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27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 06:00

 

Vendredi 21 juillet, 7 Palestiniens et colons israéliens sont morts à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Ce sont sept décès qui auraient pu être évités si Benjamin Netanyahu et son gouvernement ne s'obstinaient pas à multiplier les humiliations, violences et provocations pour déclencher à une guerre des religions qu'ils appellent de leurs vœux.

L'installation de portiques électroniques à l'Esplanade des Mosquées, l'interdiction aux [jeunes] hommes de moins de 50 ans d'accéder sur le site, sa fermeture vendredi dernier et le projet de construction d'une nouvelle colonie de 1100 habitations entre Ramallah et Jérusalem-Est constituent la réponse en actes de Netanyahu au vote, le 5 mai dernier, de la résolution de l'UNESCO sur le statut de Jérusalem. Netanyahu et les colons israéliens ne connaissent pas d'autres politiques que celle de la guerre permanente ; c'est une folie collective qui mène l'ensemble de la région dans une voie sans issue.

L'Autorité palestinienne a suspendu sine die ses contacts avec l'Exécutif israélien mais ce dernier agit dans un cadre global qui vise à contraindre l'UE et ses pays membres, le monde entier, à se soumettre à sa politique.

En visite à Budapest, chez son ami Viktor Orban, chantre de l'extrême droite hongroise, le premier ministre israélien exhortait les présidents slovaque, polonais tchèque et hongrois à fermer leurs frontières aux migrants venus des pays arabes et d'Afrique, allant jusqu'à argumenter la nécessité d'un soutien de l'Union européenne à Israël en termes explicitement racistes et xénophobes : « Ne sabotez pas le seul pays occidental qui défend les valeurs européennes et les intérêts européens et qui empêche une nouvelle immigration de masse en Europe. »

Netanyahu et l'extrême droite coloniale israélienne s'inscrivent dans le schéma du prétendu « choc des civilisations » que toutes les extrêmes droites – de Trump à Erdogan –  en passant par les groupes djihadistes comme l'organisation Daesh s'acharnent à instaurer. Il est urgent de les stopper net. Pacifistes et militants de la solidarité internationale des peuples unissons nos forces !

Il est du devoir de la France, de l'UE et ses pays membres, des chefs d'Etat et gouvernements démocratiques de parler d'une même voix pour mettre un terme immédiat aux violences et contraindre le gouvernement israélien à respecter les résolutions de l'ONU et le droit international.

Le Parti communiste français demande instamment au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et au président Macron, qui a publiquement affiché son affection personnelle pour le premier ministre israélien, de prendre leurs responsabilités – la France étant membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU – en rappelant au gouvernement israélien son obligation de respecter le droit international et les droits humains universels, et en agissant pour que dans les délais les plus brefs le dialogue politique prenne le pas sur la violence et la guerre.

 

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 05:57
La page d'accueil du site Al-Qst, "Justice"

La page d'accueil du site Al-Qst, "Justice"

Arabie saoudite: «Ici, promouvoir la démocratie est un crime»
 PAR 

 

Alors que le royaume wahhabite entend durcir le blocus imposé au Qatar et affirmer ainsi sa domination sur la région, des militants saoudiens des droits humains dévoilent à Mediapart la vraie nature d’une tyrannie qui décapite au sabre et interdit aux femmes de sortir en public sans tuteur masculin.

 

« Vivre en Arabie saoudite, c’est d’abord savoir se taire. Affirmer en public ou sur les réseaux sociaux que vous êtes hostile à la guerre menée par le royaume au Yémen, ou manifester un doute au sujet de l’embargo infligé par l’Arabie saoudite et ses alliés au Qatar peut vous conduire en prison pour cinq à dix ans, en vertu de la loi antiterroriste, de la loi sur la cybercriminalité ou d’un décret de 2011 interdisant les rassemblements publics. » Il y a cinq ans, Yahya Assiri, était un jeune officier de l’armée de l’air saoudienne, riche et prometteur. Le jour, il travaillait aux contrats d’achats d’armes et d’équipements militaires du royaume. La nuit il débattait sous pseudonyme, sur Internet, de l’absence totale de démocratie dans son pays et de la situation désastreuse des droits de l’homme – et de la femme.

Désormais exilé au Royaume Uni, où il vient d’obtenir il y a deux mois l’asile politique, il dirige, depuis un modeste logement social, l’organisation Al-Qst – « Justice », en arabe coranique –, dont le site a déjà 42 000 usagers assidus. Il projette de mettre sur pied, à partir de cette initiative à laquelle ne travaillent que des compatriotes, une puissante organisation de la société civile saoudienne, en mesure de défendre les droits de l’homme et la démocratie, dont il est devenu un partisan ardent.

« Pendant des années, raconte-t-il, j’ai passé mes soirées et mes nuits, sous le pseudo d’Abou Fares et derrière l’avatar d’une photo de lion, sur des sites ou des forums à discuter de la politique du royaume, surtout en matière de lutte contre la pauvreté et le chômage. En 2009, je suis parti pour Londres, où je devais suivre une préparation en matière de logistique, avant la livraison à l’armée de l’air de nouveaux avions de combat britanniques Typhoon. J’avais le projet d’y rencontrer les dissidents saoudiens installés au Royaume-Uni.

 

Je les ai trouvés en proie à des querelles de personnes et à des débats qui ne me concernaient pas. J’étais et je reste attaché à deux principes fondamentaux : j’ai foi en la démocratie et les droits de l’homme, mais je pense qu’il n’y a pas de conflit entre ces valeurs et l’islam. Lorsque je suis rentré en Arabie saoudite, j’ai décidé que ce serait mon combat. En 2012, j’ai démissionné de l’armée de l’air et abandonné mon pseudo. Je pensais être arrêté, emprisonné. Cela ne s’est pas produit. J’ai simplement eu du mal à trouver un autre travail.

En 2013, je me suis inscrit à un cycle de cours sur les droits de l’homme à la Kingston University, à Londres, et je suis parti avec ma famille. Pour ne plus revenir. Car pendant que je préparais mon diplôme, des amis m’ont prévenu que le pseudonyme que j’utilisais lorsque j’étais militaire avait été découvert et que je risquais une très lourde peine de prison pour mon activité de militant. Pour des civils, la peine atteignait 10 à 15 ans de prison. Pour un militaire, elle risquait d’être beaucoup plus sévère. Je n’avais plus d’autre choix que de rester à Londres et de demander l’asile politique pour poursuivre mes études et mon travail militant. »

De passage à Paris, à l’invitation d’Amnesty International, Yahya Assiri reste discret sur ses filières d’information, mais il suit de très près ce qui se passe dans le royaume, où les partis politiques, les syndicats, les rassemblements publics sont depuis toujours interdits et où les défenseurs des droits de l’homme sont traités comme des terroristes. En mai 2016, le Tribunal spécial a condamné Abdoulaziz al-Shubaily, l’un des fondateurs de l’Association saoudienne des droits civils et politiques (ACPRA), créée en 2009, mais officiellement dissoute par le gouvernement en 2013, à huit ans d’emprisonnement, suivis de huit ans d’interdiction de voyager et de communiquer sur les réseaux sociaux. Aux termes de la loi sur la cybercriminalité, il avait été déclaré coupable de diffamation et d’insultes à l’encontre de juges de haut rang. Il était aussi accusé d’avoir« communiqué avec des organisations étrangères » et fourni des informations sur les violations des droits humains à Amnesty International.

« Comme les organisations internationales de défense des droits humains ne sont pas autorisées à visiter les prisons, nous ne savons même pas exactement combien de nos camarades sont détenus, constate Waleed Sulais, hier directeur des ventes d’une compagnie de téléphone mobile à Riyad et blogueur sur des sites dissidents, aujourd’hui exilé en Allemagne, où il a demandé à bénéficier de l’asile politique. Nos seules sources sont les victimes elles-mêmes ou leurs familles, ou du moins les familles qui ne sont pas trop terrorisées pour fournir des informations. Nos estimations sont qu’il y a aujourd’hui entre 20 et 50 défenseurs des droits humains en prison. Mais il y en a sans doute davantage. »

En septembre 2010, alors qu’il faisait escale à l’aéroport de Bahreïn, Waleed Sulais a été interrogé par la police du petit royaume, allié et obligé de l’Arabie saoudite, sur ses activité et ses déplacements, et tous ses bagages ont été saisis. Il a été photographié et contraint de livrer les codes d’accès à ses deux téléphones mobiles et à son ordinateur portable. Autorisé à poursuivre son voyage vers Riyad trois heures plus tard, il a constaté que nombre de documents et de photos de son ordinateur avaient été ouverts et recopiés, ainsi que le contenu de ses deux téléphones.

« Il est vite devenu évident que si je voulais continuer à écrire des articles sur des forums et sur mon blog, et me concentrer sur la situation des droits humains en Arabie saoudite, la seule solution était de partir, sinon je serais rapidement arrêté emprisonné et réduit au silence. Je serais condamné en vertu des lois ou décrets qui assimilent notre militantisme à du terrorisme, de l’espionnage ou de la collaboration avec des puissances étrangères. Pour les gens qui nous jugent, il n’y a pas de différence entre ceux qui militent pour le salafisme et ceux qui réclament la démocratie. Tous sont des ennemis du royaume. »  

Avec Internet, les jeunes savent qu’on peut vivre différemment

« Les peines, pour les défenseurs des droits de l’homme, vont de 10 à 15 ans de détention, confirme Yahya Assiri. Il y a deux sortes de prisons dans le royaume. Les prisons pour les détenus politiques et les prisons pour les prisonniers de droit commun. Dans les prisons politiques, les conditions sont acceptables et la nourriture décente. Mais la torture y est fréquente. Dans les prisons de droit commun, où sont détenus la plupart des défenseurs des droits humains, car le régime ne veut pas qu’ils soient en contact avec les opposants politiques, il y a beaucoup de violence, de drogue, les bâtiments sont vieux et sales, et la nourriture immangeable.

Ce qui, dans cette situation épouvantable, nous donne un peu d’espoir et de courage, c’est l’attitude de la jeunesse. Par le passé, tout ce que disait et ordonnait le pouvoir était accepté, car tout était justifié par la religion. Et nous étions un pays isolé, fermé au reste du monde, qui ignorait tout ce qui se passait autour de lui. Avec Internet, la nouvelle génération sait qu’on peut vivre différemment, bénéficier de libertés dont nous n’avions même pas l’idée. Et beaucoup de jeunes Saoudiens, aujourd’hui, sont capables de mesurer le cynisme du pouvoir, de constater que l’État utilise la religion comme un outil pour imposer ses choix.

Depuis quatre ou cinq ans, le nombre de ceux qui ont ouvert les yeux est assez grand pour que le pouvoir commence à en tenir compte. Voire exceptionnellement à lâcher du lest. L’année dernière, en avril, le conseil des ministres a promulgué de nouvelles directives qui ont réduit les pouvoirs du Comité pour la propagation de la vertu et la prévention du vice – la “police religieuse”. Elles interdisent notamment à ces policiers d’arrêter des gens, de prendre des suspects en filature et de contrôler leur identité. Ce n’est pas énorme, mais c’est un début. 

Comme la police religieuse a été privée d’une partie spectaculaire de ses pouvoirs, ses excès sont de moins en moins évoqués dans les médias occidentaux. Ce qui est excellent pour le régime. Mais la violence reste au cœur de notre société. Au cœur même des familles. Il n’y a toujours aucune protection pour les femmes dans notre système judiciaire. Vous pouvez être certain que si une femme dépose plainte pour violence demain contre son père ou son mari, la justice, donc le gouvernement, tranchera en faveur du père ou du mari. La loi, chez nous soutient toujours l’homme contre la femme. »

Aux termes de la loi, rappelle le dernier rapport annuel d’Amnesty International, les femmes sont subordonnées aux hommes en matière de mariage, de divorce, de garde des enfants et d’héritage. Elles ne peuvent accéder à l’enseignement supérieur ni exercer un emploi rémunéré ou se rendre dans un pays étranger sans l’autorisation de leur tuteur.

 

En avril 2016, le prince Mohamed Bin Salman, désigné le mois dernier, par le roi, son père, prince héritier du trône, avait présenté un plan de réforme économique, « Vision 2030 », qui avait pour objectif de faire passer de 20 à 30 % la part des femmes dans la main d’œuvre saoudienne et « d’investir dans leurs capacités productives pour améliorer leur avenir et contribuer au développement de la société et de l’économie ».

Mais pour l’instant, aucune mesure concrète n’a été prise pour mettre en œuvre ce plan. En revanche, plusieurs dizaines de milliers de femmes ont soutenu la campagne « Les saoudiennes exigent la fin du tutorat » lancée sur Twitter. En septembre dernier, près de 14 000 saoudiennes ont signé la pétition en ligne qui appelait le roi Salman à abolir le tutorat. Ce statut, maintenu par une monarchie obscurantiste et bigote, oblige chaque femme à être accompagnée d’un homme de sa famille – mari, frère ou père – pour sortir en public et exige d’elle d’obtenir l’autorisation écrite de son tuteur si elle veut voyager à l’étranger.

« Il faut bien mesurer que nous affrontons un double défi, dit Loujain Al-Hathloul, militante saoudienne des droits des femmes qui vit entre Riyad et Abou Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, où elle étudie les sciences sociales à l’antenne locale de la Sorbonne. Les saoudiennes sont soumises aux mêmes violations des droits humains que les hommes – absence de liberté d’expression, d’association, de manifestation –, mais elles doivent, en plus, subir la discrimination et la violence inacceptables imposées par les hommes. Car aux violences physiques qu’elles doivent subir, dans une impunité totale, s’ajoutent les abus émotionnels, l’absence d’indépendance financière, la privation délibérée d’éducation. »

À 28 ans, Loujain Al-Halhoul, a déjà connu, elle aussi, les prisons du royaume. En 2014, elle a été arrêtée et détenue pendant 73 jours parce qu’elle avait bravé l’interdiction de conduire imposée aux femmes en tentant d’entrer en Arabie saoudite depuis les Émirats, au volant d’une voiture. Cette arrestation et son activité inlassable de militante lui ont valu de figurer, en 2015, en 3e place dans la liste des 100 femmes arabes les plus influentes. « En plus de la peine de prison, j’ai été punie de dix mois d’interdiction de voyager, raconte-t-elle aujourd’hui. Nous devons profiter de chaque terrain favorable pour tenter d’avancer. Le gouvernement ne peut pas emprisonner toutes les femmes qui protestent ou qui exigent le respect de leurs droits. C’est matériellement impossible et, en outre, cela compliquerait ses relations avec certains partenaires étrangers. De ce point de vue, la lutte contre l’interdiction de conduire est un combat exemplaire, parce qu’elle montre clairement qui est du côté de la modernité.

Un autre combat majeur est la campagne pour l’abolition du tutorat. Le mois dernier, nous avons constaté un signe positif du pouvoir : un décret royal a été publié, demandant aux entités gouvernementales de ne plus exiger une permission masculine pour les emplois dans le service public. C’est un réel pas en avant. D’autant que le décret indique que les organisations de défense des droits humains agréées par les autorités doivent rappeler aux femmes qu’elles peuvent bénéficier de ces dispositions. C’est la première fois que le roi reconnaît le rôle des ONG de défense des droits humains. C’est un début. »

En 2016, 153 personnes au moins ont été exécutées en Arabie saoudite, par décapitation au sabre, lapidation ou fusillade, suivant les crimes dont elles étaient accusées. Au cours des cinq années précédentes, près de 600 exécutions ont été recensées par les défenseurs de droits humains. Et ces exécutions ont été précédées par des procès iniques et des « aveux », le plus souvent arrachés sous la torture. « La torture est pratiquée par les services de sécurité d’une manière routinière, dit Yahya Assiri.L’impunité et la violence du pouvoir saoudien l’ont transformée en une méthode d’interrogatoire comme une autre. Face à une telle situation, la tâche des défenseurs des droits humains et des partisans de la démocratie est démesurée.

 

Mesurez bien ceci : promouvoir la démocratie en Arabie saoudite est un crime. Si nous la revendiquons ouvertement, nous allons perdre une partie de ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux, car ils auront peur. Nous défendons donc en priorité la liberté de parole, la possibilité pour tous les citoyens de choisir, y compris en politique, ce qu’ils jugent le mieux pour eux. Les utilisateurs des réseaux sociaux soutiennent ces valeurs. Ils ne croient plus la propagande officielle, le discours du pouvoir sur la défense de notre religion, de notre culture. Ils sont de plus en plus nombreux à mesurer que ce discours est mensonger, hypocrite. L’avenir est à nous. »

 

scène de décapitation en Arabie Saoudite: En 2016, 153 personnes au moins ont été exécutées en Arabie saoudite, par décapitation au sabre, lapidation ou fusillade, suivant les crimes dont elles étaient accusées. Au cours des cinq années précédentes, près de 600 exécutions ont été recensées par les défenseurs de droits humains

scène de décapitation en Arabie Saoudite: En 2016, 153 personnes au moins ont été exécutées en Arabie saoudite, par décapitation au sabre, lapidation ou fusillade, suivant les crimes dont elles étaient accusées. Au cours des cinq années précédentes, près de 600 exécutions ont été recensées par les défenseurs de droits humains

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 05:00
le tombeau des Patriarches et la mosquée d'Ibrahim à Hébron: mosquée et synagogue

le tombeau des Patriarches et la mosquée d'Ibrahim à Hébron: mosquée et synagogue

Communiqué de l'AFPS

 

http://www.france-palestine.org/Hebron-patrimoine-mondial-palestinien-en-peril-une-victoire-du-droit

 

Hébron, patrimoine mondial palestinien en péril : une victoire du droit

 

Le Comité du Patrimoine mondial de l’Unesco a déclaré, vendredi 7 juillet, la vieille ville d’Hébron et le lieu saint appelé Mosquée d’Ibrahim par les Musulmans et Tombeau de Patriarches par les Juifs « patrimoine mondial palestinien » et l’a inscrit sur la liste des sites « en péril ».

La réaction d’une violence sans retenue des dirigeants israéliens montre à quel point leur lobbying s’était déployé ces derniers jours pour faire échouer cette demande de la Palestine.

Comme à leur habitude, ils ont entretenu une confusion totale entre croyances religieuses et droits nationaux. D’après eux, déclarer ce site religieux « palestinien » en ferait un site « non juif » ! La ville d’Hébron se situe bel et bien en territoire palestinien et l’UNESCO ne fait que rappeler cette évidence : Israël n’a aucune souveraineté sur ce territoire quels que soient les sites religieux qu’il héberge et quelles que soient ses propres ambitions coloniales.

Et c’est cette reconnaissance qui engendre la fureur des dirigeants israéliens : malgré 50 ans d’occupation militaire, malgré une colonisation particulièrement violente à Hébron, que ce soit au cœur de la vieille ville ou en périphérie, la communauté internationale ne leur reconnait aucun droit sur cette terre.

Quant à la notion de patrimoine en péril, aucun témoin de la situation de la vieille ville d’Hébron ne peut nier qu’elle est en danger. La violence et les exactions générées par la présence en son cœur de quelques centaines de colons fanatiques - protégés et secondés par plusieurs milliers de soldats de l’armée d’occupation - en sont la cause. Le vieil Hébron est devenu un enfer pour les Palestiniens. Des centaines de boutiques ont définitivement baissé les rideaux, si bien que le centre historique, autrefois très animé n’est plus que l’ombre de lui-même. Une partie en est même complètement bouclée par l’armée d’occupation et est transformée en ville fantôme où quelques familles palestiniennes totalement isolées persistent à vivre dans un grand dénuement et harcelées en permanence par les colons.

C’est donc avec une très grande satisfaction que nous avons appris cette décision de l’UNESCO. C’est une victoire du peuple palestinien, de la diplomatie palestinienne mais aussi du mouvement de solidarité. Elle vient en particulier couronner les efforts des municipalités de Belfort et d’Arcueil qui animent depuis 2009, avec la municipalité d’Hébron, un Comité International pour la sauvegarde de la ville d’Hébron.

N’oublions pas non plus l’action des ONG palestiniennes pour faire connaître la situation à Hébron et aider les habitants à continuer à y vivre. Ni celle de deux ONG israélienne : B’Tselem qui a fourni la première caméra à une famille vivant encerclée par des colons, pour lui permettre de montrer au monde entier ce que sont les exactions des colons d’Hébron ; et « Rompre le silence », qui a publié les témoignages d’anciens soldats de l’armée d’occupation en poste à Hébron. Ces deux ONG sont – ce n’est pas un hasard - particulièrement visées par les lois liberticides récemment votées à la Knesset.

La décision du Comité du patrimoine de l’UNESCO n’est que justice. Elle n’amènera cependant pas, à elle seule, un changement de la réalité sur le terrain. Nous devons plus que jamais rester mobilisés, et nous appuyer sur cette décision pour exiger, au côté de nos partenaires palestiniens, israéliens et français, la fin de la colonisation et de l’occupation militaire de la ville d’Hébron, désormais classée comme patrimoine palestinien et toujours en péril.

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 06:35
Un premier succès grâce à vous! - le Traité d'interdiction des armes nucléaires vient d'être adopté à l'ONU (Mouvement de la Paix)
Un premier succès grâce à vous ! 

Le Traité d'interdiction des armes nucléaires vient d'être adopté à l'Onu
 
 
Aujourd'hui Vendredi 7 juillet, les Nations Unies ont approuvé un Traité d'interdiction des armes nucléaires. La Présidente de la Conférence des Nations Unies sur l'interdiction des armes nucléaires, Elayne Whyte Gómez, du Costa Rica.a indiqué hier que « c'est un moment historique, c'est le premier traité multilatéral de désarmement nucléaire à être conclu en plus de 20 ans », a-t-elle ajouté lors d'une conférence de presse organisée au siège de l'ONU.
 
Selon le projet de texte, le traité couvre toute l'éventail des activités liées aux armes nucléaires, interdisant à tout État partie de s'engager dans le développement, le test, la production, la fabrication, l'acquisition, la possession ou le stockage d'armes nucléaires ou d'autres dispositifs nucléaires explosifs.(Source ONU)
 
Les interdictions s'appliquent également à tout engagement à utiliser ou à menacer d'utiliser des armes nucléaires ou d'autres dispositifs nucléaires explosifs.

C'est une grande victoire pour les peuples du monde entier. Après les armes chimiques et les armes bactériologiques ce sont les armes nucléaires qui sont interdites en tant qu'armes de destruction massive, sur la base d'un Traité d'interdiction.
 
L'humanité dispose désormais d'un instrument juridique contraignant pour interdire les armes nucléaires en déclarant, sans ambiguïté, que les armes nucléaires ne sont pas seulement immorales, mais aussi illégales.
 
Tant d'années et tant de travail acharné de générations de militants contre les armes nucléaires sont couronnés par un succès.
 
Ces luttes conduites depuis 1950, ont mobilisés des dizaines de millions de personnes à travers des rassemblements multiformes, mais aussi des appels souvent initiés par les survivants d'Hiroshima et de Nagasaki (les hibakushas). Ainsi avons obtenu successivement l'arrêt des essais nucléaires dans l'atmosphère, sous la mer, puis un traité d'interdiction définitif des essais nucléaires et des Zones exemptes d'armes nucléaires sur les ¾ de la surface du Globe.
 
Aujourd'hui c'est un traité d'interdiction des armes nucléaires, élaboré dans le cadre de l'ONU par 135 Etats qui concrétise l'article 6 du Traité de Non- Prolifération signé par la France.

L'existence de ce traité va imposer à la nouvelle Assemblée Nationale de ratifier ce traité et de bannir des arsenaux français les armes nucléaires et les stratégies suicidaires qui les accompagnent.
 
Cette question va avoir un retentissement et susciter débat dans tout l'espace public, puisque le traité interdit tous les soutiens, techniques, financiers, logistiques qui participent à l'existence des armes nucléaires. Les élus locaux, administrant les riverains des sites nucléaires militaires devront eux aussi participer au débat, car le traité affirme sans ambigüité, que par leur seule présence, les armes atomiques constituent un risque majeur de catastrophe humanitaire.
 
Le Mouvement de la Paix, conscient que ce traité marque une rupture historique au sein des relations internationales en offrant l'opportunité de raviver l'esprit de la Charte des Nations Unies pour construire un processus pacifique de sécurité collective, est déterminé à mobiliser l' opinion publique en France pour que le gouvernement respecte ses engagements et ratifie ce traité en choisissant la raison contre l'enfer.
 
Le Mouvement de la paix invite ses comités et amis ainsi que la population et toutes les organisations investies dans le combat pour un monde sans armes nucléaires à:
- Propager et fêter dès à présent cette bonne nouvelle partout en France en particulier à travers des initiatives publiques.
  - 
Signer la pétition demandant l'arrêt des programmes de modernisation des armes nucléaires pour lesquels il est prévu de doubler les crédits consacrés aux armes nucléaires dans le budget de la France.
- Participer (et/ou initier) partout en France aux marches pour la paix qui auront lieu le samedi 23 septembre à l'appel du collectif en marche pour la paix qui a parmi ses objectifs la mise en œuvre du traité d'interdiction des armes nucléaires et le gel des programmes de modernisation de ces armes.
- Participer aux mobilisations qui auront lieu le Dimanche 7 octobre autour des sites liés aux armes nucléaires en France. (Île Longue, Valduc, Istres, Le Barp, etc).

Le texte adopté : https://www.mvtpaix.org/wordpress/blog/2017/07/07/communique-de-presse-le-traite-de-non-proliferation-nucleaire-un-espoir-davenirs

Saint Ouen le 7 juillet 2017

Vous trouverez ci-joint le texte du traité d'interdiction des armes nucléaires qui vient d'être adopté par l'ONU avec : 122 voix pour 1 abstention (Singapour) 1 contre (Pays-Bas)

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 05:23
Répression de l'immigration: UE-Libye: le partenariat de la honte (Médiapart, Amélie Poinssot - 6 juillet 2017)
UE-Libye: le partenariat de la honte
 PAR 

Un an et demi après l’accord UE-Turquie, l’Union européenne a renforcé, ce jeudi au sommet de Tallinn, le partenariat avec la Libye pour endiguer la venue de réfugiés africains en Europe. Une réponse qui fait fi de la situation des droits humains dans cet État failli du Maghreb.

 

Après l’accord avec un État autoritaire, la collaboration avec un État failli : l’Union européenne n’en a pas fini de sous-traiter la gestion des migrants à des pays tiers peu respectueux des droits de l’Homme pour limiter au maximum l’arrivée de réfugiés sur son sol. Un an et demi après l’accord UE-Turquie par lequel les autorités turques se sont engagées, en échange de plus de 3 milliards d’euros, à empêcher les départs de migrants vers les îles grecques de la mer Égée, les ministres européens de l’intérieur ont décidé ce jeudi de renforcer le partenariat avec la Libye afin de stopper le mouvement d’exil qui aborde actuellement les côtes italiennes.

« Continuer à augmenter la capacité des gardes-côtes libyens », « renforcer les retours volontaires aidés depuis la Libye et le Niger vers les pays d’origine », « renforcer de manière notable et significative les contrôles aux frontières sur les frontières extérieures de la Libye (en particulier celles du sud) » : telles sont les priorités fixées par les ministres de l’intérieur de l’UE réunis jeudi 6 juillet à Tallinn, la capitale estonienne.

Ces propositions, combinées avec un encouragement au retour des « migrants irréguliers » des pays européens et à l’établissement en Italie d’un « code de conduite »pour les ONG intervenant dans les opérations de sauvetage en mer, ne font que confirmer ce que la réunion parisienne des ministres italien, français et allemand avait esquissé dimanche. Elles entérinent en définitive l’orientation prise par la Commission européenne cet hiver, qui avait déjà affecté pour 2017 200 millions d’euros, en plus des millions déjà versés, à des projets de collaboration avec Tripoli comme la formation et l'équipement des gardes-côtes libyens. Objectif : endiguer les départs et refouler les embarcations de migrants avant qu’elles n’atteignent les eaux internationales. Une fois de plus, l’Union européenne se fourvoie en empêchant les personnes fuyant les conflits ou des conditions de vie impossibles de pouvoir déposer une demande d’asile en Europe.

Le fait que la Libye soit une zone de non-droit pour les migrants ne pose semble-t-il pas de problème aux dirigeants européens. État failli, où les autorités centrales n’ont le contrôle que d’une partie du pays, la Libye est pourtant un enfer pour les personnes originaires d’Afrique subsaharienne qui y échouent. Le reportage que Mediapart publiait la semaine dernière le montre bien. On y lisait avec effroi le récit d’Achille, un Togolais enlevé sur une route libyenne il y a deux mois. « Ma femme était enceinte de trois mois et demi. Ils l’ont violée devant moi, sodomisée… Ils m’ont mis un sac sur la tête, mais j’entendais tout. Après ça, elle a perdu notre bébé. Moi, j’ai été torturé avec des câbles électriques dans l’anus, j’ai été battu à la matraque, giflé… Tout ce que tu imagines qui peut faire mal… »

Les innombrables témoignages recueillis depuis des années par les ONG vont tous dans le même sens : les ressortissants des pays d’Afrique subsaharienne sont victimes en Libye d’un racisme généralisé ; ils sont maltraités par leurs logeurs, exploités par leurs employeurs, emprisonnés dans des conditions atroces... quand ils ne sont pas torturés ou tués pendant leur détention. Violences raciales, viols, enlèvements, travail forcé, détention illimitée et arbitraire, conditions dégradantes sont le lot quotidien des personnes détenues dans ce pays non signataire de la Convention de Genève sur les réfugiés de 1951, ne disposant ni de loi ni de procédure d’asile, et considéré comme « non sûr » par l’Union européenne.

Favoriser l’externalisation de la prise en charge des migrants par la Libye ne constitue pas seulement une grave entorse au droit d’asile. Elle risque de rendre encore plus dangereuse une route migratoire déjà jonchée de morts, tant il est évident qu’une frontière ne peut être fermée hermétiquement, a fortiori quand elle s’étale sur des milliers de kilomètres de mer. Les personnes qui ont besoin de quitter leur pays continueront de le faire...

 

« Les gouvernements de l'UE préfèrent privilégier le démantèlement des réseaux de passeurs et empêcher les départs de bateaux depuis la Libye, écrit Amnesty International dans un communiqué diffusé ce jeudi.Une stratégie vouée à l'échec qui se traduit par des traversées toujours plus périlleuses et par trois fois plus de décès – 0,89 % pour le deuxième semestre 2015, comparé à 2,7 % en 2017. » Car les interceptions par les gardes-côtes libyens mettent souvent en péril les réfugiés et les migrants, écrit Amnesty qui prédit un triste record de décès en mer cette année.« Leurs techniques d'intervention ne respectent pas les protocoles élémentaires de sécurité et peuvent engendrer des mouvements de panique et des chavirements catastrophiques. (…) En outre, des allégations sérieuses accusent certains gardes-côtes d'être de connivence avec les passeurs et des éléments prouvent qu'ils maltraitent les migrants. »

Ce n’est pourtant pas comme si l’on découvrait aujourd’hui les pratiques inhumaines des geôliers et des gardes-côtes libyens. En 2012 déjà, le documentaire saisissant d’Andrea Segre et Stefano Liberti, Mare Chiuso (« Mer fermée ») donnait la parole à des hommes et des femmes passés par la Libye. « Tous les gens qui ont été en Libye savent que les Libyens maltraitent les Noirs, racontait l’un d’entre eux dans le film (dont quelques extraits peuvent être visionnés ici). Ils peuvent t’arrêter sans raison. De nombreuses personnes sont mortes, de nombreuses autres ont été torturées. Donc j’ai compris que je devais fuir. » Le cauchemar de ces migrants ne s’est malheureusement pas arrêté à leur départ de Libye. Une fois en pleine mer, arrêtés par des gardes-côtes italiens, ils ont été remis aux gardes-côtes libyens. Entre 2009 et 2011, quelque 2 000 migrants ont ainsi été refoulés en pleine mer dans le cadre d’un accord bilatéral entre la Libye et l’Italie.

En dépit de ces innombrables alertes, Bruxelles maintient donc le cap d’une politique criminelle. Et si les ministres de l’intérieur réunis à Tallinn encouragent à « prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la relocalisation de ceux qui y sont éligibles », force est de constater que le programme européen de relocalisation des réfugiés, péniblement mis au point il y a deux ans par les 28, est un échec. Sur les 160 000 places prévues pour les réfugiés de Grèce et d’Italie dans les 26 autres États membres, seules 22 841 personnes ont été effectivement réinstallées, dont les deux tiers depuis la péninsule hellénique.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 11:15

La fin de l’occupation est le seul moyen de jeter les bases d’une paix durable entre Israéliens et Palestiniens (ONU)

Centre d’actualités de l’ONU, mercredi 5 juillet 2017

Mettre fin à l’occupation est le seul moyen de jeter les bases d’une paix durable répondant à la fois aux besoins de sécurité des Israéliens et aux aspirations des Palestiniens pour un Etat et une souveraineté, ont déclaré jeudi les deux plus hauts responsables des Nations Unies.

« C’est le seul moyen d’atteindre les droits inaliénables du peuple palestinien », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, lors d’un forum organisé au siège de l’ONU pour marquer les 50 ans du début de la guerre israélo-arabe de 1967 qui a eu pour résultat l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est, de Gaza et du Golan syrien.

Dans un message lu par la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina Mohammed, M. Guterres a déclaré qu’il était temps de revenir à des négociations directes pour résoudre toutes les questions de statut final « sur la base des résolutions de l’ONU, des accords et du droit international adéquats ». Il est également temps de mettre fin au conflit en créant un Etat palestinien indépendant, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec l’Etat d’Israël, a-t-il ajouté.

Le chef de l’ONU a rappelé que l’occupation a imposé un lourd fardeau humanitaire et de développement au peuple palestinien. « Des générations de Palestiniens ont grandi dans des camps de réfugiés bondés, beaucoup dans une pauvreté abjecte et avec peu ou pas de perspective d’une vie meilleure pour leurs enfants », a déploré M. Guterres.

Résoudre le conflit israélo-palestinien éliminera le facteur de l’extrémisme violent et du terrorisme au Moyen-Orient, a ajouté le Secrétaire général, et « ouvrira les portes à la coopération, à la sécurité, à la prospérité et aux droits de l’homme pour tous ».

Dans son propre discours, Mme Mohammed a déclaré qu’il était temps de non seulement de réfléchir aux coûts et aux conséquences de 50 ans d’occupation, mais aussi de regarder ce qu’il faut faire pour mettre fin à cette situation.

« Je comprends le profond sentiment de désespoir du peuple palestinien. Pendant trop longtemps, la communauté internationale n’a pas trouvé une solution juste et durable à leur déplacement », a-t-elle déclaré aux participants du forum organisé par le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien de l’Assemblée générale.

« La vie de générations de Palestiniens et d’Israéliens a été confinée par un conflit qui a façonné le paysage physique et humain avec des murs en béton, des points de contrôle et des tours de surveillance, sous une forte atmosphère de peur, de méfiance mutuelle et de désespoir », a-t-elle poursuivi.

« Certains pensent que la situation peut être gérée. Ils se trompent. Il faut qu’elle soit résolue », a dit Mme Mohammed. « Une paix réelle ne peut être atteinte sans une résolution juste et durable », a-t-elle ajouté, soulignant que la solution à deux États est le seul moyen de faire en sorte que les Palestiniens et les Israéliens puissent réaliser leurs aspirations nationales et historiques et vivre dans la paix, la sécurité et la dignité.

Le forum de deux jours (29-30 juin) réunit des experts internationaux, y compris de l’État de Palestine et d’Israël, des représentants de la communauté diplomatique, de la société civile, ainsi que des universitaires et des étudiants pour discuter de l’occupation continue dans une série de rencontres interactives.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 11:13
Non à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme

Le Parlement européen vient d’adopter une résolution de lutte contre l’antisémitisme qui vise aussi les critiques contre la politique israélienne.

Libération, mercredi 5 juillet 2017

Le 1er juin, le Parlement européen a adopté une résolution sur une cause essentielle et qui mérite un traitement sérieux : la lutte contre l’antisémitisme. Or, cette résolution, qui reprend l’une des deux propositions déposées, celle des groupes conservateurs (PPE), libéraux (Alde) et socialistes (S&D), pose de sérieux problèmes. Elle s’appuie, en effet, sur la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, l’International Holocaust Remembrance Alliance (Ihra), dont le grave défaut est de s’écarter de son objet en multipliant les références à l’Etat d’Israël.

Ce n’est pas à un Parlement de définir des notions qui font l’objet d’un vaste débat historiographique et de centaines de travaux critiques. Et le texte de l’Ihra est loin d’être une référence indiscutable. Il affirme d’emblée que : « Les manifestations de l’antisémitisme peuvent inclure le ciblage de l’Etat d’Israël » et mentionne à neuf reprises cet Etat ; même si ses auteurs se voient contraints d’ajouter : « Cependant, une critique d’Israël similaire à celle menée contre n’importe quel autre pays ne peut être vue comme antisémite. » Quand il donne ensuite des « exemples contemporains d’antisémitisme dans la vie publique, les médias, l’école, le monde du travail ou la sphère religieuse », il met sur le même plan quatre exemples de propos haineux, stéréotypés, fantasmés ou négationnistes relevant incontestablement de l’antisémitisme, et sept autres portant sur l’Etat d’Israël, sa « politique actuelle » et ses « actions ».

C’est cette définition de l’antisémitisme par l’Ihra que la résolution votée par le Parlement européen invite les Etats membres, les institutions et les agences de l’Union à adopter et à appliquer.

Or, si l’on peut considérer qu’il existe dans certaines attaques formulées contre Israël des dérives antisémites, les critiques de la politique des gouvernements israéliens ne peuvent en aucun cas être assimilées à de l’antisémitisme sans nuire tout à la fois au combat contre l’antisémitisme et contre le racisme, et à la liberté d’opinion nécessaire au fonctionnement de nos démocraties.

C’est ce qu’ont exprimé au Parlement européen les députés de gauche et écologistes (GUE - NGL et Verts - ALE) qui refusent cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme et souhaitent inscrire celle-ci dans le combat, essentiel et universel, contre toutes les formes de racisme et de discriminations. Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme et défendre les droits des Palestiniens. Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme tout en condamnant la politique de colonisation du gouvernement israélien.

La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations ne se divise pas.

Parmi les signataires :

Bertrand Badie, Etienne Balibar, Fethi Benslama, Sophie Bessis, Rony Brauman, Alice Cherki, Suzanne Citron, Sonia Dayan-Herzbrun, Michel Dreyfus, Ivar Ekeland, Jeanne Favret-Saada, Marcel-Francis Kahn, Catherine Lévy, Gilles Manceron, Gustave Massiah, Elise Marienstras, Fabienne Messica, Véronique Nahoum-Grappe, Emmanuel Naquet, Jacques Rancière, Bernard Ravenel, Carole Reynaud-Paligot, Michel Rotfus, Elisabeth Roudinesco, Shlomo Sand, Michel Tubiana, Dominique Vidal…

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 07:38
Mariage pour tous, l'Allemagne dit oui (Le Télégramme, 1er juillet 2017)

L'Allemagne a rejoint, ce vendredi, la majorité des pays occidentaux en légalisant, par un vote des députés, le mariage gay, en dépit de l'opposition de la chancelière, Angela Merkel.

 

Le texte a été approuvé par une majorité des députés, venant des trois partis de gauche représentés à la chambre basse du Parlement - sociaux-démocrates, écologistes et gauche radicale - et d'une partie des élus de la CDU d'Angela Merkel. L'Allemagne va ainsi rejoindre les 20 pays occidentaux, dont 13 en Europe, qui ont déjà légalisé le « mariage homo ».

Berlin avait adopté, dès 2001, une union civile, deux ans après le Pacs français. Au cours des années suivantes, la justice administrative allemande a accordé aux couples homosexuels la plupart des avantages fiscaux prévus par le mariage. Il manquait toujours la reconnaissance formelle du mariage pour tous et le droit à l'adoption pour les enfants. La société allemande y était prête depuis longtemps, avec une majorité de la population favorable au mariage gay depuis au moins le début du siècle, selon les sondages. Ils sont aujourd'hui 75 % à le soutenir. L'Église protestante accepte déjà, depuis plusieurs années, de célébrer les unions religieuses homosexuelles dans plusieurs régions du pays. L'Église catholique, en revanche, y est catégoriquement opposée. C'est l'une des raisons pour laquelle la famille politique conservatrice de la chancelière a bloqué pendant des années une reconnaissance du mariage pour tous.

 

Merkel vote contre

 

Au pouvoir depuis 2005, Angela Merkel s'est refusée pendant longtemps à brusquer, en particulier, la branche bavaroise catholique (CSU) de son parti démocrate-chrétien, très traditionaliste. Toutefois, avec la perspective des législatives, fin septembre, la pression de l'opinion a nettement monté pour évoluer sur la question. Les deux partenaires potentiels dans une future coalition gouvernementale, les sociaux-démocrates à gauche et les libéraux à droite, ont fait du mariage pour tous une condition à toute alliance.

Angela Merkel a ainsi fini par lâcher du lest, lundi, à la surprise générale, en acceptant que les élus de son parti votent sur le sujet librement, sans consigne. Elle planifiait un vote après les élections mais a été prise de vitesse par son partenaire de coalition, les sociaux-démocrates, qui ont imposé un vote quelques jours plus tard en s'alliant avec les deux autres partis de gauche au Bundestag, situés dans l'opposition. Ensemble, ils détenaient la majorité. Angela Merkel s'est ainsi retrouvée dans une situation paradoxale : elle a fini, hier, par voter contre le mariage pour tous, comme près des trois quarts de sa famille politique. La loi pourrait, du reste, être bientôt contestée devant la Cour constitutionnelle. Consolation au plan politique pour Angela Merkel : l'adoption du mariage gay lui permet de priver ses rivaux sociaux-démocrates d'un argument de campagne dans la dernière ligne droite avant les législatives.

 

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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 05:42
Génocide au Rwanda : Sherpa, le CPCR et Ibuka France déposent plainte contre BNP Paribas sur le fondement de complicité de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre

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Génocide au Rwanda :
Sherpa, le CPCR et Ibuka France déposent plainte contre BNP Paribas sur le fondement de complicité de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre

Paris, le 29 juin 2017

Les associations Sherpa, le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR) et Ibuka France déposent plainte avec constitution de partie civile contre BNP Paribas pour complicité de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. La banque aurait accepté de transférer en juin 1994, pendant le génocide et alors que l’embargo sur les armes avait été adopté par l’ONU un mois plus tôt, 1,3 million de dollars d’un compte de sa cliente, la Banque nationale du Rwanda (BNR), sur le compte suisse d’un courtier d’armes sud-africain, M. Ehlers.

Ehlers se serait alors rendu avec un commandant Hutu, M. Théoneste Bagosora, aux Seychelles, pour conclure, le 17 juin 1994, la vente de quatre-vingt tonnes d’armes, qui auraient ensuite été acheminées à Gisenyi au Rwanda, via Goma. Au cours de son audition devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), le colonel Bagosora a confirmé que des armes arrivées des Seychelles par Goma auraient servi à « donner un coup de main à Kigali »[.

Force est de constater que la Banque Bruxelles Lambert (BBL) avait refusé la demande d’utilisation de fonds émanant de la Banque commerciale du Rwanda, se refusant de violer l’embargo. D’après le témoignage du détaché de la BBL au Rwanda, le milieu bancaire, qui avait déjà l’obligation de se renseigner auprès de leur client sur la destination des fonds en cas de circonstances inhabituelles, savait que « le gouvernement rwandais avait un besoin crucial d’argent. […] Il était évident pour tout le monde qu’ils devaient acheter des armes et munitions. Le Rwanda était sous embargo ». La BNP aurait été la seule banque à accepter ce transfert de fonds.

Ainsi, selon les nombreux témoignages et rapports d’enquête joints à la plainte, la BNP aurait eu nécessairement connaissance de la destination des fonds et conscience que ce transfert pouvait contribuer au génocide en cours.

C’est la première fois qu’une plainte est déposée sur ce fondement contre une banque en France. Si les faits étaient avérés, elle permettrait de mettre en lumière la responsabilité des investisseurs dans les conflits armés, et plus largement dans de graves violations de droits humains. « L’aspect préventif du devoir de vigilance tel qu’adopté le 21 février dernier, appliqué aux institutions financières, devrait permettre d’éviter leur implication dans de telles violations », déclare Sandra Cossart, directrice des programmes de Sherpa.

 

Découvrez le dossier de presse complet ici.

 

 

 http://francegenocidetutsi.org/BagosoraTranscript28novembre2002.pdf

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 17:41
Un chant d'amour  Israël-Palestine, une histoire française Alain GRESH, Hélène ALDEGUER  Le 17 novembre 2013, au cours d'un repas en petit comité organisé à Tel Aviv en présence de François Hollande et de Benjamin Netanyahou, une artiste locale interpréta la chanson de Mike Brant « Laisse-moi t’aimer ». Au moment du toast, le président de la République française se refusa à entonner une chanson. Mais il rendit hommage au Premier ministre israélien : « Pour l’amitié entre Benjamin et moi-même, pour Israël et pour la France, même en chantant aussi mal que je chante - car je chante mal -, j'aurais toujours trouvé un chant d'amour - d'amour pour Israël et pour ses dirigeants. » Cet épisode, passé inaperçu à l'époque est révélateur des relations étonnantes que la France entretient avec Israël et, par conséquent, avec la Palestine. C'est cette relation spéciale, faite d'amours et de haines, de tensions et non-dits, de collusions et d'incompréhensions qu'explorent dans cette bande dessinée le journaliste Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et spécialiste reconnu du monde arabe, et Hélène Aldeguer, dessinatrice et illustratrice. L’ouvrage, qui paraîtra cinquante ans après la guerre des Six-Jours (juin 1967), raconte un demi-siècle de relations franco-israélo-palestiniennes. Il dévoile non seulement comment Paris a joué un rôle diplomatique central dans le conflit israélo-arabe, depuis plusieurs décennies, mais également comment ce conflit est très tôt devenu une « passion française », agitant les milieux politiques, intellectuels, médiatiques, artistiques et militants. Depuis cinquante ans, et plus intensément encore qu’on ne le croit, expliquent les auteurs, la question israélo-palestinienne est au cœur de la société française. Le travail d'Alain Gresh, scénariste de l'ouvrage s'appuie sur des recherches approfondies dans les archives de la diplomatie française et dans la production des médias hexagonaux (presse écrite, télévision, radio, cinéma, brochures militantes, etc.). Grâce à la documentation exceptionnelle qu'il a rassemblée, ce livre permet de comprendre les grandes étapes des relations que la France entretient à la fois avec Israël et avec la Palestine tout en revenant sur des épisodes oubliés, méconnus, voire inconnus, mais emblématiques de l'amour que la société française entretient avec le Proche-Orient. L'ouvrage est destiné à la fois aux néophytes et aux connaisseurs. C'est dans le but de s'adresser à un public large et exigeant que les auteurs ont choisi de raconter cette histoire sous forme graphique sans pour autant avoir recours à la fiction (les propos des personnages sont tous authentiques). Et pour bien souligner la « passion française » dont il est question dans le livre et les déchirements nationaux qu'elle ne cesse de provoquer depuis des décennies, la dessinatrice Hélène Aldeguer a choisi de restituer cette histoire en jouant sur les effets saturés et contrastés de trois couleurs symboliques : le bleu, le blanc et le rouge.(22€, La découverte)

Un chant d'amour Israël-Palestine, une histoire française Alain GRESH, Hélène ALDEGUER Le 17 novembre 2013, au cours d'un repas en petit comité organisé à Tel Aviv en présence de François Hollande et de Benjamin Netanyahou, une artiste locale interpréta la chanson de Mike Brant « Laisse-moi t’aimer ». Au moment du toast, le président de la République française se refusa à entonner une chanson. Mais il rendit hommage au Premier ministre israélien : « Pour l’amitié entre Benjamin et moi-même, pour Israël et pour la France, même en chantant aussi mal que je chante - car je chante mal -, j'aurais toujours trouvé un chant d'amour - d'amour pour Israël et pour ses dirigeants. » Cet épisode, passé inaperçu à l'époque est révélateur des relations étonnantes que la France entretient avec Israël et, par conséquent, avec la Palestine. C'est cette relation spéciale, faite d'amours et de haines, de tensions et non-dits, de collusions et d'incompréhensions qu'explorent dans cette bande dessinée le journaliste Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et spécialiste reconnu du monde arabe, et Hélène Aldeguer, dessinatrice et illustratrice. L’ouvrage, qui paraîtra cinquante ans après la guerre des Six-Jours (juin 1967), raconte un demi-siècle de relations franco-israélo-palestiniennes. Il dévoile non seulement comment Paris a joué un rôle diplomatique central dans le conflit israélo-arabe, depuis plusieurs décennies, mais également comment ce conflit est très tôt devenu une « passion française », agitant les milieux politiques, intellectuels, médiatiques, artistiques et militants. Depuis cinquante ans, et plus intensément encore qu’on ne le croit, expliquent les auteurs, la question israélo-palestinienne est au cœur de la société française. Le travail d'Alain Gresh, scénariste de l'ouvrage s'appuie sur des recherches approfondies dans les archives de la diplomatie française et dans la production des médias hexagonaux (presse écrite, télévision, radio, cinéma, brochures militantes, etc.). Grâce à la documentation exceptionnelle qu'il a rassemblée, ce livre permet de comprendre les grandes étapes des relations que la France entretient à la fois avec Israël et avec la Palestine tout en revenant sur des épisodes oubliés, méconnus, voire inconnus, mais emblématiques de l'amour que la société française entretient avec le Proche-Orient. L'ouvrage est destiné à la fois aux néophytes et aux connaisseurs. C'est dans le but de s'adresser à un public large et exigeant que les auteurs ont choisi de raconter cette histoire sous forme graphique sans pour autant avoir recours à la fiction (les propos des personnages sont tous authentiques). Et pour bien souligner la « passion française » dont il est question dans le livre et les déchirements nationaux qu'elle ne cesse de provoquer depuis des décennies, la dessinatrice Hélène Aldeguer a choisi de restituer cette histoire en jouant sur les effets saturés et contrastés de trois couleurs symboliques : le bleu, le blanc et le rouge.(22€, La découverte)

Il y a cinquante ans, la guerre des Six-Jours faisait les ravages que l’on connaît dans la région. L’impact de la défaite des pays arabes face à Israël se fait toujours ressentir aujourd’hui. C’est cet épisode sombre de l’histoire de la région, ainsi que les relations bilatérales et si particulières qui unissent la France à l’État hébreu qu’Alain Gresh – journaliste, auteur et directeur du média en ligne Orient XXI – et la dessinatrice Hélène Aldeguer mettent en scène dans Un chant d’amour : Israël-Palestine, une histoire française*, aux éditions La Découverte, et qui vient de paraître. Sous forme de dessins, les auteurs retracent, depuis le conflit de 1967, les relations entre la France et Israël, rapportant fidèlement les propos des protagonistes de l’époque. Rien n’est inventé ni romancé.

Samia Medawar, L’Orient le Jour, dimanche 25 juin 2017

Qu’est-ce qui vous a poussé à adopter le format assez particulier de la bande dessinée ?

Au départ, il y avait l’idée de toucher un public différent, qui ne serait pas forcément le public habituel qui lit des livres politiques. En France, depuis plusieurs années déjà, le journalisme en bandes dessinées est un phénomène qui se développe pas mal. Je parle de mettre ensemble un journaliste et un dessinateur, et de faire des articles politiques, sous forme de récit en images.

En travaillant, il y a autre chose qui m’a frappé. Parfois, il est vrai qu’avec des images on peut dire des choses très fortes, en peu d’espace si je puis dire. Par exemple, quand on a reproduit la une du journal France-Soir, qui a paru le 5 juin 1967, et qui dit que les Égyptiens ont attaqué Israël. C’est une manière de traduire le climat antiarabe qui régnait en France à l’époque. On n’a pas besoin de long discours pour le montrer. Cette image le montre très clairement. Les images peuvent être très fortes quand on sait les utiliser.

  Les couleurs aussi, d’ailleurs...

Tout à fait. C’était l’idée de (la dessinatrice) Hélène Aldeguer de faire les Israéliens en bleu, les Palestiniens en rouge, d’utiliser beaucoup de noir, et de se limiter à ces couleurs. C’est un choix esthétique et qui fonctionne assez bien.

  Vous avez choisi de vous pencher sur une question assez précise, la relation entre la France et Israël. D’où vient la particularité de cette relation depuis la création de l’État hébreu ?

Le livre couvre la période d’après la guerre de 1967, pour des raisons simples. D’abord, cette guerre est un tournant dans l’histoire de la région, et de l’histoire de la question palestinienne. C’est également un tournant de la relation de la France avec Israël. Dans les années 1950, le principal allié de la France dans la région était Israël. C’est la France qui fournissait l’essentiel de l’armement de l’armée israélienne ; c’est elle également qui va lui fournir les éléments pour bâtir ses bombes atomiques.

Une évolution dans les relations bilatérales avait déjà pu être observée, mais 1967 marque une rupture, à cause de la position très particulière du général de Gaulle. Je savais déjà que sa position avait été impopulaire, mais, en faisant mes recherches, j’ai été surpris : je n’avais jamais imaginé à quel point il avait été isolé, y compris dans sa famille politique, la plupart de ses membres étant à l’époque pro-israéliens. Toute la classe politique, à l’exception du Parti communiste, qui à l’époque est encore une force importante, était pro-israélienne. Tous les médias font une propagande pro-israélienne, et surtout antiarabe. Tout le vocabulaire et tous les propos tenus dans le livre, et c’est important de le savoir, sont véridiques, rien n’a été inventé. Tout a été pris des journaux de l’époque, des déclarations officielles, des mémoires des uns et des autres.

Cette haine antiarabe doit être située : on est en 1967, cinq ans après la fin de la guerre d’Algérie. Il y a l’idée d’une revanche à l’égard des Arabes, qui touche une partie de la droite française notamment, mais aussi les socialistes.

  Peut-on donc affirmer que cette position gaullienne bouleverse non seulement le paysage politique français, mais également l’ensemble de la société ?

Oui, certainement. En 1967, on a une vraie émotion de la population française. Il y a une peur en faveur d’Israël, des dizaines de milliers de gens qui manifestent. On met en scène Serge Gainsbourg, à qui l’ambassade d’Israël commande une chanson – il va écrire Le sable et le soldat –, alors que Gainsbourg est totalement apolitique ! Cela montre cette espèce d’émotion et de sentiment pro-israéliens, qui vont durer relativement longtemps. En reflet, cela montre le courage de la politique que le général de Gaulle adopte, et qui n’est pas une politique électoraliste ou tactique. C’est vraiment une vision à la fois du rôle de la France dans la région, mais aussi de l’avenir même de la région. Il voit très bien les conséquences que vont avoir la guerre déclenchée par Israël et la déstabilisation de la région.

  Y a-t-il un moment charnière particulier, dans la politique française, qui a mené à celle que l’on voit aujourd’hui ? Comment expliquer ce « tournant silencieux », comme vous l’appelez ?

La France a eu une politique un peu d’avant-garde au niveau européen, et occidental. Elle a été la première à affirmer le droit des Palestiniens à l’autodétermination et appeler à négocier avec l’OLP (Organisation pour la libération de la Palestine). Tous les présidents successifs jusqu’à Jacques Chirac l’ont adoptée, plus ou moins avec des nuances selon les uns et les autres. Qu’est-ce qui change maintenant et qu’est-ce que ce « tournant silencieux » ? Il n’est pas visible. Si l’on demande aux responsables français, ils vont affirmer que leur position n’a pas changé, qu’ils sont pour un État palestinien, qu’ils sont contre la colonisation. Mais la différence fondamentale n’est pas seulement liée au conflit israélo-palestinien. Après la position prise par la France contre la guerre en Irak en 2003, c’est une espèce d’alignement sur les Américains, la réintégration dans l’organisation militaire de l’OTAN, et l’idée aussi que nous sommes dans un conflit contre le terrorisme, et que, dans cette guerre, Israël est notre allié.

Deux choses changent aujourd’hui. Premièrement, contrairement à avant, il n’y a aucun lien entre le comportement israélien à l’égard de la Palestine et les relations bilatérales entre la France et Israël. Avant, on ne pensait pas normaliser totalement les relations avec l’État hébreu si la question palestinienne n’était réglée. Deuxièmement, il n’y a plus une voix de la France. On rappelle dans le livre l’importance de la déclaration de Venise. La France fait adopter par l’Europe une déclaration disant qu’il faut négocier avec l’OLP, qu’il faut le droit à l’autodétermination aux Palestiniens, et c’est cette position qui a fait bouger toute la communauté internationale. Aujourd’hui, la France se contente d’être à la remorque des États-Unis, sans aucune idée neuve concernant le conflit israélo-palestinien.

  Ce qui est un peu paradoxal, vu qu’elle était à l’avant-garde du soutien aux Palestiniens...

Tout à fait. Ce tournant dont je parlais a été pris par Nicolas Sarkozy, accentué par François Hollande. Il y a beaucoup de raisons qui ont contribué à ces changements, comme aussi la disparition de la génération gaulliste, l’affaiblissement du Parti communiste, la question du terrorisme, etc. Aujourd’hui, la vision de la question palestinienne n’est plus une question d’autodétermination, mais de lutte contre le terrorisme. Tout cela a joué dans ce tournant de la politique française.

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