Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 16:23

Immigration: l’illusion des quotas au service d’une nouvelle hystérisation du débat (PCF)

Lors du débat à l’Assemblée nationale sur l’immigration, le premier ministre, Edouard Philippe, a remis à l’ordre du jour la notion de quotas en affirmant qu'«il faudrait s’interroger sur les quotas par nationalité ou par secteurs professionnels». E. Philippe annonce donc qu’il veut «choisir ses immigrés» mais se contredit en précisant qu’il n’est pas possible de fixer des quotas au sujet des demandeurs d’asile et du regroupement familial.

Faut-il rappeler à M. Edouard Philippe qu’il existe d'ores et déjà des quotas par métier pour ce qui concerne l’immigration de travail sous la forme d’une liste de métiers «sous tension» prises par arrêté ministériel? Alors que le premier ministre n’hésite pas à faire une évaluation de cette politique avant de lancer des slogans inadaptés à la situation.

Sa vision utilitariste de l’immigration est bien éloignée d’un projet d’avenir et ressemble à une volonté de coller au projet d’une politique de contrôle des flux migratoires existant en France depuis au moins 2006 sous l'ère Sarkozy. C'est une politique illégale au regard du droit et qui n'a apporté aucune solution à la crise de l'accueil des réfugiés ou en matière de politique migratoire digne et juste en France et en Europe.

D’ailleurs, en 2008, la commission Mazeaud avait rendu un rapport sur le sujet: «La Commission écarte l’idée d’instaurer des quotas d’immigration, estimant que ce dispositif n’est pas utile à la maîtrise des flux de l’immigration professionnelle, est inefficace contre l’immigration irrégulière, et impossible à réaliser, d’un point de vue constitutionnel et conventionnel, pour l’immigration familiale.» La commission montrait que fixer des quotas par nationalités ou par région du monde constituait une rupture d’égalité entre les individus. Elle concluait même que le rôle d’une politique migratoire est de faciliter «le va-et-vient» des migrant-e-s entre pays d’origine et la France.

Le Parti communiste français estime que la notion de quotas est une nouvelle manière d’hystériser le débat sur l'immigration, et que cela respecte ni les principes d’égalité et de fraternité de notre pays, ni le droit et les conventions internationales.

La régularisation des travailleurs sans papiers, le renforcement des structures d’accueil, le respect scrupuleux du droit international, de la Déclaration universelle des droits humains, de la convention des droits de l’enfant, le soutien aux associations de solidarité venant en aide aux migrant-e-s, aux ONG qui sauvent des milliers de vies, et la lutte contre le fantasme de «l’appel d’air» auraient été des propositions bien «audacieuses» et utiles au débat, la crise de l'accueil et à l’unité de notre pays.

Parti communiste français
Paris, le 8 octobre 2019

Immigration: l’illusion des quotas au service d’une nouvelle hystérisation du débat (PCF)
Partager cet article
Repost0
11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 15:16
 

Pour le Conseil constitutionnel, l’enseignement supérieur est une des composantes du service public de l’éducation

Ce 11 octobre 2019, à la suite de sa saisine par des organisations syndicales et estudiantines, le Conseil constitutionnel vient de rendre une décision, qu’il qualifie d’inédite, par laquelle il considère que l’enseignement supérieur public est une des composantes du service public de l’éducation. Les Sages estiment donc qu’il doit être intégré dans le champ d’application du treizième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 qui stipule que : « La Nation garantit l’égal accès […] de l’adulte à l’instruction […] L’organisation de l’enseignement public gratuit […] à tous les degrés est un devoir de l’État ». Le Conseil constitutionnel admet toutefois une dérogation au principe de gratuité de l’enseignement en autorisant la perception de « droits d’inscription modiques […] en tenant compte, le cas échéant, des capacités financières des étudiants ».

Les conséquences de cette décision historique sont considérables pour l’organisation et le financement de l’enseignement supérieur, pour les universités, mais aussi pour les écoles d’ingénieur publiques, pour les grandes écoles et pour tous les établissements publics de l’enseignement supérieur. Conformément à la décision du Conseil d’État du 27 janvier 1988 (n° 64076), le ministère chargé de l’enseignement supérieur, comme celui de l’Éducation nationale, aura l’obligation d’assurer sa mission d’intérêt général d’enseignement en organisant notamment l’enseignement de toutes les matières obligatoires.

Non seulement, la décision d’une augmentation des droits d’inscription des étudiants étrangers perd tout fondement légal, mais elle oblige Gouvernement à refonder toute l’économie de l’enseignement supérieur public sur le principe de la gratuité. L’importance historique de la décision du Conseil constitutionnel et ses conséquences considérables pour l’organisation de ce service public imposent au Gouvernement d’engager, sans délais, des discussions avec le Parlement et tous les représentants des organisations représentatives des étudiants, des enseignants et des établissements pour assurer la rentrée 2020, dans le nouveau cadre fixé par le Conseil constitutionnel. Avant le vote du budget, la convocation d’un « Grenelle » de l’enseignement supérieur est d’une absolue nécessité.

Pierre Ouzoulias, sénateur PCF

 
À Paris le 11 octobre 2019 
Pour le Conseil constitutionnel, l’enseignement supérieur est une des composantes du service public de l’éducation (Pierre Ouzoulias, PCF)
Partager cet article
Repost0
10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 06:15
Débat sur l'immigration - Eliane Assassi (présidente du groupe communiste au Sénat) - Les nouvelles causes d'exil doivent être reconnues (L'Humanité, 9 octobre 2019, entretien avec Julia Hamlaoui)
« Les nouvelles causes d’exil forcé doivent être reconnues »
Mercredi, 9 Octobre, 2019

Lors du débat sur l’immigration au Sénat aujourd’hui, la sénatrice communiste, qui dénonce les « manipulations du gouvernement », proposera de repenser les critères de la convention de Genève sur le statut des réfugiés.
Éliane Assassi

 

Éliane Assassi

Sénatrice PCF

Le débat sur l’immigration arrive au Sénat aujourd’hui. Ce sujet est régulièrement source de clivage à gauche entre les tenants du « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » et les défenseurs de la liberté de circulation. Comment l’appréhendez-vous ?

Éliane Assassi La phrase de Michel Rocard est principalement utilisée par celles et ceux qui brandissent l’immigration comme la responsable de tous les maux de notre société. Ces considérations sont aujourd’hui complètement obsolètes. On ne peut pas être pour ou contre l’immigration : on parle d’hommes, de femmes, d’enfants. Ni de chiffres, ni de numéros. Les tenants du capitalisme sont tout à fait d’accord avec la liberté de circulation dès lors qu’il s’agit d’argent, eh bien, nous, nous la prônons pour les humains. D’ailleurs, la migration est un phénomène aussi ancien que l’humanité, on ne l’empêchera pas. C’est d’autant plus vrai avec les conflits internationaux, l’ordre économique établi et les bouleversements climatiques. Je proposerai donc lors du débat de repenser les critères de la convention de Genève, qui ne tient pas compte des nouvelles causes d’exil forcé.

À l’Assemblée, lundi, Édouard Philippe a évoqué l’instauration de quotas et estimé que la France « ne doit être ni plus ni moins attractive que ses voisins ». Qu’y opposez-vous ?

Éliane Assassi D’abord, le gouvernement manipule les chiffres. Par exemple, les 400 000 demandeurs d’asile enregistrés en France depuis 2015 ne représentent que 10 % du total européen. Imaginons qu’ils soient tous restés, ils n’auraient accru la population que de 0,6 %. Or, en Allemagne, c’est 2 % et 0,8 % dans l’ensemble de l’Union européenne. La France est donc en deçà. Un spécialiste comme le sociologue et démographe François Héran estime que les cris d’orfraie sont indécents et qu’on se fourvoie en jugeant que les prestations sociales ou l’AME mettraient notre pays en première ligne. Quant aux quotas, on essaie sous ce vocable de réintroduire l’immigration choisie promue par Sarkozy avec l’idée de bonnes nationalités et de mauvaises, qu’on laisserait à la porte. C’est intolérable.

Quelles mesures peuvent être prises face à la crise de l’accueil ?

Éliane Assassi Nous ne sommes pas à la hauteur de la désespérance de ces milliers de migrants qui cherchent refuge, y compris pour des raisons économiques. Malgré ce qui est dit, il n’y a pas assez de places d’accueil. Il faut répondre sans délai aux situations d’extrême urgence. Nous en avons les moyens, nous sommes un pays riche. Mais il n’y aura pas de solution miracle à court terme, une réflexion pour un vrai plan de logement dans des conditions dignes est indispensable.

Un autre éternel débat fait son retour. Christophe Castaner juge que « nous avons loupé, ces dernières années, l’intégration ». Partagez-vous ce constat ?

Éliane Assassi Qu’une chose soit claire : je ne pense pas partager la même définition du mot intégration que M. Castaner. Si cela signifie « créer du lien et de la cohésion sociale », je suis d’accord. Mais je n’ai pas le sentiment que ce soit ce qui est proposé. Mesurer l’intégration à la seule capacité des immigrés, voire de leurs descendants, à se fondre dans la communauté nationale est un appauvrissement, un leurre quant aux réels enjeux sociaux et politiques. On voit désormais resurgir, comme à la convention des droites, le concept d’assimilation. Là encore, la ligne est rapidement franchie.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
Débat sur l'immigration - Eliane Assassi (présidente du groupe communiste au Sénat) - Les nouvelles causes d'exil doivent être reconnues (L'Humanité, 9 octobre 2019, entretien avec Julia Hamlaoui)
Partager cet article
Repost0
9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 07:07
"Très heureux de prendre le relai de mon ami Patrice Bessac à la présidence de l'association nationale des élus communistes et républicains.  Je tâcherai de porter au mieux les combats de nos 6700 élus." (Ian Brossat)

"Très heureux de prendre le relai de mon ami Patrice Bessac à la présidence de l'association nationale des élus communistes et républicains. Je tâcherai de porter au mieux les combats de nos 6700 élus." (Ian Brossat)

Ian Brossat et Cindérella Bernard (1ere adjointe à Bégard, candidate aux Européennes avec Ian Brossat) au congrès de l'ANECR à Paris ce week-end du 5-6 octobre

Ian Brossat et Cindérella Bernard (1ere adjointe à Bégard, candidate aux Européennes avec Ian Brossat) au congrès de l'ANECR à Paris ce week-end du 5-6 octobre

Municipales. Les élus PCF font le pari du rassemblement
Lundi, 7 Octobre, 2019

Réunis à Paris pour le congrès de leur association, les élus communistes et républicains ont appelé ce week-end à l’unité de la gauche et élu Ian Brossat à leur tête.

 

À moins de six mois des élections municipales, le rythme des déclarations de candidatures s’accélère mais tout n’est pas encore ficelé, tant s’en faut. Le calendrier se resserre mais les élus communistes et républicains ne désespèrent pas de faire entendre leur message. Réunis à Paris ce week-end pour le congrès de leur association, l’Anecr, ils ont lancé un appel au rassemblement à l’intention des citoyens et des autres formations de gauche. Face à un « président de la République (qui) poursuit la construction raisonnée mais dangereuse d’un paysage où la seule alternative » serait « l’extrême droite » et face à « l’absence de réponse aux défis environnementaux et sociaux », « les élus locaux ont un très grand rôle à jouer », assure, dès l’ouverture des travaux, Patrice Bessac, le maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis) et président sortant de l’Anecr. Mais, dans l’auditorium de la maison de la RATP où se tient le congrès, beaucoup témoignent des difficultés de cette période des plus instables. « Il y a une forte aspiration à l’unité, un ras-le-bol des gens de la division de la gauche, une angoisse pour 2022 de se ­reprendre une purge libérale », constate Philippe Bouyssou, le maire d’Ivry, tout en regrettant de ne pouvoir compter sur le soutien de l’ensemble de la gauche.

Trois « axes de batailles » pour 2020

Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, avait déjà lancé un appel au rassemblement à la mi-septembre, lors de la Fête de l’Humanité. « Tout le monde se tend la main, mais on entend qu’ici ou là, ça ne va pas ; à un moment, on va bien se croiser », a-t-il résumé ce week-end plaidant pour des ­alliances à gauche dès le premier tour. « Ce n’est pas dans un accord national ni même départemental que nous trouverons les solutions », précise-t-il, grandes villes mises à part. L’enjeu numéro un : faire des communes de « véritables boucliers ­sociaux ». « On n’est pas des politiciens qui cherchent à marquer des points pour notre propre carrière. On est des citoyens comme tout le monde, présents au quotidien pour améliorer les conditions de vie de tous », martèle Olivier Corzani, élu maire de ­Fleury-Mérogis (Essonne), lors d’une partielle cette année, alors que le PCF avait perdu la ville en 2009.

« Urgences écologique, ­sociale, démocratique » reviennent en boucle dans les prises de parole. « Malgré les attaques tant administratives que budgétaires, chaque fois que nous le pouvons, nous faisons de nos communes des lieux d’innovation pour répondre aux besoins des populations », insiste Ian Brossat, élu ce samedi à la tête de l’association. L’adjoint à la mairie de Paris multiplie les exemples – budgets participatifs, complémentaire santé communale, municipalisation de l’eau, repas bio dans les cantines, permis de louer contre l’habitat indigne, ou encore transports ­gratuits –, avant de brosser trois « axes de ­batailles » : « défense de l’échelon communal », « nouvel essor des services publics ­locaux » et « lutte contre l’application de l’austérité ».

Là se pose un problème de taille. « La baisse des dotations aux collectivités n’a jamais été si importante : 13 milliards sous le mandat de François Hollande et 13 milliards prévus sous le mandat du président de la République actuel. Nos communes sont asphyxiées, étranglées », s’indigne ­Fabien Roussel. Les marges de manœuvre en sont réduites d’autant. « Dans les villes que nous dirigeons, nous avons dû aussi – compte tenu de la purge budgétaire que nous avons subie – appliquer la rigueur. Dans ma ville, on ne remplace plus tous les départs en retraite », témoigne Jean-Pierre Bosino, le maire de Montataire (Oise). Pour les ­communistes, une solution : ­l’intervention ­citoyenne. « Il n’y a plus une décision municipale qui pourra se prendre sans un engagement plein et entier des ­citoyens et sans aller arracher avec les dents les moyens de répondre aux besoins des habitants », estime le maire d’Ivry. Pour pallier la suppression de la taxe d’habitation, qui grève elle aussi les budgets locaux, le PCF planche sur une réforme de la fiscalité locale. En attendant, les parlementaires communistes proposeront, dès les ­prochaines semaines, lors de l’examen du budget, de mettre 5 milliards sur la table en 2020.

Julia Hamlaoui

EELV en solo à Marseille

À Marseille, formations de gauche, associatifs, collectifs citoyens échangent depuis des semaines en vue du scrutin de 2020. PCF, PS, FI se sont prononcés en faveur d’une liste unique pour arracher la deuxième ville de France à la droite et faire échec au RN. Les écologistes ne partagent pas cet avis. Lors d’une assemblée générale d’EELV, ce samedi, moins de 75 militants ont voté à 80 % en faveur d’une liste autonome « écolo-citoyenne » et désigné Sébastien Barles comme tête de liste. « Je ne sais pas s’il y aura une liste ou deux listes (à gauche – NDLR) mais il faut éviter qu’on se divise », a déclaré ce dernier sans ciller.

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 06:54
Immigration - pour la gauche, la crise de l'accueil mérite mieux qu'un débat miné (L'Humanité, 7 et 8 octobre 2019, Maud Vergnol, Eugénie Barbezat, Gregory Marin)
Pour la gauche, une crise de l’accueil qui mérite mieux qu’un débat miné
Mardi, 8 Octobre, 2019 - l'Humanité

Les parlementaires communistes, insoumis et socialistes ont multiplié les propositions pour une nouvelle politique migratoire et se sont évertués à déconstruire les mensonges d’une droite extrême déchaînée.

 

L’atmosphère est pesante ce lundi à l’Assemblée nationale, entre les exhibitions de Marine Le Pen et le malaise général suscité par ce débat sur l’immigration imposé par le chef de l’État. À gauche, pas question pour autant de jouer la politique de la chaise vide. « Vous prétendez regarder la réalité en face, mais en posant si mal ce débat, vous jetez sur lui un brouillard vénéneux », a déploré le député communiste de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu. « Tout à coup il faudrait donc parler immigration, c’est pourtant le silence que vous choisissiez lorsque l’Aquarius réclamait à cor et à cri d’accoster », abonde sa collègue des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon. Plus tôt, lors d’une conférence de presse, la France insoumise avait pris les devants pour tenter de « changer les termes du débat », en déclinant une série de propositions pour une nouvelle politique migratoire. Une manière, aussi, de couper l’herbe sous le pied de ceux qui critiquent les atermoiements stratégiques de la FI en la matière.

Le symptôme d’une « zemmourisation des esprits et d’un populisme d’État

Il y a tout juste un an, le mouvement s’était divisé sur la ligne défendue par Djordje Kuzmanovic, qui fustigeait « la bonne conscience de gauche qui empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires ». « S’il y a une crise aujourd’hui, c’est celle de l’accueil des immigrés », a rappelé hier le député du Nord Ugo Bernalicis, accusant l’exécutif d’embrasser les fantasmes sur l’immigration pour « sécuriser » son électorat, qui « a bougé vers la droite ». Danièle Obono juge de son côté que ce débat voulu par Emmanuel Macron n’est pas « une diversion ou une discontinuité, mais bien une déclinaison de sa politique générale, qui s’inscrit dans une vision libérale autoritaire du monde et des rapports sociaux ». « Nous sommes favorables » au débat sur l’immigration, mais il ne faut rien céder « aux Le Pen et à Salvini », estime quant à lui Olivier Faure, qui met sur la table « dix-sept propositions d’apaisement ». Depuis son siège à Ivry, le premier secrétaire du PS, encombré par l’héritage de Manuel Valls, a néanmoins fustigé l’idée que la France serait un « eldorado fantasmé » pour les migrants, en référence aux propos de Christophe Castaner et Nathalie Loiseau, symptôme d’une « zemmourisation des esprits et d’un populisme d’État ». « Sans vote à l’issue de cette discussion et sans la moindre prise de décision concrète, nous pouvons légitimement nous interroger sur la finalité de cette initiative, qui nous écarte des priorités exprimées par nos concitoyens – c’est le cas du devenir des retraites ou du pouvoir d’achat », a regretté plus tard dans l’Hémicycle la socialiste Gisèle Biémouret. « Pire pour votre majorité, elle met en évidence les limites de la loi asile immigration, a taclé la députée du Gers. Débattue l’an dernier et déjà caduque, elle a tout juste fragilisé un peu plus l’accueil sans apporter de réponse aux problèmes rencontrés sur le terrain. »

« Est-ce des sans-papiers que vous voulez parler ? a vivement interpellé Stéphane Peu, à l’adresse du couple exécutif. Mesurez le poids de l’exploitation qu’ils subissent, les profits qui sont tirés des travaux les plus pénibles qu’ils exécutent. Comprenez que, en leur donnant des papiers, c’est à tous les travailleurs de ce pays que vous accorderez des droits, et que vous agirez efficacement contre l’économie noire du travail et du logement. Alors soyez courageux et réalistes, régularisez-les, comme l’ont fait avant vous Mitterrand, Jospin et même Nicolas Sarkozy ! ».

Maud Vergnol
« Députés, sortez du déni de réalité ! »
Mardi, 8 Octobre, 2019 - L'Humanité

Des représentants des états généraux des migrations, venus de toute la France, ont appelé hier les politiques à regarder en face la situation des migrants.

 

Les états généraux des migrations (EGM) regroupent depuis 2018 associations, ONG et acteurs de terrain afin de proposer des pistes pour une politique migratoire humaine et juste. Quelques heures avant le début des débats parlementaires, ils organisaient hier une conférence de presse pour faire entendre leur voix. « On ne pouvait pas rester silencieux, alors que l’Assemblée s’empare des questions d’immigration en des termes qui ne correspondent pas à la réalité. Les bases du débat sont faussées, car les chiffres sur lesquels les parlementaires vont appuyer leurs votes sont datés ou erronés », explique Dominique Noguères, de la Ligue des droits de l’homme. Elle est rejointe sur ce thème par Stéphanie Besson, du collectif de Briançon Tous migrants, qui suggère aux députés de s’emparer des travaux universitaires sur le sujet. « J’invite aussi officiellement M. Macron à enfiler une doudoune pour venir à Briançon suivre une maraude ; il se rendra compte de la réalité sur le terrain. » La réalité que décrit la jeune femme, ce sont des morts, des blessés, des amputés, parmi ceux qui ont tenté de franchir la frontière italienne par la montagne, dans des conditions extrêmes. Ce sont aussi les tensions entre citoyens solidaires et policiers, voire au sein même de ces derniers, contraints d’appliquer des ordres qui violent les droits humains. « Cette politique de rejet des étrangers déchire la société », conclut-elle.

Remettre en cause l’aide médicale d’État est délétère

Pour Patrick Bouffard, de Médecins du monde (MDM), le droit à la santé devrait être sanctuarisé. Selon lui, remettre en cause l’aide médicale d’État (AME), une protection minimale destinée aux étrangers en situation irrégulière, est délétère. « Les personnes qui n’oseront plus aller se faire soigner arriveront à l’hôpital à deux doigts de mourir. Cela va ajouter de la pression sur le système de santé, qui n’a pas besoin de ça. »

Le pronostic du médecin est alarmant. « Dans le domaine de la santé mentale, faute de prise en charge correcte des migrants, on risque de voir se développer des pathologies qui vont engendrer une extrême violence », explique aussi le représentant de MDM, qui déplore « un très faible niveau de connaissance de la réalité de la santé des étrangers » chez les députés qu’il a pu rencontrer cet été. « Ces faux postulats et l’absence de connaissance des législateurs sur ces questions offrent un boulevard aux idées d’extrême droite », résume Claire Rodier, du Gisti, qui exhorte les parlementaires à avoir « le courage de s’affranchir de ce déni de réalité ».

Eugénie Barbezat
La majorité fait la courte échelle à l’extrême droite
Lundi, 7 Octobre, 2019

Immigration. Pour « faire face », le gouvernement s’aligne sur les thèmes de prédilection du RN. Un discours aux fins électoralistes évidentes.

 

La discussion sur la « politique migratoire de la France et de l’Europe » commence aujourd’hui à l’Assemblée nationale et se poursuivra mercredi au Sénat. Une déclaration d’Édouard Philippe, à 16 heures, est censée poser le cadre des débats, mais une conférence de presse de Marine Le Pen au Palais-Bourbon à 14 h 30 la précédera. Schéma invariant de ces derniers mois en matière d’immigration : au prétexte de détourner d’un vote de rejet les « classes populaires (qui) vivent avec », tout en se dédouanant de toute explication sociale ou sociétale, l’exécutif s’aligne sur le Rassemblement national, comme le président l’a fait savoir en appelant sa majorité à « regarder ce sujet en face ». La vérité est plus cynique : Emmanuel Macron et sa majorité veulent « confirmer » en 2022 l’opposition artificiellement mise en scène en 2017 en identifiant l’extrême droite comme unique « opposant sur le terrain ».

Le président de la République, rabougri dans sa posture de chef de la majorité, a vu, mercredi dernier, son discours validé par… Jean-Marie Le Pen ! Sur France Inter, l’ex-leader du Front national a félicité Emmanuel Macron à propos de son refus surjoué de vouloir incarner « un parti bourgeois » : « Les bourgeois, par leurs emplois, par leurs habitations, par leurs circuits, ne voient pas l’immigration comme la voient les gens qui fréquentent le métro, les trains, etc. Le peuple, lui, prend conscience progressivement de la montée inexorable de l’immigration étrangère (sic) dans notre pays et Zemmour l’a exprimé d’une manière assez nette », ose celui qui voit sa vision partagée par la majorité gouvernementale.

Philippe cible le système de santé

Quels seront, parmi les « six axes de travail » que l’exécutif a annoncé vouloir présenter cet après-midi, ceux retenus ? Le gouvernement évoque une baisse des prestations sociales des demandeurs d’asile, du nombre d’entrées sur le territoire, du panier de soins de l’aide médicale d’État… Dans le Journal du dimanche, le premier ministre estimait hier que « trop de demandeurs d’asile en provenance de pays sûrs sont en réalité davantage motivés par les conditions d’accès à notre système de santé » ou que la politique des quotas n’est « pas taboue ». Marine Le Pen, qui bénéficiera du temps de parole laissé par le transfuge de LaREM (aujourd’hui non inscrit) Matthieu Orphelin, au prétexte de faire taire « une fausse polémique sur le fait qu’ils (les représentants RN) seraient bâillonnés », devrait apprécier. G. M.

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 05:48

«Dès lors qu’un sans-abri a avec lui un bien mobilier, matelas, tente ou chariot, il pourra entrer dans le champ de la loi ». Et donc se voir infliger une amende de 500 euros !

C’est ce que permettrait désormais, comme l’a révélé le journal « L’Humanité », un article de loi voté en catimini dans la nuit.

Elections municipales obligent, le pouvoir et sa majorité, incapables de relever le défi de la misère sociale, flattent sans vergogne les idées nauséabondes dans lesquelles se vautrent la droite et l’extrême-droite, en tentant de criminaliser la pauvreté.
Le pouvoir d’Emmanuel Macron cherche ainsi à dédouaner sa politique de commis des grandes fortunes et de la finance, du capital. Une politique qui creuse jusqu’à la plus totale indécence les inégalités sociales.
En vérité, la population de France est indignée, profondément indignée face à l’explosion de la grande pauvreté et à l’inhumanité du pouvoir et des classes dirigeantes.
Quand une banque, à Paris, procède à l’installation de 40 potelets métalliques pour interdire à un sans-abri de s’y réfugier, elle est contrainte d’y renoncer devant les protestations des riverains, des associations et des élus.
L’image de la salle de la honte aux urgences de l’hôpital Lariboisière, où sont entassées de jeunes mamans avec leurs nourrissons dans des conditions de précarité abjectes, indigne le personnel et la population. Comme le sort fait aux jeunes mineurs isolés, aux centaines, milliers de personnes vivant sous tente, dans des abris de fortune, au bord du périphérique parisien.
L’exclusion choque profondément la population. Mais pas le pouvoir, sa majorité et la droite  qui, alors que le 115 est saturé, que les centres d’hébergements sont combles, votent à l’Assemblée comme au Sénat un plan d’économie sur 4 ans de 57 millions sur les « ressources » des centres d’hébergements et de réinsertion.
En vérité le système capitaliste et son pouvoir ne sont pas en échec dans la lutte contre la pauvreté. Ils s’en nourrissent. La grande pauvreté est le revers innommable de la course folle au profit, au fric.
La criminalisation de la pauvreté est une arme de destruction massive des solidarités et des valeurs républicaines. Elle rend malade et précarise toute la société.
Quand en 1985, Coluche lance « Les Restos du cœur », dans son esprit, ça n’était pas censé durer. Les « Restos » vont engager cet automne leur 34e campagne.
Le 9 juillet 1849 Victor Hugo affirmait à l’Assemblée nationale : « La misère est une maladie de la société, comme la lèpre est une maladie de l’homme. Elle peut disparaître comme la lèpre, oui. »
Cent soixante-dix ans plus tard, n’est-il pas temps enfin, de déclarer la guerre, une guerre totale à la pauvreté ‘et non aux pauvres). L’éradication de la grande pauvreté doit être un objectif immédiat, la cause prioritaire de notre société. A quoi sert, sinon, qu’elle soit si évoluée ?

Guerre aux pauvres - Pierre Laurent, sénateur de Paris et président du Conseil National du PCF, dénonce la criminalisation de la pauvreté par la majorité macroniste (8 octobre 2019)
Partager cet article
Repost0
6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 05:40

 

Neuf organisations de retraités annoncent leur mobilisation le 8 octobre, pour peser sur les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale 2020.

La rentrée parlementaire est scrutée attentivement par les retraités. En premier lieu, le vote du prochain projet de loi de finances décidera de la revalorisation, ou non, des pensions. C’est la raison première de l’appel à la manifestation de ce 8 octobre, par neuf organisations nationales – la CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, Solidaires, UNRPA Ensemble et Solidaires, LSR, et les retraités de la fonction publique. La piste vers laquelle le gouvernement s’oriente, d’indexer les pensions à l’inflation pour les retraites inférieures à 2 000 euros et rien pour les supérieures, va continuer à amputer le pouvoir d’achat. « On rappelle que c’est l’indice des salaires qui devrait servir de référence. Utiliser l’indice des prix est une rupture d’égalité, assure Didier Hotte, secrétaire général adjoint de Force ouvrière UCR. Depuis que c’est le cas, le pouvoir d’achat des retraités est en baisse constante, ce que confirme chaque année le Conseil d’orientation sur les retraites. » Non seulement les pensions n’augmentent pas assez, mais d’autres décisions ont allégé les portefeuilles. À commencer par la hausse récente de la CSG, mais aussi la suppression de la demi-part, la création d’une taxe à 0,3 % sur les retraites…

Entre 120 et 150 rassemblements

Les neuf organisations s’inquiètent aussi fortement du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). « Nous sommes très concernés par la situation des urgences, en grève, des hôpitaux en général, mais aussi des aides à domicile et des Ehpad. Le taux d’encadrement est partout très inférieur aux promesses, poursuit Didier Hotte. On reprend à notre compte la demande de création de 40 000 postes dès cette année dans les services d’urgences, portée par les travailleurs de ce secteur. » La mobilisation du 8 octobre va d’ailleurs croiser celle des Ehpad et des services d’aide à la personne. Elles pourront fusionner localement, car les retraités prévoient entre 120 et 150 rassemblements. « Bien sûr que nous sommes solidaires avec ces travailleurs, mais nous nous battons pour notre pouvoir d’achat », insiste Jean-Pierre Floret, de la CGT retraités. Voilà pourquoi, à Paris, le cortège devrait relier Montparnasse à Matignon, siège du premier ministre, alors que la manifestation des Ehpad se concentrera devant le ministère de la Santé. Les neuf organisations ont toutefois cosigné un courrier à Agnès Buzyn. « Comment peut-on envisager de fermer 30 à 50 % de lits en gériatrie à l’AP-HP alors que 7 % de la population d’île-de-France a plus de 75 ans ? » interpelle la lettre.

« On n’a pas oublié qu’il y a une élection municipale qui vient ! »

D’autres courriers ont été adressés aux maires et à leurs représentants au sein des associations des maires de France et des maires ruraux. Plusieurs soutiens ont d’ailleurs déjà été reçus. « Il ne faut pas sous-estimer notre influence politique, met en garde Jean-Pierre Floret. C’est nous qui faisons vivre beaucoup de communes. Il y a beaucoup d’élus locaux retraités et, en plus, nous sommes 17 millions et nous votons en majorité. » Didier Hotte rebondit : « On n’a pas oublié qu’il y a une élection municipale qui vient ! »

Sur le plan national, les progrès sont plus rares. « Nous n’avons aucune nouvelle de la loi grand âge, déplore Marylène Cahouet de la FSU. Agnès Buzyn s’était engagée à ce qu’il y ait l’inscription de moyens supplémentaires dans le PLFSS, mais a bien prévenu que ce serait un simple redéploiement, donc on ne s’attend pas à grand-chose. » Les neuf organisations ont d’ores et déjà prévu de se retrouver avec des délégations de toute la France, le 21 novembre, à la bourse du travail, pour faire un point sur l’ensemble de ces mobilisations.

Pierric Marissal

 

Partager cet article
Repost0
6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 05:38

 

Le député de Seine-Maritime Hubert Wulfranc demande la création d’une mission d’information. « Secret des affaires », affaiblissement des CHSCT… Il dénonce des choix politiques qui fragilisent la sécurité industrielle.
 

 

Hubert Wulfranc

Député PCF de Seine-Maritime

Vous avez interpellé hier le premier ministre, après être intervenu dès vendredi auprès du préfet pour lui signaler des « dysfonctionnements majeurs » dans la gestion de la crise. Quels sont-ils ?

Hubert Wulfranc Les maires ont été livrés à eux-mêmes sans informations, ni directives précises de la préfecture, alors qu’ils devaient faire face à l’inquiétude, voire à la panique des habitants. L’incendie s’est déclaré à 2 h 40, mais aucune information n’a par exemple été communiquée aux élus de la rive sud (Grand-Couronne, Saint-Étienne-du-Rouvray et Oissel-sur-Seine), pourtant limitrophes de l’usine Lubrizol. Aucune consigne claire ne leur est parvenue dans la journée, qu’il s’agisse de la scolarisation des enfants, de la méthodologie à appliquer dans les établissements recevant du public. De nombreux maires ont donc pris des mesures disparates qui ont parfois tourné à la cacophonie du fait d’informations parcellaires, voire contradictoires. Tout cela a participé à ce climat de défiance qui règne aujourd’hui.

Six jours après l’incendie, habitants et paysans sont toujours aussi inquiets des risques sanitaires. Que demandez-vous concrètement aux autorités ?

Hubert Wulfranc Les études d’impact opérées sur la qualité de l’air, de l’eau et des sols ne sont pas suffisantes. Il faut engager très rapidement des enquêtes supplémentaires qui doivent être co-construites avec les élus et les organisations professionnelles, tous ceux qui sont confrontés au problème. Le cahier des charges doit être élaboré très rapidement de manière à consolider, nuancer, voire infirmer les premières études officielles placées sous l’autorité des services de l’État. L’autre exigence majeure, c’est le suivi sanitaire individualisé, immédiat et durable des salariés, du secteur public comme du privé, qui ont été aux avant-postes de cette catastrophe, directement exposés aux fumées. C’est pour toutes ces raisons que j’ai demandé hier la création d’une mission d’information pour recueillir des témoignages, des éclaircissements complémentaires qui permettraient de prendre des mesures opérationnelles. Il faut aussi assurer une indemnisation rapide pour les agriculteurs.

En 2013, l’usine Lubrizol avait été condamnée pour « négligence » à 4 000 euros d’amende, après une fuite de gaz sur le site. Récemment, le préfet a pourtant donné son feu vert à des augmentations de capacité sans évaluation environnementale. Ce drame était-il évitable ?

Hubert Wulfranc Il faut attendre les conclusions des différentes enquêtes. Mais il est certain que ce drame s’inscrit dans un contexte où le gouvernement actuel a fragilisé les outils de prévention, que ce soit par l’affaiblissement des CHSCT et de l’autorité environnementale ou la loi sur le secret des affaires votée en juin dernier. Et puis, les sanctions infligées aux industriels en cas de défaillance dans leur usine sont très insuffisantes. Tous ces choix politiques du pouvoir macronien contreviennent aux défis sociaux et environnementaux.

Faut-il revoir les règles d’implantation de ces usines sensibles, comme l’a suggéré Bruno Le Maire ?

Hubert Wulfranc L’industrie pétrochimique a-t-elle sa place dans notre pays ? Oui, bien évidemment. Car, s’il ne s’agit pas d’exporter les risques, voire de les aggraver, dans les pays en voie de développement pour satisfaire des égoïsmes locaux de courte vue, l’enjeu, c’est donc d’imposer aux industriels des règles beaucoup plus strictes en matière de prévention des risques.

Entretien réalisé par Maud Vergnol

 

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 15:01

 

C’était hier au siège de la FNSEA. Avec Richard Giradot, président de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) et Dominique Chargé , président de Coop de France qui structure les coopératives agricoles, Christiane Lambert, présidente du syndicat paysan, présentait à la presse un texte commun intitulé « Pacte productif 2025 ». L’ambition affichée par les trois organisations est d’agir ensemble « pour une filière agricole et agroalimentaire française à la hauteur des enjeux de demain » pour reprendre le titre du document de remis aux journalistes. Mais le texte occulte les aspects les plus déterminants du contexte. 

Au premier abord, il y a dans ce document le constat de la situation actuelle et la volonté des trois organisations de travailler ensemble pour remonter la pente. Le constat est plutôt préoccupant. On y lit ceci dès les pages 4 et 5: « En 2000, la France était le 3ème pays exportateur de produits agricoles et agroalimentaires. Aujourd’hui notre pays est au 6ème rang mondial, dépassé successivement par l’Allemagne en 2006, le Brésil en 2011 et la Chine en 2013 (…) En valeur, la part des exportations alimentaires françaises dans les exportations totales de la zone euro s’est ainsi réduite de 6 points depuis le début des années 2000, en passant de 22% en 2001 à 16% en 2019».

Le texte omet de rappeler, qu’en 2004 et 2007, les pays d’Europe centrale à bas coûts de main d’œuvre sont entrés dans l’Union européenne. Sans avoir intégré la zone euro , la plupart d’entre eux sont des exportateurs de produits agricoles bénéficiant des bas coûts de main dans la vaste zone de libre échange qu’est le marché commun agricole. Voilà qui explique pour une bonne part les raisons du constat suivant en page 6 de ce document : « En France, de 1997 à 2017, les surfaces de légumes ont diminué de 14% (hors légumes secs) alors qu’elles ont progressé de 40% en Allemagne et de 25% aux Pays Bas. Au niveau des fruits, depuis 2010, les surfaces de vergers français ont enregistré une baisse de 7% toutes productions confondues et plus particulièrement de 29% pour les vergers de pêchers et 19% pour les vergers de pruniers ».

 

Des travailleurs détachés sous payés en Allemagne et en Espagne 

Ce recul peut avoir plusieurs explications qui se cumulent. Les travailleurs saisonniers, détachés et mal payés des pays d’Europe centrale sont nombreux en Allemagne, au Pays Bas et en Espagne, ce qui réduit le prix de la cueillette et du conditionnement. Parallèlement, les centrales d’achat des grandes enseignes françaises de la distribution importent plus que de besoin dans le seul but de créer une demande inférieure à l’offre sur le marché franco-français des fruits et légumes et au delà. Cela a pour conséquence de faire chuter les cours à la production, ce qui ne favorise pas l’installation des jeunes quand les anciens partent en retraite. Mais le document des trois organisations n’en dit pas un mot.

Du coup, il fait état d’un « coût du travail toujours élevé malgré des politiques récentes d’allègement des charges», en page 13 du document. Viennent à l’appui de cette affirmation les explications suivantes : « Dans les industries agroalimentaires, sur les dix dernières années, au sein de la zone euro, c’est en France que les charges employeurs ont augmenté le plus vite. Elles pèsent aujourd’hui jusqu’à 13% de la valeur ajoutée contre 10% pour l’ensemble de la zone euro. De manière plus spécifique, dans les filières où le déficit se creuse (fruits, légumes, volaille porc), le coût de la main d’œuvre a une influence particulièrement déterminante. L’hétérogénéité des règlementations sociales, particulièrement importante entre pays européens en matière de coût du travail peut constituer un premier élément de cette différenciation de coût. Le salaire minimum dans les secteurs agricoles, les cotisations patronales, l’hétérogénéité des règles sociales (licenciements procédures d’embauche, etc. ), sont autant de facteurs qui pèsent sur la compétitivité de certaines filières en France » nous disent d’une même voix l’ANIA, Coop de France et la FNSEA.

 

Les vraies raisons du manque de main d’œuvre dans l’agroalimentaire 

Faut-il alors aligner le salaire minimum de notre pays sur ce qui se pratique en Pologne, en Roumanie ou en Bulgarie ? Le texte commun ne le dit pas. En page 14, cette fois, il reconnaît que « les employeurs agricoles et agroalimentaires rencontrent des difficultés en matière de recrutement et de fidélisation des salariés. En 2018, 11% d’offres n’étaient pas pourvues. Et la situation semble se dégrader en 2019 : 16% d’offres non pourvues pour les six premiers mois de l’année. Pour l’industrie agroalimentaire 21.000 emplois ne trouvent pas preneur chaque année», lit-on dans ce texte commun.

Dès lors, on peut raisonnablement penser que précariser davantage les salariés et réduire encore leur rémunération ne facilitera pas les embauches sur les chaînes d’abattage de volaille, ou d’emballage des tomates et des pommes. Sans oser demander la baisse du SMIC, FNSEA, ANIA et Coop de France affirment que « pour continuer à produire (…) le secteur agricole a besoin d’être soutenu parce qu’il est en concurrence avec des pays européens ayant fait des choix différents » . Il faudrait donc « amplifier et pérenniser la dégressivité de l’allègement de charges patronales pour les salaires compris entre 1,2 et 1,6 SMIC » et autres mesures du même type.

 

Sortir les patrons de la seringue en y mettant leurs salariés

Occultant le fait que la grande distribution les maintient « dans la seringue » et que le vote de la loi Egalim le 2 octobre 2018 par la majorité parlementaire ne leur permettra pas d’en sortir, le document commun de ces trois organisations plaide pour que l’on fasse entrer les salariés de l’industrie agroalimentaire comme ceux de l’agriculture dans cette même seringue. Moyennant quoi, le document nous dit en page 18 que l’ambition commune des trois organisations est de « stopper le hausse des importations et augmenter de 60% les exportations de produits agricoles et alimentaires à l’horizon 2030». On reste ici dans une logique de concurrence mondiale mortifère qui , entre les importations massives de nourriture du bétail , d’engrais et de carburants par les pays membres de l’Union européenne pour ensuite exporter des produits finis , voire des animaux vivants vers des pays lointains, occulte totalement l’augmentation du bilan carbone de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire en France et en Europe. 

Mais cette question n’est pas traitée dans ce document, pas plus que la pauvreté et la précarité d’un nombre croissant de salariés qui a débouché durant l’automne 2018 par le mouvement des « gilets jaunes » , lesquels n’en pouvaient plus de travailler dur et d’avoir des fins de mois difficiles en même temps.

 

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 14:58

Nous venons d’apprendre, grâce à l’association Lanceur d’alerte (lanceuralerte.org) cofondée par Alexandre et Maxime Renahy, que des grands groupes français ne publient pas leurs comptes alors que la loi les y oblige.

 

 

Parmi eux, l’association pointe le Groupe Arnault; Lagardère SA; LM Holding (Arnaud Lagardère); H51 (Holding Hermès); Webmedia (Marc Ladreit de Lacharrière); Fimalac communications (Marc Ladreit de Lacharrière); Les Mutuelles de Bretagne; Le Club Med; Olympus Steel et CFEB Sisley (famille d’Ornano). Ils sont des dizaines à s’affranchir ainsi en toute impunité de l’obligation légale de publication des comptes, prévue aux articles L232-21 à 23 et R 123-11 du code de Commerce. C’est la raison pour laquelle, aux côtés de Maxime et Alexandre Renahy et du site LemediaTV, j’ai décidé, à mon tour, d’assigner en justice le premier d’entre eux, le Groupe Arnault.


L’exigence de transparence, si largement exprimée dans le mouvement social, est d’autant plus légitime quand elle s’applique à des entreprises aussi largement bénéficiaires de fonds publics, via le CICE en particulier (40 milliards d’euros en 2019). L’utilisation de l’argent du contribuable ne s’accommode d’aucun secret, et surtout pas celui des affaires, brandi comme un artifice bien commode. Ce paravent du secret des affaires ne sert en réalité qu’à dissimuler la jungle des sociétés offshore et les mécanismes d’évasion fiscale, dont l’unique but est d’échapper à l’impôt.


Parfaitement rodé, ce système affaiblit nos services publics, sape notre pacte social et prive nos recettes de quelque 80 à 100 milliards d’euros par an. Cela n’a que trop duré !


En refusant de publier leurs comptes, ces groupes ne s’exposent qu’à une simple amende, allant de 1 500 à 3 000 euros en cas de récidive. La loi doit changer et devenir plus sévère.


L’action en justice que je lance aujourd’hui est un appel résolu au respect de la loi. A l’Etat maintenant de manifester à l’égard des plus riches le même empressement que celui dont il fait preuve vis-à-vis des privés d’emplois et des allocataires de prestations sociales. A défaut, nous n’hésiterons pas à généraliser la procédure initiée ce jour.

 

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011