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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 07:00
Fernand Jacq- Document archives départementales du Finistère

Fernand Jacq- Document archives départementales du Finistère

Fernand Jacq et sa famille - Document archives départementales du Finistère

Fernand Jacq et sa famille - Document archives départementales du Finistère

Publication du PCF Finistère à la Libération - document archives Départementales du Finistère

Publication du PCF Finistère à la Libération - document archives Départementales du Finistère

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

5 - Fernand Jacq (1908-1941)

médecin et élu au Huelgoat, militant communiste et résistant, fusillé à Châteaubriant le 15 décembre 1941

Sources:

Site des Archives départementales du Finistère: http://www.archives-finistere.fr/concours-national-de-la-r%C3%A9sistance-et-de-la-d%C3%A9portation-dossier-fernand-jacq

Maitron des fusillés: http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article76398

Ceux de Châteaubriant, Fernand Grenier (éditions sociales, 1961)

 

Né à Granville (Manche) le 12 janvier 1908, Fernand Jacq est issu d’une famille de fonctionnaires (père douanier, mère employée des PTT). Ses parents quittent peu après sa naissance la Normandie pour la Bretagne et Fernand grandit en Finistère, dans la petite commune de Pleyber-Christ.

Élève studieux et brillant malgré une santé fragile, il s’oriente vers des études de médecine et sort diplômé de la faculté de Rennes, ville où il rencontre sa femme. En 1933, il revient dans le Finistère, d’abord à Querrien, puis s’installe au Huelgoat comme médecin, terminant sa thèse de doctorat en médecine en 1934.

Communiste, sa mère écrit en 1945 dans une brève biographie de son fils, qu’elle l’interrogea avant guerre sur son engagement politique. Il lui répondit : « Parce que j’ai eu faim ! et que je travaille pour qu’il n’y ait plus de misères ».

En effet, dès 1930, Fernand Jacq adhère au Parti Communiste Français alors qu'il est étudiant à Rennes. Il devient conseiller municipal au Huelgoat en 1935, puis participe à sa restructuration après son interdiction en septembre 1939.  Il fut élu municipal à Huelgoat de 1935 à 1939. En 1935, la liste communiste aux municipales, composée de huit artisans, quatre cultivateurs, un instituteur et deux retraités, avait devancé la liste SFIO, obtenant ainsi trois élus. En 1937, Fernand Jacq était candidat du PCF aux cantonales à Huelgoat ; il se désista en faveur de Pierre Blanchard (SFIO), élu au second tour avec 55 % des voix face au radical François Le Dilasser.

Fernand Jacq était en même temps secrétaire de la section de Huelgoat, membre du comité régional du PCF.

L'arrivée de la guerre

Lorsque la guerre éclate, Fernand Jacq est contrarié de n’être pas mobilisé. Il est réformé pour raison de santé mais adresse un courrier au préfet du Finistère par lequel il demande d’être incorporé dans un régiment quelconque. Il souhaite, d’après le témoignage de sa mère, être aux côtés de ses camarades dans le combat. Toutefois, sa demande est rejetée et il est contraint d’attendre l’arrivée des Allemands au Huelgoat.

A l'arrivée des troupes d'occupation à Pont-Aven, commune de résidence de ses parents, un notaire menace et rappelle les engagements politiques de Fernand Jacq au père de ce dernier. Il déclare espérer que le médecin sera bientôt fusillé. La famille vit alors dans une inquiétude perpétuelle. Le médecin est en effet déchu de son mandat politique par le Gouvernement de Vichy. Le médecin est empêché par les Allemands et sa mairie collaboratrice de circuler en voiture dès la fin 1940 (il n'a pas de bons d'essence pour ses déplacements).  " Qu'importe, il est allé de village en village, à pied ou à bicyclette, dans la boue ou la neige, apporter aux malades soins et réconfort moral. Sensible au courage quotidien des paysans des Monts d'Arrée arrachant à une terre ingrate une maigre subsistance, il en est aimé à cause de sa simplicité et de sa générosité" (Fernand Grenier). 

Naturellement, Fernand Jacq rejoint la Résistance en adhérant en 1941 au Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France. Il procède à de nombreux recrutements et est l'un des organisateurs des premiers groupes de FTP (Francs-Tireurs et Partisans) dans le Finistère. En juin de la même année, il est désigné comme responsable départemental du Service Sanitaire et réussit rapidement à mettre sur pied les éléments d'une organisation qui rend de grands services à la Résistance.

Arrestation et internement

Fernand Jacq est arrêté le 3 juillet 1941, probablement victime d’une des innombrables lettres de délation envoyées aux autorités sous l’Occupation. Il est immédiatement conduit dans le camp d’internement de Choisel, à Châteaubriant (Loire-Inférieure), section politique, baraque 7. Voici son témoignage le lendemain de son arrivée (correspondance à ses parents) :

Dans les lettres suivantes adressées à sa famille, le Docteur Jacq ne renie jamais ses engagements et redit sa fierté de partager le sort de millions d’Hommes, d’être enfermé à Choisel au milieu de camarades constituant « l’élite de la France ». Il écrit aussi : « Il y a plus d’intelligence ici que dans n’importe quel lycée de France et nous vivons dans l’attente d’un avenir que nous sentons très proche, avec la certitude de la victoire ». Toutes ses lettres dénotent d’une grande foi en l’avenir et la victoire finale du camp de la Liberté.

 
L’abattement n’est donc pas de mise et Fernand Jacq est très actif dans le camp. Il dispense durant sa captivité des cours de breton pour les autres otages du camp et met en place une chorale bretonne.
 
 
 

Côté population, il faut aller chercher dans la correspondance préfectorale pour mesurer l'émoi suscité par l'arrestation du médecin. En décembre 1941, en effet, deux courriers du Sous-Préfet de Châteaulin sont transmis à son supérieur direct, le Préfet du Finistère.

Il demande la grâce du Docteur Jacq, assortie d'une mesure d'éloignement du département.

La raison de cette démarche volontariste du Sous-Préfet transparaît clairement dans ses écrits. La population "... commence à le (Fernand Jacq) considérer comme un héros". La libération par les autorités à la période de Noël "... dissipera définitivement le malaise dont j'ai pu être témoin depuis quelques semaines au cours de mes tournées dans la région susvisée".

L'arrestation de Fernard Jacq choque donc bien la population du Huelgoat, à tel point que le Sous-Préfet de Châteaulin semble craindre que son maintien en détention ne constitue un danger dans le rapport des autorités avec la population locale.

Cette initiative du Sous-Préfet restera toutefois lettre morte, intervenant trop tardivement

 

Les Neuf de la Blisière

En effet, à la suite d’attentats à Paris, les Allemands décident de fusiller 100 otages ; neuf seront pris dans le camp de Choisel. Parmi eux figure Fernand Jacq. Vers midi, le 15 décembre 1941, les feldgendarmes conduisent les neuf otages en plein cœur de la forêt de Juigné, au bord de l’étang de La Blisière où ils sont exécutés aux alentours de 15 heures.

Au moment du départ des otages pour le lieu de l’exécution, les prisonniers du camp de Choisel s’étaient mis à entonner la Marseillaise, certains chantèrent le Bro gozh ma zadoù (hymne national breton), d’autres enfin entonnèrent l’Internationale en breton.
L’espoir et la résistance à l’oppression ne quitta pas ces hommes comme en témoigne encore la dernière lettre de Fernand Jacq, lettre d’adieux rédigée à ses parents le jour même de l’exécution.
 

Fernand Jacq ne manque d’ailleurs pas de rappeler dans cet écrit que lui et ses camarades ne sont pas les premières victimes de l’occupant au camp de Choisel et commémore les fusillés du 22 octobre 1941. Ce jour là, en représailles à l’assassinat du commandant de Nantes, le Feldkommandant Fritz Holtz, les Allemands avaient fusillés 27 détenus du camp de Choisel dont le jeune Guy Môquet (17 ans).

L’émotion est grande à la mort du médecin du Huelgoat. Les premiers témoignages d’afflictions des proches de la famille en attestent bien sûr, mais c’est à la libération qu’on mesurera l’impact qu’eurent ces exécutions arbitraires de civils parmi la population française.

Médecin de campagne, médecin des pauvres, profondément humaniste, Fernand Jacq était considéré comme une sorte de "saint laïc" à Huelgoat, dans la montagne rouge de l'Arrée. Au camp de Châteaubriant, il avait ouvert des cours de breton et monté un groupe de chant choral. Il était très estimé dans toute la région d’Huelgoat où il fit campagne pour le développement de l’hygiène. Acquise aux communistes dès 1921, la mairie du Huelgoat fut marquée par la dissidence de Corentin Le Floch (ancien SFIO et PCF), avant de devenir le fief d’Alphonse Penven entre 1945 et 1989. Selon Pierre Guyomarh, ancien FTP, cité par Fernand Grenier (Ceux de Châteaubriant), la mort de Fernand Jacq va susciter "une vive recrudescence de l'activité patriotique dans tout le Finistère et fera lever de nombreux combattants décidés à venger Jacq et à chasser l'envahisseur".

Extrait de l'ultime message de Fernand Jacq: 

"La mort naturelle libère l'humanité de ses fragments usés; la mort violente donne par réaction une énergie nouvelle à cette humanité. Toute ma vie, j'ai lutté contre la guerre et pour une vie meilleure, pour le progrès. Les morts sont de grands convertisseurs. Ma mort sera utile..."

Fernand Jacq après l'exécution des 27 otages communistes et cégétistes à Châteaubriant le 22 octobre 1941 avait refusé, au camp de Choisel, avec la grande majorité des 700 détenus (seuls 20 firent exception), de signer une déclaration d'allégeance à Pétain qui aurait pu le sortir des listes d'otages potentiels à fusiller en cas d'attentat contre les troupes d'occupation allemandes. 

Il est fusillé le 15 décembre alors qu'il n'a que 32 ans avec un autre docteur, Louis Babin, l'instituteur Paul Baroux, le charpentier Maurice Pillet, le secrétaire de la fédération CGT des Produits Chimiques René Perrouault, Adrien Agnès, agent technique, les métallos Raoul Gosset et Georges Vigor, le jeune ouvrier Georges Thoretton. 

Quand son nom est prononcé pour l'appel des condamnés, Fernand Jacq travaille à une étude avec les médecins Ténine et Pesqué sur la médecine sociale.

"Les neuf appelés sont amenés devant le bureau. Ils sont aussitôt enchaînés. Ils montent dans les camions, la tête haute. Le 22 octobre se renouvelle avec la même émotion. La "Marseillaise" éclate puis le "Chant du Départ". Tout le camp chante avec eux, jusqu'à ce que disparaissent au tournant de la route les deux véhicules... C'est aux abords de la forêt de Juigné, en un lieu enchanteur, La Blisière, que le crime va être consommé". Les Allemands, rapporte le grand résistant communiste Fernand Grenier dans Ceux de Châteaubriant voulaient éviter de faire traverser Châteaubriant aux condamnés pour les emmener à la sablière comme les 27 fusillés du 22 octobre tant l'émotion était grande dans la ville de Loire-Inférieure après ce crime. Ils avait décidé d'assassiner au fond d'un bois, loin de toute agglomération. Les 9 condamnés à mort communistes furent attachés aux arbres dans la forêt. Le crépitement des balles fut entendu des fermes proches. Le même jour, Gabriel Péri tombe au Mont Valérien et Lucien Sampaix, secrétaire général de la rédaction de l'Humanité, à Caen. 

 

Lire aussi:

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 1/ Daniel Trellu (1919-1998)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)
"Ceux de Châteaubriant", Fernand Grenier

"Ceux de Châteaubriant", Fernand Grenier

Le nom de Fernand Jacq est mal orthographié, "Ceux de Châteaubriant", Fernand Grenier

Le nom de Fernand Jacq est mal orthographié, "Ceux de Châteaubriant", Fernand Grenier

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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 06:16
Quand le pays bigouden était rouge: les noms des bateaux de pêche de Lesconil, tout un programme révolutionnaire - à lire sur le blog politique de Gaston Balliot

https://www.gastonballiot.fr/pays-bigouden-rouge/

extraits:

Des maires communistes en Pays Bigouden

Jean-Désiré Larnicol élu en 1935 maire de Tréffiagat, destitué en 1939 par le gouvernement Daladier.
élu conseiller général du canton de Pont L’Abbé de 1945 à 1949

Marc Scouarnec maire du Guilvinec de 1935 à 1940, puis de 1945 à 1963

Jean Le Brun maire du Guilvinec de 1965 à 1983

Albert Hénot maire de Tréffiagat de 1971 à 2003

Roger Coquelin (sympathisant communiste) maire de Penmarc’h de 1977 à 1983

Emile Bargain maire de Treguennec de 1989 à 2001

Un député:

Alain Signor député communiste de 1946 à 1955

 

* Les noms de bateaux du port de Lesconil :

publié par Raymond Cariou dans “Le Travailleur Bigouden” en 1975

Chose remarquable dans le port de Lesconil, les marins ont donné à leurs bateaux des noms s’inspirant d’idées humanitaires, des noms de grands hommes, savants, écrivains qui ont combattu pour de grandes causes, pour la paix, contre le fascisme, des noms de révolutionnaires de tous pays qui souvent ont donné leur vie pour leur noble cause.
Déjà, avant la première guerre mondiale 1914-1918, nous avions dans  le port de Lesconil :

– Les deux Frères Républicains: Corentin Divanach (Divanach Couz);

Dreyfus (officier juif injustement condamné au bagne pour trahison et dont l’affaire a la fin du siècle dernier remua la France entière) : Corentin Primot­

Esclave du Riche: Pierre Cariou.

Et entre les deux guerres et après :

Jean-Jaurès (militant socialiste, député, fondateur de L’Humanité , assassiné le 31 juillet 1914) Laurent Durand (Laurès Duren).

André Marty (officier mécanicien a bord du « Protet » , l’un des dirigeants de la révolte de la Mer Noire, député communiste) : Pierre Le Moigne (Per Bihan).

Lénine (stratège de la révolution d’octobre 1917, fondateur de l’Union Soviétique) : Jean-Marie Drézen (Drézen Couz),

Sacco et Vanzetti (ouvriers italiens, accusés sans preuve d’un crime en 1920 aux États-Unis ; électrocutés en août 1927: pour le juge : coupables ou non, ils sont les ennemis de la société. parce que anarchistes) : Nicolas Le Bec.

Rosa Luxembourg : (socialiste allemande, fondatrice du Parti Communiste allemand, assassinée le 15 janvier 1919) : Etienne Le Moigne.

Karl Liebknecht :, (Militant socialiste allemand, organisateurs de la résistance à la trahison de leur parti en 1914 et de la lutte contre la guerre impérialiste, fondateur du Parti communiste allemand, assassinés le 15 janvier 1919) : Corentin Divanach (Divanach Couz)

Karl Marx (philosophe allemand du 19e siècle, fondateur de notre doctrine, le socialisme scientifique) : Corentin Divanach (Divanach Bihen).

Krassine (Premier ambassadeur des Soviets à Paris en 1924, ingénieur de grand talent, un des dirigeants du parti Bolchevik) : Louis Charlot.

Jeanne Labourbe (institutrice française à Odessa, joua un grand rôle dans la fraternisation des marins et soldats français avec les soldats de l’Armée Rouge, fusillée le 1er mars 1919) : Pierre-Marie Cossec (Rouzar).

Badinat (marin français parmi les dirigeants de la révolte de la Mer Noire) Louis Cossec (Louis Vicent).

Albin Koeb (marin allemand, l’un des chefs de la révolte de la flotte de haute mer allemande en 1918 : Maurice Durand (Molis Duren).

Henri Barbusse (auteur du livre immortel  « Le Feu », combattant de 14-18, consacra le reste de ses forces à la lutte contre la guerre et le fascisme) : Yves Biger , Maurice Biger ( Mol ar Biger)

Démocratie : Louis Cossec (Louis Vicent).

Les Droits de l’Homme : Pierre Stéphan (Per Stéphen).

Paix Universelle : Alour Daniel (père de Mme Léon Girard).

Honte aux indifférents (charge vengeresse contre ceux qui ne s’intéressent à rien, contre les pantouflards, etc…) : Hervé Volant (Volen Couz).

Barra (jeune héros de la Révolution française, mort en 1793 à 14 ans, près de Cholet, pendant la guerre de Vendée) : Jean Cariou.

Auguste Blanqui (célèbre socialiste et révolutionnaire français : 30 années de prison) : Pierre-Jean Cariou.

La Voix du Vent d’Est (la voix du vent soufflant du pays des Soviets) : Louis et Alain Larnier) (Louis et Lan ar Meiller).

L’Egalité : Louis Larnicol et Jacques Le Lay (Chag A Lay).

Paix Universelle : Jean Guénolé.

Romain Rolland (grand écrivain, consacra sa vie à la lutte contre la guerre et le fascisme) : Pierre Le Moigne (Per Moingn).

Exploité de la Mer : Etienne Le Brenn (Stephen a Brenn) et Albert Primot.

Spartacus (chef des esclaves révoltés dans Rome, il tint tête aux légions pendant deux ans, tué en 71 ans avant Jésus-Christ) : Albert Cadiou.

Bien-être et Liberté : Cariou (Stéphannic).

Travail – Bien-être : Julien Faou.

Pauvres de Nous : Paul Le Bleis (Polig a Bleis).

Paul Vaillant-Couturier (officier des chars pendant la guerre 14-18, un des fondateurs du Parti communiste, député, maire de Villejuif, rédacteur en chef de. L’Humanité. de 1926 à 1937 : Corentin Divanach (Divanach Bihen).

Sadoul (officier français à l’ambassade de France à Moscou, témoin de la Révolution d’octobre 1917, grand ami de l’Union Soviétique) : Pierre Stéphan (Per Stephen).

Le Petit Socialiste : Yves Gentric (Cheintric Couz).

Prolétaire : Pierre-Jean Castric, Jean Cadiou, Louis Le Bleis, Louis Cossec (Louis Vissent).

Les Droits de l’Homme : Pierre Marie Le Moigne.

La Voix du Peuple : Jean-Marie Morzadec.

Camélinat (Cet homme célèbre de l’immortelle Commune de Paris de 1871, Directeur de la Monnaie. disait: « Je ne pourrais pas supporter d’être riche, l’argent pourrit l’esprit et durcit le coeur » ) : Jean-Marie Quéméner (Reutar).

Marcel Cachin (notre compatriote, né à Paimpol). Professeur de philosophie, entré au journal de Jaurès « L’Humanité », en 1912, l’un des fondateurs de notre parti, longtemps député de Paris, doyen de l’Assemblée nationale. Directeur de « L ‘Humanité », organe central de notre Parti, de 1918 à 1958) : Louis Charlot.

Louise Michel (institutrice, encore une remarquable figure de la  Commune de Paris» de 1871. déportée au bagne de Nouméa en Nouvelle Calédonie. puis réfugiée à Londres de 1890 à 1895, morte à Marseille en 1905) : Yves Charlot (Youin).

Stalingrad (la fameuse bataille, le tournant décisif de la seconde guerre mondiale, grande défaite des armées hitlériennes début 1943. L’Armée Rouge entamait la libération de l’Europe entière) : Etienne Larzul, Jean Le Bec.

Paul Langevin (physicien de renommée mondiale, ses inventions permirent de détecter et de combattre les sous-marins allemands en 14-18. Membre de notre parti, ardent combattant de la paix) : Etienne Le Moigne.

Alain Le Lay (né à Lesconil, quartier de Ménez-Veil, instituteur ; l’un des dirigeants de notre parti dans le Finistère avant-guerre ; militant clandestin, arrêté dans le Morbihan en 1941 ; livré aux nazis par la police. française. ; déporté en Allemagne, assassiné au camp d’extermination d’Auschwitz) Manu et Denis Guillamet.

La cellule du quartier de Ménez-Veil a pris le nom d’Alain Le Lay; Concarneau a également donné le nom d’Alain à l’une de ses rues.

Joliot-Curie (Irène, professeur à la Sorbonne, directrice de l’Institut du Radium, sous-secrétaire d’Etat à la Recherche scientifique en 1936 dans le gouvernement de Front populaire Léon Blum; Frédéric, professeur au Collège de France, son nom est attaché à la fameuse pile Zoé, membre éminent de notre parti.
Irène et Frédéric, prix Nobel de Chimie en 1935 en tant qu’inventeurs de la radio-activité artificielle. Tous les deux furent chassés du Haut Commissariat français à l’énergie atomique par quelque petit gouvernement réactionnaire) : Gabriel Faou et René Donnard.

Baudin: représentant du peuple à l’Assemblée de 1849; tué à Paris sur une barricade le 3 décembre 1851, au lendemain du coup de force de Napoléon (le petit) (Jean Quémener : Jean Colaic).

-Vive Le Bail : le député radical, le “rouge” du “Cheval d’Orgueil”) : Corentin Guillamet.

-La Marseillaise I : Francis Le Brenn, Alain Scoarnec, Etienne Le Brenn, Louis Le Fur.

-La Marseillaise II : Alain Simon et Lili Le Fur (fils de Louis).

-Guy Mocquet : (l’un des 27 otages, fusillé à Chateaubriant à 17 ans le 22 octobre 1941) : Pierre Cossec (Rouzar Bihen)

Avant juin 1940, les troupes allemandes n’avaient pas encore occupé Lesconil, une commission d’inspection des bateaux de l’Inscription maritime du Guilvinec se trouvait dans notre port. Les canots: « Paul Vaillant Couturier “, « Karl Marx », « Jeanne-Labourbe “, « Karl Liebnecht » , « L’Humanité », étaient amarrés sur la cale. L’inspecteur de navigation vit rouge : « Voici les voleurs de la France », s’écria-t-il indigné ! Lorsqu’en juillet 1940 les troupes allemandes occupèrent Lesconil, des marins s’empressèrent de camoufler le nom de leur bateau par une planche, afin d’éviter les représailles nazies.
En 1948, notre ami Pierre Gossec se rendit à l’Inscription maritime déclarer le nom de son bateau: « Guy Mocquet ». Une bouffée de pétainisme monta au cerveau de l’employé qui osa déclarer: . Qui c’est encore, cet individu ? . Cet individu, monsieur, est un pur héros de notre jeunesse, un parmi les vingt-sept fusillés au camp de Châteaubriant, en octobre 1941. C’est Pucheu, ministre de votre ami Pétain, qui l’inscrivit sur la liste des communistes à fusiller par les hitlériens, il était le fils de Prosper Mocquet, député. Il avait dix-sept ans. Le cercueil de Guy était trop petit, un fusilleur nazi l’y fit rentrer à coups de talon de botte : . Komunist pas français ! . Mme Kérivel, de Nantes, militante de notre Parti, internée à Châteaubriant avait demandée à être fusillée à la place du jeune martyr. Guy Mocquet, une rue de Lesconil porte son nom.

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3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 07:30
1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère

 3 - Albert Rannou (1914, Guimiliau-17 septembre 1943, Le Mont-Valérien)

Albert Rannou ancien lieutenant des brigades internationales en Espagne, a été fusillé au Mont-Valérien (Suresnes, Seine, Hauts-de-Seine) le 17 septembre 1943 en même temps que 18 autres communistes brestois ou résidant à Brest: Lucien Argouach, Albert Abalain, André Berger, Louis Departout, Yves Guilloux, originaire des Côtes-du-Nord, Eugène Lafleur, venu de Paris, Louis Le Bail, Paul Le Gent, Paul Monot, Henri Moreau, Jean-Louis Primas, un ancien des Brigades Internationales en Espagne, Jean Quintric, Albert Rolland, Etienne Rolland, Joseph Ropars, Jean Teuroc, Charles Vuillemin, et Louis Leguen

Fils de Jean Rannou, maçon, et de Marie-Anne Coat, couturière, Albert Rannou, ouvrier maçon, adhéra au Parti communiste en 1935. L’année suivante, il devint membre du comité de section à Brest (Finistère). Volontaire dans les Brigades internationales en Espagne, il y devint lieutenant du génie et fut grièvement blessé.
Dans la Résistance, il fut chef de groupe communiste, puis de l’Organisation spéciale (OS) et enfin d’un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Il se chargea de transports d’armes et participa à certaines actions, comme l’attentat contre la Kommandantur de Brest et celui contre la station électrique de l’Arsenal de Brest*.
Il fut arrêté le 2 octobre 1942, interné à la prison Jacques-Cartier de Rennes (Ille-et-Vilaine), transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et condamné à mort par le tribunal allemand du Gross Paris, qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), le 28 août 1943.

Jacques Guivarch, ancien adhérent du PCF comme son père Jean, tous les deux tour à tour anciens commerçants à Saint-Martin des Champs à la marbrerie Guivarch de la barrière de Brest, a fait lire et confié à Alain David et à Ismaël Dupont, ces doubles de lettres de prison d'Albert Rannou qui se trouvaient dans une commode du père de Jacques, ancien résistant du maquis de Morlaix, militant communiste, raflé dans un premier temps le 26 décembre 1943 à Morlaix avant d'être relâché (il cachait des tracts de la résistance sous le landau de Jacques Guivarch, qui avait quelques semaines à l'époque), ce dernier les ayant peut-être reçu de la famille de ces résistants condamnés à mort ou par un autre canal. Etaient-ils des connaissances? Des amis? Ou étaient-ce les parents de Jacques Rannou qui ont voulu confier ces lettres à un militant communiste et un ancien résistant?

Il y a dans le lot de 30 pages photocopiées les copies des dernières lettres de deux autres résistants condamnés à mort dont l'exécution a eu lieu en même temps que celle d'Albert Rannou, le 17 septembre 1943.

Les lettres originales d'Albert Rannou, s'étalant sur 6 mois du 20 mars 1943 au 17 septembre 1943, ont été remises il y a quelques années au frère d'Albert Rannou. 

Il faut les lire dans leur intégralité, car au delà de l'apparente trivialité de certaines lettres et du caractère bouleversant et pleins de hauteur tragique de plusieurs autres, et notamment de la lettre écrite le jour de l'exécution, elles livrent beaucoup du quotidien des résistants prisonniers et de leurs préoccupations, ainsi que de l'état d'esprit, des informations et des espoirs d'un résistant arrêté en 1943.

Elles témoignent aussi d'une foi inébranlable dans les idéaux communistes et en la victoire prochaine.  

Ces lettres sont présentées dans l'ordre chronologique. Les fautes d'orthographe les plus évidentes ont été corrigées par souci de compréhension. Certains passages sont peu lisibles et dans ce cas indiqués comme tels.

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)
1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

Fais en Prison de Rennes le 20 mars 1943

Bien chers Parents, 

Je suis bien content d'avoir eu du papier à lettres ce matin pour pouvoir vous donner de mes nouvelles qui sont toujours pour le mieux. Je m'habitue peu à peu à une vie de prisonnier. Si ce n'était l'insuffisance de nourriture et le manque de tabac, on arriverait peut-être à s'y faire à la longue.  J'ai reçu une lettre du 3 Février de Papa et 2 de maman du 15 Février et du 15 Mars, avec plaisir de vous savoir toujours en bonne santé. Mais je suis peiné de voir que vous vous faites du mauvais sang à mon égard. Il n'est point besoin de vous en faire pour moi, on n'est pas si malheureux que vous le supposez ici, on est bien couché. C'est déjà une bonne chose. Là il aurait fait froid autrement et je n'ai pas à me plaindre des gardiens, qui sont corrects envers nous. Ce matin, je suis bien heureux, car à partir d'aujourd'hui on peut m'envoyer des colis. Je ne sais toujours pas jusqu'à quel poids ni rien, mais la Croix Rouge vous l'a peut-être expliqué. Envoyez moi un peu de savon ainsi qu'un peigne et surtout à manger si vous trouvez quelque chose de nourrissant avec, tel que beurre ou fromage car on manque surtout de matière grasse. Crêpes, biscuit ou même du pain. Je ne crois pas avoir le droit à mon tabac. Mettez-moi un peu quand même, on verra bien. Je vous le dirai car j'aurai sans doute le droit de vous écrire toutes les semaines maintenant. Maman pourrait peut-être me faire une autre paire de chaussons car ceux-ci commencent à s'user. C'est embêtant de ne pas avoir de nouvelles de Yfic non plus ni de sa femme. Quand vous en aurez, ça sera peut-être pour vous annoncer que vous êtres grand-père et grande mère. Moi ça ne me déplairait pas que l'on m'appelle "tonton" un jour aussi, vous ne pouvez pas vous imaginer combien j'ai le loisir de penser à vous tous ici. J'ignorais l'affectueux sentiment dont était doué le coeur d'un homme vis-à-vis de ses proches mais seul tout le temps, on a que ça à faire du matin au soir. Revoir en pensée les êtres qui nous sont chers en attendant d'être parmi eux un jour. Je termine en vous embrassant de loin. 

Votre fils Albert. 

***

Fais à la Prison de Rennes le 27 Mars 1943

Chers Parents, 

Depuis bientôt trois semaines, je n'ai pas eu de vos nouvelles, mais je pense que la santé est bonne. Quand à moi, ça va aussi, surtout maintenant que je puis vous écrire. Je vous sais plus heureux. J'espère au moins que vous avez reçu ma lettre de samedi dernier vous annonçant que j'ai le droit de recevoir des colis. Avec quelle joie il sera reçu ce premier paquet. Double joie, d'abord la joie d'avoir quelque chose de vous, et ensuite, de pouvoir se mettre un peu plus sous la dent (illisible)... Si malgré ces temps de restriction, vous pouvez trouver encore de quoi m'envoyer tant soit peu, toutefois sans vous priver, je crois que de votre vie, il y a le temps pour m'écrire, ce n'est pas un reproche que je vous fais, loin de moi, parce que je sais ce que c'est, loin de moi, (illisible) mais seul, ici on s'ennuie, à défaut de nouveau, c'est qu'il ne doit rien avoir de sensationnel à raconter de Guimiliau... (illisible). J'ajoute que vous m'envoyez un peigne et du savon, et à maman de bien vouloir me préparer une paire de chausson. Car dans la cellule ici, je les use beaucoup ne mettant mes sabots que pour le quart d'heure de promenade dans la cour. En attendant de vous lire je finis cette missive en vous embrassant bien affectueusement tous les deux et en pensant à mon frère Yves et à Marie-Louise (je crois que c'est ça le prénom de sa femme). Bien le bonjour à toute la famille par ailleurs, et dites leurs que je ne les oublie pas. 

Donc sur ceux je vous quitte. Votre fils Albert.

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Fais à la Prison de Rennes, le 3 Avril 1943 

Mes Chers Parents

Aujourd'hui je suis transporté d'allégresse, tous les bonheurs m'arrivent à la fois. Je viens de recevoir la lettre de Papa avec le message de mon frère et de ma belle-soeur. Jugez comme je suis heureux à présent de vous savoir tranquillisé sur leur sort. J'ai reçu la lettre de Maman aussi mardi datée du 18 mars (j'espère que vous recevrez la mienne toutes les semaines également) avec ça jeudi matin j'ai eu le plaisir de recevoir votre premier colis; comment (illisible) et le lard qu'est-ce qu'il est bon (illisible) poisson d'avril, c'était bien réussi. Et hier au soir, quand j'ai vu le gardien rentrer dans ma cellule avec un paquet, je n'en croyais pas mes yeux, quand je l'ai vu déballonner tout ça devant moi je me demandais si je ne rêvais pas. Aussi quand le soldat fut sorti, j'en pleurai de joie. Je me demandais par quoi commencer. Enfin j'ai mangé le pain avec du lard et des oeufs et bien entamé la crêpe avec le beurre (illisible) qui est toujours délicieux. Pour finir, une bonne pipe de tabac frais la dessus, rien de tel pour vous remonter un bonhomme. Aussi je vois qu'il est possible d'être heureux même en prison; quand on est choyé par les siens, comme je suis, et surtout d'avoir reçu des nouvelles d'Yfic; je n'ai plus d'inquiétude de ce côté là. J'ai assez de savon et de mouchoir comme ça, merci pour les chaussons et le peigne aussi car l'autre n'a plus que 3 dents. J'ai le droit de recevoir tout ce que je veux ici donc s'il est possible, et sans vous priver, profitez-en de m'envoyer car après on ne sait jamais si on pourra recevoir quelque chose, au premier mettez-moi une boîte d'allumette et un carnet de feuille et à chaque fois des journaux récents, car je ne sais absolument rien du dehors ici. J'ai droit au pinard aussi, mais ça je n'ai pas besoin, d'ailleurs j'ai une chopine le jeudi et le dimanche de la cantine en payant. J'ai même un quart de café tous les matins et une tranche de pâté et de la confiture le dimanche avec l'argent que j'ai en dépôt ici, la prochaine fois je vous retracerai mon emploi du temps quotidien en prison. Je comprends combien vous avez dû être malheureux avec tout ça depuis six mois, mais j'espère que le plus dur soit passé pour moi. J'ai le bon moral et je pense qu'il en est de même avec vous. Je termine ma lettre en vous embrassant de tout coeur. Votre fils Albert (dites-moi si vous recevez mes lettres). 

***     

Fais à la Prison de Rennes, le 10 Avril 1943

Bien chers Parents

Encore huit jours de passés depuis que je vous ai écrit. La santé est toujours bonne, et j'espère qu'il en est de même avec vous, depuis lundi on m'a mis avec d'autres camarades, dans une plus grande cellule. Je m'ennuie moins à présent après avoir passé 65 jours tout seul, c'est drôle de pouvoir causer avec quelqu'un, avec ça j'avais juste fini mes colis, mais mes copains venaient d'en recevoir et en ont eu encore depuis, donc j'ai pu manger à ma faim à peu près depuis le (illisible) de ce mois, je regrette de ne pas vous avoir dit plus tôt de m'envoyer des pommes de terre cuites dans les colis, comme ça vous auriez pu m'envoyer davantage, il est vrai que le transport aussi doit être assez cher, mais quelques livres de patates en plus par semaine feraient du bien. J'espère recevoir quelque chose de vous sous peu. J'aurai le plaisir de pouvoir partager avec mes collègues de cellule à mon tour. Autrement, voici ce qu'on a ici: à peine un quart de jus avec la cantine et la ration de pain de la journée (350 grammes environ) qui est avalée tout de suite naturellement, après on a 1/4 d'heure de promenade dans une petite cour. Entre 9 heure et 10 heure la soupe, deux louches (d'un quart environ) de bouillon et de légumes. Carottes (illisible) avec des rutas et des navets. Après ça (illisible)... en supplément le soir, à 4 heures repas du soir, une louchée de bouillon ainsi qu'une louchée de patates, haricots ou pois cassés, sauf le dimanche où c'est nouille et un morceau de viande, donc vous voyez que quand il n'y avait rien à ajouter à ces plats cétait maigre. Heureusement qu'on peut recevoir des colis maintenant,  ça relève drôlement. En attendant de vous lire et de recevoir quelque chose de votre part, je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-soeur. Albert. 

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Fais à la prison de Rennes, le 24 avril 1943

Mes Chers Parents

Je n'ai plus le droit de vous écrire que tous second samedi, donc vous devez sans doute attendre cette lettre depuis un moment. La santé est toujours bonne. J'ai eu un abcès à une dent au début de la semaine mais c'est guéri à présent. J'ai eu deux lettres de maman du 5 et du 12 avril, heureux de savoir que vous allez bien. J'ai également reçu un colis il y a 15 jours et un autre dimanche matin. Je devais écrire avec Jo Ropars mais depuis une huitaine on ne peut plus se voir, ils ne nous envoient plus ensemble à la promenade. J'espère que vous êtes en bonne santé mais que vous devez attendre impatiemment la fin de la guerre. Yfic et Marie-Louise doivent aussi avoir hâte à la victoire. Tout va bien pour le moment nous avions appris hier que Orel est pris par les Russes et que Palerme en Sicile par les Alliés (nouvelle de la radio). Si les anglo-saxons mettent un peu du leur les Allemands auront chaud cette année, n'importe comment. Je ne crois pas qu'ils passeront un autre hiver en Russie. Nous avons l'espoir d'être bientôt délivrés, à côté de nous il y a un gars de St Eutrope qui est condamné à mort depuis le mois d'avril. Mais il paraît qu'ils ne fusillent plus. Pourvu que ça soit vrai car autrement, si on est jugé, je ne me fais pas d'illusions. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mes 2 blessures où j'ai échappé à la mort. J'ai confiance d'échapper encore cette fois-ci. Sur une autre lettre, je vous ai demandé de m'expédier mes souliers bas et 100 ou 200 F car on dépense une moyenne de 100 F par mois pour la cantine. On a du café, du vin et de la charcuterie le dimanche. Comment que les crêpes sont appréciées par les copains et par moi-même. C'est à savoir lequel qui reçoit les meilleures choses, sitôt qu'un paquet nous arrive on le met sur la table et c'est moi qui est désigné pour faire les distributions entre nous six à mesure de nos besoins. Depuis le 1er avril, je peu dire que j'ai mangé à ma faim, on a tous repris un peu de graisses. J'aurais bien voulu pouvoir écrire à ses beaux parents à Yfic, vous n'avez qu'à leur souhaiter le bonjour de ma part, ainsi qu'à toute la famille et surtout aux cousins André, Henri, Thérèse et Célestin. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-sœur.

Albert.

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Fais à la prison de Rennes le 6 juin 1943,

Chers Papa et Maman

J'espère que cette lettre vous parviendra sans tarder. J'ai eu une occasion pour vous écrire sans passer par la censure. Je ne sais pas si vous avez reçu mes lettres (bi mensuelles). Car depuis le 5 mai je n'ai pas eu de vos nouvelles. Les copains n'en reçoivent pas non plus. Je pense qu'elles doivent être jetées au panier. Ma santé est toujours excellente. Je souhaite qu'il en est de même avec vous. Nous attendons toujours le jugement. Certains disent qu'il aura lieu à Paris et d'autres parlent qu'il aura lieu dans peu de temps à Rennes. Enfin, rien ne presse pour ce qu'on a à en tirer, de l'instruction. J'ai demandé à l'inspecteur allemand quelle serait ma peine. Il m'a dit que je pouvais espérer mais que la loi est dure. On cause aussi de nous envoyer dans un camp de travaux en Allemagne. Mais je prends ça pour un calmant qu'on donne à un malade sur le point de calancher. Quand j'ai fait mon boulot, je savais à chaque fois à quoi je m'exposais, et maintenant j'attends stoïque qu'on décide de mon sort. Les premiers camarades arrêtés ont été cravaché sur tout le corps, leurs fesses étaient rendu comme du pâté de foie par la police française au service de l'ennemi (c'est joli ça). Par ça ils ont dû avouer. Ce qui m'a fait arrêter, ainsi que beaucoup d'autres. Mais il y a des mouchards aussi dans la bande. Raoul D. de Landerneau qui doit être en liberté maintenant et René R.* de St Marc le frère à Gabi. De mauvais communistes quoi mais ils payeront tôt ou tard, ainsi que les policiers collaborateurs et vichyssois. Nous sommes ici 45 de Brest avec les 5 femmes, donc certains ont déjà été jugés par les Français, mais qui doivent encore l'être par un tribunal Allemand. La moitié d'entre nous risquons le grand paquet. Le pire, c'est qu'il y a beaucoup de mariés et de pères de famille. Pour moi, si ça m'arrive j'aurai seulement le grand désespoir de vous quitter ainsi que mon frère et sa femme. Mais rien ne m'inquiète à votre sujet, votre santé est bonne et rien ne vous manque par ailleurs. Donc s'il faut se résigner un jour ça sera avec calme et fierté que je marcherai. J'ai fait mon devoir de Français et de communiste. Je suis allé en Espagne parce que là-bas se jouait le sort de la France et que l'Espagne Républicaine vaincue, c'était la guerre pour notre Pays. A présent le capitalisme est en train de creuser sa propre tombe, malheureusement qu'avant de disparaître il peut encore faire beaucoup de mal. Je viens d'apprendre que 3 jeunes classes vont partir pour l'Allemagne sur ordre de Pétain-Laval. Une fois là-bas, ils seront déguisés en mannequins du 3ème Reich et envoyez sur le Front pour combattre leurs camarades Russes contre leur propre liberté. La bête agonise mais elle a du mal à crever. J'aurais bien voulu pouvoir assister à sa fin. Si je n'y suis pas, vous pourrez dire que votre fils a maintes fois risqué sa vie pour le triomphe de son idéal et pour la victoire de notre juste cause. La défense de la République française que nous voulons voir prospérer dans une union des Républiques mondiale. Peut-être que les Alliés arriveront à temps mais ils n'ont pas l'air de se presser, quoi qu'il advienne ils ne perdent pas pour attendre, car les peuples anglo-américains ont aussi compris que leur salut est aux côtés de leurs camarades bocheviques, qu'il faut qu'ils luttent, pour écraser à jamais le fascisme fauteur de guerre et de misère.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage » (Karl Marx*)

Si Henri ou André plus tard ont l'intention d'apprendre le métier de maçon, Papa peut leur donner quelques-uns de nos outils pour commencer. Le bonjour à Thérèse aussi. J'espère que Baptiste va mieux à présent. S'il venait à manquer, ce serait triste pour mon filleul et sa petite sœur. Je me demande aussi ce qu'a pu devenir (illisible), sa femme et Riri là-bas en Tunisie pendant l'occupation, Célestin va probablement partir pour l'Allemagne. Dites lui de ma part qu'il fasse le mieux possible, car tout ce qu'il fera, c'est (illisible : contre lui?). Dites à Grand-mère et à toute la famille que j'ai bien pensé à eux pendant ma détention.

On a tous un moral extraordinaire ici. Je pense que de votre côté vous êtes bien courageux et le (prouverez?) bientôt car les temps sont durs mais il y aura des jours meilleurs bientôt. Si j'arrive à vous manquer, pas de prières ni surtout de service religieux, cette race là a déjà fait assez de mal à l'humanité. Lui donner un jour de plus, c'est un crime. Dans votre prochain colis, mettez des feuilles et des allumettes. J'aurais bien voulu goûter encore du (Churchill ?). Si vous voulez bien m'envoyer un peu dans un bock marqué (vinaigre) dessus. Sitôt reçu écrivez-moi en mettant (?). Reçu nouvelle du cousin René. Je vous embrasse.

Votre fils Albert Merci bien à vous

* Les noms figuraient dans la lettre mais nous ne voulions pas les reproduire.

** En réalité Jaurès.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 12 juillet 1943

Bien chers Parents

Il m'arrive d'avoir une occasion de vous écrire clandestinement donc je profite pour vous dire que je suis en bonne santé avec un moral épatant (suite illisible). J'ai reçu votre colis avec grand plaisir. Ne mettez pas de pain dedans car nous en avons largement, on en refuse même souvent. On est à 11 ensemble dans la même cellule et nous recevons une douzaine de colis par semaine. Hier matin j'ai reçu mon complet avec des chaussons et du beurre, et je vous ai retourné mon autre paletot et pantalon. Vous voudriez bien m'envoyer mes paires de souliers bas et une paire de chaussettes dans votre prochain paquet. Je n'ai pas eu le temps de réaliser hier matin. Sans ça je me serais dessaisi d'autres choses encore. Je continue à recevoir du tabac par la Croix-Rouge mais je ne sais pas d'où il vient. Je vois Jo Ropars tous les jours. Il est gros et gras signe qu'il se porte bien et que comme moi il ne s'en fait pas. Moi je n'ai jamais été aussi gros (illisible) J'ai presque un double menton comme un curé de campagne. Enfin les Alliés ont débarqué en Sicile. J'espère qu'ils arriveront bientôt à bout des (macaronis) et qu'ils débarqueront sans tarder ailleurs pour nous délivrer. Ma confiance augmente de jour en jour, car on n'est pas encore jugé et je commence à croire qu'on ne le sera jamais. Donc je crois que j'aurai bientôt le bonheur de vous voir, malgré que je ne suis pas trop sûr de moi tant que je serai entre leurs mains. La prison est archi-pleine, il y a des généraux, un (colonel?), un commissaire de police, un comte, un baron. Et aussi 3 ou 4 curés, il y a 8 Morlaisiens à côté pour vol d'huile d'aviation. On a appris aussi qu'il y a 2 trains de permissionnaires qui sont rentrés en collision près de Rennes. Il y aurait un millier de victimes. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin, en espérant le faire bientôt de près si la chance me sourit, car la fin de la guerre est proche. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 25 juillet 1943

Bien chers Parents

J'espère que vous recevez ces quelques mots que je vous envoie par des voies détournées. J'ai reçu votre colis hier encore, mais des lettres, je n'en ai pas eu depuis longtemps, les copains non plus d'ailleurs. Nous sommes à 11 ensemble et on ne s'ennuie pas, on a également assez à manger grâce aux colis que nous recevons. Inutile de nous envoyer du pain. La semaine dernière, on a eu 2 kilos de pêche. Je suis avec Ernest Mazé et son fils du Forestou en St Marc. Le Roux dont la femme est institutrice à Bolazec. Jean Nedellec. Charles Cadiou et Théo Drogou, ouvriers de l'arsenal. Charles Bénard de la rue Louis Pasteur qui nous amuse avec ses équilibres, des fois on s'instruit avec Albert Abalain du Pont-de-Buis qui a son Bac et René Claireaux de Brest qui n'est pas trop seul, malgré qu'il a raté trois fois son bachot. Avec toute cette équipe, on ne sent pas le temps passer car on a aussi des journaux et des revues, on a fait des jeux de cartes et de dominos. André et Henri seraient jaloux de nous. S'ils nous voyaient avec nos jeux de gosse, je pense que Thérèse et Célestin doivent s'amuser quand même aux pardons. Dimanche, j'ai pensé à celui de Guimiliau. Je pense bien le voir l'année prochaine. Je termine en vous embrassant bien fort avec l'espoir de vous voir un jour prochain.

Albert qui pense à vous.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 28 juillet 1943

Chers Parents,

Je pars avec les copains pour une destination inconnue. Je vous embrasse bien fort.

 

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Fais à la Prison de Fresnes le 17 Août 1943

Bien chers Parents

Quelques mots pour vous dire que je suis en bonne santé et je pense que vous soyez de même ainsi que Yfic et ma belle-sœur et les parents. Vous pouvez m'envoyer un colis de 5 kilos toutes les quinzaines avec du tabac et un peu de savon. L'adresser à la Croix-Rouge Française – 16 boulevard Raspail pour Albert Rannou 3ème division prison de Fresnes, Seine-et-Oise. Le jugement est commencé depuis ce matin. Il y en a pour un moment. Je finis ma lettre en vous embrassant bien fort. Votre fils Albert qui pense à vous.

P.S. Vous pouvez m'envoyer des journaux aussi. Ecrivez-moi à la prison de Fresnes, section allemande. Seine-et-Oise.

 

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Fais à la Prison de Fresnes le 23 Août 1943

Bien Chers Parents

Je crois pouvoir vous écrire tous les mois ici. Pour le moment tout va bien et j'espère qu'il en est de même avec vous. Ne vous inquiétez pas pour ma santé car sur quatre que nous sommes dans la cellule il y a un docteur. J'ai eu la visite de tante Célestine jeudi qui m'a causé une grande joie. Elle m'a donné un paquet de tabac, des gâteaux et du raisin. J'ai reçu votre colis le lendemain, on peut en recevoir un par quinzaine. Tachez de m'avoir du tabac si cela est toujours possible. On est pas trop mal nourri donc ne vous privez pas de trop pour moi. J'aurai besoin d'une chemise, une serviette et quelques mouchoirs. Je termine en vous embrassant. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert qui ne vous oublie pas.

 

Fais à la Prison de Fresnes le Mardi 31 août 1943

Biens chers Oncle et tante

Je suis en bonne santé et j'espère que ma lettre vous trouvera de même. J'ai été condamné à mort samedi matin et j'attends le dénouement de l'affaire avec calme. Mon avocat espère que je serai gracié, ce que je crois aussi tout en restant dans le doute. Je saurai le résultat définitif dans une quinzaine. Je pense avoir la visite de Maman cette semaine si au moins elle veut venir à Paris. Je suis dans la même cellule que Jo Ropars à présent ainsi que d'autres Brestois. Donc Tante Célestine , tu voudras bien mettre Papa et Maman au courant de ce qui est et que dans ce moment pénible je pense beaucoup à eux ainsi qu'à mon cher frère et belle-sœur et aussi à grand-mère et toute la famille. En attendant de te revoir je t'embrasse ainsi que tonton Henri et mon jeune cousin espérant que vous aurez bientôt de ses nouvelles.

Votre neveu.

Albert Rannou

 

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Fais à la Prison de Fresnes le 17 septembre 1943

Cher Papa et chère Maman

Il est 11 heures moins le quart, on vient de nous prévenir qu'on va être fusillés à 16 heures. Je vais donc donner ma vie à la France, pour ma patrie que j'ai toujours aimée et pour laquelle j'ai combattu. Je meurs content car mon sacrifice (j'en ai la certitude) n'aura pas été vain. J'ai lutté durant ma courte existence pour le bonheur des travailleurs et pour que la paix règne en ce monde.

(censuré)

Mes chers parents, vous savez que je vous ai toujours aimés et que vous me le rendez bien ainsi qu'Yfic. Ça me fait une peine immense de vous quitter à jamais. Je ne sais comment vous exprimer toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour moi. Vous m'avez choyé depuis mon enfance jusqu'à ma dernière heure. Si quelquefois je vous ai fait de la peine, vous m'avez pardonné. Je n'oublie pas non plus ma belle-sœur. Grand-mère et toute la famille auxquels vous voudrez bien envoyer mes amitiés dernières. Je pense à vous tous en ce moment qui est plus pénible pour vous que pour moi. Je viens de voir l’aumônier, j'ai refusé la communion. Donc aucun service religieux à mon intention. Mes amitiés aussi à tous les voisins et camarades, qu'ils sachent que j'ai fait mon devoir de Français et de communiste.

Papa, Maman, ma dernière pensée sera pour vous et pour mon frère. Je vous embrasse tous dans un même élan.

Soyez courageux.

Adieu tous.

Votre fils Albert.

Vive la France, Vive le parti communiste

Paix- Liberté- Justice

 

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A remettre à Madame Berard. Fresnes le 17 Septembre 1943

Chers oncle et tante

Je pars… d'où l'on ne revient pas. Dans 4 heures, je vous aurai tous quittés. Embrassez tous mes parents pour moi, et votre fils Henri quand vous aurez le bonheur de le trouver.

Recevez les derniers baisers de votre neveu

Albert Rannou

      

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)
1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)
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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 07:53
 1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)
Congrès du PCF à Strasbourg en 1947 - Daniel Trellu, le premier à gauche: à ces côtés, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert (archives Pierre Le Rose)

Congrès du PCF à Strasbourg en 1947 - Daniel Trellu, le premier à gauche: à ces côtés, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert (archives Pierre Le Rose)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère

2 - Marie Lambert (1913-1981): la première femme députée du Finistère

Née le 26 octobre 1913 à Landerneau (Finistère), morte à Ivry-sur-Seine le 22 janvier 1981 ; secrétaire fédérale communiste du Finistère (1947-1949) ; députée PCF du Finistère (1948-1951).

" Marie Lambert a été la première femme à représenter le Finistère à l'Assemblée nationale, il a fallu attendre 1962 pour en voir une autre avec l'élection de la gaulliste Suzanne Ploux, et ce n'est qu'en 1978 qu'une 3ème Finistérienne est devenue députée, la socialiste Marie Jacq" (Yvonne Rainero, secrétaire de section du PCF Quimper) 

"Il y a eu un article dans l'Huma sur son activité de journaliste . Elle a été la première à employer le mot guerre pour l'Algérie. https://www.humanite.fr/la-force-communiste-fut-lorigine... " (Jean-Paul Cam, secrétaire de section du PCF Brest)

 

Article de Christian Bougeard - pour le MAITRON

Originaire de la petite ville de Landerneau (Finistère), Marie Perrot avait un grand-père qui avait participé, contre son gré, à l’écrasement de la Commune de Paris mais aurait exprimé de la sympathie pour les Communards. Il aimait porter les jours de fêtes un chemise rouge pour manifester ses opinions.
Marie Lambert avait interrompues ses études après le brevet. Elle acquit par la suite, , en autodidacte, une importante culture. Elle avait épousé jeune Henri Lambert , avec qui elle eut trois enfants : Jean-Paul en 1932 ( serge nt cassé pour refus d’être appelé en 1956), Henri en 1935 et Annie en 1944. Elle fut brièvement institutrice pendant la "drôle de guerre".
Son mari fut un résistant FN et FTP. Arrêté en Ille-et-Vilaine en décembre 1943, torturé et déporté. Sous l’Occupation, Marie Lambert participa aux actions de son époux ,diffusant tracts et journaux clandestins dans la région de Landerneau. Elle servit d’agent de liaison à Daniel Trellu chef des FTP du Finistère et organisa des groupes de « femmes patriotes », malgré une grossesse. Pour son action, elle obtint la médaille de la Résistance et la Croix de guerre.

Ayant adhéré au PCF en 1943, mettant en rapport ce geste et la lecture avec la lecture de Lyssagaray et de son Histoire de la Commune, « la ménagère » Marie Lambert fut élue conseillère municipale de Landerneau en mai 1945 (réélue en 1947) dans la municipalité dirigée par l’ancien maire révoqué et ancien député (réélu en 1945), le socialiste Jean-Louis Rolland.

Elle appartenait aussi en 1945 au bureau de l’UFF du Finistère.

N’ayant pas été candidate en octobre 1945, Marie Lambert figurait en 4e position sur la liste communiste du Finistère aux élections à la seconde Assemblée Constituante le 2 juin 1946 qui recueillit 95 343 voix en moyenne (24,6%) et deux élus, les députés sortants Pierre Hervé et Gabriel Paul. 

Le 10 novembre 1946, elle était toujours 4e alors que le PCF obtenait 27,8% des voix et trois députés (Alain Signor *en plus). Mais la démission de Pierre Hervé le 15 juin 1948, permit à Marie Lambert de lui succéder à l’Assemblée nationale en juillet. Inscrite à la commission de l’Agriculture, elle déposa plusieurs propositions de loi en faveur des ouvriers agricoles.

Auparavant, Marie Lambert était devenue une des principales dirigeantes du PCF. Elle entra au bureau fédéral élargi de 9 à 13 membres lors de la IXe conférence d’août 1946, devenant ensuite secrétaire fédérale, sans doute en 1947, lors du départ de l’instituteur Alain Cariou. En 1948 et au début 1949, Marie Lambert assura de manière transitoire la fonction de première secrétaire fédérale du Finistère. Elle en fut écartée à la suite de la XIIe conférence fédérale de février 1949 présidée par Jeannette Vermeersch, et remplacée par Daniel Trellu. Elle fut critiquée pour n’avoir pas su diriger sa fédération, en perte de vitesse, et éviter les graves conflits qui divisaient la CGT, peut-être aussi parce qu’il lui était difficile d’assurer ses tâches de direction avec son mandat de députée. Les critiques portaient sur la trop grande importance accordée par la fédération à la question de la laïcité sous l’impulsion de Pierre Hervé. Au total, 24 membres de la direction fédérale sur une quarantaine furent remplacés. Cette véritable « purge » permit un durcissement et une stalinisation de la fédération avec son lot de critiques, d’autocritiques, d’exclusions (même temporaires) et de chasse aux « titistes » et aux « mous ». En 1951-1952, le bureau politique lui-même fut contraint de reprendre les choses en main.

En mars et avril 1950, une série de grèves très dures secoua le Finistère, provoquant une forte mobilisation syndicale et de solidarité. Le 14 avril, une manifestation des femmes de l’UFF à la mairie de Brest se transforma en affrontement avec la police : la députée Marie Lambert (tabassée gravement pendant la manifestation) et deux dirigeants communistes furent arrêtés. Le 17 avril 1950, une manifestation de protestation de 5 000 personnes fut vivement réprimée provoquant la mort de l’ouvrier communiste Edouard Mazé, le frère du conseiller municipal PCF Pierre Mazé. Alain Signor fut lui aussi arrêté et Jacques Duclos interpella le gouvernement sur ces arrestations considérées comme illégales, en violation de l’immunité parlementaire. Plusieurs milliers de personnes participèrent aux obsèques d’Edouard Mazé. Rapidement libérés, Marie Lambert et Alain Signor furent condamnés à cinq et à six moi s de prison avec sursis. Comme en 1935, la violence des affrontements avec les forces de l’ordre allait marquer durablement la mémoire du mouvement ouvrier brestois.

Lors des élections législatives du 17 juin 1951, Marie Lambert , en 3e position sur la liste communiste qui obtint 20,9 % des suffrages ne fut pas réélue, le PCF ne conservant que les sièges d’Alain Signor et de Gabriel Paul. Il semble que l’ancienne députée communiste quitta rapidement le Finistère. De toute façon, en janvier 1953, elle ne figurait plus dans aucun organisme de la direction fédérale. On sait qu’elle devint journaliste à l’Humanité puis à France nouvelle et directrice de Femmes nouvelles, le journal de l’UFF, chargé de la culture, ce qui lui permit de connaître le principaux artistes communiste, notamment le couple Aragon-Triolet.. Le 8 novembre 1954, l’Humanité publia sous le titre "Des tortures dignes de la Gestapo", un reportage de Marie Perrot : "Les arrestations se poursuivent en Algérie et de nombreuses personnes à des sévices innommables dans les locaux de la police [...] la bastonnade, le lavage d’estomac à l’aide d’un tuyau enfonce dans la bouche et le courant électrique". Ces scènes lui rappelaient les tortures qu’avaient subies son premier mari en 1943. Elle participa en 1955 au premier voyage de journaliste au premier voyage de journalistes à Hanoi. Son statut de journaliste lui permit également de découvrir le Yougoslavie et laTunisie.

Marie Perrot, vécut avec Georges Gosnat à Saint-Ouen à partir de 1950. Elle l’épousa le 30 juillet 1970 (on trouve ailleurs le 30 décembre 1970) et habita avec lui à Ivry-sur-Seine. Georges Gosnat était député d’Ivry-sur-Seine et un des principaux responsables des finances du PCF. Elle décéda en 1981 dans ce bastion du communisme de la banlieue sud-est et fut enterrée au cimetière communal.

 
SOURCES : Arch. du comité national du PCF. Organigrammes des comités fédéraux du Finistère (1953-1968). — Arch. PPo., dossier Georges Gosnat. — Eugène Kerbaul, 1918-1945 : 1640 militants du Finistère, Bagnolet, 1988, notice Henri Lambert et Marie Perrot, p. 140 et 232-233. — Isabelle Picart, Le PCF à Brest de la Libération à la fin de la Quatrième République (1944-1958), maîtrise d’histoire, Université de Bretagne occidentale, Brest, 1989. — Le bande dessinée de Kris et Étinne Davodeau, Un homme est mort, Futuropolis, 2006. — Cédérom le Maitron. Notice Georges Gosnat par Jean Maitron et Claude Pennetier.
 
 
***

Dans une lettre datée du 16 octobre 1985, Pierre Le Rose donne à Pierre Crépel, un camarade de l'IRM (Institut de Recherche Marxiste) basé à Lanester, des renseignements complémentaires sur le Parti Communiste à la Libération, période qu'il a connue en tant que dirigeant et acteur. On trouve dans cette lettre des informations tout à fait importantes d'un point de vue historique qui justifient qu'on la publie, avec l'accord de la fille de Pierre Le Rose:

"L'audience du Parti était très grande dans le Finistère à la Libération. On évaluait les adhérents à 10 000 ou 12 000. Les cartes étaient placées aux réunions publiques au lendemain de la libération. L'organisation ne suivait pas. Mais dans les localités importantes (Brest, Morlaix, Quimper, Douarnenez, Concarneau), les cellules avaient des Bureaux et des activités réelles. Le premier pointage réel que j'ai pu faire en Avril 47 (je venais d'avoir la responsabilité de l'organisation fédérale) faisait apparaître plus de 7000 adhérents. Nous avons vu jusqu'à 12 000 personnes à nos fêtes fédérales (fête de la Bretagne, notre journal, avec Marcel Cachin; 40 000 personnes à Brest sur le cours d'Ajot avec Maurice Thorez le 6 juillet 1947). Parallèlement, les JC (44-45) puis l'UJRF (à partir d'avril 45) comptaient entre 9 et 10 000 adhérents (jeunes venus des FTP, jeunes filles très nombreuses). Les jeunes prenaient leurs responsabilités pour organiser les activités ( 400 Jeunes Communistes à Quimper, 200 à Concarneau, mêmes chiffre à Douarnenez; organisations existant dans les localités rurales du Centre Finistère, Riec sur Belon, etc...). Les meetings des JC rassemblaient autant et parfois plus d'auditeurs que le Parti. Ce sont les JC (garçons et filles) qui ont vite fourni les cadres du Parti (peut-être au détriment de l'organisation des jeunes).

L'audience du Parti est venue du combat clandestin, puis de l'activité des militants, des élus et des ministres communistes, activité qui continuait le combat national, le confirmait.

Dans des élections législatives à la proportionnelle, le Parti Communiste recueillait 70 000 voix en novembre 1945 (2 députés), 80 000 voix en mars 1946 (2 députés), 105 800 voix en novembre 1946 (3 députés sur 10 députés finistériens).

La part de la jeunesse et des femmes fut considérable dans cette période. Nous avions la première femme maire (Kernevel), des adjointes. Notre Parti faisait le plus confiance aux jeunes (Gabriel Paul, député et secrétaire fédéral à 26 ans), Marie Lambert, députée et secrétaire fédérale à 33 ans (idem dans les Côtes d'Armor avec Hélène Le Jeune). On retrouve des jeunes de nos fédérations bretonnes également à Ouest-Matin (sur Rennes comme correspondants).

La direction du PCF milite pour la reconnaissance politique des femmes: "Les femmes viennent de plus en plus à la vie politique. Il faut les organiser et laisser de côté les préjugés encore tenaces sur l'infériorité de la femme qui ne sont pas dignes de communistes".  

La fédération vient de transférer son siège à Brest. Elle connaît déjà quelques difficultés financières qui l'ont contraint à réduire son nombre de permanents.  

* Note biographique de Jean-Claude Cariou sur Marie Lambert et Pierre Hervé

Marie Lambert remplaça ensuite à l'Assemblée Nationale Pierre Hervé (du secteur de Morlaix-Lanmeur), lequel quitta plus tard le PCF pour rejoindre la SFIO puis un groupuscule gaulliste. Il redevint professeur de philosophie, son métier initial en région parisienne. Sa femme, résistante, avait servi de modèle à Jacques Prévert, dont il était l'ami, pour son célèbre poème "Barbara". Marie Lambert divorça ensuite de l'officier d'infanterie dont elle était l'épouse et quitta la Bretagne avec son nouveau mari, Georges Gosnat, trésorier national du PCF et membre du Bureau politique. 

Lire aussi:

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 1/ Daniel Trellu (1919-1998)

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 07:26
Paul Le Gall, Piero Rainero, Daniel Trellu (ancien chef FTP du Finistère), Pierre Le Rose, Gaston Plissonnier (archives Pierre Le Rose)

Paul Le Gall, Piero Rainero, Daniel Trellu (ancien chef FTP du Finistère), Pierre Le Rose, Gaston Plissonnier (archives Pierre Le Rose)

1er numéro du journal des Jeunesses Républicaines de France - Debout les jeunes! Union de la jeunesse républicaine: une organisation communiste de jeunesse de masse à la Libération (archives Pierre Le Rose)

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Congrès du PCF à Strasbourg en 1947 - Daniel Trellu, le premier à gauche: à ces côtés, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert (archives Pierre Le Rose)

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1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 1/ Daniel Trellu  (1919-1998)

1920- 2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère

1- Daniel Trellu (Quéméneven 1919- Carhaix 1998)

Le témoignage d'Alain David sur Daniel Trellu

" Un homme exceptionnel. Libre, lucide et fidèle dans ses engagements. J'ai le souvenir impérissable d'un camp de voile à Lesconil où, un soir de navigation sur le Steir, des jeunes Français et Algériens ont chanté ensemble le chant des partisans... et cela en pleine guerre d'Algérie.  Bien plus tard que cette première rencontre, qui a marqué l'adolescent que j'étais, j'ai à nouveau rencontré Daniel dans sa maison d'écluse au bord du cana . Je garde un souvenir fort et ému de la richesse de nos échanges ( pour être honnête de tout ce que Daniel y apportait). Nous y avons préparé une rencontre avec un groupe de jeunes communistes allemandes qui randonnaient en Bretagne à moto et qui voulaient évoquer avec lui la résistance dans notre région. La rencontre eut lieu au village de Trédudon sur la commune de Berrien. Au-delà de la narration de cette période cruciale dans la vie du jeune instituteur devenu chef de la résistance, les auditrices furent impressionnées par la culture, la profondeur humaine de Daniel. La qualité et la profondeur des liens qui subsistaient aussi avec la population de ce village de l'Arrée, ceux qui avaient connu Daniel à cette époque comme leurs descendants. Bien entendu, cela ne se termina pas sans une copieuse dégustation des produits locaux. C'est l'héritage que nous ont laissé au péril de leur liberté et de leur vie des gens de cette qualité (alors que les "élites " se vautraient pour nombre d'entre elles dans la collaboration) que l'on voudrait aujourd'hui galvauder au sommet de l'état" .

 

Né en 1919 à Quéménéven (29), Daniel Trellu, qui devient instituteur avant guerre, a joué sous le pseudonyme de «Colonel Chevalier», un rôle important dans la Résistance en tant que responsable départemental d'un des premiers maquis de Bretagne (Spézet, Laz, Saint-Goazec), puis de responsable de la résistance FTP de Bretagne.  

Il était entré aux Jeunesses Communistes dès 1936, à l'époque de la montée des fascismes, puis il participa à la reconstitution du Parti Communiste clandestin en 1939. 
"D'aucuns se souviennent de quelques faits d'arme de ce résistant intrépide: rapt d'uniformes d'officiers nazis dans un hôtel au bord de l'Aulne, déchargement d'armes au "Cap-Horn" (Quimper)" (témoignage d'André Buanic cité par Francis Favereau). 
Après la guerre, il devient responsable départemental du parti communiste à Brest, puis réintègre l'enseignement en 1952.
Il sera successivement instituteur à Trégunc, puis professeur de français et d'histoire-géographie au lycée technique Chaptal à Quimper. Très lié à Dubcek (depuis 1949 - stages, rencontres), il fut très affecté par les évènements de 1968 en Tchécoslovaquie. 

Après la guerre, il devient responsable départemental du parti communiste à Brest, puis réintègre l'enseignement en 1952.

Il sera successivement instituteur à Trégunc, puis professeur de français et d'histoire-géographie au lycée technique Chaptal à Quimper.

Il aura d'ailleurs comme élève un certain Daniel Le Braz (Dan ar Braz). Il prend sa retraite en 1975 et vient s'installer à Saint-Hernin où il décédera en avril 1998.

Daniel Trellu était un homme cultivé, lettré, l'auteur de nombreux poèmes:

Voici un poème remarquable de Daniel Trellu trouvé dans le tome 3 en français de l'anthologie de Favereau chez Skol Vreizh, sachant que l"original se trouve dans la version bretonne de l'anthologie.

Le poème en breton est peut-être encore supérieur à sa traduction, fût-elle de l'auteur lui-même comme c'est le cas ici. On considérer qu'ici le style poétique de Trellu est assez proche de certains aspects de Char. Ce poème nous a été transmis par Michel Kerninon et Kristian Keginer. 


 

OMBRE

J'ai perdu mon ombre

Ma preuve par le soleil

A midi comme un mât

Planté en pleine terre 

Voiles hautes

J'étais une évidence verticale

Confondue avec son double

Pouvais-je retenir les soleils

Quand je croyais ouvrir deux mains

J'ai creusé pour chercher mon ombre

J'ai navigué sur des faux équilibres

Mon tronc s'est vidé

L'écorce est transparente

Faux soleils fausses lueurs

Je tourne autour du vide

Je n'ai plus d'ombre

J'ai perdu le soleil. 

Maryse Le Roux nous raconte Daniel Trellu (Quémeneven 1919-1998 Carhaix) , ancien responsable de la Résistance Communiste bretonne et cadre du PCF à la Libération, qu'elle a rencontré à la fin des années 90:

" Sa maison d’écluse au bord du canal de Nantes à Brest avait beaucoup de charme. Il avait fait à côté sous une terrasse un espace barbecue, et il en parlait comme de l’espace de l’amitié, qui semblait avoir pour lui une grande importance.
Il avait dans sa retraite un rôle proche de celui d’un assistant social bénévole, et débrouillait des dossiers pour des gens qui n’y arrivaient pas. (...) Dans l’entrée de sa maison, il y avait deux images côte à côte et de la même taille : une de Marx, je crois, une autre du Christ.
Il avait avec toi pas mal de points communs : c’était un communiste convaincu, et il était ouvert, tolérant, et lisait des textes sacrés. Parler avec lui ne donnait pas l’impression de parler à un homme enfermé dans un système de pensée. Il était humaniste, chaleureux. Il avait du recul sur ses choix. Il parlait de Marcel Cachin comme de quelqu’un qui avait compté pour lui, en tant que communiste, et en tant que défenseur de la langue et de la culture bretonnes.
La langue bretonne avait beaucoup de valeur à ses yeux, il écrivait des poème en breton, et les traduisait. 
Voilà, c’est tout ce qui me revient... Ce n’est pas grand-chose, mais ce qui dominait quand je l’ai quitté, c’était le sentiment d’avoir rencontré quelqu’un d’une belle humanité, et un esprit libre."

" Concernant les "campagnes rouges" du Centre-Bretagne, Daniel Trellu avait répondu en breton aux questions de Ronan Le Coadic (Skol Vreizh, n°22, 1991):

 

 

"Dans ces régions, les ruraux étaient traités comme des bêtes sous le règne des riches et, peu à peu, ils sont parvenus à posséder leur lopin de terre, un champ ou deux ou trois; par la suite, ils ont mis un peu d'argent de côté, mais n'ont pas oublié d'où ils venaient... Certains sont partis travailler loin, à Paris. Des gens costauds pour des travaux pénibles. C'est ainsi que ceux-ci se sont trouvés à la tête des syndicats, et ainsi de suite; puis ils ont connu les communistes et ont adhéré (au PCF). Et c'est ainsi qu'ils ont ramené au pays ce qu'ils avaient appris à Paris... Marcel Cachin disait un jour: "Tiens, ceux-là, maintenant, ils ont vu les saints vivants et les ont vus mourir pour des idées". Cela a été un peu un transfert de foi... Les Bretons, tu le sais bien, aiment à voir des saints; or, cet homme-là, c'était comme un saint dans le pays. Il s'occupait des pauvres. Et ils n'avaient pas d'argent, on ne leur en demandait pas. Il était toujours prêt, de jour comme de nuit, à rendre service, quoique ce soit... allez hop! on va trouver le docteur Jacq, le médecin des pauvres*". (entretien avec Ronan Le Coadic cité par Francis Favereau, Anthologie de la littérature bretonne au XXe siècle, tome 3, Skol Vreizh, p. 463)


 

 

Daniel Trellu (1919-1998): instituteur, responsable de la résistance communiste bretonne, militant, poète bretonnant

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 08:01
2020 - A coeur vaillant rien d'impossible ! - en cheminant avec Gramsci

"Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres", écrivait Gramsci. 

Tellement adapté à la situation présente, riche de nouveaux possibles, d'inventions en gestation face à un système à bout de souffle qui ne cesse de produire des crises et du chaos, de la violence sociale, économique et politique.

"La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés", écrit encore Gramsci, dirigeant politique et philosophe communiste italien, mort dans les prisons fascistes (arrêté et emprisonné en 1926, il meurt en prison en 1937).  

Le capitalisme poussé à sa limite et son empire extrême sur l'ensemble du monde et des segments de la vie sociale déstabilise la nature, les conditions d'une vie durable et acceptable sur notre terre commune, pervertit la culture, la démocratie, fragmente les sociétés, monte les hommes les uns contre les autres, produit de la haine de soi, du repli sur soi, de la guerre de tous contre tous.

Ces clowns hideux qui gouvernent le monde, les Trump, Bolsonaro, Pinera, Salvini, Netanyahou, Poutine, Modi, Shinzo Abe, Erdogan, Bachar, Sissi, Orban, Johnson, mais l'on pourrait citer n'importe quel autre milliardaire bouffon haineux, qui occupera bientôt sans doute le devant de la scène, sont de véritables insultes à l'intelligence humaine et à l'optimisme démocratique. Ils sont les résultantes de cet âge sénile du capitalisme, le signe de la fragilité de son triomphe, la démocratie libérale de marché basculant dans un néo-fascisme, souvent appuyé sur l'irrationnalité religieuse, nationaliste et identitaire. Les forces de l'oligarchie mettent en orbite pour préserver les intérêts des familles qui prétendent (dé)possèder les sociétés et les soumettre aux exigences de leurs profits les dirigeants politiques les plus vils, populistes xénophobes, racistes, misogynes, homophobes, révisionnistes, valorisant l'argent roi et la vulgarité, le culte de la force et de la mauvaise foi, et bénéficiant bien souvent de la complaisance des médias.

Ce monde là, où les peuples sont conduits de régression sociale en régression démocratique, est intolérable, invivable.

26 milliardaires dans le monde, et parmi eux des Français possesseurs de groupes médiatique, prospérant avec la complicité active des gouvernements, possèdent autant de richesse que la moitié de l'Humanité.

Pendant ce temps, un milliard de personnes ne mange pas à sa faim. La guerre et la barbarie quotidienne sont le quotidien de dizaines de peuples et de pays, pour que les marchands de canons s'engraissent sur le sang et les larmes d'une humanité martyrisée et niée. Ce monde là est intolérable, invivable. 

Et pourtant on vit, on tolère, on se résigne, on ferme les yeux ou regarde ailleurs, y compris face à la misère et l'injustice au plus près de chez nous.

Et c'est humain aussi... Parce qu'on veut préserver sa gaieté et sa tranquillité d'esprit, parce qu'on se sent impuissant, parce qu'on n'y croit pas.

Ainsi va la vie. Pour quelques courageux et héros, beaucoup vivent dans le clair-obscur des vertus civiques et humaines. En même temps, les effets du dévouement individuel restent très limités tant que l'on ne s'attaque aux racines du mal et au système économique et politique qui lui permet d'étendre ses tentacules.

Gramsci toujours:

" Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque. L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter".

La révolution, l'insurrection collective, la remise en cause globale du désordre du monde capitaliste pour reconstruire sur de nouveaux fondements une société humaine et rationnelle, sont toujours à l'ordre du jour.

La marche est haute mais "à cœur vaillant rien d'impossible". 

Quand des peuples se lèvent et affirment leur capacité de mobilisation collective, leur liberté intacte et en acte, leur exigence de dignité, d'indépendance, d'égalité, comme au Chili, au Liban, en Algérie, au Kurdistan, en Palestine, ou ailleurs, c'est beau, c'est fort, c'est le signe que la fin de l'histoire n'est pas à l'ordre du jour, que l'avenir peut continuer à s'écrire ailleurs que dans les salles de marchés, les cabinets d'autocrates et les conseils d'administration des multinationales.

A cœur vaillant rien d'impossible...    

Chiche!

Reconstruire du commun, de l'espoir politique, du rassemblement de la gauche et de ceux qui ont intérêt à ceux que les choses changent, des potentialités révolutionnaires progressistes, faire échec à Macron, à son projet de restauration d'une société de privilèges et d'inégalités construite pour les intérêts de ses amis de la finance et du patronat, obtenir l'abandon de la réforme des retraites. 

On y croit, on y travaille, lucidement, en connaissant la difficulté de la tâche et ses écueils, instruits par l'expérience et l'histoire, mais parce qu'on a pas le choix, parce que c'est à la fois une nécessité vitale et une obligation morale. "Je suis pessimiste par l'intelligence mais optimiste par la volonté", écrit Gramsci.

Il faut vouloir très fort et tenter de voir clair pour ne pas se bercer d'illusions et éviter les chausse-trappes de l'optimisme historique.   

"Celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va", écrit encore Gramsci.

C'est pourquoi nous proposerons chaque jour aux lecteurs du Chiffon Rouge toute cette année anniversaire des 100 ans du Parti communiste un retour en forme d'hommage sur des vies et des engagements de communistes finistériens, femmes et hommes dévoués et courageux, militantes et militants de l'avenir humain.

Puissent-ils nous ouvrir la voie pour avoir le cœur et l'espoir d'agir et de risquer dans des situations politiques nouvelles, au nom d'un idéal d'humanité élevé, d'égalité, de paix, de liberté, qui reste d'actualité aujourd'hui et qui continue à nous guider! 

Pourquoi pas conclure de manière paradoxale ces vœux de nouvelle année avec Gramsci toujours:

"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général"

Et pourtant, même si cela relève de la pensée magique et de la croyance aux miracles, il y a de la douceur, un réconfort de chaleur et de générosité, à dire et souhaiter que le monde et l'homme s'améliore, mais surtout à offrir des vœux de joie, de bonheur, d'amour, d'amitié, de fraternité, de réussites et de bonne santé, aux lecteurs du Chiffon Rouge.  

Alors, à toutes et tous, très belle année 2020!

Pour tenter d'ouvrir et défricher 100 ans d'avenir à nouveau pour la cause du communisme, de la révolution, de la fraternité humaine et internationale et du progrès humain.  

Ismaël Dupont.

31/12/2019

 

 

 

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:57
Cette semaine, l’écrivain Joseph Andras brosse pour L’Humanité les portraits de poètes en lutte. Ce lundi, le Salvadorien Roque Dalton, né en 1935, poète traqué, dramaturge et romancier communiste, farouche opposant aux régimes militaires de son temps.

Cette semaine, l’écrivain Joseph Andras brosse pour L’Humanité les portraits de poètes en lutte. Ce lundi, le Salvadorien Roque Dalton, né en 1935, poète traqué, dramaturge et romancier communiste, farouche opposant aux régimes militaires de son temps.

Roque Dalton « Au nom de ceux »
Lundi, 30 Décembre, 2019

​​​​​​​L’écrivain Joseph Andras brosse pour l’Humanité les portraits de poètes en lutte. Aujourd’hui, le Salvadorien Roque Dalton, né en 1935, poète traqué, romancier et dramaturge communiste, farouche opposant aux régimes militaires de son temps.

 

Qu’est-ce que la poésie ? Question par trop usée, à laquelle il est bon de répondre qu’on ne peut y répondre puisqu’elle est précisément ce que l’on ne saurait dire. Posons-la autrement : qu’est-ce que la poésie pour la bourgeoisie ? Puis convoquons la réponse qu’un poète proposa un jour : «  (L)e poète, pour la bourgeoisie, ne peut qu’être :/serviteur,/bouffon,/ou ennemi. » On se figure sans peine les deux premiers ; on lit plus avant pour embrasser la proposition dans son entier : le poète en butte aux détenteurs des moyens de la production sociale n’est salué qu’en «  persécutions, prisons, balles ». Pareil sort peut brider la rime. Il est donc des ministres de la Culture pour promouvoir la poésie.

Ce poète refusait que l’on prononçât son nom sa mort venue. Respectons sa volonté puisqu’il n’en manquait pas : se lancer, gueule refaite, dans une guérilla en Amérique centrale pour instaurer le socialisme autorise quelques fantaisies.

On ne naît pas révolutionnaire, on le devient pour ne pas mourir en vain. Ainsi notre homme, fils unique d’une infirmière et d’un bagarreur dont l’histoire conte qu’il aurait traficoté avec Pancho Villa dans quelque interlope affaire d’armes à feu, découvrit-il au Chili que le monde a mauvaise mine car l’humanité n’y existe pas : on n’y connaît que puissants et sans-le-sou. L’étudiant en droit se fit chrétien social à la faveur de ce séjour – de quoi provoquer l’ire de Rivera qui l’eût voulu marxiste. Départ pour l’Union soviétique (l’occasion de rencontrer Nâzım Hikmet en exil), retour au Salvador natal au mitan des années 1950 : il prit alors sa carte au Parti communiste tandis que Cuba rampait en dedans sa forêt. Marxiste, le jeune poète l’était désormais – mais l’être seul, songea-t-il, n’est d’aucun secours : il faut une organisation. « (L)es exclus, les mendiants, les drogués,/les Guanacos fils de la grande pute,/ceux qui purent revenir de justesse/ceux qui furent plus chanceux,/les éternels non identifiés,/les bons à tout faire, à tout vendre,/à manger n’importe quoi/[…] mes compatriotes,/mes frères. »

En ce temps, un militaire libéral avait pris la place d’un collègue tortionnaire ; trois ans plus tard, une junte renverserait le premier avec le concours du second. Le Salvadorien fut arrêté, à plusieurs reprises, et expulsé, pareillement ; il fit grève de la faim et frôla la peine capitale. Ses contemporains s’accordent à brosser un maigrichon rieur, séducteur et bouillonnant, bon footballeur et bon danseur. Se moquant de tout, lui compris. Sérieux sans contredit sous ses dehors cabots. La poésie, pensait-il, « est comme le pain, pour tous ». L’exilé se rendit au Mexique, à Cuba (pour prendre toute la mesure des responsabilités échues au métier d’écrivain : ne pas se voir comme « un Baudelaire marxiste » mais comme « fils d’un peuple d’analphabètes et de pieds-nus »), puis en Tchécoslovaquie (pour apprendre l’assassinat du Che, ange noir crevé d’avoir cru que le courage suffisait). « Au nom de ceux qui lavent les vêtements des autres/(et expulsent de la blancheur la crasse des autres)/[…] J’accuse la propriété privée/de nous priver de tout. »

Au Chili, Allende jurait qu’un socialisme démocratique était possible. Empanadas, vin rouge et costumes d’alpaga. Humanisme, dépassement sélectif du système. Au même endroit par d’autres chemins, avait naguère résumé le barbudo défunt. À l’invitation du gouvernement, le poète s’y rendit l’année qui verrait Pinochet prendre place au palais, bottes souillées du sang de Santiago. Ainsi s’éteignit, un temps, l’espoir d’une transformation radicale sans recours au feu. L’année précédant le coup d’État, un colonel avait supplanté un général à la tête du Salvador ; le poète n’avait pas attendu la défaite d’Allende pour reconnaître le bien-fondé du renversement du pouvoir oligarchique par la lutte armée – peut-être celle-ci renforça-t-elle à ses yeux celui-là. Il fit grief au Parti communiste salvadorien de son manque d’ambition révolutionnaire et souffrit de l’arrestation d’Heberto Padilla, poète tout aussi, soumis à l’autocritique publique par le régime castriste (« La “lune de miel de la Révolution” qui nous avait tant séduits est bien finie », se souviendrait Simone de Beauvoir dans Tout compte fait). Fin 1973, en âge de 38 ans, il rejoignit son pays sous nom d’emprunt – dentition, mâchoire et nez bricolés presqu’à neuf – pour intégrer l’ERP, l’Armée révolutionnaire populaire, fondée un an plus tôt.

On ne sait parfois qui, des capitalistes ou des révolutionnaires, est le plus grand ennemi de la révolution ; c’est que les seconds déploient force entêtement à négliger l’unité des premiers. Deux tendances s’affrontèrent au sein de l’armée : le poète redoutait, lui, l’échec de la guérilla sans l’appui des masses. Accusé d’être un révisionniste, un nuisible indocile, un intellectuel petit-bourgeois et un agent de la CIA comme de Cuba (rien moins), il fut exécuté par ses frères le 10 mai 1975. L’homme à la manœuvre basculerait à droite, allant, deux décennies plus tard, jusqu’à prodiguer ses conseils pour mater le Chiapas zapatiste – si le monde manque de vertu, au moins n’est-il pas dénué de logique.

À lire l’ONU, le corps du poète aurait été dévoré par des bêtes errantes aux abords d’un volcan.

« Ne prononce pas mon nom quand tu apprendras que je suis mort./Des profondeurs de la terre je viendrai chercher ta voix. »

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:47
1920 - A Tours, la gauche entre dans le XXe siècle (Jean-Paul Piérot, L'Humanité, 30 décembre 2019)
1920 À Tours, la gauche entre dans le XXe siècle
Lundi, 30 Décembre, 2019

Ces Noëls qui ont fait l'Histoire  5/8.  Au lendemain de la Grande Guerre, que la IIe Internationale avait été incapable d’empêcher, la majorité des socialistes français décident l’adhésion à l’Internationale communiste.

 

Le 25 décembre 1920, Tours accueille le 18e congrès de la SFIO, le Parti socialiste unifié, en 1905. Les 370 délégués représentant les 140 000 adhérents doivent répondre à une question simple : leur parti va-t-il adhérer à la IIIe Internationale – communiste – fondée en mars 1919 à Moscou, dans la dynamique de la révolution d’Octobre ? « Prolétaires de tous pays unissons-nous » : dans la salle du Manège une exhortation du Manifeste communiste de Marx et Engels (1848) s’étire en grandes lettres blanches sur fond rouge derrière la tribune et donne le ton aux débats, de même que les portraits du grand disparu, Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 au café du Croissant après avoir bouclé son éditorial de l’Humanité, son ultime appel à la paix.

Les délégués appartiennent à la génération des survivants des tranchées, de Craonne, du chemin des Dames, de Verdun, ou de la Somme. 1 400 000 soldats français ont été sacrifiés, un million d’hommes ont été amputés, blessés à vie, gazés. Au total, la Première Guerre mondiale s’est soldée par plus de cinq millions de victimes. La IIe Internationale s’est montrée incapable d’empêcher la guerre. Après la mort de Jaurès, la SFIO s’est ralliée à l’Union sacrée et plusieurs de ses dirigeants ont occupé des fonctions ministérielles (Marcel Sembat, Jules Guesde, Albert Thomas). Les dirigeants socialistes tablaient sur un conflit de courte durée ; ce fut une boucherie. L’unité de la SFIO se délite avec cette guerre qui n’en finit pas. La révolution russe de 1917 est accueillie avec sympathie dans tout le mouvement ouvrier. Les partisans de l’Union sacrée perdent en influence au profit des minoritaires.

Les débats sont rudes

Les années 1919-1920 sont marquées par une intensification des mouvements sociaux auxquels le gouvernement répond par la répression. 18 000 métallurgistes sont licenciés à la suite de grèves. Il fait arrêter plusieurs militants socialistes : Fernand Loriot, Boris Souvarine, Pierre Monatte, qui seront en détention au moment du congrès. Aux élections législatives de 1919, tout en ayant augmenté en voix, le parti perd un tiers de ses députés. Au congrès de Strasbourg, en février 1920, les socialistes décident de ne pas revenir dans la IIe Internationale. Ludovic-Oscar Frossard devient secrétaire général et Marcel Cachin directeur de l’Humanité. Les deux hommes sont envoyés à Moscou pour discuter avec le Komintern. Cachin et Frossard sont conviés à assister au deux-ième congrès de l’IC (Internationale communiste) et à leur retour à Paris plaident pour l’adhésion et l’acceptation des 21 conditions qui commandent une rupture totale avec le réformisme.

Dès l’ouverture des débats de Tours, aucun doute n’est permis sur l’issue du congrès. Les votes des sections ainsi que le congrès de la jeunesse socialiste, réunie deux mois plus tôt à la Bellevilloise, confirment qu’une large majorité soutient l’adhésion. Trois motions principales se disputent les votes des militants : la motion Cachin-Frossard en faveur de l’adhésion ; un texte présenté par Jean Longuet, le petit-fils de Karl Marx et chef de file des « reconstructeurs », qui accepte l’expérience soviétique mais récuse sa conception du parti ; la troisième est proposée par Léon Blum et un comité de résistance. Ces « résistants » s’opposent en bloc à l’adhésion à l’IC.

Les débats sont rudes. L’IC ne veut pas de compromis avec des éléments tièdes qui seraient « un boulet » pour le parti, affirme Grigori Zinoviev, secrétaire exécutif de l’IC, dans un télégramme adressé au congrès. La dirigeante du parti communiste d’Allemagne (KPD) Clara Zetkin, qui a réussi à se rendre à Tours alors que Paris avait refusé de lui délivrer un visa, ne dit pas autre chose dans son discours devant le congrès. Réaction de Jean Longuet : « L’unité du parti ne serait pas menacée si le parti obéissait à ses propres inspirations et non à des ordres venus du dehors. »

« Le socialisme continue »

Le 29 décembre le vote a lieu. L’adhésion rassemble 3 252 mandats, contre 1 022. « Nous sommes convaincus jusqu’au fond de nous-mêmes que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faudra que quelqu’un reste garder la vieille maison », déclare Léon Blum à l’adresse de la majorité. Et de poursuivre : « Nous sommes convaincus qu’il y a une question plus pressante que de savoir si le socialisme sera uni ou pas, c’est de savoir si ce sera le socialisme ou pas. »

Quand l’année s’achève, la gauche française vient d’entrer dans le XXe siècle. Désormais, la vie politique sera marquée par les relations entre les deux courants de la gauche : les réformistes et les révolutionnaires. Le 31 décembre 1920, Marcel Cachin souligne dans l’Humanité, sous le titre : « Le socialisme continue » : « Les représentants socialistes de la classe ouvrière et paysanne ont voté à une majorité énorme l’adhésion à la IIIe  Internationale. À aucun moment question plus grave ne leur avait été posée. Que signifie la décision ainsi obtenue ? Sans doute affirme-t-elle tout d’abord la solidarité, la sympathie, l’affection sans bornes des travailleurs français pour la r évolution russe. Mais elle marque en même temps leur volonté de préparer en notre pays les conditions favorables à une bataille de classes chaque jour plus rude et plus âpre. »

Ainsi est né le Parti socialiste (section française de l’Internationale communiste SFIC), qui deviendra l’année suivante le Parti communiste, puis en 1922 le Parti communiste français SFIC. De leur côté, les minoritaires des motions Blum et Longuet continuent la SFIO, « la vieille maison ».

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:23
Photo Claude Mazauric - L'Humanité 20 décembre 2019

Photo Claude Mazauric - L'Humanité 20 décembre 2019

Claude Mazauric : « La Révolution a jailli de la passion et de la conscience populaire »
Vendredi, 20 Décembre, 2019 - L'Humanité

L’enseignant et historien est un spécialiste de l’histoire de la Révolution. Auteur de 1789. La Révolution de France et d’un texte publié dans le hors-série édité par l’Humanité, il voit dans cet épisode de l’histoire française, le thème d’un récit populaire et un objet d’analyse, source de réflexion pour le présent et l’avenir.

 

Quelle a été votre rencontre avec la Révolution française ?

Claude Mazauric Dans l’histoire de la Révolution, je me sens comme un héritier au sens propre du terme. Je suis en charge de savoirs et de recherches qui ont été initiés, produits et façonnés par d’autres avant moi et que j’essaie de prolonger, de développer. Je suis redevable du savoir critique et des orientations que des pilotes antérieurs ont établis. Je suis donc un passeur qui professe. Ainsi, je veux rendre hommage, non pas seulement à mes compagnons comme Michel Vovelle dont je fus très proche, mais aussi à des initiateurs comme Albert Soboul, dont on a dit à juste titre qu’il fut le fondateur en France de cette « sociologie rétrospective » à travers laquelle on a pu réinterpréter l’histoire de la Révolution : il fut mon maître. Je dois associer à son nom Camille-Ernest Labrousse (il fut directeur de la Revue socialiste, qui avait mis en évidence les crises économiques de court terme dans un monde économique de transition en évaluant leurs conséquences sur la vie des dominés, Victor Daline, Pierre Vilar, Walter Markov, lequel avait rassemblé au sein de l’université de Leipzig-RDA (la Karl-Marx Universität) un centre de recherches d’une grande fécondité, Jean Dautry, Éric Hobsbawm… et plusieurs autres disparus dont je donne une liste indicative dans 1789. La Révolution de France (1). Bref, je suis un héritier qui considère qu’à propos de la Révolution française, nous ne sommes pas dans un monde apaisé duquel seraient bannies toutes formes de polémiques et d’interprétations. La bataille historiographique s’inscrit dans une tendance longue qui est partie des affrontements idéologiques qui opposent les forces de progrès et les conservatismes réactionnaires ou réformistes. Certains diront que c’est en militant que j’agis dans le domaine de l’érudition historique. La vérité, c’est que je tiens pour essentiel le travail dans le domaine de la connaissance et de la théorie, préalablement à celui de la proclamation.

Vous avez écrit « Un récit de la Révolution » dans le hors-série 1789-2019. L’Égalité, une passion française édité par l’Humanité en 2019 pour les 230 ans de la Révolution française. Pour vous, la Révolution a la particularité d’être populaire dans son essence ?

Claude Mazauric Comme Jaurès, je mets l’accent sur la dimension « largement populaire et démocratique » de la Révolution. Celle-ci a ceci de particulier qu’elle n’est pas sortie de cerveaux de penseurs qui auraient imaginé une manière de comploter pour prendre le pouvoir, ou d’un naufrage de pilotes qui auraient perdu le contrôle du bateau ! Non, la Révolution a jailli de la conscience et de l’initiative populaire dans une situation de crise structurelle de la société française du temps : c’est ce qui fait son originalité parmi toutes les révolutions antérieures, voire postérieures. La Révolution a puisé ses racines dans la société de son temps, dans l’espace de production et de consommation des biens nécessaires à la vie, un espace où l’on fait des enfants, où l’on se nourrit, où l’on apprend à vivre en collectivité, à se soumettre aux lois, dans un certain « royaume » : la France de la fin du XVIIIe siècle… Mon propos était de connaître ce peuple-là, dans son effectivité sociale, dans ce qui nourrit ses passions, ses représentations. Je n’ai de cesse d’intégrer les recherches récentes et notamment celles qui relèvent de cette sociologie du monde d’hier ou d’avant-hier que nous, historiens, avons analysée. Le récit que je propose est donc un récit engagé.

La Révolution fut une période d’expérimentation démocratique extraordinaire…

Claude Mazauric Du point de vue théorique, tout ce qui était nécessaire avait déjà été imaginé, notamment par Jean-Jacques Rousseau. Durant la Révolution, on a débattu des idées comme si la nécessité pratique imposait le détour théorique et la critique de tout ce qui s’imaginait : par exemple sur la question de la forme et de la légitimité du gouvernement des hommes et des enjeux de la représentation politique. Imaginez ce que cela a pu vouloir dire, en 1789, de vouloir le primat de la représentation de la nation sur le pouvoir du monarque ! Et la portée du débat sur le mode de représentation du peuple souverain : qui ? Quoi ? Comment et pendant combien de temps ? Qui n’est pas représenté, doit ou ne doit pas l’être ? Les esclaves, les femmes, les étrangers ? Etc. Pendant dix ans, on s’est demandé comment fonder un gouvernement représentatif : sera-t-il légitime ? Efficace ? Trompeur ? Depuis, la pâte de cette interrogation n’est jamais retombée. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 est fondamentale. Tout d’abord, il est écrit « les hommes » et non pas « tous les hommes ». En supprimant ce « tous », on désigne en fait l’humanité entière. On fonde une société sur un principe de droit commun, mais lequel ? Et on recommence à débattre. Les droits civils, d’accord ! Mais les droits politiques, puis les droits sociaux, voire économiques, culturels, etc., conviennent-ils pour tous, les esclaves affranchis ou les femmes, sont-ils de même nature et exigence pour chacun et chacune ? L’égalité, est-ce la simple équité ? Et comment l’égalité se vit-elle dans l’ordre du travail et de la distribution des richesses produites ? Sommes-nous égaux dans la possession des moyens de production si la propriété est reconnue comme un droit naturel ? Ce sont de sacrées questions, encore très actuelles. Autre interrogation vécue dans le vif de l’événement : est-ce que l’humanité devrait se résoudre à n’être qu’une ­collection de nations antécédentes ? L’ancien régime européen était cosmopolitique en associant des États, des nations, des empires, des villes, des diocèses, etc., produits d’une histoire antérieure plus ou moins sacralisée… La Révolution de France a posé la question de savoir si les peuples en mouvement ont le droit de se constituer en « nations » indépendantes et souveraines. Ce point de vue a triomphé. La Révolution française armée a imposé sa liberté face à l’Europe entière : quel exemple ! Mais, ensuite, après le tournant à dominante réactionnaire qui s’est imposé en conséquence de la guerre de conquête, la France bourgeoise a donné l’exemple du nationalisme qui n’était pas présent dans l’esprit des origines révolutionnaires. La Révolution française fut donc inventive, immensément créative.

L’arrivée de Napoléon change ce cycle réformateur même si celui-ci se positionne dans sa continuité. À quel moment la Révolution est-elle terminée ?

Claude Mazauric Le coup d’État du 18 Brumaire et la proclamation du 19 de Napoléon Bonaparte marquent la fin de la Révolution, l’arrêt de son cycle inventif. À partir de 1800-1804, la chape de plomb du conservatisme et de l’esprit monarchique s’impose contre l’esprit de démocratie et de République, même restreinte. D’ailleurs, on ne cherche plus à savoir si la guerre doit être émancipatrice en abolissant les régimes féodaux ou absolutistes d’Europe : l’essentiel est désormais d’établir une hégémonie, de justifier les rapines et les conquêtes. Napoléon a même rétabli l’esclavage dans les colonies que la Convention avait aboli. La Révolution active et constructive s’arrête avec lui. Certes, nombre d’acquis demeurent comme l’égalité successorale entre les héritiers, la vente des biens nationaux. Les dîmes, les taxes, les péages ­intérieurs, les taxes seigneuriales, tout ce fatras qui remontait à l’Antiquité tardive, n’est pas rétabli. La « réaction » l’a emporté mais l’« effet révolution » demeure et va traverser tout le XIXe siècle. Voici un fait dont on ne parle même plus aujourd’hui. La ­séparation de l’Église et de l’État est une idée qui a pris naissance dans la factualité révolutionnaire. Jamais la Révolution n’avait pensé à « séparer » l’Église de l’État. Au contraire, dès 1789, on voulut instituer la liberté religieuse et associer les religions établies à concourir à la prospérité projetée de la communauté nationale. Mais l’Église catholique romaine dans sa haute hiérarchie et la moitié de ses clercs s’est dressée contre la Révolution. La coupure politique de l’espace public révolutionnaire et de l’espace du religieux a conduit, pendant grosso modo dix ans, à une « séparation de fait », voulue quasiment par personne, ni par l’Église, ni par l’État. Le Concordat passé entre la papauté et le premier consul s’est avéré un désastre à long terme pour le catholicisme qui, redevenant une sorte, amoindrie certes, de religion officielle, a dressé contre son hégémonie une bonne part de l’opinion devenue, en partie à cause de cela, majoritairement républicaine et même anticléricale, dans le troisième quart du siècle suivant. La loi de séparation de 1905 en est le prurit ! Nous voyons donc que la Révolution a créé des réflexes mentaux, des habitudes discursives, formé des mémoires, inscrit des souvenirs collectifs et des schémas affectifs qui nous habitent, constituant cette sorte d’héritage qui revit en nous chaque fois que la France connaît un épisode tendu, comme en 1830, 1848, 1871, 1936, 1945… et même en 2019 ! L’écho de la Révolution française ne cesse, non pas de s’entendre, de resurgir, mais de s’activer. C’est une chose curieuse qu’un souvenir qu’on prétend « oublié » puisse ainsi resurgir au gré des conjonctures : c’est que la mémoire des peuples est plus résistante que ne le croient les supposées « élites » qui s’imaginent les gouverner durablement !

La Révolution française eut-elle aussi une dimension internationale très importante ?

Claude Mazauric Il faut toujours rappeler ce qu’était la France dans le monde de la fin du XVIIIe siècle. Par sa position au centre des masses continentales émergées et cartographiées, et par le volume de sa population bien répartie sur son territoire, c’était la troisième « puissance » mondiale, sans doute derrière l’Inde et la Chine, stagnantes l’une comme l’autre. Imaginez, aujourd’hui, une révolution qui partirait des États-Unis ou de la Chine : le monde, ébahi, en subirait immédiatement les conséquences. La Révolution française a ébranlé le monde de son temps et contribué à soumettre l’Europe à une recomposition géopolitique de très grande envergure. Dès le début, la question de l’exemplarité de son modèle politique s’est posée d’autant plus aisément que les révolutionnaires eux-mêmes étaient nourris d’une philosophie universaliste, celle des Lumières. Très vite, dès 1789, beaucoup d’étrangers qui subissaient la domination de pouvoirs exotiques, par exemple en Brabant et Flandre, en Irlande, à l’est de l’Europe et jusque chez les Ottomans, en Rhénanie, en Savoie, à Nice, en Catalogne, etc., sont venus à Paris et se sont instruits au contact de la « France en révolution ». Ils ont contribué à donner à la Révolution cette dimension universaliste, à la fois dans le discours et dans la réalité géopolitique, notamment dans l’est de l’Europe et peu après dans l’« Amérique espagnole ».

Comment appréhendez-vous votre position d’historien et votre engagement au sein du Parti communiste ?

Claude Mazauric Personne ne demande jamais à tel ou tel historien s’il est adhérent au PS, à LR ou si le parti macronien l’inspire… « Communiste », on est toujours sommé de déclarer son appartenance ! Certains s’en offusquent. Personnellement, cela ne me dérange pas. Je suis un citoyen français adhérent du PCF depuis soixante-sept ans : toute une histoire personnelle compliquée, souvent fastueuse, quelquefois douloureuse, utile, m’a-t-il semblé toute réflexion faite. Je suis d’autre part un historien bien formé par l’école publique et l’université de mon pays, qui fait son travail comme un professionnel honnête, ne vit que de sa pension de retraite, respecte le Code de la route et se prolonge comme tout un chacun. Que demande le peuple ? Le respect !

Grégoire Capelle a réalisé un documentaire sur vous. Que peut-on dire de ce travail introspectif ?

Claude Mazauric Grégoire Capelle a travaillé librement, à sa seule initiative, avec probité et finesse. On découvre dans son film que je suis devenu communiste sur un coup de tête, le 29 mai 1952, après la manifestation, la veille, contre la venue à Paris du général américain Ridgway, où on s’était fait passer à tabac. Mon héritage antérieur de jeune homme d’origine très modeste était marqué par l’Occupation, la Résistance, la Libération, l’après-guerre, la découverte du rôle des communistes et… la pensée de Jean-Paul Sartre découverte en sanatorium de 1947 à 1949 ! À mon arrivée en Seine-Maritime comme professeur de lycée après l’agrégation, j’ai rencontré l’extraordinaire mouvement ouvrier de cette région. Un mouvement compact, énergique, d’une intelligence collective exceptionnelle et qui avait réussi, par ses luttes, à créer un mode de vie digne pour les travailleurs, qui inscrivait dans leur dure existence tous les conquis sociaux de la Libération et des années qui ont suivi. J’ai été saisi d’admiration pour les militants que j’y ai connus à l’époque et je suis devenu partie prenante des constructions issues de cette « sociologie ouvrière » au côté de laquelle mon adhésion m’a plongé. En 1965, à Rouen, une université a été créée et je me suis retrouvé enseignant à la faculté des lettres. Après 1968 et la loi Faure, que les communistes avaient acceptée, l’institution a donné aux centres de recherches et aux chercheurs une autonomie intellectuelle comme aucun pays capitaliste n’en a jamais connu ! Nous avons beaucoup travaillé, écrit, accumulé de savoirs. C’est précisément cette liberté réelle qui est actuellement battue en brèche par le pouvoir macronien après celui, ­parfaitement réactionnaire, des deux précédents présidents de la République. J’éprouve assez souvent le sentiment que nous ne nous sommes pas battus pour rien. Ce que nous avons pensé, et écrit, demeure. La situation se tend à nouveau. C’est que, comme l’a dit Faulkner, « le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé ». Rien de ce qui s’est fait ne s’oublie : les deux siècles écoulés n’ont cessé de nous le rappeler. C’est le principe du ver de terre, on ne le voit pas, mais il chemine et remonte parfois à la surface. Il faut savoir le faire venir pour que le terreau fructifie. C’est notre travail et c’est notre devoir, notre honneur, d’y contribuer.

Claude Mazauric

(1) 1789. La Révolution de France, de Claude Mazauric. HDiffusion, 103 pages, 15 euros.
Entretien réalisé par Julien Camy
L'historien Claude Mazauric :  La Révolution a jailli de la passion et de la conscience populaire  (entretien avec Julien Camy, L'Humanité, 20 Décembre 2019)
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29 décembre 2019 7 29 /12 /décembre /2019 06:52
Sur la photo : Fabien , durant l'été 1939 , en compagnie de son épouse , Andrée , engagée dans la Résistance à ses côtés , arrêtée en décembre 1942 et déportée au camp SS de Ravensbrück . Elle survécut et fut rapatriée en mai 1945.

Sur la photo : Fabien , durant l'été 1939 , en compagnie de son épouse , Andrée , engagée dans la Résistance à ses côtés , arrêtée en décembre 1942 et déportée au camp SS de Ravensbrück . Elle survécut et fut rapatriée en mai 1945.

Pierre Georges avant son engagement aux Brigades Internationales

Pierre Georges avant son engagement aux Brigades Internationales

Pierre Georges dit "Colonel Fabien" 21/01/1919 - 27/12/1944
Militant communiste et résistant français, déclaré mort pour la France (à la veille de ses 26 ans).
Apprenti boulanger puis ajusteur, responsable des Jeunesses communistes, lieutenant des Brigades internationales, auteur du premier attentat contre un officier allemand le 21/08/1941 au métro Barbès-Rochechouart.



Le Colonel Fabien , de son vrai nom Pierre Georges , alias "Frédo"et "capitaine Henri" , héros de l'insurrection parisienne d'Août 1944 , était un porte-drapeau pour la Résistance et le Parti communiste français . Ancien des Brigades internationale durant la Guerre d'Espagne ( à 17 ans ! ) , premier résistant à avoir abattu un officier allemand en aout 1941 , arrêté , torturé , évadé, blessé à plusieurs reprises , Fabien a été l'homme de toutes les embuscades et sabotages , le prototype du partisan : responsable FTP pour tout le sud de la région parisienne , c'est à ce titre qu'il participa à la libération de Paris en août 1944 . Il alla ensuite combattre jusque sur les rives du Rhin à la tête d'un groupe de cinq cents hommes , principalement originaires de Suresnes , la Brigade de Paris , que l'on appellera aussi « les Fabiens », pour continuer la lutte contre les nazis avec les Forces françaises et alliées . C'est d'ailleurs là qu'il trouve la mort , sur le front du Rhin , déchiqueté par une mine avec deux de ses collaborateurs les plus proches , le colonel Dax et le capitaine Lebon . Mais les circonstances de cette mort n'ont jamais été réellement éclaircies ...
 

 

21 août 1941 : à Barbès-Rochechouart, Fabien tire - Maurice Ulrich, L'Humanité
 

L’acte du militant communiste et résistant, qui, à vingt et un ans, a déjà combattu le fascisme en Espagne, donne le signal de la lutte armée contre l’occupant.
Il est encore tôt, ce matin du 21 août 1941 à Paris. Au métro Barbès-Rochechouart, un officier de la Kriegsmarine s’apprête à monter dans la rame. Deux coups de feu claquent, il s’écroule. C’est dans la France occupée le premier acte de la résistance armée.

Son auteur, Pierre Félix Georges, entrera dans l’histoire sous le nom de colonel Fabien. Né dans le 19e arrondissement, il n’a que vingt et un ans, mais il a déjà combattu le fascisme, en Espagne.

À la fin de l’année 1936, il s’est engagé dans les brigades internationales en mentant sur son âge. Il est communiste. Les deux coups de feu de Fabien vont avoir un sens clair. Pour les nazis, cela veut dire qu’en dépit de la collaboration active du gouvernement de Pétain, de l’appui de la police française dirigée par Bousquet, ils ne seront plus en sécurité. Pour une part de l’opinion française, encore fidèle à Pétain, c’est le signe que la guerre continue. Certes, depuis Londres, le général de Gaulle l’a dit dès le 18 juin 1940. Mais il s’agit de rassembler les forces de l’empire colonial et de reconstituer à partir de Londres une force combattante, s’appuyant en France sur des réseaux de résistance tournés vers le renseignement ou constituant des forces d’appoint dans l’attente du grand jour. L’action de Fabien signifie que le combat au cœur même de la capitale et des villes passe par la lutte armée. C’est aussi un acte politique majeur. La résistance française, pour le PCF, sera populaire, sur la terre de France. La portée de cette décision est considérable. Sans elle, à tout bien considérer, la libération de Paris « par lui-même », selon la formule du général, n’aurait peut-être pas eu lieu.
« Paris a froid, Paris a faim, Paris ne mange plus de marrons dans la rue, Paris a mis de vieux vêtements de vieille », écrivait Paul éluard. Pas pour tout le monde. La collaboration est devenue pleinement active, ce qui ne va pas sans interrogations dans l’opinion. Le 12, Pétain déclare à la radio qu’il sent souffler un vent mauvais : « L’inquiétude gagne les esprits, le doute s’empare des âmes, l’autorité de mon gouvernement est discutée. » Le 14, Vichy décrète que les magistrats, les hauts fonctionnaires et les militaires doivent prêter serment au maréchal. Le 20, la police française, à la demande des Allemands, arrête 3 447 juifs, internés à Drancy.

Au matin du 21 août, un communiqué officiel annonce : « Pour activité en faveur de l’ennemi, le juif Samuel Tyszelman et le nommé Henri Gautherot, tous deux domiciliés à Paris, ont été condamnés à mort. Ils avaient participé à une manifestation communiste dirigée contre les troupes d’occupation allemandes. En exécution de l’arrêt, ils ont été fusillés. » Tous deux étaient des amis de Fabien.
Pour les communistes français, le trouble du pacte germano-soviétique de 1939 est déjà loin. Pas seulement parce que l’Allemagne est lancée depuis juin contre l’Union soviétique, mais parce que la répression contre les communistes, dès juillet 1940, ne laisse guère de place aux ambiguïtés. Pour Vichy comme pour les nazis, les communistes sont l’ennemi principal. Dès octobre 1940, les communistes ont créé les OS, organisations spéciales, dont le but est d’agir contre l’occupant. Le 15 mai, le PCF lance un appel à la constitution d’un front national de lutte pour la libération de la France, et des attentats et sabotages, en particulier contre les installations ferroviaires, commencent à se multiplier. Mais il faut faire plus. Les nazis, dès septembre 1940, ont déjà désigné des otages qui seraient exécutés en cas de troubles. Ils ont exécuté des patriotes. Jacques Bonsergent qui a « bousculé des soldats allemands » en décembre 1940, André Masseron qui a chanté la Marseillaise, le 19 juillet 1941, Roger Roig le 24 qui a tenu des propos injurieux. Le premier, sans doute, fut à Rouen, Étienne Dechavanne, dès juillet 1940.
Il faut un choc. Ce n’est pas si simple. Est-ce la bonne stratégie ? Fabien va donner l’exemple. Ce jeune homme est déjà un combattant aguerri, devenu sous-officier en Espagne, grièvement blessé en 1938. Revenu à Paris il est « ajusteur d’avion » et épouse Andrée Coudrier qui sera déportée à Ravensbrück. Élu au Conseil national de la jeunesse communiste, puis arrêté dans son usine où les ouvriers se solidarisent en se mettant en grève, il s’évade, commence à organiser l’activité clandestine du PCF dans différentes régions. Il revient à Paris début 1941, à la demande de la direction du PCF. Le 21 août, il tire.
Fabien installe ensuite le premier maquis de France dans le Doubs, attaqué en octobre par la gendarmerie. Il est de nouveau blessé, à la tête. Il traverse le Doubs à la nage, regagne Paris. Arrêté par la police française, il est torturé et remis à la Gestapo. Il s’évade du fort de Romainville et reprend les combats dans divers maquis. En 1944, il est l’un acteurs importants de l’insurrection parisienne. Le groupe qu’il commande devient le 151e régiment d’infanterie sous les ordres du général Delattre de Tassigny. Ce dernier le voyait déjà général. Le 27 décembre 1944, Pierre Georges, le colonel Fabien, saute sur une mine dans des conditions restées imprécises. Il avait vingt-cinq ans.
Maurice Ulrich

27 Décembre 1944 , Habsheim , Alsace . Mort du Colonel FABIEN, Pierre Georges, héros communiste de la Résistance française (1919-1944)
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