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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 07:11
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 68/ François Tanguy (1925-1987)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

68/ François Tanguy (1925-1987): un pilier de la CGT Finistérienne

Né le 2 avril 1925 à Landerneau (Finistère), mort en juillet 1987 à Brest (Finistère) ; ouvrier maçon ; secrétaire général de l’union départementale CGT du Finistère (1956-1978) ; membre du bureau fédéral de la fédération du PCF du Finistère (1952-1965).

François Tanguy, dit Fanch Tanguy, était le fils d’un plâtrier. A la mort de son père, sa mère devint blanchisseuse pour élever ses quatre enfants. Après avoir participé à 19 ans à la Résistance et s’être engagé dans la 1ère Armée, il se trouvait à la frontière autrichienne avec son unité au moment de la capitulation du Reich le 8 mai 1945.

Revenu à la vie civile, il adhéra à la CGT en 1946 et s’engagea de plus en plus dans la vie militante. En 1950, employé comme maçon dans une entreprise du bâtiment de Brest, il fut élu délégué du personnel puis fut élu dans le même temps secrétaire de l’union locale de Landerneau.

En 1951, il remplaça Pierre Mazé, promu à la fédération du bâtiment, à la direction du syndicat CGT du bâtiment de Brest. C'était le frère d'Edouard Mazé, tué lors de la manifestation du 17 avril 1950 à Brest (cf. "Un homme est mort" de René Vautier, et BD de Kris et Davodeau)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

En 1952, François Tanguy œuvra à la constitution de l’union syndicale départementale du bâtiment (USB).

Le 28 février 1952, grève pour les 30 Francs de l'heure dans le bâtiment à l'appel de trois syndicats CGT-CFTC-FO. La quasi-totalité des travailleurs a quitté les chantiers à Brest. Fanch Tanguy prend la parole, traduit en arabe par un travailleur algérien: "... Si depuis 1950, nous avons imposé cinq accords de salaires, depuis notre dernier accord les prix ont sérieusement grimpé et justifient les 30 francs horaire.... Le gouvernement que nous voulons, c'est un gouvernement qui remplit le ventre des travailleurs... Ce que nous obtiendrons de la commission paritaire sera fonction de l'action que vous aurez engagée au sein de vos entreprises, sous toutes les formes; actions que vous ferez connaître..." C'est ce jour là que naît l'Union Syndicale du Bâtiment (USB). A 88% des travailleurs, on décide de la poursuite de la grève chez Campenon au bout de 9 jours de grève le 4 mars 1952. Les patrons du bâtiment ne veulent consentir qu'à 5% d'augmentation. La grève se poursuit, comme dans la métallurgie, chez les dockers, aux Trolleybus, à l'Arsenal. Le 20 mars 52, Brest compte 8000 grévistes, dont 5000 du Bâtiment. Le Conseil municipal de Brest, bien ancré à gauche, est solidaire du mouvement social. L'arrivée au pouvoir comme chef de gouverneme de Antoine Pinay, "l'homme du gros patronat" (Fanch Tanguy) - un ancien collaborateur, qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940, a été décoré de la Francisque, a été nommé au conseil national vichyste, poste qu'il a occupé jusqu'en 42, qui a fait partie des réseaux clandestins de l'OTAN mis en place en 49 dans le cadre de la guerre froide et de la politique anti-communiste - "a donné toutes les espérances aux patrons de notre département pour ne pas satisfaire aux légitimes revendications de la classe ouvrière". Le gouvernement Pinay baisse les prix d'articles de grande consommation pour refuser d'indexer les salaires sur les prix et accroit la présence des forces répressives menaçant le mouvement social.  Le 25 mars 1952, à Brest, des grévistes manifestants sont matraqués et arrêtés par les CRS  et ne sont relâchés le soir que suite à l'intervention des forces syndicales. "Le lendemain, au Bouguen, devant les habitants en émoi, les CRS cernent les baraquements du foyer de l'O.N.C.O.R où sont hébergés les travailleurs nord-africains. Cette démonstration s'effectue sous les ordres du commissaire Danzé et a pour objectif d'interdire le meeting qui doit se tenir à cet endroit pour protester contre l'arrestation, la veille au soir, de trois travailleurs algériens"  (Fanch Tanguy, La CGT dans le Finistère 1944-1968, II. Sur tous les fronts) Une délégation syndicale intervient et obtient leur libération, promettant d'annuler le meeting contre l'arrêt des expulsions des grévistes qui ne peuvent payer leur hébergement au foyer de l'O.N.C.O.R. Les patrons du bâtiment, petits et gros, font bloc pour refuser de donner satisfaction aux revendications. Dans la métallurgie, les patrons refusent toute commission paritaire, et à la direction des trolleybus aussi, c'est le blocage. Les patrons prennent argument de la baisse des prix Pinay, reviennent sur leur proposition antérieure d'augmentation de 5%. Dans ces conditions, la CGT décide d'une marche de la faim sur Quimper. Afin de lui donner tout le retentissement nécessaire, les unions locales CGT et CFTC de Brest lancent un appel à la cessation générale du travail et à un rassemblement, le 31 mars, au nouveau théâtre.   

François Tanguy raconte cette marche de la faim de 80km de Brest à Quimper - mais les grévistes de Morlaix, Concarneau, Douarnenez, vont aussi rejoindre Quimper - une véritable épopée.

Les routes, les ponts, les carrefours stratégiques, les gares, les ponts de chemin de fer sont surveillées par d'importantes forces policières, fusil à la bretelle. A Quimperlé, 400 CRS font route vers Quimper, un camion de CRS stationne à Landivisiau, 12 au Pont-de-Buis, 8 à Châteaulin.

A Brest, le départ est prévu au Petit Paris. Chaque responsable a la conduite et la responsabilité d'un groupe à de 25 grévistes. Il est prévu que la municipalité de Châteaulin offre un casse-croûte, le syndicat de la poudrerie de Pont-de-Buis également, ainsi qu'un commerçant de Daoulas.

Les "marcheurs de la faim" viennent en réalité en bicyclette, tandems, motos. Chaque participant reçoit un exemplaire de la chanson à entonner, "La Marche de la Faim", qui est composée sur l'air des "Bats d'A.F" (Chant de marche des bataillons d'Afrique):

"Il est toujours sur cette terre

des requins qui (ne travaill'pas) bis

Tandis que nous les prolétaires

Nous produisons (tout de nos bras) bis

Toujours aux mêmes les sacrifices 

Ils ont l'espoir (que ça dur'ra) bis

Toujours aux mêmes sacrifices

Oui mais bientôt (tout ça chang'ra) bis

Et en avant! Tous en avant!

REFRAIN

Nous allons sur la grand'route

Ventre creux (et sans faiblir) bis

Le PINAY peut bien s'en foutre

Mais son règne va finir, oui va finir

Nous aurons notre victoire

Qui s'inscrira dans l'hist(oire)

Tous unis dans la bat(aille)

Place à ceux qui travaillent"

Puis la musique du Bergot prend place en tête du défilé, suivie par le comité central de grève, les marcheurs de la faim et les manifestants appelés par les Unions Locales. Devant le défilé qui remonte la rue Jean Jaurès, les commerçants ont cessé toute activité. Au rond-point, qui n'est encore qu'un amas de terre, au nom des syndicats et du comité central de grève, François Tanguy donne alors lecture du serment, adopté la veille, par le comité central de grève:

"Nous travailleurs brestois, en lutte contre la misère, nous affirmons notre solidarité absolue avec nos camarades brestois qui entreprennent une héroïque marche de la Faim.

Nous faisons le serment solennel de rester toujours unis comme un bloc et de lutter avec la plus grande énergie, par tous les moyens et jusqu'à la victoire, pour:

1. Le réajustement de nos salaires au coût de la vie;

2. Une baisse réelle et durable du coût de la vie par la diminution des profits capitalistes, la suppression des taxes de guerre et de vie chère;

3. Le maintien et l'augmentation des crédits de reconstruction, d'investissement;

4. La réduction des dépenses militaires, seule source d'économie possible.

Nous proclamons solennellement que nous ne permettrons pas que les travailleurs, l'ensemble des petites gens, soient acculés à plus de misère encore pour garantir les profits capitalistes et faire face aux charges écrasantes d'un budget de guerre qui conduit à la catastrophe.

Nous exigeons des députés de notre département qu'ils défendent ces propositions à l'Assemblée Nationale.

Nous appelons toute la population du Finistère à s'unir avec nous afin d'obtenir, par une action commune, un gouvernement démocratique au service du Peuple de France, qui assure le progrès du pays et le bien-être des travailleurs, la liberté et la paix".

Après ratification à main levée, le départ est donné. 

Pendant que les marcheurs de la faim font route pour rejoindre Quimper, un magnifique meeting se tient au nouveau théâtre. Bien que FO ait boycoté la grève, 4000 à 5000 travailleurs se retrouvent rue Yves Collet pour entendre les dirigeants syndicaux: Pierre Mazé, Charles Cadiou, Stephan pour la CGT prennent la parole, ainsi que Jean Bourhis pour la CFTC.

Pour rejoindre Quimper, en milieu ou fin d'après-midi, les marcheurs ont emprunté des chemins de traverse, des champs, des rivières et des monts, pour éviter les barrages de la police et des CRS. Les marcheurs jouent au chat et à la souris avec les "forces de l'ordre". François Tanguy a lui reçu le mandat de prendre le train, comme un voyageur ordinaire, pour assurer la prise de parole à Quimper.   

"Le meeting a lieu, à la débauche du soir, aux nouvelles Halles à Quimper. Sans attendre, de nombreuses entreprises sont désertées par les travailleurs qui viennent en s'échelonnant (les rassemblements de plus de 3 personnes sont interdits par le préfet) vers le lieu de réunion... Rue Kéréon, la concentration s'effectue et un cortège prend rapidement forme; le drapeau est sorti, les marcheurs, tiennent toute la rue; les "flics" derrière et surpris, ne peuvent plus rien; la Marche de la Faim est entonnée, elle retentit puissamment dans la rue et se prolonge jusqu'au dernier couplet:

"...Et en avant! tous en avant!

Ils voudraient même notre poitrine

Mais nous, nous ne (marcherons pas) bis

En Tunisie, en Indochine

Contre nos frères (qui luttent là-bas) bis

Nous n'acceptons pas la misère

La liberté (avec le pain) bis

Nous l'aurons dans une France prospère

Avec la paix (pour tous demain) bis

Nous allons sur la grand route..."

Les fenêtres s'ouvrent tout au long du parcours et nous arrivons aux nouvelles Halles débordantes et pleines à craquer. L'ambiance est formidable, les thèmes des allocutions sont ceux développés le matin à Brest. Il fait nuit lorsque les Marcheurs de la Faim vont regagner la salle Le Guyader pour se restaurer et passer la nuit sur la paille étalée dans la salle de bal".

Le lendemain, les marcheurs de la faim reviennent sur Brest après des haltes à Châteaulin et Pont-de-Buis, et doivent retrouver la manifestation brestoise des travailleurs qui remonte à partir de 16h la rue Jean Jaurès, pendant que des camions de CRS encerclent la place.  "Soudain, à l'intersection de St Martin, les Marcheurs de la Faim débouchent juste devant le cortège et continuent leur route vers la maison des syndicats, sous les saluts et applaudissements des manifestants, mais également des personnes présentes sur les trottoirs. Avant d'aller se restaurer à la cantine Floch, rue Amiral Réveillère, une joyeuse assemblée regroupe tous les grévistes, et écoute les péripéties des Marcheurs de la faim".

(Fanch Tanguy, La CGT dans le Finistère 1944-1968, II. Sur tous les fronts)

Finalement, les patrons, avec le soutien de la droite au pouvoir et du gouvernement de réaction d'Antoine Pinay, reviennent même sur leur promesse d'augmentation des salaires de 5% et la CGT doit interrompre la grève (500 000 F de dons avaient été collectés pour la caisse de solidarité aux grévistes) tout en continuant la lutte par d'autres moyens.

Cette période 1951-1952, en pleine phase chaude de la guerre froide, est une période d'intense mobilisation pour Henri Martin et contre la guerre d'Indochine, contre le réarmement allemand, contre l'implantation de l'OTAN et des forces armées américaines en Europe (le 20 février 1952 arrive comme en pays conquis à Brest une unité de l'armée de terre américaine - les "US Go Home" peints au goudron par les militants communistes et cégétistes sur des centaines de murs de Brest, sur la chaussée, la sous-préfecture, la gare, le foyer du marin, les châteaux d'eau, comme à la place de Strasbourg, doivent être effacés par la police), contre la venue du général Ridgway. En mai 52, Jacques Duclos et le rédacteur en chef de l'Humanité, André Still, sont arrêtés. Les journaux du Parti communiste sont saisis. C'est le cas de "Ouest-Matin" et de son rédacteur, le dirigeant communiste brestois Louis Le Roux. 

La CGT  dénonce:  "Le 27 mai, à Paris, 10 000 policiers sont mobilisés pour la venue du général américain Ridgway, lequel, après avoir utilisé en Corée des armes microbiennes, est appelé Ridgway la peste. La puissante manifestation, aux cris de "U.S Go Home!" qui a eu lieu le 28 mai à Paris est reprimée avec une brutale sauvagerie. Elle fait un mort et un nombre considérable de blessés. Le député et secrétaire du parti communiste Jacques Duclos est arrêté et écroué à la prison de Fresnes. Il est inculpé d'atteinte à la sûreté de l'Etat... En parlant d'attentat et de complot, le ministre de l'intérieur reprend les traditions des gouvernements qui, au cours de notre histoire, ont usé de ce subterfuge pour instaurer la dictature des classes exploiteuses... Il n'y a actuellement, en France, qu'un seul complot, c'est celui des classes dirigeantes contre la paix, les libertés, les conditions d'existence des masses laborieuses".   

Dans la foulée, des manifestations ont lieu à Morlaix, à Brest, et un meeting à Quimper, au gymnase, où Louise Tymen rend la parole devant 1000 personnes au nom de l'Union locale. Des militants à Brest remplacent le drapeau américain sur le monument américain par le drapeau tricolore, avec une mention sur une planchette "Les patriotes s'inclinent devant les libérateurs mais chassent les occupants". Faute de trouver les auteurs de l'action anti-impérialiste, trois femmes appartenant à l'organisation brestoise de l'UFF, l'Union des Femmes Françaises, dépendante du Parti communiste, Mesdames Bernard, Lagrange, Bozec, sont arrêtées et écrouées à la prison de Landerneau.  

François Tanguy fut élu au bureau de l’union départementale à l’issue du congrès de l’UD du Finistère qui se tint les 21 et 22 novembre 1953 à Douarnenez devenant alors un des adjoints d’Henri Ménès.

Dans le même temps il fut élu secrétaire de l’union locale de Brest en 1954.

Il devint secrétaire général de l’union départementale à l’issue des travaux du congrès de l’UD les 7 et 8 avril 1956 à Quimper remplaçant Henri Ménès, secrétaire de l’UD depuis 1950. Il dirigea alors l’UD du Finistère pendant plus de trois décennies jusqu’en 1978 connaissant la même trajectoire que Marcel Piriou dans le Morbihan ou Robert Daniel dans les Côtes-du-Nord.

Il fut l’un des artisans de la mise en place en 1970 du comité régional CGT Bretagne dont Marcel Piriou fut le premier secrétaire. Attentif à l’histoire syndicale, il rédigea une histoire de la CGT dans le Finistère (1944-1968) en trois volumes éditée quelques mois avant son décès. Cette œuvre de près de 1 000 pages, préfacé par Miche Coz, secrétaire de l’UD qui lui succéda, montre combien son histoire personnelle se confondit avec l’histoire des luttes syndicales du Finistère.

Il fit partie du bureau de la manifestation du 13 avril 1956 qui réunit 3000 personnes contre le mouvement initié par Pierre Poujade. Il représenta la CGT au comité de vigilance et de défense républicaine constitue à Brest le 14 mai 1958. Il prit la parole lors du meeting intersyndical le 1er février 1960 à Brest à l’issue de la grève nationale pour la défense des libertés démocratiques et républicaines pour qu’un terme soit mis à l’insurrection Alger. Il prit la parole lors du meeting du 11 février 1962 à Brest après événements de Charonne. Il prit la parole le 19 mars 1962 à Brest lors du meeting à la maison des syndicats après la signature des accords d’Évian. Il intervint au nom de la CGT lors de la manifestation du 8 mai 1968 à Brest devant 20 000 personnes.

Fanch Tanguy eut aussi des responsabilités politiques au sein du PCF auquel il adhéra en 1948. Il intégra le bureau de la fédération en 1953 y siégeant avec d’autres responsables de l’UD comme Henri Ménès et François Tournevache.

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes: 67/ François Tournevache (1919-1993)

Il siégea jusqu’en 1965 au bureau de la fédération dirigée par Pierre Le Rose (1953-1956) puis par Paul Le Gall (1956-1969).

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

Il suivit une école de formation des cadres du PCF d’un mois puis de quatre mois au début des années 1960. Il siégea au comité de la fédération jusqu’à la partition en deux entités effectuée en 1969.

Sources: François Tanguy, La CGT dans le Finistère (1944-1968), Éditions UD CGT Finistère (3 volumes), 1992.

(https://maitron.fr/spip.php?article172973, notice TANGUY François dit Fanch par Alain Prigent, version mise en ligne le 14 mai 2015, dernière modification le 8 juillet 2018).
 
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 68/ François Tanguy (1925-1987)
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 68/ François Tanguy (1925-1987)
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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 06:58
Covid-19: Décès de Liliane Marchais le 9 avril à l'âge de 84 ans - l'hommage de Fabien Roussel
Covid-19: Décès de Liliane Marchais le 9 avril à l'âge de 84 ans - l'hommage de Fabien Roussel

Le message de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

Liliane Marchais nous a quittés
 
Liliane Marchais nous a quittés ce jeudi 9 avril à l'âge de 84 ans après plusieurs années de combat dans un EPHAD. Le Covid 19 aura eu raison de cette grande dame, membre du secrétariat fédéral du PCF du Val-de-Marne de 1961 à 1976 et épouse de Georges Marchais, secrétaire national du PCF.
 
Au nom du PCF, j'adresse mes plus sincères condoléances et toute mon amitié à ses deux enfants, Olivier et Annie, à ses petits enfants et à tous les communistes du Val de Marne et notamment ceux de Champigny où
la famille habitait.
 
Née en 1935 à Malakoff, elle débute sa vie active en tant qu'ouvrière à la CSF de Malakoff. Elle adhère au Parti communiste en 1952 et à la CGT en 1953. Membre de la direction exécutive de la fédération CGT des Métaux entre 1960 et 1964, elle fait son entrée au sein de la direction du PCF du Val-de-Marne à la même période. Elle continua de siéger au bureau fédéral PCF du Val-de-Marne jusqu'en 1996, puis au comité fédéral.
À partir de la fin des années 1960, Liliane Garcia fut la compagne de Georges MARCHAIS, qu'elle avait rencontré dans ses activités militantes, à Malakoff et dans les organismes de la fédération Seine-Sud.
 
Liliane avait un caractère bien trempé qui se distinguait par la franchise et la sincérité. Comme tous ceux qui l’ont rencontrée, je me souviendrai toujours de ses yeux bleus, de son sourire toujours présent et de ses éternelles Gitanes aux lèvres, comme de la sagesse et de la camaraderie qu’elle apportait dans toutes ses rencontres. Au sein de la fédération du Val-de-Marne, elle a plus particulièrement suivi la formation des cadres et plus particulièrement celle des femmes. Elle a toujours défendu la place des femmes dans les instances de direction du Parti permettant à de nombreuses camarades d'accéder à des postes de responsabilités, au sein de collectivités comme au sein du Parti.
 
Aujourd'hui elle aurait été la première à saluer le service public de la santé, le dévouement et le professionnalisme des personnels des hôpitaux et des EPHAD qui luttent contre ce virus qui aura eu raison d'elle.
 
Le PCF rendra un hommage à Liliane Marchais dès que les mesures de confinement le permettront.
 
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,
 
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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 06:07
Malakoff, 2018. Léa Figuères est décédée du Covid-19 à 97 ans. La femme de l’ancien maire de Malakoff, Léo Figuères, s’est intéressée à la vie de la commune jusqu’à sa mort. Elle était présente lors de l’inauguration de la place dédiée à son époux, ici en 2018. Ville de Malakoff

Malakoff, 2018. Léa Figuères est décédée du Covid-19 à 97 ans. La femme de l’ancien maire de Malakoff, Léo Figuères, s’est intéressée à la vie de la commune jusqu’à sa mort. Elle était présente lors de l’inauguration de la place dédiée à son époux, ici en 2018. Ville de Malakoff

Coronavirus : l’ancienne résistante et militante communiste Léa Figuères s’est éteinte

L’épouse de l’ancien maire communiste de Malakoff, Léo Figuères, avait 97 ans. Infectée par le Covid-19, cette figure de la commune est décédée ce lundi, à l’hôpital Béclère.

 

Elle avait résisté de toute son âme à l'occupation de la France par l'Allemagne nazie. Quatre-vingts ans plus tard, le Covid-19 l'a terrassée. Léa Figuères, 97 ans, s'est éteinte à l'hôpital Béclère à Clamart, ce lundi, après une semaine d'hospitalisation. Ses proches n'ont pas pu lui rendre visite.

À Malakoff, où elle a passé presque toute sa vie, tout le monde l'appelait Andrée. En référence au prénom clandestin, dont elle avait hérité à 19 ans en rejoignant les rangs de la Résistance dans la région lyonnaise.

« Elle était l'épouse de l'ancien maire Léo Figuères [ NDLR : décédé en 2011 ] mais aussi une personnalité militante, décrit Jacqueline Belhomme, l'actuelle maire PCF. Elle était connue pour cela à Malakoff. Elle était de toutes les commémorations. »

Léa était une « vraie battante », se rappelle Miloud Sebaa, un des membres de l'association Les Amis de Léo Figuères. « Quand elle est née, son père a dit J'ai une fille, elle n'ira pas à la guerre !. Et pourtant, dès qu'elle a quitté l'adolescence, elle s'est engagée dans la Résistance », rigole-t-il.

C'est à cette époque qu'elle rencontre son futur époux Léo Figuères. Il est responsable clandestin des Jeunesses communistes dans la zone sud de la France. « Elle était son agent de liaison. Elle prenait les consignes du donneur d'ordre et les lui donnait sur le terrain », explique Miloud Sebaa.

Ils posent leurs valises dans les Hauts-de-Seine en 1945

La fin de la guerre sonne le début de leur histoire de famille. Leur premier enfant, Jean-Pierre, naît en 1945. « Je disais toujours à mes parents qu'ils m'avaient conçu entre deux bombardements », s'amuse l'intéressé, aujourd'hui âgé de 74 ans.

Cette même année, la famille pose ses valises à Montrouge dans l'atelier du peintre Fernand Léger, un grand ami du couple. Le temps passe. En 1955, dix ans après la guerre, Léo et Léa trouvent un appartement rue Guy-Moquet, du nom d'un autre héros de la guerre, à Malakoff. Ils n'en repartiront jamais.

Très vite, le couple « s'implique dans le tissu social et associatif » de Malakoff, raconte leur aîné. Léo prend la direction de la section locale du Parti communiste français. Puis enfile l'écharpe de maire 1965. Il ne la retirera qu'en 1996.

Léa s'investit quant à elle dans plusieurs associations locales. Elle devient responsable au sein de l'ANACR, l'Association nationale des anciens combattants et ami(e) s de la Résistance. Et sera décorée de la Croix du combattant volontaire de la Résistance.

Elle veillait au cocon familial

Si elle n'a jamais exercé de mandat électif comme son mari, Léa Figuères a toujours conservé sa carte d'adhérente au PCF. « Elle était militante, distribuait des tracts, vendait le journal l'Humanité », rembobine Jean-Pierre Figuères, qui vit aujourd'hui à Antony.

Le fils aîné, d'une fratrie de quatre enfants, évoque « une mère aimante » et « bienveillante » qui, il y a quelques semaines, demandait encore à son fils de 74 ans s'il avait « bien mis son cache-col pour le froid ».

« Elle avait créé un vrai cocon familial, raconte Jean-Pierre. Quand mon père rentrait à la maison, c'était la maison, plus la mairie. Si quelqu'un venait toquer pour des soucis de mairie, elle lui disait de prendre rendez-vous à l'hôtel de ville. Elle nous préservait. »

Dans le quartier, « tout le monde la connaissait ». L'ancienne maire (PCF), Catherine Margaté, qui a pris la succession de Léo Figuères en 1996, lui rendait souvent visite. « C'était une femme très attachante et très impliquée dans la vie de Malakoff, confie Catherine Margaté. Elle était attachée à faire connaître la Résistance aux jeunes. »

L'ex-élue parle d'une femme « attentionnée » et « curieuse » dotée « d'une mémoire extraordinaire ». « Elle s'intéressait à tout, raconte la maire honoraire « peinée » de sa disparition. J'étais allée lui rendre visite en janvier dernier et elle m'avait posé des questions sur la campagne municipale en cours. »

Ses proches n'ont pu la voir à l'hôpital

Depuis plusieurs mois, Léa Figuères était plus faible. Elle ne sortait presque plus de l'appartement dans lequel elle a vécu pendant près d'un demi-siècle. Le 30 mars dernier, elle a été admise à l'hôpital Béclère après une mauvaise chute. « Les médecins ont fait des analyses et ils se sont aperçus qu'elle avait aussi contracté le Covid-19 », confie Jean-Pierre Figuères.

Le virus s'attaque à ses poumons. Elle est placée sous sédatifs. Une semaine plus tard, elle s'éteint. Laissant derrière elle quatre enfants, huit petits-enfants et huit arrière-petits-enfants.

« C'est très difficile. Aucun de ses proches n'a pu la voir, même avant son hospitalisation puisque nous étions confinés », explique Jean-Pierre. Le fils aîné avait tout de même échangé par téléphone jeudi dernier. « Elle m'avait dit à bientôt », souffle le fils.

Léa Figuères sera inhumée dans le village de Los Masos dans les Pyrénées-Orientales, aux côtés de son mari. La cérémonie, confinement oblige, aura lieu en petit comité. « C'est encore plus difficile à vivre. On ne pourra pas tous venir, regrette Jean-Pierre. Mais on s'est dit que, cet été, on s'y retrouverait tous. »

(Source: http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/coronavirus-l-ancienne-resistante-et-militante-communiste-lea-figuieres-s-est-eteinte-08-04-2020-8296053.php?utm_campaign=facebook_partage&utm_medium=social&fbclid=IwAR3Rmo2bZMBgrkJLx9DpPaQDB5-THF6-DbT7Mc3Dq-GDjUe_EsyczyzyQmM)

Mercredi, 8 Avril, 2020 - L'Humanité
Carnet. Léa-Andrée Figuères, ancienne résistante, est décédée

Léa-Andrée Figuères, ancienne résistante, s’est éteinte le 6 avril, emportée par le coronavirus à l’âge de 97 ans.

 

Léa-Andrée Figuères, ancienne résistante, s’est éteinte le 6 avril, emportée par le coronavirus à l’âge de 97 ans. Militante à l’Union des jeunes filles de France dans le Cher, Léa Lamoureux rejoint à 19 ans la Résistance à l’occupant nazi dans la région lyonnaise en 1941 pour devenir Andrée dans la clandestinité. Elle fut la compagne de toujours de Léo Figuères. À ses côtés, elle mène le combat avec les Jeunes communistes de la zone sud et sera décorée de la croix du combattant volontaire de la Résistance. Depuis, adhérente du PCF, restant jusqu’au bout fidèle à ses idéaux de jeunesse, elle a aussi poursuivi le combat de mémoire comme responsable au sein de l’Anacr pour que ne soit pas oublié le rôle des communistes dans la Résistance. Militante également aux parents d’élèves, elle a toujours été attentive aux questions de l’éducation. Elle a fait en sorte que les œuvres de Léo soient republiées avec le concours de l’Association des amis de Léo Figuères, dont elle était la présidente d’honneur. Selon sa volonté, elle sera inhumée dans le village de Los Masos (Pyrénées-Orientales), aux côtés de Léo. L’Humanité présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 09:26
La fin du Néoralisme: Bellissima - Luchino Visconti, entre beauté et Résistance, partie 4 - La Chronique cinéma d'Andréa Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance

Partie 4

La fin du Néoralisme: Bellissima

La chronique cinéma d'Andréa Lauro

Se reporter aux trois premières parties de la rétrospective Visconti:

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance, partie 1 - la chronique cinéma d'Andrea Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - partie 2 La guerre et le Néoréalisme : Ossessione

La chronique cinéma d'Andréa Lauro - Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance, Partie 3

Après les deux premiers longs métrages, Visconti prend momentanément ses distances par rapport au monde du cinéma. D’une part, car, épuisé par l’expérience réaliste de La Terra tremble, et donc à la recherche de canaux capables de fournir plus d’amplitude créative ; de l’autre, parce que déçu par le système-cinéma (pas par le « moyen »-cinéma) qui, jusqu’à présent, n’a pas fait preuve de beaucoup de compréhension à son égard, entre des mésaventures distributives, des malentendus et des sabotages, même sans lui refuser le statut de réalisateur de pointe de l’époque.

Pour se débarrasser des mauvaises humeurs et des étiquettes imméritées, Visconti se retranche dans le théâtre en donnant libre cours à sa capacité d'invention que le cinéma ne peut lui accorder actuellement. Il écrit une version malheureusement jamais représentée de l'"Orlando furioso" où les scènes auraient dû se dérouler sur différentes planches, en même temps à l’intérieur d’un même environnement, en laissant au spectateur la possibilité de participe; et, en suivant une aspiration de fantaisie expressive, il réalise « Rosalinda ou come vi piace » que, en plus de jeunes acteurs du calibre de Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni et Ferruccio Amendola, peut se vanter d'avoir parmi ses collaborateurs le génie de la peinture Salvador Dalí, auteur de scénographies et de costumes.

Dans les années à venir, Visconti apporte aussi au théâtre des œuvres moins frénétiques, comme « Un tramway nommé désir » et « Mort d’un commis voyageur » d’Arthur Miller et, malgré son éloignement partiel du cinéma, il ne cesse de proposer des ébauches de films, toutes rejetées.

L’opportunité de retourner derrière la caméra arrive en 1951 grâce à « Documento Mensile », sorte de magazine périodique produit par Marco Ferreri dans lequel il est demandé aux grands noms de la culture italienne de fournir un "commentaire" sur des événements d’actualité. De la collaboration avec Vasco Pratolini naît « Appunti su un fatto di cronaca » (1951), un court-métrage de huit minutes sur le cas d’homicide d’Annarella Bracci, une fille de 12 ans violée et jetée dans un puits. Visconti choisit d’accompagner le texte de Vasco Pratolini, lyrique et sec en même temps, avec des images documentaires de la périphérie romaine, entre la désolation des immeubles populaires et les champs arides, recréant un panorama désertique, lunaire, déshumanisant qui, bien qu’il ne montre rien d'étroitement lié au fait divers, peint des impressions autour de la figure seulement évoquée d’Annarella, sans que ni un ton compatissant ni un ton de dénonciation sociale ne prévalent sur la transformation du fait horrible en une fresque existentielle universelle.

« Appunti su un fatto di cronaca » est le prélude au troisième long métrage de Visconti : pas un de ses projets propres cette fois, mais un projet qui lui est proposé, écrit par Cesare Zavattini.

C’est l’été 1951 et « Bellissima » est prêt à être tourné.

Visconti a réécrit le scénario avec Suso Cecchi D'Amico et Francesco Rosi, adaptant le sujet de Zavattini à sa poésie, misant surtout sur Anna Magnani au service des critères du cinéma anthropomorphique rodé en « Ossessione » et « La terra trema ». Visconti a accepté de tourner le film grâce à la présence déjà sûre de la Magnani, décidé à signer un portrait de femme tridimensionnelle, au-delà des frontières de la simple narration.

Ce qui l’intéresse, c’est de travailler avec le (et sur) personnage interprété par la Magnani, Maddalena Cecconi, dans la même mesure qu’il s’intéresse à travailler avec/sur l’actrice-Magnani et avec/sur la diva-Magnani. Pour cela Visconti exploite au mieux le domaine cinématographique, en croquant ironiquement sa mesquinerie, son arrivisme, sa superficialité, mais seulement pour permettre au processus narratif de l’histoire de Maddalena/Anna d’être plus contrasté, vif et sincère. Pour la énième fois, une relecture de la réalité est chargée de dévoiler la vérité cachée des choses, sous la forme de la fiction.

Maddalena est une pauvre fille qui, pour gagner de l’argent, est infirmière à l’heure, mariée à Spartacus, amoureuse du "cinéma", prête à tout, ou presque, pour obtenir un contrat pour sa fille. Anna Magnani lui prête un physique vraisemblable, mais ne renonce pas à des nuances expressives plus intimes, lorsque la volonté de rachat par Marie se transforme en obsession individuelle, ou dans l’épilogue où la désillusion l’emporte. Visconti agit dans l’ombre, construit le caractère autour de la répression, du rôle parental, de la sexualité : pour toute l’affaire, Madeleine n’est pas une femme, c’est une mère qui ne voit que dans le miroir des impressions de féminité détachées de la maternité.

Le contraste avec l’érotisme naturel de la Magnani fait partie de l’opération viscontienne. Maddalena est réprimandée par Spartacus en se disputant pour Maria et refuse les avances de Walter Chiari. Elle est tellement absorbée par sa propre mission - donner à Marie ce qu’elle n’a jamais eu - qu’elle ne se rend pas compte qu’elle a projeté sur l’enfant un besoin personnel de revanche, d’évasion de la vie vers le rêve du cinéma, ignorant la différence entre l’image idéalisée qui défile sur l’écran et les personnes vraies, défectueuses, souvent mesquines, cachées derrière cet écran et cette image.

Alors, dans l'avant-final, Maddalen, qui s'attriste devant « La rivière rouge » d’Howard Hawks, écoute enfin les pleurs répétés de Maria ridiculisée par l’équipe de Blasetti, et promet à la fin que sa fille ne fera jamais de cinéma, elle parle d’elle-même, entre résignation et fierté. Une « elle-même » à l’identité recomposée, bien que dans l’amertume, sur le point de faire l’amour avec son mari, tandis que l’enfant dort dans la chambre à côté.

Mais dans « Bellissima », nous n’assistons pas à un affrontement social ou urbain entre classes, entre riches et pauvres, opprimés et oppresseurs, centre et périphérie. Maddalena ne refuse pas d’élever sa condition par humilité ou au nom d’une quelconque morale populaire. C’est que, dans le discours néo-réaliste, Visconti fait entendre sa voix polémique, en renversant des normes et des icônes, en configurant le cinéma comme un organe qui, toujours, que ce soit dans le bien et dans le mal, trouve son origine dans la mystification, la fausseté, l’interprétation par la transcription, incapable d’enregistrer l’effectivité directe ou de véhiculer des messages qui ne soient pas conditionnés à l’efficacité dramaturgique. Certains considèrent ce film comme un ouvrage mineur et transitoire, mais « Bellissima » est le point par lequel le réalisateur termine lucidement un chapitre qu’il avait lui-même ouvert, de sorte que Lino Micciché (critique et historien du cinéma italien) ose définir le film comme "un des actes de mort les plus conscients de l’utopie néoréaliste".

André Lauro

 

 

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 08:15
Paul Lespagnol

Paul Lespagnol

Paul Lespagnol (photo publiée dans le Télégramme)

Paul Lespagnol (photo publiée dans le Télégramme)

 
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:
 
64/ Paul Lespagnol (1949-2003)
 
Paul Lespagnol naît à Recouvrance, un quartier de Brest célébré par "la complainte de Jean Quemeneur".
Sa famille est originaire de la presqu'île de Crozon depuis plusieurs siècles, d'un petit village situé près des belles plages de la Palue et de Lostmarch, non loin du Cap de la Chèvre.
Beaucoup ont "émigré" à Brest au cours du XIXe siècle, pour trouver du travail, à l'arsenal notamment.
Quant à sa mère a participé à la résistance comme agent de liaison à Châteauneuf du Faou. 
Durant sa scolarité, il s'intéresse à l'Histoire des peuples et civilisations, ce qui l'amènera à s'impliquer pleinement dans celle de mai 68 où, avec d'autres copains, il implante l'UNCAL, syndicat lycéen. C'est aussi le moment où, avec les mêmes, il adhère au Parti communiste.
L'année qui suit, étudiant, il assume des responsabilités à l'UNEF. Pendant une année, il exercera le métier d'instituteur, puis en 1970, Louis Le Roux, secrétaire fédéral, lui propose de devenir salarié "permanent" du parti. Il accepte et devient le responsable des questions agraires. Il va sillonner le département pour rencontrer les militants et diffuser la propagande "paysanne". Chose plus facile dans le centre-Finistère que dans le Léon. En 1973, il s'est présenté aux élections dans le canton de Ploudalmezeau. Dans un pays peu sensible aux idées communistes, il fait un résultat fort honorable avec près de 5% des voix. Mais sa satisfaction est grande avec l'élection comme conseiller général de René Le Nagard dans le canton rural de Plouigneau. En 1976, il est à nouveau sollicité, cette fois par André Lajoinie, pour devenir son collaborateur à la section agraire du Comité central. 
Il y restera cinq ans quand, en 1981, il deviendra secrétaire fédéral d'Ille-et-Vilaine.
Chaleureux, bon vivant, et une bonne dose d'humour feront qu'il entretiendra un bon climat pour le militantisme et de solides amitiés.
En 1987 il est élu au comité central et sera aussi le responsable régional du parti.
Quant aux fonctions électives, c'est en 1995 et jusqu'en 2001 qu'il deviendra adjoint au maire de Rennes, vice-président de Rennes-Métropole. 
En 1998, il sera aussi élu au Conseil Régional.
Entre temps en 1996 il sera proposé au bureau national et secrétariat du Parti communiste, s'occupant du secteur "vie du parti". Chargé des élections et des relations extérieures, il était également un interlocuteur posé, exigeant, mais ouvert, des partenaires du PCF, formations de la gauche ou syndicats.
Décédé précocement en septembre 2003, il n'aura pas le temps de savourer les plaisirs de la lecture, de la pêche l'été et la chasse avec les copains rennais. 
 
Michel Lespagnol
 
 

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 07:15
Jean-Marie Le Scraigne à l'école des filles de Huelgoat en 2010 (photo Le Télégramme)

Jean-Marie Le Scraigne à l'école des filles de Huelgoat en 2010 (photo Le Télégramme)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

63/ Jean-Marie Le Scraigne - Jañ-Mari Skragn (1920-2016)

L'oncle du journaliste, historien et écrivain quimpérois Georges Cadiou (L'hermine et la croix gammée), Jean-Marie Le Scraigne (en breton Jan-Mari Skragn, dit-il) est né au Huelgoat en juin 1920 (décédé en décembre 2016). Il a été retiré de l'école à 13 ans pour aider à la ferme malgré ses excellents résultats scolaires. Il est d’abord resté travailler à la ferme familiale, sur le plateau granitique de cette commune (en breton ar c’hludou), au cœur de l’Arrée.

Après son mariage, devenu père de famille, il préféra changer de métier et travailla comme carrier et marbrier, jusqu’à sa retraite.

Fervant militant communiste, il fut longtemps (une vingtaine d'années) conseiller municipal d’Huelgoat, élu sur la liste d"Alphonse Penven (maire et conseiller général PCF de la Libération à 1983, paysan de ce même quartier qui fut également député dans les années d'après-guerre).

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

Jean-Marie Le Scraigne s’est parfois exprimé à la télévision en breton (FR 3) sur la période du Front Populaire et nous a expliqué son engagement, contre la volonté paternelle...Il était connu comme chanteur de fest-noz (dans les années soixante-dix, avec B. Le Guern, L. Lozac’h). C’est à l’heure de la retraite qu’il s’est mis à composer des chansons, notamment à danser, en breton et en français. En 1986, il s'inscrit à un concours de contes en breton et obtient le premier prix. C'est en français il commencera à mettre ses contes par écrit, avant que les responsables de "Brud Nevez" lui conseillent de le faire en breton.

Francis Favereau, linguiste, spécialiste de la culture et de la langue bretonne, raconte:

" Parallèlement, Jean-Marie Le Scraigne a commencé à raconter divers contes (rismodilli, dit-il), qu’il avait entendus dans sa jeunesse à Kervinaouet, de la bouche de valets ou de mendiants, essentiellement. Il est ainsi devenu conteur, à la radio ou à la télévision, comme dans les veillées organisées ces dernières années, notamment par Dastum... Il compte actuellement parmi les meilleurs, avec Marcel Guilloux (Haute-Cornouaille) ou Jude Le Paboul (de Baud, Vannetais, disparu en 2001). L’originalité de J.M.Le Scraigne, c’est qu’il a transcrit la plupart de ses contes, d’abord en français, ne sachant guère écrire le breton, nous disait-il. Chez lui, Bilz(ic), l’adversaire déclaré du seigneur ainsi que du recteur, devient un «voleur honnête», comme il en faudrait davantage, conclut-il. Voilà qui, pour ce qui est de l’idéologie, nous situe aux antipodes de la morale traditionnelle héritée de FEIZ HA BREIZ  etc. Il y a chez lui un peu de cet «esprit sauvage de la Montagne», comme le dit si bien Y. Gwernig. On comprend mieux ce positionnement original grâce à l’étude qu’en a faite Ronan Le Coadic dans Campagne Rouges de Bretagne (SKOL VREIZH n° 22, 1991), où il a donné laparole aux communistes de cette région, en breton (F. Landré, maire de Scrignac, décédé en 1999, Daniel Trellu - cf. tome 3 - et Alphonse Penven, maire du Huelgoat et conseiller général du cantonde 1945 à 1983, qui fut député communiste de 1956 à 1958, disparu peu après son interview, ancien paysan dans la ferme de Coat Mocun sur les hauteurs du Huelgoat, dont J.M. Le Scraigne fut longtemps le colistier :

«Cela vient de loin, cela est ancien, parce que cette région était pauvre et que la terre était mauvaise. Les habitants pauvres avaient envie d’améliorer leur situation. Oui. Certains dans cette région ont fait la Révolution des Bonnets Rouges. Il y en avait beaucoup dans la région de Carhaix. A Plouyé, on en a découvert beaucoup en faisant le nouveau cimetière, beaucoup d’ossements. Ces gens avaient été tués par les soldats. Il y avait eu des heurts au Ty meur en Poullaouen, un combat entre Poullaouen et Carhaix. Et les Rouges, malheureusement, avaient perdu. Beaucoup avaient étét ués. Puis ce pays a été longtemps radical. Oui, c’était une région rouge par icia utrefois» (p. 55)...«Moi, je crois que les communistes ont confiance en l’homme, en son travail, et qu’ils soutiennent les pauvres surtout. Oui, des humanistes. Il s’agit d’aider ceux qui sont en bas de l’échelle à remonter et d’essayer d’avoir plus de justice dans ce pays» disait Jean-Marie Le Scraigne...

Francis Favereau  (https://ffavereau.monsite-orange.fr)

 

Œuvres (source BNF):

Une vie de militant au Huelgoat
 
Drôle de guerre
 
Contes du Huelgoat et du Centre-Bretagne
 
Koñchennou hag huñvreou
 
Contes et rêveries
 
Lavariou an Uhelgoad
 
Ma buhez e kêr ar Vinaoued
 
Bremañ 'zo bremañ !
 
Un Huelgoatain vous raconte
 
Ma vie au Huelgoat
 
Ma buhez e Kêr ar Vinaoued
 
Rimodellou 'kostez Huelgoad 1 avec Jean-Marie Le Scraigne comme Auteur du texte
 
Rimodellou 'kostez Huelgoad 2 avec Jean-Marie Le Scraigne comme Auteur du texte
 
Drôle de guerre, Occupation, Résistance
 
Rimodellou 'kostez Huelgoad 3 avec Jean-Marie Le Scraigne comme Auteur du texte
Rimodellou 'kostez Huelgoad avec Jean-Marie Le Scraigne comme Auteur du texte
 
Contes du Huelgoat et du Centre-Bretagne
 
Amzer ar vrezel 'kostez an Huelgoad
 
Rimodellou 'kostez Huelgoad
"Une vie de militant" de Jean-Marie Le Scraigne aux éditions Emgleo Breiz - C'est tout un pan de la vie politique du centre-Bretagne que Jean-Marie le Scraigne raconte, avec en filigrane les contraintes quotidiennes d'un homme qui a dû subvenir aux besoins de sa famille tout en faisant face aux aléas de l'économie: les petites exploitations rurales qui périclitent, le rude travail dans les carrières, en parallèle avec des contrats d'ouvriers agricole dans l'est de la France, les ennuis de santé de ses enfants... Sans parler, en qualité d'élu, de l'obligation de siéger dans divers conseils et organismes.

"Une vie de militant" de Jean-Marie Le Scraigne aux éditions Emgleo Breiz - C'est tout un pan de la vie politique du centre-Bretagne que Jean-Marie le Scraigne raconte, avec en filigrane les contraintes quotidiennes d'un homme qui a dû subvenir aux besoins de sa famille tout en faisant face aux aléas de l'économie: les petites exploitations rurales qui périclitent, le rude travail dans les carrières, en parallèle avec des contrats d'ouvriers agricole dans l'est de la France, les ennuis de santé de ses enfants... Sans parler, en qualité d'élu, de l'obligation de siéger dans divers conseils et organismes.

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:  63/ Jean-Marie Le Scraigne (1920-2016)

Lire aussi:

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 63/ Jean-Marie Le Scraigne (1920-2016)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 62/ Le docteur Tran

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 61/ Jean-Marie Plonéis (1934-2018)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 60/ Guillaume Bodéré

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 59/ Pierre Salaun (1907-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 58/ Guy Laurent (1940-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 56/ Pierre Cauzien (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 55/ Albert Jaouen (1909-1976)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 54/ Pierre Hervé (1913-1993)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 53/ Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier (1910-2007)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 52/ Yves Le Meur (1924-1981)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 51/ Jean Burel (1921-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 50/ Jacob Mendrès (1916-2012)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 17:00
Olga Bancic et sa fille Dolorès

Olga Bancic et sa fille Dolorès

Jeudi, 2 Avril, 2020 - L'Humanité
La dernière adresse d’Olga Bancic. Par Joseph Andras

L’écrivain Joseph Andras nous transporte dans le Paris d’Olga Bancic. Pour l’« HD », à travers « des rues qui ne sont jamais seulement des rues  », il réactive la mémoire de l’absente de l’Affiche rouge – ces 23 Francs-tireurs et partisans - Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI)  exécutés en 1944. Ici résonnent les pas d’Olga.

 

Tout d’abord, une erreur. Le poème a paru à la une de « L’Humanité » aux côtés d’un portrait d’un certain Staline ; c’était aux premiers temps de la guerre d’Algérie, un 5 mars 1955. Aragon y publiait les « Strophes pour se souvenir » de son « Roman inachevé » à venir : sept quintils en alexandrins que Léo Ferré rendra célèbres, six ans plus tard, en les chantant sous le titre « l’Affiche rouge ».

Une erreur, disais-je, et celle-ci s’énonce par cinq fois dans la dernière strophe, combien fameuse : « Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent / Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps / Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant / Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir / Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant. » Le poète rendait hommage aux résistants de la Main-d’œuvre immigrée abattus par l’occupant nazi dans une clairière de Suresnes, non loin de la forteresse du Mont-Valérien, le 21 février 1944. Mais ce furent en réalité vingt-deux partisans qui ce jour-là perdirent la vie. Le surnuméraire est une femme, et c’est parce qu’elle l’était qu’Aragon cafouilla : la Wehrmacht ne fusillait pas le sexe féminin ni les adolescents de moins de seize ans – ce vingt-troisième « frère » fut donc transférée (osons l’accord) en Allemagne pour y disparaître trois mois plus tard.

Elle s’appelait Olga – née Golda – Bancic et son sourire lui survit, à la faveur d’un cliché bien sûr jauni, sa si jeune Dolorès dans les bras. Entre villes et vallons, mon cœur ignore le doute. Mais Paris vaut peut-être un peu plus qu’une ville : les fantômes jouent des coudes en ses flancs et nous tirent par la manche. Ses rues ne sont jamais seulement des rues ; ses murs, même effondrés, maintiennent nos vieux rêves à la verticale.

Alors une rue, du quatorzième arrondissement. Montparnasse s’agite derrière moi. J’avise quelques petits commerces : une pâtisserie, un salon de coiffure, une pizzeria, des bistrots. Un pigeon longe le trottoir ; sur le ciel bleu, quelques nuages étalent leurs particules avec les doigts. Peu de bruit, peu de marcheurs, une vieille dame. Sa canne trace une ombre du même gris que sa jupe. Le dos est voûté, le cheveu blanc. Dire qu’elle marche lentement mobilise à l’évidence une phrase de trop. Elle passe devant une porte rouge. Puis devant une autre, blanche. Une plaque a été fixée en haut à droite de cette dernière, voilà bientôt sept ans, sur la façade d’un bâtiment haut de trois étages. Numéro 114. « Ici vivait / Olga Bancic / résistante F.T.P. M.O.I. / de l’Île de France / membre du groupe Manouchian / exécutée par les nazis / à Stuttgart le 10 mai 1944 / à l’âge de 32 ans / morte pour la France / et la liberté », lit-on en lettres capitales. Dans sa « Poétique de la ville », Sansot écrit quelque part que les lieux débordent, en ville, de leurs propres limites – entendre qu’il est une « topologie des abords » : un lieu en saisit d’autres, rayonne alentour. Se rendre sur les sites que l’Histoire a faits siens n’est d’aucun secours ; je le fais volontiers. Affaire, alors, de tracer en soi comme une carte qui emprunterait à Hugo sa « sombre fidélité pour les choses tombées ». Par trop solennel, ainsi dit. Une simple carte pour relier les points, tisser sans grand souci de la chronologie, esquisser par l’œil et le toucher le grand monde de celles et ceux qui n’ont su l’habiter ainsi qu’il tourne. À 900 mètres de là – autrement dit de cette plaque et de ce modeste édifice qui fait aujourd’hui face à une bijouterie et a vu Bancic aller, venir, aimer et trembler –, dormit un Trotsky correspondant de guerre, hôtel d’Odessa, à l’hiver 1914. À un kilomètre et demi séjourna Rimbaud à la veille de la Commune, dans quelque maison de faubourg démolie deux ans avant l’arrivée d’Olga Bancic en France ; à la même distance vécut Lénine, plus tard, c’était en 1910 et le poète amputé était tout froid depuis bientôt deux décennies, Lénine, donc, penché sur la rédaction de ses articles pour « l’Étoile ». À un peu plus de deux kilomètres logea Rosa Luxemburg dans une chambre meublée d’une maison particulière, en 1895, séjournant sur la capitale pour imprimer le périodique de son parti et travailler à sa thèse. Ceci dans le même arrondissement, quatorzième du nom, je l’ai dit, à quelques foulées d’une plaque et d’un nom, d’un nom pour une vie dont je retarde l’évocation pour n’avoir pas à conter sa fin. À moins, justement, qu’il ne faille la livrer sans attendre, nette, froide, blanche, puis marcher plus avant : Olga Bancic fut décapitée dans la cour nord d’une prison le jour de son anniversaire par un type nommé Riehart, un Munichois primé 60 reichsmarks par tête. Laissons le martyre aux monuments et approchons plutôt les grands yeux clairs de l’enfant d’une région qui n’est plus, la Bessarabie, et, dois-je l’avouer, ne m’évoque rien, couleurs, odeurs, regards, musiques, rien, pas le début d’une peinture ni d’un ruisseau, vraiment rien.

Ses cheveux bouclent bruns, son nez n’est pas loin d’être busqué, le visage se déplie pleinement, front haut et pommettes dont je pressens les ombres qu’elles capturent. Sur une photographie anthropométrique, elle arbore un béret et un col en fourrure – un air de Tina Modotti. « C’était une femme gracieuse, douce et gentille, pleine de charme et d’une grande beauté. (…) Elle ne manquait jamais une opération, un rendez-vous », se souviendrait Arsène Tchakarian, FTP-MOI lui aussi, dans le récit qu’il publierait en 2012. À peine adolescente, elle avait travaillé à l’usine, fait la grève, été battue ; arrêtée comme militante syndicale, elle avait trouvé refuge en France en 1938, inscrite en Lettres ; bientôt, sous le nom de Pierrette et le matricule 10011, elle fabriquerait des bombes, en planquerait dans sa poussette et transporterait sous des rutabagas le peu de flingues et de grenades que le réseau possédait.

Dans le hall de l’immeuble, auquel la porte pour partie vitrée m’empêche d’accéder, des prospectus traînent au pied des boîtes aux lettres bleues (je me souviens avoir poussé une autre porte, il y a longtemps, à six ou sept kilomètres de là, elle était tout en bois et je gravis les étages jusqu’au dernier, c’était au 1er de la rue des Immeubles-Industriels et où vécut Marcel Rajman, camarade de Bancic). Son adresse, on la retrouve à la lecture du verbatim d’un interrogatoire, en date du 16 novembre 1943 : « Je suis de nationalité roumaine et de race juive. Je suis démunie de pièce d’identité d’étranger. Je suis domiciliée 114, rue du Château à Paris 14. » Elle s’y installa au mois d’avril de la même année, sa dernière demeure donc, et faisait des ménages pour gagner son pain. La révolutionnaire serait arrêtée en possession d’une fausse carte d’identité.

La veille de sa mort, elle lança par quelque fenêtre une lettre adressée à sa fille : « Tu n’auras plus à souffrir. (…) Adieu mon amour. »

Olga sourit, oui, et Dolorès porte un épais manteau et la mémoire de l’Espagne tombée.

Sur le trottoir d’en face, un homme en bleu de travail repeint la façade d’une boutique. En vitrine, il y a un chien en bois et un masque. La vieille dame n’est plus qu’un trait bientôt un point au bout de la rue de la grande ville.

 

Lire aussi:

Olga Bancic, une héroïne de la résistance juive communiste FTP-Moi en France

Missak Manouchian, résistant mort pour la France (Guy Konopnicki, Marianne - avril 2015)

L'Affiche rouge: "Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant" (numéro spécial de L'Humanité, février 2007- Jean de Leyzieu)

Résistance : Arsène Tchakarian, à 100 ans, il est le dernier rescapé des Manouchian (Le Parisien, Lucile Métout, 25 décembre 2016)

La dernière adresse d’Olga Bancic. Par Joseph Andras (L'Humanité, Jeudi 2 avril 2020)
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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 05:00
Jean-Marie Plonéis (photo Le Télégramme)

Jean-Marie Plonéis (photo Le Télégramme)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

61/ Jean-Marie Plonéis (1934-2018): un chercheur original, spécialiste de la toponymie celtiqu

Fils d'un petit paysan de Berrien, Jean-Marie Plonéis est parti seul à 17 ans pour le Canada dans les années 50: une authentique aventure. Il a été bûcheron en Colombie-Britannique. Revenu en France, il est devenu professeur d'anglais. Résidant à Plogonnec, il était membre de la section PCF de Douarnenez.Avec un parcours atypique d'ouvrier agricole, de vagabond, de soldat, d'agent des douanes, d'étudiant, de professeur d’anglais au lycée de Douarnenez puis d'enseignant-chercheur, docteur es-Lettres. Il a écrit plusieurs livres de toponymie (éditions du félin en 1983, 1993, 1996 ) et un livre racontant son parcours avec truculence dans Le rêveur de l’Arrée en 2003. Jean Marie Plonéis était présent dans toutes nos fêtes de l’Huma Bretagne où il nous faisait partager sa passion de la toponymie. 

Longtemps, il a rédigé une chronique pour le journal des bretons de Paris Bretagne Ile de France.

Ses obsèques ont eu lieu à Carhaix en juillet 2018.

Jean-Paul Cam, pour la Fédération du Finistère du Parti Communiste.

 Hommage de Piero Rainero en 2018:
" Je connaissais Jean-Marie Plonéis depuis au moins 40 ans, j'appréciais ses réflexions et sa connaissance exceptionnelle de la linguistique celtique. Il avait été un élève très proche du chanoine Falc'hun qui dirigea sa thèse sur la toponymie dans les Monts d'Arrée.
C'était un intellectuel communiste exigeant, attentif aux autres, toujours disponible.
Lorsque nous recevions à la fédération  des responsables politiques étrangers,  de l'ANC, du Parti Communiste d'Irlande du Nord, du Sinn Fein, de Palestine, c'était lui qui assurait la traduction fort de sa maîtrise de la langue anglaise. Il l'avait perfectionnée au Canada, où il exerça entre autres le métier de bûcheron, et l'enseigna par la suite en France, avant de se consacrer  entièrement à la recherche celtique.
Jean-Marie avait vécu mille vies, mille expériences, qui avaient fait de lui une personnalité originale, attachante, curieuse de tout. J'ai eu le privilège d'être de ses amis. Assez régulièrement quand le siège de la fédération était à Quimper, il venait me voir pour échanger sur tel ou tel sujet qui le préoccupait. Il va nous manquer". 
Piero Rainero, ancien secrétaire départemental du PCF 
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 61/ Jean-Marie Plonéis (1934-2018)
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 61/ Jean-Marie Plonéis (1934-2018)
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 61/ Jean-Marie Plonéis (1934-2018)
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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

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1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 07:04
Marc Chagall et Bella en 1922

Marc Chagall et Bella en 1922

La poésie onirique et la fantaisie des tableaux de Chagall, la profonde tendresse amoureuse et nostalgique qui s'en dégage, en font un des peintres les plus aimés du grand public en France et en Europe. Peu de gens pourtant connaissent ces engagements pour la révolution communiste russe jusqu'en 1922. C'est cet épisode que nous allons explorer ici en revenant d'abord sur ses années de formation en Russie, à Vitebsk et Pétersbourg, et à Paris (1910-1914).

Marc Chagall est né sous le nom de Moyshe Segal le 7 juillet 1887 à Vitebsk, une petite ville située sur la Dvina, près de la frontière de la Lituanie, en Biélorussie. La communauté juive de Vitebsk, composée principalement de marchands, de fabricants, de petits commerçants, comptait 48 000 personnes sur une population d'environ 65 000 habitants. Elle avait survécu aux pogroms, au racisme, à la ségrégation et à la discrimination. Vitebsk était une des places fortes du judaïsme hassidique fondé en Europe centrale par Israël ben Eliezer, s'inspirant de la Kabbale. Ce mouvement devait sa grande popularité au fait qu'il s'opposait à l'intellectualisme élitiste du judaïsme talmudique. Il encourageait la communion intuitive entre les hommes et Dieu dans l'amour universel. Les Hassidim, les "pieux", aimaient chanter et danser, le cœur en extase. Cet amour et cette joie, Chagall a sans doute chercher à les communiquer à travers ses peintures. Moyshe est l'aîné de neuf ans. Le père, très pieux, est employé chez un marchand de harengs, la famille n'est pas riche et son père travaille beaucoup. Sa mère tient une petite épicerie et loue des maisons en rondins pour compléter les revenus de la famille. Moyshe Segal - Marc Chagall est adoré par sa mère et ses sœurs. Il dira plus tard: "Si je peins, c'est parce que je me souviens de ma mère, de ses seins qui m'ont nourri avec chaleur, m'ont exalté, et je suis prêt à décrocher la lune". Le jeune Chagall était aussi très attaché à son oncle Neuch, qui jouait du violon assis en tailleur sur le toit pour se détendre après des journées passées à acheter du bétail aux paysans de la région. Comme la plupart des autres garçons juifs, Chagall fut d'abord scolarisé à la Héder (école primaire traditionnelle juive) où il étudia l'hébreu et la bible. Les juifs n'avaient pas le droit de fréquenter les écoles publiques russes. Toutefois, lorsqu'il atteignit l'âge de treize ans, sa mère parvint à le faire inscrire à l'école communale en donnant au directeur un généreux pot-de-vin de cinquante roubles, somme non négligeable à l'époque. Là, son fils étudia le russe et endossa un uniforme semi-militaire, comme tous les autres écoliers russes. Il y passa six ans et s'intéressa vivement à la géométrie.   

Au sortir de l'école, intéressé par l'art, Chagall va prendre des cours dans une école d'art pendant deux mois avec un artiste académique local de Vitebsk, Jehuda Pen. Parallèlement, il travaille comme apprenti retoucheur pour un photographe. Durant cette période, il noue aussi une profonde amitié avec un camarade, Victor Mekler, fils d'une riche famille juive. Tous deux décident de quitter Vitebsk pour suivre les cours d'écoles d'art à Saint-Pétersbourg. A cette époque, une telle démarche n'était pas une mince affaire car les juifs ne pouvaient résider en ville sans une autorisation spéciale. On ne délivrait de permis qu'aux artisans et aux universitaires pouvant attester d'un emploi stable, ainsi qu'aux commis des marchands de la région. Finalement, un commerçant que son père connaissait procura au jeune homme un permis l'autorisant à aller chercher des marchandises dans la capitale. Chagall et Mekler partirent pour Saint-Pétersbourg durant l'hiver 1906/1907.

Chagall a vingt ans quand il arrive à Pétersbourg. C'est un beau jeune homme énergique et ambitieux. On est peu après la révolution de 1905 qui avait entraîné plusieurs pogromes. Dans ce contexte de discrimination vis-à-vis des juifs, interdits d'école et d'université, limités dans leur droit à la circulation, Chagall n'a pas beaucoup d'atout pour se faire une place comme artiste, d'autant qu'il n'a que 27 roubles en poche que lui a donné son père. Il va survivre en travaillant à nouveau comme retoucheur chez un photographe, en échange du couvert. Il dira plus tard: "Mes moyens ne me permettaient pas de louer une chambre. Je n'avais même pas un lit pour moi tout seul. Il fallait le partager avec un ouvrier". Plus tard encore, il loua une chambre, séparée au milieu par un drap derrière lequel son colocataire, un ivrogne, menaça une nuit sa femme au couteau. Toutefois, il n'eut pas à subir cette indigence trop longtemps: il s'adressa au sculpteur I.S. Guinsbourg, ancien élève du célèbre sculpteur académique Antokolsky et ami de Léon Tolstoï et de Maxime Gorki. Issu d'une célèbre famille de banquiers, Guinsbourg le présenta à son frère, le baron David Guinsbourg. Celui-ci lui accorda une rente mensuelle de dix roubles, un arrangement qui dura près de six mois. Chagall devient en même temps peintre d'enseignes pour avoir un permis de travail qui lui permette de rester à Saint-Pétersbourg et de faire de temps en temps l'aller retour pour Vitebsk afin de voir sa famille. Il est présenté à plusieurs mécènes dans de riches familles juives mais il ne se sent pas à l'aise dans ses salons. Un des mécènes, Goldberg, l'héberge avec un statut officiel de domestique, lui permettant de loger chez lui. Chagall est recalé au concours de l’École des arts et métiers mais il réussit à intégrer l'école de la Société impériale pour la protection des Beaux-Arts dirigé par le peintre Nicolas Roerich.

Le séjour de Chagall à Saint-Pétersbourg est ponctué par de nombreux voyages à Vitebsk. C'est au cours de l'un de ces voyages que son ami Victok Mekler lui présenta Théa Brachmann, qui étudiait à Saint-Pétersbourg et qui, plus tard, devait poser régulièrement pour lui. En octobre 1909, il rencontra chez elle Bella Rosenfeld, sa future femme. Dans "Ma vie", Chagall décrit cette première rencontre avec la femme de sa vie: 

"Son silence est le mien. Ses yeux, les miens. C'est comme si elle me connaissait depuis longtemps, comme si elle savait tout de mon enfance, de mon présent, de mon avenir; comme si elle veillait sur moi, me devinait du plus près, bien que je la voie pour la première fois. Je sentis que c'était elle ma femme. Son teint pâle, ses yeux. Comme ils sont grands, ronds et noirs. Ce sont mes yeux, mon âme."

Comme les parents de Chagall, ceux de Bella sont très religieux. Ils font partie des familles les plus riches de Vitebsk, possèdent plusieurs bijouteries. Bella, qui aimait passionnément le théâtre, était une étudiante brillante qui fréquentait l'école supérieure de jeunes filles à Moscou. A Saint-Pétersbourg, Chagall va suivre les cours de l'école Zvanseva, influencée par l'Art Nouveau, avec le peintre Léon Bakst, connu pour ses décors de théâtre et ses costumes réalisés pour le Ballet russe, fondateur avec Alexandre Benois et Serge Diaghilev du groupe avant-gardiste "Mir Iskousstva" (Le Monde de l'Art).  A cette époque, Chagall peint une cinquantaine d’œuvres inspirées souvent par le folklore juif et ses souvenirs de Vitebsk. Il en vend peu, rêve de ce rendre à Paris, la capitale de l'art et de la culture à l'époque. 

Max Vinaver, collectionneur de tableaux et mécène, va l'aider dans ce projet, et Chagall va passer quatre ans à Paris de 1910 à 1914, où il retrouve son ancien camarade et ami Victor Mekler. Dans un premier temps, il aménage dans un atelier au n)18 impasse du Maine (aujourd'hui impasse Bourdelle) qu'il loue au peintre Ehrenbourg, un parent du célèbre écrivain russe Ilia Ehrenbourg, futur cadre bolchevique. C'est à Paris que Chagall peint ses plus belles toiles "russes", sous l'influence de la nostalgie, mais surtout des grandes œuvres qu'il peut voir au Louvre, dans les salons et les galeries. Les cubistes et les fauves exercent une influence sur sa peinture. Au cours de l'hiver 1910/1911, Chagall emménage à La Ruche, au 2, passage Dantzig, à proximité des abattoirs de la rue Vaugirard, un ensemble de 150 ateliers d'accès bon marché accueillant des peintres, des poètes et écrivains du monde: Chagall y côtoie Fernand Léger, Modigliani, Chaïm Soutine, Cendrars, André Salmon, etc. A cette époque, La Ruche compta même parmi ses locataires un certain Vladimir Ilitch Oulianov, Lénine. 

Chagall devient très ami avec l'écrivain Blaise Cendrars, qui parle russe. Cendrars lui trouve des titres pour certaines de ses œuvres, lui dédie des poèmes comme "Portrait" et "L'Atelier": 

Portrait

Il dort

Il est éveillé

Tout à coup, il peint

Il prend une église et peint avec une église

Il prend une vache et peint avec une vache

Avec une sardine

Avec des têtes, des mains, des couteaux

Il peint avec un nerf de bœuf

Il peint avec toutes les sales passions d’une petite ville juive

Avec toute la sexualité exacerbée de la province russe

Pour la France

Sans sensualité

Il peint avec ses cuisses

Il a les yeux au cul

Et c’est tout à coup votre portrait

C’est toi lecteur

C’est moi

C’est lui

C’est sa fiancée

C’est l’épicier du coin

La vachère

La sage-femme

Il y a des baquets de sang

On y lave les nouveaux-nés

Des ciels de folie

Bouches de modernité

La Tour en tire-bouchon

Des mains

Le Christ

Le Christ c’est lui

Il a passé son enfance sur la croix

Il se suicide tous les jours

Tout à coup, il ne peint plus

Il était éveillé

Il dort maintenant

Il s’étrangle avec sa cravate

Chagall est étonné de vivre encore

In Dix-neuf poèmes élastiques, Blaise Cendrars

 

Atelier, Blaise Cendrars, octobre 1913

La Ruche

Escaliers, portes, escaliers

Et sa porte s'ouvre comme un journal

Couverte de cartes de visite

Puis elle se ferme.

Désordre, on est en plein désordre

Des photographies de
Léger, des photographies de

Tobeen, qu'on ne voit pas
Et au dos

Au dos

Des œuvres frénétiques

Esquisses, dessins, des oeuvres frénétiques

Et des tableaux...

Bouteilles vides

Nous garantissons la pureté absolue de notre sauce

tomate-Dit une étiquette
La fenêtre est un almanach
Quand les grues gigantesques des éclairs vident les

péniches du ciel à grand fracas et déversent des bannes

de tonnerre
Il en tombe
Pêle-mêle

Des cosaques le
Christ un soleil en décomposition

Des toits

Des somnambules des chèvres

Un lycanthrope

Pétrus
Borel

La folie l'hiver

Un génie fendu comme une pêche

Lautréamont

Chagall

Pauvre gosse auprès de ma femme

Délectation morose

Les souliers sont éculés

Une vieille marmite pleine de-chocolat.

Une lampe qui se dédouble

Et mon ivresse quand je lui rends visite

Des bouteilles, vides "

Des bouteilles

Zina

(Nous avons parlé d'elle)

Chagall

Chagall

Dans les échelles de la lumière

 

Chagall dédie aussi des tableaux à Apollinaire, fait des portraits de lui, illustre ses poèmes. Apollinaire, de son vrai nom Wilhelm Apollinaris de Kostrwitsky, fils illégitime d'une noble polonaise et d'un officier italien, qui en retour lui dédiera aussi un très beau poème au printemps 1914, "Rotsoge": 

 

À travers l’Europe
Guillaume Apollinaire

A M. Ch.

Rotsoge
Ton visage écarlate ton biplan transformable en
hydroplan
Ta maison ronde où il nage un hareng saur
Il me faut la clef des paupières
Heureusement que nous avons vu M Panado
Et nous somme tranquille de ce côté-là
Qu’est-ce que tu vois mon vieux M.D…
90 ou 324 un homme en l’air un veau qui regarde à
travers le ventre de sa mère

J’ai cherché longtemps sur les routes
Tant d’yeux sont clos au bord des routes
Le vent fait pleurer les saussaies
Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre
Regarde mais regarde donc
Le vieux se lave les pieds dans la cuvette
Una volta ho inteso dire chè vuoi
je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances

Et toi tu me montres un violet
épouvantable
Ce petit tableau où il y a une voiture
m’a rappelé le jour
Un jour fait de morceaux mauves
jaunes bleus verts et rouges
Où je m’en allais à la campagne
avec une charmante cheminée
tenant sa chienne en laisse
Il n’y en a plus tu n’as plus ton petit
mirliton
La cheminée fume loin de moi des
cigarettes russes
La chienne aboie contre les lilas
La veilleuse est consumée
Sur la robe on chu des pétales
Deux anneaux près des sandales
Au soleil se sont allumés
Mais tes cheveux sont le trolley
À travers l’Europe vêtue de petits
feux multicolores

Guillaume Apollinaire, Ondes, Calligrammes 1918

 

  Le travail de Chagall, même influencé par les Fauves, le cubisme, l'orphisme de Robert Delaunay, était d'abord poétique et imprégné dans profond sens de l'humour, il n'est pas étonnant que son talent ait d'abord été reconnu par des peintres et des écrivains. Pendant la dernière année qu'il passa à Paris, tout en continuant à peindre des scènes de la vie de Vitebsk marquées par la poésie de l'enfance, le folklore juif et russe et une forme de surréalisme avant l'heure, Chagall se met aussi à représenter des vues parisiennes, notamment le chef d’œuvre "Paris à travers ma fenêtre" de 1913 qui nous montre la Tour Eiffel, un parachutiste, un métro renversé, un chat à tête d'homme et deux promeneurs à l'horizontale devant la silhouette de la vie. Au premier plan, une tête de Janus, un visage jette un regard nostalgique sur Vitebsk, l'autre dirige son regard sur Paris. Pendant tout son séjour à Paris, Chagall ne cesse de penser à Bella, qui lui manque cruellement. Pour pouvoir se rapprocher d'elle, il accepte une invitation de Herwarth Walden à Berlin pour y exposer ses œuvres.  Il y arrive en mai 1914, et expose quarante toiles et cent gouaches dans les bureaux de la rédaction de "Der Sturm", organe de l'avant-garde le plus important d'Allemagne avec lequel travaille notamment Vassili Kandinsky. Quelques semaines plus tard, la Première guerre mondiale éclate et la frontière russe s'est refermé hermétiquement sur Chagall qui était revenu à Vitebsk à la mi juin 1914.  

Après quatre années éblouissantes à Paris, où son art s'était révélé, Chagall était de retour dans sa ville natale. Bella venait de rentrer de Moscou où elle avait étudié l'art dramatique avec le metteur en scène Kostantin Stanislavsky. Les lettres qu'ils avaient échangé tout au long de leur séparation s'étaient peu à peu limitées à de simples compte rendus factuels. Mais Bella retrouva avec plaisir Marc Chagall et le rejoignit très souvent dans son petit atelier où il peint une soixantaine de tableaux entre 1914 et 1915, sur du carton et du papier parfois, par manque de toiles. Les Rosenfeld n'étaient pas très enthousiastes à l'idée de voir leur fille épouser un peintre issu d'une famille pauvre. Malgré leur forte opposition, le couple se maria en juillet 1915. Tandis que la guerre se rapprochait sans cesse de Vitebsk, Chagall entreprit vainement des démarches pour retourner à Paris. Il fut mobilisé mais son beau-frère Jacov Rosenfeld lui permit de trouver un poste relativement protégé au Bureau d'écononomie de guerre qu'il dirigeait à Saint-Péterbourg. Là-bas, Chagall se lia d'amitié avec Vladimir Maïakovsky, Alexandre Blok, Sergeï Essénine, Boris Pasternak. Sa production pendant la guerre est d'une grande qualité. 

Au printemps 1916, Bella mit au monde leur premier enfant, Ida. 

Marc Chagall et Bella Rosenfeld en 1910

Marc Chagall et Bella Rosenfeld en 1910

La Noce, Marc Chagall, 1910 - au musée Georges Pompidou

La Noce, Marc Chagall, 1910 - au musée Georges Pompidou

"Dédié à ma fiancée", Marc Chagall - 1911 - Intitulé au départ "l'âne et la femme": un tableau qui fit scandale quand il fut exposé au salon des indépendants en mars 1912 car on considéra qu'il était pornographique

"Dédié à ma fiancée", Marc Chagall - 1911 - Intitulé au départ "l'âne et la femme": un tableau qui fit scandale quand il fut exposé au salon des indépendants en mars 1912 car on considéra qu'il était pornographique

Hommage à Apollinaire, Marc Chagall - 1911/1912: un des tableaux les plus grands jamais peints par Chagall (2 m sur 2 m environ), dédié non seulement à Apollinaire, mais aussi à Herwarth Walden, Blaise Cendrars et Ricciotto Canudo. Les deux personnages de ce tableau influencé par le cubisme font penser à Adam et Eve. Tableau ésotorique avec une foule de symboles qui est exposé à Eindhoven au Pays-Bas

Hommage à Apollinaire, Marc Chagall - 1911/1912: un des tableaux les plus grands jamais peints par Chagall (2 m sur 2 m environ), dédié non seulement à Apollinaire, mais aussi à Herwarth Walden, Blaise Cendrars et Ricciotto Canudo. Les deux personnages de ce tableau influencé par le cubisme font penser à Adam et Eve. Tableau ésotorique avec une foule de symboles qui est exposé à Eindhoven au Pays-Bas

"Moi et le village", Marc Chagall à Paris - 1911: le titre est de son ami Blaise Cendrars

"Moi et le village", Marc Chagall à Paris - 1911: le titre est de son ami Blaise Cendrars

Paris à travers ma fenêtre - 1913

Paris à travers ma fenêtre - 1913

"Auto-portrait aux sept doigts" - 1913-1914

"Auto-portrait aux sept doigts" - 1913-1914

Chagall, "Au-dessus de la ville", tableau peint en Russie pendant la Guerre 14-18, à la galerie Tretiakov de Moscou

Chagall, "Au-dessus de la ville", tableau peint en Russie pendant la Guerre 14-18, à la galerie Tretiakov de Moscou

Février, puis octobre 1917.

Chagall accueille avec joie la révolution qui apporte la fin de la ségrégation. Les contraintes concernant les déplacements en ville pour les juifs sont supprimés, ils sont autorisés à fréquenter des établissements supérieurs. Comme lui, de nombreux artistes, écrivains, intellectuels juifs, sympathisent avec les bolcheviques.

A trente ans, Chagall était déjà un peintre connu. La révolution voulait promouvoir de nouvelles formes d'art, d'avant-garde, dans la peinture, la musique, la poésie. Les suprématistes et les constructivistes, menés respectivement par Casimir Malévitch et Vladimir Tatline, entamèrent un long duel pour imposer leurs concepts. Parmi les artistes qui participèrent activement à la révolution se trouvait également El Lissitzky, qui était encore à cette époque un peintre figuratif et illustrait des livres yiddish ainsi que la "Pessah-Haggadah". Anatole Lounatcharsky, de retour de son exil à Paris, fut nommé par les bolchéviques Commissaire du peuple à l'éducation et à la culture. Chagall étant considéré comme un artiste d'avant-garde, Lounatcharsky songea à lui confier la direction des beaux-arts. Maïakovsky s'occuperait de la poésie et Meyerhold du théâtre. Mais Bella dissuada son mari de s'engager à ce point dans la Révolution et le couple rentra à Vitebsk où il s'installa confortablement dans la grande demeure des Rosenfeld au cours du premier hiver de la révolution.

Mais Chagall avait envie de s'engager socialement et artistiquement pour le renouveau culturel engagé par la révolution bolchevique. En 1918, il envoie à Lounatcharsky un projet pour monter une école des beaux-arts à Vitebsk. Enthousiasmé, celui-ci l'invite à venir en discuter avec lui dans son bureau du Kremlin. Le 12 septembre 1918, Chagall est nommé officiellement commissaire aux Beaux-Arts à Vitebsk, responsable des musées, expositions, écoles d'art, conférences et toute autre manifestation artistique. Entre septembre 1918 et mai 1920, il s'impliqua corps et âme dans son nouveau travail, harcelant les autorités pour avoir des fonds pour financer ses ambitieux projets: son école d'art invite les plus grands maîtres de l'avant-garde à enseigner à Vitebsk, comme Malevitch et El Lissitzky, mes aussi des artistes désormais plus académiques comme l'ancien professeur de Chagall, Jehouda Pen et son ami Victor Mekler. C'est Chagall qui organisa les festivités artistiques pour le premier anniversaire de la révolution bolchevique à Vitebsk, voulant faire descendre l'art dans la rue. 

En 1919, l'Académie de Vitebsk connaît une révolution de Palais comme Malévitch s'oppose vivement aux conceptions de l'art véhiculées par Chagall, suivi par Lissitsky, qui commençait lui aussi à tourner le dos à la figuration. Bientôt tout le corps enseignant de l'Académie Libre de Vitebsk se déchira à grand renfort de débats houleux sur les questions esthétiques. 

En 1919 toujours, Chagall participe à la "Première exposition officielle d'art révolutionnaire" organisée au Palais d'hiver de Pétrograd. Elle rassemble 3000 œuvres de 359 artistes et Chagall y occupe une place d'honneur, les deux premières salles du Palais lui étant entièrement consacrées. Le gouvernement lui achète douze tableaux pour les collections d’État. Chagall va à Moscou pour réclamer d'autres fonds pour la culture à Vitebsk à Anatoly Lounatcharsky. Sur le chemin, il constate les désastres de la guerre civile. En rentrant à Vitebsk, il découvre avec horreur que l'enseigne de l'"Académie libre de Vitebsk" a été remplacée par une autre, annonçant l'"Académie suprématiste". Durant son absence, Malevitch et ses partisans avaient pris le pouvoir et limogé des professeurs qui ne revendiquaient pas le parti pris de l'art géométrique et abstrait. Chagall se sentit poignardé dans le dos et démissionna, repartant à Moscou dans un train à bestiaux, et ne revenant à Vitebsk que fin 1919. Son père meurt à ce moment là. En mai 1920, Chagall, Bella et leur fille Ida s'installent à Moscou tandis que Malevitch devient le nouveau directeur de l'Académie de Vitebsk, qui devient l'"École de l'art nouveau".    

Chagall va réaliser des décors de théâtre à Moscou, notamment pour le "Théâtre juif Kamerny", un théâtre de 90 places. A Moscou, en 1920, avec la guerre civile, la famine, la vie devenait de plus en plus difficile, et la possibilité de développer un art créatif et libre de plus en plus compromise avec les difficultés de la guerre et le durcissement du régime en période de guerre. Le directeur du théâtre juif n'avait plus d'argent pour payer ses cachets. Chagall emménagea avec sa famille à Malakhovka, une petite ville dans les environs de Moscou, moins chère que Moscou. Il enseigna le dessin aux orphelins de guerre de Malakhovka. Les enfants adoraient le camarade Chagall et celui-ci le leur rendait bien, s'inspirant de leurs dessins naïfs. Chagall passa 1921 et le début de l'année 1922 dans des conditions précaires matériellement. Plusieurs artistes, y compris partisans du communisme, commençaient à émigrer, devant les difficultés de la vie en Russie en cette époque, comme Lissitsky, à Berlin. Chagall écrivait son auto-biographie "Ma vie" tout en préparant un départ en Europe. A Berlin, on lui écrivait que ses tableaux se vendaient très bien. Finalement, Chagall parvint à obtenir un visa et un passeport grâce à l'aide de son ami le commissaire du peuple Lounatcharsky et à quitter son pays, "non pour des raisons politiques", comme il tint à le préciser, "mais pour des motifs purement personnels". Il quitta seul la Russie, d'abord pour Berlin. Bella et Ida devaient le rejoindre plus tard.  Puis à l'été 1923, ils se retrouvèrent tous à Paris où Chagall et Bella vécurent jusqu'en 1941, devenant une des influences et un modèle  du mouvement surréaliste, mais, même si Breton l'invita officiellement à rejoindre le mouvement surréaliste, Chagall se méfiait du sectarisme de l'avant-garde depuis l'épisode Malevitch et Lissitsky à Vitebsk, et déclina l'invitation.    

 

Sources:

Chagall 1887-1985, Jacob Baal Teshuva, Taschen, 2003

Marc Chagall les Années russes, 1907-1922 - Musée d'art moderne de la ville de Paris

 

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Introduction au théâtre juif, 1920 - Moscou, Galerie Tretiakov

Introduction au théâtre juif, 1920 - Moscou, Galerie Tretiakov

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 06:06
Germinal de Brest, organe régional communiste sous le contrôle de la SFIC - 1er numéro, 5 février 1921

Le comité de rédaction et d'administration du journal hebdomadaire de 4 pages "Germinal de Brest", journal communiste du Finistère en 1921 et 1922, jusqu'à ce que La Bretagne communiste prenne la suite de 1923 à 1926, est situé - ça ne s'invente pas - 26 rue Emile Zola à Brest.

Le journal est vendu 20 centimes au numéro, 6 francs pour un abonnement de 6 mois, paraît le samedi 5 février 1921.

Une centaine de numéros de "Germinal de Brest" sont accessibles sur le site des Archives Départementales du Finistère

http://mnesys-portail.archives-finistere.fr/

Le 1er numéro du journal "Germinal de Brest", "Organe régional communiste, sous le contrôle de la fédération socialiste du Finistère" (SFIC), sous le contrôle des majoritaires du Congrès de Tours, les partisans de la IIIe Internationale, revient sur les suites du Congrès de Tours et la "trahison" de certains élus et notables de la SFIO qui n'ont pas voulu se plier aux décisions de Congrès:

Jean Le Tréis, secrétaire fédéral, dénonce, avec une certaine violence, la rébellion des élus et des militants qui n'ont pas suivi la ligne majoritaire, en France comme dans le Finistère :

"Au Congrès de Tours:

3.208 mandats se sont prononcés pour la IIIe Internationale

1.022 mandats sont allés à la motion Longuet-Paul Faure, dite des reconstructeurs.

Chose inouïe, les 1.022 mandats ont la prétention d'obliger les 3.208 mandats à s'incliner devant leur volonté! 

Une poignée de factieux voudraient à l'immense majorité des militants, imposer la loi du silence et de la soumission!

C'est un peu fort!

Jaurès sacrifia tout à l'unité. Et les scissionnistes osent se réclamer de Jaurès! Ils prétendent continuer le Parti, eux qui viennent de le quitter, eux qui abandonnent la lutte au plus fort de l'action!

En vérité, nous assistons à une simple rébellion d'élus.

Parmi ceux qui les ont suivis, il y a des enuques, de ceux-là nous ne nous intéressons pas, demain ils crieront aussi bien "vive le roi" si les seigneurs et maîtres leur en donnaient l'exemple, mais il y a aussi des camarades abusés ou ignoblement trompés. A ceux-là, nous adressons un pressant appel. Que diable, eux qui ne connaissent ni Dieu ni maître, ne pourront longtemps consentir à servir des individus, traîtres au Parti, qui du jour où les gueux en ont fait des élus se sont crus des surhommes!

Travailleurs, faites comprendre aux félons, aux "insurgés" que vous ne sauriez être des suiveurs; que, militants disciplinés, vous entendez que les élus se soumettent au désir nettement exprimé par la majorité ou se démettent! (...)

Travailleurs, vous ne sauriez suivre les dissidents"...

J. Le Tréis

Les élus socialistes qui ne reconnaissent pas la ligne majoritaire du Parti et l'adhésion à la IIIe Internationale sont vilipendés par un rédacteur sous le pseudonyme "Prolo":

" 53 députés que nous avons arrachés à l'ombre ne sont pas de cet avis. Grand bien leur fasse. Les hommes passent, les idées restent. La Roche Tarpéienne est près du Capitole. Tombés du pinacle où nous les avons hissés, ils s'en apercevront demain; mais demain, il sera trop tard".

Jean Le Tréis annonce aussi la convocation d'un congrès de la SFIC du Finistère le 29 février 1921 à la Mairie de Quimper. Son annonce laisse entendre le profond état de désorganisation de la maison socialiste devenue communiste et ralliée à la IIIe Internationale, avec la désaffection de nombre de militants et de cadres dans le Finistère: "Dans les localités où le bureau a déserté le devoir socialiste, et où la section n'a pas encore été reconstituée, il appartiendra à un camarade de convoquer d'urgence les militants fidèles au parti afin de désigner un délégué au Congrès Fédéral... L'importance de l'ordre du jour n'échappera à personne. Ce sera la première fois depuis la scission que les militants socialistes du Finistère se retrouveront. Leurs rangs seront quelque peu éclaircis mais leur force combative n'aura rien perdu de sa valeur. L'idéal qui les inspirait hier les anime aujourd'hui. La trahison de certains ne leur feront que plus en concevoir la beauté et ne leur rendra que plus cher".

L'article de fond de la Une du premier numéro du journal Germinal de Brest éclaire les enjeux de ce qui s'est joué au Congrès de Tours: la rupture avec le parlementarisme électoraliste et opportuniste, le retour à Marx et à la lutte des classes, mais surtout l'adaptation du parti, de ses méthodes et de ses pratiques, à la nouvelle situation post-guerre de crise révolutionnaire mondiale:

"Le Congrès de Tours marquera une date historique dans la vie longue déjà et glorieuse du socialisme en France. S'il restaure parmi nous les conceptions traditionnelles de Marx et Engels, les doctrines jadis consacrées et trop souvent désertées dans la pratique, il adapte en même temps aux nécessités des temps nouveaux, aux obligations impérieuses que nous assigne la crise révolutionnaire mondiale, les méthodes de préparation et d'action qui doivent désormais prévaloir.

En face du régime capitaliste, qui croule politiquement, économiquement et socialement, notre discipline devait se resserrer, la rupture s'affirmer avec tout ce qui représente les classes déclinantes, la lutte des classes proclamée dans toute son ampleur.

Tel est le sens de l'adhésion du socialisme français à cette Internationale communiste qui a relevé le véritable drapeau de l'Internationale des travailleurs, et la majorité des trois quart des suffrages exprimés à Tours donne à cette adhésion sa valeur de souveraine puissance" (...) 

" C'est la France salariée, la France en révolte contre le régime capitaliste, régime de guerre et de faillite, régime de rapine, d'exploitation et de servitude, c'est cette France militante qui est avec nous: c'est elle qui défendra demain, de concert avec toutes les Sections de l'Internationale communiste, la paix, le droit des peuples et la révolution menacées par les impérialistes masquant leurs intérêts de classe derrière la défense nationale.

L’œuvre qui s'impose à notre Parti est énorme; elle ne nous effraie pas. Le vieux monde s'écroule devant l'esprit des temps nouveaux. La révolution qui s'annonce, qui est né en Russie et qui gagnera de proche en proche tous les États et tous les continents, trouvera des millions et des millions d'artisans sévères... Le régime bourgeois chancèle sur ses bases au lendemain de la plus cruelle des guerres; nous lui porterons seulement le dernier coup.

Prolétaires, Paysans et Ouvriers ! 

Vos devoirs s'accroissent dans la mesure où les temps s'avancent. Vous ne vous laisserez séduire ni par ceux qui veulent trouver dans le parlementarisme exclusif, dans l'abandon des principes socialistes, dans la collusion avec l'adversaire capitaliste, des avantages illusoires, des transactions mortelles pour la révolution, ni par ceux qui cherchent leur voie à tâtons sans jamais se résoudre et qui, inconsciemment, paralysent l’œuvre d'affranchissement.

Vous tous, vieux militants de notre Parti, qui l'avez servi par votre dévouement, jeunes hommes soulevés par le cyclone de la guerre et qui affinez dans nos rangs, vous viendrez à nous pour consommer l’œuvre commencée.

Que notre parti soit grand! Que notre parti soit fort et discipliné, maître à la fois de ses militants et de ses élus! Que dans l'Internationale, relevée à l'ombre de la première des grandes révolutions sociales, il soit digne de son passé, digne de Babeuf, digne des hommes de Juin 1848, digne de la Commune, digne de Jaurès, digne de l'avenir glorieux qui s'offre à nous!".    

 

***

On trouve encore dans ce 1er numéro de "Germinal de Brest" un billet sur les politiciens insincères qui portent des masques, signé Paul Gema, un billet pour dénoncer la révocation des instituteurs progressistes du Syndicat de l'enseignement comme Marie Guillot par le gouvernement réactionnaire, un article dégoûté sur la "Vie socialiste" des Renaudel et Albert Thomas, artisans de l'Union sacrée, un billet contre le "Cri du peuple", journal socialiste réformiste du Finistère, une félicitation au camarade ex-communard Camelinat qui est parvenu à garder l'Humanité dont le giron du Parti légitime sur l'option majoritaire d'adhésion à la IIIe Internationale, malgré les manœuvres de Blum et Renaudel. Charles Moigne, co-secrétaire fédéral de la SFIC Finistère avec Jean Le Tréis annonce la naissance d'une rubrique, "Contre le militarisme" avec un camarade poète José Lecomte, ancien poilu, qui analysera les horreurs des conseils de guerre et des bagnes d'Afrique. 

Une rubrique sur la vie fédérale annonce la réorganisation de la section de Brest, où beaucoup d'élus ont refusé l'adhésion à la IIIe Internationale. Le nouveau bureau fidèle aux décisions du Congrès de Tours se composent de Le Meur, secrétaire de section, Le Rubrus, secrétaire adjoint, Berthou, trésorier, H. Nardon, Jean Le Tréis, Guiban, Uguen, Goaran, Charles Moigne, Lavenant, Coadic et Vibert. "De vieux militants révolutionnaires, dégoûtés jusqu'ici de la cuisine électorale; de nouveaux adhérents, syndicalistes minoritaires, et mutilés de guerre, sont venus grossir nos rangs. Détail caractéristique! Notre réunion avait lieu à la Mairie, au même endroit que celle du groupe des dissidents. Notre salle était pleine! Chez eux, une "poignée" d'hommes se trouvait disséminée dans la grande salle des conférences. Signe des temps! Présage de mort pour le socialisme d'ambition des "égarés" et des "appétits" qui suivent les politiciens opportunistes".  

On annonce aussi le bureau de la section SFIC de Douarnenez avec Sébastien Vely, premier maire communiste du Finistère, et un des tous premiers de France. Des manœuvres d'un militant socialiste hostile à l'adhésion à la IIIe Internationale à Bodilis sont dénoncés, la section de La Feuillée est mise en avant.  Le journal dénonce aussi, par l'intermédiaire d'un communiqué des marins pêcheurs S.F.I.C de Pouldavid (nord-Finistère)  l'augmentation des versements réclamés aux marins-pêcheurs pour la caisse de prévoyance et d'assurance invalidité, au lieu de demander aux "profiteurs de guerre" de participer à l'effort de solidarité nationale. "Germinal" fait aussi une place à l'expression des anciens combattants (UNC - Union nationale des Anciens combattants), notamment pour la réhabilitation des "fusillés".  Francis Le Floch témoigne sur l'horreur des bagnes militaires.  Louis Le Trocquer, marin originaire de Plouha, qui s'est battu dans les Dardanelles, militant socialiste dans l'Eure, puis à Brest, secrétaire de la bourse du travail de Brest, qui sera exclu de la SFIC et de la CGTU en novembre 1921 pour avoir donné des informations à la presse bourgeoise après avoir été candidat communiste en 1921 aux élections municipales de Lambézellec (Finistère), signe deux fois: un article de la rubrique "Tribune syndicaliste" sur la division syndicale, et une citation à tendance athée de Schopenhauer. Les paroles de "La Jeune garde" sont reprises en page 4, un long article d'Alain Coste informe sur les poursuites contre les instituteurs syndiqués en page 4 là encore.  

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