Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 06:52

Le dernier ouvrage de Patrick Le Hyaric s’intitule « La banlieue porte plainte » (50 pages, éditions de l’Humanité). Ce titre reprend une interpellation de Jack Ralite, maire d’Aubervilliers de 1983 à 2003 : « La banlieue ne se plaint pas, elle porte plainte ». Dans une première partie, le livre évoque l’histoire d’Aubervilliers puis traite de thèmes comme l’insécurité, les inégalités, le logement, la propreté. La seconde partie, « La cité commune : vers une démocratie d’intervention », parle de la citoyenneté, de l’islamisme, de l’égalité et se termine sur ce constat : « C’est le capitalisme qui laisse la République à l’écart ». On trouvera ci-dessous un extrait qui décrit une ingérence peu connue, l’ingérence américaine.

 

 

« Un débat s’impose, selon moi, sur la question suivante : comment fait-on, à partir de nos différentes sensibilités, quelles que soient nos convictions religieuses ou philosophiques, pour créer le dépassement du système actuel de telle sorte qu’on construise ensemble une société autre que celle que nous connaissons et que l’on peut, d’ores et déjà, nommer le post-capitalisme ?

Ce débat, il a lieu à Aubervilliers, à La Courneuve, à Argenteuil, Sarcelles, Trappes mais pas dans les quartiers ou les ghettos de riches.

Il y a une chose dont on ne parle jamais. Parlons-en !

Pourquoi des banques américaines comme JP Morgan investissent-elles 30 millions de dollars en Île-de-France dont l’essentiel en Seine-Saint-Denis ? L’action de JP Morgan est saluée d’ailleurs par l’actuelle ministre du Travail. Celle-ci a déclaré que c’est le moyen de « favoriser l’emploi inclusif pour plus d’habitants de Seine-Saint-Denis grâce à cet ambitieux investissement philanthropique ». Il faut dire que cette somme investie ne représente qu’une petite matinée de bénéfices pour cette banque. D’autres fondations comme celle de la firme Ford, l’International visitor leadership program, les Young Leaders créés en 1981, les jeunes ambassadeurs ou encore la French-American Foundation draguent les jeunes de banlieue, de préférence arabes ou noirs, pour tenter de les intégrer à leur mode de pensée « communautaire » contre les valeurs universalistes de la République française. Particulièrement la valeur de solidarité contre le séparatisme, le chacun pour soi. Plusieurs ambassadeurs américains ont suivi de très près ces recrutements qui ont servi à former des cadres politiques de la droite sur les territoires de la Courneuve, Bobigny, Aubervilliers et ailleurs. Chaque année l’ambassade américaine déverse ainsi 3 millions de dollars dans les banlieues françaises au nom d’une « stratégie d’engagement vers les minorités ». Deux personnes s’y consacrent à plein temps. L’ambassade va même jusqu’à organiser dans ses locaux des ruptures du jeûne pour clore le

Ramadan avec des têtes de pont associatives. Sans compter les Noëls organisés à Sevran ou à Stains, par exemple, où des soldats - des Marines - distribuent des cadeaux aux enfants ! Un câble retrouvé dans les documents dits WikiLeaks du 9 novembre 2005, signé de l’ambassadeur Craig Roberts Stapleton, est intitulé « Le modèle français d’intégration parti en fumée ». Son successeur à ce poste n’a pas hésité à expliquer son projet en travaillant « avec les musées français et les enseignants pour réformer le programme d’histoire enseigné dans les écoles françaises » ; si ce n’est pas de l’ingérence, comment cela pourrait-il s’appeler ? Après cela, on vient accuser les maires communistes ? C’est un voile qu’on veut poser sur les yeux des travailleurs, des créateurs, des démocrates en Seine-Saint-Denis. Des analyses réalisées à partir des résultats des élections municipales à Bobigny par des experts, qui sont loin de mes opinions, montrent que la droite gagne la ville en mobilisant ces réseaux-là, en utilisant les techniques américaines dites du « community-organizing » et de ce que les Américains appellent le « community management », largement utilisées à cette occasion en mobilisant des « communautés » financées de l’extérieur, y compris dans le sport comme le kick-boxing. Pourquoi tout ceci est-il caché ? Si ce n’est, en la circonstance, à des fins anti-progressistes et antirépublicaines de propagande électorale ! »

 

Partager cet article
Repost0
29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 06:55

 

Au Salon de l’agriculture, qui se tient jusqu’à dimanche, le sujet provoque des remous. Après l’échec des plans de réduction, les distances d’épandage autour des habitations provoquent la colère. Comment en finir avec la chimie et amorcer la transition ?

Au stand du syndicat majoritaire, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), on a beau chercher une conférence sur la sortie des produits phytosanitaires comme les appelle l’agro-industrie : rien. On y trouve en revanche « Le lancement de la campagne des protections individuelles des phytos ». Certes, le sujet est délicat et difficile à résoudre : « On ne peut pas dire aux agriculteurs : “Produisez beaucoup et pas cher”, avec des pratiques de plus en plus complexes, en leur enlevant les produits phytosanitaires », prévient d’emblée un producteur de céréales. Et pour cause ! Cela signifie rompre avec soixante ans de pratiques d’un système agricole qui fait de ces produits une arme de compétitivité et enferme les paysans dans des voies sans issue. Après douze ans de plans visant à en réduire l’utilisation, celle-ci a grimpé de 25 % entre 2009 et 2018. Massivement utilisés depuis la Seconde Guerre mondiale, herbicides, insecticides et fongicides permettent certes de lutter contre les maladies, plantes concurrentes ou ravageurs des cultures, mais à quel prix ? « À force, on a détruit les sols et la biodiversité », explique Jean-Marie Le Boiteux, professeur de biologie-écologie dans l’enseignement agricole.

1 Réorienter les aides

La politique agricole commune (PAC) a rempli sa mission fixée dès 1962 : nourrir la population européenne. Mais « elle a soutenu la productivité des systèmes en remplaçant le travail humain par la mécanisation et les intrants chimiques », explique Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, dont le syndicat propose « d’interdire les aides publiques à l’agriculture industrielle ». De fait, la PAC, 38 % du budget européen, a favorisé la concentration des exploitations : sur les 9 milliards d’euros alloués à la France tous les ans, deux tiers sont des aides à l’hectare. Cela a fortement incité à l’agrandissement, à la concentration des exploitations. « En même temps qu’on intensifiait et spécialisait les territoires, on a dû simplifier, l’emploi de la chimie a été une solution », continue Thibault Leroux, chargé de mission agriculture à France Nature Environnement (FNE). Une des clés serait donc de réorienter les aides de la PAC. Pour commencer, on pourrait « plafonner les primes pour mieux financer une agriculture moins industrielle », abonde Pierre Thomas, le président du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux). La plateforme Pour une autre Paac (politique agricole et alimentaire commune européenne), qui regroupe près de 40 organisations, propose de consacrer au moins 50 % du budget de la prochaine PAC (2021-2027) au maintien et au développement réel de systèmes agroécologiques. « Tant que l’on ne soutient pas un système qui va dans ce sens, on sera bloqué », conclut Thibault Leroux.

2 Assurer un revenu décent aux paysans

« Quand on a la tête dans le guidon, impossible d’envisager l’avenir et d’imaginer une agriculture sans chimie », lâche Pierre Thomas, le président du Modef. Selon l’Insee, 22 % des agriculteurs vivaient en 2016 sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 026 euros par mois. Un sur trois doit se contenter de moins de 350 euros par mois. Où va l’argent ? « Aux vendeurs de pesticides, aux industries de transformation et à la grande distribution », énumère l’éleveur de bovins bio dans l’Allier. Changer de système de production permettrait d’inverser cette tendance. « C’est complexe, il faut tout repenser », explique Jean-Marie Le Boiteux, secrétaire général du Snetap-FSU (Syndicat national de l’enseignement technique agricole public).

Ainsi, on pourrait « rémunérer les paysans en fonction de l’effort écologique consenti », propose le collectif Pour une autre PAC. Tout comme il est urgent de fixer des prix rémunérateurs. L’État, là, doit jouer son rôle. « Sauf qu’il n’y a pas de réelle volonté politique », dénonce Nicolas Girod. Il faudrait d’autant plus assurer un revenu « qu’on ne peut imaginer la sortie des pesticides sans augmenter le nombre d’actifs ». De fait, l’agriculture a subi un plan social massif : en 2018, selon les derniers chiffres de la Mutualité sociale agricole, il y avait 448 500 chefs d’exploitation, contre 513 600 dix ans plus tôt. Et 1,1 million en 1988.

3 Changer les pratiques vers l’agroécologie

Sur le plan agronomique, « beaucoup de techniques sont déjà connues depuis très longtemps, mais pas forcément simples », reconnaît Pierre Thomas. Cela passe notamment par la réintégration des pratiques agroécologiques. À chaque terroir, à chaque production, ses solutions. D’abord, « il faudrait allonger les rotations de culture et les diversifier », explique Thibault Leroux, de la FNE. Ce qui permet de limiter le retour des maladies. En clair, il faut en finir avec la spécialisation, celle des grandes cultures (maïs, blé, colza) dans le bassin parisien et de l’élevage (porc, lait) dans l’Ouest. Il faudrait aussi parvenir à mettre en place des prairies temporaires et incorporer des légumineuses comme les luzernes pour nourrir les animaux. Ce qui éviterait des importations de soja OGM d’Argentine, du Brésil ou des États-Unis. « À chaque terroir, des solutions locales, adaptées », prône le militant. Dans le Sud, par exemple, des variétés moins gourmandes en eau. Ou plus résilientes. Cela suppose aussi d’ « investir massivement dans la recherche agronomique », pointe Pierre Thomas.

4  Enseigner autrement l’agriculture

C’est dans les 200 lycées publics agricoles que se joue l’avenir des paysans et de nos assiettes : « Il faut montrer comment il est possible de produire autrement », revendique Jean-Marie Le Boiteux. Si l’agroécologie est entrée dans ces lycées agricoles en 2014, « elle reste une option parmi d’autres. Il faudrait que les programmes entiers soient construits autour de cet objectif de transformation ». Il le reconnaît : « C’est bien plus compliqué que quand on donnait une recette à suivre. Là, il faut transmettre une manière de raisonner globalement. » Difficile à faire passer depuis que la seule FNSEA siège aux commissions professionnelles consultatives – auparavant tripartite – chargées de définir les programmes. « C’est quand même un élément essentiel de blocage. » Enfin, pour l’enseignant, « les exploitations des lycées agricoles doivent servir de lieux d’expérimentation d’agroécologie. L’État doit les financer ».

5Partager et protéger le foncier

Alors qu’un tiers des agriculteurs partira à la retraite d’ici dix ans, « il faut installer plus de jeunes, en redistribuant une partie des terres pour que les exploitations soient moins concentrées », revendique Pierre Thomas. Le système d’accès aux terres est complexe. « Au départ d’un exploitant, la priorité va souvent à l’agrandissement d’autres », explique Max Schaffer, le directeur d’Optim-ism, une association qui promeut le bio et l’installation en Bretagne. L’échange de foncier agricole se fait via des commissions, et notamment les Safer, dans chaque département. « Les seuils ont été relevés. Il y a donc une partie d’échanges de fonciers qui n’est plus contrôlée, mais seulement soumise à déclaration », dénonce Nicolas Girod, qui, avec le Modef et les Jeunes agriculteurs, demande une nouvelle loi foncière pour « partager et protéger la terre ».

L’enjeu est d’autant plus grand que les terres agricoles disparaissent à vitesse grand V : 20 000 hectares sont artificialisés chaque année, selon un rapport de France Stratégie de 2019. Une autre partie est en friche. « L’enfrichement est au moins autant responsable de la perte de terres agricoles que le phénomène d’artificialisation », concluait un rapport parlementaire sur le foncier de décembre 2018. Des friches qui pourraient être remises en culture sans pesticides.

Pia de Quatrebarbes

 

SUIVRE L’EXEMPLE DU DIMÉTHOATE

En 2016, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire et de l’alimentation (Anses) interdit le diméthoate, un insecticide dangereux pour la santé humaine. Le produit était utilisé contre la Drosophila suzukii, un moucheron qui ravage les cerises. Interdire ce pesticide en France, alors que toute l’Europe l’utilisait, revenait à laisser les producteurs français plonger. « Le gouvernement a, à l’époque, activé une clause de sauvegarde, une disposition du droit européen. Il a ainsi pu interdire les importations sur le sol français de cerises en provenance de pays où la molécule était autorisée », relate Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne. La majorité des pays producteurs de cerises ont fini par interdire l’insecticide eux aussi pour avoir accès au marché français

Partager cet article
Repost0
29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 06:47
PCF - MIEUX VIVRE DANS NOS VILLES ET NOS VILLAGES
PCF - MIEUX VIVRE DANS NOS VILLES ET NOS VILLAGES
PCF - MIEUX VIVRE DANS NOS VILLES ET NOS VILLAGES
PCF - MIEUX VIVRE DANS NOS VILLES ET NOS VILLAGES
Partager cet article
Repost0
29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 06:39

A l'invitation du Premier ministre, j'étais ce matin à Matignon pour la réunion d'urgence sur le Coronavirus avec Pierre Dharreville, député des Bouches-du-Rhône et Laurence Cohen, sénatrice du Val-de-Marne. Lors de cette rencontre, le PCF a tenu à saluer le travail et l'engagement des personnels de santé, tout comme l'ensemble des services publics et des maires mobilisés pour se préparer au risque d'épidémie.

 

 

Ce virus est désormais aux portes de la France. Il s'étend aussi dans des pays au système sanitaire fragile. Comme tous les virus, il n'a pas de frontière. Il faut préparer notre pays et la population à cette épidémie.


Les personnels de santé, nos services publics et les maires des 35 000 communes de France sont et seront en première ligne en cas de suspicion de personnes infectées ou pour faire respecter les mesures de confinement aux personnes revenant des zones à risque.


Nous avons demandé au Premier ministre de renforcer, le plus rapidement possible, en moyens humains les hôpitaux publics de France, dont les personnels tirent la sonnette d'alarme depuis des mois.


En effet, des médecins, des infirmier-es, des aide-soignant-es, parfois des services entiers sont à bout, en tension permanente et réclament des moyens supplémentaires. Sans aucune marge de manœuvre, Comment pourront-ils faire face à une épidémie ?


En cas d'épidémie dans une zone définie, les 108 hôpitaux siège d'un  SAMU seront mobilisés pour accueillir et soigner les patients infectés. Pour cela, les autres patients seront transférés dans les hôpitaux de proximité. Ces hôpitaux sont-ils aujourd'hui en capacité d'accueillir des patients supplémentaires ?


Les services d'urgence et le numéro d'appel du SAMU vers qui sont renvoyées les personnes qui ont des doutes sur leur pathologie, sont débordés : est-il possible de les renforcer rapidement ?



Les maires, de leur côté, demandent des précisions et surtout de la cohérence sur les mesures qu'ils doivent prendre, en direction de la population ou de leur personnel. Ils ne comprennent pas, par exemple, l'obligation de mettre en place un confinement pour des personnes de retour de zones à risques, quand dans le même temps, on autorise 3 000 supporters italiens à venir en France assister à un match de football.
Nous avons également alerté le chef du gouvernement sur les difficultés rencontrées par nos concitoyens contraints d'annuler au dernier moment leur voyage dans une zone devenue à risque. Quelle prise en charge financière peuvent-ils espérer et sur quel dispositif assurantiel peuvent-ils s'appuyer ?



Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord

 

Partager cet article
Repost0
27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 11:34
Partager cet article
Repost0
27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 09:57
Assemblée nationale. Les pièges de la réforme révélés dans l’Hémicycle
Mercredi, 26 Février, 2020

Le débat de fond a surgi sur la réforme des retraites grâce à la bataille d’amendements menée par les groupes d’opposition. Au plus grand désespoir des macronistes, qui refusent de voir la réalité du texte et ne savent pas comment défendre la loi inique concoctée par le gouvernement.

 

Ils ne savent plus quoi répondre. Le débat parlementaire sur la réforme des retraites tourne au calvaire pour les députés LaREM. Ils éludent, renvoient à la conférence de financement, grossissent les défauts du régime actuel, vitupèrent, mais ne répondent pas sur le fond. « Il n’y a aucune garantie dans ce texte », déplorent les élus de gauche comme de droite : quel sera le niveau des pensions ? Quel sera l’âge de départ à la retraite ? Quels droits seront liés à la pénibilité, au chômage, aux enfants ? Silence radio du côté des macronistes. Poussée dans ses derniers retranchements, la rapporteuse du volet organique de la loi a même répondu, lundi, par un édifiant lapsus. « Nous vous proposons un grand bond en arrière ! » a tonné Cendra Motin, sous les applaudissements des élus de la majorité qui n’ont même pas entendu le cruel aveu. Tout comme ils n’écoutent pas les démonstrations réalisées chaque jour par les députés d’opposition. Florilège.

1 La règle d’or et rien d’autre

Ils ont épluché le projet de réforme et l’étude d’impact dans tous les sens : rien. « C’est incroyable, malgré tous nos efforts pour connaître la réalité de votre loi, nous ne savons toujours pas quel est l’âge d’équilibre à partir duquel les salariés pourront faire valoir leurs droits à taux plein », s’étouffe Fabien Roussel. « Dans l’étude, on parle de 65 ans, mais dans la loi, il n’y a rien ; dans vos propos, il n’y a rien ! » ajoute le secrétaire national du PCF. « C’est un système à points », répondent en chœur les macronistes, comme si cela devait tout expliquer. « Mais la valeur du point n’offre aucune garantie sur le montant des pensions, car le coefficient de conversion entre la valeur d’achat et la valeur de service est encore inconnu ! » insiste l’élu FI Adrien Quatennens. « Dans le texte, la seule garantie, c’est votre règle d’or qui porte uniquement sur l’équilibre financier du système et la part des retraites dans le PIB. Donc, les pensions serviront de variable et baisseront ! » s’insurge le député PS Boris Vallaud. N’ayant pas convaincu la majorité, les élus déposent des amendements. Les communistes Pierre Dharréville et Stéphane Peu invitent à interdire de désindexer les retraites par rapport à l’inflation, puis à fixer a minima des pensions à 75 % des salaires perçus pendant la carrière. Le rapporteur Modem Nicolas Turquois les repousse avec morgue. « J’ai fait un certain nombre de calculs pour essayer de favoriser l’endormissement des uns et des autres », démarre-t-il, avant d’assurer à tort que « les masses en jeu avant et après la réforme sont du même ordre de grandeur », et de conclure sans préciser : « Certains auront moins que prévu pour que d’autres aient plus que prévu. »

2 Les agriculteurs, sacrifiés sur l’autel du capital

Qui aura moins et qui aura plus, du coup ? « Vous avez décidé de câliner les plus riches, de faire payer les plus pauvres, d’humilier les agriculteurs, de renoncer à la parole donnée ! » dénonce dans l’Hémicycle le député PCF Sébastien Jumel. En cause, l’abandon de la promesse de Macron d’augmenter les pensions des agriculteurs déjà retraités à 85 % du Smic. « Le président dit qu’on n’a pas les moyens, mais on a trouvé les moyens de rendre 4 milliards d’euros au 1 % de Français les plus riches ! » accuse Boris Vallaud. L’élu PS pointe ici l’autorisation faite aux plus fortunés de se constituer leur propre cagnotte de retraite, au détriment de tous les autres. Les députés PCF déposent alors un amendement pour taxer le capital afin de financer les retraites. « Opposer en permanence travail et capital ne me semble pas très sain », répond le secrétaire d’État aux retraites Laurent Pietraszewski en rejetant la proposition. « Nous ne cherchons pas à opposer le travail et le capital, mais à inscrire la possibilité de les faire participer tous deux au financement du système de retraite ! » répond Fabien Roussel. Le socialiste Dominique Potier monte lui aussi au créneau. « Malsain ? Cette question des écarts entre capital et travail est tout sauf taboue, il est même extrêmement sain de la poser ! » lance-t-il en soutenant l’amendement PCF, en plus d’en déposer un autre pour « mobiliser 20 à 30 milliards d’euros sur les revenus du capital, soit 20 à 30 fois la somme nécessaire pour permettre aux paysans les plus pauvres de retrouver la dignité que leur doit la nation ». Cette solution, qui n’aurait pas bénéficié qu’aux agriculteurs mais à tous les Français, a sans surprise été jetée à la poubelle par la Macronie.

3 Les droits familiaux amputés

C’est l’un des arguments favoris du gouvernement : son régime par points permettrait d’en finir avec les inégalités de retraites, bien réelles, entre les hommes et les femmes. Dans le futur régime, « chaque naissance donnera lieu à l’attribution d’une majoration de 5 % des points acquis par les assurés au moment du départ à la retraite », promet le gouvernement. Mais, pour la députée socialiste Valérie Rabault, le compte n’y est pas. Dans l’Hémicycle, elle prend le cas d’une femme née en 1975, qui commence à travailler à 22 ans : « Dans le système actuel, cette femme doit cotiser 43 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein, ce qui l’amène à travailler jusqu’à 65 ans. Supposons maintenant qu’elle ait un enfant : le système actuel lui donne droit à une majoration de huit trimestres, ce qui lui permet de partir à 63 ans. Dans le futur régime, un enfant lui donnera certes droit à une majoration de 5 %… Mais si elle déci de toujours de partir à 63 ans, elle subira les effets du malus prévu, qui est de 5 % par année : soit 10 % de moins. Au total, elle aura donc perdu 5 % de pension. Je n’appelle pas ça la résorption des inégalités entre hommes et femmes. »

Autre lièvre soulevé par l’opposition, celui du volume de ressources attribué dans le nouveau régime à cette question. Le député LR Éric Woerth est revenu à la charge à plusieurs reprises : « Selon le graphique réalisé par vos services, les masses financières consacrées aux droits familiaux seraient, en 2050, moins importantes qu’elles ne l’auraient été sans la réforme. (…) Il y aurait donc moins de droits familiaux qu’actuellement ? » Sans surprise, sa question n’a pas obtenu de réponse claire.

4 Des revalorisations renvoyées à plus tard

Pour tenter d’apaiser les professions qui craignent d’être particulièrement pénalisées par la réforme des retraites, le gouvernement promet d’hypothétiques revalorisations de salaires. « Comment s’opposer à une réforme qui offre enfin l’occasion d’augmenter les salaires des enseignants et des chercheurs ? » fait mine de s’interroger Agnès Firmin-Le Bodo, députée Modem. Au passage, ce raisonnement est curieux, dans la mesure où on pouvait très bien revaloriser les enseignants sans réformer les retraites… Les syndicats ont entamé des négociations avec le ministère de l’Éducation. Le ministre Blanquer vient d’annoncer que les enseignants débutants gagneraient 100 euros de plus net par mois à partir de 2021, mais le flou persiste selon Francette Popineau, cosecrétaire générale du SNUipp-FSU : « Il n’est évidemment pas absurde de revaloriser les débutants. Mais nous avons besoin de précision. Qui sera concerné ? Les professeurs stagiaires ou bien les titularisés ? S’agira-t-il de salaire ou de prime ? Par ailleurs, il faudra revaloriser également les fins de carrière. » Quoi qu’il en soit, la syndicaliste souligne que les hausses de rémunération ne suffiront pas à corriger les effets du projet de loi : « Nous avons calculé que les enseignants perdront entre 600 à 900 euros de retraite avec la réforme. »

Aurélien Soucheyre et Cyprien Boganda

Édouard Philippe assume le 49.3

« Lorsqu’il faut prendre ses responsabilités, je le fais sans hésiter et j’utilise toute la Constitution, rien que la Constitution mais bien toute la Constitution. »  Le message d’Édouard Philippe est limpide, le premier ministre n’hésitera pas à engager sa responsabilité et celle de son gouvernement en faisant valoir l’article 49.3 pour faire passer sa réforme, en force, en cour-circuitant le débat parlementaire. Réaffirmant son objectif « d’adopter la réforme avant l’été », Édouard Philippe a rappelé, dans une réunion à huis clos du groupe majoritaire, que l’utilisation du 49.3 « est une responsabilité du premier ministre ». « Nous nous sommes engagés sur ce système universel de retraite par répartition et par points, et le fait majoritaire, ça existe ! » a-t-il encore assené.

Démocratie. Folle nuit à l’Assemblée
Jeudi, 27 Février, 2020 - L'Humanité

La majorité a insulté l’opposition et quitté l’Hémicyle, en plein débat sur les retraites.

Soirée folle, dans la nuit de mardi à mercredi, au Palais-Bourbon. Les députés LaREM ont quitté l’Hémicycle, pour protester contre le dépôt d’amendements par l’opposition. « Ils reviendront en cas de débat sain et apaisé », déclare leur président, Gilles Le Gendre, qui reste seul pour les représenter. En cause, une série de 656 amendements communistes visant à repousser la réforme, année après année, de 2022 à 2057. Afin que l’examen ne soit pas trop fastidieux, les élus PCF avaient proposé de les défendre « rapidement, en les regroupant », avant même l’esclandre de Gilles Le Gendre. Rien n’y a fait, et les députés LaREM ont quitté leurs sièges, malgré l’avis du président de séance, Hugues Renson, qui estimait la procédure « classique ».

Boutades douteuses

Passé ce coup de théâtre, le rapporteur Modem Nicolas Turquois est allé encore plus loin, multipliant les boutades douteuses avant de hurler à l’opposition : « Je vous dis que la République c’est nous, et que, vous, vous n’êtes rien ! » Des propos « indignes et inqualifiables », selon le député LR Philippe Gosselin, qui lui a lancé : « Reprenez-vous, vous perdez vos nerfs ! » Turquois s’est ensuite plaint d’être un « pantin au milieu d’un cinéma de guignols ». « Vous êtes au carrefour de tensions considérables qui existent bien au-delà de cet Hémicycle », tente l’élu PCF Pierre Dharréville, pour rehausser le débat. Hier, le rapporteur général LaREM, Guillaume Gouffier-Cha, reconnaissait l’erreur commise par Turquois, avant de le dédouaner en le disant victime d’une opposition qui use d’une « technique de harcèlement utilisée par les pervers narcissiques ». De quoi « apaiser » le débat, sans doute… A. S.

Retraites: Les pièges de la réforme révélée à l'Assemblée Nationale. La LREM perd ses nerfs (L'Humanité, 26 février 2020)
Partager cet article
Repost0
27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 08:46
Partager cet article
Repost0
25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 07:30
PCF - RETRAITES : MACRON TORPILLE LA DEMOCRATIE
PCF - RETRAITES : MACRON TORPILLE LA DEMOCRATIE
Partager cet article
Repost0
25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 07:23
Assemblée nationale. Incapable de défendre sa réforme, LaREM perd son calme (L'Humanité, Aurélien Soucheyre, 25 février 2020)
Assemblée nationale. Incapable de défendre sa réforme, LaREM perd son calme
Mardi, 25 Février, 2020

Mis face à leurs responsabilités, à la dangerosité de la réforme des retraites et aux mensonges du gouvernement, les députés de la majorité préfèrent multiplier les invectives contre l’opposition, à défaut de répondre sur le fond.

 

Il ne se passe pas un jour, à l’Assemblée, sans que les députés d’opposition ne tendent un miroir à ceux de la majorité. Mais les élus LaREM supportent de moins en moins le reflet qu’ils y découvrent à l’occasion des débats sur la réforme des retraites. À tel point qu’ils en perdent leur sang-froid. C’est ce qui est arrivé à Julien Borowczyk, très agacé par les démonstrations des élus PCF. D’abord, Pierre Dharréville s’inquiète de la « violence symbolique et réelle qu’il y a à repousser l’âge de départ à la retraite au-delà de l’âge d’espérance de vie en bonne santé ». Ensuite, Stéphane Peu propose de légiférer en conséquence, en intégrant la « notion de décence de l’âge de départ ». Que répond alors l’élu LaREM ? D’abord que « la notion assez subjective d’espérance de vie en bonne santé n’est pas aussi scientifique » que cela à ses yeux. Puis il bifurque brutalement de son argumentaire : « Depuis le début de nos débats, vous faites un mauvais calcul, celui de l’obstruction parlementaire permanente. Nous sommes dimanche, mais je ne suis pas chien, je vais vous offrir une consultation médicale gratuite. Avec votre mauvais calcul, vous nous faites une colique néphrétique démocratique. »

« On m’a dit : “Si tu veux t’expliquer, tu sors !”»

À gauche comme à droite, les députés protestent contre l’attaque. Fabien Roussel s’en émeut, lors d’un rappel au règlement, en accusant le député Mounir Mahjoubi d’avoir lui aussi lancé que les élus PCF sont « sans limite morale », et qu’ « à ce niveau-là cela mérite une intervention médicale ». « Qui a un problème aujourd’hui de débat dans cet hémicycle ? Qui est un ennemi de la démocratie ? Nous avons proposé un référendum sur ce texte de loi, vous n’en avez pas voulu ! » s’indigne le secrétaire national du PCF. Ce n’était cependant pas la première fois que les députés LaREM déportaient le débat sur le terrain de l’injure et de la menace.

En fin de semaine dernière, Emmanuel Macron confirme qu’il abandonne sa promesse de revaloriser les pensions de retraite à 85 % du Smic pour les agriculteurs. Les députés d’opposition s’étouffent. « Les décisions sont renvoyées à une nouvelle mission parlementaire. C’est affligeant ! » dénonce l’élu LR Marc Le Fur. « C’est une immense honte ! On entend le président dire on n’a pas les moyens ! Mais on a trouvé les moyens de rendre 4 milliards d’euros au 1 % de Français les plus riches ! » tonne le socialiste Boris Vallaud. « C’est une trahison sans nom », observe également le communiste Sébastien Jumel, qui parle alors de « foutage de gueule ». « J’assume de dire que, lorsque la majorité ne respecte pas sa parole devant les agriculteurs, cela relève du foutage de gueule. J’assume de dire qu’après avoir en plus bloqué la proposition de loi Chassaigne pour revaloriser les pensions agricoles en 2018, en renvoyant la question à la réforme des retraites alors à venir, oui, cela relève d’autant plus du foutage de gueule », explique l’élu.

Mais sa formule ne passe pas aux yeux de la Macronie, qui ne supporte pas que l’attitude du président soit qualifiée pour ce qu’elle est. Elle soulève par conséquent une bronca immense. Les invectives fusent, sans être inscrites dans les comptes rendus de débat, sans doute à cause du brouhaha. Le silence retombe, et la députée PS Sylvie Tolmont s’indigne. « Il n’est pas admissible de s’entendre dire : “Si tu viens me chercher, tu vas me trouver !” », scande-t-elle. « On m’a dit : “Si tu veux t’expliquer, tu sors !” », prévient Sébastien Jumel, qui dépose un rappel au règlement. « C’est une atteinte personnelle à mon intégrité politique et physique. Je demande que la présidence de l’Assemblée garantisse la liberté d’expression des parlementaires de l’opposition et que les menaces physiques se stoppent », insiste-t-il.

Autant de dérapages affligeants pour la Macronie, qui ne doivent pas masquer le fond du débat et de la démonstration en cours à l’Assemblée : ni le gouvernement, ni la majorité ne parviennent à défendre le projet de réforme et à formuler des garanties sur l’âge de départ à la retraite et le montant des pensions. Ils se noient dans des promesses non tenues et une étude d’impact mensongère. « Vous n’attendez que ça ! » ​​​​​​​crient enfin les députés LaREM quand la gauche s’inquiète d’un recours au 49-3. Ceux qui ont le plus à perdre avec la poursuite du débat se trouvent pourtant du côté de Macron.

Aurélien Soucheyre
Partager cet article
Repost0
25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 07:13
Retraites - La Macronie menace - Un 49-3 serait une immense duperie, dixit André Chassaigne (L'Humanité, 24 février)
La Macronie menace : «  Attendez-vous à un 49-3 cette semaine  »
Lundi, 24 Février, 2020 - L'Humanité

Le gouvernement songe de plus en plus à utiliser le 49-3 pour imposer son texte sur les retraites. Il l’évoque désormais publiquement. Une démarche antidémocratique, à l’image de sa réforme, marquée du sceau du mépris depuis le début.

 
C’est une petite musique qui a commencé doucement, avant de monter crescendo. Une musique lourde de menace : celle du 49-3. La Macronie la joue désormais à plein poumons, afin de faire passer en force sa réforme des retraites. « La question n’est plus de savoir si, mais quand. Attendez-vous à un 49-3 cette semaine », a ainsi lancé un poids lourd de la majorité, hier, dans le Journal du dimanche.
 
Le même jour, Ouest France publiait une tribune de députés LaREM et Modem qui appellent sans la nommer le gouvernement à sortir l’arme fatale. Car l’article 49-3 de la Constitution permet de faire adopter un texte sans vote au Parlement. « À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Il est de notre responsabilité collective de mettre un terme à cette mascarade », écrivent les 13 signataires, qui accusent l’opposition de freiner les débats en ayant déposé 41 000 amendements. « Notre Constitution permet d’accélérer l’approbation de ce texte. Si nous voulons assurer un système de retraite universel, il n’y aura peut-être pas d’autre choix », ajoutent les auteurs de la tribune, avant de sortir les trompettes : « On tente un coup de force contre l’Assemblée. Que l’Assemblée s’en libère. C’est le sens de cet appel. »
 

 

 
« Libérer » l’Assemblée, donc, en ayant recours au 49-3 ? La Macronie n’en finit décidément plus de pervertir le sens des mots. Car le 49-3 a été pensé pour contraindre le Parlement à s’agenouiller devant le gouvernement. « L’utiliser serait une faute politique grave, un aveu de faiblesse gigantesque et l’expression d’un autoritarisme dangereux. Normalement, le 49-3 est utilisé pour discipliner une majorité. Là, ce serait fait pour museler l’opposition. C’est particulièrement grave », s’alarme Sébastien Jumel. Le député PCF refuse tout procès en « obstruction » intenté par les macronistes. « Nous utilisons nos amendements pour contraindre le gouvernement à s’expliquer et à dévoiler son projet. Quel sera l’âge de départ à la retraite ? Quels seront la valeur du point et le montant des pensions ? Comment sera calculée la pénibilité ? Quelles garanties pour les femmes ? Le gouvernement ne nous répond pas. Son texte n’est pas prêt », accuse le parlementaire.

Cela n’a hélas rien de surprenant. Le gouvernement marche seul et ne veut absolument pas débattre de sa réforme. « Il ne veut pas discuter de son projet avec les partenaires sociaux qu’il méprise. Il ne veut pas entendre les manifestants et les professions mobilisées qu’il passe son temps à enfumer. Il refuse de débattre avec les Français en repoussant tout référendum. Il ne veut pas non plus dévoiler le fond de sa réforme devant le Parlement. La preuve, c’est que son texte à trous est composé de 29 ordonnances », détaille le député PCF Pierre Dharréville.

« Comment pourrions-nous voter un texte aussi important, qui bouscule toute notre organisation sociale, sans savoir précisément ce qu’il y a dedans et en laissant le gouvernement le rédiger plus tard en ayant recours à des ordonnances ? Voilà pourquoi nos amendements sont si nombreux, dès l’article premier, afin d’aborder tous les dangers d’emblée », argumente Adrien Quatennens. Le député FI estime même qu’il était nécessaire d’amender massivement cet article, dont l’examen est en cours à l’Assemblée, au motif que l’exécutif « ne veut pas aller plus loin, car il n’arrive pas à vendre son texte ».

 

LaREM accuse l’opposition

Plutôt que de défendre pied à pied sa réforme, l’exécutif songe depuis longtemps au 49-3. « Il faut faire constater au grand public le jeu d’obstruction mené par certains », a ainsi commandé Emmanuel Macron en réunissant les députés LaREM à l’Élysée, le 11 février. Quelques jours plus tard, alors que le texte arrivait dans l’Hémicycle, le 17 février, Gilles Le Gendre lançait à la presse un commentaire sans appel. « Nous allons perdre du temps à nous embourber et nous noyer dans des choses qui n’ont aucun intérêt », déclarait le président du groupe LaREM, qui n’a eu de cesse de faire référence au 49-3 les jours suivants. « C’est un outil qui n’est pas à exclure évidemment », a ensuite déclaré le secrétaire d’État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, le 21 février, avant un week-end durant lequel l’ensemble des ministres ont pris soin d’accuser l’opposition en cas de recours au 49-3.

Dans la foulée, le questeur LaREM de l’Assemblée nationale, Florian Bachelier, a nourri l’offensive en calculant qu’une « journée d’obstruction parlementaire par les députés minoritaires d’extrême gauche, c’est 1 500 000 euros d’argent public ». Sauf que le budget de l’Assemblée atteint chaque jour ce montant en moyenne, que les élus siègent ou non, comme l’a rappelé le député PS Boris Vallaud. « J’ai fait un rappel au règlement suite à cette déclaration de Bachelier. Sa démonstration est poujadiste et antiparlementariste. La démocratie a un coût, c’est normal. Que voudrait dire l’inverse ? Qu’il faut dissoudre le Parlement pour faire des économies et avoir recours à des ordonnances permanentes ? » tacle Sébastien Jumel.

Au même moment, dix députés proches du président, dont six LaREM, signaient de leur côté une tribune contre le 49-3, qui serait selon eux interprété comme « un passage en force » et un « déni de démocratie ». L’image de Manuel Valls s’était d’ailleurs considérablement dégradée après un recours à cette arme ultime sur la loi El Khomri en 2016. Près de 72 % des Français sont même contre un recours au 49-3 sur les retraites, selon un sondage BVA. L’usage du 44-3, ou vote bloqué, aurait sans doute le même impact et viendrait couronner la façon de gouverner de Macron : se passer du peuple, se passer des syndicats, et se passer du Parlement. 

Aurélien Soucheyre
 
Retraites - La Macronie menace - Un 49-3 serait une immense duperie, dixit André Chassaigne (L'Humanité, 24 février)
André Chassaigne : « Le 49-3 serait une immense duperie » - L'Humanité
Lundi, 24 Février, 2020

Le député communiste du Puy-de-Dôme s’explique sur le nombre d’amendements déposés par son groupe. Il accuse le gouvernement de vouloir passer en force.
 

 

André Chassaigne Président PCF du groupe GDR

Pourquoi avoir déposé des milliers d’amendements ?

André Chassaigne Nous avons déposé autant d’amendements parce que nous savions qu’ils seraient considérés comme irrecevables par dizaines. Tous les prétextes sont utilisés par le gouvernement. Tous les amendements que j’ai pu rédiger, par exemple sur les retraites agricoles ou celles des militaires, ont été déclarés irrecevables. Nous les avons donc multipliés pour expliquer notre conception d’une réforme des retraites, et poser des questions précises : quel sera l’âge de départ à la retraite, les garanties sur le niveau des pensions… Chaque fois, nous posons des questions fondamentales, sur lesquelles nous n’obtenons pas de réponses. Nos amendements sont un moyen de mener un débat de fond dans le cadre d’une procédure accélérée. Avec la modification du règlement de l’Assemblée, nos interventions sont de surcroît plus limitées qu’auparavant. Ces amendements nous permettent de nous exprimer.

La majorité et l’exécutif vous accusent de faire de l’obstruction parlementaire et brandissent la menace du 49-3. Que leur répondez-vous ?

André Chassaigne Notre objectif, ce n’est pas le 49-3. Nous maintenons notre revendication d’origine qui est le retrait du projet de loi. Ou alors un référendum. Et à défaut, nous voulons que la discussion soit conduite jusqu’au bout. Le gouvernement a fixé de façon arbitraire, sur une base électoraliste, opportuniste, le vote de la loi avant les municipales. Ce projet de loi est d’une extrême importance parce qu’il remet en cause notre socle social, et il n’y a aucune justification valable à cette date butoir. Nous sommes prêts à reprendre le débat après les municipales. Nous sommes fermement opposés au 49-3 qui serait un coup de force s’il était utilisé. Nous accuser de faire de l’obstruction est une fausse justification de l’empressement politicien du gouvernement.

C’est une menace réelle ? On parle aussi de l’article 44-3, ou « vote bloqué »…

André Chassaigne Le 44-3 a déjà été utilisé au Sénat pour bloquer ma proposition de loi sur les retraites agricoles, qui avait pourtant été votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et très largement par la commission des Affaires sociales du Sénat… Cet article permet au gouvernement de faire voter un texte avec seulement ses propres amendements. Je ne sais pas laquelle de ces deux procédures le gouvernement choisirait. Mais il est évident que ce serait inacceptable, et un déni de démocratie dans les deux cas. Et une immense duperie.

Avec quelles conséquences politiques ?

André Chassaigne Ce serait un aveuglement terrible. D’une part à l’égard du mouvement des gilets jaunes, dont émanait une demande de dignité, de respect des citoyens. D’autre part à l’égard de l’immense mobilisation sociale en cours depuis début décembre. Elle trouve en quelque sorte un prolongement dans le débat parlementaire, qui ne s’y substitue pas pour autant. Le 49-3 fermerait la porte à toute évolution du projet de loi en séance. Il s’agirait d’un refus de prendre en compte, ou même de simplement répondre aux questionnements du mouvement social. Le 49-3 est fait pour souder une majorité divisée. Mais ce n’est pas son cas et elle votera sans discussion le texte du gouvernement. Le 49-3 serait alors utilisé pour empêcher le débat et la levée des zones d’ombre de cette réforme. 

Entretien réalisé par Diego Chauvet
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011