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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 05:38

 

Réunis aux côtés des gilets jaunes Geneviève Legay, porte-parole Attac 06, et Jérôme Rodrigues, Arié Halimi, avocat, responsable de la Ligue des droits de l’homme (LDH), et Emmanuel Vire, secrétaire général du SNJ-CGT, ont débattu de la politique gouvernementale de répression policière et de contrôle médiatique. Un débat animé par Lola Ruscio à l’Agora de la Fête de l’Humanité le 15 septembre.

 

Dans les deux affaires, très médiatisées, de Geneviève Legay ou de Jérôme Rodrigues, le gouvernement a assuré qu’il n’existait aucun lien entre les blessures des victimes et l’intervention des forces de l’ordre. Un tel choix de communication est-il étonnant ? Halimi

Je pense qu’on peut dire que la communication mensongère est systématique, de la part du gouvernement, quand il s’agit de violences policières. À chaque fois qu’il y a une violence policière, on a soit une absence de paroles lorsque les victimes sont invisibles, parce qu’il n’y a pas de vidéo, et la plupart des victimes du mouvement des gilets jaunes qui ont été frappées au moment de charges à coups de matraque ou qui ont pris des LBD sont restées invisibles, soit, quand il y a des vidéos et qu’il est obligé de réagir, une communication de déni. Pour Geneviève Legay, c’est évident. Au début, Macron a tout simplement dit que les fonctionnaires de police ne l’avaient pas touchée et le procureur de la République a menti aux yeux de toute la population en disant qu’il n’y avait pas eu de contact entre la police et la manifestante. Et pourtant, dès les premiers moments, ils avaient toutes les vidéos en main et ils savaient pertinemment que c’était un policier qui l’avait poussée et avait causé autant de dégâts. Donc, c’est un mensonge avéré et délibéré. À chaque fois, c’est la même chose. Pour Jérôme Rodrigues, la communication a été un peu plus subtile. On avait une vidéo le montrant sur la place de la Bastille en train de filmer de manière totalement pacifique les fonctionnaires de police. On le voit être visé par une grenade et on entend un LBD 40 sur la vidéo. La communication gouvernementale a été de dire qu’il n’y avait pas de LBD. Toute la communication a consisté à détourner l’attention de la réalité et de l’évidence. Ce n’est pas difficile. De manière générale, pour toutes les violences policières, que ce soit Emmanuel Macron, Christophe Castaner ou Brigitte Jullien, la directrice de l’inspection générale de la police nationale, de l’IGPN, tous ont déclaré que les violences policières n’existaient pas.


Les enquêtes de l’IGPN sont toujours lentes et exonèrent très souvent les policiers soupçonnés de violences policières à l’encontre de manifestants et même de jeunes issus des quartiers populaires. Pourquoi en appelez-vous, avec La ligue des droits de l’homme, à supprimer cet organe de contrôle interne ?

Arié Halimi J’ai appelé à supprimer l’IGPN pour la bonne raison que l’IGPN, c’est la police. L’IGPN est l’organe qui va enquêter sur les policiers lorsqu’ils commettent un délit et notamment une violence policière. L’IGGN, l’inspection générale de la gendarmerie nationale, c’est pareil mais pour les gendarmes. Autant dire qu’on va toujours choisir des personnes du même corps pour enquêter sur des policiers ou des gendarmes. Il y a un problème de conflit d’intérêts patent. D’ailleurs, on le voit dans la plupart des affaires, récemment encore dans l’affaire des lycéens de Mantes-la-Jolie ou dans l’affaire du décès de Steve Maia Caniço, l’IGPN s’est encore rendue coupable d’un mensonge délibéré. Fort heureusement, il y a une enquête judiciaire en cours. Pour tous les dossiers, l’IGPN joue un rôle visant à étouffer les affaires. Il y a un problème structurel. Il faut supprimer l’IGPN, qui n’a pas vocation à permettre l’enquête impartiale et objective. Ce que l’on souhaite notamment, avec la Ligue des droits de l’homme, c’est qu’il y ait une commission indépendante composée de personnes qui n’ont pas de lien avec le gouvernement ou avec les fonctionnaires de police qui soit supervisée par des gens qui n’ont aucun lien et aucun conflit d’intérêts. C’est la seule manière pour qu’il y ait un État de droit qui soit restauré et que les victimes de violences policières aient droit à la vérité.

Durant le mouvement des gilets jaunes, énormément de journalistes ont été frappés ou ont vu leur matériel confisqué, voire brisé par les forces de l’ordre. Des syndicats de journalistes, dont le SNJ-CGT, ont interpellé le ministère de l’Intérieur sur ces violences. Y a-t-il eu des avancées notables durant l’été sur ces dossiers ?

Durant le mouvement des gilets jaunes, énormément de journalistes ont été frappés ou ont vu leur matériel confisqué, voire brisé par les forces de l’ordre. Des syndicats de journalistes, dont le SNJ-CGT, ont interpellé le ministère de l’Intérieur sur ces violences. Y a-t-il eu des avancées notables durant l’été sur ces dossiers ?

 

Emmanuel Vire

Concernant les violences, une chose très étonnante s’est passée pour les journalistes pendant le mouvement des gilets jaunes. Tout d’abord, il y a eu une opération de communication qui a visé à montrer que les gilets jaunes maltraitaient les journalistes et que les gilets jaunes étaient violents avec eux. Il y a eu quelques cas effectivement que nous avons condamnés mais on s’est très vite aperçu que le problème n’était pas là. Le premier problème, c’était que les violences policières n’étaient pas traitées par les médias dominants. Les syndicats de journalistes et les sociétés de journalistes ont tout de suite interpellé le gouvernement. Je voudrais revenir sur la première rencontre qui a eu lieu en février dernier avec Franck Riester à ce sujet. Nous avons pris un coup dans la tête. Il nous a convoqués pour en appeler à la solidarité de classe ! L’idée, c’était qu’il y avait des méchants gilets jaunes qui violentaient les journalistes et que, tous ensemble, nous devions réagir et que l’État allait nous défendre. C’était totalement inacceptable ! Il s’est retrouvé avec des sociétés de journalistes, dont celles de BFMTV et de TF1, qui lui ont dit que le problème ce n’était pas la violence des gilets jaunes mais les violences policières contre les journalistes. Ces violences sont maintenant totalement documentées. On en est à 60 journalistes blessés et 150 incidents graves. Évidemment, ce sont des incidents qui touchent les plus précaires d’entre nous parce que ce sont les photographes indépendants et les JRI qui ont été le plus touchés. Avec un photographe indépendant, nous avons attaqué l’État et nous avons porté plainte pour que ces violences ne soient plus acceptables et soient dénoncées. Le problème, c’est la violence de l’État et la répression

 

Jérôme Rodrigues

Cette répression, c’est l’ensemble des mutilés qui la marquent physiquement mais vous avez aussi une répression silencieuse dont on parle peu. La première, c’est la répression médiatique de par le traitement qui est fait des gilets jaunes. Cela aussi c’est une répression. Se prendre tout un tas d’insultes, être discrédité par des consultants et soi-disant experts, cela s’appelle aussi de la répression. Vous avez un autre style de répression quand on s’en prend à votre famille : contrôle Urssaf, contrôle d’impôts, etc. C’est ce qui m’est arrivé avec mes parents. C’est cela aussi la répression. Il y a aussi la répression qui consiste à calomnier. On a dit que j’étais vendeur de hasch, que j’avais volé dans les magasins et, aujourd’hui, que je bats ma femme. Cela aussi, c’est une répression. Je me balade dans la rue le 14 juillet et je me prends une garde à vue pour rien. C’est continuellement, tous les jours, jusqu’à avoir un camion de CRS garé devant chez moi ! C’est cela aussi la répression. Il y a celle qui est physique et il y a celle qui vous mine

La France, qui se présente comme le pays des droits de l’homme, a mutilé les populations pendant le mouvement des gilets jaunes. Comment en est-on arrivé là ?

Arié Halimi 

C’est un long processus. Pendant très longtemps, les violences se sont produites pendant les manifestations ouvrières et puis il y a eu un moment d’accalmie en France. Ceux qui ont été les premières victimes des violences policières, le lieu d’expérimentation de cet outil de gouvernement, ce sont les quartiers populaires et les banlieues. Toutes les personnes issues de l’immigration et tous ces invisibles qui, pendant trop longtemps, ont été délibérément visés. Cela a permis aux gouvernements et aux ministères de l’Intérieur d’expérimenter les nouvelles armes. Il y a eu les Flash-Ball, qui ont été remplacés par le LBD 40. On voyait énormément des victimes de Flash-Ball pendant très longtemps dans les quartiers populaires jusqu’à ce que les centres de grandes villes soient visés, notamment à l’égard des militants ou des manifestations. Je pense bien évidemment aux militants écologistes de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Je pense bien évidemment à Rémi Fraisse, qui est mort uniquement parce qu’il voulait protéger une zone humide et quelques fleurs et parce qu’il s’est pris une grenade contenant de la TNT tirée par les gendarmes avec un ordre donné par le préfet et donc par l’État.

Geneviève Legay

Par rapport aux banlieues, je regrette de le dire parce que je suis de gauche, mais nous avons trop tardé à réagir et on paie cela. On paie de ne pas avoir bougé. Quand on voit que la CGT, depuis des dizaines d’années, défile légalement le 1er Mai, et que Philippe Martinez a reçu des grenades lacrymogènes, on se demande où on est. Les policiers sont très mal vus parmi les gilets jaunes. Je leur ai écrit une lettre ouverte où j’ai demandé aux forces de police encore dignes de cette fonction de réagir parce qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Hier, je faisais le même débat mais avec un policier de la CGT à mes côtés contre ces violences. Il faudrait qu’on les entende plus. Je remercie aussi le capitaine de gendarmerie qui a refusé d’obéir aux ordres lors de mon matraquage. C’était le 23 mars. Il a écrit le 25 mars un rapport pour expliquer pourquoi il avait refusé d’obéir en disant que c’était complètement disproportionné, que c’était calme et qu’il ne se passait rien. Ce rapport a été caché pendant trois mois à la justice.

Compte rendu extrait de la table ronde par Jérôme Skalski

 

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 05:23
Patrick le Hyaric avec Cindérella Bernard, Glenn Le Saoût, Vincent Doucet, le patron du bar restaurant C'est Ici sur le port de plaisance de Roscoff pour une réunion publique de campagne européenne sur les enjeux du Brexit en mars 2019

Patrick le Hyaric avec Cindérella Bernard, Glenn Le Saoût, Vincent Doucet, le patron du bar restaurant C'est Ici sur le port de plaisance de Roscoff pour une réunion publique de campagne européenne sur les enjeux du Brexit en mars 2019

Révisionnisme historique. Le déshonneur du Parlement européen
Jeudi, 26 Septembre, 2019

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité.

 

Le Parlement européen a voté il y a quelques jours une résolution scélérate censée souligner l’« importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe ». En réalité, cette mémoire est bafouée ligne par ligne, laissant présager un « avenir » sombre pour l’Europe. Visant à mettre un trait d’égalité entre communisme et nazisme, ce texte mobilise des considérants qui sont chacun des modèles de propagande et de révisionnisme historique.

La signature du pacte germano-soviétique est ainsi obsessionnellement désignée comme cause principale du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Ce grossier raccourci historique permet d’absoudre cyniquement aussi bien le national-socialisme, son idéologie de mort et les régimes fascistes des années 1930 que l’atermoiement meurtrier et parfois connivent des chancelleries occidentales avec le nazisme, et la complicité active de puissances d’argent avec les régimes fascistes et nazi.

Silence est fait sur le traité de Versailles et ses conséquences. Aucun mot n’est consacré aux accords de Munich d’octobre 1938, ce « Sedan diplomatique » qui a livré les peuples européens au « couteau de l’égorgeur », ce « début d’un grand effondrement, la première étape du glissement vers la mise au pas », comme l’écrivait dans l’Humanité le journaliste et député communiste Gabriel Péri, fusillé par les nazis.

Tout le faisceau de causes mobilisées par des générations d’historiens pour tenter d’expliquer le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale est bazardé au profit d’une bouillie antirusse sans aucun égard pour le sacrifice immense des Soviétiques dans l’éradication du nazisme.

S’il ne fait aucun doute que le régime stalinien fut bel et bien un régime sanglant et criminel, il est moralement et historiquement inconcevable de faire de l’Union soviétique, de son armée et de tous ceux qui s’engagèrent avec elle, communistes de tous pays acteurs décisifs du combat libérateur, des équivalents des nazis et de leurs supplétifs collaborateurs, sauf à sombrer dans « l’obsession comparatiste », névrose idéologique dénoncée par l’historien Marc Ferro. Les communistes furent, dans de nombreux pays et avec l’appui de différentes forces, gaullistes et socialistes en France, les artisans du redressement national, créant un rapport de force qui permit l’édification d’institutions républicaines et sociales sur les cendres du nazisme et des collaborations. Est-ce un hasard si cet héritage fait parallèlement l’objet de violentes attaques dans tous les pays de l’Union européenne ?

Les pays d’Europe orientale furent, quant à eux, des points d’appui décisifs dans les combats anticoloniaux qui essaimèrent après guerre. Noyer dans le concept de totalitarisme des réalités historiques aussi dissemblables ne peut apparaître que comme une escroquerie intellectuelle. Une telle entreprise ne sert en aucun cas à poser un regard lucide et apaisé, pourtant indispensable, sur les contradictions, crimes et fautes des régimes influencés par le soviétisme et qui ont pris le nom de socialisme.

Cette résolution s’appuie sur un considérant aussi grotesque que l’interdiction formulée dans certains pays de l’Union de « l’idéologie communiste », semblant acter des dérives revanchardes des extrêmes droites du continent en incitant tous les États membres à s’y plier. Signe qui ne trompe pas, l’inféodation à l’Otan est ici désignée comme gage de liberté pour les peuples de l’Est européen.

Cette résolution fait la part belle au révisionnisme d’extrême droite quand les pays baltes sont désignés comme ayant été « neutres », alors que ces derniers ont mis en place bien avant le pacte germano-soviétique des régimes de type fasciste laissés aux mains de « ligues patriotiques » et autres « loups de fer », suscitant un antisémitisme viscéral qui connaîtra son apogée sanglant dans ces pays lors de la Seconde Guerre mondiale.

Incidemment, la Shoah, sa singularité intrinsèque, et les logiques d’extermination méticuleuses et industrielles du régime nazi sont fondues dans le magma des meurtres du XXe siècle et ainsi relativisées. L’odieuse équivalence entre nazisme et communisme permet d’exonérer les régimes nationalistes d’inspiration fasciste des années 1930 que des gouvernements et ministres actuels d’États membres de l’Union européenne célèbrent ardemment.

Viserait-on, par ce texte politicien, à réhabiliter ces régimes qui gouvernèrent de nombreux pays d’Europe orientale avant de sombrer dans la collaboration en nourrissant l’effort de guerre nazi et son projet d’extermination des juifs d’Europe ? Ce texte est une insulte faite aux 20 millions de Soviétiques morts pour libérer l’Europe du joug nazi, aux millions de communistes européens engagés dans la Résistance et les combats libérateurs, un affront fait aux démocrates alliés aux mouvements communistes contre nazis et fascistes, avant et après la Seconde Guerre mondiale.

Au moment où Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, propose de nommer un commissaire à la « protection du mode de vie européen », célébrant un culte que l’on croyait révolu à la pureté continentale, les thèses historiques révisionnistes des droites extrêmes et réactionnaires, qui ont de toute évidence inspiré ce texte, font leur entrée fracassante au Parlement européen. Pendant ce temps, aucun commissaire n’est nommé sur les questions d’éducation ou de culture…

Thomas Mann, vigie morale d’une Europe décomposée, écrivait : « Placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazi-fascisme, en tant que tous les deux seraient totalitaires, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire c’est du fascisme. Ceux qui insistent sur cette équivalence peuvent bien se targuer d’être démocrates, en vérité, et au fond de leur cœur, ils sont déjà fascistes ; et à coup sûr ils ne combattront le fascisme qu’en apparence et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme. »

Si l’expérience qui a pris le nom de communiste au XXe siècle ne peut être, pour tout esprit honnête, résumée à la personne de Staline ou à une forme étatique, tel n’est pas le cas du nazisme, intrinsèquement lié à un homme, à un régime. Et si le communisme propose un horizon d’émancipation universelle, quoi qu’on pense des expériences qui s’en sont réclamées, tel n’est pas le cas de l’idéologie nazie, qui se revendique raciste, réactionnaire et exclusive, portant la mort en étendard. Ces simples arguments de bon sens disqualifient l’odieuse comparaison de cette résolution.

C’est bien la visée communiste, dont nous maintenons qu’elle ne fut jamais mise en pratique dans les pays du bloc soviétique, qui est la cible de ce texte indigne et inculte, et avec elle, la possibilité d’une autre société. Que des voix sociales-démocrates et écologistes aient pu soutenir pareille résolution, mêlant leurs voix au Rassemblement national (ex-FN) et aux extrêmes droites continentales, est le signe désolant de la lente dérive d’une frange trop importante de la gauche européenne qui largue les amarres d’une histoire et d’un courant, ceux du mouvement ouvrier, dans lesquels elle fut elle aussi forgée, qui prête également le flanc aux pires tendances qui s’expriment dans le continent.

Demain, un maire, un élu, un député pourra-t-il se dire communiste sans enfreindre la docte délibération du Parlement européen ? Et l’Humanité pourrait-elle un jour passer sous les fourches Caudines de la censure imposée des droites extrêmes coalisées ? Ne plane-t-il pas là comme un parfum munichois, justement, face à une offensive idéologique dont certains pensent pouvoir se satisfaire en rasant les murs ?

Tous les démocrates, toutes les personnes attachés à la libre expression des courants qui se réclament du communisme et d’une alternative au système capitaliste devraient au contraire se lever contre cette inquiétante dérive qui nous concerne tous. Au risque d’y laisser eux aussi un jour leur peau.

Patrick Le Hyaric
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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 05:17
Jacques Chirac: 60 ans de carrière politique (L'Humanité, 27 septembre 2019)
JACQUES CHIRAC. DE « SERRE-LA-LOUCHE » À « SUPER MENTEUR », 60 ANS DE VIE POLITIQUE
Vendredi, 27 Septembre, 2019

L’ancien président de la République Jacques Chirac est décédé jeudi. Homme de parti et d’État, il a durablement laissé son empreinte. Malgré quelques coups d’éclat républicains, il est celui qui a modelé la droite gaulliste pour la mettre à son service.

 

Le « Bulldozer », comme l’appelait Georges Pompidou, a calé. « Homme simple et politique tordu », selon l’historien Michel Winock (1), Jacques Chirac s’est éteint hier « au milieu des siens », à Paris, à l’âge de 86 ans, a-t-on appris par son gendre, l’ancien secrétaire général de l’Élysée Frédéric Salat-Baroux. Le parcours de l’ancien premier ministre (1974-1976 et 1986-1988) et président de la République (1995-2007) a fortement marqué la vie politique française de ces soixante dernières années. Son camp lui a, bien sûr, rendu hommage, Alain Juppé au premier rang évoquant « une relation exceptionnelle de fidélité, de confiance, d’amitié réciproques ». Chirac aura marqué jusqu’aux ennemis qu’il a tenté d’écarter et qui, pour certains, lui ont retourné la faveur : si Valéry Giscard d’Estaing et Édouard Balladur ont fait le service minimum, Nicolas Sarkozy a regretté « une part de (sa) vie qui disparaît ». Mais, même au-delà de la droite, sans souligner les aspects les plus durs de sa politique intérieure, on a salué la mémoire d’un président intransigeant en matière internationale. « Nous avons veillé tous deux à ce que notre pays parle d’une seule voix », a ainsi rappelé son premier ministre socialiste de cohabitation, Lionel Jospin. Alors ministre, Jean-Luc Mélenchon se remémore un président « qui aimait la France mieux que d’autres depuis ». Pour le secrétaire national du PCF Fabien Roussel, c’est un « homme du peuple » qui a « refusé la guerre en Irak en 2003 » : il laisse également, rappellent les députés communistes, « le souvenir de celui qui a permis à la France de porter une voix singulière dans le conflit israélo-palestinien ». De Berlin à Beyrouth, en passant par Moscou, les dirigeants du monde ont évoqué un « partenaire formidable », « sage et visionnaire », un des « plus grands hommes » que la France ait connu…

Son parcours mouvementé débute en 1951, sur les bancs de l’Institut d’études politiques (IEP), où il rencontre Michel Rocard et Robert Pandraud. Il déçoit le premier, ne voulant pas rejoindre la SFIO malgré son insistance, et irrite le second : signataire de l’appel de Stockholm contre la prolifération des armes nucléaires, il vend l’Humanité-Dimanche « devant l’église Saint-Sulpice, durant quelques semaines », explique-t-il dans le premier volume de ses mémoires, Chaque pas doit être un but (2009). Il y restera attaché, n’hésitant jamais, même au plus haut sommet de l’État, à saluer un journaliste de nos titres d’un « Tiens, l’Huma, tenez bon » ! Dans ses années d’étudiant, il aurait aussi participé à « au moins une réunion de cellule » du PCF, racontera-t-il à France 3 en novembre 1993, mais sans qu’aucun militant communiste n’ait jamais corroboré l’information. Un détour qui construira la légende d’un Chirac homme de gauche, quand la lecture de ses discours, de ses décisions et de ses actes le place clairement à droite de l’échiquier politique.

Le petit commis de la Ve République

Sa formation, d’abord à l’IEP puis à l’École nationale d’administration (ENA), comme son mariage en 1956 avec Bernadette Chodron de Courcel, issue d’une vieille famille où se côtoient banquiers, prêtres et industriels, assureront ses entrées dans les coulisses du pouvoir gaullien. Jacques Chirac expliquera n’être devenu gaulliste qu’en 1958, de retour à l’ENA après le service militaire, convaincu que le général saurait « garder l’Algérie ». Mais, jeune élu de Corrèze, à partir de 1967, il fera « porter des colis à Challe, Salan, Jouhaud et Zeller, les quatre généraux putschistes enfermés à la prison de Tulle » (2). Le paradoxe Chirac dans toute sa splendeur, qui ne l’empêchera pas de grimper les échelons dans l’administration de la France gaulliste.

Jacques Chirac a mené une longue carrière ministérielle qui se confond avec l’histoire de la Ve République. Remarqué par Georges Pompidou, il entre en 1962 au secrétariat général du gouvernement, puis au cabinet du premier ministre, avant que Pompidou l’appelle, en mai 1967, au secrétariat d’État à l’Emploi auprès du ministre des Affaires sociales Jean-Marcel Jeanneney. Il y crée l’Agence nationale pour l’emploi, censée reclasser les 430 000 chômeurs que comptait alors le pays. On connaît la suite… En Mai 68, Pompidou l’envoie négocier les accords de Grenelle, signés par le secrétaire général de la CGT Georges Séguy, après, dit-on, de multiples rencontres secrètes avec Henri Krasucki. Secrétaire d’État à l’Économie, sous l’autorité du ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing (VGE) – de cette période naîtra l’inimitié entre les deux hommes –, il connaît ensuite une ascension fulgurante : ministre délégué aux Relations avec le Parlement en 1971, ministre de l’Agriculture en 1972 – poste qui vaudra à « Serre-la-louche », grâce à son travail de terrain en circonscription corrézienne notamment, le soutien durable des agriculteurs français –, avant d’accéder à Matignon en 1974.

À 41 ans, il est nommé premier ministre de Giscard. Mais il comprend vite qu’il ne pourra pas gouverner avec le nouveau président, qui lui impose son entourage pour mieux le circonscrire. Après deux années de désaccords entre « deux sensibilités politiques », note Michel Winock, celle la « droite libérale » de VGE et celle du « républicanisme autoritaire » de Chirac, ce dernier quitte Matignon avec fracas, estimant qu’il « ne dispose pas des moyens (…) aujourd’hui nécessaires pour assurer efficacement (ses) fonctions de premier ministre ». Retranché à la mairie de Paris, où il sera élu en 1977, il attendra 1986 pour retrouver Matignon.

Candidat un jour…

Jacques Chirac n’a pas eu qu’un seul terrain d’élection. Certes, il a réussi l’exploit de s’implanter en Corrèze (en temps cumulé) durant 17 ans, 8 mois et 19 jours entre 1967 et 1995, et avant de porter ses appétits vers l’Élysée, c’est à Paris qu’il établira son quartier général, pris en main par deux conseillers élyséens dès 1970. Pierre Juillet et Marie-France Garaud l’accompagneront jusqu’au soir du 25 mars 1977. Au nouveau maire qui le remercie, dans les salons de l’Hôtel de Ville, la réponse de Pierre Juillet (3) – « C’est la première fois qu’un cheval remercie son jockey » –, sonne comme un camouflet. Elle soulignait pourtant une évidence : le potentiel de Chirac, compétiteur hors pair, se révélera dans la conquête du pouvoir plus que dans sa gestion. Récupérant son siège de député après sa démission de Matignon en 1986, il avait alors réinvesti le parti, le transformant en Rassemblement pour la République (RPR), une machine électorale dont le premier objectif sera les élections municipales de 1977. Mais une fois celles-ci passées, la gauche en sortant largement gagnante, même si lui se réjouit de sa victoire à Paris, Chirac oriente tous ses efforts, et ceux du parti, vers la présidentielle de 1981. Sa défaite, comme celle qui suivra en 1988, le forcera à se replier à l’Hôtel de Ville parisien, d’où il peaufinera sa reprise en main du RPR par l’élimination systématique de ses rivaux. Mais aussi, dans ce qui est devenu sa base arrière, la campagne présidentielle de 1995.

Le RPR, rempart au « socialo-communisme »

Entre-temps, grâce aux élections législatives de 1986 très favorables à la droite, le chef de l’opposition est redevenu chef du gouvernement. Aujourd’hui, Chirac jouit d’une image populaire d’anti-héros sympathique, travaillée par les Guignols de Canal Plus entre 1993 et la fin de son premier mandat présidentiel en 2002 (après, il apparaîtra sous les traits de « Super Menteur »). Mais à l’époque, depuis la Mairie de Paris (qu’il n’a d’ailleurs pas quittée), il dirigeait le RPR comme un rempart au « socialo-communisme » des gouvernements Mauroy, puis Fabius. Et dans un exercice inédit dans l’histoire de la Ve République, la cohabitation, il se retrouve en position d’appliquer son programme. Comme une répétition de 1995, avec le plan pour la Sécu et les régimes de retraite de son premier ministre Alain Juppé, qui ignore la « fracture sociale » et jette deux millions de Français dans la rue. Avant le printemps 2006 et le contrat première embauche, qui mobilisera victorieusement toute une génération de lycéens, étudiants et jeunes actifs. En 1986, le premier ministre Chirac, contre le président de gauche, mobilise son gouvernement pour « libérer l’économie » et privatise en chaîne. « Avant la fin de l’année, la France aura un autre système de valeurs que celui sur lequel elle vivait précédemment », fanfaronne le premier ministre. Sous la houlette de Charles Pasqua, les lois concernant la criminalité, la délinquance, le terrorisme sont durcies après qu’une vague d’attentats a touché Paris à l’été 1986. De même, les conditions d’entrée sur le territoire, d’obtention des cartes de séjour, d’accès à la nationalité française sont compliquées. Le « Bulldozer » veut aller vite, mais sera stoppé en novembre sur sa réforme des universités : le projet Devaquet pour l’autonomie des universités (finalement abouti sous Sarkozy) générera un mouvement étudiant d’ampleur. Surtout, le 5 décembre, la mort de Malik Oussekine, frappé par les « voltigeurs », brigades motocyclistes armées de matraques, provoquera la crainte durable qu’un mouvement de jeunesse ne s’envenime, souvenir qui suivra Jacques Chirac jusqu’au CPE, en 2006. Le premier ministre « le plus antisocial » qu’il ait vu, dixit le secrétaire général du PCF, Georges Marchais, a raté son pari : deux ans de libéralisation de l’économie à outrance n’ont pas inversé la tendance du chômage, sa « priorité absolue », qui affiche 200 000 demandeurs d’emploi de plus au printemps 1988. Le leader de la droite en est pourtant persuadé : malgré le douloureux souvenir du massacre de la grotte d’Ouvéa, le 4 mai, à quatre jours du second tour où il affronte le président sortant François Mitterrand, 1988 est son année. Mais il termine encore sur un échec. Espère-t-il prendre sa revanche en 1993, quand à l’occasion de la deuxième cohabitation, il envoie son éminence grise à Matignon ? Édouard Balladur est censé préparer l’accession de Chirac à l’Élysée en 1995, mais rompra le pacte, annonçant sa propre candidature, aiguillonné par son ministre du Budget et directeur de campagne, Nicolas Sarkozy, et le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua. Jacques Chirac, lancé depuis novembre 1994, remportera la bataille à droite, avec son dernier carré de fidèles, Alain Juppé et Alain Madelin, rejoints par l’hésitant Philippe Séguin. Mais la séquence a dû remuer de douloureux souvenirs…

« Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge »

De l’appel de Cochin à l’intégration européenne

L’entente, fût-elle stratégique, avec l’UDF sur les questions européennes n’a pas toujours été de soi. Pour les premières élections prévues en 1979, les démocrates-chrétiens de l’UDF rêvent de fédéralisme, les gaullistes chiraquiens de souveraineté nationale. Le patron du RPR, aiguillonné par Garaud et Juillet, lance le 6 décembre 1978, depuis l’hôpital Cochin où il récupère d’un grave accident de voiture, son « appel de Cochin » : « Quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre, avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. » Il crée un schisme durable avec une partie des gaullistes historiques, férocement européens : le garde des Sceaux Alain Peyrefitte, biographe de De Gaulle, écrit à tous les parlementaires RPR de ne pas suivre Chirac ; d’autres cadres démissionnent du conseil national du parti… L’UDF et sa tête de liste Simone Veil le devanceront largement (27,6 %, contre 16,2 % des suffrages), comme celles du PS (23,53 %) et du PCF (20,52 %). Est-ce cet échec qui le fait changer de pied ? Aux élections européennes de 1984, il accepte une liste RPR-UDF, qui, menée par Simone Veil et Bernard Pons, obtiendra la majorité des sièges français à Strasbourg. Il poursuit son aggiornamento lors de la campagne pour le référendum sur le traité de Maastricht en 1992. Certes, il se déclare « hostile au plan Delors (pour) l’instauration d’une monnaie unique », mais soutient le oui, qui l’emporte, de peu, avec 51,05 % de votes favorables. La leçon portera : chez les héritiers du gaullisme, historique, version Pompidou ou modifiée Giscard, l’intégration européenne est un horizon que Chirac va s’efforcer d’atteindre. Depuis l’Élysée, il approuvera successivement les traités d’Amsterdam – qui met en place le pacte de stabilité – en 1997, puis celui de Nice en 1999. Et signe en 2002, avec son premier ministre de cohabitation Lionel Jospin, l’allongement de l’âge de la retraite lors du sommet de Barcelone. Le début de la longue histoire de la soumission aux diktats de Bruxelles, qui passera par le référendum de 2005 et le non large au traité constitutionnel européen, avec 54,9 % des voix. Un échec politique majeur, même si, au-delà de la question posée, les Français (plutôt les classes populaires et moyennes, selon un sondage Ipsos réalisé à l’époque) sanctionnent, le 29 mai 2005, la politique menée…

De « Facho Chirac » au « dernier rempart » contre le FN

La présidentielle de 1995 et le malentendu qui lui a valu la victoire sont l’occasion d’une autre transformation. Chirac a toujours gouverné très à droite, ce qui lui a valu le surnom de « Facho Chirac » décerné par le Canard enchaîné en 1977, malgré l’affirmation de quelques valeurs ancrées – refus de la peine de mort, défense du monde paysan… Il a même à son actif quelques scandales politiques, de la mort de Malik Oussekine au massacre de la grotte d’Ouvéa, sans évoquer son « ombre » sur l’affaire Boulin… Mais, en 1995, il est élu en récupérant à son compte la « fracture sociale ». Un constat signé Emmanuel Todd et utilisé à son corps défendant. Car, l’image du Chirac bon enfant sera rapidement écornée par la reprise, en 1995, des essais nucléaires dans le Pacifique ou l’évacuation musclée de l’église Saint-Bernard, où se sont réfugiés 200 sans-papiers, en 1996. La dissolution de 1997, coup de poker pour s’octroyer une majorité confortable à l’heure de mener la politique induite par les critères de Maastricht, s’avère une opération ratée et le contraint à se retrancher au domaine international durant les cinq années de cohabitation. Le bilan de la gauche plurielle, à l’aube des élections présidentielles de 2002, lui laisse une ouverture. Devant au premier tour, en dépit du pire score d’un président sortant (19,88 %), Jacques Chirac se retrouve à endosser le costume de « père de la Nation » face à Jean-Marie Le Pen. Réélu avec 82,21 % des voix, le plus haut score jamais enregistré dans une présidentielle, Jacques Chirac se sent pourtant aussitôt délié des conditions de son bail renouvelé à l’Élysée.

La légende du roi fainéant

Les Français ont la mémoire courte, qui ne se rappellent Chirac que bringuebalé par les événements comme les rois mérovingiens dans leurs chars à bœufs – qu’il aimait à flatter au Salon de l’agriculture, dont il ne ratait pas une édition. Durant ses mandats, le second notamment, il a porté sinon une vision, du moins une série de réformes dont la droite se réclame encore. Comme la réforme Fillon des retraites en 2003, qui, en prônant l’allongement de la durée de cotisation, trace un chemin que la droite suit encore aujourd’hui.

Incapable de résorber un chômage aux niveaux comparables à la période de crise 2009-2010, c’est sur le plan sociétal que se rabat Chirac, lançant en 2002 trois « grands chantiers » : sécurité routière, plan cancer et plan handicap. Pour le reste, le divorce d’avec les Français est consommé. Pourtant, début 2007, au moment de ses vœux, il laisse encore planer le doute, esquisse un sourire quand on lui demande s’il se représentera pour un troisième mandat. Personne n’est vraiment dupe, tant un héritier aux mêmes méthodes de voyou politique, Nicolas Sarkozy, qu’il a fait ministre d’État, lui mord les mollets. Officiellement candidat, il mélange déjà les genres, faisant campagne sans démissionner de sa fonction. Il est loin, le temps où Chirac pouvait dire de son ministre, comme en 2004, « je décide, il exécute ».

Élu président, Sarkozy ménagera toujours publiquement Chirac. L’inverse n’est pas vrai et, bien que diminué, l’ancien député de Corrèze suggère sa préférence en 2012 pour Hollande. Tandis que Bernadette Chirac manifeste en 2014 son allégeance à Sarkozy pour la présidence de l’UMP, Jacques, lui, déclare au Figaro sa fidélité à Alain Juppé, qui avait endossé la responsabilité, jusqu’à la prison avec sursis et l’inéligibilité, des affaires judiciaires de la Mairie de Paris. Un dernier croche-patte à Sarkozy, celui qui s’est toujours vu en « fils préféré »… comme tous ceux qui, à droite, et ils sont nombreux, revendiquent ce drôle d’héritage.

En 1974, Chirac prend la tête de l’Union pour la défense de la République (UDR), le grand parti gaulliste, malgré la réticence de quelques grands barons. Jacques Chaban-Delmas, qu’il a trahi en lui préférant Giscard comme candidat à la présidentielle, dira que « Jacques Chirac a découvert le gaullisme en comptant les bancs de l’Assemblée nationale ». Une manière de signifier que dans ce monde « moderne », déjà, l’arithmétique avait pris le pas sur la politique. Mais Chirac sait manier les deux. Démonstration à la fin des années 80. Depuis l’été 1988, les trentenaires et quadragénaires partisans d’un gaullisme « social » (Philippe Séguin, Michel Noir, Alain Carignon, François Fillon pour le RPR ; Philippe de Villiers, Charles Millon, Dominique Baudis, François Bayrou pour l’UDF) réclament du changement à la tête des deux partis. Ils visent spécialement Chirac, dans un « manifeste de la rénovation » écrit en 1989, et envisagent même des listes autonomes aux élections européennes qui s’approchent, avant de rentrer dans le rang. Certains, dirigés par Pasqua et Séguin, iront jusqu’à monter un courant souverainiste, qui totalisera 31,68% aux assises du RPR début 1990. Mais on en retrouvera dans les gouvernements sous présidence Chirac, entre 1995 et 2007 (Millon à la Défense, Bayrou à l’Education nationale, Fillon aux Affaires sociales). Mais il avait aussi su composer auparavant avec l’UDF. Car bien que considérant la libéralisation des mœurs prônée par l’UDF entre 1974 et 1981 comme un « socialisme rampant », le discours s’est adouci une fois assimilée l’autre famille de droite dans l’opposition. En fait, analyse l’historien René Rémond (4), Chirac a «conduit les funérailles du gaullisme en se prêtant à la dissolution dans un conglomérat de droite».

(1) Dans le magazine Histoire d’octobre 2006. (2) Chirac d’Arabie, d’Éric Aeschimann et Christophe Boltanski. (3) Rapporté dans la revue Pouvoirs en 2004. (4) Histoire, octobre 2006.
Grégory Marin et Lionel Venturini
De la Françafrique à la crise irakienne, une diplomatie sur les traces de De Gaulle
Vendredi, 27 Septembre, 2019

Le président défunt avait une conception gaulliste de l’indépendance de la France tout en étant conscient des rapports de forces internationaux et des relations nouvelles dans le monde de l’après-guerre froide.

 

Avec Jacques Chirac, disparaît une certaine idée de la politique étrangère de la France. L’homme s’est toujours situé dans une continuité gaulliste, voire gaullienne. Celle d’une certaine idée de l’indépendance de la France : de Gaulle et la Résistance, de Gaulle et l’ONU, de Gaulle et l’Otan, de Gaulle et Israël, et… de Gaulle et l’Afrique ! Une sorte de tradition donc, mais adaptée aux réalités géopolitiques du moment. « J’ai esquissé les contours d’une politique étrangère prolongeant l’héritage du général de Gaulle, tout en cherchant à répondre, avec pragmatisme, aux exigences de notre temps », soulignait-il ainsi lors de la réception des ambassadeurs à Paris, le 29 août 1996.

Ce n’est sans doute pas un hasard si sa première grande décision internationale en tant que président de la République, en juin 1995, a été de reprendre les essais nucléaires, abandonnés par François Mitterrand. Comme une bravade vis-à-vis de son prédécesseur et dans un geste d’imperator puisque après six essais, il annonçait leur abandon et, sur sa lancée, signait le traité de non-prolifération nucléaire et celui portant interdiction complète des essais nucléaires. Comme le dit l’intitulé de ses Mémoires, « chaque pas doit être un but ».

Dans le livre de Pierre Péan l’Inconnu de l’Élysée, Jacques Chirac interroge : « Que seraient l’architecture, la poésie ou les mathématiques sans la culture arabe, qui recueillit aussi les savoirs antiques, qui s’aventura bien loin de ses frontières quand l’Europe s’enfermait sur elle-même ? » Une question qui donne une autre image du personnage politique à l’origine du musée des Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, aujourd’hui musée du Quai Branly-Jacques Chirac.

Ce qu’on appelle communément la « politique arabe de la France » a représenté sans conteste l’une des préoccupations majeures de Jacques Chirac. « J’aurai toujours une grande facilité de contact avec les chefs d’État arabes », écrit-il dans ses Mémoires. Alors qu’il était premier ministre, il noue des liens ténus au Moyen-Orient. Une fois président, il tente de donner une nouvelle impulsion à cette politique arabe sans réellement y parvenir : la France n’a pas les moyens de ses ambitions sur la scène internationale.

Le « coup de gueule » de Chirac avec la sécurité israélienne

Évidemment, personne n’a oublié, en 1996, l’incident entre Jacques Chirac et les services de sécurité israéliens, qui tentaient de l’empêcher de serrer la main de vieilles personnalités palestiniennes dans la vieille ville de Jérusalem. Un « coup de gueule » bienvenu qui n’empêchera pas par la suite un rapprochement avec Tel-Aviv à la suite de l’assassinat de son ami, le premier ministre libanais Rafiq Hariri. On se souvient également du refus de Paris de participer à l’aventure américaine en Irak en 2003, qui a fait de Chirac le héros du monde arabe. Une décision prise, en réalité, après de multiples tentatives françaises pour obtenir une stratégie légèrement différente, mais jamais en opposition directe. Chirac, jusqu’au dernier moment, a donné des gages aux Américains. Sans succès. En revanche, lors de la guerre du Kosovo, en 1999, le même Chirac a placé les avions militaires français aux côtés des appareils de l’Otan pour bombarder la Serbie : une première brèche vers un retour de la France au sein du commandement intégré de l’Alliance atlantique. Pour faire ce pas, Chirac avait un but : obtenir le commandement militaire en Méditerranée. Il a essuyé un refus de la part des États-Unis.

Enfin, s’il est un dossier où Jacques Chirac est resté fidèle au général, c’est bien celui de la Françafrique. Signal donné aux chefs d’État africains d’alors, dès son arrivée à l’Élysée, il prend Jacques Foccart (justement concepteur de cette « Françafrique ») comme conseiller jusqu’à sa mort en 1997. Une politique faite de paternalisme, de réseaux en tout genre, fière du « pré carré français » qui s’est disloquée avec la chute du mur de Berlin, amenant une nouvelle génération de dirigeants africains moins enclins à se faire tirer l’oreille par la France, forçant celle-ci à changer de pas tout en gardant le même but, comme aurait pu le dire Jacques Chirac.

Pierre Barbancey
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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 14:30
Immigration : Lettre ouverte de Fabien Roussel à Emmanuel Macron (Fabien Roussel, 26 septembre 2019)
Immigration : Lettre ouverte de Fabien Roussel à Emmanuel Macron

Monsieur le Président, Vous voulez parler immigration ? Eh bien parlons-en !

Pour la deuxième fois en moins d'un an, vous voulez imposer le thème de l'immigration dans l'actualité. À six mois des élections, c'est une vieille ficelle ! Après le vote tout récent de la loi « Asile et Immigration », c'est même de l'acharnement !

Vous voulez parler immigration ? Eh bien parlons en !

Le sujet mérite mieux que d'être instrumentalisé pour diviser les citoyens, pour imposer votre duo avec l'extrême droite et au final pour flétrir notre République.

Parlons de ces familles qui quittent des pays dont les richesses sont pillées, dont les États sont placés sous tutelle de banques internationales et de dictateurs corrompus, dont les infrastructures publiques ont été bradées à des multinationales ! Parlons des coopérations à développer, qui permettraient à chaque peuple de retrouver sa souveraineté sur ses ressources et son économie.

Parlons de la taxe sur les transactions financières que vous avez refusé d'élargir pour ne pas heurter le monde de la finance, nous privant de deux milliards d'euros destinés à ces pays.

Parlons des 5 milliards d'euros que représente la contribution des migrants à la création de richesses dans notre pays, quand l'Aide médicale d'État, que vous voulez remettre en cause, ne coûte que 900 millions.

Parlons de celles et ceux qui fuient tous ces conflits dans lesquels nous portons une part de responsabilité, dont l'OTAN a été l'acteur ces dernières années : l'Afghanistan, la Libye, la Syrie, le Yemen. Comment peut-on laisser mourir en Méditerranée des hommes, des femmes, des enfants qui fuient le chaos, les bombes, parfois nos bombes ?

Parlons des migrations à venir, que causeront le dérèglement climatique et son lot de catastrophes naturelles. Si nous n'agissons pas fortement, ces migrations vont se multiplier, jetant sur les routes des familles qui auront tout perdu. L'Union européenne est parmi les 3 principaux pollueurs de la planète, et nous devrions nous exonérer de toute responsabilité ?

Parlons donc des moyens à développer en urgence pour que l'Europe tienne ses engagements en faveur du climat.

Parlons de ces travailleurs sans papiers que de très grandes entreprises exploitent sans vergogne en les contraignant à la clandestinité. Quand allez vous les régulariser ?

Parlons des travailleurs que vous livrez à la concurrence avec vos traités européens, qui sont soumis  au dumping social opposant les salarié-es de toute l'Union Européenne, dumping que votre directive « travailleurs détachés » n'a en rien remis en cause... Nous voulons les mêmes droits pour tous !

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », affirme la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen. Alors, pourquoi aujourd'hui, dans un pays qui en a tous les moyens, ne pas reconnaître le droit de vote des étrangers résidant et payant leurs impôts en France ?

Non, de tout cela vous ne voulez pas débattre car vous préférez que la nation s'écharpe sur l'Aide médicale d'État et sur les allocations sociales, ou qu'elle se préoccupe seulement de distinguer les migrants selon qu'ils fuient la guerre, une catastrophe naturelle ou la misère ?

Vous voulez que nous débattions pour savoir si 28 pays et 500 millions d'Européens sont en capacité d'accueillir quelques dizaines de milliers d'êtres humains, quelque 3% de migrants à travers le monde, risquant leur vie sur un bateau en Méditerranée ? Les pays du pourtour méditerranéen peuvent-il s'exempter du droit maritime et du droit international ?

Monsieur le Président, l'ennemi ne vient pas en bateau. Il vient en jet privé et il se moque des frontières. La pression n'est pas migratoire, elle vient de la finance. Si des entreprises délocalisent, ça n'a jamais été à cause d'un immigré. C'est à cause d'un capital avide de profits qui ronge comme un cancer notre économie, nos emplois, nos droits.

Tous ces hommes et toutes ces femmes que vous stigmatisez sont nos frères et nos sœurs. Nous ne faisons pas de distinctions entre eux. Nous réclamons des droits pour tous, condition d'un accueil réussi. Le droit à la dignité humaine, dans un monde de justice et de paix, dans une France humaniste et universaliste.

Pour ouvrir vraiment un débat sérieux et porter des solutions de progrès, je vous adresse ce jour le manifeste « Pour une France hospitalière et fraternelle, une Europe solidaire », qu'a récemment rendu public le Parti communiste français."

Paris, le 25 septembre 2019
Fabien Roussel,
Secrétaire national du PCF, député du Nord

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 05:58

 

Depuis 2016, la mise en place des groupements hospitaliers de territoire (GHT) a profondément modifié la carte hospitalière avec de nombreuses fermetures d’hôpitaux de proximité, de services, de lits et, ainsi, réduit l’accès aux soins pour nos concitoyennes et nos concitoyens.

C’est notamment en partant de ce constat que les sénatrices et les sénateurs du groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste ont initié un tour de France des hôpitaux et des EHPAD, en janvier 2018. Après avoir visité plus de 150 établissements, le constat est clair : il y a urgence à recruter des personnels soignants, administratifs, ouvriers et accroitre les moyens des hôpitaux de proximité afin d’améliorer la prise en charge des patient.e.s en tous points du territoire ainsi que les conditions de travail des personnels.

La présente proposition de loi a donc pour objet de modifier la loi « organisation et transformation du système de santé », qui reconfigure l’offre hospitalière autour de la gradation des soins en trois niveaux : les soins de proximité, les soins spécialisés, et les soins ultra-spécialisés.

Le gouvernement entend ainsi « labelliser 500 à 600 hôpitaux de proximité », mais la communication est trompeuse. Car loin de créer de nouvelles structures, cette réforme vise en réalité à transformer des établissements existants en « hôpitaux de proximité » en les réduisant à de véritables coquilles vides, privés de leurs services essentiels et, par conséquent, de bon nombre de leurs lits. Ils exerceront, seulement à titre obligatoire, une activité de médecine et, de façon dérogatoire, au bon vouloir des directeurs ou directrices d’ARS, une activité de soins de suite et de réadaptation, notamment.

Pas de maternité, pas de service d’urgence, des hôpitaux réduits au strict minimum ! Moins d’actes techniques, c’est moins d’actes rémunérateurs : avec la tarification à l’activité, c’est la préparation de déficits systémiques.

Le risque est grand d’assister à une concentration encore plus forte qu’aujourd’hui de l’expertise et des moyens financiers dans les grandes structures hospitalières et de plans de retour à l’équilibre pour les autres.

Éloigner toujours plus les services de soins des habitantes et des habitants n’est pas un gage d’amélioration de notre système de santé. La métropolisation de la santé va toucher de plein fouet les services d’urgence et de maternité.

Même si la ministre de la santé répète avec le président de la République qu’il n’y aura aucune fermeture d’hôpitaux ni de maternités, la réalité est tout autre ! Leur rôle consistera essentiellement à réorienter les patient.e.s vers des hôpitaux de niveau deux ou trois, en fonction de la gravité des maladies et de la spécificité des traitements.
En réduisant les services, nous aurons ainsi des hôpitaux de seconde zone dans les territoires ruraux et périurbains et des services spécialisés et de pointe dans les métropoles et les grands pôles urbains. Dans de telles conditions, comment parler de respect de la sécurité des patientes et des patients ?

Alors que nous rencontrons une difficulté d’accès aux soins très forte sur l’ensemble du territoire avec le développement de « déserts médicaux », cette réorganisation des hôpitaux ne va pas améliorer l’attractivité des hôpitaux de proximité, dépourvus de services spécialisés, et donc ne va pas attirer de jeunes médecins.

Depuis près de 30 ans, nous avons vécu une succession de fermetures d’établissements, parmi lesquels de nombreuses maternités, souvent sous le prétexte de l’impossibilité d’assurer la sécurité des patientes et, aujourd’hui, en raison de la démographie médicale en berne.

C’est la raison pour laquelle, les autrices et auteurs de la présente proposition de loi entendent opposer une alternative à la loi « Buzyn » qui se situe dans la continuité des politiques libérales ayant affaibli l’hôpital public, colonne vertébrale de notre système de santé.

Elles et ils considèrent que les missions des hôpitaux de proximité doivent être redéfinies et élargies, en les inscrivant dans une politique globale d’aménagement du territoire et d’amélioration de l’accès aux soins, avec un maillage fin entre médecine hospitalière et médecine de ville.

C’est pourquoi les sénatrices et les sénateurs du groupe CRCE proposent de redéfinir l’hôpital de proximité comme étant un établissement doté d’un service d’urgences, d’une maternité de niveau 1 et de services de médecine et de chirurgie, doté de services de soins de suite et de structures pour les personnes âgées, en lien avec un réseau de centres de santé et la psychiatrie de secteur.

Pour y parvenir, il est impératif d’embaucher des personnels soignants, administratifs et ouvriers en rendant plus attractives les professions de la fonction publique hospitalière (revalorisation des salaires, titularisation, reconnaissance de la pénibilité des métiers...).

Par conséquent, les autrices et auteurs de la proposition de loi estiment qu’il est urgent d’augmenter le budget des hôpitaux afin de rattraper les décennies d’austérité budgétaire, en revalorisant, notamment, l’objectif national des dépenses de l’Assurance maladie (ONDAM) autour de 4,5 % par an.

Le financement de cette proposition de loi est assuré par l’exonération de la taxe sur les salaires qui pèse sur les hôpitaux pour un montant de 4 milliards d’euros par an.
Actuellement, cette taxe est à la charge des entreprises et organismes qui emploient des salarié.e.s, à l’exception des collectivités locales, des régies publiques, des groupements, des établissements publics de coopération culturelle, de l’établissement français du sang (EFS)... Cette taxe grève le budget des hôpitaux, ce qui est injuste vis-à-vis des autres établissements publics et vis-à-vis des établissements privés de santé qui bénéficient des suppressions des cotisations patronales qui ont remplacé le CICE.
L’exonération de la taxe sur les salaires s’inscrit dans la continuité des propositions de financement de la Sécurité sociale. Il est indispensable de dégager de nouvelles recettes pour la Sécurité sociale en luttant véritablement contre la fraude aux cotisations patronales qui grève le budget de la Sécurité sociale de 80 milliards d’euros par an, en soumettant à cotisations sociales les revenus financiers et, enfin, en mettant davantage à contribution les industriels de la santé et du médicament.

La présente proposition de loi vise donc à redéfinir les missions des hôpitaux de proximité en dégageant les moyens à la hauteur des besoins de santé sur l’ensemble du territoire.

 

Proposition de loi visant à redéfinir les missions des hôpitaux de proximité

Le I de l’article35 de la loin°2019-774 du 24juillet2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé est ainsi modifiée :

Article 1er

1° Le huitième alinéa est ainsi modifié :

a) Les mots : « le cas échéant, » sont supprimés ;

b) À la fin, les mots : « et n’exercent pas d’activité de
d’obstétrique » sont remplacés par les mots : « et disposent d’un service d’urgences ouvert en permanence, d’une maternité de niveau I, des services de médecine et de chirurgie, des services de soins de suite et de structures pour les personnes âgées, en lien avec un réseau de centres de santé et la psychiatrie de secteur » ;

2° Les neuvième et avant-dernier alinéas sont supprimés.

Article 2

I. – À la quatrième phrase du premier alinéa du 1 de l’article 231 du code général des impôts, après le mot : « communaux, », sont insérés les mots : « des établissements publics de santé, ».

II. – Le I s’applique à la taxe sur les salaires due à raison des rémunérations
versées à compter du 1 janvier 2020.

Article 3

La présente loi entre en vigueur six mois après sa promulgation.

 

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 05:56

 

Le ministre de l’action et des comptes publics a lancé une réforme de réorganisation des finances publiques. Plus qu’une réorganisation, c’est une restructuration au sabre clair qui est annoncée avec la suppression des trésoreries de plein exercice, l’implantation des services comptables dans les seuls pôles urbains, et l’ouverture de permanence de manière épisodique. Cela ouvre ainsi une grande période d’incertitude et d’inquiétude pour les agents, les usagers et les élus locaux.

De très nombreux agents sont d’ailleurs mobilisés contre ce plan à l’image du mouvement de grève de ce lundi 16 octobre. Dans le département du Nord, près de la moitié des agents était en grève et prêt de 75 % des trésoreries étaient fermées.

Aujourd’hui Monsieur le Ministre nous parle de concertation. Or, nous le voyons bien, tout est déjà verrouillé. Il nous parle de l’ouverture de nouveaux points d’accueil et de proximité et d’une implantation plus importante notamment de la ruralité. Mais il omet de dire que ces points d’accueil ne seront ouverts que de manière partielle et surtout que les trésoreries, alors qu’elles sont ouvertes aujourd’hui à temps plein, seront purement et simplement fermées.

Nous savons que Gérald Darmanin est un bon communicant. Avec trois grammes de savon il est capable de faire trois baignoires de mousse. Pour autant nous ne sommes pas dupes. La réalité est beaucoup plus complexe que ce qu’il annonce.

En effet, et pour ne prendre que cet exemple, comment peut-il ouvrir de nouveaux points d’accueil alors que dans le même temps il a annoncé la suppression de 5 800 emplois au sein de son ministère d’ici 2022. Les premiers à en pâtir seront les usagers et notamment les publics les plus fragiles.

C’est pourquoi je m’oppose fermement à ce plan de réorganisation des finances publiques et soutiens avec force la mobilisation des agents et des élus.

 

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 15:12
André Chassaigne exige que des actions fortes soient menées dans l'urgence afin de respecter les objectifs climatiques internationaux
A. Chassaigne exige que des actions fortes soient menées dans l'urgence afin de respecter les objectifs climatiques internationaux
André Chassaigne est intervenu le 23 septembre à Berlin,(curseur 0:46:10) à l'occasion de la première réunion de l'Assemblée parlementaire franco-allemande, pour interroger les deux gouvernements respectifs sur leur irresponsabilité face au changement climatique. "Il faut pointer l'insuffisance des actions de nos deux gouvernements. Derrière les slogans et autres postures médiatiques tendant à promouvoir la lutte contre le changement climatique, la réalité est très en deça des objectifs fixés par le GIEC. Face à ce fleau, qui demeure une bataille sociale, car les premières victimes sont les populations les plus vulnérables, un tournant énergétique s'impose dans l'urgence. André Chassaigne exige ainsi que des actions fortes soient menées dans l'urgence afin de respecter les objectifs climatiques internationaux.
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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 15:10
Le chiffre qui tue: 40% des chômeurs devraient subir des pertes de droits à cause des nouvelles règle d'indemnisation chômage!

40 % des chômeurs devraient subir des pertes de droits à cause des nouvelles règles d’indemnisation. Soit, plus d’un million de personnes !

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 14:50

L'EUROPE CONSERVATRICE FABRIQUE SA LÉGENDE

En fabricant artificiellement un véritable bréviaire de la mémoire historique, telle qu'elle l'entend, la majorité de l'Assemblée européenne annonce une chasse aux sorcières d'un type nouveau, pour faire simple, contre l'idéologie nazie et l'idéologie dite "communiste" inspirée de l'URSS d'hier en les mettant sur le même plan de rejet et de surveillance.

Qui remettait en cause les forfaits du stalinisme des années de plomb qui ont dévoyé l'idéal communiste ? Peu de gens, et surtout pas les communistes d'aujourd'hui. Mais cette façon de mélanger deux idéologies a pour but de créer la confusion et, surtout, de donner une interprétation négationniste de l'histoire.

Qu'on le veuille ou non ce sont les troupes soviétiques qui ont libéré Auschwitz et ce sont aussi elles qui ont changé le cours de l'histoire à Stalingrad en stoppant les troupes allemandes qui ont assassiné plus de 20 millions de soviétiques. Qu'on le veuille ou non ce sont les communistes allemands, et ensuite les autres, qui ont rempli les camps d'extermination nazis, ne l'oublions pas, et ce souvent aussi des communistes qui ont fait les frais des camps de Staline en Sibérie, sans compter des compagnons de Lénine qui ont été exécutés par le tyran.

Nous n'avons pas fini de décrypter les raisons qui ont permis le dévoiement de la révolution d'octobre mais nous avons fait le tour des horreurs nazies qui ont provoqué des dizaines de millions de morts dans le monde entier.

Cette manière expéditive de mettre dans le même sac deux idéologies bien différentes, particulièrement opposées, en les classant dans le pot du "totalitarisme" a pour but de créer en Europe un relais d'une guerre froide que Trump a déjà bien engagé aux USA.

En essayant de laver le cerveau des nouvelles générations, l'Assemblée européenne se livre à une entreprise de falsification grave de l'histoire.

Pour sauver le marché capitaliste, tout est bon, y compris la chasse aux communistes, en faisant semblant de s'attaquer aux résurgences du nazisme qui revient à la mode, au cœur même de l'Allemagne et dans toute l'Europe, notamment dans des pays comme la Pologne où le le Parti communiste et pourchassé et où les quelques israélites qui restent dans le pays ne sont pas à la fête.

S'acharner contre la mémoire communiste en prenant en exemple l'épouvantail des moustaches de Staline alors que partout ce sont les enfants plus ou moins directs du nazisme qui bousculent la démocratie parlementaire dans toute l'Europe, c'est déclarer la guerre tant à la vérité historique qu'à la liberté conscience dans une Europe qui n'est pas à l'abri du retour des monstres qui n'ont rien de communiste.

L’ARAC DENONCE UN VOTE DANGEREUX AU PARLEMENT EUROPEEN QUI MANIPULE L’HISTOIRE ET LA MEMOIRE

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Le Parlement européen a adopté (pour : 535 – contre : 66 –abstentions : 52), le 19 septembre 2019, une résolution sur« l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe ».
Cette résolution est grave et abjecte. Elle constitue l’aboutissement de la stratégie de révisionnisme historique prônée par l’Union Européenne.

Ce texte assimile fascisme et communisme. Il explique que l’origine de la seconde guerre mondiale serait… le pacte germano-soviétique.

Non le pacte germano-soviétique n’est pas la cause de la seconde guerre mondiale.

Les causes de la seconde guerre mondiale doivent être recherchées dans la complicité silencieuse qui a permis le développement du fascisme et du national-socialisme contre le mouvement ouvrier, la collusion des grands monopoles allemands avec Hitler. Elles sont à chercher dans le silence assourdissant qui a conduit les états d’Europe à abandonner l’Espagne Républicaine aux mains du fascisme, dans la lâcheté qui a conduit aux accords de Munich le 28 septembre 1938 entre Daladier, Chamberlain, Hitler et
Mussolini.

Cette résolution cherche à effacer la contribution décisive des communistes et des peuples de l’Union Soviétique à la défaite du fascisme nazi.

Cette résolution occulte la gravité de la barbarie nazie et la renaissance du fascisme aujourd’hui.

Il est important d’avoir une rigueur historique, nous la devons aux millions de victimes, à tous ceux et avant tout les communistes et le peuple Russe qui se sont battus pour arrêter et vaincre Hitler.

Mettre  sur le même plan et en les assimilant, le fascisme, le nazisme, le stalinisme et le communisme est une grossière simplification de la réalité.

Le fascisme favorisé et mis en avant a été le moyen trouvé par les capitalistes pour écraser les mouvements révolutionnaires des années 30 et sauver leurs systèmes. Le fascisme est la créature du capitalisme,
le moyen du repartage entre impérialistes du monde dans la guerre la plus violente de l'histoire.

Les communistes, au contraire, dans chaque pays d’Europe, ont organisé et animé une résistance héroïque contre le fascisme. Ils ont pu le faire grâce au large soutien populaire dont ils disposaient.

Présenter la Russie comme n’ayant souffert que du stalinisme (point 15 de la résolution), c’est nier l’ampleur des souffrances et des pertes subies par ce peuple, et par les soldats de l’Armée rouge (21 millions de morts), pour arrêter l’expansion nazie et permettre la libération de l’Europe.

Cette résolution, d’une extrême gravité, vise à ouvrir la voie l’interdiction des partis communistes, des forces progressistes et du mouvement syndical comme ce fut cas dès 1933 en Allemagne.

Avec
ce texte, le Parlement Européen veut empêcher toute révolte, toute contestation démocratique.

Le vote de ce texte est scandaleux et dangereux. Ceux qui l’ont voté portent une lourde responsabilité devant l’Histoire, ils font comme dans les années 30 le lit du fascisme.

Nous
n’acceptons pas la réécriture de l’Histoire sous peine de voir se reproduire les mêmes dangers. Réfléchir au passé pour construire le présent, implique d’avoir le courage et l’intelligence de regarder l’histoire de chaque peuple.

Villejuif, le 23 septembre 2019

Le texte
adopté par le Parlement européen : http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2019-0021_FR

 

source : lettre électronique ARAC

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 12:41

 

Il n’y a pas de lien direct entre la question du climat et celle des retraites hors cette même question : comment allons-nous vivre demain ? 

Il n’y a pas de lien direct entre la question du climat et celle des retraites hors cette même question : comment allons-nous vivre demain ? À la première, Emmanuel Macron, s’il joue au chevalier vert sur la scène internationale, répond en bottant en touche. Allez voir là-bas si j’y suis, a-t-il déclaré en substance en se rendant à New York, incitant les jeunes manifestants à se mobiliser ailleurs, en Pologne par exemple. Quelques heures avant, la police avait apporté un complément de réponse à la sienne, avec des interventions jugées largement disproportionnées, comme en attestait hier matin, sur France Inter, la maire de Paris elle-même. En résumé, il n’y aurait rien à redire, la France fait ce qu’il faut, regardez ailleurs, ici, il n’y a rien à voir et la contestation ne mérite que la matraque et les gaz ­lacrymogènes.

La méthode, à vrai dire, prévaut depuis un an. Face à eux, les gilets jaunes n’ont trouvé que des uniformes de guérilla urbaine et les mises en scène du tout à l’ego du grand débat. La grande explication qui commence sur les retraites ne fait pas exception. Les efforts déployés par Jean-Paul Delevoye pour faire passer la pilule ne peuvent faire illusion. La CGT, comme le souligne ici même Catherine Perret, évalue à 30 % la perte globale de revenu pour les futurs retraités, sans préjuger des dommages collatéraux qu’elle évoque. On parle, bien sûr, de concertation, voire de négociation. La réalité, c’est que le projet est bel et bien sur les rails, et les salariés ne s’y trompent pas. Il n’y a pas d’autre raison à la mobilisation, sans précédent depuis des années, de la RATP il y a dix jours. FO samedi, la CGT aujourd’hui…

Il semble clair qu’un mouvement considérable est en train de naître. Là encore, Emmanuel Macron va tenter de jouer la montre, de diluer les réponses, de cajoler les uns et de matraquer les autres, quitte à mettre le pays en ébullition et en faisant porter à tous le poids de son acharnement. C’est une stratégie qui peut diviser mais aussi rassembler, maintenant, aujourd’hui : comment allons-nous vivre demain ?

 

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