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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 15:36
Le traité de libre-échange avec le Canada, préfiguration du transatlantique - Par Patrick Le Hyaric

Le traité de libre échange avec le Canada, préfiguration du transatlantique

lundi 10 octobre 2016

Depuis mai 2009, le Canada et l’Union européenne négocient dans le plus grand secret un accord de libre-échange dit de nouvelle génération. On l’appelle CETA pour Compréhensive Economic and Trade Agrément.

Les négociations se sont terminées en septembre 2014. Il est prévu qu’il soit signé le 27 octobre à Bruxelles lors d’un sommet bilatéral entre le Canada et l’Union européenne. Puis le parlement européen et les parlements nationaux devraient en débattre et voter. Avant cela, il doit être approuvé par le conseil des ministres le 18 octobre prochain.

Le contenu de l’accord est similaire au projet de traité pour créer le grand marché transatlantique. Il en est la préfiguration.

Déjà, 81% des entreprises américaines basées en Europe ont une filiale au Canada. Les grandes multinationales des États-Unis pourront donc bénéficier indirectement des dispositions présentes dans le texte canadien. Mais, elles pourront aussi utiliser ce que l’on appelle le chapitre 8 du traité (UE/Canada) pour poursuivre un Etat membre ou même L’Union Européenne devant le tribunal arbitral privé international. Elles le feront au motif d’une rentabilité abaissée suite à une délibérations politique au nom du progrès social et de l’environnement.

Le projet d’accord prévoit non seulement de supprimer les derniers droits de douane dans de nombreux secteurs dont l’agriculture, mais aussi d’harmoniser les différentes règlementations pour favoriser le commerce. C’est évidemment une autre façon de décrire le démantèlement de nos lois, de nos normes sociales, sanitaires et environnementales.

L’une des inquiétantes nouveautés de ce traité, est qu’il est baptisé par Des négociateurs pourtant si peu poètes, « accord dit vivant », c’est-à-dire, qu’il institue des comités regroupant des « experts » canadiens et européens qui seront chargés de faire évoluer son contenu.

Ils recouvrent des compétences diverse comme : le commerce des marchandises, l’agriculture, vins et spiritueux, la pharmacie, les services et les investissement, la douane commune, la coopération, les mesures sanitaires et phytosanitaires, les marchés publics, les services financiers, le commerce et développement durable, la coopération réglementaire, les indications géographique.

Ces comités dont les membres ne sont pas élus mais nommés sont un instrument parfait de la mondialisation ultralibérale. Ils permettent d’élargir et de faire vivre l’accord en dehors de tout contrôle démocratique contre les populations et l’intérêt général. Tous les comités n’auraient pas les mêmes compétences, par exemple, celui en charge des mesures sanitaires et phytosanitaires a le pouvoir d’amender le texte du traité alors que celui du développement durable a des fonctions beaucoup plus limitées.

On mesure ici a quel point ce système prédateur est conçu dans les moindres détails... (LIRE LA SUITE)

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:37
La politique étrangère de la Turquie décryptée (La Riposte, 7 octobre 2016)

La Turquie signe des accords de coopération avec la Russie, contre laquelle elle fait la guerre en Syrie. Elle veut lutter contre Daesh, mais bombarde les milices kurdes qui le combattent. Grande alliée des États-Unis, elle accuse Washington d’aider le terrorisme. Elle demande l’adhésion à l’Union Européenne, mais l’accuse de complaisance à l’égard du coup d’État de juillet 2016. L’hostilité de la Turquie à tout ce qui pourrait favoriser l’autonomie ou l’indépendance des zones kurdes n’a pas empêché la Turquie d’importer du pétrole en provenance la région autonome des Kurdes irakiens. La politique extérieure de la Turquie est complexe et souvent contradictoire.

La Turquie moderne résulte de la chute et du démembrement de l’Empire Ottoman à l’issue de la Première Guerre Mondiale. À son apogée, l’empire recouvrait un territoire englobant pratiquement toute la côte nord-africaine, l’Égypte et le Sinaï, la côte orientale de la Mer Rouge et de la Méditerranée, les terres qui s’étendent de l’Anatolie jusqu’au Golfe d’Arabie, ainsi que les contours de la Mer Noire, les Balkans et toute la partie de l’Europe qui se situe entre la Mer Noire et l’Adriatique, bien au-delà de Budapest et jusqu’aux portes de Vienne et de Krakow. L’Empire ottoman a joué un rôle majeur dans le façonnement de l’Europe, à l’époque, tout comme l’Europe a exercé une influence profonde sur l’évolution interne de l’empire. Après sa chute, on voit l’émergence de l’État national turc, sous la direction de Kamal Atatürk, sur un territoire qui va d’Istanbul, à travers l’Anatolie et jusqu’aux montagnes de l’Est.

L’Europe, l’Asie et les pays arabo-musulmans se rencontrent sur les frontières orientales de la Turquie. C’est dans cette région, traversée par de nombreux conflits, tensions et guerres, que se trouvent les vastes zones kurdes, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Irak, et la Syrie. A l’ouest, Istanbul ouvre sur la péninsule européenne, mais plus immédiatement sur les pays les plus faibles et instables du continent. Les détroits du Bosphore sont le seul point de passage maritime entre la Mer Noir – et donc la Russie – et la Méditerranée.

La Turquie est donc une grande puissance régionale, bordée d’États instables et de zones de conflit, qui participe au « grand jeu » de rivalités impérialistes impliquant les États-Unis, la Russie, l’Union Européenne, l’Iran, Israël, l’Arabie Saoudite et l’Égypte. Son développement économique et son équilibre social interne – entre les classes et les nationalités, entre « laïques » et « islamistes » – dépendent de sa capacité à sécuriser et contrôler son environnement international. La politique étrangère de la Turquie est une extension de sa politique intérieure. Ses guerres, pour paraphraser Clausewitz, ne sont que la continuation de cette politique par d’autres moyens.

L’intervention militaire de la Turquie en Syrie a pour objectif principal de contenir et si possible de réduire le déploiement des milices kurdes engagées dans la guerre contre Daesh. Prévue depuis longtemps, cette intervention ne pouvait se faire sans des négociations préalables avec la Russie. La Russie appuie le régime syrien actuel, qui constitue une pièce maîtresse dans ses intérêts économiques, militaires et stratégiques dans la région. La chute du régime actuel signifierait non pas un simple « passage des pouvoirs » à un régime pro-occidental, comme les États-Unis et les puissances européennes l’avaient initialement imaginé, mais l’éclatement du territoire syrien en zones d’influence des différentes forces militaires en présence. La déstabilisation accrue de l’ensemble du Proche-Orient qui en résulterait n’est dans l’intérêt d’aucune des grandes puissances mondiales, mais porterait un coup particulièrement grave aux intérêts de la Russie. L’« État Islamique » perd du terrain et sera militairement vaincu tôt ou tard. Le problème est celui de savoir par quoi sera-t-il remplacé. Damas restera sous le contrôle d’un régime pro-russe, qui devra tenter, par la suite et avec l’appui de la Russie, de rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire syrien. Ceci impliquerait non seulement le retrait des forces turques, mais aussi des milices kurdes. Cette considération constitue un élément essentiel de l’accord conclu entre la Russie et la Turquie.

La Russie et la Turquie ont beau se faire la guerre une quinzaine de fois dans l’histoire, comme elles se font la guerre en Syrie actuellement, mais sur le plan économique, elles ont tout intérêt à s’entendre. Après l’Allemagne, la Russie occupe la deuxième place dans le chiffre d’affaires des échanges commerciaux turcs. Les investissements russes sont lourdement présents dans la téléphonie, le secteur énergétique, dans la sidérurgie et la production de matériaux de construction. La Russie est le principal fournisseur d’énergie de la Turquie, à qui elle livre 55 % de ses besoins en gaz et 30 % en pétrole. Il y a aussi les projets majeurs que sont le gazoduc Turkstream(contournant l’Ukraine) et la construction d’une centrale nucléaire russe sur le site d’Akkuyu, dans la province de Mersin. Les investissements turcs dans l’économie russe sont très importants dans de nombreux secteurs, dont notamment l’agroalimentaire, la verrerie, l’électrotechnique, la transformation du bois, la construction, le tourisme et le secteur bancaire. D’ici 2020, les échanges commerciaux entre les deux pays atteindront 100 milliards de dollars. Frappée de sanctions économiques depuis l’invasion de la Crimée et son implication dans l’est de l’Ukraine, la Russie voit dans la Turquie un partenaire commercial de premier plan. D’où la réaction mesurée de la Russie à l’abattage d’un avion militaire russe par la Turquie en novembre 2015.

Cependant, les accords entre la Russie et la Turquie n’étaient pas limités aux questions économiques. Auparavant, les frappes aériennes russes en Syrie visaient, en plus des positions de Daesh, les milices soutenues par la Turquie. La Russie avait même menacé d’abattre tout avion militaire turc qui franchirait la frontière syrienne. Le changement dans la politique de Poutine à cet égard s’explique avant tout par la nécessité de défendre ses propres intérêts après la désintégration de l’« État Islamique ». Le principal obstacle au rétablissement de l’autorité de Damas – et par extension, aux intérêts russes – sur l’ensemble du territoire syrien, à ce moment-là, sera l’implantation et la puissance de feu des milices kurdes (YPG). Malgré le conflit entre la Turquie et la Russie en Syrie, elles ne pourront pas tolérer le maintien des positions kurdes après la défaite de Daesh. Pour la Turquie, la formation d’enclaves kurdes permanentes serait particulièrement dangereuse, car elle renforcerait les Kurdes dans leur lutte contre l’État turc. Si Poutine a autorisé l’intervention militaire de la Turquie, c’est parce qu’il sait que les opérations menées contre les Kurdes vont dans le sens de ses propres objectifs stratégiques. Le problème kurde est aussi une préoccupation majeure de l’Iran. L’émergence d’un État indépendant kurde est une possibilité que Moscou, Washington, Damas, Ankara et Téhéran veulent étouffer dans l’œuf. Aucune des puissances impliquées dans la guerre syrienne n’acceptera que les YPG conservent les positions acquises dans leur combat contre Daesh.

La Turquie s’efforce également de « normaliser » ses rapports avec Israël. Netanyahu a annoncé le versement de 20 millions de dollars au titre de l’indemnisation des victimes de son attaque contre des bateaux apportant de l’aide humanitaire à Gaza en 2010, au cours de laquelle neuf personnes d’origine turque ont été tuées. En retour, la Turquie a abandonné ses réclamations à ce sujet, laisse tomber la revendication de la levée du blocus israélien contre Gaza et s’engage à empêcher l’organisation d’opérations contre Israël de la part des structures du Hamas en Turquie. Des intérêts économiques sous-tendent cet accord. Israël veut exploiter les champs de gaz sous-marins au large de sa côte et la Turquie cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz. Dans le même but, la Turquie importe du pétrole en provenance de la région semi-autonome kurde en Irak. À défaut de l’approbation de Bagdad – et peu soucieux de la lutte des Kurdes en Turquie – les autorités kurdes à Erbil livraient officieusement du pétrole à l’État turc au moyen de convois de camions-citernes depuis 2013. Mais un accord récemment conclu entre le gouvernement régional kurde et le gouvernement central a ouvert la voie à une liaison directe par oléoduc, permettant la vente de 200 000 barils de brut par jour à la Turquie.

La Turquie est une puissance impérialiste montante dans une région du monde qui est particulièrement instable. Par la force des circonstances, elle jouera un rôle de plus en plus important dans la politique régionale et mondiale. Membre de l’OTAN, alliée historique de l’Etat d’Israël et demandeuse d’adhésion à l’Union Européenne – même si cela semble désormais impossible – la Turquie est néanmoins contrainte, afin de protéger ses intérêts stratégiques et économiques de s’entendre avec la Russie et l’Iran, fût-ce au détriment de ses alliances occidentales. Compte tenu de l’hostilité de toutes les puissances impérialistes régionales et mondiales, l’émancipation nationale et sociale des Kurdes est impossible en dehors d’un renversement radical du rapport de forces entre les classes, soit en Europe, soit au Moyen-Orient, soit en Afrique du Nord. Les grandes puissances sont d’accord pour que les YPG versent leur sang pour combattre Daesh, mais se retourneront de façon violente et implacable contre les combattants kurdes quand elles n’en auront plus besoin. Une victoire de la révolution tunisienne ou de la révolution égyptienne, aboutissant à la prise du pouvoir par les travailleurs et la fin du régime capitaliste, aurait radicalement transformé la position des travailleurs kurdes, comme celui des travailleurs palestiniens. Mais le déraillement et la défaite de ces révolutions – même si, à terme, elles pourront éventuellement renaître – ne font qu’assombrir les perspectives pour le combat contre l’oppression nationale et sociale dans la région.

Dans de nombreux pays, dont la Syrie, l’Irak et la Libye, les travailleurs et leur capacité de lutte contre le capitalisme ont été complètement détruits. Mais ce n’est pas le cas partout et ce n’est pas le cas de la Turquie. La réaction bat son plein sous l’égide d’Erdogan, mais elle n’est pas encore parvenue à détruire les organisations politiques et syndicales des travailleurs turcs. C’est sur leurs épaules que repose dans une large mesure le destin non seulement des travailleurs turcs et kurdes, mais de tous les peuples aux alentours. Le problème de fond est celui de la conscience politique des travailleurs. L’autodétermination nationale est Kurdes est une revendication progressiste, mais l’émancipation sociale et nationale des Kurdes est indissociable du renversement révolutionnaire de la classe capitaliste. Il faut s’efforcer d’en convaincre les travailleurs et les unir dans une lutte commune, indépendamment de considérations de nationalité ou de religion pour en finir avec l’enfer capitaliste et impérialiste. Le socialisme est impossible tant qu’il n’est pas compris et voulu par les travailleurs.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 20:20
Declan Kearney, dirigeant du Sinn Fein

Declan Kearney, dirigeant du Sinn Fein

« L’idéologie du républicanisme irlandais trouve ses racines dans la Révolution française : liberté, égalité, fraternité. » D’emblée, le décor était planté, le 24 septembre dernier, quand le Président du Sinn Fein, Declan Kearney, prit la parole sous la coupole de la maison du Parti communiste français, où Pierre Laurent venait de lui souhaiter la bienvenue. Heureuse initiative que cette rencontre chaleureuse entre deux forces de la gauche européenne dont beaucoup d’observateurs sous-estiment grandement les convergences de vue politiques tout comme la qualité des rapports humains entre militants ou dirigeants des deux partis.

En France, on connait surtout le Sinn Fein pour sa lutte politique en Irlande du Nord en faveur de la réunification de l’île, et donc pour que soit mis fin à l’occupation anglaise de la partie septentrionale du pays. Quelle expérience , en effet ! Depuis 18 ans, sur la base de l’accord historique et atypique dit « du Vendredi saint », ce parti co-dirige la province…avec la formation politique diamétralement opposée, le DUP, qui représente la droite dure, résolue à obtenir le maintien de la région dans le giron britannique ! L’intelligence politique du Sinn Fein a réussi jusqu’ici à surmonter toutes les tensions et les crises , aussi bien celles provoquées par Londres -qui cherche à limiter l’autonomie de l’Irlande du Nord- que celles suscitées au sein du gouvernement régional de Belfast par les peu coopératifs « partenaires » conservateurs, d’autant plus nerveux qu’ils constatent la popularité croissante du Sinn Fein, tant au Nord de l’île que dans le reste du pays.

Et c’est bien là qu’il faut mesurer la nouvelle donne irlandaise depuis quelques années : le Sinn Fein est devenue l’étoile montante de la scène politique irlandaise dans son ensemble. Aux dernières élections (2016), il est même devenu, avec 14% des suffrages, la troisième force de la République d’Irlande, bousculant le jeu politicien des partis ultra-libéraux qui s’y partageaient le pouvoir jusqu’ici. A côté des leaders emblématiques -en particulier le charismatique Gerry Adams- a émergé une nouvelle génération de dirigeants et de dirigeantes, que représente si bien Mary Lou Mc Donald, mon ancienne collègue du groupe GUE au Parlement européen, aujourd’hui députée au Parlement de Dublin et Vice-présidente de son parti.

La réunification de l’île reste plus que jamais, le coeur du projet du Sinn Fein . Le « Brexit » vient même d’en exacerber l’enjeu en menaçant de ressusciter la frontière entre l’Irlande de Nord -dès lors, en principe, hors de l’Union européenne- et le reste du pays, membre de l’UE. Pas question de « subir le Brexit » a souligné Declan Kearney à Paris : 200 000 emplois sont liés au commerce entre les deux parties de l’île et 10% de l’économie d’Irlande du Nord dépendent de son maintien dans l’Union européenne. « Le Sinn Fein croit que ce contexte représente une opportunité stratégique pour promouvoir la lutte pour mettre fin à la partition du pays ».

Mais cette authentique force de gauche ne se contente pas d’être le fer de lance de la lutte pour la réunification de l’Irlande. Elle est désormais largement reconnue comme le « moteur du changement social et politique » dans l’ensemble du pays, et notamment « la principale force politique contre l’austérité », a insisté le dirigeant irlandais. Pas étonnant que le nombreux public présent à « Fabien » pour cette belle occasion ait manifesté sa solidarité avec ces amis encore trop mal connus alors qu’ils représentent aujourd’hui un acteur majeur de la gauche européenne. La soirée s’est logiquement poursuivie en trinquant à la bière brune et en dansant au rythme endiablé des balades irlandaises…

Lire aussi:

Intervention de Declan Kearney, dirigeant du Sinn Fein, pour la réunification de l'Irlande permise par le Brexit, lors de la rencontre "Solidarité Irlande" du PCF avec le Sinn Fein le 24 septembre à l'occasion des 35 ans de la grève de la faim des prisonniers politiques irlandais

Le 24 septembre, Pierre Laurent et le PCF s'engagent avec le Sinn Fein dans la bataille pour la réunification de l'Irlande

LE SINN FEIN, ACTEUR MAJEUR DE LA GAUCHE EUROPEENNE (Francis Wurtz, L'Humanité Dimanche - 6 octobre 2016)
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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 15:32
Demirtas, le 4 septembre 2016

Demirtas, le 4 septembre 2016

Pierre Laurent parraine Selahattin Demirtas

Turquie

PIERRE BARBANCEY

JEUDI, 6 OCTOBRE, 2016

L'HUMANITÉ

Le secrétaire national du PCF entend défendre le coprésident du Parti démocratique des peuples menacé de prison et, à travers lui, les élus de cette formation.

Depuis la tentative de coup d’État du 15 juillet, le pouvoir turc se déchaîne contre toute forme d’opposition et d’expression. Des milliers de fonctionnaires ont été démis de leurs fonctions et/ou emprisonnés. Dans le domaine de la presse, de nombreux médias ont été fermés. Dernier en date, la chaîne de télévision considérée comme défendant les droits des Kurdes mais également ceux des femmes et des minorités en général, IMC TV, dont les émissions ont été interrompues en plein direct. La décision de justice concerne douze chaînes de télévision soupçonnées d’être liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, classé « terroriste » par Ankara) et accusées d’avoir soutenu la tentative de putsch. La direction de la chaîne IMC TV rejette en bloc les accusations et dénonce « une atteinte majeure à la liberté de la presse » qui n’a « pas sa place dans une démocratie ».

Cette atteinte à la liberté de la presse renforce la campagne « Stop Erdogan », lancée il y a peu. Parmi les actions menées, la défense des élus du Parti démocratique des peuples (HDP), dont l’immunité parlementaire est particulièrement menacée par une loi inique qui les vise directement : ils peuvent être traînés en justice en cas de procédures judiciaires à leur encontre, ce que ne cesse de faire la « justice » turque. C’est pourquoi, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et sénateur de Paris, a décidé de parrainer le coprésident du HDP, Selahattin Demirtas. Ce dernier, qui a été victime d’une tentative d’assassinat, fait l’objet d’une centaine de procédures judiciaires montées de toutes pièces et encourt plusieurs dizaines d’années d’emprisonnement. Vingt-quatre maires de son courant ont déjà été relevés de leurs fonctions par le pouvoir central. Plusieurs autres élus sont ou ont été emprisonnés.

« Selahattin Demirtas est l’homme de la main tendue, de la paix et la démocratie dans la dignité », estime Pierre Laurent dans un message vidéo. « Son engagement et sa popularité ont fait de lui un homme incontournable en Turquie et motivent aujourd’hui toute la haine que lui portent Erdogan et tous les nationalistes turcs. » Pour le sénateur de Paris, « Erdogan engage la Turquie dans un tragique engrenage de la guerre et de la répression ». Ce parrainage n’est pas un acte symbolique. Pierre Laurent s’engage à faire connaître à la représentation nationale française et à l’opinion publique de son pays la situation de Demirtas. « Avec tous les communistes, j’appelle la France et l’UE à faire clairement entendre à la Turquie qu’elle ne doit plus violer impunément les droits humains. »

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 12:46
Alep/Syrie: halte au massacre! Halte à la barbarie! Arrêt immédiat des bombardements! Déclaration unitaire EELV, Ensemble, NPA, PCF

ALEP / Syrie : communiqué d'EELV, d'Ensemble!, du NPA et du PCF

Halte au massacre !

Halte à la barbarie !

Arrêt immédiat des bombardements !

Trêve des combats pour permettre l’acheminement des aides nécessaires à la survie des habitants d’Alep !

Alep subit un déluge de feu Les avions russes et ceux du régime larguent des bombes anti-bunker dont la puissance permet d’effondrer des immeubles entiers sur leurs habitants et la destruction des abris souterrains. Les bombardements visent des hôpitaux et des écoles, et constituent des crimes de guerre. La population, prise entre les djihadistes et les armées du régime, est privée d’eau et d’alimentation. Face aux crimes de guerre et au martyr infligé à la population d’Alep, il faut redire que compte tenu que c’est la population civile qui est la principale victime, cette guerre doit cesser sur le champ pour laisser la place aux négociations et transitions politiques. L’urgence est de sauver les habitants d’Alep. Partis de gauche et écologistes, au-delà des analyses différentes qui sont les nôtres quant aux causes d’une telle situation et des réponses à y apporter, nous disons ensemble :

° Halte au massacre ! Halte à la barbarie !

° Arrêt immédiat des bombardements !

° Trêve des combats pour permettre l’acheminement des aides nécessaires à la survie des habitants d’Alep !

EELV Ensemble ! NPA PCF

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 08:31
Un accord cynique entre l'Union Européenne et l'Afghanistan pour l'expulsion des réfugiés afghans: communiqué du MRAP

Communiqué de presse du MRAP

Un accord cynique entre l'Union européenne et l'Afghanistan 5 millions d'Afghans ont fui leur pays en guerre. 180 000 ont demandé l'asile en Europe en 2015 !

La guerre civile se poursuit depuis des dizaines d'années.

Alors que des milliers de migrants continuent de risquer leur vie en traversant la Méditerranée, alors que des centaines d'entre eux y meurent, l'Union européenne vient de signer avec le gouvernement afghan un accord pour organiser le renvoi massif de déboutés du droit d'asile dans leur pays.

En "échange" l'Union européenne contribuerait financièrement au développement de l'Afghanistan. Le marchandage est tristement habituel avec les pays de départ des migrants : un soutien financier ou économique contre la "réadmission" des déboutés du droit d'asile... L'Afghanistan serait-il devenu un pays "sûr" ?

Le ministère français des affaires étrangères considère que "la situation de sécurité demeure très dégradée, fragile et instable", que "les combats revêtent toujours une forte intensité, particulièrement dans le Sud, le Sud-Est, le Centre et l’Est".

Que faut-il de plus ?

Rien ne peut justifier le renvoi de réfugiés vers l'Afghanistan (l'objectif de l'UE serait de 80000 expulsions y compris des femmes, des enfants, des mineurs isolés).

L'UE doit renoncer à cet accord inique et hypocrite. L’Union européenne continue de se construire comme un bunker sourd et aveugle à la détresse des migrants, niant leur droit à la sécurité dans le pays de leur choix. Il faut une toute autre politique d'accueil qui respecte les Droits Humains. Le MRAP soutien l’appel à manifester devant l'Ambassade d'Afghanistan (entre Place de l'Alma et Avenue Ingres à l'angle de l'Avenue Raphael, ce 5 octobre, 15 heures) pour protester contre la signature d'un tel accord.

Paris, le 5 octobre 2016 -

Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 06:32
Le groupe de Visegrad, une union nationaliste en Europe (l'Humanité)

Il y a tout juste 25 ans, le 15 février 1991, trois pays d’Europe centrale formaient, dans un village hongrois, une alliance pour favoriser leur intégration européenne.

Baptisé Visegrad 4 (V4) en 1993, après la partition de la Tchécoslovaquie, ce groupe un peu oublié est aujourd’hui un bloc nationaliste virulent au sein de l’UE. C’est un anniversaire qui passera sans doute inaperçu en Europe de l’Ouest.

Il y a vingt-cinq ans, le 15 février 1991, le président polonais Lech Walesa, son homologue tchécoslovaque Vaclav Havel et le premier ministre hongrois Jozsef Antall se retrouvent dans le village hongrois de Visegrad pour y créer une structure informelle entre ces trois pays d’Europe centrale. Ils y signent une « déclaration de coopération », dont l’objectif est de parvenir à leur intégration européenne. Le triangle, ou groupe de Visegrad, est né. Le lieu choisi ne doit rien au hasard. C’est ici, dans le château royal, qu’en 1335 les rois de Hongrie, de Bohême et Pologne scellèrent une alliance. En 1993, après la dissolution de la Tchécoslovaquie, le groupe de Visegrad comprend alors quatre membres et est baptisé Visegrad 4, ou V4. Il ne possède pas de siège, ni d’institution propre. Les quatre premiers ministres du V4 se retrouvent une fois par an, lors d’un sommet dans le pays qui préside le groupe de Visegrad.

Depuis le 30 juin 2015, c’est la République tchèque. Chaque présidence établit un programme d’actions et un calendrier des réunions à tous les échelons de la coopération.

Depuis l’année 2000, un Fonds international de Visegrad est installé à Bratislava. Il finance des projets dans les domaines de l’éducation, la culture ou des sciences.

En 2016, un bataillon visegradien devrait voir le jour. Septembre 2015, Visegrad sort de sa torpeur De 1993 à 1998, les pays du V4 ne font pas preuve d’une réelle solidarité. Dans la course à l’Europe, c’est la stratégie du cavalier seul qui s’impose. De plus, Prague, Budapest et Varsovie ne souhaitent pas trop s’afficher avec le premier ministre slovaque, le nationaliste et pro-russe Vladimir Meciar. Le départ du pouvoir de Meciar mais aussi du premier ministre eurosceptique tchèque Vaclav Klaus change la donne. Le V4 la joue plus collectif. Avec succès. En 1999, la Hongrie, la République tchèque et la Pologne intègrent l’Otan. Puis, en 2004, l’Union européenne, avec la Slovaquie qui rejoint cette même année l’Otan. Sans son appartenance à Visegrad, la Slovaquie aurait sans doute dû attendre le prochain élargissement pour faire partie de l’UE. Avec cette double intégration, le V4 remporte une victoire mais perd sa raison d’être. Il tombe en désuétude. Ses dirigeants continuent néanmoins de se rencontrer. « Ils se sont opposés à l’harmonisation fiscale de l’UE, ont demandé de concert une plus grande mobilité sur le marché du travail européen et défendu la sauvegarde du Fonds social européen, dont ils relèvent pour environ 1,3 % du budget », rappelle l’historien Georges Mink dans son récent livre, la Pologne au cœur de l’Europe.

Le 4 septembre 2015, à Prague, le groupe de Visegrad sort de sa torpeur et frappe un grand coup sur la scène européenne. Ses dirigeants, qui ne cessent de multiplier des propos antimusulmans, adoptent une déclaration qui rejette les quotas de réfugiés par pays imposés par Bruxelles. La Slovaquie, suivie de la Hongrie, saisit ensuite la justice de l’UE pour dénoncer ces quotas. « Ils n’ont pas confiance dans le modèle occidental d’une société multiculturelle (...). Voilà des positions qui peuvent unir des gouvernements aussi différents que celui de la droite nationaliste hongroise de Viktor Orban ou du social-démocrate slovaque Robert Fico », explique à Radio Prague le politologue Jacques Rupnik. Le pouvoir polonais rêve d’étendre le V4 à d’autres pays La victoire, le 25 octobre, de la droite nationaliste polonaise et ses attaques contre l’État de droit sonnent comme un deuxième coup de semonce. Alors que la prochaine présidence tournante de l’UE va échoir à la Slovaquie, en juillet, Bruxelles redoute que le groupe de Visegrad ne devienne un bloc nationaliste virulent. Crainte d’autant plus justifiée que le nouveau pouvoir polonais rêve d’étendre le V4 à d’autres pays d’Europe de l’Est pour concurrencer l’axe franco-allemand. Mais un V4+ a peu de chance de voir le jour tant les positions de ses potentiels membres à l’égard de la Russie et de l’Allemagne divergent. « Pour une initiative régionale, 25 ans, cela représente l’âge de la maturité », affirme le politologue Tomas Strazay, membre de Think Visegrad, le laboratoire d’idées du V4. Selon lui, « les prochains mois seront un test : nous verrons si le groupe de Visegrad est prêt à entrer dans la maturité ou au contraire souhaite prolonger son adolescence ».

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 06:29
Référendum en Hongrie: Viktor Orban sort affaibli d'un référendum "imperdable" (PCF)

Referendum en Hongrie : Viktor Orban sort affaibli d'un referendum « imperdable » (PCF)

Les votants au référendum de dimanche en Hongrie ont, à 98,3 %, refusé d'accueillir des réfugiés dans le cadre d'une politique européenne d'accueil partagé. Mais ce referendum est invalidé par une participation au scrutin extrêmement basse (39,9%). Viktor Orban sort affaibli d'un referendum « imperdable ». Tout était bouclé. La question donnait l'impression d'une revendication démocratique contre un diktat de l'Union Européenne. La campagne publique organisait le black-out de ses opposants et des sommes astronomiques ont été dépensées dans des outils de communication de masse propageant clichés et haine raciste dans tout le pays. Comment alors ne pas voir une défiance, si ce n'est une forme de résistance, dans l'abstention massive des Hongrois ? Le PCF se félicite que Viktor Orban n'ait pas réuni de majorité populaire pour soutenir sa politique de haine et réaffirme son soutien aux courageuses forces démocratiques de Hongrie. Le crédit apporté jusqu'ici par notre gouvernement et l'UE, à cet autocrate violant régulièrement les droits et libertés de son peuple, et néfaste pour l'ensemble du continent, doit être reconsidéré, et les concessions au groupe de Visegrad stoppées. Seules des politiques européennes d'accueil des migrants, et de paix et développement humain, social et écologique au Moyen-Orient seront sont susceptibles d'apporter des réponses durables aux crises actuelles et de poser les bases d'un cadre de coopération et de sécurité collectives.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 14:13
A Alep, en Syrie, l'ONU dénonce une "honte humanitaire" (Médiapart, 2 octobre 2016)

A Alep et en Syrie, l’ONU dénonce «une honte humanitaire»

2 octobre 2016

Par Agathe Duparc- Médiapart

Les habitants des quartiers est d’Alep se terrent et meurent quotidiennement sous les bombes des forces syriennes et de l’armée russe. Samedi 2 octobre, le centre de traumatologie de la ville a été détruit, portant à quatre le nombre d’hôpitaux visés. Totalement impuissante, l’ONU dénonce des crimes de guerre et poursuit son travail de documentation.

De notre correspondante à Genève. - Des corps de bébés, d’enfants, de femmes et d’hommes qui pourrissent dans les décombres d’abris à vingt mètres sous terre, victimes probablement des « buster bunking », ces redoutables bombes capables de provoquer des destructions massives. Des monceaux de gravats dans les rues qui recouvrent des cadavres. Des scènes d’horreur dans les « hôpitaux », où des médecins à bout de force amputent et soignent à la chaîne, à même le sol. La mort à petit feu de ceux qui souffrent de maladies chroniques et ne peuvent plus se soigner.

La communauté des humanitaires le dit et le répète en boucle depuis quinze jours : la situation dans les quartiers est d’Alep, où 275 000 civils sont piégés, est devenue inqualifiable d’horreur. Aucune organisation humanitaire n’a pu s’y rendre depuis le 7 juillet, contrairement aux quartiers ouest, siège de violents combats, mais qui ont pu être approvisionnés par le Croissant-Rouge arabe syrien.

Depuis le 22 septembre dernier, début de l’offensive massive des forces armées syriennes et russes contre les insurgés du groupe islamiste Ahrar Al-Cham, les habitants de l'est vivent un cauchemar, victimes de bombardements incessants, massifs et indiscriminés. Samedi 1er octobre, l’hôpital M10, le principal établissement de traumatologie de la ville, dans le quartier d'Al-Sakhour, a été visé, selon des rebelles et des secouristes, par au moins sept missiles lancés par des avions russes et des hélicoptères syriens. Deux patients auraient été tués et treize autres blessés. C'est la seconde frappe de ce genre contre cet établissement. Au total, quatre hôpitaux (sur les huit existants) ont été visés par les raids aériens ces derniers jours, quatre unités chirurgicales ont été attaquées.

« L'hôpital [M10] est désormais complètement hors service. Des murs, des infrastructures, des équipements et des générateurs ont été détruits. Il n'y a plus aucun garde ou personnel sur place. [L'hôpital] est dans le noir complet », rapporte Mohammad Abu Rajab, radiologue de l'établissement interrogé par Reuters.

Les frappes aériennes se concentrent aussi sur les voies d'approvisionnement qui mènent aux secteurs tenus par les rebelles, la route Castello et le quartier de Malah, au nord de la ville. Les combats au sol font également rage dans le quartier de Souleiman Al-Halabi, la ligne de front au nord de la vieille ville d'Alep, et dans le quartier de Boustan Al-Pacha.

En l’espace de onze jours, 338 personnes (dont 160 d’enfants), principalement des civils, ont péri et 846 ont été blessées dont 261 enfants. À cela, s’ajoute une situation désastreuse dans tout le reste du pays. Les combats et les frappes aériennes se sont intensifiés à Deir ez-Zor, à Hama, à Homs, à Idlib, dans la région de Damas et dans d'autres gouvernorats. L’ONU estime que 861 200 Syriens vivent actuellement dans des villes difficiles d’accès ou assiégées.

« Par où commencer ? » À la tribune du Conseil de sécurité, jeudi 29 septembre, Stephen O’Brien, chef du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), n’a pas caché son profond désarroi, disant éprouver « une tristesse intense, de la frustration et une énorme colère devant l’horreur pure et débridée de ce qui se passe, bien au-delà de l’horreur qui prévalait déjà il y a quinze jours ». Pendant 25 minutes, il s’est livré à un terrible réquisitoire contre l’inaction de la communauté internationale, passant en revue de manière détaillée et concrète les « crimes de guerre » commis chaque jour en Syrie contre les civils, au mépris total des conventions de Genève.

Un discours d’une grande force: « Je m’adresse à vous, le Conseil de sécurité, pour vous présenter mon rapport sur la honte humanitaire qui prévaut aujourd’hui en Syrie et à l'est d'Alep. (…) Ce n'est pas là le résultat imprévisible de forces qui sont indépendantes de notre volonté. C’est dû à l'action des parties aux conflits et c’est le résultat direct de l'inaction – que ce soit par manque de volonté ou par incapacité – de la communauté internationale, y compris ceux qui sont présents dans cette salle », a-t-il lancé, se demandant s’il existait encore, « une ligne rouge à ne pas franchir » dans la « destruction meurtrière ». La veille, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, avait estimé que la situation qui régnait à Alep était « pire que dans un abattoir ».

Préserver les éléments de preuves des crimes de guerre Stephen O’Brien a qualifié de « triste distraction » l’annonce par les Américains et les Russes, le 10 septembre, d’un cessez-le-feu qui a été violé par les deux parties. Ce qui a permis de repousser, une fois de plus, la mise en place de « pauses humanitaires » hebdomadaires d’au moins 48 heures pour évacuer les nombreux blessés, réclamée depuis des mois par l’ONU, le CICR et différentes ONG.

Le directeur de OCHA a répété que les prétendus « corridors humanitaires » mis en place unilatéralement par la Russie ne fonctionnaient pas, très peu de gens se risquant à les emprunter. « Vous feriez la même chose si vous n’aviez aucun endroit où aller et si vous saviez qu’à chaque instant un sniper peut vous tirer dessus [quand vous empruntez ces corridors] », a-t-il lancé aux membres du Conseil de sécurité, rappelant que des militaires étaient postés au point d’entrée et de sortie de ces couloirs, avec aussi le risque d’être arrêté. « Nous l’avons souvent dit : les civils ne peuvent pas se déplacer avec un tel degré d’insécurité. »

Le responsable onusien a assuré qu’« un jour viendra où les individus et les institutions qui ont perpétré de manière impitoyable et cynique ces crimes de guerre ne pourront plus se cacher » et qu’il était du devoir de l’ONU « de préserver les éléments de preuve [de ces crimes] et de pointer du doigt le ou les États membres et leurs responsables, ainsi que les militaires, qui en sont responsables ».

Samedi 2 octobre, dans un nouveau communiqué, Stephen O’Brien a appelé à cesser « la démagogie politique ou la défense étroite des positions politiques et militaires [des parties au conflit] » pour reconnaître « la gravité et l’horreur de la situation actuelle et agir avant qu’il ne soit trop tard ». Le ciblage systématique des structures et des personnels de santé par l’armée syrienne et l’aviation russe, constitutif de crimes de guerre, est désormais au centre de l’attention de l’ONU. Et il continue à être méticuleusement documenté par différentes agences onusiennes et par la Commission d’enquête sur la Syrie qui lui a consacré un rapport en août dernier. Vendredi, à Genève, Rick Brennan, le chef des urgences humanitaires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a tiré la sonnette d’alarme 3, disant n’avoir « jamais vu cela en 23 ans de carrière sur le terrain dans différentes zones de conflit ».

À Alep-Est, seuls deux hôpitaux fonctionnent encore avec 135 lits et 30 médecins en activité. « Ils étaient 35 la semaine dernière », a précisé le docteur Brennan. Le 24 septembre, lors de frappes aériennes dans le quartier Jisr Al-Haj qui ont en partie détruit des entrepôts du Croissant-Rouge arabe syrien, l’un d’entre eux a été tué, en compagnie de son épouse, une sage-femme. Rick Brennan reste en contact, par vidéoconférence, avec la plupart de ces médecins qui travaillent jour et nuit « dans des conditions qui dépassent l’imagination ». « Ici à Genève, nous sommes souvent proches du désespoir, alors vous pouvez imaginer ce qu’ils ressentent là-bas ! » « Ces gars sont totalement épuisés, vidés physiquement et émotionnellement, mais ils continuent malgré tout à travailler. Ce sont des héros. Ils ont toute notre admiration et notre respect », a-t-il ajouté, décrivant la grande misère des structures médicales qui sont encore debout et manquent de tout. Il y a quelques jours, quatre enfants sont morts dans les couloirs, alors que l’unité de soins intensifs était pleine. « Les conventions de Genève interdisent les attaques contre les structures de santé et garantissent la neutralité des établissements et du personnel médical », a-t-il rappelé. Le 3 mai 2016, le conseil de sécurité de l’ONU avait adopté la résolution 2286 3 sur la protection du personnel médical dans le monde entier lors de conflits armés, restée lettre morte.

L’OMS travaille depuis des mois sur un plan d’évacuation des blessés à Alep, rendu impossible par le déchaînement de violence et l’obstruction systématique des autorités syriennes. Sur place, le personnel médical en est réduit à faire un tri pour identifier ceux qui seront prioritaires. Plusieurs hôpitaux des quartiers ouest d’Alep, eux aussi très démunis, sont prêts à recevoir des patients. Mais pour cela, il faut obtenir les autorisations du gouvernement syrien et du conseil local d’Alep. Le 20 septembre, Rick Brennan a rencontré le vice-ministre syrien de la santé. Les discussions se poursuivent. L’agence de santé onusienne fait chaque mois « un monitoring des violences commises contre le secteur de la santé » en Syrie. Le dernier, pour le mois d’août, fait état dans tout le pays de 7 médecins tués et 15 blessés, et de neuf hôpitaux touchés, trois centres médicaux et huit ambulances visés.

Seuls 45 % des hôpitaux syriens fonctionnent encore.

« La situation a désespérément empiré ces derniers mois. Sur plus de 100 hôpitaux publics dans tout le pays, seulement 45 % fonctionnent au maximum de leurs capacités, 35 % en partie, et 25 % sont fermés », a indiqué le docteur Brennan. Interrogé sur les responsables de ces attaques, il a répondu que désigner les coupables n’entrait pas dans le cadre « du mandat et de l’expertise de l’OMS ». Il a reconnu que des « discussions » avaient eu lieu, y compris ces derniers jours, « avec des responsables russes, afin de leur rappeler leurs obligations en matière humanitaire à Alep et ailleurs ».

Alors que la Russie va bientôt fêter sa première année d’intervention militaire 3 en Syrie, la situation est plus bloquée que jamais. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, les chefs de la diplomatie américaine et russe avaient conclu à Genève un accord prévoyant un cessez-le-feu entre le gouvernement syrien et l’opposition. Ce qui avait alors été qualifié de « percée importante » volait en éclats une semaine après. Le 17 septembre, l’aviation américaine avait bombardé, « par erreur », les positions de l’armée gouvernementale syrienne à Deir ez-Zor, faisant 62 victimes et plus de 100 blessés. Moscou en avait conclu que « la Maison Blanche défendait l’État islamique » 3. Puis dans la nuit du 19 septembre au 20 septembre, un convoi du Croissant-Rouge arabe syrien (SARC) qui devait fournir des vivres à l'ouest de la ville d'Alep était attaqué à Orum Al-Kubra 3. L’attaque a détruit 18 camions (sur 31) et fait 18 morts parmi les humanitaires dont Omar Barakat, le chef du SARC. L’itinéraire du convoi était connu des autorités syriennes et de l’armée russe.

Moscou a réfuté les accusations lancées par les Américains, pointant du doigt les combattants du Front Al-Nosra 3 (la branche syrienne d’Al-Qaïda).

« Nous avons attentivement étudié les vidéos prises par les “activistes” sur les lieux du drame et n’avons trouvé aucun signe de frappes contre le convoi… Les vidéos ne montrent que les conséquences directes de l’incendie qui s’est étrangement déclaré au sein du convoi parallèlement à l’offensive d’envergure des combattants contre Alep », déclarait le major-général Igor Konachenkov, représentant officiel du ministère russe de la défense.

Une version précédente évoquait la présence d’un drone appartenant à la coalition internationale sous la direction des États-Unis et qui aurait survolé la zone avant le bombardement. Vendredi 30 septembre, une commission d’enquête onusienne a été mise en place sur demande du secrétaire général Ban Ki-moon. En attendant, les médias proches du Kremlin continuent, inlassablement, à servir la même version : celle d’une armée syrienne, appuyée par les Russes, qui se serait mise au service des habitants d’Alep dont les maisons sont « bombardés par les terroristes », comme dans le quartier de Dahiyat Al-Assad. « L’armée syrienne pilonne les positions des terroristes qui bombardent les maisons des civils », indiquait récemment le site Sputnik 3. Dimanche 2 octobre, ce même média a annoncé la poursuite d’une « opération humanitaire de grande envergure dans différentes régions de Syrie » 3, organisée par l’armée russe. Avec entre autres la distribution de cinq tonnes de denrées alimentaires remises aux habitants du quartier Muhafaza à Alep qui est en proie à de violents combats. Vendredi 30 septembre, le Conseil des droits de l’homme (CDH), basé à Genève, a adopté à la majorité une résolution qui prévoit l’organisation, en mars 2017 (sic !), « d’une table ronde de haut niveau sur la situation des droits de l'homme en République arabe syrienne ».

Cette réunion devrait aborder le problème des disparitions forcées et des détentions arbitraires, et elle se penchera sur « la nécessité de faire répondre de leurs actes les responsables de violations et d'atteintes qui y sont liées ». Des Syriens seront invités à s’y exprimer.

Sans surprise, la Russie qui est membre du CDH a voté contre, aux côtés de la Chine, de Cuba, du Venezuela, de l’Algérie, de la Bolivie et du Burundi, estimant que ce texte était « biaisé » et ne visait « qu'à imputer la faute de la situation en Syrie aux autorités légitimes et à détourner l'attention de ceux qui commettent des actes constitutifs de crimes contre l'humanité ». « Au lieu de soutenir les efforts en cours pour la paix, les auteurs, parmi lesquels figurent des pays qui appuient des groupes armés, préfèrent mettre l'accent sur la situation des droits de l'homme », a expliqué le représentant russe, accusant « Washington et ses alliés d'œuvrer en réalité contre des enfants innocents ».

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 15:01
Connie Hedegaard, une ex commissaire européenne au Climat, chargée du green washing chez Wolkswagen (Marianne, 30 septembre)

Marianne, Vendredi 30 Septembre 2016

Après les scandales de l'arrivée de José Manuel Barroso chez Goldman Sachs et la société cachée de Neelie Kroes, la Commission européenne offre un nouvel exemple de sa perception très ouverte du conflit d'intérêts. Connie Hedegaard, anciennement en charge du climat pour Bruxelles, rejoint ainsi Volksawagen, avec la bénédiction de la Commission.

C'est ce qu'on appelle un mauvais timing : au moment où la Commission européenne veut enfin rendre obligatoire l’inscription des milliers de lobbies actifs auprès des institutions européennes, une nouvelle affaire de conflit d'intérêts éclabousse Bruxelles. Après Barroso chez Goldman Sachs et la société cachée sous les palmiers des Bahamas de Neelie Kroes, ex-commissaire européenne à la concurrence, voici Connie Hedegaard.

Cette ex-commissaire européenne chargée du climat entre 2010 et 2014 et ancienne ministre du Climat et de l'Énergie au Danemark rejoint le groupe… Volkswagen. Plus précisément le pompeux "Conseil international de la durabilité" mis en place par le constructeur allemand, pris la main dans la boîte à gants d'une gigantesque fraude à la pollution en 2014.

La commission européenne n'y trouve rien à redire

Heureusement, à la Commission européenne, on ne voit pas où est le problème : le choix de carrière audacieux de Connie Hedegaard est une "décision individuelle" intervenue après la "période d'attente de 18 mois", délai après lequel les ex-membres de la Commission sont libres d'aller se vendre au plus offrant sans que le conflit d'intérêts ne puisse être retenu.

Rappelons qu'en 2014, Connie Hedegaard faisait feu de tout bois pour convaincre les États-Unis de s'engager sur la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, un an avant la conférence sur le climat de Paris. Désormais, la nouvelle conseillère d'un des plus grands groupes de l'industrie automobile mondiale jetera ses compétences dans le vaste tambour du greenwashing à la sauce Volkswagen. Avec du beau linge pour lui tenir compagnie.

Des leaders internationaux pour tenter de rattraper le désastreux "diesielgate"

Parmi les autres membres de l'académie des sages du climat créée par le constructeur automobile, on note la présence de Margo T. Oge, ancienne directrice du département transports de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). La même EPA qui a révélé le scandale des moteurs diesel truqués aux Etats-Unis en septembre 2015. Sur la photo de rentrée, on retrouvera aussi Yves Leterme, ancien Premier ministre belge, ou encore un professeur d'économie spécialiste de l'impact du changement climatique de l'Université technique de Berlin.

Des personnalités de premier plan dont la rémunération reste floue. "Nous présumons que Mme Hedegaard touchera des émoluments", indiquait ainsi benoîtement un porte-parole de la Commission au sujet de son ancienne collègue. Mais, selon l'ONG Corporate Europe Observatory, Connie Hedegaard ne touchera pas d'argent de la part de Volkswagen en dehors des frais liés à son activité, tout comme ses petits camarades. Une rémunération pas vraiment nécessaire dans l'immédiat : les collaborations de haut niveau de ce genre s'inscrivent dans un temps long. Tout comme les renvois d'ascenseur, dont les détails n'ont nul besoin d'être étalés sur la place publique.

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été offshore

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