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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 17:44
L'Humanité Dimanche, Notre Finistère, 16 avril 1967

L'Humanité Dimanche, Notre Finistère, 16 avril 1967

Notre Finistère, L'Humanité Dimanche, 23 avril 1967

Notre Finistère, L'Humanité Dimanche, 23 avril 1967

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 19:20
Simone de La Bollardière (portrait dans le Ouest-France)

Si chère parole libre de Simone de Bollardière

Ouest-France 04/03/2016 Loïc TISSOT

http://www.ouest-france.fr/bretagne/si-chere-parole-libre-de-simone-de-bollardiere-4077353

Simone de Bollardière, chez elle, au vieux Talhouët, à Guidel dans le Morbihan.

Il y a trente ans, le 22 février 1986, Jacques Pâris de Bollardière mourait. En 1957, lors de la bataille d'Alger, ce jeune et brillant général s'oppose à la torture. Un refus d'obéissance de la part d'un des officiers les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale.

Ce refus de la « barbarie », Jacques de Bollardière, compagnon de la libération, l'a dénoncé à travers une lettre publiée dans l'Express. Ce qui lui a valu soixante jours de forteresse. En 1961, il quitte l'Armée et devient alors « un général non-violent », comme il aimait à se définir.

« Ce n'est pas dangereux de parler »

Du Larzac à Mururoa, tristement connu pour ses essais nucléaires, il sera de tous les « combats » « Je suis totalement responsable », plaide Simone de Bollardière. La veuve du général, le regard bleu d'une vie intense, se souvient. C'est elle qui encourage son mari à participer, à ses côtés, à une conférence à Lorient de Jean-Marie Muller, membre fondateur du Mouvement pour une alternative non-violente : « Tous les mots qu'il prononçait, mon mari les ressentait au plus profond de lui. Nous sommes allés le saluer. Ils sont tombés dans les bras l'un de l'autre. »

Simone de Bollardière est une militante libre. « Les manifs, j'aimais beaucoup », rigole cette dame âgée aujourd'hui de 94 ans. Opposition à la centrale de Plogoff, soutien aux objecteurs de conscience, défense d'une desserte ferroviaire à Quimperlé, elle suit sa voie, et sait faire entendre la voix.

Au début des années 2000, elle signe l'appel des Douze, appelant l'État à condamner la torture pratiquée par la France en Algérie. Simone de Bollardière a également témoigné lors du procès du général Paul Aussaresses...

« Une grande compassion »

Pas étonnant alors, qu'en lisant « une brève dans Ouest-France », elle encourage dès la première heure la création de l'association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG). « J'ai une grande compassion pour eux. Trop d'entre eux sont revenus, malades d'avoir vu ou entendu l'insoutenable. » Simone de Bollardière est la présidente d'honneur. Elle a su leur dire : « Ce n'est pas dangereux de parler. »

Ce week-end, cette grande dame sera présente à l'assemblée générale de l'association 4ACG (anciens appelés en Algérie et de leurs amis contre la guerre), qui se tient à Blainville-sur-Mer, dans la Manche. Un hommage sera rendu à « Bollo », au général de Bollardière, qui repose à Vannes : « S'il était encore parmi nous ? Il se battrait simplement pour le respect de la personne et de la Nature. Il défendrait la liberté des différences. »

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 21:04
Danielle Casanova: l'hommage de Maurice Ulrich, L'Humanité - 19 juillet 2010

Par Maurice Ulrich, journaliste.

MAURICE ULRICH

LUNDI, 19 JUILLET, 2010

L'HUMANITÉ

Communiste, créatrice de l’Union des jeunes filles de France, Danielle Casanova fut aux premières heures de la résistance et de la lutte armée. Arrêtée en février 1942 lors d’un terrible coup de filet de la Gestapo, elle est déportée et meurt à Auschwitz-Birkenau le 9 mai 1943.

Le 27 janvier 1943, le jour se lève sur Birkenau, le deuxième camp de l’énorme complexe d’Auschwitz. C’est à son entrée que les nazis ont inscrit « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Un train de wagons à bestiaux entre en gare. Deux cent trente femmes y ont été entassées. Le voyage a duré trois jours depuis la France, pratiquement sans nourriture et sans eau. Les portes s’ouvrent sur une plaine glacée, sur les SS et leurs chiens, et les ordres claquent. Il faut descendre, vite, s’aligner sous la menace et les coups des matraques. Les résistantes françaises voient apparaître d’autres femmes, aux cheveux pratiquement rasés, aux robes rayées…

Danielle Casanova est à côté d’une de ses compagnes, Raymonde Salez. Celle-ci, membre de la direction des Jeunesses communistes, était en tête de la manifestation des étudiants de Paris le 14 juillet 1941, brandissant le drapeau tricolore. Il faut chanter, aurait dit Danielle Casanova. Elles entonnent la Marseillaise, reprise par les 230 déportées, et entrent ainsi dans le camp. Ces femmes sont ouvrières, paysannes, intellectuelles et lycéennes, communistes pour la moitié d’entre elles, gaullistes. Il y a parmi elles Marie-Claude Vaillant-Couturier, Maï Politzer… Quarante-neuf d’entre elles survivront. Danielle Casanova mourra du typhus, quatre mois plus tard. Entre-temps, la défaite des nazis à Stalingrad a marqué le premier grand tournant de la guerre.

Vincentella Perini, qui prendra en 1933 le nom de son époux, Laurent Casanova, naît en 1909 à Ajaccio dans une famille d’instituteurs laïques et républicains. Quatre filles, un garçon. Son frère, André, la décrit comme turbulente, tapageuse, toujours en mouvement et qui, lors même qu’elle ne sait que barbouiller, « veut toujours lire et écrire ». Jeune fille, grande et un peu forte, elle pose sur les murs de sa chambre deux images. Une reproduction du Marat assassiné de David et Rouget de l’Isle chantant la Marseillaise. Ses parents la voient à Normale supérieure. Elle veut être dentiste et fera ses études à Paris où André, qui est journaliste, aux idées plutôt modérées, habite déjà. Très vite, le parcours de Danielle Casanova, en même temps que ses études qu’elle réussit sans difficulté, va être militant. Elle a dix-huit ans quand elle adhère à l’Union fédérale des étudiants, vingt et un quand elle adhère au Mouvement de la jeunesse communiste et rencontre Laurent qu’elle fait adhérer à son tour. Les années 1930 vont être celles de grandes politiques de rassemblement des communistes. Membre en 1934 de la direction du Mouvement, elle crée en 1936 l’Union des jeunes filles de France, avant l’Union des femmes françaises. Mais dès le début son objectif est large. Le premier éditorial de Jeunes filles de France, qu’elle signe, s’adresse aux jeunes socialistes et républicaines, aux jeunes filles chrétiennes. Au congrès de l’Union, quelques mois plus tard elle déclare : « Il n’est plus possible à la femme de se désintéresser des problèmes politiques, économiques et sociaux que notre époque pose avec tant de force (…), la conquête du bonheur est pour la femme liée à son libre épanouissement dans la société, cet épanouissement est une condition nécessaire du développement du progrès social. »

Montée du nazisme, guerre d’Espagne. Danielle, avec l’UJFF, organise l’aide aux enfants d’Espagne. En février 1939, alors que les républicains sont vaincus, elle écrit : « C’est notre propre destin qui se joue sur les champs de bataille de Catalogne. » Intellectuelle, féministe, Danielle Casanova est une dirigeante communiste lucide. Elle sait que des heures terribles vont venir : « Partout où il a passé, le fascisme a apporté la servitude et semé la mort (…), comme nos aînés de 1792, nous connaissons notre devoir et nous le remplirons. » Dès septembre 1939, alors que Laurent est mobilisé, elle prépare les dirigeantes de l’UJFF de la région parisienne à la lutte contre le nazisme, lors d’une réunion à Montreuil.

À partir de mai 1940, c’est la peine de mort qui menace les militants communistes, avant même la débâcle qui arrive en juin, comme l’avaient espéré ceux qui préféraient Hitler au Front populaire. Quel est le rôle alors de Danielle Casanova ? Organiser les femmes, les amener à revendiquer, d’abord. Il y aura à l’automne 1940 des centaines de manifestations de femmes. Mais très vite, aux heures les plus sombres, c’est de la lutte armée qu’il s’agit. « Ça y est, dit-elle à une camarade, Claudine Chomat, le 21 août 1941, Fred a réussi un gros coup. » Fred, c’est le colonel Fabien. C’est elle qui charge Albert Ouzoulias de former les Bataillons de la jeunesse qui deviendront les FTP.

Danielle Casanova a trente-deux ans et elle a changé. Curieusement, dans les souvenirs de ses camarades de combat d’alors, on relève plusieurs fois des remarques sur son élégance. Elle a minci, elle s’habille avec goût. Elle-même, déjà internée au fort de Romainville, alors qu’elle écrit : « Maintenant je connais ce que c’est que la haine », poursuit quelques lignes plus loin : « J’ai beaucoup maigri. Pas de trace en ma mémoire d’avoir eu une silhouette pareille, et juste au moment où il n’y a personne pour apprécier mon élégance. » L’élégance, aux heures les plus tragiques, comme ce qu’on se doit à soi-même, peut-être, face à la mort. On pense aussi à cette élégance, à Nuremberg (*), de Marie-Claude Vaillant-Couturier, faisant face, sans faillir, aux bourreaux nazis.

Le 15 février 1942, elle est arrêtée. Les nazis, après des semaines de filatures frappent un coup terrible. Arthur Dallidet, Félix Cadras, Georges et Maie Politzer, Jacques Decour, Marie-Claude Vaillant Couturier… Plus de cent arrestations en quelques jours. La Santé, puis le fort de Romainville. Le convoi de janvier 1943. Dentiste, Danielle sera requise pour soigner les dents des kapos et évitera les conditions les plus dures de détention, mais elle part, le 9 mai. Et il semble que retentisse encore ce cri vers elle, lorsqu’elle vivait encore, d’une jeune fille emmenée à bord d’un camion vers les chambres à gaz, après une sélection : « Danielle !…» (**).

(*) Le procès de Nuremberg se déroula de novembre 1945 à octobre 1946.

(**) Cet article doit beaucoup au livre de Pierre Durand, Danielle Casanova l’indomptable, Éditions Messidor.

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 20:38
Iréna Sendler en 1942

Iréna Sendler en 1942

3 millions de juifs ont été exterminés en Pologne, et une partie de la population polonaise qui a elle même énormément souffert de l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale fut malheureusement aussi parfois et même souvent complice d'actes antisémites mais il y eut néanmoins des hommes et des femmes qui eurent le courage d'agir contre l'abjection.

Iréna Sendler, née en 1910, fille d'un médecin socialiste engagé dans l'action sociale dans la banlieue de Varsovie, est décédée le 12 mai 2008 à 98 ans. Elle a accompli l'exploit de faire échapper à la mort 2500 juifs du ghetto de Varsovie.

Dès les premiers jours de l’occupation allemande, elle commence à travailler au service d’aide sociale à la mairie de Varsovie où elle organise l’aide aux pauvres. Dans la section d’aide à l’enfant, un groupe clandestin sous la direction de l’écrivain Jan Dobraczynsk se forme pour venir en aide aux enfants abandonnés qui sont légion à Varsovie après 1939.

Cette aide concerne aussi les enfants sortis clandestinement du ghetto.

Certains de ces enfants se sont enfuis par un trou dans le mur du ghetto, d’autres ont été sortis dans des camions de pompiers, des ambulances, sous les ordures… Le groupe prépare des faux papiers (certificats de naissance, enquêtes familiales) pour placer les enfants dans les orphelinats ou familles d’accueil.

Le gouvernement polonais en exil à Londres s’est chargé d’envoyer des fonds et créa Zégota, une Commission clandestine d’aide aux Juifs.

L’action de Jolanta (nom de clandestinité d’Irena) est souvent liée à Żegota alors que ce mouvement n’a vu le jour qu’en septembre 1942; Irena et ses collègues opéraient depuis trois ans déjà.

La Commission et l’argent qui venait de Londres via les canaux clandestins sont néanmoins arrivés au moment où la vie de plusieurs milliers de personnes cachées du côté « aryen » était en jeu. Bien que les Allemands aient commencé à regarder de plus près les dépenses du Département de l’Aide Sociale - une menace planait sur le groupe - les fonds ainsi alloués par la structure clandestine du gouvernement polonais en exil, ont permis de continuer l’action en contournant les contrôles entrepris à la mairie.

En décembre 1942, la Commission d’aide aux Juifs la nomme chef du département de l’enfance. Elle organise le passage clandestin des enfants du Ghetto vers les familles et les institutions à Varsovie, Turkowice et Chotomov (près de Varsovie).

Le 20 octobre 1943, elle est arrêtée par la Gestapo et emmenée à la prison de Pawiak ; malgré les tortures qui la laissèrent infirme à vie (bras et jambes brisées), elle n’avouera rien sur son réseau; elle est condamnée à mort. Żegota réussit à la sauver en achetant les gardiens de la prison.

Irena recueillit tous les noms des enfants qu'elle avait sortis du Ghetto et garda ces noms dans une jarre en verre enterrée sous un arbre au fond de son jardin, derrière sa maison. Après la guerre, elle essaya de localiser tous les parents qui avaient pu survivre et tenta de réunir les familles; mais la plupart avaient été gazées. Les enfants qui avaient été sauvés ont été placés dans des familles d'accueil ou ont été adoptés.

Elle est reconnue "Juste parmi les nations".

Irena a caché des enfants dans le fond de sa boîte à outils qu'elle transportait à l'arrière de son véhicule ainsi qu'un grand sac (pour les enfants plus grands).

Elle avait aussi un chien à l'arrière qu'elle a entrainé à aboyer quand les soldats allemands la contrôlaient à l'entrée et à la sortie du ghetto. Les soldats ne pouvaient rien contre le chien qui couvrit en fait le bruit que pouvaient faire les enfants.

Elle sauva 2500 enfants en les cachant ainsi.

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 20:31
Journée des Droits des Femmes: Nathalie Le Mel, féministe brestoise d'avant-garde

Frédérique GUIZIOU (Ouest-France, 7 mars 2016)

Ce mardi 8 mars, journée des Droits des femmes, débute une série d’actions pour l’égalité entre les sexes. Le remarquable parcours de Nathalie Lemel y est bien mis en valeur.

Femme et brestoise de la fin du XIXe siècle, elle s’est battue, entre autres, pour la parité des salaires entre les femmes et les hommes. En 1865, déjà, Nathalie Lemel s’engageait sur ce sujet encore, ô combien, d’actualité.

C’est pourquoi, chaque 8 mars, journée internationale des Droits des femmes, la Ville de Brest soutient les actrices et acteurs locaux concernés par l’égalité entre les sexes. Cette année, l’engagement des femmes est particulièrement mis à l’honneur. Et celui de Nathalie Lemel, socialiste, révolutionnaire, anarchiste, féministe, défenseure acharnée du droit des femmes, est particulièrement remarquable

Cet hommage si mérité prend plusieurs formes. La plus visuelle sera la BD que lui consacre l’artiste Laëtitia Rouxel. En création-résidence à la médiathèque Jo-Fourn Europe, où on la rencontrera samedi 12 mars à 14 h 30, Laëtitia Rouxel participera aussi à un déjeuner-discussion autour de son travail sur Nathalie Lemel le 29 mars à L Cause, l’espace associatif résolument féministe.

Encore plus visible sera l’immense portrait de Nathalie Lemel, réalisé par les artistes Guy Denning et Shoof, sur les murs de la Cafet’ d’Ahmed, au 3, rue Sisley. Avant, on fera mieux connaissance avec cette femme admirable grâce à l’exposition Nathalie Lemel, pétroleuse bretonne, vernissage ce mardi 8 mars à 18 h, à la médiathèque Jo-Fourn Europe.

Sur le plan historique, Jacques Arnol, historien spécialiste des grandes figures féminines locales, parlera de la Brestoise engagée dans la commune de Paris en 1871, lors d’une conférence qu’il donnera le 14 mars, à 18 h, à L Cause.« Née le 26 août 1827, dans un café brestois, Nathalie Lemel a connu un extraordinaire destin, lié à sa personnalité hors du commun, analyse Jacques Arnol. Mariée à 18 ans, installée à Paris, elle adhère à l’Internationale en 1865. Sous l’impulsion de Varlin, partisan de l’égalité des sexes, elle entre à un poste élevé à la Société d’épargne de crédit mutuel des relieurs dont il est président… »

Opposée au Second empire, divorcée, déléguée syndicale, elle n’est pas passée inaperçue auprès des autorités. En témoigne ce rapport de police : « Elle s’était fait remarquer par son exaltation, elle s’occupait de politique ; dans les ateliers elle lisait à haute voix les mauvais journaux. Elle fréquentait assidûment les clubs. »

Après une foule d’actions mémorables, Nathalie Lemel est déportée en Nouvelle-Calédonie avec Louise Michel qu'elle a influencée. Amnistiée, elle est morte, aveugle, dans la misère, en 1921 à l’hospice d’Ivry...

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 15:50
Marcel Cachin, la trajectoire d'un intellectuel breton guesdiste, puis communiste, directeur de l'Humanité de 1917 à 1958

Marcel Cachin est né à Paimpol le 20 septembre 1869. Ses parents étaient de condition modeste. Son père, originaire du Gers, était venu en Bretagne après son service militaire et était devenu gendarme. Sa mère, née Le Gallou, était d'une famille paysanne. Après avoir fréquenté l'école primaire de Paimpol, Marcel Cachin est entré comme élève boursier grâce à ses dons remarquables au lycée de Saint Brieuc, comme interne. Durant les vacances, il revenait à Paimpol qui l'enchantait par sa beauté pittoresque et son ambiance.

« Les citoyens de l'ardente petite ville étaient fiers de leur réputation d'hommes d'avant-garde dans un département où dominaient encore les hobereaux et les réactionnaires les plus arriérés. Dans les cafés et les auberges enfumés du port se rencontraient les marins et les capitaines dont les voyages autour du monde avaient élargi l'esprit. Avec les ouvriers constructeurs de navires, les marins orientaient la politique locale vers la République encore jeune et discutée ».

Marcel choisit des études classiques. Il devient un amoureux des lettres grecques et latines. Pendant son adolescence, il perd sa foi religieuse. Un professeur de philosophie, Baptiste Jacob, exerce une forte influence sur lui et aide Marcel Cachin à accéder gratuitement au lycée de Rennes. Reçu au concours des bourses de licence et ayant opté pour la philosophie, Marcel Cachin est ensuite envoyé à la Faculté des Lettres de Bordeaux.

C'est à Bordeaux, autour de sa vingtième année, que Marcel Cachin adhère au socialisme, au Parti Ouvrier Français de Jules Guesde. Pour son congrès de Marseille en 1892, la direction du Parti a établi un questionnaire qui permet au Congrès d'élaborer un programme agraire en phase avec les besoins des paysans. Marcel Cachin, pendant ses vacances à Paimpol, remplit scrupuleusement son questionnaire en s'informant auprès des cultivateurs, des fermiers et des métayers bretons.

A Bordeaux, Marcel Cachin donne des cours particuliers à des jeunes de famille bourgeoise, collabore à « La question sociale », recrute des adhérents et des cadres pour le parti de Jules Guesde et de Paul Lafargue. En 1898, il se présente comme candidat aux législatives à Libourne, sans aucun espoir de succès. Le POF se divise profondément sur la participation des socialistes au gouvernement bourgeois et républicain à partir de juin 1899 avec l'entrée de Millerand au ministère Waldeck-Rousseau. Cachin prend alors de parti de la ligne d'opposition au réformisme de Guesde contre celle de Jaurès. En 1900, il est élu conseiller municipal de Bordeaux, puis adjoint au maire aux transports et à la voirie et en 1903, il devient secrétaire de sa fédération.

En décembre 1903 toujours, il porte la contradiction à Jaurès qui défend au Capitole de Toulouse la politique du bloc des gauches et de la participation ministérielle. Aux élections municipales de mai 1904, le POF obtient plus de voix à Bordeaux que les radicaux et les socialistes de gouvernement mais ces derniers refusent l'alliance de second tour et la droite l'emporte.

En août 1904, Cachin est délégué au Congrès de la IIe Internationale socialiste à Amsterdam en tant que représentant du Parti Socialiste de France, produit de la fusion en 1901-1902 des blanquistes et des marxistes guesdistes. C'est là que, grâce à Paul Lafargue, il fait la connaissance d'une institutrice de français américaine, déléguée du Parti socialiste américain, qui deviendra sa femme. Le Congrès d'Amsterdam condamne la participation aux gouvernements bourgeois et l'évolutionnisme réformiste de Bernstein. Il plaide en même temps pour l'unité du mouvement socialiste et Jaurès accepte l'unité, qu'il désirait depuis longtemps, sous la direction d'une ligne politique marxiste de lutte des classes et révolutionnaire.

En 1906, quittant Bordeaux, Cachin devient, sous l'impulsion de Guesde, délégué à la Propagande du Parti Socialiste. En 1910, il est élu député d'Alès. Mais le gouvernement et la chambre des députés l'invalident, privant les mineurs et paysans du Gard de leur défenseur. En 1908 et 1912, il parcourt l'Algérie. Dans des meetings où se confondent travailleurs de toute origine, Marcel Cachin s'élève contre les entreprises d'asservissement colonial, proclame la solidarité du prolétariat français avec les peuples arabes d'Afrique du Nord.

L'Humanité, créée par Jaurès en 1904, qui ne se vend qu'à 50 000 exemplaires en 1911, devient la propriété du Parti Socialiste à ce moment là, qui le prend en charge tout en maintenant Jaurès à la direction du journal. Après la mort de Paul Lafargue en novembre 1911, Marcel Cachin le remplace comme rédacteur régulier.

En 1912, Cachin est élu conseiller municipal et conseiller général du XVIIIe arrondissement de Paris. « Pendant les deux années qu'il siège à l'Hôtel de ville, il se préoccupe surtout des travailleurs du métro, des omnibus et des transports de surface. Les travailleurs des omnibus étaient groupés dans deux syndicats rivaux. Les ouvriers des ateliers de la rue Championnet lui demandèrent de prendre la direction de leur syndicat : après avoir consulté Guesde et Jaurès, Marcel Cachin accepta. Il réconcilia les ouvriers des ateliers de réparation et les roulants, fit l'union des deux syndicats et obtint divers avantages. Pendant la grève générale des employés de tramways en 1916, il conduisit une délégation de femmes au ministère de l'Intérieur pour exiger des augmentations de salaire : le gouvernement dut céder. Marcel Cachin resta à la tête du syndicat des transports de surface de 1913 jusqu'à 1919. A l'Hôtel de Ville, il menait une lutte incessante contre les puissantes compagnies capitalistes qui avaient mis en coupe réglée Paris et le département de la Seine » (Marcel Cachin vous parle, introduction à ses articles et discours par Jean Fréville. Editions sociales, 1959).

En 1907, Marcel Cachin représente encore le Parti Socialiste au Congrès de l'Internationale à Stuttgart qui veut mobiliser contre la guerre mondiale en préparation: il y rencontre Clara Zetkin, Bebel, Karl Liebknietcht.

En mars 1914, Marcel Cachin est élu député avec 99 autres socialistes, pour ce qui est le plus grand succès électoral des socialistes en France jamais enregistré. Succès en trompe l’œil. Quand éclata le drame de Sarajevo, le Parti Socialiste, à part sans doute Jaurès, n'en prévoit pas les conséquences. Il tint à Paris, le 14 juillet, un congrès qui se prononça pour la grève générale en cas de guerre (motion Vaillant-Jaurès, que Guesde considéra comme utopique). Quinze jours après, Albert Thomas et Sembat qui avaient préconisé la grève générale entraient avec Guesde dans le ministère d'Union Sacrée, après l'assassinat de Jaurès le 31 juillet et la déclaration de guerre.

Marcel Cachin se laisse emporter par le courant général d'union sacrée, intervient même, à la demande de Guesde, pour convaincre en mars 1915 les camarades socialistes italiens de plaider l'entrée en guerre de leur pays.

Après le renversement du tsarisme en Russie en mars 1917, Marcel Cachin convainc le Conseil National du Parti Socialiste d'envoyer des délégués à une conférence internationale, qui doit se réunir à Stockholm et fixer les modalités d'une paix sans annexions ni contributions. Mais le gouvernement refuse de leur attrribuer des passeports.

A partir de la Révolution d'Octobre 1917, Cachin défend la révolution bolchevik dans ses articles et ses interventions à la Chambre. En octobre 1918, il est désigné pour remplacer à la direction de l'Humanité

Renaudel, partisan de la lutte contre les bolcheviks : signe d'un changement de majorité et de tendance au Parti Socialiste. Marcel Cachin dénonce l'intervention militaire française en Russie contre la jeune Révolution qui a fait la paix avec l'Allemagne.

Quand les conflits sociaux s'étendent en France au cours des années 1919 et 1920, reprimés par la troupe, Cachin interpelle le gouvernement, attaque Clémenceau, soumet au vote une motion de flétrissure contre la majorité bourgeoise et réactionnaire de la Chambre.

Aux élections de novembre 1919, les socialistes, qui gagnent 300 000 voix, représentent le quart des électeurs du pays. Cachin est réélu dans le 18e arrondissement de Paris.

Le Congrès de Strasbourg du parti Socialiste (février 1920), tout en se prononçant pour la sortie de la IIe Internationale, écarte l'adhésion à la IIIe Internationale, constituée le 4 mars 1919 à Moscou. Mais il charge Marcel Cachin et Frossard, secrétaire général du Parti Socialiste depuis 1918, d'aller recueillir des informations précises sur le nouveau régime. Cachin rencontre Lénine plusieurs fois, très critique vis-à-vis du Parti Socialiste français. A son retour, au Cirque de Paris, il rend compte de sa mission : « Nous revenons émerveillés de notre voyage ».

D'août à décembre 1920, avant le Congrès de Tours ( 25-30 décembre 1920), Cachin défend l'adhésion à la IIIe Internationale. Au Congrès de Tours, Cachin, Clara Zetkin, s'opposent à Blum, Renaudel, Paul Faure. 3028 mandats contre 1022 votent l'adhésion à la IIIe Internationale.

L'Humanité va ainsi rester entre les mains des révolutionnaires issus du Parti Socialiste qui vont créer le Parti Communiste. Et elle sera dirigée par Marcel Cachin, qui sera pendant 38 ans membre du Bureau Directeur du Parti Communiste.

Le PCF milite pour la fraternisation des ouvriers allemands et français, contre l'occupation de la Rhur, ce qui lui vaut une arrestation en 1923 et un emprisonnement à la Santé avec Pierre Sémard, Gabriel Péri et onze autres camarades.

En 1924, avec le PCF, Cachin dénonce la guerre colonialiste du Rif contre Abd-el-Krim menée par l'étonnant tandem Pétain-Franco qui bombardent les villages montagneux du nord marcocain. A cette occasion, il est à nouveau condamné à deux ans de prison, avec Maurice Thorez, 25 ans à l'époque, secrétaire du comité d'action contre la guerre au Maroc. Ces deux ans sont commués en appel en un an de prisan, que Cachin accomplit à la Santé en 1927. Cela n'empêche pas d'être élu député en 1928 avec un score supérieur à celui qu'il avait réalisé en 1924.

A partir de 1930, Maurice Thorez devient secrétaire général du Parti Communiste. Cachin défend avec lui la ligne du Front Unique, du Front Populaire contre les forces de la bourgeoisie et le fascisme montant. A cette époque, les communistes étaient « unitaires pour deux » (Maurice Thorez), L'Humanité, avec une diffusion de 430 000 exemplaires, était le journal politique le plus lu en France.

En 1935, Cachin est élu Sénateur.

L'Humanité est supprimée par le gouvernement Daladier en 1939 suite au pacte de non agression germano-soviétique. En janvier 1940, Cachin est déchu de son mandat de sénateur, il se retire en Bretagne, sans sa petite maison de Lancerf, où la Gestapo l'arrête en septembre 1941. Il est enfermé plusieurs semaines à Saint-Brieuc puis à Rennes mais les Allemands finissent par le relâcher, craignant que sa mort ne suscitât des réactions fortes dans l'opinion et chez les communistes qui mobilisent pour libérer Marcel Cachin. Gabriel Péri, chef de la rubrique de politique étrangère à l'Humanité, est fusillé en décembre 1941.

Quand L'Humanité reparaît de manière officielle à la Libération, 11 collaborateurs et rédacteurs clandestins de L'Humanité ont été exécutés.

A la libération, Marcel Cachin est membre de l'Assemblée Consultative, puis des deux Assemblées Constituantes de 1945 et 1946, avant d'être réélu à l'Assemblée Nationale en novembre 1946. Réélu en 1951 et 1956, il restera député de Paris jusqu'à sa mort. Dans les années 50, il continue à la Chambre et avec l'Humanité de soutenir avec vigueur le combat anti-colonialiste au Viet-Nam, en Tunisie, au Maroc, en Côte-d'Ivoire, au Cameroun, en Algérie. Il se souvient avoir personnellement rencontré et apprécié Hô-Chi-Minh, étudiant à Paris.

Le 17 novembre 1956, sa femme Marguerite meurt. Lui-même s'éteint à Choisy-le-Roi le 12 février 1958.

A la suite d'obsèques populaires impressionnantes, Cachin a été enterré auprès des Communards du père Lachaise.

Marcel Cachin, la trajectoire d'un intellectuel breton guesdiste, puis communiste, directeur de l'Humanité de 1917 à 1958
"Notre Finistère" du 12 juin 1966: photos de Marcel Cachin à la fête de la Bretagne à Concarneau en 1937

"Notre Finistère" du 12 juin 1966: photos de Marcel Cachin à la fête de la Bretagne à Concarneau en 1937

Et au Guilvinec en 1957

Et au Guilvinec en 1957

Document vidéo célèbre, "Breiz Nevez" sur Marcel Cachin à la Fête du Parti Communiste à Pont L'Abbé pendant le Front Populaire le 7 août 1938.

A regarder absolument si vous ne le connaissez pas déjà!

BREIZ NEVEZ - Films - Ciné-Archives - Cinémathèque du ...
Regards, spécial Hommage à Marcel Cachin 1958

Regards, spécial Hommage à Marcel Cachin 1958

Marcel Cachin (Numéro Spécial de Regards 1958)

Marcel Cachin (Numéro Spécial de Regards 1958)

Marcel Cachin numéro Spécial de Regards 1958

Marcel Cachin numéro Spécial de Regards 1958

Marcel Cachin en 1934 au Bois de Vincennes numéro spécial de Regards 1958

Marcel Cachin en 1934 au Bois de Vincennes numéro spécial de Regards 1958

Au Mur des Fédérés au Père Lachaise avec Maurice Thorez, Léon Blum, Marcel Cachin, Zélie Camélinat et d'anciens comunards au début du Front Populaire le 24 mai 1936 (Regards, numéro spécial Marcel Cachin- 1958)

Au Mur des Fédérés au Père Lachaise avec Maurice Thorez, Léon Blum, Marcel Cachin, Zélie Camélinat et d'anciens comunards au début du Front Populaire le 24 mai 1936 (Regards, numéro spécial Marcel Cachin- 1958)

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 15:25
L'Humanité Dimanche, "Notre Finistère" - 18 juin 1967- à la rencontre de Marie Quintin de Gouézec

L'Humanité Dimanche, "Notre Finistère" - 18 juin 1967- à la rencontre de Marie Quintin de Gouézec

L'Humanité Dimanche, "Notre Finistère" - 18 juin 1967 - à la rencontre de Marie Quintin de Gouézec

L'Humanité Dimanche, "Notre Finistère" - 18 juin 1967 - à la rencontre de Marie Quintin de Gouézec

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 04:12

Dans cet article, la section du PCF de Morlaix appelle à souscription pour acquérir un local: "pour le payer, il nous faudra chaque année des centaines de milliers de francs... Rappelons qu'une souscription régionale est ouverte pour la "Maison du Parti à Morlaix" - CC.P Louis Ollivier 2202-37 Rennes".

"La campagne pour les élections législatives est commencée. Le 25 septembre à La Madeleine se tiendra le premier meeting organisé par le Parti Communiste pour soutenir notre candidat Alphonse Penven"

Dans la 4ème circonscription, Alphonse Penven, maire de Huelgoat et Conseiller Général depuis 1945 (il fut élu à 32 ans à une écrasante majorité: il était prisonnier de guerre pendant la seconde guerre mondiale, s'est évadé en 1941 et est entré dans la résistance), avec comme suppléant Michel Derrien, instituteur à Morlaix, obtiendra aux législatives de 1967 19,4% au 1er tour (contre 15,8% en 1962) et se désiste en faveur du PSU Roger Prat (26,7% au 1er tour) qui est élu avec 50,1%.

Le PCF Morlaix organise sa deuxième fête du 1er Mai à la Madeleine (ou sous les Halles s'il pleut...): "Notre Finistère" (supplément à l'Humanité Dimanche) -18 septembre 1966
Le PCF Morlaix organise sa deuxième fête du 1er Mai à la Madeleine (ou sous les Halles s'il pleut...): "Notre Finistère" (supplément à l'Humanité Dimanche) -18 septembre 1966
Dans le même numéro de L'Humanité Dimanche, supplément 4 pages "Notre Finistère": Le Finistère était bien représenté à la fête de l'Huma... avec 6 stands: le stand de la Fédé tenu par les sections de Concarneau et de St Pol de Léon, la section de Brest-Centre, de Brest-Arsenal, de Kerhuon, de l'Union des Jeunesses Communistes, de l'Union des Femmes Françaises

Dans le même numéro de L'Humanité Dimanche, supplément 4 pages "Notre Finistère": Le Finistère était bien représenté à la fête de l'Huma... avec 6 stands: le stand de la Fédé tenu par les sections de Concarneau et de St Pol de Léon, la section de Brest-Centre, de Brest-Arsenal, de Kerhuon, de l'Union des Jeunesses Communistes, de l'Union des Femmes Françaises

Et pour se régaler, heureusement qu'il y a "les Supers centres Leclerc"

Et pour se régaler, heureusement qu'il y a "les Supers centres Leclerc"

Notre Finistère (supplément à l'Huma Dimanche) 4 septembre 1966: il y a 50 ans!

Notre Finistère (supplément à l'Huma Dimanche) 4 septembre 1966: il y a 50 ans!

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 08:01
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)

Le contexte: un parti communiste première force de gauche en Finistère, dans une phase de conquête, avec son implantation électorale la plus forte dans la région de Concarneau.

Quand surviennent les événements de mai 1968, le PCF dans le Finistère représente une force non négligeable: il est passé de 52 275 voix en 1962 (15,10%) à 72 596 voix en 1967 (18,57%). C'est un mouvement national d'expansion: en 1962, le PCF obtenait 41 députés contre 73 en 1967, gagnant au passage un million de voix. Sa politique d'accord de désistement avec le F.G.D.S (créé par François Mitterrand en 1965) et d'autres forces de gauche, inscrite dans un projet de programme commun pour la gauche de rénovation démocratique et sociale et parallèle de l'unité syndicale de plus en plus forte et efficace entre la CGT et la CFDT, lui profite.

En août 1967, le PCF, la SFIO et le PSU dans le Finistère rédigent ainsi une déclaration publique commune pour Sauver la Sécurité Sociale contre les ordonnances libérales du pouvoir gaulliste. Malheureusement, ces combats n'ont pas pris une rude, sauf que les socialistes sont dans l'autre camp, celui du patronat et de la bourgeoisie.

1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)

Les fêtes du Parti Communiste sont légion, témoignant de l'implantation locale du PCF. Ainsi, rien que le 13 et le 20 août, 8 fêtes communistes finistériennes, après la grande fête de "la Bretagne", la fête de la Fédération du Finistère, à Concarneau, le premier dimanche d'août:

- Fête de la section de Carhaix

- Fête communiste à Scrignac avec allocution d'Alphonse Penven

- Fête à Lesconil avec l'allocution de Marcel Paul, l'ancien ministre de la Libération

- Fête au Guilvinec avec là aussi l'allocution de Marcel Paul

Le 20 août:

- Fête communiste à Crozon, avec l'intervention de l'ancien député Gaby Paul

- Fête à Botsorhel

- Fête du Fao à Huelgoat

- Fête des sections de Scaër - Rosporden

Le Parti Communiste gère de nombreuses communes dans le Finistère, entre autres:

Leuhan (Louis Hémeury, maire, conseiller général)

Huelgoat (Alphonse Penven, maire, conseiller général)

Le Guilvinec (avec le maire, ancien résistant déporté à Buchenwald, Jean Le Brun, retraité de la marine)

dans la région de Concarneau:

Trégunc (Auguste Picart, maire)

Kernével (René Nicolas, maire)

Le Trévoux (Emmanuel Tanguy, maire)

Saint-Yvi (Louis Huitric, maire, conseiller général)

à Scaër, sans avoir le maire, il co-gère avec la gauche socialiste et fait passer des motions, par exemple pour la Paix au Vietnam et la défense de la sécurité sociale

à Châteaulin, le PCF est aussi dans la majorité avec les socialistes et fait voter une motion contre la réforme de la Sécurité Sociale

à Quimper, le PCF est aussi dans une majorité d'union de la gauche

à Douarnenez, à l'élection municipale complémentaire du 12 février 1967, le communiste Pierre Moalic manque de 10 voix la majorité absolue, la liste PCF obtenant 49,9% des voix avec le soutien de l'ensemble de la gauche. Cette élection du 12 février est présentée dans "Notre Finistère", le supplément de l'Humanité Dimanche, comme "un sévère avertissement au gouvernement gaulliste et à ses complices à Douarnenez qui, à leur habitude, ont essayé au maximum de dépolitiser la bataille électorale pour cacher les responsabilités gouvernementales".

"Notre Finistère", supplément à l'Humanité Dimanche, 13 août 1967 : les fêtes du Parti Communiste en août 1967 dans le Finistère

"Notre Finistère", supplément à l'Humanité Dimanche, 13 août 1967 : les fêtes du Parti Communiste en août 1967 dans le Finistère

compte rendu de la fête du PCF de Lesconil (août 1967) - Notre Finistère, L'Humanité Dimanche 10 septembre 1967

compte rendu de la fête du PCF de Lesconil (août 1967) - Notre Finistère, L'Humanité Dimanche 10 septembre 1967

Comme l'Humanité à la même époque, le supplément communiste "Notre Finistère" à l'Humanité Dimanche n'hésite pas à faire la part belle aux modes, à la jeunesse, à la variété, affirmant ainsi sa vocation populaire et récréative.

En témoigne ce beau portait vintage de RIKA ZARAI dans le supplément "Notre Finistère" de L'Humanité Dimanche.

1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
Portraits d'Alphonse Penven, Gabriel Paul et Yves Cam, candidats aux législatives pour le PCF en mars 1967 dans le Finistère -supplément "Notre Finistère" de l'Humanité Dimanche, 26 février 1967: le mot d'ordre en titre: "Pour renforcer l'union de la Gauche et assurer l'expansion économique et la prospérité de la Bretagne, Votez communiste dès le 1er tour"

Portraits d'Alphonse Penven, Gabriel Paul et Yves Cam, candidats aux législatives pour le PCF en mars 1967 dans le Finistère -supplément "Notre Finistère" de l'Humanité Dimanche, 26 février 1967: le mot d'ordre en titre: "Pour renforcer l'union de la Gauche et assurer l'expansion économique et la prospérité de la Bretagne, Votez communiste dès le 1er tour"

Résultats du 1er tour des Législatives de mars 1967 pour les Communistes (Supplément à l'Huma Dimanche, Notre Finistère - 12 mars 1967)

Résultats du 1er tour des Législatives de mars 1967 pour les Communistes (Supplément à l'Huma Dimanche, Notre Finistère - 12 mars 1967)

Législatives mars 1967: résultats d'Alphonse Penven et appel du PCF à voter pour le candidat PSU Roger Prat ("Notre Finistère", 12 mars 1967)

Législatives mars 1967: résultats d'Alphonse Penven et appel du PCF à voter pour le candidat PSU Roger Prat ("Notre Finistère", 12 mars 1967)

Dans le cadre de la campagne des législatives de 1967, Michel Derrien, dans "Notre Finistère", le supplément à l'Humanité Dimanche du 5 février 1967, fait le point sur les enjeux locaux et sur les manquements de la majorité de droite du député maire le Duc.

1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
Et la page "Notre Finistère" du 5 février 1967 fait la promotion des réalisations d'Alphonse Penven à Huelgoat dans le cadre de la campagne législatives, dont ce très excitant "célibatorium destiné aux célibataires du personnel EGF travaillant à la centrale nucléaire de Brennilis"

Et la page "Notre Finistère" du 5 février 1967 fait la promotion des réalisations d'Alphonse Penven à Huelgoat dans le cadre de la campagne législatives, dont ce très excitant "célibatorium destiné aux célibataires du personnel EGF travaillant à la centrale nucléaire de Brennilis"

Aux élections législatives de mars 1967:

- dans la 1ère ciconscription du Finistère (Quimper), l'ancien résistant Jean-François Hamon obtient 21,6% des voix au premier tour, 43,5% des voix au second tour, face au candidat de droite UNR Michelet.

- dans la 2e circonscription du Finistère (Brest 1), l'ancien député de la Libération Gabriel Paul obtient 18,3% des voix au 1er tour.

- dans la 3e circonscription (Landerneau), Yves Cam obtient 10,9% des voix.

- dans la 4ème circonscription, Alphonse Penven, maire de Huelgoat et Conseiller Général depuis 1945 (il fut élu à 32 ans à une écrasante majorité: il était prisonnier de guerre pendant la seconde guerre mondiale, s'est évadé en 1941 et est entré dans la résistance), avec comme suppléant Michel Derrien, instituteur à Morlaix, obtient 19,4% au 1er tour (contre 15,8% en 1962) et se désiste en faveur du PSU Roger Prat (26,7% au 1er tour) qui est élu avec 50,1%.

- dans la 5e circonscription (Landivisiau), André Clerc, ouvrier en bâtiment de Plougastel Daoulas, obtient 9,8% pour le PCF.

- dans la 6ème circonscription, le maire PCF de Leuhan, Louis Hemeury, se qualifie avec 18,5% pour le second tour et obtient près de 39% face au candidat de droite UNR.

- dans la 7e circonscription de Douarnenez, Kerrec pour le PCF obtient 19,5% au 1er tour et 35,9% au second tour face au candidat UNR.

- dans la 8e circonscription (Concarneau-Quimperlé), Paul Le Gall obtient 27,9% au premier tour et 44,7% au second tour face au candidat UNR Guyon.

Dossier de la revue Ar Falz (supplément à Skol Vreiz n°37 avril-septembre 1974) établi par J. Guiffan: "Les élections législatives en Bretagne depuis 1945" - Les résultats du Parti Communiste, témoignant de son implantation très forte dans le sud Finistère et le centre Finistère

Dossier de la revue Ar Falz (supplément à Skol Vreiz n°37 avril-septembre 1974) établi par J. Guiffan: "Les élections législatives en Bretagne depuis 1945" - Les résultats du Parti Communiste, témoignant de son implantation très forte dans le sud Finistère et le centre Finistère

Le PCF bénéficie encore des retombées de sa critique de la poursuite de la guerre en Algérie, et dans le moment présent, mais surtout de sa lutte très forte, visible et populaire contre la guerre coloniale américaine et pour le mouvement d'émancipation au Vietnam, mais aussi de sa campagne contre l'agression israélienne au Moyen-Orient (1967).

Ainsi, le 2 novembre 1967, Louis Le Roux et le Parti Communiste organisent, pour mobiliser contre la guerre du Vietnam, la venue pour une conférence-débat de Henri Martin, le réfractaire qui avait refusé la guerre d'Indochine et été condamné à 5 ans de prison pour cela.

1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)

Le PCF est avec la CGT très actif dans les luttes sociales et salariales de plus en plus nombreuses entre 1966 et 1968 où il cherche à favoriser "l'unité d'action de la classe ouvrière".

Il est très implanté dans les ports de pêche où il lutte contre la concentration, les logiques de profits des armateurs, des patrons de conserverie, au côté des pêcheurs et des ouvriers et a des relais importants dans la paysannerie du sud-Finistère et du centre-Finistère, soutient ses revendications, lui parle grâce au Journal La Terre, à des tracts dédiés, et à des fêtes populaires locales. Beaucoup de candidats communistes sont d'ailleurs ici de familles paysannes et certains paysans eux-mêmes même si de plus en plus, les "intellectuels", instituteurs et professeurs, ont tendance à tenir le haut du pavé.

Dans le Finistère, le PCF s'est impliqué contre les conséquences des logiques de mise en concurrence favorisées par le Marché Commun dans l'agriculture et la pêche qui favorise la disparition des exploitations agricoles familiales et la concentration des armements dans la pêche et des conserveries.

Il est très bien intégré dans le monde enseignant et les associations laïques. Le 29 octobre 1967, 10 000 finistériens manifestent à Brest contre les conditions de la rentrée scolaire à l'appel des Fédérations de Parents d'élèves et du Comité d'Action Laïque. Le Parti Communiste est très engagé dans ces actions.

De 1961 à 1966, les effectifs des adhérents du PCF ont augmenté de plus de 30%. Rien qu'en 1967, 466 adhésions ont été recensées et 16 cellules nouvelles. Les dirigeants du PCF finistériens se montrent exigeants puisqu'ils regrettent en mai 1968 que 20% des adhérents de 1967 n'aient pas repris leur carte en 1968.

Au premier tour des élections cantonales de septembre-octobre 1967, le Parti Communiste se targue d'un grand succès dans le Finistère, avec une progression de 7156 voix et de 5,77% des suffrages.

Avec 14,87% des voix au 1er tour des ces cantonales, il est devant les autres partis de gauche dans une situation tout de même de faiblesse électorale de la gauche finistérienne à cette époque: FGDS (Socialistes, Radicaux Socialistes, Convention) - 10% des suffrages exprimés- et PSU (4,4% des suffrages exprimés mais ils n'avaient probablement pas des candidats partout).

Dans le cantons de Brest III, le PCF et Louis Le Roux, son premier fédéral, peuvent se maintenir au second tour et représenter toute la gauche grâce au désistement et au soutien du candidats PSU: il totalise au 2e tour 3385 voix contre 5913 au candidat de la droite.

A Rosporden, le candidat FGDS Huitric gagne les cantonales grâce à l'appui du PCF.

Sur ces mêmes élections cantonales, Edouard Quemper est élu Conseiller Général communiste à St Brieuc Nord.

"Pompidou, des sous!", "U.N.R: la misère": puissante grève du 1er février 1967 dans le Finistère avec 25 000 manifestants dans la rue (supplément "Notre Finistère" à L'Huma Dimanche, 12 février 1967)

"Pompidou, des sous!", "U.N.R: la misère": puissante grève du 1er février 1967 dans le Finistère avec 25 000 manifestants dans la rue (supplément "Notre Finistère" à L'Huma Dimanche, 12 février 1967)

Grève et manifestation à Quimper des Marins soutenus par le PCF ("Notre Finistère", 5 février 1967)

Grève et manifestation à Quimper des Marins soutenus par le PCF ("Notre Finistère", 5 février 1967)

Notre Finistère, 22 janvier 1967: Crise de la pêche dans le sud-Finistère: le Parti Communiste propose...

Notre Finistère, 22 janvier 1967: Crise de la pêche dans le sud-Finistère: le Parti Communiste propose...

Supplément de l'Humanité Dimanche, "Notre Finistère" (17 septembre 1967): Les candidats PCF aux Cantonales dans le Finistère: - Pour condamner la politique antisociale du Pouvoir - Pour l'expansion économique, le progrès social, la Démocratie et la Paix - Pour hâter l'heure de la signature d'un programme commun des forces de gauche. Parmi eux, Dédée Moat, l'infatigable militante communiste de Roscoff.

Supplément de l'Humanité Dimanche, "Notre Finistère" (17 septembre 1967): Les candidats PCF aux Cantonales dans le Finistère: - Pour condamner la politique antisociale du Pouvoir - Pour l'expansion économique, le progrès social, la Démocratie et la Paix - Pour hâter l'heure de la signature d'un programme commun des forces de gauche. Parmi eux, Dédée Moat, l'infatigable militante communiste de Roscoff.

1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
Louis Le Roux - Gaby Paul

Louis Le Roux - Gaby Paul

Le Travailleur du Quai, Journal de la section PCF de Concarneau, avril 1968 (archives Pierre Le Rose)

Le Travailleur du Quai, Journal de la section PCF de Concarneau, avril 1968 (archives Pierre Le Rose)

1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)

A Concarneau les 13 mars et 10 avril 1968 des manifestations ont eu lieu pour défendre l'emploi et protester contre la concentration du capital des conserveries au profit du trust Saupiquet, parallèle du concentration des armements. Pierre Le Rose, alors secrétaire de la section de Concarneau (après avoir été secrétaire fédéral entre 1953 et 1956) note ainsi dans ses commentaires, témoignant d'une analyse socio-économique fine et poussée, en vue du Congrès fédéral de mai 1968:

"Les licenciements, le chômage dans la classe ouvrière concarnoise ont entraîné de multiples actions pour la défense de l'emploi, surtout depuis la concentration au profit du trust Saupiquet des principales usines concarnoises. Les manifestations puissantes de tous les concarnois les 13 mars et 10 avril confirment la justesse de la politique de notre parti... Actuellement, la situation est grave. Impulsée par l'Union Locale et les Syndicats CGT, la défense de l'emploi entraîne les partis politiques existants à Concarneau, les jeunes, les femmes, le clergé, toutes les couches sociales défavorisées, victimes de la concentration: petits industriels, commerçants, artisans, paysans. Les uns et les autres supportent les conséquences de la concentration capitaliste encouragée par l'Etat dans l'industrie, sur le port, dans le commerce (fusion d'usines de conserves entraînant la baisse du pouvoir d'achat, création de sociétés financières d'armements sous le contrôle des banques, apparition de magasins à succursales multiples dont le dernier est le Centre Leclerc, abandon des exploitations familiales agricoles). Dans de nombreuses entreprises (Marsceschi, BMA, etc...) les travailleurs sont inquiets. Après la concentration des conserveries, apparaît celle des armements. L'alliance des deux groupes politiques du Conseil Municipal (Centre Démocrate et SFIO) entraînant des démarches pour "sauver" l'usine Cassegrain a favorisé la constitution d'une entreprise nouvelle groupant Intermer, Cinal, Provost-Barbe, Cassegrain sous l'égide de Saupiquet et permettant à ce dernier par l'intermédiaire de l'Armement Delhermes de devenir prochainement le maître du Port et de la Pêche. Dans la perspective, les nouveaux armements envisagent la construction de grands bateaux modernes pouvant concurrencer le marché commun. Jusqu'ici, les armateurs concarnois, soucieux de leur profit maximum dans le plus court délai, ont entrepris une modernisation en retard sur les Pêcheries européennes. L'armement concarnois, placé dans les organismes économiques (Chambre de Commerce, Cecor...) n'hésitera pas, pour préserver ses intérêts, à accepter la main-mise du Capital Etranger sur notre port. On risque de voir ainsi disparaître la flottille actuelle de bateaux petits et moyens qui rendrait nos installations portuaires actuelles inutilisables".

1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)

Surviennent les événements de mai 1968.

En Bretagne, le Parti Communiste y joue tout son rôle.

Le 31 mai 1968, Pierre Le Rose prononce un discours réquisitoire inspiré place de la Mairie à Concarneau lors d'un rassemblement unitaire de la gauche, syndical, politique et associatif:

"Il y a 10 ans, s'appuyant sur un complot, de Gaulle pris le pouvoir. Aujourd'hui, sa politique néfaste au seul service des grands monopoles dont il est le zélé serviteur, a fait l'unanimité contre elle de toute la France qui travaille et qui pense. Alors, pour perpétuer son pouvoir, le Général use de chantage. Mais nous ne sommes plus en 1958.

Le mécontentement profond qui, unissant les forces vitales de la Nation, paralyse le pays, a des causes justifiées. La grève du 8 mai dernier en Bretagne, venant après de nombreuses actions et rassemblements, s'ajoutant à ceux de nombreuses régions de France, a montré l'union contre la politique gaulliste de toutes les couches de la population: ouvriers, marins et paysans, commerçants, artisans et fonctionnaires, intellectuels, enseignants et étudiants, croyants et non croyants. De partout s'élèvent des protestations car tous sont unis contre tel ou tel aspect de la politique du gouvernement gaulliste œuvrant au profit exclusif des grands monopoles.

Les travailleurs ne font pas grève de gaieté de cœur. Ils y sont contraints et forcés. Malgré l'augmentation de la production et de la productivité les travailleurs ont vu baisser leur pouvoir d'achat. Par la concentration des entreprises, comme dans la conserve, de nombreuses ouvrières et ouvriers ont perdu leur emploi. Les ordonnances de l'été dernier portaient atteinte lourdement à la Sécurité Sociale, à la défense des travailleurs contre la maladie et l'accident. La création et l'extension des grands magasins à succursales multiples entraînent la faillite des petits commerçants tandis que la concurrence industrielle ruine l'artisanat. Alors qu'augmentent les prix industriels, la baisse à la production aussi bien dans la pêche que dans l'agriculture contribue à la concentration, à l'exode rural, au sous-emploi. La mise en place du marché commun accélère ce processus. La réforme Fouchet-Peyreffite toujours au profit des monopoles, sans tenir compte des besoins grandissants de la jeunesse ajoute encore aux raisons de la crise de l'Université inadaptée aux progrès du monde moderne.

L'étincelle des étudiants a fait se lever, en même temps, de partout, et dans toutes les couches de la population, le mécontentement accumulé depuis dix ans et exprimé dans des luttes, des grèves, des rassemblements, de simples résolutions parfois ou pétitions. Cette lutte inlassable a uni les travailleurs manuels et intellectuels contre le pouvoir gaulliste en déclin.

Aujourd'hui, les choses sont claires. La volonté d'en bas se heurte à un gouvernement et un gros patronat qui, contraint de négocier ou de céder sur certains points, ne veut pas satisfaire pleinement aux exigences légitimes de la classe ouvrière et du peuple. C'est pourquoi de plus en plus fort notre peuple demande à vivre décemment. Pour y aboutir, les réunions se multiplient entre les organisations syndicales et démocratiques, entre la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste et le PCF, une position commune que, pour notre part, nous n'avons cessé de demander depuis depuis des mois et des années.

Le PCF, considérant qu'un tel programme commun doit comprendre des clauses permettant de franchir une étape vers le socialisme. S'en prenant aux monopoles, il doit prévoir la nationalisation des grandes banques d'affaires, mais aussi celle des grandes entreprises industrielles. Les entreprises nationales doivent être gérées démocratiquement et, à tous les échelons de la vie économique doit s'établir un pouvoir de contrôle des travailleurs, à commencer par l'extension des attributions des Comités d'entreprise et la libre activité de la section syndicale dans l'entreprise. La réforme démocratique et profonde de l'Université doit être réalisée avec le concours des enseignants et des étudiants comme le demandent avec une grande maturité que nous tenons à saluer les lycéens de Concarneau, unis dans un même mouvement aux côtés de leurs professeurs et de tous les personnels de l'Education Nationale.

Les réformes de structures proposées n'ont pas pour but d'enterrer sous des phrases de gauche les revendications essentielles des travailleurs telles que l'augmentation des salaires, la réduction progressive du temps de travail, l'abrogation des ordonnances anti-sociales, le plein-emploi pour tous. Pour changer ainsi complètement de politique, il faut une autre politique conforme à la volonté du peuple.

Ne tirant aucune leçon des 10 années de faillite, de Gaulle veut se maintenir en place. Devant l'échec de l'opération-Référendum, il dissout l'Assemblée Nationale pourtant favorable à ses conceptions mais montrant qu'il craint par-dessus tout l'expression démocratique de l'opposition. Soutenant à fond Pompidou, il entreprend le replâtrage de son gouvernement. Arrogant et méprisant, il somme les travailleurs en lutte de reprendre le travail, les enseignants d'enseigner, les étudiants d'étudier, ne tenant nul compte que sa politique seule est cause de la paralysie actuelle, parce qu'il veut la perpétuer. Faisant fi de la volonté du peuple, il le menace et songe à supprimer les élections. Il brandit le chantage à la guerre civile. Comme si la guerre civile n'était pas justement parmi ceux qu'il avait "compris": les Salan, les Soustelle, et autres O.A.S. Et lorsqu'à deux reprises ceux qui l'avaient portés au pouvoir tentèrent l'insurrection, de Gaulle dut se tourner vers ce peuple qu'il méprise et implorer "aidez-moi". Ce fut le cas en 1960 lors des barricades d'Alger et en 1962 lors de la subversion O.A.S: ce sont les syndicats, les organisations démocratiques, les partis de gauche qu'il méprise qui étouffèrent les nouveaux complots et empêchèrent la guerre civile. Mais au lieu de porter les coups principaux à ses alliés d'hier, voyant déjà en eux ses alliés de demain, c'est contre la C.O que s'abattit la répression comme à Charonne lorsque dix travailleurs dont neuf communistes trouvèrent la mort sous les coups des sbires de Fouchet. Une fois de plus, de Gaulle attaque grossièrement notre Parti. Rien de plus naturel car nous tenons fermement le drapeau de la démocratie véritable et de la paix civile.

C'est l'hommage du vice à la vertu. Les communistes qui ont lutté et fait la preuve avant guerre au sein du Front Populaire, pendant la guerre dans l'union de la Résistance, à la Libération au sein du gouvernement et dans la bataille pour relever la France, ensuite dans la lutte pour l'indépendance nationale contre l'impérialisme américain, depuis dix ans, levés dès le premier jour contre le pouvoir gaulliste, ne peuvent qu'être choisis pour cible par des adversaires du peuple. Mais en 1968, en France, l'anticommunisme peut-il encore diviser? Il vous appartient d'y répondre en vous unissant, comme vous l'avez fait jusqu'ici dans le calme et la fermeté, sans vous laisser détourner par aucune provocation ou diversion, ayant en vue vos clairs objectifs, conformes d'ailleurs aux intérêts du pays.

Loin d'être un signe de force, l'allocution menaçante de de Gaulle est une preuve de faiblesse. Le mythe de l'Etat fort, de l'ordre et de la stabilité est tombé. Le masque est tombé. Derrière la "Chie-en-lit" il ne reste qu'un vieillard impuissant qui se veut tyrannique.

Puisqu'un défi est lancé, répondons au défi. Nous ne craignons pas les élections, bien au contraire. Le scrutin prochain apportera une majorité de gauche, si toutes les forces démocratiques s'unissent autour d'un programme commun de gouvernement.

Que des chantiers, des usines, des entreprises, des quartiers, les démocrates s'unissent.

C'est en appelant à l'union des forces de gauche que notre Parti mènera la campagne électorale en exposant ses solutions, en les faisant ratifier par le corps électoral. Celui qui menace de supprimer les élections, tout en accusant d'autres d'ailleurs de totalitarisme et de tyrannie, a certainement peur du verdict du peuple.

Pas nous, pas les démocrates, pas ceux qui luttent pour une vie meilleure, pas les syndicats, partis et organisations qui vous ont appelés ici aujourd'hui et qui font serment de rester unis comme les doigts de la main.

Unité pour les libertés!

Unité pour la République!

Unité, permettez-nous de reprendre les mots d'il y a 32 ans, Unité pour une France libre, forte et heureuse!

Dans son allocution à l'ORTF le 12 juin, que "l'Humanité" reproduit dans un supplément le 13 juin, le premier secrétaire du PCF Waldeck Rochet est un peu moins enthousiaste face aux manifestations de l'unité et de la révolte populaire de 1968 appelant à une "fin rapide du conflit" (par la satisfaction des revendications ouvrières et la fin de la répression policière), présentant le PCF comme "le parti du progrès, de l'ordre, de la sagesse politique", de la responsabilité, contrairement aux "groupes ULTRA-GAUCHISTES" qui "nous attaquent et nous insultent, parce que nous avons DESAVOUE, dès le début, leur recours à la provocation et aux violences aveugles susceptibles de nuire au mouvement populaire et de faire le jeu du pouvoir gaulliste". Ici clairement visé "le drapeau noir de l'anarchie".

Paul Le Gall, membre du Comité, dans son article du 16 juin dans le supplément Finistère de "l'Humanité" (la page Bretagne Nouvelle), se félicite des succès obtenus par le mouvement populaire - "gouvernement et patronat ont du céder" et appellent à insister dans les urnes pour obtenir de nouvelles conquêtes:

"Les questions concernant l'agriculture et la pêche, celles aussi de l'Université, restent en suspend mais chacun se rend compte que les coups redoutables portés au pouvoir vont favoriser leur règlement. Pour qu'il en soit ainsi, il importe en premier lieu de resserrer les liens entre toutes les catégories sociales victimes du pouvoir gaulliste. Aussi, prennent-ils une lourde responsabilité ceux qui, sous couvert de phrases "révolutionnaires" tentent de diviser les masses populaires.

Quel régime tout de même! Il a fallu pas moins de 10 millions de travailleurs en colère pour le faire reculer. Satisfaction n'était pas encore accordée que De Gaulle encourageait le patronat à résister et amenait ses ministres à ne céder que le minimum. Demain, ils essaieront de reprendre ce qui leur a été arraché si... si à l'Assemblée Nationale ils arrivent à avoir une majorité de gaullistes et centristes. Rappelons que ces derniers avaient voté contre la motion de censure sur les ordonnances en octobre 1967. Il s'agit donc d'amener une nouvelle majorité au Parlement. Au sein de cette majorité de gauche, la présence de nombreux communistes sera garante de la formation d'un gouvernement populaire et d'union démocratique".

Paul Le Gall est lui-même candidat pour le PCF, après la dissolution de l'Assemblée Nationale, aux élections législatives du 23 et 30 juin 1968, avec dans le Finistère Louis Le Roux (secrétaire fédéral du PCF, Brest I), Denise Roudot (prof de maths à Brest) dans la circonscription de Morlaix II, Yves Cam, prof d'Education Physique dans la circonscription de Brest II, Jean-François Hamon à Quimper, Alphonse Penven, le maire communiste de Huelgoat, dans la circonscription de Morlaix I, Marcel Youinou dans la circonscription de Douarnenez, Louis Hémery, le maire de Chateaulin dans la 7e circonscription.

Au niveau national, à l'issue de ces législatives marquées par une large victoire du "vrai parti de l'ordre", la droite gaulliste, le PCF fera en moyenne 20% au 1er tour mais n'obtiendra que 34 sièges.

1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)
1967-1968: le Parti Communiste dans les luttes du Finistère (archives Pierre Le Rose)

Voici les résultats des élections de Juin 68 dans le Finistère pour le PCF.

Une lourde défaite pour la gauche au second tour. Des résultats en baisse pour le PCF par rapport à 67.

Une partie de la France a eu peur et a voté pour les candidats de l'ordre et du pouvoir gaulliste.

1ère circonscription du Finistère (Quimper):

Jean-François Hamon (PCF): 22,62% au premier tour (11 841 voix) et 37% au second tour (avec le report des voix du candidat PSU qui avait fait 13% au 1er tour). Le candidat UDR est élu au second tour avec 62%

2ème circonscription - Brest I

Louis le Roux (PCF): 15,10% au premier tour et 14,64% au second tour suite à son maintien (le candidat SFIO Francis Le Blé avait fait 14% au 1er tour). Le candidat UDR (de Bennetot, 43%) est élu au second tour face à un autre candidat de centre-droit (Lombard, 42%)

3ème circonscription - Brest II

Yves Cam (PCF): 11,68% Il était seul face au candidat de droite UDR, élu au 1er tour.

4ème circonscription - Morlaix

Alphonse Penven (PCF): 16,65% au 1er tour (7768 voix). Se retire pour Prat (PSU) qui avait fait 28,6% au 1er tour mais c'est Lelong (UDR) qui est élu.

5ème circonscription- Morlaix II

La candidate PCF, seule candidate de gauche, Denise Roudot, fait 8,8%. Le candidat UDR est élu au 1er tour.

6ème circonsciption - Châteaulin

Le candidat PCF Louis Hémeury, seul candidat de gauche, accède au 2me tour avec 25,69% des voix au 1er tour mais son score baisse au second tour (23,1%) et Mme Ploux pour l'UDR est élue.

7ème circonscription - Douarnenez

Marcel Youinou pour le PCF fait 16,52% des voix au 1er tour et se désiste pour le candidat SFIO Donnart au second tour (17% au 1er tour, 39% au second). Le candidat UDR est élu.

8ème circonscription - Quimperlé

Paul Le Gall pour le PCF fait 24% des voix au 1er tour, 38% au second tour, avec l'appui du candidat FGDS/SFIO Boëdec (15% au 1er tour), contre 61% au candidat de droite, Républicain indépendant, Petit.

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 13:12
1973: Solidarité avec le peuple chilien: carte postale éditée contre la dictature de Pinochet
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