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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 06:51
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles

Avec le jeune poète palestinien Tarik Hamdan, né en 1984, également musicien et journaliste activiste d'une revue culturelle, poétique et politique de résistance à l'occupation (Filistin Ashabab), invité du festival "Les possible(s)" organisé par les éditions poétiques Isabelle sauvage de Plouneour-Ménez, et par l'AFPS au Bar des Deux rivières à Morlaix.

Son premier recueil de poésie en arabe a été publié en 2011: Hayna Kuntu Haywanam Mânâwiyam (Quand j'étais un spermatozoïde). Ses poèmes ont été traduits en espagnol, en français, en coréen, ainsi qu'en néerlandais. Son premier recueil en français, Rire et gémissement, a paru en mai 2018 aux éditions Plaine Page.

Rachel et François Rippe co-animaient la rencontre avec Tarik, et Claude Bonnard a lu deux très beaux poèmes du jérusalemite en exil contraint qui a eu des mots très durs sur l imposture des accords d'Oslo et sur l'autorité palestinienne actuelle qui n'obtient rien de sérieux pour son peuple et collabore avec l'occupant ou du moins lui facilite le travail de contrôle.

Tarik a parlé de la volonté des Israéliens d'effacer les traces de la culture et de la vie palestinienne, du mythe sioniste de la "table rase" (un désert avec quelques bédouins) sur lequel se serait construit Israël, il a défendu le boycott de L’État colonial et de ses représentants comme seule arme efficace avec l'effort d'unification des palestiniens et la résistance culturelle pour contrer l'oppression coloniale. Il a parlé des centaines d'intellectuels et artistes, poètes, tués par les Israéliens depuis 1948, la culture de l'ennemi étant une cible privilégiée pour asseoir une fausse supériorité. 

Une rencontre très intéressante avec un artiste engagé dans la résistance culturelle et ouvert sur le monde qu'il juge globalement peu sensible a la cause des droits bafoués du peuple palestinien. Tarik Hamdan fera des lectures de ses poèmes ce dimanche à 14h30 au café librairie "L'autre rive" à Berrien.

Photos Ismaël Dupont, 20 avril 2019

Le poète palestinien Tarik Hamdan au bar des Deux rivières samedi 20 avril - un échange sur la résistance des Palestiniens à l'invitation de l'AFPS et du Festival Les Possibles
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3 mars 2019 7 03 /03 /mars /2019 07:22

Jacques Prévert

 

Qui ne connaît pas Jacques Prévert ? Poète, scénariste, parolier, dialoguiste, rédacteur, Prévert savait tout faire. Et séduire aussi, par son « artisanat » protéiforme et populaire, par sa verve, son humour, son style inclassable. C’était l’artisan des mots. Il voit le jour le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine et décédera le 11 avril 1977 dans le Cotentin, à Omonville-la-Petite. Jeune, Jacques s’ennuie beaucoup à l’école. Avec la complicité de son père, ses absences répétées le conduisent à découvrir le théâtre, le cinéma tandis que sa mère, elle, l’initie à la lecture. Passé l’adolescence, il vit de petits métiers. Et n’a pas toujours que de bonnes fréquentations. Mais qu’importe. Prévert sait où il va ! Dans les années 20, il rencontre Yves Tanguy puis d’autres connaissances viennent l’enrichir comme celle de Marcel Duhamel, son futur éditeur. Il vit rue du château près de Montparnasse et ce lieu devient rapidement l’endroit de rencontre des surréalistes. Logement collectif, accueil de tous les camarades sans le sou, c’est la maison du bonheur. De la liberté. En 1932, le groupe Octobre vient de naître. Il les rejoint après avoir été sollicité par le communiste Paul Vaillant-Couturier. Ce sont des artistes contestataires, anarchistes, communistes, libertaires. Ils se produisent dans des usines en grève et soutiennent activement le monde ouvrier. Jacques, lui, rédige des textes au vitriol, son talent singulier fera rapidement la notoriété du groupe. Il ne supporte pas l’exploitation. Citroën. «  A la porte des maisons clauses, c’est une petite lueur qui luit. C’est la lanterne du bordel capitaliste, avec le nom du taulier qui brille dans la nuit, CITROÊN ». Ses remarques provoquent l’indignation des nantis mais gagnent l’admiration populaire. « J’écris pour faire plaisir à beaucoup et pour en emmerder quelques-uns ». Il se délecte à écouter Berg, Erick Satie, Vivaldi, Carl Orff avec qui il entretiendra une proximité très amicale.   Anarchiste contre l’état et les pouvoirs, Prévert l’agitateur extraordinaire, le provocateur obligé, n’aura de cesse de caricaturer le monde épouvantable qui l’entoure. Il n’aime ni le mensonge, ni la fourberie, ni les salauds ! C’est l’anti salaud par excellence. Gréco, Montand, Reggiani, les Frères Jacques l’ont chanté. Carné l’a sacralisé. Il était admiré de tous. Il n’adhère pas au parti communiste, mais s’y associe encore lorsqu’il s’agit d’écrire pour le journal l’Humanité. Jean Renoir, compagnon de route du Parti Communiste collaborera aussi avec lui. Sa liberté est à ce prix. Pas militant, jamais,  mais  étroit collaborateur et humaniste de gauche, ça oui. Sympathisant communiste, évidemment.  «  La gauche, c’est la main de l’ouvrier ». « Dans chaque église, il y a quelque chose qui cloche ». « Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ? Comme c’est étrange… ». Oublier Prévert, c’est oublier les luttes. La liberté d’expression. L’insoumission. Oublier Prévert c’est mourir de désillusion.

Hector Calchas

 

Paroles. Citroën. Brest. Drôle de Drame. Les Visiteurs du Soir. Les Enfants du Paradis.

lire aussi:

COMMUNIST'Art: Fernand Léger

COMMUNIST’ART - Erik Satie

COMMUNIST'ART - Jacques Prévert, par Hector Calchas
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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 09:57
18 novembre 1952, mort de Paul Eluard

On lui refusa les obsèques nationales. ...
Il mourut le 18 novembre 1952....
C'est le poète de l'engagement et de l'amour. ....
" nous ne faisons que commencer à comprendre ce qui nous est enlevé " Louis Aragon au Père Lachaise pour rendre hommage au poète communiste

Le 22 novembre 1952.

Au cimetière du Père-Lachaise, le gouvernement n’accordera pas d’obsèques nationales au poète communiste, figure du surréalisme et de la Résistance littéraire, Paul Éluard.

Aragon eut ces mots :« Nous ne faisons que commencer à comprendre ce qui nous est enlevé. »

Avec cette biographie, rédigée à la première personne comme l’exige la collection de l’éditeur lyonnais Jacques André, la philosophe Odile Nguyen-Schœndorff s’est glissée avec délicatesse dans la peau d’Éluard pour corriger « ce risque d’oubli », selon la belle formule de l’ancien ministre Jack Ralite, qui signe la préface.

Une forme d’écriture originale qui a le mérite d’offrir un récit vivant, intime et accessible. Documentée et nourrie d’échanges avec la fille du poète, Cécile, et l’Association des amis de Paul Éluard, l’auteure met en scène, sans la trahir, la vie privée, publique, artistique et politique du poète.

L’essentiel de l’existence et de l’œuvre de l’auteur de Capitale de la douleur ou des Poèmes pour la paix, Liberté, pour ne citer qu’eux, y est ainsi raconté avec beaucoup d’affection par la philosophe elle-même engagée et auteure de poèmes. Ponctué de citations et illustré de photos, l’ouvrage permet d’assister à l’éclosion littéraire et de suivre le cheminement politique, inextricablement liés, du petit Eugène Émile Paul Grindel, qui adoptera le pseudonyme Éluard, du nom de sa grand-mère maternelle : « Je garderai ainsi la sonorité “el”, ou “aile”, que j’aime bien », développe Paul sous la plume d’Odile…

Ainsi de sa naissance, le 14 décembre 1895 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à sa mort, à 57 ans, le lecteur, précipité dans la peau de celui dont « la poésie est l’étoffe de sa vie », traverse son enfance heureuse et son adolescence maladive, goûte à son coup de foudre avec Gala, en 1913, sa muse initiatrice, éprouve ses chagrins amoureux, (re)découvre ses premiers poèmes, expérimente sa mobilisation durant les deux guerres…

Bouleversé, gazé, Éluard témoignera de l’horreur de la guerre dans plusieurs recueils, dont le Devoir et l’Inquiétude.

Chacun(e) revit son combat contre le nazisme, le fascisme et le colonialisme, son engagement au Parti communiste en 1927, l’aventure surréaliste aux côtés de Breton, Soupault, Aragon, ses amitiés fécondes et complexes avec Ernst, Picasso, Desnos…

Un récit haletant, empli d’amour et d’engagements, qui se lit d’un souffle.

Anne Musso

 

18 novembre 1952, mort de Paul Eluard
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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 06:15
Il n'y a pas d'amour heureux - le sublime poème d'Aragon

L'écrivain et essayiste Valère Staraselski, journaliste à l'Humanité, reviendra sur la vie et l’œuvre d'Aragon, le lien entre littérature et engagement politique chez lui, le mardi 13 novembre au local du PCF Morlaix - 2, petite rue de Callac (derrière le Corto Maltese) à 18h.

Conférence-débat de rentrée des Mardis de l'éducation populaire ouverte à toutes et tous.

 

"Il n’y a pas d’amour heureux" écrit en janvier 1943 et publié dans le recueil La Diane française en 1944. Aragon y exprime sa conception de l’amour comme un absolu inaccessible. Il y fait également de nombreuses références à la Résistance, notamment dans la dernière strophe. Le poème fut écrit à Montchat, quartier du 3e arrondissement de Lyon, chez un ami d'Aragon, lui aussi poète et résistant, René Tavernier, le père de Bertrand Tavernier. Le poème est d'ailleurs dédidacé à la mère de Bertrand Tavernier, Geneviève. 

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force 
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit 
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix 
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie 
Sa vie est un étrange et douloureux divorce 
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes 
Qu'on avait habillés pour un autre destin 
À quoi peut leur servir de se lever matin 
Eux qu'on retrouve au soir, désœuvrés, incertains 
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes 
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure 
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé 
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer 
Répétant après moi les mots que j'ai tressés 
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent 
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard 
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson 
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson 
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson 
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare 
Il n'y a pas d'amour heureux

Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs
Il n’y a pas d’amour heureux
Mais c’est notre amour à tous les deux

Aragon - extrait de la Diane Française (1944)

 

 

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 06:53
Le continent Aragon -  Aragon, 1939-1945 - la grande voix de la Résistance des écrivains
Le continent Aragon -  Aragon, 1939-1945 - la grande voix de la Résistance des écrivains

J'ai une affection toute particulière et une admiration sans borne pour Aragon, ce génie littéraire polymorphe qui a su trouver des mots que toute la France retiendrait, car ils touchent au plus essentiel du lyrisme, de l'épopée, du tragique, de l'amour et de l'héroïsme, de la fragilité et de la grandeur de l'homme.

Un étonnement persistant face au destin peu prévisible du poète dada et surréaliste dandy, noceur et plutôt anarchiste.  

Une passion pour l'auteur de ces très grands romans classiques trop peu connus et lus aujourd'hui que sont à partir du milieu des années 30 ceux du cycle "réaliste" -  "Les Cloches de Bâle", "Aurélien", "Les Voyageurs de l'Impériale", "La Semaine Sainte", "Les Communistes", et j'en passe - une fascination pour l'écriture d'Aragon, si savante, si cultivée, et si aisée, brillante, capable d'émouvoir et de faire réfléchir, un intérêt immense pour l'homme, le choix de cet écrivain-médecin sorti des tranchées pour rejoindre l'avant-garde créatrice dada et surréaliste, un homme issu de la petite bourgeoisie, fils naturel d'un homme politique centriste qui se faisait passer pour son parrain tandis que sa mère se faisait passer pour sa sœur et sa mère pour sa grand-mère, d'épouser la cause du peuple et du communisme, de se mêler aux militants les moins intellectuels, et de continuer à servir la cause de la culture, de la résistance, et des valeurs les plus universelles, à l'intérieur du Parti communiste et du combat de classe.

Un homme courageux, qui sacrifia beaucoup de son bonheur et de la tranquillité personnels à son engagement au service des autres et d'un idéal altruiste et élevé. 

Un homme avec une énergie et un talent incroyables qui sut créer immensément et intensément au cœur de l'action, de son travail d'animateur de journaux, de dirigeant politique, de la direction clandestine de la Résistance des intellectuels, un homme fidèle jusqu'au bout à ses engagements, même s'ils ont impliqué des graves moments d'isolement, de persécution et de dangers, de découragement et de désillusions, de mise en doute de ses croyances passées.  

Un homme qui a eu une influence très forte sur le développement d'une certaine idée de la démocratisation culturelle en France et sur la politique de rassemblement et de réappropriation de l'héritage national et des Lumières du Parti communiste.

La lecture de deux très belles biographies d'Aragon ces dernières années, celle de Pierre Juquin, une somme monumentale et extrêmement vivante, documentée et bien écrite, Aragon, un destin français  - en deux tomes - et celle de Valère Staraselski - Aragon. La liaison délibérée - restituant le rapport interne chez Aragon entre choix politique et littérature, m'ont donné envie de célébrer cette écriture, cet homme et son monde, et de faire partager aux lecteurs du "Chiffon Rouge", par articles, différents aspects de la personnalité, de la vie d''engagement et de l'oeuvre de Louis Aragon. 

Aragon que bon nombre d'écrivains considèrent comme un des trois ou quatre écrivains français majeurs du XXe siècle, à l'universalité et au génie créateur comparables à celui d'un Victor Hugo, mais qui, du fait de ses options politiques poussées jusqu'à la prise de responsabilité importante, et de son adhésion au Parti communiste de 1927 à sa mort, est souvent tenu en marge du discours médiatique et universitaire sur la littérature et la poésie, au profit de figures bien moins importantes, bien moins prolifiques.   

Pourtant, Aragon peut être salué à juste valeur littéraire par des écrivains et intellectuels de droite comme Alain-Gérard Slama ou Jean d'Ormesson, qui nous a quitté il y a quelques mois, chroniqueur au Figaro, qui écrivit dans "Tombeau pour un Poète": 

"Le plus grand poète français est mort. Et un romancier de génie. Et un critique, un essayiste, un polémiste hors pair. Un écrivain universel pour qui tout était possible et qui ne reculait devant rien (...) Celui qui, à travers le temps et l'espace, couvrait le plus de terrain. Pendant plus d'un demi-siècle, il occupe la scène et domine la situation".     

"Aragon dérange, écrit Valère Staraselski, car jusqu'au bout, il se voudra l'homme de la liaison délibérée entre l'écriture et la politique, ces deux puissantes activités humaines pour atteindre et inventer le réel". Il dérange parce qu'il mettra son jeu et son je créateurs au service d'un "nous", et d'une certaine idée de la société humaine, basée sur la foi en l'avenir humain et en l'égalité humaine. 

Ismaël Dupont - 11 août 2018 

Le continent Aragon - Aragon, 1939-1945 - la grande voix de la Résistance nationale des écrivains     

Commençons par une des périodes les moins méconnues de la vie et de l'oeuvre d'Aragon, son activité pendant la seconde guerre mondiale, et son rôle important dans la Résistance des écrivains et des intellectuels qui lui ont donné après-guerre une envergure nationale et internationale, un immense prestige faisant naître aussi beaucoup de jalousies, de mesquineries, d'inimitiés. 

Avant-guerre, Aragon anime les revues "Commune" et le journal communiste "Ce soir" (il en est le rédacteur en chef à partir de mars 1937) au prix d'un travail acharné. Il anime avec Paul Vaillant-Couturier, et l'impulsion de Thorez, une politique de rassemblement du Parti Communiste face aux dangers de la guerre et du fascisme, aux perspectives de conquête pour le monde ouvrier du Front Populaire. Depuis 1927, il est devenu communiste, et ce fut un des seuls surréalistes à être resté au Parti Communiste. Depuis 1927, il vit depuis 1928 avec Elsa Triolet, née Kagan, une intellectuelle de haut vol d'origine russe et juive, dont la sœur, Lili Brik, est la compagne du grand poète Vladimir Maïakovski. La rencontre d'Elsa et de Maïakovski, bolchevik depuis ses 15 ans mais en butte à la dure réalité de l'écriture et de la vie en Russie sous le temps du stalinisme, va mettre Aragon en contact avec la réalité soviétique. 

En 1933, Aragon a créé la Maison de la Culture, première amorce d'unification des intellectuels au service d'idéaux de civilisation: le partage de la culture et de la liberté, la paix, l'anti-fascisme. En 1936-1937, Aragon se démène pour les Républicains espagnols. Il est proche de Maurice Thorez, auquel il sait gré d'avoir réorienté le Parti communiste vers une ligne moins sectaire, moins ouvriériste, plus rassembleuse, plus ouverte aux idéaux des Lumières et à une conception libérale et émancipée de considérations utilitaristes de la culture. Pour Thorez, Aragon, Vaillant Couturier, Jean-Richard Bloch, comme jadis pour Jaurès, le PCF doit agir pour intégrer l'héritage culturel national et le faire partager, pour universaliser des valeurs telles que la liberté, l'art, la création, l'individu, et faire en sorte que l'émancipation ne soit plus conçue de manière élitiste. Il y a cette époque un contraste flagrant entre la politique de Staline en URSS (la terreur, les purges) et la politique d'ouverture et de main tendue du Parti communiste en France, un parti en pointe dans le travail d'unification de la gauche et le combat anti-fasciste.  

Après le pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939, Aragon, surpris et désarçonné évidemment, met cet acte politique sur le compte d'une volonté de paix et d'apaisement dans un contexte où Français et Anglais et déjà en grande partie désarmé l'alliance anti-fasciste et conclut un pacte coupable à Munich abandonnant les nationalités de l'Europe centrale à l'Allemagne nazie, et abandonnant aussi l'URSS. Le pacte germano-soviétique n'empêche pas Aragon de porter une ligne patriotique, anti-nazie, et de dire que les communistes devront s'il y a lieu faire leurs devoirs de français en cas d'agression nazie. Néanmoins, le climat général, porté par la classe politique, SFIO comprise, et la presse, devient violemment anti-communiste. C'est la revanche de la bourgeoisie après le Front populaire.   

La haine contre Aragon, une des figures communistes les plus visibles, et l'intellectuel le plus prestigieux du PCF, est à son comble. Straselski raconte qu'on pouvait lire dans L'Action française du 25 août:

"Le gibier de Haute-Cour.

Nous n'avons pas l'intention, aujourd'hui encore, de lâcher notre Aragon. Et nous ne le lâcherons pas tant que le gouvernement et les autorités militaires ne seront pas décidés à mettre fin à sa besogne de traître. (Et à lui accorder son dû - nous répétons: douze balles dans la peau)"

Rappelons que Aragon, médecin parti au front tout jeune, était un héros de la Grande Guerre, avec plusieurs citations militaires... 

Et l'article poursuit: 

"Ce qui est indispensable

Daladier, voulez-vous le calme dans les rues et sur les places? Voulez-vous que le peuple français comprenne, retrouve la sagesse et la fermeté? Alors faites fusiller Aragon".  

Robert Brasillach avait lancé pour sa part dans Je suis partout : "S'il y avait un gouvernement, Aragon serait fusillé demain matin". 

Staraselki raconte que, en pleine persécution étatique et policière des communistes: "Harcelé par les provocations policières, agressé dans la rue par les nervis de l'Action française, le directeur de Ce soir quitte son appartement de la rue de la Sourdière et se réfugie à la légation du Chili, où il termine la rédaction des Voyageurs de l'impériale. Le choix de l'ambassade du Chili peut s'expliquer par la présence à Paris, en 1939, de Pablo Neruda, qui avait été chargé par le président chilien du Front populaire, Pedro Aguirre Cerda, d'organiser l'immigration au Chili des réfugiés espagnols et dont Aragon avait préfacé, en 1938, la traduction française de "L'Espagne au cœur"

Aragon est mobilisé alors que la police perquisitionne cet anti-fasciste et communiste notoire au 18 rue de la Sourdière à Paris. 

Pierre Juquin écrit, dans le chapitre 55 de sa biographie ("Le transi de Ligier"): 

"Dans le second volume du roman Les Communistes, publié par Aragon en 1949, Armand Barbentane, journaliste (fictif) à L'Humanité, rencontre Maurice Thorez, secrétaire général du parti, "presque par hasard", le 30 août 1939. Mobilisé, il demande s'il n'y a pas de directives spéciales, à l'armée". Thorez lui dit: "rien de spécial. Etre le meilleur partout... faire ce que dictera ta conscience de communiste et de Français". L'original de cet épisode romanesque est, semble t-il, dans la vie du romancier. 

En septembre 1944, Aragon, soutenant la campagne du parti communiste pour le retour en France de Thorez, émigré en URSS depuis 1939, écrit, dans Ce soir, reparu dès la Libération de Paris: "Mon témoignage". Il verse au dossier le souvenir de sa dernière entrevue avec le secrétaire général, fin août 1939: "(...) Tu vas être mobilisé, me dit-il, fais ton devoir..."

Cette phrase - commente Aragon sur un mode épique - elle m'a accompagné dans l'armée, à la guerre. J'ai fait de mon mieux pour répondre à la confiance de Thorez (...) me comprendra t-on (...) si (...) je témoigne que c'est parce que j'avais au cœur ce fais ton devoir, dit par Maurice Thorez à la dernière heure de la paix, que j'ai été de ceux que l'on n'a pas vaincus? Me comprendra t-on si je dis que c'est ce fais ton devoir qui m'a poussé à écrire les poèmes du "Crève-Cœur"? Que c'est ce fais ton devoir que j'ai traduit de mon mieux, suscitant par tous les moyens légaux et illégaux, dans la France asservie, la fierté nationale et le patriotisme? Que c'est ce fais ton devoir qui m'a donné le dessein et la force de rallier autour de moi les hommes de l'esprit, les écrivains, les savants, les artistes qui furent mes collaborateurs de 1940 à l'heure de la Libération? ..."

Texte unique. Le seul dans lequel Aragon se présente en numéro un de la Résistance des intellectuels, ayant pris l'initiative dès 1940". 

Effectivement, après le pacte germano-soviétique du 25 août, Thorez avait rappelé "la volonté de tous les communistes de lutter contre le fascisme et le nazisme " (1er septembre 1939) avant que les députés communistes ne votent les crédits demandés par Daladier pour la défense nationale (le 3 septembre). Pierre Juquin rappelle pourtant que, le 7 septembre Staline recevant Dimitrov exige que  " les partis communistes des pays capitalistes en guerre renoncent au mot d'ordre du Front populaire et se dressent contre leur propre gouvernement, contre la guerre!". 

"A partir du 20 septembre, le Parti communiste français, appliquant les nouvelles consignes, commence à dénoncer la "guerre impérialiste" et exiger l'arrêt des hostilités; mais le manifeste qu'il adopte, en l'absence de Thorez, mobilisé sous le titre "Il faut faire la Paix" n'est pas diffusé. (...). L'Internationale communiste exige de Thorez, qui a rejoint son unité, qu'il déserte et quitte la France. Thorez regimbe. Puis cède. Le 4 octobre, il est secrètement exfiltré en Belgique, où le noyau de l'Internationale l'initie à la nouvelle ligne. Après un mois d'attente clandestine, le 8 novembre, il arrive à Moscou avec sa femme, Jeannette Vermeersch". (Pierre Juquin, Aragon un destin français 1939-1982, La Martinière - p.21)  

 

     

Le continent Aragon -  Aragon, 1939-1945 - la grande voix de la Résistance des écrivains

En 1933, Aragon a créé la Maison de la Culture, première amorce d'unification des intellectuels au service d'idéaux de civilisation: le partage de la culture et de la liberté, la paix, l'anti-fascisme. En 1936-1937, Aragon se démène pour les Républicains espagnols. Il est proche de Maurice Thorez, auquel il sait gré d'avoir réorienté le Parti communiste vers une ligne moins sectaire, moins ouvriériste, plus rassembleuse, plus ouverte aux idéaux des Lumières et à une conception libérale et émancipée de considérations utilitaristes de la culture. Pour Thorez, Aragon, Vaillant Couturier, Jean-Richard Bloch, comme jadis pour Jaurès, le PCF doit agir pour intégrer l'héritage culturel national et le faire partager, pour universaliser des valeurs telles que la liberté, l'art, la création, l'individu, et faire en sorte que l'émancipation ne soit plus conçue de manière élitiste. Il y a cette époque un contraste flagrant entre la politique de Staline en URSS (la terreur, les purges) et la politique d'ouverture et de main tendue du Parti communiste en France, un parti en pointe dans le travail d'unification de la gauche et le combat anti-fasciste.  

Après le pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939, Aragon, surpris et désarçonné évidemment, met cet acte politique sur le compte d'une volonté de paix et d'apaisement dans un contexte où Français et Anglais et déjà en grande partie désarmé l'alliance anti-fasciste et conclut un pacte coupable à Munich abandonnant les nationalités de l'Europe centrale à l'Allemagne nazie, et abandonnant aussi l'URSS. Le pacte germano-soviétique n'empêche pas Aragon de porter une ligne patriotique, anti-nazie, et de dire que les communistes devront s'il y a lieu faire leurs devoirs de français en cas d'agression nazie. Néanmoins, le climat général, porté par la classe politique, SFIO comprise, et la presse, devient violemment anti-communiste. C'est la revanche de la bourgeoisie après le Front populaire.   

La haine contre Aragon, une des figures communistes les plus visibles, et l'intellectuel le plus prestigieux du PCF, est à son comble. Straselski raconte qu'on pouvait lire dans L'Action française du 25 août:

"Le gibier de Haute-Cour.

Nous n'avons pas l'intention, aujourd'hui encore, de lâcher notre Aragon. Et nous ne le lâcherons pas tant que le gouvernement et les autorités militaires ne seront pas décidés à mettre fin à sa besogne de traître. (Et à lui accorder son dû - nous répétons: douze balles dans la peau)"

Rappelons que Aragon, médecin parti au front tout jeune, était un héros de la Grande Guerre, avec plusieurs citations militaires... 

Et l'article poursuit: 

"Ce qui est indispensable

Daladier, voulez-vous le calme dans les rues et sur les places? Voulez-vous que le peuple français comprenne, retrouve la sagesse et la fermeté? Alors faites fusiller Aragon".  

Robert Brasillach avait lancé pour sa part dans Je suis partout : "S'il y avait un gouvernement, Aragon serait fusillé demain matin". 

Staraselki raconte que, en pleine persécution étatique et policière des communistes: "Harcelé par les provocations policières, agressé dans la rue par les nervis de l'Action française, le directeur de Ce soir quitte son appartement de la rue de la Sourdière et se réfugie à la légation du Chili, où il termine la rédaction des Voyageurs de l'impériale. Le choix de l'ambassade du Chili peut s'expliquer par la présence à Paris, en 1939, de Pablo Neruda, qui avait été chargé par le président chilien du Front populaire, Pedro Aguirre Cerda, d'organiser l'immigration au Chili des réfugiés espagnols et dont Aragon avait préfacé, en 1938, la traduction française de "L'Espagne au cœur"

C'est dans ce contexte de marginalisation et de persécution du PCF du fait du prétexte trouvé avec le pacte germano-soviétique pour éradiquer le communisme comme force organisée en France, et avec lui, le Front populaire, que Aragon va être mobilisé et combattre, avec tant de courage qu'il nouvelle fois, il est cité et reçoit la médaille militaire, la Croix de Guerre avec palme pour son courage. Il a notamment ramassé des blessés à quelques mètres des chars allemands.   

Pierre Juquin écrit, dans le chapitre 55 de sa biographie ("Le transi de Ligier"): 

"Dans le second volume du roman Les Communistes, publié par Aragon en 1949, Armand Barbentane, journaliste (fictif) à L'Humanité, rencontre Maurice Thorez, secrétaire général du parti, "presque par hasard", le 30 août 1939. Mobilisé, il demande s'il n'y a pas de directives spéciales, à l'armée". Thorez lui dit: "rien de spécial. Etre le meilleur partout... faire ce que dictera ta conscience de communiste et de Français". L'original de cet épisode romanesque est, semble t-il, dans la vie du romancier. 

En septembre 1944, Aragon, soutenant la campagne du parti communiste pour le retour en France de Thorez, émigré en URSS depuis 1939, écrit, dans Ce soir, reparu dès la Libération de Paris: "Mon témoignage". Il verse au dossier le souvenir de sa dernière entrevue avec le secrétaire général, fin août 1939: "(...) Tu vas être mobilisé, me dit-il, fais ton devoir..."

Cette phrase - commente Aragon sur un mode épique - elle m'a accompagné dans l'armée, à la guerre. J'ai fait de mon mieux pour répondre à la confiance de Thorez (...) me comprendra t-on (...) si (...) je témoigne que c'est parce que j'avais au cœur ce fais ton devoir, dit par Maurice Thorez à la dernière heure de la paix, que j'ai été de ceux que l'on n'a pas vaincus? Me comprendra t-on si je dis que c'est ce fais ton devoir qui m'a poussé à écrire les poèmes du "Crève-Cœur"? Que c'est ce fais ton devoir que j'ai traduit de mon mieux, suscitant par tous les moyens légaux et illégaux, dans la France asservie, la fierté nationale et le patriotisme? Que c'est ce fais ton devoir qui m'a donné le dessein et la force de rallier autour de moi les hommes de l'esprit, les écrivains, les savants, les artistes qui furent mes collaborateurs de 1940 à l'heure de la Libération? ..."

Texte unique. Le seul dans lequel Aragon se présente en numéro un de la Résistance des intellectuels, ayant pris l'initiative dès 1940". 

Effectivement, après le pacte germano-soviétique du 25 août, Thorez avait rappelé "la volonté de tous les communistes de lutter contre le fascisme et le nazisme " (1er septembre 1939) avant que les députés communistes ne votent les crédits demandés par Daladier pour la défense nationale (le 3 septembre). Pierre Juquin rappelle pourtant que, le 7 septembre Staline recevant Dimitrov exige que  " les partis communistes des pays capitalistes en guerre renoncent au mot d'ordre du Front populaire et se dressent contre leur propre gouvernement, contre la guerre!". 

"A partir du 20 septembre, le Parti communiste français, appliquant les nouvelles consignes, commence à dénoncer la "guerre impérialiste" et exiger l'arrêt des hostilités; mais le manifeste qu'il adopte, en l'absence de Thorez, mobilisé sous le titre "Il faut faire la Paix" n'est pas diffusé. (...). L'Internationale communiste exige de Thorez, qui a rejoint son unité, qu'il déserte et quitte la France. Thorez regimbe. Puis cède. Le 4 octobre, il est secrètement exfiltré en Belgique, où le noyau de l'Internationale l'initie à la nouvelle ligne. Après un mois d'attente clandestine, le 8 novembre, il arrive à Moscou avec sa femme, Jeannette Vermeersch". (Pierre Juquin, Aragon un destin français 1939-1982, La Martinière - p.21)  

 

     

Léon Blum et Maurice Thorez en 1936

Léon Blum et Maurice Thorez en 1936

Le Journal officiel du 29 septembre annonce la constitution, à la Chambre, d'un Groupe ouvrier et paysan français (GOPF), qui rassemble 42 députés communistes, rejoints par quelques autres les 4 et 5 octobre.

Un député communiste sur trois a fait défection!

L'un des premiers actes du GOPF est d'envoyer au président Herriot une lettre datée du 1er octobre, qui réclame un débat sur la paix avec l'Allemagne. 

Pendant toute la guerre, Maurice Thorez, écrit Juquin, "va ronger son frein en URSS. Dès avant son arrivée dans la capitale soviétique, le Présidium de l'IC a critiqué la direction du parti français -sauf Marty qui partage l'analyse de Staline et se confronte avec Thorez. Le 14 novembre, dans une réunion du secrétariat consacrée à la France, Thorez consent péniblement à son autocritique; il a fallu près de douze semaines. La ligne soviétique reste en vigueur jusqu'à la ruée allemande de mai 1940. Thorez accepte de l'exprimer, mais seulement dans un article confidentiel d'une publication de l'Internationale (Die Welt) en allemand (!), puis dans Les Cahiers du bolchevisme clandestins". 

Ce soir, Commune, Europe, et 79 publications communistes au total sont interdites. La Maison de la Culture est fermée, les réunions communistes sont interdites. Le Parti est désorganisé par la mobilisation. 

"Le décret du 26 septembre 1939 dissout non seulement le parti communiste, mais aussi toutes les organisations prétendument satellites. La ceinture rouge de Paris est visée, la vie culturelle ouvrière démantelée: sont dissous les Bourses du travail, des clubs sportifs, des patronages municipaux, des harmonies municipales, des amicales de locataires, l'Aéro-Club des Aiglons à Ivry, l'Amicale des pêcheurs de Gentilly, l'Oeuvre des vacances populaires enfantines de Malakoff, les amis de la boule ferrée de la même ville ("En raison de son caractère nettement communiste (...) elle a groupé jusqu'à 20 adhérents", note le rapport de police). On n'en finit plus d'énumérer. 

Le 18 novembre 1939, un autre décret permet l'arrestation et l'internement administratif, sans jugement, de tout individu considéré comme dangereux pour la défense nationale.

Une loi du 20 janvier 1940 porte déchéance "de tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la IIIe Internationale".

Suivant un bilan ministériel établi le 19 mars 1940, 60 députés et un sénateur ont été déchus; 11 000 perquisitions opérées (par exemple le 3 octobre 1939, au domicile des Aragon, rue de la Sourdrière, les documents saisis n'étant récupérés au greffe correctionnel qu'en janvier 1949); 3400 militants ont été arrêtés, 1500 condamnations prononcées. En pleine déroute de l'armée française, la police passera encore son temps à traquer des communistes: au 31 mai 1940, on en est à 15 000 perquisitions et 5553 arrestations. On a trop oublié cela.      

Daladier allègue le pacte. Or, dès le 3 décembre 1936, une dépêche très secrète, qu'il a signée comme ministre de la Guerre du gouvernement Blum, a enjoint aux généraux commandants de Paris et aux Régions militaires de préparer des unités pour mater on ne sait quel coup de force communiste, en particulier des chars et des troupes coloniales. Après Munich, Daladier a reprimé une grève générale lancée par la CGT. Le 17 décembre 1938, un appel signé par 432 journaux a demandé l'interdiction du parti communiste, alors accusé non pas de soutenir le pacte germano-soviétique, mais de pousser à la guerre contre Hitler! 

La répression de 1939-1940, c'est avant tout la revanche de 1936, y compris de la part de nombreux participants au Front populaire.  

Le 20 mars 1940, le 3e tribunal militaire permanent ouvre le procès, à huis clos, de 44 députés communistes qui n'ont pas lâché leur parti, dont 35 présents. En avril, ces élus écopent de plusieurs années de prison ferme, de lourdes amendes, et t'interdiction des droits civiques et politiques. A tous les prévenus, le capitaine de Moissac, juge d'instruction, a demandé s'ils reniaient leur appartenance au "PC mondial (sic) dont le PCF n'est qu'une section", s'ils désavouaient la discipline de l'Internationale, le pacte germano-soviétique, la lettre à Herriot (procès-verbaux d'interrogatoires conservés aux archives de Fontainebleau). Vichy continuera Daladier: dans les dossiers des communistes emprisonnés ou recherchés, l'approbation du pacte restera un test discriminant. 

Mais cette persécution a un effet inattendu. Sans le vouloir, Daladier fait de la question du pacte une épreuve de vérification des cadres communistes. Certains doutent ou ne sont pas d'accord. Mais, face à la répression, la fidélité prend le pas sur toute autre considération, chez ceux-là mêmes qui, comme Gabriel Péri, tourmenté et mystérieux, ont pu avoir in petto des désaccords graves. Fidélité contre persécution, fierté contre déni de justice, confiance contre panique, de très nombreux cadres communistes, sélectionnés et formés dans les années 1930, tiennent bon dans le désastre. Leur solidité aura des conséquences considérables quand la mouvance communiste se reprendra et que le parti sortira de sa ligne erronée et de son discrédit pour se place en tête de la Résistance. 

(...)

Le 7 septembre 1939, Daladier nomme le général Pierre Héring gouverneur militaire de Paris. En vertu de l'état de siège Héring est responsable de la sécurité de la capitale. Hanté, soixante-dix ans après, comme beaucoup de généraux, par la peur de la Commune, il vise les communistes; le 15 septembre, il exige que les tribunaux militaires soient, contre eux, fermes et rapides; cadres et troupes participent, sous sa direction personnelle, à des exercices de guerres de rue et de répression d'émeutes; en guise d'avertissement, des défilés et des revues montrent la "force" aux Parisiens. Héring essaie d'obtenir du gouvernement que des "indésirables", arrêtés et parqués au stade Roland-Garros, soient expédiés dans des camps, en province ou aux colonies. Il fait surveiller les ouvriers des usines métallurgiques par des détachements de soldats. Il "épure" le contingent des "affectés spéciaux". Dans un rapport adressé au gouvernement en janvier 1940, il qualifie le communisme d'"ennemi numéro un". Et Hitler dans cela?"

La loi punit toute propagande communiste d'amendes et de prison, et bientôt de mort.

"Le 9 avril 1940, le socialiste Albert Sérol, ministre de la Justice, signe un décret qui prévoit la peine de mort pour les communistes".    

Voir: http://pcf-1939-1941.blogspot.fr/2014/03/decret-loi-du-9-avril-1940-dit-decret_26.html

L'Humanité clandestine n° 38 du 10 avril 1940 dénoncera avec vigueur ce "décret scélérat" pris par un "gouvernement social-fasciste" en soulignant que le Parti communiste ne renoncera pas à son combat contre "la guerre impérialiste" :

 

Le décret scélérat
[...] Mardi, le ministre "socialiste" de la justice, Sérol, a soumis son décret-loi à la signature du président de la République !
Il est vrai que dans la forme, le décret diffère un peu de celui annoncé par l'agence Havas. Au lieu de dire cyniquement que seule sera réprimée la propagande communiste, on parle "d'entreprises de démoralisation de l'armée et de la nation".
Cette hypocrisie dévoile le père spirituel du décret : c'est Blum ! si ce n'était pas de l'hypocrisie, il faudrait commencer par l'appliquer à la racaille des Munichois et des amis de l'espion Abetz, à tous ceux dont les crimes d'hier ont préparé les massacres d'aujourd'hui. Il faudrait l'appliquer aux profiteurs de guerre et aux spéculateurs qui ramassent des fortunes dans le sang et les privations des travailleurs. Il faudrait l'appliquer à Paul Reynaud [président du Conseil et ancien ministre des Finances], auteur d'une fiscalité qui ruine les commerçants et les paysans et affame les familles des mobilisés, aux malfaiteurs du gouvernement qui ont aboli toutes les libertés et qui prétendent maintenant bâillonner le peuple sous la menace de mort !
Ce sont eux qui démontrent à la nation et à l'armée qu'elles ne souffrent et ne se battent ni pour la liberté, ni pour l'indépendance nationale. Leurs actes prouvent que cette guerre est une guerre des riches, une guerre contre le peuple !
S'ils veulent effrayer les communistes, le coup est manqué ! [...]
Vous avez beau prendre des décrets copiés sur ceux de Hitler, vos jours sont comptés messieurs les ennemis du peuples ! [...]
La France de 89, de 48 et de la Commune saura débarrasser le pays de votre tyrannie et laver la honte de vos décrets scélérats !
Avec, à sa tête, un parti trempé comme le Parti communiste, elle sûre de la victoire !
 
A BAS LE DECRET SCELERAT !
A BAS LE GOUVERNEMENT SOCIAL-FASCISTE !
A BAS LA GUERRE !
Le décret Sérol ne fera l'objet d'aucune application entre sa publication en avril 1940 et la fin de la guerre franco-allemande en juin 1940.


Les quatre ouvriers communistes qui seront condamnés à la peine de mort le 27 mai 1940 pour les sabotages des moteurs d'avion de l'usine Farman le seront sur la base de l'article 76 (2°) qui prévoit cette sanction pour "Tout Français qui détruira ou détériorera volontairement un navire, un appareil de navigation aérienne, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation susceptibles d'être employés pour la défense nationale, ou pratiquera sciemment, soit avant, soit après leur achèvement, des malfaçons de nature à les empêcher de fonctionner, ou à provoquer un accident".

Un communiste sera amnistié par le président de la République le 18 juin 1940 en raison de son âge. Les trois autres seront exécutés le 22 juin 1940 à Pessac, près de Bordeaux.

Le continent Aragon -  Aragon, 1939-1945 - la grande voix de la Résistance des écrivains
Le continent Aragon -  Aragon, 1939-1945 - la grande voix de la Résistance des écrivains

Mobilisé, Aragon cherche à garder des liens avec la direction du parti communiste, plongée dans l'illégalité. Par Elsa, en lien avec Danièle Casanova, il cherche à établir des liens avec Laurent Casanova, le secrétaire personnel de Maurice Thorez. 

A 42 ans, Aragon vit d'abord dans un état quasi dépressif son cantonnement à Crouy-sur-Ourcq en octobre. Les premiers mots du Crève-Cœur en disent long: "Le temps a retrouvé son charroi monotone". 

Dans le Crève-Cœur, plusieurs poèmes à allusions cryptées souvent sous couvert de revenir sur des références historiques anciennes disent le dégoût d'Aragon face à l'attentisme du gouvernement français, la propagande des médias, la persécution des communistes, le manque de cohérence de la préparation militaire, le manque d'Elsa. 

Aragon et Elsa ont renoué leurs relations avec Paulhan et la NRF au début de l'année 1939 (Gallimard était en litige financier avec Aragon, lui demandant le remboursement de ses émoluments et voulant dénoncer le contrat qui le liait avec l'écrivain pour des raisons essentiellement idéologiques) et Les voyageurs de l'impériale commencent doivent paraître en feuilleton dans la NRF.  A partir du 1er janvier 1940, la NRF publiera les cinq premiers chapitres de ce manuscrit de 1000 pages qui ne quitte pas Aragon dans sa garnison.   

A suivre. 

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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 18:51
Ceija Stojka enfant. Photo Mémorial de la Shoah

Ceija Stojka enfant. Photo Mémorial de la Shoah

Les éditions Isabelle Sauvage de Plounéour-Menez, spécialisées dans la publication de poésie, notamment de la poésie étrangère avec des problématiques autour du féminisme, des rapports de sexualité, du corps, de la politique et de l'histoire, ont publié en 2016 pour la première fois en France un livre exceptionnel, "Je rêve que je vis? Libérée de Bergen-Belsen" issu des entretiens entre l'artiste et peintre rom autrichienne Ceija Stojka avec Karin Berger en 2004 (traduits par Sabine Macher avec la collaboration de Xavier Marchand, pour une première parution en allemand en 2005).   

Ceija Stojka avait 11 ans en 1945 quand elle a subi l'enfer des camps d'extermination d'Auschwitz et de Bergen-Belsen avec sa mère et d'autres membres de sa famille, y raconte avec une voix pleine d'onirisme et de magie poétique, comment ses frères et sœurs, elle, et sa mère, se cachait dans des parcs sous les feuilles à Vienne pendant que les Nazis traquaient les Roms et que son père avait déjà été arrêté et envoyé à Dachau.

Sans pathos, avec même des moments de pure grâce, Ceija Stojka nous fait revivre ce monde hallucinant et hideux de cruauté produit par les bourreaux nazis avec les yeux de la petite fille protégée par une mère courage avec des ressources de survie exceptionnelles qu'elle était alors. La fillette décrit des conditions abominables d'existence dans ces camps d'extermination avec la crudité et la naïveté de l'enfance, et une force de vie inentamée.    

Le centre de ce témoignage qui présente un intérêt historique et littéraire immense est consacré à ses quelques mois hors de toute vie humaine imaginable à Bergen-Belsen après son transfert d'Auschwitz où, toute jeune, elle était chargée de décharger les corps des morts du jour des châlits de bois dans les baraques.

Quand les soldats britanniques ont libéré le camp, en avril 1945, et Ceija Stojka raconte leur arrivée à peine croyable, 60 000 survivants du camp se trouvaient auprès de 35 000 morts amoncelés et non ensevelis. 

Ceija Stojka a elle même passé le plus clair de son temps à Bergen Belsen entre les tas de mort qu'on empilait derrière les barbelés dans leur enclos entourant deux ou trois baraques et 250 détenus environ, à se protéger du vent "au chaud" entre deux tas de cadavres, à remettre la tête des défunts décharnés et souvent éventrés "à l'endroit", vers le ciel, à récupérer des bouts de vêtements pour s'en couvrir ou les manger. 

La faim, le typhus et la typhoïde devaient terminer d'exterminer, sur des sols sablonneux face à la forêt, tour à tour amie et menaçante, cette population de damnés, déportés juifs ou roms, et aussi de résistants, venus d'autres camps, sans même dépenser une balle ou le gaz nécessaires. Des déportés mangeaient les cadavres, l'herbe jeune qui poussait dans la boue, leurs excréments, le tissu, le cuir, le bois des peignes et des poutres, la sève des arbres et les feuilles dans une quotidienneté infernale où tout relâchement d'une volonté obstinée de survivre de la part de ceux qui avaient déjà survécu à d'autres camps terribles et à des marches de la mort signifiait la mort immédiate.  

Des centaines de milliers de Roms et Tsiganes ont été exterminés par les Nazis et leurs alliés pendant la guerre et il y a peu de témoignages publiés de survivants de ce génocide, ce qui rend ce livre encore plus précieux. On est dans l'horreur mais l'auteur ne se départit jamais, enfant comme plus tard comme femme âgée qui revient sur ces mois d'existence d'une dureté au-dessus de tout ce que l'on peut imaginer, d'un optimisme et d'une soif de vivre, refusant les logiques de haine. 

Ceija Stojka raconte aussi la libération du camp, les soldats britanniques complètement effondrés et choqués en découvrant l'horreur, les gardiens et bourreaux nazis et les kapos chargés de creuser des fosses communes pour enfouir les corps dans les latrines, la traversée de l'Allemagne pour rejoindre l'Autriche, à squatter des maisons abandonnées, croiser des soldats perdus et en fuite, le retour dans une Autriche partiellement détruite et ruinée mais on retrouve ses habitudes comme si les gens avaient été complètement étrangers à leur drame aux frontières de l'humain.  

Cette publication intervient à point nommé, malheureusement, avec l'extrême-droite qui revient au pouvoir en Autriche, comme dans d'autres pays d'Europe, orientale notamment. 

N'oublions jamais ce qu'ont pu faire le racisme européen, des états et des hommes prétendument "civilisés" à d'autres hommes!      

Auteure Ceija Stojka Collection « chaos » Récit 116 pages, 12 x 15 cm, reliure dos carré collé Parution : mars 2016 ISBN : 978-2-917751-66-4 / 17 euros Titre original : Träume ich, dass ich lebe ? Befreit aus Bergen-Belsen, publié originellement par Picus Verlag, Vienne, 2005 Traduit de l’allemand par Sabine Macher Avant-propos de Karin Berger

Auteure Ceija Stojka Collection « chaos » Récit 116 pages, 12 x 15 cm, reliure dos carré collé Parution : mars 2016 ISBN : 978-2-917751-66-4 / 17 euros Titre original : Träume ich, dass ich lebe ? Befreit aus Bergen-Belsen, publié originellement par Picus Verlag, Vienne, 2005 Traduit de l’allemand par Sabine Macher Avant-propos de Karin Berger

Article sur le site internet: 

http://www.lanicolacheur.com/Ceija-Stojka-expositions-lectures-Marseille-Paris

Ceija Stojka est née en Autriche en 1933, cinquième d’une fratrie de six enfants dans une famille de marchands de chevaux rom d’Europe Centrale, issue des Lovara.
Déportée à l’âge de dix ans avec sa mère Sidonie et d’autres membres de sa famille, elle survit à trois camps de concentration, Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen.

C’est seulement quarante ans plus tard, en 1988, à l’âge de cinquante-cinq ans, qu’elle ressent le besoin et la nécessité d’en parler ; elle se lance dans un fantastique travail de mémoire et, bien que considérée comme analphabète, écrit plusieurs ouvrages poignants, dans un style poétique et très personnel, qui font d’elle la première femme rom rescapée des camps de la mort, à témoigner de son expérience concentrationnaire, contre l’oubli et le déni, contre le racisme ambiant.

Son témoignage ne s’arrête pas aux textes qu’elle publie (4 livres au total entre 1988 et 2005), et qui très vite lui attribuent un rôle de militante, activiste pro-rom dans la société autrichienne. A partir des années 1990, elle se met à peindre et à dessiner, alors qu’elle est dans ce domaine également, totalement autodidacte. Elle s’y consacre dès lors corps et âme, jusqu’à peu de temps avant sa disparition en 2013.

Son œuvre peinte ou dessinée, réalisée en une vingtaine d’années, sur papier, carton fin ou toile, compte plus d’un millier de pièces. Ceija peignait tous les jours, dans son appartement de la Kaiserstrasse à Vienne.
On note deux axes dans son travail pictural : 
La représentation, sans omettre les détails, des années terribles de guerre et de captivité endurées par sa famille, par son peuple. Près de cinq cent mille Roms ont été assassinés sous le régime nazi (le nombre exact de victimes n’a jamais été déterminé jusqu’à aujourd’hui).

En parallèle elle peint des paysages colorés idylliques, évocations des années d’avant-guerre, quand la famille Stojka, avec d’autres Roms, vivait heureuse et libre en roulotte dans la campagne autrichienne. 

 

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7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 07:19
Arthur Rimbaud

Arthur Rimbaud

Merci à Robert Clément d'avoir exhumé ce poème peu connu et engagé de Rimbaud, un des rares artistes et écrivains de renom (pas à l'époque encore) à avoir vibré pour la Commune de Paris et la Révolution: 

Morts de Quatre-vingt-douze (Arthur Rimbaud)

Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l’âme et sur le front de toute humanité ;

Hommes extasiés et grands dans la tourmente,
Vous dont les cœurs sautaient d’amour sous les haillons,
Ô Soldats que la Mort a semés, noble Amante,
Pour les régénérer, dans tous les vieux sillons ;

Vous dont le sang lavait toute grandeur salie,
Morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d’Italie,
Ô million de Christs aux yeux sombres et doux ;
Nous vous laissions dormir avec la République,

Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
– Messieurs de Cassagnac* nous reparlent de vous !

Arthur Rimbaud

* Paul de Cassagnac (1842- 1904): Journaliste et député bonapartiste d'extrême-droite ennemi juré des Républicains de gauche 

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:30
Michel Kerninon, sur le poète Georges Perros, à l'occasion de la publication d'une somme de l'oeuvre de l'écrivain qui vécut la fin de sa vie à Douarnenez chez Gallimard, en collection quarto
Michel Kerninon, sur Georges Perros

 

Il y aura 40 ans au mois de janvier prochain, le 24, que l'écrivain Georges Perros quittait ce monde. L'essentiel de son oeuvre et des inédits ont été rassemblés et sont présentés par Thierry Gillyboeuf dans un volume de 1600 pages qui vient de paraître dans la collection Quarto de Gallimard.

Il y a 40 ans que l'aura de l'oeuvre de Georges PERROS, que sa mémoire et le souvenir de ceux de plus en plus rares qui l'ont approché dans sa " vie ordinaire ", ne cessent de grandir.
Le Quarto consacré à Georges Perros met en lumière une oeuvre singulière dans la littérature du XXe siècle. Ni Cioran , ni Pessoa, mais des traces glissées, des griffures, dans la marge d'un livre à venir. Dont il ne souhaite d'ailleurs pas qu'il advienne. Des notes ni furtives, ni griffonnées, et d'ailleurs de moins en moins aphoristique avec l'âge. Notes de musique, notes critiques, portraits, papiers collés de carnets ficelés ... Il s'agit d'un journal ouvert à tous les vents. Ceux de l'intelligence, de l'amour, de la mer, papiers fouettés aux tempêtes de Bretagne, comme aux orages des paysages intérieurs. Comme apaisé aux réconforts de la géographie, les pointes, les îles, la baie s'ouvrant en toile de fond sur l'absurdité consubstantielle de l'homme et du monde.
Dans la préface, Thierry Gillyboeuf, avec amitié, sobriété, pertinence écrit que " Lire Perros, c'est à la fois entendre une voix reconnaissable entre toutes et se laisser emporter par une pensée sans cesse en mouvement, qui se rétracte et se déploie comme le ressac."
Cet homme, Georges Poulot, devenu Perros après avoir quitté la Comédie (française) pour le plancher des vaches, près desquelles d'ailleurs, il habitait à son arrivée à Douarnenez, le pays des penn sardins, était l'incarnation du verbe. Sa voix dans les livres comme dans la vie. Et le solitaire très entouré fut privé de parole par la maladie. Elle allait saper une voix si belle après la cinquantaine, puis l'emporter en deux années.
La magie de sa voix est pleinement audible dans ce volume. Proses, journal, quelques correspondances -(sa correspondance immense, étant certainement le deuxième versant de l'oeuvre, mériterait d'être rassemblée)- ou des vers octosyllabes aux enjambements musicalement singuliers et aussi les silences, le silence qui respire comme si Georges était encore près de nous.
Si de tout beau livre, de toute poésie, d'une musique, d'une femme... ne devait subsister que le sillage, comme on le dit d'un voilier, la parabole à ras d'existence est une illustration de la magie de la vie, de toute la vie. Il y a chez Georges Perros un amour infini pour les êtres, une tendresse inconsommable. Elle est d'autant plus envahissante que nous ne sommes pas à la hauteur. " Nous sommes incapables de n'aimer qu'une fois, parce que nous n'aimons jamais. " Il s'agirait donc, seulement, de tenter de trouver les modalités de sa dévotion à la solitude. "Pour ne pas mourir à côté."

 

https://blogs.mediapart.fr/michel-kerninon/blog/101217/georges-perros-1923-1978-pour-ne-pas-mourir-cote

Michel Kerninon, sur le poète Georges Perros, à l'occasion de la publication d'une somme de l'oeuvre de l'écrivain qui vécut la fin de sa vie à Douarnenez chez Gallimard, en collection quarto

Ce volume contient la totalité de l'œuvre de Georges Perros ainsi que de nombreux inédits. Elle est ici établie par ordre chronologique pour Papiers collés, Poèmes bleus, Une vie ordinaire, Papiers collés II, Échancrures, L'Ardoise magique et Papiers collés III, et par ordre d'écriture pour les inédits, les textes non repris en volume ou ceux réunis après sa mort. Attiré par la scène et l'envers du décor, sa première vocation fut le théâtre - une déception. Restent la force des mots, le phrasé. Glissement de l'oral à l'écrit. Sans revenus fixes, il assuma son dénuement volontaire, acharné à noircir ses petits carnets, ses agendas, seulement riche d'une moto. Ses amis, peu nombreux mais présents, le guidèrent. Gérard Philipe le recommande à Jean Vilar. Son métier ? Lecteur pour le T.N .P. Vilar s'est-il amusé autant que nous à lire ses comptes rendus ? Ils tiennent en peu de mots : l'intrigue, la meilleure réplique, son jugement. Pas de bavardage, ni de laconisme, c'est impitoyablement drôle - l'élégance de l'humour assassin. Georges Poulot (1923-1978) devient Georges Perros, l'homme inclassable
de la littérature, le lecteur insatiable, le critique avisé, le touche-à-tout. Sa rencontre avec Jean Grenier amorce un tournant. Il consent à lui montrer quelques textes. Grenier les aime, s'empresse de les donner à lire à Paulhan, la N.R.F. les publie. Le ton est donné, la pensée entière, vive, l'écriture acérée et précise. C'est à son corps défendant qu'il réunit et publie Papiers collés - et les ouvrages suivants -, parce que la vie matérielle, avec toute une famille, l'a rattrapé et qu'il faut vivre. Il place si haut la littérature qu'il se juge toujours indigne d'un tel sacerdoce. Loin de Paris, à l'écart de tout «milieu», à Douarnenez, il officie de notes, de lectures, de poèmes. L'homme parle, malgré lui. Et lorsque le verbe le fuit, il dessine, peint, pour retrouver la seule écriture qui vaille : celle du quotidien, ces instants sans importance, l'anecdotique, où se niche l'essentielle vérité. Comment la poésie peut-elle enchanter notre réalité ? Comment transcender la douleur ? Aimer, se pardonner ? Comment vivre ?
Ce volume contient la totalité de l'œuvre de Georges Perros ainsi que de nombreux inédits.

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29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 07:05
Ombre (1976) - Un beau poème de Daniel Trellu

Voici un poème remarquable de Daniel Trellu trouvé dans le tome 3 en français de l'anthologie de Favereau chez Skol Vreizh, sachant que l"original se trouve dans la version bretonne de l'anthologie.

Le poème en breton est peut-être encore supérieur à sa traduction, fût-elle de l'auteur lui-même comme c'est le cas ici. On considérer qu'ici le style poétique de Trellu est assez proche de certains aspects de Char. Ce poème nous a été transmis par Michel Kerninon et Kristian Keginer. 

 

OMBRE

J'ai perdu mon ombre

Ma preuve par le soleil

A midi comme un mât

Planté en pleine terre 

Voiles hautes

J'étais une évidence verticale

Confondue avec son double

Pouvais-je retenir les soleils

Quand je croyais ouvrir deux mains

J'ai creusé pour chercher mon ombre

J'ai navigué sur des faux équilibres

Mon tronc s'est vidé

L'écorce est transparente

Faux soleils fausses lueurs

Je tourne autour du vide

Je n'ai plus d'ombre

J'ai perdu le soleil. 

Né en 1919 à Quéménéven (29), Daniel Trellu, qui devient instituteur avant guerre, a joué sous le pseudonyme de «Colonel Chevalier», un rôle important dans la Résistance en tant que responsable départemental d'un des premiers maquis de Bretagne (Spézet, Laz, Saint-Goazec), puis de responsable de la résistance FTP de Bretagne.  

Après la guerre, il devient responsable départemental du parti communiste à Brest, puis réintègre l'enseignement en 1952.

Il sera successivement instituteur à Trégunc, puis professeur de français et d'histoire-géographie au lycée technique Chaptal à Quimper.

Il aura d'ailleurs comme élève un certain Daniel Le Braz (Dan ar Braz). Il prend sa retraite en 1975 et vient s'installer à Saint-Hernin où il décédera en avril 1998.

Daniel Trellu était un homme cultivé, lettré, l'auteur de nombreux poèmes. 

 

1er numéro du journal des Jeunesses Républicaines de France - Debout les jeunes! Union de la jeunesse républicaine: une organisation communiste de jeunesse de masse à la Libération (archives Pierre Le Rose)

1er numéro du journal des Jeunesses Républicaines de France - Debout les jeunes! Union de la jeunesse républicaine: une organisation communiste de jeunesse de masse à la Libération (archives Pierre Le Rose)

Paul Le Gall, Piero Rainero, Daniel Trellu (ancien chef FTP du Finistère), Pierre Le Rose, Gaston Plissonnier (archives Pierre Le Rose)

Paul Le Gall, Piero Rainero, Daniel Trellu (ancien chef FTP du Finistère), Pierre Le Rose, Gaston Plissonnier (archives Pierre Le Rose)

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 06:31
Il y a 65 ans, mourrait Paul Eluard: hommage d'Anne Musso à l'occasion de la sortie du livre d'Odile Nguyen-Schoendorff

Paul Éluard décède le 18 novembre 1952

Dans l’étoffe du poète Paul Éluard, un article d’Anna MUSSO, publié le 21 janvier 2016, à l’occasion de la sortie du livre d’Odile Nguyen - Schœndorff, « Ce risque d’oubli", consacré à Paul Éluard et préfacé par Jack Ralite.

 

(lu sur l'excellente page Facebook de Robert Clément)

 

Le 22 novembre 1952.

Au cimetière du Père-Lachaise, le gouvernement n’accordera pas d’obsèques nationales au poète communiste, figure du surréalisme et de la Résistance littéraire, Paul Éluard.

Aragon eut ces mots :« Nous ne faisons que commencer à comprendre ce qui nous est enlevé. »

Avec cette biographie, rédigée à la première personne comme l’exige la collection de l’éditeur lyonnais Jacques André, la philosophe Odile Nguyen-Schœndorff s’est glissée avec délicatesse dans la peau d’Éluard pour corriger « ce risque d’oubli », selon la belle formule de l’ancien ministre Jack Ralite, qui signe la préface.

Une forme d’écriture originale qui a le mérite d’offrir un récit vivant, intime et accessible. Documentée et nourrie d’échanges avec la fille du poète, Cécile, et l’Association des amis de Paul Éluard, l’auteure met en scène, sans la trahir, la vie privée, publique, artistique et politique du poète.

L’essentiel de l’existence et de l’œuvre de l’auteur de Capitale de la douleur ou des Poèmes pour la paix, Liberté, pour ne citer qu’eux, y est ainsi raconté avec beaucoup d’affection par la philosophe elle-même engagée et auteure de poèmes. Ponctué de citations et illustré de photos, l’ouvrage permet d’assister à l’éclosion littéraire et de suivre le cheminement politique, inextricablement liés, du petit Eugène Émile Paul Grindel, qui adoptera le pseudonyme Éluard, du nom de sa grand-mère maternelle : « Je garderai ainsi la sonorité “el”, ou “aile”, que j’aime bien », développe Paul sous la plume d’Odile…

Ainsi de sa naissance, le 14 décembre 1895 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à sa mort, à 57 ans, le lecteur, précipité dans la peau de celui dont « la poésie est l’étoffe de sa vie », traverse son enfance heureuse et son adolescence maladive, goûte à son coup de foudre avec Gala, en 1913, sa muse initiatrice, éprouve ses chagrins amoureux, (re)découvre ses premiers poèmes, expérimente sa mobilisation durant les deux guerres…

Bouleversé, gazé, Éluard témoignera de l’horreur de la guerre dans plusieurs recueils, dont le Devoir et l’Inquiétude.

Chacun(e) revit son combat contre le nazisme, le fascisme et le colonialisme, son engagement au Parti communiste en 1927, l’aventure surréaliste aux côtés de Breton, Soupault, Aragon, ses amitiés fécondes et complexes avec Ernst, Picasso, Desnos…

Un récit haletant, empli d’amour et d’engagements, qui se lit d’un souffle.

Il y a 65 ans, mourrait Paul Eluard: hommage d'Anne Musso à l'occasion de la sortie du livre d'Odile Nguyen-Schoendorff
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