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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 08:27
Affaire libyenne: 250 000 euros en espèces pour les primes de la campagne 2007 (Médiapart, 6 septembre 2019, Fabrice Arfi et Karl Laske)
Affaire libyenne: 250 000 euros en espèces pour les primes de la campagne 2007
Par et

Un rapport d’expertise vient d’estimer à 250 000 euros le montant des primes remises en liquide au personnel de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Cela vient confirmer l’« absence de sincérité des comptes de campagne » et l’« ampleur de la circulation d’espèces en marge de la campagne » soulignées par les enquêteurs. Ces sommes n’ont jamais été déclarées aux autorités de contrôle.

Dans l’affaire Sarkozy-Kadhafi, les pièces du puzzle semblent s’agencer une à une. Après la mise au jour de l’arrivée de fonds libyens sur le compte des intermédiaires proches du futur président de la République, et l'aveu par Ziad Takieddine de leur remise en espèces, l’enquête démontre à présent l’utilisation d’argent noir par l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy.

Un rapport d’expertise remis le 28 août dernier aux juges d’instruction parisiens Aude Buresi et Serge Tournaire évalue désormais à 250 000 euros les primes versées en espèces, en 2007, aux salariés de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Ces sommes n’ont jamais été déclarées aux autorités de contrôle, selon l’enquête.

Cette somme en liquide ne concerne que les petites mains de la campagne : l’enquête a par ailleurs établi des circulations d’espèces au bénéfice personnel du premier cercle de Nicolas Sarkozy.

Cette nouvelle avancée judiciaire vient sévèrement mettre à mal les arguments développés en procédure par le trésorier de la campagne électorale incriminée, Éric Woerth (aujourd’hui président de la commission des finances de l’Assemblée nationale), Claude Guéant, alors directeur de campagne, mais aussi par le candidat Nicolas Sarkozy lui-même, qui, tous, ont assuré que les financements de l’élection de 2007 avaient respecté les règles en vigueur.

Dans ce dossier, Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et Éric Woerth ont comme point commun d’avoir été mis en examen par les juges pour « financement illicite de campagne électorale », en plus de « corruption » pour les deux premiers, parmi d’autres délits présumés dont ils sont également accusés, notamment celui de « recel de détournement de fonds publics libyens ».

Les enquêteurs avaient été mis sur la piste des espèces de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy par un pivot de celle de 2012, Jérôme Lavrilleux. Celui-ci s’était retrouvé dans la lessiveuse du scandale Bygmalion, pour lequel l’ancien président français a été renvoyé au tribunal correctionnel – ce renvoi a été confirmé par la cour d’appel de Paris mais fait encore l’objet d’un pourvoi en cassation.

Or, entendu début 2017 par les policiers de l’Office anti-corruption (OCLCIFF), Jérôme Lavrilleux avait clairement laissé entendre que d’importantes sommes en espèces avaient abondé la campagne de 2007 en dehors de toute comptabilité, et qu’un système de fausses factures avait été préféré en 2012 pour supporter la multiplication par plus de deux des frais électoraux.

L’enquête sur l’affaire Bygmalion a estimé le coût réel de la campagne de 2012 à 42,8 millions d’euros, pour 22,5 millions autorisés…

« La campagne de 2012 a coûté la même chose que celle de 2007 ! Sauf que Bygmalion a été remplacé par des palettes de billets. Provenant de Libye, c’est ça ? », avait même déclaré Jérôme Lavrilleux au Monde quelques semaines après son audition dans le dossier libyen.

Depuis, l’enquête a largement conforté ses dires. En septembre 2017, un premier rapport de synthèse de la police soulignait en effet « l’absence de sincérité des comptes de campagne » et pointait l’« ampleur de la circulation d’espèces en marge de la campagne » de Nicolas Sarkozy.

Plusieurs salariés de la campagne de 2007 ont raconté devant les enquêteurs avoir perçu des primes en liquide, en grosses coupures. « J'ai discuté avec pas mal de salariés des Républicains que je connais depuis longtemps, certains m'ont dit qu'ils avaient eu une prime directement sur leur fiche de paie, et d'autres effectivement dans des enveloppes […] D’après ce que j'ai compris, absolument tout le personnel de l’UMP de l'époque a été récompensé après la victoire », a expliqué un ancien comptable du parti.

Un témoin a même relaté une anecdote embarrassante : « Je me souviens que c’était le défilé dans le bureau de Talvas [l’adjoint d’Éric Woerth à la cellule trésorerie – ndlr], que tout le monde venait chercher son enveloppe. Il a tiré cette enveloppe d’un coffre-fort qui contenait de nombreuses autres enveloppes, plusieurs centaines. »

À la peine lors de son audition par les juges en mai 2018, Éric Woerth avait fini par lâcher : « Je vois bien que vous vous dites qu’il y a eu beaucoup d’argent liquide dans cette campagne. » L’actuel président de la commission des finances de l’Assemblée a fini par reconnaître que des espèces avaient pu circuler pendant la campagne et qu’elles avaient été distribuées après l’élection, ne pouvant être imputées aux frais électoraux. Il avait estimé que les sommes en jeu ne dépassaient pas les 30 000 euros.

En réalité, l’expertise désormais entre les mains des juges a valorisé ces montants à près de dix fois plus, sans prendre en compte les éventuels émoluments versés à des stagiaires.

Sur l’origine des fonds, Éric Woerth a livré une explication qui a laissé pour le moins dubitatifs les anciens salariés de la campagne autant que les enquêteurs. Il a parlé de dons anonymes envoyés en grosses coupures par la poste par de mystérieux donateurs… Une explication jugée « captieuse » — c’est-à-dire qui vise délibérément à tromper —, selon un rapport de police.

De fait, plusieurs anciens salariés de l’UMP (aujourd’hui Les Républicains) ont réfuté les explications d’Éric Woerth. Notamment l’ancienne cheffe du courrier au sein du parti : « Je n’ai jamais vu de courrier arrivant qui contenait des espèces. »

Dans ce contexte, la découverte de la location d’une chambre forte par Claude Guéant à l’agence Opéra de la BNP, à Paris, le temps des élections a vivement intrigué les enquêteurs, tout comme le personnel de l’UMP.

Le bras droit de Nicolas Sarkozy, qui est l’un des protagonistes centraux des soupçons de la corruption par le régime Kadhafi, s’y est présenté à sept reprises entre le 23 mars et le 19 juillet 2007. Le personnel de la banque a concédé devant les enquêteurs qu’il était rarissime qu’un particulier loue un coffre-fort d’une si grande taille ; un homme pouvait y entrer debout sans se baisser.

Claude Guéant, qui a varié dans ses déclarations sur l’utilisation de cette fameuse chambre forte, est allé jusqu’à prétendre qu’il l’avait ouverte pour y entreposer des… discours de Nicolas Sarkozy. Une explication qualifiée d’« aberrante » par une ancienne salariée du parti : « II y avait un coffre-fort dans le bureau de M. Sarkozy. Cela n'a aucun sens. Les discours ont toujours transité par mail, même à l'Élysée quand il était président de la République. »

« Je ne savais pas qu’il y avait cette location avant de l’apprendre par la presse », a prétendu de son côté Nicolas Sarkozy lors de sa mise en examen.

Mais au-delà de la campagne électorale, l’enquête a déjà montré dans l’affaire libyenne que le premier cercle de Nicolas Sarkozy avait manipulé des quantités astronomiques d’espèces. Les policiers ont stigmatisé dans un rapport l’« usage immodéré » de l’argent liquide de Claude Guéant, à titre personnel.

 

D’après le dossier judiciaire, Claude Guéant a ainsi disposé entre 2003 et 2013 d’au moins 325 000 euros en cash – il s’agit des sommes dont les policiers ont pu retrouver la trace –, alors que durant la même décennie il n’a retiré de ses comptes en banque que 2 450 euros et qu’il a reconnu la perception de 110 000 euros détournés des caisses du ministère de l’intérieur et pour lesquels il a été condamné en première instance et en appel.

Reste donc un minimum de 211 550 euros au sujet desquels Claude Guéant a opposé une seule réponse face aux magistrats : « J’exerce mon droit au silence. »

Des espèces importantes ont également été retrouvées dans l’entourage de Brice Hortefeux, ainsi que sur l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Boris Boillon, qui a toujours revendiqué sa proximité avec l’ancien régime libyen et tout particulièrement avec Mouammar Kadhafi.

Le diplomate avait été interpellé en juillet 2013, gare du Nord, à Paris, avec 350 000 euros et 40 000 dollars en espèces non déclarés. L’essentiel des billets – 257 400 euros en billets de 100 – provenait de la Banque centrale de Finlande qui les a fabriqués en juin 2003.

Les douanes, en charge de l’enquête, ont pu établir que les billets n’avaient jamais été mis en circulation dans l’économie réelle et avaient, de ce fait, été probablement livrés à une institution ou un État, sans qu’il ait été possible de déterminer lequel.

Un témoin protégé, enregistré sous le matricule 123, a indiqué aux enquêteurs de l’affaire libyenne que Boris Boillon faisait partie avec Claude Guéant des sarkozystes à avoir perçu de l’argent liquide du régime Kadhafi.

 

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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 07:02

Dans le Monde Diplomatique d'août 2019, un article du sociologue américain Rick Fantasia, - "La gauche cannibale" - a de quoi nous faire réfléchir.

Il montre une université américaine sociologiquement en décalage vis-à-vis de la société américaine, puisque constituée par une majorité d'étudiants et d'enseignants issus des catégories aisées ou de la classe moyenne supérieure, et qui pourtant est devenue un bastion pour la théorie de gauche critique.

Seulement, plutôt que d'encourager les étudiants à devenir militants, en développant une pratique d'organisation pour agir en dehors des campus afin de transformer les structures de la société, la nouvelle pensée dominante de gauche, où la lutte pour le droit à la différence, les "minorités" et contre les discriminations et micro-discriminations liées au genre, à l'orientation sexuelle, à la couleur de peau et à l'origine, tend à privilégier un mode d'expression de la conviction égalitariste par une forme de repentance, de culpabilité, ou de culpabilisation de toutes les micro-agressions du quotidien liées aux dominations systémiques et souvent inconscientes de l'homme blanc hétérosexuel, en remplacement de toute analyse de classe. 

"A l'heure de l'obsession identitaire, (les étudiants) préfèrent se focaliser sur les interactions sociales qui se déroulent sur leur campus. Ce choix a suscité des polémiques relatives au contenu des programmes, au déroulement des cours, ou encore au microagressions qui se produiraient quotidiennement. Les microagressions sont des tensions ou des conflits de faible intensité qui surviennent quand des étudiants issus de milieux sociaux stigmatisés se sentent lésés par des formes d'expression à leurs yeux humiliantes ou insultantes, provenant soit de personnes en position d'autorité, soit d'autres étudiants qui leur semblent issus de milieux plus favorisés. Exprimé par le "dominant", un désaccord devient souvent une micro-agression pour le "dominé". Ces petits affrontements résultent, au moins en partie, de la difficulté à faire cohabiter des étudiants aux profils sociaux parfois très éloignés. Ces dernières années, la plupart des universités privées les plus onéreuses ont en effet accru leurs aides financières aux étudiants des milieux défavorisés. L'agrégation de jeunes gens aux origines sociales disparates a logiquement augmenté la probabilité des conflits interpersonnels, souvent interprétés à travers le prisme des microagressions. (...) Autant dire qu'un étudiant qui souhaite être perçu comme un militant de la justice sociale n'a pas besoin de recourir aux pratiques politiques de ses aînés: se coordonner pour agir collectivement, construire une organisation durable, essayer de toucher des personnes extérieures aux campus, trouver des points de convergence et d'unité avec les autres, voire les persuader de changer... Il lui suffit de brandir la différence comme une valeur en soi, et de dénoncer l'ignorance et le manque de sensibilité de ceux qui lui opposent une objection ou qui lui combattent. 

Dans les établissements les plus cotés, beaucoup d'étudiants et d'enseignants sont issus de l'élite. Et même quand ce n'est pas le cas, ils observent du haut de leur campus majestueux la pauvreté, la déchéance sociale et l'exclusion qui règnent à l'extérieur. Ils éprouvent ainsi un sentiment de responsabilité, mais aussi parfois, de culpabilité envers ceux qui sont bannis de leur monde. Or, vue à travers le prisme de la race, l'inégalité est plus souvent perçue comme un privilège de Blancs que comme le produit d'une domination de classe. En admettant publiquement leurs privilèges (de race, de genre, d'orientation sexuelle, etc.) les étudiants se jugent (au moins partiellement) absous du bénéfice que ceux-ci procurent, un peu comme s'ils sortaient de leur manche une carte de Monopoly: "Vous êtes libérés de prison". De telles pratiques politiques s'apparentent à un jeu social dans lequel on obtiendrait du crédit en avouant aux autres la conscience et la honte que l'on a de ses privilèges, et en éloignant (temporairement) par là, l'accusation d'en faire usage".

Tellement vrai... Transformer la politique de justice sociale en éthique de l'égalité inter-personnelle dans la différence, c'est installer le dominant dans une certaine forme de confort où il n'a pas à se poser la question de la transformation sociale par la politique, mais sauve sa vertu simplement par la "conscience" de l'inégalité, des discriminations, et par le comportement individuel, tandis que les dominés sont censés se vivre en "victimes" du fait de leur différence où on les enferme (genre, orientation sexuelle, origine ethnique, couleur de peau) plutôt que de s'émanciper en remettant en cause ensemble une organisation sociale et économique inégalitaire dont les discriminations sociétales peuvent être perçues aussi comme des symptômes. Le prisme identitaire tend ainsi à mettre au second plan la réflexion critique sur les inégalités de classe et les moyens de les résorber. Les dominations sont multiples, toujours rattachées à l'inter-individuel et un phénomène diffus de "domination", plutôt que centrées sur l'exploitation, une organisation économique et sociale qui expliquent y compris la fonction historique du racisme et du sexisme. 

Le risque de ce type de pensée de la justice sociale et de la gauche, c'est de morceler, fragmenter la société en micro-appartenances identitaires, d'éliminer les perspectives de solidarité sociale inter-raciale, inter-sexes, inter-orientations sexuelles, d'empêcher les convergences pour la transformer de tous ceux qui y ont intérêt objectivement, d'interpréter les symptômes de la domination de classe en termes raciaux ou sexuels, de créer un discours victimaire permanent plutôt que de fonder une pratique révolutionnaire. Le sociétal remplace le social. Les micro-dominations concernant les "minorités" masquent la domination de classe touchant la majorité dans laquelle sont inclues ces "minorités".

Le prisme identitaire, ceux du droit à la différence et de la lutte contre "toutes les formes de discriminations", viennent en grande partie de l'héritage de déconstruction anti-raciste des États-Unis et ont apporté beaucoup sur le plan pratique et théorique dans le passage à la conscience d'un certain nombre de dominations sociétales et sociales du quotidien, c'est ce peut-être aussi une forme d'impasse du point de vue d'une exigence de pratique révolutionnaire collective de lutte contre le capitalisme, de transformation des conditions économiques et sociales et de la domination de classe qui est, au fond, à l'origine de toutes les autres inégalités.  La perspective sociétale de la lutte contre les inégalités liées aux différences et aux "minorités" s'accommode très bien d'une pratique politique social-démocrate ou inégalitaire d'un point de vue économique, de discours sur la discrimination positive, inégalitaires en leur principe. En France, elle a été portée par la deuxième gauche alternative, post-marxiste, rocardienne, qui a fourni ensuite ses cadres au néo-libéralisme triomphant jusqu'à produire Macron, l'humaniste éclairé travaillant au service exclusif des milieux d'affaires, avec le plus parfait mépris des classes populaires.    

Une pensée critique de gauche débouchant sur une pratique conséquente ne doit pour moi jamais déserter le "commun" des dominations et de la société à construire ensemble par-delà les différences.

Ismaël Dupont  

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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 07:00
Table ronde. Le Ceta, fuite en avant ultralibérale ou outil économique ?
Vendredi, 6 Septembre, 2019

Rappel des faits Adopté par l’Assemblée nationale, le projet de loi ratifiant le Ceta va faire l’objet d’un examen par le Sénat. Un accord lourd de menaces concernant l’impact des échanges commerciaux entre l’UE et le Canada. Avec Samuel Vandaele André Chassaigne Mathilde Dupré

 

Quelles seraient les conséquences de la finalisation de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, en cours d’examen actuellement ?

Samuel Vandaele Les conséquences seraient multiples : en important l’alimentation dont nous ne voulons pas dans nos assiettes, on porte préjudice à la santé des consommateurs et on renforce leur défiance envers les politiques. On impose aussi une concurrence déloyale aux agriculteurs qui ont déjà un revenu en berne. Le Ceta mettrait donc gravement en danger le métier d’agriculteur, donc l’autonomie alimentaire de la France. Il existe un paradoxe qui nous bouleverse : nous continuons à signer des accords commerciaux qui consistent à importer des produits qui ont des standards bien inférieurs aux nôtres, alors que les Français veulent une alimentation toujours plus saine et durable. Fin 2017, consommateurs, agriculteurs, distributeurs et associations ont participé aux états généraux de l’alimentation pour planifier cette montée en gamme de façon démocratique. Or, entre les distributeurs qui ont oublié leurs promesses et obligations légales, et les politiques qui utilisent l’agriculture française comme monnaie d’échange, cette ambition est mise à mal. C’est donc un enjeu pour toute la nation.

André Chassaigne Au-delà des multiples conséquences connues sur le plan économique, social et environnemental, je retiendrai l’exemplarité que la Commission européenne veut donner à la conclusion de cet accord. ­L’ensemble du processus de négociation engagé il y a dix ans et confié à la Commission a pourtant tenu de la plus grande opacité. Mais la mobilisation de la société civile à son encontre a progressé au fur et à mesure du dévoilement de ses aspects les plus régressifs, en particulier sur son volet agricole et alimentaire, ainsi que sur le mécanisme d’arbitrage des différends pour les investisseurs. La pression a conduit progressivement les négociateurs à multiplier les études d’impacts et à intégrer un affichage sur le plan social et environnemental, y consacrant deux chapitres dans le texte final. Tout ce travail n’avait qu’un seul objectif : faire valoir « la qualité » supérieure du Ceta pour mieux préparer politiquement la conclusion des autres accords de libre-échange. Cet accord servira de modèle pour assurer la continuité d’une vision néolibérale des échanges internationaux, portée par l’OMC et l’UE. C’est en cela que l’adoption définitive ou non du Ceta est un enjeu politique fort.

Mathilde Dupré Le Ceta est déjà en application provisoire depuis septembre 2017 dans sa presque totalité. Il reste néanmoins une partie essentielle qui n’est pas encore appliquée. Il s’agit du chapitre sur la protection des investissements et le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États. Si le Ceta était définitivement approuvé, ce dispositif offrirait la possibilité pour les entreprises basées au Canada d’attaquer la France ou l’UE devant un tribunal d’arbitrage pour contester des lois ou des décisions qui nuisent à leurs intérêts et vice versa. Cette justice d’exception réclamée par les multinationales expose les États à des risques financiers considérables. Le montant moyen des condamnations s’élevait en 2017 à 450 millions de dollars. Et elle constitue un instrument de lobbying puissant. En France, la loi Hulot sur les hydrocarbures a ainsi été considérablement affaiblie après la menace de poursuites de la part du groupe canadien Vermilion auprès du Conseil d’État. Le sort de ce dispositif dangereux est donc clairement entre les mains des sénateurs français et de leurs homologues des pays membres qui n’ont pas encore ratifié le Ceta, notamment les Pays-Bas, l’Allemagne ou l’Italie. Selon les règles européennes, il suffirait en effet d’un seul vote négatif dans un pays membre pour que cette partie de l’accord n’entre jamais en vigueur. Que se passerait-il pour le reste de l’accord, déjà en application de manière provisoire ? Difficile de le dire avec certitude. Les 28 avaient annoncé au Conseil qu’ils s’engageaient à mettre fin à l’accord. Mais cette résiliation ne serait pas automatique puisqu’il faudrait tout de même une proposition de la ­Commission dans ce sens, adoptée à l’unanimité au Conseil.

Quels intérêts le Ceta sert-il pratiquement ?

André Chassaigne Il sert d’abord l’intérêt de ceux qui ont un intérêt financier de court terme ! Et cela explique que les grands groupes capitalistes transnationaux industriels, bancaires et de la finance aient été les grands invisibles de la négociation, alors que ce sont eux qui poussent à la conclusion rapide des différents accords dans le but de conquérir de nouveaux marchés de biens ou de services ou pour leurs investissements. Pour le Ceta, ce sont la finance et les secteurs énergétiques et miniers qui ont été au cœur de l’accord, conduisant à ce que le secteur agricole et alimentaire soit considéré comme une simple variable d’ajustement. Un des risques majeurs concerne l’hyperdépendance économique du Canada aux États-Unis, qui pourront se servir du Ceta comme porte d’entrée vers l’Union européenne. Au lieu de contribuer à travailler à une coopération de haut niveau et de progrès social et écologique avec le Canada, le Ceta va nous tirer vers le bas, tout en renforçant la dépendance à la politique et aux capitaux américains.

Mathilde Dupré Le Ceta, comme nombre d’autres accords, a été négocié dans une totale opacité. Cette méthode prive les représentants élus et les organisations de la société civile de la possibilité d’exercer un véritable contrôle et de peser sur le contenu, au détriment du secteur privé qui est lui beaucoup mieux associé et consulté. Cette opacité est d’autant plus difficile à justifier que le Ceta est un accord dit de nouvelle génération, qui vise non seulement à réduire les droits de douane, mais aussi et surtout à réduire les obstacles non tarifaires, c’est-à-dire les normes de protection des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement. Enfin, le Ceta comporte une autre innovation toxique pour la démocratie. Il offre au secteur privé la possibilité d’intervenir de manière précoce dans le processus d’élaboration des futures normes de part et d’autre afin de limiter le plus possible leur impact sur le commerce.

Samuel Vandaele Le Ceta est le fruit d’une vision extrême du libre-échange. Schématiquement, ce type d’accord privilégie certains secteurs pour en satisfaire d’autres. Ici, au détriment de l’agriculture, qui ne devrait pourtant pas servir à faire du troc avec n’importe quel autre produit. Avec cet état d’esprit, on sert les intérêts d’un modèle que nous ne voulons pas. Ce que nous souhaitons, ce sont des exploitations viables, vivables et transmissibles sur un modèle familial. En France, un élevage moyen comprend 60 bovins. L’écrasante majorité des élevages canadiens ont plus de 10 000 têtes ! Je ne parle pas des farines animales, antibiotiques activateurs de croissance et des 46 substances phytosanitaires utilisées au Canada et strictement interdites en Europe. Cet accord ne sert clairement pas les intérêts des jeunes. Pourtant, avec seulement un remplacement sur deux départs à la retraite, il faut urgemment permettre le renouvellement des générations en agriculture. Cela ne sera pas possible si le métier n’est pas attractif et donc rémunérateur.

Quelles exigences porter pour faire valoir le respect des droits du monde du travail, des agriculteurs et de l’environnement dans les accords de commerce international ?

Samuel Vandaele D’abord, en sanctuarisant l’agriculture dans les négociations commerciales, pour qu’elle ne soit pas traitée comme une monnaie d’échange. Ensuite, en ayant plus d’ambition sur le volet qualitatif et environnemental : l’Europe a des standards très élevés auxquels, nous agriculteurs, nous avons consenti pour offrir une alimentation de qualité et durable. Si l’Union européenne veut vraiment être la puissance normative qu’elle souhaite être, elle doit imposer ses règles. En faisant cela, elle tirera vers le haut l’alimentation des autres continents et nous permettra de jouer à armes égales avec leurs agriculteurs. Pour cela, nous proposons également de favoriser le développement international pour aider les jeunes agriculteurs de tous les pays à structurer des filières leur permettant une montée en gamme de leurs produits, leur souveraineté alimentaire et un revenu décent. C’est en ce sens que nous nous sommes réunis en 2019 lors du sommet international des jeunes agriculteurs à Paris pour formuler des propositions en faveur d’une meilleure coopération et mieux porter cette ambition auprès des instances internationales. Les échanges commerciaux entre nous se baseront sur notre complémentarité et pas sur un antagonisme. Il faut enfin un étiquetage des produits sur leur origine pour que les gens consomment en connaissance de cause. J’invite pour cela l’ensemble des Français à soutenir cette démarche en signant la pétition « Eat Original », qui vise à la rendre obligatoire sur l’ensemble du territoire européen.

Mathilde Dupré De très nombreuses propositions ont été formulées pour revoir de fond en comble la politique commerciale, y compris par la commission d’évaluation du Ceta, nommée par le gouvernement. Il apparaît par exemple indispensable d’exiger des mesures miroirs pour soumettre les produits importés au respect des normes imposées à nos producteurs, telles que l’interdiction des farines animales dans l’élevage ou de certains pesticides dans l’agriculture. Nous devrions aussi conditionner l’octroi de tout nouvel avantage commercial à nos partenaires au respect effectif d’un certain nombre de standards internationaux en matière sociale, environnementale ou fiscale et ne favoriser que les échanges des produits et des services bons pour la société. A contrario, l’Union européenne doit fermer son marché aux importations qui contribuent à des violations des droits humains et de l’environnement, et plaider pour une refonte multilatérale des règles commerciales internationales afin de redonner aux États des marges de manœuvre pour conduire la transition écologique, sociale et démocratique.

André Chassaigne C’est le cœur du problème. Il ne faut pas se contenter de dénoncer ces accords, mais dire clairement ce que nous pourrions faire. Concernant le Ceta, plutôt que de servir de rampe de lancement à la série d’accords de libre-échange à venir, il aurait pu être un traité de maîtrise du commerce international et de l’investissement au service de la révolution écologique et sociale des deux côtés de l’Atlantique. Notre proximité socio-économique, voire culturelle, avec le Canada permettait d’initier une tout autre coopération pour répondre aux vraies urgences planétaires en se fixant des règles et des normes partagées : développer un nouveau modèle agroécologique ; construire la sortie des énergies carbonées et de la consommation effrénée de ressources minérales ; pénaliser les logiques spéculatives et lutter contre l’évasion fiscale ; finaliser des objectifs de santé ou sociaux communs avec des pôles publics dégagés des marchés. Il y a tant à faire. C’est possible. Mais nous voyons bien combien le Ceta est révélateur du fossé immense entre, d’un côté, ce que devraient être les priorités de la coopération européenne, de l’autre, l’archaïsme d’une foi néolibérale sans vision d’avenir sur laquelle continuent de se reposer la Commission et les dirigeants européens.

avec Samuel Vandaele   Président des Jeunes Agriculteurs (JA) André Chassaigne  Député PCF du Puy-de-Dôme, président du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) Mathilde Dupré Codirectrice de l’Institut Veblen

Entretiens croisés réalisés par Jérôme Skalski
Table ronde. Le Ceta, fuite en avant ultralibérale ou outil économique ? (L'Humanité, 6 septembre 2019, Jerôme Skalski avec André Chassaigne, Samuel Vandaele, Mathilde Dupré)
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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 06:17
Ian Brossat

Ian Brossat

Ian Brossat : « On fait un faux procès au logement social »
Vendredi, 6 Septembre, 2019

Face à la hausse des prix du logement, Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris, chargé du logement, chef de file des communistes parisiens pour les municipales, avance de nouvelles propositions pour permettre aux classes populaires et moyennes de rester vivre dans la capitale.

 

C’est un chiffre qui a fait grand bruit : selon une étude des Notaires du Grand Paris, un logement parisien coûte désormais en moyenne plus de 10 000 euros le mètre carré. Un prix indécent qui vide la capitale de ses habitants. Comment expliquez-vous cette flambée incessante ?

Ian Brossat Paris est une ville-monde. Comme Tokyo, Londres, New York, elle est confrontée à une explosion des prix de l’immobilier, liée à l’attractivité de la ville et au décalage colossal entre une demande très importante et une offre limitée. La crise est d’autant plus aiguë à Paris que c’est la ville la plus dense d’Europe, huit fois plus petite que Berlin, et dans laquelle le nombre de terrains constructibles est extrêmement réduit. Les prix sont donc mécaniquement tirés vers le haut. Mais, contrairement à New York ou Londres, Paris a la chance de bénéficier de 22 % de logements sociaux, un taux qui a considérablement augmenté depuis que la gauche est aux manettes. Grâce à cela, 550 000 Parisiens, soit quasiment un habitant sur quatre, bénéficient de loyers modérés et sont protégés des prix du marché.

« Le parc (privé) diminue d’année en année au profit du logement social », affirme Thierry Delesalle, le notaire parisien qui a présenté hier les chiffres trimestriels. Que lui répondez-vous ?

Ian Brossat Cette explication est parfaitement grotesque. La réalité, c’est que les prix explosent dans toutes les grandes métropoles du monde. À New York, le prix au mètre carré est de 17 000 euros. Et croyez-moi, ce n’est pas le développement du logement social qui a conduit à un renchérissement des prix : il n’y en a quasiment pas. On fait là un faux procès au logement social. Heureusement que nous avons décidé d’investir chaque année 500 millions d’euros pour le développer, sans quoi nous aurions subi le même sort que Londres. Les infirmières, les policiers, les enseignants seraient tous relégués en 1re ou 2e couronnes. Si Paris compte encore 25 % d’ouvriers et d’employés, c’est grâce au logement social.

Quelles solutions avancez-vous pour lutter contre la pénurie de logements ?

Ian Brossat De fait, dans les années qui viennent, nous pourrons de moins en moins construire de logements neufs. Donc, le problème va se poser d’une manière nouvelle. La question sera moins celle des constructions neuves que celle de l’utilisation des logements existants. Paris compte 1,3 million de logements, parmi lesquels 100 000 logements vacants, 100 000 résidences secondaires et 30 000 logements loués toute l’année par Airbnb. Donc, la vraie question, c’est celle des moyens dont nous devrions pouvoir nous doter pour redonner une utilité sociale à ces 230 000 logements. Le problème, c’est que la municipalité n’a pas la main sur les outils qui permettent d’intervenir là-dessus. Nous dépendons de l’État, notamment pour la réquisition, une compétence qui relève du préfet. Quand nous demandons aujourd’hui au préfet de réquisitionner des bâtiments vides, il nous répond qu’il ne réquisitionne qu’avec l’accord du propriétaire… On aurait donc besoin d’une nouvelle étape de décentralisation qui permette à la ville de Paris de disposer de compétences nouvelles, qui nous permettent également de taxer beaucoup plus fortement les résidences secondaires et de réquisitionner les bâtiments vides. C’est déjà le cas à Berlin, par exemple, où le maire vient de décider de bloquer les loyers sur cinq ans. À Paris, nous ne pouvons pas le faire sans l’accord du gouvernement. Cela devrait pouvoir changer.

La droite vous attaque beaucoup sur la disparition des classes moyennes dans la capitale. Qu’en est-il de votre proposition pour « diviser par deux le prix de l’accession à la propriété » ?

Ian Brossat Il faut leur rappeler que les logements sociaux que nous produisons chaque année bénéficient pour 1/3 aux classes moyennes. Nous avons également obtenu début juillet la remise en place de l’encadrement des loyers qui avait été appliqué entre 2015 et 2017. Ce sont les classes moyennes qui en bénéficieront le plus. Par ailleurs, certains Parisiens aspirent aussi à la propriété, hors de leur portée compte tenu des prix exorbitants. C’est pour cela que nous mettons en place un nouveau dispositif qui repose sur une dissociation entre le foncier et le bâti. La Ville de Paris restera propriétaire du foncier et le Parisien n’achètera que le bâti. Je propose que 1 milliard d’euros soit consacré à ce projet dans la prochaine mandature.

En tant qu’adjoint au logement de la capitale, vous avez engagé un bras de fer avec Airbnb(1). On apprenait hier que la plateforme va régler moins de 150 000 euros d’impôts en France pour 2018, un chiffre dérisoire compte tenu de ses profits…

Ian Brossat C’est scandaleux. Airbnb paie aujourd’hui moins d’impôts qu’un hôtel trois étoiles à Périgueux. C’est aberrant qu’une entreprise aussi puissante et lucrative paie des clopinettes au fisc. Ils ont dépensé 800 000 euros de frais d’avocat pour mener une guérilla contre la Ville de Paris et mettre en échec les dispositifs de régulation que nous avons mis en place. Nos villes sont de plus en plus confrontées à ce phénomène d’ubérisation. Mais enfin, qui doit décider dans nos métropoles ? Ces grandes entreprises américaines ou les élus et les habitants ? Nous avons besoin de muscler le rapport de forces, c’est pourquoi, le 26 septembre, avec mes collègues de plusieurs villes d’Europe, dont Berlin, Amsterdam ou Barcelone, nous allons plaider notre cause auprès de la Commission européenne. Nous ne pourrons nous en sortir qu’avec un front commun des villes face à cette économie de prédation.

(1) Airbnb. La ville ubérisée, de ​​​​​​​Ian Brossat, éd. la Ville brûle.
Entretien réalisé par Maud Vergnol
Ian Brossat, adjoint au logement PCF à Paris, chef de file communiste pour les Municipales à Paris: on fait un faux procès au logement social (L'Humanité, 6 septembre 2019)
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6 septembre 2019 5 06 /09 /septembre /2019 05:20

Un groupe de jeunes militants communistes réalise et diffuse sur Internet des vidéos qui décryptent l’actualité à travers la grille d’analyse marxiste.

Vidéos de vulgarisation d'économie, pour comprendre le monde et le transformer, comprendre l'actualité, comme le disait l'économiste Paul Boccara.

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 19:41
Contre-G7: Des résultats à valoriser

Du contre-G7 on a d’abord retenu le dispositif ultra policier mis en œuvre pour l’événement. Il est un fait que ce déploiement quasi guerrier est un fait politique à part entière. Pas une première pour Emmanuel Macron qui avait déjà opposé l’armée aux gilets jaunes certes, reste que la réquisition de 13 200 policiers et gendarmes pour protéger les chefs d’État des grandes puissances face aux dangers du monde révèle comment ce mode de gestion de la résistance sociale est devenu une marque des démocraties modernes.

Face à cette démonstration de force et le climat anxiogène volontairement créé pour pousser l’affrontement, la bonne tenue de la manifestation du 24 août, des débats ou la marche des portraits est un actif à mettre au crédit des organisateurs. Et on est en droit de s’interroger sur les raisons d’une mobilisation en demi-teinte des alter. On ne peut considérer, comme je l’ai lu, que ce bilan insuffisant tient au choix de la non-violence par les plateformes anti-G7. Je ne crois pas, pour ma part, qu’une radicalisation des mouvements passant par un affrontement assumé avec les forces de police soit la garantie d’une mobilisation plus large, encore moins qu’elle soit le gage de victoires face aux pouvoirs.

Les 15 000 personnes de la manifestation, cumulées aux 4 000 acteurs du campement et aux 5 800 participants aux ateliers et conférences du contre-sommet constituent un actif pour les partisans d’un autre monde. À valoriser en tant que tel, face à des gouvernements qui savent alterner provocations et répressions pour marginaliser dans l’opinion publique et diviser en leur sein les forces de transformation. Au lendemain du forum social mondial de Salvador (FSM) de Bahia, en mars 2018, était déjà pointée une «crise» de mouvement altermondialiste, à relativiser cependant, car de nouveaux champs de résistances sont en plein essor: les migrants, les luttes féministes, le réchauffement climatique, la souveraineté et sécurité alimentaire...

“De nouveaux champs de résistances sont en plein essor“

Cette fin août a confirmé ces tendances, en même temps que le mouvement des gilets jaunes et la marche pour le climat ont conduit à un approfondissement des débats. Aurélie Trouvé résume ainsi les choses en invitant à repenser «la dialectique capital/travail de la gauche traditionnelle pour désormais penser la contradiction capital/vivant». Elle était d’ailleurs présente pour ATTAC aux côtés de Philippe Martinez de la CGT, Éric Beynel de Solidaires et Jean-François Julliard de Greenpeace France, dans un forum intitulé «Fin des mois, fin du monde», symbolique de cette recherche d’une nouvelle dialectique sociale et écologique et d’une convergence syndicats-ONG. Cette table ronde a constitué l’un des grands moments forts du contre-forum, actant notamment le fait «qu’on ne peut plus soutenir des mesures bonnes pour l’environnement si elles ont un impact négatif sur le social. L’inverse étant aussi vrai»; l’exemple du scénario d’une transition énergétique a été convoqué prenant en compte ce facteur.

La question de l’égalité et la voix des femmes ont été omniprésentes, s’inscrivant dans la thématique du contre G7 «Pour un monde radicalement féministe, à bas le patriarcat». La journée féministe du 22 a appuyé sur l’urgence à articuler les aspects économiques, sociaux et écologiques et l’apport des analyses et pratiques féministes sur ces questions, se nourrissant entre autres des expériences des marches des femmes.

La bataille pour une agriculture de qualité a constitué aussi un pilier des forums, où s’est affirmée la proposition d’une sécurité sociale de l’alimentation. Cette question m’avait mobilisée au Parlement européen car au cœur du combat pour une autre PAC et de la lutte contre les traités de libre-échange (CETA, MERCOSUR...). L’actualité amazonienne montre son caractère urgent pour la planète, tout comme la réalité de la précarité alimentaire. Ainsi, en France, 22 % de ménages vivent dans une alimentation contrainte; 15,8 millions ont accès à l’aide alimentaire, se considérant pour la plupart de dignité (source ATD).

Le fait que le contre-sommet ait eu lieu au Pays basque a mis au-devant de la scène les mouvements et citoyen·ne·s et leur dynamisme, également une multitude d’expérimentations locales.

Un bémol sur le fait qu’ici comme ailleurs a pesé l’absence de perspectives politiques de transformation, malgré la présence de stands de partis et l’engagement solidaire de nos camarades des sections de Bayonne du PCF. Cette rencontre de toutes les formes de combats à gauche est une voie que nous devons prioritairement travailler.

Marie-Pierre Vieu
membre du CEN
article publié dans CommunisteS du 4 septembre 2019

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 05:15

Un groupe de jeunes militants communistes réalise et diffuse sur Internet des vidéos qui décryptent l’actualité à travers la grille d’analyse marxiste.

Vidéos de vulgarisation d'économie, pour comprendre le monde et le transformer, comprendre l'actualité, comme le disait l'économiste Paul Boccara.

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 19:27
Fabien Roussel à l'Université d'été du PCF à Aix en Provence le 24 août 2019

Fabien Roussel à l'Université d'été du PCF à Aix en Provence le 24 août 2019

Ci-joint, le discours  de Fabien Roussel prononcé ce mercredi 3 septembre à Toulouse en conclusion de la journée de rencontres Jaurès, Nation, République et Luttes sociales, organisée par la Fédération de Haute-Garonne du PCF, la société des Amis de l'Humanité, l'association des amis de Jean Jaurès Toulouse, IHS CGT et la librairie La Renaissance.

 

Discours de Fabien Roussel
Conclusion du Colloque Jean Jaurès

 

3 Septembre 2019 – Toulouse
 

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis, Chers Camarades,

Permettez-moi tout d’abord de remercier la fédération de Haute-Garonne du Parti communiste français de cette initiative consacrée à Jean Jaurès, à l’occasion du 160e anniversaire de sa naissance.
Permettez-moi aussi de remercier les intervenants qui ont brillamment contribué aux tables rondes de cet après-midi : Gilles CANDAR, Rémy PECH, Charles SYLVESTRE et Martine BERNARD-ROIGT.
Merci enfin à vous toutes et tous, qui vous êtes libérés pour évoquer l’une des plus prestigieuses figures du mouvement ouvrier français.
Nous n’avons pas voulu, aujourd’hui, simplement commémorer celui dont la trace reste indélébile dans la conscience collective de notre peuple. Bien sûr, commémorer est indispensable pour que le fil de la mémoire ne vienne jamais à se rompre. Surtout, d’ailleurs, lorsqu’il s’agit du fondateur de l’Humanité, devenu journal communiste à la naissance de notre parti, dont nous célébrerons le centenaire l’an prochain.
Mais nous avons voulu aller au-delà, souligner combien cette empreinte de géant s’inscrit pleinement dans notre époque.
Car Jaurès aura eu, dans la dernière partie du XIX° siècle et jusqu’à son assassinat, à relever les défis de la première mondialisation du capitalisme.
C’est l’époque durant laquelle le capital se concentrait déjà à toute vitesse et bouleversait les modes de production. Il cherchait frénétiquement à intensifier l’exploitation du travail, des êtres humains mais aussi, déjà, celle des ressources naturelles.
C’était il y a plus d’un siècle mais le capitalisme n’a pas vraiment changé au fond. En 1910, le capital prospère sans limites fort de la révolution industrielle, en s’appuyant sur le travail à la chaîne.
Un siècle plus tard, ce même capital se régénère avec les banques, l’informatique et l’avènement d’une finance globalisée mais il exploite toujours sans retenue les salarié·e·s et la planète.
Le monde reste ainsi dominé par l’esprit de conquête, la soif de puissance et les rivalités qui incitent des pays à mener des guerres, quelles soient armées ou économiques.
Jaurès avait tout dit, dès 1895, quand il écrivait : « Le capital, même sous les traits les plus aimables (...), reste une puissance tyrannique et injuste. »
Nous sommes aujourd’hui confrontés à des enjeux d’une même ampleur.
Une forme nouvelle de mondialisation économique se déploie, dévastatrice pour la nature, implacable pour les travailleurs. Un modèle qui détruit partout les protections collectives arrachées de haute lutte par les mouvements populaires. Une force qui cherche à désintégrer politiquement et socialement le mouvement ouvrier et ses capacités de résistance.
Tout est fait pour substituer un individualisme égoïste aux solidarités de
classe.
Comment qualifier autrement cette généralisation de la précarité du travail, ces contrats « Uber » qu’on nous vend comme le symbole de la modernité et qui ne sont rien d’autre que le retour du travail à la tâche !!
Où est le progrès quand 250 000 hommes et femmes de notre pays acceptent, bien obligés, de devenir des auto- entrepreneurs dépendant des plateformes numériques qui les exploitent, en les rémunérant à la
commande, au coup de pédales, sans aucune protection sociale ?
Il n’y a pas beaucoup de différence avec ces femmes, ces hommes, ces enfants qui vendaient, au siècle dernier, leur force de travail dans les mines ou dans les entreprises textiles ?
Et ce modèle se répand, en France, en Europe, sur tous les continents...
Au nom d’un monde désormais aux mains de la finance, la souveraineté des nations et, par conséquent, celle des citoyens, est tout simplement niée, battue en brèche.
A tel point que des multinationales, et pas seulement celles du numérique, ont même davantage de pouvoirs que bien des États. Pour installer leur siège social, elles vont jusqu’à choisir l’Etat dans lequel elles négocieront l’impôt le plus bas voir nul.
Et pourtant, sous l’impact de la révolution numérique, de cette forme d’accélération du capitalisme, de nouvelles catastrophes apparaissent.
Le dérèglement climatique et les désastres écologiques qui s’enchaînent placent notre planète au bord du gouffre. Et le nombre de personnes, d’enfants souffrant de malnutrition repart à la hausse depuis 2 ans. Tous les signaux d’alerte sont tirés. Les moyens et des solutions existent pour lutter contre la faim dans le monde, contre la pollution, pour transformer les modèles agricoles ou alimentaires... Sauf que ces solutions, qui supposent un changement de nos modes de production et de consommation, une autre utilisation des richesses se heurtent de plein fouet au dogme libéral, à cette sacro-sainte exigence de rentabilité à court terme, imposée par une minorité de privilégiés.
Tout cela a une cohérence, implacable. Hier comme aujourd’hui.
Et tout ce qui fait obstacle à leur modèle économique, à la globalisation de l’économie, doit être détruit. Pas d’Etat, pas d’impôt, pas de compte à rendre !
C’est pourquoi ceux qui défendent ce système ultra financiarisé ne veulent pas de nations souveraines ! Ils veulent encore moins de frontières entre lesquelles peut encore s’exercer cette souveraineté, s’organiser le débat démocratique. Ils ne veulent pas non plus de services publics qui pourraient échapper aux règles de la compétitivité et de la profitabilité à tout prix.
Au fond, la perversion de l’Union européenne, en tout cas telle qu’elle aura été construite ces dernières décennies, prend source dans cette obsession de la rentabilité, de la concurrence effrénée qui va de pair avec l’effacement de la nation et de la souveraineté populaire. C’est une des raisons pour lesquelles les défenseurs de cette Europe ont méprisé les peuples, comme le notre, qui avait osé voter contre leur Traité constitutionnel en 2005.
Voilà ce qui l’a menée à la crise démocratique que nous connaissons et qui se traduit par une immense défiance des électeurs à son égard.
Ailleurs, l’horizon est hélas tout aussi préoccupant. Alors que se profile un nouveau krach financier, encore plus dévastateur que le précédent, des guerres commerciales, et même désormais monétaires, mettent aux prises des grandes puissances et des multinationales.
Guerres économiques, diplomatie de la gâchette, multiplication des conflits armés, record du nombre des réfugié·e·s , de pauvreté, voila l’horizon de ce 21eme siècle !!
Comme toujours, les prêcheurs de haine font leur miel d’un tel climat. Ils conquièrent sans cesse de nouvelles positions, et parviennent même à se hisser à la tête de nombreux pays.
Comme hier, ils soufflent sur les braises des orgueils nationaux et des querelles ancestrales de territoires. Ils attisent le racisme, ils prospèrent sur les peurs face aux flux de réfugiés ou encore face aux terrorismes. Comment analyser autrement les résultats en Allemagne où l’AFD, parti nazi, arrive en deuxième position aujourd’hui ?
Interrogeons-nous en cet instant sur la politique, sur son rôle : n’est-il pas justement d’élever la conscience des hommes et des femmes, de faire grandir en eux ce qu’il y a de plus beau : la solidarité, l’échange, le partage, l’amour de son prochain, l’ambition de faire vivre ensemble une communauté humaine, dans toute sa diversité, de trouver des solutions pour relever chaque défi tout en respectant la dignité humaine et l’intérêt général ?
Est-ce cela que nous voyons aujourd’hui ? Non et c’est même le contraire ! Nous voyons comment des responsables politiques flattent les plus bas instincts qui existent aussi en chacun d’entre nous tel que la jalousie, l’égoisme, l’individualisme ou même la peur quand ils devraient au contraire tout faire pour les repousser.
Comment justifier la manière dont l’Union européenne traite la question des réfugiés si ce n’est pour exciter les peurs, les fantasmes et faire grandir la haine de l’autre, de l’étranger? Les partis d’extrême-droite n’ont plus qu’a ramasser la mise pour devenir l’exutoire de toutes les colères, y compris sociales.
Ces forces d’extrême-droite profitent aussi, il faut le reconnaître, des déceptions, des impasses dans lesquelles s’est enfermée une large partie de la gauche et des forces progressistes et écologistes.
Et c’est là, dans la reconstruction d’un projet d’émancipation humaine pour sortir des logiques terrifiantes du capitalisme, que l’apport de Jaurès nous est essentiel.
D’abord pour son inlassable combat en faveur de la République.
Une République issue de la Révolution française, une République toujours populaire, sachant se remettre en cause pour être toujours plus à même de répondre à ses fondamentaux: liberté, égalité, fraternité. Une République indissociable de l’exigence de démocratie et protégeant la souveraineté du peuple;
Une République défendant l’intérêt général compris comme le souci de répondre aux besoins du grand nombre plutôt qu’à la soif illimitée d’enrichissement de quelques-uns ;
Une République qui promeut le « droit à l’existence » prenant le pas sur le droit de propriété, selon les belles paroles de Robespierre ; Une République qui fait vivre la laïcité, garantissant la liberté de conscience
tout comme la séparation intransigeante des sphères publique et privée. Telle est la République que Jaurès appelait à « pousser jusqu’au bout », afin de parvenir au dépassement du capitalisme pour ouvrir un chemin au socialisme, ou au « communisme collectiviste », termes qu’il employa indistinctement tout au long de sa vie. En cela, même s’il lui fallut affronter bien des polémiques dans son propre camp.

Jaurès se situait bel et bien dans la lignée de Marx, qui avait lui-même écrit : « La Révolution française a fait éclore des idées qui mènent au-delà des idées de l’ancien ordre du monde. Le mouvement révolutionnaire qui prit naissance en 1789 (...) avait fait éclore l’idée communiste. »
Les communistes sont fiers d’avoir inscrit leur histoire dans cette continuité.
Quand ils se portèrent en première ligne des batailles pour la laïcité, contre la xénophobie ou les clans colonialistes qui ne cessèrent de contester la République.
Quand ils contribuèrent à prolonger l’action armée contre l’occupant hitlérien et le régime de Vichy par ce programme si ambitieux qui fut la grande œuvre du Conseil national de la Résistance.
Quand ils firent de l’école publique, question qui fut au cœur de la visée jauressienne, le premier des piliers d’une République de l’intelligence et du savoir, ouvrant à la jeunesse et au corps citoyen la voie de l’émancipation et du courage.
Quand ils furent à l’initiative de propositions audacieuses pour rendre la République pleinement démocratique et briser cette frontière invisible qui lui interdisait de pénétrer sur les lieux de travail.
Permettez-moi de m’arrêter un instant sur ce point. Lorsque, aujourd’hui, nous nous battons pour une VI° République, pour en finir avec la monarchie présidentielle, ou contre ces réformes constitutionnelles qui laissent entendre qu’il y a plus de démocratie avec moins de parlementaires, nous assumons entièrement l’héritage de Jaurès, qui sera intervenu tant de fois sur ces questions.
De même, lorsque nous proposons que les salarié·e·s disposent de nouveaux droits à décider des choix faits dans leurs entreprises, nous partageons la colère qui était la sienne devant un système qui fait théoriquement du citoyen un souverain l’instant d’une élection, mais le laisse soumis au despotisme de son patron le reste du temps.
Oui, après Jaurès, nous affirmons à notre tour qu’il faut pousser la République jusqu’au bout, que la démocratie politique est inséparable de la démocratie dans l’entreprise et que doit enfin être proclamée ce qu’il nommait « la « souveraineté du travail ».
Mais la République de Jaurès s’incarne aussi dans une nation.
Et je tenais à m’exprimer ici sur ce sujet tellement il est insupportable de lire, d’entendre ici et là comment la nation est aujourd’hui réduite au nationalisme, au repli sur soi, à la division d’un peuple, et donc à l’opposé de ce qui la fonde. Oui c’est vraiment insupportable car les fondations d’une nation ne sont pas ethniques ou religieuses. Elle relève d’une construction politique, d’une histoire commune d’un peuple uni dans sa diversité.
La nation de Jaurès, et de tous les progressistes, est d’abord conçue comme une communauté de citoyens que ne se distinguent ni par leur origine, ni par leurs convictions intimes.
C’est en cela que la nation française, grandie par la Révolution de 1789, a pu d’emblée porter un message universel en direction des autres peuples d’Europe.Qu’elle a accompagné leur marche vers la liberté et l’indépendance.
Qu’elle a, dès ses premières années, affirmé une ambition de paix pour l’humanité tout entière. Et si, à son tour, elle s’est trouvée à divers moments précipitée par ses classes dirigeantes dans les guerres de conquêtes et de rapines, elle aura toujours trouvé en son sein les ressorts du retour à ses idéaux d’origine.
De ce point de vue, l’attachement de Jaurès à la nation française, son « patriotisme » revendiqué qu’il opposait au nationalisme belliciste, fut jusqu’à son dernier souffle indissociable de son action internationaliste. Et, plus particulièrement, de son combat pour la paix dès qu’il sentit que le choc des
cupidités impérialistes pouvait la mettre en grand péril. Il ne cessa, pour cette raison, d’inciter les travailleurs à ne pas laisser la nation aux mains de ceux qui l’emmenaient à sa perte. « Plus les ouvriers sont une classe, plus ils sont une patrie: ils auront tout à fait la patrie quand ils seront la classe souveraine», avertissait-il.
Quoi de plus actuel que cette approche ?
Je l’ai dit en commençant, chacune et chacun d’entre nous sent bien que notre monde est en train de basculer dans l’inconnu. Tout a été fait, depuis trois ou quatre décennies, au nom d’une globalisation supposée « heureuse», pour effacer jusqu’à l’idée de nation et ainsi priver les peuples de leurs
droits fondamentaux.
En gommant l’idée d’une nation porteuse de progrès, d’humanité, voire l’idée même qu’une nation pouvait encore exister, la classe dominante, les milieux d’affaires, la finance remettent en cause les conquêtes d’un peuple, sa souveraineté et son aspiration à une vie digne et heureuse.
Et pourtant. Une nation porteuse de progrès c’est celle qui s’engage à éradiquer le chômage et la pauvreté, à lier la justice sociale et la justice climatique, à protéger chaque vie et chacun des instants de la vie d’un
homme ou d’une femme, de celles et de ceux qui forment le peuple, notre peuple. Le peuple et la nation. La nation et le peuple, intimement liés et forts, en France, de ces conquêtes sociales, de l’abolition de la monarchie et l’instauration de la République, de la Résistance et de ses Jours Heureux, promis à tous ses citoyens, dans le respect des origines et des confessions de chacun.
Nous voulons redonner du sens à la nation, indéfectiblement liée au peuple, à sa souveraineté, à son indépendance qui lui ont permis de mettre en oeuvre le programme des Jours Heureux issu du Conseil National de la Résistance. Oui, les français sont fiers de cette histoire qui nous a permis de bâtir cette exception française que sont les services publics et la Sécurité Sociale.
Et si nous voulons redonner du sens à la nation, à notre souveraineté, c’est bien pour redonner aux français le droit de s’affranchir des Traités qui nous emprisonnent, c’est pour redonner sa liberté au peuple, à la France, de mettre en place par exemple une Sécurité Sociale du 21ème siècle, digne d’Ambroise Croisat ou pour redonner de nouveaux droits aux salariés dans les entreprises.
Retrouver notre indépendance et notre souveraineté, ce n’est pas pour nous enfermer dans des frontières, ce n’est pas pour exclure des citoyens en fonction de la couleur de leur origine, de leur religion, c’est pour redonner la liberté au peuple de déterminer ses choix et notamment de pouvoir voter un budget sans avoir à le faire valider par Bruxelles !
Mais voilà ! Tout est fait pour déposséder les peuples de leurs souveraineté, pour gommer toute référence à la nation. Et pour renvoyer les colères vers les forces d’extrême droite.
Le sentiment national d’un peuple existe toujours et se réveille à mesure qu’il se sent dépossédé de tout contrôle sur son existence.
Et ce noble sentiment est détourné par des droites extrémistes ou fascisantes, qui encouragent le fanatisme, la violence, le plus odieux des racismes, l’opposition des peuples entre eux. Ici même, de la droite qui se
voulait jusqu’alors « républicaine » mais qui court désormais derrière l’extrême-droite, resurgit le vieux fantasme de l’abandon du droit du sol, alors que celui-ci est antérieur à la Révolution française.
Raison de plus pour défendre plus que jamais une autre conception de la nation. Jaurès, mieux que tant d’autres, l’avait compris, qui s’en prenait à ceux qu’il baptisait « les chacals du patriotisme rétrograde ».
Devant l’Assemblée, il précisait : « La classe ouvrière défendra l’idée de la patrie, mais elle ne sera pas dupe de ceux qui essaient d’exploiter l’idée de patrie elle- même dans un intérêt de classe ; elle essayera par un incessant effort de substituer à une patrie d’inégalités et de privilèges une patrie de
pleine d’égalité sociale qui s’harmonise par là avec les autres patries. » Les peuples ont leurs histoires, tourmentées et contradictoires certainement, mais qui ont imprégné leurs modes de vie et de pensée. Ces caractéristiques donnent aux nations leur consistante sociale.
Mais surtout, et c’est là pour nous l’essentiel de la nation : c’est le cadre privilégié, normalement indépassable, de l’exercice de la démocratie, de la souveraineté.
Oui le cadre de la nation reste un levier pour résister aux entreprises destructrices du capital, défendre par exemple l’industrie face aux délocalisations ou l’agriculture face à l’agro-business. C’est au nom d’une
nation souveraine, à l’écoute de son peuple, qu’il est légitime de faire avancer des politiques publiques de progrès.
C’est aussi un point d’appui pour les mouvements populaires au-delà de leurs frontières.
C’est, par conséquent, un vrai danger de laisser la nation, un peuple, ses droits se dissoudre dans l’adhésion à un marché économique aux prétentions universelles. Et c’en est un autre, tout aussi dangereux, que de croire bâtir l’Europe en effaçant la souveraineté de ses nations et des peuples dans la construction fédéraliste que promeut l’idéologie néolibérale. Tout ce qui uniformise représente un appauvrissement politique, social et culturel, une régression totale...
Notre vision de la nation française, celle de Jaurès hier, celle qui a donné tout son sens à nos propres engagements depuis, ne relèvera jamais d’une vision qui exclut, qui stigmatise les individus ou qui les sélectionne en fonction de leurs origines et de leurs particularités.
Elle procède au contraire d’une approche démocratique qui vise à rassembler, unir des citoyennes, des citoyens, par- delà les différences de culture et d’histoire, dans une communauté humaine soudée par une
communauté de destin.
Cette démarche d’ouverture, nous l’appliquons évidemment aux relations que doit entretenir la France avec les autres pays. Notre attachement à notre propre pays n’est pas synonyme de concurrence avec eux, encore moins d’affrontement sur le théâtre international.
Nous en appelons plutôt à bannir toutes les logiques de confrontation et de domination, à renoncer aux surenchères militaristes. Nous sommes les protagonistes infatigables de la construction de nouveaux liens d’amitié et de coopération entre les peuples.
Ainsi, en Europe, nous l’avons dit et répété à l’occasion des élections de mai dernier avec Ian BROSSAT, notre opposition à des traités imaginés pour servir uniquement la finance et les multinationales, va de pair avec notre proposition d’une nouvelle union de peuples souverains et de nations librement associées.
Jaurès, à son époque, faisait découler l’organisation de la paix mondiale de la défense conjointe de l’indépendance nationale, de la démocratie et du socialisme. Une paix qui passait à ses yeux par le respect des intégrités nationales, le rejet de toutes les oppressions, pour promouvoir l’arbitrage
international et la sécurité collective. Tout cela s’imbriquait dans sa célèbre formule : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène. »
Nous reprenons ce flambeau, devant les dangers qui guettent de nouveau la civilisation humaine. Comme je l’ai fait à l’occasion de notre dernière université d’été, nous proposons ainsi que la France, plutôt que de suivre l’administration TRUMP dans ses surenchères atlantistes, comme le fait hélas Monsieur MACRON, s’adresse aux Nations unies, pour un nouvel ordre mondial favorisant le dialogue et la coopération entre les peuples. La France devrait même demander à renforcer les prérogatives de l’ONU pour qu’elle mène le combat en faveur du climat et pour une plus grande justice fiscale dans le monde.
Ce serait l’occasion de réclamer le désarmement général, l’abolition de l’arme nucléaire, une nouvelle organisation de la sécurité collective et un développement économique aussi partagé que protecteur des grands équilibres écologiques. C’est, nous semble-t-il, le rôle que lui assignent à la fois son histoire et l’écho dont bénéficie sa parole dans le monde. C’est le rôle conforme à son « génie », aurait dit Jaurès.
Défendre la paix et l’indépendance de notre pays, pousser les principes de la République jusqu’à la sortie d’un capitalisme dévastateur, ne sera toutefois possible que si le monde du travail redevient un acteur puissant et écouté. Un acteur conscient de ce combat pour la sauvegarde de l’humanité, qui devra
rassembler autour de lui toutes celles et tous ceux qui aspirent à un autre avenir. C’est l’autre enseignement que nous retirons de l’œuvre de Jaurès. Sa vie, de parlementaire ou de journaliste, d’intellectuel et de dirigeant politique, se confondit avec le soutien aux luttes sociales, de celle des traminots de Toulouse à celles des mineurs de Carmaux ou des verriers d’Albi. Sans parler de sa campagne pour faire libérer l’ouvrier Jules DURAND, condamné à mort pour ses activités de syndicaliste. Comme il l’écrivait, « la dignité de la classe ouvrière est une des richesses essentielles de la France. »
C’est également notre conviction, à l’heure où le salariat est devenu l’écrasante majorité de la population active d’un pays comme le nôtre, et où, au grand dam du président des ultrariches, chaque mobilisation remet la «question sociale » à l’ordre du jour.
Voilà pourquoi nous voulions, ici, à Toulouse dont il fut l’élu, au coeur de cette Occitanie qui lui était si chère, marquer avec force l’actualité du « Grand Jaurès ». Pour le Parti communiste, bien sûr, mais au-delà, pour redonner du sens et de la force à la république française et à l’union du peuple de France.
Oui nous voulons de nouveau voir flotter ensemble le drapeau bleu blanc rouge de la France au coté du drapeau rouge du mouvement ouvrier, défendre un projet de société qui place l’être humain et la planète au cœur de son projet mais remet aussi au centre de ses combats, la démocratie et la souveraineté du peuple de France !

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 19:22
Pour lutter contre toutes les fraudes, Bercy a surtout besoin de moyens (PCF)
COMMUNIQUE DE PRESSE

 du Parti Communiste Français, 4 septembre 2019 

 

 

Pour lutter contre toutes les fraudes, Bercy a surtout besoin de moyens !
 
Missionnées par le Premier ministre, deux parlementaires, de l'UDI et de LREM, viennent de présenter des mesures aussi incongrues que brutales, comme la fourniture d'une « preuve de vie », pour lutter contre une
fraude aux prestations sociales dont elles n'évaluent pas le montant. Si celle-ci doit être combattue, naturellement, elle s'apparente néanmoins à une souris au regard de la montagne que représentent la fraude
patronale (travail au noir, TVA…) et l'évasion fiscale.
 
Le magazine Challenges vient d'ailleurs de révéler que la multinationale californienne Airbnb n'a payé que 148 138 euros d'impôt sur les sociétés à la France pour 2018, alors même que les bénéfices de la plateforme
augmentent et que Paris, avec plus de 60 000 annonces enregistrées, est son premier marché. Cette fiscalité dérisoire trouve sa source dans des montages financiers qui permettent de facturer les services à une
filiale implantée en Irlande, paradis fiscal notoire. Au total, la fraude et l'évasion fiscales coûtent chaque année à notre budget entre 80 et 100 milliards d'euros.
 
Si le gouvernement veut vraiment lutter contre toutes les formes de fraude, qu'il commence par renoncer à supprimer, comme il vient de l'annoncer, 5 800 nouveaux postes à Bercy d'ici la fin du quinquennat.
Ce qui ferait 10 000 depuis l'élection du président de la République.
 
Fabien Roussel, secretaire national du PCF, député du Nord,
 
Paris, le 4 septembre 2019.
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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 19:18

Stop à l’impunité fiscale d’Airbnb ! (Ian Brossat - PCF)

Le magazine Challenges révèle que la multinationale californienne Airbnb n’a acquitté que 148 138 euros d'impôt sur les sociétés pour l'année 2018 en France. Alors même que le chiffre d’affaire et les bénéfices de la plateforme augmentent et que Paris est son premier marché avec plus de 60 000 annonces enregistrées, l’imposition française du géant américain diminue de 8 % par rapport à l’année précédente et passe sous la barre des 150 000 euros !

Cette fiscalité ultralight est rendue possible par les montages financiers utilisés par Airbnb, qui a recours à une filiale de facturation implantée en Irlande, paradis fiscal contesté y compris par la Commission Européenne. Ainsi, la filiale française Airbnb France n’enregistre un bénéfice que de 350 000 euros, ce qui permet de réduire la feuille d’impôt à un montant dérisoire.

Ces pratiques sont scandaleuses. Elles s’inscrivent dans un comportement d’évitement fiscal systématique. De même qu’Airbnb assume de s’asseoir sur les règlementations locales et sur les lois nationales qu’elle attaque devant les instances européennes, la firme piétine ses obligations fiscales. Cette politique du bras d’honneur doit cesser.

Cette entreprise qui bénéficie à plein du rayonnement de la France et de ses infrastructures publiques doit y contribuer comme les autres. D’autant que les activités commerciales d’Airbnb génèrent des dommages considérables pour nos villes et leurs populations : spéculation immobilière, hausse vertigineuse des prix et des loyers, éviction des habitants, nuisances sonores, détérioration de la vie de quartier…

Pour mettre un terme à l’impunité fiscale d’Airbnb, j’appelle le gouvernement à faire appliquer la proposition de loi de Fabien Roussel visant à instaurer le prélèvement à la source de l’impôt sur les bénéfices des multinationales. De même que l’impôt sur le revenu des Français est désormais prélevé à la source, de même il est possible d’imposer Airbnb sur la base de son chiffre d’affaire réalisé en France avant optimisation fiscale.

Ian Brossat, porte-parole du PCF,

Paris, le 4 septembre 2019.

Ian Brossat en meeting à Rennes pour les Européennes (photo France Chapa)

Ian Brossat en meeting à Rennes pour les Européennes (photo France Chapa)

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