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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 07:06
Guerre d'Algérie - 26 novembre 1957, l'assassinat de Raymonde Peschard, jeune militante communiste algérienne (Mohamed Rebah, historien, L'Humanité, 22 novembre 2019)
Portrait. L’assassinat de Raymonde Peschard
Vendredi, 22 Novembre, 2019

Le 26 novembre 1957, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Medjana, tombait au champ d’honneur la jeune communiste algérienne. Elle avait 30 ans.

 

Ce jour-là, Raymonde Peschard était en partance pour la Tunisie avec un groupe de compagnons d’armes de la wilaya 3 de l’Armée de libération nationale (ALN), qui quittait le maquis sur instruction du colonel Amirouche, alors commandant militaire. Les maquisards traversaient la chaîne des Bibans quand ils furent interceptés par des éléments de l’armée française dans un lieu au relief nu, appelé Draa Errih. L’opération militaire, conduite par le colonel Sagalbe, était commandée par le commandant du secteur Hodna-Ouest, le colonel Buis, qui avait fixé son PC à Bordj Bou Arréridj. Il était 10 heures du matin, en ce 26 novembre 1957.

Raymonde Peschard (Taous au maquis) fut arrêtée avec le reste du groupe. Mais, quand elle a vu les corps criblés de balles de ses compagnons d’armes, Arezki Oukmanou, Si Moh et les étudiants Rachid Belhocine et Redjouani, elle n’hésita pas à traiter les soldats français de criminels, de barbares et de nazis. Ligotée, le visage écrasé au sol, elle reçut une balle dans la nuque, tirée à bout portant par le colonel lui-même.

Raymonde Peschard fut hâtivement enterrée sur place, mais, identifié au cours de l’interrogatoire des autres prisonniers, son corps fut exhumé en présence des autorités civiles, militaires et judiciaires. « Le cadavre de Raymonde Peschard a été exhumé vendredi matin (29 novembre 1957) au cimetière de Bordj Bou Arréridj », déclara le lieutenant-colonel Marey, adjoint au commandant du secteur Alger-Sahel, au cours de la conférence de presse tenue le jour-même. « J’étais arrivé à Bordj le jeudi soir et j’ai été immédiatement mis en présence du corps de la mystérieuse femme blonde. Je l’ai aussitôt reconnu. Ce n’est que jeudi matin qu’un détachement fut envoyé sur les lieux du combat pour récupérer le corps. Le terrain avait été abandonné par nos troupes, qui y avaient déjà passé une nuit. Mais cette nouvelle opération nous a coûté deux spahis, car, en arrivant sur le piton rocheux, les militaires furent accueillis par un feu nourri de hors-la-loi très bien retranchés, désireux sans doute de reprendre le cadavre avant nous. Il fallut engager quatre compagnies pour déloger les rebelles. Enfin le corps fut exhumé et chargé par une ambulance qui, elle aussi, fut mitraillée sur le chemin du retour. Le véhicule porte d’ailleurs de nombreux points d’impact. »

Pour Robert Lambotte, qui relata le fait dans l’Humanité du 2 décembre 1957 : « Les conditions dans lesquelles a été découvert le corps de Raymonde Peschard demeurent troublantes. Pourquoi n’est-ce que 24 heures après le combat que des unités françaises reçoivent l’ordre de retourner sur les lieux, déterrer le corps de Raymonde Peschard, tuée d’une balle derrière la tête ? »

Raymonde Peschard commença à militer à Constantine au mouvement des Jeunesses communistes aux côtés des frères Mazri, Reinette Zaoui (future épouse de Georges Raffini, mort au maquis des Aurès), Édith Zerbib (future belle-sœur de William Sportisse). Elle est passée à l’Union de la jeunesse démocratique algérienne (Ujda) dès sa création en 1946. Recrutée en 1947 par un organisme des œuvres sociales de l’EGA (Électricité et gaz d’Algérie) géré par les syndicalistes de la CGT, elle a eu une formation d’assistance sociale dont elle fera sa profession. Raymonde Peschard a été à l’écoute des travailleurs de l’EGA comme elle a été à l’écoute des gens des quartiers défavorisés de Constantine. Militante de l’Union des femmes d’Algérie (UFA), on la trouve en 1950 aux côtés des familles des détenus politiques membres de l’Organisation spéciale (branche paramilitaire du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques). Expulsée du département de Constantine, elle rejoint Alger en 1955 après un passage par Paris et Oran.

En novembre 1956, Raymonde Peschard, recherchée par la police après l’arrestation de Fernand Iveton, entre en clandestinité. Poursuivie par les parachutistes du général Massu, elle quitte Alger et rejoint une unité de combat de l’ALN en wilaya 3 (Kabylie), à la suite des accords PCA-FLN du mois de juillet 1956 sur l’intégration au FLN des membres de la branche armée du PCA – les Combattants de la libération (CDL). Raymonde Peschard intégra la nation algérienne dans le combat quotidien. Comme l’ont fait ses camarades de parti : Henri Maillot, assassiné par l’armée française le 5 juin 1956, Fernand Iveton, guillotiné le 11 février 1957, Maurice Audin, mort sous la torture le 21 juin 1957… Depuis l’indépendance, Raymonde Peschard est enterrée au cimetière de Constantine.

Mohamed Rebah Historien
 
Une famille communiste
Descendante d'immigrés européens, Raymonde Peschard est née le 15 septembre 1927 à Saint-Eugène (Bologhine) dans la banlieue d'Alger. Son père Raymond, né en 1903, était ouvrier à la compagnie des Chemins de Fer d'Algérie (CFA) et militait au syndicat CGT de l'entreprise. A la mort de sa mère, Raymonde est recueillie par son oncle paternel, Edouard, préparateur en pharmacie à Constantine, militant communiste depuis les années 1930. Raymonde Peschard était militante du Parti communiste algérien (PCA) depuis son jeune âge. 
 
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16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 06:51

Les hommes sont fusillés le 21 février 1944 au Mont-Valérien, la seule femme du groupe est décapitée en Allemagne nazie le 10 mai 1944. Arméniens, Espagnols, Italiens et Français, juifs Roumains, Hongrois ou Polonais, ils ont su unir leur force au service de l’émancipation humaine. Combattants de la liberté et de la fraternité, ils incarnent le visage de la Résistance de la classe ouvrière et de ses défenseurs.  Cette classe ouvrière dont l'écrivain François Mauriac disait que "seule dans sa masse, elle est restée fidèle à la patrie profanée".

Durant plusieurs mois, le groupe Manouchian, du nom de son chef, passe à l’action armée plusieurs fois par semaine. Attentas, exécutions d’officiers allemands en plein jour, déraillement de trains, ils ne laissent aucun répit à l’occupant nazi. Casernes militaires, libraires nazies ou le siège du parti fasciste italien sont aussi pris pour cibles.

Les occupants nazis ordonnent à la police française de traquer sans relâche le groupe Manouchian. Et pas moins de 200 policiers, brigade spéciale anti-communiste, renseignements généraux et agents de l'ordre vont opérer en ce sens.

Arrêtés par des Français, avoir été torturés des heures durant, ces Résistants sont présentés devant une cour martiale allemande le 19 février 1944. Un simulacre de procès a lieu. Il débouche sur la condamnation à mort des vingt trois.

Les nazis profitent de l’occasion pour lancer une importante campagne de propagande destinée à diaboliser la résistance. Des milliers d’affiches et de tracts sont ainsi diffusés dans plusieurs grandes villes du territoire. Sur ces documents, Manouchian et neuf membres de son groupe sont présentés comme des terroristes étrangers.

 

 

Celestino Alfonso, Espagnol, 27 ans

Olga Bancic, Roumaine, 32 ans

Joseph Boczov, Hongrois, 38 ans

Georges Cloarec, Français, 20 ans

Rino Della Negra, Italien, 19 ans

Thomas Elek, Hongrois, 18 ans - Étudiant

Maurice Fingercwajg, Polonais, 19 ans

Spartaco Fontano, Italien, 22 ans

Jonas Geduldig, Polonais, 26 ans

Emeric Glasz, Hongrois, 42 ans

Léon Goldberg, Polonais, 19 ans

Szlama Grzywacz, Polonais, 34 ans

Stanislas Kubacki, Polonais, 36 ans

Cesare Luccarini, Italien, 22 ans

Missak Manouchian, Arménien, 37 ans

Armenak Arpen Manoukian, Arménien, 44 ans

Marcel Rajman, Polonais, 21 ans

Roger Rouxel, Français, 18 ans

Antoine Salvadori, Italien, 24 ans

Willy Schapiro, Polonais, 29 ans

Amédéo Usséglio, Italien, 32 ans

Wolf Wajsbrot, Polonais, 18 ans

Robert Witchitz, Français, 19 ans

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9 novembre 2019 6 09 /11 /novembre /2019 09:35
Une Bible qui met le feu à un mythe : à la Libération le France n’a pas été "épurée".

Jacques Marie BOURGET

Nos têtes sont parfois un bric-à-brac digne du vide grenier. Beaucoup d'idées fausses, ou tordues, ou vermoulues. Même pour un homme généreux ou "bien intentionné", la répétition des mensonges à la cadence du langage pic-vert, finissent par nous faire croire (un peu) à trop d'odieuses sottises sur la Résistance, la Libération, l'Epuration. A un moment où le communisme, le progressisme, sont en voie d'interdiction par décret européen, le bouquin d'Annie Lacroix-Riz est une tente à oxygène.

A l’approche de la Toussaint si le Parlement européen ne sait plus quoi faire, ne sachant auxquels de tous ces saints il doit se vouer... si Bruxelles se retrouve donc subitement en état de de crise en thèmes, je lui suggère une urgence. Et je m’étonne, dans la foulée de son vote sur l’interdiction du communisme en Europe, que les frères de Juncker n’y aient pas pensé : il faut interdire l’historienne Annie Lacroix-Riz. La brûler (si possible ailleurs que sur la place du Vieux Marché à Rouen, cité bien assez enfumée).

Lacroix-Riz étant récidiviste, le sursis tombe. Avec elle, inutile de prendre des gants ou des pincettes à foyer : au bûcher ! L’historienne qui fait des histoires. De l’Histoire. Naguère cette ennemie de l’intérieur a déjà révélé que, pendant la Seconde guerre la France a produit du Zyclon B. Le gaz qui a alimenté l’extermination dans les camps de la mort. Ecrire qu’en toute connaissance de cause, avec un génocide au bout de la chimie, que d’aucunes de nos élites industrielles tricolores aient pu prêter la main à Eichmann ne relève-t-il pas d’un délit majeur, celui de l’anti-France ? C’est vous dire si Annie Lacroix-Riz est adorée aux péages du capitalisme, sur les autoroutes du pouvoir. Universitaire mondialement reconnue – mais jamais conviée à s’exprimer – Lacroix-Riz tire son savoir, ses révélations fulgurantes, de sa puissance de travail, de son courage. Et du fait qu’elle dorme dans les cartons de salles d’archives, ce qui lui met les cotes en long, donc plus faciles à lire. Quand un imprudent lui oppose un argument boiteux, le malheureux, par exemple, prend sur la tête l’archive 77554 B, une sorte de kalachnikov du savoir, qui prouve tout le contraire de ce vient d’affirmer le hardi expert. La force de Lacroix-Riz c’est qu’elle n’écrit pas, elle tisse. Collés les uns aux autres les documents reprennent vie et font cracher la vérité à l’Histoire. Quand Annie Lacroix-Riz écrit quelque chose, il ne reste à ses contradicteurs qu’à fermer le cercueil à mensonges. C’est dire si cette statue de la Commandeuse est une emmerdeuse.

De son avant-dernier opus, Industriels et banquiers français sous l’occupation (éditions Armand Colin), je retiens une perle qui me plait beaucoup. Qui montre que les hommes nés dirigeants finissent toujours par diriger. Et survivent à tous les crimes afin de faire tourner le monde comme il leur convient. Le Xerox social, la « reproduction de classe » existe depuis l’invention de l’injustice. Et c’est cette loi fondamentale du capital qui a fait que, même criminel pendant l’occupation, le bien-né retrouvait vite sa splendeur après un petit moment d’ombre. L’anecdote que je retiens dans « Industriels et Banquiers » se rapporte à Pierre Taittinger, patriarche d’une dynastie qui, aujourd’hui garde toutes ses plumes. Taittinger, fondateur de la maison de champagne, président du Conseil de Paris nommé par Pétain, est un homme dont le butin n’est jamais assez lourd. Par la copie d’une lettre, Annie Lacroix- Riz nous montre ce Taittinger, le 3 février 1944, écrivant à son ami Lucien Boué, directeur général de « l’aryanisation des biens juifs ». De la lourdeur de sa plume, ce Taittinger s’en vient pousser les feux sous la fortune de son beau-frère Louis Burnouf. Il tance l’immonde Boué qui, dans l’administration des « biens juifs », n’a pas été assez généreux avec le beauf : « Ce qui lui a été réservé jusqu’ici constitue un ensemble de broutilles, plutôt qu’en occupation sérieuse ». Résumons en 1944, après de multiples demandes du même genre, ce Taittinger, lui-même ou par le biais d’amis, règne sur un vaste ensemble de biens volés aux juifs. Et que croyez-vous qu’il arriva, quand De Gaulle et la IIe DB parvinrent à Paris ? Pas grand-chose. Taittinger, l’admirateur de l’entreprise nazie va passer six mois au placard, être déchu de ses droits civiques et inéligible pendant 5 ans. Champagne !

Ici j’en arrive au nouveau bouquin de Lacroix-Riz : « La Non Epuration » toujours chez le courageux éditeur Armand Colin L’anecdote Taittinger est un bon miroir de l’ouvrage. La descendance Taittinger est toujours aux manettes du capitalisme, aux carrefours du pouvoir, à Sciences-Po par exemple. En 1978, dans un entretien donné à Philippe Ganier-Raymond, Darquier de Pellepoix, le Commissaire aux Affaire Juives, héros non épuré, a déclaré : « Á Auschwitz on n‘a gazé que des poux ». On pourrait paraphraser cette ordure d’hier, cette vieille ordure, et écrire avec les mots du Nouveau Monde : « Á la Libération on n’a épuré que des sans-nom, des gens-qui-n’existaient-pas » et pas grand monde au sein des deux cents familles. L’argument qui veut que le Général ait lui-même prêché pour une épuration épargnant les « d’élites » afin qu’elles structurent l’administration de la République, ne tient pas le coup. La prescription de De Gaulle est marginale. L’épuration n’a pas eu lieu parce que les hommes chargés de juger les collaborateurs étaient leurs cousins, leurs amis de lycée, leurs compagnons de conseils d’administration ou de Cour au tribunal. Des deux côtés de la barre, à quelques égarés près, se trouvaient les mêmes familles, en puzzle. Pas question de se bannir dans l’entre soi alors que les communistes, sortis des maquis avec leurs pistolets-mitrailleurs, étaient prêts, disait-on, à prendre le pouvoir. On retrouvait la consigne d’avant-guerre qui voulait qu’Hitler était préférable au Front Populaire, cette nous avions : « Mieux vaut les bulles de Taittinger que le rouge du PCF ».

Á la Libération si les hommes des maquis ont bien exercé cette forme de justice lapidaire, commencée durant la guérilla de la Résistance, elle fut faible. Le livre la décrit et la rétablit dans son rôle historique. Et opère une démystification salutaire puisque perdure l’idée fausse d’une épuration accomplie comme une « boucherie communiste ». Alors que les FTP, dans l’urgence du coup de commando, n’ont épuré que les traîtres les plus visibles, et accessibles. Vite désarmés en 1944, expédiés sur le champ de bataille en Allemagne, les héros des maquis ont été contraints de céder le nettoyage de la France vert de gris à des gens plus raisonnables qu’eux. L’épuration née dans le maquis a vite cédé la main à des magistrats professionnels, dont Annie Lacroix-Riz dresse un tableau qui donne la nausée. Rappelons-nous qu’en 1940 le juge Paul Didier fut le seul à refuser de prêter le « Serment de fidélité à Pétain ». C’est dire si les épurateurs relevaient, eux-mêmes, des sanctions qu’ils étaient en charge d’appliquer.

Au fil du temps cette épuration en caoutchouc mou a tourné à la mascarade. Pour Annie Lacroix-Riz, se plaindre de cette épuration fantôme n’est pas en appeler aux balles des pelotons, au fil de la guillotine. Une véritable épuration économique aurait été la mesure la plus juste et utile pour le pays. En commençant par la nationalisation de tous les biens, de toutes les fortunes des collaborateurs, parallèlement reclus pour une peine plus ou moins longue. Rien de tout ceci n’a eu lieu et la nationalisation de Renault est un petit arbre masquant l’Amazonie.

Très vite, les réseaux du pouvoir d’avant-guerre, non éradiqués, reprenant force et vigueur, se mettent en marche pour sauver la peau des amis collabos. L’urgence est de gagner du temps : chaque jour les tribunaux montrent une indulgence plus grande que la veille. Jusqu’en 1950, où ces crimes devenus lassants, rengaines, ont été étouffés sous les oreillers de l’histoire. En Corée les communistes montrent qu’ils veulent conquérir le monde. Le temps n’est plus à se chamailler pour des broutilles. Aujourd’hui d’ailleurs, l’Europe vient de nous dire que le communisme et le nazisme sont deux blancs bonnets. Et les épurés de 44-50 font, soixante-dix ans plus tard, figures de victimes ou de sacrés cons.

Le diabolique René Bousquet, l’ami de François Mitterrand, le responsable de la rafle du « Vel’ d’hiv », illustre aussi cette « Non Epuration ». En 1949 il est l’avant dernier français à être traduit en Haute Cour. Une juridiction devenue mondaine, où ne manquent que le porto et les petits fours. Bousquet est jugé pour avoir été présent à Marseille lors du dynamitage du Vieux Port par les nazis. Il est acquitté, juste convaincu « d’indignité nationale » et immédiatement relevé de sa sanction pour « avoir participé de façon active et soutenue à la résistance contre l’occupant ». Pas décoré, le Bousquet, mais le cœur y est. Bousquet va rejoindre la Banque de l’Indochine, financer les activités politiques de Mitterrand, parader à l’administration du journal de Toulouse La Dépêche du midi, et siéger au conseil d’UTA compagnie aérienne présidée par Antoine Veil, le mari de Simone.

Ce fiasco, celui de l’épuration, était programmé puisque le livre de l’historienne nous rapporte que dès l’établissement de son Etat-strapontin à Alger, la France Libre n’a jamais souhaité une purge massive de l’appareil économique, politique et militaire de Vichy. Annie Lacroix-Riz montre aussi que, si des « Commissions d’épuration » furent mises en place, ainsi que cela avait été prévu dès le début de l’occupation au sein de la Résistance, elles furent aussitôt réduites à l’impuissance. Le livre, bien sûr, n’oublie pas d’épingler ces collaborateurs devenus résistants par magie, juste à la vingt-cinquième heure. L’un avait « sauvé un juif », l’autre créé un réseau de résistance dont, hélas, personne n’avait entendu parler. Ainsi pour en revenir au destin exemplaire du sieur Taittinger, lors de l’instruction de son procès, il s’en sort en faisant croire que c’est lui qui a convaincu Otto Abetz de ne pas faire sauter tous les monuments de Paris... En la matière, le laborieux parcours de Mitterrand résistant donne un bel éclairage. La légende d’un Tonton résistant n’est entrée dans les esprits, de force, qu’après que le héros a été élu président. Avec le tapage des affidés, la caution de l’ambigu Frenay et le quitus de l’ami Pierre Péan. La journaliste Georgette Elgey, sur le passé de Mitterrand, veillant à la pureté des archives. Un statut de résistant, c’est aussi du marbre, et ça se sculpte aussi.

Le danger de l’épuration écarté, De Gaulle parti à Colombey, les puissants d’avant-guerre, les fans d’Hitler, se montrent plus à l’aise. Deviennent si puissants que le philosophe et résistant Vladimir Jankélévitch, prévoit qu’il est possible que « demain la Résistance devra se justifier pour avoir résisté ». Inquiétez-vous, nous avançons sur cette trace. Au risque de radoter le texte du Parlement européen qui renvoie dos à dos communisme et nazisme nous rapproche de la prédiction de Jankélévitch. Viendra le jour où les martyrs de Chateaubriant devront être extraits de leur mausolée. Dans un tir d’artillerie préparatoire, un révisionniste nommé Berlière et l’odieux Onfray ont déjà entamé une séance de crachats sur la mémoire de Guy Môquet.

La charge des mots est comme celle des canons des fusils, elle fait peur. Images de femmes tondues, de jeunes gens collés au poteau : pour un amateur d’histoire, même de bonne foi, l’épuration est donc décrite comme « sauvage ». Annie Lacroix-Riz démontre que tout cela est un mythe, et rapporte archives en main, que cela n’a jamais eu lieu, et que des femmes furent tondues pour des faits bien plus graves que celui d’avoir partagé le sommier des Allemands.

D’ailleurs, nous disent les historiens bénis au saint chrême du libéralisme, pourquoi « épurer » puisque la France ne fut pas vraiment collaborationniste. Un minimaliste affirmant sans crainte que seuls agirent en France de 1500 à 2000 « collaborateurs de sang ». Finalement c’est peu pour aider les Allemands à provoquer près de 150 000 morts. Puisqu’en mai 1947 « les pertes humaines » s’élevaient à 30 000 fusillés, 150 000 déportés « morts ou disparus », de 95 000 « déportés politiques » et de 100 000 « déportés raciaux ». Cruelle mathématique qui nous démontre que l’historien qui minore nombre des criminels devrait réviser son Histoire.

Assigner le rôle de la Résistance à l’action d’une troupe de vengeurs, sortis de maquis qui n’existaient pas, ou peu, pour dresser des poteaux d’exécution le jour de la Libération, et manier la tondeuse, est une sale besogne. Pourtant entreprise par quelques historiens sponsorisés qui parlent à la télé. Ces « chercheurs » sont fidèles à leur obsession : l’effacement du CNR, des FTP, de la France-Libre. Pour réécrire l’Histoire et nous convaincre que si nous sommes aujourd’hui libres, nous ne le devons pas à Stalingrad mais exclusivement à l’ami Américain.

Ici relevons une contradiction sortie de boites d’archives qui sont bien entêtées. Si la Résistance n’était rien que du pipi de chat, pourquoi, pendant l’occupation, Londres et Washington se sont-ils ligués pour annihiler la France Libre et De Gaulle ? Pourquoi un complot contre Jean Moulin ? Pourquoi ? Si ses hommes et leurs troupes sont négligeables ? Soudain dans « La Non Epuration » apparaît, sans tapage et avec modestie, un chapitre pourtant considérable. Justement il traite de la trahison faite à Jean Moulin. Des pages passionnantes, haletantes, un peu sacrées. Le travail d’Annie Lacroix-Riz permet enfin de clouer la porte aux fantasmagories envahissantes : René Hardy, l’anticommuniste maladif, a bien vendu Moulin. Mais pourquoi, pour qui ? Pour le compte d’une phalange d’extrême-droite. Un groupe cagoulard, c’est-à-dire à ses industriels et ses banquiers, soucieux d’éviter à la France de demain les dangers d’un régime trop rouge. Celui que Moulin et les FTP auraient pu soutenir.

Vous l’avez compris, une historienne qui écrit la vérité sur tous nos Taittinger, nos Renault, nos Wendel et autre homo-copies doit être karcherisée. La voyez- vous parler de ses recherches dans des médias dont quelques-uns sont encore entre les mains de fils et de filles dont les parents ont eu de la chance entre 40 et 45 ?

Son travail me fait penser à celui de la chercheuse britannique Frances Stonor Saunders. Qui a publié une étude inoxydable et jubilatoire sur le rôle de la CIA comme machine à soutenir, guider, aider, financer des milliers d’artistes et intellectuels européens et américains, avant et après la Seconde guerre. Investissement fou dont le but était de contrer les dangers « de la création soviétique ». Traduit en France et publié par Denoël en 2004, ce livre, Qui mène la danse, est aujourd’hui introuvable. Si rare qu’il coûte plus de 600 euros, d’occasion sur Internet. Pour une fois permettez moi de vous donner un conseil qui sort de mon champ, celui d’un boursier : achetez « La Non Epuration ». Si la politique totalitaire, maintenant en marche, progresse un peu, le bouquin d’Annie Lacroix-Riz se vendra sous le manteau. Et vous le revendrez alors très cher.

Jacques-Marie BOURGET

La « Non Epuration » éditions Armand Colin.

 

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1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 19:29
Faussaires

Longtemps, intellectuels et dirigeants occidentaux ont ironisé sur la manie des régimes soviétiques de réécrire l’histoire. Mais on ne les entend guère lorsque le Parlement européen révise celle de la seconde guerre mondiale. Le 19 septembre dernier, les eurodéputés ont adopté une résolution « sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe » qui place sur un pied d’égalité « les régimes communistes et nazi ». Utilisé à vingt-deux reprises, le concept de « régimes totalitaires » réunit dans un même opprobre l’URSS envahie et l’Allemagne envahisseuse, les vingt-six millions de morts soviétiques et leurs assassins, le général Gueorgui Joukov et les responsables des camps d’extermination. Le Parlement européen « se dit préoccupé par le fait que des symboles de régimes totalitaires continuent à être utilisés dans les espaces publics et à des fins commerciales ». Faut-il, pour le tranquilliser, rebaptiser la place de la Bataille-de-Stalingrad, à Paris, « place du Marché commun », ou, comme en Hongrie, tenter d’interdire une marque de bière dont l’étiquette porte une étoile rouge ?

La résolution ne s’en tient pas à ce révisionnisme rudimentaire. « La seconde guerre mondiale, y lit-on aussi, a été déclenchée comme conséquence immédiate du tristement célèbre pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939. » Habituellement, les historiens attribuent la responsabilité du conflit à l’expansionnisme belliqueux de l’Allemagne nazie (1). Brûlant d’y associer l’Union soviétique, la résolution du Parlement de Strasbourg oblitère à dessein un autre épisode, moralement tout aussi embarrassant, mais qui implique cette fois d’irréprochables démocraties européennes : les accords signés à Munich en septembre 1938, à l’issue desquels la France et le Royaume-Uni autorisent Adolf Hitler à envahir les Sudètes, une région de la Tchécoslovaquie.

Hasard du calendrier, l’historien de la seconde guerre mondiale Christopher Browning rendait compte au même moment de l’état le plus avancé de la recherche sur cet événement (2). Il montre à quel point les démocraties, par volonté d’apaiser Hitler, l’enhardirent, le renforcèrent, et provoquèrent la guerre. « En 1938, l’Allemagne n’avait ni la marge de supériorité nécessaire pour remporter une victoire rapide ni la capacité de mener une guerre longue. » Or la Tchécoslovaquie, bien équipée, était alliée à la France et à l’URSS. Son annexion sans combat représenta pour les nazis une double aubaine. « L’industrie militaire tchèque réquisitionnée produisit un tiers des nouveaux modèles III et IV de chars d’assaut, cruciaux dans la victoire allemande en Pologne puis en France. » La capitulation de Munich porta également un coup aux opposants allemands du Führer. « Un groupe de conspirateurs antihitlériens projetait de renverser le dictateur sitôt qu’il partirait en guerre contre la Tchécoslovaquie. L’abjecte reddition de Chamberlain [Arthur Neville Chamberlain, le premier ministre britannique] à Munich a dérobé le tapis sous leurs pieds et donné à Hitler la victoire sans effusion de sang qui consolida sa position. »

Mais foin de ces recherches, puisque, désormais, ce sont des parlementaires européens qui écrivent l’histoire.

Pierre Rimbert

(1Lire Gabriel Gorodetsky, « Les dessous du pacte germano-soviétique », Le Monde diplomatique, juillet 1997.

(2Christopher R. Browning, « Giving in to Hitler », The New York Review of Books, 26 septembre 2019. Lire aussi Gabriel Gorodetsky, « Un autre récit des accords de Munich », Le Monde diplomatique, octobre 2018.

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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 06:00

 

Extrême droite. Sept moments clés d’une dangereuse banalisation
Jeudi, 24 Octobre, 2019

Débat mis en scène sur l’immigration, polémique autour du voile, émission d’Éric Zemmour… Les dernières semaines ont été un condensé de la normalisation des thèses les plus rances à l’œuvre depuis près de quarante ans.

 

Elle vient de loin la banalisation de l’extrême droite, entre médiatisation poussée, emprunt direct à son programme ou campagne sur ses thèmes de prédilection : retour sur les étapes qui ont contribué à cristalliser la montée progressive du Rassemblement national.

1. Le coup de pouce de François Mitterrand

En 1983, Jean-Marie Le Pen, dont le parti n’a pas encore de gros succès électoral (il ne fera que 10 % aux européennes de 1984), adresse une lettre à François Mitterrand pour se plaindre de l’ostracisme dont son parti et lui-même sont victimes. Le chef de l’État s’en ouvre au patron de la chaîne publique Antenne 2. Le Pen est l’invité de l’Heure de vérité, le 13 février 1984, où sa repartie lui ouvre les studios pour longtemps, et il se félicite que « l’omerta (ait) été rompue ». Pas forcément une stratégie mitterrandienne poussée, mais au début des années 1980, rappelle l’historienne Valérie Igounet, Pierre Bérégovoy, secrétaire général de l’Élysée, émet ce commentaire révélateur : « On a tout intérêt à pousser le FN, il rend la droite inéligible. C’est la chance historique des socialistes. »

2. 1989, le foulard à Creil, une aubaine

Le 18 septembre 1989, trois adolescentes voilées cessent de fréquenter un collège de Creil (Oise), sur la demande du principal, Ernest Chénière. Il écrit qu’« une vingtaine de jeunes israélites ne viennent pas le samedi matin, ni le vendredi soir pendant l’hiver. Les professeurs ne peuvent plus l’accepter ». C’est le voile pourtant qui déchaînera seul les passions. L’Humanité du 6 octobre 1989 écrit la « volonté de mettre l’islam au ghetto, relents de racisme, démission éducative ». Lionel Jospin, ministre de l’Éducation, se défausse sur le Conseil d’État. Lequel consacre la liberté de conscience et conclura par l’impossibilité d’adopter une loi générale d’interdiction du voile à l’école. Le FN en profite pour réclamer un « référendum sur l’affaire du tchador ». Et ceux qui portent des croix ? « Ils la portent car ils sont chez eux », répond alors Jean-Marie Le Pen. Le débat est lancé pour longtemps.

3. Années 1990, le flirt poussé de la droite

Le retour de la droite aux affaires en 1986 et les scores du FN font qu’Alain Juppé, en 1990, à la tête du RPR, organise avec l’UDF des états généraux de l’immigration. « Nous n’acceptons ni la xénophobie ni la francophobie », clame Valéry Giscard d’Estaing à la tribune. Dans le texte de synthèse, il était question de fermeture des frontières, de suspension de l’immigration, de prestations sociales réservées aux Français et de l’incompatibilité de l’islam avec la République. En 1991, Chirac, lors d’un banquet du RPR, dénonce « le bruit et l’odeur » d’immigrés forcément polygames, jugeant que « c’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence ». L’homme qui avait instauré en 1976 le regroupement familial change de pied, et, selon Franz-Olivier Giesbert, juge que Le Pen père « répète certaines choses que nous pensons ».

4. Des régionales de la honte au choc de 2002

Le dimanche 15 mars 1998, le FN obtient 275 élus. Dans 12 régions, les conseillers FN sont indispensables à la droite pour élire un président issu de ses rangs. Le Front national propose un accord évacuant l’immigration ou la préférence nationale. La droite se déchire entre partisans d’un cordon sanitaire, tel Philippe Séguin, et d’autres, tel Didier Julia en Île-de-France, qui estiment que « l’on ne va pas perdre la région pour quelques voix ». Dans sept régions, le président de droite est élu avec les voix du FN. Trois démissionnent aussitôt (Franche-Comté, Centre, Haute-Normandie). Quatre autres s’accrochent ; Jacques Blanc (UDF) en Languedoc-Roussillon, Charles Millon (UDF) en Rhône-Alpes, Charles Baur (UDF) en Picardie et Jean-Pierre Soisson en Bourgogne. L’épisode contribue à augmenter la porosité électorale entre droite et FN, et permettre à celui qui, depuis la présidentielle de 1988, fait grosso modo 15 % des voix de passer en 2002 à 16,86 %. Suffisant, dans un contexte de division et de bilan contesté à gauche, pour se retrouver au second tour de la présidentielle, et percer une première fois ce plafond de verre.

5. Avec Sarkozy, l’emprunt direct des idées

Décomplexé sur l’argent, l’ancien président l’était aussi envers les idées du FN. Élu en 2007 en captant l’électorat frontiste, il crée un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale, et du « Développement solidaire » pour adoucir l’intitulé. Comme ministre de l’Intérieur auparavant, il élabore la loi du 24 juillet 2006 réformant accueil des étrangers et droit d’asile, instaurant légalement, selon le Gisti, « l’étranger jetable ». En 2010, le discours de Grenoble envisage la déchéance de nationalité. Sarkozy croit ainsi assurer sa réélection en 2012, il ne fait que… ramener la gauche à l’Élysée.

6. La déchéance d’Hollande laisse des traces

C’est à la suite du drame des attentats de novembre 2015 qu’au nom de « l’unité nationale », François Hollande et son premier ministre, Manuel Valls, reprennent des mesures tout droit sorties du programme du FN. La plus emblématique et décriée par une partie de la majorité : la déchéance de nationalité. Le matin de ces annonces, c’est le refrain du « choc des civilisations » qu’entonnait Manuel Valls : « Nous sommes attaqués parce que nous sommes la France, (…) c’est un combat de valeurs, c’est un combat de civilisations. » Dans la foulée, les régionales de décembre 2015 permettent au Front national de marquer de 9 à 23 points de plus qu’en 2010, au point d’imposer la disparition de la gauche de certains hémicycles. Le pouvoir ne change pas de cap pour autant : les prorogations de l’état d’urgence se multiplient jusqu’en 2017, banalisant un peu plus la restriction des libertés publiques, jusqu’à l’interdiction de manifestations.

7. Un duel avec le RN orchestré par le président

Le début du quinquennat avait été plutôt épargné. Mais à la rentrée, dans un contexte social qui s’annonce des plus tendu pour le gouvernement, les projecteurs sont à nouveau braqués sur la question de l’immigration, pourtant loin d’être la priorité des Français dans les sondages d’opinion. Emmanuel Macron organise cependant un débat dédié à l’Assemblée au cours duquel, il fait sienne l’une des marottes du Front national devenu Rassemblement national, tout en faisant mine de s’en distancier : s’il serait « ridicule » de supprimer l’aide médicale d’État, il faut néanmoins « l’évaluer » et corriger les « excès ». Mais c’est encore à la suite d’un attentat, celui de la préfecture de police de Paris, que les enchères s’envolent. « Société de la vigilance » et appel à « détecter les signaux faibles » de radicalisation, d’abord ; polémique sur la place du voile dans la société à l’initiative d’un ministre de la République, ensuite. Loin de toutes les revendications des gilets jaunes, Emmanuel Macron avait déjà invité le thème de l’immigration dans les conclusions de son grand débat national. Une façon de maintenir un contexte propice à la mise en scène de son duel avec le RN. Un clivage « progressiste » contre « nationaliste » qu’il entend rejouer à chaque occasion, pas inquiet à l’idée de se brûler à force de jouer avec la flamme.

Julia Hamlaoui et Lionel Venturini
Extrême-droite. Sept moments clés d'une dangereuse banalisation (L'Humanité, 24 octobre 2019, Lionel Venturini et Julia Hamlaoui)
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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 16:27
Mélancolie ouvrière      Le film     Images     Documents  Lucie Baud est l’une des premières syndicalistes françaises qui, en 1905 et 1906 mena les grandes grèves dans les filatures de tissage de la soie à Vizille et Voiron. Elle est une de ces femmes exemplaires, de ces héroïnes du quotidien dont la vie familiale, la vie amoureuse et la vie militante ne sont qu’une seule et même vie, une vie vouée à briser " l’infinie servitude des femmes "…Un film de Gérard Mordillat d’après l’essai de Michelle Perrot Avec Virginie Ledoyen, Philippe Torreton, Marc Bardé, Patrice Valota et la participation de François Cluzet et François Morel

Mélancolie ouvrière Le film Images Documents Lucie Baud est l’une des premières syndicalistes françaises qui, en 1905 et 1906 mena les grandes grèves dans les filatures de tissage de la soie à Vizille et Voiron. Elle est une de ces femmes exemplaires, de ces héroïnes du quotidien dont la vie familiale, la vie amoureuse et la vie militante ne sont qu’une seule et même vie, une vie vouée à briser " l’infinie servitude des femmes "…Un film de Gérard Mordillat d’après l’essai de Michelle Perrot Avec Virginie Ledoyen, Philippe Torreton, Marc Bardé, Patrice Valota et la participation de François Cluzet et François Morel

Le samedi 9 novembre à 17h sera projeté le film "Mélancolie ouvrière " de Gérard Mordillat à l'Arthus ciné d'Huelgoat samedi 9 novembre à 17 heures suivi d'un débat à la librairie l'autre rive de Berrien en présence du réalisateur et écrivain Gérard Mordillat (les excellents documentaires sur l'histoire des religions: Corpus Christi - Apocalypse! avec Jérôme Prieur/ Auteur de plus d'une trentaine de livres: Parmi ses livres les plus connus: Les Vivants et les Morts; La Brigade du Rire...)
Soyons-y nombreux!
 
Gérard Mordillat - photo de son éditeur Babelio

Gérard Mordillat - photo de son éditeur Babelio

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 07:15
Henri Martin, dans la lutte pour la paix en Indochine (L'Humanité, Raymond Mourlon, 25 octobre 2019)
Henri Martin, dans la lutte pour la paix en Indochine
Vendredi, 25 Octobre, 2019

Histoire. Un temps, de 1950 à 1953, la France n'a parlé que de l'affaire Henri Martin, du nom de ce jeune marin communiste, maquisard FTP et militant anticolonialiste

 

En 1945, lorsque le territoire métropolitain est à peine libéré, Henri Martin, jeune communiste, maquisard FTP à 17 ans, s’était engagé dans la marine, afin de poursuivre le combat contre le militarisme japonais. Mais, sur place, ce fut une tout autre réalité qu’il découvrit : les Japonais vaincus, les coups de feu étaient échangés avec des maquisards vietnamiens. Dès lors, il voulut démissionner de la marine et témoigner de ce qu’il avait vu. Cette démission refusée, Henri Martin, de retour en France, affecté à l’arsenal de Toulon, prit contact avec son parti et entama une lutte, évidemment clandestine, au sein de la marine nationale : distributions de tracts, inscriptions à la peinture, discussions avec les soldats. Ce qui devait arriver arriva : il fut arrêté par la police militaire. Il fut l’objet d’un procès politique à grand spectacle. L’affaire Henri Martin, qui commença alors, avait tout pour être exceptionnelle : la disproportion entre l’acte – une simple activité, politique certes, contraire au règlement militaire – et la condamnation (cinq ans de prison !), la personnalité du jeune marin, qui ne baissa jamais les yeux devant ses juges, qui clama haut et fort le droit à l’indépendance du peuple vietnamien.

Commença alors, dans toute la France, une campagne intense, d’une variété et d’une amplitude exceptionnelles. Tous les militants communistes, mais aussi des organisations de masse, se mobilisèrent : collectes de pétitions, délégations auprès d’élus de tous bords, distributions de tracts par millions, inscriptions à la peinture dans les endroits les plus invraisemblables, débrayages dans les ateliers… Une troupe d’acteurs militants sillonna la France avec une pièce, Drame à Toulon, tout à la fois véritable spectacle et meeting politique permanent. Les intellectuels communistes s’engagèrent, Éluard dédia à Henri Martin un de ses poèmes, Picasso, Lurçat, Fernand Léger, Fougeron firent des portraits du jeune marin. La campagne fut internationale. Le grand écrivain vietnamien Nguyen Dinh Thi, l’immense Nâzim Hikmet lui dédièrent des poèmes. Et la campagne déborda largement les rangs communistes, avec les engagements de Jean-Paul Sartre, le premier, mais aussi de Vercors, d’Hervé Bazin, de Prévert.

De tous les combats internationalistes

Finalement, le 2 août 1953 au petit matin, Henri Martin fut libéré. Trois ans en prison pour la paix du monde, trois ans en prison pour la liberté d’un peuple.

Henri Martin, l’exaltation de la libération passée, reprit la lutte, une année durant, jusqu’à ce que le peuple vietnamien, après Diên Biên Phu, arrive enfin à se débarrasser du colonialisme français. Puis, il fut un dirigeant actif des Jeunesses communistes, notamment lors de la guerre d’Algérie. Après une nouvelle arrestation, le gouvernement hésita pourtant à lui faire un (nouveau) procès : il avait été échaudé.

Membre du comité central du PCF, Henri Martin fut ensuite de tous les combats internationalistes.

Henri Martin était venu s’installer, avec son épouse, à Pantin, en 1987. Il se trouve que j’étais son voisin. Mais aussi son camarade, dans la section du PCF de la ville. Henri imposa vite sa personnalité. Il était un militant du quotidien, un vendeur de notre journal comme les autres. Il ne parlait jamais de son activité passée. Ce sont les « anciens », dont mon père, qui évoquèrent l’affaire Henri Martin. Alors, après bien des hésitations, je me décidai à lui parler.

Un modeste, d’une grande culture

Et, timidement, à lui demander de se raconter. Ce furent, pour ma petite équipe et moi, des moments d’intense émotion. Entre le 31 janvier et le 21 février 2007, je le filmai quatre heures. Ce ne fut pas si facile que cela, car Henri était un modeste, et il fallait souvent le ramener à son affaire. De plus, sa grande culture nous amena souvent sur des chemins de traverse. Il me parla longuement de Victor Hugo, aborda l’écologie, « question politique majeure » à ses yeux. Il en résulta deux DVD.

L’étape suivante était toute tracée : une diffusion, modeste (car hors des circuits commerciaux) mais tenace. Avec Henri et notre ami commun Alain Ruscio, nous avons commencé un périple qui nous amena d’une classe de CM2 à une maison de retraite, mais également dans des cinémas, dont le Ciné 104 de Pantin. Henri, égal à lui-même, se prêta toujours avec la même gentillesse aux questions qui suivaient invariablement les projections. Il le fit tant que sa santé le lui permit. Et même au-delà : nous avons gardé le souvenir un peu triste de sa dernière apparition post-projection, alors que sa voix le trahissait déjà quelque peu.

C’est cet homme, qui aurait catégoriquement refusé qu’on l’appelât « grand », qui est honoré à juste titre par la municipalité de Pantin.

Raymond Mourlon Réalisateur

Pantin inaugure la rue Henri-Martin

La municipalité de Pantin donnera le nom d’Henri Martin à une rue de la ville, le mercredi 6 novembre, à 18 heures, quartier des Quatre-Chemins, entre les rues Berthier et Sainte-Marguerite. La cérémonie se déroulera sous la présidence du maire de Pantin, Bertrand Kern, en présence de l’ambassadeur de la République du Vietnam, du secrétaire national du PCF Fabien Roussel et de l’historien Alain Ruscio. L’événement sera suivi de la projection du film de Raymond Mourlon, Henri Martin, portrait d’un militant, à 19 h 30 au cinéma Ciné 104, puis d’un débat en présence d’Alain Ruscio et du réalisateur.

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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 05:45
L'Allemagne de l'est, après l'exil - le parcours d'Anna Seghers et d'autres intellectuels et écrivains communistes et antifascistes allemands de retour en Allemagne de l'est après la guerre - Sonia Combe, Le Monde Diplomatique, octobre 2019
L'Allemagne de l'est, après l'exil - le parcours d'Anna Seghers et d'autres intellectuels et écrivains communistes et antifascistes allemands de retour en Allemagne de l'est après la guerre - Sonia Combe, Le Monde Diplomatique, octobre 2019

A lire dans le Monde Diplomatique d'octobre 2019 cet article de Sonia Combe, historienne:

Anna Seghers ou l'éthique du silence.

Allemagne de l'Est, après l'exil

La fin de la République démocratique allemande (RDA), le 3 octobre 1990, aura été épargnée à Anna Seghers (1900-1983). Eût-elle vécu quelques années de plus, la romancière eût certainement signé l’appel du 28 novembre 1989, lancé par l’écrivaine Christa Wolf, en faveur du maintien d’une Allemagne de l’Est fidèle aux valeurs socialistes. Au projet du chancelier Helmut Kohl les signataires opposaient celui d’une RDA « non pas comme elle avait été, mais comme elle aurait dû être ». Une utopie ? Peut-être. À la veille du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, plus personne n’ose questionner la légitimité de la réunification allemande. Ceux qui avaient justifié l’existence de la RDA ont jugé sa disparition tout aussi fondée. L’ordre établi revêt toujours les apparences du rationnel. Mais il est vrai aussi, comme le rappelait en juin dernier l’écrivain Christoph Hein lors de la Fête de l’été organisée dans le cimetière de Dorotheenstadt, à Berlin, devant la tombe d’Anna Seghers et non loin de celle du dramaturge Bertolt Brecht, qu’« ici est enterrée une génération qui s’est sacrifiée pour un avenir dont plus personne ne voulait ». Une génération doublement vaincue, car désormais quasi tombée dans l’oubli — quand elle ne se retrouve pas au banc des accusés.

De cette génération rentrée d’exil après la seconde guerre mondiale, aux côtés de Brecht, des écrivains Stephan Hermlin et Arnold Zweig, de l’historien de l’économie Jürgen Kuczynski, pour n’en citer que quelques-uns, Anna Seghers est sans doute l’une des figures les plus représentatives. Sa loyauté envers le régime communiste, renforcée par sa fidélité au choix du retour dans cette partie de l’Allemagne, semble l’avoir condamnée à observer une éthique du silence qui lui fut reprochée après la chute du Mur. Pourtant, lorsqu’on confronte sa correspondance avec les archives du Parti ou, mieux encore, avec celles de l’Union des écrivains, dont elle fut longtemps la présidente — sans oublier, naturellement, les dossiers de la Stasi, qui n’a cessé de cesser de surveiller la romancière la plus célèbre et la plus loyale de RDA -, on voit se dessiner un portrait bien différent de celui qu'elle offrit publiquement jusqu'à sa mort.

Lorsque Anna Seghers quitte Berlin, au moment de l'accession au pouvoir des nazis, elle est déjà une romancière confirmée, lauréate du prix Kleist. Mariée à un communiste hongrois ami du philosophe Georg Lukacs, elle milite au sein du Parti communiste d'Allemagne (KPD). De surcroît, elle est d'origine juive. Le couple et leurs enfants se réfugient d'abord à Paris, puis à l'entrée des troupes allemandes en France, gagnent Marseille, qu'ils quitteront en 1941 avec l'aide du journaliste américain Varian Fry et du Comité de sauvetage d'urgence (Emergency Rescue Comittee). De cette halte, Anna Seghers tirera le récit Transit porté à l'écran en 2018 par Christian Petzold, qui raconte l'attente d'un bateau d'antifascistes allemands dans la cité phocéenne. Fichée comme communiste, elle ne reçoit pas l'autorisation de rester aux Etats-Unis et s'installe à Mexico, où elle publie en 1942 le roman qui la rendra célèbre, La septième Croix, premier livre sur les camps nazis.  

Les chiffres de l'émigration de langue allemande à partir de 1933 n'ont jamais pu être établis de façon précise. On estime à 500 000 le nombre de personnes qui ont fui le régime nazi, dont 130 000 auraient réussi à gagner les Etats-Unis. Moins de la moitié d'entre elles auraient opté pour le retour à la fin de la guerre (dont seulement 4% de Juifs), mais, là encore, il n'existe pas de statistiques officielles à ce sujet. Aucun organisme n'a été chargé de ce recensement, ni en Allemagne de l'Ouest ni en RDA.

Retrouver un avenir

Une chose est certaine: contrairement à l'émigration, le retour vers le pays d'origine n'est pas un phénomène massif. Non seulement la prise de conscience de l'ampleur des crimes nazis n'encourage guère les émigrés, juifs ou non, à rentrer, mais les retours sont soumis à l'aval des autorités d'Occupation. Or les Alliés occidentaux, qui se partagent avec les soviétiques le contrôle de l'Allemagne vaincue, tentent de les en empêcher, à fortiori quand il s'agit de communistes. La bureaucratie allemande les seconde dans cette tâche. Est-ce par ressentiment, par haine à l'égard des antinazis, ou bien parce que les "rémigrés" la renvoient à sa mauvaise conscience, toujours est-il que la population allemande ne les voit pas d'un bon oeil. Dans les régions sous autorité occidentale, aucun plan d'accueil n'est prévu. 

A l'inverse, la zone d'occupation soviétique cherche à les attirer. Jusqu'à la création de la RDA, le 7 octobre 1949, les officiers soviétiques y mènent une politique culturelle qui portera ses fruits. Ainsi, la fameuse première pièce jouée à Berlin après la capitulation de l'Allemagne sera Nathan le Sage de Gotthold Ephraim Lessing. L'étude du philologue Victor Klemperer sur la langue nazie, LTI, comptera parmi les premiers livres publiés, tandis que Wolfgand Staudte réalisera le grand film d'après-guerre Les assassins sont parmi nous.  De quoi rassurer les éventuels candidats au retour. En outre, la zone soviétique leur rend l'avenir dont le régime nazi les avait privés. Brecht se voit proposer un théâtre, le philosophe Ernst Bloch une chaire à l'université de Leipzig, Alfred Kantorowitz une autre à Berlin. Kuczynski, lui, fondera son propre institut d'histoire économique.

Arrivée à Berlin en avril 1947, Anna Seghers retrouve, selon ses mots, "un peuple au cœur de pierre" . Elle parle de "la folie de ces hommes et femmes auxquels les bombardements ont tout ôté, meubles et vêtements, et qui n'en ont tiré aucune, rigoureusement aucune leçon". Mais ceux qui ont choisi de rentrer dans cette portion d'Allemagne sont animés par un puissant désir de se retrouver entre eux, de se recompter, après l'exil et les épreuves. A travers la création de la RDA, cette sorte de contre-Allemagne, ils vont non seulement bâtir le socialisme, mais prendre leur revanche sur ceux qui les ont persécutés. Autant dire qu'ils se jettent à corps perdu dans la construction du "premier Etat allemand des ouvriers et des paysans", s'efforçant de fermer les yeux sur ce que ne leur plaît pas, ou pis encore... 

A suivre.

 

L'Allemagne de l'est, après l'exil - le parcours d'Anna Seghers et d'autres intellectuels et écrivains communistes et antifascistes allemands de retour en Allemagne de l'est après la guerre - Sonia Combe, Le Monde Diplomatique, octobre 2019
L'Allemagne de l'est, après l'exil - le parcours d'Anna Seghers et d'autres intellectuels et écrivains communistes et antifascistes allemands de retour en Allemagne de l'est après la guerre - Sonia Combe, Le Monde Diplomatique, octobre 2019

Lire aussi dans le Chiffon Rouge:

Anna Seghers - crédit photo L'Humanité

Anna Seghers - crédit photo L'Humanité

Anna Seghers L’humanisme en transit
Vendredi, 26 Juillet, 2019
Série 1939 - Les lanceurs d'alerte

Allemande, juive et communiste, l’écrivaine, Netty Reiling de son vrai nom, choisit de dénoncer le nazisme sur les chemins de l’exil. Son arme fut la littérature.

 

En 1942, au Mexique et aux États-Unis, paraît un roman appelé à connaître un grand retentissement. La Septième Croix décrit les atrocités perpétrées dans les camps de concentration nazis avant le déclenchement de la guerre. C’est l’œuvre d’Anna Seghers, femme de lettres allemande contrainte à l’exil depuis 1933. Sa rédaction remonte à 1937, alors que l’écrivaine vivait à Paris avec sa famille. La Septième Croix (titre allemand : Das Siebte Kreuz) raconte la fuite de sept détenus du camp de concentration de Westhoffen, au bord du Rhin. Les SS se lancent à leur recherche et le commandant du camp annonce qu’ils seront crucifiés sur sept platanes dès qu’ils seront découverts. Une croix restera vide. Un seul évadé, Georg Heisler, échappera à la traque. Ce livre est un des rares de l’époque qui révélèrent la réalité des camps. Le premier chapitre avait été publié à Moscou en 1939 dans une revue littéraire internationale que dirigeait le poète allemand Johannes R. Becher.

Anna Seghers est le nom de plume choisi par une jeune femme de Mayence, Netty Reiling. Elle est née en 1900, dans une famille bourgeoise et intellectuelle d’origine juive. Fille unique du marchand d’art Isidor Reiling, Netty connaîtra pendant son adolescence la boucherie de la Première Guerre mondiale. Elle entreprend des études d’art, son sujet de thèse aura pour thème « Juifs et judéité dans l’œuvre de Rembrandt ». Netty épouse en 1925 le sociologue communiste hongrois Laszlo Radvanyi et en 1926 le jeune couple s’installe dans un premier temps à Berlin. Son premier roman portant la signature d’Anna Seghers, la Révolte des pêcheurs de Sainte-Barbara, obtient le prix Kleist. En 1928, Anna Seghers adhère au Parti communiste (KPD) et participe à la fondation de l’Union des écrivains prolétaires révolutionnaires, visite l’Union soviétique en 1930.

L’engagement politique d’Anna Seghers sera celui d’une vie. Antifascisme et communisme sont à ses yeux un même combat. Arrêtée par la Gestapo dès 1933, puis relâchée, elle quitte le Reich avec son mari et ses enfants pour la Suisse, puis gagne Paris. Elle se dépense sans compter, écrit dans la presse d’immigration Neue Deutsche Blätter, fonde avec d’autres intellectuels l’Union de défense des écrivains allemands. Ces années d’exil dans la France du Front populaire sont marquées par la mobilisation et la solidarité antifascistes. Puis, avec la déclaration de guerre, suivie de l’entrée des troupes allemandes à Paris, tout bascule pour les antifascistes allemands. Laszlo est interné au camp de Vernet, dans le sud de la France. Anna se rend à Marseille pour obtenir sa libération et trouver les moyens de quitter l’Europe. Cet épisode est la trame de son roman Transit. Aux yeux de l’écrivain Heinrich Böll, Transit « est le plus beau roman d’Anna Seghers, en raison de la situation historique et politique atrocement unique qu’elle a choisie comme modèle référent ».

Dans le grand port de la Méditerranée, des anciens des Brigades internationales, des écrivains, des juifs, des militants communistes harcelés par le régime de Vichy tentent de fuir la souricière, à la recherche d’un bateau qui leur permettra d’échapper à la mort. En 1941, la famille Radvanyi est réunie à Mexico. Anna Seghers y fonde le club Heinrich-Heine, lance le comité Freies Deutschland.

En 1947, elle revient dans son pays natal, après quatorze ans d’exil. Elle s’installe à Berlin, dans la partie occidentale puis orientale, en 1950, et se fixe définitivement dans la capitale de la République démocratique allemande, fondée le 7 octobre 1949. Elle devient avec Bertolt Brecht la personnalité la plus célèbre du monde de la culture dans la nouvelle Allemagne. Ses livres sont publiés à des centaines de milliers d’exemplaires : Les morts restent jeunes (1949), la Confiance (1968)… En 1952, elle devient présidente de l’Union des écrivains de RDA. Elle le restera jusqu’en 1978. Personnalité officielle, membre du Parti socialiste unifié d’Allemagne, sa proximité avec le pouvoir politique la conduira à se montrer discrète quand des intellectuels eurent maille à partir avec des autorités aux conceptions rigides. Cela lui fut reproché. Ce fut une intellectuelle partagée entre son idéal d’émancipation et de justice et les désillusions d’une politique qui s’en éloignait. Elle meurt en 1983, laisse une œuvre considérable habitée par un humanisme combatif, forgé dans ses longues années d’exil.

Jean-Paul Piérot
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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 13:43
Devoir de mémoire: commémoration des fusillés de Châteaubriant, communistes et cégétistes, ce 20 octobre
Devoir de mémoire: commémoration des fusillés de Châteaubriant, communistes et cégétistes, ce 20 octobre

On oublie pas :

Le 22 octobre 1941, dans la carrière de Châteaubriant, 27 résistants tombaient sous les balles des pelotons d’exécution hitlériens.
Les 27 de Châteaubriant étaient des élus, des militants communistes, des dirigeants de la CGT.

Le plus jeune, le lycéen Guy Môquet, avait 17 ans. Ils avaient été arrêtés par la police française et choisis par le ministre de l’Intérieur de Pétain, le sinistre Pucheu, sur demande des autorités locales de la collaboration avec l’ennemi.

Parmi ces martyrs, deux montargois tombèrent sous les balles nazies, tous deux militants communistes, résistants : Raymond Laforge, instituteur à l’école Pasteur pédagogue du mouvement Freynet à Montargis et Raymond Tellier, élu d’Amilly artisan imprimeur rue du Loing à Montargis.

L’hommage que nous leur rendons, chaque année, rappelle le sens de l’engagement et du sacrifice qui fût le leur et celui de tous leurs camarades de la Résistance.

Un car partait du Finistère, de Concarneau, ce matin.

Nous n'oublierons jamais! : le 22 octobre 1941, à Châteaubriant, 27 otages choisis par Vichy pour être fusillés par l'armée allemande parce qu'ils étaient communistes et cégétiste

"A propos d'une ignominie: être dignes des 27": Pierre Le Rose rend hommage à Pierre Guéguin et Marc Bourhis, fusillés de Chateaubriant concarnois (L'Unité, journal communiste de Concarneau, novembre-décembre 1979)

Devoir de mémoire: commémoration des fusillés de Châteaubriant

Dimanche 20 Octobre 2019 aura lieu la commémoration de Châteaubriant.

Il y a 78 ans, le 22 octobre 1941, 50 résistants sont fusillés par l’armée allemande sur ordre du Führer Adolf Hitler, en représailles de la mort du Feldkommandant de Nantes, Karl Hotz, tué deux jours plutôt par des résistants français. Ce jour-là, à Châteaubriant, ce sont 27 résistants que l’armée allemande fusille.

 

Parmi eux, le célèbre Guy Moquet, âgé seulement de 17 ans, Jean Grandel, Maire de Gennevilliers, ou encore Jean-Pierre Timbaud, grand responsable de la CGT… L'écho de leur assassinat dépassa les frontières françaises, allant jusqu'à provoquer des réactions auprès de Churchill et Roosevelt. Ce jour-là, avec ce massacre, les nazis et le gouvernement français pensaient faire taire toute résistance, mais ce fut le contraire, beaucoup décidèrent de franchir le pas et entrèrent en résistance.

Cette cérémonie, organisée depuis la libération, rassemble des témoins de la seconde guerre mondiale, mais aussi des actrices et acteurs de la mémoire venu·e·s de toute la France.

 

A l'heure où le Parlement Européen adopte un texte mettant sur le même plan nazisme et communisme, rendant illégale "l'apologie du communisme", à l'heure où certain.e.s récupèrent l'histoire de la résistance pour justifier leur théorie nauséabonde, ou encore pour expliquer l'abandon de leurs alliés d'autrefois à l'ennemi... à l'heure où tout repère idéologique se perd, il est primordial que les communistes ne désertent pas le terrain mémoriel : c’est l'histoire de la France, mais c’est aussi notre histoire.

En effet, l'Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt a été créée par le MJCF, le PCF et la CGT. Depuis sa création, elle n'a cessé de faire vivre les valeurs de la résistance, et la mémoire de celles et ceux qui ont combattu, trop souvent au péril de leur vie, pour un idéal de société, que nous défendons encore aujourd'hui.

Se souvenir ce n'est pas ressasser le passé, c'est construire une société plus juste, en sachant d'où l'on vient. Car comme le disait Karl Marx "celui qui ne connait pas l'histoire est condamné à la revivre".

Devoir de mémoire: commémoration des fusillés de Châteaubriant, communistes et cégétistes, ce 20 octobre
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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 05:32
Disparition. Michel Kachkachian, communiste, réfugié arménien, résistant FTP MOI : le combat de la reconnaissance (L'Humanité)
Disparition. Michel Kachkachian, le combat de la reconnaissance
Lundi, 30 Septembre, 2019

L’ancien résistant, membre des Francs-tireurs et partisans (FTP), militant inlassable de la cause arménienne et communiste parisien, est décédé à l’âge de 95 ans.

 

Michel Kachkachian s’est éteint en fin de semaine dernière à l’hôpital Saint-Antoine. Âgé de 95 ans, le militant du PCF dans le 12e arrondissement de Paris aura été le témoin et l’acteur des combats émancipateurs du siècle écoulé. « Michel est un enfant de la première génération d’arméniens nés en France. Il va croiser la grande histoire », indiquait Nicolas Bonnet-Oulaldj, président du groupe communiste au Conseil de Paris à l’occasion de son 90e anniversaire, célébré il y a cinq ans par ses amis et camarades. Et en effet, s’il naît le 24 juillet 1924 en Ardèche, c’est que sa famille est réfugiée en France depuis le début du génocide arménien. À tout juste 15 ans, le jeune immigré travaille, tout en poursuivant ses études au Conservatoire national des arts et métiers. La France entre alors dans les années sombres de la guerre et de l’Occupation. En alerte par la tragédie des premières décennies du siècle, il participe dès 1942 à des distributions de tracts contre l’occupant nazi. Arrêté, il est envoyé en Allemagne. Grâce à des complicités, il parvient à rentrer en France et rejoint en 1943 les rangs de la Résistance communiste des Francs-tireurs et partisans (FTPF) à Arnouville-lès-Gonesse (Val-d’Oise), dans les pas de Missak et Mélinée Manouchian. Il combattra lors de la Libération en août 1944 à Arnouville et pour la prise de l’Hôtel de Ville.

Après la Libération, il s’engage dans la fondation de la Jeunesse arménienne de France. Son action va désormais se concentrer à renforcer les liens entre les Arméniens de France et l’Arménie soviétique et la défense de la cause arménienne. En avril 1965, le député PCF des Hauts-de-Seine Guy Ducoloné, qui sera son ami, pose pour la première fois à l’Assemblée nationale la question de la reconnaissance du génocide arménien, de la responsabilité du gouvernement turc et du silence des pays occidentaux. Chaque 24 avril, le député réitérera cette demande. Hélène Luc, sénatrice PCF du Val-de-Marne, mènera, elle, au Sénat ce combat pour la vérité et la justice. Michel Kachkachian sera en première ligne dans cette bataille, en contribuant à la fondation du Mouvement des Arméniens de France pour le progrès, en 1996. En 2001, la loi reconnaîtra enfin le génocide arménien. Ses obsèques auront lieu le jeudi 3 octobre à 13h30, en la cathédrale orthodoxe Saint Jean-Baptiste rue Jean Goujon à Paris. L'inhumation aura lieu dans le cimetière d'Arnouville-lés-Gonesses à 15 heures. L’Humanité présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Pierre Chaillan
Disparition. Michel Kachkachian, communiste, réfugié arménien, résistant FTP MOI : le combat de la reconnaissance (L'Humanité)

Message de Nicolas Bonnet Ouladj, adjoint au maire communiste à Paris:

Beaucoup de tristesse d'apprendre le décès de notre camarade Michel Kachkachian dans sa 95eme année.
Michel habitait et militait dans le 12e arrondissement de Paris et il s'est éteint à l'hôpital Saint Antoine la nuit dernière.
il aura consacré toute sa vie au parti communiste et au mouvement des arméniens de France. il a participé à la résistance, proche de Missak et Melinée Manouchian, il a contribué à la libération de notre pays au sein de FTP.
Fondateur du mouvement des arméniens de France pour le progrès, il aura contribué au côté de Guy Ducoloné et Hélène Luc à la reconnaissance du génocide arménien.

Voici les extraits du discours que j'ai prononcé au nom du PCF à l'occasion de son anniversaire pour ses 90 ans :

"Michel est un enfant de la première génération d’arménien né en France, va croiser la grande histoire.
9 ans après le début du génocide arménien qui a balafré l’histoire mondiale, il nait en Ardèche. Il travaille à 15 ans à l’aube de la déclaration de guerre pour subvenir aux besoins de sa famille, tout en poursuivant ses études au Conservatoire National des Arts et Métiers. Dès 1942, il prend part aux prémices de la résistance active, distribuant des tracts. Arrêté il est rattrapé par le Service du Travail Obligatoire et est envoyé en Allemagne. Grace au CNAM et à des complicités, il parvient à rentrer en France. Il profite de cette « permission » pour rejoindre les rangs des FTP à Arnouville les Gonesse. C’est l’armée des ombres en marche, sabotages, récupération d’armes, cache d’arméniens soviétiques, Michel est de tous les coups. Il faut de la discrétion et du courage, Michel n’en manque pas. En août 1944 l’hôtel de ville d’Arnouville est pris, la ville est libérée.
Il s’engage dès la fin de la guerre dans la fondation de la Jeunesse Arménienne de France. En 1951, il en est élu secrétaire général, il le restera jusqu’en 1963. Son action va désormais se concentrer à renforcer les liens entre les Arméniens de France et l’Arménie soviétique. Il continuera dans cette ligne jusqu’en 1996 date à laquelle il participe à la fondation du Mouvement des Arméniens de France pour le Progrès.

Michel a 41 ans quand un député communiste, qui deviendra son ami ,Guy Ducoloné, pose pour la première fois au Parlement la question de la reconnaissance du génocide arménien. Seul groupe à se préoccuper de rendre à ce peuple la dignité qui est liée à la reconnaissance de ce drame horrible.
Chaque 24 avril, la belle voix du député d’Issy les Moulineaux, où est implantée depuis longtemps, comme à Bagneux ou dans des ville du Val de Marne, une importante communauté arménienne, fait vibrer l’hémicycle du Palais Bourbon. Il rappelle inlassablement la responsabilité du gouvernement Turc d’alors et le silence complice des pays occidentaux. Ce sont des larmes de joie de Guy et de Michel qui accueilleront en 2001 la loi qui enfin, fait que la France reconnaît le génocide.
Hélène Luc sénatrice du val de Marne qui est avec nous aujourd’hui pourrait mieux que moi raconter cette épopée des associations arméniennes et des groupes communistes à l’Assemblée et au Sénat pour faire reconnaître le génocide.
Que de sang, que de larmes, mais que de liens entre le peuple français et le peuple arménien.
Nous pouvons être fiers du combat que tant d’Arméniens comme toi Michel, comme Missak et Mélinée Manouchian comme Henri Karayan et tant d’autres ont mené pour la liberté de la France leur patrie sans oublier jamais leur patrie de cœur, l’Arménie.
Alors qu’à nouveau cette partie du monde est endeuillée par des combats acharnés, je sais Michel que tu suis cette actualité et que ton cœur saigne en pensant que là-bas il n’y a pas encore la paix.
Ton combat est pour nous un exemple, il montre contrairement à ce que pense certains, on est bien sur français grâce à sa carte d’identité mais on est aussi français parce que l’on défend les valeurs qui sont aux frontons de nos écoles : liberté Egalite Fraternité. Cet idéal ne te quitte pas Michel. Je te souhaite un bon anniversaire et que demain encore la paix l’amitié et la compréhension mutuelle existe. Nous continuons à notre manière tes combats d’hier, je suis fier comme tous les communistes de Paris de te compter parmi les nôtres."

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