Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 05:32

Le gouvernement a décidé, contre les syndicats et contre l’accord du 22 février des organisations syndicales avec les représentants du patronat, une réforme qui rabougrit encore la formation professionnelle.

Qui peut croire que 500 euros de formation par an, ou même 800 euros, permettraient de répondre aux enjeux? L’accord conclu par les partenaires sociaux prévoyait un renforcement du compte professionnel de formation (CPF), en permettant aux salariés de cumuler 35 heures de formation par an (au lieu de 24). En monnayant ainsi le droit à la formation, le gouvernement favorise l’inflation des coûts de formation et une baisse des droits, comme l’ont immédiatement souligné les organisations syndicales.

La formation professionnelle est pourtant l’un des deux ou trois enjeux majeurs pour l’emploi. C’est ce qui conduit le PCF à mettre au cœur de son projet la perspective d’une sécurité d’emploi et de formation pour toutes et tous.

Le droit à la formation continue et au déroulement de carrière est l’avancée sociale fondamentale de notre temps comme en témoignait, à la suite de 1968, les lois de 1971 et 1973 puis, la création du CPF.

 

Le gouvernement supprime la transparence et l'implication des représentants des travailleu-r-ses via les OPCA et en confie la gestion aux Urssaf (dominée par le patronat). De même la fusion de la cotisation formation et de la taxe d’apprentissage va faire obstacle au fléchage et au suivi des fonds.

Quant à la certification à la demande et l’accent mis sur les « compétences », au détriment des diplômes et non en complémentarité avec eux, c’est la porte ouverte à une illisibilité des formations et à des difficultés pour la mobilité des salariés d’une entreprise à l’autre. Elle permettra une traduction « à la carte » du bénéfice de ces formations dans les fiches de paie des salariés qui en auront bénéficié.

Le gouvernement satisfait en fait des exigences idéologiques de baisse du coût du travail en faveur du capital.

Pourtant, il est possible de prendre des mesures répondant aux exigences modernes d’efficacité économique et aux exigences sociales. Le PCF propose de :

- Instaurer, d’une part, un bonus-malus des cotisations formation des entreprises selon leur politique de suppressions d’emploi, ainsi que le taux de CDD,

- Baisser le coût du capital par un développement massif du rôle de la Caisse des dépôts (via la BPI) pour des avances massives de financement de formation et d’investissements de modernisation à taux zéro et à remboursement décalé, permettant aux entreprises de se moderniser,

- Conforter la gouvernance du système, par l’implication réelle du service public de l’emploi et de la formation, refondu, dans la gestion d’un compte personnel de formation conforté comme une nouvelle liberté, permettant un nouveau droit à la mobilité sécurisée et efficace.

Partager cet article

Repost0
6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 07:23

 

Dans son entretien à Forbes, Emmanuel Macron explique que ses choix économiques sont déterminés par sa volonté de coller aux intérêts des investisseurs. Il ne se contente pas d’annoncer la fin de l’exit tax, il présente une vision du monde faite de soumission à la volonté des plus riches.

 « Mon travail n’est pas de regarder la télé et de faire des commentaires d’actualité, j’ai autre chose à faire », a martelé Emmanuel Macron concernant sa présence en Australie le jour de la fête du travail. Et pour enfoncer le clou sur cette indifférence à l’égard du 1er Mai, Forbes, le magazine étasunien préféré des hommes d’affaires de la planète, a publié un entretien avec le président de la République qui révèle sa conception des rapports économiques et sociaux comme aucun autre auparavant.

EMMANUEL MACRON FAIT LE CHOIX DE LA SOUMISSION A L’ORDRE ECONOMIQUE (MEDIAPART - 2 MAI 2018 PAR ROMARIC GODIN)

La défense des intérêts du secteur privé

L’hôte de l’Élysée y est dans son élément, il assure faire partie du monde des lecteurs de Forbes. « Je pense que je comprends les entrepreneurs et les preneurs de risque plutôt bien », revendique-t-il avant d’appuyer : « Pour moi, c’est important. J’ai cette compréhension directe de ce que sont leurs intérêts. » Cette perception est élevée au rang de mode de gouvernement. « Avoir des contacts directs avec le secteur privé, avoir cette expérience de ce secteur et être capable de comprendre les déterminants clés du choix d’un investissement sont les meilleures façons de comprendre et de prendre la bonne décision », explique le président de la République.

Emmanuel Macron ne cache donc pas qu’il détermine ses choix par sa volonté de coller le plus possible aux intérêts des investisseurs, ce qu’il appelle une « approche favorable aux affaires » (« business friendly approach »). Or, ces intérêts sont financiers et les choix seront donc ceux qui accroîtront la rentabilité de ces investisseurs. D’où les généreux cadeaux fiscaux qui ont été accordés et qui le sont encore, on le verra. On le sait, Emmanuel Macron rejette le titre de président des riches, mais il revendique celui de « président des investisseurs ». De fait, Emmanuel Macron truffe ses réponses à Forbes de termes managériaux. Il se met en scène dans cette interview comme dirigeant d’entreprises, conseillant EDF, par exemple, sur la nécessité de s’allier aux start-up.

Dès lors, la vision économique du président s’explique clairement : le chef de l’État est là pour favoriser ce besoin de rendement des investisseurs, leurs « esprits animaux », comme aurait dit Keynes. « Si vous créez les meilleures conditions possibles [pour investir de l’argent, comme il l’indique auparavant – ndlr], vous pouvez mener une révolution et créer des emplois », explique ainsi le président français. Pour lui, dans sa vision naïvement smithienne, l’intérêt général n’est donc que la somme des intérêts particuliers.

 

C’est, du reste, un point sur lequel il est d’accord avec Donald Trump et le président français souligne cet accord dans l’entretien. Les lecteurs de Forbes, qui ont grandement bénéficié des largesses fiscales du président des États-Unis, apprécieront la remarque, qui n’est pas fortuite puisque Emmanuel Macron explique plus loin qu’il est un des rares à comprendre son homologue étasunien. Pourquoi ? Parce qu’il a, comme lui, une expérience privée et qu’il le voit comme un « dealmaker », un faiseur d’affaires. Le compliment pourrait d’ailleurs sans doute lui être renvoyé. Et entre hommes d’affaires, on finit toujours par se comprendre.

En tout cas, on comprend mieux pourquoi les politiques fiscales en France comme aux États-Unis ont visé les plus riches : la pensée économique de la Maison Blanche et celle de l’Élysée puisent à la même source. La politique économique se résume alors à créer des incitations fiscales pour attirer des investisseurs guidés par l’appât d’un gain sûr et facile. « Plus vous êtes clair avec ce que vous avez l’intention de faire, plus vous êtes efficace avec la communauté d’affaires », explique le président français. Et il est on ne peut plus clair.

Ce que dit la suppression de l’exit tax

De ce point de vue, l’annonce principale de cet entretien, la suppression de l’exit tax, est hautement significative. Cette taxe mise en place par Nicolas Sarkozy en 2012 frappe les personnes qui décident de changer leur domicile fiscal. Son rendement est de 800 millions d’euros. Emmanuel Macron annonce qu’elle sera supprimée en 2019. Le journaliste de Forbes n’en croit pas ses oreilles, il demande s’il parle bien d’une « suppression » ou d’une « réduction ». Et il s’agit bien d’une suppression. La justification d’Emmanuel Macron confirme ce qu’il avait déjà laissé percer lors de son entretien avec Jean-Pierre Pernaut le 12 avril (date également, du reste, de l’entretien accordé à Forbes) où il affirmait que les « riches n’ont pas besoin de président ». Pour lui, le lien entre les entrepreneurs et le territoire où ils investissent s’apparente à un mariage. C’est donc simple : vous vous mariez, vous pouvez divorcer. « Si vous voulez vous marier, vous ne devez pas expliquer à votre partenaire que “si tu te maries avec moi, tu ne pourras pas être libre de divorcer” (…) alors moi, je suis pour qu’on soit libre de se marier et libre de divorcer », explique Emmanuel Macron. Dès lors, « les gens sont libres d’investir où ils veulent ».

Pour l’hôte de l’Élysée, les entrepreneurs ou les investisseurs (la confusion s’opère souvent entre les deux) sont donc des êtres hors de toute communauté nationale. Ils choisissent leurs pays librement en fonction de leurs goûts et surtout de leurs intérêts. Et s’ils se sentent contraints à quoi que ce soit, alors ils ne viennent pas. Ce sont des petites choses fragiles dont il faut donc prendre soin. Si l’on veut être choisi, il faut être le plus beau, surtout sur le plan fiscal. Point. D’où non seulement la suppression de l’impôt sur la fortune pour le capital non immobilier, mais aussi le prélèvement forfaitaire unique pour les revenus de ce capital ou la conversion du CICE en baisses de cotisation, mais encore la fin de cette exit tax.

Le président affirme que la taxe n’est pas rentable avec seulement 70 millions d'euros de rendement. Mais comme l'a souligné Marianne, le patrimoine concerné pourrait induire un rendement de 800 millions d’euros. Surtout, si elle rapporte peu, c’est peut-être aussi parce que sa fonction répressive fonctionne bien… Supprimer cette taxe est donc un choix qui vise à en finir avec cette fonction. D’ailleurs, si elle était si inutile qu’on le dit, pourquoi la supprimer ?

Emmanuel Macron mérite bien le titre de « leader of the free markets » (« leader des marchés libres ») que lui accorde Forbes en une. Pour lui, pas question de contraindre la liberté des investisseurs, c’est aux États de se faire beaux pour leur plaire. « Si vous êtes capable d’attirer, c’est bon pour vous ; mais si ce n’est pas le cas, on doit pouvoir divorcer », explique-t-il. D’où cette idée que c’est le pays qui doit se plier aux investisseurs, pas l’inverse.

Jusqu’où va cette liberté ? Très loin puisque l’exit tax n’est pas une taxe frappant la simple réalisation d’une prise de bénéfice, c’est une taxe contre l’optimisation fiscale qui frappe ceux qui souhaitent transférer leurs foyers fiscaux dans un pays fiscalement plus intéressant. Nicolas Sarkozy l’avait d’ailleurs présenté comme une taxe contre l’évasion fiscale et elle ne concernait que les participations de plus de 1,3 million d’euros. Bref, cette taxe souhaitait compenser les futures pertes de recettes fiscales liées aux pratiques fiscales agressives de certains pays. Contrairement à ce que prétend Emmanuel Macron, il ne s’agissait pas d’empêcher le divorce, mais simplement de demander une indemnité à celui qui décidait de rompre le mariage (tout en en conservant certains avantages, comme la jouissance des services publics, par exemple). Depuis quand les pensions alimentaires, par exemple, empêchent-elles la liberté de divorcer ?

La soumission à l’ordre économique existant

En réalité, dans la vision du monde d’Emmanuel Macron l’optimisation fiscale fait partie de la normalité. La seule façon de la combattre, c’est d’être de plus en plus fiscalement compétitif. Ce n’est donc pas un hasard si le gouvernement hésite à lever le verrou de Bercy, invente le « plaider-coupable » en matière fiscale et crée un « droit à l’erreur » dans le même domaine. Le président vante d’ailleurs cette mesure dans Forbes. Tout cela rend plutôt circonspect quant à la réalité de la volonté de lutter contre l’évasion fiscale affichée par l’exécutif.

Le président de la République prétend dans cette interview faire la « révolution » et « transformer » la France, mais il n’est pas l’acteur de cette transformation. Il la subit et l’accompagne. Cette transformation est menée par les investisseurs internationaux, ceux qui, pour Emmanuel Macron, disposent de la réalité du pouvoir (et c’est pourquoi il veut tant faire partie de leur monde). Ce cours des événements dictés par les « esprits animaux » des plus riches s’impose à tous. Et tout ce que les politiques ont à faire est de s’y conformer et de le faire accepter par leur population. « La meilleure protection, ce n’est pas de dire : “nous résisterons” », explique le président français. Il faut donc se soumettre à ce jeu imposé par les puissants de l’époque. Du reste, Emmanuel Macron répète deux fois dans cet entretien qu’« il n’y a pas d’autres choix », ce qui rappelle évidemment le fameux « il n’y a pas d’alternative » de feu Margaret Thatcher. Il y a un aspect métaphysique, presque religieux, dans cette approche, selon laquelle il existerait un ordre économique transcendant et immuable qui apporterait le bien à qui l’accepte sans ciller.

 

Derrière ses oripeaux monarchiques, la vision d’Emmanuel Macron est celle d’une soumission du politique à cet ordre, celui des intérêts particuliers des plus riches. Il n'y a pas d'autre intérêt général. En cela, le président français est profondément un conservateur à l’ancienne, un défenseur de l’ordre établi. La suppression de l’exit tax est, ici, fort parlante car l’optimisation fiscale, en affaiblissant les ressources des États, est une des sources principales du chantage au moins-disant fiscal qui ronge nos sociétés. En faisant croire qu’on réduirait l’exil fiscal en levant les rares contraintes qui l’entourent, il conduit à désarmer encore la puissance publique. Il est ensuite plus aisé, il est vrai, de présenter son impuissance comme une évidence.

Quant à croire que cette soumission apportera la prospérité, cela fait évidemment abstraction des deux crises de 2007 et 2010 ainsi que de leurs conséquences politiques, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. Bercy avait reconnu en 2017 que la défiscalisation du capital n'aurait pas d'impact économique. Ce qui est certain, c’est qu’il faudra compenser les pertes liées à l’exit tax, comme celles des autres cadeaux fiscaux. Et que la course au moins-disant fiscal, dans laquelle s'engage le président français la fleur au fusil, est mortifère et perdue d'avance. Mais les voies de l’idéologie sont impénétrables. Cette interview accordée à Forbes affine donc le portrait économique d’Emmanuel Macron, faux révolutionnaire et vrai croyant.

Partager cet article

Repost0
6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 07:20

Géard LE PUILL sera présent, pour une conférence débat le mardi 29 Mai

20 h - Salle Stérédenn à Lanmeur

 

 

Ce jeudi peu après 13 heures, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert connaîtra le baptême du feu que constitue une intervention ministérielle devant un congrès de la FNSEA. C’est une tradition dans ce syndicat de clore les congrès en interpellant le ministre en charge de l’agriculture.

De cette joute de fin de congrès, certaines personnalités politiques en ont gardé un souvenir douloureux, à commencer par Edith Cresson. Première et unique femme ministre de l’Agriculture depuis que la fonction existe, elle fut confrontée en 1982 à l’arrogance de François Guillaume, alors président de la FNSEA, avant de devenir lui-même ministre de l’Agriculture de 1986 à 1988 dans le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac.

L’an dernier, Stéphane Le Foll avait choisi de ne pas s’y rendre. Douze mois plus tôt, de nombreux congressistes lui avaient délibérément tourné le dos au moment de sa prise de parole. Il faut dire que Le Foll a dirigé ce ministère  dans un contexte de baisse mondiale de prix agricoles qui a touché les grands secteurs de production que sont les céréales, le lait, la viande bovine et la viande porcine. La volaille, notamment la production de palmipèdes, a été malmenée par la grippe aviaire. D’autres productions comme les fruits et le vin ont parfois connu des baisses sensibles de rendements imputables à des aléas climatiques qui vont de la grêle aux gelées de printemps.

Beaucoup d’exploitations agricoles ont ainsi été fragilisées depuis 2015. Alors que la formation des prix est devenue spéculative en permanence du fait de la mondialisation, les spéculateurs parient sur la baisse des cours des céréales depuis trois ans dans les salles de marchés. Il en est allé de même dès 2015 pour le prix du lait du fait de l’augmentation de la production en Europe, suite à la sortie des quotas par pays. D’un prix moyen de 410€ la tonne en 2014, le lait payé au producteur est tombé à 316€ en 2015, à 294,5 € en 2016 pour ne remonter qu’à 345€ en 2017. Il se dit que  les prix moyens de 2018 pourraient baisser par rapport à 2017 en raison une nouvelle hausse de la production européenne ces derniers mois.

L’agro-écologie et la proximité pour promouvoir une agriculture durable

Il est probable que les échanges entre la présidente de la FNSEA et le Ministre de l’Agriculture porteront beaucoup en cette  journée du 29 mars sur les sujets de conjoncture, dont la loi qui doit être élaborée puis votée pour tendre vers une plus juste rémunération du travail des paysans. Mais, sans préjuger de ce que cette loi apportera, ou pas, au monde paysan, ni la FNSEA  ni le pouvoir politique ne se posent vraiment les questions qu’il est urgent de se poser en ce début de XXIème siècle.

Alors que le réchauffement climatique risque de se déboucher en peu d’années sur une grande insécurité alimentaire au niveau planétaire, s’en remettre au fonctionnent d’un marché mondial spéculatif pour fixer au jour le jour le prix des aliments de base que sont les céréales, les oléagineux, les viandes, les produits laitiers et le sucre peut déboucher rapidement sur des famines, des émeutes de la faim et des migrations massives de populations. Quatre années successives de production céréalière mondiale légèrement supérieure à la demande solvablene doivent pas masquer qu’une à deux mauvaises récoltes successives dans les pays exportateurs pourraient suffire pour provoquer d’importantes famines dans le monde dans la mesure où les stocks céréaliers de sécurité n’existent guère en dehors de la Chine et de l’Inde.

Si nous voulons permettre aux peuples de manger à leur faim tout en faisant contribuer l’agriculture au freinage du réchauffement climatique, il faut promouvoir partout l’agro-écologie et les cultures de proximité pour un maximum de consommateur. Le commerce, fut-il mondialisé, ne doit intervenir qu’en complément et les aliments que nous consommons ne doivent pas faire le tour du monde avant d’être déposés dans nos assiettes. Cette nouvelle vision du rôle des agricultures manque cruellement chez  Stéphane Travert devenu ministre de l’Agriculture en récompense d’un soutien précoce d'Emmanuel Macron pour accéder à l’Elysée. Elle a également manqué dans la préparation du congrès de la FNSEA.

 

Partager cet article

Repost0
5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 05:49

Les députés LREM les plus dévoués à leur président bien-aimé ne s'en cachent pas : le premier sujet qui est évoqué par leurs administrés, lorsqu'ils les croisent, est celui du pouvoir d'achat. Ils ont beau chercher toutes les échappatoires possibles et imaginables, reprendre les éléments de langage préparés par les technocrates de leur cabinet, promettre que l'avenir s'annonce prometteur et que le présent n'est pas aussi noir que ce que l'on dit, rien n'y fait. Il leur faut assumer d'être le représentant du « président des riches », et ce n'est pas une sinécure.

 

Il faut dire que les faits sont têtus et que les Français savent compter. Or, quand ils font la comparaison entre l'addition des dépenses (avec la flambée des taxes en tout genre) et celle des rentrées, ils constatent très vite que quelque chose cloche. C'est évident pour les retraités, ponctionnés par la hausse de la CSG, à l'exception des plus pauvres d'entre eux (lesquels sont aussi concernés par la majoration des taxes). C'est tout aussi vrai pour la masse des salariés dans un pays où le niveau des revenus, quoi qu'on en dise, est anormalement faible. A entendre parler à longueur de chronique du « coût du travail », on en oublie que la « valeur travail » dont parle parfois Bruno Le Maire (mais il ne va pas plus loin) est bien mal lotie.

 

Voilà des années que les salaires sont pressurés, rabotés, amputés au nom de la défense de la « compétitivité ». Résultat : malgré les efforts fournis par les citoyens ordinaires, malgré la logique du dumping salarial qui pousse vers la flexibilité sans la sécurité, malgré les annonces d'une reprise, encore faible, le pouvoir d'achat demeure le point obscur du débat public, celui dont nul ne parle, de peur d'ouvrir la boîte de Pandore. Et ce n'est pas la (faible) baisse des cotisations sociales pour les salariés qui réglera la question. Outre que cette initiative ébranle encore plus le modèle social français, en amputant ses ressources, cela ne compense pas l'ampleur des prélèvements, loin de là.

 

Le choc est d'autant plus brutal que le gouvernement a multiplié les cadeaux aux privilégiés, notamment avec la suppression de l'impôt sur la fortune et l'abaissement de la taxation du capital, comme si les riches ne l'étaient pas assez et qu'il leur en fallait toujours plus. On se retrouve ainsi dans une situation ubuesque qui amène Patrick Artus, responsable des études économiques à la banque Natixis, membre du conseil d'administration de Total, à écrire : « La dynamique du capitalisme est aujourd'hui bien celle qu’avait prévue Marx. » Et de préciser que l'augmentation de la rentabilité du capital s'explique par une compression des salaires qui conduit à une explosion de l'inégalité des revenus et à des phénomènes spéculatifs pouvant déboucher sur des crises financières.

 

A défaut de lire Marx, certains devraient lire Artus.

 

Jack Dion (Journal Marianne)

 

 

Partager cet article

Repost0
5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 05:47

 

Les coopératives agricoles sont-elles encore prioritairement au service des coopérateurs? Une partie du monde paysan s’est fréquemment posé cette question ces dernières années dans différentes filières de production.

 La structure nationale Coop de France représente la coopération agricole au Salon de l’agriculture. Ses dirigeants ont expliqué hier la « stratégie collective de Responsabilité Sociétale des Entreprises(RSE) visant à accompagner ses adhérents ». Nous avons aussi dialogué avec Pascal Viné, le délégué général de Coop de France, qui a beaucoup communiqué ces derniers jours concernant les nouveaux enjeux auxquels doit se confronter la coopération agricole. 

 

D’année en année, le Salon international de l’agriculture devient un lieu de communication pour les metteurs en marché, les filières animales et végétales, les entreprises coopératives et privées, les régions. Cette année, une association francilienne comptant 18 bergers nous informe que « l’agneau francilien, élevé sous la mère, pâture une alimentation idéale pour une croissance adaptée avec des céréales provenant de la ferme ». Mais comme il faudrait que ces élevages produisent 120 tonnes de viande ovine par an pour fournir une moyenne de 10 grammes par consommateur francilien une seule fois dans l’année, il valait mieux s’intéresser à un communicant autrement important. C’est le cas de la coopération agricole et sa structure nationale Coop de France qui se trouve dans la Hall 4 du salon.

La vocation initiale de la coopération agricole était de permettre aux paysans de se regrouper pour mieux vendre la production agricole et acheter à moindre coût les semences ,les machines et les engrais dont ils avaient besoin. Depuis un certain nombre d’années, on a souvent reproché aux coopératives de se conduire comme des entreprises privées, utilisant leurs marges bénéficiaires pour grossir et s’internationaliser comme de vulgaires firmes capitalistes, au détriment de la rémunération des coopérateurs. La crise du lait, depuis 2015, a souvent montré que ces reproches n’étaient pas infondés.

« Ces critiques sont un peu faciles », objecte Pascal Viné, délégué général de Coop de France qui poursuit : « nous discutons aussi du partage de la valeur ajoutée avec nos adhérents, mais peut-être que nous ne le faisons pas assez. Nous devons aussi améliorer le dialogue avec toute la société, lui montrer que nous pouvons contribuer à faire évoluer notre modèle de société, répondre à des enjeux comme le réchauffement climatique».

Pour le coup, le Salon sert cette année de tremplin pour lancer un débat qui se poursuivra par une tournée dans les régions de France pour mieux prendre en compte les attentes des paysans coopérateurs et des salariés qui travaillent dans les coopératives. Ces dernières peuvent être des entreprises s de collecte céréalière, des sites de production de sucre de betterave, des laiteries et fromageries, des abattoirs, des unités de transformation végétale comme les légumes de conserve et d’autres encore.

On sait que le gouvernement dirigé par Edouard Philippe prépare une loi dont l’objectif revendiqué serait d’améliorer la rémunération des fournisseurs de matières premières que sont les paysans face à l’industrie alimentaire et à la grande distribution. On sait aussi que le président de la République a déclaré le 11 octobre 2017 que le but premier de cette loi « c’est la mise en place d’une contractualisation rénovée avec un constat qui sera proposé par les agriculteurs et non plus par les acheteurs, ce qui est à ce titre et à mes yeux fondamental. Nous modifierons la loi pour inverser la construction du prix qui doit partir des coûts de product0ion».

« On a trop raisonné en circuit fermé dans un cadre franco-français »

 Quand on évoque devant lui la faisabilité, ou pas, de cet objectif avancé par le chef de l’Etat, Pascal Viné observe que dans la réflexion pour savoir ce que donnera ette loi « les grandes absents sont nos partenaires européens. Sur beaucoup de sujets on a trop raisonné en circuit fermé dans un cadre franco-français lors des Etats généraux de l’alimentation. Ce n’est pas satisfaisant quand on est en situation de fragilité et qu’on risque de l’être encore un peu plus en cas de signature d’un accord de libre échange avec les pays du Mercosur pour importer de la viande bovine de qualité susceptible de fournir 25% du marché dans ce créneau de haut de gamme»,observe le délégué général de Coop de France 

 Lors de sa visite inaugurale du Salon de l’agriculture samedi dernier, Emmanuel Macron fut souvent interpelé par des éleveurs inquiets des conséquences de cet accord de libre échange qui pourrait faire entrer chaque année 99.000 tonnes de viandes bovines supplémentaires dans l’Union européenne. Le président de la République leur a répété que la France mettait en place « des lignes rouges » à ne pas franchir, sans jamais préciser sur quel volume annuel de viandes importées portaient ces lignes rouges. Pourtant, quiconque connait la manière dont fonctionnent les marchés des bovins et beaucoup d’autres en France, sait très bien qu’une offre plus abondante que la demande fait toujours chuter les cours des animaux vivants comme ceux de la plupart des végétaux.

Pascal Viné note à ce propos que les statuts des coopératives les obligent à prendre toute la production de leurs adhérents en vue de la vente, qu’il s’agisse ou pas de produits à transformer, ce qui conduit parfois à des fluctuations de prix à la baisse quand les débouchés auprès des consommateurs ne sont pas suffisants. Dans certains secteurs, les coopératives, comme d’ailleurs certaines entreprises privées, signent des contrats avec des paysans coopérateurs pour produire des denrées comme légumes de conserve. Ces contrats, dès lors que le producteur respecte le cahier des charges, permettent de garantir un prix de vente fixé à l’avance pour un volume donné de petits pois, de haricots verts ou de carottes, pour ne prendre que cet exemple légumier.

 

« On est allé trop loin dans la simplification des cultures »

 Quand on évoque avec lui les grands enjeux de ce siècle qui sont la nécessité d’avoir une agriculture durable, capable de produire autrement afin de freiner le échauffement climatique, Pascal Viné, entré récemment à cette fonction dans la coopération agricole après avoir travaillé à l’Office national des forêts, estime que ces cinquante dernières années « on est allé trop loin dans la simplification des cultures» .Il se prononce clairement pour un « retour des bonnes pratiques agronomiques » que certains coopérateurs pratiquent depuis longtemps tandis que d’autres y viennent à leur tour de manière progressive. Au delà de la progression dans les conversions en agriculture biologique, il note que les bonnes pratiques agronomiques sont en progrès et estime que les coopératives doivent amplifier ce mouvement, y compris en favorisant les circuits courts de commercialisation et autres ventes directes du producteur au consommateur.

Alors que les conséquences du réchauffement climatique risquent de perturber fortement la production agricole dans les prochaines années ; que l’Europe et la France manquent de protéines végétales pour l’alimentation humaine et animale ; que nous avons besoin de développer l’agroforesterie pour capter du carbone , produire des aliments et du bois , Coop de France dit vouloir être à l’initiative de « l’organisation d’évènements dédiés à la valorisation des bonnes pratiques coopératives ».

Le champ des possibles est vaste dans ce domaine. Comme outils structurants pour mettre en place une politique de l’offre en produits alimentaires nombreux et diversifiés, les coopératives agricoles sauront-elles demain être en capacité de jouer un rôle structurant et retrouver ainsi une nouvelle jeunesse dans les prochaines décennies? C’est souhaitable dans l’intérêt commun des paysans et des consommateurs. Mais, dans ce domaine comme dans d’autres, rien n’est jamais gagné d’avance. 

La coopération agricole en chiffres

On compte en France 2.500 coopérative agricoles, auxquelles s’ajoutent 12.260 CUMA qui sont des coopératives d’utilisation de matériel agricole par des groupes de paysans qui évitent ainsi de surinvestir individuellement dans du matériel que l’on utilise durant peu d’heures dans l’année. C’est notamment le cas d’une moissonneuse-batteuse. Les coopératives réalisent 40% du chiffre d’affaires de l’industrie agroalimentaire en France .75% des paysans adhèrent au moins à une coopérative, voire à plusieurs. Ces dernières font travailler 165.000 salariés. Enfin 550 coopératives sont engagées dans le bio, 74% ont leur siège social en milieu rural et 93% sont des Petites et Moyennes Entreprises (PME).

 

Partager cet article

Repost0
5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 05:46

RAPPEL DES FAITS Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a dévoilé le 14 février dernier sa réforme du bac, qui entrera en vigueur en 2021.

 

CLARA JABOULAY – PRESIDENTE DE L’          union nationale lyceenne (unl)

LES LYCÉEN.NE.S DEMANDENT LA GARANTIE D'UN BAC NATIONAL ET ÉGALITAIRE

Le gouvernement d'Édouard Philippe a présenté le mercredi 14 février la réforme du baccalauréat. Son but est de réformer ce diplôme obtenu à la fin de l'année de terminale, car considéré comme « trop simple », en raison de son fort taux d'obtention, qui dépasse les 85 %. Nous considérons que le bac doit rester le premier grade de l'enseignement supérieur, qui doit apporter des garanties et des droits à l'ensemble des ractère national garantit le même que soit notre établissement. La réforme ne doit pas se elles et eux que confère ce diplôme. De plus, il est critiqué par le format des épreuves. C'est une épreuve où le bachotage est fortement mis en avant et est quasi dépendant pour la réussite de l'épreuve. Le gouvernement nous impose une réforme qui accroît les inégalités, enterre un diplôme national et renforce la sélection par tenons à alerter quant aux effets néfastes de la réforme du baccalauréat.

Ainsi, le gouvernement, avec le fil rouge des économies, instaure le contrôle continu afin de diminuer le nombre d'épreuves terminales à organiser et surtout à financer ! Le gouvernement instaure alors un contrôle continu à hauteur de 10 %, créant un diplôme inégalitaire. Il est nos copies, sans anonymat, et ainsi différents facteurs peuvent entrer en compte dans la notation. Mais, surtout, il est faux de dire que notre lycée n'influera pas sur la valeur de notre diplôme. Ainsi, les notes dépendront de notre situation géographique, qui dépend elle-même de notre situation sociale. Nous refusons que nos notes et notre baccalauréat dépendent de la réputation de nos établissements ! Nous rejetons un lycée qui accroît les inégalités territoriales de notre société ! Par ailleurs, le gouvernement a pour voeu d'installer un baccalauréat modulaire.

De cette manière, plusieurs binômes de matières vont être créés, mais ils ne seront en aucun cas applicables, par manque de budget, dans les établissements les plus défavorisés, s'il n'y a pas d'augmentation de ce budget pour les modules et de professeur.e.s suffisants. Finalement, chacun de nos établissements n'aura pas les mêmes enseignements. Ainsi, ce n'est plus un seul et même bac que nous aurons, mais un bac par établissement et par élève ! Mais, ce n'est pas seulement notre bac national qui est remis en cause, c'est aussi notre accès à l'enseignement supérieur ! S'il y a autant de bacs que de lycées, les universités pourront sélectionner un profil extrêmement précis d'élèves, qui exclura toute une catégorie de lycéen.e.s.

Il sera facile de justifier la sélection lorsque quelqu'un qui n'a pas pu faire de mathématiques, par manque de moyens dans son établissement, voudra aller en sciences. Ainsi, notre entrée dans l'enseignement supérieur sera conditionnée par l'offre d'enseignements que proposera notre établissement et par la valeur de notre diplôme qui dépendra du lycée où on a étudié. Contre cette à l'enseignement supérieur, nous répondons par la mobilisation !

DENIS COLLIN – PROFESSEUR AGREGE, ANIMATEUR DU SITE « LA SOCIALE »

LA MORT PROGRAMMÉE DES «HUMANITÉS»

La réforme présentée par JeanMichel Blanquer au Conseil des ministres du 14 février peut sembler beaucoup plus modérée que la révolution (ou plutôt la contre-révolution) prônée par le rapport Mathiot, mais dont une large partie a été inspirée par Terra Nova. Tactique classique : le rapport Mathiot sert de test... et de leurre. Après Mathiot, on souffle et on se dit qu'on a échappé au pire. JeanMichel Blanquer a expliqué à qui voulait l'entendre que, pour révolutionner le système éducatif, il suffisait d'en changer une petite partie, stratégiquement choisie, et que tout le reste s'ensuivrait.

Il y a trois points clés qui commandent l'ensemble du dynamitage du système : Parcoursup, qui organise l'affectation sélective des étudiants dans l'enseignement supérieur, en fonction des capacités d'accueil ellesmêmes déterminées par les demandes en matière d'emploi (l'amendement des sénateurs à ce propos et pris en compte par les députés est explicite) ; la réforme du baccalauréat ; et, enfin, le développement de l'autonomie des établissements qui choisiront leur « offre de formation » et pourraient bientôt choisir eux-mêmes leurs professeurs dans le cadre d'une réforme du statut et du recrutement de ceux-ci, actuellement en préparation. La suppression des filières revient de fait à supprimer des ensembles de formation cohérents qui permettent encore aujourd'hui de faire du baccalauréat un niveau de qualification reconnu nationalement par les conventions collectives. De fait, cet examen sera un examen « maison » et, selon l'endroit où les élèves le passeront, ils pourront prétendre à certaines formations ou pas.

De plus, le baccalauréat « à la carte », appuyé sur un socle commun, aboutit à affaiblir sérieusement certains enseignements : la philosophie, victime de la suppression de la filière L, c'est-à-dire de ce qui restait de l'antique classe de philosophie, mais aussi l'enseignement des mathématiques et celui des sciences économiques et sociales, qui n'est plus qu'une spécialité parmi neuf autres.

Les choix proposés aux futurs bacheliers sont purement illusoires. Tous les lycées ne pourront pas offrir toutes les combinaisons de spécialités qu'il faudra de toute façon faire entrer dans le cadre toujours plus restreint de la dotation horaire globale. Et, surtout, les lycéens feront leurs choix en fonction des attendus des formations de l'enseignement supérieur, qui ne permettront pas beaucoup de fantaisie.

Enfin, on voit apparaître des spécialités qui accouplent plusieurs disciplines Se profile ici la polyvalence des professeurs sur les modèles allemand ou italien. Professeur de philosophie et de français ou de biologie et de géographie... Ce qui est promu, c'est un affaiblissement des savoirs disciplinaires et donc un affaiblissement du contenu de savoir proprement dit, au profit de la capacité de parler de tout sans trop s'y connaître, ce qui sera l'objet du fameux « grand oral », terme pompeux pour désigner la promotion des actuels et très décriés « travaux personnels encadrés », qui ne sont qu'une matière optionnelle.

Au total donc, derrière une rhétorique éprouvée, un affaiblissement drastique des contenus réels transmis par le lycée, avec d'ailleurs l'enterrement officiel des langues anciennes qui ne sont plus que des disciplines optionnelles. Fin des « humanités » annoncée dans la « novlangue », où les mots veulent dire le contraire de ce qu'ils sont censés dire.

 

NICOLAS KEMOUN – PROFESSEUR DE SCIENCES ECONOMIQUES ET SOCIALES, AVEC LE COLLECTIF « TOUCHE PAS A MA ZEP »

LES LYCÉENS D'ORIGINE POPULAIRE: LES SACRIFIÉS DU LYCÉE BLANQUER

Nicolas Kemoun Professeur de sciences économiques et sociales, avec le collectif Touche pas ma ZEP

La France est régulièrement épinglée, dans les enquêtes internationales, pour le caractère profondément inégalitaire de son système scolaire. Les chiffres du ministère pointent aussi l'inégalité sociale de réussite scolaire : parmi ceux entrés en 6e en 2007, 41 % des élèves d'origine favorisée sont en série scientifique en 2013, contre seulement 10 % des élèves d'origine défavorisée. Pourtant, la réforme annoncée du lycée et du baccalauréat ne dit rien de leur caractère profondément inégalitaire et ne propose rien qui leur permettrait de l'être moins. Les effectifs des CP de certains réseaux d'éducation prioritaire (REP +) ont certes été divisés par deux, mais au prix d'une hausse des effectifs dans les autres niveaux, y compris en REP. De plus, entre le CP et la L1, rien : le ministre fait comme si les inégalités s'évaporaient soudainement entre l'enseignement primaire et l'enseignement supérieur. Ainsi, la réforme du lycée et du baccalauréat dont les grandes lignes ont été présentées le 14 février est porteuse d'accroissement des inégalités sociales devant l'école. D'une part, ce lycée dit « modulaire » impose aux élèves de choisir précocement leurs parcours.

Or, la capacité des familles à faire les bons choix est fortement liée à leur connaissance du système scolaire, elle-même déterminée par leur niveau de diplôme. D'autre part, l'introduction du contrôle continu aboutira à des baccalauréats de valeurs différentes selon les lycées. Cela pénalisera les lycéens des quartiers populaires, d'autant plus que le nouveau dispositif d'accès à l'enseignement supérieur, Parcoursup, étend la sélection à l'université. Les effets conjoints des réformes du lycée et de l'accès à l'enseignement supérieur sont indissociables : les erreurs d'aiguillage dès la seconde fermeront les portes de nombreuses formations post-bac.

Par ailleurs, le ministère poursuit la liquidation amorcée par le gouvernement précédent du seul dispositif qui luttait contre les inégalités sociales de réussite scolaire, l'éducation prioritaire, dont les lycées ont été écartés. Même si le manque de moyens accordés a pu limiter ses effets, cette politique compensatrice, en donnant plus à ceux qui ont le moins, permettait de contenir les inégalités. En effet, nous, qui enseignons principalement à des élèves de milieux populaires, savons toute l'importance pour leur réussite d'un accompagnement pédagogique renforcé et d'une limitation des effectifs par classe. Pourtant, les dotations annuelles allouées aux établissements pour la rentrée 2018 sont en baisse dans la plupart des lycées qui devraient relever de l'éducation prioritaire. Les conséquences : augmentation des effectifs par classe, suppression des cours en petits groupes et des projets d'ouverture culturelle ou de soutien aux élèves. Comment alors espérer réduire l'inégalité des chances ?

Le collectif Touche pas ma ZEP, constitué l'an dernier, continue de revendiquer une carte élargie de l'éducation prioritaire, de la maternelle au bac, incluant les lycées, dotant les établissements qui en relèvent d'un statut clair, garantissant à leurs élèves des effectifs limités et des moyens supplémentaires, et à leurs personnels des compensations spécifiques permettant d'y maintenir les enseignants les plus expérimentés et de stabiliser les équipes. M. Blanquer, réformer le lycée sans affronter son échec principal ­ la persistance d'inégalités sociales massives face aux filières et face au baccalauréat ­ serait un gâchis déplorable. Prétendre le faire tout en liquidant l'éducation prioritaire une hypocrisie majeure.

 

PHILIPPE BOURSIER - PROFESSEUR DE SCIENCES ECONOMIQUES ET SOCIALES ET MEMBRE DE LA FONDATION COPERNIC

LA STRATÉGIE DU CHOC

La vague de réformes qui frappe les lycées et verrouille l'accès à l'université vise aussi à assujettir plus encore la force de travail à la volonté de ceux et celles qui en extraient du profit. Il s'agit d'abord de baisser la masse salariale dans les lycées eux-mêmes, en réduisant drastiquement le recrutement d'enseignants titulaires. La baisse de 20 % des postes mis aux concours externes du second degré en 2018 anticipe la destruction à venir des postes stables dans le secondaire. Il s'agit aussi de générliser le recours aux contractuels, dans l'éducation et dans le reste des services publics, pour mieux défaire le statut de fonctionnaire et détériorer ainsi le rapport de forces entre les salariés stables et le patronat.

Les réformes en cours dans l'éducation ne peuvent également que précariser un peu plus les jeunes des classes populaires. Les jeunes, à qui on ferme l'accès à l'université, seront privés des protections que procure le statut d'étudiant, et ainsi contraints d'accepter des conditions d'embauche et de rémunération toujours plus dégradées. La réforme annoncée de la voie professionnelle étend également la précarité en encourageant l'apprentissage et en ajustant les filières au bassin d'emploi, c'est-à-dire aux intérêts immédiats du patronat.

Plus largement, le démantèlement du bac remet en question le principe des diplômes nationaux construits comme des points d'appui collectifs dans la définition des qualifications et des grilles des salaires. Il y a bien longtemps que le patronat rêve de faire éclater la grille des salaires codifiée par les conventions collectives en remplaçant les diplômes certifiés par l'institution scolaire par des compétences validées ­ à la baisse ­ par le monde de l'entreprise. On ferait alors glisser la négociation salariale à un niveau de plus en plus local et individuel et donc de plus en plus défavorable aux salariés.

Reste l'arrière-plan politique et stratégique des décisions prises. Les années d'université participent à la construction critique des personnes et les sensibilisent à l'action collective. Le monde étudiant, notamment celui qui a des origines sociales dominées, a eu par exemple un rôle décisif dans la bataille victorieuse engagée aux côtés des salariés et de leurs organisations syndicales contre le contrat première embauche (CPE) en 2006. La sélection à l'entrée de l'université poursuit ainsi l'objectif inavoué de défaire les pôles de résistance du monde étudiant qui, dans un contexte de massification scolaire et de déclassement d'une partie des diplômés, sont toujours susceptibles de catalyser les puissantes mobilisations de la jeunesse des lycées et des universités.

Les attaques contre les lycées et l'accès à l'université participent très clairement des mesures libérales autoritaires qui frappent les salariés, de la facilitation des licenciements aux projets punitifs contre les chômeurs. À cette stratégie du choc, qui espère créer un état de sidération et neutraliser les résistances, nous devons opposer la volonté collective d'assumer pleinement l'affrontement qui vient en fédérant autour d'un intérêt commun salariés de l'enseignement public secondaire et supérieur, lycéens, étudiants et parents d'élèves. Et puisque l'offensive est conduite conjointement contre le service public d'éducation et contre les salariés, ce vaste mouvement unitaire doit sceller une alliance durable entre les mobilisations du monde de l'école et celles du monde du travail.

 

« CE QUI S'ORGANISE, C'EST UNE PÉPINIÈRE DES PREMIERS DE CORDÉE. LES AUTRES N'AURONT QUE DES MIETTES. » PIERRE OUZOULIAS, SÉNATEUR COMMUNISTE

 

 

 

Partager cet article

Repost0
4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:31

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, appelle tous ceux qui ne peuvent pas faire grève à manifester le 1er mai. Malgré le refus de FO et de la CFDT d’organiser des cortèges communs, il ne désespère pas de parvenir à l’unité. Il dénonce la tentative de passage en force du gouvernement à la SNCF et promet des suites au 1er mai.

 

Humanité Dimanche. Selon vous, la mobilisation a grossi et s’est élargie le 19 avril, un seuil supplémentaire peut-il être franchi le 1er mai prochain ?

Philippe Martinez. La période reste compliquée en raison des congés scolaires. Mais notre ambition est de permettre à tous ceux qui, par peur de représailles ou parce qu’ils sont précaires ou intérimaires, ne peuvent pas faire grève en temps normal, de manifester le 1er mai puisque c’est un jour férié pour la plupart des salariés.

 

Humanité Dimanche. Dans les entreprises, les syndicalistes constatent un profond mécontentement de la part des salariés mais celui-ci peine à se traduire en mobilisation. Pourquoi ?

Philippe Martinez. Cela dépend de la démarche. Si des salariés se mobilisent dans leur entreprise mais ne participent pas à une mobilisation interprofessionnelle, cela veut dire que le mot d’ordre ne leur convient pas. Si le mot d’ordre est de se mobiliser pour obtenir le départ d’Emmanuel Macron, nous n’allons pas rassembler beaucoup de monde. Emmanuel Macron est là pour cinq ans. Et, en tant que syndicat, notre rôle n’est pas de débarquer qui que ce soit. Nous sommes là pour mettre en avant des revendications. Notre démarche est de partir des réalités de l’entreprise tout en organisant des temps forts interprofessionnels. Ces moments permettent de donner confiance aux salariés en lutte et de lever les oppositions. Laissez les cheminots se mobiliser seuls, c’est cultiver l’idée qu’ils défendent des privilèges. Comme le 19 avril, le 1er mai doit permettre aux salariés d’exprimer leurs revendications tout en démontrant qu’elles ont des points communs. La lutte des retraités pour l’augmentation de leur pension n’est pas différente de celles pour la hausse des salaires. Il s’agit de la même bataille pour le pouvoir d’achat. À la SNCF, à l’hôpital, à l’école ou chez EDF, c’est la même lutte pour le service public.

 

Humanité Dimanche. Quel sera le mot d’ordre du 1er mai ?

Philippe Martinez. C’est à la fois permettre d’exprimer les mécontentements et de défendre des propositions alternatives. C’est exiger une meilleure répartition des richesses pour augmenter les salaires, créer des emplois et développer des services publics dignes d’un pays comme le nôtre. C’est exiger des droits collectifs. On le vérifie à nouveau avec le statut des cheminots, ce que Macron vise, c’est la casse de tous les repères collectifs. Il essaie d’imposer une société individualiste où chacun se débrouille comme il peut. C’est pour cette raison qu’il s’est d’abord attaqué au Code du travail via les ordonnances. On en voit les conséquences. Dans le cadre de la négociation de la convention collective de la métallurgie, le patronat vient de proposer de travailler 11 heures de plus par semaine. Son plan est de passer à 46 heures en proposant un volume d’heures supplémentaires annuelles de 510 heures dont 280 seraient obligatoires. 280 heures obligatoires, c’est un samedi sur deux au travail.

 

Humanité Dimanche. Votre proposition de 1er mai unitaire a été rejetée, notamment par la CFDT et FO. Pourquoi, selon vous ?

Philippe Martinez. Je ne me l’explique pas. Je viens de lire la tribune de Laurent Berger et du secrétaire général des cheminots CFDT. C’est un texte que la CGT peut signer. Je ne comprends pas les faux prétextes que l’on nous oppose comme celui selon lequel la CGT mènerait un combat politique. Ce n’est pas le cas. Il n’est pas compréhensible qu’il y ait unité syndicale chez les cheminots, à Air France ou encore dans la fonction publique, et que les confédérations ne parviennent pas à surmonter leur différence pour permettre ensemble aux salariés de se mobiliser. Du côté de FO, j’ai noté que le futur secrétaire général se dit favorable à des mobilisations.

 

Humanité Dimanche. Donc, vous ne désespérez pas de parvenir à réaliser l’unité…

Philippe Martinez. Il n’y aucune raison objective aujourd’hui qui justifie que les confédérations ne soient pas en soutien aux luttes en cours qui sont quasiment toujours unitaires.

Humanité Dimanche. Depuis le 22 mars où cheminots et agents de la fonction publique ont convergé place de la Bastille, les syndicats des entreprises ou des secteurs en lutte ne parviennent pas à trouver des dates communes de mobilisation. Pourquoi ?

Philippe Martinez. Cela fait partie des discussions que nous avons avec les autres organisations syndicales. Les luttes professionnelles doivent être visibles. Il est donc normal que les organisations syndicales adoptent leurs propres calendriers. Mais, nous pensons aussi que, pour éviter que les salariés soient opposés entre eux, il faut des mobilisations communes et des journées interprofessionnelles. C’était le sens du 19 avril, ce sera le sens du 1er mai et c’est le sens que nous voulons donner aux suites du 1er mai.

 

Humanité Dimanche. Il y aura d’autres journées interprofessionnelles après le 1er mai…

Philippe Martinez. Nous y réfléchissons et nous voulons en discuter avec les autres organisations syndicales. Avant d’organiser le 19 avril, nous les avions invitées à se réunir le 19 mars pour faire le point sur la mobilisation et examiner les possibilités d’organiser une journée d’action interprofessionnelle. C’était un ordre du jour clair mais les autres organisations n’y ont pas répondu. Par contre, deux jours plus tard, lorsque la CFDT a proposé une réunion de secrétaires généraux, nous avons accepté. La CGT est unitaire. La situation est suffisamment difficile aujourd’hui pour que chacun mette de côté ses susceptibilités.

 

Humanité Dimanche. La CGT est-elle isolée aujourd’hui ?

Philippe Martinez. À la SNCF, je ne crois pas. Chez Air France, je ne crois pas. Dans la fonction publique, je ne crois pas.

 

Humanité Dimanche. De nombreux secteurs sont peu mobilisés malgré le fait que les raisons ne manquent pas, comme le démontre l’exemple de la tentative du patronat d’allonger le temps de travail dans la métallurgie. Comment y remédier ?

Philippe Martinez. Il y a un travail d’information et d’explication à mener auprès des salariés. Dans des secteurs comme la métallurgie, il existe de très nombreuses entreprises, dont beaucoup n’ont pas de syndicats. Cela impose de poursuivre notre effort pour aller à leur rencontre. Il y a aussi beaucoup de luttes qui ne sont pas connues car peu ou pas médiatisées. Ainsi les salariés de Daunat, le fabricant de sandwiches, se sont mis récemment en grève reconductible pour obtenir entre autres, de l’eau chaude dans les douches. C’est la preuve que, quand les salariés sont motivés, ils savent y aller.

 

Humanité Dimanche. La mobilisation ne souffre-t-elle pas d’un doute sur la possibilité de faire reculer le gouvernement ?

Philippe Martinez. J’ai l’habitude de dire que l’appétit vient en mangeant. Quand on parvient à marquer un point, cela donne envie d’en marquer un second. Il faut donner confiance. Cela passe par gagner et par montrer que d’autres autour de toi se mobilisent. Le 1er mai est l’occasion de se donner confiance.

 

Humanité Dimanche. Le gouvernement n’hésite pas à recourir à la force pour faire évacuer les universités comme celle de Paris-X Tolbiac. Pourquoi ces démonstrations de force ?

Philippe Martinez. Le gouvernement veut passer en force. Il l’a aussi démontré avec la tentative des CRS d’entrer dans le carré de tête le 19 avril. Nous avons eu plusieurs blessés, dont une camarade qui a passé la nuit à l’hôpital. C’est une façon de dire, c’est moi qui décide. Ce gouvernement ne veut pas négocier. Il fait mine de consulter. L’exemple des cheminots le démontre. Les syndicats se réunissent avec la ministre mais ils apprennent par voie de presse la filialisation du fret ou la fin du recrutement au statut à partir de 2020.

 

Humanité Dimanche. Pourquoi cette attitude ?

Philippe Martinez. Je vais rester poli. Disons qu’Emmanuel Macron pense que les syndicats ne servent à rien. Mais ils ne sont pas les seuls à ses yeux à ne servir à rien. Tous les corps intermédiaires pour lui sont inutiles. C’est une dérive autoritaire. Macron, c’est un peu Louis XIV. « L’État c’est moi. »

Son gouvernement refuse tout débat de fond. C’est flagrant sur le ferroviaire. Je trouve dramatique qu’un gouvernement écarte tout débat public sur cette question, qui implique pourtant de nombreux enjeux : qu’est-ce qu’une entreprise publique, quelles sont les missions d’un service public, comment préserver la planète… J’ai entendu Nicolas Hulot défendre la réforme du gouvernement. Mais je ne l’ai jamais vu dénoncer le fait que la SNCF était le premier transporteur routier de France ! Ce refus du débat vise à masquer les conséquences dramatiques qu’aura cette réforme.

 

Humanité Dimanche. C’est-à-dire ?

Philippe Martinez. La concurrence. Je ne connais aucun investisseur privé qui investisse dans une ligne utile aux usagers mais qui ne rapporte pas d’argent. Prenez le cas de la ligne des Alpes, qui va de Grenoble jusqu’à Digne. Elle n’est pas rentable, mais des milliers d’usagers l’empruntent chaque jour pour traverser les Alpes. Elle sera pourtant condamnée par la réforme. Autre exemple, la dette. C’est l’État qui en est responsable, en raison de ses choix passés. C’est aussi une volonté de la direction de la SNCF d’avoir un groupe présent partout dans le monde. Qu’est-ce qui justifie qu’un service ferroviaire français investisse dans des transports urbains à Las Vegas ? Pourquoi la SNCF devrait privilégier une croissance externe, posséder 1 000 filiales à l’étranger ? Tout cela coûte une fortune, mais ne rapporte rien. Il s’agit simplement de démonter que le groupe est mondialisé. C’est bien une logique importée du privé. La dette est une dette d’État, qui doit être reprise par l’État.

 

Humanité Dimanche. Peut-on mettre en échec le gouvernement ?

Philippe Martinez. Je ne connais aucun pouvoir qui puisse résister à une large mobilisation des salariés.

 

Humanité Dimanche. Constatez-vous une recrudescence des adhésions dans la période ?

Philippe Martinez. Oui, partout où on fait le boulot ! En Aveyron, par exemple, la CGT a réalisé autant d’adhésions sur les trois premiers mois de l’année 2018 que tout au long de l’année 2017. À Lille, les camarades m’expliquaient que des salariés venaient spontanément à plusieurs pour créer un syndicat. Je ne prétends pas que c’est partout ainsi. Mais quand on fait le boulot, ça paie.

 

Humanité Dimanche. Vous avez évoqué le 5 mai. La CGT ne veut pas faire la fête à Macron ?

Philippe Martinez. Quelles sont les revendications concrètes derrière ce mot d’ordre ? Nos objectifs, à la CGT, sont sociaux, il n’est pas question de dégager Macron. D’ailleurs, qui mettrait-on à la place ? Proposer une mobilisation quatre jours après une journée inscrite dans le paysage depuis longtemps (le 1er mai – NDLR), ce n’est pas le plus efficace pour rassembler le monde du travail. Le risque est que l’on parle plus de l’existence de ces deux dates que des travailleurs et de leurs problèmes. Cela génère des divisions.

 

Humanité Dimanche. Ce qui s’est passé à Marseille le 14 avril, où des partis politiques comme la FI et le NPA ont défilé aux côtés de syndicats (CGT, FSU…), est-il porteur d’espoir ?

Philippe Martinez. À Marseille, cela fait au moins quatre ans qu’ils font cela, tenter de faire converger les opposants à la politique du gouvernement. Ils menaient déjà ce genre de journées d’action sous le quinquennat Hollande.

 

Humanité Dimanche. Mais que pensez-vous de ce type d’initiatives, visant à réunir partis politiques et syndicats sous une même bannière ?

Philippe Martinez. Sur le principe, je n’ai rien contre rassembler le plus large possible, au contraire. Mais chacun doit jouer son rôle en conservant son identité. Des partis, associations et syndicats peuvent se retrouver ensemble, mais cela doit se faire à partir des champs d’intervention de chacun. Les syndicats et les partis politiques n’interviennent pas dans le même champ.

À la CGT, nous portons un projet social, de transformation de la société : nous voulons des services publics de qualité, davantage de pouvoir d’achat, des droits collectifs… Mais nous ne portons pas le projet d’un parti politique. Notre objectif à nous n’est pas de dégager Macron ! Ce n’est pas aux syndicats d’élaborer des alternatives politiques, c’est aux partis politiques. Par exemple, cela fait deux fois qu’un membre de la famille Le Pen est au second tour de la présidentielle, je suis inquiet pour la troisième fois. Nous alertons, à la CGT, sur les dangers de la montée de l’extrême droite, mais c’est aux partis politiques de dégager des alternatives…

 

Partager cet article

Repost0
4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:15

 

Lettres de motivation, CV, attendus… Les nouvelles règles instaurées par la plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur font le beurre des officines privées de « coaching scolaire ». Ce marché florissant, qui surfe sur l’angoisse et les promesses de sélection, menace l’égalité entre élèves.

«Vive Parcoursup ! » Stéphane Boiteux est ravi. Enchanté, même, de la nouvelle plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur. Sur son compte Facebook, il ne tarit pas d’éloges. Parcoursup ? « C’est une démarche responsable et engageante », s’enflamme-t-il. Bien plus « réfléchie, sérieuse et argumentée » que son célèbre et décrié prédécesseur ­Admission postbac (APB). Un vrai plaidoyer. Il faut dire que Stéphane Boiteux ne cherche pas à rejoindre la fac. Lui n’est plus un lycéen en quête d’avenir. Mais le patron intéressé de Motivsup.fr, une de ces multiples officines privées de « coaching scolaire » qui promettent aux élèves de terminale de les guider vers la filière de leur rêve, moyennant finance. Chez Motivsup, on reste relativement modeste. Il vous en coûtera 49,90 euros pour obtenir un questionnaire d’auto­évaluation sur les « dix compétences clés identifiées par le World Economic Forum » et un entretien téléphonique avec un « expert ». Le résultat n’est pas garanti. Moins, en tout cas, que le chiffre d’affaires de Stéphane Boiteux et de tout le secteur du « conseil en orientation » qui fait son beurre des nouvelles règles d’entrée à l’université.

Un marché juteux et peu réglementé

Avec ses exigences et sa logique sélective, le portail Parcoursup, ouvert depuis mi-janvier, s’est révélé une aubaine pour ce marché florissant et peu réglementé qui surfe sur l’angoisse des familles. Fondatrice en 2009 de Tonavenir.net, Sophie Laborde-Balen assure que son activité a progressé ces dernières semaines « de 25 % à 30 % » par rapport à 2017. Studyrama, Diplomeo, Quiétude, Recto Versoi… Tous se frottent les mains également. « Clairement, les candidats sont inquiets de ne pas obtenir la formation qu’ils veulent », résume Clotilde du Mesnil, fondatrice de Cowin Coaching, pour expliquer cet afflux. Alors que les quelque 800 000 lycéens ont encore jusqu’au 31 mars pour compléter leur dossier d’inscription, les offres et communications criardes vont continuer d’envahir les réseaux sociaux et autres salons d’orientation…

Présents, pour la plupart, depuis des années sur le créneau, les acteurs privés ont, cette année, tiré un sacré profit des nouvelles règles qui accompagnent Parcoursup. En plus de formuler ses vœux, chaque élève doit désormais rédiger, pour toutes les formations demandées, y compris universitaires, une sorte de lettre de motivation (« projet de formation motivé ») et parfois un curriculum vitae, avec l’obligation de prouver qu’il répond aux « attendus » fixés par la filière visée. Des exigences dont peu de lycéens ont l’habitude. Et qui donnent à la procédure d’inscription des allures de compétition entre postulants, le tout sur fond d’universités aux capacités d’accueil incertaines.

40 % des jeunes orientés vers le privé

Les boîtes de « coaching » en ont fait illico un argument de vente. Et se proposent de « booster » les dossiers afin de mieux se « démarquer » de la concurrence de son voisin. À ce jeu-là, les tarifs et le grotesque marketing atteignent des sommets. Le site Tonavenir.net vend ainsi une « box cadeau dédiée à l’orientation scolaire », qui propose des formules allant de 250 à 620 euros… Mais son produit phare reste le « Pass sérénité ». Une « prise en charge totale » des inscriptions à Parcoursup, avec deux heures d’entretien, l’écriture des lettres de motivation et même la rédaction des vœux sur le portail, le tout pour… 560 euros. Le site va jusqu’à « garantir » l’inscription, tout en précisant, filou, qu’il ne s’agit pas là d’une garantie « au sens juridique du terme ».

D’autres acteurs du marché sont plus subtils pour grossir leur chiffre d’affaires. Prenez Study Advisor. Cette plate-forme Internet, créée en 2016, permet au lycéen d’avoir au téléphone un étudiant inscrit dans la filière qu’il vise, d’écouter les conseils éclairés de son aîné et d’obtenir, à la fin, une recommandation d’orientation. Le tout gratuitement. Où est l’embrouille ? Tout simplement dans la suggestion faite par l’étudiant. Study Advisor est rémunéré à chaque fois que le client, pardon, l’élève, est envoyé vers un établissement privé avec lequel a été conclu, au préalable, un partenariat. Devinez quoi ? 40 % des quelque 40 000 jeunes orientés par cette plate-forme en vogue ont atterri dans le privé, qui ne pèse normalement que 18 % au niveau national…

Autant de pratiques dénoncées par le Syndicat général des lycéens (SGL). « Toutes ces entreprises surfent sur le désespoir des parents et profitent de ce que ne fait pas ou mal l’éducation nationale », déplore Thomas Le Corre, porte-parole de l’organisation. Aujourd’hui, les centres d’information et d’orientation (CIO) ferment en nombre. Et chaque conseiller d’orientation-psychologue (Copsy) doit s’occuper en moyenne de 1 500 à 2 000 élèves. « On a calculé que cela représentait environ 5 minutes par élève au cours de sa scolarité, relève le jeune homme, lui-même en première ES à Chartres. Pour s’orienter dans l’enseignement supérieur et ses 13 000 formations, c’est pas top… »

« Il faut des moyens pour le service public »

Dans les faits, la mission d’orientation retombe sur les professeurs principaux. Officiellement, cette aide est incluse dans les deux heures hebdomadaires « d’aide personnalisée », organisées en classe et principalement consacrées au soutien scolaire… « Ce n’est pas sérieux, les profs principaux ne sont pas formés pour ça, relève Claire Jaboulay, la présidente de l’Union nationale des lycéens (UNL). Ils n’ont pas le temps et ne peuvent pas connaître l’ensemble du système. Comment voulez-vous qu’un prof de philo vous aiguille si vous voulez faire de l’informatique ? Il faut absolument plus de moyens pour que le service public fasse enfin son boulot, avec notamment des Copsy qui interviennent dans les classes. »

En attendant, les heures d’entretien individuel et autres bilans personnalisés proposés par les officines privées apparaissent comme des solutions alléchantes pour les familles. Du moins, celles qui peuvent se le permettre. Sans surprise, les clients du coaching scolaire sont en majorité des jeunes dont les parents sont cadres du secteur privé. Le creusement des inégalités a la part belle. Quant aux boîtes de soutien privé, elles ont toutes les raisons de croire en l’avenir. « Avec Parcoursup, mais aussi la future réforme du lycée, on est dans un système de moins en moins lisible et de plus en plus tourné vers la compétition scolaire entre élèves, analyse Erwan Lehoux, membre de l’institut de recherche de la FSU et auteur de Payer pour réussir ? (1). Si le service public ne remplit pas son rôle dans l’orientation et l’accompagnement, il est clair que l’argent apparaîtra comme un facteur de plus en plus crucial pour accéder à des conseils éclairés et faire les bons choix. »

Un marché privé encouragé par l’État

Une perspective qui ne semble pas tournebouler outre mesure le gouvernement. Face à l’explosion de ce marché privé de l’orientation, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche envisage de créer un label « pour aider les familles à y voir plus clair ». Label qui garantit la gratuité de la prestation et le but non lucratif de l’entreprise. Pour l’instant, seuls deux plates-formes ont été retenues (Inspire et Les cordées de la réussite). Bref, pas de quoi inquiéter la multitude de start-up qui arpentent, avec plus ou moins de compétences, ce nouvel eldorado. Au contraire. Loin d’être régulé, le marché privé du soutien scolaire est encouragé – et subventionné – par l’État. Depuis 2006, le recours à ces entreprises, dont l’activité est assimilée à la catégorie des « tâches ménagères ou familiales », donne droit à un crédit d’impôt égal à 50 % des sommes engagées. Le taux de TVA est également réduit à 10 %. En clair, rien n’est fait pour calmer les ardeurs des vendeurs d’orientation scolaire. Et peu de chance de voir l’exécutif s’atteler sérieusement au problème. « Au fond, décrypte Erwan Lehoux, le développement de ce secteur colle bien à la philosophie néolibérale et individualiste de ce gouvernement qui voudrait que chaque élève soit “entrepreneur de sa vie”, qu’il construise, dès la fin du collège, son parcours dans une optique utilitariste qui serve le marché. » En attendant, c’est le business des coachs qui est bien servi. 

(1) Payer pour réussir ? Le marché du soutien scolaire. Erwan Lehoux. Éditions Syllepse, 7 euros.

Les handicapés, oubliés de parcoursup ?

Les étudiants en situation de handicap sont-ils les grands oubliés de Parcoursup ? Avant la refonte de cette plateforme, des commissions médicales étaient mises en place dans plusieurs académies (notamment en Île-de-France, où se concentrent les filières en tension) afin d’examiner les dossiers, d’entendre le jeune et d’évaluer ses besoins spécifiques. Avec Parcoursup, plus de commission ! Les besoins de l’étudiant doivent juste être mentionnés dans la lettre de motivation expédiée à l’établissement visé. Une perspective inquiétante pour l’Association des paralysés de France (APF), qui redoute une sélection officieuse face à ces besoins spécifiques, forcément contraignants pour des établissements parfois sous pression financière. « Des familles nous ont raconté que les services d’orientation avaient même conseillé à leur enfant de ne pas inscrire le handicap », assure l’APF. Interpellé, le gouvernement s’est contenté de promettre que les jeunes évincés pourront demander un réexamen de leur dossier. Sans plus pour l’instant.

 

Partager cet article

Repost0
4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:13

 

Habilement, pour que le rideau ne s’entrouvre pas, le maître des horloges se doit d’amuser le chaland. Il lui faut une mise en scène de circonstance. Quoi de mieux que de se construire un personnage de Commedia dell’arte : manipulateur, un brin provocateur… mais déterminé, impressionnant par sa force de caractère et sa puissance d’action. Puis un scénario très simple.

Une muleta que l’on agite pour animer le bon peuple et canaliser son énergie : pour exemple, la réduction à 80 km/h de la vitesse sur les départementales. Un sujet facile à traiter : quelques tirades bien amenées sur les conséquences supposées de la vitesse à 90 km/h ; la culpabilisation des galeux obligés de faire des dizaines de kilomètres pour se rendre au travail ou accéder aux services de première nécessité ; quelques images de fond sur ces accidents mortels qui seraient l’apanage des routes de campagne. Tous les artifices pour déclencher une colère saine de ces ruraux qui se sentent aussi impuissants que méprisés. Ce spectacle a fait l’ouverture du 20 Heures de France 2. Le jour même où le premier ministre annonçait une réforme de nos institutions qui portera un coup fatal à la démocratie de proximité.

Derrière le rideau de fumée, en habile bateleur, le maître des horloges occulte ainsi la terrible réalité des multiples mesures qui sont autant d’attaques contre un peuple qu’il faut anesthésier : hausse des prix des carburants, du forfait hospitalier, de la CSG, des péages, suppression des contrats aidés, de classes, de services déconcentrés de l’État, de services publics, de lignes ferroviaires… autant de coups qui viennent s’ajouter aux attaques incessantes que connaissent nos territoires et leur population depuis trente ans.

Avec les habitants des quartiers les plus populaires, les ruraux sont au cœur de cette violence. Aussi faut-il cacher, par quelques jeux de scène, que ces dispositions portent une cohérence idéologique : celle d’un néolibéralisme entièrement mobilisé en faveur de la concentration sociale et territoriale des richesses.

On ne compte plus les déclarations des ministres, des cabinets ministériels et des services déconcentrés de l’État qui s’appuient sur un nouveau sens commun territorial : l’échelle communale ne peut plus « fonctionner », elle ne peut plus créer de la richesse sans « pilotage » des métropoles, incapable qu’elle est de raisonner, d’agir et de faire société en dehors de la feuille de route technocratique libérale.

De ce fait, les réalités de la vie des ruraux en matière d’accès aux services les plus élémentaires, avec les surcoûts et les privations qui en découlent, ne sont plus traitées qu’au travers du prisme de l’efficacité et d’une échelle d’intervention à revoir. La discrimination territoriale qui s’exerce sur les habitants des ruralités est comme transformée en inadaptation quasi naturelle, justifiant toutes les politiques publiques et tous les discours de l’État.

Peu importe que les choix de gestion qui sont faits soient contraires aux principes de solidarité de notre République sociale. Peu importe qu’ils alimentent le repli des consciences et le rejet. Peu importe… pourvu qu’il y ait l’ivresse de « l’efficacité » et de la « compétitivité » ! Face à des inégalités territoriales de plus en plus criantes, le seul remède résiderait dans le dogme du toujours plus aux métropoles au détriment des espaces périphériques. La théorie du « ruissellement métropolitain » n’est pas très loin.

Cette politique de punition rurale et périurbaine passe aussi par la décrédibilisation des femmes et des hommes qui font le choix de vivre dans les espaces ruraux. C’est leur capacité à organiser au mieux et au plus près du terrain l’intérêt des populations de ces territoires qui est en cause. Il n’est qu’à tendre l’oreille dans les couloirs des cabinets ministériels, des préfectures et métropoles pour comprendre que l’offensive politique à l’encontre de la ruralité et des zones périurbaines est aussi une guerre des mots. Cette « façon de parler » de la ruralité n’est autre qu’une contestation du choix d’y vivre. Et la capacité d’imposer cette idéologie est d’autant plus forte que l’est la capacité à forger, dans l’inconscient des ruraux et de leurs représentants, un consentement à renoncer et à « accompagner » des mesures qui leur sont hostiles.

« Il ne faut pas opposer rural et urbain », entend-on par ailleurs. Présentée comme un argument de « bon sens », cette sentence sert avant tout à stériliser toute construction d’un vrai champ de résistance de la ruralité et de ses habitants. De tels arguments, dénués de lien avec les attentes réelles des ruraux – qui ne demandent jamais de déshabiller « l’urbain » pour habiller « le rural » – visent à diluer le rapport de forces collectif qui pourrait naître.

Dans la résistance à ces attaques tous azimuts, la grande difficulté tient au fait que le « monde rural », la population et la majorité de ses représentants ne saisissent pas suffisamment les fondements idéologiques qui sous-tendent les mesures autoritaires et austéritaires dont ils sont victimes. Aussi n’est pas perçu le fait qu’il s’agit de la simple mise en application d’une idéologie, le néolibéralisme, qui a intégré dans son programme politique le principe d’une concurrence internationale et métropolitaine comme un objet de rationalisation territoriale du capitalisme.

Il nous faut donc expliquer sans relâche pourquoi la théorie libérale combat systématiquement et méthodiquement une dépense qu’elle considère comme inutile : les moyens nécessaires au développement endogène des territoires pour relocaliser des activités et assurer une égalité réelle des citoyens en matière de droits et d’accès aux services publics, aux soins, à l’éducation, à l’offre de transports… Et il faut dire et redire que le vaste « plan d’ajustement territorial » appliqué à notre pays (comme à d’autres précédemment !) ne vise en réalité qu’à répondre à des objectifs de rentabilité et de concentration des richesses.

Si nous devons admettre que la conversion spectaculaire de l’action publique territoriale à ces objectifs est d’ores et déjà un fait, il est encore temps de lever le rideau pour que se développent les résistances et s’ouvrent des perspectives d’avenir renouvelées à partir des luttes du quotidien. Certes, comme le disait fort justement le dramaturge allemand Bertolt Brecht : « Celui qui lutte peut perdre. » Mais il ajoutait toujours : « Celui qui renonce a déjà perdu. »

Par André Chassaigne Député PCF, président du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale

 

Partager cet article

Repost0
4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:09

Meeting unitaire du 30 avril place de la République avec Pierre Laurent (PCF), Sandra Regol (EELV), Guillaume Balas (Génération.s) et Olivier Besancenot (NPA)

Intervention de Pierre Laurent (Meeting unitaire 30 avril 2018)

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011