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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 08:08

 

L'Humanité - Vendredi 13, Samedi 14, Dimanche 15 novembre 2020

Entretien de Fabien Roussel avec Julia Hamlaoui

Face aux crises qui frappent le pays, le PCF entend se donner les moyens de concourir à la présidentielle, explique son secrétaire national, Fabien Roussel. Une décision à laquelle il se prépare mais qui n’est pas encore prise. 

ENTRETIEN.

 

Cinq ans se sont écoulés depuis les attentats du 13 novembre 2015. Alors que la France est frappée par une série d’attaques, quel sens doit prendre cette commémoration ?

FABIEN ROUSSEL Les attentats du Bataclan, ces six attaques au cœur de Paris, leurs 130 morts et 413 blessés ont marqué le pays, et le marqueront pendant longtemps. Se remémorer cette date, c’est remettre en perspective les dizaines d’attaques qui ont eu lieu depuis jusqu’à celles qui ont frappé le professeur Samuel Paty et les trois personnes tuées dans la basilique de Nice. La menace terroriste existe, il est impossible de la nier, et il faut s’y attaquer. Mais la menace est double. Elle vient à la fois de ceux qui défendent l’islamisme, un véritable projet politique que nous combattons, et de l’extrême droite, car les deux théorisent la guerre des civilisations, des religions. Face à cela, la République est le meilleur des antidotes.

 

La réponse du gouvernement est-elle à la hauteur des valeurs de la République qu’il met sans cesse en avant ?

FABIEN ROUSSEL La bonne réponse ne peut être que globale et surtout pas la surenchère guerrière qui est extrêmement dangereuse. Oui, il faut punir les djihadistes, leurs complices, renforcer la sécurité de nos concitoyens, mais cela ne suffira pas à faire reculer toutes les formes de fascisme qui se développent. D’autres leviers doivent être actionnés et les amalgames soigneusement évités. Nous, communistes, appelons à l’unité du peuple de France, à l’heure où tout est fait pour nous diviser et nous opposer. Pour cela, certains n’hésitent pas à user de vieilles ficelles, comme le montrent les accusations d’islamo-gauchisme. Ce sont les mêmes qu’utilisaient ceux qui, à une autre époque, voulaient faire alliance avec Hitler et traitaient les communistes de « judéo-bolcheviques ».

 

Vous préconisez d’« assécher le terreau du terrorisme ». Avec quelles mesures ?

FABIEN ROUSSEL Une citation de Jaurès est encore aujourd’hui d’une justesse incroyable : « La République doit être laïque et sociale mais restera laïque parce qu’elle aura su être sociale. » Aujourd’hui, tout le monde veut plus de République. Mais, plus que des discours, il faut des moyens exceptionnels, restaurer nos services publics, en créer de nouveaux, bref, un plan global pour que tous les citoyens jouissent des mêmes droits au logement, à la santé, à l’emploi, à la culture. C’est loin d’être le cas aujourd’hui. La République a reculé dans trop d’endroits. À commencer par l’école, malgré l’engagement des enseignants. À force de dégraisser le mammouth, il n’a plus que la peau sur les os, il faut lui redonner chair. Car c’est ici que l’on peut faire vivre ces valeurs en cultivant l’esprit critique, en partageant les connaissances, en ouvrant l’accès à la culture, au sport… Le vivre- ensemble commence par là. C’est pourquoi nous voulons au plus vite des états généraux.

En décembre, un projet de loi contre le « séparatisme islamisme » doit être présenté avec l’objectif de renforcer la laïcité. L’équilibre des dispositions actuelles doit-il être modifié ?

FABIEN ROUSSEL Depuis 115 ans, la loi de 1905 fait vivre la laïcité, la liberté de conscience de chacun, dans un équilibre fragile, difficile, et qui pourrait basculer. Nous sommes favorables au renforcement de la transparence sur le financement du culte, à de nouvelles mesures de lutte contre les appels à la haine ou encore à la scolarisation à l’école de tous les enfants dès 3 ans. En revanche, si l’État va plus loin et se mêle de l’organisation de certains cultes, cela pourrait dynamiter le principe d’égalité de traitement entre toutes les religions. De même, il serait inadmissible que ce texte fasse l’amalgame entre une religion et les attentats dont nous sommes victimes.

 

Vous évoquez une surenchère sécuritaire, qui prend place aussi sur le terrain de la laïcité. La droite, par exemple, voudrait faire interdire le voile pour les mères accompagnant des sorties scolaires. Comment réagissez-vous ?

FABIEN ROUSSEL La droite tente d’opérer une récupération politique, d’opposer nos concitoyens en fonction de leurs croyances, et de stigmatiser certaines religions, en surfant sur les thématiques de l’extrême droite. Dans ces cas-là, l’original est toujours préféré à la copie. Ce jeu est extrêmement dangereux. Nous appelons à défendre les fondements de la laïcité, qui impliquent aussi de respecter ceux qui croient. Il faut défendre bec et ongles le principe d’égalité entre femmes et hommes, et donc refuser toutes les discriminations dont les femmes sont victimes. Mais il faut s’en tenir au respect des règles républicaines en vigueur sur le port des signes religieux. Elles ne concernent pas les mamans qui ­accompagnent les sorties.

 

Sur le terrain sécuritaire, la majorité prépare une loi dite de « sécurité globale ». Qu’y oppose le PCF ?

FABIEN ROUSSEL Nous voulons faire vivre le droit à la sécurité et à la tranquillité pour tous nos concitoyens. Nous menons en ce moment même un important travail et nous présenterons nos propositions d’ici à la fin de l’année. Je peux affirmer qu’elles seront en décalage avec celles faites par la majorité et la droite, qui parlent la même langue, entre privatisation de la sécurité et atteinte à la liberté de la presse.

Ces mesures porteront sur les moyens, les missions, le lien entre polices nationale et municipale. Combien de commissariats fermés ces quinze dernières années ? Pourquoi autant d’inégalités ? Certaines villes comptent un policier pour 100 habitants, d’autres un pour 400. Cela va également de pair avec le renforcement des moyens accordés à la justice. Si les robes noires ont manifesté, c’est bien parce qu’on les a privées des ressources pour exercer leurs missions dans de bonnes conditions au nom de l’austérité.

 

La France est durement frappée par la crise sanitaire. Vous avez interpellé le premier ministre cette semaine à propos du confinement. Pourquoi estimez-vous que des mesures plus strictes sont indispensables ?

FABIEN ROUSSEL Les personnels soignants que je rencontre tirent tous la sonnette d’alarme, car les services de réanimation sont déjà saturés. La responsabilité du gouvernement est immense alors que le président de la République avait assuré le 14 juillet que nous serions prêts pour la deuxième vague. L’exécutif perd pied, se replie sur lui-même. Faute de démocratie, les mesures qu’il prend ne sont ni comprises ni admises. Cela nous coûte cher : 42 000 morts du Covid en France, contre 11 000 en Allemagne. Il a fait le choix d’un confinement libéral, doux avec les gros et dur pour les petits. Nous demandons un confinement plus juste, plus cohérent, plus lisible et qui freine vraiment la circulation du virus. Il faut le décider collectivement, y compris avec les syndicats pour déterminer les activités indispensables ou non. Malgré les démentis de la ministre du Travail, un tiers des clusters sont dans les entreprises. Et la mise en place d’une campagne de tests systématiques et d’isolement des personnes infectées est la seule véritable solution, comme le montrent les expériences menées en Asie notamment.

 

Comment parer aux conséquences sociales ?

FABIEN ROUSSEL Les ouvriers qui vont à l’usine prennent le risque d’attraper le virus. Mais si elle est à l’arrêt, ils perdent 16 % de salaire. À quand un accompagnement plus juste de la crise ? Tout le monde doit être indemnisé à 100 %, du salarié aux PME. Le gouvernement prétexte que cela coûterait trop cher. Mais il refuse de mettre à contribution le capital. Axa a distribué, en 2020, 1,7 milliard d’euros de dividendes et fait partie des assureurs qui ont refusé de prendre en charge les pertes d’exploitation. Amazon est peut-être l’entreprise qui va gagner le plus sur la crise. Les parlementaires PCF proposent d’imposer davantage les Gafa, banques et assurances pour alimenter un fonds d’indemnisation de nos PME, de nos commerçants, de nos artisans (lire notre entretien avec Éric Bocquet).

 

Votre conseil national a, la semaine dernière, lancé les travaux du 39e congrès du PCF. Alors qu’il célèbre ses 100 ans, à quels défis devra-t-il répondre lors de ce rendez-vous ?

FABIEN ROUSSEL Avec cette pandémie, nous traversons une crise de civilisation. Le retour à la normale annoncé en 2022 par Bruno Le Maire est un mensonge. Le virus accélère et décuple une crise profonde, économique, sociale, démocratique. Le congrès du Parti communiste devra en prendre la mesure et construire des réponses à la hauteur, en actualisant son projet et ses propositions, à l’aune de ces crises. Besoin d’investir dans les services publics, la transition écologique, la réindustrialisation, éradiquer le chômage et la pauvreté… cela passe inévitablement par une rupture avec le système économique actuel. C’est à ce niveau que notre 39e congrès doit placer son ambition.

 

La question des échéances de 2022, présidentielle et législatives, sera aussi à l’ordre du jour. Comment l’abordez-vous ? Le PCF aura-t-il une candidature ?

FABIEN ROUSSEL La victoire aux États-Unis de nombreux candidats du courant socialiste de Bernie Sanders, le Chili, la Bolivie… Ce sont des lueurs d’espoir dans un monde pourtant au bord du gouffre. Dans cette crise, nous voulons nous aussi porter un espoir pour le monde du travail et de la création avec un projet communiste pour la France. Nombreux sont ceux qui voudraient que le pouvoir change juste de mains en 2022. Nous, nous voulons que les travailleurs du pays reprennent la main sur leur avenir. La question de porter fortement cette ambition à la présidentielle et aux législatives est pleinement posée. Il faut donc s’y préparer, consulter, interroger nos élus pour recueillir les 500 signatures. C’est ce à quoi nous devons dès maintenant nous atteler pour pouvoir faire un choix.

 

Comment accueillez-vous la candidature de Jean-Luc Mélenchon ?

FABIEN ROUSSEL Elle n’est pas une surprise. Et ce ne sera pas une surprise non plus si nous décidons collectivement de présenter un candidat communiste. Nos concitoyens doivent avoir le choix. Est-ce que les travailleurs – les hommes et souvent les femmes en première ligne dans cette crise sanitaire méprisés par l’exécutif, les actionnaires et le Medef – seront représentés lors de ces élections ? Cette crise appelle des réponses fortes mais surtout construites avec le monde du travail. C’est notre objectif. Nous voulons proposer un changement de société en rupture avec les logiques financières de ces dernières années, pour mettre l’être humain et la planète au cœur de tous les choix.

 

Vous avez rencontré Jean-Louis Debré, qui doit remettre ce vendredi ses travaux sur la tenue des élections régionales et départementales initialement prévues en mars. La piste d’un report en juin serait privilégiée. Partagez-vous cette option ? Les discussions se poursuivent-elles à gauche ?

FABIEN ROUSSEL Au-delà de la date de l’élection, nous sommes attachés au fait de pouvoir mener campagne, de parler aux gens, de les réunir, de leur présenter un programme. Si on organise un vote, sans campagne, on risque un taux d’abstention très élevé. Donc si ce n’est pas possible, il ne peut y avoir d’élection. Mais si on doit vivre avec le virus, on doit pouvoir faire vivre la démocratie. Des solutions pour faire campagne, même par petits groupes, doivent être trouvées.

Quant aux discussions à gauche, nous les poursuivons avec l’ensemble des forces. Notre objectif est, dans les régions comme les départements, de créer les conditions d’obtenir un maximum de représentants du peuple pour défendre nos propositions et mettre en place des politiques de gauche. Pauvreté, difficultés des retraités, activités économiques, transports, climat, emplois… Avec leurs compétences, ces collectivités détiennent une partie de la réponse face à la crise. À condition de faire gagner la gauche et donc de nous rassembler puisque ce mode de scrutin nous le permet.

 

À la présidentielle, la dispersion des candidatures ne fait-elle pas courir le risque d’une élimination de la gauche ?

FABIEN ROUSSEL La dispersion des candidatures ne doit pas cacher et ne peut résumer le problème majeur : l’abstention de millions de nos concitoyens ou le dévoiement de leurs exigences dans des votes qui ne débouchent sur aucune avancée réelle pour y répondre. La question clé est celle d’unir les travailleurs dans un projet de société en rupture avec ce système économique, qui doit donc être une alternative à l’exploitation capitaliste et aux dominations. À l’heure de la crise de civilisation, plus que jamais le Parti communiste a un rôle à jouer pour ce rassemblement.

 

Fabien Roussel : « Une candidature communiste en 2022 ne serait pas une surprise » (L’HUMANITE - Vendredi 13 Novembre 2020 - Julia Hamlaoui)
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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 07:00
Onfray. Négationniste - Carbone 14 - lu dans L'Humanité cette semaine

Celui qui s'acoquine avec l'extrême-droite nationaliste, xénophobe et souverainiste dans sa revue populiste si mal nommée "Front populaire", celui qui prétend démonter dans des vidéos, des livres conspirationnistes et des interviews la "légende d'un PCF résistant", alors que son évolution idéologique le conduirait tout droit dans les fourches caudines d'un neo-petainisme (la terre ne ment pas!!!?), vient encore une fois, il y a une semaine, invité dans une émission politique à la télé, de faire l'illustration de sa légèreté historique et politique et de son anticommunisme forcené en qualifiant les communistes d'habités par une tentation antisémite.

C'est insupportable et abject! C'est un contresens absolu sur toute l'histoire du mouvement communiste, fin de la période stalinienne exceptée en union soviétique où l'antisémitisme était il est vrai présent (même le stalinisme est une déviation monstrueuse du communisme).

 Si les ondes sont ouvertes à Michel Onfray, c'est que c'est un bon idiot utile du système, qui en profite d'ailleurs largement pour ses intérêts personnels.

Lire aussi:

MICHEL ONFRAY, DE LA DEROUTE A LA DERIVE... - Jean-Emmanuel Ducoin, L'Humanité

Michel Onfray ou l'enlisement de la pensée iconoclaste dans le poujadisme des néo-réactionnaires : "Ravi" - billet de Maurice Ulrich (L'Humanité, 15 novembre 2017)

Onfray falsifie l'histoire: les communistes n'auraient parait-il commencé à résister qu'après l'invasion de l'URSS: Léon Landini, ancien résistant FTP-MOI, remet les pendules à l'heure

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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 07:00
Anicet Le Pors publie La Trace :  Il reste à reconstruire une cohérence dans la continuité de la lutte des classes (Interview d'Aurélien Soucheyre, L'Humanité, 13 novembre 2020)
Anicet Le Pors : « Il reste à reconstruire une cohérence dans la continuité de la lutte des classes»
Vendredi 13 Novembre 2020 - L'Humanité

Dans son dernier livre, la Trace, l’ancien ministre de la Fonction publique revient sur une vie d’engagement et de combats pour l’émancipation. Tour à tour météorologiste, économiste, juge de l’asile, conseiller d’État, syndicaliste CGT et membre de la direction du PCF, il livre un témoignage utile à la poursuite de la lutte. Entretien.

Vous évoquez dans la Trace (1) le témoignage social que dessine chaque individu au cours de son existence. Quel regard portez-vous sur ce que vous avez tracé du XXe au XXIe siècle, de façon collective et individuelle ?

Anicet Le Pors Nous avons vécu un XXe siècle prométhéen, au cours duquel une part importante de l’humanité a cru pouvoir dominer la nature grâce à la science et forger le destin du genre humain par la volonté rationnelle des mouvements populaires. Les idéologies messianiques qui sous-tendaient ces démarches (théorie libérale néoclassique, réformisme redistributif, marxisme), tout en portant enseignements, se sont affaissées. Nous sommes aujourd’hui dans la phase de décomposition sociale d’une métamorphose incertaine. Époque ingrate sans espoir de paradis ni d’avènement soudain des jours heureux. Je tire de mon expérience professionnelle, syndicale et politique que deux solutions doivent être écartées. D’une part, ériger le but poursuivi en vérité dogmatique d’une nouvelle religion séculière. D’autre part, prétendre faire d’un pragmatisme aux choix idéologiques de faible densité le moyen de changer l’état actuel des choses. Pour les individus comme pour les peuples, ce qui compte, ce sont avant tout les efforts déployés pour l’émancipation, quand bien même ces parcours seraient balisés d’échecs. Ces derniers n’invalident pas les témoignages. L’important, c’est la trace, et le sens naît de la trace.

La laïcité est au cœur du débat public depuis l’attentat de Conflans. Plusieurs visions de ce principe fondamental s’opposent. Que défendez-vous ?

Anicet Le Pors L’odieux assassinat de ce professeur par un terroriste islamiste n’est pas une bonne manière d’aborder la question de la laïcité. Celle-ci doit être considérée dans la globalité de sa situation présente. Les deux premiers articles de la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État en fixent les principes : d’une part, la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, d’autre part, elle ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Or, force est de reconnaître que ce dernier principe de neutralité de l’État est largement négligé en France et méconnu à l’étranger. En outre, de multiples dérogations sont intervenues au fil du temps concernant tant les dispositions juridiques que les financements. Mais le plus grave réside dans les atteintes portées à la cause de la laïcité par ceux-là mêmes qui ont pour mission de la défendre, les autorités publiques au niveau le plus haut : on se souvient du discours de Nicolas Sarkozy à Latran, déplorant que l’instituteur ne puisse « remplacer le curé ou le pasteur », ou d’Emmanuel Macron se proposant au collège des Bernardins de réparer « le lien abîmé entre l’Église catholique et l’État ». C’est encore les irrésolutions et les contradictions marquant les décisions et avis des juridictions. C’est surtout la confusion qui règne dans les mouvements des défenseurs traditionnels de la laïcité. Comment faire échec à l’islamisme politique dans de telles conditions ? Je m’efforce d’y répondre dans le livre. La laïcité est une condition déterminante de la paix dans le monde, de la régression des obscurantismes par le débat et de l’émancipation du genre humain.

L’immigration et le droit d’asile sont attaqués depuis cet attentat. Vous avez été président de chambre à la Cour nationale du droit d’asile. Que pensez-vous de ce droit ?

Anicet Le Pors J’ai pu constater comme praticien du droit d’asile combien la France demeurait aux yeux de nombreux étrangers la « patrie des droits de l’homme » et la « France terre d’asile ». Elle le doit à la Révolution française. On lit, par exemple, dans la Constitution de 1793 : « Le peuple français est l’ami et l’allié naturel des peuples libres », « Il donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté. Il le refuse aux tyrans ». Cet esprit s’est répercuté jusque dans notre actuelle Constitution, même si la France ne s’en est pas toujours montrée digne. La France accueille qui elle veut, mais la référence en la matière est la convention de Genève de 1951. Elle prévoit que la qualité de réfugié est reconnue à toute personne « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa nationalité, de sa religion, de son appartenance à un certain groupe social (l’homosexualité souvent) ou de ses opinions politiques ». Comme juge, je n’ai jamais différencié demandeurs d’asile et migrants économiques, au double motif que les demandeurs d’asile reconnus sont toujours aussi maltraités dans leurs conditions de vie et de travail et que l’esclavage et d’autres sévices économiques existent encore dans le monde. Le droit d’asile avait à l’origine pour but la protection des personnes, il est aujourd’hui instrumentalisé comme moyen de contrôle des flux migratoires et d’actions sécuritaires. La plupart des régressions de ce droit ont pour origine l’Union européenne, mais la France les a souvent anticipées en droit interne.

Icon Quote Qu’attend-on pour nationaliser Veolia-Suez pour le service public du bien commun de l’eau ?

Vous avez été ministre de la Fonction publique. À l’heure où la France fait face à une crise sanitaire, économique et sociale, que permettent les services publics ?

Anicet Le Pors Dans la crise financière de 2008, nombreux ont été les observateurs pour considérer que la France disposait, avec un secteur public étendu et efficace, d’un puissant « amortisseur social » de la crise. Avec la présente épidémie, qui s’accompagne d’une violente crise économique et sociale, chacun a pu constater que les actions les plus efficaces ont été le fait, non des gouvernants et de l’exécutif, mais des collectifs de base, notamment dans la santé, à l’école, la recherche ou les collectivités territoriales. C’est un camouflet sévère aux propagandistes du « nouveau management public », une invalidation des théoriciens du néolibéralisme. Pour disposer d’une administration intègre, neutre et efficace, elle doit être servie par des fonctionnaires dotés de garanties les mettant à l’abri des pressions économiques, politiques et de l’arbitraire administratif. Tel a été le but du statut législatif fondateur de 1946 consacrant la notion de fonctionnaire-citoyen, puis du statut fédérateur de 1983 couvrant les agents publics des administrations de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics hospitaliers. Ce statut a été constamment attaqué et dénaturé, mais il est toujours en place. Le défaitisme serait une erreur stratégique. À l’échelle de la société, il n’y a pas de services publics sans secteur public, c’est-à-dire sans propriété publique. La propriété est un pouvoir, les capitalistes le savent bien et l’expérimentent tous les jours. À gauche, il n’en est plus question, sinon sous la forme de pôles financiers, objets politico-économiques non identifiés. De mon point de vue, c’est une grave erreur qui hypothèque tout programme de transformation sociale. Qu’attend-on pour nationaliser Veolia-Suez pour le service public du bien commun de l’eau ?

Icon Quote La conception d’Emmanuel Macron est claire : le culte de l’élitisme et du pouvoir hiérarchique, des collectivités publiques et territoriales sous contrainte, un Parlement réduit et conforme...

Quel regard portez-vous sur la Ve République et la gouvernance d’Emmanuel Macron ?

Anicet Le Pors La France est un véritable laboratoire institutionnel : quinze textes constitutionnels en deux cent trente ans. Seul, en tant que parti, le PCF s’était opposé à l’avènement de la Ve République en raison de son caractère présidentiel aggravé par l’instauration par référendum, en 1962, de l’élection du président de la République au suffrage universel. La Constitution a été rapetassée vingt-quatre fois, ce qui souligne son inadéquation. Pour marquer le bicentenaire de la Révolution française, le Comité central examina en décembre 1989, sur mon rapport, un projet constitutionnel complet qui, adopté, fut aussitôt oublié sans que disparaisse pour autant la question institutionnelle. Celle-ci ressurgit ailleurs, dix ans plus tard, sous le nom de VIe République, qui ne prit jamais de consistance sérieuse. Étant donné l’éclectisme des positions sur le sujet, la solution réaliste réside sans doute dans la réalisation de convergence des forces démocratiques sur des points essentiels tels que : le concept de souveraineté nationale et populaire dans la mondialisation, les modalités spécifiques de la démocratie directe, le système parlementaire et les modes de scrutin, la désignation de l’exécutif et ses compétences, notamment quant à l’usage du référendum, etc. En face, la conception d’Emmanuel Macron est claire : le culte de l’élitisme et du pouvoir hiérarchique, des collectivités publiques et territoriales sous contrainte, un Parlement réduit et conforme, un gouvernement aux ordres d’un pouvoir autoritaire qualifié par lui-même de jupitérien. Peut-être la chance d’une maturation conflictuelle favorable aux convergences précitées.

Le PCF célèbre cette année ses 100 ans d’existence. Quelle organisation partisane et citoyenne appelez-vous de vos vœux pour participer à transformer la société ?

Anicet Le Pors Le professeur Georges Lavau caractérisait la forme parti par sa fonction tribunicienne, la capacité à exprimer la voix du peuple, et sa fonction consulaire, la capacité à le représenter. J’y ai ajouté une fonction théoricienne, la capacité à analyser et à indiquer la voie. Le PCF répondait parfaitement à cette conception et on pouvait dire qu’à cet égard il était « le plus parti des partis ». Aussi n’est-il pas étonnant qu’il ait subi le plus tôt et le plus durement le déclin que connaissent tous les partis à des degrés divers. Si une refondation est possible, je pense qu’elle passe prioritairement par la fonction théoricienne. En ce qui me concerne, je suis cette voie dont ce livre est une expression. Je m’honore d’avoir été communiste et, on me pardonnera ce recours à l’humour – qui n’est pas suffisance – quand je dis que j’ai parfois l’impression que ce n’est pas moi qui ai quitté le parti, mais que c’est lui qui m’a quitté…

L’un des plus grands défis du XXIe siècle est celui du combat contre le réchauffement climatique. Pour autant, vous ne considérez pas l’écologie comme le nouveau paradigme de la pensée politique. Quel renouvellement théorique soutenez-vous ?

Anicet Le Pors Dans le vide idéologique qui caractérise, à notre époque, le débat politique se sont engouffrés, outre des charlatans, des promoteurs d’idéologies de substitution qui ont investi des causes le plus souvent justes et respectables, mais pour en donner une interprétation sectaire aspirant avec arrogance au statut de paradigme politique : écologisme, féminisme, multiculturalisme, compassionnisme, etc. Ce qu’il y a de nouveau, c’est que nous touchons aujourd’hui les limites de notre foi dans un progrès technique infini, ce qui appelle vigilance et maîtrise traduites dans des actions publiques adéquates et non la création d’une foi nouvelle. J’ai eu la chance de commencer ma vie professionnelle au niveau mondial de l’analyse de l’atmosphère et du climat. C’est aussi à la météo que j’ai engagé ma formation syndicale et politique. Cela m’a conduit à lier étroitement activité professionnelle et proposition politique et à rédiger à cet effet un avant-projet de loi de réforme du service de la météorologie nationale que les groupes communistes de l’Assemblée et du Sénat ont déposé en 1964. Ce projet a été l’occasion de publier mon premier article, en 1965, paru dans France nouvelle sous le titre « Le temps demain ». Rien qui puisse laisser penser que je pourrais sous-estimer les problèmes écologiques d’aujourd’hui, tout au contraire. J’accorde la plus grande attention aux diagnostics du Giec et aux avertissements de l’Organisation météorologique mondiale pour qui j’ai travaillé. Mais je pense qu’il faut tenir à distance l’instrumentalisation du climat par des acteurs en mal de notoriété ou avides de pouvoir. Reste à reconstruire une cohérence, un paradigme refondé dans la continuité d’une trace dominée par la lutte des classes et la promotion de valeurs universelles.

(1) La Trace, d’Anicet Le Pors. La Dispute, 224 pages, 20 euros.
 
Un parcours éclectique

Anicet Le Pors a été ministre de la Fonction publique de 1981 à 1984. Mais aussi ingénieur chez Météo France, économiste à Bercy, président de chambre à la Cour nationale du droit d’asile, conseiller d’État, syndicaliste CGT et membre de la direction du PCF. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont les Béquilles du capital (Seuil, 1977), l’État efficace (Robert Laffont, 1985), Pendant la mue le serpent est aveugle (Albin Michel, 1993), le Nouvel Âge de la citoyenneté (l’Atelier, 1997), Éloge de l’échec (le Temps des cerises, 2001), et Juge de l’asile (Michel Houdiard, 2010)

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 06:30

 

Sans mécanisme contraignant ni contrepartie, les entreprises du CAC 40 font le service minimum pour réduire leur empreinte environnementale. Celle-ci a même augmenté, selon l’Observatoire des multinationales, qui pointe 20 firmes françaises.

L’impact environnemental des entreprises du CAC 40 pèse lourd. 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et 707 millions de tonnes de déchets. Selon les chiffres qu’elles ont elles-mêmes déclarés, les grandes entreprises françaises ont émis 6 milliards de tonnes de CO2 en 2019. Soit, à elles seules, l’équivalent des émissions de la Russie. Elles ont généré 11,9 % de plus de déchets qu’en 2017. À partir des bilans publiés par les entreprises, l’Observatoire des multinationales a mis en évidence dans le chapitre III de son rapport « CAC 40 : le véritable bilan annuel » que leur empreinte nocive sur la planète et ses ressources ne cesse de s’alourdir. Particulièrement chez 20 firmes, dont ­Dassault Systèmes, Total, Vivendi, Unibail, ArcelorMittal, Danone, LVMH et PSA. Total, qui représente à lui seul près de 30 % des émissions du CAC 40, a augmenté de 3,3 % ses émissions de CO2 de 2017 à 2019. Chez PSA, les émissions ont carrément doublé sur cette période (+ 50,9 %) et chez Danone elles sont en hausse de 29,8 %. L’impact environnemental des multinationales du CAC 40 se mesure aussi au poids des déchets que leurs activités génèrent et au volume d’eau qu’elles consomment, souvent du reste dans leurs unités de production délocalisées dans les pays en développement.

Carrefour a généré en 2019 près de 700 millions de tonnes de déchets

Trente-trois groupes (moins quatre groupes qui n’ont pas donné de chiffres, dont Bouygues et ArcelorMittal) ont produit en 2019 plus de 700 millions de tonnes de déchets. Soit 68 000 fois le poids de la tour Eiffel, indique le rapport de l’Observatoire des multinationales. La part de la grande distribution dans cette pollution est éloquente. Carrefour représente plus de 98 % de ces déchets (696 millions de tonnes). Les entreprises dont les déchets augmentent le plus sont Danone, EssilorLuxottica, Teleperformance, Unibail et Kering. Seulement un tiers du CAC 40 a produit moins de déchets en 2019 qu’en 2017. La consommation globale d’eau s’élève chez les mêmes 33 groupes à 750 millions de mètres cubes, l’équivalent de 300 000 piscines olympiques. Si Total et l’Oréal demeurent les plus gros consommateurs d’eau, d’importantes hausses de cette consommation ont été observées sur la même période 2017-2019 chez Capgemini, LVMH, Unibail et PSA.

Ces chiffres viennent confirmer que les seuls engagements volontaires ne suffisent pas, indique le bilan de l’Observatoire des multinationales. « Loin des discours et des ambitions affichées, c’est la logique financière du profit qui prime. Les entreprises n’iront jamais plus loin, elles feront le minimum. Il y a vraiment besoin d’une intervention publique et de mécanismes c ontraignants », souligne Olivier Petitjean, coordinateur de l’observatoire. Cette intervention publique était très attendue et fortement ­demandée, ­notamment par les syndicats et les ONG de défense de l’environnement dans le cadre des aides dite Covid. Des aides massives débloquées pour aider l’économie à faire face à la crise sanitaire.

Mais là encore, le gouvernement d’Emmanuel Macron n’a pas saisi l’opportunité. Et ce sont les « corona-profiteurs du CAC 40 », comme les appelle l’Observatoire des multinationales, qui se frottent les mains. Ils reversent même leurs dividendes ! Dans le cadre du plan de relance, ces aides ont été accordées à des secteurs fortement émetteurs de pollution, sans contrepartie sociale, fiscale ou environnementale. « C’était l’occasion de remettre en cause les dogmes du marché et de la compétitivité face à la double urgence écologique et sanitaire, et d’amorcer la vraie transition dont on a besoin », déplore Olivier Petitjean. Encore une fois, en matière de défense du climat, le gouvernement a raté le coche.

 

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 06:29

 

L’économiste Anne Eydoux s’attend à des « effets massifs » de la crise sanitaire sur l’emploi, en raison notamment des réformes du marché du travail, qui l’ont rendu particulièrement vulnérable. Entretien.

ANNE  EYDOUXMaîtresse de conférences au Cnam, chercheuse au Centre d’études de l’emploi et du travail

 

Durant le premier confinement, les embauches ont chuté de plus de 45 % selon la Dares, du jamais-vu depuis la création de l’indicateur en 1988. Selon le baromètre Unedic, 73 % des Français estiment que la situation s’est dégradée en raison du Covid-19. Quel regard portez-vous sur la crise sociale actuelle ?

 

Anne Eydoux Cette crise a des effets majeurs sur l’emploi. La violence de l’impact économique et social du confinement signale la vulnérabilité des sociétés néolibérales. La crise de 2008 avait déjà montré que la flexibilité de l’emploi, souvent vantée, constituait une fragilité : l’Espagne, où un emploi sur trois était temporaire, avait perdu 20 % de ses emplois en quatre ans. En France, les réformes pour flexibiliser l’emploi l’ont fragilisé. Le recours massif au chômage partiel a permis de contenir la hausse du chômage entre mars et mai, mais pas de l’endiguer. Les précaires, parmi lesquels les jeunes sont surreprésentés, ont été très touchés. La crise sanitaire est survenue en pleine crise sociale, alors que les mouvements sociaux s’enchaînaient. Juste avant l’épidémie, les personnels hospitaliers et de l’éducation nationale, aujourd’hui en première ligne, étaient dans la rue. Si la crise sanitaire et le confinement ont figé ces mobilisations, ils ont joué un rôle de révélateur et d’amplificateur des inégalités liées aux politiques néolibérales et d’austérité.

 

Le gouvernement a pris toute une série de mesures pour atténuer les effets sociaux des confinements (chômage partiel, aide exceptionnelle pour les allocataires du RSA, plan jeunes, etc.) : pensez-vous que ces mesures soient à la hauteur de la situation ?

Anne Eydoux Si le soutien à l’emploi a été massif, avec un recours étendu et inédit au chômage partiel, l’aide aux chômeurs et aux pauvres est restée très en retrait. Il n’y a pas eu de rupture avec les politiques guidées par l’idée que la solution au chômage ou à la pauvreté repose sur l’effort des chômeurs et des pauvres. Cette idée traverse aujourd’hui les discours politiques et les gouvernements de tous bords. Comme si le fait de faire porter la responsabilité de l’emploi à celles et ceux qui en sont privés les exonérait de décennies de politiques d’emploi indigentes. Pourtant, les études montrent que les chômeurs et allocataires de minima sociaux veulent travailler et en sont empêchés par l’insuffisance des emplois, et non par des aides prétendument trop généreuses. Ces discours permettent de justifier la dégradation du système d’assurance-chômage et la quasi-absence de revalorisation des minima sociaux. Résultat : aujourd’hui, un demandeur d’emploi sur deux n’est pas indemnisé, plus d’un sur trois vit dans un ménage pauvre, et les minima sociaux ont décroché du revenu médian. Lors du premier confinement, le gouvernement n’a pris que des mesures marginales : prime ponctuelle, tardive et d’un montant ridicule pour les allocataires du RSA, report d’une réforme réduisant drastiquement les indemnités de chômage des plus précaires. Pourtant, fin avril, on comptait un million de chômeurs supplémentaires et les entrées en emploi aidé ou en formation s’effondraient. Lors de la crise de 2008, le gouvernement avait fait mieux en étendant les droits à l’indemnisation du chômage.

 

Que manque-t-il, selon vous, à ces dispositifs ?

Anne Eydoux Le chômage partiel et les aides aux entreprises ont été mis en place rapidement. Mais on reste dans une politique de l’offre, qui privilégie les entreprises et les ménages aisés et oublie le soutien au revenu des plus précaires. L’urgence, c’est de faire un effort en direction de ces derniers, en étendant l’assurance-chômage, en revalorisant les minima sociaux et les bas salaires, et en renforçant les services publics. Tandis que les catégories les plus aisées jouissent d’un contexte fiscal très favorable, les classes populaires ont été fragilisées par la précarisation de l’emploi, la baisse des aides au logement et l’affaiblissement des services publics essentiels.

L’idée qu’on pourrait relancer l’économie par une politique de l’offre est aberrante, cela boosterait surtout le virus et les inégalités. La question des inégalités est prioritaire pour la reconstruction économique, écologique et sociale des années qui viennent. Dans un contexte qui restera marqué par cette crise sanitaire, on ne s’en sortira pas par une rhétorique du « quoi qu’il en coûte » sans agir pour soutenir vraiment le revenu des classes populaires, pour développer les services publics et pour assurer la transition écologique.

 

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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 06:26

 

Selon l’économiste, la crise sanitaire doit faire prendre conscience que les modèles d’un capitalisme financier mondialisé qui néglige les besoins essentiels et l’écologie « ne peuvent être poursuivis ». ENTRETIEN

Une deuxième vague frappe les pays européens, les contraignant à de nouvelles mesures limitant l’activité économique : cela signifie que cette crise laissera des traces durables ?

HENRI STERDYNIAK La seconde vague va accentuer l’effet de la première. Après la première vague, on pouvait penser que l’activité reprendrait très rapidement avec un retour à la normale de l’économie, mais cette deuxième vague, extrêmement forte, montre que la pandémie est là pour durer. Elle crée ainsi un effet d’incertitude beaucoup plus grand. Dans un certain nombre de secteurs, les chefs d’entreprise n’ont plus aucune perspective claire. D’un point de vue économique, c’est le pire scénario.

Icon QuoteLaisser l'économie au capital, en corrigeant avec un impôt sur les plus riches pour donner aux pauvres n'est pas suffisants.

Les pays ne sont pas touchés de la même manière, pourquoi ?

HENRI STERDYNIAK Les structures économiques et sociales des pays sont très différentes. Dans les pays asiatiques où il y a un très grand contrôle social et politique, comme en Chine, au Japon, en Corée du Sud ou au Vietnam, l’épidémie a été maîtrisée très rapidement. Aux États-Unis ou dans les pays émergents, les gouvernements ont sacrifié en quelque sorte la population à l’économie. Les pays européens ont essayé de concilier la santé de la population avec les libertés individuelles, avec des mesures relativement limitées qui se sont traduites par un échec. Mais il ne faut pas en tirer la conclusion que seul le contrôle social et politique permet de prendre des mesures importantes et efficaces…

D’un point de vue économique et social, les mesures sont-elles à la hauteur ?

HENRI STERDYNIAK Les gouvernements ont pris des mesures nécessaires, en oubliant les ménages les plus pauvres qui sont les victimes de la crise. Il y a actuellement trois visions du monde. Une vision chinoise, capable de planification à long terme, de mobiliser l’ensemble de la société vers de grands projets. Le modèle américain, où l’on fait confiance aux entreprises en oubliant complètement les contraintes écologiques, et en s’accommodant des inégalités sociales. Puis un modèle européen, avec des divergences de points de vue entre les pays, avec un grand nombre de contradictions. L’idée centrale est celle d’un capitalisme technologique vert, qui repose sur la croyance que les progrès technologiques et les entreprises innovantes permettront de s’affranchir des contraintes écologiques. C’est le cœur des plans de relance français et européen, sans mettre les fonds nécessaires et sans direction claire. L’Europe est un géant qui n’a pas la capacité d’agir.

Lire aussi : Eurogroupe. L'épidémie n'y change rien : l'austérité l'emporte sur la solidarité européenne

Vous envisagez deux sorties de crise possibles, l’une qui ne serait qu’un retour au monde d’avant, en pire. L’autre est beaucoup plus positive…

HENRI STERDYNIAK La crise de 2008 a révélé la fin de l’illusion d’un capitalisme financier de l’exubérance financière. La crise sanitaire doit faire prendre conscience que les modèles d’un capitalisme financier mondialisé où les grandes entreprises développent des besoins artificiels, modifient nos modes de production sans tenir compte des contraintes écologiques, en négligeant les besoins essentiels, en creusant les inégalités ne peuvent être poursuivis. Un producteur automobile ne devrait pas avoir le droit de mettre en production une voiture qui va très vite, une autre qui soit très lourde comme un SUV, sous prétexte que le taux de marge est plus grand. Idem pour une banque qui décide de se développer sur les marchés financiers plutôt que sur les crédits à ses petites entreprises clientes. Laisser l’économie au capital, en corrigeant avec un impôt sur les plus riches pour donner aux plus pauvres n’est pas suffisant. Il faut absolument contraindre les choix des entreprises. L’avenir n’est pas complètement désespéré, mais cela implique des choix politiques.

 

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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 06:25

 

 

Chute des effectifs, inégalités hommes-femmes, opacité à tous les étages… L’Humanité publie en exclusivité ce volet du rapport de l’Observatoire des multinationales, qui souligne la nécessité d’un contrôle démocratique des grandes entreprises.

C’est la partie immergée de l’iceberg, celle que les multinationales voudraient laisser sous la surface des flots. Lors de la présentation de leurs rapports annuels, elles communiquent volontiers sur leurs résultats financiers ou leurs engagements éthiques – désormais codifiés sous l’appellation fourre-tout de « responsabilité sociale et environnementale » (RSE). Pas sur l’étendue des destructions d’emplois ou le nombre d’accidents du travail. C’est pourtant cette réalité que s’attache à documenter l’Observatoire des multinationales, dans ce dernier chapitre de son rapport annuel.

1 Les dommages collatéraux de l’internationalisation

Plus de 4,8 millions de salariés travaillent, dans le monde, pour une entreprise du CAC 40. Ces chiffres de 2019 sont en hausse de 8 % par rapport à ceux de 2017. Pour autant, cette augmentation cache de grandes différences entre les groupes. Sur la première marche du podium, Teleperformance (331 065 salariés) et Carrefour (321 383 salariés) illustrent à eux seuls cette disparité. Car si le premier a vu ses effectifs monde augmenter en deux ans de plus de 128 %, le second affiche sur la même période, le record de destruction d’emplois (– 15 % d’effectifs). L’analyse plus fine de ces fluctuations amène en outre l’Observatoire des multinationales à conclure que « les fortes augmentations sur deux ans des effectifs sont souvent dues à des fusions plutôt qu’à de vraies créations de postes ». Et de citer : EssilorLuxottica, Safran-Zodiac ou encore Thales-Gemalto. En revanche, certains grands groupes sont « engagés dans une politique délibérée de réduction des effectifs comme Carrefour, Sanofi, la Société générale ou encore Orange ». Une liste qui fait tristement écho à l’actualité des plans de licenciement massifs annoncés ces dernières semaines dans les trois premières entreprises.

L’étude s’est également penchée sur la proportion des salariés du CAC 40 couverts par des accords collectifs et représentés par des élus du personnel. L’évolution de ce taux est révélatrice à plus d’un titre. D’abord parce que, globalement, il est à la baisse sur l’ensemble des 12 groupes qui publient leurs données, à la seule exception de STMicro en ce qui concerne la couverture de ses salariés par des accords collectifs, ainsi que de L’Oréal, Total et Bouygues sur le volet représentation des salariés. Chez Teleperformance, par exemple, seuls 20 % des salariés sont couverts par une convention collective. « On peut y voir un effet de la croissance de leurs effectifs dans des pays où les salariés sont moins bien protégés », analyse l’Observatoire. Preuve en est, le leader mondial des centres d’appels est sous le coup d’une plainte portée par le syndicat international UNI Global Union et trois organisations françaises (CGT, FO et CFDT) pour conditions de travail « choquantes et insalubres » dans 10 pays, dont la France, l’Albanie, la Grèce, la Colombie et les Philippines.

2 Une féminisation de façade

Depuis le débarquement d’Isabelle Kocher de la direction opérationnelle d’Engie, plus aucune femme ne dirige un groupe du CAC 40. Pourtant, « le CAC 40 communique beaucoup sur la cause féminine et l’égalité femmes-hommes ». Mais « si l’on regarde qui, concrètement, détient le pouvoir au sein des grands groupes, la réalité est encore éloignée de ces beaux discours », relève le rapport.

Certes, leurs conseils d’administration (CA) affichent, en moyenne, 43,4 % de femmes dans leurs effectifs. « Mais ce chiffre n’est atteint que parce que la loi les y oblige », temporise Sophie Binet, en charge de l’égalité femmes-hommes à la CGT. Promulguée en 2011, la loi dite Copé-Zimmermann impose en effet un quota minimal de 40 % de femmes dans les CA des grands groupes français. « On ne fait pas de l’égalité par le haut. Cette féminisation obligatoire ne doit pas cacher la réalité des temps partiels forcés et des inégalités salariales dont les femmes sont victimes », insiste la syndicaliste. Mais, à ce sujet, poursuit-elle « il est très difficile d’avoir des données fiables ». D’ailleurs, le rapport épingle la faible communication des grands groupes en la matière et rappelle que, s’il « existe depuis quelques années un index officiel de “l’égalité salariale”, il n’est pas toujours établi à l’échelle des groupes tout entiers (mais seulement de leurs filiales françaises). Surtout, il est structuré de telle sorte que les grandes firmes puissent facilement afficher des scores supérieurs à 80, voire à 90 sur 100 ». Pour certaines entreprises, ce « féminisme washing » tourne même parfois à l’argument commercial, « quand, comme L’Oréal par exemple, elles visent une clientèle féminine ».

Selon les chiffres de l’Observatoire des multinationales, si « en 2019, les femmes représentaient un peu plus de 38 % de l’effectif du CAC 40, 32,6 % de l’effectif cadre, elles n’étaient plus que 18,8 % dans les comités exécutifs ». En d’autres termes, le pouvoir de surveillance et de décision demeure à la main des hommes, à plus de 80 %. En outre, poursuit le rapport, « 5 groupes du CAC 40 n’ont encore aucune femme dans leur comité exécutif », dont Vivendi et EssilorLuxottica, qui « ont pourtant une majorité de femmes dans leur effectif global ».

3 Le trou noir des accidents du travail

Très prolixes en matière d’indicateurs financiers, les rapports annuels des entreprises sont beaucoup plus discrets quand il s’agit de santé au travail. L’Observatoire dévoile malgré tout les données existantes : « D’après les chiffres publiés, les activités du CAC 40 ont occasionné 55 décès accidentels au travail (ou sur le trajet pour s’y rendre) en 2019. Ce chiffre est particulièrement élevé chez ArcelorMittal (21 décès déclarés). Le groupe sidérurgique (1) est suivi par Saint-Gobain (5 décès déclarés), puis Total et Engie (4 décès chacun). Les chiffres manquent pour beaucoup de firmes de l’indice paris ien. »

Cette opacité peut s’expliquer tant par des soucis d’image de marque que par des impératifs financiers : plus le nombre d’accidents du travail augmente dans l’entreprise, plus son taux de cotisation à la branche AT/MP (accidents du travail/maladie professionnelle) de la Sécu augmente également.

L’Observatoire dévoile malgré tout des données concernant les taux de fréquence des accidents du travail (c’est-à-dire le nombre d’accidents avec arrêt par million d’heures travaillées) et leur taux de gravité (nombre de jours d’absence par millier d’heures travaillées). Sur les 13 entreprises répertoriées, Carrefour (1) se retrouve à la première place (avec un taux de fréquence de 22,75 et un taux de gravité de 0,7), suivi d’Hermès, Veolia et Teleperformance. Ces chiffres n’étonnent pas Frank Gaulin, délégué CGT Carrefour : « Les conditions de travail se sont considérablement dégradées dans le groupe depuis 2005, avec une réduction constante des effectifs. Dans la grande distribution, nous sommes confrontés à de multiples pathologies : syndrome du canal carpien (pour les caissières), nombreuses chutes et accidents avec les engins de manutention… »

(1) Les entreprises n’ont pas répondu à nos questions.

 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 11:19
Baromètre IPSOS/Secours Populaire  - La pauvreté augmente là où la fortune des milliardaires a connu une hausse de 24% entre avril et juillet 2020

Baromètre IPSOS/Secours Populaire

Le baromètre IPOS/ Secours populaire publié le 30/09/2020 établit que les français estiment qu’une personne seule est pauvre quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 1228€. Il s’agit du seuil de pauvreté subjectif moyen qui est supérieur au SMIC mensuel 2020 (1219€) et au seuil de pauvreté officiel INSEE (1063€).

Ce même rapport indique que 64% des français les plus modestes se restreignent sur la qualité de leur alimentation pour des raisons financières.

81% des français estiment que leurs enfants ont plus de risques de connaître la pauvreté et la peur de basculer soi-même dans la pauvreté est en hausse de 3 points sur un an.

La crise sanitaire entraîne une perte de revenus importante dans 16% des cas.

57% des français ne sont pas partis en vacances l’été 2020 pour raisons financières.

44% des parents estiment que leurs enfants accusent un retard scolaire important et sera d’autant plus difficile à rattraper que la situation sociale est délicate.

Pendant les deux premiers mois de confinement 1270 000 personnes ont sollicité l’aide du Secours Populaires. 45% de ces personnes étaient inconnues du Secours Populaire jusque-là.

Tout le monde ne vit pas la crise de cette façon tragique :

En 2017 le monde comptait 2158 milliardaires en dollars, en 2020 ils sont 31 de plus pour atteindre 2189. La fortune de ces milliardaires a connu une hausse de leur richesse de 24% entre avril et juillet 2020 pour constituer un total de 10200 milliards de dollars.

Les 25 plus riches ont vu leur richesse augmenter de 255 milliards de dollars entre mi-mars et fin mai 2020.

Le contraste est saisissant : ceux qui sont déjà riches s’enrichissent quand les pauvres s’appauvrissent. Les entreprises licencient à tour de bras pendant que les actionnaires continueront de percevoir leurs dividendes auprès de nombreuses sociétés, démontant ainsi que la financiarisation de l’économie phagocyte l’économie réelle au profit de quelques-uns.

Comment, dans ce contexte, comprendre et accepter que le gouvernement continue de verser des aides diverses et variées à des entreprises sans exiger la moindre contrepartie en terme d’emplois, de formation ou d’investissement ?

Sans une inflexion radicale de ces politiques, ceux qui vont payer la facture de la crise sanitaire sont ceux qui n’en peuvent déjà plus, les premiers de corvée. Vont-ils se laisser faire ? les ingrédients d’une explosion sociale sont déjà réunis.

Ronan Tanguy, trésorier de la fédération du Finistère du Parti communiste - Section PCF du Relecq-Kerhuon, 9 novembre 2020 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 08:32
Conseil National du 7 novembre - le PCF lance les travaux de son 39e congrès (L'Humanité) - rapport de Fabien Roussel au Conseil National
Conseil National du 7 novembre - le PCF lance les travaux de son 39e congrès (L'Humanité) - rapport de Fabien Roussel au Conseil National
Gauche. Le PCF lance les travaux de son congrès
Lundi 9 Novembre 2020 - L'HUMANITE

Crises multiples, élections de 2022… les sujets majeurs ne manquent pas et le Parti communiste a décidé d’engager sans tarder les débats de son 39e congrès.

 

Malgré la pandémie, le PCF a commencé ce week-end à s’atteler à son prochain congrès. « Statutairement, il devait déjà se tenir en 2021 et la situation mondiale et nationale, à bien des égards historique, le   rend d’autant plus indispensable », souligne Christian Picquet. Responsable du pôle « mouvement des idées », il était en charge de présenter, lors du conseil national de la formation, ce samedi, les « quatre grands thèmes de débat » proposés à l’ordre du jour du futur rendez-vous.

Au menu de ce 39e congrès du PCF, doit ainsi figurer, au rang des questions de fond, « la crise de civilisation à l’échelle internationale totalement révélée par l’épidémie de Covid-19 ». Celle-ci « s’articule avec une crise de la globalisation capitaliste engendrant un chaos politique et idéologique », dans lequel « le communisme est plus que jamais un horizon d’avenir », détaille Christian Picquet. L’analyse de « l’enchevêtrement en France des crises sanitaire, économique, sociale et politique, face auxquelles aucune réponse progressiste n’est ni à la hauteur ni crédible », sera aussi au cœur des échanges du congrès, qui devraient tout autant porter sur le « projet novateur pour la France qu’oppose le PCF ».

Une décision sur le calendrier, le 12 décembre

Tout comme la feuille de route pour bâtir un « Parti communiste plus fort et implanté », la question des élections présidentielle et législatives sera un autre axe majeur. Un sujet qui avait créé de vifs débats lors du précédent ­rendez-vous en 2018, jusqu’à la non-reconduction de la direction sortante. « Notre parti doit décider de la manière dont il traduit ce qui avait été le mandat du précédent congrès. À savoir une candidature communiste pour l’élection présidentielle et porter une offre de reconstruction globale et en profondeur de la gauche », résume Christian Picquet, pour qui la question reste cependant « ouverte » et doit associer le maximum de communistes. Ce qui ne va pas sans difficultés. « D’un côté, le confinement rend très compliqué le fonctionnement normal d’un parti et donc a fortiori la ­préparation d’un congrès, de l’autre le bouleversement du calendrier électoral (les régionales et départementales prévues en mars pourraient être reportées en juin, voire au-delà - NDLR) perturbe l’agenda que nous avions prévu avec un rendez-vous final en juin », explique le membre du comité exécutif national. Dans ces circonstances, la direction de la formation a ouvert une consultation de ses fédérations sur la méthode à retenir. L’une des hypothèses sur la table serait de « découpler les décisions sur la présidentielle et les législatives de la tenue du congrès ». Une décision doit être prise lors d’un prochain conseil national, le 12 décembre.

Icon QuotePas de reconstruction de gauche majoritaire sans un PCF influent porteur de la logique révolutionnaire. Christian Picquet

D’ici là, une plateforme doit être mise en place pour ­accueillir les premières contributions des adhérents. Et il s’agit ­également pour les communistes de rester tournés vers l’action. Crise sanitaire, attentats… « Plus que jamais, il y a besoin d’un horizon d’espoir, d’un projet de rupture avec le grand désordre capitaliste. C’est là qu’un parti comme le nôtre, porteur de la perspective du communisme, a un rôle irremplaçable à jouer en ce moment », a ainsi fait valoir, samedi, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. ­Fustigeant un « confinement très libéral », « une culpabilisation insupportable de nos concitoyens » et des « décisions prises par un exécutif très isolé », le député du Nord a ­notamment appelé à « limiter le travail aux activités économiques et culturelles indispensables », à « mettre en œuvre une sécurisation de l’emploi et de la formation » et à la ­mobilisation pour que ne soit plus « épargnée la responsabilité du capital et des dirigeants actuels dans cette crise »

Conseil national du PCF – 7 novembre 2020

Rapport de Fabien Roussel, secrétaire national

Cher·e·s camarades,

Nous vivons un moment qui nous confronte à des défis d’immense ampleur. L’un des objets de ce conseil national est de permettre à notre parti d’en mesurer pleinement les enjeux. La pandémie de Covid-19 s’abat sur de très nombreux pays avec une seconde vague de contaminations entraînant un très grand nombre de malades graves et de morts. Dans le même temps, elle ouvre en grand une crise économique et sociale que les travailleurs et les peuples paient, et vont payer encore davantage, au prix fort si nous ne parvenons pas à obtenir des avancées. La gestion de la crise sanitaire dans notre pays est catastrophique, conduite essentiellement par des logiques libérales et un président qui décide seul, instaurant un régime autoritaire. Nos services publics, qui devraient être en capacité de garantir des droits pour chacun dans une telle crise sont, au contraire, réduits à peau de chagrin.

Un tel contexte favorise l’obscurcissement des consciences et la recherche de solutions réactionnaires. Il provoque des polarisations politiques et idéologiques à droite, voire à l’extrême droite, on le voit aux États-Unis où la probable défaite de Trump ne saurait occulter les phénomènes que vient de révéler l’élection présidentielle.

Plus que jamais, il y a besoin d’un horizon d’espoir, d’un projet de rupture avec le grand désordre capitaliste. C’est là qu’un parti comme le nôtre, porteur de la perspective du communisme, a un rôle irremplaçable à jouer en ce moment. Sa parole et ses propositions fortes sont décisives pour combattre les tentations de la résignation, du découragement et du repli sur soi. Il est, à la fois, le parti de la responsabilité, lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts matériels et moraux des classes travailleuses et populaires, par exemple face à la crise sanitaire ou à la crise sociale, et le parti qui propose une autre voie, un autre mode de développement pour faire face à l’épreuve.

D’une certaine manière, tout cela dessine la toile de fond de notre 39e Congrès et la place que nous pourrions occuper lors des échéances électorales à venir.

Nous en débattrons cet après-midi. Ce matin, je voudrais me concentrer sur les grands traits de la situation mondiale et nationale, afin d’ouvrir la réflexion entre nous sur notre positionnement et nos initiatives. Je commencerai, naturellement, par dire quelques mots de l’élection présidentielle américaine. 

A l’heure où je prononce ces mots et malgré la tentative de coup de force, pour ne pas dire de coup d’État institutionnel de Donald Trump, Joe Biden doit pouvoir revendiquer la victoire à l’élection présidentielle du 3 novembre. Le temps viendra des analyses fines permettant de bien comprendre les dynamiques qui ont traversé cette élection et d’en tirer les enseignements sur l’état des rapports de force politiques et idéologiques, et des leviers sur lesquels pourront s’appuyer les forces progressistes pour changer profondément la société américaine. Toutes les questions demeurent dans un pays où la bourgeoisie, les forces de l’argent verrouillent le système institutionnel, avec un bipartisme visant à préserver les intérêts essentiels des banques, des marchés financiers et du complexe militaro-industriel. Et la victoire plus étriquée que prévue de Joe Biden dans nombre d’États, autant que le nombre croissant de suffrages obtenus par Trump, soulignent les limites du programme du Parti démocrate. Nous pouvons d’ores et déjà saluer et féliciter ces députés de gauche, socialistes, marxistes pour certains, issus de l’équipe de Bernie Sanders, qui ont été élus ou réélus.

Elles et ils sont issus de la classe ouvrière, de familles modestes, du mouvement féministe et/ou antiraciste, à l’image de l’équipe d’Alexandria Ocasio-Cortez et de ses collègues élu·e·s haut la main. C’est à elle que Trump avait dit : « rentrez chez vous ! ». 28 des 37 candidats des Socialistes démocrates d’Amérique ont été élus, dont la marxiste Julia Salazar, sénatrice de l’État de New-York.

Ce sont eux qui se battent pour l’augmentation des salaires et la hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure, pour l’encadrement des loyers, pour un autre Green New Deal et pour l’accès à une assurance-maladie universelle.

Leurs bons résultats et leur élection est un signe d’espoir pour tous les mouvements populaires qui se battent pour les droits sociaux, pour le climat et pour la paix.

La paix, justement, est un enjeu majeur alors que les guerres et les tensions internationales restent importantes. Alors que l’Onu lançait sa semaine du désarmement dans le monde, du 24 au 30 octobre, les conflits n’ont jamais cessé. La pandémie, les millions de morts du coronavirus dans le monde auraient pu pousser les belligérants, des pays à poser les armes, à cesser le feu, à stopper le commerce des armes. Il n’en n’est rien. Qu’il s’agisse de la situation à Gaza, régulièrement bombardée par l’aviation israélienne, des tentations impérialistes de la Turquie face à la Grèce ou encore de la situation au Haut-Karabagh.

Ailleurs, des peuples ont réussi à imposer d’autres choix. C’est le cas en Amérique latine où le peuple chilien, à une écrasante majorité, plus de 78 %, s’est débarrassé de la constitution imposée par la dictature de Pinochet. Il aura fallu plus de trente ans, une mobilisation sociale sans précédent, avec au premier rang les jeunes générations et les femmes, pour que les conditions soient créées d’une nouvelle constitution dans le pays. Une nouvelle bataille s’engage pour ne pas laisser à la prétendue « élite » la charge de rédiger la nouvelle constitution. La majorité démocratique, progressiste,  transformatrice doit pouvoir, comme les urnes viennent de le confirmer, rédiger le nouveau texte constitutionnel. En Bolivie, c’est le retour de la démocratie, avec la victoire éclatante du MAS en Bolivie.

C’est aussi la résistance de Cuba et du Venezuela face aux criminels blocus et actions terroristes. C’est ainsi l’Amérique latine qui s’inscrit, à nouveau, dans la voie de la transformation progressiste.

De quoi donner confiance, encouragements, à toutes celles et ceux qui à travers le monde résistent au rouleau compresseur des politiques libérales et de l’impérialisme. Je veux saluer aussi le grand mouvement féministe qui a déferlé sur la Pologne contre la politique du gouvernement d’extrême droite. Après l'élimination du droit à la contraception d’urgence, le recul de l’éducation sexuelle dans les écoles et de la lutte contre les violences faites aux femmes, la décision du tribunal constitutionnel rendant quasi illégal l'avortement a été la régression de trop.

Avec la mobilisation de centaines de milliers de femmes ces dernières semaines, un mouvement social de grande ampleur, le plus important de la période, est en train peu à peu de mettre en très grande difficulté le pouvoir. Il faut saluer le courage de ces femmes face à un gouvernement réactionnaire, nationaliste et clérical, face aux milices d’extrême droite qui s’en prennent violemment aux manifestantes. Le PCF est à leurs côtés dans ce combat et le sera jusqu'à ce que leur droit inaliénable à disposer de leur corps soit garanti, jusqu'à la victoire.

Et en France, j'appelle tous les communistes à se mobiliser à l'occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, lors des deux temps forts de cette année, le 21 novembre à l'initiative de « Nous toutes » et, bien sûr le 25, à manifester lorsque cela sera possible, à s'adresser à la jeunesse en diffusant le violentomètre, à interpeller les parlementaires ainsi que les préfectures sur la prise en charge des femmes victimes de violences comme le propose la commission nationale Droits des femmes du parti.

L’actualité est aussi nationale.

Elle a été marquée ces dernières semaines par l’accumulation d’événements dont nous devons analyser la portée. Notre pays, depuis notre dernier CN, a subi une vague d’agressions terroristes, plus ignobles les unes que les autres, contre des salariés de l’agence Premières lignes devant les anciens locaux de Charlie hebdo, contre le professeur Samuel Paty et contre trois fidèles catholiques, à Nice. Commis par des terroristes islamistes, ces crimes ont provoqué l’effroi et le dégoût. En s’en prenant à la presse, au monde enseignant, aux croyants, le terrorisme islamiste révèle son projet de semer la terreur et diviser notre pays. C’est pourquoi, notre réponse doit appeler à l’unité du peuple, à la tolérance et à faire triompher une République sociale et démocratique.

Car chacune de ces attaques a aussi fait l’objet d’une surenchère guerrière, politique, parfois un déchaînement de violence, par les mots et même par les armes, des courants identitaires, racistes et fascistes. C’est le message que j’ai porté à travers la vidéo que nous avons publiée cette semaine. 

Les auteurs de ces crimes, comme ceux qui cherchent à attiser la haine, théorisent et espèrent une guerre des religions, une guerre des civilisations qui peut conduire notre pays à la guerre civile. Nous ne pouvons pas sous-estimer la gravité de la situation. Nous ne pouvons pas sous-estimer la menace islamiste qui existe en France comme nous ne pouvons pas sous-estimer la manière dont la droite et l’extrême droite utilisent cette menace pour gagner le pouvoir, au risque de faire basculer le pays dans un cycle de haine et de violences. Notre parti, face à de telles menaces, doit prendre toutes ses responsabilités. Et montrer à nos concitoyens que nous sommes prêts à prendre toute notre part pour, d’un coté, faire reculer la montée de l’islamisme en France tout en faisant respecter l’État de droit, organiser la reconquête de la République, en actes et non en paroles, donc par la justice sociale, la démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité, la paix et la coopération internationale.

Nous devons approfondir le débat au sein du parti, autour de nous tant un climat délétère est en train de s’installer en France, véhiculant sur les réseaux sociaux, et dans les consciences les pires idées, y compris chez nous. Il est important de refuser tout amalgame entre, d’un côté, l’immense majorité des musulmans qui pratiquent l’islam dans le respect des lois de la République et, de l’autre, les prêcheurs de haine, les islamistes qui veulent imposer leurs lois, leurs règles dans notre pays. Il est important de rappeler que les musulmans dans le monde sont les premiers à subir et à mourir des attentats islamistes. Important aussi de distinguer les différences entre religion et jihadisme ou origine et nationalité quand tout est fait pour assimiler le terrorisme à l’islam et à l’immigration. Important enfin, comme nous l’avons porté dans notre déclaration, d’assécher le terreau auquel s’alimente le terrorisme. Et au cœur de la réponse à apporter, au cœur de la République sociale et démocratique à restaurer, il y l’école.

L'école publique, visée par l'assassin de Samuel Paty, affaiblie encore davantage par l’exécutif dans la crise sanitaire, qui doit faire l'objet d'une mobilisation à la hauteur du rôle qu'elle tient dans notre projet d’émancipation. Nous aurons d’ailleurs une nouvelle rencontre avec les syndicats, ce lundi. Nous avons beaucoup échangé entre nous ces 3 dernières semaines.

L'hommage à Samuel Paty, l'engagement de nos enseignants qui tiennent la République debout et leur courage dans la situation sanitaire méritent mieux que les saillies « contre l’islamogauchisme » et les petits calculs libéraux du ministre Blanquer. Je veux saluer les enseignants et les lycéens mobilisés ces derniers jours qui ont commencé à faire reculer le gouvernement en rendant incontournable la question du protocole sanitaire dans les lycées. 

Cela fait des semaines que nous demandons d’ailleurs un dédoublement des classes dans les lycées et les collèges parmi les mesures à mettre en œuvre, comme l’ont demandé nos parlementaires. Il faut maintenant aller au bout de cette bataille pour obtenir des moyens humains, matériels et financiers, à la hauteur de l'enjeu. Toutes les propositions que nous avons portées lors du premier confinement sont d'une grande actualité.

Avec le réseau École, avec le MJCF qui s'est immédiatement engagé dans le mouvement actuel, agissons avec les élèves et les personnels pour obtenir les avancées que nous réclamons depuis des mois. Engageons les États généraux de l'éducation dont le pays à besoin pour construire une école émancipatrice pour toutes et tous, une école pour celles et ceux qui n'ont que l'école pour réussir et qui aspirent à maîtriser leur avenir. Nous aurons aussi à formuler des propositions lors de la présentation, le 9 décembre prochain, du projet de loi dit de « renforcement de la laïcité et des principes républicains ».

Nous avons eu un premier échange avec le ministre de l’Intérieur, les présidents de nos deux groupes, Pierre Dharréville, Stéphane Peu, Christian Picquet et moi-même. Et si nous pouvons être d’accord sur quelques aspects, notamment la nécessaire transparence sur le financement des associations cultuelles, nous aurons aussi des désaccords avec le gouvernement sur le rôle de l’État et son implication dans l’organisation du culte. Dans un tel climat, il est nécessaire d’affirmer un double objectif : celui de combattre l’intégrisme et toutes les formes de fascisme, et affronter les offensives qui cherchent à profiter du contexte pour encourager les stigmatisations racistes ou religieuses, s’attaquer à ce qui fait le vivre ensemble dans notre société. Dès que nous aurons le texte, nous aurons un temps de travail sur ce sujet pour faire nos propres commentaires et propositions. De même, les questions de sécurité revenant sur le devant de la scène, notre parti formulera des propositions d’ici quelques semaines sur ce thème. J’avais appelé à y travailler, lors de l’Université d’été, afin que notre parti formule sa vision de l’accès au droit la sécurité et à la tranquillité dans notre pays. Olivier Dartigolles, missionné sur ce sujet, anime un groupe de travail et nous présentera prochainement ses travaux. Le gouvernement cherche à donner un sentiment de sécurité à nos concitoyens quand l'insécurité est quant à elle bien réelle.

Et elle ne reculera pas par des opérations de communication du ministre de l’Intérieur qui vise une répression plus forte des actes de délinquance les moins graves pour faire du chiffre, sans s'attaquer aux trafics et aux réseaux. Quant au projet de loi pour la sécurité globale, il ne permettra en rien d'améliorer la sécurité de nos concitoyens et comporte de nombreux dangers. Son objectif, c'est d'étendre le marché de la sécurité, de préparer un nouvel affaiblissement de la Police nationale en renforçant les pouvoirs des polices municipales et privées, et d’accroître la surveillance de masse. Tout cela au détriment de toute ambition de service public. Et plutôt que d’accepter un contrôle démocratique des forces de l’ordre, essentiel car elles disposent du monopole de la violence légitime, avec l’interdiction de les filmer, le gouvernement laisse le champ libre à la minorité d’agents qui commettent des violences policières. 

J’en viens à la situation sanitaire. La colère populaire franchit un palier supplémentaire avec la gestion catastrophique de la pandémie de Covid-19 par le pouvoir. Il est important d’abord de rappeler que si notre pays de 66 millions d’habitants enregistre 37 435 morts de ce virus depuis le début de la pandémie, alors que l’Allemagne, pays de 88 millions d’habitants en compte 11 000, c’est bien parce que la stratégie sanitaire a été inefficace et que notre système de santé a été considérablement affaibli. Nous sommes le 7e pays au monde qui enregistre le plus de décès. Oui, la responsabilité du gouvernement est énorme et il faut le rappeler et dire que la santé des Françaises et des Français est une chose trop sérieuse pour être laissée entre les seules mains de l’exécutif. Malgré tous les efforts de nos soignants, leur engagement, leur conditions de travail dégradées, il y a eu beaucoup trop de morts dans notre pays.

Notamment à cause des 100 000 lits supprimés ces dernières années, à cause des services d’urgences et des hôpitaux de proximité fermés, à cause des milliers de médecins, infirmiers, aides-soignants non formés et et du refus d’embauches massives. Et ce gouvernement n’a pas été en reste avec 7 500 lits fermés en 2 ans. Il y a une capacité totale qui peut être portée à 10 000 lits de réanimation en France quand l’Allemagne en a 20 000.

Alors oui, aujourd’hui, c’est encore le feu dans nos hôpitaux avec le regain de l’épidémie. Et comme nous ne pouvons pas augmenter davantage nos capacités de réanimation, et comme il faut aussi protéger nos concitoyens de ce virus qui se propage à grande vitesse avec l’arrivée des températures hivernales, il faut reconfiner le pays. Et le faire sérieusement, en partageant cette décision avec nos concitoyens car c’est une décision difficile. Aussi, cette mesure moyenâgeuse qui aurait pu être évitée avec une stratégie sanitaire efficace est aujourd’hui devenue une mesure incontournable. Comme cela a pu être fait en mars, comme tous les pays l’ont fait lors de la 1re vague.

Mais ce gouvernement a fait le choix d’un confinement très libéral ! C’est un confinement à la Trump, un confinement qui privilégie l’économie au détriment de la santé ! C’est un confinement qui est doux pour les entreprises du CAC 40, juteux même pour les Gafa, mais extrêmement dur pour les petits, pour les commerçants, comme pour les ouvriers, les enseignants, tous ceux qui sont exposés à la maladie. Le confinement actuel risque donc d’être insuffisant.

Nous avons en ce moment, après une semaine de confinement, toujours plus de 50 000 contaminés par jour. Et 60 400, hier ! Dans 8 à 11 jours 1 % d’entre eux va développer la forme grave et ira en réanimation, soit 500 à 600 personnes par jour. Le taux d’occupation de ces services monte donc toujours dangereusement. On est passé de 57,5 % au 1er jour du confinement à 85,4 % de taux d’occupation hier. Dans moins de 10 jours, ce sera 100 %. 

On pourra toujours dire que c’est la faute à tous les gouvernement précédents qui ont abîmé l’hôpital public – et on le dira encore – mais cette réalité s’imposera à tous. C’est pour cela que je trouve irresponsable de la part du ministre de la Santé de dire, jeudi soir, lors de sa conférence de presse : « Si les Français ne respectent pas le confinement, dans 8 jours la situation sera désespérée dans nos hôpitaux» !

Ce serait donc de notre faute ! C’est une culpabilisation insupportable de nos concitoyens. Comment peut-il dire aux lycéens, aux collégiens et aux personnels de ces établissements que ce sera de leur faute s’ils attrapent ce virus quand ils sont obligés de s’entasser dans des couloirs, à la cantine, ou quand la moitié des personnels d’entretien sont malades et non remplacés ? Comment peut-il faire porter la responsabilités aux ouvriers tels ceux de Toyota que j’ai rencontrés et qui sont 3 500 à travailler à Onnaing, à se croiser dans les vestiaires, à la cantine, avec leur pause de 20 minutes pour manger ? Un tiers des clusters se situe dans les entreprises. Comment peut-il faire porter la responsabilité à toutes celles et ceux obligés d’aller travailler et de prendre le métro, le RER ou le TER et à s’entasser dans ces transports collectifs, comme si le virus n’y circulait pas ? Lors de la première vague, le confinement strict de l’économie durant le mois de mars avait permis de faire baisser le taux de contamination de 77 % en 4 semaines !

Je crains fort que ce confinement très soft pour l’économie ne parvienne à ce résultat. Les Français sont prêts à accepter des décisions difficiles pour leur santé si les consignes sont claires, cohérentes, les même pour tous, et qu’elles ne changent pas tout le temps. Elles sont acceptées quand elles sont discutées ensemble et admises par tous, ce qui est l’opposé de ce gouvernement qui préfère diriger via un conseil de défense. Oui, il faut limiter le travail aux activités économiques et culturelles indispensables, mettre en œuvre une sécurisation de l’emploi et de la formation, par des mises en formation massives et rémunérées à hauteur des salaires et décider d’embauches dans les secteurs vitaux. Oui, il faut une politique de tests qui s’accompagne d’une vraie prise en charge et d’un isolement des personnes positives ou cas contact. Il suffit aussi de regarder comment ont géré cette crise des pays d’Asie, la Nouvelle Zélande, ou encore la province indienne du Kerrala, dirigée par le Parti communiste indien, avec ses 60 millions d’habitants. Cela pose évidemment la question d’une véritable démocratie sanitaire et plus largement de sortir de cet étau de décisions prises par un exécutif isolé, sans débat, sans construction partagée avec les forces vives du pays : Parlement, bien sûr, mais aussi forces syndicales et politiques, acteurs économiques, associatifs, culturels, sans oublier les élus locaux. Nous pouvons aussi relancer la campagne sur la gratuité du masque, devenue plus incontournable encore dès lors que des millions de salariés, d’écoliers, de collégiens, de lycéens sont obligés de le porter. 

Et je pense évidemment à la reconquête et au renforcement des moyens de l’hôpital public, encore affaibli durant la pandémie, tant en nombre de lits qu’en matière de moyens humains. Là aussi, la pétition, les affiches « De l’argent pour l’hôpital, pas pour le capital » doivent être toujours utilisées pour parler avec nos concitoyens de cette crise. * J’ai évoqué la colère populaire et les risques d’aventures politiques dramatiques qu’elle peut induire, si nous ne la nourrissons pas d’un contenu progressiste, d’un contenu radicalement transformateur. Ceci suppose d’affronter la formidable bataille idéologique en cours, qui vise à épargner la responsabilité du capital et des dirigeants actuels dans cette crise. Depuis le premier discours de Macron lors du confinement du printemps dernier et ses promesses de « jours meilleurs », voyant alors dans cette crise inédite « une chance pour nous réinventer et [lui] le premier », force est de constater que tant dans la gestion des crises sanitaire et économique que dans l’exercice du pouvoir, ce sont bien les vieilles recettes libérales et autoritaires qui se sont développées. Cette fuite en avant trouve également des traductions concrètes dans le projet de loi de finances pour 2021, comme dans le prétendu plan de relance, qui vise bien davantage à relancer les profits qu’à sécuriser l’emploi, protéger les TPE et PME des conséquences de la pandémie ou lutter contre la pauvreté. Pour ne citer que cet exemple, sur les 100 milliards du mal nommé « plan de relance », il y a encore un cadeau pour les grandes entreprises avec les 20 milliards de suppression des impôts de production.

Le gouvernement présente cette aide en disant que toutes les entreprises vont en bénéficier. Outre le rôle utile de cet impôt, son apport pour les collectivités, la réalité c’est que 13 milliards sur les 20 milliards profiteront à 9 200 grandes entreprises et ETI et 7 milliards de crédits d’impôts bénéficieront aux 560 000 PME et TPE. Tout pour les gros, des miettes pour les petits ! De plus, aucune garantie, aucune condition n’accompagne ce dispositif.

Tous nos amendements dans ce sens ont été rejetés.

Cela veut dire que : · Total, qui verse 6,9 milliards de dividendes ; · Sanofi, 3,9 milliards ; · Thalès, 130 millions ; ou encore · Bridgestone, qui ferme son site en 2022 ; tous bénéficieront de ce nouveau cadeau en 2021. Loin de surmonter la crise économique et sociale, toutes les décisions prises par le gouvernement alimentent, à coups de milliards d’euros, l’infernale machine à profits et à dividendes, avec son pendant en matière d’emploi et de production. 

Malgré des sommes considérables d’argent public, européen et national, déversées pour l’essentiel aux grands groupes industriels et financiers, et bien que les sociétés du CAC 40 prévoient 30 milliards de dividendes à leurs actionnaires cette année, se succèdent par dizaines les plans de suppressions d’emplois, d’activités productives, de démantèlement de filières entières, à l’image de l’aérien ou de l’automobile.

Pour les travailleurs, la menace du chômage, de la précarisation voire de la pauvreté, la pression idéologique est souvent terrible et peut conduire à la résignation, y compris pour accepter des accords de performance portant atteinte à leurs salaires, à leur temps de travail et plus généralement à leurs conditions de travail.

Oui, la violence de la crise économique ne nourrit pas naturellement, nous le savons, la conscience de classe et l’esprit de combat face au patronat, si nous n’y opposons pas un projet et des propositions crédibles et en rupture totale avec les vieilles recettes libérales.

Prenons alors appui sur une question que se posent de plus en plus de nos concitoyen·ne·s : qui doit décider de l’utilisation de ces sommes colossales et à quelles fins doivent elles servir ? N’y a-t-il pas d’autre voie que la concurrence permanente entre les salariés, que la guerre économique toujours plus mortifère, que la course aux profits alors que tant de besoins ne sont pas satisfaits dans la société, que la pauvreté explose, que les services publics sont parfois à l’agonie, que les salariés aspirent à voir leur travail retrouver du sens et que l’urgence climatique n’a jamais été aussi prégnante ? J’ai amené cette discussion à chaque fois lors des 35 rencontres que j’ai eues avec des syndicats et des salariés, issus d’entreprises rencontrées ces deux derniers mois. De Verallia à Greed et General Electric, de Bridgestone dans le Pas-de-Calais à Jtekt dans le Rhône, en passant par les salariés de Renault, de la Fonderie du Poitou, de Hop, d’Airbus, de Vallourec ou celles de la Caisse d’Épargne en bagarre pour une véritable égalité professionnelle femmes-hommes, partout ces questions émergent des luttes engagées, parfois massivement par les salariés avec leurs organisations syndicales, au premier rang desquelles la CGT.

J’aimerais d’ailleurs pouvoir vous rendre compte de toutes ces rencontres pour faire émerger les points communs, les logiques capitalistes et montrer comment ce gouvernement encourage encore les délocalisations, la désindustrialisation du pays, avec l’aide de la BCE, avec l’argent public et à l’inverse de tous ses discours. J’ai d’ailleurs repris, lors de mon dernier déplacement à Villeurbanne dans le Rhône, la proposition d’organiser des Assises de l’énergie, pour la maîtrise publique de la filière de l’énergie, proposée par les camarades de Belfort, par la CGT de General Electric, comme ceux d’EDF ! Tout cela conforte les décisions prises par notre CN, début septembre, pour que nous menions, partout et à toutes les échelles, la bataille pour sécuriser l’emploi et la formation et pour la reconquête industrielle, en France comme en Europe, sur le contrôle de l’argent et de nos moyens de production, pour nos services publics. Tout cela a été au cœur de la mobilisation lancée les 9 et 10 octobre derniers. Ce fut un succès. 9 Les communistes se sont mobilisés dans toute la France, en étant présents sur 103 villes ou sites , dans 65 départements. Ne sous-estimons pas ce que nous avons fait durant cette période, en pleine pandémie. Peu de partis sont capables de tenir une telle mobilisation. Et nous sommes le seul à y mettre ces contenus. Dans certains endroits, comme dans l’Aube qui compte 300 adhérents, les communistes se sont rassemblés à quelques dizaines et ont pu mettre en débat ces questions avec le préfet lui-même. C’est la première fois qu’ils sont reçu par le représentant de l’État en personne, depuis des années. Dans d’autres, ils ont interpellé les directions de services publics, comme à Paris avec l’hôpital, ou de boîtes privées, pour montrer que les richesses existaient pour sécuriser l’emploi, augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail, dans le privé comme dans le public. Partout ou presque, la presse régionale a fait écho à ces mobilisations. Tout cela donne confiance aux militants, à notre organisation. Cette bataille est essentielle alors que nous ne sommes qu’au début d’une crise qui va s’avérer plus dévastatrice encore dans les prochains mois.

Essentielle pour la jeunesse notamment, première victime de cette double crise sanitaire et économique. Tournons-nous résolument vers elle, avec notre mouvement de jeunesse, et en lien avec les organisations syndicales, en travaillant à des plans d’embauches, de pré-recrutements, de formations dans une multitude d’entreprises publiques et privées. Les conditions sanitaires imposent évidemment des actes militants adaptés. Mais elles n’empêchent pas une intervention communiste déterminée et de haut niveau. C’est évidemment indispensable pour faire gagner des luttes, obtenir des reculs du patronat et du gouvernement. Mais c’est aussi une condition pour que les salariés, dans toutes leurs composantes, renouent avec l’utilité de l’acte politique, alors même qu’élection après élection, nous déplorons un recul de la confiance en la capacité de la politique à changer radicalement les choses. Cher·e·s camarades, Les semaines qui viennent vont être décisives, tant du point de vue de la bataille idéologique à mener dans le pays que des initiatives politiques à faire grandir pour donner une issue de progrès à la colère populaire qui grandit. Dans un contexte de confinement, même partiel, l’intervention communiste va s’avérer une fois encore plus complexe à mettre en œuvre. Complexe, oui, mais pas impossible, si nous mobilisons ce qui fait la force première de notre parti, je veux parler des adhérents. 

Cela passe d’abord par un effort de toutes nos directions pour renforcer les contacts et le dialogue avec ces milliers de camarades, confrontés eux aussi aux conséquences des crises que nous vivons, tant du point de vue idéologique que d’un point de vue matériel. Nous avons besoin d’aller les voir, de prendre de leurs nouvelles, de leur apporter aide et soutien quand c’est nécessaire. C’est aussi notre famille.

Prenons le temps de les voir, de les contacter, un à un, pour manifester notre solidarité, pour discuter avec tous de la situation politique dans le pays et dans le monde. Ils sont eux aussi, en réalité, les premiers de cordée de la bataille idéologique et politique que nous devons mener. Avec eux, nous pouvons décider aussi de renouer avec les chaînes de solidarité que certaines de nos sections, comme à Villejuif, avaient mises en place lors du 1er confinement, pour aider à des distributions alimentaires et débattre d’un véritable plan de lutte contre la pauvreté.

Nos adhérents sont confrontés aux mêmes angoisses, aux même colères, que l’ensemble de nos concitoyens. Alors, prenons la décision d’avoir un contact physique ou téléphonique avec chacun d’entre eux d’ici la fin de l’année. Je proposerai une cellule de suivi de ce travail au niveau national pour faire le point régulièrement. Ce sera aussi l’occasion de mieux sentir, de mieux apprécier l’état de nos adhérents, l’impact des médias et des réseaux sociaux sur leur réflexion.

Ce sera, surtout aussi, l’occasion de cultiver cet espoir et cette solidarité qui sont au cœur de notre engagement communiste.

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 06:22

 

Le procès en complicité, intenté à plusieurs formations de gauche, d’intellectuels et d’universitaires, n’est pas retombé après l’émotion légitime provoquée par les derniers attentats.

Élus de droite, ministres, intellectuels, responsables de partis politiques ou ex-chefs de gouvernement, venus pour certains des rangs de la gauche, ne se privent de brocarder ceux qui refusent publiquement de stigmatiser les musulmans. Manuel Valls, Bernard Cazeneuve (issus des rangs du PS) ont nommément attaqué la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon dès les jours qui ont suivi l’assassinat de Samuel Paty, leur reprochant notamment leur participation à la manifestation contre l’islamophobie, un an auparavant. La coupole du siège du PCF à Paris a été taguée, la semaine suivant l’attentat de Conflans-Sainte-­Honorine, d’un « collabos »…

Le 1er novembre, sur TF1, le premier ­ministre Jean Castex en a rajouté dans la charge contre ceux qui seraient trop complaisants avec l’islamisme : « Je veux ici dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eu pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore. La première façon de gagner une guerre, c’est que la communauté nationale soit soudée, soit unie, soit fière. Fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté. C’est la première condition. Il faut gagner le combat idéologique. »

« Le gouvernement utilise une rhétorique d’extrême droite »

Derrière ce discours, les responsables politiques sont visés, mais aussi, au travers des prétendues « justifications », le travail de recherche des universitaires sur la ­société française. Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a d’ailleurs accusé « l’islamo-gauchisme » de faire « des ravages à l’université ». Une tribune parue dans le Monde et signée d’une centaine de chercheurs lui a emboîté le pas en dénonçant un prétendu « déni » face aux « idéologies indigénistes, racialistes et décoloniales » qui feraient selon eux le lit de l’islamisme.

Pour le politologue Samuel Hayat, l’objectif de cette vague de dénonciation de « l’islamo­-gauchisme » n’est rien d’autre qu’un « épouvantail créé pour unir ceux et celles qui veulent stigmatiser les musulmans, s’opposer à la gauche et délégitimer les sciences sociales », ainsi qu’il le dénonce dans une tribune publiée par l’Obs. Selon le sociologue Éric Fassin, menacé de mort après un tweet renvoyant à un billet de son blog sur les attentats de novembre 2015, se cache « une double ­ logique derrière ces accusations. D’une part, on s’en prend aux minorités. On a monté la barre : avant on parlait de communautarisme, maintenant de séparatisme. D’autre part, on s’en prend aux personnes qui, comme (lui), n’appartiennent pas à ces minorités et qui essaient de protester contre des traitements discriminatoires. On voit là aussi fleurir des expressions. On a eu les “idiot s utiles”. On a aussi les “indigénistes”. Et, de plus en plus, les ­islamo-gauchistes ». Député de Seine-Saint-Denis, Éric Coquerel juge lui que « le gouvernement utilise une rhétorique d’extrême droite ». « Et c’est le premier ministre qui s’en saisit cette fois », ajoute l’insoumis, qui y décèle « un côté guerre contre l’anti-France » : « C’est ­assez sidérant. Ça me fait penser à Superdupont, la bande dessinée de Gotlib, caricature d’un héros d’extrême droite. Sauf que là, Superdupont est au pouvoir… » Soit la banalisation d’un terme à la généalogie plus que douteuse, que dénonce également Sandra Regol, d’EELV. « Il est inquiétant, juge-t-elle, de voir ce qui était le vocabulaire de l’extrême droite devenir le vocabulaire de base du gouvernement. » Même analyse pour le porte-parole du PCF, Ian Brossat, qui renvoie le gouvernement à ses propres manquements : « S’il y a des complaisances ou des compromissions à regarder, déclare-t-il, qu’on se penche sur les liens tissés entre nos gouvernements et les pétromonarchies du Golfe qui répandent le wah­habisme et le salafisme. Autant d’idéologies mortifères qui alimentent le terrorisme sur notre territoire. Ce dont nous souffrons, ce n’est pas de l’islamo-gauchisme, c’est de l’islamo-affairisme. »

Ne pas tomber dans le piège des semeurs de haine

Face à cette offensive, qui concentre le feu non seulement du gouvernement, mais aussi de la droite, de l’extrême droite et d’une bonne partie du paysage médiatique, tous en appellent à un retour au rationnel. « La gauche est historiquement du côté de la raison », rappelle ainsi Éric Coquerel. « Il ne faut surtout pas céder à la pression, dire ce qui est juste, et montrer la lumière au bout du couloir. Nous ne devons pas leur donner le moindre point, même si ce n’est pas facile, mais faire front de la manière la plus collective possible », insiste le parlementaire, quitte pour ne « pas aller là où veulent nous emmener les terroristes » à paraître « à rebrousse-poil du discours dominant ».

Ne pas tomber dans le piège des semeurs de haine, c’est aussi ce que plaide Ian Brossat car « tout le monde ­reconnaît qu’à travers ces attentats, c’est la République qui est visée. Et donc, à les entendre, pour sauver nos principes, il faudrait y renoncer. Pour sauver la démocratie, il faudrait y mettre un terme. Pour préserver nos valeurs, il faudrait les mettre en sourdine ». Une abdication que refuse tout net le porte-­parole du PCF : « Tout cela est complètement contradictoire. L’objectif des terroristes est justement de mettre à bas notre État de droit. L’abîmer serait faire le jeu de nos ennemis et leur offrir leur plus grande ­victoire sur un plateau. »

Le désengagement de l’État dans les quartiers

Pour les communistes, le « terreau sur lequel pousse le terrorisme » est à chercher ailleurs. Dans un message vidéo après l’attentat de Nice, leur secrétaire national, Fabien Roussel, a ainsi dénoncé le désengagement de l’État dans des quartiers où « le chômage frôle les 50 % et la pauvreté s’est installée ». « Chaque fermeture d’hôpital de proximité, de maternité, de bureau de poste, de trésorerie, d’arrêt de bus, d’école, de commissariat, est vécue comme un abandon », selon le député du Nord, qui appelle à se donner « un calendrier, des objectifs, des moyens pour que tous nos concitoyens, quelle que soit leur origine, aient les mêmes droits ». Éric Coquerel ajoute qu’il faut « donner des moyens au service de renseignements, aux enseignants… mais rester rationnel, quoi qu’il arrive ». Insoumis, communistes et écologistes rappellent d’ailleurs les limites des solutions sécuritaires, comme les ont mises en évidence les attentats de Conflans-Sainte-Honorine et de Nice. Quant à l’écologiste Sandra Regol, elle appelle à défendre les travaux universitaires. « La recherche est comme la société, elle compte des points de vue ­différents. Elle se nourrit de thèses et d’anti­thèses. Si on la normalise, on l’empêche d’exister. »  

 

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