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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 21:27
Maroc: Au bord des puits de charbon de Jerada, le deuil et la colère (Rosa Moussaoui, L'Humanité - 27 décembre 2017)
Maroc. Au bord des puits de charbon de Jerada, le deuil et la colère
ROSA MOUSSAOUI
MERCREDI, 27 DÉCEMBRE, 2017
L'HUMANITÉ

 

La mort de deux jeunes gens pris au piège dans une mine d’anthracite clandestine a provoqué la colère et l’émoi à Jerada, dans la région de l’Oriental. L’ancienne cité minière est devenue l’une des villes les plus pauvres du pays.

Des vies fauchées au petit matin, dans l’obscurité d’une mine clandestine. Vendredi, deux frères de 20 et 30 ans ont trouvé la mort dans un puits clandestin d’extraction de charbon à Jerada, dans le nord-est du Maroc. « Ils tentaient d’aérer leur puits en creusant une allée vers un puits voisin, ils ont été surpris par un torrent d’eau assez puissant », se désole Said Zaroual, militant de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) dans les colonnes du magazine Tel Quel. Un troisième homme a eu la vie sauve en s’accrochant au treuil permettant de remonter le charbon, avant d’être secouru par des mineurs restés en surface.

« Nous vivons dans une région sinistrée »

La fin tragique de ces mineurs clandestins a provoqué, au Maroc, une nouvelle explosion de colère et d’émotion. Comme celle qui avait succédé à la mort de Mouhcine Fikri, le jeune poissonnier d’Al Hoceïma broyé dans une benne à ordures, le 28 octobre 2016. Comme celle provoquée par la mort de quinze femmes piétinées lors d’une distribution d’aide alimentaire à Sidi Boulaalam, près d’Essaouira, le 19 novembre dernier. Lundi, pour la troisième journée consécutive, des milliers de personnes se sont rassemblées, à Jerada, pour dénoncer « l’injustice », la « marginalisation » et « l’abandon » de l’ancienne cité minière et « les conditions de vie difficiles » de ses habitants. Lundi, une grève générale était observée, tandis que les manifestants reprenaient les slogans du Hirak, le mouvement citoyen qui secoue la région voisine du Rif depuis la mort de Mouhcine Fikri. Dans l’après-midi, les funérailles des deux mineurs se déroulaient dans un climat de tension, sous haute surveillance des forces de sécurité, les habitants refusant la présence de représentants des autorités locales à la cérémonie. « C’est compréhensible que les habitants soient en colère. Ce n’est pas la première fois que des mineurs meurent sans la moindre réaction des autorités. Nous vivons dans une région sinistrée où une partie des habitants n’a pas d’autre choix que de creuser des puits pour subvenir à ses besoins », résume Said Zaroual.

À Jerada, la mine de charbon faisait encore travailler 9 000 ouvriers lors de sa fermeture, en 2000. Sans autres ressources, de nombreux habitants survivent encore de l’extraction du charbon, descendant dans les « cendrillates », les puits clandestins, au péril de leur vie. « Au fur et à mesure qu’ils creusent les puits pouvant atteindre 70 mètres de profondeur, ils créent des structures en bois pour éviter l’éboulement. Donc un seul faux pas et c’est le drame », rapporte le photographe Mehdy Mariouch, qui a documenté le quotidien précaire des gueules noires de Jerada. L’anthracite arraché à ces mines de fortune dans des conditions dignes de Germinal est ensuite cédé à vil prix à des « barons du charbon » qui tirent de sa revente de confortables bénéfices.

La crainte d’un « Hirak du charbon » préoccupe le Makhzen

Selon un scénario désormais bien rodé, les autorités locales promettent l’arrivée prochaine d’une « délégation ministérielle » chargée de recenser les revendications des protestataires. Signe que la crainte d’un « Hirak du charbon » préoccupe le Makhzen, l’appareil monarchique, dans un contexte de fortes tensions sociales et politiques. Le 14 octobre dernier, le roi Mohammed VI lui-même reconnaissait, à propos de la profonde crise qui agite le Rif depuis plus d’un an, les limites d’un « modèle de développement national (…) inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens (…) et à réaliser la justice sociale ». D’après la Banque mondiale, seul un Marocain sur deux, dans la tranche d’âge 25-35 ans, dispose d’un emploi, par ailleurs souvent informel ou précaire. L’émigration, sévèrement contrôlée, n’offre plus d’exutoire. Une bombe à retardement, dans une société fracturée par les inégalités sociales et territoriales, le manque de services publics, la corruption.

Pour contenir les conflits, le Palais balance, jusqu’ici, entre promesses et répression féroce, faisant sauter, quand il le faut, quelques fusibles administratifs ou gouvernementaux. Des subterfuges politiques bien dérisoires au regard des profondes aspirations à la dignité, à la justice sociale, à la démocratie qui travaillent le Maroc et, plus largement, l’Afrique du Nord.

Journaliste à la rubrique Monde
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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 10:16
Khalida Jarrar

Khalida Jarrar

Ahed Tamimi

Ahed Tamimi

Salah Hamouri

Salah Hamouri

Khalida Jarrar députée Palestinienne du FPLP emprisonnée sans motif depuis 6 mois vient d'en reprendre pour 6 mois. 
Salah Hamouri avocat franco palestinien emprisonné sans motif depuis 130 jours 
Ahed Tamimi jeune Palestinienne emprisonnée à son tour et condamnée à 2 ans sans procès. Son crime: avoir giflé des soldats qui venaient de tirer à bout portant sur son cousin, toujours aujourd'hui entre la vie et la mort, une semaine après.  

La puissance coloniale violente qui occupe la Palestine ne tolère pas la résistance légitime du peuple occupé -un classique de l'histoire qu'on espérait révolu.
L'acharnement des autorités d'occupation israéliennes contre la famille Tamimi du village de Nabi Saleh en témoigne. 
Ahed, 16 ans, vient d'être condamnée à deux ans de prison, sa mère, sa tante, sa cousine sont détenues, alors que son cousin vient d'être grièvement blessé par la soldatesque israélienne.

Solidarité avec les filles et femmes de Palestine. Solidarité contre l'occupation coloniale!

Leur crime ?

Défendre à la seule force des mots le droit à un état pour le peuple Palestinien
Arrêtés par un état qui colonise à la force des armes et au mépris de toutes les décisions Internationales 
Pour eux , pour Barghouti et tous les autres, liberté 
Pour le peuple Palestinien : 1 état
Exigeons-le!

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 06:14

 

L'annonce du président américain Donald Trump, le 6 décembre dernier, de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale d'Israël a pour objectif de mettre un point final à tout espoir d'une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, fondée sur l'application des résolutions de l'ONU d'une solution à deux États et un processus de négociations sous égide multilatérale.

 

Ce 18 décembre les États-Unis ont opposé leur veto au Conseil de sécurité à une résolution condamnant leur reconnaissance unilatérale du 6 décembre mais c'est à la pression d'un très large mouvement de solidarité populaire internationale pour une solution politique pacifique respectueuse des droits humains et du droit international qu'ils seront contraints de reculer.


Pour cela, il faut signer et faire signer autour de soi la pétition électronique : www.2peuples2etats.fr adressée dans un premier temps à Emmanuel Macron pour que notre pays donne ce signal en reconnaissant sans plus attendre l’État de Palestine dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale

 

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 06:46
meeting de Catalogne en commun, photo de Marie-Pierre Vieu, députée européenne communiste

meeting de Catalogne en commun, photo de Marie-Pierre Vieu, députée européenne communiste

La coalition Catalogne en commun-Podemos, avec environ 8% des voix, recueille aux alentours de 8 sièges. 

Le député communiste catalan Joan Josep Nuet était interviewé par la correspondante de L'Humanité Cathy Dos Santos le jeudi 21 décembre. Il est poursuivi pour sédition et rebellion parce qu'il était membre du bureau du Parlement destitué. 

Son analyse avant les résultats des élections régionales en Catalogne est particulièrement intéressante. 

"Si l'un des deux blocs en lice remporte le scrutin, qui plus est avec une majorité absolue (68 sièges), la crise a de fortes chances de s'approfondir. (...) Il y a un bloc auto-dénominé "constitutionnaliste", également appelé bloc du 155 (en référence à l'article de la Constitution qui a placé sous tutelle la Catalogne). Il est composé de trois partis: Ciudadanos, le Parti Populaire, et le Parti Socialiste Catalan. Ils ne sont pas identiques. Ciudadanos et le Parti Populaire ont un programme de vengeance contre la Catalogne. Ils mènent campagne contre l'école catalane qu'ils accusent d'être le vivier de la dynamique indépendantiste. Nous espérons que le PSC gagne en autonomie par rapport à ces deux partis. Côté indépendantiste, il y a trois listes, celle du président de Catalogne, Carles Puigdemont, qui représente la droite catalane recyclée, la Gauche républicaine et la CUP, la candidature d'Unité Populaire (anticapitaliste). S'ils obtiennent une majorité absolue, nous subirons de nouveau les mêmes erreurs de ces deux dernières années, à savoir vouloir une déclaration d'indépendance sans majorité sociale". 

"Avec la coalition Catalogne en commun, nous voulons construire un espace intermédiaire où il y aurait des indépendantistes et des non-indépendantistes. Cet espace doit prioriser le social. On ne peut pas gouverner une partie du pays contre une autre. Tomber dans ce piège, c'est courir droit vers l'affrontement civil, c'est accroître la fracture pour des raisons identitaires. Or, il n'y a pas qu'une identité en Catalogne mais des identités nationales où certains se déclarent catalans et d'autres se sentent plus espagnols. Le pays n'a pas de futur sans cette cohabitation. Aucune identité ne peut se superposer à une autre. L'unique proposition viable est une proposition politique qui combine ces identités sans extrême dans un sens ou dans un autre: ni indépendantisme unilatéral, ni conservatisme centralisateur espagnol comme le sont le PP, une grande partie de Ciudadanos et une frange socialiste. Il faut empêcher que les forces s'agglomèrent."

"Nous avons été les seuls à parler d'éducation et de santé publiques, d'égalité des droits femmes-hommes.... En Catalogne, 200 000 familles ne bénéficient d'aucune prestation sociale. Nous voulons transformer la Catalogne pour contribuer à transformer l'Espagne. Cela passe d'abord par résoudre la conflictualité, sans abandonner le calendrier social. Or, le PP national vit de la confrontation. Elle lui sert à marquer des points dans les autres régions. Le débat sur l'indépendance est tombé à point nommé pour lui pour reléguer l'agenda social et enterrer tous les scandales de corruption dans lequel il est impliqué. Le PP met sous pression la gauche en lui infligeant un chantage: l'unité ou l'explosion de l'Espagne? Nous pensons que les termes du débat sont autres, à savoir quel modèle politique en Espagne?"

"le modèle espagnol est triplement en crise. La crise est sociale et économique. Elle est aussi politique et démocratique. La corruption est l'une de ses expressions. Le système des partis s'est transformé en une sorte d'oligopole de structures politiques corrompues où les Parlements obéissent aux intérêts économiques et non aux revendications des citoyens. Enfin, la troisième crise est territoriale, comme le met en évidence le conflit catalan".  

        

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 06:37
Catalogne: retour à la case départ
Catalogne, retour à la case départ
JEUDI, 21 DÉCEMBRE, 2017
HUMANITE
Les Catalans ont massivement voté ce jeudi 21 décembre. A l’issue de ce scrutin anticipé très attendu, le bloc indépendantiste confirmerait son assise, selon des premiers résultats encore très provisoires, et serait en passe de conserver sa majorité absolue au parlement. Ce résultat est un désaveu cinglant pour le pouvoir central du Parti populaire et sa stratégie du tout répressif contre le nationalisme catalan.
Tout ça pour ça, serait-on tenté d’écrire, à l’issue des élections catalanes du 21 décembre. Les trois formations qui composent le bloc indépendantiste seraient en passe de conserver leur majorité absolue au parlement fixée à 68 députés, selon des résultats encore très provisoire. Cuidadanos (C’S), la formation de droite conduite par la députée Ines Arrimadas, serait désormais le parti le plus important en Catalogne (36 parlementaires). Au sein des sécessionnistes, avec peut-être 32 élus, ERC, la Gauche républicaine emmenée par Oriol Junqueras, le vice-président déchu qui se trouve derrière les barreaux, s’inclinerait devant Junts per Catalunya (34 sièges), la coalition de Carles Puigdemont, le président destitué de la Generalitat qui a fait campagne depuis Bruxelles où il s’est exilé. Quant à leur partenaire de la Candidature d’unité populaire, (CUP – extrême gauche), elle cèderait du terrain au profit de ses grands frères avec seulement 4 députés contre 11. Mais comme en 2015, il se peut bien que ce soit ce parti anti-capitaliste qui offre la majorité absolue au camp indépendantiste. 
Dans le bloc des anti-sécessionnistes C’S confirme donc sa constante progression depuis sa création en 2006 pour justement contrer la dynamique nationaliste. Cette formation néolibérale et très conservatrice concernant les questions territoriales n’est toutefois pas parvenue à manger sur l’électorat socialiste, puisque le PSC qui progresserait de deux sièges (18 contre 16). En revanche, elle a siphonné les voix du Parti populaire (PP-droite) qui se fait laminer des urnes, passant de 11 à 4 députés. Quant à Catalogne en Commun-Podemos, elle décrocherait 8 élus contre 11, en 2015. La coalition de gauche espérait être la clé du scrutin en cas de négociations en vue de former un gouvernement qui ne soit ni sur base de la Déclaration unilatérale d’indépendance (DUI) ni en faveur de la mise sous tutelle par Madrid de la région à coup d’article 155 de la Constitution. . 
Si ces tendances se confirment, on pourra affirmer que ce scrutin est d’abord une gifle pour le gouvernement central du Parti populaire. Son président Mariano Rajoy a pourtant mis tous les moyens pour étouffer l’élan indépendantiste. Il a d’abord lancé la police qui a chargé violemment contre les votants du référendum, certes illégal, du 1er octobre, censé lancé le processus de séparation d’avec l’Espagne. Puis il a saisi la justice pour dissoudre les organes législatifs, exécutifs et ôter ainsi toutes compétences à la riche région catalane. Cette manœuvre populaire a été perçue comme une insulte par nombre de Catalans, au delà des seuls rangs indépendantistes. Ce scrutin marque bien l’échec de la judiciarisation du conflit catalan. 
Et désormais, que va-t-il se passer ? Mariano Rajoy respectera-t-il le verdict des urnes ou décidera-t-il de passer outre au nom du respect de l’unité de l’Espagne ? Les indépendantistes appliqueront-ils leur feuille de route d’implantation de la République indépendante comme ils l’ont affirmé durant la campagne au risque de tomber de nouveau sous le coup de la loi ? Ce statu quo est pourtant mortifère, dangereux. Face à la polarisation d’une société désormais fracturée, le débat institutionnel entre Madrid et Barcelone est la seule voie viable. Mais les uns et les autres accepteront-ils de s’asseoir à une table pour dialoguer ? C’est là tout l’enjeu des prochains jours. 
Journaliste à la rubrique Monde
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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 11:30
"Des gens meurent en silence" : des médecins humanitaires alertent sur la situation syrienne de la Ghouta, près de Damas

La Ghouta, enclave syrienne bouclée par l'armée du régime de Bachar Al-Assad, est assiégée et bombardée. Différentes ONG se mobilisent pour apporter de l'aide aux civils alors que les accès humanitaires sont coupés. 

Il y a un an, le monde entier parlait de la chute d'Alep, ville martyr en Syrie, reconquise par le régime de Bachar Al-Assad au prix de centaines de morts. L'histoire se répète aujourd'hui dans la région de la Ghouta, à l'est de Damas. 
Cette petite enclave, totalement bouclée par l'armée syrienne, est assiégée et bombardée. Elle ne dispose aujourd'hui d'aucun accès humanitaire. Les ONG se mobilisent pour tenter d'aider les civils, en particulier l'Union des organisations de secours et de soins médicaux (UOSSM), qui finance des hôpitaux et soutient des médecins en Syrie.

100 000 enfants pris au piège de la Ghouta

Le drame de la Ghouta hante Ziad Alissa. "Il y a presque 370 000 personnes assiégées dans une zone qui ne fait pas plus de 30 kilomètres carrés", alerte le médecin d'origine syrienne, qui préside l'UOSSM-France. Parmi elles, 100 000 enfants sont pris au piège. Des milliers d'entre eux souffrent de malnutrition et au moins 130 ont besoin d'une évacuation médicale d'urgence. 

Tous les accès humanitaires sont fermés. Les habitants manquent de tout, de nourriture, de médicaments... Il y a des blessés et des malades. C'est donc vraiment une catastrophe.

Ziad Alissa, médecin urgentiste et président de l'UOSSM à france info
 

La Ghouta est l'une des quatre zones de "désescalade" définies par la Turquie, la Russie et l'Iran qui mènent leurs négociations de paix en Syrie. Mais il n'y a pas eu de trêve dans cette région. "Tout le monde avait l'espoir qu'il n'y aurait plus de bombardements, qu'il y aurait des accès humanitaires mais malheureusement ce n'est pas le cas. Nos collègues sur place nous racontent toujours une situation catastrophique."

Les médecins contraints de prendre des pseudos

Régulièrement, Ziad Alissa appelle certains de ses collègues dans la Ghouta. Tous utilisent des pseudos pour protéger leur identité sur place. "Il reste quelques médecins qui veulent rester avec leurs familles. Ce sont vraiment des héros. Je pense qu'il est de notre devoir d'aller les aider", explique l'anesthésiste. Ainsi, un de ses confrères décrit une situation catastrophique depuis la Ghouta.

"Les civils ont peur, il n'y a rien à manger et ils redoutent l'hiver"

Abou Kinan, médecin dans la région de la Ghouta à France Info

"Ne nous oubliez pas", implore Abou Kinan.

Une autre consœur raconte la difficulté de la situation humanitaire à Ziad Alissa. Elle s'occupe de Rama, une petite fille de quatre ans, devenue l'un des visages de la tragédie de la Ghouta. Rama souffre d'un cancer de la gorge diagnostiqué il y a huit mois mais elle ne peut plus suivre de traitement parce qu'elle est coincée dans l'enclave. Conséquence : les médecins ne peuvent que traiter les symptômes d'une maladie qui s'aggrave chaque jour. 

"Il est temps de faire quelque chose, de réagir pour aller aider ces gens qui souffrent et qui meurent en silence", alerte Ziad Alissa. 

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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 06:43
En Autriche, l’extrême droite revient au pouvoir dans l’indifférence

18 décembre 2017 Par Amélie Poinssot

Le tout nouveau gouvernement autrichien a prêté serment ce lundi 18 décembre. Le jeune chancelier conservateur Sebastian Kurz a donné six ministères sur quatorze à l’extrême droite du FPÖ. Une alliance qui soulève bien peu d’indignation en Europe.

L’extrême droite est de retour au pouvoir en Autriche. Dix-sept ans après la première coalition entre conservateurs et extrême droite à la tête du pays, une nouvelle alliance s’est formée à Vienne entre l’ÖVP (Parti populaire d’Autriche, conservateurs), vainqueur des élections législatives d’octobre dernier avec 32 % des voix, et le FPÖ (Parti libéral d’Autriche, extrême droite) : les deux partis ont présenté ce week-end l’accord de gouvernement et le nouvel exécutif a prêté serment ce lundi 18 décembre.

Mais, à la différence de ce qui s’était passé en 2000, les réactions sont faibles au niveau européen. À l’époque, Vienne avait été visée par des sanctions diplomatiques (suspension des relations bilatérales entre les quatorze États membres et l’Autriche, et absence de soutien des Quatorze à toute candidature autrichienne dans les organisations internationales). Israël avait rappelé son ambassadeur à Vienne. Rien de tout cela aujourd’hui. « Je souhaite vous féliciter chaudement pour votre nomination comme chancelier fédéral de l’Autriche, a déclaré ce lundi le président du Conseil de l’UE Donald Tusk à l’attention de Sebastian Kurz, le jeune leader de l’ÖVP qui prend, à 31 ans, les rênes de l’exécutif autrichien. Je fais confiance au gouvernement autrichien pour continuer à jouer un rôle constructif et pro-européen dans l’Union européenne. »

Personne au parlement européen n’esquisse la menace de sanctions contre Vienne. Tout au plus les socialistes européens appellent-ils à « garder un œil vigilant sur chacun des actes du gouvernement autrichien qui pourraient brader nos valeurs européennes et nos principes », selon les mots de Gianni Pittella, le président du groupe sociodémocrate au parlement européen.

Le FPÖ – parti fondé à l’origine par d’anciens nazis – a pourtant un agenda ostensiblement raciste, tandis que l’ÖVP lui-même a axé sa campagne sur l’objectif de fermer le pays aux réfugiés. Comme ministre des affaires étrangères dans le gouvernement précédent, Sebastian Kurz s’était déjà fait le défenseur de la fermeture des frontières de son pays alors qu’il se trouvait sur la « route des Balkans » empruntée par les réfugiés à l’octobre 2015. Le leader des conservateurs n’avait cessé, depuis, de faire des clins d’œil à l’extrême droite en radicalisant son discours (lire à ce sujet notre enquête publiée le 13 octobre dernier).

Les extrêmes droites européennes, elles, se frottent les mains. « Le nouveau cours de la politique d’asile en Autriche marque un jalon dans l’histoire européenne, s’est réjoui lundi Alexander Gauland, le président du groupe parlementaire d’Alternative für Deutschland (AfD), le parti d’extrême droite allemand qui a réussi en septembre à faire élire 94 de ses candidats au Bundestag. Pas seulement parce qu’on va enfin s’opposer de manière durable aux flux migratoires illégaux en Autriche. D’autres États membres de l’UE pourraient être convaincus par le succès à venir d’une sécurisation complète des frontières et de l’arrêt d’arrivées de migrants en Autriche. »
Comment expliquer le poids du FPÖ dans le nouveau gouvernement autrichien et quelles conséquences cette coalition peut-elle avoir sur les politiques européennes ? Entretien avec Martin Haselmayer, chercheur en sciences politiques à l’université de Vienne.

Mediapart : Comment en est-on arrivé à un gouvernement de coalition entre la droite et l’extrême droite ?

Martin Haselmayer : Il était déjà quasiment acquis pendant la campagne électorale que les conservateurs de l’ÖVP et les socialistes du SPÖ n’allaient pas gouverner ensemble. Au-delà de la lassitude et des désaccords entre ces deux deux partis qui gouvernaient ensemble depuis des années, il y a avait des inimitiés sur le plan personnel qui rendaient une coalition improbable. Une méfiance mutuelle et une atmosphère inamicale s’étaient instaurées.

A contrario, des similitudes très importantes sont apparues entre l’ÖVP – qui s’est droitisé sur la question migratoire – et le FPÖ, qui a toujours eu un agenda « antimigrants ». Cela rendait donc, avant même les élections, le scénario d’une telle alliance plus que probable.

Cela explique aussi peut-être pourquoi les réactions ont été si peu nombreuses à Vienne au moment de l’annonce de la formation de ce gouvernement : dans la capitale la manifestation d’opposition de ce lundi a rassemblé seulement entre 5 000 et 10 000 personnes. Ce n’est rien par rapport à l’année 2000, lorsqu’une première coalition s’était formée avec l’extrême droite au niveau de l’exécutif. Le fait qu’on a déjà connu cette situation ne favorise pas la mobilisation. Il y a par ailleurs comme une forme d’habitude  : le FPÖ est totalement intégré à notre paysage politique, cela fait longtemps qu’il a opéré sa mue de parti extrémiste en parti mainstream. Il faut dire enfin qu’un certain consensus antimigrants se dégage aujourd’hui au sein de la population autrichienne.

Des ministères plus importants qu'en 2000

Mais comment expliquer le peu de réactions au sein de l’Union européenne ?

Ce manque de réaction reflète un changement général en Europe, qui va dans le sens d’une plus grande tolérance à l’égard des partis d’extrême droite. Il est certain qu’il n’y aura pas cette fois-ci de sanctions européennes contre l’Autriche.

Ce gouvernement a par ailleurs donné des gages à l’Union européenne : dans leur accord de coalition, les deux partis se sont engagés au respect des règles des traités européens et à ne pas convoquer de référendum sur l’euro, ce qui était pourtant une volonté du FPÖ à l’origine. Mais tout cela n’a pas de caractère contraignant, ce ne sont que des mots sur du papier…

Comment le FPÖ a-t-il réussi à obtenir six ministères, dont trois régaliens ?

Le FPÖ était en position de force pour négocier : l’ÖVP n’avait pas vraiment de plan B pour former une coalition gouvernementale. De plus, le FPÖ, avec un discours très engagé politiquement, avait clairement marqué son territoire pendant la campagne électorale et avait exprimé sans ambiguïté qu’il voulait les portefeuilles de l’intérieur et les affaires étrangères. Il a sans doute également appris de ses expériences et gagné en force de négociation. Sebastian Kurz, qui était resté vague en matière de politique étrangère, n'avait pas de proposition alternative.

Cela dit, il faut relativiser l’importance du poste des affaires étrangères pour un petit pays comme l’Autriche, d’autant que les affaires européennes restent dans la main du chancelier. C’est un poste avant tout symbolique

Le FPÖ aujourd’hui a-t-il plus de poids qu’en 2000 ?

Le nombre de ministres dans le gouvernement est le même qu’en 2000. Mais les ministères que le parti de Haider avait obtenus à l’époque étaient moins importants : il n’avait pas l’intérieur ni les affaires étrangères, mais il avait le portefeuille des finances. Puis, deux ans plus tard, une nouvelle coalition avait été formée et le FPÖ avait perdu du terrain.

La participation au gouvernement peut-elle être favorable au FPÖ cette fois-ci ?

C’est difficile à dire car en réalité, aucun des nouveaux ministres affiliés au FPÖ n’a déjà eu une expérience gouvernementale. Cela peut jouer en leur faveur comme en leur défaveur. Une chose est sûre : le parti bénéficie d’une bonne conjonction économique, ce qui lui rend la tâche plus facile. ÖVP et FPÖ se félicitent par ailleurs de leur façon de travailler ensemble, se vantent d’avoir trouvé « un nouveau style de gouvernance ». Je ne sais pas si cela va tenir très longtemps, mais cela fonctionne sur le plan de la communication pour l’instant.

Qui sont ces personnalités du FPÖ qui rejoignent l’exécutif autrichien ?

À la défense, il s’agit de Mario Kunasek, quelqu’un issu de l’aile la plus droitière du FPÖ et qui s’est fait remarquer dans la campagne par ses slogans antimigrants. Cela dit, comme pour les affaires étrangères, il ne faut pas exagérer le poids de la défense en Autriche. Il s’agit d’un petit budget. C’est le cumul des trois ministères qui est inquiétant : à travers les affaires étrangères, l’intérieur et la défense, le FPÖ contrôle désormais la sécurité et les services de renseignement du pays...

C’est Herbert Kickl qui prend la tête de l’intérieur. C’est le cerveau du FPÖ : c’est lui qui dirige depuis des années les campagnes électorales du parti ; il est décrit comme quelqu’un de très intelligent.

Karin Kneissl, aux affaires étrangères, a un parcours plus atypique : c’est une universitaire qui a rejoint le corps diplomatique et a écrit un certain nombre d’ouvrages… Formellement elle n’est pas membre du parti, mais elle est tout à fait dans la ligne sur le plan migratoire.

Heinz-Christian Strache, le président du FPÖ, obtient quant à lui le poste de numéro deux du gouvernement, vice-chancelier, mais avec un portefeuille très restreint : secteur public et sports. C’est sans doute le signe d’une stratégie qui consiste pour lui à conserver une certaine indépendance par rapport au gouvernement, et qui consiste pour Sebastian Kurz à ne pas lui déléguer trop de responsabilités puisque sa personnalité divise davantage que les autres membres du FPÖ.

Quels sont les principaux points de l’accord de coalition signé entre les deux partis ?

Les points principaux sont le statut des demandeurs d’asile, la politique familiale, et l’allègement de la taxation des entreprises. C’est un programme typiquement de droite et inquiétant du point de vue des droits humains.

L’allocation de subsistance pour les sans-emploi est en effet très largement diminuée pour les réfugiés et demandeurs d’asile. Ces derniers se verront en outre confisquer leur argent liquide quand ils arriveront en Autriche. Le but est, à l’évidence, d’effrayer les futurs candidats à l’exil vers l’Autriche.

Des bonus fiscaux sont par ailleurs annoncés pour les familles autrichiennes. Mais au-delà de ces points, l’accord de coalition, qui fait plus de 160 pages, est un ensemble de formules qui ne contiennent pas grand-chose de précis.

Quelles peuvent être les conséquences de la formation d’un tel gouvernement sur la politique européenne ?

Ces deux partis sont contre le programme de répartition des migrants en Europe et ils sont très focalisés sur le renforcement des frontières. Ces positions les rapprochent évidemment du groupe de Visegrad. Je ne pense pas que l’Autriche va formellement rejoindre ces quatre pays d’Europe centrale [Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie – ndlr], mais cela ne fait aucun doute qu’elle va défendre les mêmes points de vue qu’eux sur le plan de la politique migratoire.

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18 décembre 2017 1 18 /12 /décembre /2017 16:18

 

Les déclarations de Donald Trump du 6 décembre, considérant de manière unilatérale Jérusalem comme capitale d'Israël, violent le droit international et éloignent la perspective d'une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens en niant les résolutions adoptées par l'ONU pour y parvenir.

 

Rien ne serait pire que de prendre acte de la décision américaine sans réagir : la reconnaissance, aux côtés d'Israël, de l'Etat palestinien dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale doit devenir une priorité des gouvernements attachés à la paix, au respect du droit et à une solution politique juste.

 

La décision étasunienne a été dénoncée et condamnée lors de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU du 8 décembre et, le 9 décembre, par les membres de la Ligue arabe réunis au Caire. L'Union européenne comme le Vatican a réaffirmé son soutien aux résolutions de l'ONU et à la solution à deux Etats conforme à ces résolutions.

En ce 10 décembre, journée internationale des droits humains, le président français a manqué de prendre l'initiative politique qui était et demeure vivement attendue de la France à travers le monde pour relancer un véritable processus politique de paix au moyen d'une médiation internationale multilatérale.

 

Le président français qui recevait dimanche le premier ministre israélien a « désapprouvé » Donald Trump et qualifié de « regrettable » le pas franchi par l'administration américaine, et redit l'attachement de la France au droit international, aux résolutions de l'ONU et à la solution à deux Etats.

Emmanuel Macron a évoqué un « gel de la colonisation » mais a préféré renvoyer les protagonistes à un hypothétique tête-à-tête en appelant Benjamin Netanyahu à « des gestes courageux envers les Palestiniens » pour « sortir de l'impasse actuelle ».

La colonisation et l'occupation israéliennes redoublent de violences à l'égard du peuple palestinien, les habitants de Gaza, prisonniers d'un blocus illégal, sont bombardés quasi quotidiennement par l'armée israélienne : la paix, une paix juste, une paix durable, n'attend plus.

 

Le président Emmanuel Macron aurait pu s'appuyer sur le vote du Parlement français en faveur de la reconnaissance de l’État palestinien, et conformément aux préoccupations exprimées par le ministère des Affaires étrangères obtenir la libération de notre compatriote, le jeune avocat Salah Hamouri.

 

Le PCF appelle au rassemblement le plus large des forces démocratiques et à la solidarité internationale pour le plein respect des droits du peuple palestinien, pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens et prend l'initiative d'une large campagne de pétition électronique adressée au président Macron pour la reconnaissance officielle de l’État de Palestine.

 

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 09:38
Au cœur des inégalités, la fin des politiques publiques
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Réalisé par une centaine d’économistes, le Rapport sur les inégalités mondiales 2018 pointe la révolution capitaliste de ces quarante dernières années, qui a conduit à une concentration inégalée de richesse. L’abandon des politiques publiques de redistribution, la remise en cause de l’État sont au centre de ce creusement des inégalités.

« Ils disaient il y a vingt ans que le capitalisme globalisé et financiarisé apporterait la prospérité au plus grand nombre. Quand il est devenu évident que le capital était de plus en plus concentré à l’échelle mondiale et encore plus agressif contre les non-possédants, ils ont déclaré que la lutte des classes était terminée. » Dans une de ses dernières tribunes, Yanis Varoufakis rappelle en quelques phrases les origines du malaise politique et social qui mine les sociétés occidentales : un creusement des inégalités sans précédent dans le monde, une lutte des classes qui ne dit pas son nom, qu’on refuse même de nommer. Et ce n’est pas par hasard que l’ancien ministre grec de l’économie appuie sa démonstration sur ce qui se passe au Royaume-Uni et aux États-Unis. Ils ont été au centre de la grande transformation capitalistique mondiale de ces quarante dernières années.

Rarement le monde a connu un tel changement et à une telle vitesse. Un des mérites du Rapport sur les inégalités mondiales 2018, réalisé par des chercheurs du World Wealth and Income Database (WID) travaillant sous la coordination des économistes Facundo Alvaredo, Lucas Chancel, Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, est de remettre ce bouleversement en perspective. S’inscrivant sur une longue période – de 1980 à 2016 –, ils ont dépouillé les statistiques fiscales et comptables d’une soixantaine de pays, pas seulement les pays occidentaux ou industrialisés mais aussi des pays d’Afrique ou du Moyen-Orient, afin d’examiner les évolutions des revenus et des patrimoines de toutes les catégories.

Leur constat est sans appel : même si l’ascension de la Chine a contribué statistiquement à réduire le niveau des inégalités au niveau mondial, les inégalités entre les pays, à l’intérieur des pays, entre les catégories les plus riches et les plus pauvres, n’ont cessé de se creuser, quelles que soient les régions du monde. Celles-ci ne sont pas encore au niveau atteint au début de XXe siècle, au moment de la première mondialisation. Mais pas loin.

Le constat n’est malheureusement pas nouveau. De rapport en rapport, les grandes institutions comme l’OCDE, des ONG comme Oxfam et même des acteurs financiers comme Crédit suisse chroniquent depuis plusieurs années ce phénomène de l’extrême concentration des richesses à laquelle nous assistons. Comme le rappelle Oxfam, la fortune des 388 premiers milliardaires dans le monde équivalait à la richesse de la moitié de la population mondiale la plus pauvre. En 2016, les huit premiers milliardaires dans le monde totalisaient une fortune égale à celle de la moitié de la population mondiale. À ce stade, il ne s’agit pas plus des 1 %, ni même des 0,1 %, voire des 0,001 %.

Une telle accumulation en si peu de mains était-elle inévitable ? Dans une récente étude, le FMI tentait d’expliquer que le creusement des inégalités dans le monde était d’abord le produit de la mondialisation et des ruptures technologiques. Chiffres à l’appui, les chercheurs du WID récusent totalement cette thèse : les politiques publiques ont un rôle déterminant dans l’évolution des inégalités.

La comparaison de ce qui s’est passé entre l’Europe et les États-Unis au cours des trente dernières années est assez éclairante. Au début des années 1980, les 1 % les plus riches de part et d’autre de l’Atlantique possèdent environ 10 % des revenus nationaux. Trente ans plus tard, la part de ces plus fortunés est montée à 12 % des revenus en Europe, tandis qu’elle dépasse les 20 % aux États-Unis.

La période a vraiment été faste pour les Américains les plus riches. Leur revenu annuel a augmenté de 205 % depuis 1980 pour les 1 % et de 636 % pour les 0,0001 %. Dans le même temps, le salaire moyen des 50 % a stagné depuis 1980 autour de 16 000 dollars par personne (13 500 euros environ), alors que le PIB américain était multiplié par dix ! Une génération a été exclue de toute croissance.

Cette immense distorsion est le fruit des politiques qui ont été mises en œuvre. C’est à partir des années Reagan qu’une totale liberté est donnée à la finance, à la circulation sans frein des capitaux. Dans le même temps, les gouvernements américains successifs réforment leur politique fiscale au profit des plus riches, renoncent à tout salaire minimum au niveau fédéral. Les protections salariales sont démontées tandis que les syndicats disparaissent peu à peu. L’accès à l’éducation, aux services de santé devient de plus en plus coûteux, de plus en plus inégalitaire.

La même comparaison peut être faite au niveau des pays émergents. Comment expliquer en effet que la Chine et l’Inde, voire la Russie, affichent de telles différences dans les évolutions des inégalités ? D’un côté, la Chine a connu une croissance hors normes. Une nouvelle classe de millionnaires, voire de milliardaires, a émergé. Les inégalités se sont creusées mais elles sont sans comparaison avec celles qui sont apparues en Inde ou en Russie. La différence, pour les chercheurs du WID, s’explique par les politiques publiques menées.

Le gouvernement chinois a veillé malgré tout à prendre des mesures pour l’ensemble de la population. Il a permis la naissance d’une classe moyenne. En Inde, par incapacité politique ou institutionnelle peut-être, rien n’a été fait pour corriger les écarts, au contraire : alors que les 10 % les plus riches captaient 30 % des revenus nationaux en 1980, ils en accaparent 60 % aujourd’hui. Quant à la Russie, c’est une véritable kleptocratie qui s’est constituée à la faveur de la chute de l’URSS. Les 10 % les riches, qui détenaient moins de 20 % des revenus nationaux en 1980, en ont accaparé près de 50 % dès 1995, pour ne rien lâcher par la suite.

 

L’effondrement des patrimoines publics

C’est à ce moment charnière des années 1980 que les économistes néolibéraux préconisent d’abandonner les principes d’égalité au profit des principes d’équité, bien plus féconds selon eux, surtout qu’ils ont l’immense mérite de délégitimer toute politique redistributive, de récuser par avance toutes les inégalités. Dans le même mouvement, la notion de politique publique, celle d’action de l’État, voire d’État tout court, sont remises en cause par les mêmes penseurs. L’État, selon eux, ne peut que perturber le marché, par nature efficient et parfait.

C’est un des points les plus intéressants et les plus novateurs de ce rapport sur les inégalités. Il met en lumière les conséquences de cette délégitimation de l’État, le formidable transfert qui s’est organisé entre les patrimoines publics et privés.

En 1970, les patrimoines privés représentaient entre 200 et 350 % du revenu national dans les pays occidentaux. Aujourd’hui, ils atteignent entre 400 % et 700 %. « La crise financière de 2008 n’a pratiquement pas infléchi cette augmentation, pas plus que l’éclatement des bulles spéculatives qui s’étaient formées dans certains pays comme le Japon ou l’Espagne », relève le rapport. Les politiques monétaires, menées depuis 1987 par les banques centrales, si favorables à la finance et aux classes les plus aisées, ne sont sans doute pas pour rien dans cette évolution.

Dans le même temps, poursuit le rapport, « le patrimoine public a diminué dans presque tous les pays depuis les années 1980 ». Au Japon, en Allemagne et en France, il est à peine au-dessus de zéro. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, il est même devenu négatif. « Cette situation ne peut que limiter les capacités d’action des États pour lutter contre les inégalités », constatent les chercheurs du WID.

Pendant ces quatre décennies, les responsables ont défendu ces ruptures au nom de l’efficacité économique. L’ennui est que ces affirmations ne résistent à l’examen des chiffres. Les pays qui ont accepté et entretenu les plus fortes inégalités ont eu des croissances sur le long terme qui ne diffèrent en rien des autres. La seule différence est que cette croissance a été répartie de façon très inéquitable. « Les 1 % les plus riches ont profité deux fois plus de la croissance mondiale que les 50 % les plus pauvres », rappelle le rapport.

Les cohésions sociales, elles, sont de plus en plus mises à mal. Le creusement des inégalités se paie en matière d’éducation, de santé, par une montée de la précarité et de l’exclusion à l’intérieur des pays entre les plus aisés et les plus pauvres, et entre les pays les plus riches et les plus pauvres. Demain, il faudra sans doute y ajouter les risques environnementaux et climatiques que les économistes ne savent pas encore chiffrer précisément mais dont ils pressentent l’importance. Les plus pauvres seront à nouveau les plus exposés.

En dépit de la multitude des signaux d’alarme, la remise en cause de cette politique ne semble pas être à l’ordre du jour. Bien au contraire. Le budget adopté par le Sénat américain, qui prévoit la diminution de toutes les taxes et les impôts, s’annonce comme un nouveau cadeau fait aux riches. La réforme fiscale lancée par le gouvernement Macron, proposant la suppression de l’ISF, une flat tax sur le capital, des allègements pour les plus riches, s’inscrit dans la même ligne.

Plus généralement, les politiques d’austérité menées depuis la crise financière en Europe, marquées par des coupes dans tous les budgets publics, un démaillage des services publics, de santé, d’éducation, des allègements sur le capital, conduisent à un alignement sur les pratiques américaines et britanniques. Si l’Europe affiche encore dans les chiffres des différences moins marquées en matière d’inégalités en raison de ses politiques sociales, il n’est pas sûr que, au train où vont les évolutions, celles-ci subsistent encore dans quelques années.

Si rien n’est fait pour corriger la trajectoire exponentielle des inégalités, à terme, les 0,1 % les plus riches pourraient cumuler l’équivalent des patrimoines de l’ensemble des classes moyennes mondiales, avertissent les économistes du WID. Les inégalités risquent alors d’atteindre un niveau insupportable, dit le rapport. Les spasmes qui secouent l’ensemble des sociétés occidentales tendraient à prouver que ce niveau n’est pas loin d’être atteint.

 

 

 

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14 décembre 2017 4 14 /12 /décembre /2017 06:39
Selahattin Dermirtas

Selahattin Dermirtas

Turquie: un appel lancé à tou.te.s les élu.e.s de France contre la répression des forces démocratiques, du HDP et du peuple kurde

Turquie : un appel lancé à tou.te.s les élu.e.s de France

 

Nous sommes une quarantaine d’observateurs européens en route pour assister aux procès de Figen Yuksekdag et Selahattin Demirtas, co-présidents du HDP. Le tribunal a été installé anormalement dans les locaux de la prison où Figen est incarcérée à une soixantaine de kilomètres d’Ankara, dans un campus infranchissable, au milieu d’une plaine immense cernée de collines enneigées. À la descente de nos cars, un vent puissant et un froid glacial nous transpercent en deux minutes. Nous resterons là trois heures, sans pouvoir entrer, malgré toutes les tentatives des avocats. Des policiers forment un mur noir sur plusieurs rangées. Nous protestons sans reculer, levant haut passeports, cartes d’élu·e·s, de diplomates, de parlementaires européens. Rien n’y fait. En vérifiant de temps en temps qu’il vous reste toujours votre nez et vos pieds, vous êtes en train de vivre en direct l’arbitraire. « Il faut venir voir pour comprendre », réagit Jean-Paul Lecoq, député communiste à l’Assemblée nationale, membre de la commission des Affaires étrangères(1).

Dans cette Turquie, les lois ne comptent plus. Sa Constitution prévoit que les audiences des procès sont ouvertes au public. Comme nous le rappelle une avocate anglaise, « la justice doit être vue et entendue pour être rendue ». Pour nos amis Figen et Selahattin, cet accès public est interdit et le co-président ne peut même pas être présent physiquement. Alors que la liste nominative des observateurs avait été officiellement remise par les avocats, le document est déclaré inconnu par le président de la Cour. Les avocats la lui remettent cette fois en mains propres, l’obligeant à nous autoriser oralement à entrer. Le procureur et le chef de la police s’y opposent et ils auront le dernier mot.

Il en va ainsi des procès et des condamnations. Des dirigeants politiques sont emprisonnés et jugés pour avoir joué leur rôle de dirigeants politiques, et leurs avocats travaillent contre la montre, avant d’être arrêtés pour avoir fait leur travail d’avocats... Les 500 pages d’accusations contre Selahattin Demirtas correspondent à des discours publics, notamment en soutien aux Kurdes engagés contre Daech à Kobanê. Des procès sans délit et une justice accusant sans preuve de « terrorisme » ceux-là même qui le combattent, les universitaires, les journalistes, les syndicalistes, et particulièrement les élu·e·s du HDP. 10 000 militants sont poursuivis et sans cesse harcelés entre gardes à vue, emprisonnement, relâche, emprisonnement... 5 000 affrontent les conditions inhumaines dans les prisons, les fouilles corporelles systématiques et dégradantes, la torture, les viols.

Signe de force de RT Erdogan ? Il se trouve de plus en plus isolé dans son pays et dans la région, de plus en plus discuté, y compris dans son camp. Les populations sont fatiguées. La situation économique catastrophique. Hisyar Ozsoy, chargé des relations internationales au HDP, insiste : « Il a besoin de gagner du temps pour détruire les institutions, l’Europe doit réagir rapidement, faute de quoi elle-même en subira les lourdes répercussions. Nous avons besoin que l’Europe soit ferme sur ses principes. Il ne faut pas avoir peur de faire pression par des sanctions économiques. Ce sont les seuls arguments qu’il entend. »

Être ferme avec RT Erdogan, sans isoler la Turquie, c’est renforcer notre soutien aux démocrates qui lui résistent. C’est répondre à l’appel du HDP qui demande à tous les élu·e·s de France de parrainer leurs élu·e·s emprisonné·e·s. C’est participer en grand nombre à la prochaine audience le 14 février 2018. Cette fois-ci, S. Demirtas sera présent physiquement. En nous remerciant de ce premier résultat, Hisyar Ozsoy conclut : « Ensemble, nous pouvons stopper Erdogan. »

Sylvie Jan
présidente de France-Kurdistan / sylvie.jan@free.fr
article paru dans Communistes du 13 décembre 2017

(1). Voir vidéo de Jean-Paul Lecoq sur la page Facebook « Les députés communistes ».

 

Lire aussi: 

Turquie: la répression continue tout azimut: contre l'opposition et les forces démocratiques, le HDP, les Kurdes, les homosexuels

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