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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:56

 

J-P Escaffre1 J-L Malétras2 J-M Toulouse3

La science des dangers : ce qu’elle nous indique

Les catastrophes de toute nature ont fait l’objet de travaux scientifiques finalement peu nombreux au regard des enjeux sociaux, pour ne pas dire civilisationnels. Ces travaux sont désormais regroupés dans ce qui est convenu de dénommer « sciences du danger », ou cindynique.

Elles nous montrent le rôle secondaire des facteurs techniques (G. Planchette4). A ces derniers s’ajoutent les facteurs humains, en particulier le rôle du facteur organisationnel. Ce sont les déficits internes aux organisations qui favorisent les catastrophes, en faisant converger un ensemble de détonateurs qui, seuls, n’engendrent guère de danger.

Il a donc fallu intégrer à l’analyse des aspects qui guident les actions des acteurs : valeurs culturelles, règles admises, finalités. Des « dissonances » entre acteurs peuvent générer des bifurcations non souhaitées.
L’histoire des analyses des dangers montre qu’elle est fortement liée à la culture et aux intérêts. On recense cinq approches :

  • analytique, provenant des habitudes acquises ;
  • fondée sur le risque, en oubliant le danger qui en est la source5 ;
  • «évènementielle »: prioriser les études de risques sur la probabilité́ de déclenchement de l’évènement ;
  • « sensorielle » : la connaissance des dangers ne repose que sur ceux perçus par nos sens ;
  • préférence quantitative, en occultant le fait que les aspects qualitatifs, émotifs, influencent les actions des individus.

 

La pandémie : rien de « naturel »

La propagation particulièrement rapide du coronavirus suit, comme les autres pandémies, les voies des échanges internationaux. Elle fut dans ce cas particulièrement rapide et intense du fait des transports aériens : comme le montre le professeur Philippe Sansonetti6, la route du virus se superpose parfaitement avec celle des liaisons aériennes dans le monde, d’où̀ la fulgurance qui a mis les moyens humains locaux dans un état de sidération.

Cependant ce dernier n’apparaît jamais sur un terrain déjà capable d’absorber sans tension les évolutions saisonnières habituelles des maladies et celles des flux d’hospitalisation, pour la simple raison que cette « tranquillité » permet de concevoir des visions politiques et techniques à moyen et longs termes, bref de se munir de scenarii prospectifs dits « catastrophes » qui pourraient générer un ébranlement des structures institutionnelles jusqu’à leur arrêt, et ce afin de s’y préparer.

Dans la situation présente, ce ne fut pas le cas, bien au contraire. Nous nous trouvons dans la seconde approche décrite plus haut : la mise en danger par minimisation consciente du risque. Le système hospitalier public est en tension continue depuis plusieurs années, avec des files d’attente qui s’allongent partout du fait d’un manque criant de personnels, ainsi que des matériels médicaux vieillissants, souvent de fabrication étrangère d’où des problèmes de maintenance et des coûts élevés. Inutile de revenir sur les multiples alarmes récurrentes proférées par toutes les professions de santé et les Associations de patients, non pas dans quelques sites, mais partout sur le territoire. La pandémie s’est donc rajoutée à la tension récurrente. La solution d’urgence fut d’arrêter une partie importante des flux habituels de patients pour pouvoir dégager des moyens plus ou moins adaptés à la vague épidémique et d’étaler celle-ci dans le temps par un confinement strict de la population. Curieusement, en Suède par exemple, de telles mesures extrêmes n’ont pas été prises au moment où ces lignes sont écrites : il est vrai que leur système hospitalier moderne n’a pas été démantelé comme en France, ou en Italie ou en Espagne …

Une fois de plus, les problèmes organisationnels sont à l’origine de l’évolution catastrophique de la pandémie : les scientifiques de la cindynique ne s’étaient pas trompés, les « lois » sont toujours présentes.

Pourtant le manque de personnels soignants avait déjà̀ été signalé de multiples fois aux autorités ministérielles dès la fin des années 1990 par les chercheurs ainsi que par les organisations professionnelles et syndicales, comme il en fut de même des dangers des délocalisations industrielles induisant l’évanescence des pouvoirs de décision sur les productions des matériels hospitaliers et la médication.

Dès lors, la constance du positionnement des instances politiques gouvernementales7 depuis des décennies, malgré les cris d’alarme récurrents du « terrain », laisse ce goût amer qu’en réalité cela correspondait et correspond encore à une stratégie délibérée de dépouillement des moyens des souverainetés essentielles du pays, laissant professionnels et population en désarroi du fait de leur croyance naïve en des gouvernements naturellement protecteurs, comme à l’époque des « trente glorieuses ».

 

Le cas de l’industrie liée à la santé

L’actualité a mis en lumière la pénurie de médicaments en France, massivement importés de pays étrangers. Il n’y a pourtant rien de nouveau, sinon que la situation s’est brusquement aggravée, particulièrement pour les anesthésiants. Tout le monde se souvient des pénuries récurrentes depuis quelques années de médicaments utiles pour les affections cardiologiques ou oncologiques. Il fut un temps où, démocratie encore vivante dans notre pays, le ministre de la santé aurait été démis de ses fonctions dans la journée …

L’industrie pharmaceutique est dominée en France par Sanofi8 (groupe international et détenu partiellement par le groupe de cosmétique l’Oréal), puis par des PME tels que Servier, Ipsen, Pierre Fabre. Elle emploie dans notre pays plus de 100 000 personnes en direct. Ces entreprises et les laboratoires américains recherchent fébrilement une médication efficace contre le coronavirus.9

L’actualité a aussi mis en lumière la pénurie persistante de masques médicaux de protection et de respirateurs, eux aussi importés de pays étrangers (les deux dernières usines filiales de groupes étrangers ayant fermé récemment leurs établissements de production, puis fait détruire les machines pourtant modernes dans une déchetterie locale !).

La destruction de ces productions industrielles ne concerne pas que ces deux produits. La même logique a frappé d’autres secteurs des dispositifs médicaux depuis longtemps, dont l’imagerie médicale. Celle-ci est dominée par la firme américaine General Electric, l’Allemande Siemens, la Hollandaise Philips, la Japonaise Toshiba et la Coréenne Samsung. En réalité, Siemens et Philips utilisent les conceptions des technologies d’imagerie de Thalès, entreprise d’armement encore française. Les syndicalistes CGT de celle-ci proposent depuis plusieurs années la création d’une filière française dédiée au secteur santé doté d’établissements de prototypage à l’instar de la Compagnie Générale de Radiologie (CGR) autrefois vendue à l’Américain General Electric. Cette proposition, dont les éléments techniques ont été validés par les professionnels du secteur, ne rencontre pas pour autant l’attention qu’elle mérite de la part des autorités politiques. Un exemple de plus, non pas de surdité de celles-ci contrairement à ce qui est fréquemment prétendu, mais de la continuité opiniâtre de leur stratégie de destruction de la cohérence du tissu industriel de notre pays.

Face à la montée des protestations de la population, ces autorités politiques aux pouvoirs ultra- concentrés comme nulle part ailleurs dans le « monde occidental démocratique », prétendent qu’il convient de faire revenir les usines, non pas obligatoirement en France, mais en Europe. Gageons qu’il ne s’agira pas de nationaliser, mais de créer de multiples Partenariats Public-Privés (PPP) dont l’inefficacité est largement reconnue, si ce n’est que pour continuer à abonder les comptes des multinationales. En effet, ces PPP organisent un dessaisissement total des maîtres d’ouvrages (conception, exécution et gestion-maintenance de l’ouvrage public), contre un contrat prévoyant une « redevance » pendant 30 à 99 ans, seulement au terme desquels l’ouvrage redevient la propriété de la personne publique, et ce dans un état très critique.

Pour se sortir du marasme : solutions politiques et organisationnelles à débattre

Ébranler le mur de la pseudo-surdité passe par un renouveau politique prenant en compte globalement le problème. Selon nous, ce renouveau devrait reposer sur trois piliers, dépendant de la mobilisation des forces endogènes du pays en qui il faut faire confiance :

– une réorganisation globale du pilotage politique et stratégique de la santé publique,

– une démocratisation en profondeur du secteur hospitalier public,

– la création d’une filière industrielle dédiée dotée de Centre d’Innovations Technologiques et prototypages.

Nous en proposons ici les grandes lignes, en nous concentrant sur les caractéristiques du troisième pilier. Le lecteur trouvera plus de détails dans notre ouvrage « La Santé sans industries ? Refonder le lien entre le système sanitaire et l’industrie française ».

Premier pilier : démocratiser en profondeur le pilotage de la santé publique.

Il est essentiel de politiser les enjeux stratégiques des politiques de santé en responsabilisant les instances politiques. En lieu et place des ARS, il faut une organisation de pilotage politique et stratégique reposant sur l’implication et l’écoute du personnel et plus largement des citoyens10. En support des chambres politiques nationale et locales démocratiques, création de Chambres Locales d’Organisation de la Santé dotées de deux administrations locales :

– l’Administration Locale d’Organisation de la Santé,

– l’Administration des Études, de la Recherche, de la Prospective et de l’Évaluation Technique de la Santé. Celle-ci aurait entre autres missions d’assurer les liaisons entre les unités de R&D des hôpitaux (à aussi créer) et l’industrie.

Le second pilier : Démocratiser en profondeur les structures hospitalières publiques0

L’hôpital doit retrouver son statut d’Établissement Public Administratif (EPA) avec personnalité juridique et l’autonomie financière. La T2A sera supprimée et remplacée par des budgets spécifiques négociés. La démocratisation des instances de l’hôpital aura des effets décisifs sur l’écoute et la considération des « héros en blouses blanches ». Ses effets se sentiront également sur la conception des dispositifs médicaux et des produits ainsi que sur leur production industrielle. Elle aura aussi une influence déterminante sur les décisions d’investissement en matériels.

Le troisième pilier : création d’une filière industrielle et de centres d’innovations technologiques. 

Cette filière devrait donner lieu à la création d’un Comité de pilotage Industriel multidisciplinaire sous contrôle parlementaire doté de Centres d’Innovations Technologiques et de prototypages11.

Comme l’a révélé la crise sanitaire actuelle, la France doit se doter des moyens de reconstruire une industrie forte de fabrication de matériels permettant de fournir aux établissements une nouvelle génération d’équipements répondant directement aux besoins spécifiques des soignants, qu’ils soient hospitaliers, urgentistes ou médecins de proximité́. Cela nécessite la création de Centres d’Innovations Technologiques (avec prototypages qui n’existent plus en France !), mais également la création d’une ossature industrielle et de services. Créer par exemple un Siemens français ne coûterait que 500 millions d’euros en regroupant 200 start-ups (la somme de leurs actifs nets). C’est ce type d’action qui a permis la création de la SNCF, d’EDF, etc. après-guerre. Les industries des dispositifs médicaux emploient environ un effectif de 65 000 personnes en France12, uniquement consacré aux activités de R&D et de production. Elles sont en fait composées de PME et ETI (1100 entreprises, sans appui étatique : pas de clusters dédiés !), repoussées vers des marchés de niche par les multinationales estrangères essentiellement américaines et allemandes. Demeure encore la puissance de feu de la recherche française avec plus de 1100 chercheurs statutaires et près de 700 doctorants et post- doctorants qu’il conviendra de mobiliser rapidement, avant que la réforme des structures universitaires et de recherche votée récemment par les instances politiques ne fasse son effet dévastateur.

On voit donc que les potentialités ne manquent pas pour le moment afin de relancer le mécanisme de réindustrialisation d’une filière française des dispositifs médicaux. Cet impératif catégorique n’est pas hors de portée de la sixième puissance économique mondiale.

L’État stratège, l’État républicain, doit veiller à ce que le peuple français ne perde pas sa souveraineté économique au profit d’un quarteron de multinationales sous tutelle nord-américaine. Et cela n’empêchera pas, bien au contraire, les coopérations interétatiques entre États souverains. Il ne manque que le courage politique.

 

1 Docteur en droit public, ancien directeur d’hôpital public

2 Consultant, ancien responsable de la coordination CGT du groupe Thalès

3 Agrégé́ TEG, M-C en Sciences de Gestion, hdr

4 Planchette G., 2017, « Danser le tango sur l’asymptote, science du danger et complexité́ », VRS n°410.

5 Danger : capacité́ à provoquer des dommages – Risque : personnes ou équipements confrontés à des dangers.

6 Conférence du professeur Philippe Sansonetti : Covid-19 ou la chronique d’une émergence annoncée, Collège de France, 16 mars 2020

7 Nous faisons ici la distinction classique entre gouvernement, de l’ordre du politique, et l’État, moyen essentiel à la disposition des gouvernements. Accuser « l’État » de l’orientation politique de ses moyens est stupide. Autant accuser la bêche du jardinier plutôt que le cerveau et la main du jardinier !

8 Sanofi est le produit de la privatisation de Rhône-Poulenc, acceptée par L. FABIUS. L’essentiel de la R&D fut alors transférée à la filiale de Boston, aux États-Unis, spécialisée en particulier dans la production de la Chloroquine. D. TRUMP vient de commander la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus, avec obligation de destiner ce vaccin en premier lieu à la population américaine.

9 Une nouvelle commission « Care » vient d’être nommée par les autorités politiques. Sa présidente est liée avec le laboratoire américain Gilead Science (qui tente de tester l’antiviral Remdesivir), dont l’un des actionnaires est le fonds financiers BlackRock, qui fait partie des initiateurs de la réforme des retraites dans l’UE.

10 Cf. aussi J-P Escaffre & R. Favier, La France se délite, réagissons, édit ADiffusion, 2017

11 Ceci nécessitant de notre point de vue une reconsidération du Conseil National de l’Industrie (CNI) et des Comités Stratégiques de Filières (CSF)

12 Selon « Les Technologies clés 2020 », ministère de l’industrie

 

 

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:55

 

Dans le Trou noir du capitalisme, l’économiste se réclamant de Marx, Polanyi et Keynes dresse un tableau critique du capitalisme contemporain et de l'impasse où il se trouve. Il propose aussi trois voies de bifurcation possibles dans lesquelles l’humanité se trouve dans l’obligation de s’engager d’urgence face à la crise sociale, économique, environnementale actuelle.

 

Que signifie la qualification de « trou noir » pour analyser le capitalisme mondial aujourd’hui ?

Jean-Marie Harribey. Je procède à une analogie avec les trous noirs découverts par les astrophysiciens. Un trou noir est un corps astrophysique dont le noyau absorbe toute matière et tout rayonnement lumineux à cause de sa force gravitationnelle. On le dit noir parce qu’aucune lumière provenant de lui ne peut nous parvenir. En ce début de XXI e siècle, le capitalisme mondialisé a porté sa logique d’extension jusqu’à vouloir tout engloutir, de la moindre activité humaine jusqu’aux éléments naturels et tout le vivant, en passant par les connaissances. Engloutir, c’est-à-dire tout soumettre à la loi de la rentabilité, du profit et de l’accumulation du capital. Tout est promis à la marchandisation. Et pour cela, des droits de propriété doivent être instaurés sur toutes matières, naturelles ou produites, ou, sinon, sur leur usage, comme celui de l’air pour y envoyer sans retenue des gaz à effet de serre modifiant le climat.

 

Pourquoi insistez-vous sur le fait que « c’est bien le capitalisme qui est en crise » et non pas le « productivisme », en général, ou le « néolibéralisme » en particulier ?

Jean-Marie Harribey. Dans la première partie de mon livre, que j’annonce comme résolument marxienne parce que, utilisant les outils théoriques critiques de Marx, je montre que ce qui fait la spécificité de la crise mondiale actuelle, c’est la conjonction inédite dans l’histoire humaine (et donc du capitalisme) de contradictions sociales et écologiques qui minent la rentabilité du capital et donc la dynamique même de l’accumulation. D’un côté, malgré l’essor de nouvelles techniques, de l’informatique, de la robotique, le capital ne réussit pas à faire croître significativement la productivité du travail. Pire, cette productivité connaît une progression qui diminue d’année en année partout dans le monde. En moyenne, elle ne dépasse guère plus, dans les pays développés, 1 % par an. Or, au final, c’est toujours la productivité du travail qui commande la rentabilité du capital dans un contexte donné du rapport de forces. D’un autre côté, le gigantisme du productivisme et du consumérisme saccage la planète, épuise ou pollue les ressources et modifie le climat. Le capitalisme se heurte donc à des limites infranchissables. Pour ne prendre qu’un exemple, le taux de retour énergétique (énergie produite par rapport à l’énergie utilisée pour la produire) décline pour toutes les énergies fossiles. Alors, la conjonction de l’impossibilité de pousser l’exploitation de la force de travail jusqu’au point où les marchandises ne peuvent plus trouver suffisamment de demandeurs avec l’impossibilité de pousser l’exploitation de la nature au-delà des limites de la Terre explique le caractère systémique de la crise du capitalisme.

"Le coronavirus a mis le feu, mais la poudre a été répandue par un demi-siècle d’un capitalisme de plus en plus dément, c’est-à-dire conforme à son « idéal type »".

Il ne reste plus à celui-ci que la fuite en avant de la financiarisation, surfant sur le grossissement d’un capital fictif qui est, tôt ou tard, frappé de nullité. La dynamique même du capitalisme est contradictoire avec une responsabilité sociale et écologique parce qu’elle ne peut durer qu’en exploitant les humains et la nature. C’est dans ce contexte-là que survient la pandémie du Covid-19, qu’il faut prendre comme un déclencheur de catastrophe mais non comme la cause profonde de celle-ci. Le virus a mis le feu à la poudre, mais la poudre avait été répandue par un demi-siècle d’un capitalisme de plus en plus dément, c’est-à-dire conforme à son « idéal type ». Nous sommes davantage dans la période du capitalocène que dans celle de l’anthropocène qui dédouane la logique du système et qui place abusivement tous les humains à égalité de responsabilité dans la dégradation écologique.

 

Vous référant à la fois à Marx, Polanyi et Keynes, vous mettez en avant la nécessité d’engager diverses « bifurcations possibles » pour sortir de l’impasse historique actuelle. Quelles sont-elles ?

Jean-Marie Harribey. La première partie de mon livre appliquait les concepts de Marx pour comprendre cette réalité. La seconde tire parti de l’avertissement prémonitoire de l’anthropologue Karl Polanyi au milieu du XX e siècle : si le travail, la terre et la monnaie étaient marchandisés, ce serait la mort de la société. Alors, j’esquisse trois voies pour sortir de la nasse et amorcer une grande bifurcation : réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie. Réhabiliter le travail, c’est dire que, parce que le travail est « vivant », il est central dans la vie des individus, pour leur intégration dans la société et par son rôle de médiateur de relations sociales. Il est central aussi, bien sûr, dans la production de valeur économique, et la répartition de celle-ci est un indicateur-clé de l’état du rapport de forces avec le capital. Or, le capitalisme dans sa phase néolibérale, parce que les ressorts de sa rentabilité étaient grippés, n’a eu de cesse que de dévaloriser le travail, amoindrir ses droits et exiger des travailleurs qu’ils adhèrent aux objectifs de l’entreprise pour servir des dividendes aux actionnaires. Il s’ensuit que réhabiliter le travail reposerait sur trois moyens principaux. Le premier est que les salaires et les prestations sociales ne progresseraient jamais moins vite que la productivité du travail, une fois que le chômage est drastiquement abaissé par la réduction du temps de travail. Le deuxième moyen est la restauration d’un droit du travail protecteur. Le troisième est l’instauration de la démocratie dans les entreprises, par la création de conseils économiques et sociaux, de telle sorte que le pouvoir de décision du type de production, des investissements, des conditions d’emploi et de travail soit dissocié de la propriété du capital. Les finalités du travail seraient redéfinies pour cerner quels sont les besoins essentiels à satisfaire et les activités vraiment utiles.

"Le capitalisme dans sa phase néolibérale, parce que les ressorts de sa rentabilité étaient grippés, n’a eu de cesse que de dévaloriser le travail."

On rejoint alors le deuxième volet des bifurcations. Celui-ci concerne l’institution des « communs » de façon à mettre en cohérence les objectifs sociaux et les objectifs écologiques de transformation de la société. La notion de commun(s), utilisée au singulier et au pluriel, vise, d’une part, à renouveler de fond en comble la conception traditionnelle des biens publics et des services collectifs. Il s’agit de transformer le mode de gestion de ce qui est aujourd’hui réalisé sous l’égide de l’État et des collectivités territoriales pour en faire une chose commune autogouvernée et autogérée par les populations concernées au plus près possible de leur existence. Ce n’est pas une mise en cause de la propriété publique mais c’est la transformer pour qu’elle devienne véritablement sociale. D’autre part, il s’agit de donner le statut de biens communs à tous les éléments essentiels à la vie, qui doivent être soustraits à la marchandisation. Cela concerne les ressources naturelles comme l’eau, l’air, le vivant, tout ce que Polanyi désignait par « la terre », ainsi que les connaissances, les institutions sociales donnant accès à l’éducation, à la protection sociale. L’objectif est donc double : instituer une gestion commune de biens érigés au rang de communs.

 

Pouvez-vous préciser ce que vous appelez la « socialisation de la monnaie » et nous indiquer ce que seraient ses mécanismes ?

Jean-Marie Harribey. Oui, c’est le troisième volet du triptyque de la grande bifurcation. Le capitalisme néolibéral a procédé à une sorte de privatisation de la monnaie, qui est pourtant une institution sociale à part entière. Dans le cadre de la liberté qui a été accordée aux capitaux de circuler dans le monde et du développement sans entrave des marchés financiers, le rôle dévolu aux banques centrales a été, depuis quarante ans, de veiller à la stabilité de la rente financière. C’est particulièrement vrai pour la Banque centrale européenne (BCE), rendue totalement indépendante du reste de la société et du pouvoir politique. Ce dogme est en train heureusement de voler en éclats. Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est-à-dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique. La crise du coronavirus montre à quel point on a besoin d’un pôle bancaire public, d’un contrôle social sur celui-ci et d’une banque centrale qui soit celle de l’ensemble de la société.

"Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est-à-dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique."

Au lieu d’obliger les États à emprunter sur les marchés financiers soit directement, soit indirectement via le Mécanisme européen de stabilité, la BCE devrait financer directement les dépenses publiques. C’est-à-dire étendre ce que la Banque d’Angleterre vient de décider pour financer les seules dépenses liées au redémarrage de l’économie paralysée par la pandémie. Ainsi, on utilise l’énorme avantage d’une banque centrale qui, seule, a la possibilité de créer à volonté de la monnaie s’il faut effectuer des dépenses et des investissements publics essentiels. Le risque d’inflation est nul lorsque des forces de travail et des équipements productifs sont inemployés et donc disponibles.

 

Un autre des points sur lesquels vous insistez est le caractère nécessairement démocratique et pluriel que doivent prendre les chemins de l’alternative que vous appelez de vos vœux. Pourquoi ?

Jean-Marie Harribey. Parce que les chemins de la révolution aboutissent à des impasses quand elle n’est pas pensée comme un processus démocratique. C’est toute la leçon du XXe siècle. C’est en ce sens que la planification de la transition écologique et sociale peut servir de boussole de transformation. Loin d’une étatisation de l’économie et d’une centralisation des décisions, la planification peut prouver son efficacité si elle s’insère dans le processus de socialisation, c’est-à-dire de remise dans les mains de collectifs de travailleurs et de citoyens des décisions d’orientation de la vie collective.

"Les chemins de la révolution aboutissent à des impasses quand elle n’est pas pensée comme un processus démocratique. C’est toute la leçon du XXe siècle."

L’épidémie du Covid-19 a mis sur la table ce qu’on croyait impossible : distinguer les besoins essentiels des futiles ou nocifs, et donc désigner quelles sont les activités les plus utiles à la société : produire du soin par des soignants ou de la publicité par des agences de com, produire de l’éducation par des enseignants ou de l’e.commerce sur des plateformes, mener de la recherche scientifique ou de la spéculation par des traders ? En bref, le confinement vient de prouver que la vraie richesse, ce n’est pas la marchandise et sa valeur d’échange, mais la valeur d’usage des biens et services essentiels.

 

La crise sanitaire mondiale actuelle ne met-elle pas également en évidence la nécessité d’une réponse universelle concrète, en opposition à la dérive mortifère du capitalisme ?

Jean-Marie Harribey. La mondialisation capitaliste est en cause. Elle a abouti à un désastre social, écologique, économique et aujourd’hui sanitaire. Et elle nous menace de déflagrations géopolitiques, voire guerrières. Tout ce qu’elle a construit doit être démantelé : circulation effrénée des capitaux, marchés dérégulés, droits fondamentaux de la personne humaine bafoués, notamment ceux des migrants. L’heure est à la construction de solidarités et de coopérations aux échelons régionaux, à la restauration d’une régulation internationale sous l’égide de l’ONU, dont les décisions doivent être respectées. Les scientifiques donnent l’exemple d’une coopération pour le « bien commun » : c’est le cas des climatologues du Giec, c’est celui de tous les virologues qui échangent en ce moment leur savoir librement, hors de toute contrainte de brevets lucratifs.

Entretien réalisé par Jérôme Skalski

 

 

La valeur et l’inestimable

Auteur ou coauteur d’une vingtaine d’ouvrages dont le Trou noir du capitalisme. Réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie pour ne pas y être aspiré, publié aux éditions Le Bord de l’eau, en ce printemps, Jean-Marie Harribey, économiste et maître de conférences honoraire, a coprésidé l’association Attac de 2006 à 2009. Coprésident de son conseil scientifique depuis 2014 et membre de l’association des Économistes attérés, il a créé et anime la revue les Possibles.

 

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:53

 

Accaparement des richesses, marchandisation des services publics, perte de souveraineté industrielle… Les boussoles du président ont affaibli le pays face au coronavirus. Le tout au nom d’une recherche de rentabilité déshumanisée. La preuve en 7 méfaits capitaux.

La crise du coronavirus aurait pu être moindre en France. Plusieurs choix politiques ont rendu le pays plus fragile face à ce défi, aggravant les dégâts et conséquences. Il y a bien sûr les coups portés à l’hôpital et à la recherche publics, en état de crise avant l’arrivée du virus, sans oublier le refus d’améliorer la situation dans les Ehpad. Le tout au nom d’une recherche de rentabilité déshumanisée. Il y a la détérioration de notre souveraineté industrielle, douloureusement mis en lumière avec la gestion erratique de stocks de masques. L’austérité budgétaire, couplée à une volonté de jouer toujours plus selon les règles de la compétition internationale, a amené le pays à délocaliser et à s’affaiblir. Il y a enfin l’objectif de détruire toujours plus l’État providence et les solidarités, en baissant les aides sociales et la fiscalité sur les plus fortunés. Autant de choix, déjà dénoncés à l’époque, dont la dangerosité est décuplée en tant de crise.

 

1 Masques : la pénurie qu’on a laissée venir

La pénurie de masques que vit l’Hexagone n’était pas une fatalité. En 2009, pour prévenir l’épidémie de grippe H1N1, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot commande 1 milliard de masques chirurgicaux et un peu plus de 700 millions de masques FFP2. Mais, en 2011 et 2013, la Direction générale de la santé décide de ne pas reconstituer les réserves de masques, notamment les FFP2, jugés trop coûteux. Malgré un rapport sénatorial de 2015 pointant les risques sanitaires, la politique de gestion restera inchangée. « À partir de 2011, après la grippe H1N1, il a été décidé que nous n’avions plus de besoin de stock de cette nature, car les productions mondiales étaient suffisantes pour assurer le coup en quelque sorte, en cas de pandémie », explique la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. La Chine, notamment, devait assurer l’essentiel de la demande française en cas d’épidémie. Résultat, en décembre 2019, la France ne disposait que de 140 millions de masques face au coronavirus.

 

2 Des secteurs stratégiques délocalisés

Le cas des masques témoigne de la dépendance de l’économie française aux productions de pays où la main-d’œuvre est moins chère. Emmanuel Macron a lui-même admis devoir relocaliser des emplois pour regagner en souveraineté économique et sanitaire. Sacré retournement de veste de la part de celui qui, ministre, a autorisé nombre cessions d’actifs d’entreprises stratégiques françaises, à commencer par la branche énergie d’Alstom à General Electrics, ou d’Alcatel-Lucent à Nokia. Dans le secteur médical, on attend une décision quant à la liquidation prochaine de l’entreprise Peters Surgical, à Bobigny. L’activité du site, qui produit des sondes pour les services de réanimation, doit être délocalisée en Inde cet été.

 

3 Saignées pour l’hôpital public

Ceux qui portent au rang de « héros » le personnel hospitalier sont les mêmes qui votent les budgets austéritaires qui sapent leurs ressources et ont ignoré leur mobilisation tout au long de l’année écoulée. La loi de financement de la Sécurité sociale votée en 2019 a supprimé la compensation par l’État des pertes de financement de l’assurance-maladie dues aux baisses de cotisations. Cette perte de financement a eu des traductions matérielles immédiates. En 2018, 4 172 lits d’hospitalisation complète avaient déjà été supprimés en France. Le pays fait figure de mauvais élève face à un voisin comme l’Allemagne, qui dispose de 6 lits de soins aigus pour 1 000 habitants, contre 3 pour l’Hexagone. La cure frappe aussi le personnel : 400 postes d’infirmiers restaient vacants en 2018, uniquement sur les Hôpitaux de Paris. Avec des bas salaires peu valorisés, l’hôpital public peine aussi à être attractif face aux cliniques privées et professions libérales.

 

4 Une rétention administrative indigne

Promulguée en 2018, la loi asile et immigration durcit la politique migratoire française et augmente la durée légale pendant laquelle un étranger peut être écroué dans un centre de rétention administrative (CRA) de 45 à 90 jours. Elle maintient aussi la possibilité d’y enfermer des mineurs. Mais elle ne prévoit pas d’améliorer les conditions de rétention, régulièrement critiquées pour cause de promiscuité et d’absence d’intimité. En pleine pandémie, difficile de respecter la « distanciation sociale » quand on dort à deux dans 9 mètres carrés. Il n’y a « pas de masque, pas de savon pour se laver régulièrement les mains » et on déplore « une absence totale de gel hydroalcoolique », pointe Cyrille de Billy, secrétaire général de la Cimade. En résulte un désastre sanitaire. La demande des associations de fermer tous les CRA, appuyée par le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a été rejetée.

 

5 Les ressources fiscales asséchées

Attractivité. C’est le maître mot de la politique fiscale de la Macronie, qui se vante d’attirer à nouveau les investisseurs sur le sol français. Au prix de cadeaux fiscaux qui manquent cruellement aux recettes de l’État – particulièrement lorsqu’il doit débourser un plan d’urgence à 110 milliards d’euros. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), créé sous François Hollande puis pérennisé sous forme d’allègements de cotisations par Macron, a coûté 100 milliards d’euros à l’État entre 2012 et 2019, pour une très faible création d’emplois. La suppression de l’ISF et la flat tax sur les produits financiers représentent un manque à gagner annuel de 4,5 milliards pour les finances publiques. Contre-productif, à l’heure des plans de sauvetage et de relance.

 

6 Les aides sociales dans le viseur

Un « pognon de dingue ». Voilà comment Macron résume les aides sociales, qu’il malmène depuis 2017. Pourtant, plus d’un Français sur cinq basculerait dans la pauvreté s’il n’y avait pas le RSA, les minima sociaux, les prestations familiales, les allocations logement. Pas de quoi émouvoir le président, qui veut fusionner ces aides pour les réduire. Et faire plus de pauvres, particulièrement démunis face au coronavirus, sur le plan sanitaire et financier. La Macronie, qui a déjà baissé les aides personnalisées au logement (APL) sitôt élu et gravement affaibli le logement social, voulait aussi réduire les droits des chercheurs d’emploi en sabrant l’assurance-chômage. Le coronavirus lui a fait faire machine arrière. Tout comme pour la suppression de 1 000 euros d’APL pour 1,2 million de ménages. Reste que, depuis 2017, nombre d’aides et de pensions n’ont pas été indexées sur l’inflation, à tel point que, pour l’année 2020, le gouvernement s’est fait retoquer sa copie par le Conseil constitutionnel.

 

7 Manque de crédits pour la recherche publique

Si tous les grands laboratoires pharmaceutiques se sont lancés dans une course effrénée pour trouver un vaccin contre le coronavirus, potentielle poule aux œufs d’or, les « Big Pharma » s’étaient jusqu’ici désintéressés de la recherche contre les maladies infectieuses, jugée peu rentable. D’où l’importance de la recherche publique, capable de mener des investissements de long terme. Or, en France, les politiques pour favoriser ce secteur, comme le crédit d’impôt recherche, sont tournées vers le privé. Quant aux efforts de recherche publique sur les coronavirus, ils ont été minés par la fonte des crédits. Les chercheurs du public sont de plus en plus soumis à la logique des appels à projets pour obtenir des financements au coup par coup, plutôt que réguliers. Or, ceux-ci sont chronophages et rognent sur les études de long terme. La loi de programmation pluriannuelle de la recherche devait renforcer cette tendance. Pour le moment en suspens, elle a provoqué un mouvement de grève des chercheurs et universitaires début mars.

 

Cyprien Caddeo et Aurélien Soucheyre

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 15:34
 Fabien Roussel à l'Assemblée nationale: Il est temps de mettre à contribution la finance et le capital car leurs réserves sont énormes !
PLFR : Il est temps de mettre à contribution la finance et le capital car leurs réserves sont énormes ! (Fabien Roussel)
 
Projet de loi de finances rectificatif n°2 CMP -  jeudi 23 avril 2020
 
Intervention de Fabien Roussel – Gauche Démocrate Républicaine (député PCF du Nord, secrétaire départemental du PCF)
 
 
Cette pandémie révèle chaque jour un peu plus l’écrasante responsabilité de notre modèle économique, du poids de la finance, des logiques de profits qui ont prospéré sur l’exploitation des Hommes et de la planète.
Nous avons été bien seuls, avec d’autres, ces dernières années à alerter sur la déshumanisation de la société, sur les risques écologiques ou sur la casse de nos services publics, notamment celui de la santé.
Et aujourd’hui, tout le monde y va de sa petite note pour dire qu’il faut tout changer. Tout le monde veut plus de souveraineté économique, d’industrie, de service public, et nos soignants sont devenus des héros.
Mais comment voulez-vous être crédibles quand il y a tant de revirements!!
Alors, quand nous avons à débattre d’un plan d’urgence pour le pays, doté de 110 milliards d’euros, - excusez du peu - permettez que nous soyons exigeants.
110 Milliards d’euros, ce n’est pas une paille ! Nous aurions aimé pouvoir en bouger les lignes, tous ensemble, pour répondre à l’urgence tout en préparant le monde d’après.
Un amendement communiste, républicain, oserai-je, prévoyait d’interdire les aides aux multinationales logées dans les paradis fiscaux. Adopté au Sénat, il est rejeté à l’Assemblée !
Un autre, proposait une taxe sur les assurances permettant de récupérer 1,9 milliard d’euros pour venir en aide à nos petites entreprises : rejeté aussi !
L’urgence, c’était de pouvoir apporter une aide à toutes celles et ceux qui sont ou qui vont tomber dans la pauvreté. Or il n’y a eu aucun débat sur ce sujet. Nous savons juste que ça sera 880 millions de crédits sur
un total de 110 milliards.
L’urgence, c’était d’aider ces salarié-es qui perdent 16% de leur salaire, les pourboires et les primes, qui subissent les hausses des prix et voient leurs factures augmenter.
L’urgence, c’était aussi d’augmenter le fonds de solidarité pour que 100% des demandes des TPE-PME impactées soient satisfaites, dont celles des artisans sans salarié ou les entreprises ayant 11 à 20 salariées. Au contraire, vous allez être bien généreux avec les grandes entreprises : 20 Milliards de crédits, mais nous ne savons pas qui est concerné et à quelles conditions. Le débat viendrait après coup !
 
Mais nous savons déjà que Luxfer, Famar et d’autres ne sont pas concernées.
Aucun amendement accepté visant à conditionner ces aides en faveur d’objectifs sociaux ou environnementaux. Comme si la revendication du MEDEF, qui a votre oreille, et qui se permet de vous demander ouvertement de repousser la transition écologique, était déjà entendue.
L’urgence, c’était enfin d’apporter une aide plus importante aux territoires ultra marins qui dénoncent le fossé entre vos discours et la réalité des aides apportées.
L’autre absence de ce texte, ce sont les recettes fiscales, introuvables alors que le pays s’apprête à débourser 110 milliards. Qui va payer Monsieur le ministre ?
C’est la dette dites-vous. Mais à la fin qui va payer la dette ? Ses intérêts ? Le gouverneur de la Banque de France comme le Patron du Medef l’annoncent déjà: « il faudra rembourser cet argent » dit l’un et « il
faudra travailler plus » dit l’autre !! Nous, nous demandons que La Banque centrale européenne annule une partie des dettes publiques qu’elle détient et qu’elle finance directement les investissements des Etats comme cela commence à se faire dans d’autres pays.
Ce n’est pas aux peuples de payer la crise, surtout quand ils en subissent déjà les effets dramatiques aujourd’hui !
Oui les traités européens sont dépassés par cette crise, contaminés par le virus. Il est temps d’en écrire de nouveaux, respectueux des peuples, de leur souveraineté et organisant la coopération entre les nations plutôt que la concurrence libre et non faussée !
Enfin, la mobilisation de toute la nation est essentielle, et pas seulement celle qui travaille.
Il est temps de mettre à contribution la finance et le capital dans le redressement du pays car leurs réserves sont énormes !
Les 358 000 familles les plus riches détiennent un patrimoine qui s’élève à 1028 milliards d’euros !
Les assurances ont des réserves de plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Les impôts sur les revenus financiers sont plafonnés à 30%.
Les banques continuent en ce moment même à se gaver des intérêts que nous leur versons : 36 milliards d’euros encore cette année dans le budget de l’Etat !!
C’est pourquoi nous vous avions demandé de mettre des critères à l’utilisation de l’argent public, de rétablir l’ISF, de rétablir un juste impôt sur les revenus financiers, de taxer la spéculation, de donner plus de pouvoirs aux salarié-es dans les entreprises. Et vous avez tout rejeté en bloc.
Oui avec vous, le monde d’après n’est pas pour demain !
Pour toutes ces raisons, les députés communistes votent contre ce projet de loi de finance. D’autres députés du groupe GDR, ultra marins, s’abstiennent.
 
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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 06:26
Madame la ministre du Travail, retirez intégralement la réforme de l’assurance chômage ! - Députés communistes, 22 avril 2020

Lire aussi:

André Chassaigne demande le retrait total de la réforme de l’assurance chômage à Muriel Penicaud, ministre du travail

 

Communiqués de presse - Députés communistes

Madame la ministre du Travail, retirez intégralement la réforme de l’assurance chômage !

Dans le contexte de crise sanitaire et face à la crise économique qui s’annonce, notre groupe a demandé ce jour par courrier à la Ministre du Travail le retrait intégral de la réforme de l’assurance chômage. La situation de l’emploi est particulièrement préoccupante et nous devons nous attendre à une forte hausse du chômage dans les prochains mois.

Si des premières décisions ont été prises par le Gouvernement pour suspendre certaines mesures (report au 1er septembre des nouvelles règles d’indemnisation et de la dégressivité des allocations pour les cadres), le premier volet de la réforme restreignant l’accès à l’indemnisation chômage est toujours en vigueur. Il prévoit notamment un durcissement des règles d’affiliation pour les salariés qui doivent désormais avoir travaillé 6 mois sur une période de référence de 24 mois pour bénéficier d’une ouverture de droit.

Ces règles ont commencé à produire leurs effets en faisant sortir de l’indemnisation chômage des dizaines de milliers de travailleurs : intérimaires, saisonniers, travailleurs enchaînant des contrats très courts dans les secteurs de la restauration, de l’hôtellerie ou la culture... Si rien n’est fait rapidement, c’est un véritable drame social qui s’annonce.

Dans les périodes de récession économique, le droit au chômage doit au contraire être le plus large possible afin que notre modèle social joue pleinement son rôle d’amortisseur et de protection à l’égard des plus fragiles.

C’est pourquoi nous appelons le Gouvernement à retirer sans plus attendre cette réforme régressive dont le seul objectif était de faire des économies. Une nouvelle convention Unédic, négociée entre les partenaires sociaux, doit permettre d’urgence le renforcement des droits au chômage des travailleurs.

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 06:10
Christine Prunaud

Christine Prunaud

Mardi, 21 Avril, 2020 - L'Humanité
Le manque de masques et la casse de l’outil industriel

Par Christine Prunaud  Sénatrice PCF des Côtes d'Armor

Cette crise sanitaire illustre malheureusement les conséquences du déclin industriel de notre pays. Exemple le plus saisissant avec l’usine Honeywell de fabrique de masques à Plaintel (Côtes-d’Armor) pourtant rentable mais fermée en 2018.

200 millions de masques étaient produits dans cette entreprise qui a changé plusieurs fois de propriétaires mais qui ont toujours bénéficié des différentes aides publiques de l'état via le CIR ou le CICE pour laisser au final 300 salariés sur la touche.

La production a été délocalisée en Tunisie et en Chine et les outils de production ont été démantelés par un ferrailleur en février dernier alors que les signes d'une pandémie mondiale étaient plus que pressants.

Le syndicat Solidaires par son secrétaire général des Côtes d'Armor Serge Lequeau pointe très justement avec cette usine, « un condensé édifiant de tout ce que le capitalisme financier international, soutenu par des politiques néolibérales peut produire comme horreur, comme absurdité, comme aveuglement ».

En effet, des deniers publics ont servi à casser un outil industriel dont on ressent aujourd'hui l'impériosité. Ils ont aussi broyé des hommes et des femmes avec un savoir faire technique de haut niveau dans un domaine touchant à la sécurité sanitaire de tous.

Le gouvernement actuel disait encore au sujet des délocalisations il y a quelques mois : « Garder ces usines n’est pas un enjeu d’intérêt public. Laissons faire les lois du marché ! Si, un jour, nous avons des besoins, nous les importerons de Chine ! ». Mais aujourd'hui nous payons toutes et tous les prix de cette confiance aveugle dans le seul marché mondial. La France manque toujours de masques, plus de deux mois après le début de la crise. Les soignants manquent de tout et nos ministres nous demandent de faire preuve de solidarité en fabriquant des masques maison ou en faisant appel à des dons pour aider nos hôpitaux.

Comme toujours face à ce scandale, la solidarité prime avec le projet de créationd’une société coopérative industrielle qui reprendrait les activités. Cette structure reste la plus adaptée à la situation puisqu'elle permet d’associer tous les acteurs du territoire régional, à commencer par les salarié.es, mais aussi d'autres acteurs comme les structures sanitaires et médico-sociaux, ou tout collectif citoyen régionaux.... Le Conseil Départemental des Côtes d'Armor et le Conseil Régional de Bretagne ont fait part de tout leur soutien à ce projet de relance.

Mais le gouvernement par la voie de sa secrétaire d'état à l'industrie vient de doucher les espoirs en indiquant cyniquement « je sais que l'équipe est motivée. Le projet est peut-être une bonne idée mais il ya des alternatives ». Or nous constatons tous au quotidien les effets désastreux de ces alternatives.

Ainsi face au dogme néolibéral du gouvernement, c'est mon rôle de parlementaire d'accompagner cette appropriation collective des moyens de production. L'avenir est là, notre présent confiné nous le prouve bien.

Le manque de masques et la casse de l’outil industriel  - Par Christine Prunaud  Sénatrice PCF des Côtes d'Armor (L'Humanité, 21 avril 2020)

À propos de la réouverture de l’usine de fabrication de masques de Plaintel

Le contexte d’urgence sanitaire que nous connaissons au plan mondial met, aujourd’hui, particulièrement en lumière les responsabilités des décisions prises sur le plan économique et social par les États.


A l’instar de l’entreprise Luxfer dans le Puy de Dôme, unique fabricant de bouteilles d’oxygène médical en Europe, aujourd’hui en cessation d’activité, la fermeture de l’usine de fabrication de masques de Plaintel (Giffard, Dalloz puis Honeywell) en 2018 montre aujourd’hui les conséquences d’un abandon des savoir-faire et des outils industriels.

Comme pour d’autres entreprises malheureusement, ces abandons tiennent toujours à deux causes essentielles :
- la non-prise en compte des alertes des salarié·e·s et la non-anticipation des besoins industriels en matière médicale et sanitaire,
- la recherche du profit maximum et la loi du marché.

À ces causes, il faut ajouter le désengagement de l’État et des gouvernements successifs causant
irrémédiablement la chute de l’entreprise liée au marché sanitaire.

En effet, selon un article signé de Benoît Collombat et de la Cellule investigation de Radio France (1), « l’activité d’Honeywell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable. » est-il écrit dans un rapport d’audit du groupe qui conclut : « la rentabilité économique [de l’usine] est avérée mais trop faible pour les standards du groupe Honeywell ». D’où la délocalisation vers la Tunisie et la Chine. C’est à la lumière de ces causes et de ces responsabilités qu’il est nécessaire d’envisager la reprise d’une activité industrielle sur ce secteur d’activité.

- L’outil industriel est aujourd’hui cassé et inexistant. Certes, mais l’expérience montre la nécessité de « relocaliser » certaines productions « décisives » et « vitales » afin d’en garantir la maîtrise. Le savoir-faire détenu par les salariés de Plaintel est, de ce point de vue, un atout sur lequel il faut s’appuyer.

- Il est donc également nécessaire de penser un « modèle économique » qui ne soit pas sous la coupe de la seule « concurrence libre et non faussée » et de la loi du seul profit ainsi que la garantie d’une gestion des commandes et des stocks qui permettent la viabilité du projet.

- Enfin, l’expérience le montre avec une particulière acuité : cette production doit être mise sous « surveillance » démocratique afin que de telles situations ne puissent se reproduire. Cette surveillance devra être conférée aux salariés en tout premier lieu (si on les avait écoutés, nous n’en serions pas là...), mais également à la population et ses représentants au plan local (les réponses du ministère de l’Économie sur le caractère « non stratégique » de l’entreprise sont lourds de conséquences).

La relance de l'activité engage la responsabilité de l’État à qui une part essentielle des productions de la nouvelle entreprise sera destinée. Il doit veiller à la mise à disposition des financements nécessaires à la reprise de l'activité, par l'intermédiaire de Banque Publique d’Investissement France. La Banque de France doit déclarer cette avance de fonds éligible au refinancement de la Banque Centrale Européenne au taux de - 0,75 %, actuellement pratiqué pour ses refinancements de long terme ciblés.

Nous sommes déterminés à nous associer à la recherche de solutions avec toutes les parties qui s’engagent pour construire un projet répondant aux besoins sanitaires en France.

Christine Prunaud - Sénatrice des Côtes d’Armor
Cinderella Bernard - Présidente du groupe des élus communistes au Conseil départementall
Christiane Caro – Membre de la commission nationale santé du PCF
Yannick Le Cam – Secrétaire de la fédération du PCF des Côtes d’Armor

Saint-Brieuc, le 13 avril 2020

(1) L’usine bretonne qui alimentait la France en masques : histoire secrète d’un saccage industriel - Par Benoît
Collombat et Cellule investigation de Radio France - 03/04/2020

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 06:01
Grand âge. La bataille invisible pour éviter le pire dans les Ehpad (L'Humanité, Eugénie Barbézat, 21 avril 2020)
Grand âge. La bataille invisible pour éviter le pire dans les Ehpad

Les médecins et les soignants des établissements pour personnes âgées se sont organisés pour pallier les retards de l’exécutif et parvenir à endiguer une épidémie qui va encore faire des victimes dans les rangs des résidents.

 

Depuis quelques jours, la communication gouvernementale semble se concentrer sur le désengorgement des hôpitaux, éludant le nombre de morts quotidiens qui reste élevé, y compris dans les Ehpad. Ces établissements où résident des personnes âgées dépendantes, longtemps oubliées des statistiques, ont pourtant été le théâtre d’une flambée de l’épidémie. Même si les situations diffèrent d’un établissement et d’une région à l’autre, quand le virus pénètre dans un Ehpad, on constate en moyenne 30 % de décès chez les résidents et 50 % du personnel atteint par la maladie. La moitié des établissements de l’Hexagone étant touchés, la gravité de la situation ne fait plus de doute.

Pascal Champvert, le président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), refuse d’être alarmiste car « la peur de la maladie pourrait avoir des conséquences désastreuses et 98 % des personnes âgées placées en établissement seront épargnées ». Mais il ne nie pas l’importance du nombre de victimes. « D’autant plus qu’il n’y a aucune statistique officielle pour les personnes âgées mortes à domicile du Covid-19 », tient-il à souligner. Pour le docteur Gaël Durel, président de l’Association nationale des médecins coordonnateurs du secteur médico-social (Mcoor), les décès dus au Covid-19 sont largement sous-estimés dans ces lieux. « Il faut au moins les multiplier par 1,3 puisque nous ne sommes autorisés à déclarer morts par Covid que les résidents testés positifs. Sachant que les tests ne sont pas fiables (30 % environ sont de faux négatifs) et que la consigne reste de ne tester que les trois premiers cas. Les autres sont automatiquement suspectés d’être Covid mais ne sont pas considérés comme tels s’ils décèdent ! » s’indigne-t-il. Indignation partagée par sa collègue Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad (Ffamco), qui peste contre la plateforme censée recenser les décès. « Elle fonctionne un jour sur deux. Du coup, on déclare quand et comme on peut. L’État pourrait quand même nous donner des outils corrects pour compter nos morts… »

Des situations catastrophiques dans tout l’Hexagone

Apparemment, protéger les 725 000 résidents en Ehpad et les 250 000 soignants qui s’occupent d’eux ne semblait pas une priorité. Alors même que les hôpitaux étaient saturés dans le Grand-Est, les établissements de la région ont vécu des situations catastrophiques. « Des collègues m’ont raconté que le 15 leur raccrochait au nez quand ils appelaient pour une personne de plus de 80 ans : il n’y avait plus de place aux urgences. Des personnes âgées sont mortes dans des conditions effroyables, faute de médicaments de sédation en quantité suffisante et de matériel pour les aider à respirer, déplore Nathalie Mauboutguet. On n’est pas du tout équipés pour gérer des détresses respiratoires, en particulier en grand nombre et sur un temps long. On n’a pas assez de respirateurs, pas assez de réserve d’oxygène, pas de médicaments… » La docteure avoue s’être préparée psychologiquement à vivre « des situations dignes de la médecine de guerre ». Heureusement, en Gironde, où elle exerce, cela n’a pas été le cas. Pour l’instant.

Ce sont les soignants du Grand-Est qui ont alerté leurs confrères des régions moins impactées. Les agences régionales de santé ont mis, elles, beaucoup plus de temps à réagir. « Nous, les médecins, avons été les premiers à lancer l’alerte, avant même le confinement et l’interdiction des visites : certains confrères ont mis en jeu leur démission si les directeurs, qui attendaient les consignes des ARS, continuaient à ouvrir les salles de restaurant aux résidents. Il y a eu un gros retard concernant les mesures barrières dans certaines régions », regrette Gaël Durel. À la Villa Evora, à Chartres, là aussi, on a anticipé le confinement : « On a pris les devants une semaine avant les directives du gouvernement », témoigne Françoise, une aide-soignante de l’établissement. Même constat sur les masques : « En récupérer a été notre premier combat, se souvient Nathalie Maubourguet. Au départ, seuls les soignants des hôpitaux étaient prioritaires. On a été un peu oubliés. » Si, aujourd’hui, les masques sont disponibles en quantité suffisante, des difficultés de distribution persistent dans certaines régions et il manque toujours certains équipements comme les charlottes, les lunettes, etc. « C’est surtout la solidarité des communes et des entreprises qui a permis de faire face dans beaucoup d’endroits », précise Gaël Durel.

L’entraide et la débrouille ont été à l’œuvre à peu près partout. Certaines équipes ont même décidé dès le début de l’épidémie de rester confinées avec leurs résidents pour les préserver. D’autres ne comptent plus leurs heures : « Parmi les soignants, aucun n’a déserté, souligne Nathalie Maubourguet. Les jeunes femmes qui travaillent dans les établissements dont je m’occupe sont formidables. Elles déploient une énergie fantastique alors même que les tâches à accomplir se sont multipliées. » Servir les repas en chambre en veillant à ce qu’ils arrivent chauds, aider les personnes atteintes d’Alzheimer, qui ont l’habitude de déambuler, à rester dans leur chambre, initier les résidents et parfois même leurs enfants, qui ne sont plus tout jeunes, aux nouveaux outils de communication… autant de travail supplémentaire qui met les équipes à rude épreuve.

« Ne voir personne, c’est un peu comme être déjà mort »

« Nos taux d’encadrement ne nous permettent pas de travailler correctement en temps normal, alors imaginez en temps de crise, résume Gaël Durel. Depuis trente ans, notre politique de santé oublie les Ehpad, on le paye cruellement aujourd’hui. Il a fallu enfermer dans leur chambre des gens qui le supportaient mal, avec des conséquences psychologiques importantes car personne n’était disponible pour passer un peu de temps avec eux. Ce confinement a eu des conséquences en termes de santé : anorexie, dépression, décompensation, comportements s uicidaires… S’ils ne meurent pas du Covid, ils vont mourir du confinement. Et ils seront totalement ignorés. »

Les effets de l’isolement peuvent en effet être dramatiques, comme le confirme Diane Levesque, administratrice d’une association de bénévoles qui intervient dans cinq établissements du Finistère. « Comme il n’y a pas de malades pour l’instant, on a beaucoup de mal à faire admettre des mesures de prévention à des personnes pour qui c’est uniquement le moment présent qui compte : un sourire, un moment partagé. Pour ceux à qui j’ai pu parler, rester dans leur chambre sans voir personne, c’est un peu comme être déjà morts. »

Du côté des familles, l’inquiétude gagne également. « Pendant toute une semaine, je n’ai pas pu parler à ma mère, raconte Didier. Personne ne décrochait, ni dans sa chambre, ni à l’accueil. » Inquiet, le fils de cette dame, qui vient de fêter ses 89 ans, appelle la direction. Là, il apprend que sa mère est « probablement atteinte du Covid-19 ». Un résident de son établissement situé dans l’agglomération nantaise est décédé après avoir été infecté par le virus. Très inquiet, Didier a très peu de nouvelles. Sa mère, désorientée et affaiblie, s’exprime très peu et le médecin n’a pas été très rassurant.  « Il a simplement demandé si, en cas d’aggravation, la famille souhaitait ou pas qu’elle soit transportée à l’hôpital pour être placée en réanimation. Mon frère et moi n’avons pas su quoi répondre. Nous avons dit au médecin de faire ce qu’il estimait le mieux pour elle… »

Après la crise, il faudra tirer des leçons de cette épidémie

Pour pallier le désarroi des résidents enfermés et des familles qui ne peuvent assister aux derniers moments de leurs parents à cause des procédures sanitaires très strictes, Pascal Champvert préconise « l’embauche massive de psychologues, pour maintenant et pour après ». Le président de l’AD-PA estime aussi qu’un geste symbolique pourrait être fait : « Nommer un ministre des personnes âgées, cela augurerait une meilleure prise en compte de leurs problématiques spécifiques pour l’avenir. » S’il n’a pas encore été entendu à ce sujet, Pascal Champvert semble avoir eu l’oreille de l’exécutif, auprès duquel il a plaidé depuis plusieurs semaines pour que les bénévoles et les familles puissent de nouveau entrer dans les Ehpad « avec, bien sûr, des dispositifs adaptés ». Chez les médecins coordonnateurs, on prend aussi des initiatives : « Malgré le confinement, j’ai demandé à un kiné de revenir au sein d’un établissement, explique ainsi Nathalie Maubourguet. Sans cela, certains résidents risquaient de ne plus jamais pouvoir marcher… »

De l’avis de tous, après la crise, il faudra tirer des leçons de cette épidémie. Le fait que les soignants se soient vus reconnus leur a fait prendre conscience de l’utilité sociale de leur métier. « Il y a une humanité qui est encore plus importante que d’habitude. Le directeur lui-même est là tous les jours depuis un mois. On est tous très solidaires, à tous les niveaux. Il y a un climat de confiance, de rapprochement, qui est vraiment important », se félicite Françoise, 63 ans, aide-soignante depuis vingt-neuf ans à la Villa Evora de Chartres. Bien sûr, il faudra aussi que cela se traduise sur les feuilles de paye. « Pour des personnels qui gagnent à peine le Smic, une prime ne suffira pas », note Pascal Champvert. Quant à Nathalie Maubourguet, elle ne peut imaginer que rien ne change. « Nous avons démontré que ce sont les gens de terrain qui ont réussi à endiguer l’hémorragie dans les Ehpad. Il va falloir enfin nous faire confiance. Et arrêter de soumettre nos budgets à des contraintes bureaucratiques qui amputent le temps précieux que nous devrions consacrer à nos résidents. »

Eugénie Barbezat
 
Un droit de visite pas encore effectif

Deux heures quinze de conférence de presse… et une seule information concrète. Dimanche, Édouard Philippe et Olivier Véran ont annoncé le rétablissement, à partir du lundi 20 avril, d’un «  droit de visite pour les familles » dans les Ehpad et les établissements accueillant des personnes en situation de handicap. Dans des conditions « extrêmement limitées », de façon « très encadrée », a précisé le ministre de la Santé. Comment ? « Ce sera à la demande du résident », avec « pas plus de deux personnes de la famille » et « sous la responsabilité des directions d’établissement », a énuméré M. Véran. Bien sûr, les contacts physiques resteront proscrits. L’AD-PA, Association de directeurs d’Ehpad, a salué cette décision du gouvernement, « très encourageante, compte tenu du nécessaire prolongement du confinement sur les semaines à venir ». Et souhaité que les nouvelles modalités puissent être « adaptées » aux visites de kinésithérapeutes et de bénévoles « pour préserver et accompagner l’autonomie à la marche et le temps de vie sociale ». Concrètement, rares étaient hier les Ehpad en capacité de rendre effectif ce droit de visite, la plupart réclamant du temps – et du matériel –, pour pouvoir le mettre en place. Samedi, le département du Bas-Rhin avait déjà annoncé son intention de permettre aux familles de rendre visite aux personnes âgées hébergées en Ehpad.

 
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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 05:52
L'OFCE et l'Insee estiment l'impact économique de la crise du coronavirus: un coût de 125 millards pour la France, le risque de 400 000 chômeurs en plus (L'Humanité, 21 et 24 avril 2020)
Mardi, 21 Avril, 2020
Première estimation du coût de la crise pour la France : 125 milliards et 400 000 chômeurs de plus selon l’OFCE

L’OFCE publie une sorte de portrait-robot économique de la France confinée. Bilan : une perte de revenus vertigineuse pour les entreprises, l’État et les ménages.

On savait que la France traversait une récession sans précédent. Il restait à chiffrer le montant de la facture pour chaque catégorie de la population, et c’est ce que l’OFCE (organisme de prévision affilié à Sciences-Po) s’attache à faire dans sa dernière publication. Il s’intéresse à trois catégories d’agents économiques : les ménages, les entreprises et les administrations publiques (ou APU, c’est-à-dire l’État, les collectivités territoriales, la Sécu, etc.). Huit semaines de confinement leur coûteraient la bagatelle de 125 milliards d’euros.

Augmentation du taux d’épargne... pour certains

57 % des pertes seraient supportées par les APU (72 milliards), qui doivent financer le plan de sauvetage de l’économie décidé par le gouvernement : chômage partiel, fonds de solidarité, etc. Les entreprises soutiendraient, quant à elles, 35 % de l’ensemble des pertes (soit 44 milliards) et les ménages « seulement » 8 %, mais pour un montant malgré tout substantiel : 9 milliards d’euros, soit environ 400 euros de moins par ménage en moyenne sur la période ! Cette chute s’explique notamment par l’absence de compensation financière intégrale de certains dispositifs. Par exemple, environ 1,2 million de salariés et 100 000 travailleurs non salariés ont dû prendre des arrêts de travail pour garde d’enfants, selon les estimations de l’OFCE, ce qui se traduirait par une perte nette de revenu d’environ 600 millions d’euros.

Un certain nombre d’analystes s’émeuvent, depuis quelques jours, d’une augmentation en flèche du taux d’épargne des ménages. Selon l’OFCE, les Français pourraient cumuler environ 55 milliards d’euros d’« épargne forcée » (c’est-à-dire de l’argent non dépensé en raison d’un empêchement à consommer), mais il faut rappeler que ce phénomène est très inégalitaire : un cadre supérieur sans enfant épargnera bien davantage qu’un smicard qui doit payer les repas de ses enfants privés de cantine…

Le risque d’une spirale récessive

La note de l’OFCE cherche également à examiner les effets de la crise sur le marché du travail. Et malgré tous les filets de sécurité (chômage partiel, fonds de solidarité, report du paiement de cotisations sociales, etc.), le choc pourrait être brutal. Selon les économistes de l’organisme, la France pourrait compter 400 000 chômeurs supplémentaires à l’issue du confinement. Ce chiffre, à prendre avec précaution évidemment, intègre les licenciements (au moins 220 000 personnes, selon les estimations), les fins de période d’essai, les fins des contrats courts, etc. Il ne faut pas oublier les salariés qui verraient leur contrat interrompu pendant la période d’essai mais sans pouvoir bénéficier du chômage et qui seraient obligés de s’inscrire au RSA (60 000 personnes, selon l’OFCE).

Toute la question est de savoir dans quel état le pays sortira du confinement et quelles seront les politiques publiques mises en place afin de relancer la machine. L’OFCE se demande par exemple comment l’État compensera les pertes d’exploitation subies par les entreprises et s’il exigera le remboursement des montagnes de créances accumulées (non-paiement des cotisations sociales). « Le risque est grand de voir s’enclencher une spirale récessive dont les mécanismes sont très habituels, craint l’OFCE. Faillites et réduction de l’emploi conduiront à une réduction du revenu des ménages qui alimentera la réduction de l’activité. »

Il faudra donc venir en aide aux entreprises, mais pas n’importe comment : l’organisme préconise un soutien ciblé, en fonction notamment des pertes effectivement subies.

Vendredi, 24 Avril, 2020 - L'Humanité
Statistiques. L’économie française placée « sous anesthésie »

L’Insee chiffre à 35 % la chute de l’activité. La convalescence s’annonce longue et douloureuse.

 

Difficile de renouveler les expressions imagées pour dépeindre l’étendue de la crise que nous traversons. Temple de la statistique publique, l’Insee s’est mue en médecin de famille pour ­diagnostiquer que, « comme un organisme placé sous anesthésie, l’économie française n’assure plus que ses fonctions vitales. Les mesures de soutien budgétaire aux entreprises et aux ménages visent notamment à favoriser les conditions du réveil – dont on sait qu’il ne sera que très progressif – puis de la convalescence ».

Dans sa note de conjoncture publiée ce jeudi, l’Institut national remarque que les données administratives classiques consolident l’état des lieux dressé empiriquement fin mars. Au 23 avril 2020, l’activité économique globale est en baisse de 35 % par rapport à la normale. Si l’industrie et le BTP ont un peu relevé la tête du fait de quelques réouvertures d’usines ou de chantiers (- 39 % au 23 avril contre - 43 % au 9 avril pour la première, - 79 % contre - 88 % pour le second), les branches agricoles ont perdu un peu de terrain (- 13 % contre - 10 %) et le secteur marchand (hors loyers) est stable dans sa chute (- 49 %). Quant à la consommation des ménages, malgré un léger rebond des paiements par carte, elle s’est contractée d’un tiers de sa normale. Or, ceux-ci comme les entreprises auront à payer la note, même si la hausse spectaculaire du déficit public amortit la majorité du choc lié à la considérable perte de revenu national.

Dans cette note cataclysmique, l’institut a laissé un petit commentaire :  « Ce choc se distingue par sa soudaineté et par son ­ampleur, qui découlent directement de sa nature très singulière : la mise à l’arrêt “volontaire” – faute de mieux pour lutter contre l’épidémie – d’une large partie de l’économie. » Aux futurs électeurs et aux historiens de se faire un avis sur la gestion de cette crise par le pouvoir en place !

Stéphane Guérard
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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 12:07
Les sénateurs communistes viennent de faire adopter un amendement sur l’interdiction des aides d’Etat aux entreprises résidant dans des paradis fiscaux !

Les sénateurs communistes viennent de faire adopter un amendement sur l’interdiction des aides d’Etat aux entreprises résidant dans des paradis fiscaux !
Vivement le passage à l’Assemblée.. !

Glenn Le Saoût

" Nous débutons le débat en séance sur le projet de loi de finances rectificatif.Nous allons défendre des amendements visant à solliciter la contribution des hauts patrimoines,des dividendes,des compagnies d’assurance,des revenus les plus élevés...au nom de la solidarité et de la justice fiscale.
Dans le même esprit un amendement proposera le refus des aides d’argent public aux entreprises qui ont des liens avec les paradis fiscaux...
À suivre....

Dans le cadre du débat au Sénat sur le projet de loi de finances rectificatif,adoption contre l’avis du Gouvernement et de la Commission des Finances d’un amendement visant à empêcher le versement d’aides publiques à des entreprises ayant des liens avec les paradis fiscaux...
Amendement identique déposé par les centristes,les indépendants et le groupe communiste,républicain,citoyen et écologiste" .

Page Facebook d'Eric Bocquet

 

#COVID19 #PLFR2

110 milliards d'€ d'argent public
Aucune recette
Aucune contribution des plus riches ni des actionnaires
Des aides insuffisantes pour la population
Le logiciel libéral confirmé

➡️ Voilà pourquoi nous votons CONTRE ce nouveau plan d'urgence, comme le souligne Pascal Savoldelli.

❗️Sénat: rejet d'une aide d'urgence aux plus défavorisé.e.s❗️
Irresponsabilité et irrespect du gouvernement et de la droite!

Dans le cadre de l'examen par le Sénat du 2ème Projet de Loi de Finances Rectificatif, j'ai déposé au nom du groupe CRCE un amendement proposant d'accorder 300€ en urgence, au bénéfice des personnes et ménages les plus fragilisés par les impacts de la crise sanitaire du Covid19.

Alors que pour faire face aux multiples conséquences de la pandémie en cours, nous débattons d'un PLFR qui engage 110 milliards d'euros d'argent public, notamment pour soutenir les conditions de la reprise de l'activité des entreprises, le gouvernement et la droite via le rapporteur général LR de la commission des finances ont en une fraction de secondes émis un avis défavorable à notre amendement, sans argument aucun. « Circulez, Il n’y a rien à voir ! ».

Au moment même où les ménages populaires sont confrontés par exemple à une explosion du coût des dépenses alimentaires de 9% pour les seuls fruits et légumes et à d’autres coût de la vie qui creusent les inégalités. C'est indécent ! C’est irresponsable et irrespectueux !

 

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 11:53
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