) ont différé le vote de la « Egalim » promise l’an dernier par Emmanuel Macron. Probablement sur injonction du gouvernement et du chef de l’Etat, ils ont pris cette décision afin de permettre aux distributeurs de mettre la pression sur leurs fournisseurs cet automne pour d’obtenir des baisses de prix. Voilà une mauvaise nouvelle pour les paysans alors que l’on annonce, en même temps, une baisse des rendements céréaliers au vu des premiers résultats des moissons en cours. Parallèlement, le prix de l’énergie a augmenté de 12% sur douze mois et celui des produits pétroliers de 21%.

On sait que les prix agricoles ont été particulièrement bas en 2015 et 2016 pour les céréales, le lait de vache, la viande bovine, voire la viande porcine qui a connu de fortes fluctuations. Publiés le 5 juillet dernier par l’INSEE, les comptes provisoires de l’agriculture pour 2017 disent que la valeur de la production agricole a augmenté de 3,2% l’an dernier, sans toutefois retrouver son niveau de 2015, année de bons rendements dans plusieurs productions.

Dans le secteur des céréales, les volumes récoltés en 2017 ont été supérieurs de 6,3% à ceux de 2016 mais les prix ont baissé de 4,1% en moyenne. En élevage, toutes activités confondues, la valeur totale de la production a progressé de 5,7% en 2017, suite à une hausse moyenne des prix de 6,8%. Cette hausse a été de 6,6% pour la viande de porc et de 11,3% pour le lait de vache. Mais on sait que le prix du lait a baissé de 25% en moyenne en 2015 et 2016 par rapport à 2014, en raison de l’augmentation de la production européenne avec la sortie des quotas laitiers par pays en avril 2015. Du côté des coûts de production, les charges ont baissé de 1,8% dans les exploitations françaises en 2017 du fait de la baisse du prix des engrais.

LE PRIX DU LAIT BAISSE À NOUVEAU EN 2018

Mais il apparaît déjà que cette fragile amélioration constatée en 2017 après deux années de prix agricoles déprimés n’est pas acquise pour l’année 2018. Le prix des engrais azotés, utilisés notamment pour produire des fourrages et des céréales, est en forte hausse depuis des semaines, soit plus 9 à 13% selon les formules. Parallèlement, dans l’ensemble des pays de l’Union européenne, le prix du lait a reculé de 1,7% en mai dernier et de 3% sur un an pour s’établir à 320,70€ pour 1.000 litres en moyenne européenne, loin de 370 € de prix moyen en France en 2014. Enfin, alors que la chaleur et le temps sec sévissent en France depuis plusieurs semaines, l’herbe ne pousse plus dans les prairies, ce qui  va se traduire par une baisse du rendement par vache et par une augmentation sensible du prix de revient de chaque litre de lait dans les fermes. Comme la production européenne de lait a augmenté durant la première moitié de 2018 par rapport à la même période de 2017 alors qu’il reste encore un stock de 278.000 tonnes de poudre, suite à la surproduction de 2015 et 2016, le prix du lait au départ de la ferme ne remonte pas.

Depuis deux à trois semaines, le prix du blé est en hausse. A 184,50€ la tonne rendu au port de Rouen pour l’exportation, il a grimpé de 8,50€ en une semaine. Mais c’est parce que les rendements sont en baisse par rapport aux prévisions dans le cadre de la moisson en cours en France comme dans les autres pays européens. On s’attend à une baisse de 3% de la récolte de blé tendre en Europe avec un volume total de 139 millions de tonnes contre 143 millions l’an dernier. Il reste à savoir les la hausse des prix compensera la baisse des rendements dans le bilan des producteurs. Le maïs ne sera récolté qu’à l’automne et, pour le moment, son prix n’est que de 152€ la tonne contre 170€ l’an dernier à la même époque. La tonne de colza ne cote que 356€ actuellement et son prix a été régulièrement plus bas que cela entre novembre 2017 et avril 2018. Il était supérieur à 400€ entre novembre 2016 et février 2017.

Parce qu’elle doit à la fois nourrir les humains et les animaux qui nous fournissent une bonne partie de notre alimentation, l’agriculture reste dépendante des aléas climatiques. La soumettre en permanence à la spéculation haussière et plus souvent baissière comme ces dernières années sur ses principaux produits met en danger permanent la santé financière des exploitants agricoles et la sécurité alimentaire des consommateurs. De Paris à Bruxelles, ces enjeux que sont la sécurité et la souveraineté  alimentaire ne sont pas pris en compte depuis des décennies par les décideurs politiques.

 

 

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 05:44

Alexandre Benalla, collaborateur de l’Élysée, a fait le coup de poing dans la manif du 1er Mai sans être sérieusement sanctionné. Une illustration du clanisme qui règne au cœur du pouvoir.

«Je n’ai aucune indulgence pour la grande violence ou les tenants du désordre. » C’est ainsi qu’Emmanuel Macron commentait, depuis Sydney en Australie, les heurts du 1er Mai, préjudiciables avant tout à l’image du mouvement social. Mais le président de la République ne s’est toujours pas exprimé sur cette « grande violence » qu’a commise, le même jour, un adjoint au chef de son propre cabinet ! Sur une vidéo tournée par un manifestant place de la Contrescarpe, dans le Quartier latin, et mise en ligne par le Monde, on voit ce collaborateur, Alexandre Benalla, étrangler et violemment frapper un jeune homme au sol. Il s’avère que Benalla, alors chargé d’organiser « la sécurité des déplacements du président », avait « demandé l’autorisation d’observer les opérations de maintien de l’ordre pour le 1er Mai », précisait hier le porte-parole de l’Élysée, Bruno Roger-Petit, autorisation qui lui avait été donnée car « il agissait dans le cadre d’un jour de congé et ne devait avoir qu’un rôle d’observateur ». Or on l’a vu, portant un brassard de la police, casqué comme les CRS qu’il accompagnait, une radio Acropol du même modèle qu’eux à la ceinture, intervenir à plusieurs reprises.

il y a « usurpation de fonction » selon l’article 433-13

Hier matin, la ministre de la Justice estimait, devant l’Assemblée nationale, que « les agressions (...) témoignent de gestes absolument inadaptés ». D’autant, jugeait Nicole Belloubet, que Benalla « avait usurpé (...) une identification qui l’assimilait aux forces de police et tel n’était pas le cas ». En effet, outre les « violences par personne chargée d’une mission de service public », sanctionnées par l’article 222-13 du Code pénal de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende, il y a « usurpation de fonction », délit condamné (article 433-13) d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Le parquet de Paris a annoncé hier l’ouverture d’une enquête préliminaire sur ces deux délits, confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne. Quant aux policiers présents, qui en vertu de l’article 40 du Code pénal auraient dû empêcher toute violence, ils sont visés par une enquête de l’Inspection générale de la police, décidée hier.

Des actes judiciaires à mettre au crédit de la presse, car, à tous les étages du pouvoir, on a couvert le collaborateur. Alexandre Benalla a bien été « mis à pied pendant quinze jours avec suspension de salaire », soulignait hier le porte-parole de l’Élysée, et « démis de ses fonctions en matière d’organisation de la sécurité des déplacements du président » pour « punir un comportement inacceptable ». Mais ce « dernier avertissement avant licenciement » n’a eu que peu d’impact : on a pu voir le collaborateur assurer la sécurité, à la cérémonie du Panthéon pour Simone Veil, début juillet, ou autour du bus des champions du monde de football, cette semaine. En matière de sanction, on fait pire…

Benalla n’est pas ce qu’on appelle un perdreau de l’année. Militant du Parti socialiste, il assurait, lors de la primaire du parti, en 2011, la sécurité de Martine Aubry. Il entre au service d’ordre de François Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012, avant de devenir chauffeur d’Arnaud Montebourg… une semaine seulement : selon l’ancien ministre du Redressement productif, Benalla, après avoir été impliqué dans un accident de la circulation, aurait voulu prendre la fuite, provoquant la colère de son patron. Viré ! Mais le pouvoir ne le lâche pas puisque, selon le Monde, il intègre en 2015, sur arrêté du premier ministre Manuel Valls, la session « jeunes » de l’Institut des hautes études de la sécurité et de la justice. Pour mieux revenir en 2016, comme responsable de la sécurité du candidat d’En marche ! (lire encadré).

Il se « distinguera » plusieurs fois. En novembre 2016, Emmanuel Macron officialise sa candidature au campus des métiers de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Grégoire (1), alors militant des Jeunes communistes, assure avoir été violemment poussé vers la sortie et frappé par Alexandre Benalla et la sécurité (la vidéo est visible sur la page Facebook des Jeunes communistes de Bobigny-Drancy). « On était quatre ou cinq militants à avoir réussi à rentrer à l’intérieur, témoigne-t-il à l’Humanité. Ils sont venus directement me voir, Benalla m’a dit de dégager et m’a agrippé pour me faire sortir. » Une fois dans le couloir, poursuit-il, « j’ai essayé de me débattre pour qu’ils arrêtent de me tenir et ils m’ont mis deux coups au visage, et Benalla m’a mis une béquille. » Rebelote en mars 2017. Au meeting du candidat Macron à Caen, Benalla empoigne un photographe qui s’était approché un peu trop près du fondateur d’En marche !, relate le Monde, et le soulève du sol…

« à l’Élysée, on se croit au-dessus de tout »

Plus que sa personnalité, c’est « l’impunité » dont a bénéficié Benalla qui fait réagir l’opposition. Le président des « Républicains », Laurent Wauquiez, se demandait hier sur Europe 1 si « à l’Élysée, on se croit au-dessus de tout », supposant qu’il y a eu « des manœuvres pour tenter d’étouffer l’affaire ». Le député PCF Sébastien Jumel pointe « l’absence de réaction appropriée au sommet de l’État », sans compter que « le chef de cabinet du président de la République n’a pas jugé utile d’en informer le procureur de la République, en contradiction avec ses obligations ». Jean-Luc Mélenchon (France insoumise) va plus loin, demandant des démissions : « L’autorité de l’État a été engagée d’une manière tellement ample et tellement forte que la sanction doit être exemplaire. » Encore faut-il dégager les responsabilités, estime sur Twitter le député PCF Stéphane Peu, espérant que « François de Rugy et la majorité accepteront (sa) proposition de commission d’enquête ». Éliane Assassi, au nom du Groupe communiste du Sénat, a demandé au président de la commission des Lois, Philippe Bas, d’auditionner de toute urgence le ministre de l’Intérieur, ainsi que la garde des Sceaux et le premier ministre, « pour faire la lumière sur cette affaire » : « L’intervention des barbouzes du nouveau monde dans les mouvements sociaux » ne saurait, selon elle, être tolérée.

(1) Le prénom du militant, qui souhaite conserver l’anonymat, a été modifié.

Pendant la campagne présidentielle, les curieuses dérives sécuritaires des chefs du service d’ordre d’en marche !

C’est un épisode de la campagne présidentielle révélateur de l’état d’esprit d’Alexandre Benalla et de ses proches que révèle la lecture attentive des Macronleaks, ces échanges de courriels internes à En marche ! authentifiés par Wikileaks. En mars 2017, une société de matériel de sécurité demande confirmation à la direction du mouvement d’une commande passée par Vincent Crase, le gendarme réserviste que l’on voit aux côtés de Benalla dans les vidéos du 1er mai. Alors « prestataire » pour En marche !, il souhaitait – démarche validée par Ludovic Chaker, directeur des opérations, et Alexandre Benalla, chef de la sécurité – obtenir deux pistolets Gomm Cogne avec leurs munitions et deux holsters, des boucliers, un Flash-Ball, un équipement en kevlar… Le directeur de campagne d’Emmanuel Macron, Jean-Marie Girier – devenu directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, et étrangement muet depuis l’explosion de l’affaire –, avait tranché : « Hors de question ! » Le trésorier de campagne, Cédric O, lui, s’interrogeait : « Je n’ai jamais entendu dire que les partis politiques avaient des vigiles armés. Je trouve même ça dangereux… » La commande est annulée. Mais, même après que le directeur financier de la campagne, Raphaël Coulhon, a signalé que Benalla « a un port d’arme, c’est sûrement aussi le cas de Christian Guedon (autre membre de l’équipe de campagne), et peut-être Vincent Crase », et qu’il « ne (savait) pas s’ils sont armés au QG », personne ne les a écartés du service d’ordre.

Grégory Marin, avec Olivier Morin et Lola Ruscio

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