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3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 06:00
Oya Baydar : « La Turquie ressemble au monde de George Orwell dans 1984 »
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SOPHIE JOUBERT ET STÉPHANE AUBOUARD
MERCREDI, 31 JANVIER, 2018
L'HUMANITÉ
«	J’ai peur et je suis pessimiste. Dès le début de l’état d’urgence, le quotidien est devenu insupportable.	» Bertrand Gaudilliere/Item
« J’ai peur et je suis pessimiste. Dès le début de l’état d’urgence, le quotidien est devenu insupportable. » Bertrand Gaudilliere/Item
 

La romancière Oya Baydar publie Dialogues sous les remparts, la conversation entre une intellectuelle de gauche turque et une amie kurde. Un examen de conscience lucide et le témoignage du durcissement du régime d’Erdogan.

Qui est cette interlocutrice mystérieuse avec qui vous dialoguez ?

Oya Baydar Cette femme kurde ou ces femmes avec qui je poursuis un dialogue sont l’addition de plusieurs amies kurdes rencontrées depuis de nombreuses années. L’une d’elles, sur qui je me suis particulièrement appuyée pour écrire ce livre, a été arrêtée la semaine dernière par les autorités turques après l’attaque sur Afrin, dans le Rojava (Kurdistan syrien). Elle est poursuivie pour ses articles et ses tweets mais je ne veux pas dire son nom pour ne pas la compromettre davantage.

Quel accueil a reçu votre livre en Turquie, risquez-vous aussi quelque chose avec ce roman ?

Oya Baydar Je l’avais écrit pour les Turcs, mais ils ne l’ont pas lu. Les Kurdes du PKK n’étaient pas contents non plus. Ils ont dit que je n’étais pas légitime car je suis la voix des Turcs de l’Ouest. Nous avions l’intention, avec mon amie emprisonnée, de faire une pièce de théâtre à partir de mon texte. Notamment à Izmir, à Istanbul… mais c’est actuellement impossible. Aujourd’hui, on risque davantage en écrivant sur les réseaux sociaux, ou en tant que journaliste, qu’en publiant des romans. Cependant, écrire un roman de la sorte est plus risqué aujourd’hui qu’il y a quelques mois. Quand on sort du territoire, on ne sait jamais ce qui va se passer. On peut nous prendre notre passeport, être assigné à résidence de manière parfaitement arbitraire. Mais il ne faut pas y penser. Je bouge tant que je peux, sinon je ne pourrais pas vivre. Comme on dit, « que sera, sera »…

Le point de départ de ce livre est une forme d’examen de conscience fait en intégrant l’autre, comme s’il y avait deux personnes en vous, une sorte de conscience kurde chez les Turcs. Est-ce le cas ?

Oya Baydar Quand je suis allée au Kurdistan turc avec une délégation de 156 intellectuels le 31 décembre 2015, ce fut d’abord une confrontation avec moi-même et un questionnement qui concerne tous les Turcs de l’Ouest. Mais, mis à part les Turcs de gauche, je ne crois pas que les Turcs aient cette conscience kurde. À leurs yeux, les Kurdes n’existent pas. Mon père était colonel dans l’armée et lorsqu’on abordait le sujet à la maison, il disait que les Kurdes étaient de bonnes personnes parce qu’ils étaient fidèles. Mais dès qu’ils affirmaient leur identité, leur langue, leur culture, alors ils n’étaient plus fidèles. Pour moi, c’était au départ une position purement politique, théorique. Mais ensuite, lorsque je suis allée sur place et que j’ai rencontré les Kurdes, je me suis mise à parler avec le cœur et tout a changé.

Le livre parle de l’aveuglement des Turcs de gauche. Cette femme kurde vous dit, en reprenant la phrase du film Hiroshima mon amour : « Tu n’as rien vu à Sur, tu n’as rien vu à Cizre... »

Oya Baydar Les intellectuels ne voient pas, ne voient plus… c’est en partie vrai. Mais depuis quelques jours, si vous dites simplement : « il y a une guerre », vous risquez gros. Il faut employer le terme d’« opération de sécurité nationale » ! Le pays est coupé en deux, c’est une réalité. L’Ouest ne voit pas. Quand je demande à des amis turcs de venir voir ce qui se passe là-bas, ils me répondent : « Non je ne veux pas y aller, sinon je risque de penser différemment, je serai moins tranquille… »

Il y a, pour la femme de gauche que vous êtes, un constat d’inefficacité totale de vos démarches politiques, pacifistes. Vous dites mêmes que la lutte des classes, l’anti-impérialisme sont aujourd’hui moins importants que la lutte pour l’identité…

Oya Baydar Nous ne pouvons pas dire que nos rêves de gauche sont morts. L’utopie perdure. Je pense en revanche que nous avons fait beaucoup de fautes, même si le chemin était juste. Je pense que la classe ouvrière n’est plus la force première de la révolution. Mais si l’identitarisme peut faire le lit de la dictature, l’identité est le fait des peuples. On dit que c’est un feu attisé par les grandes puissances. Je crois que le besoin d’identité repose aussi sur une réalité humaine, sur la psychologie. Au Kurdistan turc – je n’ai pas le droit d’employer ce mot aujourd’hui en Turquie –, il y a des paysans et une bourgeoisie, mais leur lutte ne se situe pas au niveau des classes, c’est une lutte identitaire et nationale. Naturellement, je suis farouchement opposée aux nationalismes – et au nationalisme turc en premier – mais quand il s’agit de peuples oppressés, sans patrie, on peut comprendre.

Comment votre regard a-t-il changé ?

Oya Baydar J’étais à Berlin après l’effondrement du mur. J’allais aussi à Moscou. Je sentais bien que l’Union soviétique allait s’effondrer d’un moment à l’autre. Alors je me suis mise à penser autrement, en interrogeant la dictature sous toutes ses formes, en essayant de comprendre ce qui n’allait pas. Quand je suis revenue en Turquie après quelques années passées en Allemagne, j’ai fait connaissance d’amis kurdes. Nous avons fondé ensemble des initiatives de paix, contre la guerre et l’intervention américaine en Irak. Puis peu à peu, je suis allée au Kurdistan. Et là-bas j’ai vu que le besoin d’identité était nécessaire. Vouloir combattre pour son identité culturelle, sa langue, c’est l’honneur du peuple kurde. Ce n’est pas de l’identitarisme.

Mais la frontière est ténue entre les deux notions, n’est-ce pas un piège ?

Oya Baydar, L’identité turque n’existe pas. Il y a 60 minorités. C’est le nationalisme, sur lequel repose la Turquie moderne depuis Kemal, qui pose problème. Avec Erdogan et l’islamisme politique, d’aucuns pensaient que la communauté prendrait le pas sur le nationalisme. Mais aujourd’hui, c’est de pire en pire… Ce qui me désespère, c’est qu’Erdogan a réussi à diffuser ce nationalisme malsain dans le peuple, dans la tête des gens. Et il est largement soutenu.

Comment voyez-vous l’évolution du régime ?

Oya Baydar La situation est encore pire que ce que vous voyez d’ici. La culture de la guerre d’Erdogan est devenue un mode de gouvernance. J’ai peur et je suis devenue pessimiste. Dès le début de l’état d’urgence, le quotidien est devenu insupportable. C’est très arbitraire, la loi n’existe plus. L’un de mes amis d’enfance, un journaliste turc, a été mis en prison sans accusation, sans jugement. Mon mari, ancien journaliste de Cumhuriyet, ne doit sa liberté qu’à son âge. Il tente de faire vivre le journal avec d’autres anciens car tous nos collègues plus jeunes sont en prison. Mais c’est encore pire au Kurdistan. À Diyarbakir, les policiers sont venus arrêter l’amie dont je vous parlais en cassant sa porte, sans sommation… C’est la loi martiale. Plus de 150 000 personnes ont été chassées de leur poste, les académiciens sont en procès. Ce qu’on vit aujourd’hui est un cauchemar. La Turquie ressemble au monde imaginé par George Orwell dans 1984.

Dans votre livre, vous employez la métaphore de la maison pour parler des Turcs et des Kurdes : ils sont comme des gens qui ne peuvent plus vivre sous le même toit. Le collectif est-il encore possible ? Peut-on construire des ponts ?

Oya Baydar C’est devenu très difficile. Au moment où j’ai écrit ce livre, il était peut-être encore possible de vivre ensemble. Mais la situation a changé. Même avec mes amis kurdes de gauche. Quand j’arrive là-bas, on boit un raki et puis la conversation est un peu vague. La confiance a disparu. Il y a des années, nous avons construit des ponts. Je ne suis pas sûre qu’on puisse encore le faire. Une fracture est apparue. Les Kurdes de l’Ouest ne veulent pas du séparatisme. Mais ils disent qu’ils ne peuvent aller nulle part et que la Turquie n’est pas leur pays. C’est tragique. Le vrai séparatiste, c’est l’État turc. Dans un État unitaire, on peut avoir des zones autonomes. Mais ce n’est plus possible. Avant il y avait des journaux, des télévisions en langue kurde. Maintenant tout est fermé. Des maires kurdes sont en prison.

Erdogan est-il génocidaire ? On le voit maintenant envoyer l’armée dans le Rojava. Il y a une forme d’acharnement.

Oya Baydar Oui. Son mot d’ordre, c’est de faire la guerre jusqu’au dernier terroriste. C’est-à-dire jusqu’au dernier kurde. En 1915, l’État turc s’acharnait sur les Arméniens. Un siècle plus tard, les Kurdes sont les nouvelles victimes. Certains disent qu’il faut tuer les femmes kurdes qui portent en elles un terroriste en puissance. J’ai peur que tous les prisonniers kurdes meurent en détention. Beaucoup refusent de porter la combinaison orange extrêmement humiliante qu’on leur impose. Selahattin Demirtas (le chef du HDP) lui-même a dit qu’il préférait le linceul à cette tenue.

Biographie

Oya Baydar est née à Istanbul en 1940. Élève d’un lycée français, elle a publié son premier roman à 17 ans, puis s’est engagée dans le militantisme marxiste. Diplômée du département de sociologie d’Istanbul, elle a été arrêtée en 1971 et a fait deux ans de prison. À la suite du coup d’État de 1980, elle s’est exilée en Allemagne. Rentrée en Turquie en 1992, elle a publié huit romans dont Parole perdue (2010), Et ne reste que des cendres (prix France-Turquie 2016). Elle écrit des articles pour le site indépendant T24, très critique envers le régime turc.

Oya Baydar: "La Turquie ressemble au monde de George Orwell dans 1984" (L'Humanité, 31 janvier 2018)
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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 19:02
Emprisonnement arbitraire et torture contre les militants saharaouis - l'Acat honore le militant contre la colonisation du Sahara Occidental Naâma Asfari (Rosa Moussaoui, L'Humanité - 29 janvier 2018)
Sahara occidental. L’Acat honore le prisonnier Naâma Asfari
ROSA MOUSSAOUI
LUNDI, 29 JANVIER, 2018
L'HUMANITÉ
C’est l’épouse, française, du militant sahraoui, Claude Mangin Asfari, qui a reçu la distinction en son nom. PhotoPQR/Le Parisien/MaxPPP
 

L’ONG de lutte contre la torture dénonce les « crimes de guerre » perpétrés par le Maroc au Sahara occidental occupé.

C’est une distinction qui s’inscrit dans le combat remarquable, mené par l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat), contre les violations des droits humains et du droit international au Sahara occidental occupé. Samedi, cette fondation a remis le prix Engel-du-Tertre des droits de l’homme 2017 à Naâma Asfari, militant sahraoui kidnappé lors du violent démantèlement du camp de protestation de Gdeim Izik, en 2010, condamné sans preuve par le Maroc à trente ans d’emprisonnement pour « meurtre », l’été dernier, à l’issue d’une parodie de procès. Torturé durant sa garde à vue, il avait signé des aveux sous la contrainte, comme les 24 autres militants sahraouis qui partagent son sort. Fait inédit, le royaume chérifien avait été condamné le 12 décembre 2016 par le Comité de l’ONU contre la torture, dans le cadre de la plainte déposée par l’Acat au nom de Naâma Asfari.

Rendre sa dignité et son indépendance à tout un peuple

C’est l’épouse, française, du militant sahraoui, Claude Mangin-Asfari, qui a reçu la distinction en son nom. Plusieurs fois expulsée du Maroc, interdite de visite, elle s’est exprimée avec beaucoup d’émotion, appelant à amplifier le combat « pour rendre sa dignité à tout un peuple qui se bat pour la liberté et son indépendance ». Responsable des programmes Maghreb et Moyen-Orient à l’Acat, Hélène Legeay, à sa suite, a accusé le Maroc de se rendre coupable de « crimes de guerre », insistant sur la nécessité d’inscrire la lutte contre la torture et les violations des droits humains au Sahara occidental dans le combat pour le droit à l’autodétermination de la dernière colonie d’Afrique. Elle s’en explique en ces termes dans la revue de l’Acat, Humains : « Le Sahara occidental est un territoire occupé illégalement par le Maroc. Par conséquent, il doit être régi par le droit international humanitaire (DIH), qui régit les situations d’occupation telles que celle de la Palestine. Dans ce cadre, le DIH fixe notamment les interdictions de la puissance occupante, dont le transfert de population de la puissance occupante vers le territoire occupé, ainsi que le pillage des ressources naturelles. Le statut de Rome, qui institue la Cour pénale internationale (CPI), fait de ces deux interdictions des crimes de guerre passibles de sanctions pénales. Le transfert de population et le pillage des ressources sont d’autant plus graves qu’ils sont les moteurs de l’occupation : la colonisation éloigne les espoirs d’autodétermination (…), tandis que le pillage des ressources naturelles rend rentable cette situation d’occupation et, ce faisant, l’encourage. »

Journaliste à la rubrique Monde
Emprisonnement arbitraire et torture contre les militants saharaouis - l'Acat honore le militant contre la colonisation du Sahara Occidental Naâma Asfari (Rosa Moussaoui, L'Humanité - 29 janvier 2018)
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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 16:04
Le PCF condamne les pratiques du gouvernement israélien et exige la libération d'Ahed Tamimi et de tous les enfants palestiniens
Le PCF condamne les pratiques du gouvernement israélien et exige la libération d'Ahed Tamimi et de tous les enfants palestiniens
Mercredi, 31 Janvier, 2018
Humanite.fr

Communiqué du Parti communiste français

Le procès d'Ahed Tamimi, qui devait débuter ce 31 janvier 2018, jour de ses 17 ans, a été reporté à la demande de son avocate au 6 février prochain, date également prévue pour le procès de sa mère, Nariman Tamimi. L'armée israélienne a énoncé 12 chefs d'inculpation, dont « jet de pierres, incitation, agression et menace à un soldat », contre l'adolescente qui vient de passer un mois et demi à la prison militaire d’Ofer près de Ramallah, en Cisjordanie. Si elle est reconnue coupable, Ahed Tamimi risque jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

Arrêtée le 19 décembre dernier à la suite d'une altercation quelques jours auparavant, au cours de laquelle Ahed et sa cousine, Nour, ont tenté de repousser les soldats israéliens qui s'étaient introduits dans la cour de la maison de ses parents après avoir blessé son cousin Mohammed, âgé de 15 ans, d'une balle en caoutchouc tirée en pleine tête.

La scène a été filmée par la mère d'Ahed, elle-même emprisonnée depuis ce jour, et a tourné sur les réseaux sociaux, provoquant une vague de protestation face à la violence utilisée par le gouvernement israélien et son armée contre les enfants palestiniens. Cette vidéo montre que la jeune fille, désarmée face à deux soldats armés et portant un équipement de protection, ne représentait aucune menace réelle.

Rien ne justifie le maintien de la jeune fille en prison. Israël continue de bafouer impunément le droit international, et notamment la convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant qu'Israël a ratifiée.

Le cas d'Ahed est loin d'être isolé, 350 enfants palestiniens sont à ce jour incarcérés dans les geôles israéliennes.

Le PCF condamne une nouvelle fois les pratiques du gouvernement israélien et exige la libération d'Ahed Tamimi ainsi que de tous les enfants palestiniens.

Il exige également la libération de notre compatriote Salah Hamouri, en détention administrative depuis 162 jours.

Le gouvernement français doit exiger leur libération immédiate et agir au sein de l'Union européenne pour que des sanctions contre Israël soient enfin prises. L'accord d'association entre l'Union européenne et Israël doit être suspendu tant qu'il ne se conformera pas au droit international et qu'il n'appliquera pas les résolutions de l'ONU.

Le PCF condamne les pratiques du gouvernement israélien et exige la libération d'Ahed Tamimi et de tous les enfants palestiniens
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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 18:54
Stravos Malas

Stravos Malas

Chypre : le PCF souhaite la victoire de Stavros Malas, aux côtés des communistes d’AKEL

 

Les électeurs chypriotes appelés aux urnes ce dimanche viennent de sanctionner le Président sortant Nikos Anastasiades et sa politique d’austérité. Avec 35 % des voix, la droite arrive donc en tête mais avec 10 points de perdus comparé à 2013. Stavros Malas, le candidat de gauche soutenu par AKEL obtient 30 % des voix exprimées (+4). Le deuxième tour s’annonce serré.

Le PCF tient à féliciter chaleureusement Stavros Malas et souhaite sa victoire au deuxième tour, aux côtés des communistes d’AKEL, qui demeurent la première force progressiste de Chypre capable de développer l’île pour sa population, mais aussi la plus crédible pour trouver, avec les institutions internationales, une solution juste et durable au problème chypriote.

 

***

Stravos Malas est généticien, ex-ministre de la Santé et candidat indépendant soutenu par le parti communiste Akel. Il talonne le président sortant conservateur Nicos Anastasiades (35,5%), qui avait non pas 5% mais 15% d'avance au premier tour de 2013, faisant campagne sur une ligne libérale et austéritaire. Le centriste n'a rassemblé que 25% des voix, derrière le candidat des communistes. L'extrême-droite proche d'Aube dorée a dépassé les 5% des voix. Stravos Malas, dans son discours au soir du premier tour, a salué les Chypriotes turcs qui, de l'autre côté de la ligne de partition, ont vendredi manifesté par centaines pour dénoncer l'attaque perpétrée par les ultras aux ordres d'Erdogan contre le journal turcophone "Afrika" qui critiquait l'intervention militaire en cours contre les Kurdes à Afrin, en Syrie.      

Chypre : le PCF souhaite la victoire de Stavros Malas, aux côtés des communistes d’AKEL
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29 janvier 2018 1 29 /01 /janvier /2018 19:54
Gaza, au bord du précipice (28 janvier - Thomas Cantaloube, Médiapart)
Gaza, au bord du précipice
 PAR 

Des responsables militaires israéliens ont récemment tiré la sonnette d’alarme en avertissant que la bande de Gaza était « au bord d’un effondrement complet », en raison de la détérioration des conditions sanitaires, sociales et économiques. Après dix ans de blocus, c’est en effet le désespoir qui domine. « Nous souffrons de ne jamais pouvoir envisager le futur », dit une habitante. Reportage dans la bande de Gaza.

Gaza, de notre envoyé spécial.-  Quand on lui annonce que nous avons l’intention de nous rendre dans la bande de Gaza, le porte-parole du gouvernement israélien soupire, puis nous répond calmement : « Comme vous voulez… Vous allez voir beaucoup de misère et de souffrance. Mais n’oubliez pas : c’est leur responsabilité. Les habitants de Gaza ont choisi le parti de la violence et des terroristes. Nous ne pouvons pas l’accepter et nous devons nous défendre. »

Quelques jours plus tard, nous franchissons le checkpoint d’Erez, immense édifice de béton et d’électronique qui évoque la paranoïa déshumanisée des installations militaires américaines en Irak ou en Afghanistan dans les années 2000. Après un long tunnel de grillage, nous émergeons côté palestinien, dans cette bande de Gaza grande comme trois fois Paris intra-muros, peuplée de deux millions d’habitants cloués sur place, sans possibilité aisée de sortir de ce territoire depuis plus de dix années, lorsque le Hamas en a pris le contrôle en 2007.

On traverse d’abord quelques champs cultivés (oliviers, fraises, haricots verts…) avant d’atteindre les premiers bâtiments, qui occupent la quasi-totalité de la surface de Gaza, en faisant un des lieux les plus densément peuplés de la planète. Bien sûr, l’ambiance n’est pas riante, on imagine d’autres endroits pour faire du tourisme : le gris parpaing des immeubles mal finis, les nombreuses charrettes tirées par des ânes, les rues secondaires en terre constellées d’ornières.

Mais la vie suit son cours, résiliente. Et tant qu’on n’adresse pas la parole aux Gazaouis pour leur demander comment va leur existence, l’illusion se maintient d’être dans n’importe quelle ville pauvre du monde arabe. Il y a des souks, des hôtels, des restaurants, des banques, des embouteillages, les vagues de la Méditerranée qui s’écrasent sur les plages de sable.

Les premières fissures dans ce tableau apaisé surgissent très vite. On observe les pêcheurs qui larguent les amarres et s’éloignent du port en fin de soirée. Ils naviguent sur deux ou trois kilomètres en mer, puis coupent les moteurs pour lancer leurs filets. Normal, ils ne peuvent pas s’aventurer au-delà : leur zone de pêche est restreinte en moyenne à cinq milles marins (9 km).

Nous avons ensuite rendez-vous avec un officiel au treizième étage d’un immeuble : il faut attendre son arrivée, puis qu’un agent de sécurité démarre le générateur diesel, et tout le monde s’entasse dans la cage d’ascenseur. En quittant les lieux, on descend les treize étages à pied avec une lampe de poche. Mi-janvier 2018, le rythme d’approvisionnement en électricité est le suivant : quatre heures de courant, suivies par douze heures de black-out. Parfois, s’il y a six ou sept heures de courant par jour, c’est Byzance. Quand l’électricité arrive dans les foyers, tout le monde se chamaille aimablement pour filer à la douche et bénéficier d’eau chaude.

L’essentiel de l’eau qui circule dans les tuyaux (95 % selon l’Organisation mondiale de la santé) est impropre à la consommation humaine. Lorsqu’on se brosse les dents, un arrière-goût colle aux gencives. Se baigner dans la mer revient à nager à la sortie des égouts, puisque le système de traitement des eaux usées est en carafe depuis des mois…

Début 2018, les services de sécurité israéliens (armée et renseignements) ont tiré la sonnette d’alarme auprès de leur gouvernement : « Gaza est au bord d’un effondrement complet », ont-ils averti. Ce qui, dans le langage de ces responsables, laisse présager que les conditions socioéconomiques désastreuses de la bande pourraient bien provoquer un soulèvement, une nouvelle intifada, une offensive armée des extrémistes religieux, bref, ils ne savent pas vraiment quoi, mais cela ne sent pas bon du tout.

Il y a déjà eu trois guerres à Gaza en dix ans et les Israéliens ne souhaitent désormais rien tant que préserver le statu quo. Donc, du point de vue de ces dirigeants chargés de la sécurité de leur pays, il vaudrait mieux s’arranger pour que la cocotte-minute gazaouie ne leur explose pas à la figure en relâchant la pression.

Malheureusement, ces paroles raisonnables ne sont guère écoutées par la majorité des Israéliens aujourd’hui. Il y a ceux qui rappellent ironiquement que les médias annoncent depuis douze ans « l’effondrement de Gaza » sans que cela ne se produise. Il y a ceux qui désirent la confrontation et se réjouissent de la situation. Et puis il y a surtout l’indifférence face au sort des Gazaouis. « Si ces gens veulent vivre normalement, ils n’ont qu’à se débarrasser du Hamas. » Tel est le refrain que l’on entend souvent en Israël.

Jusqu’en 2005, la situation de Gaza n’était guère différente de celle du reste de la Cisjordanie sur le plan de la circulation des personnes. Puis le premier ministre Ariel Sharon a annoncé le retrait des 8 000 colons qui vivaient sur place, les islamistes du Hamas ont remporté (à la régulière) les élections palestiniennes de 2006 et, l’année suivante, ils ont pris le contrôle total de la bande de Gaza, à la suite d’une confrontation avec l’Autorité palestinienne installée à Ramallah (Cisjordanie).

Depuis cette date-là, Israël a isolé Gaza à coups de barbelés, de miradors, de murs de béton et de checkpoints. Le seul point de passage avec un pays tiers, l’Égypte, est celui de Rafah, au sud, et il est rarement ouvert, encore moins depuis le coup d’État du maréchal al-Sissi de 2014.

« Sortir à tout prix d’ici pour vivre ailleurs »

On a coutume de parler de Gaza comme d’une « prison à ciel ouvert », mais c’est un cliché insidieux. Dans toute démocratie digne de ce nom, les prisonniers ont été jugés et reconnus coupables. Or le seul crime de l’immense majorité des Gazaouis est d’être nés palestiniens sur cette langue de terre côtière. « Pour deux millions d’habitants, il y a peut-être 10 000 extrémistes ou terroristes. Nous sommes tous condamnés pour les actes de quelques-uns », souligne Youssef Nateel, un cinéaste d’une trentaine d’années. Il fait référence aux branches armées du Hamas ou du Djihad islamique, qui envoient occasionnellement des missiles sur Israël ou commettent des attentats-suicides. Gaza n’est donc pas tant une prison qu’un exercice de punition collective massive.

Depuis 2012, Youssef Nateel a déposé chaque année quatre à cinq demandes de permis de sortie de Gaza pour présenter ses films documentaires dans des festivals, ou afin de se rendre à une formation aux États-Unis pour laquelle il avait obtenu une bourse. Elles ont toutes été refusées. Sans aucune explication. « Les Israéliens n’ont pas à se justifier », souffle-t-il. Il sait seulement qu’il a le mauvais âge, le mauvais sexe, le mauvais pedigree du point de vue de l’appareil sécuritaire israélien : celui d’un terroriste en puissance.

Youssef est donc cloîtré à Gaza, relié au reste du monde par Internet, grâce auquel il se forme lui-même avec des tutoriels en ligne. « Je veux progresser en tant que cinéaste, je veux grandir en tant qu’artiste, je veux me confronter au reste du monde, mais cela m’est interdit. Je ne compte plus toutes les opportunités que j’ai ratées. Ces dix dernières années ont été gâchées. Désormais, je n’ai plus qu’une seule aspiration : sortir à tout prix d’ici pour vivre ailleurs et ne pas gâcher la prochaine décennie. »

Une de ses amies, Yasmine Dawas, a plus de chance. Façon de parler. Toute récente diplômée de médecine, elle a trouvé du travail un jour par semaine dans un hôpital de Jérusalem pour traiter des enfants victimes de malformations cardiaques. En tant que jeune femme employée en Israël, elle peut obtenir un permis de sortie pour s’y rendre. Mais elle doit le renouveler chaque mois.

À la mi-janvier, elle reçoit un message sur son téléphone lui annonçant que son prochain permis durera trois mois. Elle saute de joie ! Puis elle lit les détails : elle n’a le droit de franchir les checkpoints que le mardi, jour où elle travaille. Les larmes lui montent aux yeux, elle détourne le regard. Là encore, nulle explication. C’est comme ça, c’est la règle israélienne.

Quand elle franchit le checkpoint pour se rendre à son travail, elle n’a le droit de rien emporter avec elle : pas de cosmétiques, pas de brosse à dents. Un jour, elle avait oublié un bâton de rouge à lèvres au fond de sa poche. Il lui a été confisqué et elle a dû plaider pour ne pas voir son permis annulé.

Malgré cela, Yasmine et Youssef s’estiment mieux lotis que la plupart des Gazaouis : leurs familles sont relativement aisées, ils ont pu faire de bonnes études, ils possèdent des réseaux à l’étranger. Mais la plupart de leurs concitoyens subissent le chômage et la précarité. Le taux officiel de chômage s’élève à 47 % et il grimpe à 60-65 % pour les jeunes diplômés. C’est un paradoxe de Gaza : le taux d’alphabétisation des moins de 24 ans dépasse les 99 %, les universités sont ouvertes et de bon niveau, mais une fois leur cursus terminé, les diplômés sont cantonnés à un territoire exsangue, coupé du reste du monde.

En 2012, l’UNRWA, l’agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens, nombreux à Gaza, avait publié un rapport dont le titre s’affichait poliment interrogatif, même si la réponse était négative : « Gaza sera-t-il vivable en 2020 ? » Aujourd’hui, les instances internationales, les ONG et même certains responsables israéliens se demandent s’il ne faudrait pas avancer la date de deux ans, c’est-à-dire envisager que Gaza ne soit plus vivable fin 2018. Aux problèmes d’eau, d’électricité ou de chômage précédemment évoqués s’ajoutent une véritable crise sociale et psychologique, ainsi que les évolutions politiques récentes, qui obscurcissent encore davantage les perspectives des Gazaouis.

Responsable de projets dans une ONG d’assistance psychologique, Lubna Beseisso observe le tissu social se détériorer jour après jour. « Quand nous entendons le tonnerre, la plupart d’entre nous sursautons en imaginant que c’est un nouveau bombardement. Nous sommes traumatisés par les guerres, mais aussi par le blocus, l’enfermement, la division politique, explique-t-elle posément, s’incluant parfois dans les cas qu’elle décrit. Les gens ne peuvent pas vivre dans un état de stress perpétuel sans que cela n’affecte la société dans son ensemble. »

Les disputes intrafamiliales, la violence, la dépression, tout cela est en hausse constante. Il y a désormais des sans-abri à Gaza, phénomène inconnu il y a encore quelques années du fait des solidarités. « La semaine passée, nous avons recensé un crime inédit dans l’histoire palestinienne : une femme a tué son mari puis l’a démembré. Ici, les gens avaient l’habitude de se préoccuper les uns des autres. Nous avons bien entendu toujours eu des vols, des meurtres ou de la violence dans les familles, mais jamais dans de telles proportions ni avec une telle agressivité. Le tissu social est en train de se déchirer. »

« Gaza est un véritable chaos politique »

D’après une étude scientifique sur les troubles psychologiques au Moyen-Orient publiée début 2017, les Palestiniens figurent au premier plan de toutes les populations de la région en matière de « désordres mentaux ». Le lien est directement établi entre ces perturbations et le demi-siècle de violence et de conflits, l’occupation israélienne et la répression qui l’accompagne. « Outre les différents symptômes de stress post-traumatique ou liés aux angoisses quotidiennes, nous souffrons de ne jamais pouvoir envisager le futur, s’attriste Lubna Beseisso. Nous avons appris depuis notre enfance à ne pas planifier notre avenir. » Ce qu’Ayah al-Wakil, une jeune juriste, résume ainsi : « Nous essayons de ne jamais espérer trop car nous ne voulons pas être déçus. »

Une des rares choses qui semblent fonctionner correctement et avec régularité à Gaza est Internet, seul véritable lien avec l’extérieur pour la plupart des Gazaouis. Mais là encore, par la grâce ubuesque des autorités israéliennes, Gaza est interdite de réseau téléphonique 3G (la Cisjordanie vient juste d’être autorisée à déployer cette technologie vieille d’une décennie…). « Nous ne voyons que rarement des étrangers ou d’autres cultures, nous appréhendons le monde au travers des réseaux sociaux, constate tristement Ayah al-Wakil. Mais bien évidemment, ce n’est pas comparable : un pan de l’expérience humaine nous est ôtée. »

Assis derrière son bureau de responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Gaza, Mahmoud Daher cache ses yeux las derrière ses lunettes. Après avoir passé en revue la longue liste des problèmes économiques et sanitaires qui affectent la bande de terre (à laquelle il faut ajouter, en plus de ceux déjà mentionnés, la pénurie de nombreux médicaments ou la dépendance à l’aide internationale de 80 % de la population), il assène avec la force de l’évidence : « Le problème de Gaza est de nature politique, il n’y a pas de solution médicale ou financière. »

 

 

 

La récente prise de position de l’administration Trump sur le statut de Jérusalem, et plus généralement son soutien sans ambages au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou, ont achevé de doucher les maigres espoirs qui subsistaient parmi la population palestinienne.

De surcroît, la « réconciliation » annoncée fin septembre 2017 entre le Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, semble au point mort. Il y a eu quelques visites des autorités de Ramallah et la prise de contrôle des checkpoints par les policiers palestiniens, mais aucune autre avancée. Les Gazaouis, qui espéraient l’injection d’argent frais ou un assouplissement du blocus israélien, ont déchanté et, aujourd’hui, ils perçoivent cela comme une déception de plus.

« Gaza est un véritable chaos politique, résume Khalil Shahin, directeur du Centre palestinien pour les droits de l’homme. Nous subissons un régime politique unique au monde en étant gouvernés par trois entités et demie. Il y a d’abord Israël, qui contrôle tous les détails de notre vie quotidienne. Il y a ensuite l’Autorité palestinienne, dont nous dépendons théoriquement mais qui ne fait pas grand-chose. Il y a le Hamas, qui régente ce qu’il peut, principalement la sécurité interne et l’économie locale. Et enfin, pour une demi-part, la communauté internationale au travers des ONG, des programmes d’aide et de l’ONU. »

Les Israéliens ont pris l’habitude de blâmer le Hamas (qui, avant de prendre le contrôle du territoire par les armes en délogeant l’Autorité palestinienne, avait remporté les élections libres) pour tous les maux de Gaza. Le mouvement islamiste, à la fois politique et militaire, est effectivement responsable de nombreuses attaques contre les Israéliens qui ont fait des dizaines de morts. Il exerce également un « monopole sur la corruption », comme le confie l’un de nos interlocuteurs, en taxant les produits qui rentrent à Gaza ou en organisant les trafics clandestins.

 

Il fait également peser une certaine pression sur la société en s’efforçant de faire taire tous ceux qui ont la parole un peu trop critique. « On ne parle pas du Hamas en public et on fait attention à ce que l’on poste sur les réseaux sociaux, dénonce un militant anticorruption, sinon ses miliciens débarquent chez vous au petit matin… » Pour autant, Gaza ne vit pas sous une chape de plomb islamiste. Les appels à la prière n’ont pas plus d’adeptes ici qu’en Cisjordanie et les femmes qui le souhaitent se promènent sans foulard sur les cheveux (même si elles sont rares).

« L’occupation est la matrice de toute la situation »

Mais le Hamas est usé par ses dix années de pouvoir, qui ont vu la situation se détériorer. Même Ahmed Yousef, l’ancien conseiller politique du leader du Hamas Ismaël Haniyeh, l’avoue sans détour : « La population espérait beaucoup de la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, mais elle est mal engagée. Les gens attendent de nouveaux dirigeants. Le Hamas porte sa part de responsabilité dans la situation présente, mais elle est moindre que celle d’autres acteurs. »

Au premier rang figure le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, dont toute la stratégie depuis 15 ans a été lentement déjouée par Netanyahou et annihilée brusquement par Trump. L’Égypte aussi, qui pourrait offrir un ballon d’oxygène pour Gaza l’asphyxiée mais préfère, au contraire, lui appuyer sur la glotte en laissant le passage de Rafah presque tout le temps fermé et en collaborant avec les Israéliens. « Personne ne nous épargne, personne ne fait preuve de compassion à notre égard », commente Ahmed Yousef, résigné.

Si le Hamas, l’Autorité palestinienne, l’Égypte ou parfois les pays occidentaux sont critiqués par les Gazaouis, tout ce beau monde n’arrive que loin derrière, en seconde place sur le podium des griefs. Personne à Gaza n’est disposé à absoudre Israël de son écrasante responsabilité. Car c’est bien l’État hébreu qui est la puissance occupante, qui contrôle les flux des marchandises et des personnes, qui restreint les faibles marges de liberté des Gazaouis et qui impose sa loi d’une main de fer dans un gant d’épines.

Un responsable de l’ONU à Gaza, qui préfère rester anonyme pour parler en toute franchise, résume l’équation ainsi : « Pas d’occupation signifie pas d’intifada et donc pas de mesures de rétorsion, donc pas de souffrance. » Puis il poursuit : « On peut blâmer de nombreux acteurs locaux et internationaux pour leur inefficacité, leur corruption, leur incompétence, leur idéologie ; on peut débattre sur ce qui a surgi en premier de l’intifada ou des représailles, à la manière du litige sur la poule et l’œuf ; mais ce ne sont que des conséquences de l’occupation, qui est la matrice de toute la situation. »

Lorsqu’il cesse de parler, ce haut fonctionnaire onusien ramasse quelques livres qui traînent et essaie de faire tenir cette petite pile en équilibre sur le bord de sa table de travail. Après de méticuleux ajustements, il y parvient. Il relève alors la tête vers nous et annonce : « Gaza est ainsi : toujours au bord du précipice. Un seul mouvement peut tout faire basculer. Les Israéliens déploient beaucoup de ressources en matière de sécurité et de renseignements pour maintenir Gaza en équilibre au bord de l’abîme. »

Avant de regagner le checkpoint d’Erez pour faire ce que la plupart des Palestiniens ne peuvent pas effectuer, à savoir quitter cette enclave par la porte, on s’arrête chez un agriculteur dont les champs et les serres touchent presque le mur de séparation entre Israël et Gaza. La fraise de Gaza possède une petite réputation. Elle est effectivement délicieuse : riche en goût et juteuse. Akram Abu Khosa a dû reconstruire plusieurs fois ses serres, fréquemment détruites lors des incursions des soldats israéliens, faire une croix sur différentes récoltes pour les mêmes raisons, mais il persiste dans son maraîchage, comme le faisait son père avant lui.

Aujourd’hui, son principal marché se situe à Gaza même, bien que cela lui rapporte moins que les exportations vers les pays du Golfe, qui comptent parmi ses clients. « Pour exporter, il faut que je récolte les fraises un peu en avance, mais pas trop afin de conserver un bon produit. Une fois que je les ai mises en barquette, elles doivent arriver chez les marchands en trois jours maximum. Le problème, c’est que je ne sais jamais si les Israéliens vont me laisser passer le checkpoint. Ils me connaissent et j’ai un permis d’exportation, mais c’est la loterie à chaque fois. Si mon camion est bloqué plus de 24 heures au poste de contrôle, c’est foutu, je perds ma cargaison. »

Selon Khalil Shahin, du Centre palestinien pour les droits de l’homme, depuis dix ans, moins de 5 % des exportations de Gaza ont été autorisées à sortir de la bande. Akram Abu Khosa continue malgré tout de tenter régulièrement sa chance avec une partie de sa récolte de fraises. Pour continuer à vivre de sa terre bien sûr, mais aussi par obstination. Afin de montrer aux Israéliens qu’il ne se laissera pas abattre malgré leur volonté de maintenir Gaza au bord du précipice. Trop pauvre et soumis pour se révolter, mais pas assez pour ne plus rien avoir à perdre que ses larmes et son sang.

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29 janvier 2018 1 29 /01 /janvier /2018 15:49

 

Somalie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye… Qu’est-ce qui peut définir une guerre « juste » ? Comment le mensonge et la propagande des États ont permis de s’émanciper de toute légalité et de tordre le droit international ? Ancien président de MSF, Rony Brauman publie un essai, Guerres humanitaires? Mensonges et intox. Entretien.

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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 20:08
Vera Baboun (photo La Vie)

Vera Baboun (photo La Vie)

La parole à Vera Baboun, maire de Bethléem
La chronique de Francis Wurtz (*)
FRANCIS WURTZ, DÉPUTÉ HONORAIRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
SAMEDI, 27 JANVIER, 2018
HUMANITÉ DIMANCHE
 

Face aux épreuves, elle s’engage : pour l’émancipation des femmes palestiniennes, pour l’éducation des jeunes, pour les droits fondamentaux de son peuple.

Vera Baboun, Palestinienne chrétienne, première femme élue maire de Bethléem en 2012, vient à Strasbourg, le 27 janvier, à l’invitation d’une association interculturelle (chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes, hindouistes), les Sacrées Journées. Elle présentera son livre au titre évocateur : « Pour l’amour de Bethléem. Ma ville emmurée » (1). Son récit autobiographique constitue à l’encontre de l’occupation, de la colonisation et tout particulièrement du mur d’annexion un acte d’accusation d’autant plus marquant qu’il émane d’une femme étrangère à tout extrémisme, à tout fondamentalisme, et qui parle de personnes juives israéliennes de son entourage – telle son enseignante à l’Université hébraïque – avec beaucoup de respect et de tendresse.

Sa narration est un condensé impressionnant de toutes les souffrances qu’endurent les Palestiniens : le traumatisme historique de la « Nakba » (la « catastrophe » de 1948) « en raison de l’expulsion et de la fuite de centaines de milliers de Palestiniens » ; le souvenir douloureux de l’enfant qu’elle était et de sa famille, en 1967, quand « les occupants lui ont tout pris » ; les espoirs déçus après les accords d’Oslo, en 1993, censés aboutir au règlement de « la question des frontières, des réfugiés, des colonies, de l’eau, du statut de Jérusalem... ». Aujourd’hui, c’est la rupture du lien sacré entre la Cisjordanie et Jérusalem-Est ; les humiliations aux « check-points » ; l’arbitraire total présidant à l’octroi des droits (exceptionnels) de passage de l’autre côté de « la muraille de béton de 8 mètres de haut » ; les confiscations de terres pour l’édification des colonies, pour la construction de routes de contournement interdites aux Palestiniens et pour l’érection du mur ; les interventions brutales et sanglantes des soldats israéliens contre des jeunes révoltés par l’oppression ; les arrestations de manifestants non armés ; les destructions de biens sur simple présomption de complicité ; sans parler des privations d’eau organisées, du chômage endémique et de la pauvreté de masse, faute d’activités économiques un tant soit peu normales. « L’emmurement est l’une des pratiques les plus radicales qu’une communauté humaine puisse endurer », souligne Vera Baboun.

Mais, pour elle, à l’image de son peuple, « baisser les bras, c’était couler ». Face aux épreuves, elle s’engage : pour l’émancipation des femmes palestiniennes, pour l’éducation des jeunes, pour les droits fondamentaux de son peuple. « Que fait le monde ? » s’interrogeait-elle, en 2003, dès l’apparition des premiers blocs de béton, des miradors, des projecteurs du futur mur de 773 km isolant 13 % du territoire de la Cisjordanie ! « Pourquoi les laisse-t-on construire ça ? » Et de relater la naïveté ou l’inconscience de tel représentant de l’Union européenne s’indignant récemment de l’absence des mères au chevet de leur enfant en train de mourir du cancer dans un hôpital spécialisé de Jérusalem ! La raison en est malheureusement simple : elles sont jeunes et habitent Gaza, aussi les autorités israéliennes leur ont-elles refusé le permis de passer !

En refermant ce livre poignant de vérité et de dignité, quiconque a du cœur se demande ce qu’il ou elle peut faire pour contribuer à faire avancer cette cause impérissable. Les priorités ne manquent pas : la reconnaissance de l’État palestinien par la France et l’Europe ; l’arrêt de toute importation de produits des colonies ; la libération de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers politiques, parmi lesquels notre concitoyen Salah Hamouri... Merci et bienvenue en France, Vera Baboun !

(*) Député honoraire du Parlement européen.
(1) Bayard Éditions, 2016.
Député honoraire du Parlement européen
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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 08:42
Stop à l'invasion Turque à Afrin - manifestation au conseil de l'Europe (photo L'Humanité)

Stop à l'invasion Turque à Afrin - manifestation au conseil de l'Europe (photo L'Humanité)

Feleknas Uca, députée kurde : « Nous sommes la force principale pour défendre les valeurs démocratiques au Moyen-Orient »
JEAN JACQUES RÉGIBIER
MERCREDI, 24 JANVIER, 2018
Manifestation devant le conseil de l'Europe

Députés et représentants politiques des mouvements kurdes se mobilisent en Europe pour dénoncer les bombardements ordonnés par Erdogan contre la ville d’Afrin en Syrie. Ils ont manifesté mardi à Strasbourg pour réclamer le soutien du Conseil de l’Europe.

Le Conseil de l’Europe à Strasbourg est depuis le début de la semaine le point de convergence de nombreux élus et représentants politiques Kurdes qui profitent de la session d’hiver de l’assemblée parlementaire ( qui réunit des députés de 48 pays d’Europe, dont la Turquie ), pour venir expliquer les conséquence des attaques menées depuis samedi par la Turquie contre le canton et la ville d’Efrin située en Syrie, et placée sous administration kurde. La tension est sensible, à l’intérieur même des bâtiments du Conseil, entre les élus et les diplomates turcs soutenant l’action militaire lancée par Erdogan, et les députés et les représentants kurdes qui dénoncent l’agression contre les civils, et soutiennent la résistance des combattants kurdes face à l’agression de la Turquie.

Dès samedi, les bombardements de l’aviation turque se sont accompagnés au sol d’une offensive du groupe djihadiste Hayet Al-Tahir ( ex-Font Al-Nosra, ex-Al-Qaïda ), allié d’Erdogan dans cette offensive menée contre une ville qui avait jusqu’à présent été épargnée par les combats de la guerre en Syrie. Selon plusieurs sources, il y aurait déjà plusieurs dizaines de morts, dont de nombreux civils. Erdogan vient de transformer la guerre contre Daesh en une guerre faite à ceux qui ont permis au Moyen-Orient de se débarrasser de Daesh.

Cette situation ubuesque n’a pas l’air pour l’instant de bouleverser la communauté internationale, Europe en tête, au delà des propos de circonstance : les Etats-Unis ont appelé la Turquie à « faire preuve de retenue », Emmanuel Macron a fait part à Erdogan de sa « préoccupation. » On ne saurait être plus aimable.

En attendant, sur place, les bombardements continuent.

« On a peur tous les jours. »

Hassan est originaire d’un village proche d’Afrin, situé à la frontière avec la Turquie. Aujourd’hui installé en Allemagne, il est venu mardi à Strasbourg participer à la manifestation, pour demander au  Conseil de l’Europe de réagir contre l’agression turque contre Afrin. En contact régulier avec ses trois sœurs et ses parents restés au village, il témoigne : « Les gens de ma famille m’expliquent qu’ils ont peur tous les jours, les enfants notamment sont très affectés. Ils me disent que les miliciens kurdes des YPG ( Unités de protection du peuple, ndlr ) les protègent, mais contre les bombardements de l’aviation, ils n’ont pas de solution. » Selon Hassan, ces bombardements n’empêcheront cependant pas les habitants d’Afrin et des villages voisins, de rester sur place. « On sait ce qu’on a vécu à Kobané ( 1 ), on risque de vivre la même chose à Afrin, mais on ne veut pas quitter notre terre, c’est là qu’on veut vivre en liberté, » affirme-t-il.

Un choix confirmé par une autre manifestante, Nazife Muhammed, qui habite depuis 2 ans en France, et qui elle aussi est en contact avec sa famille à Afrin. « Ce qui domine quand je les ai au téléphone, » explique-t-elle, « c’est effectivement la peur, mais malgré cela, ils vont rester sur place, ils veulent lutter car ils ne peuvent pas se résoudre à laisser faire Erdogan, qu’ils traitent de fasciste. »

Feleknas Uca, est une élue kurde turco-allemande. Elle a été députée européenne, membre de « Die Linke ». Elle est aujourd’hui députée du HDP de la ville de Diyarbakir à l’assemblée nationale de Turquie. C’est aussi une ancienne membre de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Elle explique : « selon nos dernières informations, ce sont les civils qui sont visés et tués. C’est triste à dire, mais ça ressemble à ce qui s’est déjà passé à Kobané, je suis vraiment inquiète de voir que les Turcs  font la même chose. Ce qu’ils veulent, c’est d’abord faire peur, installer la terreur à Afrin et dans les villages, pour ensuite faire partir la population. On insiste vraiment pour que cette opération cesse, sinon on ne sait pas jusqu’où ils vont aller.»

Pour Hassan également, ce sont bien les civils qui sont d’abord la cible de l’aviation turque. « J’insiste là-dessus », explique-t-il, « les Turcs disent qu’ils veulent s’en prendre aux milices armées, mais ce ne sont pas les YPG qui sont visés par les bombardements, ce sont les habitants. Et il n’y a pas que des Kurdes qui habitent à Afrin, c’est une ville très cosmopolite. Il y a des Arabes, des Syriens, des Arméniens, et différentes religions s’y côtoient. Beaucoup de gens sont venus se réfugier dans la région d’Afrin suite aux guerres qui ensanglantent le Moyen-Orient depuis des années. Ce qu’ils recherchent, c’est la protection des Kurdes, et ce qu’ils veulent, c’est simplement vivre en liberté. »

La députée de Dyarbakir Feleknas Uce, qui est elle-même Kurde yézidie, le confirme : la population d’Afrin et de ses environs est une mosaïque de communautés, de langues et de religions différentes :  « on parle d’Afrin et des Kurdes mais ce n’est pas qu’une communauté qui est visée. Il y a des Yézidis comme moi, mais aussi des Alevis et d’autres minorités ethniques. On ne veut pas qu’on connaisse encore une fois un massacre comme celui qui a été commis contre la population yézidie à Sinjar en août 2014 ( 2 ).»

Et elle ajoute : « Les Kurdes d’aujourd’hui ne sont pas les Kurdes d’il y a un siècle. Oui nous avons subi beaucoup de massacres et de génocides dans notre histoire. On peut dire que c’est la première fois malgré toute la répression, que les Kurdes sont autant unifiés pour défendre leurs territoires. On sait qui sont nos amis et qui sont nos ennemis, ceux qui font des calculs sur notre dos pour avancer leurs propres intérêts, on le sait, mais ce qu’on veut c’est qu’ils défendent les valeurs fondamentales de l’humanité. Ils ne doivent pas se taire face à une telle injustice, La Turquie n’a rien à faire à Afrin, il n’y a pas de Daesh à Afrin, c’est juste un système démocratique que les Kurdes ont organisé, c’est ça qui est visé, pas autre chose. »

 
 

Briser le mur du silence

Quand on demande aux Kurdes sur qui ils peuvent compter pour tenter de stopper l’agression de la Turquie contre Afrin, ils répondent invariablement : d’abord, sur nous-mêmes. Car, nul n’est dupe : si Erdogan a pu déclencher son attaque contre Afrin, alors que l’espace aérien de ce territoire syrien est sous le contrôle de la Russie, c’est que Moscou a donné son aval. Pourtant, selon Fayik Yagizay, le représentant du HDP auprès des institutions européennes, la Russie, pas plus que les Etats-Unis, ne peuvent être complètement d’accord avec l’invasion du nord de la Syrie par les Turcs. « Bien sûr, » explique-t-il, « on ne peut pas faire confiance aux grandes puissances, elles agissent toujours en fonction de leurs intérêts. Mais ni Les Russes, ni les Américains n’ont envie de perdre le contact avec les Kurdes. On ne pense pas qu’ils ont envie d’abandonner complètement les Kurdes, ils représentent une force de stabilité dans la région. »

Le représentant du HDP pense plutôt que les Russes ont donné leur accord à la Turquie pour un temps limité, « pas pour détruire complètement Afrin , » estime-t-il, ajoutant : «  nous ne pensons pas que ça va durer très longtemps.

L’Europe, dans cette agression menée par un pays membre du Conseil de l’Europe, et censé à ce titre en partager les valeurs, aura encore une fois, brillé par son silence. L’attaque contre Afrin a pourtant permis au régime d’Erdogan de donner quelques tours de vis supplémentaires dans les droits démocratiques et la liberté d’expression.

« En Turquie actuellement, » explique Feleknas Uca, « rien que le fait de prononcer le mot « Afrin », ou de l’écrire dans un article, suffit à vous faire arrêter. La seule propagande acceptée, c’est celle qui dit que l’on va tuer les miliciens kurdes. Erdogan l’a dit : il va tout faire pour faire taire tout le monde, surtout le HDP. L’Europe doit prendre une position claire. »

Ertogrul Kürkçü, est également député du HDP, membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et militant de la cause Kurde depuis plus de 50 ans. Il déplore lui aussi la « neutralité » de l’Europe qui reste silencieuse face aux menées militaires d’Erdogan. Mais selon lui, non seulement l’Europe n’est pas vraiment unifiée et il faut faire la différence entre les gouvernements et les forces vives de chaque pays. « Il y a des intellectuels, des syndicats, des associations qui ont des positions très correctes sur la situation. Les gouvernements eux, n’arrêtent pas de faire des erreurs, mais heureusement les peuples européens contrebalancent ces erreurs en soutenant les Kurdes d’Afrin et du Rojava. Je fais la distinction, » explique-t-il.

« Il faut se souvenir, » ajoute  Feleknas Uca, « c’était hier, les jeunes Kurdes contre les djihadistes. Ils se sont battus, ils ont sacrifié leur vie pour les valeurs qui sont celles défendues par l’Europe. Maintenant, on ferme les yeux sur ces gens qui ont défendu nos valeurs. Il y aura une responsabilité de l’Europe s’il y a un massacre à Afrin. Cette escalade ne peut pas amener de bonnes choses pour l’Europe. Il faut agir aujourd’hui, pas demain. » Et elle ajoute : « Nous sommes la force principale actuellement pour défendre les valeurs démocratiques au Moyen Orient. Ceux qui défendent la stabilité, la paix, les valeurs démocratiques doivent être avec nous. »

  1. ( 1 ) En juillet 2014, les djihadistes de l’Etat islamique ont lancé une offensive contre la ville kurde de Kobané, située dans le nord de la Syrie, près de frontière avec la Turquie. Défendue par les combattants kurdes des YPG et du PKK, Kobané a été occupée en partie par les djihadistes, avant d’être finalement libérée par les groupes kurdes avec le soutien des forces aériennes de la coalition. Cette bataille qui a duré jusqu’en juin 2015, a fait plusieurs milliers de morts, et plusieurs centaines de civils ont été massacrés par Daesh. Kobané est aujourd’hui le symbole de la résistance kurde. La ville a été déclarée « ville martyr. »

  2. ( 2 ) Le 3 août 2014, à la suite de la prise de la ville de Sinjar, dans le nord-ouest de l’Irak, les djihadistes de l’EI ont massacré plus de 500 Yézidis, dont des femmes et des enfants, et en ont réduit plusieurs milliers d’autres, spécialement les femmes, en esclavage. Les Nations Unies ont qualifié ces actes barbares de « tentative de génocide. »

 

Le PCF appelle la France à agir de manière résolue contre l'agression du peuple kurde par le régime d'Erdogan

 

Le PCF appelle la France à agir de manière résolue contre l'agression du peuple kurde par le régime d'Erdogan

Les récents évènements placent à nouveau le Kurdistan au cœur de l’actualité.

L’agression criminelle de la Turquie contre le canton d’Êfrin (nord de la Syrie) vise sans ambiguïté à éliminer les combattants kurdes qui, avec la coalition internationale, ont infligé une déroute à Daesh et mis en place des institutions démocratiques qui promeuvent le progrès social, le féminisme, l’écologie et la paix. La Turquie ouvre ainsi un nouveau chapitre meurtrier de la guerre en Syrie, lourd de conséquence pour tout le Moyen-Orient.

Parallèlement, R.T. Erdogan poursuit la polarisation, la fragmentation et la radicalisation de la Turquie. Exerçant un pouvoir dictatorial sans partage, il interdit toute forme de dissensus politique et qualifie de « traîtres » ou de « terroristes » tous les démocrates s’opposant à lui. La guerre contre les Kurdes a été relancée provoquant la destruction de villes, la mort de centaines de personnes et l’exode de 500 000 d’entre eux. La force de résistance demeure le HDP (Parti Démocratique des Peuples). L’Assemblée de Turquie a levé l’immunité parlementaire des députés HDP dont 18 ont été incarcérés et risquent des peines extrêmement lourdes de prison. 86 de leurs maires sont destitués et emprisonnés à côté de 5 000 cadres de leur organisation. Dans des conditions très difficiles, le HDP devrait tenir son congrès le 11 février 2018. Notre parti y sera représenté.

Enfin, après l’assassinat des trois militantes kurdes à Paris en 2013, le procès qui devait se tenir n’aura pas lieu en raison du décès du présumé coupable. Comme l’ont montré l’instruction et des révélations récentes, l’implication des services secrets et de l’État turc est avérée. La France se doit de poursuivre dans la voie judiciaire afin de traduire les commanditaires devant les tribunaux. Parallèlement, le Tribunal permanent des Peuples tiendra en mars 2018 deux audiences à Paris afin de juger les crimes de la Turquie au Kurdistan.

Le peuple kurde connaît une période de versatilité meurtrière et un environnement brutalisé qui hypothèquent les acquis de ces dernières années. Le PCF entretient des liens d’amitié et de solidarité avec les Kurdes depuis de nombreuses années.

 

 

Afrin : Toute intervention militaire turque ouvrirait un nouveau chapitre de la guerre en Syrie (PCF)

L'enclave kurde d'Afrin en Syrie est en danger. Les forces turques bombardent depuis plusieurs jours maintenant ce territoire et une invasion est imminente. Le président turc, R.T. 
Erdogan, de plus en plus isolé sur la scène internationale, a juré la perte de l'expérience démocratique kurde du nord de la Syrie (Rojava) dont les combattants ont été au premier rang dans la lutte contre l'organisation de l'Etat islamique. R.T. Erdogan, après avoir soutenu les groupes djihadistes, menace de semer à nouveau la violence dans une Syrie déjà meurtrie.
La France qui recevait, voici quelques jours, le président turc, l'Union européenne, mais aussi les pays engagés dans la coalition, les Nations unies doivent, dans l'urgence, peser de tout leur poids pour dissuader la Turquie de poursuivre dans cette voie qui ne ferait qu'ouvrir un chapitre supplémentaire à la guerre qui déchire la Syrie.
Le Parti communiste français (PCF) en appelle au président de la République, Emmanuel Macron, et à toutes les forces démocratiques, pour s'élever contre cette nouvelle agression turque contre le peuple kurde et l'intégrité territoriale de la Syrie.

Parti communiste français
Paris, le 19 janvier 2018

AFRIN : STOPPONS L’AGRESSION CRIMINELLE DE LA TURQUIE

La Turquie vient de lancer une sauvage agression dans le canton d’Afrin (Syrie) peuplé de Kurdes, d’Assyro-Chaldéens et d’Arabes. Les tirs d’artillerie, les bombardements de l’aviation ont ce dimanche 21 janvier 2018 fait 8 morts parmi les civils et de nombreux blessés. L’offensive s’est concentrée sur la ville d’Afrin, des villages environnants et un camp de réfugiés. Les forces turques présentent au sol encadrent plus d’un millier de djihadistes issus d’Al Nosra ou d’Al Qaïda.

La Turquie tente par tous les moyens d’instaurer la terreur contre un peuple qui n’a jamais constitué le moindre danger pour Ankara si ce n’est de tenter de bâtir une société démocratique et pacifique.

Cette invasion ouvre un nouveau chapitre de la guerre en Syrie alors que la lutte contre l’État Islamique semblait arriver à son terme. Les Kurdes ont joué, aux côtés de la coalition, un rôle déterminant dans l’éradication de la barbarie obscurantiste. La Turquie sème le chaos dans une Syrie déjà meurtrie par 7 années de guerre et viole la souveraineté d’un État souverain.

Le Parti Communiste Français condamne cette agression, appelle à la mobilisation et à l’union de toutes les forces démocratiques afin d’exprimer notre solidarité avec les populations d’Afrin.

À la demande de la France, le Conseil de Sécurité des Nations Unies se réunira en urgence le 22 janvier 2018. La France, l’Union Européenne, les membres de la coalition doivent condamner l’invasion turque, exiger l’arrêt des combats et le retrait immédiat des forces d’occupation.

Comme pour le Kurdistan Irakien, le nord de la Syrie doit être placé sous protection des Nations Unies, seul moyen d’assurer la sécurité des populations civiles.

Parti Communiste Français

21 janvier 2018

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 18:07

Le PCF aux côtés de Lula et du peuple Brésilien

Mercredi 24 janvier le Tribunal d’appel de Porto Alegre, en alourdissant la peine de l’ex-Président Luiz Inácio Lula da Silva sans preuves tangibles de corruption, vient de signer un véritable acte de guerre contre la démocratie.


Ce jugement orchestré depuis le début pour empêcher Lula d’être candidat en octobre prochain à la présidentielle, alors qu’il est le principal favori dans les sondages, est une véritable caricature judiciaire.
Les mêmes qui ont favorisé le coup d’Etat institutionnel de 2016 et ont depuis dilapidé le patrimoine et la richesse du pays en détruisant les programmes sociaux au service des populations les plus défavorisées, en bradant la souveraineté nationale du Brésil, applaudissent des deux mains. Les 3,72% de hausse de la bourse de Sao Paulo à l’annonce du verdict sont là pour s’en convaincre.
Il n’en reste pas moins que le combat est loin d’être terminé. La force de Lula réside dans le peuple brésilien qui reste fortement mobilisé avec une volonté démocratique qui traverse la majorité de la société. Celle-ci n'admet pas cette condamnation sans crime et sans preuve, et n’accepte pas l’odieuse manipulation de la justice à des fins de persécution politique.


Les partis de gauche, les mouvements sociaux, les démocrates du Brésil sont plus unis que jamais, renforcés par les nombreuses luttes qui ont mobilisé les foules ces derniers mois. Leur volonté est de porter rapidement la candidature de Lula à la présidentielle afin que le Brésil reprenne la route de l’émancipation humaine avec les autres peuples latino-américains.
Face à l’intolérable, le PCF reste aux côtés de celles et ceux qui luttent et aux côtés du combat de Lula pour la justice sociale.

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 16:15
Halte au massacre du peuple kurde! Stop Erdogan! Communiqué du MRAP (24 janvier 2018)

Halte au massacre du peuple kurde ! Stop Erdogan !

 

Samedi 20 janvier, l’armée turque a  attaqué, avec 76 chasseurs bombardiers la ville kurde d’Êfrin dans le Rojava (Kurdistan de Syrie) . Les bombardements ont déjà fait des dizaines de victimes civils dont de nombreux enfants. Des troupes terrestres ont commencé à entrer dans l'enclave d'Êfrin, appuyées par des milices djihadistes, menaçant de faire d'Êfrin un nouveau Kobanê.   La région d’Efrîn  abrite autant de réfugiés que le nombre de ses habitants, notamment des centaines de Yezidis qui avaient fui les massacres perpétrés par Daesh. Le camp de réfugiés de Roubar, qui abrite 20 000 personnes a , notamment, été  la cible de l’aviation turque .

Erdoğan a averti le Parti Démocratique des Peuples (HDP), à propos de toute tentative d’organiser des manifestations contre l’opération en Syrie : « Nous écraserons quiconque s’oppose à cette lutte nationale. Vous êtes suivis à la trace. Quelle que soit le lieu où vous sortirez, nos forces de sécurité seront sur vous. »

Nous nous devons de rappeler que les Kurdes de Syrie (avec leurs forces armées, les YPG et les YPJ) et leurs alliés arabes (avec lesquels ils ont formé les FDS, Forces Démocratiques de Syrie) ont été le fer de lance de la résistance et de la reconquête contre Daesh, mondialement salués  lors de la bataille de Kobané. Les pertes en vie humaine et matérielles ont été lourdes, la population du Rojava ne demandent maintenant qu'à vivre en paix.

Le système confédéral que les Kurdes ont choisi de mettre en place au Rojava en janvier 2014 ( administrations locales autonomes qui ont pris la forme de trois cantons.) ne peut que contribuer au développement de la démocratie et à l'instauration d'une paix durable au Moyen-Orient. Dans ces institutions nouvellement créées, les Arabes, les Assyriens, les Arméniens, les Turkmènes sont représentés à égalité avec les Kurdes. Les différentes confessions – musulmane, chrétienne, yézidie et alévie – sont également représentées . Les droits de l'Homme et la liberté sont garantis par la proclamation de « l'égalité hommes/femmes, l'interdiction du travail des enfants, des mariages forcés, de la torture ». L'école primaire est obligatoire et l'enseignement gratuit. Des droits nouveaux sont proclamés comme ceux du travail, du logement, de la santé avec notamment l'instauration d'un congé maternité. Trois langues officielles sont reconnues : le kurde, l'arabe et le syriaque. Les femmes sont largement représentées dans les gouvernements des trois cantons et l'une d'elle dirige celui d'Efrîn.

On comprend que le Rojava dérange le dictateur Erdogan ! Depuis plusieurs mois, l’armée turque préparait ouvertement une offensive contre le canton  d’Efrîn. Erdogan ne s’en cachait pas et tout le monde le savait lors de sa récente venue en France !

Le MRAP demande au gouvernement français d'intervenir de toute urgence pour que cesse le massacre du peuple kurde. Il demande à l'Union Européenne de prendre des sanctions économiques contre un pouvoir qui bafoue les droits de l'homme et le droit des peuples.

Il appelle à participer aux rassemblements qui se déroulent dans plusieurs villes de France, notamment samedi 27 janvier à 15h, Place de la République à Paris

Il est temps de dire « STOP ERDOGAN » !

Paris, le 24 janvier 2018

 

Retrouvez cet article sur le site internet du MRAP

-- 
Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
43 Boulevard Magenta - 75010 Paris
01.53.38.99.82
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