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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 07:54

 

Les « sages » préconisent l’accélération de l’ouverture à la concurrence et la filialisation des transports régionaux.

La Cour des comptes a rendu public, ce mercredi, un rapport sobrement intitulé « Les transports express régionaux à l’heure de l’ouverture à la concurrence ». C’est en réalité à une lourde charge contre le service public ferroviaire que se sont livrés les « sages » de la rue Cambon.

Sous compétence des régions, les TER transportent chaque jour 900 000 voyageurs à bord de 7 000 trains (et 1 300 cars) sur plus de 20 000 kilomètres de voies ferrées. Un service public du quotidien qui souffre particulièrement du manque de moyens alloués à l’entretien des voies et de la politique de suppression massive de guichets, de gares et de lignes menée par la SNCF pour des motifs de rentabilité. Certes, la Cour des comptes reconnaît que la baisse sensible de fréquentation des TER s’explique en partie par la concurrence des « cars Macron ». Mais elle estime surtout que « les difficultés de gestion rencontrées par l’exploitant » sont dues aux « grèves de 2014, 2016 et 2018 » et aux « coûts d’exploitation en hausse constante » (4,1 milliards d’euros en 2017), dont elle attribue la responsabilité partagée aux régions et à SNCF Mobilités. « Les premières en maintenant un niveau de service en gare (guichets) ou à bord des trains (présence de contrôleurs) dont l’efficacité est discutable. La seconde (…) à cause d’une organisation du travail peu efficace, d’une trop faible polyvalence des agents et d’une augmentation trop automatique des salaires ». Le texte pointant au passage et très opportunément « le coût du régime spécial de retraite des cheminots ».

« Acharnement politique »

Une fois dressé son bilan, la Cour des comptes décline neuf recommandations, parmi lesquelles le transfert de la propriété des infrastructures aux régions qui le souhaitent, l’augmentation du prix du billet pour l’usager, la suppression de certaines lignes et leur report modal sur la route (cars, taxis, minibus…), l’accélération de l’ouverture à la concurrence et la filialisation totale de l’activité TER. Un « acharnement politique qui frise l’indécence et confirme la stratégie du gouvernement : en finir avec le train public », a immédiatement réagi la CGT cheminots. Pour le syndicat, la Cour des comptes, « véritable conseil en casse sociale auprès du gouvernement », égrène, une nouvelle fois, « les mêmes poncifs ». « La stratégie de la sulfateuse érigée en principe incontournable se poursuit donc alors même qu’un véritable débat public s’instaure sur la sécurité ferroviaire », relève la CGT. Le calendrier est parfois capricieux.

Marion d’Allard

 

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 07:06
« Le grand danger est de suivre pour la pêche le même chemin que celui de l’agriculture dans les années 1960, avec une course au gigantisme et une réduction du nombre de pêcheurs. » (L'Humanité)

« Le grand danger est de suivre pour la pêche le même chemin que celui de l’agriculture dans les années 1960, avec une course au gigantisme et une réduction du nombre de pêcheurs. » (L'Humanité)

Sébastien Jumel : « La mer mérite un ministère de plein exercice »
Vendredi, 25 Octobre, 2019

Secteur maritime. Menacée par le Brexit, la pêche artisanale française doit être soutenue et développée, selon le député PCF de Seine-Maritime Sébastien Jumel, qui a présidé la mission d’information dont le rapport a été rendu ce mois-ci. Entretien.

 

Le rapport parlementaire sur la pêche indique que le Brexit fait peser de lourdes menaces sur la filière…

Sébastien Jumel Le pire scénario est bien sûr celui d’un Brexit dur. Nous avons 20 à 60 % des pêches françaises qui se font en zone britannique. Sans accord, la possibilité de fermeture de ces eaux et le report de plusieurs pays de l’UE sur nos côtes est très inquiétante. Il y a un risque de bataille navale, comme on en a déjà vu autour de la coquille Saint-Jacques, et de pillage de la ressource qui serait dramatique. Toute la filière dépend fortement de l’importation britannique, avec des menaces de délocalisation (notamment pour le premier site européen de transformation de poisson situé à Boulogne-sur-Mer – NDLR). Mais, même en cas d’accord, il y a énormément à faire en France. Cela fait trop d’années que la pêche n’est pas prise en compte à son juste niveau. Pendant les huit mois passés en mission d’information, j’ai sans cesse posé cette question : « Peut-on me citer un discours fondateur sur la pêche ? » Non. La France n’a pas de véritable politique de pêche. Les services sont éclatés et la gouvernance opaque. L’État a transféré à l’Europe et aux comités régionaux un grand nombre de compétences sans cohérence globale. Or la voix des quais mérite d’être portée au plus haut niveau. Il faut absolument créer un ministère de la Mer de plein exercice. Sans ça, on aura un ministère amer.

Vous avez interrogé le ministre de l’Agriculture cette semaine dans l’Hémicycle. Sa réponse vous a mis en colère. Pourquoi ?

Sébastien Jumel Il s’est contenté de dire qu’il était d’accord avec moi et qu’il avait envoyé des courriers mais ce n’est pas suffisant. Il faut prendre des décisions. Depuis quelques jours, des chalutiers de plus de 30 mètres armés de capitaux hollandais vident la Manche Est de nos poissons. Ce sont les mêmes qui ont détruit la ressource en mer du Nord. La bande des douze milles doit être interdite à ce type d’engins, et réservée à des bateaux immatriculés dans nos ports, surtout en cas de Brexit dur. À cela, le ministre n’a pas répondu. Nous attendons aussi des traductions législatives suite à notre rapport. Notre parti pris est de soutenir la pêche artisanale, à dimension humaine et respectueuse de l’environnement. C’est la meilleure façon de préserver la ressource, comme le soulignent les ONG. Le grand danger est de suivre pour la pêche le même chemin que celui de l’agriculture dans les années 1960, avec une course au gigantisme, une réduction du nombre de pêcheurs, une exploitation industrielle dangereuse et un achat des droits de pêche par de grands groupes financiers.

Quels sont les enjeux économiques ?

Sébastien Jumel Il y a 14 000 marins pêcheurs en France. Mais ce n’est pas tout : un emploi en mer, c’est trois emplois induits à terre. Or 5 000 pêcheurs vont partir à la retraite dans les trois ans à venir. Il est urgent de former les générations futures. Il faut créer un CAP « métiers du poisson » pour favoriser l’attractivité du mareyage, de la transformation et de la poissonnerie. Nous appelons à accorder plus de moyens aux lycées maritimes, avec un meilleur maillage et des bateaux-écoles, en métropole et dans les territoires ultramarins. Il faut aussi renouveler la flottille car nos bateaux ont une moyenne d’âge de 30 ans. L’UE considère que subventionner les petites flottilles revient à augmenter les captures, mais c’est possible à effort de pêche constant. Elle dit vouloir promouvoir la libre concurrence, mais, sans intervention politique, ce sera le règne du plus fort et de la concurrence déloyale.

Que propose le rapport pour aider la pêche responsable ?

Sébastien Jumel Il invite à préciser juridiquement la notion de « pêche artisanale » en droit français. Il faut isoler une part de quotas en faveur de cette pêche qui irrigue nos ports et nos criées, en liant les attributions à la performance sociale, environnementale, sanitaire et économique des navires. Une reconnaissance publique des labels de pêche durable privés est aussi nécessaire. Enfin, pour plus de visibilité pour les pêcheurs, il faut une programmation pluriannuelle des totaux admissibles de capture et une négociation pluriannuelle des quotas.

Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre
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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 06:59

Nous présentons ce mardi 22 octobre à 18h en commission des affaires économiques et le lendemain mercredi à 15h en commission des finances un rapport sur les crédits « Industrie » du projet de loi de finances 2020. Notre rapport fait particulièrement le point sur les dispositifs destinés à accompagner les entreprises en difficulté. Il montre que plusieurs budgets sont en baisse, alors qu’ils devraient être maintenus, voire augmentés.

Rapport sur l’industrie : l’État prête à des entreprises en difficulté à des taux usuriers (Sébastien Jumel/Fabien Roussel)

Il révèle aussi que l’Etat, via le Fonds de développement économique et social (FDES), prête à des taux usuriers, de 10 à 20%, à des entreprises qui sont déjà en difficulté. La raison d’une telle aberration tient aux règles européennes. L’Etat doit en effet prêter aux mêmes conditions que les prêteurs privés impliqués dans le tour de table. Or en France, les banques font défaut, laissant toute la place à des fonds vautours qui prospèrent sur le dos des faillites d’entreprises.

C’est pourquoi nous proposons dans notre rapport trois pistes pour faire émerger de véritables investisseurs industriels :

  • création d’un label identifiant les fonds de retournement « responsables », c’est-à-dire ceux qui respectent des conditions strictes en matière de sauvegarde de l’emploi, de responsabilité environnementale et de maintien de l’activité en France;
  • création d’un fonds public-privé de retournement, abondé par l’Etat, les grandes entreprises et le secteur bancaire;
  • création de fonds spécialisés par filière, à l’image du fonds de modernisation des équipementiers automobiles, créé en 2009 et qui s’est avéré très utile pendant la crise.

Notre rapport insiste ainsi sur la nécessité d’élaborer une stratégie industrielle offensive, permettant l’identification de filières structurantes pour l’avenir de l’industrie française.

 

Sébastien JUMEL, député de Seine-Maritime,

Fabien ROUSSEL, député du Nord et secrétaire national du PCF

 

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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 07:00

Les nouvelles règles imposées vont réduire le montant de l’allocation chômage de 30% pour ceux qui restent. L’Etat autoritaire exige 3,4 milliards d’euros d’économies sur le dos des chômeurs

 500 000 Privés d’emploi actuellement indemnisés vont perdre la totalité de leur allocation car il faudra travailler 6 mois au lieu de 4 mois actuellement pour ouvrir des droits.

250 000 Privés d’emploi ne rechargeront plus leurs indemnités chômage en travaillant à côté, car ils n’auront pas atteint 6 mois de travail contre 150 heures actuellement.

250 000 Privés d’emploi verront la durée de leur allocations réduite, car la période de recherche des mois travaillés se fera sur 24 mois contre 28 actuellement.

400 000 Travailleurs précaires verront leur indemnisation réduite de 30% car les jours où ils n’ont pas travaillé seront comptés dans le calcul de leur allocation.

1 400 000 Chômeurs se font voler des droits pour lesquels ils ont cotisé!

La CGT des organismes sociaux. 18 septembre 2019

Chômeurs, salariés de Pôle Emploi: la transformation d'un service public de l'emploi en machine deshumanisée soumise aux logiques néo-libérales

Pas de pitié pour ceux que le monde capitaliste du travail met à l'écart...

Le chômage tue! Une étude de l'INSERM le montre: le chômage est un facteur important de surmortalité. Sans compter les 584 suicides recensés entre 2008 et 2010 qui pourraient être attribués à la hausse du chômage selon une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Car au-delà de ces actes exceptionnels, la réalité est encore plus glaçante : le chômage tuerait "entre 10.000 et 20.000 personnes par an", selon une estimation de Pierre Meneton (Inserm), auteur d'une étude sur la santé des chômeurs. Entre 1995 et 2007, le scientifique a suivi 6.000 volontaires âgés de 45 à 64 ans pour observer les effets du chômage sur la santé cardiovasculaire et la mortalité globale. À partir des résultats obtenus, le chercheur a réalisé des projections publiées en décembre 2014 dans la revue International Archives of Occupational and Environmental Health.

(Science et avenir: https://www.sciencesetavenir.fr/sante/10-000-a-20-000-morts-par-an-dues-au chomage_28753?fbclid=IwAR2EoCT_8dAz8b1AOe4GBi2ML4jNgKZl8doaZyruBDcGJjO6fvjF2vMRsmU)

Et pourtant...

La réforme de l'assurance chômage annoncée le 18 juin dernier par Muriel Penicaud,  ex DRH de Danone et actuelle ministre du travail, pénalisera un chômeur indemnisé sur deux, 1, 2 million de personnes sur 2,6 millions qui touche chaque mois une somme de Pôle Emploi (1022€ en moyenne).

Il s'agit de faire 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires sur les chômeurs.

Bien sûr, il s'élèvera toujours, jusqu'au sein même des salariés, des voix pour justifier ce recul historique. Les chômeurs seraient des « fainéants », en quelque sorte « responsables » de leur situation.

Exit les délocalisations, les fermetures de commerces, les suppressions de postes...

Mais la réalité reviendra comme un boomerang. Les plus jeunes travailleurs enchaînent les CDD courts et les stages non-rémunérés dans les années qui suivent la fin de leurs études, y compris supérieures ; ils seront les premiers touchés par la réforme. Dans un document, l'Unedic estime le nombre d'impactés à 1,2 million de chômeurs ; c'est une estimation bien basse et, en réalité, la population des privés d'emploi concernée par cette régression, dans un contexte de précarisation et de périodes de travail hachées de tous les salariés, ne fera que croître d'années en années.

La vraie cible des décideurs politiques et économiques n'est autre que la Sécurité sociale. L'assurance chômage en est un des piliers, au même titre que la retraite, elle aussi gravement attaquée par l'instauration d'un système par points. C'est le principe même de la Sécu, la socialisation d'une partie des richesses créées par les salariés allant vers les travailleurs malades, retraités ou privés d'emploi, qui est insupportable aux yeux de la grande bourgeoisie industrielle et financière : c'est une part de la richesse nationale qui échappe totalement à sa rapacité. Après les complémentaires-retraites, les complémentaires-santé, pourquoi pas les complémentaires-chômage ?

La réforme s'appliquera progressivement, avec des conséquences humaines d'une gravité croissante, à partir de 2020.

Il s'agit de faire 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires sur les chômeurs. La réforme s'appliquera progressivement, avec des conséquences humaines d'une gravité croissante, à partir de 2020. Aujourd’hui, pour accéder à l’assurance-chômage dans le régime général (hors annexes  8 et 10), il faut avoir travaillé au minimum 4  mois sur les 28 derniers mois. Avec la réforme, la période minimale de travail pour accéder à l’indemnisation sera donc ramenée à 6 mois sur 24. Quand vous êtes un salarié avec des pratiques discontinues, c’est beaucoup ! Il faudra 6 mois désormais pour recharger ses droits en cas d'interruption d'indemnisation et non plus un mois. Ce durcissement des conditions d’accès empêchera des centaines de milliers de travailleurs de bénéficier de l’assurance-chômage. Muriel Pénicaud a créé un nouveau statut de "permittents", (intérimaires, CDD, saisonniers etc.) dont on ne tolèrera plus qu'ils puissent avoir des périodes d'inactivité, qui correspondent pourtant aux variations saisonnières et à la demande des employeurs, et qui devront donc trouver des emplois toute l'année. Au delà de ça :  Les indemnités chômage seront désormais calculées sur le revenu mensuel moyen du travail, et non sur les seuls jours travaillés comme aujourd’hui.

Actuellement, quelqu’un qui travaille 1 jour sur 2 au Smic jour a son indemnité calculée sur la base du Smic jour. Donc, le jour où il a un mois entièrement chômé, son indemnisation mensuelle sera basée sur le Smic. Et il en va de même s’il travaille 1 jour sur 3. Pour calculer l’indemnité journalière (IJ), on se base sur son revenu de journée travaillée. Dorénavant, avec la réforme, ce salarié à travail discontinu aura son indemnité calculée sur la base d’un demi-Smic s’il travaille 1 jour sur 2, d’un tiers s’il travaille 1 jour sur 3, etc. Si ce mode de calcul était mis en place pour les intermittents, l’immense majorité des indemnités journalières ne dépasserait pas 20 euros, soit 600 euros par mois en cas de mois entièrement chômé  ! On ne perçoit plus ses indemnisations chômage qu'en fonction des jours effectifs travaillés et non plus par rapport au salaire mensuel ou hebdomadaire qui comprenait les jours de congé hebdomadaires. Ainsi et c'est une énorme régression les journées non travaillées ne seront plus indemnisées.

Outre le durcissement des conditions d'accès au régime dès le 1er novembre, avec l'obligation de travailler six mois sur 24 contre quatre mois sur 28 aujourd'hui, à partir d'avril 2020, le changement de calcul de l'indemnisation va toucher en priorité les travailleurs alternant emplois et allocations. 850 000 personnes avec des périodes non travaillées entre deux contrats percevront une allocation plus faible de 22% en moyenne.

Auparavant, tu travaillais 3 mois, tu avais une interruption de 3 mois puis tu retravaillais trois mois, tu étais indemnisé. Ce ne sera plus le cas!

La chute sera encore plus dure pour 190 000 personnes travaillant entre un quart et un mi-temps, elles perdront 50% de leur allocation, passant de 868€ à 431 €.

Il s'agit d'une attaque d'une gravité exceptionnelle contre les droits des chômeurs, mais ce n'est qu'un nouveau palier franchi dans l'inacceptable! Fabien Roussel, député communiste et secrétaire national du PCF, rappelait il y a trois mois: "Ce dimanche 28 juillet, en plein cœur de l'été, le gouvernement a publié le décret consacré à l'assurance chômage. A l'abri des regards, il a ainsi officialisé la casse d'un système de protection sociale, issu du Conseil national de la Résistance. Durcissement des conditions d'accès aux indemnités, réduction de leur montant, multiplication des contrôles et des sanctions... Ces dispositions permettront de réaliser 2,85 milliards d'euros d'économies d'ici 2021 sur le compte des demandeurs d'emploi, dont 50% sont déjà aujourd'hui privés de toute forme d'indemnisation. Cette réforme injuste et rétrograde, adoptée sans débat et en l'absence d'accord des partenaires sociaux, fera de 2019 un « été meurtrier » pour celles et ceux qui perdent leur emploi ou qui subissent les contrats à durée déterminée... Au lieu de chasser les chômeurs, le gouvernement ferait mieux de chasser le chômage !"

 

Un agent public de Pôle Emploi nous a longuement exposé la dégradation des conditions de travail à Pôle Emploi, et plus encore des missions et relations vis-à-vis des chômeurs.

Voilà ce que nous avons retenu de cet entretien avec ce salarié de Pôle Emploi:

Syndiqué à la CGT, il fait partie des derniers survivants du service public de l'emploi, avec un contrat de droit public.

Il n'y a plus que 189 emplois de droit public en Bretagne: plus de concours, plus d'augmentations pour ceux arrivés en fin de carrière, ni de progressions pour eux. Plus de 90% des salariés de Pôle Emploi, et tous les jeunes, souvent recrutés sur des niveaux de qualifications inférieurs à leurs aînés et plutôt centrés sur le commercial, sont en droit privé. La rupture historique s'est faite en 2011 avec la fusion sous la présidence Sarkozy de l'Assedic (chargée de l'indemnisation des chômeurs) et de l'ANPE (chargée de la recherche d'emploi, formation, orientation, et conseil).

Il y a eu de la part de l'encadrement un fort encouragement à accepter les contrats de droit privé: pression, incitation de salaires sur 14 mois et demi, au lieu de 12 mois seulement pour ceux qui gardaient le statut public.

Dans la réforme à venir, Pôle Emploi supprimera 4000 emplois mais recrutera 1000 CDD principalement affectés aux services entreprise, visant à fournir en main d’œuvre les entreprises locales.

Les services civiques y sont légion - 3 ou 4 par agence - malléables à l'envie, à qui l'on donne les tâches les plus dures avec un salaire de misère. Un agent de pôle emploi gère de 300 à 1000 dossiers de demandeurs d'emplois, selon que les demandeurs d'emploi sont considérés comme très éloignés de l'emploi (modalité renforcée), à guidée, ou méritant un simple suivi (plus autonomes et plus proches de l'emploi).

Il doit répondre pour ce portefeuille d'usagers aux mails arrivant 24h sur 24, en 72h maximum de délai d'attente. Et doit proposer au moins un rendez-vous tous les 6 mois pour les modalités suivi et bien plus pour les autres modalités, ce qui est en pratique irréalisable.

Les demandes de formation prennent parfois 3 ou 4 heures à être instruites, tant les dossiers sont complexes et doivent prévoir des cofinancements.

La pression est énorme. Mais au-delà du stress et de la charge de travail, la pénibilité vient de la dénaturation du sens du travail : il ne s'agit plus d'aider les chômeurs à trouver du travail (c'est de plus en plus délégué à des organismes privés de placement, comme les centres de formations).

Quant aux formations dignes de ce nom, il est loin le temps où on pouvait en proposer sur 3 ans et vraiment qualifiantes...

Il faut désormais faire illusion, contrôler, surveiller, punir, radier...

Les agents, les agences, les régions sont de plus en plus mises en concurrence les uns avec les autres en fonction d'indicateurs chiffrés renvoyant aux rendements les plus discutables: nombres de demandeurs d'emplois contrôlés, radiés...

On pratique à Pôle Emploi le "lean management": ça vient de Toyota, ou comment faire plus avec moins de moyens. Le maître mot est l'efficience ! Les radiations augmentent énormément ces derniers mois : ce sont souvent des équipes de volontaires, constituées de salariés de droit privé, complètement acquis aux valeurs impitoyables du "marche ou crève" et de la culpabilisation des chômeurs.

Ces équipes de contrôle radient sans jamais recevoir les demandeurs d'emploi, mais simplement en vérifiant derrière leurs écrans s'ils font assez de recherche ou pas. Les cibles privilégiées et les plus faciles : les personnes les plus âgées avec les réformes successives des retraites, nombre de personnes de 60-61 ans et bientôt plus se retrouvent obligées de s'inscrire à pôle Emploi pour toucher une allocation avant de pouvoir bénéficier de leur retraite, on compte aussi les handicapés, les invalides...

Quand on n'a pas de place pour quelqu'un d'handicapé en CAT, en ESAT, en atelier protégé, cette personne peut subir une double peine en étant radiée et en perdant ses allocations.

Conclusion...

"Macron n'en a rien à faire de ces gens là".

Moins de 50% des demandeurs d'emplois touchent une allocation de Pôle Emploi (d'autres ont le RSA, d'autres rien). Le recours accru à l'intelligence artificielle dans le calcul des droits rend de plus en plus difficile l'accès aux demandeurs d'emploi à un juste droit tel qu'il était calculé auparavant par les agents expérimentés de l'indemnisation, aujourd'hui remplacés par des machines.

L'inscription, même quand elle ne donne pas lieu à indemnisation, accorde néanmoins des garanties de protection sociale, l'accès aux contrats aidés. Bien sûr, le chômage réel reste beaucoup plus important que le nombre d'inscrits à Pôle Emploi. Les contrôles et radiations se font sur la base d'un premier tri de dossier que Pôle Emploi dit aléatoire, mais qui se base plus sûrement sur des signalements de collègues zélés. Les conseillers sont désormais clairement encouragés à faire de la délation. Notre informateur note qu'une partie des collègues, qui n'a plus la culture du service public, et qui est acquise aux crédos managériaux, assimilés sans aucun recul, se conduit de manière irrespectueuse avec les demandeurs d'emploi. L'humain est évacué, les propos plein de préjugés et parfois xénophobes ne sont pas évités chez certains. Les formations sur la déontologie vis à vis des demandeurs d'emploi qui étaient auparavant un préalable avant d'exercer ne sont plus incontournables...

De manière générale, les chômeurs allocataires sont infantilisés : on va faire la morale à quelqu'un qui a Bac + 5 et qui n'a pas trop envie d'aller ramasser des échalotes. On le menace de radiation. Dans un proche avenir pourrait d'ailleurs se généraliser le carnet de bord du chômeur sur internet : il devra lui-même s'auto-contrôler sous le regard de Big Brother : noter toutes les démarches qu'il fait pour trouver un emploi.

On se croirait dans le film de Ken Loach : « Moi, Daniel Blake... »

Les entretiens pour s'inscrire comme demandeurs d'emploi seront à terme réalisés sous forme d'informations collectives et non plus individualisés, ni centrés sur une recherche véritable d'orientation et de formation. C'est déjà le cas dans certains dispositifs expérimentaux, comme au Pôle Emploi de Carhaix.

Les directions territoriales, bras armés de Macron, incitent le management à rentrer dans les objectifs du chiffre à tout prix et des bonnes conduites néolibérales, et obligent les demandeurs d'emploi à passer toute une journée à Pôle Emploi à suivre des ateliers en groupe, qui ne répondent pas à leur demande individuelle.

A Cherbourg, on expérimente la suppression de l'accueil au public dans 2 agences de Pôle Emploi sur 3, celles-ci ne font plus que du back office: mail, visio, formation collective... Certains voient l'avenir des activités de Pôle Emploi sous la forme de "France service", le regroupement des activités CAF, Sécu, Impôts, Pôle Emploi avec un conseiller itinérant dans un bureau, la personne devant répondre à tout toute seule, premier guichet en prise avec les souffrances sociales, avec pour seule consigne de diriger le demandeur d'emploi sur internet pour y trouver les réponses à ses questions, sans tenir compte de la fracture numérique qui handicape beaucoup d'usagers...

Ces modes de management, la mise à distance de l'humain et du sens dans la relation aux employés de Pôle Emploi, comme aux allocataires, la remise en cause des salariés qui ne rentrent pas dans le rang et les plans de cadres obsédés par leurs bilans chiffrés, tout cela produit beaucoup de départs en pré-retraites et de ruptures conventionnelles à Pôle Emploi, parfois à 40-45 ans, ruptures conventionnelles que Pôle Emploi accepte facilement pour purger ses effectifs, et se purger d'éléments ne rentrant pas dans le nouveau cadre de l'activité. Les dépressions, burn-outs, les suicides ou tentatives de suicide se multiplient chez les salariés de Pôle Emploi, comme il y a 15 - 20 ans à France Telecom, au moins 17 suicides depuis 2014 pour "harcèlement moral" sur les salariés rien qu'en septembre 2017.

Un article est d'ailleurs paru sur une jeune conseillère harcelée par sa hiérarchie et dont les parents ont porté plainte après son suicide, elle ne sortait pas de chez elle sans avoir une corde dans son sac à main...

Les petits chefs décérébrés et obsédés par leur vision utilitariste du métier, la performance, le résultat font rage, mais derrière, c'est l'organisation du travail et les orientations du gouvernement avec les moyens attribués qui sont bien sûr en cause. La nature humaine, pas toujours très reluisante, s'engouffre dans les failles délibérément ouvertes par l'institution. Beaucoup d'agents avec une conscience sociale et humaine, formés à l'esprit du service public de l'emploi, vivent des conflits éthiques forts à travailler dans leurs établissements, ayant l'impression que leur boulot devient de plus en plus "sale", "aliénant", vide de sens, soumis aux nouvelles sémantiques paradoxales et peu compréhensibles de la novlangue du management qui tend à vampiriser les services publics. Euphémismes, antiphrases, paradoxes, néologismes déréalisant, tout est fait pour cacher cette misère que l'on ne saurait voir.

Voici un certain nombre de liens avec des articles édifiants sur la souffrance au travail à Pôle Emploi:

https://www.lanouvellerepublique.fr/chatellerault/des-questions-apres-une-tentative-de-suicide-a-pole-emploi

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/pole-emploi/suicide-pole-emploi-vise-par-une-enquete_2925177.html

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/pole-emploi/enquete-franceinfo-je-me-promenais-avec-une-corde-dans-le-sac-comment-la-souffrance-au-travail-a-gagne-les-rangs-de-pole-emploi_2919159.html

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/pole-emploi/temoignages-franceinfo-harcelement-surmenage-management-a-la-dure-des-agents-de-pole-emploi-nous-ont-confie-leur-malaise_2935729.html

Aujourd'hui, on donne des objectifs du type : contrôle de 33% des demandeurs d'emplois. Les radiations se font dans des centres locaux et non plus régionaux, fermés au public et avec des effectifs d'agents pour la plupart volontaires et à courte échéance sans information préalable au conseiller qui reçoit les demandeurs d'emploi. Les usagers sans ressources, illettrés, âgés ou handicapés se voient pénalisés dans leur accès aux ordinateurs et au numérique et sont lourdement impactés par les radiations. Des agents ont pourtant alerté sur les risques de suicides ou dépressions que courent les demandeurs d'emploi les plus fragiles, suite à ces contrôles. La Direction n'a pas répondu à ces alertes. En réaction, des comités de chômeurs ont envahi plusieurs centres de contrôle de recherche d'emploi en France et notamment à Rennes, pour manifester leur mécontentement.

Mes remerciements à cet agent de Pôle Emploi, syndicaliste, qui a accepté de témoigner de son expérience d'un univers de plus en plus "totalitaire" pour les salariés comme les usagers, comme dans bon nombre d'entreprises à gestion managériale néo-libérale, et de plus en plus brutal et vide de sens pour les chômeurs inscrits.

Évidemment, seules peuvent renverser la donne, des orientations politiques qui remettent l'humain, le travail pour tous et le partage du temps de travail contre le tout-marché et le tout profits privés!

Ismaël Dupont, 24 octobre 2019

Chômeurs, salariés de Pôle Emploi: la transformation d'un service public de l'emploi en machine deshumanisée soumise aux logiques néo-libérales
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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 05:49
Commission européenne : Le choix de Macron de proposer Thierry Breton peut faire craindre le pire (Ian Brossat, porte-parole du PCF)
Commission européenne : Le choix de Macron de proposer Thierry Breton peut faire craindre le pire (Ian Brossat)

En remplacement de Sylvie Goulard, Emmanuel Macron a choisi de proposer la nomination de Thierry Breton comme membre de la Commission européenne en charge de la politique industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense et de l'espace.

Après le rejet de sa précédente candidate par le Parlement européen, qui a valu au chef de l’État et à la France une véritable humiliation sur la scène européenne, celui-ci choisit un « grand patron », responsable de la privatisation et de la gestion catastrophique des ressources humaines de France Télécom, et ministre de la droite il y a près de quinze ans. Cette nomination serait entachée d’un risque de grave conflit d’intérêt, M. Breton étant PDG d’un groupe leader dans le secteur du numérique.

Avec ce choix, le Président confirme que ses pratiques politiques sont indécrottablement celles du vieux monde, et que ses regards se portent définitivement vers la droite la plus traditionnelle. Confier ce portefeuille stratégique à un membre du patronat fait craindre le pire en matière de réindustrialisation, de protection des salariés et de régulation des plateformes, enjeux capitaux pour notre avenir.

Aussi le PCF désapprouve-t-il ce choix inquiétant et forme le vœu que M. Breton reçoive le même accueil que Mme Goulard de la part des Parlementaires européens.

Ian Brossat, porte-parole du PCF
 
Paris, le 24 octobre 2019.
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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 05:22
DÉCLARATION FINALE DES RENCONTRES DE LA COORDINATION NATIONALE DES COMITÉS DE DÉFENSE DES HÔPITAUX ET MATERNITÉS DE PROXIMITÉ
DÉCLARATION FINALE DES RENCONTRES DE LA COORDINATION NATIONALE DES COMITÉS DE DÉFENSE DES HÔPITAUX ET MATERNITÉS DE PROXIMITÉ
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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 05:18

Selon le Projet de Loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), les comptes de la Sécurité sociale présenteraient un déficit de 5,3 milliards d’euros en 2019, ce qui a permis à la grande presse de titrer : « Le trou de la Sécurité sociale se creuse » ou « La Sécu en rouge après les gilets jaunes ». La Cour des comptes écrit de même : « En 2019, le déficit va fortement s’aggraver ». Ce déficit proviendrait des mesures « gilets jaunes » et de l’explosion des dépenses de maladie et de retraite, qu’il conviendrait donc de réduire au plus vite. 

Il s’agit d’un mensonge d’Etat. La Sécurité sociale est en réalité en excédent de 11,7 milliards d’euros ; elle ne souffre pas d’une hausse de dépenses, mais d’une baisse de recettes.

Voir ci-dessous la note dans son intégralité.

Le déficit de la Sécurité sociale, un mensonge d'Etat 21 Octobre 2019 - Henri Sterdyniak (Economistes Attérés)
Le déficit de la Sécurité sociale, un mensonge d'Etat 21 Octobre 2019 - Henri Sterdyniak (Economistes Attérés)
Le déficit de la Sécurité sociale, un mensonge d'Etat 21 Octobre 2019 - Henri Sterdyniak (Economistes Attérés)
Le déficit de la Sécurité sociale, un mensonge d'Etat 21 Octobre 2019 - Henri Sterdyniak (Economistes Attérés)
Le déficit de la Sécurité sociale, un mensonge d'Etat 21 Octobre 2019 - Henri Sterdyniak (Economistes Attérés)
Le déficit de la Sécurité sociale, un mensonge d'Etat 21 Octobre 2019 - Henri Sterdyniak (Economistes Attérés)
Le déficit de la Sécurité sociale, un mensonge d'Etat 21 Octobre 2019 - Henri Sterdyniak (Economistes Attérés)
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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 13:09
Derrière le voile - Une inquiétante dérive -  Patrick Le Hyaric, 22 octobre 2019

http://patrick-le-hyaric.fr

le 22 octobre 2019

Si les mots ne tuent pas, ils peuvent blesser et meurtrir. Ils contribuent surtout à mettre sur orbite des idées qui saturent le débat public et brouillent les repères républicains. Il n’aura pas fallu attendre longtemps après la convention de la droite réunie sous les auspices de la mouvance identitaire et la logorrhée raciste de Zemmour diffusée à grande échelle pour que se déchaîne la haine contre la population de confession musulmane.

Pas un jour ne passe désormais sans que les musulmans de France ne soient pointés du doigt, insultés, méprisés. Il aura suffi qu’un conseiller régional d’extrême-droite en mal de notoriété s’autorise, en dehors de tout cadre légal, à exiger le dévoilement d’une maman accompagnatrice scolaire devant son enfant pour qu’une cohorte de ministres et parlementaires, d’éditorialistes et plumitifs se liguent en sonnant l’hallali contre le « péril musulman ».

La mécanique est huilée qui laisse désormais à l’extrême droite le pouvoir d’orienter le débat public et politique. Et une fois encore, les chaines dites « d’information continue » comblent le vide par la vacuité, remplissant le temps d’antenne par le bavardage réactionnaire de quelques pontes médiatiques plus préoccupés par le voile, véritable fétiche, et les femmes qui le portent, que par les fins de mois impossibles de millions de nos concitoyens.

Le travail parlementaire se trouve ensuite phagocyté par ces basses polémiques de haute intensité puisque, à la suite du coup d’esbroufe de l’élu d’extrême droite, une proposition de loi a été opportunément déposée par le groupe « Les Républicains » du Sénat pour interdire aux mamans voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire.

La loi est pourtant claire. Le droit a été dit en 2004 et le Conseil d’Etat l’a confirmé en 2013 : les accompagnatrices scolaires, n’étant pas des agents publics, ont toute latitude de se vêtir comme elles le souhaitent. Le guide de la laïcité de l’Education nationale le confirme. Tels sont la lettre et l’esprit de la loi de 1905, loi de concorde et de paix civile garantissant la liberté de conscience et l’autonomie de la société. En affirmant que « le voile n’est pas souhaitable », et ajoutant que « ce n’est pas quelque chose d’interdit, mais ce n’est pas non plus quelque chose à encourager », M. Blanquer fait non seulement preuve d’une grande légèreté, mais il se place en travers de la République. Il est censé garantir et appliquer la loi républicaine, or il tente d’imposer une norme sociale et vestimentaire sur la base d’une simple opinion qui contrevient aux principes législatifs.

Jaurès, artisan décisif de la loi de séparation, s’interrogeait : Qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance et un grand acte d’audace.

Or, notre régime se caractérise aujourd’hui par de grands actes de défiance et de peurs.

Défiance, quand les us et coutumes de la population musulmane sont considérés comme autant d’indices de « radicalisation ».

Peur, quand la République n’ose plus affirmer la puissance de son creuset, préférant s’enfoncer dans la recherche de boucs émissaires, cultivant différences et divisions.

Défiance, encore, quand M. Macron, mélangeant allègrement immigration, religion, terrorisme et communautarisme – confusion dont l’extrême-droite fait son miel – promeut une « société de vigilance » qui déléguerait aux citoyens le rôle de surveillance dévolu aux services de l’Etat, incitant les classes populaires du pays à s’épier entre elles. Prenant d’ailleurs M. Macron au mot,  l’élu extrême droite s’est réclamé de la « vigilance citoyenne » pour justifier son propos raciste et antirépublicain.

Nul ne saurait nier l’offensive mondiale subventionnée à  coups de pétrodollars de forces répondant d’un islamisme politique rétrograde, réactionnaire et anti-démocratique. Les mêmes d’ailleurs qui sont cajolées par les puissances occidentales et le grand capital alors qu’elles ont partie liée avec le terrorisme. Nul ne saurait non plus nier la résurgence des nationalismes et identitarismes sur le dos des grandes espérances émancipatrices universalistes.

Mais combien de réalités se cachent derrière le port du voile ? Culture, conviction, mal-être, affirmation de soi : les motivations sont variées, souvent anodines, et les ressorts complexes. Il parait bien hasardeux de demander à la République de s’immiscer dans l’intimité des consciences. Quel précédent cela créerait-il dans un pays qui se flatte encore d’être celui des droits de l’homme et du citoyen ?  La République et les actes législatifs portés en son nom garantissent la liberté de conscience. C’est l’esprit de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat qui garantit les indépendances respectives des cultes et de l’Etat dans ses différentes missions.

Chacun sait que la majorité des femmes voilées, qu’elles soient issues de l’immigration récente ou nées en France, vivent dans les quartiers populaires, ces sas de la mondialisation capitaliste où s’accumulent les violences sociales, physiques et symboliques. L’école est justement le lieu de la rencontre féconde au petit matin quand les parents accompagnent les enfants, dans l’association de parents d’élèves ou au Conseil d’école. Chacune de ces occasions permet de se comprendre mieux et de ne pas laisser certaines mamans isolées ou s’isoler elles-mêmes pour être considérées pleinement citoyennes aux droits égaux.

Les entreprises de division, qu’elles viennent des classes possédantes pétries d’un universalisme aussi abstrait que leur confort social est concret, de l’extrême droite raciste et démagogue ou des obsédés de l’identité nationale, ethnique et religieuse, ont pour fonction de masquer ce qui unit les milieux populaires : l’oppression féroce exercée par le capital sur leurs conditions d’existence. Voilà le piège tendu ! Redonner confiance à la République, c’est créer les conditions d’une union populaire capable de déjouer les divisions instillées de toutes parts et dont le voile est aujourd’hui l’instrument.

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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 12:31

Au journal du mardi 22 octobre sur France Culture à 12h30, nous entendions assez surpris et effarés 2 minutes du discours exalté de Macron à Mayotte qui parlait avec beaucoup de brutalité verbale et dans le ton d'une très grande fermeté à avoir pour "repousser la misère" (les miséreux de l'île voisine en fait). Une approche inhumaine des problèmes de l'immigration qui rappelle Charles Pasqua ou le discours des Le Pen.  Bien fait pour séduire les élans xénophobes. Il semble si proche, le climat des années 30!

Heureusement qu'il y a l'Humanité pour aujourd'hui dans son éditorial tenir un autre discours et nous rappeler à certaines réalités:

Éditorial de l'Humanité. « Fermeté »…
Mercredi, 23 Octobre, 2019

L'éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin.  Mayotte, devenue le 101e département français en 2009 contre les résolutions de l’ONU, continue de vivre une situation sociale et migratoire qui se dégrade. 

 

En visite à Mayotte, Emmanuel Macron a donc salué l’opération « Shikandra » afin d’insister sur le volet « immigration » de son séjour. On pourrait sourire devant cette mise en scène du volontarisme de l’État en matière migratoire, sauf que notre président revendique sa politique répressive à grand renfort de séquences symboliques. « Shikandra » ? « C’est le nom d’un poisson qui vit dans le lagon, il a une allure débonnaire, mais quand on s’approche de son nid, il mord. » Voilà comment l’Élysée résume l’esprit de cette force civilo-militaire à Mayotte. L’occasion « de mettre l’accent sur la “fermeté”, second pilier de la politique d’immigration du gouvernement », oubliant volontairement le premier pilier érigé par Macron lui-même en d’autres temps : humanité…

N’ayons pas la mémoire courte. En 1995, le gouvernement Balladur a entravé la libre circulation des personnes, imposant un visa d’entrée à Mayotte et brisant une tradition qui permettait aux Comoriens d’aller d’une île à l’autre à bord de pirogues dénommées « kwassa-kwassa ». Le « visa Balladur » a engendré un drame monstrueux, transformant la mer d’Anjouan en l’un des plus grands cimetières marins au monde. Plus de 10 000 morts. Souvenons-nous des mots scandaleux de Macron, en 2017 : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien. »

Mayotte, devenue le 101e département français en 2009 contre les résolutions de l’ONU, continue de vivre une situation sociale et migratoire qui se dégrade. Pour toute réponse, la loi immigration et droit d’asile, votée en juillet, a modifié le droit du sol pour les enfants nés sur l’île. Ils ne peuvent désormais obtenir la nationalité française qu’en fonction du statut des parents. Rares sont les consciences qui ont exprimé leur émoi : le droit du sol et de résidence commun sur tout le territoire national n’existe plus, violant le principe de l’indivisibilité de la République. Comme si l’État reportait sur les enfants son incapacité diplomatique à régler ses relations avec les îles voisines. Macron assume. Il a même paradé à bord d’un « intercepteur » de la police aux frontières…

Par Jean-Emmanuel Ducoin
Macron fait de la surenchère anti-immigrés à Mayotte
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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 11:53
Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône: les politiques d'austérité affaiblissent notre système de santé (entretien avec Lola Ruscio, L'Humanité, 22 octobre 2019)
Pierre Dharréville : « Les politiques d’austérité affaiblissent notre système de santé »
Mardi, 22 Octobre, 2019

Protection sociale.  Pour le député PCF Pierre Dharréville, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale doit rompre avec des décennies de diètes budgétaires.

 

Avec un objectif de croissance des dépenses d’assurance-maladie de 2,3 % en 2020, le gouvernement prévoit encore 4.2 milliards d’euros d’économies dans la santé malgré la crise des urgences et des hôpitaux. Qu’en pensez-vous ?

PIERRE DHARRÉVILLE C’est un budget insoutenable pour notre système de santé. Le gouvernement demande un milliard d’économies supplémentaires à l’hôpital, alors que le service public hospitalier vit une crise profonde. C’est un choc que ce dernier n’est pas en mesure d’absorber : le personnel est déjà au bout du rouleau. Un mouvement s’enracine aux urgences et ailleurs pour obtenir une hausse des dépenses de santé. Mais le gouvernement porte un objectif de croissance des dépenses d’assurance-maladie, appelé Ondam, qui ressemble à peu près à celui des années précédentes. Les budgets précédents ont pourtant contribué à aggraver la crise des hôpitaux. Le gouvernement ignore encore la situation très tendue et les propositions des soignants. Les Françaises et les Français sont ­attachés au service public hospitalier.

Contre l’avis du rapporteur général du texte LaREM, Olivier Véran, un amendement adopté en commission prévoit la compensation financière à la Sécurité sociale des baisses de cotisations décidées par l’État. Le texte dit que « le gouvernement organise sciemment l’appauvrissement de la Sécurité sociale ». Pouvez-vous développer ?

PIERRE DHARRÉVILLE Le gouvernement est en train de mettre à mal un principe fondamental établi depuis au moins 1994 : la compensation des exonérations de cotisations décidées par l’État. Contrairement au gouvernement, nous pensons qu’il faut non seulement conserver ce principe de compensation des cotisations, mais arrêter les exonérations massives de cotisations. Le gouvernement a choisi de faire peser ses choix politiques sur les comptes de la Sécurité sociale. En effet, sa seule réponse à la crise des gilets jaunes a consisté à mettre en place quelques mesures, visant essentiellement à instaurer des nouvelles exonérations de cotisations sociales. Ces décisions politiques ont alourdi le déficit de la Sécu de plusieurs milliards d’euros. C’est également une façon d’affaiblir notre système de protection sociale. Par ailleurs, ces politiques d’exonérations de cotisations, qui visent à baisser le « coût du travail », n’ont pas fait la preuve de leur efficacité en termes d’emplois.

Quelles traductions budgétaires allez-vous donner aux exigences du mouvement social aux urgences et à l’hôpital ?

PIERRE DHARRÉVILLE Nous allons évidemment les faire résonner à chaque occasion. L’avenir crucial de notre hôpital public et de notre système de santé est sur la table, nul ne peut l’ignorer. Tout en combattant le projet de loi du gouvernement, nous allons défendre nos idées, inscrites dans la proposition de loi déposée au ministère de la Santé, la semaine dernière. Pour financer la Sécurité sociale, nous proposons de mettre un terme à ces politiques d’exonérations de cotisations sociales et patronales, avec par exemple la fin progressive de l’allègement patronal crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice). Ce dispositif représente un manque à gagner pour la branche maladie de la Sécu de 22 milliards d’euros. Les grandes entreprises du CAC 40 ont engrangé des dividendes en hausse. Surtout, la priorité est d’investir dans le service public hospitalier, la psychiatrie et les Ehpad. Les politiques d’austérité affaiblissent depuis trop longtemps notre système de santé.

Entretien réalisé par Lola Ruscio
Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône: les politiques d'austérité affaiblissent notre système de santé (entretien avec Lola Ruscio, L'Humanité, 22 octobre 2019)
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