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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 15:52
Marc Scouarnec (photo article du Maitron en ligne - Claude Pelletier)

Marc Scouarnec (photo article du Maitron en ligne - Claude Pelletier)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

84/ Marc Scouarnec (1894-1968)

Source: Article du Maitron en ligne - Claude Pelletier

Né le 18 février 1894 au Guilvinec (Finistère), mort le 29 février 1968 au Guilvinec ; marin-pêcheur puis patron-pêcheur ; militant syndicaliste CGTU ; militant communiste ; maire du Guilvinec de 1935-1939, 1944-1963.

Fils d’un marin-pêcheur et d’une ménagère, Marc Scouarnec, déclarait en 1933 : « Je parle le breton mais pas bien le français ». Il avait fréquenté l’école des Sœurs de quatre à sept ans puis l’école communale de sept à onze ans. Son épouse, Maria Pouzennec, était ménagère et vendeuse de broderie en été.

Il fut mobilisé de 1914 à 1919 dans la Marine nationale.

Mousse en 1905, marin-pêcheur, puis patron-pêcheur, il touchait une pension de guerre comme invalide 15% et disait gagner, en 1933, 1500 F en cinq mois (soit l’équivalent du salaire mensuel d’un ouvrier professionnel parisien). Il entra au conseil municipal du Guilvinec le 30 novembre 1919 comme socialiste et y resta jusqu’au 3 mai 1925. Après le congrès de Tours, il refusa de choisir et resta hors du Parti communiste jusqu’en février 1929, date à laquelle il créa une cellule de cinq membres. En fait, depuis quelque temps il était très proche du Parti communiste mais ne se trouvait « pas assez éduqué pour adhérer » ; en 1928 sa décision était prise mais on lui demanda de rendre son adhésion publique lorsqu’il aurait regroupé quelques camarades pour une entrée collective au Parti communiste. Il avait commencé à lire régulièrement l’Humanité en 1926. Scouarnec avait cependant formé une liste du BOP pour les élections municipales de 1925 et celles de 1929. Le Parti communiste le présenta aux élections cantonales de 1931 et le délégua à la conférence nationale de 1930, salle Bellevilloise.

La commission des cadres lui avait demandé de faire son autobiographie en juin 1933. L’évaluateur nota le contraste entre la biographie « pas mal rédigée » et ses affirmations sur la grave « faiblesse de sa mémoire » et son manque de culture politique. Il disait d’ailleurs qu’il avait lu, entre autre, un résumé du Capital, des œuvres de Lénine (dont l’Etat et la Révolution). La commission des cadres concluait : « Bonne bio. Camarade souvent cité dans les autres bios comme militant actif. »

Membre de la CGTU depuis 1923, secrétaire du syndicat CGTU des marins-pêcheurs de Guilvinec depuis octobre 1924, il fit paraître plusieurs articles dans la presse. En 1926, il organisa une grève de solidarité avec les ouvriers et ouvrières de la sardine. En janvier 1927, il devint administrateur de la coopérative « Les Dentelles et broderies bretonnes ». Président du comité de grève en 1927, il fut envoyé par Charles Tillon à Quiberon pour animer le mouvement. Marc Scouarnec prit part à la conférence de la CGTU qui, en mars 1930, se tint à Douarnenez. Il fut permanent de la Fédération des marins d’avril à novembre 1930 mais n’étant pas payé régulièrement, il dut reprendre son travail. La CGTU lui confia un temps le secrétariat intérimaire de la 16e Union régionale unitaire. Il écrivit dans Le Cri des marins et La République ouvrière et paysanne.

En janvier 1931, dans une de ces réunions « publiques et contradictoires » ¬ où parlaient les réformistes Beaugrain et Leguen, Scouarnec, sûr d’être compris de son auditoire de marins-pêcheurs, tous très bretonnants, parla en breton et en français. Le Breton Socialiste parla de cette intervention en breton que ni Beaugrain, ni Leguen ne comprenaient en écrivant de Scouarnec : « pauvre diable qui veut parler le breton qu’il ignore comme le français ». Pour comprendre cette réaction et ce dépit, il faut savoir que les socialistes étaient dans leur quasi totalité hostiles à cette « langue des curés », alors que les communistes bas-bretons soutenaient la nécessité de la défendre. Scouarnec était un homme attaché à sa langue et de plus parlait un excellent breton, riche d’images, le breton maritime bigouden qu’on parlait encore partout dans cette région. Il connaissait particulièrement son vocabulaire, noms, verbes, adjectifs, tout ce qui avait trait à la pêche, aux poissons, aux coquillages, aux algues, etc. Hélas si Scouarnec parlait bien le breton, il ne l’écrivait pas !

Au Guilvinec, il lutta contre le maire socialiste, Kernaflen, qu’il accuse publiquement d’être au service des mareyeurs et des usiniers de la conserve. En 1929, il porte la contradiction au député de droite Quéïnnec, lors d’un compte-rendu de mandat au Guilvinec, et on s’aperçoit alors que dans cette localité il faudra désormais compter avec cet homme large, placide.
Aux élections municipales de 1935 : il conduit la liste patronnée par le Parti Communiste Français qui obtient la plupart des sièges . Élu maire le 20 mars 1935, il le demeura jusqu’à la guerre. Il avait représenté le PC aux élections sénatoriales du 23 octobre 1938, obtenant 32 voix. De 1934 à 1939, il fut membre du bureau régional du parti pour la région Finistère-Morbihan.

En 1938-1939, il apporta un soutien actif aux Républicains espagnols, un certain nombre de réfugiés espagnols arrivés par bateaux au port du Guilvinec furent hébergés dans des locaux municipaux et une collecte de vêtements et de nourriture fut organisée, dès leur arrivée , organisée par le Secours Rouge.

Avec la « drôle de guerre », la municipalité fut dissoute et remplacée par une délégation spéciale désignée par la préfecture.

Dès le début de l’occupation, Il prend part à la reconstitution , dans la clandestinité, du Parti communiste interdit, en collaboration avec Alain Signor, secrétaire Régional et Alain Le Lay.

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)


Le 25 septembre 1942, il fut arrêté par la police française et dirigé sur le camp de Voves, puis de Pithiviers où il resta jusqu’en 1944. Il fut responsable de la solidarité, son rôle consistant à répartir les rares provisions reçues de l’extérieur. "L’intéressé ayant refusé de souscrire à l’engagement sur l’honneur" de ne pas combattre le régime de Vichy, il fut maintenu au camp de Voves (Eure-et-Loir) au moment (24 novembre 1942) où beaucoup de communiste furent libéré.


A sa Libération, toute une population en liesse l’attendait aux limites de la commune , à Pen An Nen , pour lui remettre son écharpe de maire. Marc Scouarnec fut réélu maire de Guilvinec et le resta jusqu’en 1965. Il démissionna alors pour raisons de santé, mais resta second adjoint de Jean Lebrun jusqu’à sa mort. Son nom n’apparaît ni dans les comités fédéraux du Finistère dans les années cinquante et soixante, ni dans les commissions administratives de l’UD-CGT.

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

Devoir de mémoire. Au nom de son père, Alain Signor, député communiste du Finistère à la Libération (Le Télégramme, 25 juillet 2019)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130840, notice SCOUARNEC Marc par Georges-Michel Thomas, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 20 février 2020.

Lire aussi:

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 83/ Germain Bournot (1915-2007)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 82/ Michel Nédelec (1940-2009)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 81/ Eric Texier (1902-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 80/ Théophile Kerdraon ( 1891-1984)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 79/ André Guéziec (1922-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 78/ Jean Kérautret (1918-1942) et Vincent Guivarc'h (1918-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 77/ Emile Le Page (1922-1942) et Pierre Jolivet (1921-1942)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 76/ Louise Tymen (1925-2015)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 75/ Yves Giloux (1921-1943)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 74/ André Garrec (1922-1944)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 73/ Frantz Boucher (1924-1944)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 72/ François Echardour (1925-1988)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 71/ Marie Le Manchec (1914-1999)

100 ans d'engagements communistes en Finistère: 70/ Charles Moigne (1894-date de décès inconnue)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 69/ Jean Le Tréis (1884-1970)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 68/ François Tanguy (1925-1987)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes: 67/ François Tournevache (1919-1993)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 66/ Jos Quiniou (1900-1976)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 65/ François Gaonac'h (1901-1978)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 64/ Paul Lespagnol (1949-2003)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 63/ Jean-Marie Le Scraigne (1920-2016)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 62/ Le docteur Tran

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 61/ Jean-Marie Plonéis (1934-2018)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 60/ Guillaume Bodéré

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 59/ Pierre Salaun

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 58/ Guy Laurent (1940-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 56/ Pierre Cauzien (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 55/ Albert Jaouen (1909-1976)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 54/ Pierre Hervé (1913-1993)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 53/ Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier (1910-2007)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 52/ Yves Le Meur (1924-1981)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 51/ Jean Burel (1921-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 50/ Jacob Mendrès (1916-2012)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 18:06
Documentaire. Le temps des ouvriers, sur Arte, pour penser les luttes à venir (L'Humanité, 28 avril 2020)

Le prolétariat est à l'honneur ce soir sur Arte.

Une série-documentaire de 4 épisodes retrace 300 ans d'histoire ouvrière. Avec la voix chaude de Bernard Lavilliers, chanteur-tourneur des "Mains d'or", "Le temps des ouvriers" part de la naissance de la classe ouvrière au XVIIIe siècle et va jusqu'à nos jours.

Le temps de travail et son contrôle par les patrons permet de bien comprendre le sens de l'exploitation bourgeoise. Au cours de ces trois siècles du capitalisme, ce documentaire-marathon (4 x 1h) met en valeur autant la culture ouvrière que ses grands combats, dans toute l'Europe occidentale.
À l'approche du 1er mai, c'est l'occasion idéale pour le peuple de gauche de se plonger dans sa propre histoire et de s'en inspirer pour nos luttes. Cette épopée est notre fierté. Sa popularisation ou au contraire son oubli fait partie intégrante de la bataille idéologique pour l'hégémonie culturelle.

 

Xavier Vigna, grand historien du mouvement ouvrier, en a sorti un article très pertinent dans Libé : "L'effacement de l'histoire ouvrière est un mépris de classe". https://www.liberation.fr/…/l-effacement-de-l-histoire-ouvr…
 

Les quatre épisodes sont déjà disponibles sur ce lien : https://www.arte.tv/…/vide…/RC-019317/le-temps-des-ouvriers/

Documentaire. Le temps des ouvriers, sur Arte, pour penser les luttes à venir (L'Humanité, 28 avril 2020)
Mardi, 28 Avril, 2020 - L'Humanité
Documentaire. "Le temps des ouvriers", pour penser les luttes à venir

Avec pour conseiller scientifique l’historien Xavier Vigna, Stan Neumann explore trois siècles d’histoire ouvrière. Son fil rouge ? L’enjeu de l’autonomie.

 

Le Temps des ouvriers, sur Arte, mardi 28 avril, à partir de 21 heures. Et sur Arte.tv, jusqu’au 26 juin 2020.

Voir aussi notre entretien avec Bernard Lavilliers, qui prête sa voix à cette foisonnante série documentaire

Certains la décrètent disparue ; d’autres l’idéalisent à outrance. La classe ouvrière, dont Stan Neumann retrace ici l’histoire, se tient à bonne distance de ces deux visions. Bien vivante, jusque dans ses contradictions, elle se déploie entre l’hier et l’aujourd’hui, entre les fabriques textiles anglaises du XVIII e siècle et les usines taylorisée du XX e, entre le printemps des peuples de 1848 et les grandes grèves de 1936 et 1968. Des ouvriers et des ouvrières de notre temps, et de différentes nationalités, partagent leurs expériences : Christian Corouge, ancien de Peugeot-Sochaux, décrit l’impact du travail à la chaîne tant sur le mental que sur le physique ; Ghislaine Tormos, l’une des figures de la lutte des PSA-Aulnay, raconte le conditionnement des corps. Il faut aussi entendre ces ex-sidérurgistes belges dont les yeux s’illuminent en se remémorant l’entraide dans les hauts-fourneaux.

Tout un vécu de résistances protéiformes

Le film, au travers de ses quatre épisodes, accorde une place particulière à la généalogie des symboles : drapeau rouge, drapeau noir, poing levé… Il explore autant les aspects politiques et sociaux que culturels, avec, entre autres, la prédilection des ouvriers britanniques des années 1960 pour le rock et le rythm’n blues.

Sans délaisser tout à fait les débats théoriques (communisme versus anarchisme, socialisme scientifique versus socialisme utopique), le Temps des ouvriers se veut d’abord la restitution passionnée de tout un vécu de résistances protéiformes. Sont évoqués le mouvement des « briseurs de machines » dans l’Angleterre de 1811-1812 ou les stratégies plus individuelles telle la « perruque », qui consiste à détourner le temps de travail pour des réalisations personnelles. Il est également question d’autogestion, avec l’Espagne de 1936 et ses 3 000 usines réquisitionnées, ou avec les Lip, à Besançon, en 1973. Le fil conducteur du documentaire n’est autre, au fond, que ce combat pluriséculaire pour l’autonomie, contre toutes les formes de tutelle, qu’elles soient le fait des bourgeoisies ou du pouvoir d’État.

Un voyage dans le passé plus que bienvenu

Né à Prague, dans la Tchécoslovaquie socialiste, le réalisateur n’omet pas non plus d’aborder la condition ouvrière derrière le rideau de fer (la répression des ouvriers de Berlin-Est en 1953, celle de l’insurrection de Budapest en 1956, ou du soulèvement de Poznan, en Pologne, la même année…).

Impossible de proposer ici davantage qu’un modeste aperçu de la richesse du film, lequel, déjà, se limite pourtant au seul mouvement ouvrier européen (d’où le fait qu’Octobre 1917, au cœur d’un précédent documentaire de Stan Neumann (1), soit à peine effleuré).

Ponctuée de séquences d’animation créatives, d’analyses de philosophes (Jacques Rancière, en particulier) et d’historiens (Marion Fontaine, Arthur McIvor…), cette fresque ne manquera pas, quoi qu’il en soit, de stimuler l’imagination de toutes celles et tous ceux qui, ouvriers ou non, entendent œuvrer en vue d’une société libérée de l’exploitation. Alors que la quasi-paralysie de l’appareil productif, crise sanitaire oblige, fait ressortir l’utilité sociale de certains métiers trop peu considérés, le Temps des ouvriers  offre un voyage dans le passé plus que bienvenu pour aborder d’un regard déterminé et éclairé les luttes à venir autour du travail.

(1) Lénine, Gorki, la Révolution à contretemps (2017)

Laurent Etre
Mardi, 28 Avril, 2020 - L'Humanité
"Au fil des épisodes, on mesure le chemin parcouru grâce aux syndicats." Entretien avec Bernard Lavilliers, qui a donné sa voix au "Temps des ouvriers"

Entretien. Le chanteur des Mains d’or, qui a été tourneur-fraiseur à la Manufacture d’armes de Saint-Étienne, est le narrateur de la foisonnante série documentaire de Stan Neumann, le Temps des ouvriers, diffusée mardi soir sur Arte. Il raconte son attachement au monde ouvrier, à sa mémoire et ses valeurs. 

 

Le Temps des ouvriers (1. le temps de l’usine ; 2. le temps des barricades ; 3. le temps à la chaîne ; 4. le temps de la destruction), de Stan Neumann, est diffusé sur Arte, mardi 28 avril, à partir de 21 heures. Et sur Arte.tv, jusqu’au 26 juin 2020.

 

Vous prêtez votre voix à la série documentaire le Temps des ouvriers. Qu’avez-vous appris que vous ne connaissiez pas encore à travers cette fresque qui évoque l’histoire du monde ouvrier européen sur trois siècles ?

Bernard Lavilliers. Le texte et les images du documentaire de Stan Neumann m’ont fait replonger dans la mémoire de la classe ouvrière, de mon propre père, de mon grand-père. Il y a des choses que je connaissais et d’autres que j’ai découvertes. J’ignorais que la Belgique et l’Angleterre étaient associées à travers les mines à Seraing, à côté de Liège, ou à Charleroi. Comme dans l’est de la France, à Saint-Étienne ou dans le Sud, les sites de production de charbon ou d’acier employaient énormément de main-d’œuvre. Je ne savais pas qu’au XIX e siècle on avait interdit le travail en sous-sol dans les mines aux garçons de moins de 10 ans, mais pas le travail dans les filatures. Au fil des quatre épisodes, on mesure le chemin parcouru par les syndicats, les ouvriers, l’évolution des technologies et du capitalisme. Régulièrement, il y a des innovations mécaniques qui suppriment des emplois. Quand on suit l’histoire du monde ouvrier depuis le début du XIX e siècle, on se rend compte qu’en dehors de payer les travailleurs à coups de lance-pierre, les propriétaires des usines ont constamment essayé d’inventer des machines pour les faire tourner jour et nuit à la place des ouvriers.

La nature du travail a beaucoup changé. L’automatisation et la robotique ont-elles pour autant «libéré» les travailleurs ?

Bernard Lavilliers. Je ne suis pas sûr que cela les ait libérés… Au fil du temps, on voit bien que le pouvoir d’achat a évolué de manière extrêmement lente, de même pour le côté sanitaire. Certains des fils d’ouvrier ont pu faire des études, s’élever dans l’échelle sociale en faisant des métiers qui malheureusement étaient des métiers d’ingénieur, qui ont amplifié la robotique. Normalement, le progrès aurait dû élever la condition sociale de tout le monde. Ça l’a élevée, mais beaucoup de travailleurs sont restés sur le quai de la gare…

Au fond, le système n’a jamais cessé d’engendrer des inégalités sociales…

Bernard Lavilliers. Le documentaire montre bien que la classe ouvrière à l’époque travaillait dans de grandes usines qui employaient beaucoup de monde, parfois jusqu’à 7 000 personnes. Tous ces gens se levaient très tôt, partaient à l’usine et revenaient le soir épuisés après une journée de labeur. Je me souviens, quand j’étais à l’usine, on allait chaque semaine toucher notre salaire en espèces, dans une enveloppe. Après, l’État, qui nous expliquait qu’il y avait des braquages de caisses, nous a poussés à avoir un chéquier. Le premier amalgame entre le capitalisme et les banques s’est fait à ce moment-là. Une époque où les travailleurs étaient extrêmement contrôlés, obligés de passer par la pointeuse, une machine qui enregistrait les heures de présence. Finalement, l’ouvrier donnait sa peau, ses bras contre du temps de travail. Il ne lui restait que quelques heures pour dormir, se reconstituer et retourner le lendemain au boulot. Les syndicats sont nés à cause de cette exploitation.

Vous avez travaillé à la Manufacture d’armes de Saint-Étienne. En quoi cette expérience a-t-elle forgé votre regard sur le monde ouvrier ?

Bernard Lavilliers. J’avais 16 ans, c’était l’usine où travaillait mon père. On nous formait durant deux demi-journées et avec le CAP, on se retrouvait dans les ateliers avec les ouvriers qui avaient de l’expérience. Quand on avait une formation trigonométrique, qu’on savait lire les plans des dessinateurs industriels, on nous mettait à la fabrication. C’est comme ça que j’ai appris mon métier de tourneur-fraiseur. J’ai fabriqué très jeune des pièces, ce qui était un peu plus “glorifiant” que d’être à la chaîne. On faisait les trois-huit. Après, j’ai été au laminoir chez Schneider à Firminy, dans la banlieue de Saint-Étienne. C’est une expérience qui me sert toujours, que je peux difficilement partager car les gens et la plupart des artistes que je connais n’ont jamais connu cela.

Un univers que vous chantez dans les Mains d’or

Bernard Lavilliers. C’est une chanson qui parle de la suppression du travail voulue par le grand marché. J’espère que beaucoup de gens regarderont le Temps des ouvriers pour avoir une idée de ce qu’ont vécu les travailleurs. Aujourd’hui, à cause du virus, les petits marquis qui nous gouvernent semblent redécouvrir tous ces métiers indispensables qu’ils ont toujours cherché à supprimer, considérant qu’ils ne sont pas nobles. Il y a une sorte de mépris. Ils se sont aperçus que l’hôpital a vraiment besoin de beaucoup plus de financement. Ils retournent leur veste avec un côté charitable dans leur façon de se comporter. Ils applaudissent à 20 heures, mais il y a un an pendant le mouvement des gilets jaunes, ils ne se rendaient pas compte de la situation du pays…

Entretien réalisé par Victor Hache
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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 05:00
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 83/ Germain Bournot (1915-2007)
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 83/ Germain Bournot (1915-2007)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

83/ Germain Bournot (1915-2007)

Germain Bournot fut une personnalité très estimée du Relecq-Kerhuon, où il a été élu pendant plusieurs mandats, et une grande figure du parti communiste et de la CGT dans le Finistère. C'est aussi un héros de la résistance, ce que les gens ne savaient pas forcément autour de lui, car il était discret sur le sujet. Ronan Tanguy et René Le Ven l'ont interviewé et filmé en 2005 pendant plus d'une heure et demi l'année du décès de sa femme Marie-Louise, et cette vidéo permet de restituer ce que fut la vie très riche d'engagements de ce camarade qui adhère au PCF à la Libération. Cet homme modeste dont le nom a été donné à une très belle salle du Relecq-Kerhuon (où a eu lieu le meeting finistérien des européennes de Ian Brossat en 2019) a été nommé chevalier de la légion d'honneur, a reçu plusieurs citations au mérite de la Résistance intérieure. 

Le témoignage de Ronan Tanguy, ancien secrétaire de section du PCF au Relecq-Kerhuon, ancien élu communiste du Relecq-Kerhuon, trésorier du PCF Finistère, ami de Germain Bournot surtout:

"1978, le 2 mai, ma famille emménage au Relecq-Kerhuon. J’avais entendu parler de Germain Bournot que j’ai eu le bonheur de rencontrer lors d’une réunion du parti communiste, fin mai de cette année. Peu à peu, au cours de notre militantisme partagé, tant à la CGT qu’au PCF, j’ai appris à connaître Germain. D’ailleurs, à l’époque, il était impossible, communiste habitant Le Relecq-Kerhuon, de passer à côté de Germain sans le voir… une incertitude planait sur cet homme : il avait deux prénoms : Germain et Joseph. Marie-Louise, son épouse, l’appelait Joseph, une bonne partie de sa famille aussi, mais Germain était son premier prénom d’état civil. De ce fait, tous les actes officiels de sa vie prenaient en considération ce prénom de Germain. Joseph était le prénom du mari de sa marraine, mort pendant la guerre 14/18 et une erreur d’inscription à l’état civil a inversé l’ordre choisi par la famille.

Lorsque je l’ai connu, germain était conseiller municipal majoritaire. Le maire, communiste, de 1977 à 1983 fut Guy Liziar. Notre germain-Joseph organisait toutes les fêtes du PCF : celle du Kerhorre (journal local du PCF), la fête de l’unité à Brest, la fête de l’huma à La Courneuve. Marie-Louise, son épouse, l’accompagnait (le précédait souvent) dans l’organisation de ces évènements, sans désemparer. Germain était trésorier de section et cheville ouvrière de l’acquisition du local de section au début des années 1970.

Germain parlait très peu de son activité de résistant pendant la guerre 39/45, mais je savais qu’il avait joué un rôle très important dans ce conflit, en qualité de résistant.

Il a fallu que je le tarabuste longtemps pour qu’il accepte de raconter sa vie, après le décès de Marie-Louise, malheureusement. Il a fini par accepter de nous dévoiler Sa vérité, sans fard, sans faux-fuyant… De toute façon je n’aurais pas eu de mémoire suffisante pour restituer ces vies, celle de Germain-Joseph et de Marie-Louise, celle de Marie-Pierre, de Régine, de Claudie (leurs filles), de Jean-Luc (leur fils), de l’amour inconditionnel que Germain portait à ses petits-enfants…..

Notre engagement commun a fait que nous sommes tombés en amitié, que je le conduise à Glomel, sa commune de naissance, quand sa vue ne lui permettait plus de conduire et que je réussisse à imposer à la majorité de droite, fin 2007, de donner son nom à la salle municipale des associations de Kergleuz, au Relecq-Kerhuon, ce qu’elle accepta sans trop se faire bousculer : l’homme transcendait les oppositions, comme tous les grands hommes".

 

Germain Bournot est né dans les Côtes d'Armor à Glomel, près de Rostrenen, dans le centre-Bretagne, le 21 août 1915, pendant la guerre. Le fils de sa marraine ayant été tué au début de la guerre, celle-ci voulut donner à son filleul le même nom: Germain. Mais ses parents eux, appelaient leur fils Joseph, comme tous ses camarades d'école et plus tard ses collègues et amis. Ses parents étaient cultivateurs et bretonnants et Germain ne connaissait pas un mot de français en arrivant à l'école à sept ans.

Pourtant, à douze ans, il aura son certificat d'étude avec mention Bien. Il doit malgré tout quitter l'école et il travaille dans la ferme de ses parents jusqu'à ses 18 ans. Il s'engage alors en juillet 1934 au 34 ème Régiment d'Artillerie d'Afrique basé à Tunis.

Pour s'y rendre, il quitte pour la première fois son "trou" (sic) du centre-Bretagne, prend le train pour Paris, puis pour Marseille, voyage dans la cale du paquebot. Ses premières semaines au régiment en Tunisie sont dures: il n'a quasiment rien à manger. Il perd 13 à 14 kg, et finit par rentrer à l'hôpital, pour trois mois, puis en convalescence pour trois autres mois. De retour à Tunis, il n'est pas reçu dans le peloton des Brigadiers mais travaille comme chauffeur faisant office d'ordonnance pour un colonel. "Là, j'ai vu comment on exploitait les arabes", témoigne t-il devant Ronan Tanguy et René Le Ven. Les autres ordonnances du colonel sont tunisiens, l'un d'entre eux par exemple est un instituteur qui fait son service militaire, et ils se sentent humiliés de faire ce qu'on leur demande comme tâches domestiques. Germain Bournot a alors la conviction que "ça ne durera pas longtemps en exploitant les gens de cette façon là".

Le Front populaire -

En 1936, Germain revient à Glomel. Il avait passé un examen pour rentrer dans la gendarmerie à Tunis mais il fait finalement sa demande pour rentrer dans la SNCF et il est reçu, nommé chef d'équipe à Landerneau le 30 avril 1937. Il adhère tout de suite à la CGT: on le charge de distribuer La Tribune des Cheminots. C'est l'époque du Front populaire, la semaine de travail est passée de 48h à 40h: 6h40 par jour, 6 jours par semaine, avec 20 mn de pause pour le casse-croûte. La compagnie ferroviaire devient SNCF le 1er janvier 1938. Germain est nommé homme d'équipe principal à la gare de Guingamp.

La drôle de guerre et la débâcle -

En septembre 1939, Germain est mobilisé, il est intégré à un régiment d'artillerie léger qui stationne d'abord à la caserne du Colombier à Rennes, puis dans la campagne, non loin de Rennes, où l'on dort sur les paillasses d'un moulin et s'entraîne aux canons de 75 tractés par des matériels de l'armée américaine datant de la guerre 14-18 qui vont s'avérer très peu commodes, avançant à faible allure (50 km maximum) pour transporter chaque pièce, lourde de 1400 kg. Germain va vivre avec son régiment le très rude hiver 1939-1940 cantonné au nord de la ligne Maginot, dormant dans des granges à divers endroits. Les troupes françaises restent dans l'attentisme pendant qu'on laisse Hitler occuper ses troupes à envahir la Pologne puis se concentrer sur l'attaque de la France une fois le "travail" fini à l'est. Les soldats cherchent bien à couper quelques lignes de barbelé de la ligne Siegfried, et des mines allemandes traîtresses explosent 100 mètres derrière les barbelés où l'on envoie les éclaireurs quand on les touche, actionnés par des systèmes agissant à distance. Finalement, l'armée française envoie des cochons réquisitionnés vers les barbelés.

Le 8 mai 1940, Hitler attaque la Belgique et la Hollande, au nord de la ligne Maginot, pour la contourner. L'Armée française envoie ses troupes d'élites s'enfoncer dans le plat pays à la rencontre des Allemands, désorganisant ses défenses. Les blindés allemands rentrent par la poche de Sedan, comme d'habitude. Germain reste dès jour à les attendre le canon pointé sur la courbe d'une route, un tank allemand arrive puis repart devant le feu, sans qu'on sache s'il a été touché. Puis vient l'ordre de retrait dans la débandade. Les officiers ne sont plus là. On descend vers le sud, sans armes ni ordre pour combattre. L'aviation italienne voyant les français battus rentre en action et bombarde les colonnes de réfugiés civils et les soldats en déroute pendant la débâcle, dans le plus grand chaos. Après avoir traversés la Loire, Germain et ses camarades jettent le porte-canon inutile qu'ils tractent sur la plateforme de leur camion dans un fossé et installent sur la plateforme des piétons réfugiés, femmes, enfants, civils, militaires en déroute.

Germain éprouve un grand malaise quand il entend Pétain demander l'armistice sans condition après que les députés réunis à Bordeaux lui aient accordé, aux trois quart d'entre eux, les pleins pouvoirs. On s'est rendu sans continuer la lutte, sans qu'une partie des troupes ait été mises en situation de combattre réellement, alors qu'on pouvait transférer l'Assemblée et le gouvernement à Alger dans notre empire colonial pour continuer la lutte. En tant que cheminot, il est démobilisé le 14 juillet 1940, et prié de retourner à son poste de travail en Bretagne, qui fait désormais partie de la zone occupée. Germain Bournot rencontre ses premiers soldats allemands de près à Langon, sur la ligne de démarcation, à 30 km de Bordeaux. Avec ses compagnons, il se fait houspiller à Redon par une restauratrice qui reproche aux soldats de 1940 leur lâcheté et à Guingamp par des Cheminots, vétérans de la guerre 14, qui lui font le procès d'avoir détallé devant les Allemands. Ils l'accueillent avec la formule railleuse "Ah, voilà le lapin!!!".

La résistance

Meurtri par la défaite et l'humiliation de s'être rendu sans pouvoir défendre sa patrie, Germain va adhérer très vite à la Résistance. Il l'explique pour cinq raisons dans son témoignage devant Ronan Tanguy et René Le Ven:

1. Une revanche à prendre

2. 2 millions de prisonniers dont nous avons la responsabilité de hâter le retour

3. "Notre pays pillé par les Allemands: la bonne viande part pour l'Allemagne, les monceaux de rutabagas pour les Parisiens"   

4. le leader communiste et cégétiste des cheminots Pierre Sémard fusillé par les Allemands avait donné avant de mourir des consignes de résistance à l'ennemi: "Cheminots, ne faites rien qui puisse aider l'ennemi".

5. la défense des valeurs de la République, de la Commune et de 1789: Pétain rayait la devise de la République des édifices publics et des billets de banque, transformant en "Famille, patrie, travail" le "Liberté, égalité, fraternité". 

C'est à Guer, dans le Morbihan, où il est nommé au début de la guerre, que Germain Bournot va commencer à résister activement. Il est mis en contact avec un réseau de Résistance et de Renseignement dépendant de Londres et doit rendre compte régulièrement grâce à l'observation des voies à Guer et des registres en gare des mouvements militaires allemands sur le chemin de fer breton à partir de ce qu'il constate ou apprend des parcours (qu'il connaît jusqu'à Argentan). Relevé des trains, du nombre de wagons, des tonnages, armes transportées, régiments, itinéraires, etc. Il prend des notes dans un petit carnet, revient aux abords de la gare, même quand il n'est pas en service.

En avril 1942, il fait dérailler un train transportant des munitions. Ramassé et interrogé au camp militaire de Coëtquidan où sont basés les Allemands, il a eu le temps précédemment de rouler et fumer la feuille de papier à cigarette où il avait noté les informations du jour pour son contact. L'intervention du chef de gare "allemand", un autrichien anti-nazi qui s'était débrouillé pour ne pas servir dans la Wehrmacht, va le sauver et il sera relâché.

Fin 42, Germain Bournot reçoit une convocation pour le Travail Obligatoire en Allemagne, travailleur forcé prioritaire du fait de son statut de célibataire sans enfant. Il lui faut se présenter à Vannes à la mi-décembre 1942. Pour échapper au STO, il se marie en vitesse avec sa fiancée Marie-Louise. Le maire de Kerfeunten à Quimper d'où est originaire Marie-Louise veut bien les arranger. Le problème: Marie-Louise est mineure, il lui manque 6 jours pour atteindre ses 21 ans! Les parents accordent une dérogation à condition qu'on se marie à l'église un peu plus tard. C'est chose faite bientôt avec un mariage célébré avec quelques parents et amis à l'hôtel de la Tour d'Auvergne à Quimper avant que le couple ne rejoigne Guer. A Guer, Germain Bournot fait partie d'un réseau FFI qui s'est structuré peu avant, avec à sa tête un cheminot originaire de Granville, M. Touzé. Ce réseau dépend des services anglais. Un lieutenant arrive de Londres en civil, parachuté pour instruire les membres du groupe de résistance et leur expliquer le mode opératoire des parachutages d'armes et d'argent, leur expliquer comment se servir des armes, des grenades. Le parachutage doit avoir lieu le 9 décembre 1943 dans une ferme du département d'Ille-et-Vilaine, non loin de Guer. Le container restera coincé dans un arbre avant qu'on aille les chercher. Les armes et l'argent doivent servir pour plusieurs maquis. 

La réunion préparatoire avait eu lieu avec une quinzaine de résistants de la région de Guer chez la directrice de l'école publique. Un châtelain du coin qui appartenait au groupe de résistance était arrivé là avec un jeune homme inconnu, qui allait s'avérer être un traître, un milicien du groupe Darnand engagé par les Allemands pour démanteler les réseaux de Résistance. D'abord, le groupe ne veut pas l'accueillir mais le châtelain insiste en disant qu'il répond de cet homme. On finit par l'admettre et le traître va rejoindre Rennes et l'état-major des services de renseignement de l'armée allemande et dénoncer le groupe. Germain apprend qu'un de ses camarades résistants, un plombier dont le commerce et le domicile avaient été identifiés par le milicien, est arrêté à Guer, par le milicien lui-même accompagné par des allemands. L'identité de Germain n'est pas connue du milicien mais ils ne vont pas tarder à l'apprendre. Germain va donc voir un supérieur hiérarchique à Rennes, un inspecteur de la SNCF d'origine alsacienne servant aussi dans la Résistance, qui le mute dans le Finistère. Germain et Marie-Louise quittent Guer de manière expéditive avec une partie de leurs bagages simplement et s'installent à Quimper, Germain travaillant à la gare de Bannalec.

C'est là-bas que le 11 novembre 1943, Germain sauve un résistant qui venait de faire sauter un wagon de munitions allemand et qui avait été touché par la balle d'une sentinelle. Profitant du fait que le soldat soit parti chercher du renfort, Germain réussit à prendre en charge le résistant, à le mettre à l'abri et à le faire soigner. Il sera rattrapé et fusillé plus tard malheureusement comme les résistants dénoncés du groupe de Guer vont être envoyés en déportation, peu d'entre eux en revenant. Le 6 janvier 44, Germain est prévenu par un cheminot de Rennes que les Allemands sont sur sa trace et vont venir l'arrêter. Il s'enfuit pendant la nuit après avoir croisé en gare les soldats Allemands arrivés par le train à Bannalec pour l'arrêter et avoir été couvert dans sa fuite par le chef de gare. Germain fuit par les champs en suivant la voie jusqu'à la gare de Rosporden où il est pris en charge dans un train pour Quimper par des camarades cheminots résistants qui le croyaient arrêté par les Allemands. Grâce à la famille de sa femme, Marie-Louise, dont le frère est également engagé dans la Résistance - la première fille de Germain et Marie-Louise était née le 29 octobre 1943 - Germain va obtenir de faux papiers d'identité fabriqués à l'île-Tudy dans le pays bigouden: pendant la fin de la guerre, Germain Bournot s'appellera Joseph Le Gall, cultivateur. Il se cache dans une ferme à Lampaul-Guimiliau, puis auprès de son oncle, chef de gare à Plomodiern, mais ne peut pas rester chez eux dans cette zone côtière où la soldatesque allemande est très présente. Après avoir dormi 3 ou 4 nuits dans un champ d'orge il décide de rentrer dans son village natal de Glomel, où la résistance contrôle la région et l'a pratiquement libérée déjà, et là-bas, Germain Bournot se met à disposition de la Résistance. Il est en réserve lors de la bataille de Paule, puis, apprenant la Libération de Quimper, il rejoint à pied Quimper depuis Paule et le centre-Finistère. Il voit les FFI remettre à l'endroit les panneaux de signalisation qu'ils avaient déplacés pour faire en sorte que les troupes allemandes envoyées en Normandie lutter contre les alliés perdent du temps. 

Il arrive tellement épuisé à Quimper qu'il ne participe même pas aux réjouissances de la Libération.  Pendant sa période de clandestinité, l'inspecteur de la SNCF Alain de Quimper et l'assistante sociale de la SNCF avaient fait en sorte que sa femme Marie-Louise touchent 3/4 de son salaire en déclarant qu'il était "supposé ramassé par la Gestapo" alors qu'ils savaient qu'il était au maquis. 

- La Libération et l'adhésion au Parti communiste, le militantisme à la CGT

En septembre 1945, Germain Bournot est personnellement félicité par le Général de Gaulle: "vous avez été de l'équipe volontaire des bons compagnons qui ont maintenu le pays dans la guerre et dans l'honneur".

Il reçoit la Croix de Guerre avec une déclaration signée du Général Juin: "un grand patriote résistant de la première heure qui a livré des renseignements sur le trafic militaire allemand" et s'est signalé par plusieurs actes de bravoure.

Germain Bournot entretemps a repris son poste à Guer où il a trouvé son logement occupé avec l'accord de sa logeuse par des réfugiées parisiennes. Il adhère au Parti communiste en 1945 pour "faire avancer la condition des plus déshérités, sinon on laisse passer sa vie sans être utiles ni laisser aucune trace de son passage". Il est muté à la gare de Questembert où il dirige le syndicat CGT des Cheminots, qui dans un pays de droite, est le syndicat ultra-majoritaire, ne laissant pas s'installer FO ni progresser la CFTC, grâce à la ligne rassembleuse de Germain Bournot qui refuse le sectarisme, son trésorier de section CGT ayant par exemple ses enfants à l'école privée. Germain se plait à Questembert où le syndicat l'occupe beaucoup. Il organise le bal de l'orphelinat des chemins de fer. Il cherche finalement à se rapprocher de Quimper, où ses beaux-parents sont malades, avec sa femme Marie-Louise.

Il est nommé chef de station à Combrit, où il exerce pendant deux ans, puis dans une petite gare près de Douarnenez. Il y tombe malade d'épuisement, seul à assurer le trafic des trains transportant les légumes, alors très nombreux à passer entre Douarnenez et Quimper, et passe quelques mois dans un sana.

1966: l'arrivée à Brest et à la section PCF du Relecq-Kerhuon

En 1966, pour permettre à sa fille Marie-Pierre de continuer ses études, il décide de se rapprocher de la région brestoise, et il arrive au Rody et à la gare de Brest. Il prend contact avec le syndicat CGT de Brest et la section communiste de Kerhuon alors animée par Pierre Le Pape, les Besson. Ses enfants les plus jeunes, Jean-Luc, Régine, Claudie, vont à l'école dans les baraques à Sainte Barbe. Il est élu au comité des œuvres sociales de la SNCF pour le Nord-Finistère et s'occupe de l'amélioration du confort des logements dans les petites gares. Il forme aussi beaucoup d'apprentis de 14-15 ans. Il est passionné par la transmission de son savoir-faire. Malgré tout, il est bloqué dans son avancement de carrière car il a fait grève, un fait inédit, en tant que petit chef de gare au début des années 60 et est perçu à raison comme un "rouge". En 1968, c'est lui qui lancera la grève générale à la SNCF en gare de Brest. Il est sous-chef de gare à la gare de Brest depuis le 1er mai 1967.

Au Relecq-Kerhuon, il va être trésorier de la section du PCF jusqu'à l'achat du local rue Gambetta, CDH de l'Humanité - il avait une tournée où il vendait Pif et l'Humanité Dimanche -, il s'occupe des fêtes de section et des fêtes de l'Unité du PCF à Brest, rassemblant à l'époque des milliers de personnes, et de la fête de l'Humanité où la section du Relecq-Kerhuon à son stand.

Il sera conseiller municipal avec la délégation des Anciens Combattants, organise les classes de neige offertes aux CM2 des écoles publiques avec la municipalité de Guy Liziar. Il participe à la création du comité local du Secours Populaire avec Christiane Paul, et à la création du cercle celtique au centre nautique de la baraque. 

Germain Bournot laisse une trace durable dans la commune du Relecq-Kerhuon et apparaît aux adhérents qui l'ont connu comme un militant d'une grande humanité et générosité.                   

Les filles de Germain et Marie-Pierre Bournot sont toujours militante à la section communiste du Relecq-Kerhuon et la plus jeune, Claudie Bournot Gallou, qui a été candidate aux Régionales pour le PCF en 2015, est adjointe au maire PCF au Relecq-Kerhuon. 

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 51/ Jean Burel (1921-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 50/ Jacob Mendrès (1916-2012)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 06:02
Jeudi, 23 Avril, 2020 - L'Humanité
Message du souvenir 2020 Il y a soixante quinze ans…

Voici le message lu à l’occasion de la Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation du Dimanche 26 avril 2020.

Il y a soixante quinze ans, au printemps 1945, plus de 700 000 hommes, femmes et enfants étaient regroupés dans ce qui restait de l’univers concentrationnaire et génocidaire nazi à l’agonie.

La moitié d’entre eux devait encore périr, notamment dans les marches de la mort, avant que les armées alliées, dans leur progression, n’ouvrent enfin les portes des camps sur une insoutenable vision d’horreur.

Les survivants de ce drame du genre humain, par leur esprit de résistance, leur volonté et leur profond attachement à préserver leur dignité, ont surmonté des conditions inhumaines malgré la présence et la menace permanentes de la mort.

Le 1eroctobre 1946 s’achevait le procès de Nuremberg qui fondait la notion de « crime contre l’humanité » et posait les bases du droit pénal international.

De tout cela, rien ne doit être oublié...

Et pourtant, si les déportés ont su montrer dans les pires circonstances que la résistance face au crime demeurait toujours possible, leur persévérance à témoigner partout et auprès de tous ne suffit pas à faire disparaître la haine, le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et le rejet des différences.

Combattre sans relâche les idéologies qui affaiblissent notre modèle républicain et prônent le retour à l’obscurantisme et au fanatisme,

Promouvoir la tolérance,

Investir dans l’éducation morale et civique des jeunes générations.

C’est le message des déportés, qui veulent faire de la journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation,une journée d’hommage, de recueillement, et plus encore, d’engagement personnel.

La période dramatique de la déportation rappelle en effet cruellement que les êtres humains sont responsables de l’avenir qu’ils préparent à leurs enfants, et qu’ils partagent une même communauté de destin.

Ce message a été rédigé conjointement par la Fédération Nationale des Déportés, internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis, l’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR).

Ce message a été rédigé conjointement par la Fédération Nationale des Déportés, internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis, l’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR).

Le 29 avril 1945, les prisonniers du camp d’extermination de Dachau célébrent leur libération par les soldats américains. L’Humanité/Keystone-France

Le 29 avril 1945, les prisonniers du camp d’extermination de Dachau célébrent leur libération par les soldats américains. L’Humanité/Keystone-France

Vendredi, 24 Avril, 2020 - L'Humanité
Seconde guerre mondiale. La fin des camps de la mort

En avril 1945, les troupes nazies reculent devant l’avancée de l’Armée rouge à l’est et des troupes alliées à l’ouest. Les camps de Buchenwald, Bergen-Belsen, Ohrdruf, Nordhausen, Dachau et Ravensbrück sont libérés. Une vision d’horreur qui éclate au grand jour.

 

Il fallut attendre le mois d’avril 1945 pour en finir avec le système concentrationnaire que les nazis avaient développé depuis leur arrivée au pouvoir et leur domination sur l’Europe. La fin des camps, rendue possible par l’effondrement de l’armée allemande devant l’action conjuguée des armées alliées, fut dramatique. Rappeler ces faits aujourd’hui reste indispensable si l’on veut comprendre et se souvenir de ce qu’a représenté la déportation dans ses différentes dimensions.

Les conditions particulières dans lesquelles se déroulent, en avril 2020, les manifestations commémoratives de la déportation n’enlèvent rien à leur importance. Inscrite dans la commémoration plus générale du 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Journée consacrée au souvenir et à la commémoration de la déportation continue de revêtir une importance particulière. La crise sanitaire redonne une actualité inattendue aux idéaux portés par la Résistance qui, dans la France occupée, démantelée et pillée, titrait son programme pour la Libération de la France du beau nom : « les Jours heureux »… Mais, en avril 1945, la guerre continuait encore et les jours étaient assombris par les révélations apportées par les armées alliées découvrant l’horreur des camps.

Dans un article précédent, publié à l’occasion de la journée du 27 janvier, date retenue internationalement pour commémorer, non pas la libération des camps, mais « la mémoire de l’Holocauste » et la libération par les troupes soviétiques du camp d’Auschwitz en janvier 1945, notre dossier rappelait le lien entre la politique génocidaire à l’égard des populations juive et tzigane et la déportation. Les différents camps et centres de mise à mort installés et administrés par les deux grands Offices centraux du Reich, placés sous l’autorité de Himmler, faisaient partie d’un dispositif répressif dont le développement a accompagné l’extension du IIIe Reich, en Allemagne, puis dans l’Europe occupée.

Une situation dont la population concentrationnaire fut également victime

En 1944 et au début de 1945, devant l’avancée des troupes soviétiques, les dirigeants nazis s’efforcèrent de vider les camps et d’effacer les traces des centres d’extermination installés depuis 1942 dans les territoires de l’Est. Ainsi une grande partie des déportés évacués des camps d’Auschwitz arrivèrent dans les camps de l’Ouest situés en Allemagne dans un état sanitaire épouvantable, au terme d’un périple meurtrier. En mars-avril 1945, les dirigeants nazis étaient animés de préoccupations successives et contradictoires, puisqu’ils tentaient jusqu’au bout de maintenir l’effort de guerre et le travail forcé des détenus, de marchander le sauvetage de déportés, tout en s’efforçant d’effacer les traces de leurs méfaits. Les bombardements alliés des voies ferrées, des zones industrielles liées aux camps, comme l’avancée des troupes, américaines et britanniques à l’ouest, soviétiques à l’est, aggravèrent une situation dont la population concentrationnaire fut également victime.

Les milliers de cadavres et de mourants que les soldats américains et britanniques découvrirent en pénétrant dans les camps-mouroirs comme ceux de Bergen-Belsen, d’Ohrdruf ou de Nordhausen ou dans les camps de Buchenwald et Dachau constituent une vision d’horreur dont la presse internationale va se faire largement l’écho. La stupeur est d’autant plus forte que la population allemande a, sauf exception admirable, assimilé la propagande présentant les déportés épuisés qui traversaient villes et villages comme de dangereux bandits.

Le spectre de la révolte des déportés est d’ailleurs agité par des autorités locales nazies pour justifier et organiser des massacres comme celui de Gardelegen, où un millier de déportés furent brûlés vifs dans une grange, crime atroce découvert par les soldats américains arrivés sur place alors que les cendres étaient encore chaudes. Le 7 avril, un convoi avait évacué plusieurs milliers de déportés vers le camp de Dachau, en Bavière, où un train arrive après dix jours d’un périple interminable. Il ne restait quasiment plus que des cadavres dans les wagons, comme le découvrirent les troupes américaines à leur arrivée près de ce camp modèle installé par les nazis dès 1933.

En septembre aura lieu une exposition sur le retour des déportés

Les images des jeunesses hitlériennes amenées devant les wagons remplis de cadavres, comme celles des habitants de Weimar devant les charniers et fosses communes du camp de Buchenwald, publiées par la presse internationale et les actualités filmées, confèrent au combat contre le nazisme une dimension éthique qui s’affirme, alors même que le suicide d’Hitler et la capitulation des dirigeants nazis sont désormais l’objet de l’opprobre international et que l’Organisation des Nations unies tient sa session inaugurale à San Francisco.

Aujourd’hui, la Fondation pour la mémoire de la déportation est cosignataire, avec les fédérations et associations de déportés, d’un message rappelant à tous nos concitoyens ce qu’a été la déportation. Dans le cadre du partenariat avec le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui a repris ce message, elle organisera, en septembre, une exposition sur le retour des déportés, et une journée sur la place des femmes dans la Résistance et la déportation. « Mémoire et vigilance », intitulé de cet engagement commun, sont des termes qui nous semblent convenir aux temps présents.

À retrouver sur l’Humanité.fr le message des associations d’anciens déportés et de transmission de la mémoire qui sera lu à l’occasion de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation dimanche 26 avril.
Serge Wolikow Historien, président de la Fondation pour la mémoire de la déportation
Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation le 26 avril 2020: ne pas oublier!

Le film cité de la Muette est d'une grande actualité dans ce moment de commémoration du 75e anniversaire de la libération des camps et à une encablure d'un 8 mai qui va nécessiter beaucoup d'imagination et d'énergie pour qu'il soit commémorer dans la dignité et respectueux des valeurs de ce que fut l'écrasement du nazisme avec ,en France en point d'orgue, de la défaite de la collaboration, l'affirmation des valeurs portées par toute la Résistance autour du CNR . L'IHS CGT le propose à la redécouverte:

https://vimeo.com/278189683

Du 20 au 26 avril 2020, journée du souvenir des victimes de la déportation,

découvrez en accès libre Cité de la muette de Jean-Patrick Lebel

Cité de la Muette est le premier documentaire consacré au camp de Drancy, principal centre d’internement des juifs français et étrangers avant leur extermination en Europe de l’Est durant la Seconde Guerre mondiale. Le film ausculte les lieux de l’internement et donne la parole à des témoins encore jeunes, dont beaucoup livrent leur expérience pour la première fois devant une caméra.

Ces entretiens, captés entre 1982 et 1983 par Dominique Chapuis (chef-opérateur de Shoah de Claude Lanzmann), constituent de précieux matériaux pour l’histoire de la résistance communiste et juive. Paulette Sarcey, résistante au sein d’un groupe de jeunes communistes de la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), y raconte son parcours militant avec un remarquable sens du récit.

Paula. Survivre obstinément - le témoignage de Paulette Sarcey, déportée, résistance, juive, communiste


" Pas un documentaire, un film utilisant toutes les ressources du cinématographe pour dire
l’ordinaire d’une situation extraordinaire. Jamais d’émotion surjouée. Un film, vraiment."

Emile Breton,
L'Humanité

 

" Raconter, c’est ça que Paulette et ses camarades ont dans la tête, de manière obstinée.
Lutter, saboter. Rester ensemble "

Emmanuelle Peyret,
Libération



" Un documentaire magnifique "
Laurent Delmas, On aura tout vu, France Inter


" Le récit de la résistante nous laisse dans l'admiration la plus totale "
Élise Racque,
Télérama

 

" Paulette Sarcey exprime avec une détermination exemplaire sa double appartenance
à une minorité « raciale » persécutée et à une minorité politique luttant contre l’occupant "
François Albera,
Le Monde diplomatique


" Paulette Sarcey, juive, communiste et résistante à Auschwitz " - RFI, La Marche du monde

Mémoires vives avec Denis Peschanski - RCJ

Liberté sur paroles avec Tangui Perron - Radio Aligre

 

Le film Cité de la muette et l'intégralité de l'entretien avec Paulette Sarcey
sont à retrouver dans un coffret 2 DVD accompagné d'un livret pédagogique
Plus d'informations sur le site de Ciné-Archives

 

Radio. Communiste, juive, résistante, elle témoigne sur RFI
Vendredi, 24 Janvier, 2020 - L'Humanité

La marche du Monde www.rfi.fr, à partir d’aujourd’hui Diffusé dimanche 26 janvier à 11 h 10 sur l’antenne de RFI
Paulette Sliwka-Sarcey a plus de 95 ans et a vécu l’horreur de la déportation à Auschwitz-Birkenau, en 1943. Un témoignage saisissant sur l’univers concentrationnaire.

 

«Nous , nous étions un groupe, une organisation. Il y avait toujours quelqu’un pour soutenir l’autre. Pour survivre, et témoigner. » Paulette Sarcey, au micro de Valérie Nivelon, raconte ses années de résistance et de déportation. Et c’est bouleversant, tant sa voix sonne clair, tant ses souvenirs sont précis dans l’horreur, mais aussi dans la pudeur. Ses paroles sont pour RFI le moyen de célébrer le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Paulette Sarcey est née en 1924 à Paris, dans le quartier de Belleville, de parents juifs polonais persécutés pour leurs opinions communistes dans leur pays d’origine. Elle joue dans la rue, elle participe aux patronages fondés par son père et d’autres militants. Quand les nazis débarquent à Paris, elle refuse de porter l’étoile jaune. Et entre dans la clandestinité, avec un groupe de militants, dont Henri Krasucki, alors son compagnon. Ils étaient 27 membres : ils ne sont plus que 6, à son retour d’Auschwitz, en 1945. Leurs missions : balancer des tracts dans les cinémas, saboter des entreprises…

Et ce que raconte Paulette Sarcey, c’est la façon dont elle a survécu, après que son réseau a été trahi : par la solidarité avec les membres de son groupe, d’abord à Drancy, puis dans le convoi, le 23 juin 1943, qui envoie ces hommes, ces femmes et ces enfants vers l’horreur. Mais elle dit aussi la force de la solidarité quand l’espoir est réduit à néant, les sabotages dans le camp, les dons de nourriture aux plus faibles, les chaussures et la gamelle qu’on doit protéger pour survivre. Avec au cœur cette force du collectif, qui se renoue à l’intérieur du camp. Elle évoque son hébétude devant la liberté retrouvée, aussi. Et cette force de combattre, qui la porte jusqu’à aujourd’hui.

L’intégralité de l’entretien avec Paulette Sarcey ainsi que le film Cité de la Muette, qui en reprend quelques extraits, sortiront en DVD fin janvier dans une coédition Ciné-Archives et Périphérie.
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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 14:47
1972 - Jacques Duclos, Jean-Franois Hamon, secrétaire de section de Quimper, et Piero Rainero

1972 - Jacques Duclos, Jean-Franois Hamon, secrétaire de section de Quimper, et Piero Rainero

Le 25 avril 1975 disparaissait l'une des grandes figures du mouvement communiste français et international : Jacques Duclos.

Ci-joint une photo de l'un de ses passages dans le Finistère en 1972 pour un meeting au théâtre de Quimper devant une salle archi-comble, et il y avait autant de monde dehors qui suivait son propos car nous avions sonorisé l'extérieur. Je me souviens qu'un ancien député de droite du Finistère, Hervé Nader qui avait connu Jacques Duclos à l'Assemblée, était venu au meeting pour rencontrer son ancien collègue qu'il avait interpellé publiquement à cette occasion de façon fort civile, ce qui avait conduit à un échange sans concession mais très courtois avec Jacques Duclos sous les applaudissements d'une salle enthousiaste.

La photo où l'on voit aux côtés de Jacques Duclos, Jean-François Hamon secrétaire de la section de Quimper et moi-même a été prise à l'Hôtel Pascal de Quimper lors du point de presse. Les propriétaires, Rosa et Jean Quéré, des amis que nous connaissions très bien gardèrent longtemps le souvenir de cette rencontre et ne manquaient jamais de rappeler combien ils avaient été honorés d'avoir accueilli Jacques Duclos en montrant le livre d'or portant sa signature aux côtés de bien d'autres prestigieuses.

Pour mémoire à l'élection présidentielle de 1969 Jacques Duclos avait obtenu 67 141 suffrages, 17% dans notre département.

Il y avait alors 2 926 adhérents à notre parti (1 202 dans ce qui allait devenir la Fédé-Nord l'année suivante et 1 724 ans la partie du Sud-Finistère) répartie en 190 cellules, 32 sections, 27 cellules isolées (localisées en secteur rural) et 282 adhésions avaient réalisées dans le département cette année là.

La JC et l'UEC étaient alors aussi des mouvements importants car pour le grand meeting national de jeunes qui s'était tenu à Saint-Ouen en mai 1969 dans le cadre de la campagne électorale de notre candidat nous avions organisé le déplacement de 7 cars, bien remplis, de jeunes finistériens pour s'y rendre au départ de Brest, Morlaix, du centre Finistère, de Quimper, du Pays Bigouden, de Concarneau et de Scaër-Roporden.

Cela ravivera sans doute de bons souvenirs aux camarades ayant participé à ces grands moments de la vie politique dans notre pays.

Piero Rainero

 

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 06:36
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 79/ André Guéziec (1922-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

79/ André Guéziec (1922-1941)

Né le 30 mars 1922 à La Forest (Finistère), fusillé le 12 mai 1941 à Brest (Finistère) ; peintre ; membre du PCF clandestin dans les Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor), travaillant sur l'aérodrome de Ploujean à Morlaix, il était soupçonné de faire de l'espionnage contre l'occupant.

Son père, Yves Guéziec, né le 20 avril 1884 et décédé le 1er juin 1965 à Trémel, était retraité des chemins de fer, et demeurait au Rest en Trémel. André Guéziec faisait partie de la petite communauté de l’Église réformée installée dans cette commune depuis les années 1880. Sa mère lui donna une éducation protestante.
Depuis octobre 1940, il travaillait à l’aérodrome de Morlaix situé sur la commune de Ploujean (Finistère) contrôlé par les Allemands. Arrêté le 22 janvier 1941, il fut condamné à mort le 14 avril 1941 à Brest par les Allemands (K 752 de Quimper) « pour intelligence avec l’ennemi et pour avoir favorisé l’ennemi ». Il fut exécuté le 12 mai 1941 à 16 h 45 à la caserne Fautras (aujourd’hui disparue à la suite des bombardements américains lors de la prise de Brest en août 1944), rue Duguesclin à Brest. Les autorités françaises ne semblent pas avoir été informées des conditions de son arrestation et de son exécution. En effet, le préfet des Côtes-du-Nord, dans un courrier daté du 1er juin, indique qu’il a appris la mort de Guéziec par l’apposition d’affiches faite par la Feldkommandantur de Quimper. Il fut informé des circonstances de l’exécution par le courrier envoyé par le chanoine Coutret qui assista André Guéziec dans ses derniers instants, en l’absence du pasteur de Brest. Selon le curé de la paroisse de Saint-Louis, André Guéziec avait été pris en possession d’un plan de Morlaix à l’intention d’un camarade qui devait venir le voir. Les autorités allemandes considérèrent qu’il s’agissait d’une information sur le terrain d’aviation où il travaillait. Guéziec clama son innocence en vain. Son père vint le voir à la prison de Morlaix au début du mois de février. Dans une lettre adressée à sa mère le 18 mars, Guéziec indiqua qu’il était inculpé d’espionnage et de tentative d’évasion vers l’Angleterre.
Selon les responsables de l’ANACR Roger Rioual et Marcel Diguerher, anciens responsables de la Résistance du secteur, André Guéziec faisait partie avec Jean Person et Aristide Paris du triangle de l’Organisation spéciale de Trémel mis en place par le Parti communiste clandestin dès l’automne 1940 dans le canton de Plestin-les-Grèves. Une cellule du PCF existait avant guerre, dans la commune, dirigée par Louis Rivoalen, conseiller municipal déchu en 1940, futur maire de la commune après la Libération.
André Guéziec était l’ami de Roger Sourimant, ouvrier teilleur de lin, dont les frères étaient des militants communistes.
Son frère Édouard Guéziec fut assassiné par les Allemands le 28 juin 1944 à la maison de la Pépinière à Plouaret.
 
Source: https://fusilles-40-44.maitron.fr/?article88502

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Dép. Côtes-d’Armor, 2W110, 2W135. – Christian Bougeard, Le choc de la Deuxième Guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord, thèse de doctorat d’État, Rennes II, 1986. – Jean Boutouiller, « Été 44, Résistances et Libération en Trégor », Skol Vreizh, no 56, 2004. – Louis Pichouron, Mémoire d’un partisan breton, Presses universitaires de Bretagne, 1969. – Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000. – Alain Prigent, « La SPAC contre le PCF clandestin », Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 6/7, 1998. – Témoignage de Léontine Person recueilli par Marcel Diguerher. — Arch. Mun. Quimper, fonds Alain Le Grand, 22 J 47 (consulté en 2020).

Iconographie
Iconographie : photo d’André Guéziec, affiche de sa condamnation à la peine de mort et de son exécution tirée à 993 exemplaires pour le département des Côtes-du-Nord.

Alain Prigent, Serge Tilly

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 05:00
Jean Kérautret (Crédit photo Gildas Priol)

Jean Kérautret (Crédit photo Gildas Priol)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère:

78/ Jean Kérautret (1918-1942) et Vincent Guivarc'h (1918-1942)

Deux résistants ouvriers de 24 ans, de la jeunesse communiste, du PCF, puis des FTPF, arrêtés en opération puis fusillés à Morlaix après avoir été atrocement torturés. 

Jean Kérautret était le fils de François Kérautret, tapissier, responsable de la CGTU et du Parti communiste dans la région brestoise. Membre des Jeunesses communistes en 1936, Jean Kérautret, tapissier selon Eugène Kerbaul, fut un des créateurs du cercle Henri Barbusse de Brest dont il devint le trésorier adjoint.

Il accomplit son service militaire en 1937. Démobilisé au printemps 1941, célibataire, il exerçait la profession de monteur aux PTT à Brest.
Il entra alors dans la résistance communiste brestoise au sein des structures de l’Organisation spéciale (OS) et FTPF au sein du groupe Pierre Corre. Il fut en liaison avec Simone Bastien, chargée de réorganiser les Jeunesses communistes clandestines.

Arrêté le 31 août 1942 à Morlaix, il fut incarcéré dans cette ville, avec Vincent Guivarc'h, militant communiste né le 26 janvier 1918 à Brest, soudeur à l'Arsenal de Brest, membre des FTPF du Parti communiste clandestin, qui prit part à des sabotages de sous-stations électriques à l'arsenal en mars 42.  

Eugène Kerbaul, chef de la résistance communiste brestoise lui-même, écrit, dans "Chronique d'une section communiste de province. Brest, janvier 1935-janvier 1943":

"Le 31 août 42, Jean Kerautret, responsable des J.C brestois, et un autre J.C, Vincent Guivarc'h, se heurtent à un groupe de soldats allemands alors qu'ils étaient en opération. Ils tirent sur eux. Dans l'échange de tir, les résistants sont grièvement atteints et tombent aux mains des allemands. Ils seront fusillés le 14 octobre 1942 après avoir été abominablement torturés après qu'on ait retrouvé un arsenal d'armes du groupe FTP au domicile de Kerautret. En septembre 1942, les chefs FTP brestois Jean-Louis Primas et de Pierre Corre organisent deux attentats qui font 28 victimes dans un bordel fréquenté par les Allemands, tandis qu'au même moment, un attentat contre l'hôtel abritant l'état major de la Kriegsmarine tue probablement 12 officiers. Quelques jours plus tard, un groupe de FTP abat un major-général allemand dans sa voiture entre Landerneau et Landivisiau. "  De juin à fin septembre 1942, on compte 247 arrestations de communistes et de sympathisants très proches dans le seul département du Finistère. L'enquête est confiée à la SPAC (Section de Protection anticommuniste) et dure du 26 septembre 1942 à février 1943. Elle va porter des coups très durs à l'organisation communiste comme à ses FTP, notamment à Brest. Des policiers de la SPAC viennent à Brest, les policiers collaborateurs locaux leur remettent les rapports des enquêtes passées ou en cours". 

Résistance et répression des communistes brestois de 1939 à 1943 (à partir des souvenirs et des enquêtes d'Eugène Kerbaul, résistant communiste)

Condamnés à mort par le tribunal militaire allemand de Quimper (FK 752) le 2 octobre 1942 pour « intelligence avec l’ennemi et voies de fait », Jean Kérautret et Vincent Guivarc'h sont fusillés le 14 octobre 1942 à Morlaix.

Source: Maitron des fusillés en ligne

SOURCES : DAVCC, Caen, Liste S1744 (Notes Jean-Pierre Besse). – J.-P. Besse, T. Pouty, Les fusillés (1940-1944), op. cit. – Brewalan Biger, Jean-Pierre Sudre, Les fusillés du Finistère (1940-1944), mémoire de master, UBO, 2011. – Eugène Kerbaul, 1 270 militants du Finistère (1918-1945), IRM Bretagne, 1985.

Alain Prigent, Serge Tilly

Lire aussi:

La résistance FTP à Morlaix: le témoignage d'Eugène Le Luc recueilli par le Télégramme et Jeannine Guichoux (mémoire universitaire)

Les déportés morlaisiens dans les camps nazis pendant la seconde guerre mondiale

 

La Une de la Dépêche de Brest du 12 octobre 1942... Toute une ambiance de l'époque où l'on torturait et fusillait les partisans communistes en Bretagne

La Une de la Dépêche de Brest du 12 octobre 1942... Toute une ambiance de l'époque où l'on torturait et fusillait les partisans communistes en Bretagne

Et la Dépêche de Brest du 14 octobre 1942, le jour de l'exécution des deux résistants communistes brestois à Morlaix

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 08:11
Pierre Jolivet et Emile Le Page -  livre d'Alain Le Grand sur la Résistance en Finistère

Pierre Jolivet et Emile Le Page - livre d'Alain Le Grand sur la Résistance en Finistère

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 77/ Emile Le Page (1922-1942) et Pierre Jolivet (1921-1942)
stèle dédiée à Pierre Jolivet et Émile Le Page, place Blaise-Pascal à Quimper (à la Tourelle, en haut de la rue Pen Ar Stang). Cette stèle avait été dressée à la demande du PCF et nous avions aussi obtenu en 1985 que 2 rues contigües dans le quartier de Créach Gwen où est la direction départementale de La Poste portent les noms de nos deux camarades. L'inauguration de la stèle eut lieu en novembre 1990 avec Gaston Plissonnier et Daniel Trellu.

stèle dédiée à Pierre Jolivet et Émile Le Page, place Blaise-Pascal à Quimper (à la Tourelle, en haut de la rue Pen Ar Stang). Cette stèle avait été dressée à la demande du PCF et nous avions aussi obtenu en 1985 que 2 rues contigües dans le quartier de Créach Gwen où est la direction départementale de La Poste portent les noms de nos deux camarades. L'inauguration de la stèle eut lieu en novembre 1990 avec Gaston Plissonnier et Daniel Trellu.

Cérémonie d'hommage en 2015 à Emile Le Page et Pierre Jolivet avec discours d'Yvonne Rainero et de Léo, un jeune communiste, pour le PCF - hommage auquel la CGT s'était associée.  Une cinquantaine de personnes étaient présentes, dont les représentants d'organisations de résistants, ANACR, ARAC, FNDIRP, ainsi que de la LDH et du Mouvement de la Paix

Cérémonie d'hommage en 2015 à Emile Le Page et Pierre Jolivet avec discours d'Yvonne Rainero et de Léo, un jeune communiste, pour le PCF - hommage auquel la CGT s'était associée. Une cinquantaine de personnes étaient présentes, dont les représentants d'organisations de résistants, ANACR, ARAC, FNDIRP, ainsi que de la LDH et du Mouvement de la Paix

Cérémonie d'hommage en 2015 à Emile Le Page et Pierre Jolivet avec discours d'Yvonne Rainero et de Léo, un jeune communiste, pour le PCF - hommage auquel la CGT s'était associée.  Une cinquantaine de personnes étaient présentes, dont les représentants d'organisations de résistants, ANACR, ARAC, FNDIRP, ainsi que de la LDH et du Mouvement de la Paix

Cérémonie d'hommage en 2015 à Emile Le Page et Pierre Jolivet avec discours d'Yvonne Rainero et de Léo, un jeune communiste, pour le PCF - hommage auquel la CGT s'était associée. Une cinquantaine de personnes étaient présentes, dont les représentants d'organisations de résistants, ANACR, ARAC, FNDIRP, ainsi que de la LDH et du Mouvement de la Paix

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

77/ Emile Le Page (1922-1942) et Pierre Jolivet (1921-1942): les premiers résistants fusillés à Quimper étaient des postiers communistes.  

" Ils furent à un mois d’intervalle fusillés au stand de tir de La Tourelle à Quimper où une plaque commémorative rappelle leur mémoire : Pierre Jolivet le 5 juin 1942, Émile Le Page le 8 juillet 1942, le premier avait 20 ans, le second 19 ans. Tous deux, militants des Jeunesses communistes, adhèrent au parti communiste en 1939, au moment de son interdiction. Ces jeunes postiers auxiliaires de Quimper sont des résistants de la première heure.  Ils font partie des premiers groupes résistants du parti communiste dans l’Organisation Spéciale (O.S.) reconnue comme unité combattante dès octobre 1940 et mise en place en Bretagne par Robert Ballanger, puis dans les FTPF, qui prennent la suite de l’O.S.  Dans un rapport d’avril 1941, le préfet du Finistère place au premier rang des « adversaires de la Révolution Nationale » les communistes « aussi actifs qu’irréductibles ». En août 1941 les autorités militaires allemandes le somment d’agir contre la recrudescence des attentats et des sabotages dans le département.

Avec leur groupe, Émile Le Page et Pierre Jolivet participent aux distributions de tracts et journaux clandestins et dès janvier 1941 aux premières actions directes contre l’occupant : sabotages, attentats contre la caserne de la Wehrmacht, contre le Soldatenheim, foyer du soldat allemand, de Quimper. Ils préparent l’attentat contre le siège de la LVF, leur groupe l'exécutera sans eux en juin 1942. Car entretemps ils ont été repérés, sur dénonciation, lors d’une distribution de tracts appelant à manifester le 1er mai 1942. Arrêtés par des policiers français et torturés à la prison de Mesgloaguen, ils sont remis aux Allemands, condamnés à mort et fusillés, Pierre Jolivet le 5 juin, Émile Le Page, le chef de groupe, le 8 juillet. Leur groupe FTP continuera sans eux ses actions : contre le local de la LVF en juin 1942, contre le bureau d’embauche pour l’Allemagne en octobre, contre la Kommandantur et la poste militaire allemande en janvier 1943.

Alain Le Grand, dans son ouvrage sur la Résistance dans le Finistère, faisait état de nombreux témoignages disant que, loin de donner un coup d’arrêt à la résistance locale, leur exécution poussa d’autres jeunes à suivre leur exemple".

Yvonne Rainero, secrétaire de section du PCF pays de Quimper

***

Pierre Jolivet et Emile Lepage furent les premiers patriotes quimpérois qui tombèrent sous les balles d'un peloton d'exécution. D'autres résistants communistes furent aussi victimes de l'occupant et des autorités de collaboration: Charles Le Port, d'Ergué-Armel, le ferblantier de Penhars, Arthur Quéinnec, Kergornna, Jean Bernard, résistant de la première heure, capitaine FTP, condamné par la section spéciale de Rennes et déporté, comme son jeune frère Yves, arrêté en classe au lycée de Pont L'Abbé en octobre 194, André Quiniou, dirigeant de la JC avant guerre, un des responsables avec Jean Bernard du PCF clandestin à Quimper, arrêté et torturé par des policiers français.

Émile Le Page est né le 19 août 1922 à Quimper (Finistère). Fils de Émile Marie Lepage, zingueur, et de Jeanne Émilie Hopp, ménagère, Émile Le Page, ou Lepage d’après son acte de naissance, célibataire, était aide postier à Quimper. Selon Eugène Kerbaul il fut l’un des dirigeants finistériens en 1939 des Jeunesses communistes, avant d’intégrer en 1939 le Parti communiste. Participant d’abord à la restructuration dans l’illégalité du parti, il fit partie des premiers groupes de l’Organisation spéciale (OS), branche militaire du Parti communiste clandestin en septembre 1941.

Pierre Jolivet est né le 6 septembre 1921 à Quimper (Finistère). Fils de Jean Laurent Jolivet, boulanger, et de Marie Signor, ménagère, Pierre Jolivet, employé comme postier auxiliaire, il adhéra en 1937 aux Jeunesses communistes, avant d’intégrer en 1939 le Parti communiste, année de sa mise au ban de la politique française par le gouvernement Daladier. Il continua la lutte en participant d’abord à la restructuration dans l’illégalité du parti puis entra à l’Organisation spéciale du PCF avant de s’engager dans les Francs-tireurs et partisans (FTP) dès leur création dans le département du Finistère. 

Avec leur groupe, dont Émile Le Page était le responsable, ils ont participé dès janvier 1941 à des sabotages, des attentats contre la caserne de la Wehrmarcht, contre le Soldatenheim de Quimper, ils ont préparé l’action contre le siège de la LVF que leurs camarades effectuèrent sans eux en juin 1942. Ils furent arrêtés le 8 mai 1942 à Quimper par des policiers français: ils avaient été repérés distribuant des tracts appelant à manifester le 1er mai 1942. Ils distribuaient des tracts clandestins du PCF appelant à la résistance tout en distribuant le courrier.

Chef de groupe en mai 1942, Émile Le Page fut arrêté par la police française pour infraction aux décrets lois du 26 septembre 1939 concernant l’activité du Parti communiste. Sa mère réussit à prévenir les membres de son groupe lors de son arrestation.

Interné à la prison de Quimper, Émile Le Page fut torturé comme Pierre Jolivet, arrêté le 5 mai à Paris, où il venait de partir occuper un emploi aux P.T.T également, puis livré à l’autorité allemande d'occupation par la police française collaboratrice, à nouveau torturé, et changea de quartier à partir du 5 mai. Il fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 752 de Quimper le 30 mai 1942 pour « propagande communiste ».

Défiant les juges, Pierre Jolivet leur a jeté: "Vous allez tuer un communiste, mais vous ne tuerez pas l'idée et vous perdrez la guerre". Lors des visites que lui rend sa mère, il parle de l'armée soviétique qui écrasera les hitlériens. Durant les entretiens, il gardait toujours les mains derrière le dos. Il ne voulait pas que sa maman voie ses doigts déformés par la torture.

Pierre Jolivet a été fusillé le 5 juin 1942 (ou le 6 juin selon le DAVCC) au stand de tir de La Tourelle à Quimper. Les habitants demeurant aux alentours du champ de manœuvres entendirent chanter "La Marseillaise". Quelques jours plus tard, Madame Jolivet se voyait remettre ses vêtements à la prison. "Il est parti dans un camp", lui dirent les nazis.

Émile Le Page a été fusillé 8 juillet 1942 au stand de tir de La Tourelle à Quimper, un mois après son camarade Pierre Jolivet.  Émile Le Page et Pierre Jolivet étaient les premiers résistants fusillés à Quimper. 

Le 14 juillet 1942, un rassemblement est convoqyé au cimetière d’Ergué-Armel auprès de la fosse commune où leurs corps avaient été jetés, les gendarmes sont là pour empêcher les familles et les courageux patriotes d'accéder au cimetière pour célébrer les résistants.  La tombe des deux héros devient un lieu de pélerinage. Chaque jour, des mains anonymes y déposent des bouquets. 

Leurs corps ne furent rendus aux familles que le 2 octobre 1944 pour des obsèques officielles auxquels participa une foule impressionnante.

Depuis, les corps d’Émile Le Page et Pierre Jolivet reposent au cimetière Saint-Marc à Quimper dans une sépulture commune

La stèle en mémoire de Pierre Jolivet et Emille Le Page avait été dressée à la demande des camarades du PCF Quimper et nous ceux-ci avaient aussi obtenu en 1985 que 2 rues contigües dans le quartier de Créach Gwen où est la direction départementale de La Poste portent les noms de nos deux camarades. L'inauguration de la stèle eut lieu en novembre 1990 avec Gaston Plissonnier et Daniel Trellu.

Pierre Jolivet et Emile Le Page ont donné aussi leur nom à la cellule des PTT du PCF dont sont encore issus plusieurs de nos camarades.

Le 27 mai 2015, la section communiste de Quimper invitait à se retrouver devant la stèle dédiée à Emile Le Page et Pierre Jolivet pour un hommage à toute la Résistance:

« Ces deux jeunes postiers communistes engagés très tôt dans la Résistance, appartenaient aux FTPF (Francs Tireurs et Partisans Français). Arrêtés par des policiers français, torturés, puis remis aux occupants, ils ont été fusillés à Quimper, au champ de tir de la Tourelle, en juin et juillet 1942. Ils avaient 19 et 20 ans. Ce sont les premiers résistants fusillés à Quimper. Au cours de cette cérémonie, une gerbe sera déposée et un jeune lycéen lira un poème de Paul Éluard » (Ouest-France, 26 mai 2015)

Sources:

Yvonne Rainero et Piero Rainero, site de la section PCF de Quimper:  http://quimper.pcf.fr/71327

Dictionnaire des militants du Finistère d’Eugène Kerbaul,

La Résistance dans le Finistère d’Alain Le Grand

Le dictionnaire des fusillés du Maitron: Alain Prigent, Serge Tilly sur Emile Le Page; Biger Brewalan, René-Pierre Sudre sur Pierre Jolivet

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

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1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 06:30
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 76/ Louise Tymen (1925-2015)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

76/ Louise Tymen (1925-2015)

Louise Tymen était de ces militantes discrètes, modestes, toujours présentes, d’une grande efficacité. Elle avait adhéré au PCF en 1945 à l’âge de 20 ans et très rapidement s’engagea dans l’activité militante politique et syndicale.

L'audience du Parti Communiste à la libération dans le Finistère

En 1948 elle fut élue au comité fédéral du parti dans le Finistère avec la responsabilité du « travail vers les femmes ». Il y avait alors seulement 6 femmes sur 54 membres dans cet organisme de direction départemental. Peu nombreuses, elles ont joué pourtant un rôle important.

 

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

Marie Lambert, résistante, députée communiste dans le Finistère à la Libération, journaliste à l'Humanité, envoyée spéciale en Algérie

Marie Lambert qui fut de mai 1947 à février 1949 secrétaire départementale du PCF et de 1948 à 1951 la 1ère femme députée du Finistère, elle quitta le département en 1952. Catherine Lagatu, ancienne résistante, quitta le Finistère en 1951 pour la région parisienne où elle fut de 1954 à 1965 conseillère de Paris et sénatrice de 1968 à 1977.

Louise Tymen a été membre du bureau fédéral du PCF de 1956 à 1964, et du comité de la section de Quimper de 1948 à 1972.

Elle était de ces militants qui apportaient beaucoup d’informations sur la vie sociale et économique aux correspondants départementaux (Louis Le Roux et Robert Goulm notamment) du quotidien régional communiste « Ouest-Matin » de 1948 à sa disparition en 1956.

Louise militait dans la cellule de son quartier du Moulin-Vert à Quimper, cellule qui portait le nom d’Alain Quiniou, employé de banque communiste et cégétiste quimpérois, résistant de la 1ère heure, mort en déportation à Mauthausen en mai 44. Jamais elle ne manquait une réunion, toujours présente pour les ventes de l’Huma, les tractages et le porte à porte. Elle était l’une des chevilles ouvrières de la fête du « Travailleur Quimpérois » que les communistes organisaient chaque 1er mai au bois du séminaire et qui rassemblait des milliers de personnes ; Jean Ferrat, Isabelle Aubret, Marc Ogeret, Francesca Solleville, Pierre Vassiliu, entre autres, y ont été accueillis tour à tour par des foules enthousiastes.

Elle fut très active dans l’organisation des initiatives contre les guerres coloniales, l’armement nucléaire et pour la défense de la paix.

En 1955 elle prit la parole à Quimper devant un millier de personnes qui manifestaient contre la venue en France du général US Ridgway et les menaces de guerre bactériologique que les USA faisaient peser sur la Corée.

En 1956 elle fut inquiétée par la police pour avoir distribué des tracts contre la guerre coloniale que menait la France en Algérie et avoir protesté contre l’emprisonnement de 2 jeunes élèves de l’école normale de garçons de Quimper, Jean Cann et René Quiniou, qui firent plus d’un mois de prison pour avoir réclamé la paix et l’indépendance de l’Algérie.

En 67-68 elle fut impliquée au plan syndical dans les manifestations pour la défense de l’emploi en Bretagne sur le thème de « l’Ouest veut vivre ».

En janvier 1970 elle fut déléguée de la section PCF de Quimper au congrès départemental du parti à Audierne qui entérina la création de 2 fédérations communistes dans le département. Cette délégation comprenait aussi Jean-François Hamon (secrétaire de la section), Jean Le Berre (trésorier), Basile Larzul, Théo Le Coz, Daniel Trellu et Piero Rainero.

Employée dans un garage automobile à Quimper, Louise fut amenée à quitter son emploi dans les années 60 et devint peu après secrétaire administrative de l’union locale CGT de Quimper où elle joua un rôle important. Jacqueline le Louet, longtemps secrétaire générale de l’UL, avait coutume de dire : « C’est Louise qui tient la boutique ».

En effet, présente quotidiennement dans son bureau qui était situé au-dessus du gymnase municipal rue Jean-Jaurès, elle accueillait les délégués et les représentants des entreprises, les écoutaient, les renseignaient avec la connaissance remarquable qu’elle avait du monde ouvrier de la ville et de toute la Cornouaille.

Membre de la CE et du bureau de l’UD CGT elle fut aussi élue de son syndicat au Conseil d’Administration de la Sécurité Sociale à Quimper pendant une dizaine d’années.

A partir des années 70, elle n’exerça plus de responsabilités au PCF, se consacrant totalement à l’action syndicale.

A la fin de sa vie, sa santé ne lui permettant plus de vivre seule à domicile, elle séjourna dans la maison de retraite Ty Glazik à Quimper où des camarades et des amis venaient régulièrement la voir. Elle était très contente lorsque l’on venait lui remettre sa carte du PCF. Elle lisait beaucoup, y compris chaque jour son journal l’Humanité. Elle s’est éteinte en 2015 et ses obsèques eurent lieu dans l’intimité familiale.

Piero Rainero

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 12:54
Littérature soviétique - Le Docteur Jivago,  le chef d'oeuvre puissant, amer et sulfureux du poète Pasternak
Boris Pasternak et Olga Ivinskaïa, le modèle de l'inoubliable Lara, la maîtresse de Ioura Jivago

Boris Pasternak et Olga Ivinskaïa, le modèle de l'inoubliable Lara, la maîtresse de Ioura Jivago

"Ioura marchait seul, dépassait les autres et s'arrêtait parfois pour les attendre. En réponse à la dévastation que la mort avait laissée dans ce groupe qui le suivait à pas lents, un mouvement impérieux comme celui de l'eau qui s'enfonce en creusant ses tourbillons le portait à rêver et à penser, à s'acharner sur des formes, à créer de la beauté. Plus clairement que jamais, il voyait maintenant que l'art, toujours et sans trêve, a deux préoccupations. Il médite inlassablement sur la mort et par là, inlassablement il crée la vie. Le grand art, l'art véritable, celui qui s'appelle l'Apocalypse et celui qui la complète".

(Le Docteur Jivago, fin de la troisième partie).

"Le langage, patrie et réceptacle de la beauté et du sens, se met lui-même à penser et à parler pour la résonance extérieure et sensible, mais par l'impétuosité de son mouvement intérieur. Pareil à la masse roulante d'un fleuve dont le courant polit les pierres du fond et actionne les roues des moulins, le flux du langage, de lui-même, et par ses propres lois, crée en chemin, et comme au passage, la mesure, la rime, et mille autres formes, mille autres figures encore plus importantes, mais jusqu'ici inconnues, inexplorées et sans nom"

(Le Docteur Jivago, quatorzième partie)

 

C'est l'histoire d'un roman fleuve embrassant et embrasant l'histoire russe de la première moitié du XXe siècle, une histoire à la fois grandiose, violente et tragique que l'auteur a vécu en témoin et acteur, publié une première fois en 1957, d'abord en Italie, qui vaudra à son auteur le Prix Nobel de littérature en 1958, deux ans avant sa mort, à 70 ans, et qui ne put paradoxalement n'être publié en URSS qu'en 1985 avec la pérestroïka. En novembre 1985, la publication du Docteur Jivago en URSS fut considérée comme l’un des premiers signes d’ouverture de Mikhaïl Gorbatchev. Le 23 octobre 1958, quand le prix Nobel de littérature est décerné par l’académie suédoise à Boris Pasternak, les autorités soviétiques dénoncent une nouvelle provocation de l’Occident. Radio Moscou qualifie l’attribution de la prestigieuse récompense d’acte politique dirigé contre l’État soviétique. La Russie krouchtchévienne n’a pas rompu complètement avec les pratiques de l’ère stalinienne. Krouchtchev dénonce sur le moment, inspiré par des écrivains, ennemis de Pasternak ou intrigants voulant apparaître comme orthodoxes, un des plus grands romans de l'extraordinaire lignée littéraire russe, consacrée par l'académie Nobel l'année suivante. Pourtant, plus tard, après avoir lu le Docteur Jivago en entier, Khrouchtchev déclara que ce roman n’était pas antisoviétique. Pasternak fait l’amère expérience de la mise à l'écart. Il se voit exclu de l’Union des écrivains; une campagne de presse d’une rare violence le conduit à refuser le prix. Les critiques reprochaient à Pasternak de présenter favorablement dans le "Docteur Jivago", même si des personnages bolcheviques nobles y sont aussi représentés, une intelligentsia bourgeoise et individualiste, d'ignorer le rôle du peuple, enfin de multiplier les références au Christ dans les poèmes qu'il attribuait à Jivago. Le « rejet de la révolution socialiste » était au cœur des accusations. Seule sa notoriété lui permet d’échapper à l’exil. Spolié de ses droits d’auteur et privé de toutes ressources matérielles, ses conditions de vie se détériorent sensiblement. L’arbitraire des mesures répressives s’étend à ses proches qui endureront la vindicte du régime bien après son décès. C’est un homme fatigué, littéralement usé par les épreuves, qui s’éteint en 1960 des suites d’un cancer. Boris Pasternak meurt en disgrâce. Pourtant la foule se presse à ses obsèques. Ils seront nombreux pour reprendre le flambeau de la résistance face à l’oppression, rendant ainsi hommage à l’exigence morale et au courage de l’écrivain. La figure du dissident était née. Les écrivains Andréï Siniavski et Iouli Daniel portent le cercueil de Pasternak, ils seront condamnés à 7 et 5 ans de camps de contration par Brejnev en 1966 et Aragon prendra leur défense dans "L'Humanité", avec l'accord de Waleck-Rochet. Aragon était celui qui avait le plus œuvré pour faire connaître en France la littérature soviétique. Il continuera d’ailleurs, dirigeant chez Gallimard une collection « Littérature soviétique », dans laquelle sont publiés des écrivains aux talents les plus divers : Pasternak, Cholokhov, Bek, Paoustovski…

On sort de la lecture du "Docteur Jivago" de Boris Pasternak bouleversé par la beauté et la puissance tragique d'une histoire d'amour et de souffrance d'un héros anachronique dans la violence de la Russie soviétique.  C'est une fresque dont les personnages très contrastés et peints dans le clair-obscur d'une vérité moins réaliste et psychologique que poétique et spirituelle, même secondaires, malgré les effets mélodramatiques, sont représentés par une telle intensité humaine, de la noblesse à la bassesse grotesque, qu'on peut les sentir vivre à côté de soi, tandis que la Russie - européenne et sibérienne, son âme, sa géographie et sa culture - sont d'une certaine façon le personnage principal de cette fresque qui la met aux prises avec la violence de l'histoire, la guerre avec le Japon, la première révolution russe "libérale" de 1905, la première guerre mondiale vue du front, la révolution bolchevique vue de Moscou, puis de l'Oural, guerre civile entre les rouges et les blancs et son cortège d'horreurs, d'exécutions et de représailles, puis la période de la NEP et du stalinisme, qui sont parcourues beaucoup plus rapidement, jusqu'à la grande guerre patriotique contre l'invasion allemande et nazie, qui apparaît comme un soulagement, une libération d'énergie et d'espoir pour les personnages de Pasternak qui s'engagent dans la mêlée après avoir été contraints de vivre comme suspects, potentiels condamnés, ou carrément déportés au goulag. 

Pasternak fait partie des sept grands poètes de la Russie communiste des années 20 et 30 avec Akhmatova, Tsvetaïeva, Maïakovski, Blok, Essenine, Mandelstam. Ce roman est écrit par un poète et cela se voit: on est loin du réalisme journalistique ou social même si l'ambition est de dire la "vérité" d'une époque à travers le point de vue d'un artiste et intellectuel d'abord enthousiasmé par la révolution, puis meurtri par elle et les puissances de destruction qu'elle a mises en branle. Le roman est habité par un souffle lyrique et romantique malgré la cruauté de la période représentée, révélée sans fard ni détours, avec un grand courage, par Pasternak: les descriptions qui sont faites des forêts et des arbres, de Moscou et des champs de la campagne russe, des ruisseaux et des routes, des paysages enneigés, des variations du climat, du jour et de la nuit, la présence muette des astres, de la lune et des étoiles, les odeurs, l'emprise charnelle de la vie et du monde, y sont pleines d'onirisme, de grâce et de sublime, faite d'images et de notations d'une précision surprenantes qui acquièrent leur propre nécessité.

Ioura Jivago est une sorte d'alter ego de Boris Pasternak.

Fils d'un peintre renommé et d'une musicienne, Boris Pasternak est né à Moscou en 1890 et mort à Peredelkino près de Moscou le 30 mai 1960. "Le Docteur Jivago", un roman embrassant 40 ans d'histoire russe marquée par les révolutions et les guerres, de 1903 à 1943, qui valut à son auteur le prix Nobel de littérature, est sa dernière grande œuvre.  Boris Pasternak vient d'une famille juive moscovite aisée, passant ses étés à Odessa, sur la Mer Noire. Sa famille fréquente Tolstoï, Rainer Maria Rilke, Lou Andreas-Salomé, la muse de Nietzsche, alors que Boris est encore enfant. Jeune, Boris Pasternak est néanmoins victime de la discrimination qui frappe les juifs en Russie: malgré sa brillante réussite aux examens, il est refusé en deuxième année au lycée de Moscou en raison d'un numérus clausus qui limite le nombre de juifs à 10 pour 345. En dépit du soutien du maire de Moscou, la règle discriminatoire l'empêche de poursuivre ses études dans une voie d'excellence. Il a dix ans. C'est à peu près l'âge de Gordon, fils d'avocat et futur ami du docteur Ioura Jivago, qui est témoin du suicide du père de Jivago, industriel noceur et alcoolique, qui a abandonné sa mère, dans un train alors qu'ils rentraient à Moscou. Pasternak caractérise le sentiment d'étrangeté au monde de la condition d'un juif en Russie à cette époque: 

" Dans les gares importantes, les voyageurs couraient au buffet comme des possédés, et le soleil couchant, derrière les arbres du jardin de la gare, éclairait leurs jambes et brillait sous les roues des wagons.

Pris à part, tous les mouvements de ce monde étaient froids et calculés; dans leur ensemble, ils étaient inconscients et enivrés par le vaste flux de la vie qui les unissait. Les gens peinaient et s'agitaient, mus par le mécanisme de leurs soucis particuliers. Mais ces mécanismes n'auraient pas fonctionné, s'ils n'avaient eu pour régulateur principal un sentiment d'insouciance suprême et fondamentale. Cette insouciance avait pour source la conscience d'une solidarité des existences humaines, la certitude qu'il existait entre elles une communication et le sentiment de bonheur que l'on éprouvait à pressentir que tout ce qui se passe ne s'accomplit pas seulement sur la terre où l'on ensevelit les morts, mais encore ailleurs, dans ce que les uns appellent le Royaume de Dieu, d'autres l'Histoire ou tout ce qu'on voudra.   

A cette règle, le petit garçon était une amère et due exception. Son ressort ultime restait un sentiment de préoccupation; il n'avait pas pour le soulager ou le grandir, ce sentiment de sécurité. Il se connaissait ce trait héréditaire, il en guettait en lui-même les symptômes avec une vigilance pointilleuse. Ce trait le contrariait. Sa présence l'humiliait. 

Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il n'avait jamais cessé de se demander avec étonnement comment, avec les mêmes bras et les mêmes jambes, le même langage et les mêmes habitudes, on pouvait être autre chose que tous les autres et par-dessus le marché quelque chose qui ne plaisait guère et qu'on n'aimait pas? Il ne comprenait pas une situation où, si l'on était pire que les autres, on ne pouvait pas faire de son mieux pour se corriger ou s'améliorer. Que signifie être juif? Pourquoi cela existe t-il? Qu'est-ce qui récompense ou justifie ce défi désarmé, qui n'apporte que des chagrins?"

Pour autant, il semblerait, si l'on suit l'idée de ses personnages, Lara et Jivago lui-même, surtout inspiré par une vision du christianisme, que le rapport de Boris Pasternak au judaïsme est celui d'un regret de l'exception et de l'éloignement imposé qui renforce les spécificités d'une nation rejetée jointe à un désir d'assimilation et une vision universaliste, inspirée peut-être autant par le communisme que par un certain christianisme, même si c'est aussi le christianisme qui sert de prétexte à l'antisémitisme.  

Gordon, l'ami de Jivago, sur le front pendant la première guerre mondiale, interrompt un cosaque qui humilie un vieux juif en biélorussie. Il commente ainsi devant Jivago, faisant du particularisme juif une conséquence malheureuse et pernicieuse du nationalisme et de l'antisémitisme :

" Maintenant, je vais te dire ce que je pense de la scène dont nous avons été témoins aujourd'hui. Ce cosaque, qui brimait ce pauvre patriarche, est un exemple entre mille de l'abjection pure et simple. La philosophie n'a rien à voir ici, tout ce que ça mérite, c'est des coups de poing sur la gueule. (...). Comment peut-il être question de peuples, depuis l'ère chrétienne? Quand l'Evangile dit que, dans le royaume de Dieu, il n'y a ni Hellènes ni Juifs, veut-il dire seulement que tous sont égaux? Certainement pas: les philosophes de la Grèce, les moralistes romains, les prophètes de l'Ancien Testament le savaient avant lui. Mais il dit: "Dans ce nouveau mode d'existence, dans ces nouveaux rapports entre les hommes que le cœur a conçus et qui s'appellent le royaume de Dieu, il n'y a plus de peuples, il y a des personnes. "(...) Nous avons avons déjà parlé des hommes politiques médiocres qui n'ont rien à dire à la vie et à l'univers, des forces historiques de second plan, dont l'intérêt est que tout soit mesquin et qu'il soit toujours question de quelque peuple, petit de préférence, et malheureux, et qui permette de faire la loi et d'exploiter la pitié. Leur victime désignée, c'est le peuple juif tout entier. L'idée nationale impose aux Juifs la nécessité étouffante d'être et de rester un peuple, et rien qu'un peuple, au cours des siècles où, grâce à une force sortie jadis de leur masse, le monde entier a été délivré de cette tâche humiliante" (Le Docteur Jivago, Quatrième Partie)  

En 1905, Pasternak et une partie de sa famille vont s'installer en Allemagne, à Berlin. C'est en Allemagne que Boris Pasternak passe son baccalauréat et commence des études de musique, puis de philosophie. Il revient à Moscou en 1914 et, réformé, passe la première guerre mondiale en enseignant et travaillant dans une usine chimique de l'Oural, le décor du "Docteur Jivago" (Iouratine). Il écrit parallèlement plusieurs recueils de poésies: "Par-dessus les barrières" (1917), "Ma sœur, la vie", qui sera publié en 1922. C'est ce recueil qui le consacre auprès du grand public russe.

Pasternak appartient à ce moment là à un courant de poètes futuristes. Revenu à Moscou après 1917, il travaille dans une bibliothèque officielle et écrit, entre autres, un Essai d'aubiographie (1932). Il publie des traductions de poètes français, anglais et allemands, comme Ioura Jivago en avait aussi l'intention.  Il acquiert une grande réputation, pour ses traductions de William Shakespeare, Mary Shelley, Paul Verlaine ou encore Johann Wolfgang von Goethe...

Pasternak avait entretenu dès février 1917 une relation ambiguë avec la révolution. Séduit par l'utopie de la création d'un monde entièrement nouveau, il n'entra pourtant jamais au parti communiste, préférant la réflexion sur l'écriture poétique et romanesque à l'engagement politique. Accueillie comme un « miracle de l’histoire », la révolution de 1917 se mue sous ses yeux en une « domination inhumaine de l’imaginaire », figeant l’idéologie révolutionnaire en tyrannie.

Encore médecin militaire dans un hôpital à l'arrière du front à la fin de la première guerre mondiale, à Méliouzéiev, Ioura Jivago dit à son amie et future amante Lara Antipova, ou Larissa Fiodorovna, tout en la regardant repasser au dernier étage de l'hôpital, c'est la scène où il lui laisse à entendre pour la première fois son amour : 

"Songez-y, quel temps que le nôtre! Et vous et moi qui vivons ces jours. Mais ce n'est qu'une fois dans l'éternité qu'arrivent ces histoires de fous! Songez, la Russie tout entière a perdu un toit, et nous, avec tout un peuple, nous nous trouvons à ciel ouvert. Personne pour nous surveiller. La liberté! Pas celle des mots et des revendications, mais celle qui tombe du ciel, contre toute attente. La liberté par hasard, par malentendu.  

(...) Hier, j'observais le meeting de nuit. Un spectacle stupéfiant. Elle s'est réveillée, notre petite mère la Russie, elle ne tient plus en place, elle va et vient sans se lasser, elle parle, parle, sans se lasser. et ce ce sont pas les hommes seulement. Les étoiles et les arbres se sont réunis et bavardent, les fleurs de nuit philosophent et les maisons de pierre tiennent des meetings. Ça a quelque chose d'évangélique, n'est-ce pas? Comme au temps des apôtres? ... La moitié de l'ouvrage a été fait par la guerre, le reste par la révolution. La guerre a été un arrêt artificiel de la vie, comme si on pouvait accorder des sursis à l'existence, quelle folie! La révolution a jailli malgré nous, comme un soupir trop longtemps retenu. Chaque homme est revenu à la vie, une nouvelle naissance, tout le monde est transformé, retourné. On pourrait croire que chacun a subi deux révolutions: la sienne, individuelle, et celle de tous. Il me semble que le socialisme est une mer dans laquelle, comme des ruisseaux, doivent se jeter toutes ces révolutions particulières, un océan de vie, d'indépendance. Un océan de vie, oui, de cette vie qu'on voit sur les tableaux, une vie génialisée, une vie enrichie, créatrice. Maintenant, les hommes ont décidé de l'éprouver, non dans les livres, mais en eux-mêmes, non dans l'abstraction, mais dans la pratique"

(Docteur Jivago, cinquième partie: "L'adieu au passé")

 

Gardant son quant-à-soi critique, restant prudent mais ne participant pas aux condamnations d'intellectuels tombés en disgrâce, Pasternak va néanmoins être intégré au système communiste.  En août 1934, il participe au Congrès International des écrivains à Moscou dans salle des syndicats au côté d'Isaac Babel, d'Ilya Ehrenbourg, de Rafael Alberti, Anna Seghers, Malraux, Paul Nizan, Jean-Richard Bloch, Elsa Triolet et Aragon. De 1934 à 1945, Pasternak fait partie de la direction de l'Union des Écrivains.

La tension entre ces exigences et la résistance de Pasternak éclata dans la seconde moitié des années 1930. Violemment mis en cause pour son « individualisme » (il avait évité d’approuver les grands procès), cerné par les condamnations et les suicides de ses amis, il ne fut pourtant pas arrêté, sans doute sur intervention de Staline qui avait apprécié la lettre envoyée par l’écrivain lors du suicide, en 1932, de sa femme.

Bien que marié à sa deuxième femme, musicienne, il entretient à partir de 1947 une relation passionnée avec Olga Ivinskaïa, de 22 ans sa cadette, son amante et sa muse, secrétaire de rédaction à la revue "Novy Mir" et écrivaine elle aussi qui a déjà une fille (la petite Katia du "Docteur Jivago") qui lui inspire le personnage inoubliable de Lara, l'amante de Ioura Jivago et la femme du colonel et chef de guerre bolchevique, Pavel Férapontovich Antipov, qui mène une guerre impitoyable contre les Blancs dans l'Oural et en Extrême-Orient, un personnage chevaleresque et maudit, fils de cheminot, dont le pseudonyme de guerre est Strelnikov. Olga Ivinskaïa sera arrêtée et envoyée en camp en 1949 alors que Pasternak est toujours "protégé" en tant que très grand poète et écrivain russe emblématique par Staline.  Enceinte, elle perd leur bébé. Dans le "Docteur Jivago", le bébé de Ioura Jivago et Lara survivra, mais Lara sera contrainte de l'abandonner et de le confier à un couple de garde-barrières de voie ferrée: on retrouvera à la toute fin du roman en lingère travaillant au front à Orel, et découverte et appelée à être protégée par le frère de Ioura Jivago, général communiste puissant.  Pasternak, désespéré, s'occupe de sa famille, lui envoie colis sur colis, jusqu'à sa libération en 1953 due à la mort de Staline. Après la publication du "Docteur Jivago" (1957),  Olga Ivinskaïa sera de nouveau expédiée en 1960 pour quatre ans au goulag, pour « trafic de devises », une manière de la punir d'avoir permis la publication du Docteur Jivago à l'étranger.

L'Affaire Pasternak - Gallimard: " C’est la guerre froide. Après la disparition de Staline, la radicalité de l’appareil répressif soviétique semble marquer le pas, même si ce relâchement demeure très relatif. En ce début d’année 1956, le poète russe Boris Pasternak soumet son manuscrit à la revue Novy Mir (Monde Nouveau) pour se voir finalement objecter une fin de non-recevoir par le comité de rédaction. Ce n’est pas tant la qualité intrinsèque de l’œuvre qui est mise en cause : la publication de l’ouvrage achoppe sur des considérations d’ordre idéologique. Une lettre rédigée collégialement par les membres du comité est remise à l’auteur, qui n’est pas invité à revoir sa copie ; d’évidence, coupures ou remaniements ne sauraient aboutir à rien de viable. C’est l’esprit même du livre qui est condamnable, découlant de la vision du monde de Pasternak, incompatible avec le réalisme socialiste. C’est l’écrivain et l’homme qui doivent s’amender.

La cheville ouvrière de l’entreprise chargée de réduire au silence Boris Pasternak n’est autre que le responsable administratif du Département de la Culture, Dimitri Polikarpov, ancien tchékiste au service de la redoutable police politique en charge de la sécurité d’État. Aussi puissant et nuisible qu’il soit, Polikarpov prend directement ses ordres auprès du comité central du PCUS, la moindre de ses actions devant impérativement recevoir l’aval des dirigeants de l’Union Soviétique.
Durant deux années, jusqu’à ce qu’éclate l’affaire du Prix Nobel attribué à Pasternak, la fameuse lettre collective l’informant du refus de son manuscrit demeura secrète. Sa publication sera successivement refusée aux militants soviétiques, puis italiens, et enfin à Aragon lui-même qui souhaitait reproduire le brûlot dans Les Lettres françaises. Cette lettre rédigée par la fine fleur de l’intelligentsia soviétique avait vocation à légitimer de façon circonstanciée le refus signifié à Pasternak. Le texte relève les manquements au dogme, pointe du doigt la dérive réactionnaire de l'auteur et constitue un élément à charge de tout premier ordre.
Et pourtant, Pasternak n’entend pas renoncer. Prenant un risque considérable, il passe outre le refus de la toute puissante Union des écrivains soviétiques. Il communique clandestinement son manuscrit à l’étranger, faisant fi du monopole de l’État sur l’édition. Un acte de défi lourd de conséquences, mais pris en conscience et pleinement assumé.

L’homme auquel Pasternak accorde sa confiance est l’éditeur italien Giangiacomo Feltrinelli. Sympathisant communiste, il met sa fortune familiale au service de la cause du prolétariat. Ce militant fervent aura l’audace de s’opposer frontalement aux directives émanant de Moscou ; la fascination qu’exerce le texte prend le pas sur les convictions politiques, d’autant que Feltrinelli n’y perçoit pas l’ombre d’un réquisitoire contre le régime socialiste. Il estime que la confrontation des idées est le socle d’une pratique saine établissant le rapport de la littérature au monde.
Malmené, en proie à des persécutions multiples, Pasternak se voit contraint d’intervenir directement auprès de son éditeur afin de sommer celui-ci de faire machine arrière. Il demande la restitution de son manuscrit. L’Italien n’ignore rien des pressions auxquelles l’écrivain est soumis, mais refuse obstinément de se soumettre au diktat imposé par la direction du PC soviétique. Le 22 novembre 1957, Le Docteur Jivago paraît dans sa traduction italienne à Milan, aux Éditions Feltrinelli. "

Le roman se déroule à plusieurs époques, dans plusieurs lieux:

- Sur la scène d'ouverture, la mère de Ioura Jivago meurt, son jeune fils assiste à l'enterrement avec son oncle, un prêtre philosophe, proche du tolstoïsme, Nikolaï Nikolaïevitch. Peu après, on assiste au suicide du père de Ioura Jivago qui se jette d'un train en marche. Le capitaliste ne cessait de s'alcooliser aux côtés de l'avocat véreux Komarovski, un vieux beau qui deviendra homme politique après la révolution et séduira Lara, Larissa Fiodorovna, avant la première guerre mondiale alors qu'il courtisait d'abord sa mère avant de jeter son dévolu sur la fille, qui n'avait pas 16 ans. C'est l'archétype du cynisme implacable et triomphant dans "Le Docteur Jivago". Il finira finalement par récupérer Lara à la fin du roman, pour son plus grand malheur. On fait connaissance de Larissa, fille d'Amélie Karlovna Guichard, une Française russifiée, "blonde potelée de trente-cinq ans environ, chez qui les crises cardiaques alternaient avec des crises de sottise", naïve avec les hommes et un peu perdue, la veuve d'un ingénieur belge qui a vécu dans l'Oural, puis s'est repliée sur Moscou après la mort de son mari, avec ses deux enfants, dans la deuxième partie, qui se passe à l'époque de la guerre contre le Japon, juste avant la révolution de 1905.  On y suit la manière dont Komarovski piège et emprisonne la jeune Larissa, qui devient sa liaison cachée alors qu'ils ont une trentaine d'années de différence d'âge.  

- Jivago va tomber amoureux de Larissa à Mélioutsev où ils gèrent ensemble un hôpital militaire dans une propriété réquisitionnée d'une comtesse à la fin de la guerre. Les deux étaient déjà mariés, Lara-Larissa à Pavel Antipov, un brillant intellectuel qui a quitté l''Oural où il était professeur et vivait avec Lara et leur petite depuis trois ans, pour fuir un chagrin d'amour (l'ombre de la présence de Komarovski et le sentiment qu'il a de la "connaissance" supérieure de Lara) et s'engager sur le front, où il disparaît, pour réapparaître sous un autre nom à la tête de troupes bolcheviques, quelques mois plus tard, et Jivago à Tonia, une bourgeoise moscovite, pure et aimante, qui lui a déjà donné un enfant dont la guerre le prive, une jeune épouse vis-à-vis de laquelle il ne cesse d'éprouver un sentiment de culpabilité. Finalement ce n'est que plus tard que Ioura et Lara tomberont dans les bras l'un de l'autre, à Iouratine, dans l'Oural, après que Jivago et Tonia aient dû échapper avec leur fils à Moscou, quelques mois après la révolution bolchevique, pour fuir la faim et pouvoir cultiver des légumes à la campagne, dans la région de naissance du père de Tonia, qui était un grand propriétaire et industriel. Le voyage en train dans un contexte apocalyptique jusqu'en Oural est homérique. A l'arrivée, Ioura est accueilli par le colonel Strelnikov (en réalité Pavel Antipov, le jeune mari de Lara, qui a disparu) dans son wagon dans une Iouratine en pleine guerre civile, reprise par les rouges, et celui-ci, qui aurait pu le faire fusiller comme bourgeois contre-révolutionnaire ayant fui Moscou (il connaît la famille de sa femme, les plus gros capitalistes de la région), l'épargne. Lors de ce voyage vers la Sibérie, Ioura Jivago découvre la réalité sombre et violente de cette époque de révolution: "C'était la guerre, son sang et ses horreurs, son désarroi et sa sauvagerie. C'étaient les épreuves, et la sagesse concrète qu'elles avaient enseignée. C'étaient les villes perdues de province où le hasard l'avait égaré, et les hommes qui lui avait fait coudoyer. C'était la révolution, non pas la révolution idéalisée à l'étudiante comme en 1905, mais la révolution présente, sanglante, la révolution militaire qui faisait fi de tout et que dirigeaient les bolcheviks, seuls à saisir le sens de cette tempête" (Le Docteur Jivago, cinquième partie) Cette révolution n'est plus celle des romantiques, les héritiers des nihilistes de Dostoïevski, socialistes révolutionnaires, terroristes, déportés, bourgeois et aristocrates en rupture de ban, c'est la révolution des révolutionnaires professionnels rationnels, des militaires rompus à la violence, des ouvriers et des paysans pauvres surtout, face aux forces coalisées des anciens régimes aristocratiques et bourgeois, soutenues par les puissances étrangères capitalistes, anciens alliés de la Russie tsariste. A Moscou, Jivago était à la fois enthousiasmé par la venue des temps nouveaux et inquiet par leurs conséquences. Plus spiritualiste que marxiste, avec son mode de vie bourgeois d'intellectuel et de médecin reconnu, il n'appartenait pas par son milieu aux nouveaux maîtres et la vie, déjà désorganisée par la guerre, devenait de plus en plus dure. Dans l'Oural, Jivago découvre la cruauté de la guerre civile. Il s'installe pendant quelques mois dans une priorité de la famille de Tonia, sa femme, depuis occupée par un politicien socialiste révolutionnaire, ancien gérant du domaine du grand-père et père d'un partisan qui combat les armées contre-révolutionnaires du gouvernement sibérien, fidèle à l'Assemblée Constituante, pour le compte des bolchéviques, à la tête de "l'armée des bois". A la campagne, il cultive des légumes, écrit de la poésie, connaît un bonheur et une joie sereine à la Tolstoï avant de redécouvrir Lara à Iouratine, redevenue institutrice après avoir été infirmière au front, et de démarrer une histoire d'amour passionnée avec elle. Finalement, il est est enlevé par les partisans bolcheviques pour être médecin dans la forêt aux côtés des partisans, et pendant plusieurs années il va vivre au rythme de leurs mouvements, de leurs combats et de leurs retraites, faisant aussi parfois le feu avec eux contre les "blancs" sans partager leur idéologie et leurs illusions sur la révolution et la société future pour autant. Finalement, il réussit à fuir l'armée des partisans et à regagner Iouratine où il retrouve Lara et partage son appartement pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que, suspects, ils soient contraints de quitter la ville, alors que Tonia et ses deux enfants qui ne le voyaient pas revenir pendant sa captivité au côté des rouges sont rentrés à Moscou, puis se sont exilés à Paris. La rigueur de l'Armée rouge est décrite autant que les atrocités des Blancs.  Le souffle de l'épopée révolutionnaire est là, sans faux lyrisme. Les chefs de guerre bolchéviques, les vétérans révolutionnaires, sont impitoyables mais nobles parfois en même temps. Ioura Jivago et Lara reviennent à Varykino, la propriété de campagne abandonnée où Jivago avait vécu un été et un hiver avec sa famille, et c'est là que Jivago dit adieu à Lara, échappant à la répression avec son ancien séducteur Komarovski, sous la promesse de voir son amant les rejoindre en Mongolie. Strelnikov rejoint une nuit d'hiver Jivago à Varykino, entourée par les loups, et se suicide au petit matin. Puis Jivago, sans nouvelles de Lara, rejoint Moscou, pauvre et malade, hébergé par son ancien concierge, et s'y remet en ménage avec la fille de son concierge d'avant la révolution avant d'y mourir au début des années 30. Lara revient à Moscou et tombe par hasard sur son frère et protecteur pour la veillée funèbre de son amant dont elle aidera à trier les manuscrits que reliront ses anciens amis de lycée jusqu'au front pendant la seconde guerre mondiale. 

"C'est une soirée de printemps. L'air est tout piqué de sons. Les voix des enfants qui jouent sont éparpillés un peu partout comme pour montrer que l'espace est palpitant de vie. Et ce lointain, c'est la Russie, cette mère glorieuse, incomparable, dont la renommée s'étend au-delà des mers, cette martyre, têtue, extravagante, exaltée, adorée, aux éclats toujours imprévisibles, à jamais sublimes et tragiques! Oh! comme il est doux d'exister! Comme il est doux de vivre sur cette terre et d'aimer la vie! Oh! comme l'on voudrait dire merci à la vie même, à l'existence même, le leur dire à elles, et en face. Et oui, Lara, c'est tout cela. Puisqu'on ne peut communiquer par la parole avec les forces cachées, Lara est leur représentante, leur symbole. Elle est à la fois l'ouïe et la paroles offertes en dons aux principes muets de l'existence... Qu'elle était lointaine, froide et attirante, celle à qui il avait tout donné, qu'il avait préférée à tout, pour qui il avait déprécié tout le reste! ... Quelque chose de plus vaste que lui-même trouvait pour pleurer et sangloter en lui des mots tendres et lumineux, qui brillaient dans l'obscurité comme du phosphore". 

I.D

 

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Boris Pasternak de Dimitri Bykov, 2011, Fayard, 38€ -   Pasternak est, avec Mandelstam, Tsvétaïéva et Akhmatova, l'un des « quatre grands poètes » que nous aura donnés le vingtième siècle russe. C'est aussi l'auteur du mondialement célèbre Docteur Jivago, dont la parution, en Italie, lui a valu d'être banni de l'Union des écrivains et de devoir refuser, en 1958, le prix Nobel de Littérature. Son recueil inaugural, Ma sœur la vie, à l’été 1917, invente une poétique de l’instant, où des « millions de révolutions » intimes font signe à l’histoire. L’époque, que domine bientôt le « démon du temps » Staline, fait de Pasternak, malgré lui, un poète épique. S’il a pensé un instant dire oui au monde soviétique, c’est pour le refuser avec une force accrue dans un vaste roman qui proclame, sous un c

Boris Pasternak de Dimitri Bykov, 2011, Fayard, 38€ - Pasternak est, avec Mandelstam, Tsvétaïéva et Akhmatova, l'un des « quatre grands poètes » que nous aura donnés le vingtième siècle russe. C'est aussi l'auteur du mondialement célèbre Docteur Jivago, dont la parution, en Italie, lui a valu d'être banni de l'Union des écrivains et de devoir refuser, en 1958, le prix Nobel de Littérature. Son recueil inaugural, Ma sœur la vie, à l’été 1917, invente une poétique de l’instant, où des « millions de révolutions » intimes font signe à l’histoire. L’époque, que domine bientôt le « démon du temps » Staline, fait de Pasternak, malgré lui, un poète épique. S’il a pensé un instant dire oui au monde soviétique, c’est pour le refuser avec une force accrue dans un vaste roman qui proclame, sous un c

Lire aussi la recension de notre ami Valère Staraselski sur la biographie de Boris Pasternak par Dmitri Bykov dans "La faute à Diderot"

http://lafauteadiderot.net/Pasternak-l-invaincu de Dmitri Bykov.

Pasternak l’invaincu

A propos du livre "Boris Pasternak"

Par Valère Staraselski

« Il n’est de peine au monde que la neige ne puisse apaiser »

Que l’art trouve sa raison d’être dans la célébration de la vie, du vivant, voilà ce que la trajectoire et l’œuvre de Boris Pasternak (1890-1960), restituées avec maestria par Dmitri Bykov en une monumentale biographie, prouve de manière bouleversante. D’emblée, le biographe note : « L’oisiveté provoquait chez lui angoisse, malaise et peur de la mort. Seul le travail, même routinier, lui donnait le sentiment de maîtriser les circonstances. Et si les vers se mettaient à « venir », si s’établissait le lien avec des sphères supérieures génératrices de bonheur et de force, tout allait bien ».

Avec les 900 pages que Dmitri Bykov consacre à Pasternak, le lecteur est non seulement plongé dans la vie littéraire de plus de quarante années d’URSS, mais dans la vie soviétique elle-même avec une rare intensité. Le récit linéaire et très fouillé de l’existence de l’écrivain alterne avec la présentation des relations de ce dernier avec, par exemple, Maïakovski, Akhmatova, Mandelstam, Blok, Staline, mais également avec celle de commentaires analytiques des œuvres. C’est à un travail colossal que s’est livré Dmitri Bykov qui, ce faisant, remet en question bien des a priori voire la doxa sur cette période en Union Soviétique.

Non seulement Pasternak accepta la Révolution d’Octobre mais, comme la plupart de ses compatriotes artistes, il y crut : « Un dieu descendu sur terre », écrit-il en 1917. En dépit de son rejet progressif, il n’a pas émigré comme sa famille (suppliant même Khrouchtchev, en 1958, de ne pas l’exiler après l’obtention de son Nobel) ; il est rentré en 1935 après avoir été envoyé à un congrès antifasciste à Paris. Mieux, en 1934, il a été admis dans la direction (jusqu’en 1945) de la toute nouvelle Union des écrivains, rassemblant tous celles et ceux qui « souhaitent participer à l’édification socialiste », à qui elle donnait statut d’écrivain de métier. C’est ainsi qu’il pourra vivre, essentiellement de traductions tout au long de sa « carrière ». S’il demeure prudent, il ne porte jamais atteinte à sa propre dignité. On vînt lui demander de signer une pétition d’écrivains approuvant la condamnation à mort de dix-sept personnes jugées traîtres au pays. Malgré les supplications de sa femme, il refusa de signer. Les Izvestia imprimèrent tout de même son nom. Il exigea un rectificatif. En vain. Il protesta haut et fort. On le laissa pourtant en vie et on ne lui soumit plus, par la suite, ce genre d’approbations sanglantes [1]. Par ailleurs, son fils rapporte qu’en 1941, l’auteur de Ma sœur la vie, qui opposait le sentiment national et la culture russe, mais aussi le message chrétien au soviétisme, faisait grand cas de deux conquêtes soviétiques : « la liquidation du profit personnel et celle de l’humiliation de la femme »

Quant à Bykov, il observe que « Pasternak ne fait pas l’apologie de la « poigne », il déteste le chaos, voilà tout ; et c’est ce principe ennemi du chaos et ami de l’ordre qu’il apprécie chez Staline ». Du reste, ce n’est pas Staline mais Khrouchtchev qui aura raison de celui qui avait écrit « Une vie désintéressée / Est un destin enviable ». Tardant puis finalement refusant de publier Le Docteur Jivago que Konstantin Simonov avait d’abord accepté – parce qu’il sera entretemps édité en Occident et que son auteur sera nobélisé -, le nouveau pouvoir « libéral » et l’Union des écrivains le poursuivront de leur vindicte haineuse jusqu’à demander son expulsion du pays, jusqu’à persécuter sa maîtresse Olga Ivinskaïa avant et après sa mort en l’envoyant en camp. Bykov rapporte que « deux heures durant, le procureur général Roudenko fit pression sur Pasternak de toute sa puissance et son autorité de magistrat, en le menaçant d’un procès criminel. Staline en son temps, n’avait pas interdit à Pasternak de divulguer leur conversation. Roudenko, lui, le prévint que, s’il parlait à qui que ce fût de sa convocation chez le procureur, il devrait en répondre au nom de l’article 96 du Code soviétique – « divulgation de données nécessaires à une enquête ». On donnait ainsi à entendre à Pasternak que l’affaire était en cours d’instruction, et que, s’il recevait une fois encore la visite de correspondants étrangers, ou si une interview paraissait dans la presse occidentale, il serait accusé du crime de trahison. Tous ses contacts devaient être rompus. « L’injonction est parfaitement claire et je m’y conformerai sans condition ». Telle fut la réponse de Pasternak, consignée dans le procès-verbal, lequel fut signé sans modifications ». Au stalinisme – tout un peuple mis en et sous tension -, succèdera selon le biographe, « une période de libéralisation où le pouvoir montre moins ses crocs que ses limites »,à savoir le soviétisme dont Bernard Guetta, correspondant au Monde de 1988 à 1990, dira « ce système donné, cette réalité concrète qu’il ne faut pas appeler ni communisme ni socialisme pour couper court à des débats idéologiques sans plus d’intérêts que de fin ».

En 1958, Boris Pasternak sera contraint par les autorités de refuser le prix Nobel et mourra deux ans plus tard, non sans avoir prévenu la fille de sa maîtresse, Irina, contre l’émigration à l’Ouest. « Tu as l’habitude de t’expliquer la sottise humaine par le contexte soviétique, mais là-bas, tu auras affaire à la sottise, à la bassesse et la vilenie tout court, et, voyant que rien ne les détermine, tu auras certainement un choc moral ». Sur cette période, le biographe rapporte encore : « Au temps du dégel, la principale mention de Staline se trouve dans une conversation de Pasternak avec Ivinskaïa en 1956 : « Longtemps un fou et un assassin a régné sur nous, et maintenant c’est un imbécile et un porc ; l’assassin avait parfois des élans, des intuitions en dépit de son ignorantisme à tous crins ; maintenant est venu le règne de la médiocrité ». Le fils aîné de Pasternak a aussi noté, à l’automne 1959, cette remarque de son père : « Avant on exécutait, le sang et les larmes coulaient, mais on ne se déculottait tout de même pas en public ».

Du rapport de Pasternak à l’histoire, Bykov écrit : « Pasternak considère que le rôle de l’individu n’est pas de faire l’histoire, mais de persévérer dans son être en dépit de celle-ci. Il ne s’agit pas de la fuir, de se dérober à ses défis, mais de les accepter en sachant qu’on perdra à tous les coups. Tout cela est formulé dans Jivago », continue-t-il. Oui, Jivago qui signifie du vivant en russe. Ce rapport à l’histoire, de fait mais surtout par choix, par réalisme et par volonté vitale, conditionnera son rapport à l’art, restant lui-même « au plus près de l’inattendu et du mystère qui font aimer la vie » (Lettre à Staline, 1935).

D’une famille appartenant à l’intelligentsia russe, son père était un célèbre peintre. Le jeune Pasternak se destinait à la musique ; il jouera du piano toute sa vie. Il avait été l’élève de Scriabine mais il abandonna parce qu’il jugeait qu’il n’avait pas « l’oreille absolue ». Il s’engagea par la suite dans des études de philosophie à quoi il préféra finalement la poésie. « La raison pour laquelle Pasternak se tourna vers la poésie, explique Bykov, est la suivante : c’était pour lui le moyen le plus accessible, sinon le seul, pour doter d’harmonie son monde intérieur ». Boris Pasternak est aujourd’hui reconnu comme le plus grand poète russe du vingtième siècle. La conduite de sa vie est faite d’extrême exigence artistique et morale. Sans doute, Dmitri Bykov résume, nous semble-t-il, le mieux la signification générale de l’existence de Boris Pasternak et sa place parmi les poètes russes de cette période, dans cet extrait : « Il y a dans une lettre de Pasternak de 1935 une phrase intéressante. « Je suis resté le même », assure-t-il, et il ajoute à la fin de sa lettre : « Saluez les Mandelstam pour moi. Ce sont des gens remarquables. Il m’est, comme artiste, infiniment supérieur. Mais il possède, comme Khlebnikov, une perfection abstraite, hors de portée, à laquelle je n’ai jamais prétendu. Jamais je n’ai été un enfant, même, je crois, dans mon enfance. Eux, si. Du reste, sans doute suis-je injuste ». On reconnaît Pasternak : « J’ai sans doute tort… Je n’aurais pas du dire cela… ». Et Bykov de désigner ce qu’il nomme « Paradoxe : tout le monde traite Pasternak d’enfant – Akhmatova (« Il possède une sorte d’enfance éternelle »), Mandelstam (« Un homme en pleine santé »)… Or, lui, les considère comme des enfants. « Je veux parler de quelque chose qu’ignorent les enfants et que j’ai envie de nommer sens du réel », a-t-il écrit dans Sauf-Conduit. Ce sens du réel est la définition secrète de la nature des choses ; il dit que la liberté idéale dont rêve Mandelstam, une liberté à la limite du caprice arbitraire, n’existe pas dans la nature, et qu’au fond des choses on trouve toujours « la bataille, la galère, l’enfer médiéval, le savoir-faire », autrement dit la soumission, la discipline assumée « de l’atelier et du chœur », « de l’inspiration et de l’exercice ». Mandelstam, comme Khlebnikov, est l’artiste de la « liberté abstraite » qui refuse de se soumettre aux diktats de la vie et, pour Pasternak, ce rejet du contexte est inadmissible. C’est pour lui, de l’irresponsabilité, de l’infantilisme ; alors que la soumission aux besoins de l’époque et l’autodiscipline artistique sont l’équivalent de l’entraînement inspiré du danseur classique ». Comprendre cela, c’est comprendre, nous semble-t-il, la grandeur de Pasternak pour qui le réel se confondra avec une terrible tragédie historique qu’il assumera comme telle.

Il paraît incontestable que le classicisme de l’auteur des Voies aériennes, tant honni par Nabokov, le placera au rang des créateurs universels. Qu’on le lise aujourd’hui et l’on vivra profondément et du milieu, de l’intérieur, les événements de cette période historique exceptionnelle et leurs circonstances. A propos de la création littéraire, répondant aux écrivains prolétariens, Pasternak dira dans les années 30 : « Le lecteur-client est devenu le patron d’un nouveau type d’industrie. Dans ce contexte, la médiocrité est désormais, de l’avis général, l’unique forme que prenne le talent ».

Et Bykov de commenter très justement : « Tableau connu, Pasternak formulait d’ores et déjà ce que nous autres avons mis bien du temps à dire de notre littérature de marché ». Dans son prologue « Une vie réussie », Dmitri Bykov affirme que « Lire Pasternak c’est sentir la vive piqûre du bonheur ». Cette provocation n’en est pas une. Et tout le livre, qui ne donne pas des clés mais ouvre chaque porte et nous emmène dans chaque pièce, - chacune dans leur contexte historique -, de la maison Pasternak, est certainement le plus bel hommage qu’un auteur russe ait rendu à celui qui sera réintégré dans l’Union des écrivains en 1989, trente ans après en avoir été exclu comme un paria. En sortant de dix-sept ans de goulag, Varlam Chalamov vînt voir Pasternak, comme d’autres, nombreux, « juste pour se convaincre de sa réalité, dire « merci » à celui dont la poésie avait été le brin de paille auquel s’était raccrochée leur âme épuisée ». Que Dmitri Bykov soit ici salué pour cet ouvrage qui renouvelle la connaissance de ce siècle de feu et de sang. Mais, à y bien regarder, en est-il d’autres ? « J’aime ma vie et j’en suis satisfait. Je n’ai pas besoin qu’on lui plaque une couche d’or. Je ne peux concevoir une vie qui serait sans secret et sans discrétion, exposée dans une vitrine miroitante », écrivait Pasternak à Nina Tabidzé en 1946.

Evidemment, il faut lire le Pasternak de Dmitri Bykov.

Boris Pasternak de Dmitri Bykov, Fayard, 900 pages, 35 euros.

Notes :

[1] Sur ses rapports avec Staline, Bykov écrit : « Staline n’aimait ni la basse flatterie, ni la fronde démonstrative, ni la loyauté inconditionnelle, ni l’opposition. Il fallait tâtonner à la recherche d’on ne savait quoi. De tous les écrivains importants de l’ère stalinienne, Pasternak est celui qui eut le plus de chance ». Lorsqu’en 1934, Ossip Mandelstam sera arrêté pour avoir écrit une virulente et injurieuse épigramme contre Staline, Pasternak le sauvera. Bykov raconte : « Nous avons longuement parlé des démarches entreprises par Pasternak en faveur du poète arrêté. Staline avait fait un miracle en commuant sa peine et en l’envoyant à Tcherdyn. Mais cela n’avait pas guéri Mandelstam de la manie de la persécution, et, arrivé à Tcherdyn, il voulut se tuer en se jetant par la fenêtre de l’hôpital et se cassa le bras. Tout l’effet de la grâce accordée pouvait être perdu, il fallait mettre fin de façon frappante à l’affaire Mandelstam. Staline appela Pasternak au téléphone ». Et de retranscrire la conversation entre le poète et le premier dirigeant de l’URSS. Alors que Pasternak s’en veut de ne pas avoir été suffisamment convaincant, Bykov relate : « Certes, il se détesta longtemps après cette conversation, et resta, à ce qu’il dit à ses amis, un an sans pouvoir écrire ». Cependant, « un an plus tard, Pasternak s’adressait personnellement à Staline. Le compagnon d’Anna Akhmatova, Nikolaï Pounine, et Lev Goumiliov, le fils qu’elle avait eu de son premier mari, venaient d’être arrêtés à Leningrad, le 24 octobre 1935. La lettre de Pasternak, conservée dans les archives du Kremlin, a été publiée en 1991 : « Cher Iossif Vissarionovitch, ce 23 octobre à Leningrad, ont été arrêtés le mari d’Anna Andreïevna, Nikolaï Nikolaïevitch Pounine, et son fils Lev Nikolaïevitch Goumiliov. Un jour, vous m’avez reproché d’avoir fait preuve d’indifférence pour le sort d’un camarade. Par-delà même la valeur que revêt la vie d’Akhmatova pour nous tous et pour notre culture, tout ce que je sais de cette vie me la rend chère à l’égal de la mienne. Depuis mes débuts littéraires je suis témoin de cette existence toute de probité, de travail et d’humilité. Je vous en prie, Iossif Vissarionovitch, venez en aide à Akhmatova, faites en sorte que soient libérés son mari et son fils, dont le lien me paraît être le garant absolu de leur probité. Votre dévoué Pasternak ». La lettre parvint au Kremlin le 1er novembre. Le 3, Pounine et Goumiliov étaient libres. Le secrétaire de Staline a lui-même téléphoné chez Pasternak pour annoncer leur libération.

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