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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 05:30
Biographie extraite du bulletin n°11 de Nov 2017 de Mémoire Vivante (Institut d’Histoire Sociale de la CGT)

Biographie extraite du bulletin n°11 de Nov 2017 de Mémoire Vivante (Institut d’Histoire Sociale de la CGT)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère:

60/ Guillaume Bodéré (1906- 1995): pêcheur de Léchiagat, communiste, résistant, responsable CGT Finistère et des pêches

Source: Gaston Balliot, travail sur les archives du Travailleur Bigouden

https://bigouden1944.wordpress.com/2016/11/08/guillaume-bodere/

Né en 1906, à Saint-Jean Trolimon où son père était cantonnier, Guillaume BODÉRÉ quitte l’école à 12 ans. Après plusieurs embarquements successifs, il part travailler dans une verrerie de l’Aisne à 18 ans, mais revient très vite en Bretagne.

Il s’établit alors aux Glénan, où, tout en pratiquant la pêche aux crustacés, il s’occupe des viviers des Etablissements Prunier.  "J’ai vécu 9 ans au paradis" avait il coutume de dire, parlant de cette période heureuse de sa vie. Guillaume et sa famille reviennent alors habiter à Léchiagat.

En 1939, Guillaume est mobilisé dans la marine à Brest, passe de Falmouth à Liverpool, puis revient en France. Démobilisé en mars 1941, Guillaume reprend le commandement de son bateau « VERS LE DESTIN », au nom vraiment prédestiné. Jean Le Coz prend contact avec lui en avril 41 et trouve en lui un homme tout disposé à prendre sa place dans la Résistance.

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

C’est alors, début 42, que Guillaume adhère aux Parti Communiste Français.

En mars 1942, Guillaume BODERE va connaître sa première mission importante la récupération d’une première fourniture d’armes et d’explosifs aux Glénan, où elle est immer­gée. Première tentative le 22 mai 1942 : au retour des Glénan, par forte tempête, le bateau de Guillaume fait naufrage à huit milles de Lesconil et Louis GUEGUEN, beau-frère de Guillaume, qui l’accompagnait y perd la vie. Guillaume quant à lui, est repêché par deux marins-pêcheurs de Lesconil. Quelque temps plus tard, nouvelle tentative avec Jean BAU­DRY, patron de l'"Entre Nous". Voici la relation, simple et dépouillée de ce véritable exploit, qu’en fait Jean-Désiré LARNICOL,dans l’attestation délivrée à Guillaume BODERE pour la reconnaissance de ses droits de « Combattant Volontaire de la Résistance », (CVR)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

 » Je soussigné Larnicol Désiré Jean Corentin, domiciliée à Treffiagat (Finistère), titulaire de la carte Combattant Volontaire de la Résistance  n° 130222, délivrée le 29.04.1959 par l’Office Départemental des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du Finistère, certifie sur l’honneur l’attestation délivrée par moi-même, le25-10-1945, au sujet de BODERE Guillaume, en la complétant par la déclaration suivante : J’accomplissais dès le 1er mai 1941 1a responsabilité d’Organisateur du Front National du Sud-Finistère chargé de la constitution des groupes OS.

Je recrutais BODÉRÉ Guillaume, domicilié à Treffiagat qui fut versé dans les FTPF le 15. 03.1942. 

Au mois d’août 1942, une mission périlleuse était confiée aux FTPF BAUDRY Jean et BODÉRÉ Guillaume, respectivement patron et matelot du bateau de pêche  » L’ENTRE-NOUS », immatriculé au quartier maritime du Guilvinec (Finistère Sud). Cette mission consistait à reprendre des containers, mouillés dans les eaux des Iles GLENAN par BOLLORÉ Michel qui réceptionna les dits containers au large de Belle-lle auprès d’un navire des FORCES NAVALES FRANÇAISES LIBRES. Les FTPF BAUDRY Jean et BODERE Guillaume réussirent dans la mission qui leur était confiée en débarquant dans le port de Guilvinec le 15-08-1942, plusieurs containers qui furent entreposés au domicile de BODERE Guillaume, route de Léchiagat, à Tréffiagat. 

Malgré la répression qui s’abattit dans la région bigoudène dans les derniers jours de septembre1942,provoquant le départ du côtier « L’audacieux » qui rejoignit en Angleter­re les Forces Navales Françaises Libres, malgré l’arrestation du patron de « l’Entre Nous », Baudry Jean fusillé le 5 avril 1944 au Mont-Valérien, malgré l’arrestation de sa femme, internée à Quimper jusqu’à la libération de cette ville, BODÉRÉ Guillaume poursuivit la lutte contre l’occupant.

Sa formation militaire était intégrée au mois de juin 1944 au 3e bataillon de marche. 

Déclaration dûment complétée pour faire valoir les droits à la reconnaissance de com­battant volontaire de la Résistance de BODÉRÉ Guillaume, domicilié à Treffiagat ».

Traqué par la police vichyste et la Gestapo, Guillaume réussit à leur échapper en se réfugiant tour à tour dans une petite ferme de la Torche puis à Saint-Evarzec sous une identité d’emprunt.
Jean BAUDRY, quant à lui, était en mer au moment des arrestations. On ne put le prévenir et il fut « cueilli » à son arrivée au port. Après un an et demi de cachot, il fut fusillé au Mont-Valérien le 5 avril 1944. Il mourut avec un grand courage.

Marie-Jeanne, l’épouse de Guillaume, fut, elle aussi, arrêtée le 30 septembre 1942. Elle subira un emprisonnement de deux ans qui compromit son état de santé.

Guillaume, quant à lui, continue la lutte dans les FTPF jusqu’à la Libération.

Il participe alors à LANDERNEAU, à la réunion constitutive de l’Union départementale CGT.

Elu membre du bureau de l’Union Départementale et confirmé dans cette fonction par le premier Congrès départemental de mars 1945. Responsable des marins-pêcheurs, il parcourt le littoral du département pour organiser les marins. Il devient membre du Conseil National CGT des marins-pêcheurs, ce qui l’amène à séjourner quelque temps à Paris, avec sa famille.

" Le 16 septembre 1944, "L'Aurore", organe régional du PCF, insère un article de Guillaume Bodéré, de la direction de l'UD CGT Finistère, qui met l'accent sur la reprise de l'activité des pêches:

"... La pêche est appelée à jouer un grand rôle dans la reprise de l'activité économique du pays. Il faudrait donc que les pêcheurs puissent reprendre la mer, non pas comme cela s'est fait dans quelques ports à l'aviron ou à la voile, avec avec les moyens normaux d'avant-guerre, c'est-à-dire avec carburant. Certes les pêcheurs comprennent que l'essence doit aller d'abord à l'armée pour que cette guerre se termine victorieusement le plus tôt possible. Néanmoins, il faudrait que les pêcheurs reçoivent, et cela au plus tôt, le carburant nécessaire pour la reprise de leur travail. Ils ne réclament pas l'impossible, mais qu'on leur permette de travailler au ralenti. En attendant, et en considérant que la grosse majorité des pêcheurs n'a pas pu travailler cette année et qu'il faut tout de même que leur famille vive, nous demandons que chacun puisse toucher une allocation chômage; les femmes et les enfants doivent manger. Ce ne sont pas les millions qui manquent dans les caisses des trafiquants du marché noir".   (La CGT dans le Finistère 1944-1968 - Fanch Tanguy, 1986)

En 1953, il reprend la pêche à Léchiagat, retourne à l’école à 47 ans pour obtenir son brevet de patron de pêche et continue, bien sûr, à militer à la CGT qui lui a rendu hommage le 1er mai 1989 en lui attribuant la médaille de fidélité.

Guillaume est décédé le 19 mars 1995, à l’âge de 89 ans

* FN : Front National (Organisation de lutte armée créée à l’instigation du Parti Communiste Clandestin). Rien à voir, bien sûr, avec l’organisation fascisante de le Pen.*

OS: Organisation spéciale ( chargée de la lutte armée contre l’occupant nazi), donna naissance aux: FTPF :Francs- Tireurs et Partisans français.

Cinq bateaux du Quartier de Guilvinec participèrent, en fait, au transfert des armes des Glénan. « Vers le destin » de Guillaume BODÉRÉ avec son beau-frère Louis GUEGUEN, « L’Entre-Nous » de Jean BAUDRY, avec Guillaume BODERE. Deux autres bateaux de Lesconil : le « Saint- Tudy » avec Julien FAOU (fusillé en juin 44 avec les otages de Lesconil), Bastien BARGAIN et Michel COSQUER, « L’exploité de la Mer » avec Etienne Le BRENN et Albert PRIMOT. Les containers d’armes et d’explosifs furent, en partie, entreposés dans la carrière de notre vieux camarade Vincent Larnicol, de Lesconil.

L’équipage de « L’Audacieux » comprenait outre le patron Michel BOLLORE, déjà cité, Sébastien COIC, co-propriétaire, Léon MOIGNE, Pierre KERVEVAN, Corentin QUEFFELEC, Sébastien LARNICOL et son fils du même prénom, mousse âgé de 16 ans, tous de Léchiagat.

(« LeTravailleur Bigouden » N° 158, 2e trimestre 1995)

L’hommage à Guillaume Bodéré dans le bulletin municipal 2011 de la mairie de Tréffiagat–> cliquer pour télécharger

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 07:04
La municipalité élue en 1945. Assis, de gauche à droite : Jos Cotten, Yves Ollivier, Louis Guillerm, Pierre Salaün, maire, Louis Lancien, Christophe Poulichet (qui succédera à Pierre Salaün en 1969), Hervé Bleuzen. 2e rang : Jean Huiban, Armand Gloanec, Robert Théou, Jeanne Furic, Maurice Clairon, Mme Guernalec, René Le Moal, Christophe Navellou, Henri Vigouroux. 3e rang : Mathurien Le Beuz, X., Henri Huiban, Christophe Rouzic, Henri Pérez, Louis Monfort, Louis Le Berre. Photo d'archives Le Télégramme

La municipalité élue en 1945. Assis, de gauche à droite : Jos Cotten, Yves Ollivier, Louis Guillerm, Pierre Salaün, maire, Louis Lancien, Christophe Poulichet (qui succédera à Pierre Salaün en 1969), Hervé Bleuzen. 2e rang : Jean Huiban, Armand Gloanec, Robert Théou, Jeanne Furic, Maurice Clairon, Mme Guernalec, René Le Moal, Christophe Navellou, Henri Vigouroux. 3e rang : Mathurien Le Beuz, X., Henri Huiban, Christophe Rouzic, Henri Pérez, Louis Monfort, Louis Le Berre. Photo d'archives Le Télégramme

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 59/ Pierre Salaun (1907-1983)
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 59/ Pierre Salaun (1907-1983)
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 59/ Pierre Salaun (1907-1983)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère -

59/ Pierre Salaun (1907-1983): maire communiste de Scaër de 1945 à 1969

D'après la fiche du maitron établie par Alain Prigent et Gilles Rivière:

Né le 23 février 1907 à Scaër (Finistère), décédé en juillet 1983 ; ouvrier papetier ; résistant, interné politique ; élu CGT à la CAF du Sud Finistère (1950-1962) ; membre du comité de la fédération du PCF du Finistère (1946-1968) ; maire de Scaër (1945-1969).

Pierre Salaun était le fils de Michel Salaun et de Marie Louise Bourhis. Il se maria avec Marie Gaonac’h le 11 mai 1929 à Scaër.
Forgeron puis mécanicien, il commença à militer, selon Eugène Kerbaul, à la CGTU et au PC dans la région parisienne à la fin des années 20.
En 1936, il revint dans le Finistère. Embauché aux papeteries Bolloré de Cascadec en Scaër, il contribua à la mise en place des structures syndicales. Il fut élu secrétaire de la IIIe région du syndicat CGT du Papier-Carton, poste qu’il occupa jusqu’au 30 novembre 1938 quand il fut licencié après l’échec de la grève générale. Après quelques mois à Paris, il revint dans le Finistère. Il participa aux débuts de la mise en place de la résistance communiste dans le Sud Finistère. Le 26 avril 1942, il fut perquisitionné (la police trouva un tract des JC), arrêté puis interné à Vôves et Pithiviers. Sa sœur Marie Louise Salaun épouse Baron fut agent de liaison des FTP de Scaër.
À la Libération en 1944, il reprit son poste d’ajusteur aux papeteries de Scaër qui employaient plus de 1 000 personnes. Redevenu responsable du syndicat CGT des papeteries, il fut élu secrétaire permanent provisoire et délégué à la propagande de l’union départementale CGT du Finistère le 2 septembre 1944 à l’issue de la reconstitution des structures syndicales opérées lors de la rencontre de Landerneau. Il était dans sa tâche dans l’usine de Scaër par Robert Pencréac’h qui siégeait aussi au conseil municipal de la ville. Les papeteries étaient une des usines du Finistère où la syndicalisation à la CGT était forte. En 1976, 460 des 600 salariés de l’entreprise étaiennt syndiqués à la CGT.
Fort de son engagement dans la Résistance, Pierre Salaun devint vice-président du CDL (comité départemental de la Libération) du Finistère, au titre de la CGT, en août 1944, remplaçant alors Le Coz.

Le président du comité départemental de libération est Le Goaziou. Pierre Salaün est vice-président au titre de la CGT avec Le Floch de Quimper. Les secrétaires du CDL sont Louis Dupoux et Pierre Le Rose (PCF Concarneau, Front national de Libération), Mme David d'Huelgoat, J. Grandin de Quimper, l'Abbé Julien, Jean Perrot (d'Esquibien), Paul Simon, Tanguy-Prigent de St Jean-du-Doigt. Le Comité départemental de libération joua un rôle important auprès du préfet pour la remise en place des anciennes municipalités dans les 301 communes du Finistère de l'époque , la création de délégations spéciales en attente des élections, le châtiment des traîtres, collaborateurs et trafiquants, la reprise de l'activité économique. Alain Cariou et Gabriel Paul du PCF étaient aussi membres du CDL (La CGT dans le Finistère 1944-1968 - Fanch Tanguy)

Il fut élu membre du bureau de l’union départementale CGT du Finistère à Quimper le 11 mars 1945 à l’issue de la tenue du premier congrès de l’union départementale après la Libération. Candidat CGT à l’élection du 24 avril 1947 au conseil d’administration de la caisse d’allocations familiales du Sud Finistère, il siégea dans cette structure étant élu le 8 juin 1950 puis réélu le 17 novembre 1955 sur la liste CGT qui obtint 6 sièges. Il fut aussi candidat à l’élection du conseil d’administration de la caisse primaire de sécurité sociale du Sud Finistère le 13 décembre 1962.
Il fut élu maire de Scaër en mai 1945 conduisant une liste d’union avec la SFIO. Réélu régulièrement jusqu’en 1965, il fut maire jusqu'en 1969. Militant communiste convaincu, Pierre Salaun siégea dans les instances départementales du PCF jusqu’à la partition de la fédération en deux entités en 1969. Membre du comité départemental de l’amicale des élus communistes, il fut candidat du PCF aux élections sénatoriales dans le Finistère en 1962. Il fut aussi candidat suppléant du PCF aux élections législatives de juin 1968 dans la circonscription de Quimperlé avec Paul Le Gall, candidat titulaire.
Il démissionna au début de l’année 1969 de son poste de maire et de conseiller municipal pour des motifs personnels notamment des difficultés internes à la mairie. Il affirma qu’il n’y avait aucun désaccord entre ses pensées la politique du PCF. Christophe Poulichet, ouvrier boucher, lui succéda.
Il fut candidat aux élections cantonales dans le canton de Scaer à quatre reprises. Il échoua de peu en 1945 dans un duel obtenant 49,9% des suffrages exprimés. Il maintint le score du PCF à des niveaux très élevés en 1951 (35,4%), 1958 (47,4%) et 1964 (42,2%). C. Poulichet, nouveau maire de Scaër, fut élu dans un contexte politique d’union de la gauche en 1970.
Salarié aux papeteries, Pierre Salaun se désengagea progressivement de ses responsabilités au sein de l’entreprise Bolloré. Cependant, en tant que maire, il accueillit les grévistes le 26 janvier 1968 lors de la grève des papetiers. Le déclin de l’usine après le transfert des activités à Odet (Ergué-Gabéric) en 1972 marqua la fin de l’hégémonie communiste sur la ville de Scaër. Le PCF tout en gardant des positions solides perdit la mairie au profit du socialiste Louis Nicolas en 1983. Le communiste Corentin Kerneis reconquit cependant la mairie en 1995.
Le stade municipal porte le nom de Pierre Salaun.

Article:

https://maitron.fr/spip.php?article172980, notice SALAUN Pierre par Alain Prigent, Gilles Rivière, version mise en ligne le 15 mai 2015, dernière modification le 20 février 2020.

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 06:04
Article du Ouest-France pour annoncer la sortie il y a deux ans du livre de Jean-Paul Sénéchal

Article du Ouest-France pour annoncer la sortie il y a deux ans du livre de Jean-Paul Sénéchal

 Hommage à Jean-Paul Sénéchal, militant syndical et politique, historien, spécialiste du Front populaire, notamment dans le Finistère et en Bretagne
Mardi de l'éducation populaire avec Jean-Paul Sénéchal sur le Finistère du Front Populaire - 14 mai 2019 à Morlaix

Mardi de l'éducation populaire avec Jean-Paul Sénéchal sur le Finistère du Front Populaire - 14 mai 2019 à Morlaix

Nous avons eu la tristesse ce matin d'apprendre par un de ses amis et de ses camarades, André Garçon, le décès mercredi de Jean-Paul Sénéchal. 

Jean-Paul Sénéchal était un syndicaliste à Sud et militant révolutionnaire et anticapitaliste, il avait été des combats pour la défense de l'hôpital public, et actif au sein du comité de défense de l'hôpital de Concarneau.

Depuis quelques années, il s'était engagé pleinement dans sa passion de l'histoire, écrivant une thèse d'histoire contemporaine sur le Front Populaire dans notre région qu'il avait adaptée dans un ouvrage collectif d'abord à travers un article développé et très intéressant "Front contre blocs: luttes hégémoniques dans le Finistère au moment du front populaire " (C'était 1936. Le Front populaire vu de Bretagne, sous la direction d'Erwan Le Gall et François Prigent, éditions Goater, 2016), puis dans l'adaptation pour le grand public de sa thèse: Finistère du Front populaire. 1934-1938. Lutte pour l'hégémonie et logique de blocs, PUR, 2018.

Deux ouvrages qui ont permis de faire avancer la connaissance de l'histoire de la gauche, du mouvement ouvrier, et de la fin des années 1930 dans notre région.  

Jean-Paul Sénéchal était venu le 14 mai 2019 faire une conférence passionnante dans le cadre des Mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix. Nous lui avions été reconnaissants de son travail de passeur et de pédagogue talentueux sur l'histoire politique de notre région, un travail où, bien évidemment, ses valeurs militantes se retrouvaient aussi même si son point de vue était sérieux, distancié et objectif. 

Nous sommes peinés par sa disparition et voulons exprimer toute notre sympathie à sa famille et ses amis. 

Son action et sa personne laisseront une empreinte forte dans le département et le monde militant. 

Ismaël Dupont

Le Front Populaire dans le Finistère: C'était 1936, le Front Populaire vu de Bretagne

 

Finistère. Le militant syndicaliste Jean-Paul Sénéchal est décédé

Mardi de l'éducation populaire avec Jean-Paul Sénéchal sur le Finistère du Front Populaire - 14 mai 2019 à Morlaix

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 15:55
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 58/ Guy Laurent (1940-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère -

58/ Guy Laurent (1940-1994): un marin-pêcheur dévoué à la cause de ses camarades.

Né le 3 mars 1940, Guy Laurent est devenu mousse sur un bolincheur à 16 ans. En 1959, sa formation de capacitaire accomplie, il obtient une dérogation - il n'a que 19 ans - pour remplacer son père, malade, au commandement du chalutier familial, le Sylviane-Dany. En 1965, Guy Laurent fait construire un chalutier hauturier en bois de 18 mètres, le Lorez Vraz qu'il exploitera pendant dix ans au large. En 1975, il pratique la pêche côtière sur l'Arlequin, un chalutier côtier de 15 mètres qu'il a acquis. Mais sa carrière en mer s'interrompt brutalement en 77. Malade, il doit mettre sac à terre et se reconvertir pour un travail administratif. De 1980 à 1993, il sera employé à l'administration des Pêcheries de l'Ouest Bretagne au Guilvinec, dont il avait été vice-président et l'un des fondateurs.

Durant toutes ces années, comme représentant syndical, il œuvre avec persévérance à l'organisation des marins, des dockers, des ouvriers poissonniers, des employés de marée. Il multiplie les contacts avec les mareyeurs. Au syndicat des marins CGT, Guy est apprécié pour ses connaissances, sa maîtrise des problèmes, sa clairvoyance, son comportement positif, face aux multiples problèmes de la pêche. En 1982, il remplace son frère Jean-Yves qui continue la pêche en mer à la Commission Exécutive de l'Union Locale CGT. En 1985, il est élu secrétaire de l'UL CGT de la région bigoudène, poste qu'il occupera jusqu'à son décès. En 1987, il est élu à la commission exécutive de l'Union départementale CGT du Finistère. L'UD le mandatera pour la représenter à la Commission Pêche du Conseil Économique et Social de Bretagne. 

Guy Laurent était aussi très engagé au Parti communiste. Il a adhéré en 74. Il a été secrétaire de Cellule à Loctudy, membre du Comité de section du PCF Pays Bigouden et a pris part aux travaux du Comité Fédéral où ses interventions portaient souvent sur la pêche et l'économie du Pays Bigouden. Il a collaboré activement aux travaux de la Commission Nationale maritime du Parti communiste, apportant une contribution importante pour un projet de loi porté par les élus PCF. Il tenait une chronique maritime dans le journal du PCF Pays Bigouden "Le Travailleur Bigouden". Il fut candidat communiste aux élections cantonales et législatives (en 1993), conseiller municipal de Loctudy.  

Après son décès, la municipalité de droite de Loctudy donna même son nom à un quai du port de pêche.

Un militant infatigable et clairvoyant.

 

"Guy est décédé à 54 ans. Je me souviens avoir passé pas mal d'heures chez lui avant son adhésion au PC. J'étais alors secrétaire de la section et il m'avait contacté car il avait envie d'adhérer mais avait quelques craintes. Je n'ai pas eu de mal à lui dissiper ses hésitations car nous étions sur la même longueur d'onde. A cette époque beaucoup des patrons pêcheurs bigoudens étaient au PC !

Moi je suis arrivé ici en 1970, jeune communiste plein d'espoir après 68. On m'a sauté dessus, en partie pour résoudre des problèmes de personnes à la section de Pont L'Abbé et en peu de temps je me suis retrouvé secrétaire de section (médiateur !), puis membre du bureau fédéral. Il y avait 4 cellules à Pt L'abbé, plus une au lycée, 2 ou 3 à Loctudy... On n'avait pas encore subi la grande offensive libérale. Pour revenir à Guy Laurent c'était un homme de grande droiture. Il était patron pêcheur mais a dû arrêter pour cause de maladie et a consacré son temps à la défense de la pêche familiale. Il écrivait régulièrement la chronique maritime dans le Travailleur Bigouden et savait relier le local avec l'européen. Il a largement contribué au réaménagement du port de Loctudy. Tout le monde reconnaissait le sérieux de ses propositions, et son nom a été donné au nouveau quai".

(Gaston Balliot)

 

Merci à Gaston Balliot pour la transmission de ces archives du "Travailleur Bigouden".

Gaston Balliot
www.gastonballiot.fr
www.bigouden1944.wordpress.com
www.sardinieres.wordpress.com
www.scratchelem.wordpress.com
www.barbaroteuntor.wordpress.com
www.loctudyquoi.wordpress.com

 

Page consacrée à la présentation des enjeux des législatives de 1993 pour le pays Bigouden et la 7e circonscription du Finistère, avec Guy Laurent et Fernande Le Moal, candidats du PCF

Lire aussi:

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 55/ Albert Jaouen (1909-1976)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 08:01
Le PCF et la lutte pour l'émancipation des peuples - par l'historien Alain Ruscio ( PCF - 100 ans d'histoire - Cause Commune, n°14-15)

Le PCF et la lutte pour l'émancipation des peuples

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En lien avec la situation politique et sociale, l’anticolonialisme n’a pas toujours suivi une ligne droite au sein du PCF mais il en a été une ligne de force avec des chemins divers selon les pays.

En Europe, jusqu’à la guerre de 1914, dominait l’idée que les peuples des autres continents étaient des sauvages ou des attardés, vivant sous des régimes despotiques. La colonisation leur apportait donc la civilisation et la liberté. Comment les mouvements socialistes et communistes se sont-ils comportés face à ces croyances ?
Il y a une offensive concertée du parti colonial et plus généralement de la bourgeoisie française après la défaite de 1870 : se rendant compte que les espoirs de grandeur de la France et de nouvelles sources de profits sont barrés en Europe par la supériorité des Prussiens, ils se reportent sur l’outre-mer. En gros, entre 1880 et 1914, l’empire colonial double. C’est l’époque des conquêtes de la Tunisie, du Maroc, l’achèvement de celles de l’Indochine et de l’Afrique subsaharienne. Les classes dirigeantes accompagnent ces aventures d’une propagande visant à faire adhérer l’ensemble de la population à l’idéologie coloniale. On parle beaucoup de l’Exposition coloniale de 1931 à Paris mais une quinzaine d’autres, l’ont précédée : à Lyon en 1894, à Marseille en 1906… Cette propagande est omniprésente dès les bancs de l’école, puis dans la presse pour adultes (L’Illustration), pour enfants (L’Intrépide, Bécassine). En 1914, la conquête des esprits est achevée.

« 1925-1935 est la décennie héroïque du PCF contre le colonialisme, l’engagement est très fort, le droit à l’indépendance est proclamé (dès 1926 pour l’Algérie), il est alors victime de la répression systématique de la part de la droite, des radicaux et des socialistes. »

À cette époque, l’opposition vient surtout des anarchistes, mêlant dans leur protestation anticléricalisme, antimilitarisme et anticolonialisme. Le mouvement syndical ou socialiste y porte peu d’attention, mis à part quelques pics de protestation, comme au congrès de Romilly du Parti ouvrier français en 1895 avec Jules Guesde. Au début du XXe siècle, Jean Jaurès (le second Jaurès) est à peu près le seul homme politique socialiste français à prendre la mesure du problème, il est parvenu au seuil de l’anticolonialisme.

La création du Parti communiste, c’est l’acceptation des vingt et une conditions de l’Internationale de Lénine. La huitième ordonne explicitement « de soutenir, non en paroles, mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole », etc. Le PCF a-t-il exactement suivi ces préceptes lors de ses premières années ?
Au congrès de Tours, le colonialisme est très peu évoqué. L’exception, c’est Nguyen Ai Quoc (qui prendra le pseudonyme de Ho Chi Minh en 1942). Il est soutenu par Paul Vaillant-Couturier et quelques autres (dont Jacques Doriot, qui n’a pas encore entamé sa trajectoire vers tout autre chose). Mais la question est considérée comme annexe. Les congressistes sont séduits par la radicalité du processus issu de la révolution d’Octobre, l’adhésion aux vingt et une conditions se fait en bloc et la huitième est avalée avec le reste, sans forcément y accorder une importance centrale. La présentation que fait Jean Fréville dans La nuit finit à Tours (éditions sociales, 1950)est idyllique : l’anticolonialisme du jeune mouvement communiste fut un processus et non une adhésion brusque. Le vrai tournant, c’est la guerre du Rif en 1925, chez les communistes, notamment avec Maurice Thorez. Le PCF noue à ce moment des alliances plus ou moins solides avec la CGTU, les surréalistes, les anarchistes. Le mouvement ouvrier n’est pas spontanément anticolonial.

À l’époque du Front populaire, le PCF a-t-il fléchi dans son combat anticolonial pour faire plaisir aux socialistes et aux radicaux ?
1925-1935 est la décennie héroïque du PCF contre le colonialisme, l’engagement est très fort, le droit à l’indépendance est proclamé (dès 1926 pour l’Algérie), il est alors victime de la répression systématique de la part de la droite, des radicaux et des socialistes. Avec le Front populaire, un virage est pris. Le danger fasciste en Europe, l’agressivité japonaise en Indochine sont trop importants, le raisonnement communiste est qu’il faut se rapprocher des radicaux et des socialistes. Les mots d’ordre d’indépendance disparaissent pratiquement jusqu’aux années 1950. Quand Maurice Thorez prononce son discours sur la « nation algérienne en formation » (février 1939), il envisage la possibilité d’une union fraternelle entre les peuples français et algérien. Le fond de la logique de la politique communiste, alors, c’est l’espoir que l’approfondissement de la démocratie française, en particulier grâce au poids du PCF, débouchera sur la démocratisation de la situation coloniale, puis à une « union fraternelle » des peuples de métropole et des colonies. Logique qui se révélera tragiquement illusoire.

Même question pendant la Résistance et à la Libération, pour ne pas froisser les gaullistes ? Comment comprendre l’attitude du PCF face aux massacres du 8 mai 1945 à Sétif en Algérie ?
Dans la première partie de la Seconde Guerre mondiale, il y a un retour à un esprit anticolonialiste. Ensuite, avec le ralliement au gouvernement provisoire de la République française, le discours communiste change : tout pour le combat antinazi. Sur la question coloniale, on colle au programme du Conseil national de la Résistance (CNR), qui est réformiste en la matière : amélioration du sort des « indigènes », abrogation du travail forcé, programme de scolarisation, etc. Après la Libération, le PCF reprend « l’esprit Front populaire » : il estime pouvoir à lui seul entraîner la France dans une voie démocratique au socialisme ; les problèmes des colonies se résoudraient alors naturellement.

« La direction du PCF préfère et impose “paix en Algérie”, plus rassembleur, plus susceptible de mobiliser les gens.»

Le 8 mai 1945, le PCF est passé totalement à côté d’une analyse lucide. La notion de « complot fasciste » (sous-entendu pour combattre l’union de la Résistance) l’a complètement aveuglé. Le PCF assimile alors tout ce qui se dresse contre cette « France nouvelle » à des alliés « objectifs » des nazis. Des choses abominables ont été écrites contre les nationalistes. Un fossé infranchissable en est résulté : pour les Algériens la confiance avait été trahie. De premières nuances apparaissent en juillet-août 1945, un tract parle de six mille morts, mais la coupure ne sera jamais cicatrisée.

La France avait beaucoup de colonies : Indochine, Afrique du Nord, Afrique équatoriale, Madagascar, Antilles, etc. Y avait-il des partis communistes autonomes dans ces pays ou s’agissait-il d’antennes du PCF ? Les politiques du parti français étaient-elles différentes dans ces divers cas ?
Ces cas sont effectivement très différents. Commençons par l’Indochine, c’est-à-dire surtout par le Vietnam (car il se passe peu de choses au Cambodge et au Laos). Nguyen Ai Quoc est en France de 1918 à 1923, c’est un baroudeur de la révolution mondiale. Le PC vietnamien est créé par lui en 1930 sans aucun lien avec le PCF. Il ne rend des comptes qu’à l’Internationale. Bien entendu, la répression s’abat sur ce parti : morts, martyrs de toutes sortes, mais il maintient une implantation importante dans la population pauvre du pays. Quand Ho Chi Minh prend le pouvoir en 1945, il n’a demandé la permission à personne, ni au PCF, ni à Moscou.

« Le 8 mai 1945, le PCF est passé totalement à côté d’une analyse lucide. La notion de “complot fasciste” (sous-entendu pour combattre l’union de la Résistance) l’a complètement aveuglé. »

En Algérie, où il y a un mélange de trois populations (pour dire vite : européenne, juive et musulmane), les musulmans sont majoritaires parmi les communistes. De 1920 à 1936, les communistes sont organisés en trois « régions » (Oran, Alger et Constantine), au même titre que la Haute-Garonne ou un autre département. L’Internationale insiste fortement pour la fondation d’un parti autonome en Algérie. Le Parti communiste algérien (PCA) est fondé en octobre 1936, mais il reste de fait dépendant du PCF jusqu’aux années 1950. Pourtant, le PCA prend progressivement ses distances avant même 1954 et comprend beaucoup mieux que le PCF la maturation du mouvement nationaliste.
Ailleurs, avant 1945, il n’y a pas grand-chose, les organisations communistes sont faibles ; il existe quelques noyaux à Madagascar, au Sénégal et surtout aux Antilles avec Aimé Césaire, qui fut membre du PCF de 1945 à 1956.

Et que peut-on dire à propos du 29 mars 1947 à Madagascar ?
C’est très différent du 8 mai 1945 en Algérie. D’abord, l’ampleur de la répression est très peu connue en France. Dans ses Mémoires, Vincent Auriol dit que Maurice Thorez, au vu des quelques informations dont il disposait, a protesté tout de suite en conseil des ministres. Un mois après, les communistes sont chassés du gouvernement. Le parti entre alors dans une phase très anticolonialiste, en particulier contre la guerre d’Indochine, dont il a dirigé de fait toutes les actions, notamment lors des grandes grèves des dockers, qui commencent dès 1949.

Les soulèvements des peuples coloniaux revêtent aussi des côtés nationalistes et religieux. N’y avait-il pas là de quoi mettre mal à l’aise le PCF ?
La question se pose surtout en pays d’islam, beaucoup moins ailleurs. En 1920-1925 les sections algériennes du PCF en débattent. Les uns disent : « La religion, c’est l’opium du peuple, il faut combattre l’islam. » Les autres estiment qu’en raisonnant ainsi, on restera éternellement une secte européenne sans prise sur les masses. Ce sont les seconds qui imposent leur point de vue, autour de Maurice Thorez et de Paul Vaillant-Couturier. C’est évidemment une prise en compte de la vraie conception de la religion chez Marx, qui est aussi l’expression de la détresse réelle et la protestation contre cette détresse. Le PCA devient rapidement un parti de masse, avec 60 % de musulmans (ou considérés comme tels), y compris avec des paysans analphabètes qui intègrent très bien la lutte des classes ! À sa tête, on trouve des Européens, mais aussi des « musulmans », tels Larbi Bouhali, Sadek Hadjerès, Bachir Hadj Ali, Ahmed Akkache, etc. C’est une force qui compte à la veille de l’insurrection, certes très loin derrière les nationalistes de Messali Hadj.

Les positions et actions du PCF à l’époque des guerres coloniales (Indochine, Algérie) ont-elles évolué, fluctué ? Et pourquoi ?
Il y a au moins trois guerres coloniales : l’Indochine, l’Algérie et le Cameroun (cette dernière totalement oubliée). Prenons-les dans l’ordre. En Indochine, on constate certes un petit tâtonnement au début, les communistes se demandant qui dirige cette lutte, car le nom (pseudo) d’Ho Chi Minh est inconnu. Mais le PCF comprend très vite la nature réelle du « Viet Minh ». Dès lors, tout est simple, sa lutte est de l’anticolonialisme à l’état pur. Des grèves très dures se développent, particulièrement chez les dockers, des militants qui se couchent sur les voies comme Raymonde Dien, l’affaire Henri Martin, etc. Tout cela est réprimé très durement par les gouvernements dits du centre ou de gauche de la IVe République, des quantités de dirigeants communistes ou cégétistes sont mis en prison, y compris Jacques Duclos. Le PCF présente Dien Bien Phu en 1954 comme une victoire du peuple vietnamien. On notera qu’il est très en avance sur Moscou, Staline ayant superbement ignoré le PC vietnamien : l’indépendance du 2 septembre 1945 ne sera reconnue par l’URSS qu’en février 1950 !

« Après la Libération, le PCF reprend “l’esprit Front populaire” : il estime pouvoir à lui seul entraîner la France dans une voie démocratique au socialisme ; les problèmes des colonies se résoudraient alors naturellement. »

En Algérie, c’est très différent. Le PCF et le PCA (qui a presque vingt ans d’existence lorsque commence la guerre d’indépendance) ne réagissent pas toujours de la même façon. D’abord, quand éclate l’insurrection, personne ne sait ce qu’est le Front de libération nationale (FLN). Le PCF approuve la lutte mais montre une méfiance sur la forme : un communiqué du bureau politique, le 7 novembre, envisage que ce soit une provocation (sans employer ce terme). Surtout, organiser la lutte en France est très difficile. Dans la population, le racisme antialgérien est cent fois plus fort que le racisme antivietnamien. Environ trois cent mille Algériens vivent en France, qui sont en butte à toutes sortes de discriminations, parfois mis au ban de la société. Ensuite, les nationalistes algériens eux-mêmes ne veulent aucun parrainage et refusent le contact avec les communistes. Il ne faut pas oublier non plus que les règlements de comptes entre FLN et Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) en France font environ quatre mille morts, soit bien plus que les répressions policières.
Le mot « indépendance » est prononcé dès novembre 1954, mais ce ne peut pas être un mot d’ordre de masse, au vu de la faible réceptivité du public potentiel, ce n’est pas lui qui est mis en avant. La direction du PCF préfère et impose « Paix en Algérie », plus rassembleur, plus susceptible de mobiliser les gens. De fait, il faut bien reconnaître qu’il y a très peu de manifestations de masse de rue (avant Charonne, en février 1962) et elles sont toujours très sévèrement réprimées. L’Humanité joue son rôle et elle est saisie à de nombreuses reprises. Le PCF utilise des moyens de lutte, qu’on peut estimer pas très flamboyants ou plus discrets, mais qui sont réels, comme les discours des maires lors des obsèques de soldats tués en Algérie, les aides matérielles.
Au Cameroun se constitue un mouvement d’indépendance un peu du type viet-minh avec l’Union des populations du Cameroun (l’UPK) : maquis, opérations militaires, cours d’alphabétisation, zones libérées. Quand le gouvernement français voit cela, notamment avec Pierre Mesmer, haut commissaire de France au Cameroun, il s’empresse de créer une nouvelle armée et d’installer par l’armée française un dictateur sanglant, Ahidjo ; des zones entières sont napalmisées. Pendant ce temps, on a fait croire aux Français que la décolonisation de l’Afrique subsaharienne se fait dans le consensus. Le PCF a protesté, mais a été peu écouté ;il est vrai qu’il était affaibli après 1958 et au début des années 1960.
Il faut dire aussi un mot du Maroc et de la Tunisie. La décolonisation n’a pas été aussi pacifique qu’on le fait croire habituellement. En Tunisie, en 1952, une révolte paysanne est matée dans le sang. Le PCF a rempli le Vél d’Hiv avec un meeting dont le mot d’ordre était « la Tunisie aux Tunisiens ». Il a protesté contre la déposition du sultan du Maroc (pourtant très féodal). Alors que tous les autres partis politiques ont été complices ou responsables de la répression. Certes, des personnalités comme François Mauriac ont eu une attitude courageuse, en particulier vis-à-vis du Maroc, mais en tant que parti seul le PCF a protesté.

On dit souvent qu’on est passé du colonialisme à des indépendances plus ou moins factices et au néocolonialisme de fait (économique, voire politique). Quelle a été l’attitude du PCF à cet égard ?
Le néocolonialisme est très ancien, ce n’est pas une invention de De Gaulle et de Jacques Foccart. Les classes dirigeantes françaises ont toujours eu le souci de prévoir les lendemains, par une formation d’élites africaines croupions francophiles, alliées objectives du colonialisme. Mitterrand, ministre de la France d’outre-mer dans les années 1950, a joué ce jeu. Par exemple, il a mis le marché dans les mains d’Houphouët-Boigny, alors en prison (rappelons que les députés des colonies, quelle que fût leur couleur réelle, étaient apparentés PCF), disons en termes imagés : ou tu coopères avec nous ou tu restes en prison. Et Houphouët a été retourné.
De Gaulle était colonialiste, jusqu’à ce qu’il se rende compte que l’investissement dans les aventures coloniales était supérieur aux gains qu’on pouvait en tirer. Sa politique a consisté à octroyer aux divers pays des « chefs noirs » soumis et bienveillants, qui ont eu des avantages matériels considérables, afin de continuer à tirer des profits des ex-colonies. Tous les pays qui souhaitaient sortir un peu de ce cadre ont été cassés, à commencer par la Guinée de Sékou Touré. Même la tentative d’union entre le Mali de Modibo Keita et le Sénégal de Léopold Sédar Senghor a été sabotée par Foccart. Le PCF a été assez clairvoyant sur ce processus, mais cela s’est passé dans un moment où il était affaibli et où il avait moins de prise sur la société.

Depuis un demi-siècle, il existe ce qu’on appelle des DOM-TOM. S’agit-il en fait de « colonies » et quelle a été la politique des partis communistes français, guadeloupéen, martiniquais, réunionnais ?
La loi de départementalisation a été votée en 1946, sous l’influence d’Aimé Césaire (Martinique), de Raymond Vergès (La Réunion), etc. Mais on a reconnu bientôt que ce n’était qu’illusions et elle fut l’objet d’une autocritique ultérieure. Les communistes de ces territoires n’étaient pas indépendantistes, ils voulaient une certaine autonomie. Quand Aimé Césaire a rompu avec le PCF en 1956 et créé le Parti progressiste martiniquais (PPM), il a tenu la dragée haute aux partis communistes des Antilles et de La Réunion, mais ceux-ci ont continué leur action, sans que le PCF exerce sur eux beaucoup d’influence.

Alain Ruscio est historien. Il est docteur en histoire contemporaine de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

Le PCF et la lutte pour l'émancipation des peuples - par l'historien Alain Ruscio ( PCF - 100 ans d'histoire - Cause Commune, n°14-15)
Jeudi, 7 Février, 2019 - L'Humanité
Essai. Une histoire algérienne

Les Communistes et l’Algérie Alain Ruscio La Découverte, 663 pages, 28 euros
Alain Ruscio aborde avec passion le fil de cette relation très forte et compliquée entre les communistes, leurs organisations et l’Algérie.

 

Voici un grand livre dont personne ne pourra mésestimer l’importance. L’analyse profonde des relations singulières, extrêmement compliquées, entre le communisme contemporain et l’histoire de l’Algérie supposait audace, subtilité et probité : l’auteur n’a manqué ni de l’une, ni des autres. Interroger des mémoires multiples, souvent contraires, consulter des travaux innombrables, travailler dans les « sources » à la recherche de données nouvelles (archives publiques et privées, procès-verbaux d’organismes politiques comme l’Internationale communiste, le PCF, le PCA, etc.), s’informer dans les journaux, relire les débats parlementaires, consulter les enquêtes, officielles ou non… Alain Ruscio n’avance rien dans son livre qui ne soit référencé. Son ouvrage sera une pièce maîtresse dans le vaste forum livresque consacré à l’histoire de la révolution algérienne.

Il aborde d’abord la précocité et la force de la pénétration du « communisme » en Algérie, dès les années 1920, à la suite de la création du PCF et jusqu’à la fondation du Parti communiste d’Algérie en 1936. Jamais l’historien ne perd de vue le poids déterminant du statut colonial et spécifique de l’Algérie, en sorte qu’on saisit à quel point toutes les tentatives de prétendues réformes, qui ont toutes avorté, n’ont fait que nourrir l’aspiration grandissante des masses autochtones arabo-musulmanes, soumises à la règle de l’indigénat, à l’indépendance de l’Algérie. C’est dans ce cadre qu’Alain Ruscio évalue l’importance relative des mouvements que les protagonistes de la domination coloniale appellent les « séparatistes ». C’est aussi à cette aune qu’il faut apprécier le caractère utopique, illusoire voire fantomatique, de la thèse émise par Maurice Thorez en 1939 de « la nation algérienne en formation » qui devint la référence constante des communistes de France jusqu’à 1954-1956.

l’évolution du PCF et celle spécifique du PCA

Si la revendication de l’indépendance de l’Algérie est devenue dès avant 1940 le fondement du rassemblement politique du peuple algérien, le recours à l’insurrection armée de novembre 1954 doit beaucoup à la violence ahurissante, déshonorante, du colonialisme français en Algérie, surtout après les massacres de mai-juin 1945. À cette barbarie insupportable, contre laquelle en France même, hors les communistes et quelques grands esprits clamant dans le désert, l’opinion publique, gangrenée par la réalité même du colonialisme porteur de racisme, fut pour le moins indifférente. Le programme du Conseil national de la Résistance, si avancé, fut, par exemple, de grande indigence s’agissant des colonies, en particulier sur l’Algérie.

La partie la plus éclairante du livre nous replace en plein dans la « guerre d’Algérie », comme on dit désormais officiellement après avoir condamné si longtemps ceux qui la dénonçaient en réclamant la paix ! Le récit montre l’évolution du PCF et celle, spécifique, du PCA, face à une insurrection nationale qui s’impose dans les faits, dès 1955, comme la seule voie d’accès à l’indépendance. Le PCA s’y ralliera sans réserve et ses militants, certains d’origine européenne, seront intégrés dans l’Armée de libération nationale. Retenons ici, au milieu d’un récit haletant, les pages consacrées à Maillot, Iveton, Alleg, Audin, les Guerroudj, Inal. L’évolution du discours du PCF se lit en deux phases : la première de 1954 à 1957, à la suite de l’échec de la mobilisation du 17 octobre, le fait passer de la réclamation de la paix par la reconnaissance du droit à l’indépendance (au « divorce » !), à la réclamation d’une négociation impliquant l’indépendance, intégrant la fin des illusions relatives à une prétendue « union française ». Le moment terrible du vote des pouvoirs spéciaux, en mars 1956, cette fatale « erreur » (Roland Leroy, 2001), a facilité le ralliement de la social-démocratie française à la stratégie colonialiste et à la relance de la visée impérialiste. Qui oserait encore réhabiliter les Mollet, Lejeune et Lacoste, adeptes enfiévrés du fusil d’assaut et du sac au dos ? Il est vrai qu’à l’époque, la SFIO, antécédent du PS d’hier, était, non à « gauche » mais à l’« Ouest », et à ce titre accueillait le tout-venant de la droite atlantiste et du centre, comme le Mitterrand de ce temps-là, garde des Sceaux et patron de la guillotine, qui osa déclarer : « La négociation, c’est la guerre ! »

L’auteur ne sous-estime jamais les difficultés du combat de soutien en France à la cause de l’Algérie, ni les effets de l’évolution interne du FLN, ni les possibles alternatives internes qui ont pu se manifester. Il montre combien les tensions internes au nationalisme algérien ont conduit les insurgés FLN à éliminer les fidèles du MNA de Messali ; il note combien les positions aventuristes de quelques-uns dans la fédération de France ont pu rendre difficiles, en France même, les mobilisations de l’opinion alors que la répression, les saisies de la presse communiste et les intimidations systématiques en rendaient l’exercice périlleux… Ce qui ne fait que renforcer la grande portée de l’engagement des avocats communistes, celui d’Aragon et des Lettres françaises, le courage de grands universitaires communistes comme Jean Dresch, dont l’enseignement est aussi inoubliable que l’engagement.

Rien donc ne manque dans l’essai d’Alain Ruscio, ni l’élan du savoir, ni la précision des faits analysés. Sa démonstration se montre fidèle à ce qu’énonçait son introduction et que livre sa conclusion : il y a eu « une résistance communiste » à la guerre d’Algérie. Et celle-ci a porté la marque et montré les limites de ce qu’on savait alors de la nécessité historique des mouvements de libération anticolonialiste, qui relevaient encore pour une part de l’impensé. Ici se mesurent à la fois la grandeur et les limites de la bataille communiste.

Claude Mazauric Historien
 
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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 07:44
Manolis Glézos

Manolis Glézos

Lundi, 30 Mars, 2020 - L'Humanité
Disparition. Le dernier combat de Manolis Glézos

Héros de la lutte contre le nazisme, pourfendeur de l’austérité, le résistant grec s’est éteint hier, à l’âge de 97 ans. Retour sur une vie de résistance.

 

Du combat contre l’occupant nazi à la révolte contre la dictature austéritaire, nul mieux que lui n’incarnait, en Grèce, l’esprit de résistance. Manolis Glézos s’est éteint hier à l’âge de 97 ans dans un hôpital d’Athènes, emporté par une infection, et l’on repense au jeune homme de 18 ans qui, avec son camarade Apostolos Santas, osa décrocher, dans la nuit du 30 mai 1941, le drapeau hitlérien qui flottait sur l’Acropole. Signal de rébellion contre la barbarie, qui fit de lui, disait de Gaulle, « le premier résistant d’Europe ». Des geôles de l’occupation à la traque des communistes durant la guerre civile et sous la dictature des colonels, il fut deux fois condamné à mort ; jamais il ne courba l’échine, toujours mû par l’idéal d’un socialisme démocratique. Élu député, puis eurodéputé sous l’étiquette Pasok dans les années 1980, il avait finalement retrouvé son camp, au tournant des années 2000, en menant la liste de Synaspismos, la coalition de la gauche, aux élections législatives.

Contre la «dette odieuse»

Élu député de Syriza en 2012, il retrouvait deux ans plus tard sous les mêmes couleurs les travées du Parlement européen, pour dénoncer avec pugnacité les effets désastreux de l’ajustement structurel imposé à son pays. De cette tribune, il fustigea la « dette odieuse » et plaida sans relâche pour le remboursement des sommes dues par Berlin, entre réparations de guerre jamais honorées et « prêts forcés » imposés à Athènes par les nazis sous l’occupation. « Ce n’est pas nous qui devons de l’argent aux Allemands, ce sont eux qui nous en doivent », répétait-il, estimant le montant du litige à 1 000 milliards d’euros, trois fois la dette grecque.

«La seule solution, c’est la liberté»

Manolis Glézos n’était pas un homme d’arrangements. À l’été 2015, lorsque, défait, Alexis Tsipras se résigna à apposer sa signature au bas d’un troisième mémorandum d’austérité, il claqua la porte de Syriza, avec des mots durs pour le gouvernement de gauche et son chef, Alexis Tsipras : « D’aucuns prétendent que, pour obtenir un accord, il faut savoir céder. En tout premier lieu, entre l’oppresseur et l’oppressé, il ne peut être question de compromis, tout comme cela est impossible entre l’occupé et l’occupant. La seule solution, c’est la liberté. » Avec ses yeux clairs et ses cheveux blancs en bataille, l’enfant de Naxos était une figure tutélaire de la gauche et, pour tout le peuple grec, un repère ; seuls l’abhorraient les néonazis d’Aube dorée. L’antienne de ce lutteur : «  Nous devons sortir de l’esclavage du capital. » Les événements présents lui donnent cruellement raison.

 

MANOLIS GLEZOS, DISPARITION D'UN GEANT
Immense tristesse d'apprendre le décès du grand patriote grec, résistant au Nazisme de la première heure qui, en 1941, osa installer le drapeau de son pays au sommet de l'Acropole d'Athènes, ce qui lui valut d'être qualifié de "premier résistant d'Europe" par le général de Gaulle. Manolis Glezos fut toute sa vie un responsable fondamental de la gauche en Grèce, député de son pays, puis député européen. Il était un homme politique de grande culture, un combatif, un camarade, un internationaliste de toujours. Il avait 97 ans... Jean-Emmanuel Ducoin

 

LE #PCF REND UN HOMMAGE ÉMU AUX COMBATS ET A LA MÉMOIRE DE MANOLIS GLEZOS, DÉCÉDÉ AUJOURD'HUI A L'AGE DE 97 ANS

Il restera dans les mémoires pour avoir, avec son ami et camarade Apostolos Santas, arraché le drapeau nazi de l'Acropole dans la nuit du 30 au 31 mai 1941. Ce geste demeure le symbole de la résistance du peuple grec et des peuples européens contre la barbarie nazie.

Il a ensuite participé à tous les combats de la gauche grecque, de la résistance à la guerre civile, du combat contre la dictature et pour la démocratie à celui contre le diktat que les classes dirigeantes européennes ont imposé à la Grèce, que ce soit comme militant, comme député ou comme député européen. Condamné trois fois à mort, condamné à des peines de prison à 25 reprises, ayant passé 16 ans de sa vie en prison ou en exil, tout cela n'a entamé ni sa volonté de combattre, ni son optimisme.

Dans un de ces derniers discours, il racontait ce que les résistants grecs se récitaient la veille de leur exécution: «Et quand vous boirez du vin, vous en boirez aussi pour moi. Et quand vous entendrez les vagues éclabousser, vous l'entendrez aussi pour moi. Et quand vous entendrez le vent traverser les feuilles, vous l'entendrez aussi pour moi. Et quand vous danserez, vous danserez aussi pour moi!».

Ses combats pour la démocratie et la justice sociale restent les nôtres.

Le PCF adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont milité avec lui.

PCF - Parti Communiste Français
Paris, le 30 mars 2020

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 13:32
Mikhaïl Boulgakov

Mikhaïl Boulgakov

Tatiana Lappa, première épouse de Mikhaïl Boulgakov, dans les années 1910.

Tatiana Lappa, première épouse de Mikhaïl Boulgakov, dans les années 1910.

Littérature soviétique - Mikhaïl Boulgakov, l'auteur du Maître et Marguerite, un génie baroque à l'époque du Stalinisme (1891-1940)
Littérature soviétique - Mikhaïl Boulgakov, l'auteur du Maître et Marguerite, un génie baroque à l'époque du Stalinisme (1891-1940)

Génie bohème et indépendant, monstre de travail, homme d'humour, de culture et de courage, bravant la censure dans une société verrouillée par la sanglante dictature stalinienne, son univers kafkaïen et ses  contradictions étranges, Mikhaïl Boulgakov est principalement connu en France pour l'OVNI littéraire, longtemps censuré en URSS même s'il fut publié en partie en 67, le chef d’œuvre énigmatique et surréaliste, écrit sous l'influence de Gogol, de Goethe, et des mythes bibliques, Le Maître et Marguerite. Pendant plus de dix ans, Boulgakov travailla sans relâche à ce grand roman, qui représente 500 pages dactylographiées, qu'il continuait sans cesse à revoir et corriger, sans jamais nourrir d'espoir véritable de le voir publié un jour. 

Ce roman que Boulkagov n'avait pas achevé à sa mort en 1940, roman onirique, fantasmagorique et baroque, un texte halluciné, au symbolisme gothique, mais aussi avec beaucoup d'humour noir et d'esprit satirique, fut écrit en plusieurs étapes entre 1928 et 1940. L'action principale du livre a lieu dans le Moscou des années 30, où Satan se manifeste sous l'identité d'un mystérieux magicien nommé Woland, accompagné d'une troupe hétéroclite composée du fantaisiste cabotin Fagotto (ou Fahoth, selon les traductions), alias Koroviev, du chafouin et bavard chat noir Béhémoth, du tueur Azazello et de l'impudique sorcière rousse Hella. Ce groupe prend pour cible l'élite littéraire avec son syndicat officiel, le MASSOLIT, son restaurant-QG pour les privilégiés de la nomenkatura), ses bureaucrates et ses profiteurs, ainsi que les sceptiques et les mécréants. Maître, un auteur aigri, désespéré du rejet dont a fait l'objet son roman sur Ponce Pilate et le Christ, au point d'en avoir jeté au feu le manuscrit avant de se détourner du monde, y compris de son aimée Marguerite. Après une période de vagabondage, il se fait interner dans l'hôpital psychiatrique où échouera plus tard Bezdomny. Ladite maison de fous joue un rôle d'importance puisque, tout au long du roman, des victimes des farces de la troupe de Satan s'y trouveront enfermées. Le Maître recrée dans son roman l'histoire du jugement de Jésus, tandis que Satan fait le lien entre les deux époques. Dans la dernière partie du livre, Matthieu Lévi vient annoncer à Satan que Jésus a lu le roman du Maître, et qu'il lui demande d'accorder le repos éternel à ce dernier.On peut faire différentes lectures de l'œuvre : roman d'humour, allégorie philosophique ou socio-politique, satire du système soviétique, ou encore de la vanité de la vie moderne en général... Le roman est aussi un roman d'initiation dont Ivan est le personnage principal. Ce roman est, enfin, dans le contexte de la Russie soviétique, un manifeste pour la liberté des artistes et contre le conformisme. 

La troisième partie du livre voit le personnage de Marguerite prendre une grande importance. Satan donne un bal de minuit, qui coïncide avec la nuit du Vendredi saint. Il fait une offre à Marguerite, qu'elle accepte : devenir une sorcière douée de pouvoirs surnaturels le temps du bal, et servir à Satan de « maîtresse de maison » pour recevoir ses invités. Alors qu'elle apprend à voler et à contrôler ses passions débridées — non sans se venger avec violence des bureaucrates qui ont condamné son amant au désespoir — en entraînant avec elle sa servante Natacha, Marguerite pénètre nue dans le monde de la nuit, survole les forêts noires et les fleuves de la Mère Russie, se baigne et, purifiée, revient à Moscou pour être la reine du grand bal de Satan. Debout au côté de ce dernier, elle accueille les criminels les plus tristement fameux de l'histoire de l'humanité alors qu'ils se déversent en foule des portes de l'enfer.

Elle surmonte l'épreuve — laisser les pires brigands lui embrasser le genou et témoigner à chacun son amour de reine du bal. Pour la récompenser, Satan lui offre d'exaucer son vœu le plus cher : elle choisit de retrouver son amant le Maître et de vivre avec lui dans la misère et l'amour. Grâce au travail de Fagotto, le Maître sort de l'asile et retrouve une nouvelle vie grâce à la possession de documents administratifs conformes. Néanmoins, ni Satan ni Dieu ne jugent ce genre d'existence digne d'eux, et le couple est empoisonné par Azazello. Étant morts, les deux protagonistes sont libres de suivre Woland et quittent Moscou avec lui, alors que ses fenêtres et ses coupoles se consument dans le soleil couchant du dimanche de Pâques. L'avant-dernière scène est celle de la libération de Ponce Pilate, qui attendait depuis 2 000 ans de pouvoir rejoindre Jésus.

C'est vers la fin du texte que les trois actions du livre se rencontrent, puisque l'on retrouve les personnages initiaux, la fin du récit par le Maître de l'histoire de Ponce Pilate, et l'événement majeur qu'est le bal.

Né en 1890, petit-fils du côté de sa mère et de son père de prêtres renommés, fils d'un maître de conférence en histoire des religions, Mikhaïl Boulgakov est né à Kiev dans une famille bourgeoise, qui a sa datcha à Boutcha à 30 km de Kiev.  Pendant ses études secondaires, Boulgakov manifeste un goût prononcé de l'indépendance, des surnoms, de la mystification et de l'ironie: 

Sergueï Ermolinski, un camarade de Kiev de Boulgakov qui écrira une très belle introduction de Le maître et Marguerite restitue une anecdote que lui avait racontée l'écrivain à la fin de sa vie: "Au début des années 20, je rencontrai à Moscou un écrivain originaire de Kiev avec qui j'avais fait mes études au lycée. Nous n'étions pas vraiment amis, mais notre rencontre fut chaleureuse, comme il sied à des gens de Kiev qui aiment avec passion leur ville natale. Il s'écria: "Oh! je me souviens de vous, Boulgakov, vous étiez toujours un meneur. Je suis votre aîné, mais aujourd'hui encore, je crois entendre vos propos féroces. Si, si... Soubotch, le professeur de latin, vous vous souvenez, avait peur de vous. Vous faisiez trembler tout le lycée..." En racontant cela, Boulgakov haussait comiquement les épaules: "A mon avis, je ne faisais trembler personne. Je défendais mon indépendance, tout simplement. Mais ce qui est vrai, c'est que la direction du lycée n'était pas bienveillante à mon égard. Je ne sais pas pourquoi, mais ils me soupçonnaient toujours, moi si tranquille, de manigancer Dieu sait quoi. Dans l'ensemble, je n'ai jamais de ma vie eu de chance avec mes supérieurs (Il soupira.), moi qui aurait tellement voulu être un garçon exemplaire". 

En 1908 Boulgakov rencontre celle qui deviendra sa première épouse, Tatiana (Tassia) Lappa, fille du directeur des douanes de Saratov. Il l'épouse en 1913. L'année suivante, en vacances chez sa belle-famille à Saratov, au sud-est de Moscou, sur la Volga, quand éclate la guerre, il travaille durant tout l'été à l'hôpital de Secours, fondé dans la ville pour accueillir les blessés. En avril 1916, il est reçu avec mention aux examens terminaux, anticipés en raison de la guerre et s'enrôle immédiatement comme médecin volontaire dans la Croix-Rouge. Boulgakov termine en 1916 des études de médecine à l'Université de Kiev. En 1916, il est envoyé dans un village, à Nikolskoïe, dans la province de Smolensk (ouest de la Russie, non loin de l'actuelle frontière biélorusse), dont il devient le médecin de campagne pendant un an et demi. A cette époque, il devient dépendant à la morphine après avoir subi des injections pour soigner une allergie à un sérum antidiphtérique.

A l'automne 1917, quand survient la révolution bolchévique, Mikhaïl Boulgavov est muté à l'hôpital de Viazma, dans la province de Smolensk. Il a déjà commencé à écrire, notamment un récit qu'il intitule Maladie, première version de son Morphine.  Il commence Carnets d'un jeune médecin. En décembre 1917, Boulgakov fait partie des défenseurs de la ville de Kiev contre les Bolcheviks. Mais quand l'assemblée nationaliste ukrainienne, proclame la République populaire ukrainienne, Boulgakov est à Moscou, occupé par des démarches pour se faire libérer du service militaire, sans résultat. Installé avec sa femme, ses frères et ses sœurs au 13, descente Saint-André, la demeure familiale, qui servira de cadre à son roman sur la résistance des Russes Blancs, La Garde blanche , dont les personnages sont très inspirés par sa famille, jusqu'à leur patronyme, qui est aussi le sien. Il ouvre un cabinet médical. Sa mère, remariée avec le docteur Voskressenski, habite dans la même rue. Au printemps 1918, avec l'aide de sa femme et de son beau-père, Boulgakov parvient enfin à se libérer complètement de sa morphinomanie. À Kiev, il est témoin de l'évolution de la situation, entre le gouvernement de l'hetman Pavlo Skoropadsky, créature de l'occupant allemand, les nationalistes ukrainiens, dirigés par Simon Petlioura, l'Armée des volontaires (future Armée blanche) organisée en octobre 1918 par le général Dénikine pour arrêter l'avance des bolcheviks, et le corps expéditionnaire franco-britannique envoyé en novembre en mer Noire. Kiev, à l'époque, sert de centre de ralliement de tous les réfugiés du nord fuyant le gouvernement communiste.

Ces événements, et plus particulièrement la prise de Kiev par les troupes de Pelioura, constituent la toile de fond de La Garde blanche et des Jours des Tourbine. Mobilisé par le Directoire d'Ukraine, dont les Français se sont institués protecteurs, en s'entendant avec les généraux monarchistes Dénikine et Krasnov, Boulgakov assiste à des scènes sanglantes, notamment des crimes antisémites, et à l'évacuation de Kiev par Petlioura, menacé d'encerclement par les bolcheviks, le événements dont on trouve la trace dans La Garde blanche, Les Aventures extraordinaires du docteur N. et La Nuit du 2 au 3. Il parvient finalement à s'échapper de l'armée en déroute de Petlioura dans la nuit du 2 au 3 février 1919. Ces évènements de la guerre civile sont donc la toile de fond d'un des romans les plus célèbres de Boulgakov, La Garde blanche paru en 1926, d'abord sous forme de feuilleton dans la revue littéraire "Rossia". Le volume devait constituer la première partie d'une trilogie, mais sa publication a été interrompue par l'arrêt de la revue sur décision du gouvernement soviétique. Situé en Ukraine, à la fin de 1918, le roman raconte la destinée de la famille Tourbine — variation ironique de la « famille heureuse » des Rostov dans Guerre et Paix —, installée à Kiev pendant la guerre civile, au moment où l'hetman Pavlo Skoropadsky s'enfuit avec les troupes d'occupation allemandes, devant la menace des forces nationalistes ukrainiennes de Simon Petlioura, qui s'emparent de la ville. L'intrigue mêle donc éléments intimes autobiographiques, des éléments fictifs et éléments historiques.  La famille Tourbine est modelée d'après la propre famille des Boulgakov — Tourbine est d'ailleurs le nom de la grand-mère maternelle de l'auteur. Comme Boulgakov, l'aîné est médecin. De même, la description de la maison des Tourbine correspond exactement à la maison de la famille Boulgakov à Kiev, 13 descente Saint-André, qui est devenue le musée Boulgakov à Kiev. De plus, un passage décrit l'assassinat d'un juif par un soldat nationaliste auquel Boulgakov a réellement assisté, et qu'il a également décrit dans une nouvelle comme La Nuit du 2 au 3.

Le 1er septembre 1919, sous la double pression des nationalistes, qui organisent soulèvements et pogroms anti-juifs dans les campagnes ukrainiennes, et d'un corps de l'Armée des Volontaires, les bolcheviks évacuent Kiev, et Ivan et Nikolaï Boulgakov s'engagent dans l'armée de Dénikine. Boulgakov est hanté par les dangers que ses frères courent dans le Sud, hantise qui lui inspirera La Couronne rouge. Lui-même est réquisitionné par l'Armée blanche en tant que médecin, fin septembre ou début octobre, et rejoint Vladicaucase. A Vladicaucase, capitale de l'actuelle Ossétie du Nord, au nord de la Géorgie, au pied des montagnes du Caucase sur le fleuve Terek, alors que la ville est sous le contrôle de l'armée blanche de Dénékine (elle sera reprise par les soviétiques en mars 1920), Boulgakov décide de renoncer à la médecine pour devenir écrivain. Atteint du typhus au moment de la prise de Vladicaucase par les bolcheviks, Mikhaïl Boulgakov ne peut s'enfuir. Il va donc participer à l'aventure de la création du théâtre soviétique de Vladicaucase. Fin mars 1920, il se fait engager à la sous-section des Arts de la ville, dirigée par Iouri Sliozkine, un romancier à succès avant la Révolution, qui s'associe Boulgakov comme directeur du « Lito » (département « Littérature » de cet organisme). Le 1er mai, un Théâtre soviétique est inauguré ; Boulgakov y présente des spectacles, organise des soirées culturelles, anime des débats, assure la critique littéraire et théâtrale dans la presse locale. Entre janvier et mars 1921, il crée à Vladicaucase la pièce "Les communards de Paris". Mais, défendant Pouchkine face à un rédacteur du journal bolchevik local qui avait raillé le grand écrivain russe, il est qualifié d'élément "bourgeois" et de "blanc" et expulsé de la sous-section des Arts. Ne pouvant faire publier les récits qu'il écrit ni jouer sa comédie bouffe, Les Prétendants d'argile, il quitte Vladicaucase en mai 1921 et voyage entre Batoum (Batoumi sur la côte géorgienne de la Mer Noire), Bakou (capitale de l'actuel Azerbaïdjan) Tiflis (Tbilissi, la grande ville de Géorgie) où il fait la connaissance du poète Ossip Mandelstam qui vivait alors dans une grande pauvreté. Boulgakov apprécie le style de vie et la qualité des poèmes de Mandelstam mais la manière emphatique et appuyée dont le poète lisait ses propres vers lui donnait envie de rire. Nullement sympathisant sur le fond de la révolution bolchevique, il hésite à s'exiler à Constantinople, mais décide finalement de rejoindre Moscou sur les conseils de Mandelstam. À partir de son installation à Moscou, et jusqu'en 1925, il multiplie les travaux alimentaires et les petits emplois, tout en écrivant ou réécrivant ses premières nouvelles et un roman sur la guerre civile. Son ambition est de prendre place parmi les plus grands écrivains de la littérature russe.  Il est engagé comme journaliste dans un organe officiel du parti communiste, Rabotchi (« L'Ouvrier »), dirigé par Nadejda Kroupskaïa, la femme de Lénine.

En 1926, Boulgakov reçoit plusieurs visites de la Guépéou, après l'écriture de fictions suspectes d'un point de vue idéologique, dont Jours des Tourbine, adapté au Théâtre, qui plaisait beaucoup beaucoup à Staline.En 1927, le théâtre Vartangov représente L'Appartement de Zoïka, une satire de Moscou au temps de la N.E.P. Dans L'Ile pourpre, Boulgakov pousse l'audace jusqu'à inventer une parodie de pièce de théâtre pseudo-révolutionnaire. Ses deux pièces sont retirées rapidement du répertoire, avant de réapparaître trois ans plus tard à la suite d'un retour en grâce tenant au fait de prince, comme Les dernières journées de Tourbine

Interdit de vivre de son métier d'écrivain, Boulgakov adresse à Staline, au début de juillet 1929, une requête dans laquelle il demande l'autorisation de quitter, avec son épouse, l'URSS. Dans une lettre à son frère Nikolaï (qui a émigré à la fin de la guerre civile) datée du 24 août, il parle de son « anéantissement en tant qu'écrivain .En février 1929, Boulgakov fait la rencontre d'Elena Sergueïevna Chilovskaïa, épouse d'un officier supérieur de l'état-major général et mère de deux enfants ; ils s'éprennent immédiatement l'un de l'autre. Elle sera sa troisième épouse et le modèle de Marguerite dans Le Maître et Marguerite. Le même jour, le Guépéou enregistre une information selon laquelle Boulgakov aurait entrepris un nouveau roman. Il s'agit d'un « roman sur le diable », qui a été conçu en 1928, et dont Boulgakov a commencé la rédaction au début de l'année. Pendant l'été, Elena Sergueïevna part en cure à Iessentouki, et elle échange avec Boulgakov des lettres d'amour. De même, il écrit un récit inachevé, daté de et dédié à Elena Sergueïevna, intitulé À ma secrète amie.

En avril 1930, Boulgakov reçoit un coup de fil de Staline en personne, le lendemain du suicide de Maïakovski, et s'engage comme metteur en scène au théâtre d'art de Moscou, où il se lance dans une adaptation du roman de Gogol, "Les Âmes mortes". Grâce à l'intervention de Gorki, en 1931, il obtient l'autorisation de faire jouer une autre pièce, intitulée "Molière" (dont le nom était au départ "La cabale des Dévots"). Puis il se lance dans une adaptation scénique de Guerre et Paix en 1931. Sa Vie de Molière comme L'Extravagant M. Jourdain sont censurés en 1932 et 1933. 

Sa "Vie de Molière" sera finalement publiée en URSS en 1962, en période de déstalinisation.

A partir de 1932, le vide se crée autour de Boulgakov, qui n'est pas en odeur de sainteté et qui vit désormais solitaire, en proscrit, banni de la vie littéraire officielle. Il n'est pas invité au Congrès des écrivains de 1934. 

En 1934, Boulgakov emménage dans un immeuble coopératif d'écrivains. Dans le courant de mars, en visite au Théâtre d'art,  Staline s'enquiert de Boulgakov et déclare que Les Jours des Tourbine mettant en scène une famille de Russes blancs pendant la guerre civile est le meilleur spectacle du répertoire.  À partir de , Boulgakov se consacre aussi à la rédaction d'Alexandre Pouchkine, une pièce sur les derniers jours du grand écrivain russe, une pièce d'abord censurée puis autorisée en 1939. Boulgakov joua tous les rôles au théâtre, il fut auteur de pièces, conseiller littéraire, assistant metteur en scène, et même acteur dans sa pièce inspirée de Dickens, au Théâtre d'art de Moscou, Le Club de Mr. Pichwick

A partir de 1936, il travaille comme consultant indépendant pour le Bolchoï à l'écriture et la correction de livrets pour l'opéra. Il était content de travailler pour cette institution.

Durant l'année 1939, il travaille à une pièce sur Staline, Batoum, qui sera remise le 25 juillet. Le 14 août 1939, une délégation du Théâtre d'art incluant Boulgakov et sa nouvelle femme Léna part en repérage en Géorgie, mais, le 17, ils sont informés du veto imposé à la pièce par Staline et rentrent à Moscou.

À la fin de 1939, l'état de santé de Boulgakov, depuis longtemps des plus médiocres, s'aggrave. Le 11 septembre 1939, il connaît une baisse inquiétante de la vue. Les spécialistes consultés confirment bientôt le diagnostic de néphroangiosclérose, la maladie qui avait emporté son père. L Le 13 février 1940, il dicte encore à sa femme quelques corrections pour Le Maître et Marguerite (qu'il retravaille depuis le ). Pendant sa maladie, et jusqu'au début de mars, il reçoit la visite de la poétesse Anna Akhmatova et de Nikolaï Liamine (clandestinement, car ils sont interdits de séjour à Moscou). Le 10 mars Mikhaïl Boulgakov meurt et ce sera sa femme qui achèvera la troisième version de son œuvre maîtresse entre 1940 et 1941.  En URSS, une version censurée du livre (12 % du texte y est omis et une part plus grande encore altérée) est d'abord publiée dans le magazine Moscou (no 11, 1966, et no 1, 1967). En Union soviétique, la première édition complète, préparée par les soins d'Anna Saakyants et fondée sur la version datant de début 1940, paraît dans Khoudojestvennaïa Literatoura en 1978. Cette édition est demeurée celle de référence jusqu'en 1989, date de la dernière édition établie par la littératrice Lidiya Yanovskaïa sur la base de tous les manuscrits existants.

Sources:

Introduction au Maître et Marguerite de Serguei Ermolinski

Pages Wikipedia (Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite)

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 07:14
1944-1947 : forces et faiblesses du premier parti de France - par Jean-Paul Scot - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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Avec 28,8 % des suffrages aux élections législatives du 10 novembre 1946, 172 députés et 15 apparentés, 819 000 adhérents, 11 quotidiens nationaux et 75 hebdomadaires quadrillant tout le pays, le PCF n’a jamais été aussi puissant.

Le 4 décembre, le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, ministre d’État depuis un an, ne peut être investi à la tête du « gouvernement d’union démocratique, laïque et sociale, à présidence communiste », dont il a présenté le programme. Il n’obtient que 259 voix, loin des 310 requises ; la majorité des députés socialistes SFIO a voté contre.
De fait, la force d’un parti communiste ne dépend pas seulement du nombre de ses adhérents et de ses électeurs, mais de sa capacité à entraîner les classes populaires et à affaiblir le grand capital, seuls moyens de modifier le rapport des forces politiques nationales. La poussée des forces démocratiques est bien réelle jusqu’en mai 1946 ; puis leur recul révèle l’isolement progressif du PCF. En témoigne le tirage quotidien de L’Humanité qui culmine à 532 500 exemplaires en novembre 1945, se stabilise à 475 000 jusqu’en mai 1946, puis décroche et tourne autour de 400 000.

Un authentique parti national…
Dès la Libération, la direction du parti réaffirma la stratégie d’union de la nation française, qu’elle avait formulée lors du Front populaire antifasciste et réactivée en 1941 avec le Front national de la Résistance. Mais, pour que le « parti des fusillés » conserve le rôle décisif qu’il a joué dans la lutte clandestine, une rectification stratégique s’imposa. Alors que de Gaulle procédait à la « restauration de l’État » et dénonçait un « double pouvoir » communiste, Maurice Thorez, incité à la prudence par Staline, dut dissiper les illusions d’« une révolution faite par une minorité » et réaffirmer que « l’objectif, c’est la lutte pour la démocratie vraie, ce n’est pas la lutte pour le pouvoir des soviets » (21 janvier 1945). Non sans incompréhensions !

« Ambroise Croizat regroupe dans la Sécurité sociale les allocations familiales, les assurances maladie et les retraites ; gérée par les élus des travailleurs, elle est bienla “plus belle fille de la Libération”. »

Pour articuler lutte nationale et lutte des classes, le Xe Congrès (26 au 30 juin 1945) relance la tactique du Front unique PCF-SFIO, avec la CGT réunifiée comme partenaire principal et les unions des femmes et des jeunesses françaises comme relais, avec trois objectifs : « Renaissance, démocratie, unité ». Si la SFIO rejette la fusion dans un « parti unique de la classe ouvrière » que lui propose le PCF, elle ne peut refuser l’unité d’action. Et la CGT, forte de cinq millions de syndiqués, prend l’initiative de faire actualiser le programme du Conseil national de la Résistance et d’en exiger l’application immédiate par le gouvernement provisoire présidé par Charles de Gaulle.
Une telle dynamique se traduit, lors des élections à l’Assemblée constituante du 21 octobre 1945, par une avancée inédite de la gauche et l’inversion de la hiérarchie de 1936 : le PCF devient le premier parti de France (26,2 % des suffrages) devant la SFIO (23.8 %). C’est ce rapport de forces qui contraint Charles de Gaulle à appeler au gouvernement six ministres communistes. C’est lui encore qui le force à démissionner le 20 janvier 1946 suite au refus de son projet de régime présidentiel. Les socialistes exigent alors la formation d’un gouvernement tripartite avec les démocrates-chrétiens du MRP. Au gouvernement, mais pas au pouvoir, le PCF va néanmoins jeter les bases du modèle social français à l’origine des Trente Glorieuses…

Champion de la démocratie économique et sociale
Renaissance de la France par la « bataille de la production » lancée dès la Libération par Benoît Frachon à la tête de la CGT. Bataille du charbon relancée par Thorez en juillet avant même d’assumer des responsabilités gouvernementales. Bataille de la reconstruction où s’illustre François Billoux, ministre depuis septembre 1945. Bataille des nationalisations intégrales de l’électricité et du gaz et des compagnies charbonnières sous l’impulsion du ministre de la Production Marcel Paul et de Charles Tillon, ministre de l’Armement. Bataille pour le pain et le lait menée par Waldeck Rochet, vice-président de la Confédération générale des paysans travailleurs qui défend les petits et moyens exploitants contre les agrariens.

« La direction tenta d’expliquer tardivement que “l’avantage de la démocratie populaire, c’est qu’elle rend possible le passage au socialisme sans recours à la dictature du prolétariat”. »

Démocratie sociale : Ambroise Croizat, ministre du Travail, étend les pouvoirs des délégués du personnel et des comités d’entreprise jusqu’à l’accès aux comptes et aux bilans. Il regroupe dans la Sécurité sociale les allocations familiales, les assurances maladie et les retraites ; gérée par les élus des travailleurs, elle est bien la « plus belle fille de la Libération ». Maurice Thorez définit également avec les syndicats le statut des fonctionnaires et celui du fermage et du métayage.
Les communistes ont accepté les ministères économiques et sociaux que le général de Gaulle leur concéda, espérant « qu’ils s’y cassent les reins », comme un devoir de classe et un devoir patriotique : assurer l’indépendance nationale et améliorer les conditions de vie des travailleurs, c’est démontrer le rôle historique de la classe ouvrière alliée à la paysannerie laborieuse, aux employés et aux cadres, contre les trusts nationaux et les cartels internationaux. La bataille de la production est un succès : fin 1946, la production industrielle atteint 90 % du niveau de 1938. Mais elle ne va pas de pair avec la bataille des revendications. Les communistes, écartés des ministères des Finances et de l’Économie, ne peuvent contrer l’hyperinflation alors que les salaires sont bloqués. D’où le mécontentement grandissant des travailleurs et, dès l’été 1946, la reprise des grèves exploitées par les anticommunistes de tout poil.

Mais de plus en plus isolé et incompris
Le 5 mai 1946, le PCF perd la bataille constitutionnelle. Le projet constitutionnel d’une assemblée nationale unique, soutenu par le PCF et la SFIO, est rejeté par référendum : de Gaulle, le MRP et les radicaux ont fait voter NON. Mais deux millions de voix socialistes ont fait défection, ruinant les illusions de Jacques Duclos et des députés communistes.
Néanmoins, aux élections du 2 juin, le PCF progresse encore (26 % des voix), mais la SFIO recule (21 %). Le MRP triomphe (28 %) et prend la tête d’un second gouvernement tripartite dont le but est de faire adopter au plus vite une Constitution : elle ne sera ratifiée le 13 octobre que par 36 % des votants, avec 31 % d’abstentions. Dès l’été, les contradictions capital/travail se sont accentuées et les tensions internationales aggravées. Winston Churchill a dénoncé le « rideau de fer » et Léon Blum a annoncé que « la France adhère à un plan d’organisation économique international dont les États-Unis ont pris l’initiative » (16 août).

« Ambroise Croizat, ministre du Travail, étend les pouvoirs des délégués du personnel et des comités d’entreprise jusqu’à l’accès aux comptes et aux bilans. »

Le PCF tente de reprendre l’offensive en mobilisant contre la vie chère et en dénonçant l’alignement du MRP et de la SFIO sur l’impérialisme américain. Ainsi peut-il redevenir le premier parti de France avec 28,6 % des exprimés aux élections législatives. Se déclarant prêt à assumer la direction du pays. Maurice Thorez accorde alors la célèbre interview au Times publiée le 18 novembre. On n’en retient souvent que la formule : « Les progrès de la démocratie dans le monde [...] permettent d’envisager pour la marche au socialisme d’autres chemins que celui suivi par les communistes russes. » L’idée de la diversité des voies n’est pas neuve pour des dirigeants communistes, mais c’est la première fois que le secrétaire général du PCF évoque « la marche au socialisme » pour la France. Certes, il précise qu’il ne s’agit pas d’appliquer « un programme strictement communiste » par « une transformation radicale du régime actuel de la propriété », mais un « programme démocratique » au moyen de « nationalisations démocratiques » dans « le cadre du système parlementaire qu’il a contribué à rétablir ».
Cette clarification bien trop tardive ne suffit pas à infléchir la SFIO et le MRP qui envisagent déjà une « troisième voie » excluant gaullistes et communistes. Prétextant du soutien apporté par le PCF à la grève des usines Renault lancée par des trotskistes, les ministres communistes sont révoqués le 5 mai 1947. Au grand soulagement de nombreux militants écartelés entre bataille de la production et défense des revendications ! Dès les grandes grèves de 1947-1948, ils réactiveront les pratiques « classe contre classe ».
La nouvelle stratégie de la voie française au socialisme est restée incomprise de beaucoup de communistes. La direction tenta d’expliquer tardivement que « l’avantage de la démocratie populaire, c’est qu’elle rend possible le passage au socialisme sans recours à la dictature du prolétariat » (10 février 1947). Mais Thorez resta ambigu quand il la définit comme « le pouvoir exercé au nom de la classe ouvrière et du peuple par un parti communiste qui peut s’associer avec d’autres partis ». Entre le régime soviétique et la démocratie socialiste, la différence serait de forme politique, pas de nature de classe.
On ne peut donc penser que le PCF a sous-estimé ses forces et surestimé celles de ses adversaires, comme Jdanov le lui reprocha en septembre 1947, inspiré par les lettres secrètes d’André Marty à Staline. On peut affirmer au contraire que le PCF a surestimé sa capacité à dominer les réformistes et a sous-estimé la virulence de l’anticommunisme et de l’antisoviétisme. Parti national plus que parti de lutte des classes, il n’a pas su rendre crédible dès 1945 une voie française au socialisme démocratique.

Jean-Paul Scot est historien. Il est titulaire honoraire de la chaire supérieure d’histoire du lycée Lakanal (Sceaux).

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 

1944-1947 : forces et faiblesses du premier parti de France - par Jean-Paul Scot - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 07:06
PCF et CNR, un double rapprochement insolite - par Michel Margairaz (Cause Commune n°14-15 - PCF: Cent ans d'histoire)
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Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) constitue un héritage important pour le PCF qui n’a jamais cessé de revendiquer son caractère hautement révolutionnaire. Il convient donc de présenter ici son histoire, de sa genèse à son devenir dans la vie politique de la France libérée, ainsi que son contenu, pour réaffirmer davantage son actualité à l’heure où les services publics français sont menacés de disparition.

L’histoire des relations établies entre le Conseil national de la Résistance (CNR) et le PCF entre mai 1943 – date de création du CNR – et les lendemains de la Libération résulte largement d’une double initiative de rapprochement insolite, de la part du général de Gaulle et des dirigeants communistes.

Un double infléchissement politique
Lors de l’année 1941 – qui a vu successivement l’entrée en guerre contre les forces de l’Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste, Japon militariste) de l’URSS en juin et des États-Unis en décembre –, le Parti communiste décide la création du Front national en mai 1941. Après le 22 juin et l’entrée en guerre de l’URSS, celui-ci va être utilisé dans le but d’activer auprès d’une grande diversité de patriotes, au-delà de la sensibilité communiste, la lutte contre « l’oppresseur et ses valets de Vichy ». Il tient à demeurer indépendant, hors de l’influence de la France libre, formée à Londres par de Gaulle dès l’été 1940, comme des autres mouvements de la Résistance intérieure, encore peu développés. Quant à de Gaulle, il se méfie par principe des partis ou des syndicats ayant rallié la Résistance intérieure. Mais l’année 1942 voit ces deux positions respectives fortement évoluer et opérer un rapprochement. Face au tournant militaire du conflit, du fait des premières défaites de l’Axe, du débarquement allié en Afrique du Nord (novembre 1942) et surtout de la victoire de l’Armée rouge à Stalingrad (février 1943) puis du débarquement allié en Italie et de l’armistice italien (septembre 1943), de Gaulle, en rivalité avec le général Giraud, a besoin pour assurer sa légitimité auprès des Alliés de s’assurer du soutien des forces politiques et militaires de la Résistance opérant dans la France, totalement occupée depuis novembre 1942. De son côté, à l’automne de 1942, les dirigeants du PCF restés en France – alors que Thorez est réfugié à Moscou – , Jacques Duclos et Benoît Frachon, clandestins en région parisienne, dépêchent Fernand Grenier à Londres afin de prendre contact avec le colonel Rémy, représentant de la France combattante, nouvelle dénomination de la France libre, signe de son nouvel état d’esprit. Cela témoigne du fait que le PC veut privilégier comme priorité la lutte patriotique active contre l’occupant – dont le bras armé est le Front national dans la version politique et les groupes de francs-tireurs et partisans (FTP) dans son volet militaire – bien au-delà des clivages politiques d’avant-guerre, et reconnaît pour cela l’autorité du général de Gaulle, même s’il maintient son autonomie d’organisation.

Le CNR et son double programme
Jean Moulin, ancien préfet limogé par Vichy, délégué général du général de Gaulle en France, dans sa mission générale de réunification des mouvements de Résistance, décide à la fin de 1942 de créer le Conseil national de la Résistance, afin d’affirmer auprès des Alliés le soutien total des Résistants de l’intérieur à de Gaulle et au Comité français de la Libération nationale (CFLN), amorce d’un gouvernement en exil à Alger depuis le printemps 1943. Et, en accord avec de Gaulle, il parvient à y introduire, aux côtés des mouvements de Résistance – dont le Front national représenté par Pierre Villon, dirigeant communiste –, des représentants de tous les partis résistants, dont le PC, et des deux confédérations syndicales (CGT réunifiée et CFTC). La première réunion des seize membres du CNR, soigneusement choisis par Jean Moulin, a lieu clandestinement rue du Four à Paris le 27 mai 1943. Le représentant communiste insiste surtout pour lancer un appel à l’action immédiate contre l’occupant, mais la réunion est écourtée, et il n’y aura plus de réunion plénière du CNR pour des raisons de sécurité jusqu’à la Libération en août 1944.

« Le Parti communiste décide la création du Front national en mai 1941 dans le but d’activer auprès d’une grande diversité de patriotes, au-delà de la sensibilité communiste, la lutte contre “l’oppresseur et ses valets de Vichy”. »

Après l’arrestation et l’assassinat de Jean Moulin en juin 1943, c’est le bureau de cinq membres, chacun représentant nécessairement plusieurs organisations – ainsi, Pierre Villon représente-t-il à la fois le PC, le Front national et, de manière insolite, la Fédération républicaine (parti de droite d’avant-guerre) –, sous la présidence de Georges Bidault, démocrate-chrétien membre du Front national, qui se réunit à raison de deux séances par semaine entre décembre 1943 et janvier 1944 afin d’élaborer un programme. Celui-ci se scinde rapidement en deux volets distincts. D’abord, l’action immédiate afin de hâter la libération qui doit résulter du débarquement allié : c’est la principale préoccupation et activité des communistes, qui pensent que l’indépendance future de la France, ainsi que leur poids politique qui en découle seront proportionnels à la participation active des Français à leur libération. Par-delà les réticences des socialistes, moins présents dans l’action, la première partie du programme contient un ralliement consensuel du CNR à l’action immédiate, devant toutefois être encadrée par des comités de libération (CDL), composés à l’image du CNR, mise en œuvre par les forces françaises de l’intérieur (FFI) intégrant toutes les composantes militaires de la Résistance (dont les FTP) et soumise in fine à l’autorité du CFLN et de De Gaulle.

« La seconde partie du programme, diffusé dans la clandestinité sous le titre Les Jours heureux  le 15 mars 1944, énonce les principales réformes politiques et surtout économiques et sociales pour l’après-guerre. »

La seconde partie du programme, diffusé dans la clandestinité sous le titre Les Jours heureux  le 15 mars 1944, est beaucoup plus brève – seulement un quart du texte final – et énonce les principales réformes politiques et surtout économiques et sociales pour l’après-guerre. À partir de plusieurs moutures – dont une proposée par le Front national en novembre 1943 –, la « charte » du CNR contient le rétablissement des libertés démocratiques et plusieurs « réformes de structures », qui constituent un ensemble d’institutions de régulation qui vont fonder l’État social d’après-guerre : un « plan complet de sécurité sociale » ; le « retour à la nation des grands moyens de production monopolisés » ; un plan de l’économie ; les comités d’entreprise ; un « statut du fermage et du métayage », ainsi que la « confiscation des biens des traîtres » et le « châtiment des traîtres ». Ce programme a été approuvé à l’unanimité des membres du bureau, puis de l’ensemble des membres du CNR, et du général de Gaulle, après des discussions et une consultation certes clandestine mais réfléchie et démocratique de l’ensemble des composantes du CNR.

Le PC et l’application du programme du CNR
À la Libération, le CNR en tant qu’organe de la Résistance demeure, mais se trouve quelque peu minoré par la libération du territoire, réalisation de la première partie du programme, et par la reconstitution des rouages administratifs et politiques de l’État. Son rôle apparaît toutefois fort du point de vue symbolique et politique puisqu’il incarne l’unité de la Résistance autour des grandes réformes de sa charte, premier et seul programme depuis 1789 soutenu par l’ensemble des forces politiques, syndicales et des associations – alors les mouvements de Résistance. Après la fin de la guerre et les premières élections législatives d’octobre 1945, le PCF se place en premier parti (avec environ 26 % des voix), suivi de peu par le Mouvement républicain populaire (MRP) démocrate-chrétien et par le Parti socialiste, et dispose de cinq ministres dans le gouvernement provisoire d’union nationale dirigé par le général de Gaulle jusqu’à son départ en janvier 1946 sur un désaccord quant au contenu de la Constitution de la future IVe République. Entre septembre 1944 et janvier 1946 sont adoptées les principales réformes du CNR : Sécurité sociale, comités d’entreprise, nationalisation des charbonnages du nord, d’Air France, de Renault, des banques de dépôts et de la Banque de France, élaboration d’un « plan de modernisation et d’équipement ». Entre janvier et avril 1946, le PC et ses ministres (Ambroise Croizat, ministre du Travail, et Marcel Paul, ministre de la Production industrielle) contribuent à accélérer la poursuite des réformes : nationalisation des charbonnages de France, d’EDF-GDF, de plusieurs compagnies d’assurances, achèvement et mise en œuvre effective de la Sécurité sociale, mise en route du premier plan ou plan Monnet. Lors de l’échec du premier projet de référendum sur la Constituante, les élections suivantes de juin 1946 voient le MRP ravir la première place au PCF, maintenu cependant à 25 % des voix, ce qui donne un coup d’arrêt à l’application du programme du CNR, il est vrai en grande partie réalisé.

La portée plus longue de ce rapprochement conjoncturel
Dès lors, la conjoncture évolue grandement avec la mise en place de la IVe République, l’entrée dans la guerre froide et l’éviction des communistes du gouvernement en mai 1947. Le Parti communiste tient cependant périodiquement à se présenter comme le garant le plus fidèle des réformes de la Libération issues du programme du CNR face aux risques de remise en cause, du fait du glissement vers le centre et la droite des gouvernements de troisième force. Cette brève histoire met en scène, dans une conjoncture courte mais exceptionnelle du fait de la lutte clandestine contre l’occupant, une convergence majeure entre communistes et gaullistes, étendue ensuite à l’ensemble des forces résistantes, qui a constitué les fondements de l’État social à la française des quatre décennies suivantes et au-delà, jusqu’aux révisions de la fin du XXe siècle.

Michel Margairaz est historien. Il est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 
PCF et CNR, un double rapprochement insolite - par Michel Margairaz (Cause Commune n°14-15 - PCF: Cent ans d'histoire)
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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 06:56
Danielle Casanova

Danielle Casanova

Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
Pierre Georges, Colonel Fabien et son amie

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Henri Krasucki

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Gilbert Brustlein

Gilbert Brustlein

Marcel Rayman

Marcel Rayman

Par

À la fin de 1939, le PCF, isolé et contraint à l’illégalité, est à deux doigts de disparaître de la scène politique. De cette extrême fragilité, il parvient pourtant à faire une force quand la scène démocratique tout entière disparaît avec l’Occupation et que le temps est venu de la Résistance. Quand celle-ci s’achève, le PCF est devenu le premier parti français.

Le pacte germano-soviétique et la « drôle de guerre »
Le 23 août 1939, la signature du pacte germano-soviétique, préparée dans le plus grand secret par Staline et son entourage le plus proche, prend à contre-pied la direction soviétique dans sa majorité, les responsables de l’Internationale présents à Moscou et la totalité de ses sections nationales.
Le PCF, désarçonné par la nouvelle, ignorant le protocole secret prévoyant le partage de la Pologne, justifie la décision soviétique en dénonçant les atermoiements franco-britanniques des mois précédents. Pour lui, le choix diplomatique de l’URSS ne remet pas en question la stratégie communiste des temps de Front populaire. Mais, pour Staline et bientôt la direction de l’Internationale communiste, l’analyse est tout autre, la guerre a un caractère impérialiste, les communistes doivent refuser de s’y associer et la dénoncer. Le 17 septembre, l’entrée de l’Armée rouge en Pologne, conformément aux dispositions secrètes du pacte, accélère le processus. Le 22, le PCF lance un appel à la paix qui dénonce avec vigueur la politique de défense nationale du gouvernement français. Le 26, le gouvernement Daladier décrète l’interdiction du parti et d’un grand nombre de ses « organisations de masse ». Le 1er octobre, les députés communistes entérinent le nouveau cours en adressant une lettre au président de la chambre, signée par quarante-quatre des soixante-quatorze députés de 1936 et demandant que soient étudiées d’éventuelles propositions de paix, conséquences du traité signé trois jours plus tôt.
Le 5 octobre ont lieu les premières arrestations de députés après la réception de leur lettre par le président de la chambre. Le 30 novembre, le gouvernement décide d’aller jusqu’au bout et les députés votent la levée d’immunité parlementaire du Groupe ouvrier et paysan (nom pris par le groupe communiste après la dissolution du parti). Florimond Bonte, chef du groupe, est arrêté en pleine séance. Le 20 février 1940, la même chambre vote la déchéance des députés communistes, avant que ne s’ouvre leur procès. Entre-temps, le 18 novembre 1939, un décret a prévu l’internement dans des camps des individus « dangereux pour la défense nationale ». Le 10 avril 1940, le décret rédigé par le ministre socialiste de la Justice, Albert Sérol, assimile l’activité communiste (la propagande défaitiste) à une trahison passible de la peine de mort. Le lendemain, L’Humanité clandestine fustige dans le même élan la guerre, le décret scélérat et le gouvernement social-fasciste.
Affaibli par la répression, ses militants désemparés face à une politique internationale et pour beaucoup d’entre eux retenus aux armées, le PC est entré dans la rude vie de la clandestinité. Son groupe dirigeant est éparpillé.

Appel à un front national de lutte pour l’indépendance nationale
Le 10 mai 1940, l’Allemagne lance sa grande offensive contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. Malgré le courage de ses soldats, l’armée française est balayée. C’est l’effondrement, Paris est abandonné, le gouvernement depuis Bordeaux accepte les conditions allemandes, et le 10 juillet le parlement vote les pleins pouvoirs à Pétain qui s’empresse de proclamer l’État français, la collaboration avec l’Allemagne et la mise en œuvre de la révolution nationale qui commence par prendre des mesures antisémites et à stigmatiser les étrangers.

« La stratégie du PCF qui vise à rassembler dans l’action sans attendre, afin de préparer la libération, lui permet de sortir de son isolement. »

Après quelques flottements à l’égard des manœuvres allemandes qui laissent entendre la possibilité de faire reparaître L’Humanité, la direction du PCF affirme sa défiance à l’égard du nouveau régime et dénonce les occupants qui le soutiennent. La reconstruction clandestine passe notamment par la mise en place de comités populaires mais aussi par la diffusion, à côté de L’Humanité clandestine, de journaux et de tracts. Georges Politzer comme Gabriel Péri écrivent dès le début de 1941 des pamphlets qui dénoncent l’idéologie nazie, le racisme et l’obscurantisme dont elle est porteuse. Dans le Nord, les communistes s’impliquent dans la grève héroïque des mineurs. Le PCF met déjà en cause l’occupation et appelle à la constitution, dès mai 1941, d’un front national de lutte pour l’indépendance nationale.
Dès cette époque, avril 1941, les organisations juives de la MOI [Main-d’œuvre immigrée, regroupant les communistes étrangers vivant en France] du Parti communiste dénoncent les premières rafles et l’antisémitisme d’État.

La lutte armée
Lorsque les troupes de l’Allemagne nazie envahissent l’URSS, l’engagement communiste prend une nouvelle ampleur. Le PCF, en relation avec l’Internationale, lance la lutte armée dans des conditions très difficiles. Des jeunes communistes, des anciens des brigades internationales, des militants de la MOI sont aux premiers rangs de ceux qui organisent les sabotages de convois ferrés et l’attaque de soldats allemands. Les autorités allemandes, appuyées par le gouvernement de Pétain, lancent une répression qui s’abat en priorité sur les communistes. Ce sont les premiers fusillés et guillotinés de la fin de l’été 1941 par les autorités françaises qui vont jusqu’à établir les listes d’otages à fusiller, à Chateaubriant et au Mont Valérien. La répression est associée à des procès publics des résistants communistes, hommes et femmes, ensuite exécutés. Bientôt, c’est également la déportation sans jugement, selon une procédure Nacht und Nebel (nuit et brouillard) qui doit briser la résistance communiste. Les coups portés sont terribles mais la lutte armée se réorganise avec la mise en place des francs-tireurs et partisans (FTP) et les actions dans les grandes villes de la zone occupée puis, en 1943, dans le sud du pays. La stratégie du PCF qui vise à rassembler dans l’action sans attendre, afin de préparer la libération, lui permet de sortir de son isolement. Devenu incontournable, il est bientôt un interlocuteur des différents mouvements de résistance et participe à la constitution du Conseil national de la Résistance en mai 1943. Représenté à Londres puis à Alger, il contribue à l’élaboration du programme du CNR adopté en 1944. Une partie notable de ses propositions dans le domaine économique et social, les nationalisations et le projet de Sécurité sociale, est retenue. Dans le cadre de la préparation de la libération, les communistes négocient leur entrée au gouvernement provisoire à Alger et participent à l’activité de l’assemblée consultative. En somme, le PCF développe son activité sur différents terrains, celui de la lutte armée avec les FTP qui rejoignent au printemps les forces françaises de l’intérieur (FFI), au sein desquelles ils vont jouer un rôle important dans les combats de la libération, aussi bien à Paris, qu’à Marseille ou dans le Limousin par exemple. Mais ils ont également déployé leur activité dans le monde du travail en étant les instigateurs de la réunification syndicale de la CGT et en réalisant une politique de large rassemblement sur la thématique patriotique. En direction des intellectuels et des artistes, Les Lettres françaises diffusent cette démarche dont Aragon s’est inlassablement fait le protagoniste. Moins de cinq ans après le début de la guerre, le PCF a reconquis une influence dont l’ampleur se vérifie dans les combats de la Libération puis lors des premières élections en 1945. Après le débarquement des troupes anglo-américaines, alors que la libération du territoire n’est pas terminée et que la guerre continue, Maurice Thorez arrive à Paris en décembre 1944 et indique que la stratégie du parti s’inscrit dans la reconstruction du pays et de la démocratie. L’heure n’est pas à la révolution et à la prise du pouvoir, même si le parti s’efforce de renforcer ses positions et développe une conception de la politique et de l’appareil d’État, qui se heurte à la stratégie gaulliste fondée sur la résistance intérieure des lieux de pouvoir.

Serge Wolikow est historien. Il est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 
Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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