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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 05:32
RFI - NELSON MANDELA: DES MILLIERS DE DOCUMENTS CONFIDENTIELS AMERICAINS PUBLIES
RFI - NELSON MANDELA: DES MILLIERS DE DOCUMENTS CONFIDENTIELS AMERICAINS PUBLIES

100 ans jour pour jour après la naissance de Nelson Mandela, des documents sortent des tiroirs. Il s’agit de documents confidentiels sur l'icône de la lutte anti-apartheid. L'organisation Property of People a profité des cérémonies du centenaire, ce mercredi, pour les publier. Et ils révèlent que les Etats-Unis ont continué à surveiller Nelson Mandela, bien après sa sortie de prison en 1990.

Ces documents montrent comment le FBI a enquêté sur les mouvements sud-africains et sud-américains de lutte contre l'apartheid. Des mouvements que les Etats-Unis associaient à de « dangereuses conspirations communistes » et percevaient donc comme une menace, comme l’explique le président de Property of the People, Ryan Shapiro, dans un communiqué.

Pire encore, poursuit-il : « Les documents démontrent que le FBI a continué ses enquêtes sur Nelson Mandela » bien après sa libération en 1990, après avoir passé 27 ans de sa vie derrière les barreaux en Afrique du Sud. Nelson Mandela est resté inscrit sur une liste américaine de surveillance des terroristes jusqu'en 2008.

Marthin Luther King aussi sous surveillance

Mais il n'est pas la seule figure de lutte contre l'oppression raciale à avoir été surveillée par les Etats-Unis. Le FBI a également enquêté sur l'Afro-Américain Marthin Luther King et le mouvement des droits civiques dans les années 50-60.

Ces révélations sont issues de documents des principales agences de renseignement américaines : le FBI, la CIA, la DIA et la NSA. Des milliers de notes et de rapports qui n'ont, pour la plupart, jamais été vus par le public.


 Winnie Mandela également surveillée

Les Etats-Unis n'ont pas toujours regardé d'un bon œil l'ex-épouse de Nelson Mandela.  Dans une note de 1991, la DIA, l'Agence américaine de renseignement de défense, évoque « l'influence significative » de Winnie Mandela sur son époux. A cette époque, Nelson Mandela est alors président de l'ANC, le Congrès national africain, redevenu légal. Il négocie le démantèlement de l'apartheid avec le pouvoir en place.

« Les autorités africaines l'ont vu pendant les négociations, écrit la DIA, Nelson Mandela s'était accordé avec le gouvernement sur certains points. Après discussion avec son épouse, il a changé d'avis ». Conclusion formulée par l'agence de renseignement : « L'influence de Winnie Mandela sur la politique sud-africaine est négative ».

1991, c'est aussi l'année du divorce de Nelson et Winnie Mandela. Un événement suivi de près par le FBI. Dans un document de 7 pages, les services américains recensent les apparitions médiatiques de l'ex-épouse du héros de la lutte contre l'apartheid, ses déclarations politiques et déclarations liées à sa situation conjugale.

La plupart de ces documents, dévoilés par l'organisation Property of the People, n'ont jamais été vus par le public.

 

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17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 12:30
Le Portugal fait un bras d'honneur économique à Bruxelles, et c'est un miracle (La Dépêche, 18 août 2018)

C’est un « miracle » embarrassant pour Bruxelles car il repose sur une politique anti-austérité totalement contraire à la doxa économique imposée par la technostructure européenne aux états membres. 
Et si les résultats spectaculaires obtenus par le gouvernement de gauche d’Antonio Costa depuis bientôt trois ans se poursuivent, c’est tout le référentiel européen inspiré du modèle allemand qui pourrait s’en trouver bouleversé. 
Discrètement donc, car pour la Commission européenne, citer Lisbonne en exemple reviendrait à se désavouer, le Portugal accomplit des prouesses économiques là où la plupart des pays de la zone euro échouent ou touchent aux limites du système.

Le chômage a reculé de 11,1 % à 7,9 % 
au début de l’année

Quelques chiffres d’abord : entre 2016 et 2018, le pays a ramené son déficit budgétaire de 2,1 % à 1,5 % de son PIB (3,2 % attendus en France fin 2018). Sur la même période, le taux de chômage a reculé de 11,1 % à 7,9 % au début de l’année, et devrait s’établir à 7 % en 2019. 
En 2017, le Produit intérieur brut (PIB) du Portugal a progressé de 2,5 %, contre 1,9 % pour la zone euro et seulement 1,5 % de croissance pour la France. Et que dire de la réindustrialisation de la péninsule, dans les secteurs du textile, de la chaussure ou encore de l’automobile ? 
Après avoir investi dans les pays de l’est, à la recherche du main-d’oeuvre bon marché, les industriels relocalisent au Portugal qui garantit une production de qualité et un coût du travail toujours avantageux.

Une coalition de gauche au pouvoir

Pour relancer l’économie, le socialiste Antonio Costa, soutenu par le Parti communiste, les écologistes et la gauche radicale portugaise, a fait le pari d’une politique en rupture totale avec les recommandations de Bruxelles.
C’était d’ailleurs l’une des promesses de la coalition lorsqu’elle était en campagne : « La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs », pouvait-on lire dans le programme de la gauche, alors dans l’opposition.

 

Hausse du SMIC et des retraites, renforcement des droits du Travail

A peine élu, le nouveau gouvernement a tenu ses engagements anti-austérité et pris le contre-pied du modèle économique soutenu par Bruxelles. 
Le salaire minimum (SMIC) est passé de 530 € à 557 € en 2017 et doit encore être porté à 600 € en 2019. Les pensions de retraite, comme les allocations familiales, ont également été augmentées, tandis que les impôts sur les bas salaires ont été réduits. Le programme de privatisation de services et d’infrastructures mis en œuvre par la droite a été stoppé, tout comme le processus de réduction des salaires des fonctionnaires dont le temps de travail devrait entre porté à 35 heures hebdomadaires.
Les droits du travail ont également été renforcés.

Ni austérité, ni populisme

Après l’avoir longtemps subi, comme la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, en échange des prêts du FMI, le Portugal s’est libéré du modèle économique imposé par la Commission européenne. Et en à peine deux ans, il a apporté la preuve qu’entre le système austéritaire modélisé par Bruxelles et la chimère populiste, une troisième voie existe. 
Soutenue par un bond remarquable de son tourisme, comme si la chance ne souriait qu’aux audacieux, sa politique de relance de la demande par la hausse du pouvoir d’achat et de la protection des salariés, fonctionne à haut rendement... 

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 07:41

En 2017, le nom de la rock star irlandaise est apparu dans un des circuits d’évasion fiscale dévoilés par les Paradise Papers. Ce n’était pas une première pour le héraut des bonnes causes, adepte avec son groupe de l’évitement de l’impôt.

D’un côté, il y a les tournées officielles de U2. Après avoir parcouru les États-Unis, leur dernière en date sillonne le Vieux Continent à partir de fin août. Et puis, il y a les circuits non officiels. Ceux de leurs sous qui passent par des destinations où les quatre gens de Dublin ne se produiront sans doute jamais : Malte, Guernesey, la Lituanie… C’est ce qu’ont dévoilé les Paradise Papers en novembre 2017. Le quotidien britannique The Guardian et le site lituanien 15 min ont relevé le nom de Paul Hewson dans les documents consacrés à une société maltaise, Nude Estates, propriétaire d’un centre commercial à 60 kilomètres de Vilnius. Le patronyme de naissance de Bono apparaît parmi ceux des investisseurs qui ont financé l’acquisition, via des montages financiers optimisés.

Malte est en effet très accueillante pour les étrangers en quête de placements rentables : les plus-values n’y sont imposées qu’à 5 %. En l’occurrence, Nude Estates a acheté en 2007 ce centre commercial contre 5,8 millions d’euros, via une société du même nom créée dans le pays balte. En 2012, le titre de propriété est transféré à une troisième structure, Nude Estates 1, celle-ci enregistrée à Guernesey, où les profits réalisés par les compagnies qui y sont enregistrées ne sont là non plus pas taxés. Placée sur le gril du fisc lituanien après ces révélations, Nude Estates a versé, début 2018, 34 000 euros d’impôt sur le revenu et 19 000 euros d’amende, afin d’éteindre les poursuites.

À l’époque, Bono avait fait valoir qu’il n’était qu’un investisseur « passif » et « minoritaire » dans ce montage. Soulignant qu’il effectuait toujours ses investissements en son nom, et non sous couvert de sociétés-écrans, il avait « salué » la publication de ces révélations. « J’ai milité pour que les propriétaires de sociétés offshore soient rendus publics. (…) Il devrait y avoir des registres publics pour que la presse et le public puissent voir ce que les gouvernements, comme Guernesey, savent déjà. »

Mais ce couplet sonne faux, alors que le chanteur aux multiples causes humanitaires s’est déjà fait prendre la main dans le pot de l’optimisation fiscale. Avant cet épisode, il y eut en 2006 la migration d’Irlande vers les Pays-Bas de U2 Limited, le fonds gestionnaire des bénéfices récoltés via la vente de leurs albums et leurs concerts. Avant 2006, le groupe, comme les autres artistes domiciliés en Eire, bénéficiait d’une ristourne fiscale pour ce genre de revenus. Mais Dublin a eu la fâcheuse idée d’adjoindre un plafond à cette niche fiscale. La bande à Bono a alors envoyé U2 Limited aux Pays-Bas, où l’y attendait un système plus accueillant. Celui-ci permet à toute société de droit néerlandais d’y faire remonter les bénéfices générés par des activités effectuées dans d’autres pays sous forme de versements de royalties et droits de licence. Cette pompe à bénéfices, taxée symboliquement par les Néerlandais, réalise en plus le prodige d’annuler toute taxation ailleurs.

Selon Billboard, l’étape américaine du « Joshua Tree tour 2017 » a engrangé 46,4 millions d’euros. On comprend mieux le tropisme de Bono and Co pour Amsterdam. En 2006, une banderole « Payez vous aussi vos impôts » avait été hissée lors d’un concert. Bono avait répliqué en déclarant « payer une fortune en taxe et être content de le faire. Mais ça ne veut pas dire que, puisque vous êtes bon en philanthropie (…), les gens pensent qu’on devrait être stupide en affaires ». Et Bono s’y connaît en bonnes affaires. En 2009, Elevation Partners, fonds dont il est l’un des fondateurs, avait pris 2,4 % dans un réseau social naissant… Facebook, autre spécialiste de l’optimisation fiscale.

 

Le guide touristique de la fraude - Pays-Bas

 

Quatre-vingt-onze des cent plus grandes multinationales mondiales ont au moins une filiale stratégique aux Pays-Bas. Si elles en profitent pour y déposer leurs brevets et revenus liés à la propriété intellectuelle, exemptés d’impôts, le pays sert avant tout de plaque tournante financière. Les Pays-Bas sont le premier récepteur et émetteur au monde d’investissements directs à l’étranger, autrement dit d’achats et de ventes de titres d’entreprise. On ne parle pas ici d’investissement productif, mais bien d’internationalisation des firmes à but d’optimisation fiscale. Les Pays-Bas ne sont pas directement un paradis fiscal, mais plutôt une gigantesque pompe financière : ils absorbent les milliards des multinationales, et les rejettent, quasiment sans frais,  dans les Antilles néerlandaises, avec lesquelles le pays a de très avantageux accords – empêchant notamment la double imposition – et où les taux d’imposition se situent entre 0 % et 5 %. Cette stratégie bien connue s’appelle le « sandwich hollandais ». 8 000 milliards d’euros de flux financiers transitent ainsi chaque année par les Pays-Bas en toute impunité, puisque l’administration néerlandaise se révèle incapable de contrôler plus de quelques dizaines de transactions.

Stéphane Guérard

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 07:40

 

Un député de l’opposition, arrêté, a admis sa culpabilité dans la tentative d’attentat contre le président Nicolas Maduro.

Dans une belle et habituelle unanimité, les grands médias internationaux continuent à mettre en doute la tentative d’attentat perpétrée contre le président vénézuélien, Nicolas Maduro, le 4 août. Ainsi l’Agence France Presse (AFP) n’écrit-elle le mot attentat qu’entre guillemets, laissant ainsi penser qu’il s’agit de faits montés de toutes pièces par le gouvernement de Caracas. En cela, elle suit l’opposant vénézuélien en exil Julio Borges, ancien président du Parlement, qui a qualifié de « farce » cette tentative d’assassinat.

Nicolas Maduro a accusé l’opposition vénézuélienne et l’ex-président colombien Juan Manuel Santos d’être derrière cette attaque fomentée avec des fonds provenant des États-Unis. Un mystérieux groupe qui serait composé de civils et de militaires a pourtant revendiqué l’action dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux qui stigmatise « le système éducatif (qui) n’enseigne plus rien et ne fait qu’endoctriner avec le communisme ». Un texte signé du Mouvement national des soldats en chemise, dont on ne sait si celle-ci est noire.

19 PERSONNES « DIRECTEMENT LIÉES » À CET ATTENTAT

Selon le procureur, 19 personnes au total sont « directement liées » à cet attentat qui, selon le gouvernement, a été organisé depuis une ferme de Chinacota, en Colombie, par des personnes qui ont reçu pour cela 50 millions de dollars. Parmi les personnes incarcérées, le député de l’opposition Juan Requesens, du parti Primero Justicia (la Justice d’abord), fondé par Julio Borges, qui a admis sa culpabilité. « Il y a plusieurs semaines, j’ai été contacté par Julio Borges qui m’a demandé de faire passer une personne du Venezuela vers la Colombie. Il s’agit de Juan Monasterios », un des auteurs présumés de l’attaque, a-t-il déclaré. Monasterios est un militaire vénézuélien à la retraite qui a admis avoir participé à l’attentat.

La vidéo a été présentée par le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez. Il a annoncé avoir demandé à Interpol de délivrer une « notice rouge » – message d’alerte de demande d’arrestation adressé à ses États membres – contre Borges, exilé en Colombie. « La demande s’étend à d’autres personnes résidant en Colombie et aux États-Unis », a-t-il précisé, ajoutant : « Je mets au défi ­Julio Borges de démentir » l’aveu de Juan Requesens, dont l’immunité parlementaire a été retirée par décision de l’Assemblée constituante.

DES « CELLULES TERRORISTES » SERAIENT BASÉES EN FLORIDE

Vendredi, les députés de l’opposition et des dizaines de personnes ont défilé jusqu’au siège de l’Organisation des États américains (OEA) à Caracas, pour demander la libération de Juan Requesens et que le mandat d’arrêt délivré contre Borges ne soit pas reconnu par la communauté internationale.

Fort du soutien que lui a réaffirmé l’armée, Nicolas Maduro a dénoncé l’activité de « cellules terroristes » basées en Floride, coordonnées par Osman Delgado Tabosky qui aurait financé l’attaque, et a suggéré à Washington de coopérer à l’enquête. En réalité, les États-Unis cherchent, par tous les moyens, à renverser le gouvernement en place à Caracas et poussent leurs alliés régionaux à faire de même. La tentative d’attentat participe de cette atmosphère, ajoutée à une campagne sur une supposée violation des droits de l’homme et une asphyxie économique du Venezuela. Un scénario utilisé maintes fois ces dernières décennies par les États-Unis pour justifier leur intervention (militaire ou non), comme actuellement vis-à-vis de l’Iran, et changer les régimes en place, coupables de n’être pas dociles et de ne pas s’offrir au souteneur américain. 

Pierre Barbancey

 

 

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 06:02

Une association belge, « EU DisinfoLab », a répertorié nominativement près de 60 000 comptes Twitter de citoyen-ne-s français-es ayant réagi à l’affaire Benalla depuis sa révélation le 18 juillet dernier par la presse. Il s'agit rien de moins que d'un fichage politique, totalement illégal, puis que l'un des deux fichiers Excel établit des corrélations avec des sites de médias ou d'organisations politiques.


Ce travail réalisé, prétendument pour mettre en évidence une manipulation de l'information sur les réseaux sociaux, est une atteinte grave et inadmissible à notre démocratie, aux droits inaliénables des citoyen-ne de notre pays, de penser, d'expression et d'engagement. Cette méthode n’est pas sans rappeler les fichages de triste mémoire de la police de Vichy.

« EU DisinfoLab » contrevient ainsi dans notre pays à la loi Informatique et Libertés de 1978 mais aussi au nouveau règlement européen sur la protection des données.


La CNIL interpellée par plusieurs personnes citées dans les fichiers annonce qu'elle se saisit de cette affaire, c'est une première étape mais des investigations poussées doivent maintenant être diligenter par les autorités françaises.

Le PCF – dont nombre de sympathisant-e-s et de militant-e-s parmi lesquels des parlementaires se trouvent ainsi listés – exige que toutes les mesures soient prisent d'une part pour protéger les personnes « fichées » et leurs droits fondamentaux garantis et d'autre part pour qu'une enquête soit diligentée dans les plus brefs délais.


Le PCF sera particulièrement vigilant aux suites données par le gouvernement et la Présidence de la République en la matière.



Parti communiste français

 

 

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 06:00

 

Championne de la délocalisation, la multinationale est aussi experte en optimisation fiscale. Les documents fournis par les Paradise Papers montrent un schéma complexe lui permettant d’alléger son imposition de plus de 100 millions par an.

Whirlpool, multinationale américaine, numéro un mondial de l’électroménager et aussi championne de l’optimisation fiscale. Pour éviter de payer ses impôts et accroître au maximum ses bénéfices, le groupe ne recule devant rien. Les 278 ouvriers de l’usine d’Amiens, ville natale d’Emmanuel Macron, en ont fait les frais. En janvier 2017, en pleine campagne présidentielle, ceux-ci ont appris la fermeture prochaine de leur usine. Leur production se fera dorénavant à Lodz, en Pologne. Très rapidement, le site amiénois devient le théâtre d’une lutte politique entre Emmanuel Macron et la candidate du Front national, Marine Le Pen, lorsque cette dernière décide de se rendre sur le parking de l’usine au moment même où le candidat d’En marche ! rencontre les syndicalistes à la chambre de commerce et d’industrie. Au final, l’épisode ne changera rien à la délocalisation prévue. L’usine est vendue pour un euro symbolique à une entreprise locale fondée par Nicolas Decayeux, abandonnant cent emplois. Quant aux ex-Whirlpool, ils se verront proposer un lave-vaisselle en guise de cadeau de licenciement…

Au rayon de l’optimisation fiscale, Whirlpool trône aux côtés de Nike, Apple, Total, dans la liste des Paradise Papers, publiée en novembre 2017. Comme beaucoup d’entreprises, la toile tissée par la multinationale, et révélée en France par le Monde, suit un schéma complexe pour « faire circuler des centaines de millions d’euros de cash entre des sociétés boîtes aux lettres dans des paradis fiscaux », explique le quotidien. Et ce, en toute légalité.

En clair, les recettes des filiales de par le monde ne vont pas directement dans les caisses de la maison mère américaine, dont le siège historique se trouve dans le Michigan. Outre la remontée des dividendes versés par les filiales aux sociétés actionnaires, du cash circule sous forme de prêts et de remboursements internes, vidant les entreprises de leurs résultats imposables, dans une multitude de holdings financières qui sont autant de coquilles vides, basées dans un paradis fiscal où cet argent sera exonéré d’impôts sur les intérêts reçus. Des structures basées au Delaware, cet État prisé des plus grosses entreprises américaines, mais également aux Bermudes, où le groupe dispose d’au moins trois filiales. Reste que la multinationale ne se limite pas aux seuls pays inscrits sur les listes noires des paradis fiscaux. En Belgique, par exemple, où la législation est favorable aux entreprises y installant des « centres de coordination » qui permettent le financement d’investissements internes au groupe, Whirlpool a placé des sortes de « banques ».Pour réaliser son circuit, la multinationale a pu compter sur le savoir-faire de plusieurs cabinets d’affaires, dont l’un des plus connus est le cabinet Appleby. Au service de clients soucieux de cacher leurs fortunes, il est présent dans sept « juridictions clés » du monde offshore : les Bermudes, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans, Jersey, Guernesey, l’île de Man, Maurice et les Seychelles. Une pieuvre mondiale, au point qu’il est impossible de localiser le véritable siège social de l’entreprise.

Ce système a permis à Whirlpool de ne payer que 209 millions de dollars d’impôts sur un peu plus de 1 milliard de dollars de bénéfices en 2015, soit un gain de plus de 100 millions de dollars pour la multinationale si le taux d’imposition sur les sociétés de 35 % en vigueur outre-Atlantique avait été appliqué. « Ce sont des activités d’optimisation fiscale et financière normales. (…) Whirlpool respecte toutes les lois et régulations applicables dans les pays où nous opérons », se défend le groupe. Business as usual.

 

Les paradis de la fraude : Irlande

En République d’Irlande, l’impôt sur les sociétés est parmi les plus bas d’Europe, à 12,5 %, contre 33,3 % en France. Et les arrangements au cas par cas avec des entreprises y sont nombreux. À tel point que les géants de l’Internet, comme Apple ou Google, ont fait du pays de la Guinness leur terre promise européenne. De 2003 à 2014, Apple a été ainsi imposée à seulement 0,005 %. En août 2016, la Commission européenne a sanctionné l’Irlande, qualifiant d’aides d’État illégales le régime fiscal accordé à l’entreprise américaine, et en la sommant de récupérer auprès de la multinationale 13 milliards d’euros d’avantages indus. Un premier versement de 1,5 milliard d’euros a été effectué en milieu d’année, mais Dublin rechigne à récupérer le pécule. Car l’Irlande vit du dumping fiscal. Pour rappel, en 2015, compte tenu du chiffre d’affaires enregistré par les multinationales installées en Irlande, le PIB du pays avait bondi officiellement de 26,3 %. Un taux incroyable qui avait poussé les autorités, non à réviser leur niveau d’imposition, mais à plancher sur un indicateur plus ou moins sensible aux variations des recettes engrangées par les firmes étrangères, en préférant au PIB le revenu national ajusté.

Clotilde Mathieu

 

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 05:49
Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)
Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite
 PAR 

L’ex-premier ministre s’est entouré de conseillers et multiplie les dîners à Barcelone, en vue des municipales de mai 2019. Face aux indépendantistes, Manuel Valls veut être le « candidat de l’ordre ». Mais il retarde sa décision, conscient du risque d’échec. Issu de la droite dure, l’un de ses conseillers crispe.

 

Barcelone (Espagne), envoyé spécial.– Il répète qu’il n’a pas pris sa décision. « Je me donne encore quelques semaines de réflexion », a fait savoir Manuel Valls au quotidien El País le 19 juillet. L’ancien premier ministre français a prévu de dire, en septembre ou octobre, s’il se lançait dans la course à la mairie de Barcelone, en vue des élections du 26 mai 2019.

Il est en tout cas très « motivé », selon le mot d’Inés Arrimadas, la figure montante de Ciudadanos en Catalogne. Ce parti de la droite libérale, allié de LREM en France, a proposé à l’ancien premier ministre d’être son candidat pour Barcelone. « Il doit prendre la décision, qui n’est pas seulement politique mais personnelle, de se lancer dans une aventure qui serait fantastique et inédite », s’est enthousiasmée Arrimadas mi-juillet.

Durant l’été, Valls consulte à tout-va. L’ancien socialiste enchaîne les dîners dans la capitale catalane, rencontre des chefs de parti, des patrons de presse et des entrepreneurs. Avec un groupe d’une quinzaine de conseillers qui militent pour sa candidature et l’alimentent en fiches, Valls tente d’ébaucher une stratégie pour remporter la deuxième ville d’Espagne, où il est né en 1962 avant d’emménager, très jeune, en France.

À peine lâchée l’hypothèse d’un parachutage Valls, des figures de la politique locale se sont préparées à la bataille. « Certains ont l’air désespéré au point de chercher des noms de célébrités », a ironisé la maire de Barcelone, Ada Colau, une ancienne activiste pour le droit au logement. Elle a aussi critiqué les positions « réactionnaires » de Manuel Valls sur les questions migratoires, ajoutant : « Ce qui m’interpelle, c’est qu’il ne vit pas à Barcelone. » Le candidat socialiste, Jaume Collboni, a lancé quant à lui : « Barcelone ne peut pas être un simple prix de consolidation pour les carrières politiques empêchées. »

Du côté du monde indépendantiste, le ton est plus rude, face à ce qu’on appelle dans le football espagnol un « fichaje galáctico », un « transfert phénoménal ». Pour le conservateur Xavier Trias, ancien maire de la ville (de 2011 à 2015), Valls est tout simplement « un facho », en référence à sa défense arc-boutée de « l’unité de l’Espagne ». Quant à Alfred Bosch, candidat à la mairie pour l’ERC, la gauche républicaine indépendantiste, il déclare : « Barcelone n’est pas une piste d’atterrissage pour parachutés. »

Cet accueil glacial n’a semble-t-il pas découragé le Franco-Espagnol. Citant des sources internes à Ciudadanos, La Vanguardia, le quotidien le plus influent de Barcelone, donnait début juillet Valls partant à « 96 % ». Dans les QG des partis catalans, qui préparent déjà la campagne de l’an prochain, les spéculations vont bon train. « J’ai l’impression qu’il sera candidat, il multiplie les prises de contact avec des gens de premier rang, dans de nombreux secteurs, son agenda est très étudié », assure à Mediapart Ramón Luque, un dirigeant écolo-communiste qui travaille à la réélection d’Ada Colau.

« Il a franchi un certain nombre d’étapes précises qui me donnent l’impression qu’il va se présenter », renchérit Carlos Prieto, le directeur de campagne du PSC, les socialistes catalans. « En mai dernier, il avait 80 % de chances de l’emporter. Maintenant, avec l’arrivée des socialistes au pouvoir à Madrid, cela s’annonce plus difficile », tempère, sous le sceau de l’anonymat, un politique catalan qui a proposé ses services à Valls.« Cela me semblait plus probable il y a trois mois qu’aujourd’hui », évalue de son côté l’éditorialiste vedette de La Vanguardia, Enric Juliana.

« Il existe une certaine attente, dans une partie du monde entrepreneurial et dans l’establishment. Ces secteurs sont orphelins de l’ancien parti Convergència [le parti de Jordi Pujol, longtemps majoritaire – ndlr], qui s’est radicalisé ces dernières années dans sa défense de l’indépendance. Il y a là un électorat déçu à reconquérir et Valls a les moyens d’occuper cet espace politique de l’ordre, analyse le journaliste Roger Palà, du site d’enquête catalan El Crític. Ici, on aime les choses pittoresques. Qu’un Français, ancien premier ministre, et qui en plus parle catalan, débarque, ça nous occupe. Après, c’est autre chose de savoir si cela va fonctionner… »

Valls, candidat de « l’ordre », face à la « populiste de gauche » Ada Colau ? Le député français s’est imposé dans le débat public espagnol en pleine tempête indépendantiste. Il est devenu, en décembre 2017, l’une des voix les plus fermes à l’encontre du « Procès » (vers l’indépendance) de Carles Puigdemont et de ses alliés. Ses interventions musclées en défense de « l’unité de l’Espagne » ont marqué les esprits, dans une émission télé très suivie (l’Espejo Público de Susanna Griso), dans des conférences avec des élus, de gauche comme de droite, ou encore des meetings organisés par la Societat Civil Catalana (SCC), une plateforme qui rassemble les adversaires de l’indépendantisme catalan.

Point d’orgue de cette Blitzkrieg menée contre les partis indépendantistes – et qui n’apas fonctionné dans les urnes –, Valls est intervenu devant une salle comble, le 16 décembre, aux côtés d’Albert Rivera, le leader de Ciudadanos ou encore de Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature aux positions très conservatrices (vidéo ci-dessous). D’après un article d’El Mundo, des responsables de la SCC approchent Valls dès ce 16 décembre pour lui parler d’une éventuelle candidature à la mairie. À l’époque, « il les regarde bouche bée et rejette l’offre ».

« Je doute de la compétitivité de Valls dans un contexte municipal »

En mars 2018, son état d’esprit a évolué. En marge d’une « marche constitutionnaliste » dans les rues de Barcelone – pour la défense de la Constitution espagnole –, Valls se fait cette fois courtiser par Albert Rivera, qui se trouve à l’époque très haut dans les sondages. Rivera sait que son parti manque de personnalités de premier plan.

Son alliée Inés Arrimadas est la chef de file de Ciudadanos pour la Catalogne. Mais au niveau de la ville de Barcelone, il n’y a que des seconds couteaux – en l’occurrence, une ancienne députée régionale du Parti populaire (PP), Carina Mejías – pour les municipales à venir. « Le banc de Ciudadanos est si pauvre qu’ils n’ont même pas un candidat sur place », ironise Ramón Luque, pour le camp d’Ada Colau.

Valls, depuis, hésite manifestement à se lancer. En délicatesse sur la scène française, éclipsé par le surgissement d’Emmanuel Macron, l’ancien maire d’Évry sait que Barcelone, ville-monde, serait une formidable occasion pour lui de se relancer. À ses yeux, ce serait « un engagement dans un autre pays, au nom de l’idéal européen », bref, une manière de « symboliser l’Europe par la preuve ». Mais il est aussi conscient qu’un échec en Espagne, après la victoire poussive – et largement contestée – dans sa circonscription d’Évry aux législatives de 2017, compliquerait un peu plus la suite de sa carrière politique.

Sur la route de la mairie, deux obstacles sérieux se dressent. D’abord, Valls est très identifié au débat sur « l’unité de l’Espagne ». Mais le scrutin de 2019 pourrait bien se jouer sur d’autres enjeux. « Les municipales ont toujours été dominées à Barcelone par des débats locaux. Quels travaux lancer, quelle ligne de métro creuser ? Les élections à venir ne seront donc pas forcément marquées par le Procès. En tout cas, rien ne dit à ce stade que ce sera le dossier décisif. Et je doute de la compétitivité de Valls dans ce contexte », avance le journaliste Roger Palà.

Valls s’est déjà fait piéger dans un entretien à la radio catalane – mené par un journaliste qui ne cache pas ses convictions indépendantistes –, lorsqu’il s’est trouvé incapable de dire combien Barcelone comptait de quartiers, ou lequel de ces quartiers affichait le revenu par habitant le plus faible. Depuis, l’image d’un Français qui ne connaît rien à la ville lui colle à la peau.

L’autre difficulté est plus structurelle. En quelques mois, le paysage politique espagnol a totalement changé. Le socialiste Pedro Sánchez a pris la place de Mariano Rajoy à la Moncloa, et dirige un gouvernement qui cherche à se montrer plus conciliant sur la question catalane. Aussi fragiles soient-ils, les sondages, scrutés de près par les équipes politiques, esquissent un tassement de Ciudadanos en Catalogne, au profit du PSC, les socialistes catalans.

Quant à Rajoy, il a cédé sa place à la tête du PP, le parti populaire, au jeune loup Pablo Casado, aux positions tout aussi intransigeantes qu’Albert Rivera sur la Catalogne. Bref, les beaux jours de Ciudadanos, qui caracolait en tête dans les sondages au printemps, après sa victoire en trompe-l’œil aux régionales de décembre 2017, semblent passés. « Le scénario n’est plus du tout celui d’il y a trois mois, résume Enric Juliana. Le PSOE est au gouvernement, le PP cherche à se revitaliser comme force d’opposition, avec un profil jeune. Pour Ciudadanos, le scénario a totalement changé. »

Conscient de cette double difficulté, Valls a mis au point, avec son entourage, une stratégie inattendue. Il veut apparaître moins clivant sur la question de l’indépendance, en intégrant parmi ses soutiens ceux que l’on appelle des « catalanistes ». Des citoyens qui, sans être indépendantistes, reconnaissent les spécificités d’une histoire et d’une identité catalanes. « J’aurai le soutien de Ciudadanos [si je suis candidat], mais je ne veux pas être le candidat d’un seul parti », a-t-il déjà expliqué.

En clair, il rêve d’une plateforme transversale, qui aille de la droite dure « espagnoliste » (PP inclus) à un centre-gauche « catalaniste » occupé, notamment, par les socialistes du PSC. « S’il est seulement le candidat des anti-indepe [les adversaires de l’indépendantisme – ndlr], il ne pourra pas gagner Barcelone. Il doit faire campagne en faisant l’éloge de la grande métropole européenne », résume ce politique catalan conservateur cité plus haut, qui lui a proposé ses services.

C’est pourquoi Valls s’est dépêché de rencontrer au printemps le chef du PSC catalan, Miquel Iceta, et son candidat pour 2019, Jaume Collboni. Sans surprise, ils ont refusé son offre d’une alliance avant les élections, convaincus que le PSC a les moyens de reprendre seul la mairie à Ada Colau.

« Nous voulons une campagne qui parle des problèmes des citoyens, du logement, de la propreté des rues, de la cohabitation à l’échelle des quartiers », avance Carlos Prieto. Le directeur de campagne insiste : « Nous avons l’impression que Valls ne connaît pas si bien la ville, et surtout, son entrée en matière dans la politique locale nous laisse penser qu’il ne va pas parler de Barcelone, mais de bien d’autres choses. C’est légitime, mais ce n’est pas notre position. »

Josep Ramon Bosch, le conseiller controversé

Après cet échec, Valls cherche désormais à séduire des partis catalanistes plutôt confidentiels, à l’instar de Lliures (« Libres »). Avec, à ce stade, peu de résultats. Au-delà des liens avec le monde économique, il a aussi cherché, ces dernières semaines, à gagner les sympathies du monde culturel. Il a dîné avec les écrivains Nuria Amat et Javier Cercas, ou encore l’architecte Oscar Tusquets.

Mais ces prises de contact ne doivent pas cacher l’essentiel : Valls s’appuie avant tout sur des réseaux de droite – et même de la droite dure – pour échafauder son plan. « Valls va construire un récit autour d'une Barcelone néolibérale, contre la “populiste” Ada Colau... Il va personnaliser la bataille, comme étant le seul capable de battre Ada Colau. Ce qui va re-polariser les enjeux autour d'un axe droite-gauche plus traditionnel, loin des débats sur l'indépendance : ce seront les néolibéraux avec Valls contre la gauche de Colau », prévoit l'écolo-communiste Ramón Luque, qui se frotte les mains par avance.

Manuel Valls s’est rapproché d’un groupe d’entrepreneurs trentenaires, Twenty50, où l’on retrouve notamment Xavier Cima, un ancien élu de Convergència parti dans le privé, également connu à Barcelone pour être marié à Inés Arrimadas, de Ciudadanos. Valls travaille aussi avec des réseaux du Parti populaire, même si le PP catalan a obtenu à peine plus de 4 % aux élections de 2017.

Cette opération séduction ne se fait pas sans accrocs. Comme lors de ce dîner organisé fin mai au domicile barcelonais de l’entrepreneur Marian Puig, qui dirige l’un des lobbies patronaux les plus influents de la ville, en compagnie d’autres patrons, dont Màrius Carol, le directeur de La Vanguardia.

 

Agacé par des remarques de certains invités, qui s’étaient montrés critiques de la gestion de la crise catalane par Madrid, Valls a lancé, furieux, selon le compte-rendupublié dans le quotidien de droite ABC : « Tout est de votre faute [...]. Vous vous plaignez tout le temps, mais vous n’avez rien fait. Vous êtes la bourgeoisie catalane, l’élite du pays, et vous n’avez rien fait. Une bourgeoisie qui ne montre pas le chemin n’est pas une bourgeoisie : c’est seulement un club d’insolents et de riches. »

Outre le soutien de Ciudadanos, Valls compte surtout sur la machine de guerre de la SCC, la Societat Civil Catalana. Là encore, c’est un pari risqué, tant cet attelage est hétéroclite. Sous couvert d’opposition à l’indépendance, la SCC brasse large, depuis l’extrême droite « espagnoliste » et nostalgique de Franco à des composants conservateurs plus modérés, déstabilisés par le virage indépendantiste de la Catalogne ces dernières années.

Le quotidien madrilène El Mundo a présenté le premier président de la SCC, Josep Ramon Bosch, comme le cerveau de « l’opération Valls ». À en croire le journal, c’est Bosch qui construit l’agenda de Valls à Barcelone depuis avril, lui fait rencontrer entrepreneurs et journalistes, et tente de le convaincre de se lancer. Or Josep Ramon Bosch est loin d’être un inconnu à Barcelone. Avant de présider la SCC, Bosch, dont le père militait au Frente Nacional, le principal parti d’extrême droite en Espagne après la mort de Franco, a cofondé en 2011 Somatemps, un collectif d’extrême droite qui défend« l’identité hispanique de la Catalogne » et qui fut l’un des membres fondateurs, des années plus tard, de la SCC.

« Les origines de la SCC, du temps où c’était une plateforme très minoritaire, sont clairement liées à l’extrême droite. C’est de là que vient Josep Ramon Bosch », résume le photojournaliste Jordi Borràs. Connu pour ses convictions indépendantistes, Borràs est l’auteur d’une enquête à charge contre la SCC, qui met en évidence les liens entre cette dernière et l’extrême droite (éditions Saldonar, 2017). « Bosch incarne une version du nationalisme espagnol issu du carlisme, insiste-t-il, en référence à ce courant politique très réactionnaire du XIXe siècle espagnol. C’est un type d’extrême droite, qui parie, pour des raisons tactiques, pour un nationalisme espagnol transversal. »

Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)

Borràs est à l’origine de la démission de Bosch de la présidence de la SCC, en 2015. Dans un article de Borràs publié en pleine campagne électorale en 2015, Bosch, qui a aussi milité au PP un temps, est accusé d’avoir insulté et diffamé plusieurs figures de l’indépendantisme catalan, sous couvert d’une fausse page Facebook. Lui a toujours nié ses accusations, mais le dépôt d’une plainte – qui n’a pas abouti en raison de la prescription – l’a obligé à quitter ses fonctions. Valls connaissait-il en détail le pedigree de son conseiller, avant de travailler avec lui ? Sollicité par Mediapart pour répondre à nos questions, Manuel Valls n’avait pas donné suite, à l’heure où nous publions cet article.

Le cas Bosch n’est peut-être pas la seule faille de la candidature Valls. En décembre dernier, le site El Nacional avait révélé qu’un lobby patronal avait sollicité plusieurs entreprises membres de l’IBEX 35 (l’équivalent du CAC 40 en Espagne) pour couvrir les frais de la tournée de Valls – estimés à quelque 40 000 euros –, lors de l’un de ses déplacements en campagne contre l’indépendantisme. Alors qu’il a pris l’habitude de séjourner dans le très chic hôtel Alma du quartier de l’Eixample lors de ses très fréquentes venues à Barcelone – il devra emménager pour de bon dans la ville s’il se décide à être candidat –, la question de la transparence du financement de la pré-campagne de Valls, par ailleurs député à l’Assemblée nationale, s’annonce elle aussi sensible.

Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)
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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 12:55
Un baobab est tombé - Samir Amin, le théoricien du développement inégal, est mort (L'Humanité, 13 août 2018)
"UN BAOBAB EST TOMBÉ" : SAMIR AMIN, LE THÉORICIEN DU DÉVELOPPEMENT INÉGAL, EST MORT
Lundi, 13 Août, 2018

Le professeur Samir Amin, directeur  du Forum du Tiers Monde, est décédé dimanche 12 août 2018 à Paris à l’âge de 87 ans.

« Marx n'a jamais été aussi utile », disait Samir Amin, qui fut sans conteste l'un des esprits les plus lucides du vingtième siècle dans la critique du système capitaliste mondialisé. Pour lui la logique capitaliste du profit entraîne la destruction des bases de la reproduction de la vie sur la planète. Cette critique fondamentale s'accompagnera tout au long de sa vie d'une analyse sans concession des rapports de domination entre le centre, les pays capitalistes développés, et la périphérie, le Tiers-monde. 

 Professeur agrégé de sciences économiques, Samir Amin,  né au Caire en 1931, formé à Paris dans les années cinquante, a bouleversé le monde de l’économie du développement avec son immense livre intitulé: « Le développement inégal. Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique, Paris, Éd. de Minuit »,  paru en 1973 et analysant  les modes de production tributaire à la périphérie et le mode de production capitaliste au centre. Cet ouvrage majeur  le propulse dans le champ antimondialiste qui deviendra deux décennies plus tard, l'altermondialisme. Grand défenseur des jeunes nations africaines, ce précurseur a toujours concilié son travail universitaire avec un engagement militant. Conseillé du gouvernement malien de 1960 à 1963, il fonde à Dakar, l'Institut africain de développement économique et de planification. Il participa aussi à la création, d'Enda-Tiers Monde, l'une des premières ONG africaines. Pour lui il faut redéfinir l'ordre mondial basé sur le capitalisme financier et supprimer ses institutions comme l'OMC, le FMi et la Banque mondiale. Une pensée dense et radicale qui a inspiré plusieurs générations d'économistes africains. 

UNE PERTE POUR LE MONDE DE L’ÉCONOMIE ET LES CERCLES PROGRESSISTES DU NORD ET DU SUD.

«Un Baobab est tombé», écrit le professeur Saliou Sy de l’Ecole de Dakar en hommage à l’économiste  franco-égyptien qui résidait au Sénégal depuis plus de 40 ans.

"Avec le décès de l’économiste franco-égyptien Samir Amin, vient de disparaître un  des grands intellectuels marxistes de notre époque, un camarade fraternel et un ami.", réagit son éditeur Francis Combes. "Samir a publié six livres aux éditions Le Temps des Cerises. Nous avons édité ses analyses théoriques sur la Loi de la valeur mondialisée, sa critique du Virus libéral, son étude sur de la Crise du capitalisme sénile. Il nous avait aussi confié ses livres sur l’Éveil du sud  et sur les Communistes dans le monde arabe, tout un pan de l’histoire contemporaine dont il fut non seulement un observateur attentif mais un acteur, car Samir alliait la théorie et la pratique. 
La force de sa pensée et sa grande utilité tenaient à sa lucidité, au fait qu’il avait un point de vue vraiment mondial (et non euro-centré) sur le capitalisme et à ce qu’il n’a jamais renoncé à l’engagement aux côtés des peuples dans la lutte contre l’impérialisme. Il animait le Forum du Tiers monde,  de Dakar. Et il a pris une part active dans de nombreuses initiatives collectives pour faire renaître une perspective progressiste et révolutionnaire. Dans un bref livre qu’il nous avait confié, c’est lui qui a lancé l’idée (reprise par Chavez) de la nécessité d’une Cinquième Internationale, dans l’esprit de la Première. Ses réflexions sur la longue transition vers une société socialiste nous sont précieuses. Il continuera d’être à nos côtés et nous continuerons de nous appuyer sur ses travaux et travaillerons à les diffuser... "
 
Pour Pierre Laurent le sécretaire national du PCF :

LES INTERNATIONALISTES QUE NOUS SOMMES SE SENTENT AUJOURD'HUI UN PEU ORPHELINS

« Je perds un ami pour lequel j'avais le plus grand respect et une profonde estime, écrit le secrétaire national du PCF dans un communiqué :
"De celui qui voua son existence aux mises en mouvement populaires qui visent à transformer le monde, nous communistes français voulons saluer la mémoire et l'intelligence, les actions, la générosité et l'énergie toujours renouvelées.
L'existence entière de Samir fut tendue vers le seul objectif de l'émancipation humaine et sociale ; à libérer le genre humain du capitalisme, et des logiques de domination et d'exploitation que sont le colonialisme, l'impérialisme, le patriarcat, les fascismes et nazisme, l' « occidentalisme », la xénophobie et la guerre. Militant des luttes anticoloniales et pour l'indépendance des peuples du « Tiers Monde », Samir était pour moi un internationaliste par excellence qui a tout autant contribué à briser le joug des aliénations sous toutes leurs formes.
Samir Amin fut sa vie durant un intellectuel en constant mouvement qui nourrissait ses travaux et prises de position d'expériences concrètes, d'expérimentations politiques et sociales, d'écoute et d'échanges. 
Auteur d'une œuvre marxiste prolifique qui continuera longtemps de faire référence, Samir a formé plusieurs générations de chercheurs et de militant-e-s d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine, d'Europe et d'Amérique du nord en favorisant leurs contacts et dialogues autour d'objectifs communs, en particulier au sein du CODESRIA, établi à Dakar. »
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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:56
PCF - MONSANTO CONDAMNE : OUVRONS LA VOIE AU CHANGEMENT DE MODELE AGRICOLE

Le verdict est tombé : le tribunal de San Francisco a condamné la multinationale Monsanto. Pour la Justice, se sont bien les désherbants Roundup et RangerPro qui sont responsables du cancer du jardinier Dewayne Johnson.
Cette décision est une bonne nouvelle pour tous ceux qui pensent – le PCF est de ceux-là – qu’il y a urgence à sortir du modèle agricole actuel, reposant sur des intrants chimiques massifs, produits dont l’impact sur l’homme et sur l’environnement commencent à être connu en place publique.

Le PCF rappelle sa détermination à engager la France dans une sortie du Glyphosate et des pesticides dangereux. Notre pays a besoin d’une grande ambition collective alimentaire, écologique et de santé publique.
Pour cela, il est indispensable de permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail, pour sortir la production alimentaire des griffes des quelques multinationales qui trustent actuellement ce secteur, aliénant producteurs et consommateurs au nom du profit capitaliste
.

 

 

Glyphosate:

Le pot de terre gagne contre le pot de fer en Californie.
Dans cet Etat Nord-Américain, le jardinier Déwayne Johnson qui a durant de nombreuses années utilisé le Roundup vient de gagner son procès contre le géant Monsanto qu'il considère comme responsable de son cancer.
Le jury de 12 citoyens Américains a mis en cause le fait que la multinationale mélange information réelle sur la composition de ses produits et le mensonge organisé. C'est ce débat que nous avons également en Europe. Voici une jurisprudence de capitale importance. Que tous les ministres européens de l'agriculture et de l'environnement aient enfin le courage d'en faire de même!

Patrick Le Hyaric député européen communiste, directeur de l'Humanité

Le jugement rendu contre Monsanto est historique. Il a fallu le combat d’un homme, condamné à mort par la médecine, pour accélérer la procédure et aboutir à l’amende record de 290 millions de dollars. Plusieurs milliers d’autres plaintes ont été déposées par autant d’agriculteurs. La révélation des méthodes de la multinationale via les Monsanto Papers, quant à « l’évaluation scientifique » de son désherbant « vedette » – censure des avis critiques, pression et infiltration des organismes internationaux, de l’ONU à l’Union européenne –, conjuguée à un puissant mouvement d’opinion international, a pesé dans la balance de la justice. Face aux intérêts en jeu, les combats à venir n’en seront que plus âpres.
Depuis la guerre du Vietnam, avec l’usage massif de l’agent orange, Monsanto n’en finit pas d’être au banc des accusés. Entendre Bayer reprendre dès vendredi les mêmes arguments sur l’innocuité du glyphosate, « sûr » et « non cancérogène », ne peut qu’inquiéter. Après avoir racheté au prix fort – 63 milliards de dollars – son rival, le groupe allemand avait annoncé en juin son intention de faire disparaître la marque américaine. Cela ferait sans nul doute les bonnes affaires de The Vanguard Group et de Blackrock Fund Advisors. Plus de nom, plus de scandale, voire d’indemnités à verser ? Ces fonds d’investissement totalisent, avec un troisième larron, 11 000 milliards d’euros (cinq fois la richesse annuelle de la France) de capitalisation boursière mondiale. Ces deux-là sont présents à la fois dans le capital de Monsanto, de Bayer et de BASF – qui a repris les activités « OGM » de l’américain, au nom de la lutte anticoncurrentielle… Les mêmes ont dû être ravis du sursis de cinq ans sur une éventuelle interdiction du glyphosate, accordé par la Commission européenne, avec le soutien de l’Allemagne et sans un mot de la France. La graine de l’exigence d’autres logiques environnementales, agricoles et démocratiques, est depuis vendredi en terrain fertile.
 
Michel Guilloux, L'Humanité - 13 août 2018 
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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:52

 

Le footballeur, aussi talentueux sur les pelouses que sur le terrain de la fraude, a passé un accord avec la justice espagnole pour éviter un procès, en échange du paiement de la somme de 18,8 millions d’euros.

Le triplé de Cristiano Ronaldo contre l’Espagne lors du premier tour de la Coupe du monde 2018 restera dans les annales. Malgré l’élimination de son équipe nationale, le Portugal, en huitième de finale, l’homme qui se fait appeler « CR7 » a une nouvelle fois brillé par sa technique. Le quintuple ballon d’or aurait peut-être joué différemment s’il était toujours sous la menace d’une peine d’emprisonnement en Espagne, où il était poursuivi pour fraude fiscale. Le jour du match, on apprenait que la star madrilène avait trouvé un accord avec la justice espagnole : payer 18,8 millions d’euros et reconnaître les faits de fraude en échange de la fin des poursuites. Le joueur évite ainsi un procès où il risquait jusqu’à 30 millions d’euros d’amende et une peine de prison dépassant les deux ans. Seuil à partir duquel elle n’est plus monnayable en Espagne.Si Cristiano Ronaldo est un as de l’évasion, il n’exerce ce talent que dans le domaine fiscal, il s’est donc décidé à reconnaître ses méfaits. Et ils sont importants ! Entre 2011 et 2015, 150 millions d’euros du footballeur sont passés par le Panama, la Suisse, l’Irlande et les îles Vierges. Des sommes acquises en vendant son image. Ceci a entraîné un manque à gagner de 14,5 millions pour les caisses de l’État espagnol. Au même moment, le gouvernement opérait une cure d’austérité sans précédent, après la crise économique de 2008. Une diminution des dépenses publiques qui affecte encore le système de santé et d’éducation. Ce n’est qu’en 2016 que l’European Investigative Collaborations (EIC), un réseau de médias européen (Mediapart, Der Spiegel, le Soir, El Mundo, etc.), découvre le pot aux roses. L’affaire sort d’un amas de 18,5 millions de documents confidentiels, les Football Leaks, remis aux journalistes par une source confidentielle. Un an après ces révélations, le parquet espagnol entame la procédure à l’encontre de l’attaquant du Real Madrid.

Parallèlement, les affaires ont continué. En avril dernier, le même réseau dévoile que Cristiano Ronaldo possédait depuis 2015 un trust dans un autre paradis fiscal : l’île anglo-normande de Jersey. Ce trust dans la Manche appartenait à une société basée au Luxembourg, CRS Holding. Le capital du trust de Jersey reste inconnu, et il est difficile de l’évaluer aujourd’hui puisqu’il a été rayé de la carte le 17 avril de cette année. Un jour après que les journalistes ont envoyé leurs questions à Ronaldo. Mais la somme devait être importante : de juin à mars 2018, 16 millions d’euros auraient été transférés de Jersey au Luxembourg. Derrière ces montages financiers plane l’ombre de l’agent du joueur, Jorge Mendes. Suite à l’accord de son poulain avec le fisc espagnol, il échappe à toute poursuite dans cette affaire. Un soulagement pour l’agent le plus puissant au monde, déjà mis en examen pour la fraude fiscale d’un ancien protégé, l’attaquant colombien Radamel Falcao. Jorge Mendes est également sous le coup d’une enquêteà l’échelle européenne.En attendant, Mendes engrange les millions. Son dernier fait d’armes : le transfert de Cristiano Ronaldo du Real Madrid à la Juventus Turin. Nul doute que les sanctions financières ont motivé le départ du joueur vers l’Italie. « CR7 » n’a pas digéré que le club madrilène ne couvre pas ses déboires avec la justice. D’un autre côté, les hôpitaux espagnols se passeront sûrement de son toucher de balle.

 

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